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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:49:53 -0700 |
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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les amours jaunes + +Author: Tristan Corbière + +Release Date: October 16, 2005 [EBook #16883] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AMOURS JAUNES *** + + + + +Produced by Marc D'Hooghe. + + +From images generously made available by Gallica +(Bibliothèque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr. + + + +LES AMOURS JAUNES + +par + +TRISTAN CORBIÈRE + + * * * * * + +LES AMOURS JAUNES--RACCROCS +SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES +ARMOR--LES GENS DE MER +RONDELS POUR APRÈS + + * * * * * + +PARIS + +1873 + + + * * * * * + + +<i>A l'Auteur du NÉGRIER</i> + T. C. + + + * * * * * + + + <i>A MARCELLE</i> + + + * * * * * + + + LE POÈTE ET LA CIGALE + + + <i>Un poète ayant rimé, + IMPRIMÉ + Vit sa Muse dépourvue + De marraine, et presque nue: + Pas le plus petit morceau + De vers ... ou de vermisseau. + Il alla crier famine + Chez une blonde voisine, + La priant de lui prêter + Son petit + nom pour rimer. + (C'était une rime en elle) + --Oh! je vous paîrai, Marcelle, + Avant l'août, foi d'animal! + Intérêt et principal.-- + La voisine est très prêteuse, + C'est son plus joli défaut: + --Quoi: c'est tout ce qu'il vous faut? + Votre Muse est bien heureuse.... + Nuit et jour, à tout venant, + Rimez mon nom.... Qu'il vous plaise! + Et moi j'en serai fort aise.</i> + + <i>Voyons: chantez maintenant</i>. + + + + + <i>ÇA?</i> + + + What?... + (SHAKESPEARE.) + + + Des essais?--Allons donc, je n'ai pas essayé! + Etude?--Fainéant je n'ai jamais pillé. + Volume?--Trop broché pour être relié ... + De la copie?--Hélas non, ce n'est pas payé! + + Un poëme?--Merci, mais j'ai lavé ma lyre. + Un livre?--... Un livre, encor, est une chose à lire!... + Des papiers?--Non, non, Dieu merci, c'est cousu! + Album?--Ce n'est pas blanc, et c'est trop décousu. + + Bouts-rimés?--Par quel bout?... Et ce n'est pas joli! + Un ouvrage?--Ce n'est poli ni repoli. + Chansons?--Je voudrais bien, ô ma petite Muse!... + Passe-temps?--Vous croyez, alors, que ça m'amuse? + + --Vers?... vous avez flué des vers....--Non, c'est heurté. + --Ah, vous avez couru l'Originalité?... + --Non ... c'est une drôlesse assez drôle,--<i>de rue</i>-- + Qui court encor, sitôt qu'elle se sent courue. + + --Du <i>chic</i> pur?--Eh qui me donnera des ficelles! + --Du haut vol? Du haut-mal?--Pas de râle, ni d'ailes! + --Chose à mettre à la porter--... Ou dans une maison + De tolérance.--Ou bien de correction?--Mais non! + + --Bon, ce n'est pas classique?--A peine est-ce français! + --Amateur?--Ai-je l'air d'un monsieur à succès? + Est-ce vieux?--Ça n'a pas quarante ans de service.... + Est-ce jeune?--Avec l'âge, on guérit de ce vice. + + ... <i>ÇA</i> c'est naïvement une impudente <i>pose</i>; + C'est, ou ce n'est pas <i>çà</i>: rien ou quelque chose.... + --Un chef-d'oeuvre?--Il se peut: je n'en ai jamais fait. + --Mais, est-ce du huron, du Gagne, ou du Musset? + + --C'est du ... mais j'ai mis là mon humble nom d'auteur, + Et mon enfant n'a pas même un titre menteur. + C'est un coup de raccroc, juste ou faux, par hasard.... + L'Art ne me connaît pas. Je ne connais pas l'Art. + + + <i>Préfecture de police, 20 mai 1873</i> + + + + + <i>PARIS</i> + + + Bâtard de Créole et Breton, + Il vint aussi là--fourmilière, + Bazar où rien n'est en pierre, + Où le soleil manque de ton. + + --Courage! On fait queue.... Un planton + Vous pousse à la chaîne--derrière!-- + ... Incendie éteint, sans lumière; + Des seaux passent, vides ou non.-- + + Là, sa pauvre Muse pucelle + Fit le trottoir en <i>demoiselle</i>, + Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend? + + --Rien.--Elle restait là, stupide, + N'entendant pas sonner le vide + Et regardant passer le vent.... + + Là: vivre à coups de fouet!--passer + En fiacre, en correctionnelle; + Repasser à la ritournelle, + Se dépasser, et trépasser!... + + --Non, petit, il faut commencer + Par être grand--simple ficelle-- + Pauvre: remuer l'or à la pelle; + Obscur: un nom à tout casser!... + + Le coller chez les mastroquets, + Et l'apprendre à des perroquets + Qui le chantent ou qui le sifflent.... + + --Musique!--C'est le paradis + Des mahomets et des houris, + Des dieux souteneurs qui se giflent! + + * * * * * + + «<i>Je voudrais que la rose,--Dondaine! + Fût encore au rosier,--Dondè!</i>» + + Poète.--Après?... Il faut <i>la chose</i>: + Le Parnasse en escalier, + Les Dégoûteux, et la Chlorose, + Les Bedeaux, les Fous à lier.... + + L'Incompris couche avec sa pose, + Sous le zinc d'un mancenillier; + Le Naïf «<i>voudrait que la rose, + Dondé! fût encore au rosier!</i>» + + «<i>La rose au rosier, Dondaine!</i>» + --On a le pied fait à sa chaîne. + «<i>La rose au rosier</i>»....--Trop tard!-- + + ... «<i>La rose au rosier</i>»....--Nature! + --Ou est essayeur, pédicure, + Ou quelqu'autre chose dans l'art! + + J'aimais ...--Oh, ça n'est plus de vente! + Même il faut payer: dans le tas, + Pioche la femme!--Mon amante + M'avait dit: «Je n'oublierai pas....» + + ... J'avais une amante là-bas + Et son ombre pâle me hante + Parmi des senteurs de lilas.... + Peut-être Elle pleure....--Eh bien: chante, + + Pour toi tout seul, ta nostalgie, + Tes nuits blanches sans bougie ... + Tristes vers, tristes au matin!... + + Mais ici: fouette-toi d'orgie! + Charge ta paupière rougie, + Et sors ton grand air de catin! + + C'est la bohême, enfant: Renie + Ta lande et ton clocher à jour, + Les mornes de ta colonie + Et les <i>bamboulas</i> au tambour. + + Chanson usée et bien finie, + Ta jeunesse.... Eh, c'est bon un jour!... + Tiens:--C'est toujours neuf--calomnie + Tes pauvres amours ... et l'amour. + + Evohé! ta coupe est remplie! + Jette le vin, garde la lie ... + Comme ça.--Nul n'a vu le tour. + + Et qu'un jour le monsieur candide + De toi dise--Infect! Ah splendide!-- + ... Ou ne dise rien.--C'est plus court. + + Evohé! fouaille la veine; + Evohé! misère: Éblouir! + En fille de joie, à la peine + Tombe, avec ce mot-là.--Jouir! + + Rôde en la coulisse malsaine + Où vont les fruits mal secs moisir, + Moisir pour un quart-d'heure en scène.... + --<i>Voir les planches, et puis mourir</i>! + + Va: tréteaux, lupanars, églises, + Cour des miracles, cour d'assises: + --Quarts-d'heure d'immortalité! + + Tu parais! c'est l'apothéose!!!... + Et l'on te jette quelque chose: + --Fleur en papier, ou saleté.-- + + Donc, <i>la tramontane</i> est montée: + Tu croiras que c'est arrivé! + Cinq-cent-millième Prométhée, + Au roc de carton peint rivé. + + Hélas: quel bon oiseau de proie, + Quel vautour, quel <i>Monsieur Vautour</i> + Viendra mordre à ton petit foie + Gras, truffé?... pour quoi--Pour le four!... + + Four banal!...--Adieu la curée!-- + Ravalant ta rate rentrée, + Va, comme le pélican blanc, + + En écorchant le chant du cygne, + Bec-jaune, te percer le flanc!... + Devant un pêcheur à ta ligne. + + Tu ris.--Bien!--Fais de l'amertume, + Prends le pli, Méphisto blagueur. + De l'absinthe! et ta lèvre écume.... + Dis que cela vient de ton coeur. + + Fais de toi ton oeuvre posthume, + Châtre l'amour ... l'amour--longueur! + Ton poumon cicatrisé hume + Des miasmes de gloire, ô vainqueur! + + Assez, n'est-ce pas? va-t'en! + Laisse + Ta bourse--dernière maîtresse-- + Ton revolver--dernier ami.... + + Drôle de pistolet fini! + ... Ou reste, et bois ton fond de vie, + Sur une nappe desservie.... + + + + + <i>ÉPITAPHE</i> + + + Sauf les amoureux commençons ou finis + qui veulent commencer par la fin il y + a tant de choses qui finissent par le + commencement que le commencement + commence à finir par être la fin la fin + en sera que les amoureux et autres + finiront par commencer à recommencer par + ce commencement qui aura fini par n'être + que la fin retournée ce qui commencera + par être égal à l'éternité qui n'a ni + fin ni commencement et finira par être + aussi finalement égal à la rotation de + la terre où l'on aura fini par ne + distinguer plus où commence la fin d'où + finit le commencement ce qui est toute + fin de tout commencement égale à tout + commencement de toute fin ce qui est le + commencement final de l'infini défila + par l'indéfini--Égale une épitaphe égale + une préface et réciproquement + + (SAGESSE DES NATIONS) + + + Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse. + S'il vit, c'est par oubli; voici ce qu'il se laisse: + + --Son seul regret fut de n'être pas sa maîtresse.-- + + Il ne naquit par aucun bout, + Fut toujours poussé vent-de-bout, + Et fut un arlequin-ragoût, + Mélange adultère de tout. + + Du <i>je-ne-sais-quoi</i>.--Mais ne sachant où; + De l'or,--mais avec pas le sou; + Des nerfs,--sans nerf. Vigueur sans force; + De l'élan,--avec une entorse; + De l'âme,--et pas de violon; + De l'amour,--mais pire étalon. + --Trop de noms pour avoir un nom.-- + + Coureur d'idéal,--sans idée; + Rime riche,--et jamais rimée; + Sans avoir été,--revenu; + Se retrouvant partout perdu. + + Poète, en dépit de ses vers; + Artiste sans art,--à l'envers, + Philosophe,--à tort à travers. + + Un drôle sérieux,--pas drôle. + Acteur, il ne sut pas son rôle; + Peintre: il jouait de la musette; + Et musicien: de la palette. + + Une tête!--mais pas de tête; + Trop fou pour savoir être bête; + Prenant pour un trait le mot <i>très</i>. + --Ses vers faux furent ses seuls vrais. + + Oiseau rare--et de pacotille; + Très mâle ... et quelquefois très <i>fille</i>; + Capable de tout,--bon à rien; + Gâchant bien le mal, mal le bien. + Prodigue comme était l'enfant + Du Testament,--sans testament. + Brave, et souvent, par peur du plat, + Mettant ses deux pieds dans le plat. + + Coloriste enragé,--mais blême; + Incompris ...--surtout de lui-même; + Il pleura, chanta juste faux; + --Et fut un défaut sans défauts. + + Ne fut <i>quelqu'un</i>, ni quelque chose + Son naturel était la <i>pose</i>. + Pas poseur,--posant pour <i>l'unique</i>; + Trop naïf, étant trop cynique; + Ne croyant à rien, croyant tout. + --Son goût était dans le dégoût. + + Trop crû,--parce qu'il fut trop cuit, + Ressemblant à rien moins qu'à lui, + Il s'amusa de son ennui, + Jusqu'à s'en réveiller la nuit. + Flâneur au large,--à la dérive, + Épave qui jamais n'arrive.... + + Trop <i>Soi</i> pour se pouvoir souffrir, + L'esprit à sec et la tête ivre, + Fini, mais ne sachant finir, + Il mourut en s'attendant vivre + Et vécut, s'attendant mourir. + + Ci-gît,--coeur sans coeur, mal planté, + Trop réussi--comme <i>raté</i>. + + + * * * * * + + + <i>LES AMOURS JAUNES</i> + + + * * * * * + + + <i>A L'ÉTERNEL MADAME</i> + + + Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre, + Éternel Féminin!... repasse tes fichus; + Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure, + Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus. + + Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure, + Piaffe d'un pied léger dans les sentiers ardus. + Damne-toi, pure idole! et ris! et chante! et pleure, + Amante! Et meurs d'amour!... à nos moments perdus. + + Fille de marbre! en rut! sois folâtre!... et pensive. + Maîtresse, chair de moi! fais-toi vierge et lascive ... + Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur.... + + Sois femelle de l'homme, et sers de Muse, ô femme, + Quand le poète brame en <i>Ame, en Lame, en Flamme</i>! + Puis--quand il ronflera--viens baiser ton Vainqueur! + + + + + <i>FÉMININ SINGULIER</i> + + + Éternel Féminin de l'éternel Jocrisse! + Fais-nous sauter, pantins nous payons les décors! + Nous éclairons la rampe.... Et toi, dans la coulisse, + Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps. + + Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice, + Couronne tes genoux!... et nos têtes dix-cors; + Ris! montre tes dents! mais ... nous avons la police, + Et quelque chose en nous d'eunuque et de recors. + + ... Ah tu ne comprends pas?...--Moi non plus--Fais la belle + Tourne: nous sommes soûls! Et plats: Fais la cruelle! + Cravache ton pacha, ton humble serviteur!... + + Après, sache tomber!--mais tomber avec grâce-- + Sur notre sable fin ne laisse pas de trace!... + --C'est le métier de femme et de gladiateur.-- + + + + + <i>BOHÊME DE CHIC</i> + + + Ne m'offrez pas un trône! + A moi tout seul je fris, + Drôle, en ma sauce jaune + De <i>chic</i> et de mépris. + + Que les bottes vernies + Pleuvent du paradis, + Avec des parapluies ... + Moi, va-nu-pieds, j'en ris! + + --Plate époque râpée, + Où chacun a du bien; + Où, cuistre sans épée, + Le vaurien ne vaut rien! + + Papa,--pou, mais honnête,-- + M'a laissé quelques sous, + Dont j'ai fait quelque dette, + Pour me payer des poux! + + Son habit, mis en perce, + M'a fait de beaux haillons + Que le soleil traverse; + Mes trous sont des rayons + + Dans mon chapeau, la lune + Brille à travers les trous, + Bête et vierge comme une + Pièce de cent sous! + + --Gentilhomme!... à trois queues: + Mon nom mal ramassé + Se perd à bien des lieues + Au diable du passé! + + Mon blason,--pas bégueule, + Est, comme moi, faquin: + --<i>Nous bandons à la gueule, + Fond troué d'arlequin</i>.-- + + Je pose aux devantures + Où je lis:--DÉFENDU + DE POSER DES ORDURES-- + Roide comme un pendu! + + Et me plante sans gêne + Dans le plat du hasard, + Comme un couteau sans gaine + Dans un plat d'épinard. + + Je lève haut la cuisse + Aux bornes que je voi: + Potence, pavé, suisse, + Fille, priape ou roi! + + Quand, sans tambour ni flûte. + Un servile estafier + Au violon me culbute, + Je me sens libre et fier!... + + Et je laisse la vie + Pleuvoir sans me mouiller. + En attendant l'envie + De me faire empailler. + + --Je dors sous ma calotte, + La calotte des cieux; + Et l'étoile palotte + Clignotte entre mes yeux. + + Ma Muse est grise ou blonde ... + Je l'aime et ne sais pas; + Elle est à tout le monde ... + Mais--moi seul--je la bats! + + A moi ma Chair-de-poule! + A toi! Suis-je pas beau, + Quand mon baiser te roule + A crû dans mon manteau!... + + Je ris comme une folle + Et sens mal aux cheveux, + Quand ta chair fraîche colle + Contre mon cuir lépreux! + + + <i>Jérusalem.--Octobre</i>. + + + + + <i>GENTE DAME</i> + + + Il n'est plus, ô ma Dame, + D'amour en cape, en lame, + Que Vous!... + De passion sans obstacle, + Mystère à grand spectacle, + Que nous!... + + Depuis les <i>Tour de Nesle</i> + Et les <i>Château de Presle</i>, + Temps frais, + Où l'on couchait en Seine + Les galants, pour leur peine.... + --Après.-- + + Quand vous êtes <i>Frisette</i>, + Il n'est plus de grisette + Que Toi!... + Ni de rapin farouche, + Pur Rembrandt sans retouche, + Que moi! + + Qu'il attende, Marquise, + Au grand mur de l'église + Flanqué, + Ton bon coupé vert-sombre, + Comme un bravo dans l'ombre, + Masqué. + + --A nous!--J'arme en croisière + Mon fiacre-corsaire, + Au vent, + Bordant, comme une voile, + Le store qui nous voile: + --Avant!... + + --Quartier-dolent--tourelle + Tout au haut de l'échelle.... + Quel pas! + --Au sixième--Eh! madame, + C'est tomber, sur mon âme! + Bien bas! + + Au grenier poétique, + Où gîte le classique + Printemps, + Viens courre, aventurière, + Ce lapin de gouttière: + <i>Vingt-ans!</i> + + Ange, viens pour ton hère + Jouer à la misère + Des Dieux! + Pauvre diable à ficelles, + Lui, joue avec tes ailes. + Aux cieux! + + Viens, Béatrix du Dante, + Mets dans ta main charmante + Mon front ... + Ou passe, en bonne fille, + Fière au bras de ton drille, + Le pont. + + Demain, ô mâle amante, + Reviens-moi Bradamante! + Muguet! + Eschôlier en fortune, + Narguant, de vers la brune, + Le guet! + + + * * * * * + + I <i>SONNET</i> + + AVEC LA MANIÈRE DE S'EN SERVIR + + <i>Réglons notre papier et formons bien nos lettres</i>: + + + Vers filés à la main et d'un pied uniforme, + Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton; + Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme.... + Ça peut dormir debout comme soldats de plomb. + + Sur le <i>railway</i> du Pinde est la ligne, la forme; + Aux fils du télégraphe:--on en suit quatre, en long; + A chaque pieu, la rime--exemple: <i>chloroforme</i>, + --Chaque vers est un fil, et la rime un jalon. + + --Télégramme sacré--20 mots.--Vite à mon aide.... + (Sonnet--c'est un sonnet--) ô Muse d'Archimède! + --La preuve d'un sonnet est par l'addition: + + --Je pose 4 et 4 = 8! Alors je procède, + En posant 3 et 3!--Tenons Pégase raide: + «O lyre! O délire! O....»--Sonnet--Attention! + + + <i>Pic de la Maladetta.--Août</i>. + + + + + <i>SONNET A SIR BOB</i> + + <i>Chien de femme légère, braque anglais pur sang</i>. + + + Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse, + Je grogne malgré moi--pourquoi?--Tu n'en sais rien. + --Ah! c'est que moi--vois-tu--jamais je ne caresse, + Je n'ai pas de maîtresse, et ... ne suis pas beau chien. + + --<i>Bob! Bob!</i>--Oh! le fier nom à hurler d'allégresse!... + Si je m'appelais <i>Bob</i>.... Elle dit Bob si bien!... + Mais moi je ne suis pas <i>pur sang</i>.--Par maladresse, + On m'a fait <i>braque</i> aussi ... mâtiné de chrétien. + + --O Bob! nous changerons, à la métempsycose: + Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose; + Toi ma peau, moi ton poil--avec puces ou non.... + + Et je serai <i>sir Bob</i>--Son seul amour fidèle! + Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle!... + Et j'aurai le collier portant Son petit nom. + + + <i>Britisch channel.--5 may</i>. + + + + + <i>STEAM-BOAT + + A une passagère</i>. + + + En fumée elle est donc chassée + L'éternité, la traversée + Qui fit de Vous ma soeur d'un jour, + Ma soeur d'amour!... + + Là-bas: cette mer incolore + Où ce qui fut Toi flotte encore. + Ici: la terre, ton écueil. + Tertre de deuil! + + On t'espère là.... Va légère! + Qui te bercera, Passagère.... + O passagère mon coeur, + Ton remorqueur!... + + Quel ménélas, sur son rivage, + Fait le pied?...--Va, j'ai ton sillage.... + J'ai,--quand il est là voir venir,-- + Ton souvenir! + + Il n'aura pas, lui, ma Peureuse, + Les sauts de ta gorge houleuse!... + Tes sourcils salés de poudrain + Pendant un grain! + + Il ne t'aura pas: effrontée! + Par tes cheveux au vent fouettée!... + Ni, durant les longs quarts de nuit, + Ton doux ennui.... + + Ni ma poésie où:--<i>Posée, + Tu seras la mouette blessée, + Et moi le flot qu'elle rasa</i> ... + Et coetera. + + --Le large, bête sans limite, + Me paraîtra bien grand, Petite, + Sans Toi!... Rien n'est plus l'horizon + Qu'une cloison. + + Qu'elle va me sembler étroite! + Tout seul, la boîte à deux!... la boîte + Où nous n'avions qu'un oreiller + Pour sommeiller. + + Déjà le soleil se fait sombre + Qui ne balance plus ton ombre, + Et la houle a fait un grand pli.... + --Comme l'oubli!-- + + Ainsi déchantait sa fortune, + En vigie, au sec, dans la hune. + Par un soir frais, vers le matin, + Un pilotin. + + + <i>10' long. O.</i> + <i>40' lat. N.</i> + + + + + <i>PUDENTIANE</i> + + + Attouchez, sans toucher. On est dévotieuse, + <i>Ni ne retient à son escient</i>. + Mais On pâme d'horreur d'être: <i>luxurieuse + De corps et de consentement</i>!... + + <i>Et de chair</i> ... de cette oeuvre On est fort curieuse. + <i>Sauf le vendredi--seulement</i>: + Le confesseur est maigre ... et l'extase pieuse + En fait: <i>carême entièrement</i>. + + ... Une autre se donne.--Ici l'On se damne-- + C'est un tabernacle--ouvert--qu'on profane. + Bénitier où le serpent est caché! + + Que l'Amour, ailleurs, comme un coq se chante.... + CI-GIT! La <i>pudeur-d'-attentat</i> le hante.... + C'est la Pomme (cuite) en fleur de pêché. + + + (<i>Rome.--40 ans.--16 août</i>.) + + + + + <i>APRÈS LA PLUIE</i> + + + J'aime la petite pluie + Qui s'essuie + D'un torchon de bleu troué! + J'aime l'amour et la brise, + Quand ça frise ... + Et pas quand c'est secoué. + + --Comme un parapluie en flèches, + Tu te sèches, + O grand soleil! grand ouvert.... + A bientôt l'ombrelle verte + Grand' ouverte! + Du printemps--été d'hiver.-- + + La passion c'est l'averse + Qui traverse! + Mais la femme n'est qu'un grain: + Grain de beauté, de folie + Ou de pluie.... + Grain d'orage--ou de serein.-- + + Dans un clair rayon de boue, + Fait la roue, + La roue à grand appareil, + --Plume et queue--une Cocotte + Qui barbotte; + Vrai déjeuner de soleil! + + --«Anne! ou qui que tu sois, chère ... + Ou pas chère, + Dont on fait, à l'oeil, les yeux.... + Hum ... Zoé! Nadjejda! Jane! + Vois: je flâne, + Doublé d'or comme les cieux!» + + «<i>English spoken</i>?--Espagnole?... + Batignolle?... + Arbore le pavillon + Qui couvre ta marchandise, + O marquise + D'Amaëgur!... Frétillon!...» + + «Nom de singe ou nom d'Archange? + Ou mélange?... + Petit nom à huit ressorts? + Nom qui ronfle, ou nom qui chante: + Nom d'amante?... + Ou nom à coucher dehors?... + + Veux-tu, d'une amour fidelle, + Éternelle! + Nous adorer pour ce soir?... + Pour tes deux petites bottes + Que tu crottes, + Prends mon coeur et le trottoir!» + + «N'es-tu pas doña Sabine? + Carabine?... + Dis: veux-tu le paradis + De l'Odéon?--traversée + Insensée!... + On emporte des radis.»-- + + C'est alors que se dégaine + La rengaine: + --«Vous vous trompez.... Quel émoi!... + Laissez-moi ... je suis honnête....» + --Pas si bête! + --Pour qui me prends-tu?--Pour moi!...» + + «... Prendrais-tu pas quelque chose + Qu'on arrose + Avec n'importe quoi ... du + Jus de perles dans des coupes + D'or?... Tu coupes!... + Mais moi? Mina, me prends-tu?» + + --«Pourquoi pas: ça va sans dire!»-- + «--O sourire!... + Moi, par dessus le marché!... + Hermosa, tu m'as l'air franche + De la hanche! + Un cuistre en serait fâché!» + + --«Mais je me nomme Aloïse....» + «Héloïse! + Veux-tu, pour l'amour de l'art, + --Abeilard avant la lettre-- + Me permettre + D'être un peu ton Abeilard?» + + * * * * * + + Et, comme un grain blanc qui crève, + Le doux rêve + S'est couché là, sans point noir.... + Donne à ma lèvre apaisée, + «La rosée + D'un baiser-levant--Bonsoir»-- + + «C'est le chant de l'alouette, + Juliette! + Et c'est le chant du dindon.... + Je te fais, comme l'aurore + Qui te dore, + Un rond d'or sur l'édredon.» + + + + + <i>A UNE ROSE</i> + + + Rose, rose-d'amour vannée, + Jamais fanée. + Le rouge-fin est ta couleur, + O fausse-fleur! + + Feuille où pondent les journalistes + Un fait-divers, + Papier-Joseph, croquis d'artistes: + --Chiffres ou vers-- + + Coeur de parfum, montant arôme + Qui nous embaume ... + Et ferait même avec succès, + Après décès; + + Grise l'amour de ton haleine, + Vapeur malsaine, + Vent de pastille-du-sérail, + Hanté par l'ail! + + Ton épingle, épine-postiche, + Chaque nuit fiche + Le hanneton-d'or, ton amant ... + Sensitive ouverte, arrosée + De fausses-perles de rosée, + En diamant! + + Chaque jour palpite à la colle + De ta corolle + Un papillon-coquelicot, + Pur calicot. + + Rose-thé!...--Dans le grog, peut-être!-- + Tu dois renaître + Jaune, sous le fard du tampon, + Rose-pompon! + + Vénus-Coton, née en pelotte, + Un soir-matin, + Parmi l'écume ... que culotte + Le clan rapin! + + Rose-mousseuse, sur toi pousse + Souvent la mousse + De l'Ai..... Du BOCK plus souvent + --A 30 Cent. + + --Un coup-de-soleil de la rampe! + Qui te retrempe; + Un coup de pouce à ton grand air + Sur fil-de-fer!... + + Va, gommeuse et gommée, ô rose + De couperose, + Fleurir les faux-cols et les coeurs, + Gilets vainqueurs! + + + + + <i>A LA MÉMOIRE DE ZULMA + + Vierge-folle hors barrière et + + D'UN LOUIS</i> + + + <i>Bougival, 8 mai</i>. + + + Elle était riche de vingt ans, + Moi j'étais jeune de vingt francs, + Et nous fîmes bourse commune, + Placée, à fond-perdu, dans une + Infidèle nuit de printemps.... + + La lune a fait trou dedans, + Rond comme un écu de cinq francs, + Par où passa notre fortune: + Vingt ans! vingt francs!... et puis la lune! + + --En monnaie--hélas--les vingt francs! + En monnaie aussi les vingt ans! + Toujours de trous en trous de lune, + Et de bourse en bourse commune.... + --C'est à peu près même fortune! + + * * * * * + + --Je la trouvai--bien des printemps, + Bien des vingt ans, bien des vingt francs, + Bien des trous et bien de la lune + Après--Toujours vierge et vingt ans, + Et ... colonelle à la Commune! + + * * * * * + + --Puis après: la chasse aux passants, + Aux vingt sols, et plus aux vingt francs.... + Puis après: la fosse commune, + Nuit gratuite sans trou de lune. + + + (<i>Saint-Cloud.--Novembre</i>) + + + + + <i>BONNE FORTUNE et FORTUNE</i> + + + <i>Odor della feminita</i> + + Moi, je fais mon trottoir, quand la nature est belle, + Pour la passante qui, d'un petit air vainqueur, + Voudra bien crocheter, du bout de son ombrelle, + Un clin de ma prunelle ou la peau de mon coeur.... + + Et je me crois content--pas trop!--mais il faut vivre: + Pour promener un peu sa faim, le gueux s'enivre.... + + Un beau jour--quel métier!--je faisais, comme ça, + Ma croisière.--Métier!...--Enfin, Elle passa + --Elle qui?--La Passante! Elle, avec son ombrelle! + Vrai valet de bourreau, je la frôlai ...---mais Elle + + Me regarda tout bas, souriant en dessous, + Et ... me tendit sa main, et ... + m'a donné deux sous. + + + (<i>Rue des Martyrs</i>.) + + + + + <i>A UNE CAMARADE</i> + + + Que me veux-tu donc, femme trois fois fille?... + Moi qui te croyais un si bon enfant! + --De l'amour?...--Allons: cherche, apporte, pille! + M'aimer aussi, toi!... moi qui t'aimais tant. + + Oh! je t'aimais comme ... un lézard qui pèle + Aime le rayon qui cuit son sommeil.... + L'Amour entre nous vient battre de l'aile: + --Eh! qu'il s'ôte de devant mon soleil! + + Mon amour, à moi, n'aime pas qu'on l'aime; + Mendiant, il a peur d'être écouté.... + C'est un lazzarone enfin, un bohème, + Déjeunant de jeûne et de liberté. + + --Curiosité, bibelot, bricolle?... + C'est possible: il est rare--et c'est son bien-- + Mais un bibelot cassé se recolle; + Et lui, décollé, ne vaudra plus rien!... + + Va, n'enfonçons pas la porte entr'ouverte + Sur un paradis déjà trop rendu! + Et gardons à la pomme, jadis verte, + Sa peau, sous son fard de fruit défendu. + + Que nous sommes-nous donc fait l'un à l'autre?... + --Rien....--Peut-être alors que c'est pour cela; + --Quel a commencé?--Pas moi, bon apôtre! + Après, quel dira: c'est donc tout--voilà! + + --Tous les deux, sans doute....--Et toi, sois bien sûre + Que c'est encor moi le plus attrapé: + Car si, par erreur, ou par aventure, + Tu ne me trompais ... je serais trompé! + + Appelons cela: <i>l'amitié calmée</i>; + Puisque l'amour veut mettre son holà. + N'y croyons pas trop, chère mal-aimée.... + --C'est toujours trop vrai ces mensonges-là!-- + + Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire + --Si ça t'est égal--le quart-d'heure après. + Si nous en mourons--ce sera de rire.... + Moi qui l'aimais tant ton rire si frais! + + + + + <i>UN JEUNE QUI S'EN VA</i> + + + Morire. + + Oh le printemps!--Je voudrais paître!... + C'est drôle, est-ce pas: Les mourants + Font toujours ouvrir leur fenêtre, + Jaloux de leur part de printemps! + + Oh le printemps! Je veux écrire! + Donne-moi mon bout de crayon + --Mon bout de crayon, c'est ma lyre-- + Et--là--je me sens un rayon. + + Vite!... j'ai vu, dans mon délire, + Venir me manger dans la main + La Gloire qui voulait me lire! + --La gloire n'attend pas demain.-- + + Sur ton bras, soutiens ton poète, + Toi, sa Muse, quand il chantait, + Son Sourire quand il mourait, + Et sa Fête ... quand c'était fête! + + Sultane, apporte un peu ma pipe + Turque, incrustée en faux saphir, + Celle qui <i>va bien à mon type</i>.... + Et ris!--C'est fini de mourir; + + Et viens sur mon lit de malade; + Empêche la mort d'y toucher, + D'emporter cet enfant maussade + Qui ne veut pas s'aller coucher. + + Ne pleure donc plus,--je suis bête-- + Vois: mon drap n'est pas un linceul.... + Je chantais cela pour moi seul.... + Le vide chante dans ma tête. + + Retourne contre la muraille. + --Là--l'esquisse--un portrait de toi-- + Malgré lui mon oeil soûl travaille + Sur la toile.... C'était de moi. + + J'entends--bourdon de la fièvre-- + Un chant de berceau me monter: + «<i>J'entends le renard, le lièvre, + Le lièvre, le loup chanter</i>.» + + ... Va! nous aurons une chambrette + Bien fraîche, à papier bleu rayé; + Avec un vrai bon lit honnête + A nous, à rideaux ... et payé! + + Et nous irons dans la prairie + Pêcher à la ligne tous deux, + Ou bien <i>mourir pour la patrie</i>!... + --Tu sais, je fais ce que tu veux. + + ... Et nous aurons des robes neuves, + Nous serons riches à bâiller + Quand j'aurai revu <i>mes épreuves</i>! + --Pour vivre, il faut bien travailler.... + + --Non! mourir.... + La vie était belle + Avec toi! mais rien ne va plus.... + A moi le pompon d'immortelle + Des grands poètes que j'ai lus! + + A moi, <i>Myosotis! Feuille morte</i> + De <i>Jeune malade à pas lent!</i> + Souvenir de soi ... qu'on emporte + En croyant le laisser--souvent! + + --Décès: Rolla:--l'Académie-- + Murger, Beaudelaire:--hôpital,-- + Lamartine:--en perdant la vie + De sa fille, en strophes pas mal.... + + Doux bedeau, pleureuse en lévite, + <i>Harmonieux</i> tronc des <i>moissonnés</i> + Inventeur de la <i>larme écrite</i>, + Lacrymatoire d'abonnés!... + + Moreau---j'oubliais--Hégésippe, + Créateur de l'art-hôpital.... + Depuis, j'ai la phthisie en grippe; + Ce n'est plus même original. + + --Escousse encor: mort en extase + De lui; mort phthisique d'orgueil. + --Gilbert: phthisie et paraphrase + Rentrée, en se pleurant <i>à l'oeil</i>. + + --Un autre incompris: Lacenaire, + Faisant des vers en amateur + Dans le goût anti-poitrinaire, + Avec Sanson pour éditeur. + + --Lord Byron, gentleman-vampire, + Hystérique du ténébreux; + Anglais sec, cassé par son rire, + Son noble rire de lépreux. + + --Hugo: l'Homme apocalyptique, + L'Homme-Ceci-tûra-cela, + Meurt, gardenational épique; + Il n'en reste qu'un--celui-là!-- + + ... Puis un tas d'amants de la lune, + Guère plus morts qu'ils n'ont vécu, + Et changeant de fosse commune + Sans un discours, sans un écu! + + J'en ai lus mourir!... Et ce cygne + Sous le couteau du cuisinier: + --Chénier--... Je me sens--mauvais signe!-- + De la jalousie.--O métier! + + Métier! Métier de mourir.... + Assez, j'ai fini mon étude. + Métier: se rimer finir!... + C'est une affaire d'habitude. + + Mais non, la poésie est: vivre, + Paresser encore, et souffrir + Pour toi, maîtresse! et pour mon livre; + Il est là qui dort + --Non: mourir! + + * * * * * + + Sentir sur ma lèvre appauvrie + Ton dernier baiser se gercer, + La mort dans tes bras me bercer.... + Me déshabiller de la vie!... + + + (<i>Charenton.--Avril</i>.) + + + + + <i>INSOMNIE</i> + + + Insomnie, impalpable Bête! + N'as-tu d'amour que dans la tête: + Pour venir te pâmer à voir, + Sous ton mauvais oeil, l'homme mordre + Ses draps, et dans l'ennui se tordre!... + Sous ton oeil de diamant noir. + + Dis: pourquoi, durant la nuit blanche, + Pluvieuse comme un dimanche, + Venir nous lécher comme un chien: + Espérance ou Regret qui veille, + A notre palpitante oreille + Parler bas ... et ne dire rien? + + Pourquoi, sur notre gorge aride, + Toujours pencher ta coupe vide + Et nous laisser le cou tendu, + Tantales, soiffeurs de chimère: + --Philtre amoureux ou lie amère + Fraîche rosée ou plomb fondu!-- + + Insomnie, es-tu donc pas belle?... + Eh pourquoi, lubrique pucelle, + Nous étreindre entre tes genoux? + Pourquoi râler sur notre bouche, + Pourquoi défaire notre couche, + Et ... ne pas coucher avec nous + + Pourquoi, Belle-de-nuit impure, + Ce masque noir sur ta figure?... + --Pour intriguer les songes d'or?... + N'es-tu pas l'amour dans l'espace, + Souffle de Messaline lasse, + Mais pas rassasiée encor! + + Insomnie, est-tu l'Hystérie.... + Es-tu l'orgue de barbarie + Qui moud l'<i>Hosannah</i> des Élus?... + --Ou n'es-tu pas l'éternel plectre, + Sur les nerfs des damnés-de-lettre, + Raclant leurs vers--qu'eux seuls ont lus. + + Insomnie, es-tu l'âne en peine + De Buridan--ou le phalène + De l'enfer?--Ton baiser de feu + Laisse un goût froidi de fer rouge.... + Oh! viens te poser dans mon bouge!... + Nous dormirons ensemble un peu. + + + + + <i>LA PIPE AU POÈTE</i> + + + Je suis la Pipe d'un poète, + Sa nourrice, et: j'endors sa <i>Bête</i>. + + Quand ses chimères éborgnées + Viennent se heurter à son front, + Je fume.... Et lui, dans son plafond, + Ne peut plus voir les araignées. + + ... Je lui fais un ciel, des nuages, + La mer, le désert, des mirages; + --Il laisse errer là son oeil mort.... + + Et, quand lourde devient la nue, + Il croit voir une ombre connue, + --Et je sens mon tuyau qu'il mord. + + --Un autre tourbillon délie + Son âme, son carcan, sa vie! + ... Et je me sens m'éteindre.--Il dort-- + + * * * * * + + --Dors encor: la <i>Bête</i> est calmée, + File ton rêve jusqu'au bout.... + Mon Pauvre!... la fumée est tout. + --S'il est vrai que tout est fumée.... + + + (<i>Paris--Janvier</i>) + + + + + <i>LE CRAPAUD</i> + + + Un chant dans une nuit sans air.... + --La lune plaque en métal clair + Les découpures du vert sombre. + + ... Un chant; comme un écho, tout vif + Enterré, là, sous le massif.... + --Ça se tait: Viens, c'est là, dans l'ombre.... + + --Un crapaud!--Pourquoi cette peur, + Près de moi, ton soldat fidèle! + Vois-le, poète tondu, sans aile, + Rossignol de la boue....--Horreur!-- + + ... Il chante.--Horreur!!--Horreur pourquoi + Vois-tu pas son oeil de lumière.... + Non: il s'en va, froid, sous sa pierre. + + * * * * * + + Bonsoir--ce crapaud-là c'est moi. + + + (<i>Ce soir, 20 Juillet</i>.) + + + + + <i>FEMME</i> + + + <i>la Bête fer</i> + + Lui--cet être faussé, mal aimé, mal souffert, + Mal haï--mauvais livre ... et pire: il m'intéresse.-- + S'il est vide après tout.... Oh mon dieu, je le laisse, + Comme un roman pauvre--entr'ouvert. + + Cet homme est laid....--Et moi, ne suis-je donc pas belle, + Et belle encore pour nous deux!-- + En suis-je donc enfin aux rêves de pucelle?... + --Je suis reine: Qu'il soit lépreux! + + Où vais-je--femme!--Après ... suis-je donc cas légère + Pour me relever d'un faux pas! + Est-ce donc Lui que j'aime?--Eh non! c'est son mystère.... + Celui que peut-être Il n'a pas. + + Plus Il m'évite, et plus et plus Il me poursuit.... + Nous verrons ce dédain suprême. + Il est rare à croquer, celui-là qui me fuit!... + Il me fuit--Eh bien non!... Pas même. + + ... Aurais-je ri pourtant! si, comme un galant homme, + Il avait allumé ses feux.... + Comme Ève--femme aussi--qui n'aimait pas la Pomme, + Je ne l'aime pas--et j'en veux!-- + + C'est innocent.--Et Lui: ... Si l'arme était chargée.... + --Et moi, j'aime les vilains jeux! + Et ... l'on sait amuser, avec une dragée + Haute, un animal ombrageux. + + De quel droit ce regard, ce mauvais oeil qui touche: + Monsieur poserait le fatal? + Je suis myope, il est vrai,... Peut-être qu'il est louche; + Je l'ai vu si peu--mais si mal.-- + + ... Et si je le laissais se draper en quenouille, + Seul dans sa honteuse fierté!... + --Non. Je sens me ronger, comme ronge la rouille, + Mon orgueil malade, irrité. + + Allons donc! c'est écrit--n'est-ce pas--dans ma tête, + En pattes-de-mouche d'enfer; + Écrit, sur cette page où--là--ma main s'arrête. + --Main de femme et plume de fer.-- + + Oui!--Baiser de Judas--Lui cracher à la bouche + Cet <i>amour!</i>--Il l'a mérité-- + Lui dont la triste image est debout sur ma couche, + Implacable de volupté. + + Oh oui: coller ma langue à l'inerte sourire + Qu'il porte là comme un faux pli! + Songe creux et malsain, repoussant ... qui m'attire! + ................................. + Une nuit blanche ... un jour sali.... + + + + + <i>DUEL AUX CAMÉLIAS</i> + + + J'ai vu le soleil dur contre les touffes + Ferrailler.--J'ai vu deux fers soleiller, + Deux fers qui faisaient des parades bouffes; + Des merles en noir regardaient briller. + + Un monsieur en linge arrangeait sa manche; + Blanc, il me semblait un gros camélia; + Une autre fleur rose était sur la branche, + Rose comme.... Et puis un fleuret plia. + + --Je vois rouge.... Ah oui! c'est juste: on s'égorge-- + ... Un camélia blanc--là--comme Sa gorge ... + Un camélia jaune,--ici--tout mâché.... + + Amour mort, tombé de ma boutonnière. + --A moi, plaie ouverte et fleur printannière! + Camélia vivant, de sang panaché! + + + (<i>Veneris Dies</i> 13***) + + + + + <i>FLEUR D'ART</i> + + + Oui--Quel art jaloux dans Ta fine histoire! + Quels bibelots chers!--Un bout de sonnet, + Un coeur gravé dans ta manière noire, + Des traits de canif à coups de stylet.-- + + Tout fier mon coeur porte à la boutonnière + Que tu lui taillas, un petit bouquet + D'immortelle rouge--Encor ta manière-- + C'est du sang en fleur. Souvenir coquet. + + Allons, pas de pleurs à notre mémoire! + --C'est la mâle-mort de l'amour ici-- + Foin du myosotis, vieux sachet d'armoire! + + Double femme, va!... Qu'un âne te braie! + Si tu n'étais fausse, eh serais-tu vraie?... + L'amour est un duel:--Bien touché! Merci. + + + + + <i>PAUVRE GARÇON</i> + + + <i>La Bête féroce</i>. + + Lui qui sifflait si haut, son petit air de tête, + Etait plat près de moi; je voyais qu'il cherchait ... + Et ne trouvait pas, et ... j'aimais le sentir bête, + Ce héros qui n'a pas su trouver qu'il m'aimait. + + J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête. + Il regardait cela.... Vraiment, cela l'usait?... + Quel instrument rétif à jouer, qu'un poète!... + J'en ai joué. Vraiment--moi--cela m'amusait. + + Est-il mort?...--Ah--c'était, du reste, un garçon drôle. + Aurait-il donc trop pris au sérieux son rôle, + Sans me le dire ... au moins.--Car il est mort, de quoi?... + + Se serait-il laissé fluer de poésie.... + Serait-il mort <i>de chic</i>, de boire, ou de phthisie, + Ou, peut-être, après tout: de rien ... + ou bien de Moi. + + + + + <i>DÉCLIN</i> + + + Comme il était bien, Lui, ce Jeune plein de sève! + Apre à la vie <i>O Gué</i>!... et si doux en son rêve. + Comme il portait sa tête ou la couchait gaîment! + Hume-vent à l'amour!... qu'il passait tristement. + + Oh comme il était Rien!...--Aujourd'hui, sans rancune + Il a vu lui sourire, au retour, la Fortune; + Lui ne sourira plus que d'autrefois; il sait + Combien tout cela coûte et comment ça se fait. + + Son Coeur a pris du ventre et dit bonjour en prose. + Il est coté fort cher ... ce Dieu c'est quelque chose; + Il ne va plus les mains dans les poches tout nu.... + + Dans sa gloire qu'il porte en paletot funèbre, + Vous le reconnaîtrez fini, banal, célèbre.... + Vous le reconnaîtrez, alors, cet inconnu. + + + + + <i>BONSOIR</i> + + + Et vous viendrez alors, imbécile caillette, + Taper dans ce miroir clignant qui se paillette + D'un éclis d'or, accroc de l'astre jaune, éteint + Vous verrez un bijou dans cet éclat de tain + + Vous viendrez à cet homme, à son reflet mièvre + Sans chaleur.... Mais, au jour qu'il dardait la fièvre, + Vous n'avez rien senti, vous qui--midi passé-- + Tombez dans ce rayon tombant qu'il a laissé. + + Lui ne vous connaît plus, Vous, l'Ombre déjà vue, + Vous qu'il avait couchée en son ciel toute nue, + Quand il était un Dieu!... Tout cela--n'en faut plus.-- + + Croyez--Mais lui n'a plus ce mirage qui leurre, + Pleurez--Mais il n'a plus cette corde qui pleure. + Ses chants ...--C'était d'un autre; il ne les a pas plus. + + + + + <i>LE POÈTE CONTUMACE</i> + + + Sur la côte d'ARMOR,--Un ancien vieux couvent, + Les vents se croyaient là dans un moulin-à-vent, + Et les ânes de la contrée, + Au lierre râpé, venaient râper leurs dents + Contre un mur si troué que, pour entrer dedans, + On n'aurait pu trouver l'entrée. + + --Seul--mais toujours debout avec un rare aplomb, + Crénelé comme la mâchoire d'une vieille, + Son toit à coups-de-poing sur le coin de l'oreille, + Aux corneilles bayant, se tenait le donjon, + + Fier toujours d'avoir eu, dans le temps, sa légende.... + Ce n'était plus qu'un nid à gens de contrebande, + Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers, + Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers. + + --Aujourd'hui l'hôte était de la borgne tourelle, + Un Poète sauvage, avec un plomb dans l'aile, + Et tombé là parmi les antiques hiboux + Qui l'estimaient d'en haut.--Il respectait leurs trous,-- + Lui, seul hibou payant, comme son <i>bail</i> le porte: + <i>Pour vingt-cinq écus l'an, dont: remettre une porte</i>.-- + + Pour les gens du pays, il ne les voyait pas: + Seulement, en passant, eux regardaient d'en bas, + Se montrant du nez sa fenêtre; + Le curé se doutait que c'était un lépreux; + Et le maire disait:--Moi, qu'est-ce que j'y peux, + C'est plutôt un Anglais ... un <i>Etre</i>. + + Les femmes avaient su--sans doute par les buses, + Qu'il <i>vivait en concubinage avec des Muses!</i>... + Un hérétique enfin.... Quelque <i>Parisien</i> + De Paris ou d'ailleurs.--Hélas! on n'en sait rien.-- + Il était invisible; et, comme <i>ses Donzelles + Ne s'affichaient pas trop</i>, on ne parla plus d'elles. + + --Lui, c'était simplement un long flâneur, sec, pâle; + Un ermite-amateur, chassé par la rafale.... + Il avait trop aimé les beaux pays malsains + Condamné des huissiers, comme des médecins, + Il avait posé là, seul et cherchant sa place + Pour mourir seul ou pour vivre par contumace.... + + Faisant, d'un à-peu-près d'artiste, + Un philosophe d'à peu près, + Râleur de soleil ou de frais, + En dehors de l'humaine piste. + + Il lui restait encore un hamac, une vielle, + Un barbet qui dormait sous le nom de <i>Fidèle</i>; + Non moins fidèle était, triste et doux comme lui, + Un autre compagnon qui s'appelait l'Ennui. + + Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve. + Son rêve était le flot qui montait sur la grève, + Le flot qui descendait; + Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre.... + Attendre quoi ... le flot monter--le flot descendre-- + Ou l'Absente.... Qui sait? + + Le sait-il bien lui-même?... Au vent de sa guérite, + A-t-il donc oublié comme les morts vont vite, + Lui, ce viveur vécu, revenant égaré, + Cherche-t-il son follet, à lui, mal enterré? + + --Certe, Elle n'est pas loin, celle après qui tu brames, + O Cerf de Saint-Hubert! Mais ton front est sans flammes.... + N'apparais pas, mon vieux, triste et faux déterré.... + Fais le mort si tu peux.... Car Elle t'a pleuré! + + --Est-ce qu'il pouvait, Lui!... n'était-il pas poète.... + Immortel comme un autre?... Et dans sa pauvre tête + Déménagée, encor il sentait que les vers + Hexamètres faisaient les cent pas de travers. + + --Manque de savoir-vivre extrême--il survivait-- + Et--manque de savoir-mourir--il écrivait: + + «C'est un être passé de cent lunes, ma Chère, + En ton coeur poétique, à l'état légendaire. + Je rime, donc je vis ... ne crains pas, c'est <i>à blanc</i>. + --Une coquille d'huître en rupture de banc!-- + Oui, j'ai beau me palper: c'est moi!--Dernière faute-- + En route pour les cieux--car ma niche est si haute!-- + Je me suis demandé, prêt à prendre l'essor: + Tête ou pile ...--Et voilà--je me demande encor....» + + «C'est à toi que je fis mes adieux à la vie, + A toi qui me pleuras, jusqu'à me faire envie + De rester me pleurer avec toi. Maintenant + C'est joué, je ne suis qu'un gâteux revenant, + En os et ... (j'allais dire en chair).--La chose est sûre + C'est bien moi, je suis là--mais comme une rature.» + + «Nous étions amateurs de curiosité: + Viens voir <i>le Bibelot</i>.--Moi j'en suis dégoûté.-- + Dans mes dégoûts surtout, j'ai des goûts élégants; + Tu sais: j'avais lâché la Vie avec des gants; + L'<i>Autre</i> n'est pas même à prendre avec des pincettes ... + Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes.» + + «Reviens m'aider: Tes yeux dans ces yeux-là! Ta lèvre + Sur cette lèvre!... Et, là, ne sens-tu pas ma fièvre + --Ma <i>fièvre de Toi?</i>...--Sous l'orbe est-il passé + L'arc-en-ciel au charbon par nos nuits laissé? + Et cette étoile?...--Oh! va, ne cherche plus l'étoile + Que tu voulais voir à mon front; + Une araignée a fait sa toile, + Au même endroit--dans le plafond.» + + «Je suis un étranger.--Cela vaut mieux peut-être.... + --Eh bien! non, viens encor un peu me reconnaître; + Comme au bon saint Thomas, je veux te voir la foi, + Je veux te voir toucher la plaie et dire:--Toi!»-- + + «Viens encor me finir--c'est très gai: De ta chambre, + Tu verras mes moissons--Nous sommes en décembre-- + Mes grands bois de sapin, les fleurs d'or des genêts, + Mes bruyères d'Armor ...--en tas sur les chenets. + Viens te gorger d'air pur--Ici j'ai de la brise + Si franche!... que le bout de ma toiture en frise. + Le soleil est si doux ...--qu'il gèle tout le temps. + Le printemps....--Le printemps n'est-ce pas tes vingt ans. + On n'attend plus que toi, vois: déjà l'hirondelle + Se pose ... en fer rouillé, clouée à ma tourelle.-- + Et bientôt nous pourrons cueillir le champignon.... + Dans mon escalier que dore ... un lumignon. + Dans le mur qui verdoie existe une pervenche + Sèche.--... Et puis nous irons à l'eau <i>faire</i> la planche + --Planches d'épave au sec--comme moi--sur ces plages. + La Mer roucoule sa <i>Berceuse pour naufrages</i>; + Barcarolle du soir ... pour les canards sauvages.» + + «En <i>Paul et Virginie</i>, et virginaux--veux-tu-- + Nous nous mettrons au vert du paradis perdu.... + Ou <i>Robinson avec Vendredi</i>--c'est facile-- + La pluie a déjà fait, de mon royaume, une île.» + + «Si pourtant, près de moi, tu crains la solitude, + Nous avons des amis, sans fard--Un braconnier; + Sans compter un caban bleu qui, par habitude, + Fait toujours les cent-pas et contient un douanier.... + Plus de clercs d'huissier! J'ai le clair de la lune, + Et des amis pierrots amoureux sans fortune.» + + --«Et nos nuits!... <i>Belles nuits pour l'orgie à la tour!</i>... + Nuits à la Roméo!--Jamais il ne fait jour.-- + La Nature au réveil--réveil de déchaînée-- + Secouant son drap blanc ... éteint ma cheminée. + Voici mes rossignols ... rossignols d'ouragans-- + Gais comme des poinçons--sanglots de chats-huans! + Ma girouette dérouille en haut sa tyrolienne + Et l'on entend gémir ma porte éolienne, + Comme chez saint Antoine en sa tentation.... + Oh viens! joli Suppôt de la séduction!» + + --«Hop! les rats du grenier dansent des farandoles! + Les ardoises du toit roulent en castagnoles! + Les Folles-du-logis.... + Non, je n'ai plus de Folles!» + + ... «Comme je revendrais ma dépouille à Satan + S'il me tentait avec un petit Revenant.... + --Toi--Je te vois partout, mais comme un voyant blême, + Je t'adore.... Et c'est pauvre: adorer ce qu'on aime! + Apparais, un poignard dans le coeur!--Ce sera, + Tu sais bien, comme dans <i>Inès de La Sierra</i>.... + --On frappe ... oh! c'est quelqu'un.... + Hélas! oui, c'est un rat.» + + --«Je rêvasse ... et toujours c'est <i>Toi</i>. Sur toute chose, + Comme un esprit follet, ton souvenir se pose: + Ma solitude--<i>Toi!</i>--Mes hiboux à l'oeil d'or: + --<i>Toi!</i>--Ma girouette folle: Oh <i>Toi!</i>...--Que sais-je encor, + --<i>Toi</i>: mes volets ouvrant les bras dans la tempête.... + Une lointaine voix: c'est Ta chanson!--c'est fête!... + Les rafales fouaillant Ton nom perdu--c'est bête-- + C'est bête, mais c'est <i>Toi</i>! Mon coeur au grand ouvert + Comme mes volets en pantenne, + Bat, tout affolé sous l'haleine + Des plus bizarres courants d'air.» + + «Tiens ... une ombre portée, un instant, est venue + Dessiner ton profil sur la muraille nue, + Et j'ai tourné la tête....--Espoir ou souvenir-- + <i> Ma Soeur Anne, à la tour, voyez-vous pas venir?</i>».... + + --«Rien!--je vois ... je vois, dans ma froide chambrette, + Mon lit capitonné de <i>satin de brouette</i>; + Et mon chien qui dort dessus--Pauvre animal-- + ... Et je ris ... parce que ça me fait un peu mal.» + + «J'ai pris, pour t'appeler, ma vielle et ma lyre. + Mon coeur fait de l'esprit--le sot--pour se leurrer.... + Viens pleurer, si mes vers ont pu te faire rire; + Viens rire, s'ils t'ont fait pleurer....» + + «Ce sera drôle.... Viens jouer à la misère, + D'après nature:--<i>Un coeur avec une chaumière</i>.-- + ... Il pleut dans mon foyer, il pleut dans mon coeur feu. + Viens! Ma chandelle est morte et je n'ai plus de feu....» + + * * * * * + + Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre. + Le soleil se levait. Il regarda sa lettre, + Rit et la déchira.... Les petits morceaux blancs, + Dans la brume, semblaient un vol de goélands. + + + (<i>Penmarc'h--jour de Noël</i>.) + + + * * * * * + + + <i>SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES</i> + + + * * * * * + + + <i>SONNET DE NUIT</i> + + + O croisée ensommeillée, + Dure à mes trente-six morts! + Vitre en diamant, éraillée + Par mes atroces accords! + + Herse hérissant rouillée + Tes crocs où je pends et mords! + Oubliette verrouillée + Qui me renferme ... dehors! + + Pour Toi, Bourreau que j'encense, + L'amour n'est donc que vengeance?... + Ton balcon: gril à braiser?... + + Ton col: collier de garotte?... + Eh bien! ouvre, Iscariote, + Ton judas pour un baiser! + + + + + <i>GUITARE</i> + + + Je sais rouler une amourette + En cigarette, + Je sais rouler l'or et les plats! + Et les filles dans de beaux draps! + + Ne crains pas de longueurs fidèles: + Pour mûles mes pieds ont des ailes; + Voleur de nuit, hibou d'amour, + M'envole au jour. + + Connais-tu Psyché?--Non?--Mercure?... + Cendrillon et son aventure? + --Non?--... Eh bien! tout cela, c'est moi: + Nul ne me voit. + + Et je te laisserais bien fraîche + Comme un petit Jésus en crèche, + Avant le rayon indiscret.... + --Je suis si laid!-- + + Je sais flamber en cigarette, + Une amourette! + Chiffonner et flamber les draps, + Mettre les filles dans les plats! + + + + + <i>RESCOUSSE</i> + + Si ma guitare + Que je répare, + Trois fois barbare: + <i>Kriss</i> Indien. + + Cric de supplice, + Bois de justice, + Boîte à malice, + Ne fait pas bien.... + + Si ma voix pire + Ne peut te dire + Mon doux martyre.... + --Métier de chien! + + Si mon cigare, + Viatique et phare, + Point ne t'égare; + --Feu de brûler.... + + Si ma menace, + Trombe qui passe, + Manque de grâce; + --Muet de hurler.... + + Si de mon âme + La mer en flamme + N'a pas de lame; + --Cuit de geler.... + + Vais m'en aller! + + + + + <i>TOIT</i> + + + Tiens non! J'attendrai tranquille, + Planté sous le toit, + Qu'il me tombe quelque tuile, + Souvenir de Toi! + + J'ai tondu l'herbe, je lèche + La pierre,--altéré + Comme <i>la Colique-sèche</i> + <i>De Miserere</i>! + + Je crèverai--Dieu me damne!-- + Ton tympan ou la peau d'âne + De mon bon tambour! + + Dans ton boîtier, ô Fenêtre! + Calme et pure, gît peut-être.... + ..................... + Un vieux monsieur sourd! + + + + + <i>LITANIE</i> + + + Non ... Mon coeur te sent là, Petite, + Qui dors pour me laisser plus vite + Passer ma nuit, si longue encor, + Sur le pavé comme un rat mort.... + + --Dors. La berceuse litanie + Sérénade jamais finie + Sur Ta lèvre reste poser + Comme une haleine de baiser: + + --«Nénuphar du ciel! Blanche Etoile! + Tour ivoirine! Nef sans voile! + <i>Vesper, amoris Aurora</i>!» + + Ah! je sais les répons mystiques, + Pour le cantique des cantiques + Qu'on chante ... au Diable, Senora! + + + + + <i>CHAPELLET</i> + + + A moi, grand chapelet! pour égrener mes plaintes, + Avec tous les AVE de Sa <i>Perfection</i>, + Son nom et tous les noms de ses Fêtes et Saintes ... + Du Mardi-gras jusqu'à la <i>Circoncision</i>: + + --<i>Navaja-Dolorès-y-Crucificcion!</i>.... + --Le Christ avait au moins son éponge d'absinthe....-- + Quand donc arriverai-je à ton <i>Ascencion</i>!... + --Isaac Laquedem, prête-moi ta complainte. + + --<i>O Todas-las-Santas!</i> Tes vitres sont pareilles, + <i>Secundum ordinem</i>, à ces fonds de bouteilles + Qu'on casse à coups de trique à la <i>Quasimodo</i>.... + + Mais, ô <i>Quasimodo</i>, tu ne viens pas encore; + Pour casse-tête, hélas! je n'ai que ma mandore.... + --<i>Se habla espanol: Paraque ... raquando</i>?... + + + + + <i>ELIZIR D'AMOR</i> + + + Tu ne me veux pas en rêve, + Tu m'auras en cauchemar! + T'écorchant au vif, sans trêve, + --Pour moi ... pour l'amour de l'art. + + --Ouvre: je passerai vite, + Les nuits sont courtes, l'été.... + Mais ma musique est maudite, + Maudite en l'éternité! + + J'assourdirai les recluses, + Éreintant à coups de pieux, + Les Neuf et les autres Muses.... + Et qui n'en iront que mieux!... + + Répéterai tous mes rôles + Borgnes--et d'aveugle aussi.... + D'ordinaire tous ces drôles + Ont assez bon <i>oeil</i> ici: + + --A genoux, haut Cavalier, + A pied, traînant ma rapière, + Je baise dans la poussière + Les traces de Ton soulier! + + --Je viens, Pèlerin austère, + Capucin et Troubadour, + Dire mon bout de rosaire + Sur la viole d'amour. + + --Bachelier de Salamanque, + Le plus simple et le dernier.... + Ce fonds jamais ne me manque: + --Tout voeux! et pas un denier!-- + + --Retapeur de casserolles, + Sale Gitan vagabond, + Je claque des castagnoles + Et chatouille le jambon.... + + --Pas-de-loup, loup sur la face, + Moi chien-loup maraudeur, + J'erre en offrant de ma race: + --Pur-Don-Juan-du-Commandeur.-- + + Maîtresse peut me connaître, + Chien parmi les chiens perdus: + Abeilard n'est pas mon maître, + Alcibiade non plus! + + + + + <i>VÉNERIE</i> + + + O Vénus, dans ta Vénerie, + Limier et piqueur à la fois, + Valet-de-chiens et d'écurie, + J'ai vu l'Hallali, les Abois!... + + Que Diane aussi me sourie!... + A cors, à cris, à pleine voix + Je fais le pied, je fais le bois; + Car on dit que: <i>bête varie</i>.... + + --Un pied de biche: Le voici, + Cordon de sonnette sur rue; + --Bois de cerf: de la porte aussi; + --Et puis un pied: un pied-de-grue!... + + O Fauve après qui j'aboyais, + --Je suis fourbu, qu'on me relaie!-- + O Bête! es-tu donc une laie: + + + Bien moins sauvage te croyais! + + + + + <i>VENDETTA</i> + + + Tu ne veux pas de mon âme + Que je jette à tour de bras: + Chère, tu me le payeras!... + Sans rancune--je suis femme!-- + + Tu ne veux pas de ma peau: + Venimeux comme un jésuite. + Prends garde!... je suis ensuite + Jésuite comme un crapaud, + + Et plat comme la punaise, + Compagne que j'ai sur moi, + Pure ... mais,--ne te déplaise,-- + Je te préférerais, Toi! + + --Je suis encor, Ma très-Chère, + Serpent comme le Serpent + Froid, coulant, poisson rampant + Qui fit pécher ta grand'mère.... + + Et tu ne vaux pas, Pécore, + Beaucoup plus qu'elle, je croi.... + Vaux-tu ma chanson encore?... + Me vaux-tu seulement moi!... + + + + + <i>HEURES</i> + + + Aumône au malandrin en chasse + Mauvais oeil à l'oeil assassin! + Fer contre fer au spadassin! + --Mon âme n'est pas en état de grâce!-- + + Je suis le fou de Pampelune, + J'ai peur du rire de la Lune, + Cafarde, avec son crêpe noir.... + Horreur! tout est donc sous un éteignoir. + + J'entends comme un bruit de crécelle.... + C'est la male heure qui m'appelle. + Dans le creux des nuits tombe: un glas ... deux glas + + J'ai compté plus de quatorze heures.... + L'heure est une larme--Tu pleures, + Mon coeur!... Chante encor, va--Ne compte pas. + + + + + <i>CHANSON EN SI</i> + + + Si j'étais noble Faucon, + Tournoierais sur ton balcon.... + --Taureau: foncerais ta porte.... + --Vampire: te boirais morte.... + Te boirais! + + --Geôlier: lèverais l'écrou.... + --Rat: ferais un petit trou.... + Si j'étais brise alizée, + Te mouillerais de rosée.... + Roserais! + + Si j'étais gros Confesseur, + Te fouaillerais, ô Ma Soeur! + Pour seconde pénitence, + Te dirais ce que je pense.... + Te dirais.... + + Si j'étais un maigre Apôtre, + Dirais: «Donnez-vous l'un l'autre, + Pour votre faim apaiser: + Le pain-d'amour: Un baiser.» + Si j'étais!... + + Si j'étais Frère-quêteur, + Quêterais ton petit coeur + Pour Dieu le Fils et le Père, + L'Église leur Sainte Mère.... + Quêterais! + + Si j'étais Madone riche, + Jetterais bien, de ma niche, + Un regard, un sou béni + Pour le cantique fini.... + Jetterais! + + Si j'étais un vieux bedeau, + Mettrais un cierge au rideau.... + D'un goupillon d'eau bénite, + L'éteindrais, la vespre dite, + L'éteindrais! + + Si j'étais roide pendu, + Au ciel serais tout rendu: + Grimperais après ma corde, + Ancre de miséricorde, + Grimperais! + + Si j'étais femme.... Eh, la Belle, + Te ferais ma Colombelle.... + A la porte les galants + Pourraient se percer des flancs.... + Te ferais.... + + Enfant, si j'étais la duègne + Rossinante qui te peigne, + SENORA, si j'étais Toi.... + J'ouvrirais au pauvre Moi. + --Ouvrirais!-- + + + + + <i>PORTES ET FENÊTRES</i> + + + N'entends-tu pas?--Sang et guitare!-- + Réponds!... je damnerai plus fort. + Nulle ne m'a laissé, Barbare, + Aussi longtemps me crier mort! + + Ni faire autant de purgatoire!... + Tu ne vois ni n'entends mes pas, + Ton oeil est clos, la nuit est noire: + Fais signe--Je ne verrai pas. + + En enfer j'ai pavé ta rue. + Tous les damnés sont en émoi.... + Trop incomparable Inconnue! + Si tu n'es pas là ... préviens-moi! + + A damner je n'ai plus d'alcades, + Je n'ai fait que me damner moi, + En serinant mes sérénades.... + --Il ne reste à damner que Toi! + + + + + <i>GRAND OPÉRA</i> + + + Ier ACTE (<i>Vêpres</i>). + + + Dors sous le tabernacle, ô Figure de cire! + Triple Châsse vierge et martyre, + Derrière un verre, tout le plomb, + Et dans les siècles des siècles.... Comme c'est long! + + Portes-tu ton coeur d'or sur ta robe lamée, + Ton âme veille-t-elle en la lampe allumée?... + + Elle est éteinte + Cette huile sainte.... + Il est éteint + Le sacristain!... + + L'orgue sacré, ses flots et ses bruits de rafale + Sous les voûtes, font-ils frissonner ton front pâle?... + + Dans ton éternité sais-tu la barbarie + De mon orgue infernal, <i>orgue de Barbarie</i>? + + Du prêtre, sous l'autel, n'ouïs-tu pas les pas + Et le mot qu'à l'Hostie il murmure tout bas?... + + --Et bien! moi j'attendrai que sur ton oreiller, + La trompette de Dieu vienne te réveiller! + + * * * * * + + Chasse, ne sais-tu pas qu'en passant ta chapelle, + De par le Pape, tout fidèle, + Évêque, publicain ou lépreux, a le droit + De t'entr'ouvrir sa plaie et d'en toucher ton doigt?... + A Saint-Jacques de Compostelle + J'en ai bien fait autant pour un bout de chandelle. + + A ce prix-là je dois baiser la blanche hostie + Qui scelle, sur ta bouche en or, ta chasteté + Close en odeur de sainteté + + * * * * * + + Cordieu! Madame est donc sortie?... + + + + + IIe ACTE (<i>Sabbat</i>). + + + Je suis un bon ange, ô bel Ange! + Pour te couvrir, doux gardien.... + La terre maudite me tient. + Ma plume a trempé dans la fange.... + + Ha! je ne bats plus que d'une aile!... + Prions ... l'esprit du Diable est prompt.... + --Ah! si j'étais lui, de quel bond + Je serais sur toi, la Donzelle! + + ... Ma blanche couronne à ma tête + Déjà s'effeuille; la tempête + Dans mes mains a brisé mon lys.... + + --Par Belzébuth! contre la borne + Je viens de me rompre la corne! + + * * * * * + + Comme les trucs sont démolis! + + + + + IIIe ACTE (<i>Sereno</i>). + + + Hola!... je vois poindre un fanal oblique + --Flamberge au vent, joli Muguet! + <i>Sangre Dios</i>! rossons le guet!... + + Un bonhomme mélancolique + Chante:--Bonsoir Senor, Senor Caballero, + Sereno....--Sereno toi-même! + --Minuit: second jour de carême, + Prêtez-moi donc un cigaro.... + + <i>Gracia</i>! la Vierge vous garde! + --La Vierge?... grand merci, vieux! Je sens la moutarde!... + --Par Saint-Joseph! Senor, que faites-vous ici?-- + --Mais ... pas grand'chose et toi, merci. + + --C'est pour votre plaisir?...--Je damne les alcades + De Tolose au Guadalété! + --Il est un violon, là-bas sous les arcades.... + --Ça: n'as-tu jamais arrêté + Musset ... musset pour sérénade? + + --<i>Santos</i>!... non, sur la promenade, + Je n'ai jamais vu de mussets.... + --Son page était en embuscade.... + --<i>Ah Carambah!</i> Monsieur est un senor Français + Qui vient nous la faire à l'aubade?... + + + + + <i>PIECE A CARREAUX</i> + + + Ah! si Vous avez à Tolède, + Un vitrier + Qui vous forge un vitrail plus raide + Qu'un bouclier!... + + A Tolède j'irai ma flamme + Souffler, ce soir; + A Tolède tremper la lame + De mon rasoir! + + Si cela ne vous amadoue: + Vais aiguiser, + Contre tous les cuirs de Cordoue, + Mon dur baiser: + + --Donc--A qui rompra: votre oreille, + Ou bien mes vers! + Ma corde-à-boyaux sans pareille, + Ou bien vos nerfs? + + --A qui fendra: ma castagnette, + Ou bien vos dents.... + L'Idole en grès, ou le Squelette + Aux yeux dardants! + + --A qui fondra: vous ou mes cierges, + O plombs croisés!... + En serez-vous beaucoup plus vierges, + Carreaux cassés? + + Et Vous qui faites la cornue, + Ange là-bas!... + En serez-vous un peu moins nue, + Les habits bas? + + --Ouvre! fenêtre à guillotine: + C'est le bourreau! + --Ouvre donc porte de cuisine! + C'est Figaro. + + ... Je soupire, en vache espagnole, + Ton numéro + Qui n'est, en français, Vierge molle! + Qu'un grand ZÉRO. + + <i>Cadix--Mai</i>. + + + * * * * * + + + <i>RACCROCS</i> + + * * * * * + + <i>LAISSER COURRE</i> + + + <i>Musique de</i>: ISAAC LAQUEDEM. + + + J'ai laissé la potence + Après tous les pendus, + Andouilles de naissance, + Maigres fruits défendus; + Les plumes aux canards + Et la queue aux renards.... + + Au Diable aussi sa queue + Et ses cornes aussi, + Au ciel sa chose bleue + Et la Planète--ici-- + Et puis tout: n'importe où + Dans le désert au clou. + + J'ai laissé dans l'Espagne + Le reste et mon château; + Ailleurs, à la campagne, + Ma tête et son chapeau; + J'ai laissé mes souliers + Sirènes, à vos pieds! + + J'ai laissé par les mondes, + Parmi tous les frisons + Des chauves, brunes, blondes + Et rousses ... mes toisons. + Mon épée aux vaincus, + Ma maîtresse aux cocus.... + + Aux portes les portières, + La portière au portier, + Le bouton aux rosières, + Les roses au rosier, + A l'huys les huissiers, + Créance aux créanciers.... + + Dans mes veines ma veine, + Mon rayon au soleil, + Ma dégaîne en sa gaîne, + Mon lézard au sommeil; + J'ai laissé mes amours + Dans les tours, dans les fours.... + + Et ma cotte de maille + Aux artichauts de fer + Qui sont à la muraille + Des Jardins de l'Enfer; + Après chaque oripeau + J'ai laissé de ma peau. + + J'ai laissé toute chose + Me retirer du nez + Des vers, en vers, en prose.... + Aux bornes, les bornés; + A tous les jeux partout, + Des rois et de l'atout. + + J'ai laissé la police + Captive en liberté, + J'ai laissé La Palisse + Dire la vérité.... + Laissé courre le sort + Et ce qui court encor. + + J'ai laissé l'Espérance, + Vieillissant doucement, + Retomber en enfance, + Vierge folle sans dent. + J'ai laissé tous les Dieux, + J'ai laissé pire et mieux. + + J'ai laissé bien tranquilles + Ceux qui ne l'étaient pas, + Aux pattes imbéciles + J'ai laissé tous les plats; + Aux poètes la foi.... + Puis me suis laissé moi. + + Sous le temps, sans égides + M'a mal mené fort bien + La vie à grandes guides.... + Au bout des guides--rien-- + ... Laissé, blasé, passé, + Rien ne m'a rien laissé.... + + + + + <i>A MA JUMENT SOURIS</i> + + + Pas d'éperon ni de cravache, + N'est-ce pas, Maîtresse à poil gris.... + C'est bon à pousser une vache, + Pas une petite Souris. + + Pas de mors à ta pauvre bouche: + Je t'aime, et ma cuisse te touche. + Pas de selle, pas d'étrier: + J'agace, du bout de ma botte, + Ta patte d'acier fin qui trotte. + Va: je ne suis pas cavalier.... + + --Hurrah! c'est à nous la poussière! + J'ai la tête dans ta crinière, + Mes deux bras te font un collier. + --Hurrah! c'est à nous le hallier! + --Hurrah! c'est à nous la barrière! + --Je suis emballé: tu me tiens-- + Hurrah!... et le fossé derrière.... + Et la culbute!...--Femme tiens!! + + + + + <i>A LA DOUCE AMIE</i> + + + Ça: badinons--J'ai ma cravache-- + Prends ce mors, bijou d'acier gris; + --Tiens: ta dent joueuse le mâche.... + En serrant un peu: tu souris.... + + --Han!... C'est pour te faire la bouche.... + --V'lan!... C'est pour chasser une mouche.... + Veux-tu sentir te chatouiller + L'éperon, honneur de ma botte?... + --Et la <i>Folle-du-logis</i> trotte....-- + Jouons à l'Amour-cavalier! + + Porte-beau ta tête altière, + Laisse mes doigts dans ta crinière.... + J'aime voir ton beau col ployer!... + Demain: je te donne un collier. + + --Pourquoi regarder en arrière?... + Ce n'est rien: c'est une étrivière.... + Une étrivière ... et--je te tiens! + + * * * * * + + Et tu m'as aimé ...--rosse, tiens! + + + + + <i>A MON CHIEN POPE</i> + + + --GENTLEMAN-DOG FROM NEW-LAND-- + + <i>mort d'une balle</i>. + + + Toi: ne pas suivre en domestique, + Ni lécher en fille publique! + --Maître-philosophe cynique: + N'être pas traité comme un chien, + Chien! tu le veux--et tu fais bien. + + --Toi: rester toi; ne pas connaître + Ton écuelle ni ton maître. + Ne jamais marcher sur les mains, + Chien!--c'est bon pour les humains. + + ... Pour l'amour--qu'à cela ne tienne + Viole des chiens--Gare la Chienne! + + Mords--Chien--et nul ne te mordra. + Emporte le morceau--Hurrah!-- + + Mais après, ne fais pas la bête; + S'il faut payer--paye--Et fais tête + Aux fouets qu'on te montrera. + + --Pur ton sang! pur ton chic sauvage! + --Hurler, nager-- + Et, si l'on te fait enrager.... + Enrage! + + + <i>Ile de Batz--Octobre</i> + + + + + <i>A JUVÉNAL DE LAIT</i> + + + <i>Incipe, parve puer, risu cagnosce</i>.... + + + A grands coups d'avirons de douze pieds, tu rames + En vers ... et contre tout--Hommes, auvergnats, femmes.-- + Tu n'as pas vu l'endroit et tu cherches l'envers. + Jeune renard en chasse.... Ils sont trop verts--tes vers. + + C'est le <i>vers solitaire</i>.--On le purge.--<i>Ces Dames</i> + Sont le remède. Après tu feras de tes nerfs + Des cordes-à-boyau; quand, guitares sans âmes, + Les vers te reviendront déchantés et soufferts. + + Hystérique à rebours, ta Muse est trop superbe, + Petit cochon de lait, qui n'as goûté qu'en herbe, + L'acre saveur du fruit encore défendu. + + Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées, + Fleurs d'herboriste, mais, autrefois ramassées.... + Quand il faisait beau temps au paradis perdu. + + + + + <i>A UNE DEMOISELLE</i> + + + <i>Pour Piano et Chant</i> + + + La dent de ton Erard, râtelier osanore, + Et scie et broie à crû, sous son tic-tac nerveux, + La gamme de tes dents, autre clavier sonore.... + Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux! + + --Cauchemar de meunier, ta: <i>Rêverie agile!</i> + --Grattage, ton: <i>Premier amour à quatre mains!</i> + O femme transposée en <i>Morceau difficile</i>, + Tes croches sans douleur n'ont pas d'accents humains! + + Déchiffre au clavecin cet accord de ma lyre; + Télégraphe à musique, il pourra le traduire: + Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse--Plangorer.... + + Jamais!--La <i>clef-de-Sol</i> n'est pas la clef de l'âme, + La <i>clef-de-Fa</i> n'est pas la syllabe de <i>Femme</i>, + Et deux <i>demi-soupirs</i> ... ce n'est pas soupirer. + + + + + <i>DÉCOURAGEUX</i> + + + Ce fut un vrai poète: Il n'avait pas de chant. + Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre. + Peintre: il aimait son art--Il oublia de peindre.... + Il voyait trop--Et voir est un aveuglement. + + --Songe-creux: bien profond il resta dans son rêve; + Sans lui donner la forme en baudruche qui crève, + Sans <i>ouvrir le bonhomme</i>, et se chercher dedans. + + --Par héros de roman: il adorait la brune, + Sans voir s'elle était blonde.... Il adorait la lune; + Mais il n'aima jamais--Il n'avait pas le temps. + + --Chercheur infatigable: Ici-bas où l'on rame, + Il regardait ramer, du haut de sa grande âme. + Fatigué de pitié pour ceux qui ramaient bien.... + + Mineur de la pensée: il touchait son front blême, + Pour gratter un bouton ou gratter le problème + Qui travaillait là--Faire rien.-- + + --Il parlait: «Oui, la Muse est stérile! elle est fille + D'amour, d'oisiveté, de prostitution; + Ne la déformez pas en ventre de famille + Que couvre un étalon pour la production!» + + «O vous tous qui gâchez, maçons de la pensée! + Vous tous que son caprice a touchés en amants, + --Vanité, vanité--La folle nuit passée, + Vous l'affichez <i>en charge</i> aux yeux ronds des manants!» + + «Elle vous effleurait, vous, comme chats qu'on noie, + Vous avez accroché son aile ou son réseau, + Fiers d'avoir dans vos mains un bout de plume d'oie, + Ou des poils à gratter, en façon de pinceau!» + + --Il disait: «O naïf Océan! O fleurettes, + Ne sommes-nous pas là, sans peintres, ni poètes!... + Quel vitrier a peint! quel aveugle a chanté!... + Et quel vitrier chante en raclant sa palette, + Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette! + --Est-ce l'art?...» + + --Lui resta dans le Sublime Bête + Noyer son orgueil vide et sa virginité. + + + (<i>Méditerranée</i>). + + + + + <i>RAPSODIE DU SOURD</i> + + + <i>A Madame D----</i> + + + L'homme de l'art lui dit:--Fort bien, restons-en là. + Le traitement est fait: vous êtes sourd. Voilà + Comme quoi vous avez l'organe bien perdu.-- + Et lui comprit trop bien, n'ayant pas entendu. + + --Eh bien, merci Monsieur, vous qui daignez me rendre + La tête comme un bon cercueil. + Désormais, à crédit, je pourrai tout entendre + Avec un légitime orgueil.... + + <i>A l'oeil</i>--Mais gare à l'oeil jaloux, gardant la place + De l'oreille au clou!...--Non--A quoi sert de braver: + ... Si j'ai sifflé trop haut le ridicule en face, + En face, et bassement, il pourra me baver!... + + Moi, mannequin muet, à fil banal!--Demain, + Dans la rue, un ami peut me prendre la main, + En me disant: vieux pot.... ou rien, en radouci; + Et je lui répondrai--Pas mal et vous, merci!-- + + Si l'un me corne un mot, j'enrage de l'entendre; + Si quelqu'autre se tait: serait-ce par pitié?... + Toujours, comme un <i>rébus</i>, je travaille à surprendre + Un mot de travers....--Non--On m'a donc oublié! + + --Ou bien--autre guitare--un officieux être + Dont la lippe me fait le mouvement de paître, + Croit me parler.... Et moi je tire, en me rongeant. + Un sourire idiot--d'un air intelligent! + + --Bonnet de laine grise enfoncé sur mon âme! + Et--coup de pied de l'âne.... Hue!--Une bonne-femme + Vieille Limonadière, aussi, de la Passion! + Peut venir saliver sa sainte compassion + Dans ma <i>trompe-d'Eustache</i>, à pleins cris, à plein cor, + Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor! + + --Bête comme une vierge et fier comme un lépreux, + Je suis là, mais absent.... On dit: Est-ce un gâteux, + Poète muselé, hérisson à rebour?...-- + Un haussement d'épaule, et ça veut dire: un sourd. + + --Hystérique tourment d'un Tantale acoustique! + Je vois voler des mots que je ne puis happer; + Gobe-mouche impuissant, mangé par un moustique, + Tête-de-turc gratis où chacun peut taper. + + O musique céleste: entendre, sur du plâtre, + Gratter un coquillage! un rasoir, un couteau + Grinçant dans un bouchon!... un couplet de théâtre! + Un os vivant qu'on scie! un monsieur! un rondeau!... + + --Rien--Je parle sous moi.... Des mots qu'à l'air je jette + <i>De chic</i>, et sans savoir si je parle en indou.... + Ou peut-être en canard, comme la clarinette + D'un aveugle bouché qui se trompe de trou. + + --Va donc, balancier soûl affolé dans ma tête! + Bats en branle ce bon tam-tam, chaudron fêlé + Qui rend la voix de femme ainsi qu'une sonnette, + Qu'un coucou!... quelquefois: un moucheron ailé.... + + --Va te coucher, mon coeur! et ne bats plus de l'aile. + Dans la lanterne sourde étouffons la chandelle, + Et tout ce qui vibrait là--je ne sais plus où-- + Oubliette où l'on vient de tirer le verrou. + + --Soyez muette pour moi, contemplative Idole, + Tous les deux, l'un par l'autre, oubliant la parole, + Vous ne me direz mot: je ne répondrai rien.... + Et rien ne pourra dédorer l'entretien. + + + <i>Le silence est d'or</i> (Saint Jean Chrysostome) + + + + + <i>FRÈRE ET SOEUR JUMEAUX</i> + + + Ils étaient tous deux seuls, oubliés là par l'âge.... + Ils promenaient toujours tous les deux, à longs pas, + Obliquant de travers, l'air piteux et sauvage.... + Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas. + + Ils allaient devant eux essuyant les risées, + --Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec-- + Serrés l'un contre l'autre et roides, sans pensées.... + Eh bien, je les aimais--leur parapluie avec!-- + + Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes: + La Soeur à la <i>popotte</i>, et l'Autre sous les armes; + Ils gardaient l'uniforme encor--veuf de galon: + Elle avait la barbiche, et lui le pantalon. + + Un Dimanche de Mai que tout avait une âme, + Depuis le champignon jusqu'au paradis bleu, + Je flânais aux bois, seul--à deux aussi: la femme + Que j'aimais comme l'air ... m'en doutant assez peu. + + --Soudain, au coin d'un champ, sous l'ombre verdoyante + Du parapluie éclos, nichés dans un fossé, + Mes Vieux Jumeaux, tous deux, à l'aube souriante, + Souriaient rayonnants ... quand nous avons passé. + + Contre un arbre, le vieux jouait de la musette, + Comme un sourd aveugle, et sa soeur dans un sillon, + Grelottant au soleil, écoutait un grillon + Et remerciait Dieu de son beau jour de fête. + + --Avez-vous remarqué l'humaine créature + Qui végète loin du vulgaire intelligent, + Et dont l'âme d'instinct, au trait de la figure, + Se lit....--N'avez-vous pas aimé de chien couchant?... + + Ils avaient de cela--De retour dans l'enfance, + Tenant chaud l'un à l'autre, ils attendaient le jour + Ensemble pour la mort comme pour la naissance.... + --Et je les regardais en pensant à l'amour.... + + Mais l'Amour que j'avais près de moi voulut rire; + Et moi, pauvre honteux de mon émotion, + J'eus le coeur de crier au vieux duo: Tityre!-- + + * * * * * + + Et j'ai fait ces vieux vers en expiation. + + + + + <i>LITANIE DU SOMMEIL</i> + + + «J'ai scié le sommeil!» + (MACBETH.) + + + Vous qui ronflez au coin d'une épouse endormie, + RUMINANT! savez-vous ce soupir: L'INSOMNIE? + --Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé, + Papillon de minuit dans la nuit envolé, + Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil, + Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans oeil: + --Avez-vous navigué?... La pensée est la houle + Ressassant le galet: ma tête ... votre boule. + --Vous êtes-vous laissé voyager en ballon? + --Non?--bien, c'est l'insomnie.--Un grand coup de talon + Là!--Vous voyez cligner des chandelles étranges: + Une femme, une Gloire en soleil, des archanges.... + Et, la nuit s'éteignant dans le jour à demi, + Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi. + + Sommeil! écoute-moi: je parlerai bien bas: + Sommeil--Ciel-de-lit de ceux qui n'en ont pas! + + Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes, + Et qui t'assieds sur les casques-à-mèche honnêtes! + SOMMEIL!--Oreiller blanc des vierges assez bêtes! + Et Soupape à secret des vierges assez faites! + --Moelleux Matelas de l'échine en arête! + Sac noir où les chassés s'en vont cacher leur tête! + Rôdeur de boulevard extérieur! Proxénète! + Pays où le muet se réveille prophète! + Césure du vers long, et Rime du poète! + + SOMMEIL!--Loup-Garou gris! Sommeil Noir de fumée! + SOMMEIL!--Loup de velours, de dentelle embaumée! + Baiser de l'Inconnue, et Baiser de l'Aimée! + --SOMMEIL! Voleur de nuit! Folle-brise pâmée! + Parfum qui monte au ciel des tombes parfumées! + <i>Carrosse à Cendrillon</i> ramassant <i>les Traînées!</i> + Obscène Confesseur des dévotes mort-nées! + + Toi qui viens, comme un chien, lécher la vieille plaie + Du martyr que la mort tiraille sur sa claie! + O Sourire forcé de la crise tuée! + SOMMEIL Brise alizée! Aurorale buée! + + Trop-plein de l'existence, et Torchon neuf qu'on passe + Au CAFÉ DE LA VIE, à chaque assiette grasse! + Grain d'ennui qui nous pleut de l'ennui des espaces! + Chose qui court encor, sans sillage et sans traces! + Pont-levis des fossés! Passage des impasses! + + SOMMEIL!--Caméléon tout pailleté d'étoiles! + Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles! + Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile! + SOMMEIL!--Triste Araignée, étends sur moi ta toile! + + SOMMEIL auréolé! féerique Apothéose, + Exaltant le grabat du déclassé qui pose! + Patient Auditeur de l'incompris qui cause! + Refuge du pêcheur, de l'innocent qui n'ose! + Domino! Diables-bleus! Ange-gardien rose! + + Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes! + Réveil des échos morts et des choses profondes, + --Journal du soir: TEMPS, SIÈCLE et REVUE DES DEUX MONDES! + + Fontaine de Jouvence et Borne de l'envie! + --Toi qui viens assouvir la faim inassouvie! + Toi qui viens délier la pauvre âme ravie, + Pour la noyer d'air pur au large de la vie! + + Toi qui, le rideau bas, viens lâcher la ficelle + Du Chat, du Commissaire, et de Polichinelle, + Du violoncelliste et de son violoncelle, + Et la lyre de ceux dont la Muse est pucelle! + + Grand Dieu, Maître de tout! Maître de ma Maîtresse + Qui me trompe avec toi--l'amoureuse Paresse-- + O bain de voluptés! Éventail de caresse! + + SOMMEIL! Honnêteté des voleurs! Clair de lune + Des yeux crevés!--SOMMEIL! Roulette de fortune + De tout infortuné! Balayeur de rancune! + + O corde-de-pendu de la Planète lourde! + Accord éolien hantant l'oreille sourde! + --Beau Conteur à dormir debout: conte ta bourde?... + SOMMEIL!--Foyer de ceux dont morte est la falourde! + + SOMMEIL--Foyer de ceux dont la falourde est morte! + Passe-partout de ceux qui sont mis à la porte! + Face-de-bois pour les créanciers et leur sorte! + Paravent du mari contre la femme-forte! + + Surface des profonds! Profondeur des jocrisses! + Nourrice du soldat et Soldat des nourrices! + Paix des juges-de-paix! Police des polices! + SOMMEIL!--Belle-de-nuit entrouvrant son calice! + Larve, Ver-luisant et nocturne Cilice! + Puits de vérité de monsieur la Palisse! + + Soupirail d'en haut! Rais de poussière impalpable, + Qui viens rayer du jour la lanterne implacable! + + * * * * * + + Sommeil--Écoute-moi, je parlerai bien bas: + Crépuscule flottant de <i>l'Être ou n'Être pas!</i>.... + + Sombre lucidité! Clair-obscur! Souvenir + De l'Inouï! Marée! Horizon! Avenir! + Conte des <i>Mille-et-une-nuits</i> doux à ouïr! + Lampiste d'<i>Aladin</i> qui sais nous éblouir! + Eunuque noir! muet blanc! Derviche! Djinn! Fakir! + Conte de Fée où <i>le Roi</i> se laisse assoupir! + Forêt-vierge où <i>Peau-d'Ane</i> en pleurs va s'accroupir! + Garde-manger où l'Ogre encor va s'assouvir! + Tourelle où <i>ma soeur Anne</i> allait voir rien venir! + Tour où <i>dame Malbrouck</i> voyait page courir.... + Où <i>Femme Barbe-Bleue</i> oyait l'heure mourir!... + Où <i>Belle au-Bois-Dormant</i> dormait dans un soupir! + + Cuirasse du petit! Camisole du fort! + Lampion des éteints! Éteignoir du remord! + Conscience du juste, et du pochard qui dort! + Contre-poids des poids faux de l'épicier de Sort! + Portrait enluminé de la livide Mort! + + Grand fleuve où Cupidon va retremper ses dards + SOMMEIL!--Corne de Diane, et corne du cornard! + Couveur de magistrats et Couveur de lézards! + Marmite d'<i>Arlequin</i>!--bout de cuir, lard, homard-- + SOMMEIL!--Noce de ceux qui sont dans les beaux-arts. + + Boulet des forcenés, Liberté des captifs! + Sabbat du somnambule et Relai des poussifs!-- + SOMME! Actif du passif et Passif de l'actif! + Pavillon de <i>la Folle</i> et <i>Folle</i> du poncif!... + --O viens changer de patte au cormoran pensif! + + O brun Amant de l'Ombre! Amant honteux du jour! + Bal de nuit où Psyché veut démasquer l'Amour! + Grosse Nudité du chanoine en jupon court! + Panier-à-salade idéal! Banal four! + Omnibus où, dans l'Orbe, on fait pour rien un tour + + Sommeil! Drame hagard! Sommeil, molle Langueur! + Bouche d'or du silence et Bâillon du blagueur! + Berceuse des vaincus! Perchoir des coqs vainqueurs! + Alinéa du livre où dorment les longueurs! + + Du jeune homme rêveur Singulier Féminin! + De la femme rêvant pluriel masculin! + + SOMMEIL!--Râtelier du Pégase fringant! + SOMMEIL!--Petite pluie abattant l'ouragan! + SOMMEIL!--Dédale vague où vient le revenant! + SOMMEIL!--Long corridor où plangore le vent! + + Néant du fainéant! Lazzarone infini! + Aurore boréale au sein du jour terni! + + Sommeil!--Autant de pris sur notre éternité! + Tour du cadran <i>à blanc!</i> Clou du Mont-de-Piété! + Héritage en Espagne à tout déshérité! + Coup de rapière dans l'eau du fleuve Léthé! + Génie au nimbe d'or des grands hallucinés + Nid des petits hiboux! Aile des déplumés! + + Immense Vache à lait dont nous sommes les veaux! + Arche où le hère et le boa changent de peaux! + Arc-en-ciel miroitant! Faux du vrai! Vrai du faux! + Ivresse que la brute appelle le repos! + Sorcière de Bohême à sayon d'oripeaux! + Tityre sous l'ombrage essayant des pipeaux! + Temps qui porte un chibouck à la place de faux! + Parque qui met un peu d'huile à ses ciseaux! + Parque qui met un peu de chanvre à ses fuseaux! + Chat qui joue avec le peloton d'Atropos! + + + SOMMEIL!--Manne de grâce au coeur disgracié! + + * * * * * + + LE SOMMEIL S'ÉVEILLANT ME DIT: TU M'AS SCIÉ. + + * * * * * + + Toi qui souffles dessus une épouse enrayée, + RUMINANT! dilatant ta pupille éraillée; + Sais-tu?... Ne sais-tu pas ce soupir--LE RÉVEIL!-- + Qui baille au ciel, parmi les crins d'or du soleil + Et les crins fous de ta Déesse ardente et blonde?... + --Non?...--Sais tu le réveil du philosophe immonde + --Le Porc--rognonnant sa prière du matin; + Ou le réveil, extrait-d'âge de la catin?... + As-tu jamais sonné le réveil de la meute; + As-tu jamais senti l'éveil sourd de l'émeute, + Ou le réveil de plomb du malade fini?... + As-tu vu s'étirer l'oeil des Lazzaroni?... + Sais-tu?... ne sais-tu pas le chant de l'alouette? + --Non--Gluants sont tes cils, pâteuse est ta luette. + Ruminant! Tu n'as pas L'INSOMNIE, éveillé; + Tu n'as pas LE SOMMEIL, ô Sac ensommeillé! + + + (<i>Lits divers--Une nuit de jour</i>) + + + + + <i>IDYLLE COÛPÉE</i> + + + <i>Avril</i>. + + + C'est très parisien dans les rues + Quand l'Aurore fait le trottoir, + De voir sortir toutes les Grues + Du violon, ou de leur boudoir.... + + Chanson pitoyable et gaillarde; + Chiffons fanés papillotants, + Fausse note rauque et criarde + Et petits traits crûs, turlutants: + + Velours râtissant la chaussée; + Grande-duchesse mal chaussée, + Cocotte qui court becqueter + Et qui dit bonjour pour chanter.... + + J'aime les voir, tout plein légères, + Et, comme en façon de prières, + Entrer dire.... Bonjour, gros chien-- + Au <i>merlan</i>, puis au pharmacien. + + J'aime les voir, chauves, déteintes, + Vierges de seize à soixante ans, + Rossignoler pas mal d'absinthes, + Perruches de tout leur printemps; + + Et puis <i>payer le mannezingue</i>, + Au <i>Polyte</i> qui sert d'Arthur, + Bon jeune homme né <i>brandezingue, + Dos-bleu</i> sous la blouse d'azur. + + --C'est au boulevard excentrique, + Au--<i>BON RETOUR DU CHAMP DU NORD</i>-- + Là: toujours vert le jus de trique, + Rose le nez des Croque-mort.... + + Moitié panaches, moitié cire, + Nez croqués vifs au demeurant, + Et gais comme un enterrement.... + --Toujours le petit <i>mort</i> pour rire!-- + + Le voyou siffle--vilain merle-- + Et le poète de charnier + Dans ce fumier cherche la perle, + Avec le peintre chiffonnier. + + Tous les deux fouillant la pâture + De leur art ... à coups de grouins; + Sûrs toujours de trouver l'ordure. + --C'est le fonds qui manque le moins. + + C'est toujours un fond chaud qui fume, + Et, par le soleil, lardé d'or.... + Le rapin nomme ça: bitume; + Et le marchand de lyre: accord. + + --Ajoutez une pipe en terre + Dont la spirale fait les cieux.... + Allez: je plains votre misère, + Vous qui trouvez qu'on trouve mieux! + + C'est le <i>Persil</i> des gueux sans poses, + Et des riches sans un radis.... + --Mais ce n'est pas pour vous, ces choses, + O provinciaux de Paris!... + + Ni pour vous, essayeurs de sauces, + Pour qui l'azur est un ragoût! + Grands empâteurs d'emplâtres fausses, + Ne fesant rien, fesant partout! + + --Rembranesque! Raphaélique! + --Manet et Courbet au milieu-- + ... Ils donnent des noms de fabrique + A la pochade du bon Dieu! + + Ces <i>Gallimard cherchant la ligne</i>, + Et ces <i>Ducornet-né-sans-bras</i>, + Dont la blague, de chic, vous signe + N'importe quoi ... qu'on ne peint pas. + + Dieu garde encor l'homme qui glane + Sur le soleil du promenoir, + De flairer jamais la soutane + De la vieille dame au bas noir! + + ... On dégèle, animal nocturne, + Et l'on se détache en vigueur; + On veut, aveugle taciturne, + A soi tout seul être blagueur. + + Savates et chapeau grotesque + Deviennent de l'antique pur; + On se colle comme une fresque + Enrayonnée au pied d'un mur. + + Il coule une divine flamme, + Sous la peau; l'on se sent avoir + Je ne sais quoi qui fleure l'âme.... + Je ne sais--mais ne veux savoir. + + La Muse malade s'étire.... + Il semble que l'huissier sursoit.... + Soi-même on cherche à se sourire, + Soi-même on a pitié de soi. + + Volez, mouches et demoiselles!... + Le gouapeur aussi vole un peu + D'idéal.... Tout n'a pas des ailes.... + Et chacun vole comme il peut. + + --Un grand pendard, cocasse, triste, + Jouissait de tout ça, comme moi, + Point ne lui demandais pourquoi.... + Du reste--une gueule d'artiste-- + + Il reluquait surtout la tête + Et moi je reluquais le pié. + --Jaloux ... pourquoi? c'eût été bête, + Ayant chacun notre moitié.-- + + Ma béatitude nagée + Jamais, jamais n'avait bravé + Sa silhouette ravagée + Plantée au milieu du pavé.... + + --Mais il fut un Dieu pour ce drille: + Au soleil loupant comme ça, + Dessinant des yeux une fille.... + --Un omnibus vert l'écrasa. + + + + + <i>LE CONVOI DU PAUVRE</i> + + + (<i>Paris, le</i> 30 <i>avril</i> 1873, + <i>Rue Notre Dame-de Lorette</i>.) + + + Ça monte et c'est lourd--Allons, Hue! + --Frères de renfort, votre main!... + C'est trop!... et je fais le gamin; + C'est mon Calvaire cette rue! + + Depuis Notre-Dame-Lorette.... + --Allons! <i>la Cayenne</i> est au bout, + Frère! du coeur! encor un coup!... + --Mais mon âme est dans la charrette: + + Corbillard dur à fendre l'âme. + Vers en bas l'attire un aimant: + Et du piteux enterrement + Rit la Lorette notre dame.... + + C'est bien ça--Splendeur et misère! + Sous le voile en trous a brillé + Un bout du tréteau funéraire; + Cadre d'or riche ... et pas payé. + + La pente est âpre, tout de même, + Et les stations sont des <i>fours</i>, + Au tableau remontant le cours + De l'Elysée à la Bohême.... + + --Oui, camarade, il faut qu'on sue + Après son harnais et son art!... + Apres les ailes: le brancard! + Vivre notre métier--ça tue.... + + Tués l'idéal et le râble! + Hue!... Et le coeur dans le talon! + + * * * * * + + --Salut au convoi misérable + Du peintre écrémé du Salon! + + --Parmi les martyrs ça te range; + C'est prononcé comme l'arrêt + De Rafaël, peintre au nom d'ange, + Par le Peintre au nom de ... courbet! + + + + + <i>DÉJEUNER DE SOLEIL</i> + + + <i>Bois de Boulogne</i>, 1er <i>mai</i>. + + Au Bois, les lauriers sont coupés, + Mais le <i>Persil</i> verdit encore; + Au <i>Serpolet</i>, petits coupés + Vertueux vont lever l'Aurore.... + + L'Aurore brossant sa palette: + Kh'ol, carmin et poudre de riz; + Pour faire dire--la coquette-- + Qu'on fait bien les ciels à Paris. + + Par ce petit-lever de Mai, + Le Bois se croit à la campagne: + Et, fraîchement trait, le Champagne + Semble de la mousse de lait. + + Là, j'ai vu les <i>Chère Madame</i> + S'encanailler avec le frais.... + Malgré tout prendre un vrai bain d'âme! + --Vous vous engommerez après.-- + + ... La voix à la note expansive: + --Vous comprenez; voici mon truc: + Je vends mes Memphis, et j'arrive.... + --Cent louis!...--Eh, Eh! Bibi....--Mon duc?... + + On presse de petites mains: + --Tiens ... assez pur cet attelage.-- + Même les cochers, au dressage, + Redeviennent simples humains. + + --Encor toi! vieille <i>Belle-Impure!</i> + Toujours, les pieds au plat, tu sors, + Dans ce déjeuner de nature, + Fondre un souper à huit ressorts....-- + + Voici l'école buissonnière: + Quelques maris jaunes de teint, + Et qui <i>rentrent dans ta carrière</i> + D'assez bonne heure ... le matin. + + Le lapin inquiet s'arrête, + Un sergent-de-ville s'assied, + Le sportsman promène sa bête, + Et le rêveur la sienne--à pied.-- + + Arthur même a presque une tête, + Son faux-col s'ouvre matinal.... + Peut-être se sent-il poète, + Tout comme <i>Byron</i>--son cheval. + + Diane au petit galop de chasse + Fait galoper les papillons + Et caracoler sur sa trace, + Son Tigre et les vieux beaux Lions. + + Naseaux fumants, grand oeil en flamme, + Crins d'étalon: cheval et femme + <i>Saillent de l'avant!</i>.... + --Peu poli. + --Pardon: <i>maritime</i> ... et joli. + + + + + <i>VEDER NAPOLI POI MORI</i> + + + Voir <i>Naples et</i>....--Fort bien, merci, j'en viens. + --Patrie D'Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier! + Dans l'indigo l'artiste en tous genres oublie. + Ce <i>Ne-m'oubliez-pas</i> d'outremer: le douanier. + + --O Corinne!... ils sont là déclamant sur ma malle.... + <i>Lasciate speranza</i>, mes cigares dedans! + --O Mignon!... ils ont tout éclos mon linge sale + Pour le passer au bleu de l'éternel printemps! + + Ils demandent <i>la main</i> ... et moi je la leur serre! + Le portrait de ma Belle, avec <i>morbidezza</i> + Passe de mains en mains: l'inspecteur sanitaire + L'ausculte, et me sourit ... trouvant <i>que c'est bien ça!</i> + + Je venais pour chanter leur illustre guenille, + Et leur chantage a fait de moi-même un haillon! + Effeuillant mes faux-cols, l'un d'eux m'offre sa fille.... + Effeuillant le faux-col de mon illusion! + + --Naples! panier percé des Seigneurs <i>Lazzarones</i> + Riches d'un doux ventre au soleil! + Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes, + Clyso-pompant l'azur qui bâille leur sommeil!... + + O Grands en rang d'oignons! Plantes de pieds en lignes! + Vous dont la parure est un sac, un aviron! + Fils réchauffes du vieux Phoebus! Et toujours dignes + Des chansons de Musset, du mépris de Byron!... + + --Choeurs de <i>Mazanielli</i>, Torses de mandolines! + Vous dont le métier est d'être toujours dorés + De rayons et d'amour ... et d'ouvrir les narines, + Poètes de plein air! O frères adorés! + + <i>Dolce Farniente!</i>...--Non! c'est mon sac!... il nage + Parmi ces asticots, comme un chien crevé; + Et ma malle est hantée aussi ... comme un fromage! + Inerte, ô Galilée! et ... <i>è pur si muove</i>.... + + --Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide! + Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir; + Ce n'est plus le lézard, c'est la sangsue à vide.... + --Dernier <i>lazzarone</i> à moi le bon Dormir! + + + (<i>Napoli--Dogana del porto</i>.) + + + + + <i>VÉSUVES ET Cie</i> + + + Pompeïa-station--Vésuve, est-ce encor toi? + Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne, + --Du bon temps où la foi transportait la montagne-Sur + un bel abat-jour, chez une tante à moi: + + Tu te détachais noir, sur un fond transparent, + Et la lampe grillait les feux de ton cratère. + C'était le confesseur, dit-on, de ma grand'mère + Qui t'avait rapporté de Rome tout flambant.... + + Plus grand, je te revis à l'Opéra-Comique. + --Rôle jadis créé par toi: <i>Le Dernier Jour + De Pompeï</i>.--Ton feu s'en allait en musique, + On te souillait ton rôle, et ... tu ne fis qu'un four. + + --Nous nous sommes revus: devant-de-cheminée, + A Marseille, en congé, sans musique, et sans feu: + Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée + Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu. + + --Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne! + Je te rends ta visite, exprès, à la campagne. + Le Vrai Vésuve est toi, puisqu'on m'a <i>fait</i> cent francs! + + * * * * * + + Mais les autres petits étaient plus ressemblants. + + + <i>Pompeï, aprile</i>. + + + + + <i>SONNETO A NAPOLI + ALL' SOLE, ALL' LUNA + ALL' SABATO, ALL' CANONICO + E TUTTI QUANTI</i> + + --CON PULCINELLA-- + + + Il n'est pas de Samedi + Qui n'ait soleil à midi; + Femme ou fille soleillant, + Qui n'ait midi sans amant!... + + Lune, Bouc, Curé cafard + Qui n'ait tricorne cornard! + --Corne au front et corne au seuil + Préserve du mauvais oeil.-- + + ... <i>L'Ombilic du jour</i> filant + Son macaroni brûlant, + Avec la tarentela: + + Lucia, Maz'Aniello, + Santa-Pia, Diavolo, + + -CON PULCINELLA.-- + + + <i>Mergelina-Venerdi, aprile </i> 15. + + + + + <i>A L'ETNA</i> + + + <i>Sicelides Musae, paulo majora canamus</i>. + (VIRGILE.) + + + Etna--j'ai monté le Vésuve.... + Le Vésuve a beaucoup baissé: + J'étais plus chaud que son effluve, + Plus que sa crête hérissé.... + + --Toi que l'on compare à la femme.... + --Pourquoi?--Pour ton âge? ou ton âme + De caillou cuit?...--Ça fait rêver.... + --Et tu t'en fais rire à crever!-- + + --Tu ris jaune et tousses: sans doute, + Crachant un vieil amour malsain; + La lave coule sous la croûte + De ton vieux cancer au sein. + + --Couchons ensemble, Camarade! + Là--mon flanc sur ton flanc malade: + Nous sommes frères, par Vénus, + Volcan!... + Un peu moins ... un peu plus.... + + + (<i>Palerme.--Août</i>.) + + + + + <i>LE FILS DE LAMARTINE et DE GRAZIELLA</i> + + + «C'est ainsi que j'expiai par ces larmes + écrites la dureté et l'ingratitude de + mon coeur de dix-huit ans. Je ne puis + jamais relire ces vers sans adorer cette + fraîche image que rouleront éternellement + pour moi les vagues transparentes et + plaintives du golfe de Naples ... et sans + me haïr moi-même; mais les âmes pardonnent + là-haut. La sienne m'a pardonné. + Pardonnez-moi aussi, vous!!! J'ai pleuré.» + + (LAMARTINE.--<i>Graziella</i>--1fr. 25c. le + vol.) + + + A l'île de Procide, où la mer de Sorrente + Scande un flot hexamètre à la fleur d'oranger, + Un Naturel se fait une petite rente + En <i>Graziellant</i> l'Étranger.... + + L'Etrangère surtout, confite en Lamartine, + Qui paye pour fluer, vers à vers, sur les lieux.... + --Du <i>Cygne-de-Saint-Point</i> l'Homme a si bien la mine, + Qu'on croirait qu'il va rendre un vers ... harmonieux. + + C'est un peintre inspiré qui lui trouva sa balle, + Sa balle de profil:--Oh mais! dit-il, voilà! + Je te baptise, au nom de la couleur locale: + --LE FILS DE LAMARTINE ET DE GRAZIELLA!-- + + Vrai portrait du portrait du Rafaël fort triste, [1].... + Fort triste, pressentant qu'il serait décollé + De sa toile, pour vivre en la peau du <i>Harpiste</i> + Ainsi que de son fils, rafaël raffalé. + + --<i>Raphaël-Lamartine et fils</i>!--O Fornarine-Graziella! + Vos noms font de petits profits; + L'écho dit pour deux sous: <i>Le Fils de Lamartine! + Si Lamartine eût pu jamais avoir un fils!</i> + + --Et toi, Graziella.... Toi, Lesbienne Vierge! + Nom d'amour, que, sopran' il a tant déchanté!... + Nom de joie!... et qu'il a pleuré--Jaune cierge-- + Tu n'étais vierge que de sa virginité! + + --Dis: moins éoliens étaient, ô Grazielle, + Tes Mâles d'Ischia?... que ce pieux Jocelyn + Qui tenait, à côté, la lyre et la chandelle.... + Et, de loin, t'enterrait en chants de sacristain.... + + Ces souvenirs sont loin....--Dors, va! Dors sous les pierres + Que voit, n'importe où, l'étranger, + Où fait paître ton Fils des familles entières + --Citron prématuré de ta Fleur d'Oranger-- + + Dors--l'Oranger fleurit encor ... encor se fane; + Et la rosée et le soleil ont eu ses fleurs.... + Le Poète-apothicaire en a fait sa tisane: + Remède à vers! remède à pleurs', + + --Dors--L'Oranger fleurit encor ... et la mémoire + Des jeunes d'autrefois dont l'ombre est encor là. + Qui ne t'ont pas pêchée au fond d'une écritoire.... + Et n'en péchaient que mieux!--dis, ô <i>picciola!</i> + + --Mère de l'Antéchrist de Lamartine-Père, + Aurore qui mourus sous un coup d'éteignoir, + Ton Orphelin, posthume et de père et de mère, + Allait--quand tu naquis--déjà comme un vieux Soir. + + Graziella!--Conception trois fois immaculée.... + D'un platonique amour, Messie et Souvenir, + Ce Fils avait vingt ans quand, Mère inoculée, + Tu mourus à seize ans!... C'est bien tôt pour mourir! + + --Pour toi: c'est ta seule oeuvre mâle, ô Lamartine, + Saint-Joseph de la Muse, avec elle couché, + Et l'aidant à vêler ... par la grâce divine: + Ton fils avant la lettre est conçu sans péché!... + + --Lui se souvient très peu de ces scènes passées.... + Mais il <i>laisse le vent et le flot murmurer</i>, + Et l'Étranger, plongeant dans ses tristes pensées.... + En tirer un franc--pour pleurer! + + Et, tout bas, il vous dit, de murmure en murmures: + Que sa fille ressemble à L'AUTRE ... et qu'elle est là, + Qu'on peut pleurer, à l'heure, avec des rimes pures, + Et ...--<i>pour cent sous, Signor</i>--nommer Graziella! + + + (<i>Isola di Capri.--Gennaio</i>.) + + + [note 1: Lamartine avoue quelque part qu'un seul portrait lui + ressemblait alors: Celui de Raphaël peint par lui-même.] + + + + + <i>LIBERTA</i> [2] + + + <i>A là cellule IV BIS (prison royale de Gènes</i>.) + + + --<i>Lasciate ogné</i>.-- + DANTE + + + O belle hospitalière + Qui ne me connais pas, + Vierge publique et fière + Qui m'as ouvert les bras.... + Rompant ma longue chaîne, + L'eunuque m'a jeté + Sur ton sein royal, Reine! + --Vanité, vanité!-- + + Comme la Vénus nue. + D'un bain de lait de chaux + Tu sors, blanche Inconnue, + Fille des noirs cachots + Où l'on pleure, d'usage.... + --Moi: jamais n'ai chanté + Que pour toi, dans ta cage, + Cage de la gaîté! + + La misère parée + Est dans le grand égout; + Dépouillons la livrée + Et la chemise et tout! + Que tout mon baiser couvre + Ta franche nudité.... + Vraie ou fausse, se rouvre + Une virginité! + + --Plus ce ciel louche et rose + Ni ce soleil d'enfer!... + --Ta paupière mi-close, + Tes cils, barreaux de fer! + Ta ceinture-dorée, + De fer!--Fidélité-- + Et ta couche encastrée + Tombeau de volupté! + + A nos coeurs plus d'alarmes: + Libres et bien à nous!... + Sens planer les gendarmes, + Pigeons du rendez-vous; + Et Cupidon-Cerbère + A qui la sûreté + De nos amours est chère.... + Quatre murs!--Liberté! + + Ho! l'Espérance folle + --Ce crampon--est au clou. + L'existence qui colle + Est collée à l'écrou. + Le souvenir qui hante + A l'huys est resté; + L'huys n'a pas de fente.... + --Oh le carcan ôté!-- + + Laissons venir la Muse, + Elle osera chanter; + Et, si le jeu t'amuse, + Je veux te la prêter.... + Ton petit lit de sangle, + Pour nous a rajouté + Les <i>trois bouts du triangle</i>; + Triple amour!--Trinité! + + Plus d'huissiers aux mains sales! + Ni mains de chers amis! + Ni menottes banales!... + --Mon nom est <i>Quatre-Bis</i>.-- + Hors la terrestre croûte, + Désert mal habité, + Loin des mortels je goûte + Un peu d'éternité. + + --Prison, sûre conquête + Où le poète est roi! + Et boudoir plus qu'honnête + Où le sage est chez soi. + Cruche, au moins ingénue, + Puits de la vérité! + Vide, quand on l'a bue.... + --Vase de pureté!-- + + --Seule est ta solitude, + Et béats tes ennuis + Sans pose et sans étude.... + Plus de jours, plus de nuits! + C'est tout le temps dimanche, + Et le far-niente + Dort pour moi sur la planche + De l'idéalité.... + + ... Jusqu'au jour de misère + Où, condamné, je sors + Seul, ramer ma galère.... + Là, n'importe où,... dehors. + Laissant emprisonnée + A perpétuité + Cette fleur cloisonnée, + Qui fut ma liberté.... + + --Va: reprends, froide et dure, + Pour le captif oison, + Ton masque, ta figure + De porte de prison.... + Que d'autres, basse race + Dont le dos est voûté, + Pour eux te trouve basse, + Altière déité! + + + (<i>Cellule 4.--Genova-la-Superba</i>.) + + + [note 2: <i>Libertà</i>. Ce mot se lit au fronton de la prison à Gènes.] + + + + + + <i>HIDALDO!</i> + + + Ils sont fiers ceux-là!... comme poux sur la gale! + C'est à la don-Juan qu'ils vous <i>font</i> votre malle. + Ils ne sentent pas bon, mais ils fleurent le preux: + Valeureux vauriens, crétins chevalereux! + Prenant sans demander--toujours suant la race,-- + Et demandant un sol,--mais toujours pleins de grâce. + + Là, j'ai fait le croquis d'un mendiant à cheval: + --Le Cid ... un cid par un <i>été</i> de carnaval: + + --Je cheminais--à pieds--traînant une compagne; + Le soleil craquelait la route en blanc-d'Espagne; + Et <i>le cid</i> fut sur nous en un temps de galop.... + Là, me pressant entre le mur et le garrot: + --Ah! seigneur <i>Cavalier</i>, d'honneur! sur ma parole! + Je mendie à genoux: un oignon ... une obole?...-- + (Et son cheval paissait mon col.)--Pauvre animal, + Il vous aime déjà! Ne prenez pas à mal.... + --Au large!--Oh! mais: au moins votre bout de cigare?... + La Vierge vous le rende.--Allons: au large! ou: gare! + (Son pied nu prenait ma poche en étrier.) + --Pitié pour un infirme, o seigneur-cavalier.... + --Tiens donc un sou....--Senor, que jamais je n'oublie + Votre Grâce! Pardon, je vous ai retardé.... + Senora: Merci, toi! pour être si jolie.... + Ma Jolie, et: Merci pour m'avoir regardé! + + + (<i>Cosas de Espana</i>) + + + + + <i>PARIA</i> + + + Qu'ils se payent des républiques, + Hommes libres!--carcan au cou-- + Qu'ils peuplent leurs nids domestiques!... + --Moi je suis le maigre coucou. + + --Moi,--coeur eunuque, dératé + De ce qui mouille et ce qui vibre.... + Que me chante leur Liberté, + A moi? toujours seul. Toujours libre. + + --Ma Patrie ... elle est par le monde; + Et, puisque la planète est ronde, + Je ne crains pas d'en voir le bout.... + Ma patrie est où je la plante: + Terre ou mer, elle est sous la plante + De mes pieds--quand je suis debout. + + --Quand je suis couché: ma patrie + C'est la couche seule et meurtrie + Où je vais forcer dans mes bras + Ma moitié, comme moi sans âme; + Et ma moitié: c'est une femme.... + Une femme que je n'ai pas. + + --L'idéal à moi: c'est un songe + Creux; mon horizon--l'imprévu-- + Et le mal du pays me ronge.... + Du pays que je n'ai pas vu. + + Que les moutons suivent leur route, + De Carcassonne à Tombouctou.... + --Moi, ma route me suit. Sans doute + Elle me suivra n'importe où. + + Mon pavillon sur moi frissonne, + Il a le ciel pour couronne: + C'est la brise dans mes cheveux.... + Et, dans n'importe quelle langue; + Je puis subir une harangue; + Je puis me taire si je veux. + + Ma pensée est un souffle aride: + C'est l'air. L'air est à moi partout. + Et ma parole est l'écho vide + Qui ne dit rien--et c'est tout. + + Mon passé: c'est ce que j'oublie. + La seule chose qui me lie + C'est ma main dans mon autre main. + Mon souvenir--Rien--C'est ma trace. + Mon présent, c'est tout ce qui passe + Mon avenir--Demain ... demain + + Je ne connais pas mon semblable; + Moi, je suis ce que je me fais. + --<i>Le Moi humain est haïssable</i>.... + --Je ne m'aime ni ne me hais. + + --Allons! la vie est une fille + Qui m'a pris à son bon plaisir.... + Le mien, c'est: la mettre en guenille, + La prostituer sans désir. + + --Des dieux?...--Par hasard j'ai pu naître; + Peut-être en est-il--par hasard.... + Ceux-là, s'ils veulent me connaître, + Me trouveront bien quelque part. + + --Où que je meure: ma patrie + S'ouvrira bien, sans qu'on l'en prie, + Assez grande pour mon linceul.... + Un linceul encor: pour que faire?... + Puisque ma patrie est en terre + Mon os ira bien là tout seul.... + + + * * * * * + + + <i>ARMOR</i> + + + * * * * * + + <i>PAYSAGE MAUVAIS</i> + + + Sables de vieux os--Le flot râle + Des glas: crevant bruit sur bruit.... + --Palud pâle, où la lune avale + De gros vers, pour passer la nuit. + + --Calme de peste, où la fièvre + Cuit.... Le follet damné languit. + --Herbe puante où le lièvre + Est un sorcier poltron qui fuit. + + --La Lavandière blanche étale + Des trépassés le linge sale, + Au <i>soleil des loups</i>....--Les crapauds. + + Petits chantres mélancoliques + Empoisonnent de leurs coliques, + Les champignons, leurs escabeaux. + + + (<i>Marais de Guérande.--Avril</i>.) + + + + + <i>NATURE MORTE</i> + + + Des coucous <i>l'Angélus</i> funèbre + A fait sursauter, à ténèbre, + Le coucou, pendule du vieux, + + Et le chat-huant, sentinelle, + Dans sa carcasse à la chandelle + Qui flamboie à travers ses yeux. + + --Écoute se taire la chouette.... + --Un cri de bois: C'est <i>la brouette + De la Mort</i>, le long du chemin.... + + Et, d'un vol joyeux, la corneille + Fait le tour du toit où l'on veille + Le défunt qui s'en va demain. + + + (<i>Bretagne.--Avril</i>.) + + + + + <i>UN RICHE EN BRETAGNE</i> + + + <i>O fortunatos nimdim, sua si</i>.... + VIRGILE. + + + C'est le bon riche, c'est un vieux pauvre en Bretagne, + Oui, pouilleux de pavé sans eau pure et sans ciel! + --Lui, c'est un philosophe-errant dans la campagne; + Il aime son pain noir sec--pas beurré de fiel.... + S'il n'en a pas: bonsoir.--Il connaît une crèche + Où la vache lui prête un peu de paille fraîche, + Il s'endort, rêvassant planche-à-pain au milieu, + Et s'éveille au matin en bayant au Bon-Dieu. + --<i>Panem nostrum</i>....--Sa faim a le goût d'espérance.... + Un <i>Benedicite</i> s'exhale de sa panse; + Il sait bien que pour lui l'oeil d'en haut est ouvert + Dans ce coin d'où tomba la manne du désert + Et le pain de son sac.... + Il va de ferme en ferme. + Et jamais à son pas la porte ne se ferme, + --Car sa venue est bien.--Il entre à la maison + Pour allumer sa pipe en soufflant un tison.... + Et s'assied.--Quand on a quelque chose, on lui donne; + Alors, il se secoue et rit, tousse et rognonne + Un <i>Pater</i> en hébreu. Puis, son bâton en main, + Il reprend sa tournée en disant: à demain. + Le gros chien de la cour en passant le caresse.... + --Avec ça, peut-on pas se passer de maîtresse?... + Et,--qui sait,--dans les champs, un beau jour, la beauté + Peut s'amuser à faire aussi la charité.... + + --Lui, n'est pas pauvre: il est <i>Un Pauvre,--et s'en contente + C'est un petit rentier, moins l'ennui de la rente. + Seul, il se chante vêpre en berçant son ennui.... + --Travailler--Pour que faire?... On travaille pour lui. + Point ne doit déroger, il perdrait la pratique; + Il doit garder intact son vieux blason mystique. + --Noblesse oblige.--Il est saint: à chaque foyer + Sa niche est là, tout près du grillon familier. + Bon messager boiteux, il a plus d'une histoire + A faire froid au dos, quand la nuit est bien noire.... + N'a-t-il pas vu, rôdeur, durant les clairs minuits + Dans la lande danser les <i>cornandons</i> maudits.... + + --Il est simple ... peut-être.--Heureux ceux qui sont simples!... + A la lune, n'a-t-il jamais cueilli des simples?... + --Il est sorcier peut-être ... et, sur le mauvais seuil, + Pourrait, en s'en allant, jeter le mauvais oeil.... + --Mais non: mieux vaut porter bonheur; dans les familles, + Proposer ou chercher des maris pour les filles. + Il est de noce alors, très humble desservant + De <i>la part du bon-dieu</i>.--Dieu doit être content: + Plein comme feu Noé, son Pauvre est ramassé + Le lendemain matin au revers d'un fossé. + + Ah, s'il avait été senti du doux Virgile.... + Il eût été traduit par monsieur Delille, + Comme un «<i>trop fortuné s'il connût son bonheur</i>.... » + + --Merci: ça le connaît, ce marmiteux seigneur! + + + (<i>Saint-Thêgonnec</i>.) + + + + + <i>SAINT TUPETU</i> + + DE + + TU-PE-TU + + + <i>C'est au pays de Léon.--Est vite petite chapelle à saint + Tupetu. (En breton</i>: D'un côté ou de l'autre.) + + <i>Une fois l'an, les croyants--fatalistes chrétiens--s'y rendent + en pèlerinage, afin d'obtenir, par l'entremise du Saint, le + dénoûment fatal de toute affaire nouée: la délivrance d'un + malade tenace on d'une vache pleine; ou, tout au moins, quelque + signe de l'avenir: tel que c'est écrit là-haut</i>.--Puisque cela + doit être, autant que cela soit de suite ... d'un côté ou de + l'autre--Tu-pe-tu. + + <i>L'oracle fonctionne pendant la grand' messe: l'officiant fait + faire, pour chacun, un tour à la</i> Roulette-de-chance, <i>grand + cercle en bois fixé à la voûte et manoeuvré par une longue corde + que Tupetu tient lui-même dans sa main de granit. La roue, + garnie de clochettes, tourne en carillonnant; son point d'arrêt + présage l'arrêt du destin</i>:--D'un côté ou de l'autre. + + <i>Et chacun s'en va comme il est venu, quitte à revenir l'an + prochain</i> ... Tu-pe-tu <i>finit fatalement par avoir son effet</i>. + + Il est, dans la vieille Armorique, + Un saint--des saints le plus pointu-- + Pointu comme un clocher gothique + Et comme son nom: TUPETU. + + Son petit clocheton de pierre + Semble prêt à changer de bout.... + Il lui faut, pour tenir debout, + Beaucoup de foi ... beaucoup de lierre.... + + Et, dans sa chapelle ouverte, entre + --Tête ou pieds--tout franc Breton + Pour lui tâter l'oeuf dans le ventre, + L'oeuf du destin: C'est oui?--c'est non? + + --Plus fort que sainte Cunégonde + Ou Cucugnan de Quilbignon.... + Petit prophète au pauvre monde, + Saint de la veine ou du guignon, + + Il tient sa <i>Roulette-de-chance</i> + Qu'il vous fait aller pour cinq sous; + Ça dit bien, mieux qu'une balance, + Si l'on est dessus ou dessous. + + C'est la roulette sans pareille, + Et les grelots qui sont parmi + Vont, là-haut, chatouiller l'oreille + Du coquin de Sort endormi. + + Sonnette de la Providence, + Et serinette du Destin; + Carillon faux, mais argentin; + Grelottière de l'Espérance.... + + <i>Tu-pe-tu</i>--D'un bord ou de l'autre! + <i>Tu-pe-tu</i>--Banco--Quitte-ou-tout! + Juge-de-paix sans patenôtre.... + TUPETU, saint valet d'atout! + + <i>Tu-pe-tu</i>--Pas de milieu!... + TUPETU, sorcier à musique, + Croupier du tourniquet mystique + Pour les macarons du Bon-Dieu!... + + Médecin héroïque, il pousse + Le mourant à sauter le pas: + Soit dans la vie à la rescousse.... + Soit, à pieds joints, en plein trépas: + + --<i>Tu-pe-tu!</i> cheval couronné! + --<i>Tu-pe-tu!</i> qu'on saute ou qu'on butte! + --<i>Tu-pe-tu!</i> vieillard obstiné!... + Au bout du fossé la culbute! + + TUPETU, saint tout juste honnête, + Petit Janus chair et poisson! + Saint confesseur à double tête, + Saint confesseur à double fond!... + + --Pile-ou-face de la vertu, + Ambigu patron des pucelles + Qui viennent t'offrir des chandelles. + Jésuite! tu dis:--<i>Tu-pe-tu!</i>... + + + + + <i>LA RAPSODIE FORAINE + et + LE PARDON DE SAINTE-ANNE</i> + + + <i>La Palud, 27 Août, jour du Pardon</i>. + + Bénite est l'infertile plage + Où, comme la mer, tout est nud. + Sainte est la chapelle sauvage + De Sainte-Anne-de-la-Palud.... + + De la Bonne Femme Sainte Anne + Grand'tante du petit Jésus, + En bois pourri dans sa soutane + Riche ... plus riche que Crésus! + + Contre elle la petite Vierge, + Fuseau frêle, attend <i>l'Angélus</i>; + Au coin, Joseph tenant son cierge, + Niche, en saint qu'on ne fête plus.... + + * * * * * + + C'est le <i>Pardon</i>.--Liesse et mystères-- + Déjà l'herbe rase a des poux.... + --<i>Sainte Anne, Onguent des belles-mères! + Consolation des époux!</i>... + + Des paroisses environnantes: + De Plougastel et Loc-Tudy, + Ils viennent tous planter leurs tentes, + Trois nuits, trois jours--jusqu'au lundi. + + Trois jours, trois nuits, la palud grogne, + Selon l'antique rituel, + --Choeur séraphique et chant d'ivrogne-- + Le <i>CANTIQUE SPIRITUEL</i>. + + * * * * * + + Mère <i>taillée à coups de hache, + Tout coeur de chêne dur et bon; + Sous l'or de ta robe se cache + L'âme en pièce d'un franc-Breton! + + --Vieille verte à face usée + Comme la pierre du torrent, + Par des larmes d'amour creusée, + Séchée avec des pleurs de sang.... + + --Toi dont la mamelle tarie + S'est refait, pour avoir porté + La Virginité de Marie, + Une mâle virginité! + + --Servante-maîtresse altière, + Très-haute devant le Très-Haut: + Au pauvre monde, pas fière, + Dame pleine de comme-il-faut! + + --Bâton des aveugles! Béquille + Des vieilles! Bras des nouveaux-nés! + Mère de madame ta fille! + Parente des abandonnés! + + --O Fleur de la pucelle neuve! + Fruit de l'épouse au sein grossi! + Reposoir de la femme veuve.... + Et dit veuf Dante-de-merci! + + --Arche de Joachim! Aïeule! + Médaille de cuivre effacé! + Gui sacré! Trèfle-quatre-feuille! + Mont d'Horeb! Souche de Jessé! + + --O toi qui recouvrais la cendre, + Qui filais comme on fait chez nous, + Quand le soir venait à descendre, + Tenant</i> l'ENFANT <i>sur tes genoux; + + --Toi qui fus là, seule, pour faire + Son maillot neuf à Bethléem. + Et là, pour coudre son suaire + Douloureux, à Jérusalem!... + + Des croix profondes sont tes rides, + Tes cheveux sont blancs comme fils.... + --Préserve des regards arides + Le berceau de nos petits-fils! + + Fais venir et conserve en joie + Ceux à naître et ceux qui sont nés. + Et verse, sans que Dieu te voie, + L'eau de tes yeux sur les damnés! + + Reprends dans leur chemise blanche + Les petits qui sont en langueur.... + Rappelle à l'éternel Dimanche + Les vieux qui traînent en longueur. + + --Dragon-gardien de la Vierge, + Garde la crèche sous ton oeil. + Que, près de toi, Joseph-concierge + Garde la propreté du seuil! + + Prends pitié de la fille-mère, + Du petit au bord du chemin.... + Si quelqu'un leur jette la pierre, + Que la pierre se change en pain! + + --Dame bonne en mer et sur terre, + Montre-nous le ciel et le port, + Dans la tempête ou dans la guerre.... + O Fanal de la bonne mort! + + Humble: à tes pieds n'as point d'étoile, + Humble ... et brave pour protéger! + Dans la nue apparaît ton voile, + Pâle auréole du danger. + + --Aux perdus dont la vue est grise, + --Sauf respect--perdus de boisson, + Montre le clocher de l'église + Et le chemin de la maison. + + Prête ta douce et chaste flamme + Aux chrétiens qui sont ici.... + Ton remède de bonne femme + Pour les bêtes-à-corne aussi! + + Montre à nos femmes et servantes + L'ouvrage et la fécondité.... + --Le bonjour aux âmes parentes + Qui sont bien dans l'éternité! + + --Nous mettrons un cordon de cire, + De cire-vierge jaune, autour + De ta chapelle; et ferons dire + Ta messe basse au point du jour. + + --Préserve notre cheminée + Des sorts et du monde-malin.... + A Pâques te sera donnée + Une quenouille avec du lin. + + Si nos corps sont puants sur terre, + Ta grâce est un bain de santé; + Répands sur nous, au cimetière, + Ta bonne odeur-de-sainteté. + + --A l'an prochain!--Voici ton cierge: + (C'est deux livres qu'il a coûté) + ... Respects à Madame la Vierge, + Sans oublier la Trinité</i>. + + * * * * * + + ... Et les fidèles, en chemise, + <i>--Sainte Anne, ayez pitié de nous!--</i> + Font trois fois le tour de l'église + En se traînant sur leurs genoux; + + Et boivent l'eau miraculeuse + Où les Job teigneux ont lavé + Leur nudité contagieuse.... + <i>--Allez: la Foi vous a sauvé!--</i> + + C'est là que tiennent leurs cénacles + Les pauvres, frères de Jésus. + --Ce n'est pas la cour des miracles, + Les trous sont vrais: <i>Vide latus!</i> + + Sont-ils pas divins sur leurs claies, + Qu'auréole un nimbe vermeil, + Ces propriétaires de plaies, + Rubis vivants sous le soleil!... + + En aboyant, un rachitique + Secoue un moignon désossé. + Coudoyant un épileptique + Qui travaille dans un fossé. + + Là, ce tronc d'homme où croît l'ulcère, + Contre un tronc d'arbre où croît le gui + Ici, c'est la fille et la mère + Dansant la danse de Saint-Guy. + + Cet autre pare le cautère + De son petit enfant malsain: + --L'enfant se doit à son vieux père.... + --Et le chancre est un gagne-pain! + + Là, c'est l'idiot de naissance, + Un <i>visité par Gabriel</i>, + Dans l'extase de l'innocence.... + --L'innocent est près du ciel!-- + + --Tiens, passant, regarde: tout passe.... + L'oeil de l'idiot est resté. + Car il est en état-de-grâce.... + --Et la Grâce est l'Éternité!-- + + Parmi les autres, après vêpre, + Qui sont d'eau bénite arrosés, + Un cadavre, vivant de lèpre, + Fleurit--souvenir des croisés.... + + Puis tous ceux que les Rois de France + Guérissaient d'un toucher de doigts.... + --Mais la France n'a plus de rois, + Et leur dieu suspend sa clémence. + + --Charité dans leurs écuelles!... + Nos aïeux ensemble ont porté + Ces fleurs de lis en écrouelles + Dont ces <i>choisis</i> ont hérité. + + --<i>Miserere</i> pour les ripailles + Des <i>Ankokrignets</i> et <i>Kakous!</i>... + Ces moignons-là sont des tenailles, + Ces béquilles donnent des coups. + + Risquez-vous donc là, gens ingambes, + Mais gare pour votre toison: + Gare aux bras crochus! gare aux jambes + En <i>kyriè-èleison!</i> + + ... Et détourne-toi, jeune fille, + Qui viens là voir, et prendre l'air.... + Peut-être, sous l'autre guenille, + Percerait la guenille en chair.... + + C'est qu'ils chassent là sur leurs terres! + Leurs peaux sont leurs blasons béants: + --Le droit-du-seigneur à leurs serres!... + Le droit du Seigneur de céans!-- + + Tas <i>d'ex-voto</i> de carne impure, + Charnier d'élus pour les cieux, + Chez le Seigneur ils sont chez eux! + --Ne sont-ils pas sa créature.... + + Ils grouillent dans le cimetière + On dirait les morts déroutés + N'ayant tiré de sous la pierre + Que des membres mal reboutés. + + --Nous, taisons-nous!... Ils sont sacrés. + C'est la faute d'Adam punie + Le doigt d'En-haut tes a marqués: + --La Droite d'En-haut soit bénie! + + Du grand troupeau, boucs émissaires + Chargés des forfaits d'ici-bas, + Sur eux Dieu purge ses colères!... + --Le pasteur de Sainte-Anne est gras.-- + + * * * * * + + Mais une note pantelante, + Écho grelottant dans le vent + Vient battre la rumeur bêlante + De ce purgatoire ambulant + + Une forme humaine qui beugle + Contre le <i>calvaire</i> se tient; + C'est comme une moitié d'aveugle: + Elle est borgne, et n'a pas de chien.... + + C'est une rapsode foraine + Qui donne aux gens pour un liard + <i>L'Istoyre de la Magdalayne</i>, + Du <i>Juif-Errant</i> ou <i>d'Abaylar</i>. + + Elle hâle comme une plainte, + Comme une plainte de la faim, + Et, longue comme un jour sans pain, + Lamentablement, sa complainte.... + + --Ça chante comme ça respire, + Triste oiseau sans plume et sans nid + Vaguant où son instinct l'attire: + Autour des Bon-Dieu de granit.... + + Ça peut parler aussi, sans doute. + Ça peut penser comme ça voit: + Toujours devant soi la grand'route.... + --Et, quand ç'a deux sous ... ça les boit. + + --Femme: on dirait hélas--sa nippe + Lui pend, ficelée en jupon; + Sa dent noire serre une pipe + Eteinte....--Oh, la vie a du bon!-- + + Son nom ... ça se nomme Misère. + Ça s'est trouvé né par hasard. + Ça sera trouvé mort par terre.... + La même chose--quelque part. + + --Si tu la rencontres, Poète, + Avec son vieux sac de soldat: + C'est notre soeur ... donne--c'est fête + Pour sa pipe, un peu de tabac!... + + Tu verras dans sa face creuse + Se creuser, comme dans du bois, + Un sourire; et sa main galeuse + Te faire un vrai signe de croix. + + + + + <i>CRIS D'AVEUGLE</i>. + + + Sur l'air bas-breton: <i>Ann hini goz</i>. + + + L'oeil tué n'est pas mort + Un coin le fend encor + Encloué je suis sans cercueil + On m'a planté le clou dans l'oeil + L'oeil cloué n'est pas mort + Et le coin entre encor + + <i>Deus misericors + Deus misericors</i> + Le marteau bat ma tête en bois + Le marteau qui ferra la croix + <i>Deus misericors + Deus misericors</i> + + Les oiseaux croque-morts + Ont donc peur à mon corps + Mon Golgotha n'est pas fini + <i>Lamma lamma sabacthani</i> + Colombes de la Mort + Soiffez après mon corps + + Rouge comme un sabord + La plaie est sur le bord + Comme la gencive bavant + D'une vieille qui rit sans dent + La plaie est sur le bord + Rouge comme un sabord + + Je vois des cercles d'or + Le soleil blanc me mord + J'ai deux trous percés par un fer + Rougi dans la forge d'enfer + Je vois un cercle d'or + Le feu d'en haut me mord + + Dans la moelle se tord + Une larme qui sort + Je vois dedans le paradis + <i>Miserere, De profundis</i> + Dans mon crâne se tord + Du soufre en pleur qui sort + + Bienheureux le bon mort + Le mort sauvé qui dort + Heureux les martyrs, les élus + Avec la Vierge et son Jésus + O bienheureux le mort + Le mort jugé qui dort + + Un Chevalier dehors + Repose sans remords + Dans le cimetière bénit + Dans sa sieste de granit + L'homme en pierre dehors + A deux yeux sans remords + + Ho je vous sens encor + Landes jaunes d'Armor + Je sens mon rosaire à mes doigts + Et le Christ en os sur le bois + A toi je baye encor + O ciel défunt d'Armor + + Pardon de prier fort + Seigneur si c'est le sort + Mes yeux, deux bénitiers ardents + Le diable a mis ses doigts dedans + Pardon de crier fort + Seigneur contre le sort + + J'entends le vent du nord + Qui bugle comme un cor + C'est l'hallali des trépassés + J'aboie après mon tour assez + J'entends le vent du nord + J'entends le glas du cor + + + (<i>Menez Arrez.) + + + + + <i>LA PASTORALE DE CONLIE</i> + + + PAR UN MOBILISÉ DU MORBIHAN + + + <i>Moral jeunes troupes excellent</i>. + (OFF.) + + Qui nous avait levés dans le <i>Mois-noir</i>--Novembre-- + Et parqués comme des troupeaux + Pour laisser dans la boue, au <i>Mois-plus-noir</i>--Décembre-- + Des peaux de mouton et nos peaux! + + Qui nous a lâchés là: vides, sans espérance, + Sans un levain de désespoir! + Nous entre-regardant, comme cherchant la France.... + Comiques, fesant peur à voir! + + --Soldats tant qu'on voudra!... soldat est donc un être + Fait pour perdre le goût du pain?... + Nous allions mendier; on nous envoyait paître: + Et ... nous paissions à la fin! + + --S'il vous plaît: Quelque chose à mettre dans nos bouches?... + --Héros et bêtes à moitié!-- + ... Ou quelque chose là: du coeur ou des cartouches: + --On nous a laissé la pitié! + + L'aumône: on nous la tit--Qu'elle leur soit rendue + A ces bienheureux uhlans soûls! + Qui venaient nous jeter une balle perdue.... + Et pour rire!... comme des sous. + + On eût dit un radeau de naufragés.--Misère-- + Nous crevions devant l'horizon. + Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre.... + Un cri nous montait: Trahison! + + --Trahison ... c'est la guerre! On trouve à qui l'on crie!... + --Nous: pas besoin....--Pourquoi trahis?... + J'en ai vu parmi nous, sur la Terre-Patrie, + Se mourir du mal-du-pays. + + --Oh, qu'elle s'en allait morne, la douce vie!... + Soupir qui sentait le remord + De ne pouvoir serrer sur sa lèvre une hostie, + Entre ses dents la mâle-mort!... + + --Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes, + --Celui-là ne comprenait pas-- + Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes, + Avec un <i>biniou</i> sous son bras. + + Il s'assit dans la neige en disant: Ça m'amuse + De jouer mes airs; laissez-moi.-- + Et, le surlendemain, avec sa cornemuse, + Nous l'avons enterré--Pourquoi!... + + Pourquoi? dites-leur donc! Vous du Quatre-Septembre! + A ces vingt mille croupissants!... + Citoyens-décreteurs de victoires en chambre, + Tyrans forains impuissants! + + --La parole est à vous--la parole est légère!... + La Honte est fille ... elle passa-- + Ceux dont les pieds verdis sortent à fleur-de-terre + Se taisent....--Trop vert pour vous, ça! + + --Ha! Bordeaux, n'est-ce pas, c'est une riche ville.... + Encore en France, n'est-ce pas?... + Elle avait chaud partout votre garde mobile, + Sous les balcons marquant le pas: + + La résurrection de nos boutons de guêtres + Est loin pour vous faire songer; + Et, vos noms, je les vois collés partout, ô Maîtres!... + --La honte ne sait plus ronger.-- + + --Nos chefs ... ils fesaient bien de se trouver malades! + Armés en faux-turcs-espagnols + On en vit quelques-uns essayer des parades + Avec la troupe des Guignols. + + --<i>Le moral: excellent</i>--Ces Rois avaient des reines. + Parmi leurs sacs-de-nuit de cour.... + A la botte vernie il faut robes à traînes; + La vaillance est soeur de l'amour. + + --Assez!--Plus n'en fallait de fanfare guerrière + A nous, brutes garde-moutons, + Nous: ceux-là qui restaient simples, à leur manière, + <i>Soldats, catholiques, Bretons</i>.... + + A ceux-là qui tombaient bayant à la bataille, + Ramas de vermine sans nom, + Espérant le premier qui vint crier: Canaille! + Au canon, la chair à canon!... + + --Allons donc: l'abattoir!--Bestiaux galeux qu'on rosse, + On nous fournit aux Prussiens; + Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse, + Des Français aboyaient--Bons chiens! + + Hallali! ramenés!--Les perdus ... Dieu les compte,-- + Abreuvés de banals dédains; + Poussés, traînant au pied la savate et la honte, + Cracher sur nos foyers éteints! + + * * * * * + + --Va: toi qui n'es pas bue, ô fosse de Conlie! + De nos jeunes sangs appauvris, + Qu'en voyant regermer tes blés gras, on oublie + Nos os qui végétaient pourris. + + La chair plaquée après nos blouses en guenille + --Fumier tout seul rassemblé.... + --Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles! + L'<i>ergot</i> de mort est dans le blé. + + + (<i>1870</i>) + + + * * * * * + + + <i>GENS DE MER</i> + + + * * * * * + + + <i>Point n'ai fait un tas d'océans + Comme les Messieurs d'Orléans, + Ulysses à vapeur en quête.... + Ni l'Archipel en capitan; + Ni le Transatlantique ardant + Qu'une chanteuse d'opérette. + + + Mais il fut flottant, mon berceau, + Fait comme le nid de l'oiseau + Qui couve ses oeufs sur la houle.... + Mon lit d'amour fut un hamac: + Et, pour tantôt, j'espère un sac + Leste d'un bon caillou qui conte. + + --Marin, je sens mon matelot + Comme le bonhomme Callot + Sentait son illustre bonhomme.... + --Va</i>, bonhomme de mer <i>mal fait! + Va, Muse à la voix de rogomme! + Va, Chef-d'oeuvre de cabaret!</i> + + + + + <i>MATELOTS</i> + + + Vos marins de quinquets à l'Opéra ... comique, + Sous un frac en bleu-ciel jurent «Mille sabords!» + Et, sur les boulevards, le survivant chronique + Du <i>Vengeur</i> vend l'onguent à tuer les rats morts. + Le <i>Jùn'homme infligé d'un bras</i>--même en voyage-- + <i>Infortuné, chantant par suite de naufrage</i>; + La femme en bain de mer qui tord ses bras au flot; + Et l'amiral ***--Ce n'est pas matelot! + + --Matelots--quelle brusque et nerveuse saillie + Fait cette <i>Race à part</i> sur la race faillie! + Comme ils vous mettent tous, <i>terriens</i>, au même sac! + --<i>Un curé dans ton lit, un' fill' dans mon hamac!/i>-- + + * * * * * + + --On ne les connaît pas, ces gens à rudes noeuds. + Ils ont le mal de mer sur vos <i>planchers à boeufs</i>: + A terre--oiseaux palmés--ils sont gauches et veûles. + Ils sont mal culottés comme leurs brûle-gueules. + Quand le roulis leur manque ... ils se sentent rouler: + --<i>A terre, on a beau boire, on ne peut désoûler!</i> + + --On ne les connaît pas.--Eux: que leur fait la terre?... + Une relâche, avec l'hôpital militaire, + Des filles, la prison, des horions, du vin.... + Le reste: Eh bien, après?--Est-ce que c'est marin?... + + --Eux ils sont matelots.--A travers les tortures, + Les luttes, les dangers, les larges aventures, + Leur <i>face-à-coups-de-hache</i> a pris un tic nerveux + D'insouciant dédain pour ce qui n'est pas Eux.... + C'est qu'ils se sentent bien, ces chiens! Ce sont des mâles! + --Eux: l'Océan!--et vous: les plates-bandes sales; + Vous êtes des <i>terriens</i>, en un mot, des <i>troupiers</i>: + --<i>De la terre de pipe et de la sueur de pieds!</i>-- + + Eux sont les <i>vieux-de-cale</i> et <i>les frères-la côte</i>, + Gens au coeur sur la main, et toujours la main haute; + Des natures en barre!--Et capables de tout.... + --Faites-en donc autant!...--Ils sont <i>de mauvais goût</i>.... + --Peut-être.... Ils ont chez vous des amours tolérées + + Par un <i>grippe-Jésus</i> accueillant leurs entrées....[3] + --Eh! faut-il pas du coeur au ventre quelque part, + Pour entrer en plein jour là--bagne-lupanar,[4] + Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>, dans leur langue hâlée: + --Le cap Horn, noir séjour de tempête grêlée-- + Et se coller en vrac, sans crampe d'estomac, + De la chair à chiquer--comme un noeud de tabac! + + Jetant leur solde avec leur trop-plein de tendresse, + A tout vent; ils vont là comme ils vont à la messe.... + Ces anges mal léchés, ces durs enfants perdus! + --Leur tête a du requin et du petit-Jésus. + + Ils aiment à tout crin: Ils aiment plaie et bosse, + La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu'on rosse; + Ils font des voeux à tout ... mais leur voeu caressé + A toujours l'habit bleu d'un <i>Jésus-christ</i> rossé.[5] + + --Allez: ce franc cynique a sa grâce native.... + Comme il vous toise un chef, à sa façon naïve! + Comme il connaît son maître:--<i>Un d'un seul bloc de bois!</i> + --<i>Un mauvais chien toujours qu'un bon enfant parfois!</i> + + * * * * * + + --Allez: à bord, chez eux, ils ont leur poésie! + Ces brutes ont des chants ivres d'âme saisie + Improvisés aux quarts sur le gaillard-d'avant.... + --Ils ne s'en doutent pas, eux, poème vivant. + + --Ils ont toujours, pour leur <i>bonne femme de mère</i>, + Une larme d'enfant, ces héros de misère; + Pour leur <i>Douce-Jolie</i>, une larme d'amour!... + Au pays--loin--ils ont, espérant leur retour, + Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée + Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée. + Elle attend vaguement ... comme on attend là-bas. + Eux ils portent son nom tatoué sur leur bras. + Peut-être elle sera veuve avant d'être épouse.... + --Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.-- + Mais elle sera fière, à travers un sanglot, + De pouvoir dire encore:--Il était matelot!... + + --C'est plus qu'un homme aussi devant la mer géante, + Ce matelot entier!... + Piétinant sous la plante + De son pied marin le pont près de crouler; + Tiens bon! Ça le connaît, ça va le désoûler. + Il finit comme ça, simple en sa grande allure, + D'un bloc:--<i>Un trou dans l'eau, quoi!... pas de fioriture</i>. + + * * * * * + + On en voit revenir pourtant: bris de naufrage. + Ramassis de scorbut et hachis d'abordage.... + Cassés, défigurés, dépaysés, perclus: + --Un oeil en moins.--Et vous, en avez-vous en plus: + --La fièvre-jaune.---Eh bien, et vous, l'avez-vous rose? + --Une balafre.--Ah, c'est signé!...C'est quelque chose! + --Et le bras en pantenne.--Oui, c'est un biscaïen, + Le reste c'est le bel ouvrage au chirurgien. + --Et ce trou dans la joue?--Un ancien coup de pique. + --Cette bosse?--A <i>tribord?</i>... excusez: c'est ma chique. + --Ça?--Rien: <i>une foutaise</i>, un pruneau dans la main, + Ça sert de baromètre, et vous verrez demain: + Je ne vous dis que ça, sûr! quand je sens ma crampe.... + Allez, on n'en fait plus des coques de ma trempe! + On m'a pendu deux fois....-- + Et l'honnête forban + Creuse un bateau de bois pour un petit enfant. + Ils durent comme ça, reniflant la tempête + Riches de gloire et de trois cents francs de retraite, + Vieux culots de gargousse, épaves de héros!... + --Héros?--ils riraient bien!...--Non merci: matelots! + + --Matelots!--Ce n'est pas vous, jeunes <i>mateluches</i>, + Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches.... + Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits! + En haussant leur épaule ils vous trouvent petits. + A treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires! + Vous, vous n'êtes que des <i>pelletas</i> militaires.... + Allez, on n'en fait plus de ces <i>purs, premier brin!</i> + Tout s'en va ... tout! La mer ... elle n'est plus <i>marin!</i> + De leur temps, elle était plus salée et sauvage. + Mais, à présent, rien n'a plus de pucelage.... + La mer.... La mer n'est plus qu'une fille à soldats!... + + --Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas + Comme dans les grands quarts.... Paisible rêverie + De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie.... + --Aux pompes!... + --Non ... fini!--Les beaux jours sont passés + --<i>Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés!</i> + + * * * * * + + Tel qu'une vieille coque au sec dégréée, + Où vient encor parfois clapoter la marée; + Ame-de-mer en peine est le vieux matelot + Attendant, échoué ...--quoi: la mort? + --Non, le flot. + + + (<i>Ile d'Ouessant.--Avril</i>.) + + + [note 3: <i>Grippe-Jésus</i>: petit nom marin du gendarme.] + + [note 4: 'Ce bagne-lupanar' Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>, + dans leur langue halée.] + + [note 5: <i>Jésus-Christ</i>: du même au même] + + + + + + <i>LE BOSSU BITOR</i>[6] + + + Un pauvre petit diable aussi vaillant qu'un autre, + Quatrième et dernier à bord d'un petit <i>cotre</i> ... + Fier d'être matelot et de manger pour rien, + Il remplaçait le <i>coq</i>, le mousse et le chien; + Et comptait, comme ça, quarante ans de service, + Sur <i>le rôle</i> toujours inscrit comme--<i>novice!</i>-- + + ... Un vrai bossu: cou tors et retors, très madré, + Dans sa coque il gardait sa petite influence; + Car chacun sait qu'en mer un bossu porte chance.... + --Rien ne f...iche malheur comme femme ou curé! + + Son nom: c'était Bitor--nom de mer et de guerre-- + Il disait que c'était un tremblement de terre + Qui, jeune et fait au tour, l'avait tout démoli: + Lui, son navire et des cocotiers ... au Chili. + + * * * * * + + Le soleil est noyé.--C'est le soir--dans le port + Le navire bercé sur ses câbles, s'endort + Seul; et le clapotis bas de l'eau morte et lourde, + Chuchote un gros baiser sous sa carène sourde. + Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque, + Le ciel miroité semble une immense flaque. + + Le long des quais déserts où grouillait un chaos + S'étend le calme plat.... + Quelques vagues échos.... + Quelque novice seul, resté mélancolique, + Se chante son pays avec une musique.... + De loin en loin, répond le jappement hagard, + Intermittent, d'un chien de bord qui fait le quart, + Oublié sur le pont.... + Tout le monde est à terre. + Les matelots farauds s'en sont allés--mystère!-- + Faire, à grands coups de gueule et de botte ... l'amour. + --Doux repos tant sué dans les labeurs du jour.-- + Entendez-vous là-bas, dans les culs-de-sac louches, + Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches!... + + --Chantez! La vie est courte et drôlement cordée!... + Hâle à toi, si tu peux, une bonne bordée + A jouer de la fille, à jouer du couteau.... + Roucoulez mes Amours! Qui sait: demain!... tantôt.... + + ... Tantôt, tantôt ... la ronde en écrémant la ville, + Vous soulage en douceur quelque traînard tranquille + Pour le coller en vrac, léger échantillon, + Bleu saignant et vainqueur, au clou.--Tradition.-- + + * * * * * + + Mais les soirs étaient doux aussi pour le Bitor, + Il était libre aussi, maître et gardien à bord.... + Lové tout de son long sur un rond de cordage, + Se sentant somnoler comme un chat ... comme un sage, + Se repassant l'oreille avec ses doigts poilus, + Voluptueux, pensif, et n'en pensant pas plus, + Laissant mollir son corps dénoué de paresse, + Son petit oeil vairon noyé de morbidesse!... + + --Un <i>loustic</i> en passant lui caressait les os: + Il riait de son mieux et faisait le gros dos. + + * * * * * + + Tout le monde a pourtant quelque bosse en la tête.... + Bitor aussi--c'était de se payer la fête! + Et cela lui prenait, comme un commandement + De Dieu: vers la Noël, et juste une fois l'an. + Ce jour-là, sur la brune, il s'ensauvait à terre + Comme un rat dont on a cacheté le derrière.... + --Tiens: Bitor disparu.--C'est son jour de sabbats + Il en a pour deux nuits: réglé comme un compas. + --C'est un sorcier pour sûr....-- + Aucun n'aurait pu dire, + Même on n'en riait plus; c'était fini de rire. + + Au deuxième matin, le <i>bordailleur</i> rentrait + Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret, + Louvoyant bord-sur-bord.... + Morne, vers la cuisine + Il piquait droit, chantant ses vêpres ou mâtine, + Et jetait en pleurant ses savates au feu.... + --Pourquoi--nul ne savait, et lui s'en doutait peu. + ... J'y sens je ne sais quoi d'assez mélancolique, + Comme un vague fumet d'holocauste à l'antique.... + + C'était la fin; plus morne et plus tordu, le hère + Se reprenait hâler son bitor de misère.... + + * * * * * + + --C'est un soir, près Noël.--Le cotre est à bon port, + L'équipage au diable, et Bitor ... toujours Bitor. + C'est le grand jour qu'il s'est donné pour prendre terre: + Il fait noir, il est gris.--L'or n'est qu'une chimère! + Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous.... + Son pantalon à mettre et:--La terre est à nous!-- + + ... Un pantalon jadis <i>cuisse-de-nymphe-émue</i>, + Couleur tendre à mourir!... et trop tôt devenue + <i>Merdoie</i> ... excepté dans les plis <i>rose-d'amour</i>, + Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour.... + + Enfin il s'est lavé, gratté--rude toilette! + --Ah! c'est que ce n'est pas, non plus, tous les jours fête!... + Un cache-nez lilas lui cache les genoux, + --Encore un coup-de-suif! et: La terre est à nous! + ... La terre: un bouchon, quoi!...--Mais Bitor se sent riche: + D'argent, comme un bourgeois: d'amour, comme un caniche.... + --Pourquoi pas le <i>Cap-Horn!</i>... Le sérail--Pourquoi pas!... + --Syrènes du <i>Cap-Horn</i>, vous lui tendez les bras!... + + * * * * * + + Au fond de la venelle est la lanterne rouge, + Phare du matelot, <i>Stella maris</i> du bouge.... + --Qui va là?--Ce n'est plus Bitor! c'est un héros, + Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numéros!... + C'est Triboulet tordu comme un ver par sa haine!... + Ou c'est Alain Chartier, sous un baiser de reine!... + Lagardère en manteau qui va se redresser!... + --Non: C'est un bienheureux honteux--Laissez passer. + C'est une chair enfin que ce bout de rognure! + Un partageux qui veut son morceau de nature. + C'est une passion qui regarde en dessous + L'amour ... pour le voler!...--L'amour à trente sous! + + --Va donc Paillasse! Et le trousse-galant t'emporte! + Tiens: c'est là!... C'est un mur--Heurte encor!... C'est la porte: + As-tu peur!-- + Il écoute.... Enfin: un bruit de clefs, + Le judas darde un rais:--Hô, quoi que vous voulez? + --J'ai de l'argent.--Combien es-tu? Voyons ta tête.... + Bon. Gare à n'entrer qu'un; la maison est honnête; + Fais voir ton sac un peu?... Tu feras travailler?...-- + Et la serrure grince, on vient d'entrebâiller; + Bitor pique une tête entre l'huys et l'hôtesse, + Comme un chien dépendu qui se rue à la messe. + --Eh, là-bas! l'enragé, quoi que tu veux ici? + Qu'on te f...iche droit, quoi? pas dégoûté! Merci!... + Quoi qui te faut, bosco?... des nymphes, des pucelles + Hop! à qui le Mayeux? Eh là-bas, les donzelles!... + + Bitor lui prit le bras:--Tiens, voici pour toi, gouine: + Cache-moi quelque part ... tiens: là....--C'est la cuisine! + --Bon. Tu m'en conduiras une ... et propre! combien?... + --Tire ton sac.--Voilà.--Parole! il a du bien!... + Pour lors nous en avons du premier brin: <i>cossuses</i>; + Mais on ne t'en a pas fait exprès des <i>bossuses</i>.... + Bah! la nuit tous les chats sont gris. Reste là voir, + Puisque c'est ton caprice; as pas peur, c'est tout noir.- + + * * * * * + + Une porte s'ouvrit. C'est la salle allumée. + Silhouettes grouillant à travers la fumée: + Les amateurs beuglant, ronflant, trinquant, rendus; + --Des Anglais, jouissant comme de vrais pendus, + Se cuvent, pleins de tout et de béatitude; + --Des Yankees longs, et roide-soûls par habitude, + Assis en deux, et, tour-à-tour tirant au mur + Leur jet de jus de chique, au but, et toujours sûr; + --Des Hollandais salés, lardés de couperose; + --De blonds Norwégiens hercules de chlorose; + --Des Espagnols avec leurs figures en os; + --Des baleiniers huileux comme des cachalots; + --D'honnêtes caboteurs bien carrés d'envergures, + Calfatés de goudron sur toutes les coutures; + --Des Nègres blancs, avec des mulâtres lippus; + Des Chinois, le chignon roulé sous un <i>gibus</i>, + Vêtus d'un frac flambant-neuf et d'un parapluie; + --Des chauffeurs venus là pour essuyer leur suie; + --Des Allemands chantant l'amour en orphéon, + Leur patrie et leur chope ... avec accordéon; + --Un noble Italien, jouant avec un mousse + Qui roule deux gros yeux sous sa tignasse rousse; + --Des Grecs plats; des Bretons à tête biscornue; + --L'escouade d'un vaisseau russe, en grande tenue; + --Des Gascons adorés pour leur galant bagout.... + Et quelques renégats--écume du ragoût.-- + + Là, plus loin dans le fond sur les banquettes grasses, + Des novices légers <i>s'affalent</i> sur les Grâces + De corvée.... Elles sont d'un gras encourageant; + Ça se paye au tonnage, on en veut pour l'argent.... + Et, quand on <i>largue tout</i>, il faut que la viande + Tombe, comme un <i>hunier qui se déferle en bande!</i> + + --On a des petits noms: <i>Chiourme, Jany-Gratis, + Bout-dehors, Fond-de-Vase, Anspeck, Garcette à-ris</i>. + --C'est gréé comme il faut: satin rose et dentelle; + Ils ne trouvent jamais la mariée assez belle.... + --Du velours pour frotter à cru leur cuir tanné! + Et du fard, pour torcher leur baiser boucané!... + A leurs ceintures d'or, faut ceinture dorée! + Allons!--<i>Ciel moutonné, comme femme fardée + N'a pas longue durée</i> à ces Pachas d'un jour.... + --<i>N'en faut du vin! n'en faut du rouge!... et de l'amour!</i> + + * * * * * + + Bitor regardait ça--comment on fait la joie-- + Chauve-souris fixant les albatros en proie.... + Son rêve fut secoué par une grosse voix: + --Eh, dis donc, l'oiseau bleu, c'est-y fini ton choix? + --Oui: (Ses yeux verts vrillaient la nuit de la cuisine) + ... La grosse dame en rose avec sa crinoline!... + --Ça: c'est <i>Mary-Saloppe</i>, elle a son plein et dort.-- + Lui, dégainant le bas qui tenait son trésor: + --Je te dis que je veux la belle dame rose!... + --Ça t'y du vice!... Ah-ça: t'es porté sur la chose?... + Pour avec elle, alors, tu feras dix cocus, + Dix tout frais de ce soir!... Vas-y pour tes écus + Et paye en double: On va <i>t'amateloter</i>. Monte.... + --Non ici..--Dans le noir?... allons faut pas de honte! + --Je veux ici!--Pas mèche, avec les règlements. + --Et moi je veux!--C'est bon ... mais t'endors pas dedans.... + + Ohé là-bas! debout au quart, <i>Mary-Saloppe!</i> + --Eh, c'est pas moi <i>de quart!</i>--C'est pour prendre une chope, + C'est rien <i>la corvée</i> ... accoste: il y a gras! + --De quoi donc?--Va, c'est un qu'a de l'or plein ses bas, + Un bossu dans un sac, qui veut pas qu'on l'évente.... + --Bon: qu'y prenne son soûl, j'ai le mien! j'ai ma pente. + --Va, c'est dans la cuisine.... + + --Eh! voyons-toi, Bichon.... + T'es tortu, mais j'ai pas peur d'un tire-bouchon! + Viens.... Si ça t'est égal: éclairons la chandelle? + --Non.--Je voudrais te voir, j'aime Polichinelle.... + Ah je te tiens; on sait jouer Colin-Maillard!...-- + La matrulle ferma la porte.... + --Ah tortillard!... + + * * * * * + + Charivari!--Pour qui?--Quelle ronde infernale, + Quel paquet crevé roule en hurlant dans la salle?... + --Ah, peau de cervelas! ah, tu veux du chahut! + A poil! à poil! on va te <i>caréner</i> tout cru! + Ah, tu grognes, cochon! Attends, tu veux la goutte: + Tiens son ballon!... Allons, avale-moi ça ... toute! + Gare au grappin, il croche! Ah! le cancre qui mord! + C'est le diable bouilli!...-- + + C'était l'heureux Bitor. + + --Carognes, criait-il, mollissez!... je régale.... + --Carognes?... Ah, roussin! mauvais comme la gale! + Tu régales, Limonadier de la Passion? + On te régalera, va! double ration! + Pou crochard qui montais nous piquer nos <i>punaises!</i> + Cancre qui viens manger nos <i>peaux!</i>... Pas de foutaises, + Vous autres: Toi, <i>la mère</i>, apporte de là haut, + Un grand tapis de lit, en double et comme-y-faut!... + Voilà!-- + Dix bras tendus hâlent la couverture + --Le <i>tortillou</i> dessus!... On va la danser dure; + Saute, Paillasse! hop là!...-- + C'est que le matelot, + Bon enfant, est très dur quand il est <i>rigolot</i>. + Sa colère: c'est bon.--Sa joie: ah, pas de grâce!... + <i>Ces dames rigolaient</i>.... + --Attrape: pile ou face? + Ah, le malin! quel vice! il échoue en côté!-- + ...Sur sa bosse grêlaient, avec quelle gaîté! + Des bouts de corde en l'air sifflant comme couleuvres; + Les sifflets de gabier, rossignols de manoeuvres, + Commandaient et rossignolaient à l'unisson.... + --Tiens bon!...-- + Pelotonné, le pauvre hérisson + Volait, rebondissait, roulait. Enfin la plainte + Qu'il rendait comme un cri de poulie est éteinte.... + --Tiens bon! il fait exprès.... Il est dur, l'entêté!... + C'est un lapin! ça veut le jus plus pimenté: + Attends!...-- + Quelques couteaux pleuvent ... <i>Mary-Saloppe</i> + D'un beau mouvement, hèle:--A moi sa place!--Tope! + Amène tout en vrac! largue!...-- + Le jouet mort + S'aplatit sur la planche et rebondit encor.... + + Comme après un doux rêve, il rouvrit son oeil louche + Et trouble.... Il essuya dans le coin de sa bouche, + Un peu d'écume avec sa chique en sang.... -C'est bien; + C'est fini, matelot.. Un coup de <i>sacré-chien!</i> + Ça vous remet le coeur; bois!...-- + Il prit avec peine + Tout l'argent qui restait dans son bon bas de laine + Et regardant <i>Mary-Saloppe</i>:--C'est pour toi, + Pourboire ... en souvenir.-Vrai: baise-moi donc, quoi!... + Vous autres, laissez-le, grands lâches! mateluches! + C'est mon amant de coeur ... on a ses coqueluches! + ... Toi: file à l'embellie, en double, l'asticot: + L'échouage est mauvais, mon pauvre saligot!...-- + + Son oeil marécageux, larme de crocodile, + La regardait encore....--Allons, mon garçon, file!-- + + * * * * * + + C'est tout. Le lendemain, et jours suivants, à bord + Il manquait.--Le navire est parti sans Bitor.-- + + * * * * * + + Plus tard, l'eau soulevait une masse vaseuse + Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse.... + Un cadavre bossu, ballonné, démasqué + Par les crabes. Et ça fut jeté sur le quai, + Tout comme l'autre soir, sur une couverture. + Restant de crabe, encore il servit de pâture + Au rire du public; et les gamins d'enfants + Jouant au bord de l'eau noire sous le beau temps. + Sur sa bosse tapaient comme sur un tambour + Crevé.... + --Le pauvre corps avait connu l'amour! + + + (<i>Marseille.--La Joliette.--Mai</i>.) + + + [note 6: le <i>bitors</i> est un gros fil à voile tordu + en double et goudronné.] + + + + + + <i>LE RENÉGAT</i> + + + Ça c'est un renégat. Contumace partout: + Pour ne rien faire, ça fait tout. + Écumé de partout et d'ailleurs; crâne et lâche, + Écumeur amphibie, à la course, à la tâche; + Esclave, flibustier, nègre, blanc, ou soldat, + Bravo: fait tout ce qui concerne tout état; + Singe, limier de femme ... ou même, au besoin, femme; + Prophète <i>in partibus</i>, à tant par kilo d'âme; + Pendu, bourreau, poison, flûtiste, médecin, + Eunuque; ou mendiant, un coutelas en main.... + + La mort le connaît bien, mais n'en a plus envie.... + Recraché par la mort, recraché par la vie, + Ça mange de l'humain, de l'or, de l'excrément, + Du plomb, de l'ambroisie ... ou rien--Ce que ça sent.-- + + Son nom?--Il a changé de peau, comme chemise.... + Dans toutes langues c'est: Ignace ou Cydalyse, + <i>Todos los santos</i>.... Mais il ne porte plus ça; + Il a bien effacé son <i>T. F</i>. de forçat!... + --Qui l'a poussé ... l'amour?--Il a jeté sa gourme! + Il a tout violé: potence et garde-chiourme. + --La haine?--Non.--Le vol?--Il a refusé mieux. + --Coup de barre du vice?--Il n'est pas vicieux; + Non ... dans le ventre il a de la fille-de-joie, + C'est un tempérament ... un artiste de proie. + + * * * * * + + Au diable même il n'a pas fait miséricorde. + --Hâle encore!--Il a tout pourri jusqu'à la corde, + Il a tué toute <i>bête</i>, éreinté tous les coups.... + + Pur, à force d'avoir purgé tous les dégoûts. + + + (<i>Baléares</i>.) + + + + + <i>AURORA</i> + + + <i>APPAREILLAGE D'UN BRICK CORSAIRE</i> + + + «<i>Quand l'on fut toujours vertueux + L'on aime à voir lever l'aurore</i>.... » + + Cent vingt <i>corsaires</i>, gens de corde et de sac, + A bord de la <i>Mary-Gratis</i>, ont mis leur sac. + --Il est temps, les enfants! on a roulé sa bosse.... + Hisse!--C'est le grand foc qui va payer la noce. + Etarque!--Leur argent les fasse tous cocus!... + La drisse du grand-foc leur rendra leurs écus.... + --Hisse hoé!... <i>C'est pas tant le gendarm' qué jé r'grette!</i> + --Hisse hoà!... <i>C'est pas ça! Naviguons, ma brunette!</i> + + Va donc <i>Mary-Gratis</i>, brick écumeur d'Anglais! + Vire à pic et dérape!..--Un coquin de vent frais + Largue, en vrai matelot, les voiles de l'aurore; + L'écho des cabarets de terre beugle encore.... + Eux répondent en choeur, perchés dans les huniers, + Comme des colibris au haut des cocotiers: + + «<i>Jusqu'au revoir, la belle, + Bientôt nous reviendrons</i>.... » + + Ils ont bien passé là quatre nuits de liesse, + Moitié sous le comptoir et moitié sur l'hôtesse.... + + «... <i>Tâchez d'être fidèle, + Nous serons bons garçons</i>.... » + + --Évente les huniers!... <i>C'est pas ça qué jé r'grette</i>.... + --Brasse et borde partout!... <i>Naviguons, ma brunette!</i> + --<i>Adieu, séjour de guigne!</i>... Et roule, et cours bon bord.... + Va, la <i>Mary-Gratis!</i>--au nord-est quart de nord.-- + + ... Et la <i>Mary-Gratis</i>, en flibustant l'écume, + Bordant le lit du vent se gîte dans la brume. + Et le grand flot du large en sursaut réveillé + A terre va bâiller, s'étirant sur le roc: + <i>Roul' ta bosse, tout est payé + Hiss' le grand foc!</i> + + * * * * * + + Ils cinglent déjà loin. Et, couvrant leur sillage, + La houle qui roulait leur chanson sur la plage + Murmure solidement, revenant sur ses pas: + --Tout est payé, la belle!... ils ne reviendront pas. + + + + + <i>LE NOVICE EN PARTANCE</i> + <i>et</i> + <i>SENTIMENTAL</i> + + + A LA DÉCENTE DES MARINS CHES + MARIJANE SERRE A BOIRE & A + MANGER COUCHE A PIEDS ET A + CHEVAL. + DEBIT. + + + Le temps était si beau, la mer était si belle.... + Qu'on dirait qu'y en avait pas. + Je promenais, un coup encore, ma Donzelle, + A terre, tous deux, sous mon bras. + + C'était donc, pour du coup, la dernière journée. + Comme-ça: ça m'était égal.... + Ça n'en était pas moins la suprême tournée + Et j'étais sensitif pas mal. + + ... Tous les ans, plus ou moins, je relâchais près d'elle + --Un mois de mouillage à passer-- + Et je la relâchais tout fraîchement fidèle.... + Et toujours à recommencer. + + Donc, quand la barque était à l'ancre, sans malice + J'accostais, novice vainqueur, + Pour mouiller un pied d'ancre. Espérance propice!... + Un pied d'ancre dans son coeur! + + Elle donnait la main à manger mon décompte + Et mes avances à manger. + Car, pour un <i>mathurin</i> faraud, c'est une honte:[7] + De ne pas rembarquer léger. + + J'emportais ses cheveux, pour en cas de naufrage, + Et ses adieux au long-cours. + Et je lui rapportais des objets de sauvage, + Que le douanier saisit toujours. + + Je me l'imaginais pendant les traversées, + Moi-même et naturellement. + Je m'en imaginais d'autres aussi--sensées + Elle--dans mon tempérament. + + Mon nom mâle à son nom femelle se jumelle, + Bout-à-bout et par à peu-près: + Moi je suis Jean-Marie et c'est Mary-Jane elle.... + Elle ni moi <i>n'ons</i> fait exprès. + + ... Notre chien de métier est chose assez jolis + Pour un leste et gueusard amant; + Toujours pour démarrer on trouve l'embellie: + --Un pleur.... Et saille de l'avant! + + Et hisse le grand foc!--la loi me le commande.-- + Largue les <i>garcettes</i>, sans gant![8] + Etarque à bloc!--L'homme est libre et la mer est grande + La femme: un sillage!... Et bon vent!-- + + On a toujours, puisque c'est dans notre nature, + --Coulant en douceur, comme tout-- + Filé son câble par le bout, sans <i>fignolure</i>.... + Filé son câble par le bout! + + --File!... la passion n'est jamais défrisée. + --Evente tout et pique au nord! + Borde la brigantine et porte à la risée!... + --On prend sa capote et s'endort.... + + --Et file le parfait amour! à ma manière, + --Ce n'est pas la bonne: tant mieux! + C'est encor la meilleure et dernière et première.... + As pas peur d'échouer, mon vieux! + + Ah! la mer et l'amour!--On sait--c'est variable.... + Aujourd'hui: zéphyrs et houris! + Et demain ... c'est un grain: Vente la peau du diable! + Debout au quart! croche des ris!... + + --Nous fesons le bonheur d'un tas de malheureuses, + Gabiers-volants de Cupidon!... + Et la lame de l'ouest nous rince les pleureuses.... + --Encore une! et lave le pont! + + * * * * * + + Comme ça mol je suis. Elle, c'était la rose + D'amour, et du débit d'ici.... + Nous cherchions tous deux à nous dire quelque chose + De triste.--C'est plus propre aussi.-- + + ... Elle ne disait rien--Moi: pas plus.--Et sans doute, + La chose aurait duré longtemps.... + Quand elle dit, d'un coup, au milieu de la route: + --Ah Jésus! comme il fait beau temps.-- + + J'y pensais justement, et peut-être avant elle.... + Comme avec un même coeur, quoi! + Donc, je dis à mon tour:--Oh! oui, mademoiselle, + Oui...; Les vents hâlent le <i>noroî</i>.... + + --Ah! pour où partez-vous?--Ah! pour notre voyage.... + --Des pays mauvais?--Pas meilleurs.... + --Pourquoi?--Pour faire un tour, démoisir l'équipage.... + Pour quelque part, et pas ailleurs: + + New-York ... Saint-Malo....--Que partout Dieu vous garde! + --Oh!... Le saint homme y peut s'asseoir; + Ça n'est notre métier à nous, ça nous regarde: + <i>Eveillatifs</i>, l'oeil au bossoir! + + --Oh! ne blasphémez pas! Que la Vierge vous veille! + --Oui: que je vous rapporte encor + Une bonne Vierge à la façon de Marseille: + Pieds, mains, et tête et tout, en or?... + + --Votre navire est-il bon pour la mer lointaine? + --Ah! pour ça, je ne sais pas trop, + Mademoiselle; c'est l'affaire au capitaine, + Pas à vous, ni moi matelot. + + --Mais le navire a-t-il un beau nom de baptême? + --C'est un <i>brick</i> ... pour son petit nom: + Un espèce de nom de dieu ... toujours le même, + Ou de sa moitié: <i>Junon</i>.... + + --Je tremblerai pour vous, quand la mer se tourmente.... + --Tiens bon, va! la coque a deux bords.... + On sait patiner ça! comme on fait d'une amante.... + --Mais les mauvais maux?...--Oh! des sorts! + + --Je tremble aussi que vous n'oubliiez mes tendresses + Parmi vos reines de là-bas.... + --Beaux cadavres de femme: oui! mais noirs et singesses. + Et puis: voyez, là, sur mon bras: + + C'est l'<i>Hôtel de l'Hymen, dont deux coeurs en gargousse</i> + Tatoués à perpétuité! + Et <i>la petite bonne-femme en frac de mousse</i>: + C'est vous, en portrait ... pas flatté. + + --Pour lors, c'est donc demain que vous quittez?...--Peut-être. + --Déjà!...--Peut-être après-demain. + --Regardez en appareillant, vers ma fenêtre: + On fera bonjour de la main. + + --C'est bon. Jusqu'au retour de n'importe où, m'amie.... + Du Tropique ou Noukahiva. + Tâchez d'être fidèle, et moi: sans avarie.... + Une autre fois mieux!--Adieu-vat! + + + (<i>Brest-Recouvrance</i>.) + + + [Note 7: <i>Mathurin</i>: <i>Dumanet</i> maritime.] + + [Note 8: <i>Garcettes</i>.--Bouts de cordes qui servent + à serrer les voiles.] + + + + + <i>LA GOUTTE</i> + + + Sous un seul hunier--le dernier--à la cape, + Le navire était soûl; l'eau sur nous faisait nappe. + --Aux pompes, faillis chiens!--L'équipage fit--non.-- + + --Le hunier! le hunier!... + C'est un coup de canon. + Un grand froufrou de soie à travers la tourmente. + + --Le hunier emporté!--C'est la fin. Quelqu'un chante.-- + --Tais-toi, Lascar!--Tantôt.--Le hunier emporté!... + --Pare le foc, quelqu'un de bonne volonté!... + --Moi.--Toi, lascar?--Je chantais ça, moi, capitaine. + --Va.--Non: la goutte avant?--Non, après.--Pas la peine: + La grande tasse est là pour un coup....-- + Pour braver, + + Quoi! mourir pour mourir et ne rien sauver.... + --Fais comme tu pourras: Coupe. Et gare à ta drisse. + --Merci-- + D'un bond du singe il saute, de la lisse, + Sur le beaupré noyé, dans les agrès pendants. + --Bravo!-- + Nous regardions, la mort entre les dents. + + --Garçons, tous à la drisse! à nous! pare l'écoute!... + (Le coup de grâce enfin.... )--Hisse! barre au vent toute! + Hurrah! nous abattons!...-- + Et le foc déferlé + Redresse en un clin d'oeil le navire acculé. + C'est le salut à nous qui bat dans cette loque + Fuyant devant le temps! Encor paré la coque! + --Hurrah pour le lascar!--Le lascar?... + --A la mer! + --Disparu?--Disparu--Bon, ce n'est pas trop cher. + + * * * * * + + --Ouf! c'est fait--Toi, Lascar!--moi, Lascar, capitaine, + La lame m'a rincé de dessus la poulaine, + Le même coup de mer m'a ramené gratis.... + Allons, mes poux n'auront pas besoin d'onguent-gris. + + --Accoste, tout le monde! Et toi, Lascar, écoute: + Nous te devons la vie....--Après?--Pour ça?...--La goutte! + Mais c'était pas pour ça, n'allez pas croire, au moins.... + --Viens m'embrasser!--Attrape à torcher les grouins. + J'suis pas beau, capitain', mais, soit dit en famille, + Je vous ai fait plaisir plus qu'une belle fille?... + + * * * * * + + Le capitaine mit, ce jour, sur son rapport: + --<i>Gros temps. Laissé porter. Rien de neuf à bord</i>.-- + + + (<i>A bord</i>.) + + + + + <i>BAMBINE</i> + + + Tu dors sous les panais, capitaine Bambine + Du remorqueur havrais <i>l' Aimable Proserpine</i>, + Qui, vingt-huit ans, fit voir au Parisien béant, + Pour vingt sous: <i>L' OCÉAN! L'OCÉAN!! L'OCÉAN!!!</i> + + Train de plaisir au large.--On double la jetée-- + En rade: <i>y a-z-un peu d'gomme</i>....--Une mer démontée-- + Et <i>la cargaison</i> râle:--Ah! commandant! assez! + Assez, pour notre argent, de tempête! cessez!-- + + Bambine ne dit mot. Un bon coup de mer passe + Sur les infortunés:--Ah--, capitaine! grâce!... + --C'est bon ... si ces messieurs et dam's ont leur content?... + C'est pas pour mon plaisir, moi, v's êtes mon chargement: + Pare à virer....-- + + Malheur! le coquin de navire + Donne en grand sur un banc....--Stoppe!--Fini de rire.... + Et talonne à tout rompre, et roule bord sur bord + Balayé par la lame:--A la fin, c'est trop fort!...-- + Et la <i>cargaison</i> rend des cris ... rend tout! rend l'âme + Bambine fait les cent pas. + Un ange, une femme + Le prend:--C'est ennuyeux ça, conducteur! cessez! + Faites-moi mettre à terre, à la fin! c'est assez!-- + + Bambine l'élongeant d'un long regard austère: + --A terre! q'vous avez dit?... vous avez dit: à terre.... + A terre! pas dégoûtai!... Moi-z'aussi, foi d'mat'lot, + J'voudrais ben!... attendu q'si t'-ta-l'heure l'prim' flot + Ne soulag' pas la coque: vous et moi, mes princesses + J'bêrons ben, sauf respect, la lavure éd'nos fesses!-- + + Il reprit ses cent pas, tout à fait mal bordé: + --A terre!... j'crâis f...tre ben! Les femm's!... pas dégoûté! + + + (<i>Havre-de-Grâce. La Hêve.--(Août</i>.) + + + + + <i>CAP'TAINE LEDOUX</i> + + + A LA BONNE RELACHE DES CABOTEURS + VEUVE-CAP'TAINE GALMICHE + CHAUDIÈRE POUR LES MARINS--COOK-HOUSE + BRANDY--LIQOEUR + --POULIAGE-- + + + Tiens, c'est l'cap'tain' Ledoux!.. eh quel bon vent vous pousse: + --Un <i>bon frais</i>, m'am' Galmiche, à fair' plier mon pouce: + R'lâchés en avarie, en rade, avec mon <i>lougre</i>.... + --Auguss! on se hiss' pas comme ça desur les g'noux + Des cap'tain's!...--Eh, laissez, l'chérubin! c'est à vous: + --Mon portrait craché hein?...--Ah.... + Ah! l'vilain p'tit bougre. + + + (<i>Saint-Mâlo-de-l'Isle</i>.) + + + + + <i>LETTRE DU MEXIQUE</i> + + + <i>La Vera-Cruz, 10 février</i>. + + Vous m'avez confié le petit.--Il est mort. + «Et plus d'un camarade avec, pauvre cher être. + L'équipage ... y en a plus. Il reviendra peut-être + Quelques-uns de nous.--C'est le sort»-- + + «Rien n'est beau comme ça--Matelot--pour un homme + Tout le monde en voudrait à terre--C'est bien sur. + Sans le désagrément. Rien que ça: Voyez comme + Déjà l'apprentissage est dur.» + + «Je pleure en marquant ça, moi, vieux <i>Frère-la-côte. + J'aurais donné ma peau joliment sans façon + Pour vous le renvoyer.... Moi, ce n'est pas ma faute: + Ce mal-là n'a pas de raison.» + + «La fièvre est ici comme Mars en carême, + Au cimetière on va toucher sa ration. + Le zouave a nommé ça--Parisien quand-même-- + «<i>Le Jardin d'acclimatation</i>.» + + «Consolez-vous. Le monde y crève comme mouches. + ... J'ai trouvé dans son sac des souvenir de coeur: + Un portrait de fille, et deux petites babouches, + Et: marqué--<i>Cadeau pour ma soeur</i>.»-- + + «Il fait dire à <i>maman</i>: qu'il a fait sa prière. + Au père: qu'il serait mieux mort dans un combat. + Deux anges étaient là sur son heure dernière: + Un matelot. Un vieux soldat.» + + + <i>Toulon, 24 mai</i>. + + + + + <i>LE MOUSSE</i> + + + Mousse:. il est donc marin, ton père?... + --Pêcheur. Perdu depuis longtemps. + En découchant d'avec ma mère, + Il a couché dans les brisants.... + + Maman lui garde au cimetière + Une tombe--et rien dedans.-- + C'est moi son mari sur la terre, + Pour gagner du pain aux enfants + + Deux petits.--Alors, sur la plage, + Rien n'est revenu du naufrage?... + --Son garde-pipe et son sabot.... + + La mère pleure, le dimanche, + Pour repos.... Moi: j'ai ma revanche + Quand je serai grand-matelot!-- + + + <i>(Baie des Trépassés</i>.) + + + + + <i>AU VIEUX ROSCOFF</i> + + + <i>Berceuse en Nord-Ouest mineur</i> + + Trou de flibustiers, vieux nid + A corsaires!--dans la tourmente, + Dors ton bon somme de granit + Sur tes caves que le flot hante.... + + Ronfle à la mer, ronfle à la brise; + Ta corne dans la brume grise, + Ton pied marin dans les brisans.... + --Dors: tu peux fermer ton oeil borgne + Ouvert sur le large, et qui lorgne + Les Anglais, depuis trois cents ans. + + --Dors, vieille coque bien ancrée; + Les margats et les cormorans + Tes grands poètes d'ouragans + Viendront chanter à la marée.... + + --Dors, vieille fille-à-matelots; + Plus ne te soûleront ces flots + Qui te faisaient une ceinture + Dorée, aux nuits rouges de vin, + De sang, de feu!--Dors.... Sur ton sein + L'or ne tondra plus en friture. + + --Où sont les noms de tes amants.... + --La mer et la gloire étaient folles!-- + Noms de lascars! noms de géants! + Crachés des gueules d'espingoles.... + + Où battaient-ils, ces pavillons, + Écharpant ton ciel en haillons!... + --Dors au ciel de plomb sur tes dunes.... + Dors: plus ne viendront ricocher + Les boulets morts, sur ton clocher + Criblé--comme un prunier--de prunes.... + + --Dors: sous les noires cheminées, + Écoute rêver tes enfants, + Mousses du quatre-vingt-dix ans, + Épaves des belles années.... + + * * * * * + + Il dort ton bon canon de fer, + A plat-ventre aussi dans sa souille, + Grêlé par les lunes d'hyver.... + Il dort son lourd sommeil de rouille. + --Va: ronfle au vent, vieux ronfleur, + Tiens toujours ta gueule enragée + Braquée à l'Anglais!... et chargée + De maigre jonc-marin en fleur. + + + (<i>Roscoff.--Décembre</i>.) + + + + + <i>LE DOUANIER</i> + + + <i>Élégie de corps-de-garde à la mémoire des douaniers + gardes-côtes + mis à la retraite le</i> 30 <i>novembre</i> 1869. + + + Quoi, l'on te tend l'oreille! est-il vrai qu'on te rogne, + Douanier?... Tu vas mourir et pourrir sans façon, + <i>Gablou</i>?...--Non! car je vais rempailler--Qui qu'en grogne!-- + Mais, sans te déflorer: avec une chanson; + Et te coller ici, boucané de mes rimes, + Comme les varechs secs des herbiers maritimes. + + --Ange-gardien culotté par les brises, + Pénate des falaises grises, + Vieux oiseau salé du bon Dieu + Qui flânes dans la tempête, + Sans auréole à ta tête, + Sans aile à ton habit bleu!... + + Je t'aime, modeste amphibie + Et ta bonne trogne d'amour, + Anémone de mer fourbie + Épanouie à mon <i>bonjour!</i>... + Et j'aime ton <i>bonjour</i>, brave homme, + Roucoulé dans ton estomac, + Tout gargarisé de rogomme + Et tanné de jus de tabac! + J'aime ton petit corps de garde + Haut perché comme un goéland + Qui regarde + Dans les quatre aires-de-vent. + + Là, rat de mer solitaire, + Bien loin du contrebandier + Tu rumines ta chimère: + --Les galons de brigadier!-- + + Puis un petit coup-de-blague + Doux comme un demi-sommeil.... + Et puis: bâiller à la vague, + Philosopher au soleil.... + + La nuit, quand fait la rafale + La chair-de-poule au flot pâle, + Hululant dans le roc noir.... + Se promène une ombre errante; + Soudain: une pipe ardente + Rutile....--Ah! douanier, bonsoir. + + * * * * * + + --Tout se trouvait en toi, bonne femme cynique: + Brantôme, Anacréon, Barème et le Portique; + Homère-troubadour, vieille Muse qui chique! + Poète trop senti pour être poétique!... + --Tout: sorcier, sage-femme et briquet phosphorique, + Rose-des-vents, sacré gui, lierre bacchique, + Thermomètre à l'alcool, coucou droit à musique, + Oracle, écho, docteur, almanach, empirique, + Curé voltairien, huître politique.... + --Sphinx d'assiette d'un sou, ton douanier souvenir + Lisait le bordereau même de l'avenir! + + --Tu connaissais Phoebé, Phoebus, et les marées.... + Les amarres d'amour sur les grèves ancrées + Sous le vent des rochers; et tout amant fraudeur + Sous ta coupe passait le colis de son coeur.... + --Tu reniflais le temps, quinze jours à l'avance, + Et les noces: neuf mois ... et l'état de la France; + Tu savais tous les noms, les cancans d'alentour, + Et de terre et de mer, et de nuit et de jour!... + + Je te disais ce que je savais écrire.... + Et nous nous comprenions--tu ne savais pas lire-- + Mais ta philosophie était un puits profond + Où j'aimais à cracher, rêveur ... pour faire un rond. + + * * * * * + + Un jour--ce fut ton jour!--Je te vis redoutable: + Sous ton bras fiévreux cahotait la table + Où nageait, épars, du papier timbré; + La plume crachait dans tes mains alertes + Et sur ton front noir, tes lunettes vertes + Sillonnaient d'éclairs ton nez cabré.... + + --Contre deux rasoirs d'Albion perfide, + Nous verbalisions! tu verbalisais! + «<i>Plus les deux susdits ... dont un baril vide</i>.... » + J'avais composé, tu repolissais.... + + * * * * * + + --Comme un songe passés, douanier, ces jours de fête! + Fais valoir maintenant tes droits à la retraite.... + --Brigadier, brigadier, vous n'aurez plus raison!... + --Plus de longue journée à gratter l'horizon, + Plus de sieste au soleil, plus de pipe à la lune, + Plus de nuit à l'affût des lapins sur la dune.... + Plus rien, quoi!... que <i>la goutte</i> et le ressouvenir.... + --Ah! pourtant: tout: cela c'est bien vieux pour finir! + + --Va, lézard démodé! Faut passer, mon vieux type; + Il faut te voir t'éteindre et s'éteindre ta pipe.... + Passer, ta pipe et toi, parmi les vieux culots: + L'administration meurt, faute de ballots!... + + Telle que, sans rosée, une sombre pervenche + Se replie, en closant sa corolle qui penche.... + Telle, sans contrebande, on voit se replier + La capote gris-bleu, corolle du douanier!... + + Quel sera désormais le terme du problème: + --L'ennui contemplatif divisé par lui-même?-- + Quel balancier rêveur fera donc les cent pas, + Poète, sans savoir qu'il ne s'en doute pas.... + Qui? sinon le douanier.---Hélas, qu'on me le rende! + Dussé-je pour cela foire la contrebande.... + + * * * * * + + --Non: fini!... réformé! Va, l'oreille fendue, + Rendre au gouvernement ta pauvre âme rendue.... + Rends ton gabion, rends tes <i>Procès-verbaux divers</i>; + Rends ton bancal, rends tout, rends ta chique!... + Et mes vers. + + + (<i>Roscoff.--Novembre</i>.) + + + + + <i>LE NAUFRAGEUR</i> + + + Si ce n'était pas vrai--Que je crève! + + * * * * * + + J'ai vu dans mes yeux, dans mon rêve, + La NOTRE-DAME DES BRISANS + Qui jetait à ses pauvres gens + Un gros navire sur leur grève.... + Sur la grève des Kerlouans + Aussi goélands que les goélands. + + Le sort est dans l'eau: le cormoran nage, + Le vent bat en côte, et c'est le <i>Mois Noir</i>.... + Oh! moi je sens bien de loin le naufrage! + Moi j'entends là-haut chasser le nuage. + Moi je vois profond dans la nuit, sans voir! + + Moi je siffle quand la mer gronde, + Oiseau de malheur à poil roux!... + J'ai promis aux douaniers de ronde, + Leur part, pour rester dans leurs trous.... + Que je sois seul!--oiseau d'épave + Sur les brisans que la mer lave.... + + * * * * * + + Oiseau de malheur à poil roux! + + --Et qu'il vente la peau du diable! + Je sens ça déjà sous ma peau. + La mer moutonne!...--Ho, mon troupeau! + --C'est moi le berger, sur le sable.... + + L'enfer fait l'amour.--Je ris comme un mort-- + Sautez sous le <i>Hû!</i>... le <i>Hû</i> des rafales, + Sur les <i>noirs taureaux sourds, blanches cavales!</i> + Votre écume à moi, <i>cavales d'Armor!</i> + Et vos crins au vent!...--Je ris comme un mort-- + + Mon père était un vieux <i>saltin</i>, + Ma mère une vieille <i>morgate</i>... + Une nuit, sonna le tocsin: + --Vite à la côte: une frégate!-- + ... Et dans la nuit, jusqu'au matin, + Ils ont tout rincé la frégate.... + --Mais il dort mort le vieux <i>saltin</i>, + Et morte la vieille <i>morgate</i>.... + Là-haut, dans le paradis saint + Ils n'ont plus besoin de frégate. + + + (<i>Ranc de Kerlouan.--Novembre</i>.) + + + Notes: + + <i>Saltin</i>: pilleur d'épaves. + <i>Morgate</i>: pieuvre. + + + + + <i>A MON COTRE LE NÉGRIER</i> + + + Vendu sur l'air de: <i>Adieu, mon beau Navire</i>!... + + + Allons file, mon cotre! + Adieu mon Négrier. + Va, file aux mains d'un autre + Qui pourra te noyer.... + + Nous n'irons plus sur la vague lascive + Nous gîter en fringuant! + Plus nous n'irons à la molle dérive + Nous rouler en rêvant.... + + --Adieu, rouleur de cotre, + Roule mon Négrier, + Sous les pieds plats de l'autre + Que tu pourras noyer. + + Va! nous n'irons plus rouler notre bosse.... + Tu cascadais fourbu; + Les coups de mer arrosaient notre noce, + Dis: en avons-nous bu!... + + --Et va, noceur de cotre! + Noce, mon Négrier! + Que sur ton pont se vautre + Un noceur perruquier. + + ... Et, tous les crins au vent, nos chaloupeuses! + Ces vierges à sabords! + Te patinant dans nos courses mousseuses!... + Ah! c'étaient les bons bords!... + + --Va, pourfendeur de lames, + Pourfendre, ô Négrier! + L'estomac à des dames + Qui <i>paîront leur loyer</i>. + + ... Et sur le dos rapide de la houle. + Sur le roc au dos dur, + A toc de toile allait ta coque soûle.... + --Mais toujours d'un oeil sûr!-- + + --Va te soûler, mon cotre: + A crever! Négrier. + Et montre bien à l'autre + Qu'on savait louvoyer. + + ... Il faisait beau quand nous mettions en panne, + Vent-dedans vent-dessus; + Comme on pêchait!... Va: je suis dans la panne + Où l'on ne pêche plus. + + --La mer jolie est belle + Et les brisans sont blancs.... + Penché, trempe ton aile + Avec les goélands!... + + Et cingle encor de ton fin mat-de-flèche, + Le ciel qui court au loin. + Va! qu'en glissant, l'algue profonde lèche + Ton ventre de marsouin! + + --Va, sans moi, sans ton âme; + Et saille de l'avant!... + Plus ne battras ma flamme + Qui chicanait le vent. + + Que la risée enfle encor ta <i>Fortune</i> + En bandant tes agrès! + --Moi: plus d'agrès, de lest, ni de fortune.... + Ni de risée après! + + ... Va-t'en, humant la brume + Sans moi, prendre le frais, + Sur la vague de plume.... + Va!--Moi j'ai trop de frais.-- + + Légère encor est pour toi la rafale + Qui frisotte la mer! + Va....--Pour moi seul, rafale, la rafale + Soulève un flot amer!... + + --Dans ton âme de cotre, + Pense à ton matelot + Quand, d'un bord ou de l'autre, + Remontera le flot.... + + --Tu peux encor échouer ta carène + Sur l'humide varech; + Mais moi j'échoue aux côtes de la gêne, + Faute de fond--à sec-- + + + (<i>Roscoff.--Août</i>.) + + + Note: + + Large voile de beau temps. + + + + + <i>LE PHARE</i> + + + Phoebus, de mauvais poil, se couche. + Droit sur l'écueil: + S'allume le grand borgne louche, + Clignant de l'oeil. + + Debout, Priape d'ouragan, + En vain le lèche + La lame de rut écumant.... + --Il tient sa mèche. + + Il se mâte et rit de sa rage, + Bandant à bloc; + Fier bout de chandelle sauvage + Plantée au roc! + + --En vain, sur sa tête chenue, + D'amont, d'aval, + Caracole et s'abat la nue, + Comme un cheval.... + + --Il tient le lampion au naufrage. + Tout en rêvant, + Casse la mer, crève l'orage + Siffle le vent. + + Ronfle et vibre comme une trompe, + --Diapason + D'Éole--Il se peut bien qu'il rompe, + Mais plier--non.-- + + Sait-il son Musset: A la brune + Il est jauni + Et pose juste pour la lune + Comme un grand I. + + ... Là, gît debout une vestale + --C'est l'allumoir-- + Vierge et martyre (sexe mâle) + --C'est l'éteignoir.-- + + Comme un lézard à l'eau-de-vie + Dans un bocal, + Il tirebouchonne sa vie + Dans ce fanal. + + Est-il philosophe ou poète?... + --Il n'en sait rien-- + Lunatique ou simplement bête?... + --Ça se vaut bien-- + + Demandez-lui donc s'il chérit + Sa solitude? + --S'il parle, il répondra qu'il vit.... + Par habitude. + + * * * * * + + --Oh! que je voudrais là, Madame, + Tous deux!...--veux-tu?-- + Vivre, dent pour oeil, corps pour âme!... + --Rêve pointu.-- + + Vous percheriez dans la lanterne: + Je monterais.... + --Et moi: ci-gît, dans la citerne.... + --Tu descendrais-- + + Dans le boyau de l'édifice + Nous promenant, + Et, dans <i>le feu</i>--sans artifice-- + Nous rencontrant. + + Joli ramonage ... et bizarre, + Du haut en bas! + --Entre nous ... l'érection du phare + N'y tiendrait pas.... + + + (<i>Les Triagots.--<i>Mai</i>.) + + + + + <i>LA FIN</i> + + + Oh! combien de marins, combien de capitaines + Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines + Dans ce morne horizon se sont évanouis!... + + * * * * * + + Combien de patrons morts avec leurs équipages! + L'Océan, de leur vie a pris toutes les pages, + Et, d'un souffle, il a tout dispersé sur les flots. + Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée.... + + * * * * * + + Nul ne saura leurs noms, pas même l'humble pierre, + Dans l'étroit .cimetière où l'écho nous répond, + Pas même un saute vert qui s'effeuille à l'automne, + Pas même la chanson plaintive et monotone + D'un aveugle qui chante à l'angle d'un vieux pont. + + V. Hugo.--<i>Oceano nox</i>. + + + Eh bien, tous ces marins--matelots, capitaines, + Dans leur grand Océan à jamais engloutis.... + Partis insoucieux pour leurs courses lointaines + Sont morts--absolument comme ils étaient partis. + + Allons! c'est leur métier; ils sont morts dans leurs bottes! + Leur <i>boujaron</i> au coeur, tout vifs dans leurs capotes.... + --<i>Morts</i>.... Merci: la <i>Camarde</i> a pas le pied marin; + Qu'elle couche avec vous: c'est votre bonne-femme.... + --Eux, allons donc: Entiers! enlevés par la lame! + Ou perdus dans un grain.... + + Un grain ... est-ce la mort ça? la basse voilure + Battant à travers l'eau!--Ça se dit <i>encombrer</i>.... + Un coup de mer plombé, puis la haute mâture + Fouettant les flots ras--et ça se dit <i>sombrer</i>. + + --Sombrer--Sondez ce mot. Votre <i>mort</i> est bien pâle + Et pas grand'chose à bord, sous la lourde rafale.... + Pas grand'chose devant le grand sourire amer + Du matelot qui lutte.--Allons donc, de la place!-- + Vieux fantôme éventé, la Mort change de face: + La Mer!... + + Noyés?--Eh allons donc! Les <i>noyés</i> sont d'eau douce. + --Coulés! corps et biens! Et, jusqu'au petit mousse, + Le défi dans les yeux, dans les dents le juron! + A l'écume crachant une chique râlée, + Buvant sans hauts-de-coeur <i>la grand' tasse salée</i>.... + --Comme ils ont bu leur boujaron.-- + + * * * * * + + --Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière: + Eux ils vont aux requins! L'âme d'un matelot + Au lieu de suinter dans vos pommes de terre, + Respire à chaque flot. + + --Voyez à l'horizon se soulever la houle; + On dirait le ventre amoureux + D'une fille de joie en rut, à moitié soûle.... + Ils sont là!--La houle a du creux.-- + + --Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle!... + C'est leur anniversaire--Il revient bien souvent-- + O poète, gardez pour vous vos chants d'aveugle; + --Eux: le <i>De profundis</i> que leur corne le vent. + + ... Qu'ils roulent infinis dans les espaces vierges!... + Qu'ils roulent verts et nus, + Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges.... + --Laissez-les donc rouler, <i>terriers</i> parvenus! + + + (<i>A bord</i>.--11 février.) + + + Note: + + <i>Boujaron</i>: ration d'eau-de-vie. + + + * * * * * + + + <i>RONDELS POUR APRÈS</i> + + + * * * * * + + + <i>SONNET POSTHUME</i> + + + <i>Dors: ce lit est le tien.... Tu n'iras plus au nôtre. + --Qui dort dîne.--A tes dents viendra tout seul le foin. + Dors: on t'aimera bien--L'aimé c'est toujours</i> l'Autre.... + <i>Rêve: La plus aimée est toujours la plus loin.... + + Dors: on t'appellera beau décrocheur d'étoiles! + Chevaucheur de rayons!... quand il fera bien noir; + Et l'ange du plafond, maigre araignée, au soir, + --Espoir--sur ton front vide ira filer ses toiles. + + Museleur de voilette! un baiser sous le voile + T'attend ... on ne sait où: ferme tes yeux pour voir. + Ris: Les premiers honneurs t'attendent sous le poêle. + + On cassera ton nez d'un bon coup d'encensoir, + Doux fumet!... pour la trogne en fleur, pleine de moelle + D'un sacristain très-bien, avec son éteignoir</i>. + + + + + <i>RONDEL</i> + + + <i>Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles! + Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours; + Dors ... en attendant venir toutes celles + Qui disaient: Jamais! Qui disaient: Toujours! + + Entends-tu leurs pas?... Ils ne sont pas lourds: + Oh! les pieds légers!--l'Amour a des ailes.... + Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles! + + Entends-tu leurs voix?... Les caveaux sont sourds. + Dors: Il pèse peu, ton faix d'immortelles: + Ils ne viendront pas, tes amis les ours, + Jeter leur pavé sur tes demoiselles.... + Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!</i> + + + + + <i>DO, L'ENFANT, DO.... </i> + + + <i>Buona Vespre! Dors: Ton bout de cierge.... + On l'a posé là, puis on est parti. + Tu n'auras pas peur seul, pauvre petit?... + C'est le chandelier de ton lit d'auberge. + + Du fesse-cahier ne crains plus la verge, + Va!... De t'éveiller point n'est si hardi. + Buona sera! Dors: Ton bout de cierge.... + + Est mort.-Il n'est plus, ici, de concierge: + Seuls, le vent du nord, le vent du midi + Viendront balancer un fil-de-la-Vierge. + Chut! Pour les pieds-plats, ton sol est maudit. + --Buona nocte! Dors: Ton bout de cierge</i>.... + + + + <i>MIRLITON</i> + + + <i>Dors d'amour, méchant ferreur de cigales! + Dans le chiendent qui te couvrira + La cigale aussi pour toi chantera, + Joyeuse, avec ses petites cymbales. + + La rosée aura des pleurs matinales; + Et le muguet blanc fait un joli drap.... + Dors d'amour, méchant ferreur de cigales + + Pleureuses en troupeau passeront les rafales.... + + La Muse camarde ici posera, + Sur ta bouche noire encore elle aura + Ces rimes qui vont aux moelles des pâles.... + Dors d'amour, méchant ferreur de cigales</i>. + + + + + <i>PETIT MORT POUR RIRE</i> + + + <i>Va vite, léger peigneur de comètes! + Les herbes au vent seront tes cheveux; + De ton oeil béant jailliront les feux + Follets, prisonniers dans les pauvres têtes.... + + Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes + Foisonneront plein ton rire terreux.... + Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes.... + + Ne fais pas le lourd; cercueils de poètes + Pour les croque-morts sont de simples jeux, + Boîtes à violon qui sonnent le creux.... + Ils te croiront mort--Les bourgeois sont bêtes-- + Va vite, léger peigneur de comètes!</i> + + + + + <i>MALE-FLEURETTE</i> + + + <i> Ici reviendra la fleurette blême + Dont les renouveaux sont toujours passés.... + Dans les coeurs ouverts, sur les os tassés, + Une folle brise, un beau jour, la sème.... + + On crache dessus; on l'imite même, + Pour en effrayer les gens très-sensés.... + Ici reviendra la fleurette blême. + + --Oh! ne craignez pas son humble anathème + Pour vos ventres mûrs, Cucurbitacés! + Elle connaît bien tous ses trépassés! + Et, quand elle tue, elle sait qu'on l'aime.... + --C'est la male-fleur, la fleur de bohème.-- + + Ici reviendra la fleurette blême</i>. + + + * * * * * + + + <i>A MARCELLE</i> + + * * * * * + + LA CIGALE ET LE POÈTE + + + <i>Le poète ayant chanté, + Déchanté, + Vit sa Muse presque bue. + Rouler en bas de sa nue + De carton, sur des lambeaux + De papiers et d'oripeaux. + Il alla coller sa mine + Aux carreaux de sa voisine, + Pour lui peindre ses regrets + D'avoir fait--Oh: pas exprès!-- + Son honteux monstre de livre!... + --«Mais: vous étiez donc bien ivre? + --Ivre de vous!... Est-ce mal? + --Ecrivain public banal! + Qui pouvait si bien le dire.... + Et, si bien ne pas l'écrire! + --J'y pensais, en revenant.... + On n'est pas parfait, Marcelle.... + --Oh! c'est tout comme, dit-elle, + Si vous chantiez, maintenant!</i> + + + FIN + + * * * * * + + + + + <i>A MARCELLE</i>. + + Le Poète et la Cigale + Ça + Paris + Épitaphe + + + <i>LES AMOURS JAUNES</i>. + + A l'Éternel Madame + Féminin singulier + Bohême de chic + Gente Dame + I Sonnet + Sonnet à sir Bob + Steam-Boat + Pudentiane + Après la pluie + A une Rose + A la mémoire de Zulma + Bonne fortune et fortune + A une Camarade + Un jeune qui s'en va + Insomnie + La pipe au Poète + Le crapaud + Femme + Duel aux camélias + Fleur d'art + Pauvre garçon + Déclin + Bonsoir + Le poète contumace + + + <i>SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES</i>. + + Sonnet de nuit + Guitare + Rescousse + Toit + Litanie + Chapelet + Élizir d'Amor + Vénerie + Vendetta + Heures + Chanson en <i>si</i> + Portes et fenêtres + Grand opéra + Pièce à carreaux + + + <i>RACCROCS</i>. + + Laisser courre + A ma jument Souris + A la douce amie + A mon chien Pope + A un Juvénal de lait + A une demoiselle pour piano + Décourageux + Rapsodie du sourd + Frère et soeur jumeaux + Litanie du sommeil + Idylle coupée + Le convoi du pauvre + Déjeuner de soleil + Veder Napoli + Vésuves et Cie + Sonèto à Napoli + A l'Etna + Le Fils de Lamartine et de Graziella + Libertà + Hidalgo! + Paria + + + <i>ARMOR</i>. + + Paysage mauvais + Nature morte + Un riche en Bretagne + Saint Tupetu de Tu-pe-tu + La rapsode foraine + Cris d'aveugle + La pastorale de Conlie + + + <i>GENS DE MER</i>. + + Point n'a fait un tas d'océans + Matelots + Le bossu Bitor + Le renégat + Aurora + Le novice en partance et sentimental + La goutte + Bambine + Cap'taine Ledoux + Lettre du Mexique + Le mousse + Au vieux Roscoff + Le douanier + Le naufrageur + A mon cotre <i>Le Négrier</i> + Le phare + La fin + + + <i>RONDELS POUR APRÈS</i> + + Sonnet posthume + Rondel + Mirliton + Do, l'enfant, do + Petit mort pour rire + Male-Fleurette + + + <i>A MARCELLE</i>. + + La Cigale et le poète + + + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les amours jaunes, by Tristan Corbiere + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AMOURS JAUNES *** + +***** This file should be named 16883-8.txt or 16883-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/6/8/8/16883/ + +Produced by Marc D'Hooghe. + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/16883-8.zip b/16883-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..65421ef --- /dev/null +++ b/16883-8.zip diff --git a/16883-h.zip b/16883-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..1788e1c --- /dev/null +++ b/16883-h.zip diff --git a/16883-h/16883-h.htm b/16883-h/16883-h.htm new file mode 100644 index 0000000..75149e6 --- /dev/null +++ b/16883-h/16883-h.htm @@ -0,0 +1,7642 @@ +<?xml version="1.0" encoding="ISO-8859-1"?> +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Transitional//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-transitional.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"> + <head> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Les Amours Jaunes, by Tristan Corbière. + </title> + <style type="text/css"> +/*<![CDATA[ XML blockout */ +<!-- + p { margin-top: .75em; 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les amours jaunes + +Author: Tristan Corbiere + +Release Date: October 16, 2005 [EBook #16883] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AMOURS JAUNES *** + + + + +Produced by Marc D'Hooghe. + + +From images generously made available by Gallica +(Bibliothèque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr. + + +</pre> + + +<a href="#TABLE">Table de matières</a> +<h1>LES AMOURS JAUNES</h1> + +<h3>par</h3> + +<h2>TRISTAN CORBIÈRE</h2> + +<hr style='width: 45%;' /> + + +<h3>LES AMOURS JAUNES—RACCROCS</h3> +<h3>SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES</h3> +<h3>ARMOR—LES GENS DE MER</h3> +<h3>RONDELS POUR APRÈS</h3> + +<hr style='width: 45%;' /> + +<h4>PARIS</h4> + +<h4>1873</h4> + + +<hr style='width: 45%;' /> + + +<h4><i>A l'Auteur du NÉGRIER</i></h4> +<p><span style="margin-left: 25em;"><b>T. C.</b></span></p> + + +<hr style='width: 80%;' /><br /> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="title"><i>A MARCELLE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div> + +<a name="p1" id="p1"></a><span class="title-a"><i>LE POÈTE ET LA CIGALE</i></span> +<div class="stanza"> + +<i>Un poète ayant rimé</i>,<br /> +<span class="i4"><i>IMPRIMÉ</i><br /></span> +<span><i>Vit sa Muse dépourvue</i><br /></span> +<span><i>De marraine, et presque nue</i>:<br /></span> +<span><i>Pas le plus petit morceau</i><br /></span> +<span><i>De vers ... ou de vermisseau</i>.<br /></span> +<span><i>Il alla crier famine</i><br /></span> +<span><i>Chez une blonde voisine</i>,<br /></span> +<span><i>La priant de lui prêter</i><br /></span> +<span><i>Son petit nom pour rimer</i>.<br /></span> +<span>(<i>C'était une rime en elle</i>)<br /></span> +<span>—<i>Oh! je vous paîrai, Marcelle</i>,<br /></span> +<span><i>Avant l'août, foi d'animal!</i><br /></span> +<span><i>Intérêt et principal</i>.—<br /></span> +<span><i>La voisine est très prêteuse</i>,<br /></span> +<span><i>C'est son plus joli défaut</i>:<br /></span> +<span>—<i>Quoi: c'est tout ce qu'il vous faut?</i><br /></span> +<span><i>Votre Muse est bien heureuse....</i><br /></span> +<span><i>Nuit et jour, à tout venant</i>,<br /></span> +<span><i>Rimez mon nom.... Qu'il vous plaise!</i><br /></span> +<span><i>Et moi j'en serai fort aise</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Voyons: chantez maintenant</i>.<br /></span> +</div> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p2" id="p2"></a><span class="title-a"><i>ÇA?</i><br /></span> + +<div class="stanza"> +<span class="i6">What?...<br /></span> +<span class="smcap"> + + (SHAKESPEARE.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Des essais?—Allons donc, je n'ai pas essayé!<br /></span> +<span>Etude?—Fainéant je n'ai jamais pillé.<br /></span> +<span>Volume?—Trop broché pour être relié ...<br /></span> +<span>De la copie?—Hélas non, ce n'est pas payé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un poëme?—Merci, mais j'ai lavé ma lyre.<br /></span> +<span>Un livre?—... Un livre, encor, est une chose à lire!...<br /></span> +<span>Des papiers?—Non, non, Dieu merci, c'est cousu!<br /></span> +<span>Album?—Ce n'est pas blanc, et c'est trop décousu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Bouts-rimés?—Par quel bout?... Et ce n'est pas joli!<br /></span> +<span>Un ouvrage?—Ce n'est poli ni repoli.<br /></span> +<span>Chansons?—Je voudrais bien, ô ma petite Muse!...<br /></span> +<span>Passe-temps?—Vous croyez, alors, que ça m'amuse?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Vers?... vous avez flué des vers....—Non, c'est heurté.<br /></span> +<span>—Ah, vous avez couru l'Originalité?...<br /></span> +<span>—Non ... c'est une drôlesse assez drôle,—<i>de rue</i>—<br /></span> +<span>Qui court encor, sitôt qu'elle se sent courue.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Du <i>chic</i> pur?—Eh qui me donnera des ficelles!<br /></span> +<span>—Du haut vol? Du haut-mal?—Pas de râle, ni d'ailes!<br /></span> +<span>—Chose à mettre à la porter—... Ou dans une maison<br /></span> +<span>De tolérance.—Ou bien de correction?—Mais non!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Bon, ce n'est pas classique?—A peine est-ce français!<br /></span> +<span>—Amateur?—Ai-je l'air d'un monsieur à succès?<br /></span> +<span>Est-ce vieux?—Ça n'a pas quarante ans de service....<br /></span> +<span>Est-ce jeune?—Avec l'âge, on guérit de ce vice.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... <i>ÇA</i> c'est naïvement une impudente <i>pose</i>;<br /></span> +<span>C'est, ou ce n'est pas <i>çà</i>: rien ou quelque chose....<br /></span> +<span>—Un chef-d'oeuvre?—Il se peut: je n'en ai jamais fait.<br /></span> +<span>—Mais, est-ce du huron, du Gagne, ou du Musset?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—C'est du ... mais j'ai mis là mon humble nom d'auteur,<br /></span> +<span>Et mon enfant n'a pas même un titre menteur.<br /></span> +<span>C'est un coup de raccroc, juste ou faux, par hasard....<br /></span> +<span>L'Art ne me connaît pas. Je ne connais pas l'Art.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6"><i>Préfecture de police, 20 mai 1873</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p3" id="p3"></a><span class="title-a"><i>PARIS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Bâtard de Créole et Breton,<br /></span> +<span>Il vint aussi là—fourmilière,<br /></span> +<span>Bazar où rien n'est en pierre,<br /></span> +<span>Où le soleil manque de ton.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Courage! On fait queue.... Un planton<br /></span> +<span>Vous pousse à la chaîne—derrière!—<br /></span> +<span>... Incendie éteint, sans lumière;<br /></span> +<span>Des seaux passent, vides ou non.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là, sa pauvre Muse pucelle<br /></span> +<span>Fit le trottoir en <i>demoiselle</i>,<br /></span> +<span>Ils disaient: Qu'est-ce qu'elle vend?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Rien.—Elle restait là, stupide,<br /></span> +<span>N'entendant pas sonner le vide<br /></span> +<span>Et regardant passer le vent....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là: vivre à coups de fouet!—passer<br /></span> +<span>En fiacre, en correctionnelle;<br /></span> +<span>Repasser à la ritournelle,<br /></span> +<span>Se dépasser, et trépasser!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Non, petit, il faut commencer<br /></span> +<span>Par être grand—simple ficelle—<br /></span> +<span>Pauvre: remuer l'or à la pelle;<br /></span> +<span>Obscur: un nom à tout casser!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le coller chez les mastroquets,<br /></span> +<span>Et l'apprendre à des perroquets<br /></span> +<span>Qui le chantent ou qui le sifflent....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Musique!—C'est le paradis<br /></span> +<span>Des mahomets et des houris,<br /></span> +<span>Des dieux souteneurs qui se giflent!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span class="i2">«<i>Je voudrais que la rose,—Dondaine!</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Fût encore au rosier,—Dondè!</i>»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Poète.—Après?... Il faut <i>la chose</i>:<br /></span> +<span>Le Parnasse en escalier,<br /></span> +<span>Les Dégoûteux, et la Chlorose,<br /></span> +<span>Les Bedeaux, les Fous à lier....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'Incompris couche avec sa pose,<br /></span> +<span>Sous le zinc d'un mancenillier;<br /></span> +<span>Le Naïf «<i>voudrait que la rose,</i><br /></span> +<span><i>Dondé! fût encore au rosier!</i>»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«<i>La rose au rosier, Dondaine!</i>»<br /></span> +<span>—On a le pied fait à sa chaîne.<br /></span> +<span>«<i>La rose au rosier</i>»....—Trop tard!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... «<i>La rose au rosier</i>»....—Nature!<br /></span> +<span>—Ou est essayeur, pédicure,<br /></span> +<span>Ou quelqu'autre chose dans l'art!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>J'aimais ...—Oh, ça n'est plus de vente!<br /></span> +<span>Même il faut payer: dans le tas,<br /></span> +<span>Pioche la femme!—Mon amante<br /></span> +<span>M'avait dit: «Je n'oublierai pas....»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... J'avais une amante là-bas<br /></span> +<span>Et son ombre pâle me hante<br /></span> +<span>Parmi des senteurs de lilas....<br /></span> +<span>Peut-être Elle pleure....—Eh bien: chante,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pour toi tout seul, ta nostalgie,<br /></span> +<span>Tes nuits blanches sans bougie ...<br /></span> +<span>Tristes vers, tristes au matin!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mais ici: fouette-toi d'orgie!<br /></span> +<span>Charge ta paupière rougie,<br /></span> +<span>Et sors ton grand air de catin!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>C'est la bohême, enfant: Renie<br /></span> +<span>Ta lande et ton clocher à jour,<br /></span> +<span>Les mornes de ta colonie<br /></span> +<span>Et les <i>bamboulas</i> au tambour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Chanson usée et bien finie,<br /></span> +<span>Ta jeunesse.... Eh, c'est bon un jour!...<br /></span> +<span>Tiens:—C'est toujours neuf—calomnie<br /></span> +<span>Tes pauvres amours ... et l'amour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Evohé! ta coupe est remplie!<br /></span> +<span>Jette le vin, garde la lie ...<br /></span> +<span>Comme ça.—Nul n'a vu le tour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et qu'un jour le monsieur candide<br /></span> +<span>De toi dise—Infect! Ah splendide!—<br /></span> +<span>... Ou ne dise rien.—C'est plus court.<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Evohé! fouaille la veine;<br /></span> +<span>Evohé! misère: Éblouir!<br /></span> +<span>En fille de joie, à la peine<br /></span> +<span>Tombe, avec ce mot-là.—Jouir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Rôde en la coulisse malsaine<br /></span> +<span>Où vont les fruits mal secs moisir,<br /></span> +<span>Moisir pour un quart-d'heure en scène....<br /></span> +<span>—<i>Voir les planches, et puis mourir</i>!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Va: tréteaux, lupanars, églises,<br /></span> +<span>Cour des miracles, cour d'assises:<br /></span> +<span>—Quarts-d'heure d'immortalité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu parais! c'est l'apothéose!!!...<br /></span> +<span>Et l'on te jette quelque chose:<br /></span> +<span>—Fleur en papier, ou saleté.—<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Donc, <i>la tramontane</i> est montée:<br /></span> +<span>Tu croiras que c'est arrivé!<br /></span> +<span>Cinq-cent-millième Prométhée,<br /></span> +<span>Au roc de carton peint rivé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Hélas: quel bon oiseau de proie,<br /></span> +<span>Quel vautour, quel <i>Monsieur Vautour</i><br /></span> +<span>Viendra mordre à ton petit foie<br /></span> +<span>Gras, truffé?... pour quoi—Pour le four!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Four banal!...—Adieu la curée!—<br /></span> +<span>Ravalant ta rate rentrée,<br /></span> +<span>Va, comme le pélican blanc,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>En écorchant le chant du cygne,<br /></span> +<span>Bec-jaune, te percer le flanc!...<br /></span> +<span>Devant un pêcheur à ta ligne.<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Tu ris.—Bien!—Fais de l'amertume,<br /></span> +<span>Prends le pli, Méphisto blagueur.<br /></span> +<span>De l'absinthe! et ta lèvre écume....<br /></span> +<span>Dis que cela vient de ton coeur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Fais de toi ton oeuvre posthume,<br /></span> +<span>Châtre l'amour ... l'amour—longueur!<br /></span> +<span>Ton poumon cicatrisé hume<br /></span> +<span>Des miasmes de gloire, ô vainqueur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Assez, n'est-ce pas? va-t'en!<br /></span> +<span class="i10">Laisse<br /></span> +<span>Ta bourse—dernière maîtresse—<br /></span> +<span>Ton revolver—dernier ami....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +Drôle de pistolet fini!<br /> +<span>... Ou reste, et bois ton fond de vie,<br /></span> +<span>Sur une nappe desservie....<br /></span> +</div></div> +<div class="poem"> +<hr class='hrc;' /> +<div class="stanza"> +<a name="p4" id="p4"></a><span class="title-a"><i>ÉPITAPHE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span> </span> +<span class="i6">Sauf les amoureux commençons ou finis<br /></span> +<span class="i6">qui veulent commencer par la fin il y<br /></span> +<span class="i6">a tant de choses qui finissent par le<br /></span> +<span class="i6">commencement que le commencement<br /></span> +<span class="i6">commence à finir par être la fin la fin<br /></span> +<span class="i6">en sera que les amoureux et autres<br /></span> +<span class="i6">finiront par commencer à recommencer par<br /></span> +<span class="i6">ce commencement qui aura fini par n'être<br /></span> +<span class="i6">que la fin retournée ce qui commencera<br /></span> +<span class="i6">par être égal à l'éternité qui n'a ni<br /></span> +<span class="i6">fin ni commencement et finira par être<br /></span> +<span class="i6">aussi finalement égal à la rotation de<br /></span> +<span class="i6">la terre où l'on aura fini par ne<br /></span> +<span class="i6">distinguer plus où commence la fin d'où<br /></span> +<span class="i6">finit le commencement ce qui est toute<br /></span> +<span class="i6">fin de tout commencement égale à tout<br /></span> +<span class="i6">commencement de toute fin ce qui est le<br /></span> +<span class="i6">commencement final de l'infini défila<br /></span> +<span class="i6">par l'indéfini—Égale une épitaphe égale<br /></span> +<span class="i6">une préface et réciproquement<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(SAGESSE DES NATIONS)<br /></span> +<span><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span><br /></span> + +<hr class='hrc;' /> +<span>Il se tua d'ardeur, ou mourut de paresse.<br /></span> +<span>S'il vit, c'est par oubli; voici ce qu'il se laisse:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Son seul regret fut de n'être pas sa maîtresse.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il ne naquit par aucun bout,<br /></span> +<span>Fut toujours poussé vent-de-bout,<br /></span> +<span>Et fut un arlequin-ragoût,<br /></span> +<span>Mélange adultère de tout.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Du <i>je-ne-sais-quoi</i>.—Mais ne sachant où;<br /></span> +<span>De l'or,—mais avec pas le sou;<br /></span> +<span>Des nerfs,—sans nerf. Vigueur sans force;<br /></span> +<span>De l'élan,—avec une entorse;<br /></span> +<span>De l'âme,—et pas de violon;<br /></span> +<span>De l'amour,—mais pire étalon.<br /></span> +<span>—Trop de noms pour avoir un nom.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Coureur d'idéal,—sans idée;<br /></span> +<span>Rime riche,—et jamais rimée;<br /></span> +<span>Sans avoir été,—revenu;<br /></span> +<span>Se retrouvant partout perdu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Poète, en dépit de ses vers;<br /></span> +<span>Artiste sans art,—à l'envers,<br /></span> +<span>Philosophe,—à tort à travers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un drôle sérieux,—pas drôle.<br /></span> +<span>Acteur, il ne sut pas son rôle;<br /></span> +<span>Peintre: il jouait de la musette;<br /></span> +<span>Et musicien: de la palette.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Une tête!—mais pas de tête;<br /></span> +<span>Trop fou pour savoir être bête;<br /></span> +<span>Prenant pour un trait le mot <i>très</i>.<br /></span> +<span>—Ses vers faux furent ses seuls vrais.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oiseau rare—et de pacotille;<br /></span> +<span>Très mâle ... et quelquefois très <i>fille</i>;<br /></span> +<span>Capable de tout,—bon à rien;<br /></span> +<span>Gâchant bien le mal, mal le bien.<br /></span> +<span>Prodigue comme était l'enfant<br /></span> +<span>Du Testament,—sans testament.<br /></span> +<span>Brave, et souvent, par peur du plat,<br /></span> +<span>Mettant ses deux pieds dans le plat.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Coloriste enragé,—mais blême;<br /></span> +<span>Incompris ...—surtout de lui-même;<br /></span> +<span>Il pleura, chanta juste faux;<br /></span> +<span>—Et fut un défaut sans défauts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ne fut <i>quelqu'un</i>, ni quelque chose<br /></span> +<span>Son naturel était la <i>pose</i>.<br /></span> +<span>Pas poseur,—posant pour <i>l'unique</i>;<br /></span> +<span>Trop naïf, étant trop cynique;<br /></span> +<span>Ne croyant à rien, croyant tout.<br /></span> +<span>—Son goût était dans le dégoût.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Trop crû,—parce qu'il fut trop cuit,<br /></span> +<span>Ressemblant à rien moins qu'à lui,<br /></span> +<span>Il s'amusa de son ennui,<br /></span> +<span>Jusqu'à s'en réveiller la nuit.<br /></span> +<span>Flâneur au large,—à la dérive,<br /></span> +<span>Épave qui jamais n'arrive....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Trop <i>Soi</i> pour se pouvoir souffrir,<br /></span> +<span>L'esprit à sec et la tête ivre,<br /></span> +<span>Fini, mais ne sachant finir,<br /></span> +<span>Il mourut en s'attendant vivre<br /></span> +<span>Et vécut, s'attendant mourir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ci-gît,—coeur sans coeur, mal planté,<br /></span> +<span>Trop réussi—comme <i>raté</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>LES AMOURS JAUNES</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p5" id="p5"></a><span class="title-a"><i>A L'ÉTERNEL MADAME</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mannequin idéal, tête-de-turc du leurre,<br /></span> +<span>Éternel Féminin!... repasse tes fichus;<br /></span> +<span>Et viens sur mes genoux, quand je marquerai l'heure,<br /></span> +<span>Me montrer comme on fait chez vous, anges déchus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sois pire, et fais pour nous la joie à la malheure,<br /></span> +<span>Piaffe d'un pied léger dans les sentiers ardus.<br /></span> +<span>Damne-toi, pure idole! et ris! et chante! et pleure,<br /></span> +<span>Amante! Et meurs d'amour!... à nos moments perdus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Fille de marbre! en rut! sois folâtre!... et pensive.<br /></span> +<span>Maîtresse, chair de moi! fais-toi vierge et lascive ...<br /></span> +<span>Féroce, sainte, et bête, en me cherchant un coeur....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sois femelle de l'homme, et sers de Muse, ô femme,<br /></span> +<span>Quand le poète brame en <i>Ame, en Lame, en Flamme</i>!<br /></span> +<span>Puis—quand il ronflera—viens baiser ton Vainqueur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p6" id="p6"></a><span class="title-a"><i>FÉMININ SINGULIER</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Éternel Féminin de l'éternel Jocrisse!<br /></span> +<span>Fais-nous sauter, pantins nous payons les décors!<br /></span> +<span>Nous éclairons la rampe.... Et toi, dans la coulisse,<br /></span> +<span>Tu peux faire au pompier le pur don de ton corps.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Fais claquer sur nos dos le fouet de ton caprice,<br /></span> +<span>Couronne tes genoux!... et nos têtes dix-cors;<br /></span> +<span>Ris! montre tes dents! mais ... nous avons la police,<br /></span> +<span>Et quelque chose en nous d'eunuque et de recors.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Ah tu ne comprends pas?...—Moi non plus—Fais la belle<br /></span> +<span>Tourne: nous sommes soûls! Et plats: Fais la cruelle!<br /></span> +<span>Cravache ton pacha, ton humble serviteur!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Après, sache tomber!—mais tomber avec grâce—<br /></span> +<span>Sur notre sable fin ne laisse pas de trace!...<br /></span> +<span>—C'est le métier de femme et de gladiateur.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p7" id="p7"></a><span class="title-a"><i>BOHÊME DE CHIC</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ne m'offrez pas un trône!<br /></span> +<span>A moi tout seul je fris,<br /></span> +<span>Drôle, en ma sauce jaune<br /></span> +<span>De <i>chic</i> et de mépris.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que les bottes vernies<br /></span> +<span>Pleuvent du paradis,<br /></span> +<span>Avec des parapluies ...<br /></span> +<span>Moi, va-nu-pieds, j'en ris!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Plate époque râpée,<br /></span> +<span>Où chacun a du bien;<br /></span> +<span>Où, cuistre sans épée,<br /></span> +<span>Le vaurien ne vaut rien!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Papa,—pou, mais honnête,—<br /></span> +<span>M'a laissé quelques sous,<br /></span> +<span>Dont j'ai fait quelque dette,<br /></span> +<span>Pour me payer des poux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son habit, mis en perce,<br /></span> +<span>M'a fait de beaux haillons<br /></span> +<span>Que le soleil traverse;<br /></span> +<span>Mes trous sont des rayons<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans mon chapeau, la lune<br /></span> +<span>Brille à travers les trous,<br /></span> +<span>Bête et vierge comme une<br /></span> +<span>Pièce de cent sous!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Gentilhomme!... à trois queues:<br /></span> +<span>Mon nom mal ramassé<br /></span> +<span>Se perd à bien des lieues<br /></span> +<span>Au diable du passé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mon blason,—pas bégueule,<br /></span> +<span>Est, comme moi, faquin:<br /></span> +<span>—<i>Nous bandons à la gueule,</i><br /></span> +<span><i>Fond troué d'arlequin</i>.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je pose aux devantures<br /></span> +<span>Où je lis:—DÉFENDU<br /></span> +<span>DE POSER DES ORDURES—<br /></span> +<span>Roide comme un pendu!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et me plante sans gêne<br /></span> +<span>Dans le plat du hasard,<br /></span> +<span>Comme un couteau sans gaine<br /></span> +<span>Dans un plat d'épinard.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je lève haut la cuisse<br /></span> +<span>Aux bornes que je voi:<br /></span> +<span>Potence, pavé, suisse,<br /></span> +<span>Fille, priape ou roi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quand, sans tambour ni flûte.<br /></span> +<span>Un servile estafier<br /></span> +<span>Au violon me culbute,<br /></span> +<span>Je me sens libre et fier!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et je laisse la vie<br /></span> +<span>Pleuvoir sans me mouiller.<br /></span> +<span>En attendant l'envie<br /></span> +<span>De me faire empailler.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je dors sous ma calotte,<br /></span> +<span>La calotte des cieux;<br /></span> +<span>Et l'étoile palotte<br /></span> +<span>Clignotte entre mes yeux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ma Muse est grise ou blonde....<br /></span> +<span>Je l'aime et ne sais pas;<br /></span> +<span>Elle est à tout le monde....<br /></span> +<span>Mais—moi seul—je la bats!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A moi ma Chair-de-poule!<br /></span> +<span>A toi! Suis-je pas beau,<br /></span> +<span>Quand mon baiser te roule<br /></span> +<span>A crû dans mon manteau!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je ris comme une folle<br /></span> +<span>Et sens mal aux cheveux,<br /></span> +<span>Quand ta chair fraîche colle<br /></span> +<span>Contre mon cuir lépreux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6"><i>Jérusalem.—Octobre</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p8" id="p8"></a><span class="title-a"><i>GENTE DAME</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il n'est plus, ô ma Dame,<br /></span> +<span>D'amour en cape, en lame,<br /></span> +<span class="i2">Que Vous!...<br /></span> +<span>De passion sans obstacle,<br /></span> +<span>Mystère à grand spectacle,<br /></span> +<span class="i2">Que nous!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Depuis les <i>Tour de Nesle</i><br /></span> +<span>Et les <i>Château de Presle</i>,<br /></span> +<span class="i2">Temps frais,<br /></span> +<span>Où l'on couchait en Seine<br /></span> +<span>Les galants, pour leur peine....<br /></span> +<span class="i2">—Après.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quand vous êtes <i>Frisette</i>,<br /></span> +<span>Il n'est plus de grisette<br /></span> +<span class="i2">Que Toi!...<br /></span> +<span>Ni de rapin farouche,<br /></span> +<span>Pur Rembrandt sans retouche,<br /></span> +<span class="i2">Que moi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Qu'il attende, Marquise,<br /></span> +<span>Au grand mur de l'église<br /></span> +<span class="i2">Flanqué,<br /></span> +<span>Ton bon coupé vert-sombre,<br /></span> +<span>Comme un bravo dans l'ombre,<br /></span> +<span class="i2">Masqué.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—A nous!—J'arme en croisière<br /></span> +<span>Mon fiacre-corsaire,<br /></span> +<span class="i2">Au vent,<br /></span> +<span>Bordant, comme une voile,<br /></span> +<span>Le store qui nous voile:<br /></span> +<span class="i2">—Avant!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Quartier-dolent—tourelle<br /></span> +<span>Tout au haut de l'échelle....<br /></span> +<span class="i2">Quel pas!<br /></span> +<span>—Au sixième—Eh! madame,<br /></span> +<span>C'est tomber, sur mon âme!<br /></span> +<span class="i2">Bien bas!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Au grenier poétique,<br /></span> +<span>Où gîte le classique<br /></span> +<span class="i2">Printemps,<br /></span> +<span>Viens courre, aventurière,<br /></span> +<span>Ce lapin de gouttière:<br /></span> +<span class="i2"><i>Vingt-ans!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ange, viens pour ton hère<br /></span> +<span>Jouer à la misère<br /></span> +<span class="i2">Des Dieux!<br /></span> +<span>Pauvre diable à ficelles,<br /></span> +<span>Lui, joue avec tes ailes.<br /></span> +<span class="i2">Aux cieux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Viens, Béatrix du Dante,<br /></span> +<span>Mets dans ta main charmante<br /></span> +<span class="i2">Mon front ...<br /></span> +<span>Ou passe, en bonne fille,<br /></span> +<span>Fière au bras de ton drille,<br /></span> +<span class="i2">Le pont.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Demain, ô mâle amante,<br /></span> +<span>Reviens-moi Bradamante!<br /></span> +<span class="i2">Muguet!<br /></span> +<span>Eschôlier en fortune,<br /></span> +<span>Narguant, de vers la brune,<br /></span> +<span class="i2">Le guet!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p9" id="p9"></a><span class="title-a">I <i>SONNET</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="smcap">AVEC LA MANIÈRE DE S'EN SERVIR<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Réglons notre papier et formons bien nos lettres</i>:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vers filés à la main et d'un pied uniforme,<br /></span> +<span>Emboîtant bien le pas, par quatre en peloton;<br /></span> +<span>Qu'en marquant la césure, un des quatre s'endorme....<br /></span> +<span>Ça peut dormir debout comme soldats de plomb.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sur le <i>railway</i> du Pinde est la ligne, la forme;<br /></span> +<span>Aux fils du télégraphe:—on en suit quatre, en long;<br /></span> +<span>A chaque pieu, la rime—exemple: <i>chloroforme</i>,<br /></span> +<span>—Chaque vers est un fil, et la rime un jalon.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Télégramme sacré—20 mots.—Vite à mon aide....<br /></span> +<span>(Sonnet—c'est un sonnet—) ô Muse d'Archimède!<br /></span> +<span>—La preuve d'un sonnet est par l'addition:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je pose 4 et 4 = 8! Alors je procède,<br /></span> +<span>En posant 3 et 3!—Tenons Pégase raide:<br /></span> +<span>«O lyre! O délire! O....»—Sonnet—Attention!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8"><i>Pic de la Maladetta.—Août</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p10" id="p10"></a><span class="title-a"><i>SONNET A SIR BOB</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Chien de femme légère, braque anglais pur sang</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Beau chien, quand je te vois caresser ta maîtresse,<br /></span> +<span>Je grogne malgré moi—pourquoi?—Tu n'en sais rien.<br /></span> +<span>—Ah! c'est que moi—vois-tu—jamais je ne caresse,<br /></span> +<span>Je n'ai pas de maîtresse, et ... ne suis pas beau chien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Bob! Bob!</i>—Oh! le fier nom à hurler d'allégresse!...<br /></span> +<span>Si je m'appelais <i>Bob</i>.... Elle dit Bob si bien!...<br /></span> +<span>Mais moi je ne suis pas <i>pur sang</i>.—Par maladresse,<br /></span> +<span>On m'a fait <i>braque</i> aussi ... mâtiné de chrétien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—O Bob! nous changerons, à la métempsycose:<br /></span> +<span>Prends mon sonnet, moi ta sonnette à faveur rose;<br /></span> +<span>Toi ma peau, moi ton poil—avec puces ou non....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et je serai <i>sir Bob</i>—Son seul amour fidèle!<br /></span> +<span>Je mordrai les roquets, elle me mordrait, Elle!...<br /></span> +<span>Et j'aurai le collier portant Son petit nom.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8"><i>Britisch channel.—5 may</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p11" id="p11"></a><span class="title-a"><i>STEAM-BOAT</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span><i>A une passagère</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>En fumée elle est donc chassée<br /></span> +<span>L'éternité, la traversée<br /></span> +<span>Qui fit de Vous ma soeur d'un jour,<br /></span> +<span class="i3">Ma soeur d'amour!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là-bas: cette mer incolore<br /></span> +<span>Où ce qui fut Toi flotte encore.<br /></span> +<span>Ici: la terre, ton écueil.<br /></span> +<span class="i3">Tertre de deuil!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>On t'espère là.... Va légère!<br /></span> +<span>Qui te bercera, Passagère....<br /></span> +<span>O passagère mon coeur,<br /></span> +<span class="i3">Ton remorqueur!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quel ménélas, sur son rivage,<br /></span> +<span>Fait le pied?...—Va, j'ai ton sillage....<br /></span> +<span>J'ai,—quand il est là voir venir,—<br /></span> +<span class="i3">Ton souvenir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il n'aura pas, lui, ma Peureuse,<br /></span> +<span>Les sauts de ta gorge houleuse!...<br /></span> +<span>Tes sourcils salés de poudrain<br /></span> +<span class="i3">Pendant un grain!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il ne t'aura pas: effrontée!<br /></span> +<span>Par tes cheveux au vent fouettée!...<br /></span> +<span>Ni, durant les longs quarts de nuit,<br /></span> +<span class="i3">Ton doux ennui....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ni ma poésie où:—<i>Posée,</i><br /></span> +<span><i>Tu seras la mouette blessée,</i><br /></span> +<span><i>Et moi le flot qu'elle rasa</i> ...<br /></span> +<span class="i3">Et coetera.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Le large, bête sans limite,<br /></span> +<span>Me paraîtra bien grand, Petite,<br /></span> +<span>Sans Toi!... Rien n'est plus l'horizon<br /></span> +<span class="i3">Qu'une cloison.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Qu'elle va me sembler étroite!<br /></span> +<span>Tout seul, la boîte à deux!... la boîte<br /></span> +<span>Où nous n'avions qu'un oreiller<br /></span> +<span class="i3">Pour sommeiller.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Déjà le soleil se fait sombre<br /></span> +<span>Qui ne balance plus ton ombre,<br /></span> +<span>Et la houle a fait un grand pli....<br /></span> +<span class="i3">—Comme l'oubli!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ainsi déchantait sa fortune,<br /></span> +<span>En vigie, au sec, dans la hune.<br /></span> +<span>Par un soir frais, vers le matin,<br /></span> +<span class="i3">Un pilotin.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10"><i>10' long. O.</i><br /></span> +<span class="i10"><i>40' lat. N.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p12" id="p12"></a><span class="title-a"><i>PUDENTIANE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +</div><div class="stanza"> + +<span>Attouchez, sans toucher. On est dévotieuse,<br /></span> +<span class="i3"><i>Ni ne retient à son escient</i>.<br /></span> +<span>Mais On pâme d'horreur d'être: <i>luxurieuse</i><br /></span> +<span class="i3"><i>De corps et de consentement</i>!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Et de chair</i> ... de cette oeuvre On est fort curieuse.<br /></span> +<span class="i3"><i>Sauf le vendredi—seulement</i>:<br /></span> +<span>Le confesseur est maigre ... et l'extase pieuse<br /></span> +<span class="i3">En fait: <i>carême entièrement</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">... Une autre se donne.—Ici l'On se damne—<br /></span> +<span class="i2">C'est un tabernacle—ouvert—qu'on profane.<br /></span> +<span class="i2">Bénitier où le serpent est caché!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Que l'Amour, ailleurs, comme un coq se chante....<br /></span> +<span class="i2">CI-GIT! La <i>pudeur-d'-attentat</i> le hante....<br /></span> +<span class="i2">C'est la Pomme (cuite) en fleur de pêché.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Rome.—40 ans.—16 août</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p13" id="p13"></a><span class="title-a"><i>APRÈS LA PLUIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'aime la petite pluie<br /></span> +<span class="i3">Qui s'essuie<br /></span> +<span>D'un torchon de bleu troué!<br /></span> +<span>J'aime l'amour et la brise,<br /></span> +<span class="i3">Quand ça frise ...<br /></span> +<span>Et pas quand c'est secoué.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Comme un parapluie en flèches,<br /></span> +<span class="i3">Tu te sèches,<br /></span> +<span>O grand soleil! grand ouvert....<br /></span> +<span>A bientôt l'ombrelle verte<br /></span> +<span class="i3">Grand' ouverte!<br /></span> +<span>Du printemps—été d'hiver.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La passion c'est l'averse<br /></span> +<span class="i3">Qui traverse!<br /></span> +<span>Mais la femme n'est qu'un grain:<br /></span> +<span>Grain de beauté, de folie<br /></span> +<span class="i3">Ou de pluie....<br /></span> +<span>Grain d'orage—ou de serein.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans un clair rayon de boue,<br /></span> +<span class="i3">Fait la roue,<br /></span> +<span>La roue à grand appareil,<br /></span> +<span>—Plume et queue—une Cocotte<br /></span> +<span class="i3">Qui barbotte;<br /></span> +<span>Vrai déjeuner de soleil!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Anne! ou qui que tu sois, chère ...<br /></span> +<span class="i3">Ou pas chère,<br /></span> +<span>Dont on fait, à l'oeil, les yeux....<br /></span> +<span>Hum ... Zoé! Nadjejda! Jane!<br /></span> +<span class="i3">Vois: je flâne,<br /></span> +<span>Doublé d'or comme les cieux!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«<i>English spoken</i>?—Espagnole?...<br /></span> +<span class="i3">Batignolle?...<br /></span> +<span>Arbore le pavillon<br /></span> +<span>Qui couvre ta marchandise,<br /></span> +<span class="i3">O marquise<br /></span> +<span>D'Amaëgur!... Frétillon!...»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Nom de singe ou nom d'Archange?<br /></span> +<span class="i3">Ou mélange?...<br /></span> +<span>Petit nom à huit ressorts?<br /></span> +<span>Nom qui ronfle, ou nom qui chante:<br /></span> +<span class="i3">Nom d'amante?...<br /></span> +<span>Ou nom à coucher dehors?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Veux-tu, d'une amour fidelle,<br /></span> +<span class="i3">Éternelle!<br /></span> +<span>Nous adorer pour ce soir?...<br /></span> +<span>Pour tes deux petites bottes<br /></span> +<span class="i3">Que tu crottes,<br /></span> +<span>Prends mon coeur et le trottoir!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«N'es-tu pas doña Sabine?<br /></span> +<span class="i3">Carabine?...<br /></span> +<span>Dis: veux-tu le paradis<br /></span> +<span>De l'Odéon?—traversée<br /></span> +<span class="i3">Insensée!...<br /></span> +<span>On emporte des radis.»—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est alors que se dégaine<br /></span> +<span class="i3">La rengaine:<br /></span> +<span>—«Vous vous trompez.... Quel émoi!...<br /></span> +<span>Laissez-moi ... je suis honnête....»<br /></span> +<span class="i3">«—Pas si bête!<br /></span> +<span>—Pour qui me prends-tu?—Pour moi!...»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«... Prendrais-tu pas quelque chose<br /></span> +<span class="i3">Qu'on arrose<br /></span> +<span>Avec n'importe quoi ... du<br /></span> +<span>Jus de perles dans des coupes<br /></span> +<span class="i3">D'or?... Tu coupes!...<br /></span> +<span>Mais moi? Mina, me prends-tu?»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Pourquoi pas: ça va sans dire!»—<br /></span> +<span class="i3">«—O sourire!...<br /></span> +<span>Moi, par dessus le marché!...<br /></span> +<span>Hermosa, tu m'as l'air franche<br /></span> +<span class="i3">De la hanche!<br /></span> +<span>Un cuistre en serait fâché!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Mais je me nomme Aloïse....»<br /></span> +<span class="i3">«Héloïse!<br /></span> +<span>Veux-tu, pour l'amour de l'art,<br /></span> +<span>—Abeilard avant la lettre—<br /></span> +<span class="i3">Me permettre<br /></span> +<span>D'être un peu ton Abeilard?»<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Et, comme un grain blanc qui crève,<br /></span> +<span class="i3">Le doux rêve<br /></span> +<span>S'est couché là, sans point noir....<br /></span> +<span>Donne à ma lèvre apaisée,<br /></span> +<span class="i3">«La rosée<br /></span> +<span>D'un baiser-levant—Bonsoir»—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«C'est le chant de l'alouette,<br /></span> +<span class="i3">Juliette!<br /></span> +<span>Et c'est le chant du dindon....<br /></span> +<span>Je te fais, comme l'aurore<br /></span> +<span class="i3">Qui te dore,<br /></span> +<span>Un rond d'or sur l'édredon.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p14" id="p14"></a><span class="title-a"><i>A UNE ROSE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Rose, rose-d'amour vannée,<br /></span> +<span class="i3">Jamais fanée.<br /></span> +<span>Le rouge-fin est ta couleur,<br /></span> +<span class="i3">O fausse-fleur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Feuille où pondent les journalistes<br /></span> +<span class="i3">Un fait-divers,<br /></span> +<span>Papier-Joseph, croquis d'artistes:<br /></span> +<span class="i3">—Chiffres ou vers—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Coeur de parfum, montant arôme<br /></span> +<span class="i3">Qui nous embaume ...<br /></span> +<span>Et ferait même avec succès,<br /></span> +<span class="i3">Après décès;<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Grise l'amour de ton haleine,<br /></span> +<span class="i3">Vapeur malsaine,<br /></span> +<span>Vent de pastille-du-sérail,<br /></span> +<span class="i3">Hanté par l'ail!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ton épingle, épine-postiche,<br /></span> +<span class="i3">Chaque nuit fiche<br /></span> +<span>Le hanneton-d'or, ton amant ...<br /></span> +<span>Sensitive ouverte, arrosée<br /></span> +<span>De fausses-perles de rosée,<br /></span> +<span class="i3">En diamant!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Chaque jour palpite à la colle<br /></span> +<span class="i3">De ta corolle<br /></span> +<span>Un papillon-coquelicot,<br /></span> +<span class="i3">Pur calicot.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Rose-thé!...—Dans le grog, peut-être!—<br /></span> +<span class="i3">Tu dois renaître<br /></span> +<span>Jaune, sous le fard du tampon,<br /></span> +<span class="i3">Rose-pompon!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vénus-Coton, née en pelotte,<br /></span> +<span class="i3">Un soir-matin,<br /></span> +<span>Parmi l'écume ... que culotte<br /></span> +<span class="i3">Le clan rapin!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Rose-mousseuse, sur toi pousse<br /></span> +<span class="i3">Souvent la mousse<br /></span> +<span>De l'Ai..... Du BOCK plus souvent<br /></span> +<span class="i3">—A 30 Cent.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un coup-de-soleil de la rampe!<br /></span> +<span class="i3">Qui te retrempe;<br /></span> +<span>Un coup de pouce à ton grand air<br /></span> +<span class="i3">Sur fil-de-fer!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Va, gommeuse et gommée, ô rose<br /></span> +<span class="i3">De couperose,<br /></span> +<span>Fleurir les faux-cols et les coeurs,<br /></span> +<span class="i3">Gilets vainqueurs!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p15" id="p15"></a><span class="title-a"><i>A LA MÉMOIRE DE ZULMA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i1"><i>Vierge-folle hors barrière</i><br /></span> +<span class="i6"><i>et</i><br /></span> +<span class="i3"><i>D'UN LOUIS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i7"><i>Bougival, 8 mai</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Elle était riche de vingt ans,<br /></span> +<span>Moi j'étais jeune de vingt francs,<br /></span> +<span>Et nous fîmes bourse commune,<br /></span> +<span>Placée, à fond-perdu, dans une<br /></span> +<span>Infidèle nuit de printemps....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La lune a fait trou dedans,<br /></span> +<span>Rond comme un écu de cinq francs,<br /></span> +<span>Par où passa notre fortune:<br /></span> +<span>Vingt ans! vingt francs!... et puis la lune!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—En monnaie—hélas—les vingt francs!<br /></span> +<span>En monnaie aussi les vingt ans!<br /></span> +<span>Toujours de trous en trous de lune,<br /></span> +<span>Et de bourse en bourse commune....<br /></span> +<span>—C'est à peu près même fortune!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>—Je la trouvai—bien des printemps,<br /></span> +<span>Bien des vingt ans, bien des vingt francs,<br /></span> +<span>Bien des trous et bien de la lune<br /></span> +<span>Après—Toujours vierge et vingt ans,<br /></span> +<span>Et ... colonelle à la Commune!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>—Puis après: la chasse aux passants,<br /></span> +<span>Aux vingt sols, et plus aux vingt francs....<br /></span> +<span>Puis après: la fosse commune,<br /></span> +<span>Nuit gratuite sans trou de lune.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(<i>Saint-Cloud.—Novembre</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p16" id="p16"></a><span class="title-a"><i>BONNE FORTUNE et FORTUNE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10"><i>Odor della feminita</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Moi, je fais mon trottoir, quand la nature est belle,<br /></span> +<span>Pour la passante qui, d'un petit air vainqueur,<br /></span> +<span>Voudra bien crocheter, du bout de son ombrelle,<br /></span> +<span>Un clin de ma prunelle ou la peau de mon coeur....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et je me crois content—pas trop!—mais il faut vivre:<br /></span> +<span>Pour promener un peu sa faim, le gueux s'enivre....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un beau jour—quel métier!—je faisais, comme ça,<br /></span> +<span>Ma croisière.—Métier!...—Enfin, Elle passa<br /></span> +<span>—Elle qui?—La Passante! Elle, avec son ombrelle!<br /></span> +<span>Vrai valet de bourreau, je la frôlai ...—-mais Elle<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Me regarda tout bas, souriant en dessous,<br /></span> +<span>Et ... me tendit sa main, et ...<br /></span> +<span class="i11">m'a donné deux sous.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i12">(<i>Rue des Martyrs</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p17" id="p17"></a><span class="title-a"><i>A UNE CAMARADE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que me veux-tu donc, femme trois fois fille?...<br /></span> +<span>Moi qui te croyais un si bon enfant!<br /></span> +<span>—De l'amour?...—Allons: cherche, apporte, pille!<br /></span> +<span>M'aimer aussi, toi!... moi qui t'aimais tant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oh! je t'aimais comme ... un lézard qui pèle<br /></span> +<span>Aime le rayon qui cuit son sommeil....<br /></span> +<span>L'Amour entre nous vient battre de l'aile:<br /></span> +<span>—Eh! qu'il s'ôte de devant mon soleil!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mon amour, à moi, n'aime pas qu'on l'aime;<br /></span> +<span>Mendiant, il a peur d'être écouté....<br /></span> +<span>C'est un lazzarone enfin, un bohème,<br /></span> +<span>Déjeunant de jeûne et de liberté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Curiosité, bibelot, bricolle?...<br /></span> +<span>C'est possible: il est rare—et c'est son bien—<br /></span> +<span>Mais un bibelot cassé se recolle;<br /></span> +<span>Et lui, décollé, ne vaudra plus rien!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Va, n'enfonçons pas la porte entr'ouverte<br /></span> +<span>Sur un paradis déjà trop rendu!<br /></span> +<span>Et gardons à la pomme, jadis verte,<br /></span> +<span>Sa peau, sous son fard de fruit défendu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que nous sommes-nous donc fait l'un à l'autre?...<br /></span> +<span>—Rien....—Peut-être alors que c'est pour cela;<br /></span> +<span>—Quel a commencé?—Pas moi, bon apôtre!<br /></span> +<span>Après, quel dira: c'est donc tout—voilà!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Tous les deux, sans doute....—Et toi, sois bien sûre<br /></span> +<span>Que c'est encor moi le plus attrapé:<br /></span> +<span>Car si, par erreur, ou par aventure,<br /></span> +<span>Tu ne me trompais ... je serais trompé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Appelons cela: <i>l'amitié calmée</i>;<br /></span> +<span>Puisque l'amour veut mettre son holà.<br /></span> +<span>N'y croyons pas trop, chère mal-aimée....<br /></span> +<span>—C'est toujours trop vrai ces mensonges-là!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Nous pourrons, au moins, ne pas nous maudire<br /></span> +<span>—Si ça t'est égal—le quart-d'heure après.<br /></span> +<span>Si nous en mourons—ce sera de rire....<br /></span> +<span>Moi qui l'aimais tant ton rire si frais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p18" id="p18"></a><span class="title-a"><i>UN JEUNE QUI S'EN VA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i12">Morire.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oh le printemps!—Je voudrais paître!...<br /></span> +<span>C'est drôle, est-ce pas: Les mourants<br /></span> +<span>Font toujours ouvrir leur fenêtre,<br /></span> +<span>Jaloux de leur part de printemps!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oh le printemps! Je veux écrire!<br /></span> +<span>Donne-moi mon bout de crayon<br /></span> +<span>—Mon bout de crayon, c'est ma lyre—<br /></span> +<span>Et—là—je me sens un rayon.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vite!... j'ai vu, dans mon délire,<br /></span> +<span>Venir me manger dans la main<br /></span> +<span>La Gloire qui voulait me lire!<br /></span> +<span>—La gloire n'attend pas demain.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sur ton bras, soutiens ton poète,<br /></span> +<span>Toi, sa Muse, quand il chantait,<br /></span> +<span>Son Sourire quand il mourait,<br /></span> +<span>Et sa Fête ... quand c'était fête!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sultane, apporte un peu ma pipe<br /></span> +<span>Turque, incrustée en faux saphir,<br /></span> +<span>Celle qui <i>va bien à mon type</i>....<br /></span> +<span>Et ris!—C'est fini de mourir;<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et viens sur mon lit de malade;<br /></span> +<span>Empêche la mort d'y toucher,<br /></span> +<span>D'emporter cet enfant maussade<br /></span> +<span>Qui ne veut pas s'aller coucher.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ne pleure donc plus,—je suis bête—<br /></span> +<span>Vois: mon drap n'est pas un linceul....<br /></span> +<span>Je chantais cela pour moi seul....<br /></span> +<span>Le vide chante dans ma tête.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Retourne contre la muraille.<br /></span> +<span>—Là—l'esquisse—un portrait de toi—<br /></span> +<span>Malgré lui mon oeil soûl travaille<br /></span> +<span>Sur la toile.... C'était de moi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'entends—bourdon de la fièvre—<br /></span> +<span>Un chant de berceau me monter:<br /></span> +<span>«<i>J'entends le renard, le lièvre,</i><br /></span> +<span><i>Le lièvre, le loup chanter</i>.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Va! nous aurons une chambrette<br /></span> +<span>Bien fraîche, à papier bleu rayé;<br /></span> +<span>Avec un vrai bon lit honnête<br /></span> +<span>A nous, à rideaux ... et payé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et nous irons dans la prairie<br /></span> +<span>Pêcher à la ligne tous deux,<br /></span> +<span>Ou bien <i>mourir pour la patrie</i>!...<br /></span> +<span>—Tu sais, je fais ce que tu veux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Et nous aurons des robes neuves,<br /></span> +<span>Nous serons riches à bâiller<br /></span> +<span>Quand j'aurai revu <i>mes épreuves</i>!<br /></span> +<span>—Pour vivre, il faut bien travailler....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Non! mourir....<br /></span> +<span class="i6">La vie était belle<br /></span> +<span>Avec toi! mais rien ne va plus....<br /></span> +<span>A moi le pompon d'immortelle<br /></span> +<span>Des grands poètes que j'ai lus!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A moi, <i>Myosotis! Feuille morte</i><br /></span> +<span>De <i>Jeune malade à pas lent!</i><br /></span> +<span>Souvenir de soi ... qu'on emporte<br /></span> +<span>En croyant le laisser—souvent!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Décès: Rolla:—l'Académie—<br /></span> +<span>Murger, Beaudelaire:—hôpital,—<br /></span> +<span>Lamartine:—en perdant la vie<br /></span> +<span>De sa fille, en strophes pas mal....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Doux bedeau, pleureuse en lévite,<br /></span> +<span><i>Harmonieux</i> tronc des <i>moissonnés</i><br /></span> +<span>Inventeur de la <i>larme écrite</i>,<br /></span> +<span>Lacrymatoire d'abonnés!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Moreau—-j'oubliais—Hégésippe,<br /></span> +<span>Créateur de l'art-hôpital....<br /></span> +<span>Depuis, j'ai la phthisie en grippe;<br /></span> +<span>Ce n'est plus même original.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Escousse encor: mort en extase<br /></span> +<span>De lui; mort phthisique d'orgueil.<br /></span> +<span>—Gilbert: phthisie et paraphrase<br /></span> +<span>Rentrée, en se pleurant <i>à l'oeil</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un autre incompris: Lacenaire,<br /></span> +<span>Faisant des vers en amateur<br /></span> +<span>Dans le goût anti-poitrinaire,<br /></span> +<span>Avec Sanson pour éditeur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Lord Byron, gentleman-vampire,<br /></span> +<span>Hystérique du ténébreux;<br /></span> +<span>Anglais sec, cassé par son rire,<br /></span> +<span>Son noble rire de lépreux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Hugo: l'Homme apocalyptique,<br /></span> +<span>L'Homme-Ceci-tûra-cela,<br /></span> +<span>Meurt, gardenational épique;<br /></span> +<span>Il n'en reste qu'un—celui-là!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Puis un tas d'amants de la lune,<br /></span> +<span>Guère plus morts qu'ils n'ont vécu,<br /></span> +<span>Et changeant de fosse commune<br /></span> +<span>Sans un discours, sans un écu!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'en ai lus mourir!... Et ce cygne<br /></span> +<span>Sous le couteau du cuisinier:<br /></span> +<span>—Chénier—... Je me sens—mauvais signe!—<br /></span> +<span>De la jalousie.—O métier!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Métier! Métier de mourir....<br /></span> +<span>Assez, j'ai fini mon étude.<br /></span> +<span>Métier: se rimer finir!...<br /></span> +<span>C'est une affaire d'habitude.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mais non, la poésie est: vivre,<br /></span> +<span>Paresser encore, et souffrir<br /></span> +<span>Pour toi, maîtresse! et pour mon livre;<br /></span> +<span>Il est là qui dort<br /></span> +<span class="i6">—Non: mourir!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Sentir sur ma lèvre appauvrie<br /></span> +<span>Ton dernier baiser se gercer,<br /></span> +<span>La mort dans tes bras me bercer....<br /></span> +<span>Me déshabiller de la vie!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i4">(<i>Charenton.—Avril</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p19" id="p19"></a><span class="title-a"><i>INSOMNIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Insomnie, impalpable Bête!<br /></span> +<span>N'as-tu d'amour que dans la tête:<br /></span> +<span>Pour venir te pâmer à voir,<br /></span> +<span>Sous ton mauvais oeil, l'homme mordre<br /></span> +<span>Ses draps, et dans l'ennui se tordre!...<br /></span> +<span>Sous ton oeil de diamant noir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dis: pourquoi, durant la nuit blanche,<br /></span> +<span>Pluvieuse comme un dimanche,<br /></span> +<span>Venir nous lécher comme un chien:<br /></span> +<span>Espérance ou Regret qui veille,<br /></span> +<span>A notre palpitante oreille<br /></span> +<span>Parler bas ... et ne dire rien?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pourquoi, sur notre gorge aride,<br /></span> +<span>Toujours pencher ta coupe vide<br /></span> +<span>Et nous laisser le cou tendu,<br /></span> +<span>Tantales, soiffeurs de chimère:<br /></span> +<span>—Philtre amoureux ou lie amère<br /></span> +<span>Fraîche rosée ou plomb fondu!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Insomnie, es-tu donc pas belle?...<br /></span> +<span>Eh pourquoi, lubrique pucelle,<br /></span> +<span>Nous étreindre entre tes genoux?<br /></span> +<span>Pourquoi râler sur notre bouche,<br /></span> +<span>Pourquoi défaire notre couche,<br /></span> +<span>Et ... ne pas coucher avec nous<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pourquoi, Belle-de-nuit impure,<br /></span> +<span>Ce masque noir sur ta figure?...<br /></span> +<span>—Pour intriguer les songes d'or?...<br /></span> +<span>N'es-tu pas l'amour dans l'espace,<br /></span> +<span>Souffle de Messaline lasse,<br /></span> +<span>Mais pas rassasiée encor!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Insomnie, est-tu l'Hystérie....<br /></span> +<span>Es-tu l'orgue de barbarie<br /></span> +<span>Qui moud l'<i>Hosannah</i> des Élus?...<br /></span> +<span>—Ou n'es-tu pas l'éternel plectre,<br /></span> +<span>Sur les nerfs des damnés-de-lettre,<br /></span> +<span>Raclant leurs vers—qu'eux seuls ont lus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Insomnie, es-tu l'âne en peine<br /></span> +<span>De Buridan—ou le phalène<br /></span> +<span>De l'enfer?—Ton baiser de feu<br /></span> +<span>Laisse un goût froidi de fer rouge....<br /></span> +<span>Oh! viens te poser dans mon bouge!...<br /></span> +<span>Nous dormirons ensemble un peu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p20" id="p20"></a><span class="title-a"><i>LA PIPE AU POÈTE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je suis la Pipe d'un poète,<br /></span> +<span>Sa nourrice, et: j'endors <i>sa Bête</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quand ses chimères éborgnées<br /></span> +<span>Viennent se heurter à son front,<br /></span> +<span>Je fume.... Et lui, dans son plafond,<br /></span> +<span>Ne peut plus voir les araignées.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Je lui fais un ciel, des nuages,<br /></span> +<span>La mer, le désert, des mirages;<br /></span> +<span>—Il laisse errer là son oeil mort....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et, quand lourde devient la nue,<br /></span> +<span>Il croit voir une ombre connue,<br /></span> +<span>—Et je sens mon tuyau qu'il mord.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un autre tourbillon délie<br /></span> +<span>Son âme, son carcan, sa vie!<br /></span> +<span>... Et je me sens m'éteindre.—Il dort—<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>—Dors encor: la <i>Bête</i> est calmée,<br /></span> +<span>File ton rêve jusqu'au bout....<br /></span> +<span>Mon Pauvre!... la fumée est tout.<br /></span> +<span>—S'il est vrai que tout est fumée....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Paris—Janvier</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p21" id="p21"></a><span class="title-a"><i>LE CRAPAUD</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un chant dans une nuit sans air....<br /></span> +<span>—La lune plaque en métal clair<br /></span> +<span>Les découpures du vert sombre.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Un chant; comme un écho, tout vif<br /></span> +<span>Enterré, là, sous le massif....<br /></span> +<span>—Ça se tait: Viens, c'est là, dans l'ombre....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un crapaud!—Pourquoi cette peur,<br /></span> +<span>Près de moi, ton soldat fidèle!<br /></span> +<span>Vois-le, poète tondu, sans aile,<br /></span> +<span>Rossignol de la boue....—Horreur!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Il chante.—Horreur!!—Horreur pourquoi<br /></span> +<span>Vois-tu pas son oeil de lumière....<br /></span> +<span>Non: il s'en va, froid, sous sa pierre.<br /></span> +<span>........................................................<br /></span> +<span>Bonsoir—ce crapaud-là c'est moi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Ce soir, 20 Juillet</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p22" id="p22"></a><span class="title-a"><i>FEMME</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i12"><i>la Bête fer</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Lui—cet être faussé, mal aimé, mal souffert,<br /></span> +<span>Mal haï—mauvais livre ... et pire: il m'intéresse.—<br /></span> +<span>S'il est vide après tout.... Oh mon dieu, je le laisse,<br /></span> +<span class="i3">Comme un roman pauvre—entr'ouvert.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Cet homme est laid....—Et moi, ne suis-je donc pas belle,<br /></span> +<span class="i3">Et belle encore pour nous deux!—<br /></span> +<span>En suis-je donc enfin aux rêves de pucelle?...<br /></span> +<span class="i3">—Je suis reine: Qu'il soit lépreux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Où vais-je—femme!—Après ... suis-je donc cas légère<br /></span> +<span class="i3">Pour me relever d'un faux pas!<br /></span> +<span>Est-ce donc Lui que j'aime?—Eh non! c'est son mystère....<br /></span> +<span class="i3">Celui que peut-être Il n'a pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Plus Il m'évite, et plus et plus Il me poursuit....<br /></span> +<span class="i3">Nous verrons ce dédain suprême.<br /></span> +<span>Il est rare à croquer, celui-là qui me fuit!...<br /></span> +<span class="i3">Il me fuit—Eh bien non!... Pas même.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Aurais-je ri pourtant! si, comme un galant homme,<br /></span> +<span class="i3">Il avait allumé ses feux....<br /></span> +<span>Comme Ève—femme aussi—qui n'aimait pas la Pomme,<br /></span> +<span class="i3">Je ne l'aime pas—et j'en veux!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est innocent.—Et Lui: ... Si l'arme était chargée....<br /></span> +<span class="i3">—Et moi, j'aime les vilains jeux!<br /></span> +<span>Et ... l'on sait amuser, avec une dragée<br /></span> +<span class="i3">Haute, un animal ombrageux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>De quel droit ce regard, ce mauvais oeil qui touche:<br /></span> +<span class="i3">Monsieur poserait le fatal?<br /></span> +<span>Je suis myope, il est vrai,... Peut-être qu'il est louche;<br /></span> +<span class="i3">Je l'ai vu si peu—mais si mal.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Et si je le laissais se draper en quenouille,<br /></span> +<span class="i3">Seul dans sa honteuse fierté!...<br /></span> +<span>—Non. Je sens me ronger, comme ronge la rouille,<br /></span> +<span class="i3">Mon orgueil malade, irrité.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Allons donc! c'est écrit—n'est-ce pas—dans ma tête,<br /></span> +<span class="i3">En pattes-de-mouche d'enfer;<br /></span> +<span>Écrit, sur cette page où—là—ma main s'arrête.<br /></span> +<span class="i3">—Main de femme et plume de fer.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oui!—Baiser de Judas—Lui cracher à la bouche<br /></span> +<span class="i3">Cet <i>amour!</i>—Il l'a mérité—<br /></span> +<span>Lui dont la triste image est debout sur ma couche,<br /></span> +<span class="i3">Implacable de volupté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oh oui: coller ma langue à l'inerte sourire<br /></span> +<span class="i3">Qu'il porte là comme un faux pli!<br /></span> +<span>Songe creux et malsain, repoussant ... qui m'attire!<br /></span> +<span class="i3">.................................................<br /></span> +<span class="i3">Une nuit blanche ... un jour sali....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p23" id="p23"></a><span class="title-a"><i>DUEL AUX CAMÉLIAS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai vu le soleil dur contre les touffes<br /></span> +<span>Ferrailler.—J'ai vu deux fers soleiller,<br /></span> +<span>Deux fers qui faisaient des parades bouffes;<br /></span> +<span>Des merles en noir regardaient briller.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un monsieur en linge arrangeait sa manche;<br /></span> +<span>Blanc, il me semblait un gros camélia;<br /></span> +<span>Une autre fleur rose était sur la branche,<br /></span> +<span>Rose comme.... Et puis un fleuret plia.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je vois rouge.... Ah oui! c'est juste: on s'égorge—<br /></span> +<span>... Un camélia blanc—là—comme Sa gorge ...<br /></span> +<span>Un camélia jaune,—ici—tout mâché....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Amour mort, tombé de ma boutonnière.<br /></span> +<span>—A moi, plaie ouverte et fleur printannière!<br /></span> +<span>Camélia vivant, de sang panaché!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Veneris Dies</i> 13***)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p24" id="p24"></a><span class="title-a"><i>FLEUR D'ART</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oui—Quel art jaloux dans Ta fine histoire!<br /></span> +<span>Quels bibelots chers!—Un bout de sonnet,<br /></span> +<span>Un coeur gravé dans ta manière noire,<br /></span> +<span>Des traits de canif à coups de stylet.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tout fier mon coeur porte à la boutonnière<br /></span> +<span>Que tu lui taillas, un petit bouquet<br /></span> +<span>D'immortelle rouge—Encor ta manière—<br /></span> +<span>C'est du sang en fleur. Souvenir coquet.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Allons, pas de pleurs à notre mémoire!<br /></span> +<span>—C'est la mâle-mort de l'amour ici—<br /></span> +<span>Foin du myosotis, vieux sachet d'armoire!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Double femme, va!... Qu'un âne te braie!<br /></span> +<span>Si tu n'étais fausse, eh serais-tu vraie?...<br /></span> +<span>L'amour est un duel:—Bien touché! Merci.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p25" id="p25"></a><span class="title-a"><i>PAUVRE GARÇON</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10"><i>La Bête féroce</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Lui qui sifflait si haut, son petit air de tête,<br /></span> +<span>Etait plat près de moi; je voyais qu'il cherchait ...<br /></span> +<span>Et ne trouvait pas, et ... j'aimais le sentir bête,<br /></span> +<span>Ce héros qui n'a pas su trouver qu'il m'aimait.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai fait des ricochets sur son coeur en tempête.<br /></span> +<span>Il regardait cela.... Vraiment, cela l'usait?...<br /></span> +<span>Quel instrument rétif à jouer, qu'un poète!...<br /></span> +<span>J'en ai joué. Vraiment—moi—cela m'amusait.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Est-il mort?...—Ah—c'était, du reste, un garçon drôle.<br /></span> +<span>Aurait-il donc trop pris au sérieux son rôle,<br /></span> +<span>Sans me le dire ... au moins.—Car il est mort, de quoi?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Se serait-il laissé fluer de poésie....<br /></span> +<span>Serait-il mort <i>de chic</i>, de boire, ou de phthisie,<br /></span> +<span>Ou, peut-être, après tout: de rien ...<br /></span> +<span class="i12">ou bien de Moi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p26" id="p26"></a><span class="title-a"><i>DÉCLIN</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Comme il était bien, Lui, ce Jeune plein de sève!<br /></span> +<span>Apre à la vie <i>O Gué</i>!... et si doux en son rêve.<br /></span> +<span>Comme il portait sa tête ou la couchait gaîment!<br /></span> +<span>Hume-vent à l'amour!... qu'il passait tristement.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Oh comme il était Rien!...—Aujourd'hui, sans rancune<br /></span> +<span>Il a vu lui sourire, au retour, la Fortune;<br /></span> +<span>Lui ne sourira plus que d'autrefois; il sait<br /></span> +<span>Combien tout cela coûte et comment ça se fait.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son Coeur a pris du ventre et dit bonjour en prose.<br /></span> +<span>Il est coté fort cher ... ce Dieu c'est quelque chose;<br /></span> +<span>Il ne va plus les mains dans les poches tout nu....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans sa gloire qu'il porte en paletot funèbre,<br /></span> +<span>Vous le reconnaîtrez fini, banal, célèbre....<br /></span> +<span>Vous le reconnaîtrez, alors, cet inconnu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p27" id="p27"></a><span class="title-a"><i>BONSOIR</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et vous viendrez alors, imbécile caillette,<br /></span> +<span>Taper dans ce miroir clignant qui se paillette<br /></span> +<span>D'un éclis d'or, accroc de l'astre jaune, éteint<br /></span> +<span>Vous verrez un bijou dans cet éclat de tain<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vous viendrez à cet homme, à son reflet mièvre<br /></span> +<span>Sans chaleur.... Mais, au jour qu'il dardait la fièvre,<br /></span> +<span>Vous n'avez rien senti, vous qui—midi passé—<br /></span> +<span>Tombez dans ce rayon tombant qu'il a laissé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Lui ne vous connaît plus, Vous, l'Ombre déjà vue,<br /></span> +<span>Vous qu'il avait couchée en son ciel toute nue,<br /></span> +<span>Quand il était un Dieu!... Tout cela—n'en faut plus.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Croyez—Mais lui n'a plus ce mirage qui leurre,<br /></span> +<span>Pleurez—Mais il n'a plus cette corde qui pleure.<br /></span> +<span>Ses chants ...—C'était d'un autre; il ne les a pas plus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p28" id="p28"></a><span class="title-a"><i>LE POÈTE CONTUMACE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sur la côte d'ARMOR,—Un ancien vieux couvent,<br /></span> +<span>Les vents se croyaient là dans un moulin-à-vent,<br /></span> +<span class="i3">Et les ânes de la contrée,<br /></span> +<span>Au lierre râpé, venaient râper leurs dents<br /></span> +<span>Contre un mur si troué que, pour entrer dedans,<br /></span> +<span class="i3">On n'aurait pu trouver l'entrée.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Seul—mais toujours debout avec un rare aplomb,<br /></span> +<span>Crénelé comme la mâchoire d'une vieille,<br /></span> +<span>Son toit à coups-de-poing sur le coin de l'oreille,<br /></span> +<span>Aux corneilles bayant, se tenait le donjon,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Fier toujours d'avoir eu, dans le temps, sa légende....<br /></span> +<span>Ce n'était plus qu'un nid à gens de contrebande,<br /></span> +<span>Vagabonds de nuit, amoureux buissonniers,<br /></span> +<span>Chiens errants, vieux rats, fraudeurs et douaniers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Aujourd'hui l'hôte était de la borgne tourelle,<br /></span> +<span>Un Poète sauvage, avec un plomb dans l'aile,<br /></span> +<span>Et tombé là parmi les antiques hiboux<br /></span> +<span>Qui l'estimaient d'en haut.—Il respectait leurs trous,—<br /></span> +<span>Lui, seul hibou payant, comme son <i>bail</i> le porte:<br /></span> +<span><i>Pour vingt-cinq écus l'an, dont: remettre une porte</i>.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pour les gens du pays, il ne les voyait pas:<br /></span> +<span>Seulement, en passant, eux regardaient d'en bas,<br /></span> +<span class="i3">Se montrant du nez sa fenêtre;<br /></span> +<span>Le curé se doutait que c'était un lépreux;<br /></span> +<span>Et le maire disait:—Moi, qu'est-ce que j'y peux,<br /></span> +<span class="i3">C'est plutôt un Anglais ... un <i>Etre</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Les femmes avaient su—sans doute par les buses,<br /></span> +<span>Qu'il <i>vivait en concubinage avec des Muses!</i>...<br /></span> +<span>Un hérétique enfin.... Quelque <i>Parisien</i><br /></span> +<span>De Paris ou d'ailleurs.—Hélas! on n'en sait rien.—<br /></span> +<span>Il était invisible; et, comme <i>ses Donzelles</i><br /></span> +<span><i>Ne s'affichaient pas trop</i>, on ne parla plus d'elles.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Lui, c'était simplement un long flâneur, sec, pâle;<br /></span> +<span>Un ermite-amateur, chassé par la rafale....<br /></span> +<span>Il avait trop aimé les beaux pays malsains<br /></span> +<span>Condamné des huissiers, comme des médecins,<br /></span> +<span>Il avait posé là, seul et cherchant sa place<br /></span> +<span>Pour mourir seul ou pour vivre par contumace....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">Faisant, d'un à-peu-près d'artiste,<br /></span> +<span class="i3">Un philosophe d'à peu près,<br /></span> +<span class="i3">Râleur de soleil ou de frais,<br /></span> +<span class="i3">En dehors de l'humaine piste.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il lui restait encore un hamac, une vielle,<br /></span> +<span>Un barbet qui dormait sous le nom de <i>Fidèle</i>;<br /></span> +<span>Non moins fidèle était, triste et doux comme lui,<br /></span> +<span>Un autre compagnon qui s'appelait l'Ennui.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Se mourant en sommeil, il se vivait en rêve.<br /></span> +<span>Son rêve était le flot qui montait sur la grève,<br /></span> +<span class="i3">Le flot qui descendait;<br /></span> +<span>Quelquefois, vaguement, il se prenait attendre....<br /></span> +<span>Attendre quoi ... le flot monter—le flot descendre—<br /></span> +<span class="i3">Ou l'Absente.... Qui sait?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le sait-il bien lui-même?... Au vent de sa guérite,<br /></span> +<span>A-t-il donc oublié comme les morts vont vite,<br /></span> +<span>Lui, ce viveur vécu, revenant égaré,<br /></span> +<span>Cherche-t-il son follet, à lui, mal enterré?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Certe, Elle n'est pas loin, celle après qui tu brames,<br /></span> +<span>O Cerf de Saint-Hubert! Mais ton front est sans flammes....<br /></span> +<span>N'apparais pas, mon vieux, triste et faux déterré....<br /></span> +<span>Fais le mort si tu peux.... Car Elle t'a pleuré!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Est-ce qu'il pouvait, Lui!... n'était-il pas poète....<br /></span> +<span>Immortel comme un autre?... Et dans sa pauvre tête<br /></span> +<span>Déménagée, encor il sentait que les vers<br /></span> +<span>Hexamètres faisaient les cent pas de travers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Manque de savoir-vivre extrême—il survivait—<br /></span> +<span>Et—manque de savoir-mourir—il écrivait:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«C'est un être passé de cent lunes, ma Chère,<br /></span> +<span>En ton coeur poétique, à l'état légendaire.<br /></span> +<span>Je rime, donc je vis ... ne crains pas, c'est <i>à blanc</i>.<br /></span> +<span>—Une coquille d'huître en rupture de banc!—<br /></span> +<span>Oui, j'ai beau me palper: c'est moi!—Dernière faute—<br /></span> +<span>En route pour les cieux—car ma niche est si haute!—<br /></span> +<span>Je me suis demandé, prêt à prendre l'essor:<br /></span> +<span>Tête ou pile ...—Et voilà—je me demande encor....»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«C'est à toi que je fis mes adieux à la vie,<br /></span> +<span>A toi qui me pleuras, jusqu'à me faire envie<br /></span> +<span>De rester me pleurer avec toi. Maintenant<br /></span> +<span>C'est joué, je ne suis qu'un gâteux revenant,<br /></span> +<span>En os et ... (j'allais dire en chair).—La chose est sûre<br /></span> +<span>C'est bien moi, je suis là—mais comme une rature.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Nous étions amateurs de curiosité:<br /></span> +<span>Viens voir <i>le Bibelot</i>.—Moi j'en suis dégoûté.—<br /></span> +<span>Dans mes dégoûts surtout, j'ai des goûts élégants;<br /></span> +<span>Tu sais: j'avais lâché la Vie avec des gants;<br /></span> +<span>L'<i>Autre</i> n'est pas même à prendre avec des pincettes ...<br /></span> +<span>Je cherche au mannequin de nouvelles toilettes.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Reviens m'aider: Tes yeux dans ces yeux-là! Ta lèvre<br /></span> +<span>Sur cette lèvre!... Et, là, ne sens-tu pas ma fièvre<br /></span> +<span>—Ma <i>fièvre de Toi?</i>...—Sous l'orbe est-il passé<br /></span> +<span>L'arc-en-ciel au charbon par nos nuits laissé?<br /></span> +<span>Et cette étoile?...—Oh! va, ne cherche plus l'étoile<br /></span> +<span class="i3">Que tu voulais voir à mon front;<br /></span> +<span class="i3">Une araignée a fait sa toile,<br /></span> +<span class="i3">Au même endroit—dans le plafond.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Je suis un étranger.—Cela vaut mieux peut-être....<br /></span> +<span>—Eh bien! non, viens encor un peu me reconnaître;<br /></span> +<span>Comme au bon saint Thomas, je veux te voir la foi,<br /></span> +<span>Je veux te voir toucher la plaie et dire:—Toi!»—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Viens encor me finir—c'est très gai: De ta chambre,<br /></span> +<span>Tu verras mes moissons—Nous sommes en décembre—<br /></span> +<span>Mes grands bois de sapin, les fleurs d'or des genêts,<br /></span> +<span>Mes bruyères d'Armor ...—en tas sur les chenets.<br /></span> +<span>Viens te gorger d'air pur—Ici j'ai de la brise<br /></span> +<span>Si franche!... que le bout de ma toiture en frise.<br /></span> +<span>Le soleil est si doux ...—qu'il gèle tout le temps.<br /></span> +<span>Le printemps....—Le printemps n'est-ce pas tes vingt ans.<br /></span> +<span>On n'attend plus que toi, vois: déjà l'hirondelle<br /></span> +<span>Se pose ... en fer rouillé, clouée à ma tourelle.—<br /></span> +<span>Et bientôt nous pourrons cueillir le champignon....<br /></span> +<span>Dans mon escalier que dore ... un lumignon.<br /></span> +<span>Dans le mur qui verdoie existe une pervenche<br /></span> +<span>Sèche.—... Et puis nous irons à l'eau <i>faire</i> la planche<br /></span> +<span>—Planches d'épave au sec—comme moi—sur ces plages.<br /></span> +<span>La Mer roucoule sa <i>Berceuse pour naufrages</i>;<br /></span> +<span>Barcarolle du soir ... pour les canards sauvages.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«En <i>Paul et Virginie</i>, et virginaux—veux-tu—<br /></span> +<span>Nous nous mettrons au vert du paradis perdu....<br /></span> +<span>Ou <i>Robinson avec Vendredi</i>—c'est facile—<br /></span> +<span>La pluie a déjà fait, de mon royaume, une île.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Si pourtant, près de moi, tu crains la solitude,<br /></span> +<span>Nous avons des amis, sans fard—Un braconnier;<br /></span> +<span>Sans compter un caban bleu qui, par habitude,<br /></span> +<span>Fait toujours les cent-pas et contient un douanier....<br /></span> +<span>Plus de clercs d'huissier! J'ai le clair de la lune,<br /></span> +<span>Et des amis pierrots amoureux sans fortune.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Et nos nuits!... <i>Belles nuits pour l'orgie à la tour!</i>...<br /></span> +<span>Nuits à la Roméo!—Jamais il ne fait jour.—<br /></span> +<span>La Nature au réveil—réveil de déchaînée—<br /></span> +<span>Secouant son drap blanc ... éteint ma cheminée.<br /></span> +<span>Voici mes rossignols ... rossignols d'ouragans—<br /></span> +<span>Gais comme des poinçons—sanglots de chats-huans!<br /></span> +<span>Ma girouette dérouille en haut sa tyrolienne<br /></span> +<span>Et l'on entend gémir ma porte éolienne,<br /></span> +<span>Comme chez saint Antoine en sa tentation....<br /></span> +<span>Oh viens! joli Suppôt de la séduction!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Hop! les rats du grenier dansent des farandoles!<br /></span> +<span>Les ardoises du toit roulent en castagnoles!<br /></span> +<span>Les Folles-du-logis....<br /></span> +<span class="i8">Non, je n'ai plus de Folles!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... «Comme je revendrais ma dépouille à Satan<br /></span> +<span>S'il me tentait avec un petit Revenant....<br /></span> +<span>—Toi—Je te vois partout, mais comme un voyant blême,<br /></span> +<span>Je t'adore.... Et c'est pauvre: adorer ce qu'on aime!<br /></span> +<span>Apparais, un poignard dans le coeur!—Ce sera,<br /></span> +<span>Tu sais bien, comme dans <i>Inès de La Sierra</i>....<br /></span> +<span>—On frappe ... oh! c'est quelqu'un....<br /></span> +<span class="i12">Hélas! oui, c'est un rat.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Je rêvasse ... et toujours c'est <i>Toi</i>. Sur toute chose,<br /></span> +<span>Comme un esprit follet, ton souvenir se pose:<br /></span> +<span>Ma solitude—<i>Toi!</i>—Mes hiboux à l'oeil d'or:<br /></span> +<span>—<i>Toi!</i>—Ma girouette folle: Oh <i>Toi!</i>...—Que sais-je encor,<br /></span> +<span>—<i>Toi</i>: mes volets ouvrant les bras dans la tempête....<br /></span> +<span>Une lointaine voix: c'est Ta chanson!—c'est fête!...<br /></span> +<span>Les rafales fouaillant Ton nom perdu—c'est bête—<br /></span> +<span>C'est bête, mais c'est <i>Toi</i>! Mon coeur au grand ouvert<br /></span> +<span class="i3">Comme mes volets en pantenne,<br /></span> +<span class="i3">Bat, tout affolé sous l'haleine<br /></span> +<span class="i3">Des plus bizarres courants d'air.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Tiens ... une ombre portée, un instant, est venue<br /></span> +<span>Dessiner ton profil sur la muraille nue,<br /></span> +<span>Et j'ai tourné la tête....—Espoir ou souvenir—<br /></span> +<span><i> Ma Soeur Anne, à la tour, voyez-vous pas venir?</i>»....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Rien!—je vois ... je vois, dans ma froide chambrette,<br /></span> +<span>Mon lit capitonné de <i>satin de brouette</i>;<br /></span> +<span>Et mon chien qui dort dessus—Pauvre animal—<br /></span> +<span>... Et je ris ... parce que ça me fait un peu mal.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«J'ai pris, pour t'appeler, ma vielle et ma lyre.<br /></span> +<span>Mon coeur fait de l'esprit—le sot—pour se leurrer....<br /></span> +<span>Viens pleurer, si mes vers ont pu te faire rire;<br /></span> +<span class="i3">Viens rire, s'ils t'ont fait pleurer....»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Ce sera drôle.... Viens jouer à la misère,<br /></span> +<span>D'après nature:—<i>Un coeur avec une chaumière</i>.—<br /></span> +<span>... Il pleut dans mon foyer, il pleut dans mon coeur feu.<br /></span> +<span>Viens! Ma chandelle est morte et je n'ai plus de feu....»<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Sa lampe se mourait. Il ouvrit la fenêtre.<br /></span> +<span>Le soleil se levait. Il regarda sa lettre,<br /></span> +<span>Rit et la déchira.... Les petits morceaux blancs,<br /></span> +<span>Dans la brume, semblaient un vol de goélands.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(<i>Penmarc'h—jour de Noël</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p29" id="p29"></a><span class="title-a"><i>SONNET DE NUIT</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O croisée ensommeillée,<br /></span> +<span>Dure à mes trente-six morts!<br /></span> +<span>Vitre en diamant, éraillée<br /></span> +<span>Par mes atroces accords!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Herse hérissant rouillée<br /></span> +<span>Tes crocs où je pends et mords!<br /></span> +<span>Oubliette verrouillée<br /></span> +<span>Qui me renferme ... dehors!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pour Toi, Bourreau que j'encense,<br /></span> +<span>L'amour n'est donc que vengeance?...<br /></span> +<span>Ton balcon: gril à braiser?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ton col: collier de garotte?...<br /></span> +<span>Eh bien! ouvre, Iscariote,<br /></span> +<span>Ton judas pour un baiser!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p30" id="p30"></a><span class="title-a"><i>GUITARE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je sais rouler une amourette<br /></span> +<span class="i3">En cigarette,<br /></span> +<span>Je sais rouler l'or et les plats!<br /></span> +<span>Et les filles dans de beaux draps!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ne crains pas de longueurs fidèles:<br /></span> +<span>Pour mûles mes pieds ont des ailes;<br /></span> +<span>Voleur de nuit, hibou d'amour,<br /></span> +<span class="i3">M'envole au jour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Connais-tu Psyché?—Non?—Mercure?...<br /></span> +<span>Cendrillon et son aventure?<br /></span> +<span>—Non?—... Eh bien! tout cela, c'est moi:<br /></span> +<span class="i3">Nul ne me voit.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et je te laisserais bien fraîche<br /></span> +<span>Comme un petit Jésus en crèche,<br /></span> +<span>Avant le rayon indiscret....<br /></span> +<span class="i3">—Je suis si laid!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je sais flamber en cigarette,<br /></span> +<span class="i3">Une amourette!<br /></span> +<span>Chiffonner et flamber les draps,<br /></span> +<span>Mettre les filles dans les plats!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p31" id="p31"></a><span class="title-a"><i>RESCOUSSE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si ma guitare<br /></span> +<span>Que je répare,<br /></span> +<span>Trois fois barbare:<br /></span> +<span><i>Kriss</i> Indien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Cric de supplice,<br /></span> +<span>Bois de justice,<br /></span> +<span>Boîte à malice,<br /></span> +<span>Ne fait pas bien....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si ma voix pire<br /></span> +<span>Ne peut te dire<br /></span> +<span>Mon doux martyre....<br /></span> +<span>—Métier de chien!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si mon cigare,<br /></span> +<span>Viatique et phare,<br /></span> +<span>Point ne t'égare;<br /></span> +<span>—Feu de brûler....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si ma menace,<br /></span> +<span>Trombe qui passe,<br /></span> +<span>Manque de grâce;<br /></span> +<span>—Muet de hurler....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si de mon âme<br /></span> +<span>La mer en flamme<br /></span> +<span>N'a pas de lame;<br /></span> +<span>—Cuit de geler....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vais m'en aller!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p32" id="p32"></a><span class="title-a"><i>TOIT</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tiens non! J'attendrai tranquille,<br /></span> +<span class="i2">Planté sous le toit,<br /></span> +<span>Qu'il me tombe quelque tuile,<br /></span> +<span class="i2">Souvenir de Toi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai tondu l'herbe, je lèche<br /></span> +<span class="i2">La pierre,—altéré<br /></span> +<span>Comme <i>la Colique-sèche</i><br /></span> +<span class="i2"><i>De Miserere</i>!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je crèverai—Dieu me damne!—<br /></span> +<span>Ton tympan ou la peau d'âne<br /></span> +<span class="i2">De mon bon tambour!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans ton boîtier, ô Fenêtre!<br /></span> +<span>Calme et pure, gît peut-être....<br /></span> +<span class="i2">...........................<br /></span> +<span class="i2">Un vieux monsieur sourd!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p33" id="p33"></a><span class="title-a"><i>LITANIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Non ... Mon coeur te sent là, Petite,<br /></span> +<span>Qui dors pour me laisser plus vite<br /></span> +<span>Passer ma nuit, si longue encor,<br /></span> +<span>Sur le pavé comme un rat mort....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dors. La berceuse litanie<br /></span> +<span>Sérénade jamais finie<br /></span> +<span>Sur Ta lèvre reste poser<br /></span> +<span>Comme une haleine de baiser:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—«Nénuphar du ciel! Blanche Etoile!<br /></span> +<span>Tour ivoirine! Nef sans voile!<br /></span> +<span><i>Vesper, amoris Aurora</i>!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ah!je sais les répons mystiques,<br /></span> +<span>Pour le cantique des cantiques<br /></span> +<span>Qu'on chante ... au Diable, Senora!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p34" id="p34"></a><span class="title-a"><i>CHAPELLET</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A moi, grand chapelet! pour égrener mes plaintes,<br /></span> +<span>Avec tous les AVE de Sa <i>Perfeccion</i>,<br /></span> +<span>Son nom et tous les noms de ses Fêtes et Saintes ...<br /></span> +<span>Du Mardi-gras jusqu'à la <i>Circoncicion</i>:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Navaja-Dolorès-y-Crucificcion!</i>....<br /></span> +<span>—Le Christ avait au moins son éponge d'absinthe....—<br /></span> +<span>Quand donc arriverai-je à ton <i>Ascencion</i>!...<br /></span> +<span>—Isaac Laquedem, prête-moi ta complainte.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>O Todas-las-Santas!</i> Tes vitres sont pareilles,<br /></span> +<span><i>Secundum ordinem</i>, à ces fonds de bouteilles<br /></span> +<span>Qu'on casse à coups de trique à la <i>Quasimodo</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mais, ô <i>Quasimodo</i>, tu ne viens pas encore;<br /></span> +<span>Pour casse-tête, hélas! je n'ai que ma mandore....<br /></span> +<span>—<i>Se habla espanol: Paraque ... raquando</i>?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p35" id="p35"></a><span class="title-a"><i>ELIZIR D'AMOR</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu ne me veux pas en rêve,<br /></span> +<span>Tu m'auras en cauchemar!<br /></span> +<span>T'écorchant au vif, sans trêve,<br /></span> +<span>—Pour moi ... pour l'amour de l'art.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ouvre: je passerai vite,<br /></span> +<span>Les nuits sont courtes, l'été....<br /></span> +<span>Mais ma musique est maudite,<br /></span> +<span>Maudite en l'éternité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'assourdirai les recluses,<br /></span> +<span>Éreintant à coups de pieux,<br /></span> +<span>Les Neuf et les autres Muses....<br /></span> +<span>Et qui n'en iront que mieux!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Répéterai tous mes rôles<br /></span> +<span>Borgnes—et d'aveugle aussi....<br /></span> +<span>D'ordinaire tous ces drôles<br /></span> +<span>Ont assez bon <i>oeil</i> ici:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—A genoux, haut Cavalier,<br /></span> +<span>A pied, traînant ma rapière,<br /></span> +<span>Je baise dans la poussière<br /></span> +<span>Les traces de Ton soulier!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je viens, Pèlerin austère,<br /></span> +<span>Capucin et Troubadour,<br /></span> +<span>Dire mon bout de rosaire<br /></span> +<span>Sur la viole d'amour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Bachelier de Salamanque,<br /></span> +<span>Le plus simple et le dernier....<br /></span> +<span>Ce fonds jamais ne me manque:<br /></span> +<span>—Tout voeux! et pas un denier!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Retapeur de casserolles,<br /></span> +<span>Sale Gitan vagabond,<br /></span> +<span>Je claque des castagnoles<br /></span> +<span>Et chatouille le jambon....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pas-de-loup, loup sur la face,<br /></span> +<span>Moi chien-loup maraudeur,<br /></span> +<span>J'erre en offrant de ma race:<br /></span> +<span>—Pur-Don-Juan-du-Commandeur.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Maîtresse peut me connaître,<br /></span> +<span>Chien parmi les chiens perdus:<br /></span> +<span>Abeilard n'est pas mon maître,<br /></span> +<span>Alcibiade non plus!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p36" id="p36"></a><span class="title-a"><i>VÉNERIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O Vénus, dans ta Vénerie,<br /></span> +<span>Limier et piqueur à la fois,<br /></span> +<span>Valet-de-chiens et d'écurie,<br /></span> +<span>J'ai vu l'Hallali, les Abois!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que Diane aussi me sourie!...<br /></span> +<span>A cors, à cris, à pleine voix<br /></span> +<span>Je fais le pied, je fais le bois;<br /></span> +<span>Car on dit que: <i>bête varie</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un pied de biche: Le voici,<br /></span> +<span>Cordon de sonnette sur rue;<br /></span> +<span>—Bois de cerf: de la porte aussi;<br /></span> +<span>—Et puis un pied: un pied-de-grue!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O Fauve après qui j'aboyais,<br /></span> +<span>—Je suis fourbu, qu'on me relaie!—<br /></span> +<span>O Bête! es-tu donc une laie:<br /></span> +<span>...............................................<br /></span> +<span>Bien moins sauvage te croyais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p37" id="p37"></a><span class="title-a"><i>VENDETTA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu ne veux pas de mon âme<br /></span> +<span>Que je jette à tour de bras:<br /></span> +<span>Chère, tu me le payeras!...<br /></span> +<span>Sans rancune—je suis femme!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu ne veux pas de ma peau:<br /></span> +<span>Venimeux comme un jésuite.<br /></span> +<span>Prends garde!... je suis ensuite<br /></span> +<span>Jésuite comme un crapaud,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et plat comme la punaise,<br /></span> +<span>Compagne que j'ai sur moi,<br /></span> +<span>Pure ... mais,—ne te déplaise,—<br /></span> +<span>Je te préférerais, Toi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je suis encor, Ma très-Chère,<br /></span> +<span>Serpent comme le Serpent<br /></span> +<span>Froid, coulant, poisson rampant<br /></span> +<span>Qui fit pécher ta grand'mère....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et tu ne vaux pas, Pécore,<br /></span> +<span>Beaucoup plus qu'elle, je croi....<br /></span> +<span>Vaux-tu ma chanson encore?...<br /></span> +<span>Me vaux-tu seulement moi!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p38" id="p38"></a><span class="title-a"><i>HEURES</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Aumône au malandrin en chasse<br /></span> +<span class="i2">Mauvais oeil à l'oeil assassin!<br /></span> +<span class="i2">Fer contre fer au spadassin!<br /></span> +—Mon âme n'est pas en état de grâce!—<br /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Je suis le fou de Pampelune,<br /></span> +<span class="i2">J'ai peur du rire de la Lune,<br /></span> +<span class="i2">Cafarde, avec son crêpe noir....<br /></span> +Horreur! tout est donc sous un éteignoir.<br /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">J'entends comme un bruit de crécelle....<br /></span> +<span class="i2">C'est la male heure qui m'appelle.<br /></span> +Dans le creux des nuits tombe: un glas ... deux glas<br /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">J'ai compté plus de quatorze heures....<br /></span> +<span class="i2">L'heure est une larme—Tu pleures,<br /></span> +Mon coeur!... Chante encor, va—Ne compte pas.<br /> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p39" id="p39"></a><span class="title-a"><i>CHANSON EN SI</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais noble Faucon,<br /></span> +<span>Tournoierais sur ton balcon....<br /></span> +<span>—Taureau: foncerais ta porte....<br /></span> +<span>—Vampire: te boirais morte....<br /></span> +<span class="i3">Te boirais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Geôlier: lèverais l'écrou....<br /></span> +<span>—Rat: ferais un petit trou....<br /></span> +<span>Si j'étais brise alizée,<br /></span> +<span>Te mouillerais de rosée....<br /></span> +<span class="i3">Roserais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais gros Confesseur,<br /></span> +<span>Te fouaillerais, ô Ma Soeur!<br /></span> +<span>Pour seconde pénitence,<br /></span> +<span>Te dirais ce que je pense....<br /></span> +<span class="i3">Te dirais....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais un maigre Apôtre,<br /></span> +<span>Dirais: «Donnez-vous l'un l'autre,<br /></span> +<span>Pour votre faim apaiser:<br /></span> +<span>Le pain-d'amour: Un baiser.»<br /></span> +<span class="i3">Si j'étais!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais Frère-quêteur,<br /></span> +<span>Quêterais ton petit coeur<br /></span> +<span>Pour Dieu le Fils et le Père,<br /></span> +<span>L'Église leur Sainte Mère....<br /></span> +<span class="i3">Quêterais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais Madone riche,<br /></span> +<span>Jetterais bien, de ma niche,<br /></span> +<span>Un regard, un sou béni<br /></span> +<span>Pour le cantique fini....<br /></span> +<span class="i3">Jetterais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais un vieux bedeau,<br /></span> +<span>Mettrais un cierge au rideau....<br /></span> +<span>D'un goupillon d'eau bénite,<br /></span> +<span>L'éteindrais, la vespre dite,<br /></span> +<span class="i3">L'éteindrais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais roide pendu,<br /></span> +<span>Au ciel serais tout rendu:<br /></span> +<span>Grimperais après ma corde,<br /></span> +<span>Ancre de miséricorde,<br /></span> +<span class="i3">Grimperais!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si j'étais femme.... Eh, la Belle,<br /></span> +<span>Te ferais ma Colombelle....<br /></span> +<span>A la porte les galants<br /></span> +<span>Pourraient se percer des flancs....<br /></span> +<span class="i3">Te ferais....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Enfant, si j'étais la duègne<br /></span> +<span>Rossinante qui te peigne,<br /></span> +<span>SENORA, si j'étais Toi....<br /></span> +<span>J'ouvrirais au pauvre Moi.<br /></span> +<span class="i3">—Ouvrirais!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p40" id="p40"></a><span class="title-a"><i>PORTES ET FENÊTRES</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>N'entends-tu pas?—Sang et guitare!—<br /></span> +<span>Réponds!... je damnerai plus fort.<br /></span> +<span>Nulle ne m'a laissé, Barbare,<br /></span> +<span>Aussi longtemps me crier mort!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ni faire autant de purgatoire!...<br /></span> +<span>Tu ne vois ni n'entends mes pas,<br /></span> +<span>Ton oeil est clos, la nuit est noire:<br /></span> +<span>Fais signe—Je ne verrai pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>En enfer j'ai pavé ta rue.<br /></span> +<span>Tous les damnés sont en émoi....<br /></span> +<span>Trop incomparable Inconnue!<br /></span> +<span>Si tu n'es pas là ... préviens-moi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A damner je n'ai plus d'alcades,<br /></span> +<span>Je n'ai fait que me damner moi,<br /></span> +<span>En serinant mes sérénades....<br /></span> +<span>—Il ne reste à damner que Toi!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p41" id="p41"></a><span class="title-a"><i>GRAND OPÉRA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span> </span> +<span>I<sup>er</sup> ACTE (<i>Vêpres</i>).<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dors sous le tabernacle, ô Figure de cire!<br /></span> +<span class="i2">Triple Châsse vierge et martyre,<br /></span> +<span class="i2">Derrière un verre, tout le plomb,<br /></span> +<span>Et dans les siècles des siècles.... Comme c'est long!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Portes-tu ton coeur d'or sur ta robe lamée,<br /></span> +<span>Ton âme veille-t-elle en la lampe allumée?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">Elle est éteinte<br /></span> +<span class="i6">Cette huile sainte....<br /></span> +<span class="i6">Il est éteint<br /></span> +<span class="i6">Le sacristain!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'orgue sacré, ses flots et ses bruits de rafale<br /></span> +<span>Sous les voûtes, font-ils frissonner ton front pâle?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans ton éternité sais-tu la barbarie<br /></span> +<span>De mon orgue infernal, <i>orgue de Barbarie</i>?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Du prêtre, sous l'autel, n'ouïs-tu pas les pas<br /></span> +<span>Et le mot qu'à l'Hostie il murmure tout bas?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Et bien! moi j'attendrai que sur ton oreiller,<br /></span> +<span>La trompette de Dieu vienne te réveiller!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>.......................................................................<br /></span> +<span>Chasse, ne sais-tu pas qu'en passant ta chapelle,<br /></span> +<span class="i3">De par le Pape, tout fidèle,<br /></span> +<span>Évêque, publicain ou lépreux, a le droit<br /></span> +<span>De t'entr'ouvrir sa plaie et d'en toucher ton doigt?...<br /></span> +<span class="i3">A Saint-Jacques de Compostelle<br /></span> +<span>J'en ai bien fait autant pour un bout de chandelle.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A ce prix-là je dois baiser la blanche hostie<br /></span> +<span>Qui scelle, sur ta bouche en or, ta chasteté<br /></span> +<span class="i3">Close en odeur de sainteté<br /></span> +<span class="i3">............................................<br /></span> +<span class="i3">Cordieu! Madame est donc sortie?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span> </span> +<span>II<sup>e</sup> ACTE (<i>Sabbat</i>).<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je suis un bon ange, ô bel Ange!<br /></span> +<span>Pour te couvrir, doux gardien....<br /></span> +<span>La terre maudite me tient.<br /></span> +<span>Ma plume a trempé dans la fange....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ha! je ne bats plus que d'une aile!...<br /></span> +<span>Prions ... l'esprit du Diable est prompt....<br /></span> +<span>—Ah! si j'étais lui, de quel bond<br /></span> +<span>Je serais sur toi, la Donzelle!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Ma blanche couronne à ma tête<br /></span> +<span>Déjà s'effeuille; la tempête<br /></span> +<span>Dans mes mains a brisé mon lys....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Par Belzébuth! contre la borne<br /></span> +<span>Je viens de me rompre la corne!<br /></span> +<span>................................................<br /></span> +<span>Comme les trucs sont démolis!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span> </span> +<span>III<sup>e</sup> ACTE (<i>Sereno</i>).<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">Hola!... je vois poindre un fanal oblique<br /></span> +<span class="i3">—Flamberge au vent, joli Muguet!<br /></span> +<span class="i3"><i>Sangre Dios</i>! rossons le guet!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">Un bonhomme mélancolique<br /></span> +<span>Chante:—Bonsoir Senor, Senor Caballero,<br /></span> +<span class="i3">Sereno....—Sereno toi-même!<br /></span> +<span class="i3">—Minuit: second jour de carême,<br /></span> +<span class="i3">Prêtez-moi donc un cigaro....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3"><i>Gracia</i>! la Vierge vous garde!<br /></span> +<span>—La Vierge?... grand merci, vieux! Je sens la moutarde!...<br /></span> +<span>—Par Saint-Joseph! Senor, que faites-vous ici?—<br /></span> +<span class="i3">—Mais ... pas grand'chose et toi, merci.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—C'est pour votre plaisir?...—Je damne les alcades<br /></span> +<span class="i3">De Tolose au Guadalété!<br /></span> +<span>—Il est un violon, là-bas sous les arcades....<br /></span> +<span class="i3">—Ça: n'as-tu jamais arrêté<br /></span> +<span class="i3">Musset ... musset pour sérénade?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—<i>Santos</i>!... non, sur la promenade,<br /></span> +<span class="i3">Je n'ai jamais vu de mussets....<br /></span> +<span class="i3">—Son page était en embuscade....<br /></span> +<span>—<i>Ah Carambah!</i> Monsieur est un senor Français<br /></span> +<span class="i3">Qui vient nous la faire à l'aubade?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p42" id="p42"></a><span class="title-a"><i>PIECE A CARREAUX</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ah! si Vous avez à Tolède,<br /></span> +<span class="i3">Un vitrier<br /></span> +<span>Qui vous forge un vitrail plus raide<br /></span> +<span class="i3">Qu'un bouclier!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A Tolède j'irai ma flamme<br /></span> +<span class="i3">Souffler, ce soir;<br /></span> +<span>A Tolède tremper la lame<br /></span> +<span class="i3">De mon rasoir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si cela ne vous amadoue:<br /></span> +<span class="i3">Vais aiguiser,<br /></span> +<span>Contre tous les cuirs de Cordoue,<br /></span> +<span class="i3">Mon dur baiser:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Donc—A qui rompra: votre oreille,<br /></span> +<span class="i3">Ou bien mes vers!<br /></span> +<span>Ma corde-à-boyaux sans pareille,<br /></span> +<span class="i3">Ou bien vos nerfs?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—A qui fendra: ma castagnette,<br /></span> +<span class="i3">Ou bien vos dents....<br /></span> +<span>L'Idole en grès, ou le Squelette<br /></span> +<span class="i3">Aux yeux dardants!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—A qui fondra: vous ou mes cierges,<br /></span> +<span class="i3">O plombs croisés!...<br /></span> +<span>En serez-vous beaucoup plus vierges,<br /></span> +<span class="i3">Carreaux cassés?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et Vous qui faites la cornue,<br /></span> +<span class="i3">Ange là-bas!...<br /></span> +<span>En serez-vous un peu moins nue,<br /></span> +<span class="i3">Les habits bas?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ouvre! fenêtre à guillotine:<br /></span> +<span class="i3">C'est le bourreau!<br /></span> +<span>—Ouvre donc porte de cuisine!<br /></span> +<span class="i3">C'est Figaro.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Je soupire, en vache espagnole,<br /></span> +<span class="i3">Ton numéro<br /></span> +<span>Qui n'est, en français, Vierge molle!<br /></span> +<span class="i3">Qu'un grand ZÉRO.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11"><i>Cadix—Mai</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>RACCROCS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p43" id="p43"></a><span class="title-a"><i>LAISSER-COURRE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Musique de</i>: ISAAC LAQUEDEM.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé la potence<br /></span> +<span>Après tous les pendus,<br /></span> +<span>Andouilles de naissance,<br /></span> +<span>Maigres fruits défendus;<br /></span> +<span>Les plumes aux canards<br /></span> +<span>Et la queue aux renards....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Au Diable aussi sa queue<br /></span> +<span>Et ses cornes aussi,<br /></span> +<span>Au ciel sa chose bleue<br /></span> +<span>Et la Planète—ici—<br /></span> +<span>Et puis tout: n'importe où<br /></span> +<span>Dans le désert au clou.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé dans l'Espagne<br /></span> +<span>Le reste et mon château;<br /></span> +<span>Ailleurs, à la campagne,<br /></span> +<span>Ma tête et son chapeau;<br /></span> +<span>J'ai laissé mes souliers<br /></span> +<span>Sirènes, à vos pieds!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé par les mondes,<br /></span> +<span>Parmi tous les frisons<br /></span> +<span>Des chauves, brunes, blondes<br /></span> +<span>Et rousses ... mes toisons.<br /></span> +<span>Mon épée aux vaincus,<br /></span> +<span>Ma maîtresse aux cocus....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Aux portes les portières,<br /></span> +<span>La portière au portier,<br /></span> +<span>Le bouton aux rosières,<br /></span> +<span>Les roses au rosier,<br /></span> +<span>A l'huys les huissiers,<br /></span> +<span>Créance aux créanciers....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans mes veines ma veine,<br /></span> +<span>Mon rayon au soleil,<br /></span> +<span>Ma dégaîne en sa gaîne,<br /></span> +<span>Mon lézard au sommeil;<br /></span> +<span>J'ai laissé mes amours<br /></span> +<span>Dans les tours, dans les fours....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et ma cotte de maille<br /></span> +<span>Aux artichauts de fer<br /></span> +<span>Qui sont à la muraille<br /></span> +<span>Des Jardins de l'Enfer;<br /></span> +<span>Après chaque oripeau<br /></span> +<span>J'ai laissé de ma peau.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé toute chose<br /></span> +<span>Me retirer du nez<br /></span> +<span>Des vers, en vers, en prose....<br /></span> +<span>Aux bornes, les bornés;<br /></span> +<span>A tous les jeux partout,<br /></span> +<span>Des rois et de l'atout.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé la police<br /></span> +<span>Captive en liberté,<br /></span> +<span>J'ai laissé La Palisse<br /></span> +<span>Dire la vérité....<br /></span> +<span>Laissé courre le sort<br /></span> +<span>Et ce qui court encor.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé l'Espérance,<br /></span> +<span>Vieillissant doucement,<br /></span> +<span>Retomber en enfance,<br /></span> +<span>Vierge folle sans dent.<br /></span> +<span>J'ai laissé tous les Dieux,<br /></span> +<span>J'ai laissé pire et mieux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'ai laissé bien tranquilles<br /></span> +<span>Ceux qui ne l'étaient pas,<br /></span> +<span>Aux pattes imbéciles<br /></span> +<span>J'ai laissé tous les plats;<br /></span> +<span>Aux poètes la foi....<br /></span> +<span>Puis me suis laissé moi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sous le temps, sans égides<br /></span> +<span>M'a mal mené fort bien<br /></span> +<span>La vie à grandes guides....<br /></span> +<span>Au bout des guides—rien—<br /></span> +<span>... Laissé, blasé, passé,<br /></span> +<span>Rien ne m'a rien laissé....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p44" id="p44"></a><span class="title-a"><i>A MA JUMENT SOURIS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pas d'éperon ni de cravache,<br /></span> +<span>N'est-ce pas, Maîtresse à poil gris....<br /></span> +<span>C'est bon à pousser une vache,<br /></span> +<span>Pas une petite Souris.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pas de mors à ta pauvre bouche:<br /></span> +<span>Je t'aime, et ma cuisse te touche.<br /></span> +<span>Pas de selle, pas d'étrier:<br /></span> +<span>J'agace, du bout de ma botte,<br /></span> +<span>Ta patte d'acier fin qui trotte.<br /></span> +<span>Va: je ne suis pas cavalier....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Hurrah! c'est à nous la poussière!<br /></span> +<span>J'ai la tête dans ta crinière,<br /></span> +<span>Mes deux bras te font un collier.<br /></span> +<span>—Hurrah! c'est à nous le hallier!<br /></span> +<span>—Hurrah! c'est à nous la barrière!<br /></span> +<span>—Je suis emballé: tu me tiens—<br /></span> +<span>Hurrah!... et le fossé derrière....<br /></span> +<span>Et la culbute!...—Femme tiens!!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p45" id="p45"></a><span class="title-a"><i>A LA DOUCE AMIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ça: badinons—J'ai ma cravache—<br /></span> +<span>Prends ce mors, bijou d'acier gris;<br /></span> +<span>—Tiens: ta dent joueuse le mâche....<br /></span> +<span>En serrant un peu: tu souris....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Han!... C'est pour te faire la bouche....<br /></span> +<span>—V'lan!... C'est pour chasser une mouche....<br /></span> +<span>Veux-tu sentir te chatouiller<br /></span> +<span>L'éperon, honneur de ma botte?...<br /></span> +<span>—Et la <i>Folle-du-logis</i> trotte....—<br /></span> +<span>Jouons à l'Amour-cavalier!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Porte-beau ta tête altière,<br /></span> +<span>Laisse mes doigts dans ta crinière....<br /></span> +<span>J'aime voir ton beau col ployer!...<br /></span> +<span>Demain: je te donne un collier.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pourquoi regarder en arrière?...<br /></span> +<span>Ce n'est rien: c'est une étrivière....<br /></span> +<span>Une étrivière ... et—je te tiens!<br /></span> +<span>..............................................<br /></span> +<span>Et tu m'as aimé ...—rosse, tiens!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p46" id="p46"></a><span class="title-a"><i>A MON CHIEN POPE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap">—GENTLEMAN-DOG FROM NEW-LAND—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>mort d'une balle</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Toi: ne pas suivre en domestique,<br /></span> +<span>Ni lécher en fille publique!<br /></span> +<span>—Maître-philosophe cynique:<br /></span> +<span>N'être pas traité comme un chien,<br /></span> +<span>Chien! tu le veux—et tu fais bien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Toi: rester toi; ne pas connaître<br /></span> +<span>Ton écuelle ni ton maître.<br /></span> +<span>Ne jamais marcher sur les mains,<br /></span> +<span>Chien!—c'est bon pour les humains.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Pour l'amour—qu'à cela ne tienne<br /></span> +<span>Viole des chiens—Gare la Chienne!<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>Mords—Chien—et nul ne te mordra.<br /></span> +<span>Emporte le morceau—Hurrah!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mais après, ne fais pas la bête;<br /></span> +<span>S'il faut payer—paye—Et fais tête<br /></span> +<span>Aux fouets qu'on te montrera.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pur ton sang! pur ton chic sauvage!<br /></span> +<span class="i3">—Hurler, nager—<br /></span> +<span>Et, si l'on te fait enrager....<br /></span> +<span class="i5">Enrage!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8"><i>Ile de Batz—Octobre</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p47" id="p47"></a><span class="title-a"><i>A JUVÉNAL DE LAIT</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6"><i>Incipe, parve puer, risu cagnoscere</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A grands coups d'avirons de douze pieds, tu rames<br /></span> +<span>En vers ... et contre tout—Hommes, auvergnats, femmes.—<br /></span> +<span>Tu n'as pas vu l'endroit et tu cherches l'envers.<br /></span> +<span>Jeune renard en chasse.... Ils sont trop verts—tes vers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est le <i>vers solitaire</i>.—On le purge.—<i>Ces Dames</i><br /></span> +<span>Sont le remède. Après tu feras de tes nerfs<br /></span> +<span>Des cordes-à-boyau; quand, guitares sans âmes,<br /></span> +<span>Les vers te reviendront déchantés et soufferts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Hystérique à rebours, ta Muse est trop superbe,<br /></span> +<span>Petit cochon de lait, qui n'as goûté qu'en herbe,<br /></span> +<span>L'acre saveur du fruit encore défendu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Plus tard, tu colleras sur papier tes pensées,<br /></span> +<span>Fleurs d'herboriste, mais, autrefois ramassées....<br /></span> +<span>Quand il faisait beau temps au paradis perdu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p48" id="p48"></a><span class="title-a"><i>A UNE DEMOISELLE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Pour Piano et Chant</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La dent de ton Erard, râtelier osanore,<br /></span> +<span>Et scie et broie à crû, sous son tic-tac nerveux,<br /></span> +<span>La gamme de tes dents, autre clavier sonore....<br /></span> +<span>Touches qui ne vont pas aux cordes des cheveux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Cauchemar de meunier, ta: <i>Rêverie agile!</i><br /></span> +<span>—Grattage, ton: <i>Premier amour à quatre mains!</i><br /></span> +<span>O femme transposée en <i>Morceau difficile</i>,<br /></span> +<span>Tes croches sans douleur n'ont pas d'accents humains!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Déchiffre au clavecin cet accord de ma lyre;<br /></span> +<span>Télégraphe à musique, il pourra le traduire:<br /></span> +<span>Cri d'os, dur, sec, qui plaque et casse—Plangorer....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Jamais!—La <i>clef-de-Sol</i> n'est pas la clef de l'âme,<br /></span> +<span>La <i>clef-de-Fa</i> n'est pas la syllabe de <i>Femme</i>,<br /></span> +<span>Et deux <i>demi-soupirs</i> ... ce n'est pas soupirer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p49" id="p49"></a><span class="title-a"><i>DÉCOURAGEUX</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ce fut un vrai poète: Il n'avait pas de chant.<br /></span> +<span>Mort, il aimait le jour et dédaigna de geindre.<br /></span> +<span>Peintre: il aimait son art—Il oublia de peindre....<br /></span> +<span>Il voyait trop—Et voir est un aveuglement.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Songe-creux: bien profond il resta dans son rêve;<br /></span> +<span>Sans lui donner la forme en baudruche qui crève,<br /></span> +<span>Sans <i>ouvrir le bonhomme</i>, et se chercher dedans.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Par héros de roman: il adorait la brune,<br /></span> +<span>Sans voir s'elle était blonde.... Il adorait la lune;<br /></span> +<span>Mais il n'aima jamais—Il n'avait pas le temps.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Chercheur infatigable: Ici-bas où l'on rame,<br /></span> +<span>Il regardait ramer, du haut de sa grande âme.<br /></span> +<span>Fatigué de pitié pour ceux qui ramaient bien....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mineur de la pensée: il touchait son front blême,<br /></span> +<span>Pour gratter un bouton ou gratter le problème<br /></span> +<span class="i4">Qui travaillait là—Faire rien.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Il parlait: «Oui, la Muse est stérile! elle est fille<br /></span> +<span>D'amour, d'oisiveté, de prostitution;<br /></span> +<span>Ne la déformez pas en ventre de famille<br /></span> +<span>Que couvre un étalon pour la production!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«O vous tous qui gâchez, maçons de la pensée!<br /></span> +<span>Vous tous que son caprice a touchés en amants,<br /></span> +<span>—Vanité, vanité—La folle nuit passée,<br /></span> +<span>Vous l'affichez <i>en charge</i> aux yeux ronds des manants!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>«Elle vous effleurait, vous, comme chats qu'on noie,<br /></span> +<span>Vous avez accroché son aile ou son réseau,<br /></span> +<span>Fiers d'avoir dans vos mains un bout de plume d'oie,<br /></span> +<span>Ou des poils à gratter, en façon de pinceau!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Il disait: «O naïf Océan! O fleurettes,<br /></span> +<span>Ne sommes-nous pas là, sans peintres, ni poètes!...<br /></span> +<span>Quel vitrier a peint! quel aveugle a chanté!...<br /></span> +<span>Et quel vitrier chante en raclant sa palette,<br /></span> +<span>Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette!<br /></span> +<span>—Est-ce l'art?...»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Lui resta dans le Sublime Bête<br /></span> +<span>Noyer son orgueil vide et sa virginité.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">(<i>Méditerranée</i>).<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p50" id="p50"></a><span class="title-a"><i>RAPSODIE DU SOURD</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>A Madame D——</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'homme de l'art lui dit:—Fort bien, restons-en là.<br /></span> +<span>Le traitement est fait: vous êtes sourd. Voilà<br /></span> +<span>Comme quoi vous avez l'organe bien perdu.—<br /></span> +<span>Et lui comprit trop bien, n'ayant pas entendu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Eh bien, merci Monsieur, vous qui daignez me rendre<br /></span> +<span class="i3">La tête comme un bon cercueil.<br /></span> +<span>Désormais, à crédit, je pourrai tout entendre<br /></span> +<span class="i3">Avec un légitime orgueil....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>A l'oeil</i>—Mais gare à l'oeil jaloux, gardant la place<br /></span> +<span>De l'oreille au clou!...—Non—A quoi sert de braver:<br /></span> +<span>... Si j'ai sifflé trop haut le ridicule en face,<br /></span> +<span>En face, et bassement, il pourra me baver!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Moi, mannequin muet, à fil banal!—Demain,<br /></span> +<span>Dans la rue, un ami peut me prendre la main,<br /></span> +<span>En me disant: vieux pot ..., ou rien, en radouci;<br /></span> +<span>Et je lui répondrai—Pas mal et vous, merci!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Si l'un me corne un mot, j'enrage de l'entendre;<br /></span> +<span>Si quelqu'autre se tait: serait-ce par pitié?...<br /></span> +<span>Toujours, comme un <i>rébus</i>, je travaille à surprendre<br /></span> +<span>Un mot de travers....—Non—On m'a donc oublié!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ou bien—autre guitare—un officieux être<br /></span> +<span>Dont la lippe me fait le mouvement de paître,<br /></span> +<span>Croit me parler.... Et moi je tire, en me rongeant.<br /></span> +<span>Un sourire idiot—d'un air intelligent!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Bonnet de laine grise enfoncé sur mon âme!<br /></span> +<span>Et—coup de pied de l'âne.... Hue!—Une bonne-femme<br /></span> +<span>Vieille Limonadière, aussi, de la Passion!<br /></span> +<span>Peut venir saliver sa sainte compassion<br /></span> +<span>Dans ma <i>trompe-d'Eustache</i>, à pleins cris, à plein cor,<br /></span> +<span>Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Bête comme une vierge et fier comme un lépreux,<br /></span> +<span>Je suis là, mais absent.... On dit: Est-ce un gâteux,<br /></span> +<span>Poète muselé, hérisson à rebour?...—<br /></span> +<span>Un haussement d'épaule, et ça veut dire: un sourd.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Hystérique tourment d'un Tantale acoustique!<br /></span> +<span>Je vois voler des mots que je ne puis happer;<br /></span> +<span>Gobe-mouche impuissant, mangé par un moustique,<br /></span> +<span>Tête-de-turc gratis où chacun peut taper.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O musique céleste: entendre, sur du plâtre,<br /></span> +<span>Gratter un coquillage! un rasoir, un couteau<br /></span> +<span>Grinçant dans un bouchon!... un couplet de théâtre!<br /></span> +<span>Un os vivant qu'on scie! un monsieur! un rondeau!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Rien—Je parle sous moi.... Des mots qu'à l'air je jette<br /></span> +<span><i>De chic</i>, et sans savoir si je parle en indou....<br /></span> +<span>Ou peut-être en canard, comme la clarinette<br /></span> +<span>D'un aveugle bouché qui se trompe de trou.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Va donc, balancier soûl affolé dans ma tête!<br /></span> +<span>Bats en branle ce bon tam-tam, chaudron fêlé<br /></span> +<span>Qui rend la voix de femme ainsi qu'une sonnette,<br /></span> +<span>Qu'un coucou!... quelquefois: un moucheron ailé....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Va te coucher, mon coeur! et ne bats plus de l'aile.<br /></span> +<span>Dans la lanterne sourde étouffons la chandelle,<br /></span> +<span>Et tout ce qui vibrait là—je ne sais plus où—<br /></span> +<span>Oubliette où l'on vient de tirer le verrou.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Soyez muette pour moi, contemplative Idole,<br /></span> +<span>Tous les deux, l'un par l'autre, oubliant la parole,<br /></span> +<span>Vous ne me direz mot: je ne répondrai rien....<br /></span> +<span>Et rien ne pourra dédorer l'entretien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Le silence est d'or</i> (Saint Jean Chrysostome)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p51" id="p51"></a><span class="title-a"><i>FRÈRE ET SOEUR JUMEAUX</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils étaient tous deux seuls, oubliés là par l'âge....<br /></span> +<span>Ils promenaient toujours tous les deux, à longs pas,<br /></span> +<span>Obliquant de travers, l'air piteux et sauvage....<br /></span> +<span>Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils allaient devant eux essuyant les risées,<br /></span> +<span>—Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec—<br /></span> +<span>Serrés l'un contre l'autre et roides, sans pensées....<br /></span> +<span>Eh bien, je les aimais—leur parapluie avec!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes:<br /></span> +<span>La Soeur à la <i>popotte</i>, et l'Autre sous les armes;<br /></span> +<span>Ils gardaient l'uniforme encor—veuf de galon:<br /></span> +<span>Elle avait la barbiche, et lui le pantalon.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un Dimanche de Mai que tout avait une âme,<br /></span> +<span>Depuis le champignon jusqu'au paradis bleu,<br /></span> +<span>Je flânais aux bois, seul—à deux aussi: la femme<br /></span> +<span>Que j'aimais comme l'air ... m'en doutant assez peu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Soudain, au coin d'un champ, sous l'ombre verdoyante<br /></span> +<span>Du parapluie éclos, nichés dans un fossé,<br /></span> +<span>Mes Vieux Jumeaux, tous deux, à l'aube souriante,<br /></span> +<span>Souriaient rayonnants ... quand nous avons passé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Contre un arbre, le vieux jouait de la musette,<br /></span> +<span>Comme un sourd aveugle, et sa soeur dans un sillon,<br /></span> +<span>Grelottant au soleil, écoutait un grillon<br /></span> +<span>Et remerciait Dieu de son beau jour de fête.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Avez-vous remarqué l'humaine créature<br /></span> +<span>Qui végète loin du vulgaire intelligent,<br /></span> +<span>Et dont l'âme d'instinct, au trait de la figure,<br /></span> +<span>Se lit....—N'avez-vous pas aimé de chien couchant?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils avaient de cela—De retour dans l'enfance,<br /></span> +<span>Tenant chaud l'un à l'autre, ils attendaient le jour<br /></span> +<span>Ensemble pour la mort comme pour la naissance....<br /></span> +<span>—Et je les regardais en pensant à l'amour....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mais l'Amour que j'avais près de moi voulut rire;<br /></span> +<span>Et moi, pauvre honteux de mon émotion,<br /></span> +<span>J'eus le coeur de crier au vieux duo: Tityre!—<br /></span> +<span>.....................................................................<br /></span> +<span>Et j'ai fait ces vieux vers en expiation.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p52" id="p52"></a><span class="title-a"><i>LITANIE DU SOMMEIL</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">«J'ai scié le sommeil!»<br /></span> +<span class="smcap"> + + + + (MACBETH.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vous qui ronflez au coin d'une épouse endormie,<br /></span> +<span>RUMINANT! savez-vous ce soupir: L'INSOMNIE?<br /></span> +<span>—Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé,<br /></span> +<span>Papillon de minuit dans la nuit envolé,<br /></span> +<span>Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil,<br /></span> +<span>Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans oeil:<br /></span> +<span>—Avez-vous navigué?... La pensée est la houle<br /></span> +<span>Ressassant le galet: ma tête ... votre boule.<br /></span> +<span>—Vous êtes-vous laissé voyager en ballon?<br /></span> +<span>—Non?—bien, c'est l'insomnie.—Un grand coup de talon<br /></span> +<span>Là!—Vous voyez cligner des chandelles étranges:<br /></span> +<span>Une femme, une Gloire en soleil, des archanges....<br /></span> +<span>Et, la nuit s'éteignant dans le jour à demi,<br /></span> +<span>Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sommeil! écoute-moi: je parlerai bien bas:<br /></span> +<span>Sommeil—Ciel-de-lit de ceux qui n'en ont pas!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes,<br /></span> +<span>Et qui t'assieds sur les casques-à-mèche honnêtes!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Oreiller blanc des vierges assez bêtes!<br /></span> +<span>Et Soupape à secret des vierges assez faites!<br /></span> +<span>—Moelleux Matelas de l'échine en arête!<br /></span> +<span>Sac noir où les chassés s'en vont cacher leur tête!<br /></span> +<span>Rôdeur de boulevard extérieur! Proxénète!<br /></span> +<span>Pays où le muet se réveille prophète!<br /></span> +<span>Césure du vers long, et Rime du poète!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL!—Loup-Garou gris! Sommeil Noir de fumée!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Loup de velours, de dentelle embaumée!<br /></span> +<span>Baiser de l'Inconnue, et Baiser de l'Aimée!<br /></span> +<span>—SOMMEIL! Voleur de nuit! Folle-brise pâmée!<br /></span> +<span>Parfum qui monte au ciel des tombes parfumées!<br /></span> +<span><i>Carrosse à Cendrillon</i> ramassant <i>les Traînées!</i><br /></span> +<span>Obscène Confesseur des dévotes mort-nées!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Toi qui viens, comme un chien, lécher la vieille plaie<br /></span> +<span>Du martyr que la mort tiraille sur sa claie!<br /></span> +<span>O Sourire forcé de la crise tuée!<br /></span> +<span>SOMMEIL Brise alizée! Aurorale buée!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Trop-plein de l'existence, et Torchon neuf qu'on passe<br /></span> +<span>Au CAFÉ DE LA VIE, à chaque assiette grasse!<br /></span> +<span>Grain d'ennui qui nous pleut de l'ennui des espaces!<br /></span> +<span>Chose qui court encor, sans sillage et sans traces!<br /></span> +<span>Pont-levis des fossés! Passage des impasses!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL!—Caméléon tout pailleté d'étoiles!<br /></span> +<span>Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles!<br /></span> +<span>Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Triste Araignée, étends sur moi ta toile!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL auréolé! féerique Apothéose,<br /></span> +<span>Exaltant le grabat du déclassé qui pose!<br /></span> +<span>Patient Auditeur de l'incompris qui cause!<br /></span> +<span>Refuge du pêcheur, de l'innocent qui n'ose!<br /></span> +<span>Domino! Diables-bleus! Ange-gardien rose!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes!<br /></span> +<span>Réveil des échos morts et des choses profondes,<br /></span> +<span>—Journal du soir: TEMPS, SIÈCLE et REVUE DES DEUX MONDES!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Fontaine de Jouvence et Borne de l'envie!<br /></span> +<span>—Toi qui viens assouvir la faim inassouvie!<br /></span> +<span>Toi qui viens délier la pauvre âme ravie,<br /></span> +<span>Pour la noyer d'air pur au large de la vie!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Toi qui, le rideau bas, viens lâcher la ficelle<br /></span> +<span>Du Chat, du Commissaire, et de Polichinelle,<br /></span> +<span>Du violoncelliste et de son violoncelle,<br /></span> +<span>Et la lyre de ceux dont la Muse est pucelle!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Grand Dieu, Maître de tout! Maître de ma Maîtresse<br /></span> +<span>Qui me trompe avec toi—l'amoureuse Paresse—<br /></span> +<span>O bain de voluptés! Éventail de caresse!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL! Honnêteté des voleurs! Clair de lune<br /></span> +<span>Des yeux crevés!—SOMMEIL! Roulette de fortune<br /></span> +<span>De tout infortuné! Balayeur de rancune!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O corde-de-pendu de la Planète lourde!<br /></span> +<span>Accord éolien hantant l'oreille sourde!<br /></span> +<span>—Beau Conteur à dormir debout: conte ta bourde?...<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Foyer de ceux dont morte est la falourde!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL—Foyer de ceux dont la falourde est morte!<br /></span> +<span>Passe-partout de ceux qui sont mis à la porte!<br /></span> +<span>Face-de-bois pour les créanciers et leur sorte!<br /></span> +<span>Paravent du mari contre la femme-forte!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Surface des profonds! Profondeur des jocrisses!<br /></span> +<span>Nourrice du soldat et Soldat des nourrices!<br /></span> +<span>Paix des juges-de-paix! Police des polices!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Belle-de-nuit entrouvrant son calice!<br /></span> +<span>Larve, Ver-luisant et nocturne Cilice!<br /></span> +<span>Puits de vérité de monsieur la Palisse!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Soupirail d'en haut! Rais de poussière impalpable,<br /></span> +<span>Qui viens rayer du jour la lanterne implacable!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Sommeil—Écoute-moi, je parlerai bien bas:<br /></span> +<span>Crépuscule flottant de <i>l'Être ou n'Être pas!</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sombre lucidité! Clair-obscur! Souvenir<br /></span> +<span>De l'Inouï! Marée! Horizon! Avenir!<br /></span> +<span>Conte des <i>Mille-et-une-nuits</i> doux à ouïr!<br /></span> +<span>Lampiste d'<i>Aladin</i> qui sais nous éblouir!<br /></span> +<span>Eunuque noir! muet blanc! Derviche! Djinn! Fakir!<br /></span> +<span>Conte de Fée où <i>le Roi</i> se laisse assoupir!<br /></span> +<span>Forêt-vierge où <i>Peau-d'Ane</i> en pleurs va s'accroupir!<br /></span> +<span>Garde-manger où l'Ogre encor va s'assouvir!<br /></span> +<span>Tourelle où <i>ma soeur Anne</i> allait voir rien venir!<br /></span> +<span>Tour où <i>dame Malbrouck</i> voyait page courir....<br /></span> +<span>Où <i>Femme Barbe-Bleue</i> oyait l'heure mourir!...<br /></span> +<span>Où <i>Belle au-Bois-Dormant</i> dormait dans un soupir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Cuirasse du petit! Camisole du fort!<br /></span> +<span>Lampion des éteints! Éteignoir du remord!<br /></span> +<span>Conscience du juste, et du pochard qui dort!<br /></span> +<span>Contre-poids des poids faux de l'épicier de Sort!<br /></span> +<span>Portrait enluminé de la livide Mort!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Grand fleuve où Cupidon va retremper ses dards<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Corne de Diane, et corne du cornard!<br /></span> +<span>Couveur de magistrats et Couveur de lézards!<br /></span> +<span>Marmite d'<i>Arlequin</i>!—bout de cuir, lard, homard—<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Noce de ceux qui sont dans les beaux-arts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Boulet des forcenés, Liberté des captifs!<br /></span> +<span>Sabbat du somnambule et Relai des poussifs!—<br /></span> +<span>SOMME! Actif du passif et Passif de l'actif!<br /></span> +<span>Pavillon de <i>la Folle</i> et <i>Folle</i> du poncif!...<br /></span> +<span>—O viens changer de patte au cormoran pensif!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O brun Amant de l'Ombre! Amant honteux du jour!<br /></span> +<span>Bal de nuit où Psyché veut démasquer l'Amour!<br /></span> +<span>Grosse Nudité du chanoine en jupon court!<br /></span> +<span>Panier-à-salade idéal! Banal four!<br /></span> +<span>Omnibus où, dans l'Orbe, on fait pour rien un tour<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sommeil! Drame hagard! Sommeil, molle Langueur!<br /></span> +<span>Bouche d'or du silence et Bâillon du blagueur!<br /></span> +<span>Berceuse des vaincus! Perchoir des coqs vainqueurs!<br /></span> +<span>Alinéa du livre où dorment les longueurs!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Du jeune homme rêveur Singulier Féminin!<br /></span> +<span>De la femme rêvant pluriel masculin!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL!—Râtelier du Pégase fringant!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Petite pluie abattant l'ouragan!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Dédale vague où vient le revenant!<br /></span> +<span>SOMMEIL!—Long corridor où plangore le vent!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Néant du fainéant! Lazzarone infini!<br /></span> +<span>Aurore boréale au sein du jour terni!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sommeil!—Autant de pris sur notre éternité!<br /></span> +<span>Tour du cadran <i>à blanc!</i> Clou du Mont-de-Piété!<br /></span> +<span>Héritage en Espagne à tout déshérité!<br /></span> +<span>Coup de rapière dans l'eau du fleuve Léthé!<br /></span> +<span>Génie au nimbe d'or des grands hallucinés<br /></span> +<span>Nid des petits hiboux! Aile des déplumés!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Immense Vache à lait dont nous sommes les veaux!<br /></span> +<span>Arche où le hère et le boa changent de peaux!<br /></span> +<span>Arc-en-ciel miroitant! Faux du vrai! Vrai du faux!<br /></span> +<span>Ivresse que la brute appelle le repos!<br /></span> +<span>Sorcière de Bohême à sayon d'oripeaux!<br /></span> +<span>Tityre sous l'ombrage essayant des pipeaux!<br /></span> +<span>Temps qui porte un chibouck à la place de faux!<br /></span> +<span>Parque qui met un peu d'huile à ses ciseaux!<br /></span> +<span>Parque qui met un peu de chanvre à ses fuseaux!<br /></span> +<span>Chat qui joue avec le peloton d'Atropos!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>SOMMEIL!—Manne de grâce au coeur disgracié!<br /></span> + + +<span>....................................................................<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>LE SOMMEIL S'ÉVEILLANT ME DIT: TU M'AS SCIÉ.<br /></span> +<span>...................................................................................<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Toi qui souffles dessus une épouse enrayée,<br /></span> +<span>RUMINANT! dilatant ta pupille éraillée;<br /></span> +<span>Sais-tu?... Ne sais-tu pas ce soupir—LE RÉVEIL!—<br /></span> +<span>Qui baille au ciel, parmi les crins d'or du soleil<br /></span> +<span>Et les crins fous de ta Déesse ardente et blonde?...<br /></span> +<span>—Non?...—Sais tu le réveil du philosophe immonde<br /></span> +<span>—Le Porc—rognonnant sa prière du matin;<br /></span> +<span>Ou le réveil, extrait-d'âge de la catin?...<br /></span> +<span>As-tu jamais sonné le réveil de la meute;<br /></span> +<span>As-tu jamais senti l'éveil sourd de l'émeute,<br /></span> +<span>Ou le réveil de plomb du malade fini?...<br /></span> +<span>As-tu vu s'étirer l'oeil des Lazzaroni?...<br /></span> +<span>Sais-tu?... ne sais-tu pas le chant de l'alouette?<br /></span> +<span>—Non—Gluants sont tes cils, pâteuse est ta luette.<br /></span> +<span>Ruminant! Tu n'as pas L'INSOMNIE, éveillé;<br /></span> +<span>Tu n'as pas LE SOMMEIL, ô Sac ensommeillé!<br /></span> +<span class="i8">(<i>Lits divers—Une nuit de jour</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p53" id="p53"></a><span class="title-a"><i>IDYLLE COÛPÉE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9"><i>Avril</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est très parisien dans les rues<br /></span> +<span>Quand l'Aurore fait le trottoir,<br /></span> +<span>De voir sortir toutes les Grues<br /></span> +<span>Du violon, ou de leur boudoir....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Chanson pitoyable et gaillarde;<br /></span> +<span>Chiffons fanés papillotants,<br /></span> +<span>Fausse note rauque et criarde<br /></span> +<span>Et petits traits crûs, turlutants:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Velours râtissant la chaussée;<br /></span> +<span>Grande-duchesse mal chaussée,<br /></span> +<span>Cocotte qui court becqueter<br /></span> +<span>Et qui dit bonjour pour chanter....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'aime les voir, tout plein légères,<br /></span> +<span>Et, comme en façon de prières,<br /></span> +<span>Entrer dire.... Bonjour, gros chien—<br /></span> +<span>Au <i>merlan</i>, puis au pharmacien.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'aime les voir, chauves, déteintes,<br /></span> +<span>Vierges de seize à soixante ans,<br /></span> +<span>Rossignoler pas mal d'absinthes,<br /></span> +<span>Perruches de tout leur printemps;<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et puis <i>payer le mannezingue</i>,<br /></span> +<span>Au <i>Polyte</i> qui sert d'Arthur,<br /></span> +<span>Bon jeune homme né <i>brandezingue,</i><br /></span> +<span><i>Dos-bleu</i> sous la blouse d'azur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—C'est au boulevard excentrique,<br /></span> +<span>Au—<i>BON RETOUR DU CHAMP DU NORD</i>—<br /></span> +<span>Là: toujours vert le jus de trique,<br /></span> +<span>Rose le nez des Croque-mort....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Moitié panaches, moitié cire,<br /></span> +<span>Nez croqués vifs au demeurant,<br /></span> +<span>Et gais comme un enterrement....<br /></span> +<span>—Toujours le petit <i>mort</i> pour rire!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le voyou siffle—vilain merle—<br /></span> +<span>Et le poète de charnier<br /></span> +<span>Dans ce fumier cherche la perle,<br /></span> +<span>Avec le peintre chiffonnier.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tous les deux fouillant la pâture<br /></span> +<span>De leur art ... à coups de grouins;<br /></span> +<span>Sûrs toujours de trouver l'ordure.<br /></span> +<span>—C'est le fonds qui manque le moins.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est toujours un fond chaud qui fume,<br /></span> +<span>Et, par le soleil, lardé d'or....<br /></span> +<span>Le rapin nomme ça: bitume;<br /></span> +<span>Et le marchand de lyre: accord.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ajoutez une pipe en terre<br /></span> +<span>Dont la spirale fait les cieux....<br /></span> +<span>Allez: je plains votre misère,<br /></span> +<span>Vous qui trouvez qu'on trouve mieux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est le <i>Persil</i> des gueux sans poses,<br /></span> +<span>Et des riches sans un radis....<br /></span> +<span>—Mais ce n'est pas pour vous, ces choses,<br /></span> +<span>O provinciaux de Paris!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ni pour vous, essayeurs de sauces,<br /></span> +<span>Pour qui l'azur est un ragoût!<br /></span> +<span>Grands empâteurs d'emplâtres fausses,<br /></span> +<span>Ne fesant rien, fesant partout!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Rembranesque! Raphaélique!<br /></span> +<span>—Manet et Courbet au milieu—<br /></span> +<span>... Ils donnent des noms de fabrique<br /></span> +<span>A la pochade du bon Dieu!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ces <i>Gallimard cherchant la ligne</i>,<br /></span> +<span>Et ces <i>Ducornet-né-sans-bras</i>,<br /></span> +<span>Dont la blague, de chic, vous signe<br /></span> +<span>N'importe quoi ... qu'on ne peint pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dieu garde encor l'homme qui glane<br /></span> +<span>Sur le soleil du promenoir,<br /></span> +<span>De flairer jamais la soutane<br /></span> +<span>De la vieille dame au bas noir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... On dégèle, animal nocturne,<br /></span> +<span>Et l'on se détache en vigueur;<br /></span> +<span>On veut, aveugle taciturne,<br /></span> +<span>A soi tout seul être blagueur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Savates et chapeau grotesque<br /></span> +<span>Deviennent de l'antique pur;<br /></span> +<span>On se colle comme une fresque<br /></span> +<span>Enrayonnée au pied d'un mur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il coule une divine flamme,<br /></span> +<span>Sous la peau; l'on se sent avoir<br /></span> +<span>Je ne sais quoi qui fleure l'âme....<br /></span> +<span>Je ne sais—mais ne veux savoir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La Muse malade s'étire....<br /></span> +<span>Il semble que l'huissier sursoit....<br /></span> +<span>Soi-même on cherche à se sourire,<br /></span> +<span>Soi-même on a pitié de soi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Volez, mouches et demoiselles!...<br /></span> +<span>Le gouapeur aussi vole un peu<br /></span> +<span>D'idéal.... Tout n'a pas des ailes....<br /></span> +<span>Et chacun vole comme il peut.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Un grand pendard, cocasse, triste,<br /></span> +<span>Jouissait de tout ça, comme moi,<br /></span> +<span>Point ne lui demandais pourquoi....<br /></span> +<span>Du reste—une gueule d'artiste—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Il reluquait surtout la tête<br /></span> +<span>Et moi je reluquais le pié.<br /></span> +<span>—Jaloux ... pourquoi? c'eût été bête,<br /></span> +<span>Ayant chacun notre moitié.—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Ma béatitude nagée<br /></span> +<span>Jamais, jamais n'avait bravé<br /></span> +<span>Sa silhouette ravagée<br /></span> +<span>Plantée au milieu du pavé....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Mais il fut un Dieu pour ce drille:<br /></span> +<span>Au soleil loupant comme ça,<br /></span> +<span>Dessinant des yeux une fille....<br /></span> +<span>—Un omnibus vert l'écrasa.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p54" id="p54"></a><span class="title-a"><i>LE CONVOI DU PAUVRE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(<i>Paris, le</i> 30 <i>avril</i> 1873,<br /></span> +<span class="i6"><i>Rue Notre Dame-de Lorette</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ça monte et c'est lourd—Allons, Hue!<br /></span> +<span>—Frères de renfort, votre main!...<br /></span> +<span>C'est trop!... et je fais le gamin;<br /></span> +<span>C'est mon Calvaire cette rue!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Depuis Notre-Dame-Lorette....<br /></span> +<span>—Allons! <i>la Cayenne</i> est au bout,<br /></span> +<span>Frère! du coeur! encor un coup!...<br /></span> +<span>—Mais mon âme est dans la charrette:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Corbillard dur à fendre l'âme.<br /></span> +<span>Vers en bas l'attire un aimant:<br /></span> +<span>Et du piteux enterrement<br /></span> +<span>Rit la Lorette notre dame....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est bien ça—Splendeur et misère!<br /></span> +<span>Sous le voile en trous a brillé<br /></span> +<span>Un bout du tréteau funéraire;<br /></span> +<span>Cadre d'or riche ... et pas payé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La pente est âpre, tout de même,<br /></span> +<span>Et les stations sont des <i>fours</i>,<br /></span> +<span>Au tableau remontant le cours<br /></span> +<span>De l'Elysée à la Bohême....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Oui, camarade, il faut qu'on sue<br /></span> +<span>Après son harnais et son art!...<br /></span> +<span>Apres les ailes: le brancard!<br /></span> +<span>Vivre notre métier—ça tue....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tués l'idéal et le râble!<br /></span> +<span>Hue!... Et le coeur dans le talon!<br /></span> +<span>..................................................<br /></span> +<span>—Salut au convoi misérable<br /></span> +<span>Du peintre écrémé du Salon!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Parmi les martyrs ça te range;<br /></span> +<span>C'est prononcé comme l'arrêt<br /></span> +<span>De Rafaël, peintre au nom d'ange,<br /></span> +<span>Par le Peintre au nom de ... courbet!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p55" id="p55"></a><span class="title-a"><i>DÉJEUNER DE SOLEIL</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i5"><i>Bois de Boulogne</i>, 1<sup>er</sup> <i>mai</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Au Bois, les lauriers sont coupés,<br /></span> +<span>Mais le <i>Persil</i> verdit encore;<br /></span> +<span>Au <i>Serpolet</i>, petits coupés<br /></span> +<span>Vertueux vont lever l'Aurore....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'Aurore brossant sa palette:<br /></span> +<span>Kh'ol, carmin et poudre de riz;<br /></span> +<span>Pour faire dire—la coquette—<br /></span> +<span>Qu'on fait bien les ciels à Paris.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Par ce petit-lever de Mai,<br /></span> +<span>Le Bois se croit à la campagne:<br /></span> +<span>Et, fraîchement trait, le Champagne<br /></span> +<span>Semble de la mousse de lait.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là, j'ai vu les <i>Chère Madame</i><br /></span> +<span>S'encanailler avec le frais....<br /></span> +<span>Malgré tout prendre un vrai bain d'âme!<br /></span> +<span>—Vous vous engommerez après.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... La voix à la note expansive:<br /></span> +<span>—Vous comprenez; voici mon truc:<br /></span> +<span>Je vends mes Memphis, et j'arrive....<br /></span> +<span>—Cent louis!...—Eh, Eh! Bibi....—Mon duc?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>On presse de petites mains:<br /></span> +<span>—Tiens ... assez pur cet attelage.—<br /></span> +<span>Même les cochers, au dressage,<br /></span> +<span>Redeviennent simples humains.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Encor toi! vieille <i>Belle-Impure!</i><br /></span> +<span>Toujours, les pieds au plat, tu sors,<br /></span> +<span>Dans ce déjeuner de nature,<br /></span> +<span>Fondre un souper à huit ressorts....—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Voici l'école buissonnière:<br /></span> +<span>Quelques maris jaunes de teint,<br /></span> +<span>Et qui <i>rentrent dans ta carrière</i><br /></span> +<span>D'assez bonne heure ... le matin.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le lapin inquiet s'arrête,<br /></span> +<span>Un sergent-de-ville s'assied,<br /></span> +<span>Le sportsman promène sa bête,<br /></span> +<span>Et le rêveur la sienne—à pied.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Arthur même a presque une tête,<br /></span> +<span>Son faux-col s'ouvre matinal....<br /></span> +<span>Peut-être se sent-il poète,<br /></span> +<span>Tout comme <i>Byron</i>—son cheval.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Diane au petit galop de chasse<br /></span> +<span>Fait galoper les papillons<br /></span> +<span>Et caracoler sur sa trace,<br /></span> +<span>Son Tigre et les vieux beaux Lions.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Naseaux fumants, grand oeil en flamme,<br /></span> +<span>Crins d'étalon: cheval et femme<br /></span> +<span><i>Saillent de l'avant!</i>....<br /></span> +<span class="i9">—Peu poli.<br /></span> +<span>—Pardon: <i>maritime</i> ... et joli.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p56" id="p56"></a><span class="title-a"><i>VEDER NAPOLI POI MORI</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Voir <i>Naples et</i>....—Fort bien, merci, j'en viens.—Patrie<br /></span> +<span>D'Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier!<br /></span> +<span>Dans l'indigo l'artiste en tous genres oublie.<br /></span> +<span>Ce <i>Ne-m'oubliez-pas</i> d'outremer: le douanier.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—O Corinne!... ils sont là déclamant sur ma malle....<br /></span> +<span><i>Lasciate speranza</i>, mes cigares dedans!<br /></span> +<span>—O Mignon!... ils ont tout éclos mon linge sale<br /></span> +<span>Pour le passer au bleu de l'éternel printemps!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils demandent <i>la main</i> ... et moi je la leur serre!<br /></span> +<span>Le portrait de ma Belle, avec <i>morbidezza</i><br /></span> +<span>Passe de mains en mains: l'inspecteur sanitaire<br /></span> +<span>L'ausculte, et me sourit ... trouvant <i>que c'est bien ça!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je venais pour chanter leur illustre guenille,<br /></span> +<span>Et leur chantage a fait de moi-même un haillon!<br /></span> +<span>Effeuillant mes faux-cols, l'un d'eux m'offre sa fille....<br /></span> +<span>Effeuillant le faux-col de mon illusion!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Naples! panier percé des Seigneurs <i>Lazzarones</i><br /></span> +<span class="i3">Riches d'un doux ventre au soleil!<br /></span> +<span>Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes,<br /></span> +<span>Clyso-pompant l'azur qui bâille leur sommeil!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O Grands en rang d'oignons! Plantes de pieds en lignes!<br /></span> +<span>Vous dont la parure est un sac, un aviron!<br /></span> +<span>Fils réchauffes du vieux Phoebus! Et toujours dignes<br /></span> +<span>Des chansons de Musset, du mépris de Byron!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Choeurs de <i>Mazanielli</i>, Torses de mandolines!<br /></span> +<span>Vous dont le métier est d'être toujours dorés<br /></span> +<span>De rayons et d'amour ... et d'ouvrir les narines,<br /></span> +<span>Poètes de plein air! O frères adorés!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Dolce Farniente!</i>...—Non! c'est mon sac!... il nage<br /></span> +<span>Parmi ces asticots, comme un chien crevé;<br /></span> +<span>Et ma malle est hantée aussi ... comme un fromage!<br /></span> +<span>Inerte, ô Galilée! et ... <i>è pur si muove</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide!<br /></span> +<span>Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir;<br /></span> +<span>Ce n'est plus le lézard, c'est la sangsue à vide....<br /></span> +<span>—Dernier <i>lazzarone</i> à moi le bon Dormir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9">(<i>Napoli—Dogana del porto</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p57" id="p57"></a><span class="title-a"><i>VÉSUVES ET C<sup>ie</sup></i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pompeïa-station—Vésuve, est-ce encor toi?<br /></span> +<span>Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne,<br /></span> +<span>—Du bon temps où la foi transportait la montagne—<br /></span> +<span>Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu te détachais noir, sur un fond transparent,<br /></span> +<span>Et la lampe grillait les feux de ton cratère.<br /></span> +<span>C'était le confesseur, dit-on, de ma grand'mère<br /></span> +<span>Qui t'avait rapporté de Rome tout flambant....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Plus grand, je te revis à l'Opéra-Comique.<br /></span> +<span>—Rôle jadis créé par toi: <i>Le Dernier Jour</i><br /></span> +<span><i>De Pompeï</i>.—Ton feu s'en allait en musique,<br /></span> +<span>On te souillait ton rôle, et ... tu ne fis qu'un four.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Nous nous sommes revus: devant-de-cheminée,<br /></span> +<span>A Marseille, en congé, sans musique, et sans feu:<br /></span> +<span>Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée<br /></span> +<span>Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne!<br /></span> +<span>Je te rends ta visite, exprès, à la campagne.<br /></span> +<span>Le Vrai Vésuve est toi, puisqu'on m'a <i>fait</i> cent francs!<br /></span> +<span>......................................................................<br /></span> +<span>Mais les autres petits étaient plus ressemblants.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i13"><i>Pompeï, aprile</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p58" id="p58"></a><span class="title-a"><i>SONNETO A NAPOLI</i><br /></span> +<span> </span> +<span class="smcap"> <i>ALL' SOLE, ALL' LUNA</i><br /></span> +<span class="smcap"><i>ALL' SABATO, ALL' CANONICO</i><br /></span> +<span class="smcap"> <i>E TUTTI QUANTI</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap">—CON PULCINELLA—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il n'est pas de Samedi<br /></span> +<span>Qui n'ait soleil à midi;<br /></span> +<span>Femme ou fille soleillant,<br /></span> +<span>Qui n'ait midi sans amant!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Lune, Bouc, Curé cafard<br /></span> +<span>Qui n'ait tricorne cornard!<br /></span> +<span>—Corne au front et corne au seuil<br /></span> +<span>Préserve du mauvais oeil.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... <i>L'Ombilic du jour</i> filant<br /></span> +<span>Son macaroni brûlant,<br /></span> +<span>Avec la tarentela:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Lucia, Maz'Aniello,<br /></span> +<span>Santa-Pia, Diavolo,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—CON PULCINELLA.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i5"><i>Mergelina-Venerdi, aprile </i> 15.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p59" id="p59"></a><span class="title-a"><i>A L'ETNA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3"><i>Sicelides Musae, paulo majora canamus</i>.<br /></span> +<span class="i12">(VIRGILE.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Etna—j'ai monté le Vésuve....<br /></span> +<span>Le Vésuve a beaucoup baissé:<br /></span> +<span>J'étais plus chaud que son effluve,<br /></span> +<span>Plus que sa crête hérissé....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Toi que l'on compare à la femme....<br /></span> +<span>—Pourquoi?—Pour ton âge? ou ton âme<br /></span> +<span>De caillou cuit?...—Ça fait rêver....<br /></span> +<span>—Et tu t'en fais rire à crever!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Tu ris jaune et tousses: sans doute,<br /></span> +<span>Crachant un vieil amour malsain;<br /></span> +<span>La lave coule sous la croûte<br /></span> +<span>De ton vieux cancer au sein.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Couchons ensemble, Camarade!<br /></span> +<span>Là—mon flanc sur ton flanc malade:<br /></span> +<span>Nous sommes frères, par Vénus,<br /></span> +<span>Volcan!...<br /></span> +<span class="i4">Un peu moins ... un peu plus....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9">(<i>Palerme.—Août</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p60" id="p60"></a><span class="title-a"><i>LE FILS DE LAMARTINE et DE GRAZIELLA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + + +<span class="i6">«C'est ainsi que j'expiai par ces larmes<br /></span> +<span class="i6">écrites la dureté et l'ingratitude de<br /></span> +<span class="i6">mon coeur de dix-huit ans. Je ne puis<br /></span> +<span class="i6">jamais relire ces vers sans adorer cette<br /></span> +<span class="i6">fraîche image que rouleront éternellement<br /></span> +<span class="i6">pour moi les vagues transparentes et<br /></span> +<span class="i6">plaintives du golfe de Naples ... et sans<br /></span> +<span class="i6">me haïr moi-même; mais les âmes pardonnent<br /></span> +<span class="i6">là-haut. La sienne m'a pardonné.<br /></span> +<span class="i6">Pardonnez-moi aussi, vous!!! J'ai pleuré.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(LAMARTINE.—<i>Graziella</i>—1fr. 25c. le<br /></span> +<span class="i6">vol.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A l'île de Procide, où la mer de Sorrente<br /></span> +<span>Scande un flot hexamètre à la fleur d'oranger,<br /></span> +<span>Un Naturel se fait une petite rente<br /></span> +<span class="i3">En <i>Graziellant</i> l'Étranger....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'Etrangère surtout, confite en Lamartine,<br /></span> +<span>Qui paye pour fluer, vers à vers, sur les lieux....<br /></span> +<span>—Du <i>Cygne-de-Saint-Point</i> l'Homme a si bien la mine,<br /></span> +<span>Qu'on croirait qu'il va rendre un vers ... harmonieux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est un peintre inspiré qui lui trouva sa balle,<br /></span> +<span>Sa balle de profil:—Oh mais! dit-il, voilà!<br /></span> +<span>Je te baptise, au nom de la couleur locale:<br /></span> +<span>—LE FILS DE LAMARTINE ET DE GRAZIELLA!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vrai portrait du portrait du Rafaël fort triste,<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a> ....<br /></span> +<span>Fort triste, pressentant qu'il serait décollé<br /></span> +<span>De sa toile, pour vivre en la peau du <i>Harpiste</i><br /></span> +<span>Ainsi que de son fils, rafaël raffalé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Raphaël-Lamartine et fils</i>!—O Fornarine-Graziella!<br /></span> +<span>Vos noms font de petits profits;<br /></span> +<span>L'écho dit pour deux sous: <i>Le Fils de Lamartine!</i><br /></span> +<span><i>Si Lamartine eût pu jamais avoir un fils!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Et toi, Graziella.... Toi, Lesbienne Vierge!<br /></span> +<span>Nom d'amour, que, sopran' il a tant déchanté!...<br /></span> +<span>Nom de joie!... et qu'il a pleuré—Jaune cierge—<br /></span> +<span>Tu n'étais vierge que de sa virginité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dis: moins éoliens étaient, ô Grazielle,<br /></span> +<span>Tes Mâles d'Ischia?... que ce pieux Jocelyn<br /></span> +<span>Qui tenait, à côté, la lyre et la chandelle....<br /></span> +<span>Et, de loin, t'enterrait en chants de sacristain....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ces souvenirs sont loin....—Dors, va! Dors sous les pierres<br /></span> +<span class="i3">Que voit, n'importe où, l'étranger,<br /></span> +<span>Où fait paître ton Fils des familles entières<br /></span> +<span>—Citron prématuré de ta Fleur d'Oranger—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dors—l'Oranger fleurit encor ... encor se fane;<br /></span> +<span>Et la rosée et le soleil ont eu ses fleurs....<br /></span> +<span>Le Poète-apothicaire en a fait sa tisane:<br /></span> +<span class="i3">Remède à vers! remède à pleurs',<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dors—L'Oranger fleurit encor ... et la mémoire<br /></span> +<span>Des jeunes d'autrefois dont l'ombre est encor là.<br /></span> +<span>Qui ne t'ont pas pêchée au fond d'une écritoire....<br /></span> +<span>Et n'en péchaient que mieux!—dis, ô <i>picciola!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Mère de l'Antéchrist de Lamartine-Père,<br /></span> +<span>Aurore qui mourus sous un coup d'éteignoir,<br /></span> +<span>Ton Orphelin, posthume et de père et de mère,<br /></span> +<span>Allait—quand tu naquis—déjà comme un vieux Soir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Graziella!—Conception trois fois immaculée....<br /></span> +<span>D'un platonique amour, Messie et Souvenir,<br /></span> +<span>Ce Fils avait vingt ans quand, Mère inoculée,<br /></span> +<span>Tu mourus à seize ans!... C'est bien tôt pour mourir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pour toi: c'est ta seule oeuvre mâle, ô Lamartine,<br /></span> +<span>Saint-Joseph de la Muse, avec elle couché,<br /></span> +<span>Et l'aidant à vêler ... par la grâce divine:<br /></span> +<span>Ton fils avant la lettre est conçu sans péché!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Lui se souvient très peu de ces scènes passées....<br /></span> +<span>Mais il <i>laisse le vent et le flot murmurer</i>,<br /></span> +<span>Et l'Étranger, plongeant dans ses tristes pensées....<br /></span> +<span class="i3">En tirer un franc—pour pleurer!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et, tout bas, il vous dit, de murmure en murmures:<br /></span> +<span>Que sa fille ressemble à L'AUTRE ... et qu'elle est là,<br /></span> +<span>Qu'on peut pleurer, à l'heure, avec des rimes pures,<br /></span> +<span>Et ...—<i>pour cent sous, Signor</i>—nommer Graziella!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9">(<i>Isola di Capri.—Gennaio</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p61" id="p61"></a><span class="title-a"><i>LIBERTA</i> <a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>A là cellule IV BIS (prison royale de Gènes</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">—<i>Lasciate ogné</i>.—<br /></span> +<span class="i15">DANTE<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>O belle hospitalière<br /></span> +<span>Qui ne me connais pas,<br /></span> +<span>Vierge publique et fière<br /></span> +<span>Qui m'as ouvert les bras....<br /></span> +<span>Rompant ma longue chaîne,<br /></span> +<span>L'eunuque m'a jeté<br /></span> +<span>Sur ton sein royal, Reine!<br /></span> +<span>—Vanité, vanité!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Comme la Vénus nue.<br /></span> +<span>D'un bain de lait de chaux<br /></span> +<span>Tu sors, blanche Inconnue,<br /></span> +<span>Fille des noirs cachots<br /></span> +<span>Où l'on pleure, d'usage....<br /></span> +<span>—Moi: jamais n'ai chanté<br /></span> +<span>Que pour toi, dans ta cage,<br /></span> +<span>Cage de la gaîté!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La misère parée<br /></span> +<span>Est dans le grand égout;<br /></span> +<span>Dépouillons la livrée<br /></span> +<span>Et la chemise et tout!<br /></span> +<span>Que tout mon baiser couvre<br /></span> +<span>Ta franche nudité....<br /></span> +<span>Vraie ou fausse, se rouvre<br /></span> +<span>Une virginité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Plus ce ciel louche et rose<br /></span> +<span>Ni ce soleil d'enfer!...<br /></span> +<span>—Ta paupière mi-close,<br /></span> +<span>Tes cils, barreaux de fer!<br /></span> +<span>Ta ceinture-dorée,<br /></span> +<span>De fer!—Fidélité—<br /></span> +<span>Et ta couche encastrée<br /></span> +<span>Tombeau de volupté!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A nos coeurs plus d'alarmes:<br /></span> +<span>Libres et bien à nous!...<br /></span> +<span>Sens planer les gendarmes,<br /></span> +<span>Pigeons du rendez-vous;<br /></span> +<span>Et Cupidon-Cerbère<br /></span> +<span>A qui la sûreté<br /></span> +<span>De nos amours est chère....<br /></span> +<span>Quatre murs!—Liberté!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ho! l'Espérance folle<br /></span> +<span>—Ce crampon—est au clou.<br /></span> +<span>L'existence qui colle<br /></span> +<span>Est collée à l'écrou.<br /></span> +<span>Le souvenir qui hante<br /></span> +<span>A l'huys est resté;<br /></span> +<span>L'huys n'a pas de fente....<br /></span> +<span>—Oh le carcan ôté!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Laissons venir la Muse,<br /></span> +<span>Elle osera chanter;<br /></span> +<span>Et, si le jeu t'amuse,<br /></span> +<span>Je veux te la prêter....<br /></span> +<span>Ton petit lit de sangle,<br /></span> +<span>Pour nous a rajouté<br /></span> +<span>Les <i>trois bouts du triangle</i>;<br /></span> +<span>Triple amour!—Trinité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Plus d'huissiers aux mains sales!<br /></span> +<span>Ni mains de chers amis!<br /></span> +<span>Ni menottes banales!...<br /></span> +<span>—Mon nom est <i>Quatre-Bis</i>.—<br /></span> +<span>Hors la terrestre croûte,<br /></span> +<span>Désert mal habité,<br /></span> +<span>Loin des mortels je goûte<br /></span> +<span>Un peu d'éternité.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Prison, sûre conquête<br /></span> +<span>Où le poète est roi!<br /></span> +<span>Et boudoir plus qu'honnête<br /></span> +<span>Où le sage est chez soi.<br /></span> +<span>Cruche, au moins ingénue,<br /></span> +<span>Puits de la vérité!<br /></span> +<span>Vide, quand on l'a bue....<br /></span> +<span>—Vase de pureté!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Seule est ta solitude,<br /></span> +<span>Et béats tes ennuis<br /></span> +<span>Sans pose et sans étude....<br /></span> +<span>Plus de jours, plus de nuits!<br /></span> +<span>C'est tout le temps dimanche,<br /></span> +<span>Et le far-niente<br /></span> +<span>Dort pour moi sur la planche<br /></span> +<span>De l'idéalité....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Jusqu'au jour de misère<br /></span> +<span>Où, condamné, je sors<br /></span> +<span>Seul, ramer ma galère....<br /></span> +<span>Là, n'importe où,... dehors.<br /></span> +<span>Laissant emprisonnée<br /></span> +<span>A perpétuité<br /></span> +<span>Cette fleur cloisonnée,<br /></span> +<span>Qui fut ma liberté....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Va: reprends, froide et dure,<br /></span> +<span>Pour le captif oison,<br /></span> +<span>Ton masque, ta figure<br /></span> +<span>De porte de prison....<br /></span> +<span>Que d'autres, basse race<br /></span> +<span>Dont le dos est voûté,<br /></span> +<span>Pour eux te trouve basse,<br /></span> +<span>Altière déité!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">(<i>Cellule 4.—Genova-la-Superba</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p62" id="p62"></a><span class="title-a"><i>HIDALDO!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils sont fiers ceux-là!... comme poux sur la gale!<br /></span> +<span>C'est à la don-Juan qu'ils vous <i>font</i> votre malle.<br /></span> +<span>Ils ne sentent pas bon, mais ils fleurent le preux:<br /></span> +<span>Valeureux vauriens, crétins chevalereux!<br /></span> +<span>Prenant sans demander—toujours suant la race,—<br /></span> +<span>Et demandant un sol,—mais toujours pleins de grâce.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là, j'ai fait le croquis d'un mendiant à cheval:<br /></span> +<span>—Le Cid ... un cid par un <i>été</i> de carnaval:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je cheminais—à pieds—traînant une compagne;<br /></span> +<span>Le soleil craquelait la route en blanc-d'Espagne;<br /></span> +<span>Et <i>le cid</i> fut sur nous en un temps de galop....<br /></span> +<span>Là, me pressant entre le mur et le garrot:<br /></span> +<span>—Ah! seigneur <i>Cavalier</i>, d'honneur! sur ma parole!<br /></span> +<span>Je mendie à genoux: un oignon ... une obole?...—<br /></span> +<span>(Et son cheval paissait mon col.)—Pauvre animal,<br /></span> +<span>Il vous aime déjà! Ne prenez pas à mal....<br /></span> +<span>—Au large!—Oh! mais: au moins votre bout de cigare?...<br /></span> +<span>La Vierge vous le rende.—Allons: au large! ou: gare!<br /></span> +<span>(Son pied nu prenait ma poche en étrier.)<br /></span> +<span>—Pitié pour un infirme, o seigneur-cavalier....<br /></span> +<span>—Tiens donc un sou....—Senor, que jamais je n'oublie<br /></span> +<span>Votre Grâce! Pardon, je vous ai retardé....<br /></span> +<span>Senora: Merci, toi! pour être si jolie....<br /></span> +<span>Ma Jolie, et: Merci pour m'avoir regardé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10">(<i>Cosas de Espana</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p63" id="p63"></a><span class="title-a"><i>PARIA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Qu'ils se payent des républiques,<br /></span> +<span>Hommes libres!—carcan au cou—<br /></span> +<span>Qu'ils peuplent leurs nids domestiques!...<br /></span> +<span>—Moi je suis le maigre coucou.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Moi,—coeur eunuque, dératé<br /></span> +<span>De ce qui mouille et ce qui vibre....<br /></span> +<span>Que me chante leur Liberté,<br /></span> +<span>A moi? toujours seul. Toujours libre.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ma Patrie ... elle est par le monde;<br /></span> +<span>Et, puisque la planète est ronde,<br /></span> +<span>Je ne crains pas d'en voir le bout....<br /></span> +<span>Ma patrie est où je la plante:<br /></span> +<span>Terre ou mer, elle est sous la plante<br /></span> +<span>De mes pieds—quand je suis debout.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Quand je suis couché: ma patrie<br /></span> +<span>C'est la couche seule et meurtrie<br /></span> +<span>Où je vais forcer dans mes bras<br /></span> +<span>Ma moitié, comme moi sans âme;<br /></span> +<span>Et ma moitié: c'est une femme....<br /></span> +<span>Une femme que je n'ai pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—L'idéal à moi: c'est un songe<br /></span> +<span>Creux; mon horizon—l'imprévu—<br /></span> +<span>Et le mal du pays me ronge....<br /></span> +<span>Du pays que je n'ai pas vu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que les moutons suivent leur route,<br /></span> +<span>De Carcassonne à Tombouctou....<br /></span> +<span>—Moi, ma route me suit. Sans doute<br /></span> +<span>Elle me suivra n'importe où.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mon pavillon sur moi frissonne,<br /></span> +<span>Il a le ciel pour couronne:<br /></span> +<span>C'est la brise dans mes cheveux....<br /></span> +<span>Et, dans n'importe quelle langue;<br /></span> +<span>Je puis subir une harangue;<br /></span> +<span>Je puis me taire si je veux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ma pensée est un souffle aride:<br /></span> +<span>C'est l'air. L'air est à moi partout.<br /></span> +<span>Et ma parole est l'écho vide<br /></span> +<span>Qui ne dit rien—et c'est tout.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mon passé: c'est ce que j'oublie.<br /></span> +<span>La seule chose qui me lie<br /></span> +<span>C'est ma main dans mon autre main.<br /></span> +<span>Mon souvenir—Rien—C'est ma trace.<br /></span> +<span>Mon présent, c'est tout ce qui passe<br /></span> +<span>Mon avenir—Demain ... demain<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je ne connais pas mon semblable;<br /></span> +<span>Moi, je suis ce que je me fais.<br /></span> +<span>—<i>Le Moi humain est haïssable</i>....<br /></span> +<span>—Je ne m'aime ni ne me hais.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Allons! la vie est une fille<br /></span> +<span>Qui m'a pris à son bon plaisir....<br /></span> +<span>Le mien, c'est: la mettre en guenille,<br /></span> +<span>La prostituer sans désir.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Des dieux?...—Par hasard j'ai pu naître;<br /></span> +<span>Peut-être en est-il—par hasard....<br /></span> +<span>Ceux-là, s'ils veulent me connaître,<br /></span> +<span>Me trouveront bien quelque part.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Où que je meure: ma patrie<br /></span> +<span>S'ouvrira bien, sans qu'on l'en prie,<br /></span> +<span>Assez grande pour mon linceul....<br /></span> +<span>Un linceul encor: pour que faire?...<br /></span> +<span>Puisque ma patrie est en terre<br /></span> +<span>Mon os ira bien là tout seul....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>ARMOR</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> +<a name="p64" id="p64"></a><span class="title-a"><i>PAYSAGE MAUVAIS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sables de vieux os—Le flot râle<br /></span> +<span>Des glas: crevant bruit sur bruit....<br /></span> +<span>—Palud pâle, où la lune avale<br /></span> +<span>De gros vers, pour passer la nuit.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Calme de peste, où la fièvre<br /></span> +<span>Cuit.... Le follet damné languit.<br /></span> +<span>—Herbe puante où le lièvre<br /></span> +<span>Est un sorcier poltron qui fuit....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—La Lavandière blanche étale<br /></span> +<span>Des trépassés le linge sale,<br /></span> +<span>Au <i>soleil des loups</i>....—Les crapauds.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Petits chantres mélancoliques<br /></span> +<span>Empoisonnent de leurs coliques,<br /></span> +<span>Les champignons, leurs escabeaux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i5">(<i>Marais de Guérande.—Avril</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p65" id="p65"></a><span class="title-a"><i>NATURE MORTE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Des coucous <i>l'Angelus</i> funèbre<br /></span> +<span>A fait sursauter, à ténèbre,<br /></span> +<span>Le coucou, pendule du vieux,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et le chat-huant, sentinelle,<br /></span> +<span>Dans sa carcasse à la chandelle<br /></span> +<span>Qui flamboie à travers ses yeux.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Écoute se taire la chouette....<br /></span> +<span>—Un cri de bois: C'est <i>la brouette</i><br /></span> +<span><i>De la Mort</i>, le long du chemin....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et, d'un vol joyeux, la corneille<br /></span> +<span>Fait le tour du toit où l'on veille<br /></span> +<span>Le défunt qui s'en va demain.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Bretagne.—Avril</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p66" id="p66"></a><span class="title-a"><i>UN RICHE EN BRETAGNE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6"><i>O fortunatos nimdim, sua si</i>....<br /></span> +<span class="smcap"> + + + VIRGILE.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est le bon riche, c'est un vieux pauvre en Bretagne,<br /></span> +<span>Oui, pouilleux de pavé sans eau pure et sans ciel!<br /></span> +<span>—Lui, c'est un philosophe-errant dans la campagne;<br /></span> +<span>Il aime son pain noir sec—pas beurré de fiel....<br /></span> +<span>S'il n'en a pas: bonsoir.—Il connaît une crèche<br /></span> +<span>Où la vache lui prête un peu de paille fraîche,<br /></span> +<span>Il s'endort, rêvassant planche-à-pain au milieu,<br /></span> +<span>Et s'éveille au matin en bayant au Bon-Dieu.<br /></span> +<span>—<i>Panem nostrum</i>....—Sa faim a le goût d'espérance....<br /></span> +<span>Un <i>Benedicite</i> s'exhale de sa panse;<br /></span> +<span>Il sait bien que pour lui l'oeil d'en haut est ouvert<br /></span> +<span>Dans ce coin d'où tomba la manne du désert<br /></span> +<span>Et le pain de son sac....<br /></span> +<span class="i9">Il va de ferme en ferme.<br /></span> +<span>Et jamais à son pas la porte ne se ferme,<br /></span> +<span>—Car sa venue est bien.—Il entre à la maison<br /></span> +<span>Pour allumer sa pipe en soufflant un tison....<br /></span> +<span>Et s'assied.—Quand on a quelque chose, on lui donne;<br /></span> +<span>Alors, il se secoue et rit, tousse et rognonne<br /></span> +<span>Un <i>Pater</i> en hébreu. Puis, son bâton en main,<br /></span> +<span>Il reprend sa tournée en disant: à demain.<br /></span> +<span>Le gros chien de la cour en passant le caresse....<br /></span> +<span>—Avec ça, peut-on pas se passer de maîtresse?...<br /></span> +<span>Et,—qui sait,—dans les champs, un beau jour, la beauté<br /></span> +<span>Peut s'amuser à faire aussi la charité....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Lui, n'est pas pauvre: il est <i>Un Pauvre</i>,—et s'en contente<br /></span> +<span>C'est un petit rentier, moins l'ennui de la rente.<br /></span> +<span>Seul, il se chante vêpre en berçant son ennui....<br /></span> +<span>—Travailler—Pour que faire?... On travaille pour lui.<br /></span> +<span>Point ne doit déroger, il perdrait la pratique;<br /></span> +<span>Il doit garder intact son vieux blason mystique.<br /></span> +<span>—Noblesse oblige.—Il est saint: à chaque foyer<br /></span> +<span>Sa niche est là, tout près du grillon familier.<br /></span> +<span>Bon messager boiteux, il a plus d'une histoire<br /></span> +<span>A faire froid au dos, quand la nuit est bien noire....<br /></span> +<span>N'a-t-il pas vu, rôdeur, durant les clairs minuits<br /></span> +<span>Dans la lande danser les <i>cornandons</i> maudits....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Il est simple ... peut-être.—Heureux ceux qui sont simples!...<br /></span> +<span>A la lune, n'a-t-il jamais cueilli des simples?...<br /></span> +<span>—Il est sorcier peut-être ... et, sur le mauvais seuil,<br /></span> +<span>Pourrait, en s'en allant, jeter le mauvais oeil....<br /></span> +<span>—Mais non: mieux vaut porter bonheur; dans les familles,<br /></span> +<span>Proposer ou chercher des maris pour les filles.<br /></span> +<span>Il est de noce alors, très humble desservant<br /></span> +<span>De <i>la part du bon-dieu</i>.—Dieu doit être content:<br /></span> +<span>Plein comme feu Noé, son Pauvre est ramassé<br /></span> +<span>Le lendemain matin au revers d'un fossé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ah, s'il avait été senti du doux Virgile....<br /></span> +<span>Il eût été traduit par monsieur Delille,<br /></span> +<span>Comme un «<i>trop fortuné s'il connût son bonheur</i>.... »<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Merci: ça le connaît, ce marmiteux seigneur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">(<i>Saint-Thégonnec</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p67" id="p67"></a><span class="title-a"><i>SAINT TUPETU</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="smcap"> + DE<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i1">TU-PE-TU<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><br /></span> +<span><i>C'est au pays de Léon.—Est vite petite chapelle à saint</i><br /></span> +<span><i>Tupetu</i>. (<i>En breton</i>: D'un côté ou de l'autre.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<i>Une fois l'an, les croyants—fatalistes chrétiens—s'y rendent</i><br /> +<span><i>en pèlerinage, afin d'obtenir, par l'entremise du Saint, le</i><br /></span> +<span><i>dénoûment fatal de toute affaire nouée: la délivrance d'un</i><br /></span> +<span><i>malade tenace on d'une vache pleine; ou, tout au moins, quelque</i><br /></span> +<span><i>signe de l'avenir: tel que c'est écrit là-haut</i>.—Puisque cela<br /></span> +<span>doit être, autant que cela soit de suite ... d'un côté ou de<br /></span> +<span>l'autre—Tu-pe-tu.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<i>L'oracle fonctionne pendant la grand' messe: l'officiant fait</i><br /> +<span><i>faire, pour chacun, un tour à la</i> Roulette-de-chance, <i>grand</i><br /></span> +<span><i>cercle en bois fixé à la voûte et manoeuvré par une longue corde</i><br /></span> +<span><i>que Tupetu tient lui-même dans sa main de granit. La roue</i>,<br /></span> +<span><i>garnie de clochettes, tourne en carillonnant; son point d'arrêt</i><br /></span> +<span><i>présage l'arrêt du destin</i>:—D'un côté ou de l'autre.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Et chacun s'en va comme il est venu, quitte à revenir l'an</i><br /></span> +<span><i>prochain</i> ... Tu-pe-tu <i>finit fatalement par avoir son effet</i>.<br /><br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Il est, dans la vieille Armorique,<br /></span> +<span>Un saint—des saints le plus pointu—<br /></span> +<span>Pointu comme un clocher gothique<br /></span> +<span>Et comme son nom: TUPETU.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son petit clocheton de pierre<br /></span> +<span>Semble prêt à changer de bout....<br /></span> +<span>Il lui faut, pour tenir debout,<br /></span> +<span>Beaucoup de foi ... beaucoup de lierre....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et, dans sa chapelle ouverte, entre<br /></span> +<span>—Tête ou pieds—tout franc Breton<br /></span> +<span>Pour lui tâter l'oeuf dans le ventre,<br /></span> +<span>L'oeuf du destin: C'est oui?—c'est non?<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Plus fort que sainte Cunégonde<br /></span> +<span>Ou Cucugnan de Quilbignon....<br /></span> +<span>Petit prophète au pauvre monde,<br /></span> +<span>Saint de la veine ou du guignon,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il tient sa <i>Roulette-de-chance</i><br /></span> +<span>Qu'il vous fait aller pour cinq sous;<br /></span> +<span>Ça dit bien, mieux qu'une balance,<br /></span> +<span>Si l'on est dessus ou dessous.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est la roulette sans pareille,<br /></span> +<span>Et les grelots qui sont parmi<br /></span> +<span>Vont, là-haut, chatouiller l'oreille<br /></span> +<span>Du coquin de Sort endormi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sonnette de la Providence,<br /></span> +<span>Et serinette du Destin;<br /></span> +<span>Carillon faux, mais argentin;<br /></span> +<span>Grelottière de l'Espérance....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Tu-pe-tu</i>—D'un bord ou de l'autre!<br /></span> +<span><i>Tu-pe-tu</i>—Banco—Quitte-ou-tout!<br /></span> +<span>Juge-de-paix sans patenôtre....<br /></span> +<span>TUPETU, saint valet d'atout!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Tu-pe-tu</i>—Pas de milieu!...<br /></span> +<span>TUPETU, sorcier à musique,<br /></span> +<span>Croupier du tourniquet mystique<br /></span> +<span>Pour les macarons du Bon-Dieu!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Médecin héroïque, il pousse<br /></span> +<span>Le mourant à sauter le pas:<br /></span> +<span>Soit dans la vie à la rescousse....<br /></span> +<span>Soit, à pieds joints, en plein trépas:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Tu-pe-tu!</i> cheval couronné!<br /></span> +<span>—<i>Tu-pe-tu!</i> qu'on saute ou qu'on butte!<br /></span> +<span>—<i>Tu-pe-tu!</i> vieillard obstiné!...<br /></span> +<span>Au bout du fossé la culbute!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>TUPETU, saint tout juste honnête,<br /></span> +<span>Petit Janus chair et poisson!<br /></span> +<span>Saint confesseur à double tête,<br /></span> +<span>Saint confesseur à double fond!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pile-ou-face de la vertu,<br /></span> +<span>Ambigu patron des pucelles<br /></span> +<span>Qui viennent t'offrir des chandelles.<br /></span> +<span>Jésuite! tu dis:—<i>Tu-pe-tu!</i>...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p68" id="p68"></a><span class="i2"><i>LA RAPSODIE FORAINE</i><br /></span> +<span class="i6"><i>et</i><br /></span> +<span><i>LE PARDON DE SAINTE-ANNE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i5"><i>La Palud, 27 Août, jour du Pardon</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>Bénite est l'infertile plage<br /></span> +<span>Où, comme la mer, tout est nud.<br /></span> +<span>Sainte est la chapelle sauvage<br /></span> +<span>De Sainte-Anne-de-la-Palud....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>De la Bonne Femme Sainte Anne<br /></span> +<span>Grand'tante du petit Jésus,<br /></span> +<span>En bois pourri dans sa soutane<br /></span> +<span>Riche ... plus riche que Crésus!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Contre elle la petite Vierge,<br /></span> +<span>Fuseau frêle, attend <i>l'Angelus</i>;<br /></span> +<span>Au coin, Joseph tenant son cierge,<br /></span> +<span>Niche, en saint qu'on ne fête plus....<br /></span> +<span>.................................................................<br /></span> +<span>C'est le <i>Pardon</i>.—Liesse et mystères—<br /></span> +<span>Déjà l'herbe rase a des poux....<br /></span> +<span>—<i>Sainte Anne, Onguent des belles-mères!</i><br /></span> +<span><i>Consolation des époux!</i>...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Des paroisses environnantes:<br /></span> +<span>De Plougastel et Loc-Tudy,<br /></span> +<span>Ils viennent tous planter leurs tentes,<br /></span> +<span>Trois nuits, trois jours—jusqu'au lundi.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Trois jours, trois nuits, la palud grogne,<br /></span> +<span>Selon l'antique rituel,<br /></span> +<span>—Choeur séraphique et chant d'ivrogne—<br /></span> +<span>Le <i>CANTIQUE SPIRITUEL</i>.<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Mère <i>taillée à coups de hache,</i><br /></span> +<span><i>Tout coeur de chêne dur et bon;</i><br /></span> +<span><i>Sous l'or de ta robe se cache</i><br /></span> +<span><i>L'âme en pièce d'un franc-Breton!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—Vieille verte à face usée</i><br /></span> +<span><i>Comme la pierre du torrent,</i><br /></span> +<span><i>Par des larmes d'amour creusée,</i><br /></span> +<span><i>Séchée avec des pleurs de sang....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—Toi dont la mamelle tarie</i><br /></span> +<span><i>S'est refait, pour avoir porté</i><br /></span> +<span><i>La Virginité de Marie,</i><br /></span> +<span><i>Une mâle virginité!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—Servante-maîtresse altière,</i><br /></span> +<span><i>Très-haute devant le Très-Haut:</i><br /></span> +<span><i>Au pauvre monde, pas fière,</i><br /></span> +<span><i>Dame pleine de comme-il-faut!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—Bâton des aveugles! Béquille</i><br /></span> +<span><i>Des vieilles! Bras des nouveaux-nés!</i><br /></span> +<span><i>Mère de madame ta fille!</i><br /></span> +<span><i>Parente des abandonnés!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—O Fleur de la pucelle neuve!</i><br /></span> +<span><i>Fruit de l'épouse au sein grossi!</i><br /></span> +<span><i>Reposoir de la femme veuve....</i><br /></span> +<span><i>Et dit veuf Dante-de-merci!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—Arche de Joachim! Aïeule!</i><br /></span> +<span><i>Médaille de cuivre effacé!</i><br /></span> +<span><i>Gui sacré! Trèfle-quatre-feuille!</i><br /></span> +<span><i>Mont d'Horeb! Souche de Jessé!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>—O toi qui recouvrais la cendre,</i><br /></span> +<span><i>Qui filais comme on fait chez nous,</i><br /></span> +<span><i>Quand le soir venait à descendre,</i><br /></span> +<span><i>Tenant</i> l'ENFANT <i>sur tes genoux;</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Toi qui fus là, seule, pour faire</i><br /></span> +<span><i>Son maillot neuf à Bethléem</i>.<br /></span> +<span><i>Et là, pour coudre son suaire</i><br /></span> +<span><i>Douloureux, à Jérusalem!...</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Des croix profondes sont tes rides,</i><br /></span> +<span><i>Tes cheveux sont blancs comme fils....</i><br /></span> +<span><i>—Préserve des regards arides</i><br /></span> +<span><i>Le berceau de nos petits-fils!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Fais venir et conserve en joie</i><br /></span> +<span><i>Ceux à naître et ceux qui sont nés.</i><br /></span> +<span><i>Et verse, sans que Dieu te voie,</i><br /></span> +<span><i>L'eau de tes yeux sur les damnés!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Reprends dans leur chemise blanche</i><br /></span> +<span><i>Les petits qui sont en langueur....</i><br /></span> +<span><i>Rappelle à l'éternel Dimanche</i><br /></span> +<span><i>Les vieux qui traînent en longueur.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Dragon-gardien de la Vierge,</i><br /></span> +<span><i>Garde la crèche sous ton oeil.</i><br /></span> +<span><i>Que, près de toi, Joseph-concierge</i><br /></span> +<span><i>Garde la propreté du seuil!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Prends pitié de la fille-mère,</i><br /></span> +<span><i>Du petit au bord du chemin....</i><br /></span> +<span><i>Si quelqu'un leur jette la pierre,</i><br /></span> +<span><i>Que la pierre se change en pain!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Dame bonne en mer et sur terre,</i><br /></span> +<span><i>Montre-nous le ciel et le port,</i><br /></span> +<span><i>Dans la tempête ou dans la guerre....</i><br /></span> +<span><i>O Fanal de la bonne mort!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Humble: à tes pieds n'as point d'étoile</i>,<br /></span> +<span><i>Humble ... et brave pour protéger!</i><br /></span> +<span><i>Dans la nue apparaît ton voile,</i><br /></span> +<span><i>Pâle auréole du danger.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Aux perdus dont la vue est grise,</i><br /></span> +<span>—<i>Sauf respect—perdus de boisson,</i><br /></span> +<span><i>Montre le clocher de l'église</i><br /></span> +<span><i>Et le chemin de la maison.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Prête ta douce et chaste flamme</i><br /></span> +<span><i>Aux chrétiens qui sont ici....</i><br /></span> +<span><i>Ton remède de bonne femme</i><br /></span> +<span><i>Pour les bêtes-à-corne aussi!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Montre à nos femmes et servantes</i><br /></span> +<span><i>L'ouvrage et la fécondité....</i><br /></span> +<span>—<i>Le bonjour aux âmes parentes</i><br /></span> +<span><i>Qui sont bien dans l'éternité!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Nous mettrons un cordon de cire,</i><br /></span> +<span><i>De cire-vierge jaune, autour</i><br /></span> +<span><i>De ta chapelle; et ferons dire</i><br /></span> +<span><i>Ta messe basse au point du jour.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Préserve notre cheminée</i><br /></span> +<span><i>Des sorts et du monde-malin....</i><br /></span> +<span><i>A Pâques te sera donnée</i><br /></span> +<span><i>Une quenouille avec du lin.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Si nos corps sont puants sur terre,</i><br /></span> +<span><i>Ta grâce est un bain de santé;</i><br /></span> +<span><i>Répands sur nous, au cimetière,</i><br /></span> +<span><i>Ta bonne odeur-de-sainteté.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>A l'an prochain!—Voici ton cierge:</i><br /></span> +<span><i>(C'est deux livres qu'il a coûté)</i><br /></span> +<span><i>... Respects à Madame la Vierge,</i><br /></span> +<span><i>Sans oublier la Trinité</i>.<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>... Et les fidèles, en chemise,<br /></span> +<span><i>—Sainte Anne, ayez pitié de nous!—</i><br /></span> +<span>Font trois fois le tour de l'église<br /></span> +<span>En se traînant sur leurs genoux;<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et boivent l'eau miraculeuse<br /></span> +<span>Où les Job teigneux ont lavé<br /></span> +<span>Leur nudité contagieuse....<br /></span> +<span><i>—Allez: la Foi vous a sauvé!—</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est là que tiennent leurs cénacles<br /></span> +<span>Les pauvres, frères de Jésus.<br /></span> +<span>—Ce n'est pas la cour des miracles,<br /></span> +<span>Les trous sont vrais: <i>Vide latus!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sont-ils pas divins sur leurs claies,<br /></span> +<span>Qu'auréole un nimbe vermeil,<br /></span> +<span>Ces propriétaires de plaies,<br /></span> +<span>Rubis vivants sous le soleil!...<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>En aboyant, un rachitique<br /></span> +<span>Secoue un moignon désossé.<br /></span> +<span>Coudoyant un épileptique<br /></span> +<span>Qui travaille dans un fossé.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Là, ce tronc d'homme où croît l'ulcère,<br /></span> +<span>Contre un tronc d'arbre où croît le gui<br /></span> +<span>Ici, c'est la fille et la mère<br /></span> +<span>Dansant la danse de Saint-Guy.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Cet autre pare le cautère<br /></span> +<span>De son petit enfant malsain:<br /></span> +<span>—L'enfant se doit à son vieux père....<br /></span> +<span>—Et le chancre est un gagne-pain!<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Là, c'est l'idiot de naissance,<br /></span> +<span>Un <i>visité par Gabriel</i>,<br /></span> +<span>Dans l'extase de l'innocence....<br /></span> +<span>—L'innocent est près du ciel!—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Tiens, passant, regarde: tout passe....<br /></span> +<span>L'oeil de l'idiot est resté.<br /></span> +<span>Car il est en état-de-grâce....<br /></span> +<span>—Et la Grâce est l'Éternité!—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Parmi les autres, après vêpre,<br /></span> +<span>Qui sont d'eau bénite arrosés,<br /></span> +<span>Un cadavre, vivant de lèpre,<br /></span> +<span>Fleurit—souvenir des croisés....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Puis tous ceux que les Rois de France<br /></span> +<span>Guérissaient d'un toucher de doigts....<br /></span> +<span>—Mais la France n'a plus de rois,<br /></span> +<span>Et leur dieu suspend sa clémence.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Charité dans leurs écuelles!...<br /></span> +<span>Nos aïeux ensemble ont porté<br /></span> +<span>Ces fleurs de lis en écrouelles<br /></span> +<span>Dont ces <i>choisis</i> ont hérité.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—<i>Miserere</i> pour les ripailles<br /></span> +<span>Des <i>Ankokrignets</i> et <i>Kakous!</i>...<br /></span> +<span>Ces moignons-là sont des tenailles,<br /></span> +<span>Ces béquilles donnent des coups.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Risquez-vous donc là, gens ingambes,<br /></span> +<span>Mais gare pour votre toison:<br /></span> +<span>Gare aux bras crochus! gare aux jambes<br /></span> +<span>En <i>kyriè-èleison!</i><br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>... Et détourne-toi, jeune fille,<br /></span> +<span>Qui viens là voir, et prendre l'air....<br /></span> +<span>Peut-être, sous l'autre guenille,<br /></span> +<span>Percerait la guenille en chair....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>C'est qu'ils chassent là sur leurs terres!<br /></span> +<span>Leurs peaux sont leurs blasons béants:<br /></span> +<span>—Le droit-du-seigneur à leurs serres!...<br /></span> +<span>Le droit du Seigneur de céans!—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Tas <i>d'ex-voto</i> de carne impure,<br /></span> +<span>Charnier d'élus pour les cieux,<br /></span> +<span>Chez le Seigneur ils sont chez eux!<br /></span> +<span>—Ne sont-ils pas sa créature....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Ils grouillent dans le cimetière<br /></span> +<span>On dirait les morts déroutés<br /></span> +<span>N'ayant tiré de sous la pierre<br /></span> +<span>Que des membres mal reboutés.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Nous, taisons-nous!... Ils sont sacrés.<br /></span> +<span>C'est la faute d'Adam punie<br /></span> +<span>Le doigt d'En-haut tes a marqués:<br /></span> +<span>—La Droite d'En-haut soit bénie!<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Du grand troupeau, boucs émissaires<br /></span> +<span>Chargés des forfaits d'ici-bas,<br /></span> +<span>Sur eux Dieu purge ses colères!...<br /></span> +<span>—Le pasteur de Sainte-Anne est gras.—<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Mais une note pantelante,<br /></span> +<span>Écho grelottant dans le vent<br /></span> +<span>Vient battre la rumeur bêlante<br /></span> +<span>De ce purgatoire ambulant<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Une forme humaine qui beugle<br /></span> +<span>Contre le <i>calvaire</i> se tient;<br /></span> +<span>C'est comme une moitié d'aveugle:<br /></span> +<span>Elle est borgne, et n'a pas de chien....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>C'est une rapsode foraine<br /></span> +<span>Qui donne aux gens pour un liard<br /></span> +<span><i>L'Istoyre de la Magdalayne</i>,<br /></span> +<span>Du <i>Juif-Errant</i> ou <i>d'Abaylar</i>.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Elle hâle comme une plainte,<br /></span> +<span>Comme une plainte de la faim,<br /></span> +<span>Et, longue comme un jour sans pain,<br /></span> +<span>Lamentablement, sa complainte....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Ça chante comme ça respire,<br /></span> +<span>Triste oiseau sans plume et sans nid<br /></span> +<span>Vaguant où son instinct l'attire:<br /></span> +<span>Autour des Bon-Dieu de granit....<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Ça peut parler aussi, sans doute.<br /></span> +<span>Ça peut penser comme ça voit:<br /></span> +<span>Toujours devant soi la grand'route....<br /></span> +<span>—Et, quand ç'a deux sous ... ça les boit.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Femme: on dirait hélas—sa nippe<br /></span> +<span>Lui pend, ficelée en jupon;<br /></span> +<span>Sa dent noire serre une pipe<br /></span> +<span>Eteinte....—Oh, la vie a du bon!—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Son nom ... ça se nomme Misère.<br /></span> +<span>Ça s'est trouvé né par hasard.<br /></span> +<span>Ça sera trouvé mort par terre....<br /></span> +<span>La même chose—quelque part.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Si tu la rencontres, Poète,<br /></span> +<span>Avec son vieux sac de soldat:<br /></span> +<span>C'est notre soeur ... donne—c'est fête<br /></span> +<span>Pour sa pipe, un peu de tabac!...<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Tu verras dans sa face creuse<br /></span> +<span>Se creuser, comme dans du bois,<br /></span> +<span>Un sourire; et sa main galeuse<br /></span> +<span>Te faire un vrai signe de croix.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p69" id="p69"></a><span class="title-a"><i>CRIS D'AVEUGLE</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sur l'air bas-breton: <i>Ann hini goz</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">L'oeil tué n'est pas mort<br /></span> +<span class="i2">Un coin le fend encor<br /></span> +<span>Encloué je suis sans cercueil<br /></span> +<span>On m'a planté le clou dans l'oeil<br /></span> +<span class="i2">L'oeil cloué n'est pas mort<br /></span> +<span class="i2">Et le coin entre encor<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2"><i>Deus misericors</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Deus misericors</i><br /></span> +<span>Le marteau bat ma tête en bois<br /></span> +<span>Le marteau qui ferra la croix<br /></span> +<span class="i2"><i>Deus misericors</i><br /></span> +<span class="i2"><i>Deus misericors</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Les oiseaux croque-morts<br /></span> +<span class="i2">Ont donc peur à mon corps<br /></span> +<span>Mon Golgotha n'est pas fini<br /></span> +<span><i>Lamma lamma sabacthani</i><br /></span> +<span class="i2">Colombes de la Mort<br /></span> +<span class="i2">Soiffez après mon corps<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Rouge comme un sabord<br /></span> +<span class="i2">La plaie est sur le bord<br /></span> +<span>Comme la gencive bavant<br /></span> +<span>D'une vieille qui rit sans dent<br /></span> +<span class="i2">La plaie est sur le bord<br /></span> +<span class="i2">Rouge comme un sabord<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Je vois des cercles d'or<br /></span> +<span class="i2">Le soleil blanc me mord<br /></span> +<span>J'ai deux trous percés par un fer<br /></span> +<span>Rougi dans la forge d'enfer<br /></span> +<span class="i2">Je vois un cercle d'or<br /></span> +<span class="i2">Le feu d'en haut me mord<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Dans la moelle se tord<br /></span> +<span class="i2">Une larme qui sort<br /></span> +<span>Je vois dedans le paradis<br /></span> +<span><i>Miserere, De profundis</i><br /></span> +<span class="i2">Dans mon crâne se tord<br /></span> +<span class="i2">Du soufre en pleur qui sort<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Bienheureux le bon mort<br /></span> +<span class="i2">Le mort sauvé qui dort<br /></span> +<span>Heureux les martyrs, les élus<br /></span> +<span>Avec la Vierge et son Jésus<br /></span> +<span class="i2">O bienheureux le mort<br /></span> +<span class="i2">Le mort jugé qui dort<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Un Chevalier dehors<br /></span> +<span class="i2">Repose sans remords<br /></span> +<span>Dans le cimetière bénit<br /></span> +<span>Dans sa sieste de granit<br /></span> +<span class="i2">L'homme en pierre dehors<br /></span> +<span class="i2">A deux yeux sans remords<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Ho je vous sens encor<br /></span> +<span class="i2">Landes jaunes d'Armor<br /></span> +<span>Je sens mon rosaire à mes doigts<br /></span> +<span>Et le Christ en os sur le bois<br /></span> +<span class="i2">A toi je baye encor<br /></span> +<span class="i2">O ciel défunt d'Armor<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">Pardon de prier fort<br /></span> +<span class="i2">Seigneur si c'est le sort<br /></span> +<span>Mes yeux, deux bénitiers ardents<br /></span> +<span>Le diable a mis ses doigts dedans<br /></span> +<span class="i2">Pardon de crier fort<br /></span> +<span class="i2">Seigneur contre le sort<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i2">J'entends le vent du nord<br /></span> +<span class="i2">Qui bugle comme un cor<br /></span> +<span>C'est l'hallali des trépassés<br /></span> +<span>J'aboie après mon tour assez<br /></span> +<span class="i2">J'entends le vent du nord<br /></span> +<span class="i2">J'entends le glas du cor<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9">(<i>Menez Arrez.</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p70" id="p70"></a><span class="title-a"><i>LA PASTORALE DE CONLIE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap"> PAR UN MOBILISÉ DU MORBIHAN<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6"><i>Moral jeunes troupes excellent</i>.<br /></span> +<span class="i12">(OFF.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Qui nous avait levés dans le <i>Mois-noir</i>—Novembre—<br /></span> +<span class="i3">Et parqués comme des troupeaux<br /></span> +<span>Pour laisser dans la boue, au <i>Mois-plus-noir</i>—Décembre—<br /></span> +<span class="i3">Des peaux de mouton et nos peaux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Qui nous a lâchés là: vides, sans espérance,<br /></span> +<span class="i3">Sans un levain de désespoir!<br /></span> +<span>Nous entre-regardant, comme cherchant la France....<br /></span> +<span class="i3">Comiques, fesant peur à voir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Soldats tant qu'on voudra!... soldat est donc un être<br /></span> +<span class="i3">Fait pour perdre le goût du pain?...<br /></span> +<span>Nous allions mendier; on nous envoyait paître:<br /></span> +<span class="i3">Et ... nous paissions à la fin!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—S'il vous plaît: Quelque chose à mettre dans nos bouches?...<br /></span> +<span class="i3">—Héros et bêtes à moitié!—<br /></span> +<span>... Ou quelque chose là: du coeur ou des cartouches:<br /></span> +<span class="i3">—On nous a laissé la pitié!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'aumône: on nous la tit—Qu'elle leur soit rendue<br /></span> +<span class="i3">A ces bienheureux uhlans soûls!<br /></span> +<span>Qui venaient nous jeter une balle perdue....<br /></span> +<span class="i3">Et pour rire!... comme des sous.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>On eût dit un radeau de naufragés.—Misère—<br /></span> +<span class="i3">Nous crevions devant l'horizon.<br /></span> +<span>Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre....<br /></span> +<span class="i3">Un cri nous montait: Trahison!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Trahison ... c'est la guerre! On trouve à qui l'on crie!...<br /></span> +<span class="i3">—Nous: pas besoin....—Pourquoi trahis?...<br /></span> +<span>J'en ai vu parmi nous, sur la Terre-Patrie,<br /></span> +<span class="i3">Se mourir du mal-du-pays.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Oh, qu'elle s'en allait morne, la douce vie!...<br /></span> +<span class="i3">Soupir qui sentait le remord<br /></span> +<span>De ne pouvoir serrer sur sa lèvre une hostie,<br /></span> +<span class="i3">Entre ses dents la mâle-mort!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes,<br /></span> +<span class="i3">—Celui-là ne comprenait pas—<br /></span> +<span>Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes,<br /></span> +<span class="i3">Avec un <i>biniou</i> sous son bras.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il s'assit dans la neige en disant: Ça m'amuse<br /></span> +<span class="i3">De jouer mes airs; laissez-moi.—<br /></span> +<span>Et, le surlendemain, avec sa cornemuse,<br /></span> +<span class="i3">Nous l'avons enterré—Pourquoi!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Pourquoi? dites-leur donc! Vous du Quatre-Septembre!<br /></span> +<span class="i3">A ces vingt mille croupissants!...<br /></span> +<span>Citoyens-décreteurs de victoires en chambre,<br /></span> +<span class="i3">Tyrans forains impuissants!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—La parole est à vous—la parole est légère!...<br /></span> +<span class="i3">La Honte est fille ... elle passa—<br /></span> +<span>Ceux dont les pieds verdis sortent à fleur-de-terre<br /></span> +<span class="i3">Se taisent....—Trop vert pour vous, ça!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ha! Bordeaux, n'est-ce pas, c'est une riche ville....<br /></span> +<span class="i3">Encore en France, n'est-ce pas?...<br /></span> +<span>Elle avait chaud partout votre garde mobile,<br /></span> +<span class="i3">Sous les balcons marquant le pas:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La résurrection de nos boutons de guêtres<br /></span> +<span class="i3">Est loin pour vous faire songer;<br /></span> +<span>Et, vos noms, je les vois collés partout, ô Maîtres!...<br /></span> +<span class="i3">—La honte ne sait plus ronger.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Nos chefs ... ils fesaient bien de se trouver malades!<br /></span> +<span class="i3">Armés en faux-turcs-espagnols<br /></span> +<span>On en vit quelques-uns essayer des parades<br /></span> +<span class="i3">Avec la troupe des Guignols.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Le moral: excellent</i>—Ces Rois avaient des reines.<br /></span> +<span class="i3">Parmi leurs sacs-de-nuit de cour....<br /></span> +<span>A la botte vernie il faut robes à traînes;<br /></span> +<span class="i3">La vaillance est soeur de l'amour.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Assez!—Plus n'en fallait de fanfare guerrière<br /></span> +<span class="i3">A nous, brutes garde-moutons,<br /></span> +<span>Nous: ceux-là qui restaient simples, à leur manière,<br /></span> +<span class="i3"><i>Soldats, catholiques, Bretons</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>A ceux-là qui tombaient bayant à la bataille,<br /></span> +<span class="i3">Ramas de vermine sans nom,<br /></span> +<span>Espérant le premier qui vint crier: Canaille!<br /></span> +<span class="i3">Au canon, la chair à canon!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Allons donc: l'abattoir!—Bestiaux galeux qu'on rosse,<br /></span> +<span class="i3">On nous fournit aux Prussiens;<br /></span> +<span>Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse,<br /></span> +<span class="i3">Des Français aboyaient—Bons chiens!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Hallali! ramenés!—Les perdus ... Dieu les compte,—<br /></span> +<span class="i3">Abreuvés de banals dédains;<br /></span> +<span>Poussés, traînant au pied la savate et la honte,<br /></span> +<span class="i3">Cracher sur nos foyers éteints!<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>—Va: toi qui n'es pas bue, ô fosse de Conlie!<br /></span> +<span class="i3">De nos jeunes sangs appauvris,<br /></span> +<span>Qu'en voyant regermer tes blés gras, on oublie<br /></span> +<span class="i3">Nos os qui végétaient pourris.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La chair plaquée après nos blouses en guenille<br /></span> +<span class="i3">—Fumier tout seul rassemblé....<br /></span> +<span>—Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles!<br /></span> +<span class="i3">L'<i>ergot</i> de mort est dans le blé.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i15">(<i>1870</i>)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>GENS DE MER</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p71" id="p71"></a><i>Point n'ai fait un tas d'océans</i><br /> +<span><i>Comme les Messieurs d'Orléans,</i><br /></span> +<span><i>Ulysses à vapeur en quête....</i><br /></span> +<span><i>Ni l'Archipel en capitan;</i><br /></span> +<span><i>Ni le Transatlantique ardant</i><br /></span> +<span><i>Qu'une chanteuse d'opérette.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Mais il fut flottant, mon berceau,</i><br /></span> +<span><i>Fait comme le nid de l'oiseau</i><br /></span> +<span><i>Qui couve ses oeufs sur la houle....</i><br /></span> +<span><i>Mon lit d'amour fut un hamac:</i><br /></span> +<span><i>Et, pour tantôt, j'espère un sac</i><br /></span> +<span><i>Leste d'un bon caillou qui conte.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Marin, je sens mon matelot</i><br /></span> +<span><i>Comme le bonhomme Callot</i><br /></span> +<span><i>Sentait son illustre bonhomme....</i><br /></span> +<span>—<i>Va</i>, bonhomme de mer <i>mal fait!</i><br /></span> +<span><i>Va, Muse à la voix de rogomme!</i><br /></span> +<span><i>Va, Chef-d'oeuvre de cabaret!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p72" id="p72"></a><span class="title-a"><i>MATELOTS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vos marins de quinquets à l'Opéra ... comique,<br /></span> +<span>Sous un frac en bleu-ciel jurent « Mille sabords! »<br /></span> +<span>Et, sur les boulevards, le survivant chronique<br /></span> +<span>Du <i>Vengeur</i> vend l'onguent à tuer les rats morts.<br /></span> +<span>Le <i>Jùn'homme infligé d'un bras</i>—même en voyage—<br /></span> +<span><i>Infortuné, chantant par suite de naufrage</i> ;<br /></span> +<span>La femme en bain de mer qui tord ses bras au flot;<br /></span> +<span>Et l'amiral ***—Ce n'est pas matelot!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Matelots—quelle brusque et nerveuse saillie<br /></span> +<span>Fait cette <i>Race à part</i> sur la race faillie!<br /></span> +<span>Comme ils vous mettent tous, <i>terriens</i>, au même sac!<br /></span> +<span>—<i>Un curé dans ton lit, un' fill' dans mon hamac!—</i><br /></span> +<span>....................................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—On ne les connaît pas, ces gens à rudes noeuds.<br /></span> +<span>Ils ont le mal de mer sur vos <i>planchers à boeufs</i>:<br /></span> +<span>A terre—oiseaux palmés—ils sont gauches et veûles.<br /></span> +<span>Ils sont mal culottés comme leurs brûle-gueules.<br /></span> +<span>Quand le roulis leur manque ... ils se sentent rouler:<br /></span> +<span>—<i>A terre, on a beau boire, on ne peut désoûler!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—On ne les connaît pas.—Eux: que leur fait la terre?...<br /></span> +<span>Une relâche, avec l'hôpital militaire,<br /></span> +<span>Des filles, la prison, des horions, du vin....<br /></span> +<span>Le reste: Eh bien, après?—Est-ce que c'est marin?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Eux ils sont matelots.—A travers les tortures,<br /></span> +<span>Les luttes, les dangers, les larges aventures,<br /></span> +<span>Leur <i>face-à-coups-de-hache</i> a pris un tic nerveux<br /></span> +<span>D'insouciant dédain pour ce qui n'est pas Eux....<br /></span> +<span>C'est qu'ils se sentent bien, ces chiens! Ce sont des mâles!<br /></span> +<span>—Eux: l'Océan!—et vous: les plates-bandes sales;<br /></span> +<span>Vous êtes des <i>terriens</i>, en un mot, des <i>troupiers</i>:<br /></span> +<span>—<i>De la terre de pipe et de la sueur de pieds!</i>—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Eux sont les <i>vieux-de-cale</i> et <i>les frères-la côte</i>,<br /></span> +<span>Gens au coeur sur la main, et toujours la main haute;<br /></span> +<span>Des natures en barre!—Et capables de tout....<br /></span> +<span>—Faites-en donc autant!...—Ils sont <i>de mauvais goût</i>....<br /></span> +<span>—Peut-être.... Ils ont chez vous des amours tolérées<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Par un <i>grippe-Jésus</i> accueillant leurs entrées....<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a><br /></span> +<span>—Eh! faut-il pas du coeur au ventre quelque part,<br /></span> +<span>Pour entrer en plein jour là—bagne-lupanar,<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a><br /></span> +<span>Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>, dans leur langue hâlée:<br /></span> +<span>—Le cap Horn, noir séjour de tempête grêlée—<br /></span> +<span>Et se coller en vrac, sans crampe d'estomac,<br /></span> +<span>De la chair à chiquer—comme un noeud de tabac!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Jetant leur solde avec leur trop-plein de tendresse,<br /></span> +<span>A tout vent; ils vont là comme ils vont à la messe....<br /></span> +<span>Ces anges mal léchés, ces durs enfants perdus!<br /></span> +<span>—Leur tête a du requin et du petit-Jésus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils aiment à tout crin: Ils aiment plaie et bosse,<br /></span> +<span>La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu'on rosse;<br /></span> +<span>Ils font des voeux à tout ... mais leur voeu caressé<br /></span> +<span>A toujours l'habit bleu d'un <i>Jésus-christ</i> rossé.<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Allez: ce franc cynique a sa grâce native....<br /></span> +<span>Comme il vous toise un chef, à sa façon naïve!<br /></span> +<span>Comme il connaît son maître:—<i>Un d'un seul bloc de bois!</i><br /></span> +<span>—<i>Un mauvais chien toujours qu'un bon enfant parfois!</i><br /></span> +<span>.........................................................................................<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Allez: à bord, chez eux, ils ont leur poésie!<br /></span> +<span>Ces brutes ont des chants ivres d'âme saisie<br /></span> +<span>Improvisés aux quarts sur le gaillard-d'avant....<br /></span> +<span>—Ils ne s'en doutent pas, eux, poème vivant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ils ont toujours, pour leur <i>bonne femme de mère</i>,<br /></span> +<span>Une larme d'enfant, ces héros de misère;<br /></span> +<span>Pour leur <i>Douce-Jolie</i>, une larme d'amour!...<br /></span> +<span>Au pays—loin—ils ont, espérant leur retour,<br /></span> +<span>Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée<br /></span> +<span>Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée.<br /></span> +<span>Elle attend vaguement ... comme on attend là-bas.<br /></span> +<span>Eux ils portent son nom tatoué sur leur bras.<br /></span> +<span>Peut-être elle sera veuve avant d'être épouse....<br /></span> +<span>—Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.—<br /></span> +<span>Mais elle sera fière, à travers un sanglot,<br /></span> +<span>De pouvoir dire encore:—Il était matelot!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—C'est plus qu'un homme aussi devant la mer géante,<br /></span> +<span>Ce matelot entier!...<br /></span> +<span class="i8">Piétinant sous la plante<br /></span> +<span>De son pied marin le pont près de crouler;<br /></span> +<span>Tiens bon! Ça le connaît, ça va le désoûler.<br /></span> +<span>Il finit comme ça, simple en sa grande allure,<br /></span> +<span>D'un bloc:—<i>Un trou dans l'eau, quoi!... pas de fioriture</i>.<br /></span> +<span>.....................................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>On en voit revenir pourtant: bris de naufrage.<br /></span> +<span>Ramassis de scorbut et hachis d'abordage....<br /></span> +<span>Cassés, défigurés, dépaysés, perclus:<br /></span> +<span>—Un oeil en moins.—Et vous, en avez-vous en plus:<br /></span> +<span>—La fièvre-jaune.—-Eh bien, et vous, l'avez-vous rose?<br /></span> +<span>—Une balafre.—Ah, c'est signé!...C'est quelque chose!<br /></span> +<span>—Et le bras en pantenne.—Oui, c'est un biscaïen,<br /></span> +<span>Le reste c'est le bel ouvrage au chirurgien.<br /></span> +<span>—Et ce trou dans la joue?—Un ancien coup de pique.<br /></span> +<span>—Cette bosse?—A <i>tribord?</i>... excusez: c'est ma chique.<br /></span> +<span>—Ça?—Rien: <i>une foutaise</i>, un pruneau dans la main,<br /></span> +<span>Ça sert de baromètre, et vous verrez demain:<br /></span> +<span>Je ne vous dis que ça, sûr! quand je sens ma crampe....<br /></span> +<span>Allez, on n'en fait plus des coques de ma trempe!<br /></span> +<span>On m'a pendu deux fois....—<br /></span> +<span class="i11">Et l'honnête forban<br /></span> +<span>Creuse un bateau de bois pour un petit enfant.<br /></span> +<span>Ils durent comme ça, reniflant la tempête<br /></span> +<span>Riches de gloire et de trois cents francs de retraite,<br /></span> +<span>Vieux culots de gargousse, épaves de héros!...<br /></span> +<span>—Héros?—ils riraient bien!...—Non merci: matelots!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Matelots!—Ce n'est pas vous, jeunes <i>mateluches</i>,<br /></span> +<span>Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches....<br /></span> +<span>Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits!<br /></span> +<span>En haussant leur épaule ils vous trouvent petits.<br /></span> +<span>A treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires!<br /></span> +<span>Vous, vous n'êtes que des <i>pelletas</i> militaires....<br /></span> +<span>Allez, on n'en fait plus de ces <i>purs, premier brin!</i><br /></span> +<span>Tout s'en va ... tout! La mer ... elle n'est plus <i>marin!</i><br /></span> +<span>De leur temps, elle était plus salée et sauvage.<br /></span> +<span>Mais, à présent, rien n'a plus de pucelage....<br /></span> +<span>La mer.... La mer n'est plus qu'une fille à soldats!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas<br /></span> +<span>Comme dans les grands quarts.... Paisible rêverie<br /></span> +<span>De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie....<br /></span> +<span>—Aux pompes!...<br /></span> +<span class="i6">—Non ... fini!—Les beaux jours sont passés<br /></span> +<span>—<i>Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>...............................................................................<br /></span> + +<span>Tel qu'une vieille coque au sec dégréée,<br /></span> +<span>Où vient encor parfois clapoter la marée;<br /></span> +<span>Ame-de-mer en peine est le vieux matelot<br /></span> +<span>Attendant, échoué ...—quoi: la mort?<br /></span> +<span class="i12">—Non, le flot.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +</div><div class="stanza"> +<span class="i10">(<i>Ile d'Ouessant.—Avril</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p73" id="p73"></a><span class="title-a"><i>LE BOSSU BITOR</i><a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un pauvre petit diable aussi vaillant qu'un autre,<br /></span> +<span>Quatrième et dernier à bord d'un petit <i>côtre</i> ...<br /></span> +<span>Fier d'être matelot et de manger pour rien,<br /></span> +<span>Il remplaçait le <i>coq</i>, le mousse et le chien;<br /></span> +<span>Et comptait, comme ça, quarante ans de service,<br /></span> +<span>Sur <i>le rôle</i> toujours inscrit comme—<i>novice!</i>—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Un vrai bossu: cou tors et retors, très madré,<br /></span> +<span>Dans sa coque il gardait sa petite influence;<br /></span> +<span>Car chacun sait qu'en mer un bossu porte chance....<br /></span> +<span>—Rien ne f...iche malheur comme femme ou curé!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son nom: c'était Bitor—nom de mer et de guerre—<br /></span> +<span>Il disait que c'était un tremblement de terre<br /></span> +<span>Qui, jeune et fait au tour, l'avait tout démoli:<br /></span> +<span>Lui, son navire et des cocotiers ... au Chili.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>.......................................................................<br /></span> + +<span>Le soleil est noyé.—C'est le soir—dans le port<br /></span> +<span>Le navire bercé sur ses câbles, s'endort<br /></span> +<span>Seul; et le clapotis bas de l'eau morte et lourde,<br /></span> +<span>Chuchote un gros baiser sous sa carène sourde.<br /></span> +<span>Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque,<br /></span> +<span>Le ciel miroité semble une immense flaque.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le long des quais déserts où grouillait un chaos<br /></span> +<span>S'étend le calme plat....<br /></span> +<span class="i9">Quelques vagues échos....<br /></span> +<span>Quelque novice seul, resté mélancolique,<br /></span> +<span>Se chante son pays avec une musique....<br /></span> +<span>De loin en loin, répond le jappement hagard,<br /></span> +<span>Intermittent, d'un chien de bord qui fait le quart,<br /></span> +<span>Oublié sur le pont....<br /></span> +<span class="i8">Tout le monde est à terre.<br /></span> +<span>Les matelots farauds s'en sont allés—mystère!—<br /></span> +<span>Faire, à grands coups de gueule et de botte ... l'amour.<br /></span> +<span>—Doux repos tant sué dans les labeurs du jour.—<br /></span> +<span>Entendez-vous là-bas, dans les culs-de-sac louches,<br /></span> +<span>Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Chantez! La vie est courte et drôlement cordée!...<br /></span> +<span>Hâle à toi, si tu peux, une bonne bordée<br /></span> +<span>A jouer de la fille, à jouer du couteau....<br /></span> +<span>Roucoulez mes Amours! Qui sait: demain!... tantôt....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Tantôt, tantôt ... la ronde en écrémant la ville,<br /></span> +<span>Vous soulage en douceur quelque traînard tranquille<br /></span> +<span>Pour le coller en vrac, léger échantillon,<br /></span> +<span>Bleu saignant et vainqueur, au clou.—Tradition.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>...........................................................................<br /></span> + +<span>Mais les soirs étaient doux aussi pour le Bitor,<br /></span> +<span>Il était libre aussi, maître et gardien à bord....<br /></span> +<span>Lové tout de son long sur un rond de cordage,<br /></span> +<span>Se sentant somnoler comme un chat ... comme un sage,<br /></span> +<span>Se repassant l'oreille avec ses doigts poilus,<br /></span> +<span>Voluptueux, pensif, et n'en pensant pas plus,<br /></span> +<span>Laissant mollir son corps dénoué de paresse,<br /></span> +<span>Son petit oeil vairon noyé de morbidesse!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Un <i>loustic</i> en passant lui caressait les os:<br /></span> +<span>Il riait de son mieux et faisait le gros dos.<br /></span> +<span>.....................................................................<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tout le monde a pourtant quelque bosse en la tête....<br /></span> +<span>Bitor aussi—c'était de se payer la fête!<br /></span> +<span>Et cela lui prenait, comme un commandement<br /></span> +<span>De Dieu: vers la Noël, et juste une fois l'an.<br /></span> +<span>Ce jour-là, sur la brune, il s'ensauvait à terre<br /></span> +<span>Comme un rat dont on a cacheté le derrière....<br /></span> +<span>—Tiens: Bitor disparu.—C'est son jour de sabbats<br /></span> +<span>Il en a pour deux nuits: réglé comme un compas.<br /></span> +<span>—C'est un sorcier pour sûr....—<br /></span> +<span class="i12">Aucun n'aurait pu dire,<br /></span> +<span>Même on n'en riait plus; c'était fini de rire.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Au deuxième matin, le <i>bordailleur</i> rentrait<br /></span> +<span>Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret,<br /></span> +<span>Louvoyant bord-sur-bord....<br /></span> +<span class="i11">Morne, vers la cuisine<br /></span> +<span>Il piquait droit, chantant ses vêpres ou mâtine,<br /></span> +<span>Et jetait en pleurant ses savates au feu....<br /></span> +<span>—Pourquoi—nul ne savait, et lui s'en doutait peu.<br /></span> +<span>... J'y sens je ne sais quoi d'assez mélancolique,<br /></span> +<span>Comme un vague fumet d'holocauste à l'antique....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'était la fin; plus morne et plus tordu, le hère<br /></span> +<span>Se reprenait hâler son bitor de misère....<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>—C'est un soir, près Noël.—Le côtre est à bon port,<br /></span> +<span>L'équipage au diable, et Bitor ... toujours Bitor.<br /></span> +<span>C'est le grand jour qu'il s'est donné pour prendre terre:<br /></span> +<span>Il fait noir, il est gris.—L'or n'est qu'une chimère!<br /></span> +<span>Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous....<br /></span> +<span>Son pantalon à mettre et:—La terre est à nous!-<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Un pantalon jadis <i>cuisse-de-nymphe-émue</i>,<br /></span> +<span>Couleur tendre à mourir!... et trop tôt devenue<br /></span> +<span><i>Merdoie</i> ... excepté dans les plis <i>rose-d'amour</i>,<br /></span> +<span>Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Enfin il s'est lavé, gratté—rude toilette!<br /></span> +<span>—Ah! c'est que ce n'est pas, non plus, tous les jours fête!...<br /></span> +<span>Un cache-nez lilas lui cache les genoux,<br /></span> +<span>—Encore un coup-de-suif! et: La terre est à nous!<br /></span> +<span>... La terre: un bouchon, quoi!...—Mais Bitor se sent riche:<br /></span> +<span>D'argent, comme un bourgeois: d'amour, comme un caniche....<br /></span> +<span>—Pourquoi pas le <i>Cap-Horn!</i>... Le sérail—Pourquoi pas!...<br /></span> +<span>—Syrènes du <i>Cap-Horn</i>, vous lui tendez les bras!...<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Au fond de la venelle est la lanterne rouge,<br /></span> +<span>Phare du matelot, <i>Stella maris</i> du bouge....<br /></span> +<span>—Qui va là?—Ce n'est plus Bitor! c'est un héros,<br /></span> +<span>Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numéros!...<br /></span> +<span>C'est Triboulet tordu comme un ver par sa haine!...<br /></span> +<span>Ou c'est Alain Chartier, sous un baiser de reine!...<br /></span> +<span>Lagardère en manteau qui va se redresser!...<br /></span> +<span>—Non: C'est un bienheureux honteux—Laissez passer.<br /></span> +<span>C'est une chair enfin que ce bout de rognure!<br /></span> +<span>Un partageux qui veut son morceau de nature.<br /></span> +<span>C'est une passion qui regarde en dessous<br /></span> +<span>L'amour ... pour le voler!...—L'amour à trente sous!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Va donc Paillasse! Et le trousse-galant t'emporte!<br /></span> +<span>Tiens: c'est là!... C'est un mur—Heurte encor!... C'est la porte:<br /></span> +<span>As-tu peur!—<br /></span> +<span class="i5">Il écoute.... Enfin: un bruit de clefs,<br /></span> +<span>Le judas darde un rais:—Hô, quoi que vous voulez?<br /></span> +<span>—J'ai de l'argent.—Combien es-tu? Voyons ta tête....<br /></span> +<span>Bon. Gare à n'entrer qu'un; la maison est honnête;<br /></span> +<span>Fais voir ton sac un peu?... Tu feras travailler?...—<br /></span> +<span>Et la serrure grince, on vient d'entrebâiller;<br /></span> +<span>Bitor pique une tête entre l'huys et l'hôtesse,<br /></span> +<span>Comme un chien dépendu qui se rue à la messe.<br /></span> +<span>—Eh, là-bas! l'enragé, quoi que tu veux ici?<br /></span> +<span>Qu'on te f...iche droit, quoi? pas dégoûté! Merci!...<br /></span> +<span>Quoi qui te faut, bosco?... des nymphes, des pucelles<br /></span> +<span>Hop! à qui le Mayeux? Eh là-bas, les donzelles!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Bitor lui prit le bras:—Tiens, voici pour toi, gouine:<br /></span> +<span>Cache-moi quelque part ... tiens: là....—C'est la cuisine!<br /></span> +<span>—Bon. Tu m'en conduiras une ... et propre! combien?...<br /></span> +<span>—Tire ton sac.—Voilà.—Parole! il a du bien!...<br /></span> +<span>Pour lors nous en avons du premier brin: <i>cossuses</i>;<br /></span> +<span>Mais on ne t'en a pas fait exprès des <i>bossuses</i>....<br /></span> +<span>Bah! la nuit tous les chats sont gris. Reste là voir,<br /></span> +<span>Puisque c'est ton caprice; as pas peur, c'est tout noir.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>....................................................................................<br /></span> +<span>Une porte s'ouvrit. C'est la salle allumée.<br /></span> +<span>Silhouettes grouillant à travers la fumée:<br /></span> +<span>Les amateurs beuglant, ronflant, trinquant, rendus;<br /></span> +<span>—Des Anglais, jouissant comme de vrais pendus,<br /></span> +<span>Se cuvent, pleins de tout et de béatitude;<br /></span> +<span>—Des Yankees longs, et roide-soûls par habitude,<br /></span> +<span>Assis en deux, et, tour-à-tour tirant au mur<br /></span> +<span>Leur jet de jus de chique, au but, et toujours sûr;<br /></span> +<span>—Des Hollandais salés, lardés de couperose;<br /></span> +<span>—De blonds Norwégiens hercules de chlorose;<br /></span> +<span>—Des Espagnols avec leurs figures en os;<br /></span> +<span>—Des baleiniers huileux comme des cachalots;<br /></span> +<span>—D'honnêtes caboteurs bien carrés d'envergures,<br /></span> +<span>Calfatés de goudron sur toutes les coutures;<br /></span> +<span>—Des Nègres blancs, avec des mulâtres lippus;<br /></span> +<span>Des Chinois, le chignon roulé sous un <i>gibus</i>,<br /></span> +<span>Vêtus d'un frac flambant-neuf et d'un parapluie;<br /></span> +<span>—Des chauffeurs venus là pour essuyer leur suie;<br /></span> +<span>—Des Allemands chantant l'amour en orphéon,<br /></span> +<span>Leur patrie et leur chope ... avec accordéon;<br /></span> +<span>—Un noble Italien, jouant avec un mousse<br /></span> +<span>Qui roule deux gros yeux sous sa tignasse rousse;<br /></span> +<span>—Des Grecs plats; des Bretons à tête biscornue;<br /></span> +<span>—L'escouade d'un vaisseau russe, en grande tenue;<br /></span> +<span>—Des Gascons adorés pour leur galant bagout....<br /></span> +<span>Et quelques renégats—écume du ragoût.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Là, plus loin dans le fond sur les banquettes grasses,<br /></span> +<span>Des novices légers <i>s'affalent</i> sur les Grâces<br /></span> +<span>De corvée.... Elles sont d'un gras encourageant;<br /></span> +<span>Ça se paye au tonnage, on en veut pour l'argent....<br /></span> +<span>Et, quand on <i>largue tout</i>, il faut que la viande<br /></span> +<span>Tombe, comme un <i>hunier qui se déferle en bande!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—On a des petits noms: <i>Chiourme, Jany-Gratis,</i><br /></span> +<span><i>Bout-dehors, Fond-de-Vase, Anspeck, Garcette à-ris</i>.<br /></span> +<span>—C'est gréé comme il faut: satin rose et dentelle;<br /></span> +<span>Ils ne trouvent jamais la mariée assez belle....<br /></span> +<span>—Du velours pour frotter à cru leur cuir tanné!<br /></span> +<span>Et du fard, pour torcher leur baiser boucané!...<br /></span> +<span>A leurs ceintures d'or, faut ceinture dorée!<br /></span> +<span>Allons!—<i>Ciel moutonné, comme femme fardée</i><br /></span> +<span><i>N'a pas longue durée</i> à ces Pachas d'un jour....<br /></span> +<span>—<i>N'en faut du vin! n'en faut du rouge!... et de l'amour!</i><br /></span> +<span>...........................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Bitor regardait ça—comment on fait la joie—<br /></span> +<span>Chauve-souris fixant les albatros en proie....<br /></span> +<span>Son rêve fut secoué par une grosse voix:<br /></span> +<span>—Eh, dis donc, l'oiseau bleu, c'est-y fini ton choix?<br /></span> +<span>—Oui: (Ses yeux verts vrillaient la nuit de la cuisine)<br /></span> +<span>... La grosse dame en rose avec sa crinoline!...<br /></span> +<span>—Ça: c'est <i>Mary-Saloppe</i>, elle a son plein et dort.—<br /></span> +<span>Lui, dégainant le bas qui tenait son trésor:<br /></span> +<span>—Je te dis que je veux la belle dame rose!...<br /></span> +<span>—Ça t'y du vice!... Ah-ça: t'es porté sur la chose?...<br /></span> +<span>Pour avec elle, alors, tu feras dix cocus,<br /></span> +<span>Dix tout frais de ce soir!... Vas-y pour tes écus<br /></span> +<span>Et paye en double: On va <i>t'amateloter</i>. Monte....<br /></span> +<span>—Non ici..—Dans le noir?... allons faut pas de honte!<br /></span> +<span>—Je veux ici!—Pas mèche, avec les règlements.<br /></span> +<span>—Et moi je veux!—C'est bon ... mais t'endors pas dedans....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ohé là-bas! debout au quart, <i>Mary-Saloppe!</i><br /></span> +<span>—Eh, c'est pas moi <i>de quart!</i>—C'est pour prendre une chope,<br /></span> +<span>C'est rien <i>la corvée</i> ... accoste: il y a gras!<br /></span> +<span>—De quoi donc?—Va, c'est un qu'a de l'or plein ses bas,<br /></span> +<span>Un bossu dans un sac, qui veut pas qu'on l'évente....<br /></span> +<span>—Bon: qu'y prenne son soûl, j'ai le mien! j'ai ma pente.<br /></span> +<span>—Va, c'est dans la cuisine....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i9">—Eh! voyons-toi, Bichon....<br /></span> +<span>T'es tortu, mais j'ai pas peur d'un tire-bouchon!<br /></span> +<span>Viens.... Si ça t'est égal: éclairons la chandelle?<br /></span> +<span>—Non.—Je voudrais te voir, j'aime Polichinelle....<br /></span> +<span>Ah je te tiens; on sait jouer Colin-Maillard!...—<br /></span> +<span>La matrulle ferma la porte....<br /></span> +<span class="i11">—Ah tortillard!...<br /></span> +<span>..........................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Charivari!—Pour qui?—Quelle ronde infernale,<br /></span> +<span>Quel paquet crevé roule en hurlant dans la salle?...<br /></span> +<span>—Ah, peau de cervelas! ah, tu veux du chahut!<br /></span> +<span>A poil! à poil! on va te <i>caréner</i> tout cru!<br /></span> +<span>Ah, tu grognes, cochon! Attends, tu veux la goutte:<br /></span> +<span>Tiens son ballon!... Allons, avale-moi ça ... toute!<br /></span> +<span>Gare au grappin, il croche! Ah! le cancre qui mord!<br /></span> +<span>C'est le diable bouilli!...—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">C'était l'heureux Bitor.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Carognes, criait-il, mollissez!... je régale....<br /></span> +<span>—Carognes?... Ah, roussin! mauvais comme la gale!<br /></span> +<span>Tu régales, Limonadier de la Passion?<br /></span> +<span>On te régalera, va! double ration!<br /></span> +<span>Pou crochard qui montais nous piquer nos <i>punaises!</i><br /></span> +<span>Cancre qui viens manger nos <i>peaux!</i>... Pas de foutaises,<br /></span> +<span>Vous autres: Toi, <i>la mère</i>, apporte de là haut,<br /></span> +<span>Un grand tapis de lit, en double et comme-y-faut!...<br /></span> +<span>Voilà!—<br /></span> +<span class="i4">Dix bras tendus hâlent la couverture<br /></span> +<span>—Le <i>tortillou</i> dessus!... On va la danser dure;<br /></span> +<span>Saute, Paillasse! hop là!...—<br /></span> +<span class="i10">C'est que le matelot,<br /></span> +<span>Bon enfant, est très dur quand il est <i>rigolot</i>.<br /></span> +<span>Sa colère: c'est bon.—Sa joie: ah, pas de grâce!...<br /></span> +<span><i>Ces dames rigolaient</i>....<br /></span> +<span class="i10">—Attrape: pile ou face?<br /></span> +<span>Ah, le malin! quel vice! il échoue en côté!—<br /></span> +<span>...Sur sa bosse grêlaient, avec quelle gaîté!<br /></span> +<span>Des bouts de corde en l'air sifflant comme couleuvres;<br /></span> +<span>Les sifflets de gabier, rossignols de manoeuvres,<br /></span> +<span>Commandaient et rossignolaient à l'unisson....<br /></span> +<span>—Tiens bon!...—<br /></span> +<span class="i7">Pelotonné, le pauvre hérisson<br /></span> +<span>Volait, rebondissait, roulait. Enfin la plainte<br /></span> +<span>Qu'il rendait comme un cri de poulie est éteinte....<br /></span> +<span>—Tiens bon! il fait exprès.... Il est dur, l'entêté!...<br /></span> +<span>C'est un lapin! ça veut le jus plus pimenté:<br /></span> +<span>Attends!...—<br /></span> +<span class="i3">Quelques couteaux pleuvent ... <i>Mary-Saloppe</i><br /></span> +<span>D'un beau mouvement, hèle:—A moi sa place!—Tope!<br /></span> +<span>Amène tout en vrac! largue!...—<br /></span> +<span class="i12">Le jouet mort<br /></span> +<span>S'aplatit sur la planche et rebondit encor....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Comme après un doux rêve, il rouvrit son oeil louche<br /></span> +<span>Et trouble.... Il essuya dans le coin de sa bouche,<br /></span> +<span>Un peu d'écume avec sa chique en sang.... -C'est bien;<br /></span> +<span>C'est fini, matelot.. Un coup de <i>sacré-chien!</i><br /></span> +<span>Ça vous remet le coeur; bois!...—<br /></span> +<span class="i13">Il prit avec peine<br /></span> +<span>Tout l'argent qui restait dans son bon bas de laine<br /></span> +<span>Et regardant <i>Mary-Saloppe</i>:—C'est pour toi,<br /></span> +<span>Pourboire ... en souvenir.-Vrai: baise-moi donc, quoi!...<br /></span> +<span>Vous autres, laissez-le, grands lâches! mateluches!<br /></span> +<span>C'est mon amant de coeur ... on a ses coqueluches!<br /></span> +<span>... Toi: file à l'embellie, en double, l'asticot:<br /></span> +<span>L'échouage est mauvais, mon pauvre saligot!...—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son oeil marécageux, larme de crocodile,<br /></span> +<span>La regardait encore....—Allons, mon garçon, file!—<br /></span> +<span>......................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>C'est tout. Le lendemain, et jours suivants, à bord<br /></span> +<span>Il manquait.—Le navire est parti sans Bitor.—<br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Plus tard, l'eau soulevait une masse vaseuse<br /></span> +<span>Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse....<br /></span> +<span>Un cadavre bossu, ballonné, démasqué<br /></span> +<span>Par les crabes. Et ça fut jeté sur le quai,<br /></span> +<span>Tout comme l'autre soir, sur une couverture.<br /></span> +<span>Restant de crabe, encore il servit de pâture<br /></span> +<span>Au rire du public; et les gamins d'enfants<br /></span> +<span>Jouant au bord de l'eau noire sous le beau temps,<br /></span> +<span>Sur sa bosse tapaient comme sur un tambour<br /></span> +<span>Crevé....<br /></span> +<span class="i3">—Le pauvre corps avait connu l'amour!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(<i>Marseille.—La Joliette.—Mai</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p74" id="p74"></a><span class="title-a"><i>LE RENÉGAT</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ça c'est un renégat. Contumace partout:<br /></span> +<span>Pour ne rien faire, ça fait tout.<br /></span> +<span>Écumé de partout et d'ailleurs; crâne et lâche,<br /></span> +<span>Écumeur amphibie, à la course, à la tâche;<br /></span> +<span>Esclave, flibustier, nègre, blanc, ou soldat,<br /></span> +<span>Bravo: fait tout ce qui concerne tout état;<br /></span> +<span>Singe, limier de femme ... ou même, au besoin, femme;<br /></span> +<span>Prophète <i>in partibus</i>, à tant par kilo d'âme;<br /></span> +<span>Pendu, bourreau, poison, flûtiste, médecin,<br /></span> +<span>Eunuque; ou mendiant, un coutelas en main....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La mort le connaît bien, mais n'en a plus envie....<br /></span> +<span>Recraché par la mort, recraché par la vie,<br /></span> +<span>Ça mange de l'humain, de l'or, de l'excrément,<br /></span> +<span>Du plomb, de l'ambroisie ... ou rien—Ce que ça sent.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Son nom?—Il a changé de peau, comme chemise....<br /></span> +<span>Dans toutes langues c'est: Ignace ou Cydalyse,<br /></span> +<span><i>Todos los santos</i>.... Mais il ne porte plus ça;<br /></span> +<span>Il a bien effacé son <i>T. F</i>. de forçat!...<br /></span> +<span>—Qui l'a poussé ... l'amour?—Il a jeté sa gourme!<br /></span> +<span>Il a tout violé: potence et garde-chiourme.<br /></span> +<span>—La haine?—Non.—Le vol?—Il a refusé mieux.<br /></span> +<span>—Coup de barre du vice?—Il n'est pas vicieux;<br /></span> +<span>Non ... dans le ventre il a de la fille-de-joie,<br /></span> +<span>C'est un tempérament ... un artiste de proie.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>................................................................<br /></span> +<span>Au diable même il n'a pas fait miséricorde.<br /></span> +<span>—Hâle encore!—Il a tout pourri jusqu'à la corde,<br /></span> +<span>Il a tué toute <i>bête</i>, éreinté tous les coups....<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>Pur, à force d'avoir purgé tous les dégoûts.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i15">(<i>Baléares</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p75" id="p75"></a><span class="title-a"><i>AURORA</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap"> <i>APPAREILLAGE D'UN BRICK CORSAIRE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i4">«<i>Quand l'on fut toujours vertueux</i><br /></span> +<span class="i4"><i>L'on aime à voir lever l'aurore</i>.... »<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Cent vingt <i>corsaires</i>, gens de corde et de sac,<br /></span> +<span>A bord de la <i>Mary-Gratis</i>, ont mis leur sac.<br /></span> +<span>—Il est temps, les enfants! on a roulé sa bosse....<br /></span> +<span>Hisse!—C'est le grand foc qui va payer la noce.<br /></span> +<span>Etarque!—Leur argent les fasse tous cocus!...<br /></span> +<span>La drisse du grand-foc leur rendra leurs écus....<br /></span> +<span>—Hisse hoé!... <i>C'est pas tant le gendarm' qué jé r'grette!</i><br /></span> +<span>—Hisse hoà!... <i>C'est pas ça! Naviguons, ma brunette!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Va donc <i>Mary-Gratis</i>, brick écumeur d'Anglais!<br /></span> +<span>Vire à pic et dérape!...—Un coquin de vent frais<br /></span> +<span>Largue, en vrai matelot, les voiles de l'aurore;<br /></span> +<span>L'écho des cabarets de terre beugle encore....<br /></span> +<span>Eux répondent en choeur, perchés dans les huniers,<br /></span> +<span>Comme des colibris au haut des cocotiers:<br /></span> +<span class="i4">«<i>Jusqu'au revoir, la belle,</i><br /></span> +<span class="i4"><i>Bientôt nous reviendrons</i>.... »<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ils ont bien passé là quatre nuits de liesse,<br /></span> +<span>Moitié sous le comptoir et moitié sur l'hôtesse....<br /></span> +<span class="i4">«... <i>Tachez d'être fidèle,</i><br /></span> +<span class="i4"><i>Nous serons bons garçons</i>.... »<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Évente les huniers!... <i>C'est pas ça qué jé r'grette</i>....<br /></span> +<span>—Brasse et borde partout!... <i>Naviguons, ma brunette!</i><br /></span> +<span>—<i>Adieu, séjour de guigne!</i>... Et roule, et cours bon bord....<br /></span> +<span>Va, la <i>Mary-Gratis!</i>—au nord-est quart de nord.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Et la <i>Mary-Gratis</i>, en flibustant l'écume,<br /></span> +<span>Bordant le lit du vent se gîte dans la brume.<br /></span> +<span>Et le grand flot du large en sursaut réveillé<br /></span> +<span>A terre va bailler, s'étirant sur le roc:<br /></span> +<span class="i3"><i>Roul' ta bosse, tout est payé</i><br /></span> +<span class="i6"><i>Hiss' le grand foc!</i><br /></span> + +<hr class='hrc;' /> + +<span>Ils cinglent déjà loin. Et, couvrant leur sillage,<br /></span> +<span>La houle qui roulait leur chanson sur la plage<br /></span> +<span>Murmure solidement, revenant sur ses pas:<br /></span> +<span>—Tout est payé, la belle!... ils ne reviendront pas.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p76" id="p76"></a><span class="title-a"><i>LE NOVICE EN PARTANCE</i><br /></span> +<span class="i6"><i>et</i><br /></span> +<span class="i3"><i>SENTIMENTAL</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap"> A LA DÉCENTE DES MARINS C<sup>HES</sup><br /></span> +<span class="smcap"> MARIJANE SERRE A BOIRE & A<br /></span> +<span class="smcap"> MANGER COUCHE A PIEDS ET A<br /></span> +<span class="smcap"> CHEVAL.<br /></span> +<span class="smcap"> + DEBIT.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le temps était si beau, la mer était si belle....<br /></span> +<span class="i3">Qu'on dirait qu'y en avait pas.<br /></span> +<span>Je promenais, un coup encore, ma Donzelle,<br /></span> +<span class="i3">A terre, tous deux, sous mon bras.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'était donc, pour du coup, la dernière journée.<br /></span> +<span class="i3">Comme-ça: ça m'était égal....<br /></span> +<span>Ça n'en était pas moins la suprême tournée<br /></span> +<span class="i3">Et j'étais sensitif pas mal.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Tous les ans, plus ou moins, je relâchais près d'elle<br /></span> +<span class="i3">—Un mois de mouillage à passer—<br /></span> +<span>Et je la relâchais tout fraîchement fidèle....<br /></span> +<span class="i3">Et toujours à recommencer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Donc, quand la barque était à l'ancre, sans malice<br /></span> +<span class="i3">J'accostais, novice vainqueur,<br /></span> +<span>Pour mouiller un pied d'ancre. Espérance propice!...<br /></span> +<span class="i3">Un pied d'ancre dans son coeur!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Elle donnait la main à manger mon décompte<br /></span> +<span class="i3">Et mes avances à manger.<br /></span> +<span>Car, pour un <i>mathurin</i> faraud, c'est une honte:<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a><br /></span><br /> +<span class="i3">De ne pas rembarquer léger.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'emportais ses cheveux, pour en cas de naufrage,<br /></span> +<span class="i3">Et ses adieux au long-cours.<br /></span> +<span>Et je lui rapportais des objets de sauvage,<br /></span> +<span class="i3">Que le douanier saisit toujours.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je me l'imaginais pendant les traversées,<br /></span> +<span class="i3">Moi-même et naturellement.<br /></span> +<span>Je m'en imaginais d'autres aussi—sensées<br /></span> +<span class="i3">Elle—dans mon tempérament.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mon nom mâle à son nom femelle se jumelle,<br /></span> +<span class="i3">Bout-à-bout et par à peu-près:<br /></span> +<span>Moi je suis Jean-Marie et c'est Mary-Jane elle....<br /></span> +<span class="i3">Elle ni moi <i>n'ons</i> fait exprès.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Notre chien de métier est chose assez jolis<br /></span> +<span class="i3">Pour un leste et gueusard amant;<br /></span> +<span>Toujours pour démarrer on trouve l'embellie:<br /></span> +<span class="i3">—Un pleur.... Et saille de l'avant!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et hisse le grand foc!—la loi me le commande.—<br /></span> +<span class="i3">Largue les <i>garcettes</i>, sans gant!<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a><br /></span><br /> +<span>Etarque à bloc!—L'homme est libre et la mer est grande<br /></span> +<span class="i3">La femme: un sillage!... Et bon vent!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>On a toujours, puisque c'est dans notre nature,<br /></span> +<span class="i3">—Coulant en douceur, comme tout—<br /></span> +<span>Filé son câble par le bout, sans <i>fignolure</i>....<br /></span> +<span class="i3">Filé son câble par le bout!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—File!... la passion n'est jamais défrisée.<br /></span> +<span class="i3">—Evente tout et pique au nord!<br /></span> +<span>Borde la brigantine et porte à la risée!...<br /></span> +<span class="i3">—On prend sa capote et s'endort....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Et file le parfait amour! à ma manière,<br /></span> +<span class="i3">—Ce n'est pas la bonne: tant mieux!<br /></span> +<span>C'est encor la meilleure et dernière et première....<br /></span> +<span class="i3">As pas peur d'échouer, mon vieux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ah! la mer et l'amour!—On sait—c'est variable....<br /></span> +<span class="i3">Aujourd'hui: zéphyrs et houris!<br /></span> +<span>Et demain ... c'est un grain: Vente la peau du diable!<br /></span> +<span class="i3">Debout au quart! croche des ris!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Nous fesons le bonheur d'un tas de malheureuses,<br /></span> +<span class="i3">Gabiers-volants de Cupidon!...<br /></span> +<span>Et la lame de l'ouest nous rince les pleureuses....<br /></span> +<span class="i3">—Encore une! et lave le pont!<br /></span> +<span>............................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Comme ça mol je suis. Elle, c'était la rose<br /></span> +<span class="i3">D'amour, et du débit d'ici....<br /></span> +<span>Nous cherchions tous deux à nous dire quelque chose<br /></span> +<span class="i3">De triste.—C'est plus propre aussi.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Elle ne disait rien—Moi: pas plus.—Et sans doute,<br /></span> +<span class="i3">La chose aurait duré longtemps....<br /></span> +<span>Quand elle dit, d'un coup, au milieu de la route:<br /></span> +<span class="i3">—Ah Jésus! comme il fait beau temps.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>J'y pensais justement, et peut-être avant elle....<br /></span> +<span class="i3">Comme avec un même coeur, quoi!<br /></span> +<span>Donc, je dis à mon tour:—Oh! oui, mademoiselle,<br /></span> +<span class="i3">Oui...; Les vents hâlent le <i>noroî</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ah! pour où partez-vous?—Ah! pour notre voyage....<br /></span> +<span class="i3">—Des pays mauvais?—Pas meilleurs....<br /></span> +<span>—Pourquoi?—Pour faire un tour, démoisir l'équipage....<br /></span> +<span class="i3">Pour quelque part, et pas ailleurs:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>New-York ... Saint-Malo....—Que partout Dieu vous garde!<br /></span> +<span class="i3">—Oh!... Le saint homme y peut s'asseoir;<br /></span> +<span>Ça n'est notre métier à nous, ça nous regarde:<br /></span> +<span class="i3"><i>Eveillatifs</i>, l'oeil au bossoir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Oh! ne blasphémez pas! Que la Vierge vous veille!<br /></span> +<span class="i3">—Oui: que je vous rapporte encor<br /></span> +<span>Une bonne Vierge à la façon de Marseille:<br /></span> +<span class="i3">Pieds, mains, et tête et tout, en or?...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Votre navire est-il bon pour la mer lointaine?<br /></span> +<span class="i3">—Ah! pour ça, je ne sais pas trop,<br /></span> +<span>Mademoiselle; c'est l'affaire au capitaine,<br /></span> +<span class="i3">Pas à vous, ni moi matelot.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Mais le navire a-t-il un beau nom de baptême?<br /></span> +<span class="i3">—C'est un <i>brick</i> ... pour son petit nom:<br /></span> +<span>Un espèce de nom de dieu ... toujours le même,<br /></span> +<span class="i3">Ou de sa moitié: <i>Junon</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je tremblerai pour vous, quand la mer se tourmente....<br /></span> +<span class="i3">—Tiens bon, va! la coque a deux bords....<br /></span> +<span>On sait patiner ça! comme on fait d'une amante....<br /></span> +<span class="i3">—Mais les mauvais maux?...—Oh! des sorts!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Je tremble aussi que vous n'oubliiez mes tendresses<br /></span> +<span class="i3">Parmi vos reines de là-bas....<br /></span> +<span>—Beaux cadavres de femme: oui! mais noirs et singesses.<br /></span> +<span class="i3">Et puis: voyez, là, sur mon bras:<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>C'est l'<i>Hôtel de l'Hymen, dont deux coeurs en gargousse</i><br /></span> +<span class="i3">Tatoués à perpétuité!<br /></span> +<span>Et <i>la petite bonne-femme en frac de mousse</i>:<br /></span> +<span class="i3">C'est vous, en portrait ... pas flatté.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Pour lors, c'est donc demain que vous quittez?...—Peut-être.<br /></span> +<span class="i3">—Déjà!...—Peut-être après-demain.<br /></span> +<span>—Regardez en appareillant, vers ma fenêtre:<br /></span> +<span class="i3">On fera bonjour de la main.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—C'est bon. Jusqu'au retour de n'importe où, m'amie....<br /></span> +<span class="i3">Du Tropique ou Noukahiva.<br /></span> +<span>Tâchez d'être fidèle, et moi: sans avarie....<br /></span> +<span class="i3">Une autre fois mieux!—Adieu-vat!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">(<i>Brest-Recouvrance</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p77" id="p77"></a><span class="title-a"><i>LA GOUTTE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sous un seul hunier—le dernier—à la cape,<br /></span> +<span>Le navire était soûl; l'eau sur nous faisait nappe.<br /></span> +<span>—Aux pompes, faillis chiens!—L'équipage fit—non.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Le hunier! le hunier!...<br /></span> +<span class="i9">C'est un coup de canon.<br /></span> +<span>Un grand froufrou de soie à travers la tourmente.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Le hunier emporté!—C'est la fin. Quelqu'un chante.—<br /></span> +<span>—Tais-toi, Lascar!—Tantôt.—Le hunier emporté!...<br /></span> +<span>—Pare le foc, quelqu'un de bonne volonté!...<br /></span> +<span>—Moi.—Toi, lascar?—Je chantais ça, moi, capitaine.<br /></span> +<span>—Va.—Non: la goutte avant?—Non, après.—Pas la peine:<br /></span> +<span>La grande tasse est là pour un coup....—<br /></span> +<span class="i15">Pour braver,<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quoi! mourir pour mourir et ne rien sauver....<br /></span> +<span>—Fais comme tu pourras: Coupe. Et gare à ta drisse.<br /></span> +<span>—Merci—<br /></span> +<span class="i4">D'un bond du singe il saute, de la lisse,<br /></span> +<span>Sur le beaupré noyé, dans les agrès pendants.<br /></span> +<span>—Bravo!—<br /></span> +<span class="i5">Nous regardions, la mort entre les dents.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Garçons, tous à la drisse! à nous! pare l'écoute!...<br /></span> +<span>(Le coup de grâce enfin.... )—Hisse! barre au vent toute!<br /></span> +<span>Hurrah! nous abattons!...—<br /></span> +<span class="i11">Et le foc déferlé<br /></span> +<span>Redresse en un clin d'oeil le navire acculé.<br /></span> +<span>C'est le salut à nous qui bat dans cette loque<br /></span> +<span>Fuyant devant le temps! Encor paré la coque!<br /></span> +<span>—Hurrah pour le lascar!—Le lascar?...<br /></span> +<span class="i15">—A la mer!<br /></span> +<span>—Disparu?—Disparu—Bon, ce n'est pas trop cher.<br /></span> +<span>......................................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Ouf! c'est fait—Toi, Lascar!—moi, Lascar, capitaine,<br /></span> +<span>La lame m'a rincé de dessus la poulaine,<br /></span> +<span>Le même coup de mer m'a ramené gratis....<br /></span> +<span>Allons, mes poux n'auront pas besoin d'onguent-gris.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Accoste, tout le monde! Et toi, Lascar, écoute:<br /></span> +<span>Nous te devons la vie....—Après?—Pour ça?...—La goutte!<br /></span> +<span>Mais c'était pas pour ça, n'allez pas croire, au moins....<br /></span> +<span>—Viens m'embrasser!—Attrape à torcher les grouins.<br /></span> +<span>J'suis pas beau, capitain', mais, soit dit en famille,<br /></span> +<span>Je vous ai fait plaisir plus qu'une belle fille?...<br /></span> +<span>..............................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Le capitaine mit, ce jour, sur son rapport:<br /></span> +<span>—<i>Gros temps. Laissé porter. Rien de neuf à bord</i>.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i14">(<i>A bord</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p78" id="p78"></a><span class="title-a"><i>BAMBINE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tu dors sous les panais, capitaine Bambine<br /></span> +<span>Du remorqueur havrais <i>l' Aimable Proserpine</i>,<br /></span> +<span>Qui, vingt-huit ans, fit voir au Parisien béant,<br /></span> +<span>Pour vingt sous: <i>L' OCÉAN! L'OCÉAN!! L'OCÉAN!!!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Train de plaisir au large.—On double la jetée—<br /></span> +<span>En rade: <i>y a-z-un peu d'gomme</i>....—Une mer démontée—<br /></span> +<span>Et <i>la cargaison</i> râle:—Ah! commandant! assez!<br /></span> +<span>Assez, pour notre argent, de tempête! cessez!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Bambine ne dit mot. Un bon coup de mer passe<br /></span> +<span>Sur les infortunés:—Ah—, capitaine! grâce!...<br /></span> +<span>—C'est bon ... si ces messieurs et dam's ont leur content?...<br /></span> +<span>C'est pas pour mon plaisir, moi, v's êtes mon chargement:<br /></span> +<span>Pare à virer....—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i7">Malheur! le coquin de navire<br /></span> +<span>Donne en grand sur un banc....—Stoppe!—Fini de rire....<br /></span> +<span>Et talonne à tout rompre, et roule bord sur bord<br /></span> +<span>Balayé par la lame:—A la fin, c'est trop fort!...—<br /></span> +<span>Et la <i>cargaison</i> rend des cris ... rend tout! rend l'âme<br /></span> +<span>Bambine fait les cent pas.<br /></span> +<span class="i11">Un ange, une femme<br /></span> +<span>Le prend:—C'est ennuyeux ça, conducteur! cessez!<br /></span> +<span>Faîtes-moi mettre à terre, à la fin! c'est assez!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Bambine l'élongeant d'un long regard austère:<br /></span> +<span>—A terre! q'vous avez dit?... vous avez dit: à terre....<br /></span> +<span>A terre! pas dégoûtai!... Moi-z'aussi, foi d'mat'lot,<br /></span> +<span>J'voudrais ben!... attendu q'si t'-ta-l'heure l'prim' flot<br /></span> +<span>Ne soulag' pas la coque: vous et moi, mes princesses<br /></span> +<span>J'bêrons ben, sauf respect, la lavure éd'nos fesses!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il reprit ses cent pas, tout à fait mal bordé:<br /></span> +<span>—A terre!... j'crâis f...tre ben! Les femm's!... pas dégoûté!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i6">(<i>Havre-de-Grâce. La Hêve.—(Août</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p79" id="p79"></a><span class="title-a"><i>CAP'TAINE LEDOUX</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="smcap">A LA BONNE RELACHE DES CABOTEURS<br /></span> +<span class="smcap"> VEUVE-CAP'TAINE GALMICHE<br /></span> +<span class="smcap">CHAUDIÈRE POUR LES MARINS—COOK-HOUSE<br /></span> +<span class="smcap"> + BRANDY—LIQOEUR<br /></span> +<span class="smcap"> + —POULIAGE—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Tiens, c'est l'cap'tain' Ledoux!... eh quel bon vent vous pousse:<br /></span> +<span>—Un <i>bon frais</i>, m'am' Galmiche, à fair' plier mon pouce:<br /></span> +<span>R'lâchés en avarie, en rade, avec mon <i>lougre</i>....<br /></span> +<span>—Auguss! on se hiss' pas comme ça desur les g'noux<br /></span> +<span>Des cap'tain's!...—Eh, laissez, l'chérubin! c'est à vous:<br /></span> +<span>—Mon portrait craché hein?...—Ah....<br /></span> +<span class="i15">Ah! l'vilain p'tit bougre.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10">(<i>Saint-Mâlo-de-l'Isle</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p80" id="p80"></a><span class="title-a"><i>LETTRE DU MEXIQUE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8"><i>La Vera-Cruz, 10 février</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>Vous m'avez confié le petit.—Il est mort.<br /></span> +<span>«Et plus d'un camarade avec, pauvre cher être.<br /></span> +<span>L'équipage ... y en a plus. Il reviendra peut-être<br /></span> +<span class="i3">Quelques-uns de nous.—C'est le sort»—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>«Rien n'est beau comme ça—Matelot—pour un homme<br /></span> +<span>Tout le monde en voudrait à terre—C'est bien sur.<br /></span> +<span>Sans le désagrément. Rien que ça: Voyez comme<br /></span> +<span class="i3">Déjà l'apprentissage est dur.»<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>«Je pleure en marquant ça, moi, vieux <i>Frère-la-côte.</i><br /></span> +<span>J'aurais donné ma peau joliment sans façon<br /></span> +<span>Pour vous le renvoyer.... Moi, ce n'est pas ma faute:<br /></span> +<span class="i3">Ce mal-là n'a pas de raison.»<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>«La fièvre est ici comme Mars en carême,<br /></span> +<span>Au cimetière on va toucher sa ration.<br /></span> +<span>Le zouave a nommé ça—Parisien quand-même—<br /></span> +<span class="i3">«<i>Le Jardin d'acclimatation</i>.»<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>«Consolez-vous. Le monde y crève comme mouches.<br /></span> +<span>... J'ai trouvé dans son sac des souvenir de coeur:<br /></span> +<span>Un portrait de fille, et deux petites babouches,<br /></span> +<span class="i3">Et: marqué—<i>Cadeau pour ma soeur</i>.»—<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>«Il fait dire à <i>maman</i>: qu'il a fait sa prière.<br /></span> +<span>Au père: qu'il serait mieux mort dans un combat.<br /></span> +<span>Deux anges étaient là sur son heure dernière:<br /></span> +<span class="i3">Un matelot. Un vieux soldat.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i12"><i>Toulon, 24 mai</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p81" id="p81"></a><span class="title-a"><i>LE MOUSSE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Mousse: il est donc marin, ton père?...<br /></span> +<span>—Pêcheur. Perdu depuis longtemps.<br /></span> +<span>En découchant d'avec ma mère,<br /></span> +<span>Il a couché dans les brisants....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Maman lui garde au cimetière<br /></span> +<span>Une tombe—et rien dedans.—<br /></span> +<span>C'est moi son mari sur la terre,<br /></span> +<span>Pour gagner du pain aux enfants<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Deux petits.—Alors, sur la plage,<br /></span> +<span>Rien n'est revenu du naufrage?...<br /></span> +<span>—Son garde-pipe et son sabot....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>La mère pleure, le dimanche,<br /></span> +<span>Pour repos.... Moi: j'ai ma revanche<br /></span> +<span>Quand je serai grand-matelot!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i7"><i>(Baie des Trépassés</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p82" id="p82"></a><span class="title-a"><i>AU VIEUX ROSCOFF</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Berceuse en Nord-Ouest mineur</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Trou de flibustiers, vieux nid<br /></span> +<span>A corsaires!—dans la tourmente,<br /></span> +<span>Dors ton bon somme de granit<br /></span> +<span>Sur tes caves que le flot hante....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ronfle à la mer, ronfle à la brise;<br /></span> +<span>Ta corne dans la brume grise,<br /></span> +<span>Ton pied marin dans les brisans....<br /></span> +<span>—Dors: tu peux fermer ton oeil borgne<br /></span> +<span>Ouvert sur le large, et qui lorgne<br /></span> +<span>Les Anglais, depuis trois cents ans.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dors, vieille coque bien ancrée;<br /></span> +<span>Les margats et les cormorans<br /></span> +<span>Tes grands poètes d'ouragans<br /></span> +<span>Viendront chanter à la marée....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dors, vieille fille-à-matelots;<br /></span> +<span>Plus ne te soûleront ces flots<br /></span> +<span>Qui te faisaient une ceinture<br /></span> +<span>Dorée, aux nuits rouges de vin,<br /></span> +<span>De sang, de feu!—Dors.... Sur ton sein<br /></span> +<span>L'or ne tondra plus en friture.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Où sont les noms de tes amants....<br /></span> +<span>—La mer et la gloire étaient folles!—<br /></span> +<span>Noms de lascars! noms de géants!<br /></span> +<span>Crachés des gueules d'espingoles....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Où battaient-ils, ces pavillons,<br /></span> +<span>Écharpant ton ciel en haillons!...<br /></span> +<span>—Dors au ciel de plomb sur tes dunes....<br /></span> +<span>Dors: plus ne viendront ricocher<br /></span> +<span>Les boulets morts, sur ton clocher<br /></span> +<span>Criblé—comme un prunier—de prunes....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Dors: sous les noires cheminées,<br /></span> +<span>Écoute rêver tes enfants,<br /></span> +<span>Mousses du quatre-vingt-dix ans,<br /></span> +<span>Épaves des belles années....<br /></span> +<span>............................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Il dort ton bon canon de fer,<br /></span> +<span>A plat-ventre aussi dans sa souille,<br /></span> +<span>Grêlé par les lunes d'hyver....<br /></span> +<span>Il dort son lourd sommeil de rouille.<br /></span> +<span>—Va: ronfle au vent, vieux ronfleur,<br /></span> +<span>Tiens toujours ta gueule enragée<br /></span> +<span>Braquée à l'Anglais!... et chargée<br /></span> +<span>De maigre jonc-marin en fleur.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i8">(<i>Roscoff.—Décembre</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p83" id="p83"></a><span class="title-a"><i>LE DOUANIER</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<i>Élégie de corps-de-garde à la mémoire des douaniers</i><br /> +<span class="i8"><i>gardes-côtes</i><br /></span> +<span class="i3"><i>mis à la retraite le</i> 30 <i>novembre</i> 1869.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quoi, l'on te tend l'oreille! est-il vrai qu'on te rogne,<br /></span> +<span>Douanier?... Tu vas mourir et pourrir sans façon,<br /></span> +<span><i>Gablou</i>?...—Non! car je vais rempailler—Qui qu'en grogne!—<br /></span> +<span>Mais, sans te déflorer: avec une chanson;<br /></span> +<span>Et te coller ici, boucané de mes rimes,<br /></span> +<span>Comme les varechs secs des herbiers maritimes.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ange-gardien culotté par les brises,<br /></span> +<span class="i1">Pénate des falaises grises,<br /></span> +<span class="i1">Vieux oiseau salé du bon Dieu<br /></span> +<span class="i1">Qui flânes dans la tempête,<br /></span> +<span class="i1">Sans auréole à ta tête,<br /></span> +<span class="i1">Sans aile à ton habit bleu!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">Je t'aime, modeste amphibie<br /></span> +<span class="i1">Et ta bonne trogne d'amour,<br /></span> +<span class="i1">Anémone de mer fourbie<br /></span> +<span class="i1">Épanouie à mon <i>bonjour!</i>...<br /></span> +<span class="i1">Et j'aime ton <i>bonjour</i>, brave homme,<br /></span> +<span class="i1">Roucoulé dans ton estomac,<br /></span> +<span class="i1">Tout gargarisé de rogomme<br /></span> +<span class="i1">Et tanné de jus de tabac!<br /></span> +<span class="i1">J'aime ton petit corps de garde<br /></span> +<span class="i1">Haut perché comme un goéland<br /></span> +<span class="i3">Qui regarde<br /></span> +<span class="i1">Dans les quatre aires-de-vent.<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span class="i1">Là, rat de mer solitaire,<br /></span> +<span class="i1">Bien loin du contrebandier<br /></span> +<span class="i1">Tu rumines ta chimère:<br /></span> +<span class="i1">—Les galons de brigadier!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">Puis un petit coup-de-blague<br /></span> +<span class="i1">Doux comme un demi-sommeil....<br /></span> +<span class="i1">Et puis: bâiller à la vague,<br /></span> +<span class="i1">Philosopher au soleil....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">La nuit, quand fait la rafale<br /></span> +<span class="i1">La chair-de-poule au flot pâle,<br /></span> +<span class="i1">Hululant dans le roc noir....<br /></span> +<span class="i1">Se promène une ombre errante;<br /></span> +<span class="i1">Soudain: une pipe ardente<br /></span> +<span class="i1">Rutile....—Ah! douanier, bonsoir.<br /></span> +<span>....................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Tout se trouvait en toi, bonne femme cynique:<br /></span> +<span>Brantôme, Anacréon, Barème et le Portique;<br /></span> +<span>Homère-troubadour, vieille Muse qui chique!<br /></span> +<span>Poète trop senti pour être poétique!...<br /></span> +<span>—Tout: sorcier, sage-femme et briquet phosphorique,<br /></span> +<span>Rose-des-vents, sacré gui, lierre bacchique,<br /></span> +<span>Thermomètre à l'alcool, coucou droit à musique,<br /></span> +<span>Oracle, écho, docteur, almanach, empirique,<br /></span> +<span>Curé voltairien, huître politique....<br /></span> +<span>—Sphinx d'assiette d'un sou, ton douanier souvenir<br /></span> +<span>Lisait le bordereau même de l'avenir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Tu connaissais Phoebé, Phoebus, et les marées....<br /></span> +<span>Les amarres d'amour sur les grèves ancrées<br /></span> +<span>Sous le vent des rochers; et tout amant fraudeur<br /></span> +<span>Sous ta coupe passait le colis de son coeur....<br /></span> +<span>—Tu reniflais le temps, quinze jours à l'avance,<br /></span> +<span>Et les noces: neuf mois ... et l'état de la France;<br /></span> +<span>Tu savais tous les noms, les cancans d'alentour,<br /></span> +<span>Et de terre et de mer, et de nuit et de jour!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Je te disais ce que je savais écrire....<br /></span> +<span>Et nous nous comprenions—tu ne savais pas lire—<br /></span> +<span>Mais ta philosophie était un puits profond<br /></span> +<span>Où j'aimais à cracher, rêveur ... pour faire un rond.<br /></span> +<span>..............................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>Un jour—ce fut ton jour!—Je te vis redoutable:<br /></span> +<span class="i1">Sous ton bras fiévreux cahotait la table<br /></span> +<span class="i1">Où nageait, épars, du papier timbré;<br /></span> +<span class="i1">La plume crachait dans tes mains alertes<br /></span> +<span class="i1">Et sur ton front noir, tes lunettes vertes<br /></span> +<span class="i1">Sillonnaient d'éclairs ton nez cabré....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">—Contre deux rasoirs d'Albion perfide,<br /></span> +<span class="i1">Nous verbalisions! tu verbalisais!<br /></span> +<span class="i1">«<i>Plus les deux susdits ... dont un baril vide</i>....»<br /></span> +<span class="i1">J'avais composé, tu repolissais....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>..........................................................................<br /></span> +<span>—Comme un songe passés, douanier, ces jours de fête!<br /></span> +<span>Fais valoir maintenant tes droits à la retraite....<br /></span> +<span>—Brigadier, brigadier, vous n'aurez plus raison!...<br /></span> +<span>—Plus de longue journée à gratter l'horizon,<br /></span> +<span>Plus de sieste au soleil, plus de pipe à la lune,<br /></span> +<span>Plus de nuit à l'affût des lapins sur la dune....<br /></span> +<span>Plus rien, quoi!... que <i>la goutte</i> et le ressouvenir....<br /></span> +<span>—Ah! pourtant: tout: cela c'est bien vieux pour finir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Va, lézard démodé! Faut passer, mon vieux type;<br /></span> +<span>Il faut te voir t'éteindre et s'éteindre ta pipe....<br /></span> +<span>Passer, ta pipe et toi, parmi les vieux culots:<br /></span> +<span>L'administration meurt, faute de ballots!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Telle que, sans rosée, une sombre pervenche<br /></span> +<span>Se replie, en closant sa corolle qui penche....<br /></span> +<span>Telle, sans contrebande, on voit se replier<br /></span> +<span>La capote gris-bleu, corolle du douanier!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Quel sera désormais le terme du problème:<br /></span> +<span>—L'ennui contemplatif divisé par lui-même?—<br /></span> +<span>Quel balancier rêveur fera donc les cent pas,<br /></span> +<span>Poète, sans savoir qu'il ne s'en doute pas....<br /></span> +<span>Qui? sinon le douanier.—Hélas, qu'on me le rende!<br /></span> +<span>Dussé-je pour cela foire la contrebande....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>...........................................................................<br /></span> +<span>—Non: fini!... réformé! Va, l'oreille fendue,<br /></span> +<span>Rendre au gouvernement ta pauvre âme rendue....<br /></span> +<span>Rends ton gabion, rends tes <i>Procès-verbaux divers</i>;<br /></span> +<span>Rends ton bancal, rends tout, rends ta chique!...<br /></span> +<span class="i15">Et mes vers.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10">(<i>Roscoff.—Novembre</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p84" id="p84"></a><span class="title-a"><i>LE NAUFRAGEUR</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">Si ce n'était pas vrai—Que je crève!<br /></span> +<span class="i1">.........................................................<br /></span> +<span class="i1">J'ai vu dans mes yeux, dans mon rêve,<br /></span> +<span class="i1">La NOTRE-DAME DES BRISANS<br /></span> +<span class="i1">Qui jetait à ses pauvres gens<br /></span> +<span class="i1">Un gros navire sur leur grève....<br /></span> +<span class="i1">Sur la grève des Kerlouans<br /></span> +<span class="i1">Aussi goélands que les goélands.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Le sort est dans l'eau: le cormoran nage,<br /></span> +<span>Le vent bat en côte, et c'est le <i>Mois Noir</i>....<br /></span> +<span>Oh! moi je sens bien de loin le naufrage!<br /></span> +<span>Moi j'entends là-haut chasser le nuage.<br /></span> +<span>Moi je vois profond dans la nuit, sans voir!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">Moi je siffle quand la mer gronde,<br /></span> +<span class="i1">Oiseau de malheur à poil roux!...<br /></span> +<span class="i1">J'ai promis aux douaniers de ronde,<br /></span> +<span class="i1">Leur part, pour rester dans leurs trous....<br /></span> +<span class="i1">Que je sois seul!—oiseau d'épave<br /></span> +<span class="i1">Sur les brisans que la mer lave....<br /></span> +<span class="i1">..................................................................<br /></span> +<span class="i1">Oiseau de malheur à poil roux!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">—Et qu'il vente la peau du diable!<br /></span> +<span class="i1">Je sens ça déjà sous ma peau.<br /></span> +<span class="i1">La mer moutonne!...—Ho, mon troupeau!<br /></span> +<span class="i1">—C'est moi le berger, sur le sable....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>L'enfer fait l'amour.—Je ris comme un mort—<br /></span> +<span>Sautez sous le <i>Hû!</i>... le <i>Hû</i> des rafales,<br /></span> +<span>Sur les <i>noirs taureaux sourds, blanches cavales!</i><br /></span> +<span>Votre écume à moi, <i>cavales d'Armor!</i><br /></span> +<span>Et vos crins au vent!...—Je ris comme un mort—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i1">Mon père était un vieux <i>saltin</i>,<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a><br /></span><br /> +<span class="i1">Ma mère une vieille <i>morgate</i>...<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a><br /></span><br /> +<span class="i1">Une nuit, sonna le tocsin:<br /></span> +<span class="i1">—Vite à la côte: une frégate!—<br /></span> +<span class="i1">... Et dans la nuit, jusqu'au matin,<br /></span> +<span class="i1">Ils ont tout rincé la frégate....<br /></span> +<span class="i1">—Mais il dort mort le vieux <i>saltin</i>,<br /></span> +<span class="i1">Et morte la vieille <i>morgate</i>....<br /></span> +<span class="i1">Là-haut, dans le paradis saint<br /></span> +<span class="i1">Ils n'ont plus besoin de frégate.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i5">(<i>Ranc de Kerlouan.—Novembre</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p85" id="p85"></a><span class="title-a"><i>A MON COTRE LE NÉGRIER</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vendu sur l'air de: <i>Adieu, mon beau Navire</i>!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">Allons file, mon côtre!<br /></span> +<span class="i3">Adieu mon Négrier.<br /></span> +<span class="i3">Va, file aux mains d'un autre<br /></span> +<span class="i3">Qui pourra te noyer....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Nous n'irons plus sur la vague lascive<br /></span> +<span class="i3">Nous gîter en fringuant!<br /></span> +<span>Plus nous n'irons à la molle dérive<br /></span> +<span class="i3">Nous rouler en rêvant....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Adieu, rouleur de côtre,<br /></span> +<span class="i3">Roule mon Négrier,<br /></span> +<span class="i3">Sous les pieds plats de l'autre<br /></span> +<span class="i3">Que tu pourras noyer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Va! nous n'irons plus rouler notre bosse....<br /></span> +<span class="i3">Tu cascadais fourbu;<br /></span> +<span>Les coups de mer arrosaient notre noce,<br /></span> +<span class="i3">Dis: en avons-nous bu!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Et va, noceur de côtre!<br /></span> +<span class="i3">Noce, mon Négrier!<br /></span> +<span class="i3">Que sur ton pont se vautre<br /></span> +<span class="i3">Un noceur perruquier.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Et, tous les crins au vent, nos chaloupeuses!<br /></span> +<span class="i3">Ces vierges à sabords!<br /></span> +<span>Te patinant dans nos courses mousseuses!...<br /></span> +<span class="i3">Ah! c'étaient les bons bords!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Va, pourfendeur de lames,<br /></span> +<span class="i3">Pourfendre, ô Négrier!<br /></span> +<span class="i3">L'estomac à des dames<br /></span> +<span class="i3">Qui <i>paîront leur loyer</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Et sur le dos rapide de la houle.<br /></span> +<span class="i3">Sur le roc au dos dur,<br /></span> +<span>A toc de toile allait ta coque soûle....<br /></span> +<span class="i3">—Mais toujours d'un oeil sûr!—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Va te soûler, mon côtre:<br /></span> +<span class="i3">A crever! Négrier.<br /></span> +<span class="i3">Et montre bien à l'autre<br /></span> +<span class="i3">Qu'on savait louvoyer.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Il faisait beau quand nous mettions en panne,<br /></span> +<span class="i3">Vent-dedans vent-dessus;<br /></span> +<span>Comme on pêchait!... Va: je suis dans la panne<br /></span> +<span class="i3">Où l'on ne pêche plus.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—La mer jolie est belle<br /></span> +<span class="i3">Et les brisans sont blancs....<br /></span> +<span class="i3">Penché, trempe ton aile<br /></span> +<span class="i3">Avec les goélands!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Et cingle encor de ton fin mat-de-flèche,<br /></span> +<span class="i3">Le ciel qui court au loin.<br /></span> +<span>Va! qu'en glissant, l'algue profonde lèche<br /></span> +<span class="i3">Ton ventre de marsouin!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Va, sans moi, sans ton âme;<br /></span> +<span class="i3">Et saille de l'avant!...<br /></span> +<span class="i3">Plus ne battras ma flamme<br /></span> +<span class="i3">Qui chicanait le vent.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Que la risée enfle encor ta <i>Fortune</i><a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a><br /></span><br /> +<span class="i3">En bandant tes agrès!<br /></span> +<span>—Moi: plus d'agrès, de lest, ni de fortune....<br /></span> +<span class="i3">Ni de risée après!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">... Va-t'en, humant la brume<br /></span> +<span class="i3">Sans moi, prendre le frais,<br /></span> +<span class="i3">Sur la vague de plume....<br /></span> +<span class="i3">Va!—Moi j'ai trop de frais.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Légère encor est pour toi la rafale<br /></span> +<span class="i3">Qui frisotte la mer!<br /></span> +<span>Va....—Pour moi seul, rafale, la rafale<br /></span> +<span class="i3">Soulève un flot amer!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i3">—Dans ton âme de côtre,<br /></span> +<span class="i3">Pense à ton matelot<br /></span> +<span class="i3">Quand, d'un bord ou de l'autre,<br /></span> +<span class="i3">Remontera le flot....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Tu peux encor échouer ta carène<br /></span> +<span class="i3">Sur l'humide varech;<br /></span> +<span>Mais moi j'échoue aux côtes de la gêne,<br /></span> +<span class="i3">Faute de fond—à sec—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i10">(<i>Roscoff.—Août</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + + +<hr class='hrc;' /> + + +<a name="p86" id="p86"></a><span class="title-a"><i>LE PHARE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Phoebus, de mauvais poil, se couche.<br /></span> +<span class="i3">Droit sur l'écueil:<br /></span> +<span>S'allume le grand borgne louche,<br /></span> +<span class="i3">Clignant de l'oeil.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Debout, Priape d'ouragan,<br /></span> +<span class="i3">En vain le lèche<br /></span> +<span>La lame de rut écumant....<br /></span> +<span class="i3">—Il tient sa mèche.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Il se mâte et rit de sa rage,<br /></span> +<span class="i3">Bandant à bloc;<br /></span> +<span>Fier bout de chandelle sauvage<br /></span> +<span class="i3">Plantée au roc!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—En vain, sur sa tête chenue,<br /></span> +<span class="i3">D'amont, d'aval,<br /></span> +<span>Caracole et s'abat la nue,<br /></span> +<span class="i3">Comme un cheval....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Il tient le lampion au naufrage.<br /></span> +<span class="i3">Tout en rêvant,<br /></span> +<span>Casse la mer, crève l'orage<br /></span> +<span class="i3">Siffle le vent.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Ronfle et vibre comme une trompe,<br /></span> +<span class="i3">—Diapason<br /></span> +<span>D'Éole—Il se peut bien qu'il rompe,<br /></span> +<span class="i3">Mais plier—non.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Sait-il son Musset: A la brune<br /></span> +<span class="i3">Il est jauni<br /></span> +<span>Et pose juste pour la lune<br /></span> +<span class="i3">Comme un grand I.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Là, gît debout une vestale<br /></span> +<span class="i3">—C'est l'allumoir—<br /></span> +<span>Vierge et martyre (sexe mâle)<br /></span> +<span class="i3">—C'est l'éteignoir.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Comme un lézard à l'eau-de-vie<br /></span> +<span class="i3">Dans un bocal,<br /></span> +<span>Il tirebouchonne sa vie<br /></span> +<span class="i3">Dans ce fanal.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Est-il philosophe ou poète?...<br /></span> +<span class="i3">—Il n'en sait rien—<br /></span> +<span>Lunatique ou simplement bête?...<br /></span> +<span class="i3">—Ça se vaut bien—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Demandez-lui donc s'il chérit<br /></span> +<span class="i3">Sa solitude?<br /></span> +<span>—S'il parle, il répondra qu'il vit....<br /></span> +<span class="i3">Par habitude.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span>............................................................<br /></span> + +<span>—Oh! que je voudrais là, Madame,<br /></span> +<span class="i3">Tous deux!...—veux-tu?—<br /></span> +<span>Vivre, dent pour oeil, corps pour âme!...<br /></span> +<span class="i3">—Rêve pointu.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Vous percheriez dans la lanterne:<br /></span> +<span class="i3">Je monterais....<br /></span> +<span>—Et moi: ci-gît, dans la citerne....<br /></span> +<span class="i3">—Tu descendrais—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Dans le boyau de l'édifice<br /></span> +<span class="i3">Nous promenant,<br /></span> +<span>Et, dans <i>le feu</i>—sans artifice—<br /></span> +<span class="i3">Nous rencontrant.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Joli ramonage ... et bizarre,<br /></span> +<span class="i3">Du haut en bas!<br /></span> +<span>—Entre nous ... l'érection du phare<br /></span> +<span class="i3">N'y tiendrait pas ...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i7">(<i>Les Triagots.—Mai</i>.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p87" id="p87"></a><span class="title-a"><i>LA FIN</i><br /></span> +</div><div class="stanza-b"> + +<span>Oh! combien de marins, combien de capitaines<br /></span> +<span>Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines<br /></span> +<span>Dans ce morne horizon se sont évanouis!...<br /></span> +<span>........................................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza-b"> +<span>Combien de patrons morts avec leurs équipages!<br /></span> +<span>L'Océan, de leur vie a pris toutes les pages,<br /></span> +<span>Et, d'un souffle, il a tout dispersé sur les flots.<br /></span> +<span>Nul ne saura leur fin dans l'abîme plongée....<br /></span> +<span>........................................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza-b"> +<span>Nul ne saura leurs noms, pas même l'humble pierre,<br /></span> +<span>Dans l'étroit .cimetière où l'écho nous répond,<br /></span> +<span>Pas même un saute vert qui s'effeuille à l'automne,<br /></span> +<span>Pas même la chanson plaintive et monotone<br /></span> +<span>D'un aveugle qui chante à l'angle d'un vieux pont.<br /></span> +</div><div class="stanza-b"> + +<span class="i11">V. Hugo.—<i>Oceano nox</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Eh bien, tous ces marins—matelots, capitaines,<br /></span> +<span>Dans leur grand Océan à jamais engloutis....<br /></span> +<span>Partis insoucieux pour leurs courses lointaines<br /></span> +<span>Sont morts—absolument comme ils étaient partis.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Allons! c'est leur métier; ils sont morts dans leurs bottes!<br /></span> +<span>Leur <i>boujaron</i> au coeur, tout vifs dans leurs capotes....<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a><br /></span><br /> +<span>—<i>Morts</i>.... Merci: la <i>Camarde</i> a pas le pied marin;<br /></span> +<span>Qu'elle couche avec vous: c'est votre bonne-femme....<br /></span> +<span>—Eux, allons donc: Entiers! enlevés par la lame!<br /></span> +<span class="i4">Ou perdus dans un grain....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Un grain ... est-ce la mort ça? la basse voilure<br /></span> +<span>Battant à travers l'eau!—Ça se dit <i>encombrer</i>....<br /></span> +<span>Un coup de mer plombé, puis la haute mâture<br /></span> +<span>Fouettant les flots ras—et ça se dit <i>sombrer</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Sombrer—Sondez ce mot. Votre <i>mort</i> est bien pâle<br /></span> +<span>Et pas grand'chose à bord, sous la lourde rafale....<br /></span> +<span>Pas grand'chose devant le grand sourire amer<br /></span> +<span>Du matelot qui lutte.—Allons donc, de la place!—<br /></span> +<span>Vieux fantôme éventé, la Mort change de face:<br /></span> +<span class="i8">La Mer!...<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Noyés?—Eh allons donc! Les <i>noyés</i> sont d'eau douce.<br /></span> +<span>—Coulés! corps et biens! Et, jusqu'au petit mousse,<br /></span> +<span>Le défi dans les yeux, dans les dents le juron!<br /></span> +<span>A l'écume crachant une chique râlée,<br /></span> +<span>Buvant sans hauts-de-coeur <i>la grand' tasse salée</i>....<br /></span> +<span class="i3">—Comme ils ont bu leur boujaron.—<br /></span> +<span>.........................................................................<br /></span> + +</div><div class="stanza"> +<span>—Pas de fond de six pieds, ni rats de cimetière:<br /></span> +<span>Eux ils vont aux requins! L'âme d'un matelot<br /></span> +<span>Au lieu de suinter dans vos pommes de terre,<br /></span> +<span class="i5">Respire à chaque flot.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Voyez à l'horizon se soulever la houle;<br /></span> +<span class="i3">On dirait le ventre amoureux<br /></span> +<span>D'une fille de joie en rut, à moitié soûle....<br /></span> +<span class="i3">Ils sont là!—La houle a du creux.—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—Ecoutez, écoutez la tourmente qui beugle!...<br /></span> +<span>C'est leur anniversaire—Il revient bien souvent—<br /></span> +<span>O poète, gardez pour vous vos chants d'aveugle;<br /></span> +<span>—Eux: le <i>De profundis</i> que leur corne le vent.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>... Qu'ils roulent infinis dans les espaces vierges!...<br /></span> +<span class="i4">Qu'ils roulent verts et nus,<br /></span> +<span>Sans clous et sans sapin, sans couvercle, sans cierges....<br /></span> +<span>—Laissez-les donc rouler, <i>terriers</i> parvenus!<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span class="i11">(<i>A bord</i>.—11 février.)<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<span class="title"><i>RONDELS POUR APRÈS</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p88" id="p88"></a><span class="title-a"><i>SONNET POSTHUME</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Dors: ce lit est le tien.... Tu n'iras plus au nôtre.</i><br /></span> +<span>—<i>Qui dort dîne.—A tes dents viendra tout seul le foin.</i><br /></span> +<span><i>Dors: on t'aimera bien—L'aimé c'est toujours</i> l'Autre....<br /></span> +<span><i>Rêve: La plus aimée est toujours la plus loin....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Dors: on t'appellera beau décrocheur d'étoiles!</i><br /></span> +<span><i>Chevaucheur de rayons!... quand il fera bien noir;</i><br /></span> +<span><i>Et l'ange du plafond, maigre araignée, au soir,</i><br /></span> +<span>—<i>Espoir—sur ton front vide ira filer ses toiles.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Museleur de voilette! un baiser sous le voile</i><br /></span> +<span><i>T'attend ... on ne sait où: ferme tes yeux pour voir.</i><br /></span> +<span><i>Ris: Les premiers honneurs t'attendent sous le poêle.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>On cassera ton nez d'un bon coup d'encensoir,</i><br /></span> +<span><i>Doux fumet!... pour la trogne en fleur, pleine de moelle</i><br /></span> +<span><i>D'un sacristain très-bien, avec son éteignoir</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p89" id="p89"></a><span class="title-a"><i>RONDEL</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!</i><br /></span> +<span><i>Il n'est plus de nuits, il n'est plus de jours;</i><br /></span> +<span><i>Dors ... en attendant venir toutes celles</i><br /></span> +<span><i>Qui disaient: Jamais! Qui disaient: Toujours!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Entends-tu leurs pas?... Ils ne sont pas lourds:</i><br /></span> +<span><i>Oh! les pieds légers!—l'Amour a des ailes....</i><br /></span> +<span><i>Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Entends-tu leurs voix?... Les caveaux sont sourds.</i><br /></span> +<span><i>Dors: Il pèse peu, ton faix d'immortelles:</i><br /></span> +<span><i>Ils ne viendront pas, tes amis les ours,</i><br /></span> +<span><i>Jeter leur pavé sur tes demoiselles....</i><br /></span> +<span><i>Il fait noir, enfant, voleur d'étincelles!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p90" id="p90"></a><span class="title-a"><i>DO, L'ENFANT, DO.... </i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>Buona Vespre! <i>Dors: Ton bout de cierge....</i><br /></span> +<span><i>On l'a posé là, puis on est parti.</i><br /></span> +<span><i>Tu n'auras pas peur seul, pauvre petit?...</i><br /></span> +<span><i>C'est le chandelier de ton lit d'auberge.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Du fesse-cahier ne crains plus la verge,</i><br /></span> +<span><i>Va!... De t'éveiller point n'est si hardi.</i><br /></span> +<span><i>Buona sera! Dors: Ton bout de cierge....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Est mort.—Il n'est plus, ici, de concierge:</i><br /></span> +<span><i>Seuls, le vent du nord, le vent du midi</i><br /></span> +<span><i>Viendront balancer un fil-de-la-Vierge.</i><br /></span> +<span><i>Chut! Pour les pieds-plats, ton sol est maudit.</i><br /></span> +<span>—<i>Buona nocte! Dors: Ton bout de cierge</i>....<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p91" id="p91"></a><span class="title-a"><i>MIRLITON</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<i>Dors d'amour, méchant ferreur de cigales!</i><br /> +<span><i>Dans le chiendent qui te couvrira</i><br /></span> +<span><i>La cigale aussi pour toi chantera,</i><br /></span> +<span><i>Joyeuse, avec ses petites cymbales.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>La rosée aura des pleurs matinales;</i><br /></span> +<span><i>Et le muguet blanc fait un joli drap....</i><br /></span> +<span><i>Dors d'amour, méchant ferreur de cigales</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Pleureuses en troupeau passeront les rafales....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>La Muse camarde ici posera,</i><br /></span> +<span><i>Sur ta bouche noire encore elle aura</i><br /></span> +<span><i>Ces rimes qui vont aux moelles des pâles....</i><br /></span> +<span><i>Dors d'amour, méchant ferreur de cigales</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p92" id="p92"></a><span class="title-a"><i>PETIT MORT POUR RIRE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Va vite, léger peigneur de comètes!</i><br /></span> +<span><i>Les herbes au vent seront tes cheveux;</i><br /></span> +<span><i>De ton oeil béant jailliront les feux</i><br /></span> +<span><i>Follets, prisonniers dans les pauvres têtes....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Les fleurs de tombeau qu'on nomme Amourettes</i><br /></span> +<span><i>Foisonneront plein ton rire terreux....</i><br /></span> +<span><i>Et les myosotis, ces fleurs d'oubliettes....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Ne fais pas le lourd; cercueils de poètes</i><br /></span> +<span><i>Pour les croque-morts sont de simples jeux,</i><br /></span> +<span><i>Boîtes à violon qui sonnent le creux....</i><br /></span> +<span><i>Ils te croiront mort—Les bourgeois sont bêtes</i>—<br /></span> +<span><i>Va vite, léger peigneur de comètes!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<hr class='hrc;' /> + +<a name="p93" id="p93"></a><span class="title-a"><i>MALE-FLEURETTE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Ici reviendra la fleurette blême</i><br /></span> +<span><i>Dont les renouveaux sont toujours passés....</i><br /></span> +<span><i>Dans les coeurs ouverts, sur les os tassés,</i><br /></span> +<span><i>Une folle brise, un beau jour, la sème....</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>On crache dessus; on l'imite même,</i><br /></span> +<span><i>Pour en effrayer les gens très-sensés....</i><br /></span> +<span><i>Ici reviendra la fleurette blême.</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span>—<i>Oh! ne craignez pas son humble anathème</i><br /></span> +<span><i>Pour vos ventres mûrs, Cucurbitacés!</i><br /></span> +<span><i>Elle connaît bien tous ses trépassés!</i><br /></span> +<span><i>Et, quand elle tue, elle sait qu'on l'aime....</i><br /></span> +<span>—<i>C'est la male-fleur, la fleur de bohème.</i>—<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<span><i>Ici reviendra la fleurette blême</i>.<br /></span> +</div><div class="stanza"> + + +<hr style='width: 45%;' /> + +<span class="title"><i>A MARCELLE</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<hr style='width: 45%;' /> +</div><div class="stanza"> + +<a name="p94" id="p94"></a><span class="title-a">LA CIGALE ET LE POÈTE<br /></span> +</div><div class="stanza"> + +<i>Le poète ayant chanté,</i><br /> +<span><i>Déchanté,</i><br /></span> +<span><i>Vit sa Muse presque bue.</i><br /></span> +<span><i>Rouler en bas de sa nue</i><br /></span> +<span><i>De carton, sur des lambeaux</i><br /></span> +<span><i>De papiers et d'oripeaux.</i><br /></span> +<span><i>Il alla coller sa mine</i><br /></span> +<span><i>Aux carreaux de sa voisine,</i><br /></span> +<span><i>Pour lui peindre ses regrets</i><br /></span> +<span><i>D'avoir fait—Oh: pas exprès!</i>—<br /></span> +<span><i>Son honteux monstre de livre!...</i><br /></span> +<span>—«<i>Mais: vous étiez donc bien ivre?</i><br /></span> +<span>—<i>Ivre de vous!... Est-ce mal?</i><br /></span> +<span>—<i>Ecrivain public banal!</i><br /></span> +<span><i>Qui pouvait si bien le dire....</i><br /></span> +<span><i>Et, si bien ne pas l'écrire!</i><br /></span> +<span>—<i>J'y pensais, en revenant....</i><br /></span> +<span><i>On n'est pas parfait, Marcelle....</i><br /></span> +<span>—<i>Oh! c'est tout comme, dit-elle,</i><br /></span> +<span><i>Si vous chantiez, maintenant!</i><br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span> </span> +<span class="title">FIN<br /></span> +</div></div> + +<hr style='width: 45%;' /> + + +<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Lamartine avoue quelque part qu'un seul portrait lui ressemblait +alors: Celui de Raphaël peint par lui-même.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> <i>Libertà</i>. Ce mot se lit au fronton de la prison à Gènes.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> <i>Grippe-Jésus</i>: petit nom marin du gendarme.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> 'Ce bagne-lupanar' Qu'ils nomment le <i>Cap-Horn</i>, dans leur langue halée.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> <i>Jésus-Christ</i>: du même au même</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> le <i>bitors</i> est un gros fil à voile tordu en double et goudronné.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> <i>Mathurin: Dumanet</i> maritime.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Garcettes</i>.—Bouts de cordes qui servent à serrer les voiles.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> <i>Saltin</i>: pilleur d'épaves.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> <i>Morgate</i>: pieuvre.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> <i>Fortune</i>: large voile de beau temps.</p></div> + +<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a><i>Boujaron</i>: ration d'eau-de-vie.</p></div> + + + + + + +<hr style="width: 65%;" /> + + +<div class="footnote"> + +<h3><a name="TABLE" id="TABLE"></a>TABLE</h3> +<br /> + +<p class="tabla"><b><i>A MARCELLE</i></b>.</p> + +<p class="tabla"><a href="#p1" class="href">Le Poète et la Cigale</a><br /> +<a href="#p2" class="href">Ça</a><br /> +<a href="#p3" class="href">Paris</a><br /> +<a href="#p4" class="href">Épitaphe</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><b><i>LES AMOURS JAUNES</i></b>.</p> + +<p class="tabla"><a href="#p5" class="href">A l'Éternel Madame</a><br /> +<a href="#p6" class="href">Féminin singulier</a><br /> +<a href="#p7" class="href">Bohême de chic</a><br /> +<a href="#p8" class="href">Gente Dame</a><br /> +<a href="#p9" class="href">I Sonnet</a><br /> +<a href="#p10" class="href">Sonnet à sir Bob</a><br /> +<a href="#p11" class="href">Steam-Boat</a><br /> +<a href="#p12" class="href">Pudentiane</a><br /> +<a href="#p13" class="href">Après la pluie</a><br /> +<a href="#p14" class="href">A une Rose</a><br /> +<a href="#p15" class="href">A la mémoire de Zulma</a><br /> +<a href="#p16" class="href">Bonne fortune et fortune</a><br /> +<a href="#p17" class="href">A une Camarade</a><br /> +<a href="#p18" class="href">Un jeune qui s'en va</a><br /> +<a href="#p19" class="href">Insomnie</a><br /> +<a href="#p20" class="href">La pipe au Poète</a><br /> +<a href="#p21" class="href">Le crapaud</a><br /> +<a href="#p22" class="href">Femme</a><br /> +<a href="#p23" class="href">Duel aux camélias</a><br /> +<a href="#p24" class="href">Fleur d'art</a><br /> +<a href="#p25" class="href">Pauvre garçon</a><br /> +<a href="#p26" class="href">Déclin</a><br /> +<a href="#p27" class="href">Bonsoir</a><br /> +<a href="#p28" class="href">Le poète contumace</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><b><i>SÉRÉNADE DES SÉRÉNADES</i>.</b></p> + +<p class="tabla"><a href="#p29" class="href">Sonnet de nuit</a><br /> +<a href="#p30" class="href">Guitare</a><br /> +<a href="#p31" class="href">Rescousse</a><br /> +<a href="#p32" class="href">Toit</a><br /> +<a href="#p33" class="href">Litanie</a><br /> +<a href="#p34" class="href">Chapelet</a><br /> +<a href="#p35" class="href">Élizir d'Amor</a><br /> +<a href="#p36" class="href">Vénerie</a><br /> +<a href="#p37" class="href">Vendetta</a><br /> +<a href="#p38" class="href">Heures</a><br /> +<a href="#p39" class="href">Chanson en <i>si</i></a><br /> +<a href="#p40" class="href">Portes et fenêtres</a><br /> +<a href="#p41" class="href">Grand opéra</a><br /> +<a href="#p42" class="href">Pièce à carreaux</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><b><i>RACCROCS</i>.</b></p> + +<p class="tabla"><a href="#p43" class="href">Laisser courre</a><br /> +<a href="#p44" class="href">A ma jument Souris</a><br /> +<a href="#p45" class="href">A la douce amie</a><br /> +<a href="#p46" class="href">A mon chien Pope</a><br /> +<a href="#p47" class="href">A un Juvénal de lait</a><br /> +<a href="#p48" class="href">A une demoiselle pour piano</a><br /> +<a href="#p49" class="href">Décourageux</a><br /> +<a href="#p50" class="href">Rapsodie du sourd</a><br /> +<a href="#p51" class="href">Frère et soeur jumeaux</a><br /> +<a href="#p52" class="href">Litanie du sommeil</a><br /> +<a href="#p53" class="href">Idylle coupée</a><br /> +<a href="#p54" class="href">Le convoi du pauvre</a><br /> +<a href="#p55" class="href">Déjeuner de soleil</a><br /> +<a href="#p56" class="href">Veder Napoli</a><br /> +<a href="#p57" class="href">Vésuves et C<sup>ie</sup></a><br /> +<a href="#p58" class="href">Sonèto à Napoli</a><br /> +<a href="#p59" class="href">A l'Etna</a><br /> +<a href="#p60" class="href">Le Fils de Lamartine et de Graziella</a><br /> +<a href="#p61" class="href">Libertà</a><br /> +<a href="#p62" class="href">Hidalgo!</a><br /> +<a href="#p63" class="href">Paria</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><b><i>ARMOR</i>.</b></p> + +<p class="tabla"><a href="#p64" class="href">Paysage mauvais</a><br /> +<a href="#p65" class="href">Nature morte</a><br /> +<a href="#p66" class="href">Un riche en Bretagne</a><br /> +<a href="#p67" class="href">Saint Tupetu de Tu-pe-tu</a><br /> +<a href="#p68" class="href">La rapsode foraine</a><br /> +<a href="#p69" class="href">Cris d'aveugle</a><br /> +<a href="#p70" class="href">La pastorale de Conlie</a></p> +<br /><br /> + +<p class="tabla"><b><i>GENS DE MER</i>.</b></p> + +<p class="tabla"><a href="#p71" class="href">Point n'a fait un tas d'océans</a><br /> +<a href="#p72" class="href">Matelots</a><br /> +<a href="#p73" class="href">Le bossu Bitor</a><br /> +<a href="#p74" class="href">Le renégat</a><br /> +<a href="#p75" class="href">Aurora</a><br /> +<a href="#p76" class="href">Le novice en partance et sentimental</a><br /> +<a href="#p77" class="href">La goutte</a><br /> +<a href="#p78" class="href">Bambine</a><br /> +<a href="#p79" class="href">Cap'taine Ledoux</a><br /> +<a href="#p80" class="href">Lettre du Mexique</a><br /> +<a href="#p81" class="href">Le mousse</a><br /> +<a href="#p82" class="href">Au vieux Roscoff</a><br /> +<a href="#p83" class="href">Le douanier</a><br /> +<a href="#p84" class="href">Le naufrageur</a><br /> +<a href="#p85" class="href">A mon côtre <i>Le Négrier</i></a><br /> +<a href="#p86" class="href">Le phare</a><br /> +<a href="#p87" class="href">La fin</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><b><i>RONDELS POUR APRÈS</i></b></p> + +<p class="tabla"><a href="#p88" class="href">Sonnet posthume</a><br /> +<a href="#p89" class="href">Rondel</a><br /> +<a href="#p90" class="href">Mirliton</a><br /> +<a href="#p91" class="href">Do, l'enfant, do</a><br /> +<a href="#p92" class="href">Petit mort pour rire</a><br /> +<a href="#p93" class="href">Male-Fleurette</a></p> +<br /> +<br /> +<p class="tabla"><i><b>A MARCELLE</b></i>.</p> + +<p class="tabla"><a href="#p94" class="href">La Cigale et le poète</a></p> +<br /><br /><br /> + + +</div> +</div> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les amours jaunes, by Tristan Corbiere + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES AMOURS JAUNES *** + +***** This file should be named 16883-h.htm or 16883-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/6/8/8/16883/ + +Produced by Marc D'Hooghe. + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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