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+The Project Gutenberg EBook of Réflexions ou sentences et maximes morales
+by François de La Rochefoucauld
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Réflexions ou sentences et maximes morales
+
+Author: François de La Rochefoucauld
+
+Release Date: February 5, 2005 [EBook #14913]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RÉFLEXIONS ***
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+This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
+is available at http://www.ebooksgratuits.com in Word format,
+Mobipocket Reader format, eReader format and Acrobat Reader format.
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+
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+François de La Rochefoucauld
+
+
+RÉFLEXIONS OU SENTENCES ET MAXIMES MORALES
+
+
+(1664)
+
+
+Table des matières
+
+Réflexions morales
+Maximes supprimées
+1 Maximes retranchées après la première édition
+2 Maxime retranchée après la deuxième édition
+3 Maximes retranchées après la quatrième édition
+Maximes posthumes
+1 Maximes fournies par le manuscrit de Liancourt
+2 Maximes fournies par des lettres
+3 Maximes fournies par l'édition hollandaise de 1664
+4 Maximes fournies par le supplément de l'édition de 1693
+5 Maximes fournies par des témoignages de contemporains
+Réflexions diverses
+I. Du vrai
+II. De la société
+III. De l'air et des manières
+IV. De la conversation
+V. De la confiance
+VI. De l'amour et de la mer
+VII. Des exemples
+VIII. De l'incertitude de la jalousie
+IX. De l'amour et de la vie
+X. Des goûts
+XI. Du rapport des hommes avec les animaux
+XII. De l'origine des maladies
+XIII. Du faux
+XIV. Des modèles de la nature et de la fortune
+XV. Des coquettes et des vieillards
+XVI. De la différence des esprits
+XVII. De l'inconstance
+XVIII. De la retraite
+XIX. Des événements de ce siècle
+Appendice aux événements de ce siècle
+1. Portrait de Mme de Montespan
+2. Portrait du cardinal de Retz
+3. Remarques sur les commencements de la vie du cardinal de Richelieu
+4. Le comte d'Harcourt
+Portrait de La Rochefoucauld par lui-même
+Documents relatifs à la genèse des maximes
+Avis au lecteur
+Discours sur les réflexions ou sentences et maximes morales
+Réflexions morales
+Manuscrit de Liancourt
+Sentences et maximes de morale (Édition hollandaise de 1664)
+Sentences et maximes de morale par M. D. L. R. 1663 (B.N., Collection
+Smith-Lesouef, ms. 90)
+Manuscrit édité par Édouard de Barthélemy
+Variantes tirées du manuscrit Gilbert attestées par l'édition des grands
+écrivains
+1 Variantes se rapportant a des maximes de l'édition de 1678.
+2 Variantes se rapportant à des maximes supprimées
+Lettres relatives aux maximes
+I. Lettres concernant la rédaction des maximes
+1. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 1659.
+2. Lettre de La Rochefoucauld à Jacques Esprit. 24 octobre 1659 (?).
+3. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 5 décembre 1659 ou 1660.
+4. Lettre de La Rochefoucauld à Jacques Esprit. 1662.
+5. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 17 août 1662.
+6. Lettre de La Rouchefoucauld à Jacques Esprit. 9 septembre 1662.
+7. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Fin 1662, ou 1663.
+8. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Même époque.
+9. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Même époque.
+10. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Avant avril 1663.
+11. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. 1663.
+12. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé 1663.
+13. Lettre de La Rochefoucauld à Mlle de Scudéry, 3 décembre 1663 (?).
+14. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 10 décembre 1663.
+15. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Fin 1663, ou début 1664.
+16. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+17. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+18. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+19. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+20. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+21. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+22. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.
+23. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.
+24. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+25. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue
+26. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue.
+II. Jugements recueillis par Mme de Sablé
+27. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. 3 mars 1661.
+28. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. Même époque.
+29. Lettre de Mlle de Vertus à Mme de Sablé. Printemps 1663.
+30. Lettre de Mme de Schonberg à Mme de Sablé. 1663.
+31. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Schonberg, transmise par elle à
+Mme de Sablé. 1663.
+32. Lettre de Mme de Guymené à Mme de Sablé. 1663.
+33. Lettre de Mme de Liancourt à Mme de Sablé. 1663.
+34. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé. 1663.
+35. Lettre d'auteur inconnu, à Mme de Sablé. 1663.
+36. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé, 1663.
+37. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.
+38. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.
+III. Lettres concernant la publication de la Ière édition des maximes
+39. Lettre de La Rochefoucauld au Père Thomas Esprit. 6 février 1664.
+40. Lettre de La Rochefoucauld au Père René Rapin. 12 juillet 1664.
+41. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 1664.
+42. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. 18 février 1665.
+IV. Lettres concernant la rédaction des maximes (3e, 4e et 5e éditions)
+43. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé, 1667.
+44. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Rohan, abbesse de
+Malnoue. Période 1671-1674.
+45. Réponse de Mme de Rohan à l'envoi précédent.
+46. Réponse de La Rochefoucauld à la lettre précédente
+47. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé 2 août 1675.
+48. Réponse de Mme de Sablé à la lettre précédente
+V. Lettre relatant un entretien de la Rochefoucauld avec le chevalier de
+Méré
+49. Lettre du chevalier de Méré à Madame la duchesse de***. Date inconnue.
+
+
+Réflexions morales
+
+Nos vertus ne sont, le plus souvent, que de vices déguisés.
+
+1
+
+Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage
+de diverses actions et de divers intérêts, que la fortune ou notre
+industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours par valeur et
+par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont
+chastes.
+
+2
+
+L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
+
+3
+
+Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre,
+il y reste encore bien des terres inconnues.
+
+4
+
+L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
+
+5
+
+La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée
+de notre vie.
+
+6
+
+La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend
+souvent les plus sots habiles.
+
+7
+
+Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont
+représentées par les politiques comme les effets des grands
+desseins, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur
+et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on
+rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du
+monde, n'était peut-être qu'un effet de jalousie.
+
+8
+
+Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours.
+Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont
+infaillibles; et l'homme le plus simple qui a de la passion
+persuade mieux que le plus éloquent qui n'en a point.
+
+9
+
+Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'il
+est dangereux de les suivre, et qu'on s'en doit défier lors même
+qu'elles paraissent les plus raisonnables.
+
+10
+
+Il y a dans le coeur humain une génération perpétuelle de
+passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours
+l'établissement d'une autre.
+
+11
+
+Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires.
+L'avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité
+l'avarice; on est souvent ferme par faiblesse, et audacieux par
+timidité.
+
+12
+
+Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des
+apparences de piété et d'honneur, elles paraissent toujours au
+travers de ces voiles.
+
+13
+
+Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de
+nos goûts que de nos opinions.
+
+14
+
+Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des
+bienfaits et des injures; ils haïssent même ceux qui les ont
+obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages.
+L'application à récompenser le bien, et à se venger du mal, leur
+paraît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre.
+
+15
+
+La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner
+l'affection des peuples.
+
+16
+
+Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par
+vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque
+toujours par tous les trois ensemble.
+
+17
+
+La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne
+fortune donne à leur humeur.
+
+18
+
+La modération est une crainte de tomber dans l'envie et dans le
+mépris que méritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une
+vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la
+modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir
+de paraître plus grands que leur fortune.
+
+19
+
+Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
+
+20
+
+La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation
+dans le coeur.
+
+21
+
+Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une
+constance et un mépris de la mort qui n'est en effet que la
+crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette
+constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à
+leurs yeux.
+
+22
+
+La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à
+venir. Mais les maux présents triomphent d'elle.
+
+23
+
+Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas
+ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume;
+et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'empêcher de
+mourir.
+
+24
+
+Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de
+leurs infortunes, ils font voir qu'ils ne les soutenaient que par
+la force de leur ambition, et non par celle de leur âme, et qu'à
+une grande vanité près les héros sont faits comme les autres
+hommes.
+
+25
+
+Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que
+la mauvaise.
+
+26
+
+Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
+
+27
+
+On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles;
+mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose
+jamais avouer.
+
+28
+
+La jalousie est en quelque manière juste et raisonnable,
+puisqu'elle ne tend qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou
+que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie est une
+fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.
+
+29
+
+Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et
+de haine que nos bonnes qualités.
+
+30
+
+Nous avons plus de force que de volonté; et c'est souvent pour
+nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses
+sont impossibles.
+
+31
+
+Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de
+plaisir à en remarquer dans les autres.
+
+32
+
+La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou
+elle finit, sitôt qu'on passe du doute à la certitude.
+
+33
+
+L'orgueil se dédommage toujours et ne perd rien lors même qu'il
+renonce à la vanité.
+
+34
+
+Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de
+celui des autres.
+
+35
+
+L'orgueil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence
+qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour.
+
+36
+
+Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de
+notre corps pour nous rendre heureux; nous ait aussi donné
+l'orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos
+imperfections.
+
+37
+
+L'orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que nous
+faisons à ceux qui commettent des fautes; et nous ne les reprenons
+pas tant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en
+sommes exempts.
+
+38
+
+Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos
+craintes.
+
+39
+
+L'intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de
+personnages, même celui de désintéressé.
+
+40
+
+L'intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres.
+
+41
+
+Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent
+ordinairement incapables des grandes.
+
+42
+
+Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.
+
+43
+
+L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et
+pendant que par son esprit il tend à un but, son coeur l'entraîne
+insensiblement à un autre.
+
+44
+
+La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nommées; elles ne
+sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes
+du corps.
+
+45
+
+Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la
+fortune.
+
+46
+
+L'attachement ou l'indifférence que les philosophes avaient pour
+la vie n'était qu'un goût de leur amour-propre, dont on ne doit
+non plus disputer que du goût de la langue ou du choix des
+couleurs.
+
+47
+
+Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune.
+
+48
+
+La félicité est dans le goût et non pas dans les choses; et c'est
+par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non par avoir ce que
+les autres trouvent aimable.
+
+49
+
+On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.
+
+50
+
+Ceux qui croient avoir du mérite se font un honneur d'être
+malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont
+dignes d'être en butte à la fortune.
+
+51
+
+Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de
+nous-mêmes, que de voir que nous désapprouvons dans un temps ce que
+nous approuvions dans un autre.
+
+52
+
+Quelque différence qui paraisse entre les fortunes, il y a
+néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les
+rend égales.
+
+53
+
+Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle
+seule, mais la fortune avec elle qui fait les héros.
+
+54
+
+Le mépris des richesses était dans les philosophes un désir caché
+de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le mépris
+des mêmes biens dont elle les privait; c'était un secret pour se
+garantir de l'avilissement de la pauvreté; c'était un chemin
+détourné pour aller à la considération qu'ils ne pouvaient avoir
+par les richesses.
+
+55
+
+La haine pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la
+faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s'adoucit par
+le mépris que l'on témoigne de ceux qui la possèdent; et nous leur
+refusons nos hommages, ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire
+ceux de tout le monde.
+
+56
+
+Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce que l'on peut pour y
+paraître établi.
+
+57
+
+Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne
+sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du
+hasard.
+
+58
+
+Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou
+malheureuses à qui elles doivent une grande partie de la louange
+et du blâme qu'on leur donne.
+
+59
+
+Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne
+tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne
+puissent tourner à leur préjudice.
+
+60
+
+La fortune tourne tout à l'avantage de ceux qu'elle favorise.
+
+61
+
+Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur
+humeur que de la fortune.
+
+62
+
+La sincérité est une ouverture de coeur. On la trouve en fort peu
+de gens; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine
+dissimulation pour attirer la confiance des autres.
+
+63
+
+L'aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de
+rendre nos témoignages considérables, et d'attirer à nos paroles
+un respect de religion.
+
+64
+
+La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses
+apparences y font de mal.
+
+65
+
+Il n'y a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant
+elle ne saurait nous assurer du moindre événement.
+
+66
+
+Un habile homme doit régler le rang de ses intérêts et les
+conduire chacun dans son ordre. Notre avidité le trouble souvent
+en nous faisant courir à tant de choses à la fois que, pour
+désirer trop les moins importantes, on manque les plus
+considérables.
+
+67
+
+La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.
+
+68
+
+Il est difficile de définir l'amour. Ce qu'on en peut dire est que
+dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits c'est une
+sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cachée et
+délicate de posséder ce que l'on aime après beaucoup de mystères.
+
+69
+
+S'il y a un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions,
+c'est celui qui est caché au fond du coeur, et que nous ignorons
+nous-mêmes.
+
+70
+
+Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour
+où il est, ni le feindre où il n'est pas.
+
+71
+
+Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés quand
+ils ne s'aiment plus.
+
+72
+
+Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble
+plus à la haine qu'à l'amitié.
+
+73
+
+On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie; mais
+il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une.
+
+74
+
+Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille différentes
+copies.
+
+75
+
+L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement
+continuel; et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de
+craindre.
+
+76
+
+Il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits: tout
+le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
+
+77
+
+L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui
+attribue, et où il n'a non plus de part que le Doge à ce qui se
+fait à Venise.
+
+78
+
+L'amour de la justice n'est en la plupart des hommes que la
+crainte de souffrir l'injustice.
+
+79
+
+Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même.
+
+80
+
+Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c'est qu'il est
+difficile de connaître les qualités de l'âme, et facile de
+connaître celles de l'esprit.
+
+81
+
+Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne
+faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous
+préférons nos amis à nous-mêmes; c'est néanmoins par cette
+préférence seule que l'amitié peut être vraie et parfaite.
+
+82
+
+La réconciliation avec nos ennemis n'est qu'un désir de rendre
+notre condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une
+crainte de quelque mauvais événement.
+
+83
+
+Ce que les hommes ont nommé amitié n'est qu'une société, qu'un
+ménagement réciproque d'intérêts, et qu'un échange de bons
+offices; ce n'est enfin qu'un commerce où l'amour-propre se
+propose toujours quelque chose à gagner.
+
+84
+
+Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé.
+
+85
+
+Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que
+nous; et néanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié.
+Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons
+faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.
+
+86
+
+Notre défiance justifie la tromperie d'autrui.
+
+87
+
+Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s'ils n'étaient
+les dupes les uns des autres.
+
+88
+
+L'amour-propre nous augmente ou nous diminue les bonnes qualités
+de nos amis à proportion de la satisfaction que nous avons d'eux;
+et nous jugeons de leur mérite par la manière dont ils vivent avec
+nous.
+
+89
+
+Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de
+son jugement.
+
+90
+
+Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos
+défauts que par nos bonnes qualités.
+
+91
+
+La plus grande ambition n'en a pas la moindre apparence
+lorsqu'elle se rencontre dans une impossibilité absolue d'arriver
+où elle aspire.
+
+92
+
+Détromper un homme préoccupé de son mérite est lui rendre un aussi
+mauvais office que celui que l'on rendit à ce fou d'Athènes, qui
+croyait que tous les vaisseaux qui arrivaient dans le port étaient
+à lui.
+
+93
+
+Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler
+de n'être plus en état de donner de mauvais exemples.
+
+94
+
+Les grands noms abaissent, au lieu d'élever, ceux qui ne les
+savent pas soutenir.
+
+95
+
+La marque d'un mérite extraordinaire est de voir que ceux qui
+l'envient le plus sont contraints de le louer.
+
+96
+
+Tel homme est ingrat, qui est moins coupable de son ingratitude
+que celui qui lui a fait du bien.
+
+97
+
+On s'est trompé lorsqu'on a cru que l'esprit et le jugement
+étaient deux choses différentes. Le jugement n'est que la grandeur
+de la lumière de l'esprit; cette lumière pénètre le fond des
+choses; elle y remarque tout ce qu'il faut remarquer et aperçoit
+celles qui semblent imperceptibles. Ainsi il faut demeurer
+d'accord que c'est l'étendue de la lumière de l'esprit qui produit
+tous les effets qu'on attribue au jugement.
+
+98
+
+Chacun dit du bien de son coeur, et personne n'en ose dire de son
+esprit.
+
+99
+
+La politesse de l'esprit consiste à penser des choses honnêtes et
+délicates.
+
+100
+
+La galanterie de l'esprit est de dire des choses flatteuses d'une
+manière agréable.
+
+101
+
+Il arrive souvent que des choses se présentent plus achevées à
+notre esprit qu'il ne les pourrait faire avec beaucoup d'art.
+
+102
+
+L'esprit est toujours la dupe du coeur.
+
+103
+
+Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur
+coeur.
+
+104
+
+Les hommes et les affaires ont leur point de perspective. Il y en
+a qu'il faut voir de près pour en bien juger, et d'autres dont on
+ne juge jamais si bien que quand on en est éloigné.
+
+105
+
+Celui-là n'est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la
+raison, mais celui qui la connaît, qui la discerne, et qui la
+goûte.
+
+106
+
+Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le détail; et comme
+il est presque infini, nos connaissances sont toujours
+superficielles et imparfaites.
+
+107
+
+C'est une espèce de coquetterie de faire remarquer qu'on n'en fait
+jamais.
+
+108
+
+L'esprit ne saurait jouer longtemps le personnage du coeur.
+
+109
+
+La jeunesse change ses goûts par l'ardeur du sang, et la
+vieillesse conserve les siens par l'accoutumance.
+
+110
+
+On ne donne rien si libéralement que ses conseils.
+
+111
+
+Plus on aime une maîtresse, et plus on est près de la haïr.
+
+112
+
+Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant comme ceux du
+visage.
+
+113
+
+Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de délicieux.
+
+114
+
+On ne se peut consoler d'être trompé par ses ennemis, et trahi par
+ses amis; et l'on est souvent satisfait de l'être par soi-même.
+
+115
+
+Il est aussi facile de se tromper soi-même sans s'en apercevoir
+qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en
+aperçoivent.
+
+116
+
+Rien n'est moins sincère que la manière de demander et de donner
+des conseils. Celui qui en demande paraît avoir une déférence
+respectueuse pour les sentiments de son ami, bien qu'il ne pense
+qu'à lui faire approuver les siens, et à le rendre garant de sa
+conduite. Et celui qui conseille paye la confiance qu'on lui
+témoigne d'un zèle ardent et désintéressé, quoiqu'il ne cherche le
+plus souvent dans les conseils qu'il donne que son propre intérêt
+ou sa gloire.
+
+117
+
+La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre
+de tomber dans les pièges que l'on nous tend, et on n'est jamais
+si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres.
+
+118
+
+L'intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent
+trompés.
+
+119
+
+Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu'enfin nous
+nous déguisons à nous-mêmes.
+
+120
+
+L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un
+dessein formé de trahir.
+
+121
+
+On fait souvent du bien pour pouvoir impunément faire du mal.
+
+122
+
+Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse
+que par notre force.
+
+123
+
+On n'aurait guère de plaisir si on ne se flattait jamais.
+
+124
+
+Les plus habiles affectent toute leur vie de blâmer les finesses
+pour s'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand
+intérêt.
+
+125
+
+L'usage ordinaire de la finesse est la marque d'un petit esprit,
+et il arrive presque toujours que celui qui s'en sert pour se
+couvrir en un endroit, se découvre en un autre.
+
+126
+
+Les finesses et les trahisons ne viennent que de manque
+d'habileté.
+
+127
+
+Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les
+autres.
+
+128
+
+La trop grande subtilité est une fausse délicatesse, et la
+véritable délicatesse est une solide subtilité.
+
+129
+
+Il suffit quelquefois d'être grossier pour n'être pas trompé par
+un habile homme.
+
+130
+
+La faiblesse est le seul défaut que l'on ne saurait corriger.
+
+131
+
+Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire
+l'amour, c'est de faire l'amour.
+
+132
+
+Il est plus aisé d'être sage pour les autres que de l'être pour
+soi-même.
+
+133
+
+Les seules bonnes copies sont celles qui nous font voir le
+ridicule des méchants originaux.
+
+134
+
+On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que par
+celles que l'on affecte d'avoir.
+
+135
+
+On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres.
+
+136
+
+Il y a des gens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'avaient
+jamais entendu parler de l'amour.
+
+137
+
+On parle peu quand la vanité ne fait pas parler.
+
+138
+
+On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler.
+
+139
+
+Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui
+paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est
+qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut
+dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit. Les plus
+habiles et les plus complaisants se contentent de montrer
+seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans
+leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu'on leur
+dit, et une précipitation pour retourner à ce qu'ils veulent dire;
+au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux
+autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à
+soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus
+grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
+
+140
+
+Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie
+des sots.
+
+141
+
+Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer; et nous sommes
+si glorieux que nous ne voulons pas nous trouver de mauvaise
+compagnie.
+
+142
+
+Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en
+peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire
+ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire.
+
+143
+
+C'est plutôt par l'estime de nos propres sentiments que nous
+exagérons les bonnes qualités des autres, que par l'estime de leur
+mérite; et nous voulons nous attirer des louanges, lorsqu'il
+semble que nous leur en donnons.
+
+144
+
+On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans
+intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée, et délicate,
+qui satisfait différemment celui qui la donne, et celui qui la
+reçoit. L'un la prend comme une récompense de son mérite; l'autre
+la donne pour faire remarquer son équité et son discernement.
+
+145
+
+Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui font voir
+par contrecoup en ceux que nous louons des défauts que nous
+n'osons découvrir d'une autre sorte.
+
+146
+
+On ne loue d'ordinaire que pour être loué.
+
+147
+
+Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est
+utile à la louange qui les trahit.
+
+148
+
+Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui médisent.
+
+149
+
+Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois.
+
+150
+
+Le désir de mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre
+vertu; et celles que l'on donne à l'esprit, à la valeur, et à la
+beauté contribuent à les augmenter.
+
+151
+
+Il est plus difficile de s'empêcher d'être gouverné que de
+gouverner les autres.
+
+152
+
+Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des
+autres ne nous pourrait nuire.
+
+153
+
+La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre.
+
+154
+
+La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne
+saurait corriger.
+
+155
+
+Il y a des gens dégoûtants avec du mérite, et d'autres qui
+plaisent avec des défauts.
+
+156
+
+Il y a des gens dont tout le mérite consiste à dire et à faire des
+sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient de
+conduite.
+
+157
+
+La gloire des grands hommes se doit toujours mesurer aux moyens
+dont ils se sont servis pour l'acquérir.
+
+158
+
+La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notre
+vanité.
+
+159
+
+Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités; il en faut avoir
+l'économie.
+
+160
+
+Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer
+pour grande lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein.
+
+161
+
+Il doit y avoir une certaine proportion entre les actions et les
+desseins si on en veut tirer tous les effets qu'elles peuvent
+produire.
+
+162
+
+L'art de savoir bien mettre en oeuvre de médiocres qualités dérobe
+l'estime et donne souvent plus de réputation que le véritable
+mérite.
+
+163
+
+Il y a une infinité de conduites qui paraissent ridicules, et dont
+les raisons cachées sont très sages et très solides.
+
+164
+
+Il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on n'a pas que
+de ceux que l'on exerce.
+
+165
+
+Notre mérite nous attire l'estime des honnêtes gens, et notre
+étoile celle du public.
+
+166
+
+Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le
+mérite même.
+
+167
+
+L'avarice est plus opposée à l'économie que la libéralité.
+
+168
+
+L'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins à nous
+mener à la fin de la vie par un chemin agréable.
+
+169
+
+Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent dans notre
+devoir, notre vertu en a souvent tout l'honneur.
+
+170
+
+Il est difficile de juger si un procédé net, sincère et honnête
+est un effet de probité ou d'habileté.
+
+171
+
+Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent
+dans la mer.
+
+172
+
+Si on examine bien les divers effets de l'ennui, on trouvera qu'il
+fait manquer à plus de devoirs que l'intérêt.
+
+173
+
+Il y a diverses sortes de curiosité: l'une d'intérêt, qui nous
+porte à désirer d'apprendre ce qui nous peut être utile, et
+l'autre d'orgueil, qui vient du désir de savoir ce que les autres
+ignorent.
+
+174
+
+Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui
+nous arrivent qu'à prévoir celles qui nous peuvent arriver.
+
+175
+
+La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait
+que notre coeur s'attache successivement à toutes les qualités de
+la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une,
+tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une
+inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet.
+
+176
+
+Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient de ce que
+l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux
+sujets d'aimer, et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur
+d'être constant.
+
+177
+
+La persévérance n'est digne ni de blâme ni de louange, parce
+qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments, qu'on ne
+s'ôte et qu'on ne se donne point.
+
+178
+
+Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant
+la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer,
+que le dégoût de n'être pas assez admirés de ceux qui nous
+connaissent trop, et l'espérance de l'être davantage de ceux qui
+ne nous connaissent pas tant.
+
+179
+
+Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour
+justifier par avance notre légèreté.
+
+180
+
+Notre repentir n'est pas tant un regret du mal que nous avons
+fait, qu'une crainte de celui qui nous en peut arriver.
+
+181
+
+Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l'esprit ou de
+sa faiblesse, qui lui fait recevoir toutes les opinions d'autrui,
+et il y en a une autre, qui est plus excusable, qui vient du
+dégoût des choses.
+
+182
+
+Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons
+entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble
+et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la
+vie.
+
+183
+
+Il faut demeurer d'accord à l'honneur de la vertu que les plus
+grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les
+crimes.
+
+184
+
+Nous avouons nos défauts pour réparer par notre sincérité le tort
+qu'ils nous font dans l'esprit des autres.
+
+185
+
+Il y a des héros en mal comme en bien.
+
+186
+
+On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices; mais on méprise
+tous ceux qui n'ont aucune vertu.
+
+187
+
+Le nom de la vertu sert à l'intérêt aussi utilement que les vices.
+
+188
+
+La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; et
+quoique l'on paraisse éloigné des passions, on n'est pas moins en
+danger de s'y laisser emporter que de tomber malade quand on se
+porte bien.
+
+189
+
+Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme dès sa
+naissance des bornes pour les vertus et pour les vices.
+
+190
+
+Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.
+
+191
+
+On peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie
+comme des hôtes chez qui il faut successivement loger; et je doute
+que l'expérience nous les fît éviter s'il nous était permis de
+faire deux fois le même chemin.
+
+192
+
+Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la créance
+que c'est nous qui les quittons.
+
+193
+
+Il y a des rechutes dans les maladies de l'âme, comme dans celles
+du corps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plus
+souvent qu'un relâche ou un changement de mal.
+
+194
+
+Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps: quelque
+soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours, et
+elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.
+
+195
+
+Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est
+que nous en avons plusieurs.
+
+196
+
+Nous oublions aisément nos fautes lorsqu'elles ne sont sues que de
+nous.
+
+197
+
+Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans
+l'avoir vu; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre
+en le voyant.
+
+198
+
+Nous élevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres. Et
+quelquefois on louerait moins Monsieur le Prince et M. de Turenne
+si on ne les voulait point blâmer tous deux.
+
+199
+
+Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir.
+
+200
+
+La vertu n'irait pas si loin si la vanité ne lui tenait compagnie.
+
+201
+
+Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de
+tout le monde se trompe fort; mais celui qui croit qu'on ne peut
+se passer de lui se trompe encore davantage.
+
+202
+
+Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défauts aux
+autres et à eux-mêmes. Les vrais honnêtes gens sont ceux qui les
+connaissent parfaitement et les confessent.
+
+203
+
+Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien.
+
+204
+
+La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles
+ajoutent à leur beauté.
+
+205
+
+L'honnêteté des femmes est souvent l'amour de leur réputation et
+de leur repos.
+
+206
+
+C'est être véritablement honnête homme que de vouloir être
+toujours exposé à la vue des honnêtes gens.
+
+207
+
+La folie nous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu'un
+paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont
+proportionnées à son âge et à sa fortune.
+
+208
+
+Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient
+habilement leur niaiserie.
+
+209
+
+Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
+
+210
+
+En vieillissant on devient plus fou, et plus sage.
+
+211
+
+Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, qu'on ne chante
+qu'un certain temps.
+
+212
+
+La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils
+ont, ou par leur fortune.
+
+213
+
+L'amour de la gloire, la crainte de la honte, le dessein de faire
+fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable, et
+l'envie d'abaisser les autres, sont souvent les causes de cette
+valeur si célèbre parmi les hommes.
+
+214
+
+La valeur est dans les simples soldats un métier périlleux qu'ils
+ont pris pour gagner leur vie.
+
+215
+
+La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont deux
+extrémités où l'on arrive rarement. L'espace qui est entre-deux
+est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage: il
+n'y a pas moins de différence entre elles qu'entre les visages et
+les humeurs. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au
+commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent
+aisément par sa durée. Il y en a qui sont contents quand ils ont
+satisfait à l'honneur du monde, et qui font fort peu de chose
+au-delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de
+leur peur. D'autres se laissent quelquefois entraîner à des
+terreurs générales. D'autres vont à la charge parce qu'ils n'osent
+demeurer dans leurs postes. Il s'en trouve à qui l'habitude des
+moindres périls affermit le courage et les prépare à s'exposer à
+de plus grands. Il y en a qui sont braves à coups d'épée, et qui
+craignent les coups de mousquet; d'autres sont assurés aux coups
+de mousquet, et appréhendent de se battre à coups d'épée. Tous ces
+courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit
+augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises
+actions, elle donne la liberté de se ménager. Il y a encore un
+autre ménagement plus général; car on ne voit point d'homme qui
+fasse tout ce qu'il serait capable de faire dans une occasion s'il
+était assuré d'en revenir. De sorte qu'il est visible que la
+crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur.
+
+216
+
+La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu'on serait
+capable de faire devant tout le monde.
+
+217
+
+L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme qui l'élève
+au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue
+des grands périls pourrait exciter en elle; et c'est par cette
+force que les héros se maintiennent en un état paisible, et
+conservent l'usage libre de leur raison dans les accidents les
+plus surprenants et les plus terribles.
+
+218
+
+L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu.
+
+219
+
+La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver
+leur honneur. Mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il
+est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils
+s'exposent.
+
+220
+
+La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font souvent la
+valeur des hommes, et la vertu des femmes.
+
+221
+
+On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire;
+ce qui fait que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour
+éviter la mort que les gens de chicane n'en ont pour conserver
+leur bien.
+
+222
+
+Il n'y a guère de personnes qui dans le premier penchant de l'âge
+ne fassent connaître par où leur corps et leur esprit doivent
+défaillir.
+
+223
+
+Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands:
+elle entretient le commerce; et nous ne payons pas parce qu'il est
+juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des
+gens qui nous prêtent.
+
+224
+
+Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance ne
+peuvent pas pour cela se flatter d'être reconnaissants.
+
+225
+
+Ce qui fait le mécompte dans la reconnaissance qu'on attend des
+grâces que l'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne,
+et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du
+bienfait.
+
+226
+
+Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation
+est une espèce d'ingratitude.
+
+227
+
+Les gens heureux ne se corrigent guère; ils croient toujours avoir
+raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite.
+
+228
+
+L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer.
+
+229
+
+Le bien que nous avons reçu de quelqu'un veut que nous respections
+le mal qu'il nous fait.
+
+230
+
+Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais
+de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de
+semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les
+mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait
+prisonnière, et que l'exemple met en liberté.
+
+231
+
+C'est une grande folie de vouloir être sage tout seul.
+
+232
+
+Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est
+souvent que l'intérêt et la vanité qui les causent.
+
+233
+
+Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans
+l'une, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous
+est chère, nous nous pleurons nous-mêmes; nous regrettons la bonne
+opinion qu'il avait de nous; nous pleurons la diminution de notre
+bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts
+ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je
+dis que c'est une espèce d'hypocrisie, à cause que dans ces sortes
+d'afflictions on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie
+qui n'est pas si innocente, parce qu'elle impose à tout le monde:
+c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire
+d'une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume
+tout a fait cesser celle qu'elles avaient en effet, elles ne
+laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs
+soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à
+persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira
+qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve
+d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur
+ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent
+de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction.
+Il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites
+sources qui coulent et se tarissent facilement: on pleure pour
+avoir la réputation d'être tendre, on pleure pour être plaint, on
+pleure pour être pleuré; enfin on pleure pour éviter la honte de
+ne pleurer pas.
+
+234
+
+C'est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières qu'on
+s'oppose avec tant d'opiniâtreté aux opinions les plus suivies: on
+trouve les premières places prises dans le bon parti, et on ne
+veut point des dernières.
+
+235
+
+Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis
+lorsqu'elles servent à signaler notre tendresse pour eux.
+
+236
+
+Il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu'il
+s'oublie lui-même lorsque nous travaillons pour l'avantage des
+autres. Cependant c'est prendre le chemin le plus assuré pour
+arriver à ses fins; c'est prêter à usure sous prétexte de donner;
+c'est enfin s'acquérir tout le monde par un moyen subtil et
+délicat.
+
+237
+
+Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force d'être
+méchant: toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou
+une impuissance de la volonté.
+
+238
+
+Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes
+que de leur faire trop de bien.
+
+239
+
+Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands,
+parce que nous la regardons comme un effet de notre mérite, sans
+considérer qu'elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou
+d'impuissance de garder le secret.
+
+240
+
+On peut dire de l'agrément séparé de la beauté que c'est une
+symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret
+des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l'air
+de la personne.
+
+241
+
+La coquetterie est le fond de l'humeur des femmes. Mais toutes ne
+la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes
+est retenue par la crainte ou par la raison.
+
+242
+
+On incommode souvent les autres quand on croit ne les pouvoir
+jamais incommoder.
+
+243
+
+Il y a peu de choses impossibles d'elles-mêmes; et l'application
+pour les faire réussir nous manque plus que les moyens.
+
+244
+
+La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix des
+choses.
+
+245
+
+C'est une grande habileté que de savoir cacher son habileté.
+
+246
+
+Ce qui paraît générosité n'est souvent qu'une ambition déguisée
+qui méprise de petits intérêts, pour aller à de plus grands.
+
+247
+
+La fidélité qui paraît en la plupart des hommes n'est qu'une
+invention de l'amour-propre pour attirer la confiance. C'est un
+moyen de nous élever au-dessus des autres, et de nous rendre
+dépositaires des choses les plus importantes.
+
+248
+
+La magnanimité méprise tout pour avoir tout.
+
+249
+
+Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix, dans les
+yeux et dans l'air de la personne, que dans le choix des paroles.
+
+250
+
+La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et à ne
+dire que ce qu'il faut.
+
+251
+
+Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d'autres
+qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités.
+
+252
+
+Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est
+extraordinaire de voir changer les inclinations.
+
+253
+
+L'intérêt met en oeuvre toutes sortes de vertus et de vices.
+
+254
+
+L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission, dont on se sert
+pour soumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil qui
+s'abaisse pour s'élever; et bien qu'il se transforme en mille
+manières, il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper
+que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité.
+
+255
+
+Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, des gestes et des
+mines qui leur sont propres. Et ce rapport bon ou mauvais,
+agréable ou désagréable, est ce qui fait que les personnes
+plaisent ou déplaisent.
+
+256
+
+Dans toutes les professions chacun affecte une mine et un
+extérieur pour paraître ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on
+peut dire que le monde n'est composé que de mines.
+
+257
+
+La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts
+de l'esprit.
+
+258
+
+Le bon goût vient plus du jugement que de l'esprit.
+
+259
+
+Le plaisir de l'amour est d'aimer; et l'on est plus heureux par la
+passion que l'on a que par celle que l'on donne.
+
+260
+
+La civilité est un désir d'en recevoir, et d'être estimé poli.
+
+261
+
+L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un
+second amour-propre qu'on leur inspire.
+
+262
+
+Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne si
+puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé à
+sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'à perdre le sien.
+
+263
+
+Ce qu'on nomme libéralité n'est le plus souvent que la vanité de
+donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.
+
+264
+
+La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les
+maux d'autrui. C'est une habile prévoyance des malheurs où nous
+pouvons tomber; nous donnons du secours aux autres pour les
+engager à nous en donner en de semblables occasions; et ces
+services que nous leur rendons sont à proprement parler des biens
+que nous nous faisons à nous-mêmes par avance.
+
+265
+
+La petitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté; et nous ne croyons
+pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous voyons.
+
+266
+
+C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes
+passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des
+autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas
+d'en être souvent la maîtresse; elle usurpe sur tous les desseins
+et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consume
+insensiblement les passions et les vertus.
+
+267
+
+La promptitude à croire le mal sans l'avoir assez examiné est un
+effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver des
+coupables; et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les
+crimes.
+
+268
+
+Nous récusons des juges pour les plus petits intérêts et nous
+voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du
+jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur
+jalousie, ou par leur préoccupation, ou par leur peu de lumière;
+et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur que nous
+exposons en tant de manières notre repos et notre vie.
+
+269
+
+Il n'y a guère d'homme assez habile pour connaître tout le mal
+qu'il fait.
+
+270
+
+L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.
+
+271
+
+La jeunesse est une ivresse continuelle: c'est la fièvre de la
+raison.
+
+272
+
+Rien ne devrait plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes
+louanges, que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir
+par de petites choses.
+
+273
+
+Il y a des gens qu'on approuve dans le monde, qui n'ont pour tout
+mérite que les vices qui servent au commerce de la vie.
+
+274
+
+La grâce de la nouveauté est à l'amour ce que la fleur est sur les
+fruits; elle y donne un lustre qui s'efface aisément, et qui ne
+revient jamais.
+
+275
+
+Le bon naturel, qui se vante d'être si sensible, est souvent
+étouffé par le moindre intérêt.
+
+276
+
+L'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes,
+comme le vent éteint les bougies et allume le feu.
+
+277
+
+Les femmes croient souvent aimer encore qu'elles n'aiment pas.
+L'occupation d'une intrigue, l'émotion d'esprit que donne la
+galanterie, la pente naturelle au plaisir d'être aimées, et la
+peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion
+lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie.
+
+278
+
+Ce qui fait que l'on est souvent mécontent de ceux qui négocient,
+est qu'ils abandonnent presque toujours l'intérêt de leurs amis
+pour l'intérêt du succès de la négociation, qui devient le leur
+par l'honneur d'avoir réussi à ce qu'ils avaient entrepris.
+
+279
+
+Quand nous exagérons la tendresse que nos amis ont pour nous,
+c'est souvent moins par reconnaissance que par le désir de faire
+juger de notre mérite.
+
+280
+
+L'approbation que l'on donne à ceux qui entrent dans le monde
+vient souvent de l'envie secrète que l'on porte à ceux qui y sont
+établis.
+
+281
+
+L'orgueil qui nous inspire tant d'envie nous sert souvent aussi à
+la modérer.
+
+282
+
+Il y a des faussetés déguisées qui représentent si bien la vérité
+que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser tromper.
+
+283
+
+Il n'y a pas quelquefois moins d'habileté à savoir profiter d'un
+bon conseil qu'à se bien conseiller soi-même.
+
+284
+
+Il y a des méchants qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient
+aucune bonté.
+
+285
+
+La magnanimité est assez définie par son nom; néanmoins on
+pourrait dire que c'est le bon sens de l'orgueil, et la voie la
+plus noble pour recevoir des louanges.
+
+286
+
+Il est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a
+véritablement cessé d'aimer.
+
+287
+
+Ce n'est pas tant la fertilité de l'esprit qui nous fait trouver
+plusieurs expédients sur une même affaire, que c'est le défaut de
+lumière qui nous fait arrêter à tout ce qui se présente à notre
+imagination, et qui nous empêche de discerner d'abord ce qui est
+le meilleur.
+
+288
+
+Il y a des affaires et des maladies que les remèdes aigrissent en
+certains temps; et la grande habileté consiste à connaître quand
+_il est dangereux d'en user.
+
+289
+
+La simplicité affectée est une imposture délicate.
+
+290
+
+Il y a plus de défauts dans l'humeur que dans l'esprit.
+
+291
+
+Le mérite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits.
+
+292
+
+On peut dire de l'humeur des hommes, comme de la plupart des
+bâtiments, qu'elle a diverses faces, les unes agréables, et les
+autres désagréables.
+
+293
+
+La modération ne peut avoir le mérite de combattre l'ambition et
+de la soumettre: elles ne se trouvent jamais ensemble. La
+modération est la langueur et la paresse de l'âme, comme
+l'ambition en est l'activité et l'ardeur.
+
+294
+
+Nous aimons toujours ceux qui nous admirent; et nous n'aimons pas
+toujours ceux que nous admirons.
+
+295
+
+Il s'en faut bien que nous ne connaissions toutes nos volontés.
+
+296
+
+Il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point; mais il
+ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus
+que nous.
+
+297
+
+Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et
+qui tourne imperceptiblement notre volonté; elles roulent ensemble
+et exercent successivement un empire secret en nous: de sorte
+qu'elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que
+nous le puissions connaître.
+
+298
+
+La reconnaissance de la plupart des hommes n'est qu'une secrète
+envie de recevoir de plus grands bienfaits.
+
+299
+
+Presque tout le monde prend plaisir à s'acquitter des petites
+obligations; beaucoup de gens ont de la reconnaissance pour les
+médiocres; mais il n'y a quasi personne qui n'ait de l'ingratitude
+pour les grandes.
+
+300
+
+Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses.
+
+301
+
+Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner.
+
+302
+
+Ce n'est d'ordinaire que dans de petits intérêts où nous prenons
+le hasard de ne pas croire aux apparences.
+
+303
+
+Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de
+nouveau.
+
+304
+
+Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient, mais nous ne
+pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons.
+
+305
+
+L'intérêt que l'on accuse de tous nos crimes mérite souvent d'être
+loué de nos bonnes actions.
+
+306
+
+On ne trouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de faire du
+bien.
+
+307
+
+Il est aussi honnête d'être glorieux avec soi-même qu'il est
+ridicule de l'être avec les autres.
+
+308
+
+On a fait une vertu de la modération pour borner l'ambition des
+grands hommes, et pour consoler les gens médiocres de leur peu de
+fortune, et de leur peu de mérite.
+
+309
+
+Il y a des gens destinés à être sots, qui ne font pas seulement
+des sottises par leur choix, mais que la fortune même contraint
+d'en faire.
+
+310
+
+Il arrive quelquefois des accidents dans la vie, d'où il faut être
+un peu fou pour se bien tirer.
+
+311
+
+S'il y a des hommes dont le ridicule n'ait jamais paru, c'est
+qu'on ne l'a pas bien cherché.
+
+312
+
+Ce qui fait que les amants et les maîtresses ne s'ennuient point
+d'être ensemble, c'est qu'ils parlent toujours d'eux-mêmes.
+
+313
+
+Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir
+jusqu'aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et
+que nous n'en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois
+nous les avons contées à une même personne?
+
+314
+
+L'extrême plaisir que nous prenons à parler de nous-mêmes nous
+doit faire craindre de n'en donner guère à ceux qui nous écoutent.
+
+315
+
+Ce qui nous empêche d'ordinaire de faire voir le fond de notre
+coeur à nos amis, n'est pas tant la défiance que nous avons d'eux,
+que celle que nous avons de nous-mêmes.
+
+316
+
+Les personnes faibles ne peuvent être sincères.
+
+317
+
+Ce n'est pas un grand malheur d'obliger des ingrats, mais c'en est
+un insupportable d'être obligé à un malhonnête homme.
+
+318
+
+On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve
+point pour redresser un esprit de travers.
+
+319
+
+On ne saurait conserver longtemps les sentiments qu'on doit avoir
+pour ses amis et pour ses bienfaiteurs, si on se laisse la liberté
+de parler souvent de leurs défauts.
+
+320
+
+Louer les princes des vertus qu'ils n'ont pas, c'est leur dire
+impunément des injures.
+
+321
+
+Nous sommes plus près d'aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui
+nous aiment plus que nous ne voulons.
+
+322
+
+Il n'y a que ceux qui sont méprisables qui craignent d'être
+méprisés.
+
+323
+
+Notre sagesse n'est pas moins à la merci de la fortune que nos
+biens.
+
+324
+
+Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour.
+
+325
+
+Nous nous consolons souvent par faiblesse des maux dont la raison
+n'a pas la force de nous consoler.
+
+326
+
+Le ridicule déshonore plus que le déshonneur.
+
+327
+
+Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en
+avons pas de grands.
+
+328
+
+L'envie est plus irréconciliable que la haine.
+
+329
+
+On croit quelquefois haïr la flatterie, mais on ne hait que la
+manière de flatter.
+
+330
+
+On pardonne tant que l'on aime.
+
+331
+
+Il est plus difficile d'être fidèle à sa maîtresse quand on est
+heureux que quand on en est maltraité.
+
+332
+
+Les femmes ne connaissent pas toute leur coquetterie.
+
+333
+
+Les femmes n'ont point de sévérité complète sans aversion.
+
+334
+
+Les femmes peuvent moins surmonter leur coquetterie que leur
+passion.
+
+335
+
+Dans l'amour la tromperie va presque toujours plus loin que la
+méfiance.
+
+336
+
+Il y a une certaine sorte d'amour dont l'excès empêche la
+jalousie.
+
+337
+
+Il est de certaines bonnes qualités comme des sens: ceux qui en
+sont entièrement privés ne les peuvent apercevoir ni les
+comprendre.
+
+338
+
+Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de
+ceux que nous haïssons.
+
+339
+
+Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu'à proportion de notre
+amour-propre.
+
+340
+
+L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie
+que leur raison.
+
+341
+
+Les passions de la jeunesse ne sont guère plus opposées au salut
+que la tiédeur des vieilles gens.
+
+342
+
+L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le
+coeur, comme dans le langage.
+
+343
+
+Pour être un grand homme, il faut savoir profiter de toute sa
+fortune.
+
+344
+
+La plupart des hommes ont comme les plantes des propriétés
+cachées, que le hasard fait découvrir.
+
+345
+
+Les occasions nous font connaître aux autres, et encore plus à
+nous-mêmes.
+
+346
+
+Il ne peut y avoir de règle dans l'esprit ni dans le coeur des
+femmes, si le tempérament n'en est d'accord.
+
+347
+
+Nous ne trouvons guère de gens de bon sens, que ceux qui sont de
+notre avis.
+
+348
+
+Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus.
+
+349
+
+Le plus grand miracle de l'amour, c'est de guérir de la
+coquetterie.
+
+350
+
+Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des
+finesses, c'est qu'ils croient être plus habiles que nous.
+
+351
+
+On a bien de la peine à rompre, quand on ne s'aime plus.
+
+352
+
+On s'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est pas
+permis de s'ennuyer.
+
+353
+
+Un honnête homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas
+comme un sot.
+
+354
+
+Il y a de certains défauts qui, bien mis en oeuvre, brillent plus
+que la vertu même.
+
+355
+
+On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en
+est affligé; et d'autres dont on est affligé, et qu'on ne regrette
+guère.
+
+356
+
+Nous ne louons d'ordinaire de bon coeur que ceux qui nous
+admirent.
+
+357
+
+Les petits esprits sont trop blessés des petites choses; les
+grands esprits les voient toutes, et n'en sont point blessés.
+
+358
+
+L'humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes: sans
+elle nous conservons tous nos défauts, et ils sont seulement
+couverts par l'orgueil qui les cache aux autres, et souvent à
+nous-mêmes.
+
+359
+
+Les infidélités devraient éteindre l'amour, et il ne faudrait
+point être jaloux quand on a sujet de l'être. Il n'y a que les
+personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient dignes
+qu'on en ait pour elles.
+
+360
+
+On se décrie beaucoup plus auprès de nous par les moindres
+infidélités qu'on nous fait, que par les plus grandes qu'on fait
+aux autres.
+
+361
+
+La jalousie naît toujours avec l'amour, mais elle ne meurt pas
+toujours avec lui.
+
+362
+
+La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants
+pour les avoir aimés, que pour paraître plus dignes d'être aimées.
+
+363
+
+Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine que
+celles que nous nous faisons à nous-mêmes.
+
+364
+
+On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on ne
+sait pas assez qu'on devrait encore moins parler de soi.
+
+365
+
+Il y a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts quand elles
+sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites quand
+elles sont acquises. Il faut, par exemple, que la raison nous
+fasse ménagers de notre bien et de notre confiance; et il faut, au
+contraire, que la nature nous donne la bonté et la valeur.
+
+366
+
+Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous
+parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux
+autres.
+
+367
+
+Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier.
+
+368
+
+La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne
+sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas.
+
+369
+
+Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent
+plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.
+
+370
+
+Il n'y a guère de poltrons qui connaissent toujours toute leur
+peur.
+
+371
+
+C'est presque toujours la faute de celui qui aime de ne pas
+connaître quand on cesse de l'aimer.
+
+372
+
+La plupart des jeunes gens croient être naturels, lorsqu'ils ne
+sont que mal polis et grossiers.
+
+373
+
+Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-mêmes
+après avoir trompé les autres.
+
+374
+
+Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien
+trompé.
+
+375
+
+Les esprits médiocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe
+leur portée.
+
+376
+
+L'envie est détruite par la véritable amitié, et la coquetterie
+par le véritable amour.
+
+377
+
+Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller point
+jusqu'au but, c'est de le passer.
+
+378
+
+On donne des conseils mais on n'inspire point de conduite.
+
+379
+
+Quand notre mérite baisse, notre goût baisse aussi.
+
+380
+
+La fortune fait paraître nos vertus et nos vices, comme la lumière
+fait paraître les objets.
+
+381
+
+La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne
+vaut guère mieux qu'une infidélité.
+
+382
+
+Nos actions sont comme les bouts-rimés, que chacun fait rapporter
+à ce qu'il lui plaît.
+
+383
+
+L'envie de parler de nous, et de faire voir nos défauts du côté
+que nous voulons bien les montrer, fait une grande partie de notre
+sincérité.
+
+384
+
+On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner.
+
+385
+
+On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup
+d'amour et quand on n'en a plus guère.
+
+386
+
+Il n'y a point de gens qui aient plus souvent tort que ceux qui ne
+peuvent souffrir d'en avoir.
+
+387
+
+Un sot n'a pas assez d'étoffe pour être bon.
+
+388
+
+Si la vanité ne renverse pas entièrement les vertus, du moins elle
+les ébranle toutes.
+
+389
+
+Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable, c'est qu'elle
+blesse la nôtre.
+
+390
+
+On renonce plus aisément à son intérêt qu'à son goût.
+
+391
+
+La fortune ne paraît jamais si aveugle qu'à ceux à qui elle ne
+fait pas de bien.
+
+392
+
+Il faut gouverner la fortune comme la santé: en jouir quand elle
+est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire
+jamais de grands remèdes sans un extrême besoin.
+
+393
+
+L'air bourgeois se perd quelquefois à l'armée; mais il ne se perd
+jamais à la cour.
+
+394
+
+On peut être plus fin qu'un autre, mais non pas plus fin que tous
+les autres.
+
+395
+
+On est quelquefois moins malheureux d'être trompé de ce qu'on
+aime, que d'en être détrompé.
+
+396
+
+On garde longtemps son premier amant, quand on n'en prend point de
+second.
+
+397
+
+Nous n'avons pas le courage de dire en général que nous n'avons
+point de défauts, et que nos ennemis n'ont point de bonnes
+qualités; mais en détail nous ne sommes pas trop éloignés de le
+croire.
+
+398
+
+De tous nos défauts, celui dont nous demeurons le plus aisément
+d'accord, c'est de la paresse; nous nous persuadons qu'elle tient
+à toutes les vertus paisibles et que, sans détruire entièrement
+les autres, elle en suspend seulement les fonctions.
+
+399
+
+Il y a une élévation qui ne dépend point de la fortune: c'est un
+certain air qui nous distingue et qui semble nous destiner aux
+grandes choses; c'est un prix que nous nous donnons
+imperceptiblement à nous-mêmes; c'est par cette qualité que nous
+usurpons les déférences des autres hommes, et c'est elle
+d'ordinaire qui nous met plus au-dessus d'eux que la naissance,
+les dignités, et le mérite même.
+
+400
+
+Il y a du mérite sans élévation, mais il n'y a point d'élévation
+sans quelque mérite.
+
+401
+
+L'élévation est au mérite ce que la parure est aux belles
+personnes.
+
+402
+
+Ce qui se trouve le moins dans la galanterie, c'est de l'amour.
+
+403
+
+La fortune se sert quelquefois de nos défauts pour nous élever, et
+il y a des gens incommodes dont le mérite serait mal récompensé si
+on ne voulait acheter leur absence.
+
+404
+
+Il semble que la nature ait caché dans le fond de notre esprit des
+talents et une habileté que nous ne connaissons pas; les passions
+seules ont le droit de les mettre au jour, et de nous donner
+quelquefois des vues plus certaines et plus achevées que l'art ne
+saurait faire.
+
+405
+
+Nous arrivons tout nouveaux aux divers âges de la vie, et nous y
+manquons souvent d'expérience malgré le nombre des années.
+
+406
+
+Les coquettes se font honneur d'être jalouses de leurs amants,
+pour cacher qu'elles sont envieuses des autres femmes.
+
+407
+
+Il s'en faut bien que ceux qui s'attrapent à nos finesses ne nous
+paraissent aussi ridicules que nous nous le paraissons à nous-mêmes
+quand les finesses des autres nous ont attrapés.
+
+408
+
+Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes qui ont été
+aimables, c'est d'oublier qu'elles ne le sont plus.
+
+409
+
+Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde
+voyait tous les motifs qui les produisent.
+
+410
+
+Le plus grand effort de l'amitié n'est pas de montrer nos défauts
+à un ami; c'est de lui faire voir les siens.
+
+411
+
+On n'a guère de défauts qui ne soient plus pardonnables que les
+moyens dont on se sert pour les cacher.
+
+412
+
+Quelque honte que nous ayons méritée, il est presque toujours en
+notre pouvoir de rétablir notre réputation.
+
+413
+
+On ne plaît pas longtemps quand on n'a que d'une sorte d'esprit.
+
+414
+
+Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur.
+
+415
+
+L'esprit nous sert quelquefois à faire hardiment des sottises.
+
+416
+
+La vivacité qui augmente en vieillissant ne va pas loin de la
+folie.
+
+417
+
+En amour celui qui est guéri le premier est toujours le mieux
+guéri.
+
+418
+
+Les jeunes femmes qui ne veulent point paraître coquettes, et les
+hommes d'un âge avancé qui ne veulent pas être ridicules, ne
+doivent jamais parler de l'amour comme d'une chose où ils puissent
+avoir part.
+
+419
+
+Nous pouvons paraître grands dans un emploi au-dessous de notre
+mérite, mais nous paraissons souvent petits dans un emploi plus
+grand que nous.
+
+420
+
+Nous croyons souvent avoir de la constance dans les malheurs,
+lorsque nous n'avons que de l'abattement, et nous les souffrons
+sans oser les regarder comme les poltrons se laissent tuer de peur
+de se défendre.
+
+421
+
+La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit.
+
+422
+
+Toutes les passions nous font faire des fautes, mais l'amour nous
+en fait faire de plus ridicules.
+
+423
+
+Peu de gens savent être vieux.
+
+424
+
+Nous nous faisons honneur des défauts opposés à ceux que nous
+avons: quand nous sommes faibles, nous nous vantons d'être
+opiniâtres.
+
+425
+
+La pénétration a un air de deviner qui flatte plus notre vanité
+que toutes les autres qualités de l'esprit.
+
+426
+
+La grâce de la nouveauté et la longue habitude, quelque opposées
+qu'elles soient, nous empêchent également de sentir les défauts de
+nos amis.
+
+427
+
+La plupart des amis dégoûtent de l'amitié, et la plupart des
+dévots dégoûtent de la dévotion.
+
+428
+
+Nous pardonnons aisément à nos amis les défauts qui ne nous
+regardent pas.
+
+429
+
+Les femmes qui aiment pardonnent plus aisément les grandes
+indiscrétions que les petites infidélités.
+
+430
+
+Dans la vieillesse de l'amour comme dans celle de l'âge on vit
+encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
+
+431
+
+Rien n'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paraître.
+
+432
+
+C'est en quelque sorte se donner part aux belles actions, que de
+les louer de bon coeur.
+
+433
+
+La plus véritable marque d'être né avec de grandes qualités, c'est
+d'être né sans envie.
+
+434
+
+Quand nos amis nous ont trompés, on ne doit que de l'indifférence
+aux marques de leur amitié, mais on doit toujours de la
+sensibilité à leurs malheurs.
+
+435
+
+La fortune et l'humeur gouvernent le monde.
+
+436
+
+Il est plus aisé de connaître l'homme en général que de connaître
+un homme en particulier.
+
+437
+
+On ne doit pas juger du mérite d'un homme par ses grandes
+qualités, mais par l'usage qu'il en sait faire.
+
+438
+
+Il y a une certaine reconnaissance vive qui ne nous acquitte pas
+seulement des bienfaits que nous avons reçus, mais qui fait même
+que nos amis nous doivent en leur payant ce que nous leur devons.
+
+439
+
+Nous ne désirerions guère de choses avec ardeur, si nous
+connaissions parfaitement ce que nous désirons.
+
+440
+
+Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de
+l'amitié, c'est qu'elle est fade quand on a senti de l'amour.
+
+441
+
+Dans l'amitié comme dans l'amour on est souvent plus heureux par
+les choses qu'on ignore que par celles que l'on sait.
+
+442
+
+Nous essayons de nous faire honneur des défauts que nous ne
+voulons pas corriger.
+
+443
+
+Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du
+relâche, mais la vanité nous agite toujours.
+
+444
+
+Les vieux fous sont plus fous que les jeunes.
+
+445
+
+La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice.
+
+446
+
+Ce qui rend les douleurs de la honte et de la jalousie si aiguës,
+c'est que la vanité ne peut servir à les supporter.
+
+447
+
+La bienséance est la moindre de toutes les lois, et la plus
+suivie.
+
+448
+
+Un esprit droit a moins de peine de se soumettre aux esprits de
+travers que de les conduire.
+
+449
+
+Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant une grande place
+sans nous y avoir conduits par degrés, ou sans que nous nous y
+soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s'y
+bien soutenir, et de paraître digne de l'occuper.
+
+450
+
+Notre orgueil s'augmente souvent de ce que nous retranchons de nos
+autres défauts.
+
+451
+
+Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit.
+
+452
+
+Il n'y a point d'homme qui se croie en chacune de ses qualités
+au-dessous de l'homme du monde qu'il estime le plus.
+
+453
+
+Dans les grandes affaires on doit moins s'appliquer à faire naître
+des occasions qu'à profiter de celles qui se présentent.
+
+454
+
+Il n'y a guère d'occasion où l'on fît un méchant marché de
+renoncer au bien qu'on dit de nous, à condition de n'en dire point
+de mal.
+
+455
+
+Quelque disposition qu'ait le monde à mal juger, il fait encore
+plus souvent grâce au faux mérite qu'il ne fait injustice au
+véritable.
+
+456
+
+On est quelquefois un sot avec de l'esprit, mais on ne l'est
+jamais avec du jugement.
+
+457
+
+Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes,
+que d'essayer de paraître ce que nous ne sommes pas.
+
+458
+
+Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugements qu'ils
+font de nous que nous n'en approchons nous-mêmes.
+
+459
+
+Il y a plusieurs remèdes qui guérissent de l'amour, mais il n'y en
+a point d'infaillibles.
+
+460
+
+Il s'en faut bien que nous connaissions tout ce que nos passions
+nous font faire.
+
+461
+
+La vieillesse est un tyran qui défend sur peine de la vie tous les
+plaisirs de la jeunesse.
+
+462
+
+Le même orgueil qui nous fait blâmer les défauts dont nous nous
+croyons exempts, nous porte à mépriser les bonnes qualités que
+nous n'avons pas.
+
+463
+
+Il y a souvent plus d'orgueil que de bonté à plaindre les malheurs
+de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommes
+au-dessus d'eux que nous leur donnons des marques de compassion.
+
+464
+
+Il y a un excès de biens et de maux qui passe notre sensibilité.
+
+465
+
+Il s'en faut bien que l'innocence ne trouve autant de protection
+que le crime.
+
+466
+
+De toutes les passions violentes, celle qui sied le moins mal aux
+femmes, c'est l'amour.
+
+467
+
+La vanité nous fait faire plus de choses contre notre goût que la
+raison.
+
+468
+
+Il y a de méchantes qualités qui font de grands talents.
+
+469
+
+On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par
+raison.
+
+470
+
+Toutes nos qualités sont incertaines et douteuses en bien comme en
+mal, et elles sont presque toutes à la merci des occasions.
+
+471
+
+Dans les premières passions les femmes aiment l'amant, et dans les
+autres elles aiment l'amour.
+
+472
+
+L'orgueil a ses bizarreries, comme les autres passions; on a honte
+d'avouer que l'on ait de la jalousie, et on se fait honneur d'en
+avoir eu, et d'être capable d'en avoir.
+
+473
+
+Quelque rare que soit le véritable amour, il l'est encore moins
+que la véritable amitié.
+
+474
+
+Il y a peu de femmes dont le mérite dure plus que la beauté.
+
+475
+
+L'envie d'être plaint, ou d'être admiré, fait souvent la plus
+grande partie de notre confiance.
+
+476
+
+Notre envie dure toujours plus longtemps que le bonheur de ceux
+que nous envions.
+
+477
+
+La même fermeté qui sert à résister à l'amour sert aussi à le
+rendre violent et durable, et les personnes faibles qui sont
+toujours agitées des passions n'en sont presque jamais
+véritablement remplies.
+
+478
+
+L'imagination ne saurait inventer tant de diverses contrariétés
+qu'il y en a naturellement dans le coeur de chaque personne.
+
+479
+
+Il n'y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent
+avoir une véritable douceur; celles qui paraissent douces n'ont
+d'ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en
+aigreur.
+
+480
+
+La timidité est un défaut dont il est dangereux de reprendre les
+personnes qu'on en veut corriger.
+
+481
+
+Rien n'est plus rare que la véritable bonté; ceux mêmes qui
+croient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la
+faiblesse.
+
+482
+
+L'esprit s'attache par paresse et par constance à ce qui lui est
+facile ou agréable; cette habitude met toujours des bornes à nos
+connaissances, et jamais personne ne s'est donné la peine
+d'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pourrait
+aller.
+
+483
+
+On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.
+
+484
+
+Quand on a le coeur encore agité par les restes d'une passion, on
+est plus près d'en prendre une nouvelle que quand on est
+entièrement guéri.
+
+485
+
+Ceux qui ont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie
+heureux, et malheureux, d'en être guéris.
+
+486
+
+Il y a encore plus de gens sans intérêt que sans envie.
+
+487
+
+Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps.
+
+488
+
+Le calme ou l'agitation de notre humeur ne dépend pas tant de ce
+qui nous arrive de plus considérable dans la vie, que d'un
+arrangement commode ou désagréable de petites choses qui arrivent
+tous les jours.
+
+489
+
+Quelque méchants que soient les hommes, ils n'oseraient paraître
+ennemis de la vertu, et lorsqu'ils la veulent persécuter, ils
+feignent de croire qu'elle est fausse ou ils lui supposent des
+crimes.
+
+490
+
+On passe souvent de l'amour à l'ambition, mais on ne revient guère
+de l'ambition à l'amour.
+
+491
+
+L'extrême avarice se méprend presque toujours; il n'y a point de
+passion qui s'éloigne plus souvent de son but, ni sur qui le
+présent ait tant de pouvoir au préjudice de l'avenir.
+
+492
+
+L'avarice produit souvent des effets contraires; il y a un nombre
+infini de gens qui sacrifient tout leur bien à des espérances
+douteuses et éloignées, d'autres méprisent de grands avantages à
+venir pour de petits intérêts présents.
+
+493
+
+Il semble que les hommes ne se trouvent pas assez de défauts; ils
+en augmentent encore le nombre par de certaines qualités
+singulières dont ils affectent de se parer, et ils les cultivent
+avec tant de soin qu'elles deviennent à la fin des défauts
+naturels, qu'il ne dépend plus d'eux de corriger.
+
+494
+
+Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes
+qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend
+parler de leur conduite: le même amour-propre qui les aveugle
+d'ordinaire les éclaire alors, et leur donne des vues si justes
+qu'il leur fait supprimer ou déguiser les moindres choses qui
+peuvent être condamnées.
+
+495
+
+Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient
+honteux ou étourdis: un air capable et composé se tourne
+d'ordinaire en impertinence.
+
+496
+
+Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort n'était que
+d'un côté.
+
+497
+
+Il ne sert de rien d'être jeune sans être belle, ni d'être belle
+sans être jeune.
+
+498
+
+Il y a des personnes si légères et si frivoles qu'elles sont aussi
+éloignées d'avoir de véritables défauts que des qualités solides.
+
+499
+
+On ne compte d'ordinaire la première galanterie des femmes que
+lorsqu'elles en ont une seconde.
+
+500
+
+Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont
+amoureux, ils trouvent moyen d'être occupés de leur passion sans
+l'être de la personne qu'ils aiment.
+
+501
+
+L'amour, tout agréable qu'il est, plaît encore plus par les
+manières dont il se montre que par lui-même.
+
+502
+
+Peu d'esprit avec de la droiture ennuie moins, à la longue, que
+beaucoup d'esprit avec du travers.
+
+503
+
+La jalousie est le plus grand de tous les maux, et celui qui fait
+le moins de pitié aux personnes qui le causent.
+
+504
+
+Après avoir parlé de la fausseté de tant de vertus apparentes, il
+est raisonnable de dire quelque chose de la fausseté du mépris de
+la mort. J'entends parler de ce mépris de la mort que les païens
+se vantent de tirer de leurs propres forces, sans l'espérance
+d'une meilleure vie. Il y a différence entre souffrir la mort
+constamment, et la mépriser. Le premier est assez ordinaire; mais
+je crois que l'autre n'est jamais sincère. On a écrit néanmoins
+tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal;
+et les hommes les plus faibles aussi bien que les héros ont donné
+mille exemples célèbres pour établir cette opinion. Cependant je
+doute que personne de bon sens l'ait jamais cru; et la peine que
+l'on prend pour le persuader aux autres et à soi-même fait assez
+voir que cette entreprise n'est pas aisée. On peut avoir divers
+sujets de dégoûts dans la vie, mais on n'a jamais raison de
+mépriser la mort; ceux mêmes qui se la donnent volontairement ne
+la comptent pas pour si peu de chose, et ils s'en étonnent et la
+rejettent comme les autres, lorsqu'elle vient à eux par une autre
+voie que celle qu'ils ont choisie. L'inégalité que l'on remarque
+dans le courage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce
+que la mort se découvre différemment à leur imagination, et y
+paraît plus présente en un temps qu'en un autre. Ainsi il arrive
+qu'après avoir méprisé ce qu'ils ne connaissent pas, ils craignent
+enfin ce qu'ils connaissent. Il faut éviter de l'envisager avec
+toutes ses circonstances, si on ne veut pas croire qu'elle soit le
+plus grand de tous les maux. Les plus habiles et les plus braves
+sont ceux qui prennent de plus honnêtes prétextes pour s'empêcher
+de la considérer. Mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle
+est, trouve que c'est une chose épouvantable. La nécessité de
+mourir faisait toute la constance des philosophes. Ils croyaient
+qu'il fallait aller de bonne grâce où l'on ne saurait s'empêcher
+d'aller; et, ne pouvant éterniser leur vie, il n'y avait rien
+qu'ils ne fissent pour éterniser leur réputation, et sauver du
+naufrage ce qui n'en peut être garanti. Contentons-nous pour faire
+bonne mine de ne nous pas dire à nous-mêmes tout ce que nous en
+pensons, et espérons plus de notre tempérament que de ces faibles
+raisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher de
+la mort avec indifférence. La gloire de mourir avec fermeté,
+l'espérance d'être regretté, le désir de laisser une belle
+réputation, l'assurance d'être affranchi des misères de la vie, et
+de ne dépendre plus des caprices de la fortune, sont des remèdes
+qu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils
+soient infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple
+haie fait souvent à la guerre pour assurer ceux qui doivent
+approcher d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloigné, on
+s'imagine qu'elle peut mettre à couvert; mais quand on en est
+proche, on trouve que c'est un faible secours. C'est nous flatter,
+de croire que la mort nous paraisse de près ce que nous en avons
+jugé de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesse,
+soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte
+par la plus rude de toutes les épreuves. C'est aussi mal connaître
+les effets de l'amour-propre, que de penser qu'il puisse nous
+aider à compter pour rien ce qui le doit nécessairement détruire,
+et la raison, dans laquelle on croit trouver tant de ressources,
+est trop faible en cette rencontre pour nous persuader ce que nous
+voulons. C'est elle au contraire qui nous trahit le plus souvent,
+et qui, au lieu de nous inspirer le mépris de la mort, sert à nous
+découvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle
+peut faire pour nous est de nous conseiller d'en détourner les
+yeux pour les arrêter sur d'autres objets. Caton et Brutus en
+choisirent d'illustres. Un laquais se contenta il y a quelque
+temps de danser sur l'échafaud où il allait être roué. Ainsi, bien
+que les motifs soient différents, ils produisent les mêmes effets.
+De sorte qu'il est vrai que, quelque disproportion qu'il y ait
+entre les grands hommes et les gens du commun, on a vu mille fois
+les uns et les autres recevoir la mort d'un même visage; mais ç'a
+toujours été avec cette différence que, dans le mépris que les
+grands hommes font paraître pour la mort, c'est l'amour de la
+gloire qui leur en ôte la vue, et dans les gens du commun ce n'est
+qu'un effet de leur peu de lumière qui les empêche de connaître la
+grandeur de leur mal et leur laisse la liberté de penser à autre
+chose.
+
+Maximes supprimées
+
+
+1 Maximes retranchées après la première édition
+
+1
+
+L'amour-propre est l'amour de soi-même, et de toutes choses pour
+soi; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les
+tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens; il ne
+se repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets
+étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce
+qui lui est propre. Rien n'est si impétueux que ses désirs, rien
+de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites;
+ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations
+passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la
+chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres de
+ses abîmes. Là il est à couvert des yeux les plus pénétrants; il y
+fait mille insensibles tours et retours. Là il est souvent
+invisible à lui-même, il y conçoit, il y nourrit, et il y élève,
+sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines; il en
+forme de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il
+les méconnaît, ou il ne peut se résoudre à les avouer. De cette
+nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de
+lui-même; de là viennent ses erreurs, ses ignorances, ses
+grossièretés et ses niaiseries sur son sujet; de là vient qu'il
+croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont
+qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir dès
+qu'il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les goûts qu'il a
+rassasiés. Mais cette obscurité épaisse, qui le cache à lui-même,
+n'empêche pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui,
+en quoi il est semblable à nos yeux, qui découvrent tout, et sont
+aveugles seulement pour eux-mêmes. En effet dans ses plus grands
+intérêts, et dans ses plus importantes affaires, où la violence de
+ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il
+entend, il imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout; de
+sorte qu'on est tenté de croire que chacune de ses passions a une
+espèce de magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si
+fort que ses attachements, qu'il essaye de rompre inutilement à la
+vue des malheurs extrêmes qui le menacent. Cependant il fait
+quelquefois en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu
+faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de
+plusieurs année; d'où l'on pourrait conclure assez
+vraisemblablement que c'est par lui-même que ses désirs sont
+allumés, plutôt que par la beauté et par le mérite de ses objets;
+que son goût est le prix qui les relève, et le fard qui les
+embellit; que c'est après lui-même qu'il court, et qu'il suit son
+gré, lorsqu'il suit les choses qui sont à son gré. Il est tous les
+contraires: il est impérieux et obéissant, sincère et dissimulé,
+miséricordieux et cruel, timide et audacieux. Il a de différentes
+inclinations selon la diversité des tempéraments qui le tournent,
+et le dévouent tantôt à la gloire, tantôt aux richesses, et tantôt
+aux plaisirs; il en change selon le changement de nos âges, de nos
+fortunes et de nos expériences, mais il lui est indifférent d'en
+avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une, parce qu'il se partage en
+plusieurs et se ramasse en une quand il le faut, et comme il lui
+plaît. Il est inconstant, et outre les changements qui viennent
+des causes étrangères, il y en a une infinité qui naissent de lui,
+et de son propre fonds; il est inconstant d'inconstance, de
+légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût; il est
+capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec le dernier
+empressement, et avec des travaux incroyables, à obtenir des
+choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont
+nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est
+bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les
+plus frivoles; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et
+conserve toute sa fierté dans les plus méprisables. Il est dans
+tous les états de la vie, et dans toutes les conditions; il vit
+partout, et il vit de tout, il vit de rien; il s'accommode des
+choses, et de leur privation; il passe même dans le parti des gens
+qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins; et ce qui
+est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte,
+il travaille même à sa ruine. Enfin il ne se soucie que d'être, et
+pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi. Il ne faut donc
+pas s'étonner s'il se joint quelquefois à la plus rude austérité,
+et s'il entre si hardiment en société avec elle pour se détruire,
+parce que, dans le même temps qu'il se ruine en un endroit, il se
+rétablit en un autre; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il
+ne fait que le suspendre, ou le changer, et lors même qu'il est
+vaincu et qu'on croit en être défait, on le retrouve qui triomphe
+dans sa propre défaite. Voilà la peinture de l'amour-propre, dont
+toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation; la mer en
+est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans le flux et
+le reflux de ses vagues continuelles une fidèle expression de la
+succession turbulente de ses pensées, et de ses éternels
+mouvements.
+
+2
+
+Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de
+la chaleur, et de la froideur, du sang.
+
+3
+
+La modération dans la bonne fortune n'est que l'appréhension de la
+honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a.
+
+4
+
+La modération est comme la sobriété: on voudrait bien manger
+davantage, mais on craint de se faire mal.
+
+5
+
+Tout le monde trouve à redire en autrui ce qu'on trouve à redire
+en lui.
+
+6
+
+L'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses différentes
+métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de
+la comédie humaine, se montre avec un visage naturel, et se
+découvre par la fierté; de sorte qu'à proprement parler la fierté
+est l'éclat et la déclaration de l'orgueil.
+
+7
+
+La complexion qui fait le talent pour les petites choses est
+contraire à celle qu'il faut pour le talent des grandes.
+
+8
+
+C'est une espèce de bonheur, de connaître jusques à quel point on
+doit être malheureux.
+
+9
+
+On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on
+avait espéré.
+
+10
+
+On se console souvent d'être malheureux par un certain plaisir
+qu'on trouve à le paraître.
+
+11
+
+Il faudrait pouvoir répondre de sa fortune, pour pouvoir répondre
+de ce que l'on fera.
+
+12
+
+Comment peut-on répondre de ce qu'on voudra à l'avenir, puisque
+l'on ne sait pas précisément ce que l'on veut dans le temps
+présent?
+
+13
+
+L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps
+qu'elle anime.
+
+14
+
+La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on ne nous ôte ce qui
+nous appartient; de là vient cette considération et ce respect
+pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse
+application à ne lui faire aucun préjudice; cette crainte retient
+l'homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune,
+lui ont donnés, et sans cette crainte il ferait des courses
+continuelles sur les autres.
+
+15
+
+La justice, dans les juges qui sont modérés, n'est que l'amour de
+leur élévation.
+
+16
+
+On blâme l'injustice, non pas par l'aversion que l'on a pour elle,
+mais pour le préjudice que l'on en reçoit.
+
+17
+
+Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis
+ne vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que nous
+avons pour eux; c'est un effet de l'amour-propre qui nous flatte
+de l'espérance d'être heureux à notre tour, ou de retirer quelque
+utilité de leur bonne fortune.
+
+18
+
+Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours
+quelque chose qui ne nous déplaît pas.
+
+19
+
+L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur
+orgueil: il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous ôte la
+connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et
+nous guérir de nos défauts.
+
+20
+
+On n'a plus de raison, quand on n'espère plus d'en trouver aux
+autres.
+
+21
+
+Les philosophes, et Sénèque surtout, n'ont point ôté les crimes
+par leurs préceptes: ils n'ont fait que les employer au bâtiment
+de l'orgueil.
+
+22
+
+Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne
+le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires.
+
+23
+
+La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse.
+
+24
+
+La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance de manger
+beaucoup.
+
+25
+
+Chaque talent dans les hommes, de même que chaque arbre, a ses
+propriétés et ses effets qui lui sont tous particuliers.
+
+26
+
+On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lassé d'en
+parler.
+
+27
+
+La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet qu'un
+désir d'en avoir de plus délicates.
+
+28
+
+On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt.
+
+29
+
+L'amour-propre empêche bien que celui qui nous flatte ne soit
+jamais celui qui nous flatte le plus.
+
+30
+
+On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien
+qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de
+l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est à
+proprement parler la fureur de l'orgueil.
+
+31
+
+Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et
+plus de vertu que les âmes communes, mais celles seulement qui ont
+de plus grands desseins.
+
+32
+
+La férocité naturelle fait moins de cruels que l'amour-propre.
+
+33
+
+On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un poète italien a dit de
+l'honnêteté des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art
+de paraître honnête.
+
+34
+
+Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fantôme formé
+par nos passions, à qui on donne un nom honnête, pour faire
+impunément ce qu'on veut.
+
+35
+
+Nous n'avouons jamais nos défauts que par vanité.
+
+36
+
+On ne trouve point dans l'homme le bien ni le mal dans l'excès.
+
+37
+
+Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en
+soupçonnent pas facilement les autres.
+
+38
+
+La pompe des enterrements regarde plus la vanité des vivants que
+l'honneur des morts.
+
+39
+
+Quelque incertitude et quelque variété qui paraisse dans le monde,
+on y remarque néanmoins un certain enchaînement secret, et un
+ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque
+chose marche en son rang, et suit le cours de sa destinée.
+
+40
+
+L'intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au
+lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est
+nécessaire dans les périls de la guerre.
+
+41
+
+Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance seraient
+tentés comme les poètes de l'appeler la fille du Ciel, puisqu'on
+ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle est
+produite par infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but,
+regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les
+font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur
+propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et
+si général.
+
+42
+
+On ne peut répondre de son courage quand on n'a jamais été dans le
+péril.
+
+43
+
+L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est
+contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles
+sont naturelles.
+
+44
+
+Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale, et répandue
+sur tout le monde, de la grande habileté.
+
+45
+
+Pour pouvoir être toujours bon, il faut que les autres croient
+qu'ils ne peuvent jamais nous être impunément méchants.
+
+46
+
+La confiance de plaire est souvent un moyen de déplaire
+infailliblement.
+
+47
+
+La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande partie
+de celle que l'on a aux autres.
+
+48
+
+Il y a une révolution générale qui change le goût des esprits,
+aussi bien que les fortunes du monde.
+
+49
+
+La vérité est le fondement et la raison de la perfection, et de la
+beauté; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait être
+belle, et parfaite, si elle n'est véritablement tout ce qu'elle
+doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
+
+50
+
+Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat quand elles demeurent
+imparfaites que quand elles sont trop achevées.
+
+51
+
+La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend
+l'homme maître de lui-même pour le rendre maître de toutes choses.
+
+52
+
+Le luxe et la trop grande politesse dans les États sont le présage
+assuré de leur décadence parce que, tous les particuliers
+s'attachant à leurs intérêts propres, ils se détournent du bien
+public.
+
+53
+
+Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si persuadés
+qu'ils disent que la mort n'est pas un mal, que le tourment qu'ils
+se donnent pour établir l'immortalité de leur nom par la perte de
+la vie.
+
+54
+
+De toutes les passions celle qui est plus inconnue à nous-mêmes,
+c'est la paresse; elle est la plus ardente et la plus maligne de
+toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages
+qu'elle cause soient très cachés; si nous considérons
+attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes
+rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos
+plaisirs; c'est la rémore qui a la force d'arrêter les plus grands
+vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes
+affaires que les écueils, et que les plus grandes tempêtes; le
+repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend
+soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres
+résolutions; pour donner enfin la véritable idée de cette passion,
+il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'âme, qui
+la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les
+biens.
+
+55
+
+Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en a pas, que
+de s'en défaire quand on en a.
+
+56
+
+La plupart des femmes se rendent plutôt par faiblesse que par
+passion; de là vient que pour l'ordinaire les hommes entreprenants
+réussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus
+aimables.
+
+57
+
+N'aimer guère en amour est un moyen assuré pour être aimé.
+
+58
+
+La sincérité que se demandent les amants et les maîtresses, pour
+savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est bien
+moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus que
+pour être mieux assurés qu'on les aime lorsque l'on ne dit point
+le contraire.
+
+59
+
+La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est
+celle de la fièvre; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que
+sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa durée.
+
+60
+
+La plus grande habileté des moins habiles est de se savoir
+soumettre à la bonne conduite d'autrui.
+
+
+2 Maxime retranchée après la deuxième édition
+
+61
+
+Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le
+chercher ailleurs.
+
+
+3 Maximes retranchées après la quatrième édition
+
+62
+
+Comme on n'est jamais en liberté d'aimer, ou de cesser d'aimer,
+l'amant ne peut se plaindre avec justice de l'inconstance de sa
+maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant.
+
+63
+
+Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises qu'on nous
+devienne infidèle, pour nous dégager de notre fidélité.
+
+64
+
+Comment prétendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous ne
+pouvons le garder nous-mêmes?
+
+65
+
+Il n'y en a point qui pressent tant les autres que les paresseux
+lorsqu'ils ont satisfait à leur paresse, afin de paraître
+diligents.
+
+66
+
+C'est une preuve de peu d'amitié de ne s'apercevoir pas du
+refroidissement de celle de nos amis.
+
+67
+
+Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie; ils les font
+valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon
+leur cours, et non pas selon leur véritable prix.
+
+68
+
+Il y a des crimes qui deviennent innocents et même glorieux par
+leur éclat, leur nombre et leur excès. De là vient que les
+voleries publiques sont des habiletés, et que prendre des
+provinces injustement s'appelle faire des conquêtes.
+
+69
+
+On donne plus aisément des bornes à sa reconnaissance qu'à ses
+espérances et qu'à ses désirs.
+
+70
+
+Nous ne regrettons pas toujours la perte de nos amis par la
+considération de leur mérite, mais par celle de nos besoins et de
+la bonne opinion qu'ils avaient de nous.
+
+71
+
+On aime à deviner les autres; mais l'on n'aime pas à être deviné.
+
+72
+
+C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop
+grand régime.
+
+73
+
+On craint toujours de voir ce qu'on aime, quand on vient de faire
+des coquetteries ailleurs.
+
+74
+
+On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les
+avouer.
+
+Maximes posthumes
+
+
+1 Maximes fournies par le manuscrit de Liancourt
+
+1
+
+Comme la plus heureuse personne du monde est celle à qui peu de
+choses suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les
+plus misérables qu'il leur faut l'assemblage d'une infinité de
+biens pour les rendre heureux.
+
+2
+
+La finesse n'est qu'une pauvre habileté.
+
+3
+
+Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais
+usage que nous en faisons; il dépend de nous de les acquérir et de
+nous en servir sans crime et, au lieu qu'elles nourrissent et
+accroissent les vices, comme le bois entretient et augmente le
+feu, nous pouvons les consacrer à toutes les vertus et les rendre
+même par là plus agréables et plus éclatantes.
+
+4
+
+La ruine du prochain plaît aux amis et aux ennemis.
+
+5
+
+Chacun pense être plus fin que les autres.
+
+6
+
+On ne saurait compter toutes les espèces de vanité.
+
+7
+
+Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui
+prouvent la fausseté des vertus, c'est que nous croyons trop
+aisément qu'elles sont véritables en nous.
+
+8
+
+Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous désirons
+toutes choses comme si nous étions immortels.
+
+9
+
+Dieu a mis des talents différents dans l'homme comme il a planté
+de différents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent de
+même que chaque arbre a ses propriétés et ses effets qui lui sont
+tous particuliers; de là vient que le poirier le meilleur du monde
+ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent
+le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets des talents
+les plus communs; de là vient encore qu'il est aussi ridicule de
+vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi que de
+vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait
+point semé les oignons.
+
+10
+
+Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé comme il est,
+c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en soi-même
+de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses
+sentiments et de ses inclinations.
+
+11
+
+Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la vérité
+puisque nous nous la cachons si souvent nous-mêmes.
+
+12
+
+Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la
+peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit
+mépriser.
+
+13
+
+Il semble que c'est le diable qui a tout exprès placé la paresse
+sur la frontière de plusieurs vertus.
+
+14
+
+La fin du bien est un mal; la fin du mal est un bien.
+
+15
+
+On blâme aisément les défauts des autres, mais on s'en sert
+rarement à corriger les siens.
+
+16
+
+Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon
+leur grandeur, mais selon notre sensibilité.
+
+17
+
+Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d'ordinaire pas
+assez ce qui en est l'origine.
+
+18
+
+Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu'on craint,
+parce qu'elle cause la fin de la vie ou la fin de l'amour; c'est
+un cruel remède, mais il est plus doux que les doutes et les
+soupçons.
+
+19
+
+Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance
+et la différence qu'il y a entre tous les hommes.
+
+20
+
+Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le
+coeur de l'homme, c'est que l'on craint d'y être découvert.
+
+21
+
+L'homme est si misérable que, tournant toutes ses conduites à
+satisfaire ses passions, il gémit incessamment sous leur tyrannie;
+il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu'il faut qu'il se
+fasse pour s'affranchir de leur joug; il trouve du dégoût non
+seulement dans ses vices, mais encore dans leurs remèdes, et ne
+peut s'accommoder ni des chagrins de ses maladies ni du travail de
+sa guérison.
+
+22
+
+Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il se fît
+un dieu de son amour-propre pour en être tourmenté dans toutes les
+actions de sa vie.
+
+23
+
+L'espérance et la crainte sont inséparables, et il n'y a point de
+crainte sans espérance ni d'espérance sans crainte.
+
+24
+
+Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est
+presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-mêmes.
+
+25
+
+Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des
+défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce qu'on souhaite.
+
+26
+
+L'intérêt est l'âme de l'amour-propre, de sorte que, comme le
+corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans
+connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de même
+l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne
+voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus; de là vient qu'un même
+homme qui court la terre et les mers pour son intérêt devient
+soudainement paralytique pour l'intérêt des autres; de là vient le
+soudain assoupissement et cette mort que nous causons à tous ceux
+à qui nous contons nos affaires; de là vient leur prompte
+résurrection lorsque dans notre narration nous y mêlons quelque
+chose qui les regarde; de sorte que nous voyons dans nos
+conversations et dans nos traités que dans un même moment un homme
+perd connaissance et revient à soi, selon que son propre intérêt
+s'approche de lui ou qu'il s'en retire.
+
+
+2 Maximes fournies par des lettres
+
+27
+
+On ne donne des louanges que pour en profiter.
+
+28
+
+Les passions ne sont que les divers goûts de l'amour propre.
+
+29
+
+L'extrême ennui sert à nous désennuyer.
+
+30
+
+On loue et on blâme la plupart des choses parce que c'est la mode
+de les louer ou de les blâmer.
+
+31
+
+Il n'est jamais plus difficile de bien parler que lorsqu'on ne
+parle que de peur de se taire.
+
+
+3 Maximes fournies par l'édition hollandaise de 1664
+
+32
+
+Si on avait ôté à ce qu'on appelle force le désir de conserver, et
+la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand'chose.
+
+33
+
+La familiarité est un relâchement presque de toutes les règles de
+la vie civile, que le libertinage a introduit dans la société pour
+nous faire parvenir à celle qu'on appelle commode. C'est un effet
+de l'amour-propre qui, voulant tout accommoder à notre faiblesse,
+nous soustrait à l'honnête sujétion que nous imposent les bonnes
+moeurs et, pour chercher trop les moyens de nous les rendre
+commodes, le fait dégénérer en vices. Les femmes, ayant
+naturellement plus de mollesse que les hommes, tombent plutôt dans
+ce relâchement, et y perdent davantage: l'autorité du sexe ne se
+maintient pas, le respect qu'on lui doit diminue, et l'on peut
+dire que l'honnête y perd la plus grande partie de ses droits.
+
+34
+
+La raillerie est une gaieté agréable de l'esprit, qui enjoue la
+conversation, et qui lie la société si elle est obligeante, ou qui
+la trouble si elle ne l'est pas. Elle est plus pour celui qui la
+fait que pour celui qui la souffre. C'est toujours un combat de
+bel esprit, que produit la vanité; d'où vient que ceux qui en
+manquent pour la soutenir, et ceux qu'un défaut reproché fait
+rougir, s'en offensent également, comme d'une défaite injurieuse
+qu'ils ne sauraient pardonner. C'est un poison qui tout pur éteint
+l'amitié et excite la haine, mais qui corrigé par l'agrément de
+l'esprit, et la flatterie de la louange, l'acquiert ou la
+conserve; et il en faut user sobrement avec ses amis et avec les
+faibles.
+
+
+4 Maximes fournies par le supplément de l'édition de 1693
+
+35
+
+Force gens veulent être dévots, mais personne ne veut être humble.
+
+36
+
+Le travail du corps délivre des peines de l'esprit, et c'est ce
+qui rend les pauvres heureux.
+
+37
+
+Les véritables mortifications sont celles qui ne sont point
+connues; la vanité rend les autres faciles.
+
+38
+
+L'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui offre des
+sacrifices.
+
+39
+
+Il faut peu de choses pour rendre le sage heureux; rien ne peut
+rendre un fol content; c'est pourquoi presque tous les hommes sont
+misérables.
+
+40
+
+Nous nous tourmentons moins pour devenir heureux que pour faire
+croire que nous le sommes.
+
+41
+
+Il est bien plus aisé d'éteindre un premier désir que de
+satisfaire tous ceux qui le suivent.
+
+42
+
+La sagesse est à l'âme ce que la santé est pour le corps.
+
+43
+
+Les grands de la terre ne pouvant donner la santé du corps ni le
+repos d'esprit, on achète toujours trop cher tous les biens qu'ils
+peuvent faire.
+
+44
+
+Avant que de désirer fortement une chose, il faut examiner quel
+est le bonheur de celui qui la possède.
+
+45
+
+Un véritable ami est le plus grand de tous les biens et celui de
+tous qu'on songe le moins à acquérir.
+
+46
+
+Les amants ne voient les défauts de leurs maîtresses que lorsque
+leur enchantement est fini.
+
+47
+
+La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre: à
+mesure que l'amour croît, la prudence diminue.
+
+48
+
+Il est quelquefois agréable à un mari d'avoir une femme jalouse:
+il entend toujours parler de ce qu'il aime.
+
+49
+
+Qu'une femme est à plaindre, quand elle a tout ensemble de l'amour
+et de la vertu!
+
+50
+
+Le sage trouve mieux son compte à ne point s'engager qu'à vaincre.
+
+51
+
+Il est plus nécessaire d'étudier les hommes que les livres.
+
+52
+
+Le bonheur ou le malheur vont d'ordinaire à ceux qui ont le plus
+de l'un ou de l'autre.
+
+53
+
+On ne se blâme que pour être loué.
+
+54
+
+Il n'est rien de plus naturel ni de plus trompeur que de croire
+qu'on est aimé.
+
+55
+
+Nous aimons mieux voir ceux à qui nous faisons du bien que ceux
+qui nous en font.
+
+56
+
+Il est plus difficile de dissimuler les sentiments que l'on a que
+de feindre ceux que l'on n'a pas.
+
+57
+
+Les amitiés renouées demandent plus de soins que celles qui n'ont
+jamais été rompues.
+
+58
+
+Un homme à qui personne ne plaît est bien plus malheureux que
+celui qui ne plaît à personne.
+
+
+5 Maximes fournies par des témoignages de contemporains
+
+59
+
+L'enfer des femmes, c'est la vieillesse.
+
+60
+
+Les soumissions et les bassesses que les seigneurs de la Cour font
+auprès des ministres qui ne sont pas de leur rang sont des
+lâchetés de gens de coeur.
+
+61
+
+L'honnêteté [n'est] d'aucun état en particulier, mais de tous les
+états en général.
+
+Réflexions diverses
+
+
+I. Du vrai
+
+Le vrai, dans quelque sujet qu'il se trouve, ne peut être effacé
+par aucune comparaison d'un autre vrai, et quelque différence qui
+puisse être entre deux sujets, ce qui est vrai dans l'un n'efface
+point ce qui est vrai dans l'autre: ils peuvent avoir plus ou
+moins d'étendue et être plus ou moins éclatants, mais ils sont
+toujours égaux par leur vérité, qui n'est pas plus vérité dans le
+plus grand que dans le plus petit. L'art de la guerre est plus
+étendu, plus noble et plus brillant que celui de la poésie; mais
+le poète et le conquérant sont comparables l'un à l'autre; comme
+aussi, en tant qu'ils sont véritablement ce qu'ils sont, le
+législateur et le peintre, etc.
+
+Deux sujets de même nature peuvent être différents, et même
+opposés, comme le sont Scipion et Annibal, Fabius Maximus et
+Marcellus; cependant, parce que leurs qualités sont vraies, elles
+subsistent en présence l'une de l'autre, et ne s'effacent point
+par la comparaison. Alexandre et César donnent des royaumes; la
+veuve donne une pite: quelque différents que soient ces présents,
+la libéralité est vraie et égale en chacun d'eux, et chacun donne
+à proportion de ce qu'il est.
+
+Un sujet peut avoir plusieurs vérités, et un autre sujet peut n'en
+avoir qu'une: le sujet qui a plusieurs vérités est d'un plus grand
+prix, et peut briller par des endroits où l'autre ne brille pas;
+mais dans l'endroit où l'un et l'autre est vrai, ils brillent
+également. Épaminondas était grand capitaine, bon citoyen, grand
+philosophe; il était plus estimable que Virgile, parce qu'il avait
+plus de vérités que lui; mais comme grand capitaine, Épaminondas
+n'était pas plus excellent que Virgile comme grand poète, parce
+que, par cet endroit, il n'était pas plus vrai que lui. La cruauté
+de cet enfant qu'un consul fit mourir pour avoir crevé les yeux
+d'une corneille était moins importante que celle de Philippe
+second, qui fit mourir son fils, et elle était peut-être mêlée
+avec moins d'autres vices; mais le degré de cruauté exercée sur un
+simple animal ne laisse pas de tenir son rang avec la cruauté des
+princes les plus cruels, parce que leurs différents degrés de
+cruauté ont une vérité égale.
+
+Quelque disproportion qu'il y ait entre deux maisons qui ont les
+beautés qui leur conviennent, elles ne s'effacent point l'une
+l'autre: ce qui fait que Chantilly n'efface point Liancourt, bien
+qu'il ait infiniment plus de diverses beautés, et que Liancourt
+n'efface pas aussi Chantilly, c'est que Chantilly a les beautés
+qui conviennent à la grandeur de Monsieur le Prince, et que
+Liancourt a les beautés qui conviennent à un particulier, et
+qu'ils ont chacun de vraies beautés. On voit néanmoins des femmes
+d'une beauté éclatante, mais irrégulière, qui en effacent souvent
+de plus véritablement belles; mais comme le goût, qui se prévient
+aisément, est le juge de la beauté, et que la beauté des plus
+belles personnes n'est pas toujours égale, s'il arrive que les
+moins belles effacent les autres, ce sera seulement durant
+quelques moments; ce sera que la différence de la lumière et du
+jour fera plus ou moins discerner la vérité qui est dans les
+traits ou dans les couleurs, qu'elle fera paraître ce que la moins
+belle aura de beau, et empêchera de paraître ce qui est de vrai et
+de beau dans l'autre.
+
+
+II. De la société
+
+Mon dessein n'est pas de parler de l'amitié en parlant de la
+société; bien qu'elles aient quelque rapport, elles sont néanmoins
+très différentes: la première a plus d'élévation et de dignité, et
+le plus grand mérite de l'autre, c'est de lui ressembler. Je ne
+parlerai donc présentement que du commerce particulier que les
+honnêtes gens doivent avoir ensemble.
+
+Il serait inutile de dire combien la société est nécessaire aux
+hommes: tous la désirent et tous la cherchent, mais peu se servent
+des moyens de la rendre agréable et de la faire durer. Chacun veut
+trouver son plaisir et ses avantages aux dépens des autres; on se
+préfère toujours à ceux avec qui on se propose de vivre, et on
+leur fait presque toujours sentir cette préférence; c'est ce qui
+trouble et qui détruit la société. Il faudrait du moins savoir
+cacher ce désir de préférence, puisqu'il est trop naturel en nous
+pour nous en pouvoir défaire; il faudrait faire son plaisir et
+celui des autres, ménager leur amour-propre, et ne le blesser
+jamais.
+
+L'esprit a beaucoup de part à un si grand ouvrage, mais il ne
+suffit pas seul pour nous conduire dans les divers chemins qu'il
+faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne
+maintiendrait pas longtemps la société, si elle n'était réglée et
+soutenue par le bon sens, par l'humeur, et par des égards qui
+doivent être entre les personnes qui veulent vivre ensemble. S'il
+arrive quelquefois que des gens opposés d'humeur et d'esprit
+paraissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons
+étrangères, qui ne durent pas longtemps. On peut être aussi en
+société avec des personnes sur qui nous avons de la supériorité
+par la naissance ou par des qualités personnelles; mais ceux qui
+ont cet avantage n'en doivent pas abuser; ils doivent rarement le
+faire sentir, et ne s'en servir que pour instruire les autres; ils
+doivent les faire apercevoir qu'ils ont besoin d'être conduits, et
+le mener par raison, en s'accommodant autant qu'il est possible à
+leurs sentiments et à leurs intérêts.
+
+Pour rendre la société commode, il faut que chacun conserve sa
+liberté: il faut se voir, ou ne se voir point, sans sujétion, se
+divertir ensemble, et même s'ennuyer ensemble; il faut se pouvoir
+séparer, sans que cette séparation apporte de changement; il faut
+se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s'exposer
+à embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode
+souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder. Il faut
+contribuer, autant qu'on le peut, au divertissement des personnes
+avec qui on veut vivre; mais il ne faut pas être toujours chargé
+du soin d'y contribuer. La complaisance est nécessaire dans la
+société, mais elle doit avoir des bornes: elle devient une
+servitude quand elle est excessive; il faut du moins qu'elle
+paraisse libre, et qu'en suivant le sentiment de nos amis, ils
+soient persuadés que c'est le nôtre aussi que nous suivons.
+
+Il faut être facile à excuser nos amis, quand leurs défauts sont
+nés avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités;
+il faut souvent éviter de leur faire voir qu'on les ait remarqués
+et qu'on en soit choqué, et on doit essayer de faire en sorte
+qu'ils puissent s'en apercevoir eux-mêmes, pour leur laisser le
+mérite de s'en corriger.
+
+Il y a une sorte de politesse qui est nécessaire dans le commerce
+des honnêtes gens; elle leur fait entendre raillerie, et elle les
+empêche d'être choqués et de choquer les autres par de certaines
+façons de parler trop sèches et trop dures, qui échappent souvent
+sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur.
+
+Le commerce des honnêtes gens ne peut subsister sans une certaine
+sorte de confiance; elle doit être commune entre eux; il faut que
+chacun ait un air de sûreté et de discrétion qui ne donne jamais
+lieu de craindre qu'on puisse rien dire par imprudence.
+
+Il faut de la variété dans l'esprit: ceux qui n'ont que d'une
+sorte d'esprit ne peuvent plaire longtemps. On peut prendre des
+routes diverses, n'avoir pas les mêmes vues ni les mêmes talents,
+pourvu qu'on aide au plaisir de la société, et qu'on y observe la
+même justesse que les différentes voix et les divers instruments
+doivent observer dans la musique.
+
+Comme il est malaisé que plusieurs personnes puissent avoir les
+mêmes intérêts, il est nécessaire au moins, pour la douceur de la
+société, qu'ils n'en aient pas de contraires.
+
+On doit aller au-devant de ce qui peut plaire à ses amis, chercher
+les moyens de leur être utile, leur épargner des chagrins, leur
+faire voir qu'on les partage avec eux quand on ne peut les
+détourner, les effacer insensiblement sans prétendre de les
+arracher tout d'un coup, et mettre en la place des objets
+agréables, ou du moins qui les occupent. On peut leur parler des
+choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant qu'ils le
+permettent, et on y doit garder beaucoup de mesure; il y a de la
+politesse, et quelquefois même de l'humanité, à ne pas entrer trop
+avant dans les replis de leur coeur; ils ont souvent de la peine à
+laisser voir tout ce qu'ils en connaissent, et ils en ont encore
+davantage quand on pénètre ce qu'ils ne connaissent pas. Bien que
+le commerce que les honnêtes gens ont ensemble leur donne de la
+familiarité, et leur fournisse un nombre infini de sujets de se
+parler sincèrement, personne presque n'a assez de docilité et de
+bon sens pour bien recevoir plusieurs avis qui sont nécessaires
+pour maintenir la société: on veut être averti jusqu'à un certain
+point, mais on ne veut pas l'être en toutes choses, et on craint
+de savoir toutes sortes de vérités.
+
+Comme on doit garder des distances pour voir les objets, il en
+faut garder aussi pour la société: chacun a son point de vue, d'où
+il veut être regardé; on a raison, le plus souvent, de ne vouloir
+pas être éclairé de trop près, et il n'y a presque point d'homme
+qui veuille, en toutes choses, se laisser voir tel qu'il est.
+
+
+III. De l'air et des manières
+
+Il y a un air qui convient à la figure et aux talents de chaque
+personne; on perd toujours quand on le quitte pour en prendre un
+autre. Il faut essayer de connaître celui qui nous est naturel,
+n'en point sortir, et le perfectionner autant qu'il nous est
+possible.
+
+Ce qui fait que la plupart des petits enfants plaisent, c'est
+qu'ils sont encore renfermés dans cet air et dans ces manières que
+la nature leur a donnés, et qu'ils n'en connaissent point
+d'autres. Ils les changent et les corrompent quand ils sortent de
+l'enfance: ils croient qu'il faut imiter ce qu'ils voient faire
+aux autres, et ils ne le peuvent parfaitement imiter; il y a
+toujours quelque chose de faux et d'incertain dans cette
+imitation. Ils n'ont rien de fixe dans leurs manières ni dans
+leurs sentiments; au lieu d'être en effet ce qu'ils veulent
+paraître, ils cherchent à paraître ce qu'ils ne sont pas. Chacun
+veut être un autre, et n'être plus ce qu'il est: ils cherchent une
+contenance hors d'eux-mêmes, et un autre esprit que le leur; ils
+prennent des tons et des manières au hasard; ils en font
+l'expérience sur eux, sans considérer que ce qui convient à
+quelques-uns ne convient pas à tout le monde, qu'il n'y a point de
+règle générale pour les tons et pour les manières, et qu'il n'y a
+point de bonnes copies. Deux hommes néanmoins peuvent avoir du
+rapport en plusieurs choses sans être copie l'un de l'autre, si
+chacun suit son naturel; mais personne presque ne le suit
+entièrement. On aime à imiter; on imite souvent, même sans s'en
+apercevoir, et on néglige ses propres biens pour des biens
+étrangers, qui d'ordinaire ne nous conviennent pas.
+
+Je ne prétends pas, par ce que je dis, nous renfermer tellement en
+nous-mêmes que nous n'ayons pas la liberté de suivre des exemples,
+et de joindre à nous des qualités utiles ou nécessaires que la
+nature ne nous a pas données: les arts et les sciences conviennent
+à la plupart de ceux qui s'en rendent capables, la bonne grâce et
+la politesse conviennent à tout le monde; mais ces qualités
+acquises doivent avoir un certain rapport et une certaine union
+avec nos propres qualités, qui les étendent et les augmentent
+imperceptiblement.
+
+Nous sommes quelquefois élevés à un rang et à des dignités
+au-dessus de nous, nous sommes souvent engagés dans une profession
+nouvelle où la nature ne nous avait pas destinés; tous ces états
+ont chacun un air qui leur convient, mais qui ne convient pas
+toujours avec notre air naturel; ce changement de notre fortune
+change souvent notre air et nos manières, et y ajoute l'air de la
+dignité, qui est toujours faux quand il est trop marqué et qu'il
+n'est pas joint et confondu avec l'air que la nature nous a donné:
+il faut les unir et les mêler ensemble et qu'ils ne paraissent
+jamais séparés.
+
+On ne parle pas de toutes choses sur un même ton et avec les mêmes
+manières; on ne marche pas à la tête d'un régiment comme on marche
+en se promenant. Mais il faut qu'un même air nous fasse dire
+naturellement des choses différentes, et qu'il nous fasse marcher
+différemment, mais toujours naturellement, et comme il convient de
+marcher à la tête d'un régiment et à une promenade.
+
+Il y en a qui ne se contentent pas de renoncer à leur air propre
+et naturel, pour suivre celui du rang et des dignités où ils sont
+parvenus; il y en a même qui prennent par avance l'air des
+dignités et du rang où ils aspirent. Combien de lieutenants
+généraux apprennent à paraître maréchaux de France! Combien de
+gens de robe répètent inutilement l'air de chancelier, et combien
+de bourgeoises se donnent l'air de duchesses!
+
+Ce qui fait qu'on déplaît souvent, c'est que personne ne sait
+accorder son air et ses manières avec sa figure, ni ses tons et
+ses paroles avec ses pensées et ses sentiments; on trouble leur
+harmonie par quelque chose de faux et d'étranger; on s'oublie
+soi-même, et on s'en éloigne insensiblement. Tout le monde presque
+tombe, par quelque endroit, dans ce défaut; personne n'a l'oreille
+assez juste pour entendre parfaitement cette sorte de cadence.
+Mille gens déplaisent avec des qualités aimables, mille gens
+plaisent avec de moindres talents: c'est que les uns veulent
+paraître ce qu'ils ne sont pas, les autres sont ce qu'ils
+paraissent; et enfin, quelques avantages ou quelques désavantages
+que nous ayons reçus de la nature, on plaît à proportion de ce
+qu'on suit l'air, les tons, les manières et les sentiments qui
+conviennent à notre état et à notre figure, et on déplaît à
+proportion de ce qu'on s'en éloigne.
+
+
+IV. De la conversation
+
+Ce qui fait que si peu de personnes sont agréables dans la
+conversation, c'est que chacun songe plus à ce qu'il veut dire
+qu'à ce que les autres disent. Il faut écouter ceux qui parlent,
+si on en veut être écouté; il faut leur laisser la liberté de se
+faire entendre, et même de dire des choses inutiles. Au lieu de
+les contredire ou de les interrompre, comme on fait souvent, on
+doit, au contraire, entrer dans leur esprit et dans leur goût,
+montrer qu'on les entend, leur parler de ce qui les touche, louer
+ce qu'ils disent autant qu'il mérite d'être loué, et faire voir
+que c'est plus par choix qu'on le loue que par complaisance. Il
+faut éviter de contester sur des choses indifférentes, faire
+rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu'on
+prétend avoir plus de raison que les autres, et céder aisément
+l'avantage de décider.
+
+On doit dire des choses naturelles, faciles et plus ou moins
+sérieuses, selon l'humeur et l'inclinaison des personnes que l'on
+entretient, ne les presser pas d'approuver ce qu'on dit, ni même
+d'y répondre. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de
+la politesse, on peut dire ses sentiments, sans prévention et sans
+opiniâtreté, en faisant paraître qu'on cherche à les appuyer de
+l'avis de ceux qui écoutent.
+
+Il faut éviter de parler longtemps de soi-même, et de se donner
+souvent pour exemple. On ne saurait avoir trop d'application à
+connaître la pente et la portée de ceux à qui on parle, pour se
+joindre à l'esprit de celui qui en a le plus, et pour ajouter ses
+pensées aux siennes, en lui faisant croire, autant qu'il est
+possible, que c'est de lui qu'on les prend. Il y a de l'habileté à
+n'épuiser pas les sujets qu'on traite, et à laisser toujours aux
+autres quelque chose à penser et à dire.
+
+On ne doit jamais parler avec des airs d'autorité, ni se servir de
+paroles et de termes plus grands que les choses. On peut conserver
+ses opinions, si elles sont raisonnables; mais en les conservant,
+il ne faut jamais blesser les sentiments des autres, ni paraître
+choqué de ce qu'ils ont dit. Il est dangereux de vouloir être
+toujours le maître de la conversation, et de parler trop souvent
+d'une même chose; on doit entrer indifféremment sur tous les
+sujets agréables qui se présentent, et ne faire jamais voir qu'on
+veut entraîner la conversation sur ce qu'on a envie de dire.
+
+Il est nécessaire d'observer que toute sorte de conversation,
+quelque honnête et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas
+également propre à toute sorte d'honnêtes gens: il faut choisir ce
+qui convient à chacun, et choisir même le temps de le dire; mais
+s'il y a beaucoup d'art à parler, il n'y en a pas moins à se
+taire. Il y a un silence éloquent: il sert quelquefois à approuver
+et à condamner; il y a un silence moqueur; il y a un silence
+respectueux; il y a des airs, des tours et des manières qui font
+souvent ce qu'il y a d'agréable ou de désagréable, de délicat ou
+de choquant dans la conversation. Le secret de s'en bien servir
+est donné à peu de personnes; ceux mêmes qui en font des règles
+s'y méprennent quelquefois; la plus sûre, à mon avis, c'est de
+n'en point avoir qu'on ne puisse changer, de laisser plutôt voir
+des négligences dans ce qu'on dit que de l'affectation, d'écouter,
+de ne parler guère, et de ne se forcer jamais à parler.
+
+
+V. De la confiance
+
+Bien que la sincérité et la confiance aient du rapport, elles sont
+néanmoins différentes en plusieurs choses: la sincérité est une
+ouverture de coeur, qui nous montre tels que nous sommes; c'est un
+amour de la vérité, une répugnance à se déguiser, un désir de se
+dédommager de ses défauts, et de les diminuer même par le mérite
+de les avouer. La confiance ne nous laisse pas tant de liberté,
+ses règles sont plus étroites, elle demande plus de prudence et de
+retenue, et nous ne sommes pas toujours libres d'en disposer: il
+ne s'agit pas de nous uniquement, et nos intérêts sont mêlés
+d'ordinaire avec les intérêts des autres. Elle a besoin d'une
+grande justesse pour ne livrer pas nos amis en nous livrant
+nous-mêmes, et pour ne faire pas des présents de leur bien dans
+la vue d'augmenter le prix de ce que nous donnons.
+
+La confiance plaît toujours à celui qui la reçoit: c'est un tribut
+que nous payons à son mérite; c'est un dépôt que l'on commet à sa
+foi; ce sont des gages qui lui donnent un droit sur nous, et une
+sorte de dépendance où nous nous assujettissons volontairement. Je
+ne prétends pas détruire par ce que je dis la confiance, si
+nécessaire entre les hommes puisqu'elle est le lien de la société
+et de l'amitié; je prétends seulement y mettre des bornes, et la
+rendre honnête et fidèle. Je veux qu'elle soit toujours vraie et
+toujours prudente, et qu'elle n'ait ni faiblesse ni intérêt; je
+sais bien qu'il est malaisé de donner de justes limites à la
+manière de recevoir toute sorte de confiance de nos amis, et de
+leur faire part de la nôtre.
+
+On se confie le plus souvent par vanité, par envie de parler, par
+le désir de s'attirer la confiance des autres, et pour faire un
+échange de secrets. Il y a des personnes qui peuvent avoir raison
+de se fier en nous, vers qui nous n'aurions pas raison d'avoir la
+même conduite, et on s'acquitte envers ceux-ci en leur gardant le
+secret, et en les payant de légères confidences. Il y en a
+d'autres dont la fidélité nous est connue, qui ne ménagent rien
+avec nous, et à qui on peut se confier par choix et par estime. On
+doit ne leur rien cacher de ce qui ne regarde que nous, se montrer
+à eux toujours vrais dans nos bonnes qualités et dans nos défauts
+même, sans exagérer les unes et sans diminuer les autres, se faire
+une loi de ne leur faire jamais de demi-confidences; elles
+embarrassent toujours ceux qui les font, et ne contentent presque
+jamais ceux qui les reçoivent: on leur donne des lumières confuses
+de ce qu'on veut cacher, on augmente leur curiosité, on les met en
+droit d'en vouloir savoir davantage, et ils se croient en liberté
+de disposer de ce qu'ils ont pénétré. Il est plus sûr et plus
+honnête de ne leur rien dire que de se taire quand on a commencé
+de parler.
+
+Il y a d'autres règles à suivre pour les choses qui nous ont été
+confiées. Plus elles sont importantes, et plus la prudence et la
+fidélité y sont nécessaires. Tout le monde convient que le secret
+doit être inviolable, mais on ne convient pas toujours de la
+nature et de l'importance du secret; nous ne consultons le plus
+souvent que nous-mêmes sur ce que nous devons dire et sur ce que
+nous devons taire; il y a peu de secrets de tous les temps, et le
+scrupule de les révéler ne dure pas toujours.
+
+On a des liaisons étroites avec des amis dont on connaît la
+fidélité; ils nous ont toujours parlé sans réserve, et nous avons
+toujours gardé les mêmes mesures avec eux; ils savent nos
+habitudes et nos commerces, et il nous voient de trop près pour ne
+s'apercevoir pas du moindre changement; ils peuvent savoir par
+ailleurs ce que nous sommes engagés de ne dire jamais à personne;
+il n'a pas été en notre pouvoir de les faire entrer dans ce qu'on
+nous a confié; ils ont peut-être même quelque intérêt de le
+savoir; on est assuré d'eux comme de soi, et on se voit réduit à
+la cruelle nécessité de prendre leur amitié, qui nous est
+précieuse, ou de manquer à la foi du secret. Cet état est sans
+doute la plus rude épreuve de la fidélité; mais il ne doit pas
+ébranler un honnête homme: c'est alors qu'il lui est permis de se
+préférer aux autres; son premier devoir est de conserver
+indispensablement ce dépôt en son entier, sans en peser les
+suites; il doit non seulement ménager ses paroles et ses tons, il
+doit encore ménager ses conjectures, et ne laisser jamais rien
+voir, dans ses discours ni dans son air, qui puisse tourner
+l'esprit des autres vers ce qu'il ne veut pas dire.
+
+On a souvent besoin de force et de prudence pour opposer à la
+tyrannie de la plupart de nos amis, qui se font un droit sur notre
+confiance, et qui veulent tout savoir de nous. On ne doit jamais
+leur laisser établir ce droit sans exception: il y a des
+rencontres et des circonstances qui ne sont pas de leur
+juridiction; s'ils s'en plaignent, on doit souffrir leur plaintes,
+et s'en justifier avec douceur; mais s'ils demeurent injustes, on
+doit sacrifier leur amitié à son devoir, et choisir entre deux
+maux inévitables, dont l'un se peut réparer, et l'autre est sans
+remède.
+
+
+VI. De l'amour et de la mer
+
+Ceux qui ont voulu nous représenter l'amour et ses caprices l'ont
+comparé en tant de sortes à la mer qu'il est malaisé de rien
+ajouter à ce qu'ils en ont dit. Ils nous ont fait voir que l'un et
+l'autre ont une inconstance et une infidélité égales, que leurs
+biens et leurs maux sont sans nombre, que les navigations les plus
+heureuses sont exposées à mille dangers, que les tempêtes et les
+écueils sont toujours à craindre, et que souvent même on fait
+naufrage dans le port. Mais en nous exprimant tant d'espérances et
+tant de craintes, ils ne nous pas assez montré, ce me semble, le
+rapport qu'il y a d'un amour usé, languissant et sur sa fin, à ces
+longues bonaces, à ces calmes ennuyeux, que l'on rencontre sous la
+ligne: on est fatigué d'un grand voyage, on souhaite de l'achever;
+on voit la terre, mais on manque de vent pour y arriver; on se
+voit exposé aux injures des saisons; les maladies et les langueurs
+empêchent d'agir; l'eau et les vivres manquent ou changent de
+goût; on a recours inutilement aux secours étrangers; on essaye de
+pêcher, et on prend quelques poissons, sans en tirer de
+soulagement ni de nourriture; on est las de tout ce qu'on voit, on
+est toujours avec ses mêmes pensées, et on est toujours ennuyé; on
+vit encore, et on a regret à vivre; on attend des désirs pour
+sortir d'un état pénible et languissant, mais on n'en forme que de
+faibles et d'inutiles.
+
+
+VII. Des exemples
+
+Quelque différence qu'il y ait entre les bons et les mauvais
+exemples, on trouvera que les uns et les autres ont presque
+également produit de méchants effets. Je ne sais même si les
+crimes de Tibère et de Néron ne nous éloignent pas plus du vice
+que les exemples estimables des plus grands hommes ne nous
+approchent de la vertu. Combien la valeur d'Alexandre a-t-elle
+fait de fanfarons! Combien la gloire de César a-t-elle autorisé
+d'entreprises contre la patrie! Combien Rome et Sparte ont-elles
+loué de vertus farouches! Combien Diogène a-t-il fait de
+philosophes importuns, Cicéron de babillards, Pomponius Atticus de
+gens neutres et paresseux, Marius et Sylla de vindicatifs,
+Lucullus de voluptueux, Alcibiade et Antoine de débauchés, Capon
+d'opiniâtres! Tous ces grands originaux ont produit un nombre
+infini de mauvaises copies. Les vertus sont frontières des vices;
+les exemples sont des guides qui nous égarent souvent, et nous
+sommes si remplis de fausseté que nous ne nous en servons pas
+moins pour nous éloigner du chemin de la vertu que pour le suivre.
+
+
+VIII. De l'incertitude de la jalousie
+
+Plus on parle de sa jalousie, et plus les endroits qui ont déplu
+paraissent de différents côtés; les moindres circonstances les
+changent, et font toujours découvrir quelque chose de nouveau. Ces
+nouveautés font revoir sous d'autres apparences ce qu'on croyait
+avoir assez vu et assez pesé; on cherche à s'attacher à une
+opinion, et on ne s'attache à rien; tout ce qui est de plus opposé
+et de plus effacé se présente en même temps; on veut haïr et on
+veut aimer, mais on aime encore quand on hait, et on hait encore
+quand on aime; on croit tout, et on doute de tout; on a de la
+honte et du dépit d'avoir cru et d'avoir douté; on se travaille
+incessamment pour arrêter son opinion, et on ne la conduit jamais
+à un lieu fixe.
+
+Les poètes devraient comparer cette opinion à la peine de Sisyphe,
+puisqu'on roule aussi inutilement que lui un rocher, par un chemin
+pénible et périlleux: on voit le sommet de la montagne et on
+s'efforce d'y arriver, on l'espère quelquefois, mais on n'y arrive
+jamais. On n'est pas assez heureux pour oser croire ce qu'on
+souhaite, ni même assez heureux aussi pour être assuré de ce qu'on
+craint le plus. On est assujetti à une incertitude éternelle, qui
+nous présente successivement des biens et des maux qui nous
+échappent toujours.
+
+
+IX. De l'amour et de la vie
+
+L'amour est une image de notre vie: l'un et l'autre sont sujets
+aux mêmes révolutions et aux mêmes changements. Leur jeunesse est
+pleine de joie et d'espérance: on se trouve heureux d'être jeune,
+comme on se trouve heureux d'aimer. Cet état si agréable nous
+conduit à désirer d'autres biens, et on en veut de plus solides;
+on ne se contente pas de subsister, on veut faire des progrès, on
+est occupé des moyens de s'avancer et d'assurer sa fortune; on
+cherche la protection des ministres, on se rend utile à leurs
+intérêts; on ne peut souffrir que quelqu'un prétende ce que nous
+prétendons. Cette émulation est traversée de mille soins et de
+mille peines, qui s'effacent par le plaisir de se voir établi:
+toutes les passions sont alors satisfaites, et on ne prévoit pas
+qu'on puisse cesser d'être heureux.
+
+Cette félicité néanmoins est rarement de longue durée, et elle ne
+peut conserver longtemps la grâce de la nouveauté. Pour avoir ce
+que nous avons souhaité, nous ne laissons pas de souhaiter encore.
+Nous nous accoutumons à tout ce qui est à nous; les mêmes biens ne
+conservent pas leur même prix, et ils ne touchent pas toujours
+également notre goût; nous changeons imperceptiblement, sans
+remarquer notre changement; ce que nous avons obtenu devient une
+partie de nous-même: nous serions cruellement touchés de le
+perdre, mais nous ne sommes plus sensibles au plaisir de le
+conserver; la joie n'est plus vive, on en cherche ailleurs que
+dans ce qu'on a tant désiré. Cette inconstance involontaire est un
+effet du temps, qui prend malgré nous sur l'amour comme sur notre
+vie; il en efface insensiblement chaque jour un certain air de
+jeunesse et de gaieté, et en détruit les plus véritables charmes;
+on prend des manières plus sérieuses, on joint des affaires à la
+passion; l'amour ne subsiste plus par lui-même, et il emprunte des
+secours étrangers. Cet état de l'amour représente le penchant de
+l'âge, où on commence à voir par où on doit finir; mais on n'a pas
+la force de finir volontairement, et dans le déclin de l'amour
+comme dans le déclin de la vie personne ne se peut résoudre de
+prévenir les dégoûts qui restent à éprouver; on vit encore pour
+les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs. La jalousie, la
+méfiance, la crainte de lasser, la crainte d'être quitté, sont des
+peines attachées à la vieillesse de l'amour, comme les maladies
+sont attachées à la trop longue durée de la vie: on ne sent plus
+qu'on est vivant que parce qu'on sent qu'on est malade, et on ne
+sent aussi qu'on est amoureux que par sentir toutes les peines de
+l'amour. On ne sort de l'assoupissement des trop longs
+attachements que par le dépit et le chagrin de se voir toujours
+attaché; enfin, de toutes les décrépitudes, celle de l'amour est
+la plus insupportable.
+
+
+X. Des goûts
+
+Il y a des personnes qui ont plus d'esprit que de goût, et
+d'autres qui ont plus de goût que d'esprit; il y a plus de variété
+et de caprice dans le goût que dans l'esprit.
+
+Ce terme de goût a diverses significations, et il est aisé de s'y
+méprendre. Il y a différence entre le goût qui nous porte vers les
+choses, et le goût qui nous en fait connaître et discerner les
+qualités, en s'attachant aux règles: on peut aimer la comédie sans
+avoir le goût assez fin et assez délicat pour en bien juger, et on
+peut avoir le goût assez bon pour bien juger de la comédie sans
+l'aimer. Il y a des goûts qui nous approchent imperceptiblement de
+ce qui se montre à nous; d'autres nous entraînent par leur force
+ou par leur durée.
+
+Il y a des gens qui ont le goût faux en tout; d'autres ne l'ont
+faux qu'en de certaines choses, et ils l'ont droit et juste dans
+ce qui est de leur portée. D'autres ont des goûts particuliers,
+qu'ils connaissent mauvais, et ne laissent pas de les suivre. Il y
+en a qui ont le goût incertain; le hasard en décide; ils changent
+par légèreté, et sont touchés de plaisir ou d'ennui sur la parole
+de leurs amis. D'autres sont toujours prévenus; ils sont esclaves
+de tous leurs goûts, et les respectent en toutes choses. Il y en a
+qui sont sensibles à ce qui est bon, et choqués de ce qui ne l'est
+pas; leurs vues sont nettes et justes, et il trouvent la raison de
+leur goût dans leur esprit et dans leur discernement.
+
+Il y en a qui, par une sorte d'instinct dont ils ignorent la
+cause, décident de ce qui se présente à eux, et prennent toujours
+le bon parti. Ceux-ci font paraître plus de goût que d'esprit,
+parce que leur amour-propre et leur humeur ne prévalent point sur
+leurs lumières naturelles; tout agit de concert en eux, tout y est
+sur un même ton. Cet accord les fait juger sainement des objets,
+et leur en forme une idée véritable; mais, à parler généralement,
+il y a peu de gens qui aient le goût fixe et indépendant de celui
+des autres; ils suivent l'exemple et la coutume, et ils en
+empruntent presque tout ce qu'ils ont de goût.
+
+Dans toutes ces différences de goûts que l'on vient de marquer, il
+est très rare, et presque impossible, de rencontrer cette sorte de
+bon goût qui sait donner le prix à chaque chose, qui en connaît
+toute la valeur, et qui se porte généralement sur tout: nos
+connaissances sont trop bornées, et cette juste disposition des
+qualités qui font bien juger ne se maintient d'ordinaire que sur
+ce qui ne nous regarde pas directement. Quand il s'agit de nous,
+notre goût n'a plus cette justesse si nécessaire, la préoccupation
+la trouble, tout ce qui a du rapport à nous nous paraît sous une
+autre figure. Personne ne voit des mêmes yeux ce qui le touche et
+ce qui ne le touche pas; notre goût est conduit alors par la pente
+de l'amour-propre et de l'humeur, qui nous fournissent des vues
+nouvelles, et nous assujettissent à un nombre infini de
+changements et d'incertitudes; notre goût n'est plus à nous, nous
+n'en disposons plus, il change sans notre consentement, et les
+mêmes objets nous paraissent par tant de côtés différents que nous
+méconnaissons enfin ce que nous avons vu et ce que nous avons
+senti.
+
+
+XI. Du rapport des hommes avec les animaux
+
+Il y a autant de diverses espèces d'hommes qu'il y a de diverses
+espèces d'animaux, et les hommes sont, à l'égard des autres
+hommes, ce que les différentes espèces d'animaux sont entre elles
+et à l'égard les unes des autres.
+
+Combien y a-t-il d'hommes qui vivent du sang et de la vie des
+innocents, les uns comme des tigres, toujours farouches et
+toujours cruels, d'autres comme des lions, en gardant quelque
+apparence de générosité, d'autres comme des ours, grossiers et
+avides, d'autres comme des loups, ravissants et impitoyables,
+d'autres comme des renards, qui vivent d'industrie, et dont le
+métier est de tromper!
+
+Combien y a-t-il d'hommes qui ont du rapport aux chiens! Ils
+détruisent leur espèce; ils chassent pour le plaisir de celui qui
+les nourrit; les uns suivent toujours leur maître, les autres
+gardent sa maison. Il y a des lévriers d'attache, qui vivent de
+leur valeur, qui se destinent à la guerre, et qui ont de la
+noblesse dans leur courage; il y a des dogues acharnés, qui n'ont
+de qualités que la fureur; il y a des chiens, plus ou moins
+inutiles, qui aboient souvent, et qui mordent quelquefois, et il y
+a même des chiens de jardinier. Il y a des singes et des guenons
+qui plaisent par leurs manières, qui ont de l'esprit, et qui font
+toujours du mal. Il y a des paons qui n'ont que de la beauté, qui
+déplaisent par leur chant, et qui détruisent les lieux qu'ils
+habitent.
+
+Il y a des oiseaux qui ne sont recommandables que par leur ramage
+ou par leurs couleurs. Combien de perroquets, qui parlent sans
+cesse, et qui n'entendent jamais ce qu'ils disent; combien de pies
+et de corneilles, qui ne s'apprivoisent que pour dérober; combien
+d'oiseaux de proie, qui ne vivent que de rapine; combien d'espèces
+d'animaux paisibles et tranquilles, qui ne servent qu'à nourrir
+d'autres animaux!
+
+Il y a des chats, toujours au guet, malicieux et infidèles, et qui
+font patte de velours; il y a des vipères dont la langue est
+venimeuse, et dont le reste est utile; il y a des araignées, des
+mouches, des punaises et des puces, qui sont toujours incommodes
+et insupportables; il y a des crapauds, qui font horreur, et qui
+n'ont que du venin; il y a des hiboux, qui craignent la lumière.
+Combien d'animaux qui vivent sous terre pour se conserver! Combien
+de chevaux, qu'on emploie à tant d'usages, et qu'on abandonne
+quand ils ne servent plus; combien de boeufs, qui travaillent
+toute leur vie pour enrichir celui qui leur impose le joug; de
+cigales, qui passent leur vie à chanter; de lièvres, qui ont peur
+de tout; de lapins, qui s'épouvantent et rassurent en un moment;
+de pourceaux, qui vivent dans la crapule et dans l'ordure; de
+canards privés, qui trahissent leurs semblables, et les attirent
+dans les filets, de corbeaux et de vautours, qui ne vivent que de
+pourriture et de corps morts! Combien d'oiseaux passagers, qui
+vont si souvent d'un bout du monde à l'autre, et qui s'exposent à
+tant de périls, pour chercher à vivre! Combien d'hirondelles, qui
+suivent toujours le beau temps; de hannetons, inconsidérés et sans
+dessein; de papillons, qui cherchent le feu qui les brûle! Combien
+d'abeilles, qui respectent leur chef, et qui se maintiennent avec
+tant de règle et d'industrie! Combien de frelons, vagabonds et
+fainéants, qui cherchent à s'établir aux dépens des abeilles!
+Combien de fourmis, dont la prévoyance et l'économie soulagent
+tous leurs besoins! Combien de crocodiles, qui feignent de se
+plaindre pour dévorer ceux qui sont touchés de leur plainte! Et
+combien d'animaux qui sont assujettis parce qu'ils ignorent leur
+force!
+
+Toutes ces qualités se trouvent dans l'homme, et il exerce, à
+l'égard des autres hommes, tout ce que les animaux dont on vient
+de parler exercent entre eux.
+
+
+XII. De l'origine des maladies
+
+Si on examine la nature des maladies, on trouvera qu'elles tirent
+leur origine des passions et des peines de l'esprit. L'âge d'or,
+qui en était exempt, était exempt de maladies. L'âge d'argent, qui
+le suivit, conserva encore sa pureté. L'âge d'airain donna la
+naissance aux passions et aux peines de l'esprit; elles
+commencèrent à se former, et elles avaient encore la faiblesse de
+l'enfance et sa légèreté. Mais elles parurent avec toute leur
+force et toute leur malignité dans l'âge de fer, et répandirent
+dans le monde, par la suite de leur corruption, les diverses
+maladies qui ont affligé les hommes depuis tant de siècles.
+L'ambition a produit les fièvres aiguës et frénétiques: l'envie a
+produit la jaunisse et l'insomnie; c'est de la paresse que
+viennent les léthargies, les paralysies et les langueurs: la
+colère a fait les étouffements, les ébullitions de sang, et les
+inflammations de poitrine: la peur a fait les battements de coeur
+et les syncopes; la vanité a fait les folies; l'avarice, la teigne
+et la gale; la tristesse a fait le scorbut; la cruauté, la pierre;
+la calomnie et les faux rapports ont répandu la rougeole, la
+petite vérole, et le pourpre, et on doit à la jalousie la
+gangrène, la peste et la rage. Les disgrâces imprévues ont fait
+l'apoplexie; les procès ont fait la migraine et le transport au
+cerveau; les dettes ont fait les fièvres étiques; l'ennui du
+mariage a produit la fièvre quarte, et la lassitude des amants qui
+n'osent se quitter a causé les vapeurs. L'amour, lui seul, a fait
+plus de maux que tout le reste ensemble, et personne ne doit
+entreprendre de les exprimer; mais comme il fait aussi les plus
+grands biens de la vie, au lieu de médire de lui, on doit se
+taire; on doit le craindre et le respecter toujours.
+
+
+XIII. Du faux
+
+On est faux en différentes manières. Il y a des hommes faux qui
+veulent toujours paraître ce qu'ils ne sont pas. Il y en a
+d'autres, de meilleure foi, qui sont nés faux, qui se trompent
+eux-mêmes, et qui ne voient jamais les choses comme elles sont. Il
+y en a dont l'esprit est droit, et le goût faux. D'autres ont
+l'esprit faux, et ont quelque droiture dans le goût. Et il y en a
+qui n'ont rien de faux dans le goût, ni dans l'esprit. Ceux-ci
+sont très rares, puisque, à parler généralement, il n'y a presque
+personne qui n'ait de la fausseté dans quelque endroit de l'esprit
+ou du goût.
+
+Ce qui fait cette fausseté si universelle, c'est que nos qualités
+sont incertaines et confuses, et que nos vues le sont aussi; on ne
+voit point les choses précisément comme elles sont, on les estime
+plus ou moins qu'elles ne valent, et on ne les fait point
+rapporter à nous en la manière qui leur convient, et qui convient
+à notre état et à nos qualités. Ce mécompte met un nombre infini
+de faussetés dans le goût et dans l'esprit: notre amour-propre est
+flatté de tout ce qui se présente à nous sous les apparences du
+bien; mais comme il y a plusieurs sortes de biens qui touchent
+notre vanité ou notre tempérament, on les suit souvent par
+coutume, ou par commodité; on les suit parce que les autres les
+suivent, sans considérer qu'un même sentiment ne doit pas être
+également embrassé par toute sorte de personnes, et qu'on s'y doit
+attacher plus ou moins fortement selon qu'il convient plus ou
+moins à ceux qui le suivent.
+
+On craint encore plus de se montrer faux par le goût que par
+l'esprit. Les honnêtes gens doivent approuver sans prévention ce
+qui mérite d'être approuvé, suivre ce qui mérite d'être suivi, et
+ne se piquer de rien. Mais il y faut une grande proportion et une
+grande justesse; il faut savoir discerner ce qui est bon en
+général, et ce qui nous est propre, et suivre alors avec raison la
+pente naturelle qui nous porte vers les choses qui nous plaisent.
+Si les hommes ne voulaient exceller que par leurs propres talents
+et en suivant leurs devoirs, il n'y aurait rien de faux dans leur
+goût et dans leur conduite; ils se montreraient tels qu'ils sont;
+ils jugeraient des choses par leurs lumières, et s'y attacheraient
+par raison; il y aurait de la proportion dans leurs vues et dans
+leurs sentiments; leur goût serait vrai, il viendrait d'eux et non
+pas des autres, et ils le suivraient par choix, et non pas par
+coutume ou par hasard.
+
+Si on est faux en approuvant ce qui ne doit pas être approuvé, on
+ne l'est pas moins, le plus souvent, par l'envie de se faire
+valoir par des qualités qui sont bonnes de soi, mais qui ne nous
+conviennent pas: un magistrat est faux quand il se pique d'être
+brave, bien qu'il puisse être hardi dans de certaines rencontres;
+il doit paraître ferme et assuré dans une sédition qu'il a droit
+d'apaiser, sans craindre d'être faux, et il serait faux et
+ridicule de se battre en duel. Une femme peut aimer les sciences,
+mais toutes les sciences ne lui conviennent pas toujours, et
+l'entêtement de certaines sciences ne lui convient jamais, et est
+toujours faux.
+
+Il faut que la raison et le bon sens mettent le prix aux choses,
+et qu'elles déterminent notre goût à leur donner le rang qu'elles
+méritent et qu'il nous convient de leur donner; mais presque tous
+les hommes se trompent dans ce prix et dans ce rang, et il y a
+toujours de la fausseté dans ce mécompte.
+
+Les plus grands rois sont ceux qui s'y méprennent le plus souvent:
+ils veulent surpasser les autres hommes en valeur, en savoir, en
+galanterie, et dans mille autres qualités où tout le monde a droit
+de prétendre; mais ce goût d'y surpasser les autres peut être faux
+en eux, quand il va trop loin. Leur émulation doit avoir un autre
+objet: ils doivent imiter Alexandre, qui ne voulut disputer du
+prix de la course que contre des rois, et se souvenir que ce n'est
+que des qualités particulières à la royauté qu'ils doivent
+disputer. Quelque vaillant que puisse être un roi, quelque savant
+et agréable qu'il puisse être, il trouvera un nombre infini de
+gens qui auront ces mêmes qualités aussi avantageusement que lui,
+et le désir de les surpasser paraîtra toujours faux, et souvent
+même il lui sera impossible d'y réussir; mais s'il s'attache à ses
+devoirs véritables, s'il est magnanime, s'il est grand capitaine
+et grand politique, s'il est juste, clément et libéral, s'il
+soulage ses sujets, s'il aime la gloire et le repos de son État,
+il ne trouvera que des rois à vaincre dans une si noble carrière;
+il n'y aura rien que de vrai et de grand dans un si juste dessein,
+le désir d'y surpasser les autres n'aura rien de faux. Cette
+émulation est digne d'un roi, et c'est la véritable gloire où il
+doit prétendre.
+
+
+XIV. Des modèles de la nature et de la fortune
+
+Il semble que la fortune, toute changeante et capricieuse qu'elle
+est, renonce à ses changements et à ses caprices pour agir de
+concert avec la nature, et que l'une et l'autre concourent de
+temps en temps à faire des hommes extraordinaires et singuliers,
+pour servir de modèles à la postérité. Le soin de la nature est de
+fournir les qualités; celui de la fortune est de les mettre en
+oeuvre, et de les faire voir dans le jour et avec les proportions
+qui conviennent à leur dessein; on dirait alors qu'elles imitent
+les règles des grands peintres, pour nous donner des tableaux
+parfaits de ce qu'elles veulent représenter. Elles choisissent un
+sujet, et s'attachent au plan qu'elles se sont proposé; elles
+disposent de la naissance, de l'éducation, des qualités naturelles
+et acquises, des temps, des conjonctures, des amis, des ennemis;
+elles font remarquer des vertus et des vices, des actions
+heureuses et malheureuses; elles joignent même de petites
+circonstances aux plus grandes, et les savent placer avec tant
+d'art que les actions des hommes et leurs motifs nous paraissent
+toujours sous la figure et avec les couleurs qu'il plaît à la
+nature et à la fortune d'y donner.
+
+Quel concours de qualités éclatantes n'ont-elles pas assemblé dans
+la personne d'Alexandre, pour le montrer au monde comme un modèle
+d'élévation d'âme et de grandeur de courage! Si on examine sa
+naissance illustre, son éducation, sa jeunesse, sa beauté, sa
+complexion heureuse, l'étendue et la capacité de son esprit pour
+la guerre et pour les sciences, ses vertus, ses défauts même, le
+petit nombre de ses troupes, la puissance formidable de ses
+ennemis, la courte durée d'une si belle vie, sa mort et ses
+successeurs, ne verra-t-on pas l'industrie et l'application de la
+fortune et de la nature à renfermer dans un même sujet ce nombre
+infini de diverses circonstances? Ne verra-t-on pas le soin
+particulier qu'elles ont pris d'arranger tant d'événements
+extraordinaires, et de les mettre chacun dans son jour, pour
+composer un modèle d'un jeune conquérant, plus grand encore par
+ses qualités personnelles que par l'étendue de ses conquêtes?
+
+Si on considère de quelle sorte la nature et la fortune nous
+montrent César, ne verra-t-on pas qu'elles ont suivi un autre
+plan, qu'elles n'ont renfermé dans sa personne tant de valeur, de
+clémence, de libéralité, tant de qualités militaires, tant de
+pénétration, tant de facilité d'esprit et de moeurs, tant
+d'éloquence, tant de grâces du corps, tant de supériorité de génie
+pour la paix et pour la guerre, ne verra-t-on pas, dis-je,
+qu'elles ne se sont assujetties si longtemps à arranger et à
+mettre en oeuvre tant de talents extraordinaires, et qu'elles
+n'ont contraint César de s'en servir contre sa patrie, que pour
+nous laisser un modèle du plus grand homme du monde, et du plus
+célèbre usurpateur? Elle le fait naître particulier dans une
+république maîtresse de l'univers, affermie et soutenue par les
+plus grands hommes qu'elle eût jamais produits; la fortune choisit
+parmi eux ce qu'il y avait de plus illustre, de plus puissant et
+de plus redoutable pour les rendre ses ennemis; elle le réconcilie
+pour un temps avec les plus considérables pour les faire servir à
+son élévation; elle les éblouit et les aveugle ensuite, pour lui
+faire une guerre qui le conduit à la souveraine puissance. Combien
+d'obstacles ne lui a-t-elle pas fait surmonter! De combien de
+périls sur terre et sur mer ne l'a-t-elle pas garanti, sans jamais
+avoir été blessé! Avec quelle persévérance la fortune n'a-t-elle
+pas soutenu les desseins de César et détruit ceux de Pompée! Par
+quelle industrie n'a-t-elle pas disposé ce peuple romain, si
+puissant, si fier et si jaloux de sa liberté à la soumettre à la
+puissance d'un seul homme! Ne s'est-elle pas même servie des
+circonstances de la mort de César pour la rendre convenable à sa
+vie? Tant d'avertissements des devins, tant de prodiges, tant
+d'avis de sa femme et de ses amis ne peuvent le garantir, et la
+fortune choisit le propre jour qu'il doit être couronné dans le
+Sénat pour le faire assassiner par ceux mêmes qu'il a sauvés, et
+par un homme qui lui doit la naissance.
+
+Cet accord de la nature et de la fortune n'a jamais été plus
+marqué que dans la personne de Caton, et il semble qu'elles se
+soient efforcées l'une et l'autre de renfermer dans un seul homme
+non seulement les vertus de l'ancienne Rome, mais encore de
+l'opposer directement aux vertus de César, pour montrer qu'avec
+une pareille étendue d'esprit et de courage, le désir de gloire
+conduit l'un à être usurpateur et l'autre à servir de modèle d'un
+parfait citoyen? Mon dessein n'est pas de faire ici le parallèle
+de ces deux grands hommes, après tout ce qui en est écrit; je
+dirai seulement que, quelque grands et illustres qu'ils nous
+paraissent, la nature et la fortune n'auraient pu mettre toutes
+leurs qualités dans le jour qui convenait pour les faire éclater,
+si elles n'eussent opposé Caton à César. Il fallait les faire
+naître en même temps dans une même république, différents par
+leurs moeurs et par leurs talents, ennemis par les intérêts de la
+patrie et par des intérêts domestiques, l'un vaste dans ses
+desseins et sans bornes dans son ambition, l'autre austère,
+renfermé dans les lois de Rome et idolâtre de la liberté, tous
+deux célèbres par des vertus qui les montraient par de si
+différents côtés, et plus célèbres encore, si on l'ose dire, par
+l'opposition que la fortune et la nature ont pris soin de mettre
+entre eux. Quel arrangement, quelle suite, quelle économie de
+circonstances dans la vie de Caton, et dans sa mort! La destinée
+même de la république a servi au tableau que la fortune nous a
+voulu donner de ce grand homme, et elle finit sa vie avec la
+liberté de son pays.
+
+Si nous laissons les exemples des siècles passés pour venir aux
+exemples du siècle présent, on trouvera que la nature et la
+fortune ont conservé cette même union dont j'ai parlé, pour nous
+montrer de différents modèles en deux hommes consommés en l'art de
+commander. Nous verrons Monsieur le Prince et M. de Turenne
+disputer de la gloire des armes, et mériter par un nombre infini
+d'actions éclatantes la réputation qu'ils ont acquise. Ils
+paraîtront avec une valeur et une expérience égales; infatigables
+de corps et d'esprit, on les verra agir ensemble, agir séparément,
+et quelquefois opposés l'un à l'autre; nous les verrons, heureux
+et malheureux dans diverses occasions de la guerre, devoir les
+bons succès à leur conduite et à leur courage, et se montrer même
+toujours plus grands par leurs disgrâces; tous deux sauver l'État;
+tous deux contribuer à le détruire, et se servir des mêmes talents
+par des voies différentes, M. de Turenne suivant ses desseins avec
+plus de règle et moins de vivacité, d'une valeur plus retenue et
+toujours proportionnée au besoin de la faire paraître, Monsieur le
+Prince inimitable en la manière de voir et d'exécuter les plus
+grandes choses, entraîné par la supériorité de son génie qui
+semble lui soumettre les événements et les faire servir à sa
+gloire. La faiblesse des armées qu'ils ont commandées dans les
+dernières campagnes, et la puissance des ennemis qui leur étaient
+opposés, ont donné de nouveaux sujets à l'un et à l'autre de
+montrer toute leur vertu et de réparer par leur mérite tout ce qui
+leur manquait pour soutenir la guerre. La mort même de
+M. de Turenne, si convenable à une si belle vie, accompagnée de
+tant de circonstances singulières et arrivée dans un moment si
+important, ne nous paraît-elle pas comme un effet de la crainte et
+de l'incertitude de la fortune, qui n'a osé décider de la destinée
+de la France et de l'Empire? Cette même fortune, qui retire
+Monsieur le Prince du commandement des armées sous le prétexte de
+sa santé et dans un temps où il devait achever de si grandes
+choses, ne se joint-elle pas à la nature pour nous montrer
+présentement ce grand homme dans une vie privée, exerçant des
+vertus paisibles soutenu de sa propre gloire? Et brille-t-il moins
+dans sa retraite qu'au milieu de ses victoires?
+
+
+XV. Des coquettes et des vieillards
+
+S'il est malaisé de rendre raison des goûts en général, il le doit
+être encore davantage de rendre raison du goût des femmes
+coquettes. On peut dire néanmoins que l'envie de plaire se répand
+généralement sur tout ce qui peut flatter leur vanité, et qu'elles
+ne trouvent rien d'indigne de leurs conquêtes. Mais le plus
+incompréhensible de tous leurs goûts est, à mon sens, celui
+qu'elles ont pour les vieillards qui ont été galants. Ce goût
+paraît trop bizarre, et il y en a trop d'exemples, pour ne
+chercher pas la cause d'un sentiment tout à la fois si commun et
+si contraire à l'opinion que l'on a des femmes. Je laisse aux
+philosophes à décider si c'est un soin charitable de la nature,
+qui veut consoler les vieillards dans leur misère, et qui leur
+fournit le secours des coquettes par la même prévoyance qui lui
+fait donner des ailes aux chenilles, dans le déclin de leur vie,
+pour les rendre papillons; mais, sans pénétrer dans les secrets de
+la physique, on peut, ce me semble, chercher des causes plus
+sensibles de ce goût dépravé des coquettes pour les vieilles gens.
+Ce qui est plus apparent, c'est qu'elles aiment les prodiges, et
+qu'il n'y en a point qui doive plus toucher leur vanité que de
+ressusciter un mort. Elles ont le plaisir de l'attacher à leur
+char, et d'en parer leur triomphe, sans que leur réputation en
+soit blessée; au contraire, un vieillard est un ornement à la
+suite d'une coquette, et il est aussi nécessaire dans son train
+que les nains l'étaient autrefois dans Amadis. Elles n'ont point
+d'esclaves si commodes et si utiles. Elles paraissent bonnes et
+solides en conservant un ami sans conséquence. Il publie leurs
+louanges, il gagne croyance vers les maris et leur répond de la
+conduite de leurs femmes. S'il a du crédit, elles en retirent
+mille secours; il entre dans tous les intérêts et dans tous les
+besoins de la maison. S'il sait les bruits qui courent des
+véritables galanteries, il n'a garde de les croire; il les
+étouffe, et assure que le monde est médisant; il juge par sa
+propre expérience des difficultés qu'il y a de toucher le coeur
+d'une si bonne femme; plus on lui fait acheter des grâces et des
+faveurs et plus il est discret et fidèle; son propre intérêt
+l'engage assez au silence; il craint toujours d'être quitté, et il
+se trouve trop heureux d'être souffert. Il se persuade aisément
+qu'il est aimé, puisqu'on le choisit contre tant d'apparences; il
+croit que c'est un privilège de son vieux mérite, et remercie
+l'amour de se souvenir de lui dans tous les temps.
+
+Elle, de son côté, ne voudrait pas manquer à ce qu'elle lui a
+promis; elle lui fait remarquer qu'il a toujours touché son
+inclination, et qu'elle n'aurait jamais aimé si elle ne l'avait
+jamais connu; elle le prie surtout de n'être pas jaloux et de se
+fier en elle; elle lui avoue qu'elle aime un peu le monde et le
+commerce des honnêtes gens, qu'elle a même intérêt d'en ménager
+plusieurs à la fois, pour ne laisser pas voir qu'elle le traite
+différemment des autres; que si elle fait quelques railleries de
+lui avec ceux dont on s'est avisé de parler, c'est seulement pour
+avoir le plaisir de le nommer souvent, ou pour mieux cacher ses
+sentiments; qu'après tout il est le maître de sa conduite, et que,
+pourvu qu'il en soit content et qu'il l'aime toujours, elle se met
+aisément en repos du reste. Quel vieillard ne se rassure pas par
+des raisons si convaincantes, qui l'ont souvent trompé quand il
+était jeune et aimable? Mais, pour son malheur, il oublie trop
+aisément qu'il n'est plus ni l'un ni l'autre, et cette faiblesse
+est, de toutes, la plus ordinaire aux vieilles gens qui ont été
+aimés. Je ne sais même si cette tromperie ne leur vaut pas mieux
+encore que de connaître la vérité: on les souffre du moins, on les
+amuse, ils sont détournés de la vue de leurs propres misères, et
+le ridicule où ils tombent est souvent un moindre mal pour eux que
+les ennuis et l'anéantissement d'une vie pénible et languissante.
+
+
+XVI. De la différence des esprits
+
+Bien que toutes les qualités de l'esprit se puissent rencontrer
+dans un grand esprit, il y en a néanmoins qui lui sont propres et
+particulières: ses lumières n'ont point de bornes, il agit
+toujours également et avec la même activité, il discerne les
+objets éloignés comme s'ils étaient présents, il comprend, il
+imagine les plus grandes choses, il voit et connaît les plus
+petites; ses pensées sont relevées, étendues, justes et
+intelligibles; rien n'échappe à sa pénétration, et elle lui fait
+toujours découvrir la vérité au travers des obscurités qui la
+cachent aux autres. Mais toutes ces grandes qualités ne peuvent
+souvent empêcher que l'esprit ne paraisse petit et faible, quand
+l'humeur s'en est rendue la maîtresse.
+
+Un bel esprit pense toujours noblement; il produit avec facilité
+des choses claires, agréables et naturelles; il les fait voir dans
+leur plus beau jour, et il les pare de tous les ornements qui leur
+conviennent; il entre dans le goût des autres, et retranche de ses
+pensées ce qui est inutile ou ce qui peut déplaire. Un esprit
+adroit, facile, insinuant, sait éviter et surmonter les
+difficultés; il se plie aisément à ce qu'il veut; il sait
+connaître et suivre l'esprit et l'humeur de ceux avec qui il
+traite; et en ménageant leurs intérêts il avance et établit les
+siens. Un bon esprit voit toutes choses comme elles doivent être
+vues; il leur donne le prix qu'elles méritent, il les sait tourner
+du côté qui lui est le plus avantageux, et il s'attache avec
+fermeté à ses pensées parce qu'il en connaît toute la force et
+toute la raison.
+
+Il y a de la différence entre un esprit utile et un esprit
+d'affaires: on peut entendre les affaires sans s'appliquer à son
+intérêt particulier; il y a des gens habiles dans tout ce qui ne
+les regarde pas et très malhabiles dans ce qui les regarde, et il
+y en a d'autres, au contraire, qui ont une habileté bornée à ce
+qui les touche et qui savent trouver leur avantage en toutes
+choses.
+
+On peut avoir tout ensemble un air sérieux dans l'esprit et dire
+souvent des choses agréables et enjouées; cette sorte d'esprit
+convient à toutes personnes, et à tous les âges de la vie. Les
+jeunes gens ont d'ordinaire l'esprit enjoué et moqueur, sans
+l'avoir sérieux, et c'est ce qui les rend souvent incommodes. Rien
+n'est plus malaisé à soutenir que le dessein d'être toujours
+plaisant, et les applaudissements qu'on reçoit quelquefois en
+divertissant les autres ne valent pas que l'on s'expose à la honte
+de les ennuyer souvent, quand ils sont de méchante humeur. La
+moquerie est une des plus agréables et des plus dangereuses
+qualités de l'esprit: elle plaît toujours, quand elle est
+délicate; mais on craint toujours aussi ceux qui s'en servent trop
+souvent. La moquerie peut néanmoins être permise, quand elle n'est
+mêlée d'aucune malignité et quand on y fait entrer les personnes
+mêmes dont on parle.
+
+Il est malaisé d'avoir un esprit de raillerie sans affecter d'être
+plaisant, ou sans aimer à se moquer; il faut une grande justesse
+pour railler longtemps sans tomber dans l'une ou l'autre de ces
+extrémités. La raillerie est un air de gaieté qui remplit
+l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se
+présentent; l'humeur y mêle plus ou moins de douceur ou d'âpreté;
+il y a une manière de railler délicate et flatteuse qui touche
+seulement les défauts que les personnes dont on parle veulent bien
+avouer, qui sait déguiser les louanges qu'on leur donne sous des
+apparences de blâme, et qui découvre ce qu'elles ont d'aimable en
+feignant de le vouloir cacher.
+
+Un esprit fin et un esprit de finesse sont très différents. Le
+premier plaît toujours; il est délié, il pense des choses
+délicates et voit les plus imperceptibles. Un esprit de finesse ne
+va jamais droit, il cherche des biais et des détours pour faire
+réussir ses desseins; cette conduite est bientôt découverte, elle
+se fait toujours craindre et ne mène presque jamais aux grandes
+choses.
+
+Il y a quelque différence entre un esprit de feu et un esprit
+brillant. Un esprit de feu va plus loin et avec plus de rapidité;
+un esprit brillant a de la vivacité, de l'agrément et de la
+justesse.
+
+La douceur de l'esprit, c'est un air facile et accommodant, qui
+plaît toujours quand il n'est point fade.
+
+Un esprit de détail s'applique avec de l'ordre et de la règle à
+toutes les particularités des sujets qu'on lui présente. Cette
+application le renferme d'ordinaire à de petites choses; elle
+n'est pas néanmoins toujours incompatible avec de grandes vues, et
+quand ces deux qualités se trouvent ensemble dans un même esprit,
+elles l'élèvent infiniment au-dessus des autres.
+
+On a abusé du terme de bel esprit, et bien que tout ce qu'on vient
+de dire des différentes qualités de l'esprit puisse convenir à un
+bel esprit, néanmoins, comme ce titre a été donné à un nombre
+infini de mauvais poètes et d'auteurs ennuyeux, on s'en sert plus
+souvent pour tourner les gens en ridicule que pour les louer.
+
+Bien qu'il y ait plusieurs épithètes pour l'esprit qui paraissent
+une même chose, le ton et la manière de les prononcer y mettent de
+la différence; mais comme les tons et les manières ne se peuvent
+écrire, je n'entrerai point dans un détail qu'il serait impossible
+de bien expliquer. L'usage ordinaire le fait assez entendre, et en
+disant qu'un homme a de l'esprit, qu'il a bien de l'esprit, qu'il
+a beaucoup d'esprit, et qu'il a bon esprit, il n'y a que les tons
+et les manières qui puissent mettre de la différence entre ces
+expressions qui paraissent semblables sur le papier, et qui
+expriment néanmoins de très différentes sortes d'esprit.
+
+On dit encore qu'un homme n'a que d'une sorte d'esprit, qu'il a de
+plusieurs sortes d'esprit, et qu'il a de toutes sortes d'esprit.
+On peut être sot avec beaucoup d'esprit, et on peut n'être pas sot
+avec peu d'esprit.
+
+Avoir beaucoup d'esprit et un terme équivoque: il peut comprendre
+toutes les sortes d'esprit dont on vient de parler, mais il peut
+aussi n'en marquer aucune distinctement. On peut quelquefois faire
+paraître de l'esprit dans ce qu'on dit sans en avoir dans sa
+conduite, on peut avoir de l'esprit et l'avoir borné; un esprit
+peut être propre à de certaines choses et ne l'être pas à
+d'autres; on peut avoir beaucoup d'esprit et n'être propre à rien,
+et avec beaucoup d'esprit on est souvent fort incommode. Il semble
+néanmoins que le plus grand mérite de cette sorte d'esprit est de
+plaire quelquefois dans la conversation.
+
+Bien que les productions d'esprit soient infinies, on peut, ce me
+semble, les distinguer de cette sorte: il y a des choses si belles
+que tout le monde est capable d'en voir et d'en sentir la beauté,
+il y en a qui ont de la beauté et qui ennuient, il y en a qui sont
+belles, que tout le monde sent et admire bien que tous n'en
+sachent pas la raison, il y en a qui sont si fines et si délicates
+que peu de gens sont capables d'en remarquer toutes les beautés,
+il y en a d'autres qui ne sont pas parfaites, mais qui sont dites
+avec tant d'art et qui sont soutenues et conduites avec tant de
+raison et tant de grâce qu'elles méritent d'être admirées.
+
+
+XVII. De l'inconstance
+
+Je ne prétends pas justifier ici l'inconstance en général, et
+moins encore celle qui vient de la seule légèreté; mais il n'est
+pas juste aussi de lui imputer tous les autres changements de
+l'amour. Il y a une première fleur d'agrément et de vivacité dans
+l'amour qui passe insensiblement, comme celle des fruits; ce n'est
+la faute de personne, c'est seulement la faute du temps. Dans les
+commencements, la figure est aimable, les sentiments ont du
+rapport, on cherche de la douceur et du plaisir, on veut plaire
+parce qu'on nous plaît, et on cherche à faire voir qu'on sait
+donner un prix infini à ce qu'on aime; mais dans la suite on ne
+sent plus ce qu'on croyait sentir toujours, le feu n'y est plus,
+le mérite de la nouveauté s'efface, la beauté, qui a tant de part
+à l'amour, ou diminue ou ne fait plus la même impression; le nom
+d'amour se conserve, mais on ne se retrouve plus les mêmes
+personnes, ni les mêmes sentiments; on suit encore ses engagements
+par honneur, par accoutumance et pour n'être pas assez assuré de
+son propre changement.
+
+Quelles personnes auraient commencé de s'aimer, si elles s'étaient
+vues d'abord comme on se voit dans la suite des années? Mais
+quelles personnes aussi se pourraient séparer, si elles se
+revoyaient comme on s'est vu la première fois? L'orgueil, qui est
+presque toujours le maître de nos goûts, et qui ne se rassasie
+jamais, serait flatté sans cesse par quelque nouveau plaisir; la
+constance perdrait son mérite: elle n'aurait plus de part à une si
+agréable liaison, les faveurs présentes auraient la même grâce que
+les premières faveurs et le souvenir n'y mettrait point de
+différence; l'inconstance serait même inconnue, et on s'aimerait
+toujours avec le même plaisir parce qu'on aurait toujours les
+mêmes sujets de s'aimer. Les changements qui arrivent dans
+l'amitié ont à peu près des causes pareilles à ceux qui arrivent
+dans l'amour: leurs règles ont beaucoup de rapport. Si l'un a plus
+d'enjouement et de plaisir, l'autre doit être plus égale et plus
+sévère, elle ne pardonne rien; mais le temps, qui change l'humeur
+et les intérêts, les détruit presque également tous deux. Les
+hommes sont trop faibles et trop changeants pour soutenir
+longtemps le poids de l'amitié. L'antiquité en a fourni des
+exemples; mais dans le temps où nous vivons, on peut dire qu'il
+est encore moins impossible de trouver un véritable amour qu'une
+véritable amitié.
+
+
+XVIII. De la retraite
+
+Je m'engagerais à un trop long discours si je rapportais ici en
+particulier toutes les raisons naturelles qui portent les vieilles
+gens à se retirer du commerce du monde: le changement de leur
+humeur, de leur figure et l'affaiblissement des organes les
+conduisent insensiblement, comme la plupart des autres animaux, à
+s'éloigner de la fréquentation de leurs semblables. L'orgueil, qui
+est inséparable de l'amour-propre, leur tient alors lieu de
+raison: il ne peut plus être flatté de plusieurs choses qui
+flattent les autres, l'expérience leur a fait connaître le prix de
+ce que tous les hommes désirent dans la jeunesse et
+l'impossibilité d'en jouir plus longtemps; les diverses voies qui
+paraissent ouvertes aux jeunes gens pour parvenir aux grandeurs,
+aux plaisirs, à la réputation et à tout ce qui élève les hommes
+leur sont fermées, ou par la fortune, ou par leur conduite, ou par
+l'envie et l'injustice des autres; le chemin pour y rentrer est
+trop long et trop pénible quand on s'est une fois égaré; les
+difficultés leur en paraissent insurmontables, et l'âge ne leur
+permet plus d'y prétendre. Ils deviennent insensibles à l'amitié,
+non seulement parce qu'ils n'en ont peut-être jamais trouvé de
+véritable, mais parce qu'ils ont vu mourir un grand nombre de
+leurs amis qui n'avaient pas encore eu le temps ni les occasions
+de manquer à l'amitié et ils se persuadent aisément qu'ils
+auraient été plus fidèles que ceux qui leur restent. Ils n'ont
+plus de part aux premiers biens qui ont d'abord rempli leur
+imagination; ils n'ont même presque plus de part à la gloire:
+celle qu'ils ont acquise est déjà flétrie par le temps, et souvent
+les hommes en perdent plus en vieillissant qu'ils n'en acquièrent.
+Chaque jour leur ôte une portion d'eux-mêmes; ils n'ont plus assez
+de vie pour jouir de ce qu'ils ont, et bien moins encore pour
+arriver à ce qu'ils désirent; il ne voient plus devant eux que des
+chagrins, des maladies et de l'abaissement; tous est vu, et rien
+ne peut avoir pour eux la grâce de la nouveauté; le temps les
+éloigne imperceptiblement du point de vue d'où il leur convient de
+voir les objets, et d'où ils doivent être vus. Les plus heureux
+sont encore soufferts, les autres sont méprisés; le seul bon parti
+qu'il leur reste, c'est de cacher au monde ce qu'ils ne lui ont
+peut-être que trop montré. Leur goût, détrompé des désirs
+inutiles, se tourne alors vers des objets muets et insensibles;
+les bâtiments, l'agriculture, l'économie, l'étude, toutes ces
+choses sont soumises à leurs volontés; ils s'en approchent ou s'en
+éloignent comme il leur plaît; ils sont maîtres de leurs desseins
+et de leurs occupations; tout ce qu'ils désirent est en leur
+pouvoir, et, s'étant affranchis de la dépendance du monde, ils
+font tout dépendre d'eux. Les plus sages savent employer à leur
+salut le temps qu'il leur reste et, n'ayant qu'une si petite part
+à cette vie, ils se rendent dignes d'une meilleure. Les autres
+n'ont au moins qu'eux-mêmes pour témoins de leur misère; leurs
+propres infirmités les amusent; le moindre relâche leur tient lieu
+de bonheur; la nature, défaillante et plus sage qu'eux, leur ôte
+souvent la peine de désirer; enfin ils oublient le monde, qui est
+si disposé à les oublier; leur vanité même est consolée par leur
+retraite, et avec beaucoup d'ennuis, d'incertitudes et de
+faiblesses, tantôt par piété, tantôt par raison, et le plus
+souvent par accoutumance, ils soutiennent le poids d'une vie
+insipide et languissante.
+
+
+XIX. Des événements de ce siècle
+
+L'histoire, qui nous apprend ce qui arrive dans le monde, nous
+montre également les grands événements et les médiocres; cette
+confusion d'objets nous empêche souvent de discerner avec assez
+d'attention les choses extraordinaires qui sont renfermées dans
+les cours de chaque siècle. Celui où nous vivons en a produit, à
+mon sens, de plus singuliers que les précédents. J'ai voulu en
+écrire quelques-uns, pour les rendre plus remarquables aux
+personnes qui voudront y faire réflexion.
+
+Marie de Médicis, reine de France, femme de Henri le Grand, fut
+mère du roi Louis XIII, de Gaston, fils de France, de la reine
+d'Espagne, de la duchesse de Savoie, et de la reine d'Angleterre;
+elle fut régente en France, et gouverna le roi son fils, et son
+royaume, plusieurs années. Elle éleva Armand de Richelieu à la
+dignité de cardinal; elle le fit premier ministre, maître de
+l'État et de l'esprit du Roi. Elle avait peu de vertus et peu de
+défauts qui la dussent faire craindre, et néanmoins, après tant
+d'éclat et de grandeurs, cette princesse, veuve de Henri IVe et
+mère de tant de rois, a été arrêtée prisonnière par le Roi son
+fils, et par la haine du cardinal de Richelieu qui lui devait sa
+fortune. Elle a été délaissée des autres rois ses enfants, qui
+n'ont osé même la recevoir dans leurs États, et elle est morte de
+misère, et presque de faim, à Cologne, après une persécution de
+dix années.
+
+Ange de Joyeuse, duc et pair, maréchal de France et amiral, jeune,
+riche, galant et heureux, abandonna tant d'avantages pour se faire
+capucin. Après quelques années les besoins de l'État le
+rappelèrent au monde; le Pape le dispensa de ses voeux, et lui
+ordonna d'accepter le commandement des armées du Roi contre les
+huguenots; il demeura quatre ans dans cet emploi, et se laissa
+entraîner pendant ce temps aux mêmes passions qui l'avaient agité
+pendant sa jeunesse. La guerre étant finie, il renonça une seconde
+fois au monde, et reprit l'habit de capucin. Il vécut longtemps
+dans une vie sainte et religieuse; mais la vanité, dont il avait
+triomphé dans le milieu des grandeurs, triompha de lui dans le
+cloître; il fut élu gardien du couvent de Paris, et son élection
+étant contestée par quelques religieux, il s'exposa non seulement
+à aller à Rome dans un âge avancé, à pied et malgré les autres
+incommodités d'un si pénible voyage, mais la même opposition des
+religieux s'étant renouvelée à son retour, il partit une seconde
+fois pour retourner à Rome soutenir un intérêt si peu digne de
+lui, et il mourut en chemin de fatigue, de chagrin, et de
+vieillesse.
+
+Trois hommes de qualité, Portugais, suivis de dix-sept de leurs
+amis, entreprirent la révolte de Portugal et des Indes qui en
+dépendent, sans concert avec les peuples ni avec les étrangers, et
+sans intelligence dans les places. Ce petit nombre de conjurés se
+rendit maître du palais de Lisbonne, en chassa la douairière de
+Mantoue, régente pour le roi d'Espagne, et fit soulever tout le
+royaume; il ne périt dans ce désordre que Vasconcellos, ministre
+d'Espagne, et deux de ses domestiques. Un si grand changement se
+fit en faveur du duc de Bragance, et sans participation: il fut
+déclaré roi contre sa propre volonté, et se trouva le seul homme
+de Portugal qui résistât à son élection; il a possédé ensuite
+cette couronne pendant quatorze années, n'ayant ni élévation, ni
+mérite; il est mort dans son lit, et a laissé son royaume paisible
+à ses enfants.
+
+Le cardinal de Richelieu a été maître absolu du royaume de France
+pendant le règne d'un roi qui lui laissait le gouvernement de son
+État, lorsqu'il n'osait lui confier sa propre personne; le
+Cardinal avait aussi les mêmes défiances du Roi, et il évitait
+d'aller chez lui, craignant d'exposer sa vie ou sa liberté; le Roi
+néanmoins sacrifie Cinq-Mars, son favori, à la vengeance du
+Cardinal, et consent qu'il périsse sur un échafaud. Ensuite le
+Cardinal meurt dans son lit; il dispose par son testament des
+charges et des dignités de l'État, et oblige le Roi, dans le plus
+fort de ses soupçons et de sa haine, à suivre aussi aveuglement
+ses volontés après sa mort qu'il avait fait pendant sa vie.
+
+On doit sans doute trouver extraordinaire que Anne-Marie-Louise
+d'Orléans, petite-fille de France, la plus riche sujette de
+l'Europe, destinée pour les plus grands rois, avare, rude et
+orgueilleuse, ait pu former le dessein, à quarante-cinq ans,
+d'épouser Puyguilhem, cadet de la maison de Lauzun, assez mal fait
+de sa personne, d'un esprit médiocre, et qui n'a, pour toute bonne
+qualité, que d'être hardi et insinuant. Mais on doit être encore
+plus surpris que Mademoiselle ait pris cette chimérique résolution
+par un esprit de servitude et parce que Puyguilhem était bien
+auprès du Roi; l'envie d'être femme d'un favori lui tint lieu de
+passion, elle oublia son âge et sa naissance, et, sans avoir
+d'amour, elle fit des avances à Puyguilhem qu'un amour véritable
+ferait à peine excuser dans une jeune personne et d'une moindre
+condition. Elle lui dit un jour qu'il n'y avait qu'un seul homme
+qu'elle pût choisir pour épouser. Il la pressa de lui apprendre
+son choix; mais n'ayant pas la force de prononcer son nom, elle
+voulut l'écrire avec un diamant sur les vitres d'une fenêtre.
+Puyguilhem jugea sans doute ce qu'elle allait faire, et espérant
+peut-être qu'elle lui donnerait cette déclaration par écrit, dont
+il pourrait faire quelque usage, il feignit une délicatesse de
+passion qui pût plaire à Mademoiselle, et il lui fit un scrupule
+d'écrire sur du verre un sentiment qui devait durer éternellement.
+Son dessein réussit comme il désirait, et Mademoiselle écrivit le
+soir dans du papier:
+
+«C'est vous.» Elle le cachera elle-même; mais, comme cette
+aventure se passait un jeudi et que minuit sonna avant que
+Mademoiselle pût donner son billet à Puyguilhem, elle ne voulut
+pas paraître moins scrupuleuse que lui, et craignant que le
+vendredi ne fût un jour malheureux, elle lui fit promettre
+d'attendre au samedi à ouvrir le billet qui lui devait apprendre
+cette _grande nouvelle. L'excessive fortune que cette déclaration
+faisait envisager à Puyguilhem ne lui parut point au-dessus de son
+ambition. Il songea à profiter du caprice de Mademoiselle, et il
+eut la hardiesse d'en rendre compte au Roi. Personne n'ignore
+qu'avec si grandes et éclatantes qualités nul prince au monde n'a
+jamais eu plus de hauteur, ni plus de fierté. Cependant, au lieu
+de perdre Puyguilhem d'avoir osé lui découvrir ses espérances, il
+lui permit non seulement de les conserver, mais il consentit que
+quatre officiers de la couronne lui vinssent demander son
+approbation pour un mariage si surprenant, et sans que Monsieur ni
+Monsieur le Prince en eussent entendu parler. Cette nouvelle se
+répandit dans le monde, et le remplit d'étonnement et
+d'indignation. Le Roi ne sentit pas alors ce qu'il venait de faire
+contre sa gloire et contre sa dignité. Il trouva seulement qu'il
+était de sa grandeur d'élever en un jour Puyguilhem au-dessus des
+plus grands du royaume et, malgré tant de disproportion, il le
+jugea digne d'être son cousin germain, le premier pair de France
+et maître de cinq cent mille livres de rente; mais ce qui le
+flatta le plus encore, dans un si extraordinaire dessein, ce fut
+le plaisir secret de surprendre le monde, et de faire pour un
+homme qu'il aimait ce que personne n'avait encore imaginé. Il fut
+au pouvoir de Puyguilhem de profiter durant trois jours de tant de
+prodiges que la fortune avait faits en sa faveur, et d'épouser
+Mademoiselle; mais, par un prodige plus grand encore, sa vanité ne
+put être satisfaite s'il ne l'épousait avec les mêmes cérémonies
+que s'il eût été de sa qualité: il voulut que le Roi et la Reine
+fussent témoins de ses noces, et qu'elles eussent tout l'éclat que
+leur présence y pouvait donner. Cette présomption sans exemple lui
+fit employer à de vains préparatifs, et à passer son contrat, tout
+le temps qui pouvait assurer son bonheur. Mme de Montespan, qui le
+haïssait, avait suivi néanmoins le penchant du Roi et ne s'était
+point opposée à ce mariage. Mais le bruit du monde la réveilla;
+elle fit voir au Roi ce que lui seul ne voyait pas encore; elle
+lui fit écouter la voix publique; il connut l'étonnement des
+ambassadeurs, il reçut les plaintes et les remontrances
+respectueuses de Madame douairière et de toute la maison royale.
+Tant de raisons firent longtemps balancer le Roi, et ce fut avec
+un[e] extrême peine qu'il déclara à Puyguilhem qu'il ne pouvait
+consentir ouvertement à son mariage. Il l'assura néanmoins que ce
+changement en apparence ne changerait rien en effet; qu'il était
+forcé, malgré lui, de céder à l'opinion générale, et de lui
+défendre d'épouser Mademoiselle, mais qu'il ne prétendait pas que
+cette défense empêchât son bonheur. Il le pressa de se marier en
+secret, et il lui promit que la disgrâce qui devait suivre une
+telle faute ne durerait que huit jours. Quelque sentiment que ce
+discours pût donner à Puyguilhem, il dit au Roi qu'il renonçait
+avec joie à tout ce qui lui avait permis d'espérer, puisque sa
+gloire en pouvait être blessée, et qu'il n'y avait point de
+fortune qui le pût consoler d'être huit jours séparé de lui. Le
+Roi fut véritablement touché de cette soumission; il n'oublia rien
+pour obliger Puyguilhem à profiter de la faiblesse de
+Mademoiselle, et Puyguilhem n'oublia rien aussi, de son côté, pour
+faire voir au Roi qu'il lui sacrifiait toutes choses. Le
+désintéressement seul ne fit pas prendre néanmoins cette conduite
+à Puyguilhem: il crut qu'elle l'assurait pour toujours de l'esprit
+du Roi, et que rien ne pourrait à l'avenir diminuer sa faveur. Son
+caprice et sa vanité le portèrent même si loin que ce mariage si
+grand et si disproportionné lui parut insupportable parce qu'il ne
+lui était plus permis de le faire avec tout le faste et tout
+l'éclat qu'il s'était proposé. Mais ce qui le détermina le plus
+puissamment à le rompre, ce fut l'aversion insurmontable qu'il
+avait pour la personne de Mademoiselle, et le dégoût d'être son
+mari. Il espéra même de tirer des avantages solides de
+l'emportement de Mademoiselle, et que, sans l'épouser, elle lui
+donnerait la souveraineté de Dombes et le duché de Montpensier. Ce
+fut dans cette vue qu'il refusa d'abord toutes les grâces dont le
+Roi voulut le combler; mais l'humeur avare et inégale de
+Mademoiselle, et les difficultés qui se rencontrèrent à assurer de
+si grands biens à Puyguilhem, rendirent ce dessein inutile, et
+l'obligèrent à recevoir les bienfaits du Roi. Il lui donna le
+gouvernement de Berry et cinq cent mille livres. Des avantages si
+considérables ne répondirent pas toutefois aux espérances que
+Puyguilhem avait formées. Son chagrin fournit bientôt à ses
+ennemis, et particulièrement à Mme de Montespan, tous les
+prétextes qu'ils souhaitaient pour le ruiner. Il connut son état
+et sa décadence et, au lieu de se ménager auprès du Roi avec de la
+douceur, de la patience et de l'habileté, rien ne fut plus capable
+de retenir son esprit âpre et fier. Il fit enfin des reproches au
+Roi; il lui dit même des choses rudes et piquantes, jusqu'à casser
+son épée en sa présence en disant qu'il ne la tirerait plus pour
+son service; il lui parla avec mépris de Mme de Montespan, et
+s'emporta contre elle avec tant de violence qu'elle douta de sa
+sûreté et n'en trouva plus qu'à le perdre. Il fut arrêté bientôt
+après, et on le mena à Pignerol, où il éprouva par une longue et
+dure prison la douleur d'avoir perdu les bonnes grâces du Roi, et
+d'avoir laissé échapper par une fausse vanité tant de grandeurs et
+tant d'avantages que la condescendance de son maître et la
+bassesse de Mademoiselle lui avaient présentés.
+
+Alphonse, roi de Portugal, fils du duc de Bragance dont je viens
+de parler, s'est marié en France à la fille du duc de Nemours,
+jeune, sans biens et sans protection. Peu de temps après, cette
+princesse a formé le dessein de quitter le Roi son mari; elle l'a
+fait arrêter dans Lisbonne, et les mêmes troupes, qui un jour
+auparavant le gardaient comme leur roi, l'ont gardé le lendemain
+comme prisonnier; il a été confiné dans une île de ses propres
+États, et on lui a laissé la vie et le titre de roi. Le prince de
+Portugal, son frère, a épousé la Reine; elle conserve sa dignité,
+et elle a revêtu le prince son mari de toute l'autorité du
+gouvernement, sans lui donner le nom de roi; elle jouit
+tranquillement du succès d'une entreprise si extraordinaire, en
+paix avec les Espagnols, et sans guerre civile dans le royaume.
+
+Un vendeur d'herbes, nommé Masaniel, fit soulever le menu peuple
+de Naples, et malgré la puissance des Espagnols il usurpa
+l'autorité royale; il disposa souverainement de la vie, de la
+liberté et des biens de tout ce qui lui fut suspect; il se rendit
+maître des douanes; il dépouilla les partisans de tout leur argent
+et de leurs meubles, et fit brûler publiquement toutes ces
+richesses immenses dans le milieu de la ville, sans qu'un seul de
+cette foule confuse de révoltés voulût profiter d'un bien qu'on
+croyait mal acquis. Ce prodige ne dura que quinze jours, et finit
+par un autre prodige: ce même Masaniel, qui achevait de si grandes
+choses avec tant de bonheur, de gloire, et de conduite, perdit
+subitement l'esprit, et mourut frénétique en vingt-quatre heures.
+
+La reine de Suède, en paix dans ses États et avec ses voisins,
+aimée de ses sujets, respectée des étrangers, jeune et sans
+dévotion, a quitté volontairement son royaume, et s'est réduite à
+une vie privée. Le roi de Pologne, de la même maison que la reine
+de Suède, s'est démis aussi de la royauté, par la seule lassitude
+d'être roi.
+
+Un lieutenant d'infanterie sans nom et sans crédit, a commencé, à
+l'âge de quarante-cinq ans, de se faire connaître dans les
+désordres d'Angleterre. Il a dépossédé son roi légitime, bon,
+juste, doux, vaillant et libéral; il lui a fait trancher la tête,
+par un arrêt de son parlement; il a changé la royauté en
+république; il a été dix ans maître de l'Angleterre, plus craint
+de ses voisins et plus absolu dans son pays que tous les rois qui
+y ont régné. Il est mort paisible, et en pleine possession de
+toute la puissance du royaume.
+
+Les Hollandais ont secoué le joug de la domination d'Espagne; ils
+ont formé une puissante république, et ils ont soutenu cent ans la
+guerre contre leurs rois légitimes pour conserver leur liberté.
+Ils doivent tant de grandes choses à la conduite et à la valeur
+des princes d'Orange, dont ils ont néanmoins toujours redouté
+l'ambition et limité le pouvoir. Présentement cette république, si
+jalouse de sa puissance, accorde au prince d'Orange d'aujourd'hui,
+malgré son peu d'expérience et ses malheureux succès dans la
+guerre, ce qu'elle a refusé à ses pères: elle ne se contente pas
+de relever sa fortune abattue, elle le met en état de se faire
+souverain de Hollande, et elle a souffert qu'il ait fait déchirer
+par le peuple un homme qui maintenait seul la liberté publique.
+
+Cette puissance d'Espagne, si étendue et si formidable à tous les
+rois du monde, trouve aujourd'hui son principal appui dans ses
+sujets rebelles, et se soutient par la protection des Hollandais.
+
+Un empereur, jeune, faible, simple, gouverné par des ministres
+incapables, et pendant le plus grand abaissement de la maison
+d'Autriche, se trouve en un moment chef de tous les princes
+d'Allemagne, qui craignent son autorité et méprisent sa personne,
+et il est plus absolu que n'a jamais été Charles-Quint.
+
+Le roi d'Angleterre, faible, paresseux, et plongé dans les
+plaisirs, oubliant les intérêts de son royaume et ses exemples
+domestiques, s'est exposé avec fermeté depuis six ans à la fureur
+de ses peuples et à la haine de son parlement pour conserver une
+liaison étroite avec le roi de France; au lieu d'arrêter les
+conquêtes de ce prince dans les Pays-Bas, il y a même contribué en
+lui fournissant des troupes. Cet attachement l'a empêché d'être
+maître absolu d'Angleterre et d'en étendre les frontières en
+Flandre et en Hollande par des places et par des ports, qu'il a
+toujours refusés; mais dans le temps qu'il reçoit des sommes
+considérables du Roi, et qu'il a le plus de besoin d'en être
+soutenu contre ses propres sujets il renonce, sans prétexte, à
+tant d'engagements, et il se déclare contre la France, précisément
+quand il lui est utile et honnête d'y être attaché; par une
+mauvaise politique précipitée, il perd, en un moment, le seul
+avantage qu'il pouvait retirer d'une mauvaise politique de six
+années, et ayant pu donner la paix comme médiateur, il est réduit
+à la demander comme suppliant, quand le Roi l'accorde à l'Espagne,
+à l'Allemagne et à la Hollande.
+
+Les propositions qui avaient été faites au roi d'Angleterre de
+marier sa nièce, la princesse d'York, au prince d'Orange, ne lui
+étaient pas agréables; le duc d'York en paraissait aussi éloigné
+que le Roi son frère, et le prince d'Orange même, rebuté par les
+difficultés de ce dessein, ne pensait plus à le faire réussir. Le
+roi d'Angleterre, étroitement lié au roi de France, consentait à
+ses conquêtes, lorsque les intérêts du grand trésorier
+d'Angleterre et la crainte d'être attaqué par le Parlement lui ont
+fait chercher sa sûreté particulière, en disposant le Roi son
+maître à s'unir avec le prince d'Orange par le mariage de la
+princesse d'York, et à faire déclarer l'Angleterre contre la
+France pour la protection des Pays-Bas. Ce changement du roi
+d'Angleterre a été si prompt et si secret que le duc d'York
+l'ignorait encore deux jours devant le mariage de sa fille, et
+personne ne se pouvait persuader que le roi d'Angleterre, qui
+avait hasardé dix ans sa vie et sa couronne pour demeurer attaché
+à la France, pût renoncer en un moment à tout ce qu'il en espérait
+pour suivre le sentiment de son ministre. Le prince d'Orange, de
+son côté, qui avait tant d'intérêt de se faire un chemin pour être
+un jour roi d'Angleterre, négligeait ce mariage qui le rendait
+héritier présomptif du royaume; il bornait ses desseins à affermir
+son autorité en Hollande, malgré les mauvais succès de ses
+dernières campagnes, et il s'appliquait à se rendre aussi absolu
+dans les autres provinces de cet État qu'il le croyait être dans
+la Zélande; mais il s'aperçut bientôt qu'il devait prendre
+d'autres mesures, et une aventure ridicule lui fit mieux connaître
+l'état où il était dans son pays qu'il ne le voyait par ses
+propres lumières. Un crieur public vendait des meubles à un encan
+où beaucoup de monde s'assembla; il mit en vente un atlas, et
+voyant que personne ne l'enchérissait, il dit au peuple que ce
+livre était néanmoins plus rare qu'on ne pensait, et que les
+cartes en étaient si exactes que la rivière dont M. le prince
+d'Orange n'avait eu aucune connaissance lorsqu'il perdit la
+bataille de Cassel y était fidèlement marquée. Cette raillerie,
+qui fut reçue avec un applaudissement universel, a été un des plus
+puissants motifs qui ont obligé le prince d'Orange à rechercher de
+nouveau l'alliance d'Angleterre, pour contenir la Hollande, et
+pour joindre tant de puissances contre nous. Il semble néanmoins
+que ceux qui ont désiré ce mariage, et ceux qui y ont été
+contraires, n'ont pas connu leurs intérêts: le grand trésorier
+d'Angleterre a voulu adoucir le Parlement et se garantir d'en être
+attaqué, en portant le Roi son maître à donner sa nièce au prince
+d'Orange, et à se déclarer contre la France; le roi d'Angleterre a
+cru affermir son autorité dans son royaume par l'appui du prince
+d'Orange, et il a prétendu engager ses peuples à lui fournir de
+l'argent pour ses plaisirs, sous prétexte de faire la guerre au
+roi de France et de le contraindre à recevoir la paix; le prince
+d'Orange a eu dessein de soumettre la Hollande par la protection
+d'Angleterre; à la France a appréhendé qu'un mariage si opposé à
+ses intérêts n'emportât la balance en joignant l'Angleterre à tous
+nos ennemis. L'événement a fait voir, en six semaines, la fausseté
+de tant de raisonnements: ce mariage met une défiance éternelle
+entre l'Angleterre et la Hollande, et toutes deux le regardent
+comme un dessein d'opprimer leur liberté; le parlement
+d'Angleterre attaque les ministres du Roi, pour attaquer ensuite
+sa propre personne; les États de Hollande, lassés de la guerre et
+jaloux de leur liberté, se repentent d'avoir mis leur autorité
+entre les mains d'un jeune homme ambitieux, et héritier présomptif
+de la couronne d'Angleterre; le roi de France, qui a d'abord
+regardé ce mariage comme une nouvelle ligue qui se formait contre
+lui, a su s'en servir pour diviser ses ennemis, et pour se mettre
+en état de prendre la Flandre, s'il n'avait préféré la gloire de
+faire la paix à la gloire de faire de nouvelles conquêtes.
+
+Si le siècle présent n'a pas moins produit d'événements
+extraordinaires que les siècles passés, on conviendra sans doute
+qu'il a le malheureux avantage de les surpasser dans l'excès des
+crimes. La France même, qui les a toujours détestés, qui y est
+opposée par l'humeur de la nation, par la religion, et qui est
+soutenue par les exemples du prince qui règne, se trouve néanmoins
+aujourd'hui le théâtre où l'on voit paraître tout ce que
+l'histoire et la fable nous ont dit des crimes de l'antiquité Les
+vices sont de tous les temps, les hommes sont nés avec de
+l'intérêt, de la cruauté et de la débauche; mais si des personnes
+que tout le monde connaît avaient paru dans les premiers siècles,
+parlerait-on présentement des prostitutions d'Héliogabale, de la
+foi des Grecs et des poisons et des parricides de Médée?
+
+
+Appendice aux événements de ce siècle
+
+
+1. Portrait de Mme de Montespan
+
+
+Diane de Rochechouart est fille du duc de Mortemart et femme du
+marquis de Montespan. Sa beauté est surprenante; son esprit et sa
+conversation ont encore plus de charme que sa beauté. Elle fit
+dessein de plaire au Roi et de l'ôter à La Vallière dont il était
+amoureux. Il négligea longtemps cette conquête, et il en fit même
+des railleries. Deux ou trois années se passèrent sans qu'elle fît
+d'autres progrès que d'être dame du palais attachée
+particulièrement à la Reine, et dans une étroite familiarité avec
+le Roi et La Vallière. Elle ne se rebuta pas néanmoins, et se
+confiant à sa beauté, à son esprit, et aux offices de
+Mme de Montausier, dame d'honneur de la Reine, elle suivit son
+projet sans douter de l'événement. Elle ne s'y est pas trompée:
+ses charmes et le temps détachèrent le Roi de La Vallière, et elle
+se vit maîtresse déclarée. Le marquis de Montespan sentit son
+malheur avec toute la violence d'un homme jaloux. Il s'emporta
+contre sa femme; il reprocha publiquement à Mme de Montausier
+qu'elle l'avait entraînée dans la honte où elle était plongée. Sa
+douleur et son désespoir firent tant d'éclat qu'il fut contraint
+de sortir du royaume pour conserver sa liberté. Mme de Montespan
+eut alors toute la facilité qu'elle désirait, et son crédit n'eut
+plus de bornes. Elle eut un logement particulier dans toutes les
+maisons du Roi; les conseils secrets se tenaient chez elle. La
+Reine céda à sa faveur comme tout le reste de la cour, et non
+seulement il ne lui fut plus permis d'ignorer un amour si public,
+mais elle fut obligée d'en voir toutes les suites sans oser se
+plaindre, et elle dut à Mme de Montespan les marques d'amitié et
+de douceur qu'elle recevait du Roi. Mme de Montespan voulut encore
+que La Vallière fût témoin de son triomphe, qu'elle fût présente
+et auprès d'elle à tous les divertissements publics et
+particuliers; elle la fit entrer dans le secret de la naissance de
+ses enfants dans les temps où elle cachait son état à ses propres
+domestiques. Elle se lassa enfin de la présence de La Vallière
+malgré ses soumissions et ses souffrances, et cette fille simple
+et crédule fut réduite à prendre l'habit de carmélite, moins par
+dévotion que par faiblesse, et on peut dire qu'elle ne quitta le
+monde que pour faire sa cour.
+
+
+2. Portrait du cardinal de Retz
+
+
+Paul de Gondi, cardinal de Retz, a beaucoup d'élévation, d'étendue
+d'esprit, et plus d'ostentation que de vraie grandeur de courage.
+Il a une mémoire extraordinaire, plus de force que de politesse
+dans ses paroles, l'humeur facile, de la docilité et de la
+faiblesse à souffrir les plaintes et les reproches de ses amis,
+peu de piété, quelques apparences de religion. Il paraît ambitieux
+sans l'être; la vanité, et ceux qui l'ont conduit, lui ont fait
+entreprendre de grandes choses presque toutes opposées à sa
+profession; il a suscité les plus grands désordres de l'État sans
+avoir un dessein formé de s'en prévaloir, et bien loin de se
+déclarer ennemi du cardinal Mazarin pour occuper sa place, il n'a
+pensé qu'à lui paraître redoutable, et à se flatter de la fausse
+vanité de lui être opposé. Il a su profiter néanmoins avec
+habileté des malheurs publics pour se faire cardinal; il a
+souffert la prison avec fermeté, et n'a dû sa liberté qu'à sa
+hardiesse. La paresse l'a soutenu avec gloire, durant plusieurs
+années, dans l'obscurité d'une vie errante et cachée. Il a
+conservé l'archevêché de Paris contre la puissance du cardinal
+Mazarin; mais après la mort de ce ministre il s'en est démis sans
+connaître ce qu'il faisait, et sans prendre cette conjoncture pour
+ménager les intérêts de ses amis et les siens propres. Il est
+entré dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augmenté sa
+réputation. Sa pente naturelle est l'oisiveté; il travaille
+néanmoins avec activité dans les affaires qui le pressent, et il
+se repose avec nonchalance quand elles sont finies. Il a une
+présence d'esprit, et il sait tellement tourner à son avantage les
+occasions que la fortune lui offre qu'il semble qu'il les ait
+prévues et désirées. Il aime à raconter; il veut éblouir
+indifféremment tous ceux qui l'écoutent par des aventures
+extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que
+sa mémoire. Il est faux dans la plupart de ses qualités, et ce qui
+a le plus contribué à sa réputation c'est de savoir donner un beau
+jour à ses défauts. Il est insensible à la haine et à l'amitié,
+quelque soin qu'il ait pris de paraître occupé de l'une ou de
+l'autre; il est incapable d'envie ni d'avarice, soit par vertu ou
+par inapplication. Il a plus emprunté de ses amis qu'un
+particulier ne devait espérer de leur pouvoir rendre; il a senti
+de la vanité à trouver tant de crédit, et à entreprendre de
+s'acquitter. Il n'a point de goût ni de délicatesse; il s'amuse à
+tout et ne se plaît à rien; il évite avec adresse de laisser
+pénétrer qu'il n'a qu'une légère connaissance de toutes choses. La
+retraite qu'il vient de faire est la plus éclatante et la plus
+fausse action de sa vie; c'est un sacrifice qu'il fait à son
+orgueil, sous prétexte de dévotion: il quitte la cour, où il ne
+peut s'attacher, et il s'éloigne du monde, qui s'éloigne de lui.
+
+
+3. Remarques sur les commencements de la vie du cardinal de
+Richelieu
+
+
+Monsieur de Luçon, qui depuis a été cardinal de Richelieu, s'étant
+attaché entièrement aux intérêts du maréchal d'Ancre, lui
+conseilla de faire la guerre; mais après lui avoir donné cette
+pensée et que la proposition en fut faite au Conseil, Monsieur de
+Luçon témoigna de la désapprouver et s'y opposa pour ce que
+M. de Nevers, qui croyait que la paix fût avantageuse pour ses
+desseins, lui avait fait offrir le prieuré de La Charité par le P.
+Joseph, pourvu qu'il la fît résoudre au Conseil. Ce changement
+d'opinion de Monsieur de Luçon surprit le maréchal d'Ancre, et
+l'obligea de lui dire avec quelque aigreur qu'il s'étonnait de le
+voir passer si promptement d'un sentiment à un autre tout
+contraire; à quoi Monsieur de Luçon répondit ces propres paroles,
+que les nouvelles rencontres demandent de nouveaux conseils. Mais
+jugeant bien par là qu'il avait déplu au maréchal, il résolut de
+chercher les moyens de le perdre; et un jour que Déageant l'était
+allé trouver pour lui faire signer quelques expéditions, il lui
+dit qu'il avait une affaire importante à communiquer à
+M. de Luynes, et qu'il souhaitait de l'entretenir. Le lendemain,
+M. de Luynes et lui se virent, où Monsieur de Luçon lui dit que le
+maréchal d'Ancre était résolu de le perdre, et que le seul moyen
+de se garantir d'être opprimé par un si puissant ennemi était de
+le prévenir. Ce discours surprit beaucoup M. de Luynes, qui avait
+déjà pris cette résolution, ne sachant si ce conseil, qui lui
+était donné par une créature du maréchal, n'était point un piège
+pour le surprendre et pour lui faire découvrir ses sentiments.
+Néanmoins Monsieur de Luçon lui fit paraître tant de zèle pour le
+service du Roi et un si grand attachement à la ruine du maréchal,
+qu'il disait être le plus grand ennemi de l'État, que
+M. de Luynes, persuadé de sa sincérité, fut sur le point de lui
+découvrir son dessein, et de lui communiquer le projet qu'il avait
+fait de tuer le maréchal; mais s'étant retenu alors de lui en
+parler, il dit à Déageant la conversation qu'ils avaient eue
+ensemble et l'envie qu'il avait de lui faire part de son secret;
+ce que Déageant désapprouva entièrement, et lui fit voir que ce
+serait donner un moyen infaillible à Monsieur de Luçon de se
+réconcilier à ses dépens avec le maréchal, et de se joindre plus
+étroitement que jamais avec lui, en lui découvrant une affaire de
+cette conséquence: de sorte que la chose s'exécuta, et le maréchal
+d'Ancre fut tué sans que Monsieur de Luçon en eût connaissance.
+Mais les conseils qu'il avait donnés à M. de Luynes, et
+l'animosité qu'il lui avait témoigné d'avoir contre le maréchal le
+conservèrent, et firent que le Roi lui commanda de continuer
+d'assister au Conseil, et d'exercer sa charge de secrétaire d'État
+comme il avait accoutumé: si bien qu'il demeura encore quelque
+temps à la cour, sans que la chute du maréchal qui l'avait avancé
+nuisît à sa fortune. Mais, comme il n'avait pas pris les mêmes
+précautions envers les vieux ministres qu'il avait fait auprès de
+M. de Luynes, M. de Villeroy et M. le président Jeannin, qui
+virent par quel biais il entrait dans les affaires, firent
+connaître à M. de Luynes qu'il ne devait pas attendre plus de
+fidélité de lui qu'il en avait témoigné pour le maréchal d'Ancre,
+et qu'il était nécessaire de l'éloigner comme une personne
+dangereuse et qui voulait s'établir par quelques voies que ce pût
+être: ce qui fit résoudre M. de Luynes à lui commander de se
+retirer à Avignon.
+
+Cependant la Reine mère du Roi alla à Blois, et Monsieur de Luçon,
+qui ne pouvait souffrir de se voir privé de toutes ses espérances,
+essaya de renouer avec M. de Luynes et lui fit offrir que, s'il
+lui permettait de retourner auprès de la Reine, qu'il se servirait
+du pouvoir qu'il avait sur son esprit pour lui faire chasser tous
+ceux qui lui étaient désagréables et pour lui faire faire toutes
+les choses que M. de Luynes lui prescrirait. Cette proposition fut
+reçue, et Monsieur de Luçon, retournant, produisit l'affaire du
+Pont-de-Cé, en suite de quoi il fut fait cardinal, et commença
+d'établir les fondements de la grandeur où il est parvenu.
+
+
+4. Le comte d'Harcourt
+
+
+Le soin que la fortune a pris d'élever et d'abattre le mérite des
+hommes est connu dans tous les temps, et il y a mille exemples du
+droit qu'elle s'est donné de mettre le prix à leurs qualités,
+comme les souverains mettent le prix à la monnaie, pour faire voir
+que sa marque leur donne le cours qu'il lui plaît. Si elle s'est
+servie des talents extraordinaires de Monsieur le Prince et de
+M. de Turenne pour les faire admirer, il paraît qu'elle a respecté
+leur vertu et que, tout injuste qu'elle est, elle n'a pu se
+dispenser de leur faire justice. Mais on peut dire qu'elle veut
+montrer toute l'étendue de son pouvoir lorsqu'elle choisit des
+sujets médiocres pour les égaler aux plus grands hommes. Ceux qui
+ont connu le comte d'Harcourt conviendront de ce que je dis, et
+ils le regarderont comme un chef-d'oeuvre de la fortune, qui a
+voulu que la postérité le jugeât digne d'être comparé dans la
+gloire des armes aux plus célèbres capitaines. Ils lui verront
+exécuter heureusement les plus difficiles et les plus glorieuses
+entreprises. Les succès des îles Sainte-Marguerite, de Casal, le
+combat de la Route, le siège de Turin, les batailles gagnées en
+Catalogne, une si longue suite de victoires étonneront les siècles
+à venir. La gloire du comte d'Harcourt sera en balance avec celle
+de Monsieur le Prince et de M. de Turenne, malgré les distances
+que la nature a mises entre eux; elle aura un même rang dans
+l'histoire, et on n'osera refuser à son mérite ce que l'on sait
+présentement qui n'est dû qu'à sa seule fortune.
+
+
+Portrait de La Rochefoucauld par lui-même
+
+Portrait de M.R.D. fait par lui-même
+
+Je suis d'une taille médiocre, libre et bien proportionnée. J'ai
+le teint brun mais assez uni, le front élevé et d'une raisonnable
+grandeur, les yeux noirs, petits et enfoncés, et les sourcils
+noirs et épais, mais bien tournés. Je serais fort empêché à dire
+de quelle sorte j'ai le nez fait, car il n'est ni camus ni
+aquilin, ni gros ni pointu, au moins à ce que je crois. Tout ce
+que je sais, c'est qu'il est plutôt grand que petit, et qu'il
+descend un peu trop en bas. J'ai la bouche grande, et les lèvres
+assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillées. J'ai les
+dents blanches, et passablement bien rangées. On m'a dit autrefois
+que j'avais un peu trop de menton: je viens de me tâter et de me
+regarder dans le miroir pour savoir ce qui en est, et je ne sais
+pas trop bien qu'en juger. Pour le tour du visage, je l'ai ou
+carré ou en ovale; lequel des deux, il me serait fort difficile de
+le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec
+cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle
+tête. J'ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine; cela
+fait croire à la plupart des gens que je suis méprisant, quoique
+je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort aisée, et même un
+peu trop, et jusques à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà
+naïvement comme je pense que je suis fait au dehors, et l'on
+trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n'est pas
+fort éloigné de ce qui en est. J'en userai avec la même fidélité
+dans ce qui me reste à faire de mon portrait; car je me suis assez
+étudié pour me bien connaître, et je ne manque ni d'assurance pour
+dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualités, ni de
+sincérité pour avouer franchement ce que j'ai de défauts.
+Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mélancolique, et
+je le suis à un point que depuis trois ou quatre ans à peine
+m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. J'aurais pourtant, ce me
+semble, une mélancolie assez supportable et assez douce, si je
+n'en avais point d'autre que celle qui me vient de mon
+tempérament; mais il m'en vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en
+vient me remplir de telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort
+l'esprit, que la plupart du temps ou je rêve sans dire mot ou je
+n'ai presque point d'attache à ce que je dis. Je suis fort
+resserré avec ceux que je ne connais pas, et je ne suis pas même
+extrêmement ouvert avec la plupart de ceux que je connais. C'est
+un défaut, je le sais bien, et je ne négligerai rien pour m'en
+corriger; mais comme un certain air sombre que j'ai dans le visage
+contribue à me faire paraître encore plus réservé que je ne le
+suis, et qu'il n'est pas en notre pouvoir de nous défaire d'un
+méchant air qui nous vient de la disposition naturelle des traits,
+je pense qu'après m'être corrigé au dedans, il ne laissera pas de
+me demeurer toujours de mauvaises marques au dehors. J'ai de
+l'esprit et je ne fais point difficulté de le dire; car à quoi bon
+façonner là-dessus? Tant biaiser et tant apporter d'adoucissement
+pour dire les avantages que l'on a, c'est, ce me semble, cacher un
+peu de vanité sous une modestie apparente et se servir d'une
+manière bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de
+bien que l'on n'en dit. Pour moi, je suis content qu'on ne me
+croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleure humeur que je
+me dépeins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je dirai que
+je le suis. J'ai donc de l'esprit, encore une fois, mais un esprit
+que la mélancolie gâte; car, encore que je possède assez bien ma
+langue, que j'aie la mémoire heureuse, et que je ne pense pas les
+choses fort confusément, j'ai pourtant une si forte application à
+mon chagrin que souvent j'exprime assez mal ce que je veux dire.
+La conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me
+touchent le plus. J'aime qu'elle soit sérieuse et que la morale en
+fasse la plus grande partie; cependant je sais la goûter aussi
+quand elle est enjouée, et si je n'y dis pas beaucoup de petites
+choses pour rire, ce n'est pas du moins que je ne connaisse bien
+ce que valent les bagatelles bien dites, et que je ne trouve fort
+divertissante cette manière de badiner où il y a certains esprits
+prompts et aisés qui réussissent si bien. J'écris bien en prose,
+je fais bien en vers, et si j'étais sensible à la gloire qui vient
+de ce côté-là, je pense qu'avec peu de travail je pourrais
+m'acquérir assez de réputation. J'aime la lecture en général;
+celle où il se trouve quelque chose qui peut façonner l'esprit et
+fortifier l'âme est celle que j'aime le plus. Surtout, j'ai une
+extrême satisfaction à lire avec une personne d'esprit; car de
+cette sorte on réfléchit à tous moments sur ce qu'on lit, et des
+réflexions que l'on fait il se forme une conversation la plus
+agréable du monde, et la plus utile. Je juge assez bien des
+ouvrages de vers et de prose que l'on me montre; mais j'en dis
+peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. Ce qu'il y a
+encore de mal en moi, c'est que j'ai quelquefois une délicatesse
+trop scrupuleuse, et une critique trop sévère. Je ne hais pas à
+entendre disputer, et souvent aussi je me mêle assez volontiers
+dans la dispute: mais je soutiens d'ordinaire mon opinion avec
+trop de chaleur et lorsqu'on défend un parti injuste contre moi,
+quelquefois, à force de me passionner pour celui de la raison, je
+deviens moi-même fort peu raisonnable. J'ai les sentiments
+vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'être
+tout à fait honnête homme que mes amis ne me sauraient faire un
+plus grand plaisir que de m'avertir sincèrement de mes défauts.
+Ceux qui me connaissent un peu particulièrement et qui ont eu la
+bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus savent que je
+les ai toujours reçus avec toute la joie imaginable, et toute la
+soumission d'esprit que l'on saurait désirer. J'ai toutes les
+passions assez douces et assez réglées: on ne m'a presque jamais
+vu en colère et je n'ai jamais eu de haine pour personne. Je ne
+suis pas pourtant incapable de me venger, si l'on m'avait offensé,
+et qu'il y allât de mon honneur à me ressentir de l'injure qu'on
+m'aurait faite. Au contraire je suis assuré que le devoir ferait
+si bien en moi l'office de la haine que je poursuivrais ma
+vengeance avec encore plus de vigueur qu'un autre. L'ambition ne
+me travaille point. Je ne crains guère de choses, et ne crains
+aucunement la mort. Je suis peu sensible à la pitié, et je
+voudrais ne l'y être point du tout. Cependant il n'est rien que je
+ne fisse pour le soulagement d'une personne affligée, et je crois
+effectivement que l'on doit tout faire, jusques à lui témoigner
+même beaucoup de compassion de son mal, car les misérables sont si
+sots que cela leur fait le plus grand bien du monde; mais je tiens
+aussi qu'il faut se contenter d'en témoigner, et se garder
+soigneusement d'en avoir. C'est une passion qui n'est bonne à rien
+au-dedans d'une âme bien faite, qui ne sert qu'à affaiblir le
+coeur et qu'on doit laisser au peuple qui, n'exécutant jamais rien
+par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les
+choses. J'aime mes amis, et je les aime d'une façon que je ne
+balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs; j'ai
+de la condescendance pour eux, je souffre patiemment leurs
+mauvaises humeurs et j'en excuse facilement toutes choses;
+seulement je ne leur fais pas beaucoup de caresses, et je n'ai pas
+non plus de grandes inquiétudes en leur absence. J'ai
+naturellement fort peu de curiosité pour la plus grande partie de
+tout ce qui en donne aux autres gens. Je suis fort secret, et j'ai
+moins de difficulté que personne à taire ce qu'on m'a dit en
+confidence. Je suis extrêmement régulier à ma parole; je n'y
+manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j'ai
+promis et je m'en suis fait toute ma vie une loi indispensable.
+J'ai une civilité fort exacte parmi les femmes, et je ne crois pas
+avoir jamais rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la
+peine. Quand elles ont l'esprit bien fait, j'aime mieux leur
+conversation que celle des hommes: on y trouve une certaine
+douceur qui ne se rencontre point parmi nous, et il me semble
+outre cela qu'elles s'expliquent avec plus de netteté et qu'elles
+donnent un tour plus agréable aux choses qu'elles disent. Pour
+galant, je l'ai été un peu autrefois; présentement je ne le suis
+plus, quelque jeune que je sois. J'ai renoncé aux fleurettes et je
+m'étonne seulement de ce qu'il y a encore tant d'honnêtes gens qui
+s'occupent à en débiter. J'approuve extrêmement les belles
+passions: elles marquent la grandeur de l'âme, et quoique dans les
+inquiétudes qu'elles donnent il y ait quelque chose de contraire à
+la sévère sagesse, elles s'accommodent si bien d'ailleurs avec la
+plus austère vertu que je crois qu'on ne les saurait condamner
+avec justice. Moi qui connais tout ce qu'il y a de délicat et de
+fort dans les grands sentiments de l'amour, si jamais je viens à
+aimer, ce sera assurément de cette sorte; mais, de la façon dont
+je suis, je ne crois pas que cette connaissance que j'ai me passe
+jamais de l'esprit au coeur.
+
+Documents relatifs à la genèse des maximes
+
+
+Avis au lecteur
+
+Voici un portrait du coeur de l'homme que je donne au public, sous
+le nom de Réflexions ou Maximes morales. Il court fortune de ne
+plaire pas à tout le monde, parce qu'on trouvera peut-être qu'il
+ressemble trop, et qu'il ne flatte pas assez. Il y a apparence que
+l'intention du peintre n'a jamais été de faire paraître cet
+ouvrage, et qu'il serait encore renfermé dans son cabinet si une
+méchante copie qui en a couru, et qui a passé même depuis quelque
+temps en Hollande, n'avait obligé un de ses amis de m'en donner
+une autre, qu'il dit être tout à fait conforme à l'original; mais
+toute correcte qu'elle est, possible n'évitera-t-elle pas la
+censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l'on se
+mêle de pénétrer dans le fond de leur coeur, et qui croient être
+en droit d'empêcher que les autres les connaissent, parce qu'elles
+ne veulent pas se connaître elles-mêmes. Il est vrai que, comme
+ces Maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l'orgueil
+humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne
+se soulève contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs.
+Aussi est-ce pour eux que je mets ici une Lettre que l'on m'a
+donné, qui a été faite depuis que le manuscrit a paru, et dans le
+temps que chacun se mêlait d'en dire son avis. Elle m'a semblé
+assez propre pour répondre aux principales difficultés que l'on
+peut opposer aux Réflexions, et pour expliquer les sentiments de
+leur auteur. Elle suffit pour faire voir que ce qu'elles
+contiennent n'est autre chose que l'abrégé d'une morale conforme
+aux pensées de plusieurs Pères de l'Église, et que celui qui les a
+écrites a eu beaucoup de raison de croire qu'il ne pouvait
+s'égarer en suivant de si bons guides, et qu'il lui était permis
+de parler de l'homme comme les Pères en ont parlé. Mais si le
+respect qui leur est dû n'est pas capable de retenir le chagrin
+des critiques, s'ils ne font point de scrupule de condamner
+l'opinion de ces grands hommes en condamnant ce livre, je prie le
+lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entraîner son
+esprit au premier mouvement de son coeur, et de donner ordre, s'il
+est possible, que l'amour-propre ne se mêle point dans le jugement
+qu'il en fera; car il le consulte, il ne faut pas s'attendre qu'il
+puisse être favorable à ces Maximes: comme elles traitent
+l'amour-propre de corrupteur de la raison, il ne manquera pas de
+prévenir l'esprit contre elles. Il faut donc prendre garde que cette
+prévention ne les justifie, et se persuader qu'il n'y a rien de
+plus propre à établir la vérité de ces Réflexions que la chaleur
+et la subtilité que l'on témoignera pour les combattre. En effet
+il sera difficile de faire croire à tout homme de bon sens que
+l'on les condamne par d'autre motif que par celui de l'intérêt
+caché, de l'orgueil et de l'amour-propre. En un mot, le meilleur
+parti que le lecteur ait à prendre est de se mettre d'abord dans
+l'esprit qu'il n'y a aucune de ces maximes qui le regarde en
+particulier, et qu'il en est seul excepté, bien qu'elles
+paraissent générales; après cela, je lui réponds qu'il sera le
+premier à y souscrire, et qu'il croira qu'elles font encore grâce
+au coeur humain. Voilà ce que j'avais à dire sur cet écrit en
+général. Pour ce qui est de la méthode que l'on y eût pu observer,
+je crois qu'il eût été à désirer que chaque maxime eût eu un titre
+du sujet qu'elle traite, et qu'elles eussent été mises dans un
+plus grand ordre; mais je ne l'ai pu faire sans renverser
+entièrement celui de la copie qu'on m'a donnée; et comme il y a
+plusieurs maximes sur une même matière, ceux à qui j'en ai demandé
+avis ont jugé qu'il était plus expédient de faire une table à
+laquelle on aura recours pour trouver celles qui traitent d'une
+même chose.
+
+
+Discours sur les réflexions ou sentences et maximes morales
+
+Monsieur,
+
+Je ne saurais vous dire au vrai si les Réflexions morales sont de
+M.***, quoiqu'elles soient écrites d'une manière qui semble
+approcher de la sienne; mais en ces occasions-là je me défie
+presque toujours de l'opinion publique, et c'est assez qu'elle lui
+en ait fait un présent pour me donner une juste raison de n'en
+rien croire. Voilà de bonne foi tout ce que je vous puis répondre
+sur la première chose que vous me demandez. Et pour l'autre, si
+vous n'aviez bien du pouvoir sur moi, vous n'en auriez guère plus
+de contentement; car un homme prévenu, au point que je le suis,
+d'estime pour cet ouvrage n'a pas toute la liberté qu'il faut pour
+en bien juger. Néanmoins, puisque vous me l'ordonnez, je vous en
+dirai mon avis, sans vouloir m'ériger autrement en faiseur de
+dissertations, et sans y mêler en aucune façon l'intérêt de celui
+que l'on croit avoir fait cet écrit. Il est aisé de voir d'abord
+qu'il n'était pas destiné pour paraître au jour, mais seulement
+pour la satisfaction d'une personne qui, à mon avis, n'aspire pas
+à la gloire d'être auteur; et si par hasard c'était M.***, je puis
+vous dire que sa réputation est établie dans le monde par tant de
+meilleurs titres qu'il n'aurait pas moins de chagrin de savoir que
+ces Réflexions sont devenues publiques qu'il en eut lorsque les
+Mémoires qu'on lui attribue furent imprimés. Mais vous savez,
+Monsieur, l'empressement qu'il y a dans le siècle pour publier
+toutes les nouveautés, et s'il y a moyen de l'empêcher quand on le
+voudrait, surtout celles qui courent sous des noms qui les rendent
+recommandables. Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur: les noms
+font valoir les choses auprès de ceux qui n'en sauraient connaître
+le véritable prix; celui des Réflexions est connu de peu de gens,
+quoique plusieurs se soient mêlés d'en dire leur avis. Pour moi,
+je ne me pique pas d'être assez délicat et assez habile pour en
+bien juger; je dis habile et délicat, parce que je tiens qu'il
+faut être pour cela l'un et l'autre; et quand je me pourrais
+flatter de l'être, je m'imagine que j'y trouverais peu de choses à
+changer. J'y rencontre partout de la force et de la pénétration,
+des pensées élevées et hardies, le tour de l'expression noble, et
+accompagné d'un certain air de qualité qui n'appartient pas à tous
+ceux qui se mêlent d'écrire. Je demeure d'accord qu'on n'y
+trouvera pas tout l'ordre ni tout l'art que l'on y pourrait
+souhaiter, et qu'un savant qui aurait un plus grand loisir y
+aurait pu mettre plus d'arrangement; mais un homme qui n'écrit que
+pour soi, et pour délasser son esprit, qui écrit les choses à
+mesure qu'elles lui viennent dans la pensée, n'affecte pas tant de
+suivre les règles que celui qui écrit de profession, qui s'en fait
+une affaire, et qui songe à s'en faire honneur. Ce désordre
+néanmoins a ses grâces, et des grâces que l'art ne peut imiter. Je
+ne sais pas si vous êtes de mon goût, mais quand les savants m'en
+devraient vouloir du mal, je ne puis m'empêcher de dire que je
+préférerai toute ma vie la manière d'écrire négligée d'un
+courtisan qui a de l'esprit à la régularité gênée d'un docteur qui
+n'a jamais rien vu que ses livres. Plus ce qu'il dit et ce qu'il
+écrit paraît aisé, et dans un certain air d'un homme qui se
+néglige, plus cette négligence, qui cache l'art sous une
+expression simple et naturelle, lui donne d'agrément. C'est de
+Tacite que je tiens ceci, je vous mets à la marge le passage
+latin, que vous lirez si vous en avez envie; et j'en userai de
+même de tous ceux dont je me souviendrai, n'étant pas assuré si
+vous aimez cette langue qui n'entre guère dans le commerce du
+grand monde, quoique je sache que vous l'entendez parfaitement.
+N'est-il pas vrai, Monsieur, que cette justesse recherchée avec
+trop d'étude a toujours un je ne sais quoi de contraint qui donne
+du dégoût, et qu'on ne trouve jamais dans les ouvrages de ces gens
+esclaves des règles ces beautés où l'art se déguise sous les
+apparences du naturel, ce don d'écrire facilement et noblement,
+enfin ce que le Tasse a dit du palais d'Armide:
+
+_Stimi (si misto il culto è col negletto),_
+_Sol naturali gli ornamenti e i siti._
+_Di natura arte par, che per diletto_
+_L'imitatrice sua scherzando imiti._
+
+Voilà comme un poète français l'a pensé après lui.
+L'artifice n'a point de part
+Dans cette admirable structure;
+La nature, en formant tous les traits au hasard,
+Sait si bien imiter la justesse de l'art
+Que l'oeil, trompé d'une douce imposture,
+Croit que c'est l'art qui suit l'ordre de la nature.
+
+Voilà ce que je pense de l'ouvrage en général; mais je vois bien
+que ce n'est pas assez pour vous satisfaire, et que vous voulez
+que je réponde plus précisément aux difficultés que vous me dites
+que l'on vous a faites. Il me semble que la première est celle-ci:
+que les Réflexions détruisent toutes les vertus. On peut dire à
+cela que l'intention de celui qui les a écrites paraît fort
+éloignée de les vouloir détruire; il prétend seulement faire voir
+qu'il n'y en a presque point de pures dans le monde, et que dans
+la plupart de nos actions il y a un mélange d'erreur et de vérité,
+de perfection et d'imperfection, de vice et de vertu; il regarde
+le coeur de l'homme corrompu, attaqué de l'orgueil et de l'amour-propre,
+et environné de mauvais exemples comme le commandant d'une ville
+assiégée à qui l'argent a manqué: il fait de la monnaie de
+cuir, et de carton; cette monnaie a la figure de la bonne, on la
+débite pour le même prix, mais ce n'est que la misère et le besoin
+qui lui donnent cours parmi les assiégés. De même la plupart des
+actions des hommes que le monde prend pour des vertus n'en ont
+bien souvent que l'image et la ressemblance. Elles ne laissent pas
+néanmoins d'avoir leur mérite et d'être dignes en quelque sorte de
+notre estime, étant très difficile d'en avoir humainement de
+meilleures. Mais quand il serait vrai qu'il croirait qu'il n'y en
+aurait aucune de véritable dans l'homme, en le considérant dans un
+état purement naturel, il ne serait pas le premier qui aurait eu
+cette opinion. Si je ne craignais pas de m'ériger trop en docteur,
+je vous citerais bien des auteurs, et même des Pères de l'Église,
+et de grands saints, qui ont pensé que l'amour-propre et l'orgueil
+étaient l'âme des plus belles actions des païens. Je vous ferais
+voir que quelques-uns d'entre eux n'ont pas même pardonné à la
+chasteté de Lucrèce, que tout le monde avait crue vertueuse
+jusqu'à ce qu'ils eussent découvert la fausseté de cette vertu,
+qui avait produit la liberté de Rome, et qui s'était attiré
+l'admiration de tant de siècles. Pensez-vous, Monsieur, que
+Sénèque, qui faisait aller son sage de pair avec les dieux, fût
+véritablement sage lui-même, et qu'il fût bien persuadé de ce
+qu'il voulait persuader aux autres? Son orgueil n'a pu l'empêcher
+de dire quelquefois qu'on n'avait point vu dans le monde d'exemple
+de l'idée qu'il proposait, qu'il était impossible de trouver une
+vertu si achevée parmi les hommes, et que le plus parfait d'entre
+eux était celui qui avait le moins de défauts. Il demeure d'accord
+que l'on peut reprocher à Socrate d'avoir eu quelques amitiés
+suspectes; à Platon et Aristote, d'avoir été avares; à Épicure,
+prodigue et voluptueux; mais il s'écrie en même temps que nous
+serions trop heureux d'être parvenus à savoir imiter leurs vices.
+Ce philosophe aurait eu raison d'en dire autant des siens, car on
+ne serait pas trop malheureux de pouvoir jouir comme il a fait de
+toute sorte de biens, d'honneurs et de plaisirs, en affectant de
+les mépriser; de se voir le maître de l'empire, et de l'empereur,
+et l'amant de l'impératrice en même temps; d'avoir de superbes
+palais, des jardins délicieux, et de prêcher, aussi à son aise
+qu'il faisait, la modération, et la pauvreté, au milieu de
+l'abondance, et des richesses. Pensez-vous, Monsieur, que ce
+stoïcien qui contrefaisait si bien le maître de ses passions eut
+d'autres vertus que celle de bien cacher ses vices, et qu'en se
+faisant couper les veines il ne se repentit pas plus d'une fois
+d'avoir laissé à son disciple le pouvoir de le faire mourir?
+Regardez un peu de près ce faux brave: vous verrez qu'en faisant
+de beaux raisonnements sur l'immortalité de l'âme, il cherche à
+s'étourdir sur la crainte de la mort; il ramasse toutes ses forces
+pour faire bonne mine; il se mord la langue de peur de dire que la
+douleur est un mal; il prétend que la raison peut rendre l'homme
+impassible, et au lieu d'abaisser son orgueil il le relève
+au-dessus de la divinité. Il nous aurait bien plus obligés de nous
+avouer franchement les faiblesses et la corruption du coeur
+humain, que de prendre tant de peine à nous tromper. L'auteur des
+Réflexions n'en fait pas de même: il expose au jour toutes les
+misères de l'homme. Mais c'est de l'homme abandonné à sa conduite
+qu'il parle, et non pas du chrétien. Il fait voir que, malgré tous
+les efforts de sa raison, l'orgueil et l'amour-propre ne laissent
+pas de se cacher dans les replis de son coeur, d'y vivre et d'y
+conserver assez de forces pour répandre leur venin sans qu'il s'en
+aperçoive dans la plupart de ses mouvements.
+
+La seconde difficulté que l'on vous a faite, et qui a beaucoup de
+rapport à la première, est que les Réflexions passent dans le
+monde pour des subtilités d'un censeur qui prend en mauvaise part
+les actions les plus indifférentes, plutôt que pour des vérités
+solides. Vous me dites que quelques-uns de vos amis vont ont
+assuré de bonne foi qu'ils savaient, par leur propre expérience,
+que l'on fait quelquefois le bien sans avoir d'autre vue que celle
+du bien, et souvent même sans en avoir aucune, ni pour le bien, ni
+pour le mal, mais par une droiture naturelle du coeur, qui le
+porte sans y penser vers ce qui est bon. Je voudrais qu'il me fût
+permis de croire ces gens-là sur leur parole, et qu'il fût vrai
+que la nature humaine n'eût que des mouvements raisonnables, et
+que toutes nos actions fussent naturellement vertueuses; mais,
+Monsieur, comment accorderons-nous le témoignage de vos amis avec
+les sentiments des mêmes Pères de l'Église, qui ont assuré que
+toutes nos vertus, sans le secours de la foi, n'étaient que des
+imperfections; que notre volonté était née aveugle; que ses désirs
+étaient aveugles, sa conduite encore plus aveugle, et qu'il ne
+fallait pas s'étonner si, parmi tant d'aveuglement, l'homme était
+dans un égarement continuel? Il en ont parlé encore plus
+fortement, car ils ont dit qu'en cet état la prudence de l'homme
+ne pénétrait dans l'avenir et n'ordonnait rien que par rapport à
+l'orgueil; que sa tempérance ne modérait aucun excès que celui que
+l'orgueil avait condamné; que sa constance ne se soutenait dans
+les malheurs qu'autant qu'elle était soutenue par l'orgueil; et
+enfin que toutes ses vertus, avec cet éclat extérieur de mérite
+qui les faisait admirer, n'avaient pour but que cette admiration,
+l'amour d'une vaine gloire, et l'intérêt de l'orgueil. On
+trouverait un nombre presque infini d'autorités sur cette opinion;
+mais si je m'engageais à vous les citer régulièrement, j'en aurais
+un peu plus de peine, et vous n'en auriez pas plus de plaisir. Je
+pense donc que le meilleur, pour vous et pour moi, sera de vous en
+faire voir l'abrégé dans six vers d'un excellent poète de notre
+temps:
+
+Si le jour de la foi n'éclaire la raison,
+Notre goût dépravé tourne tout en poison;
+Toujours de notre orgueil la subtile imposture
+Au bien qu'il semble aimer fait changer de nature;
+Et dans le propre amour dont l'homme est revêtu,
+Il se rend criminel même par sa vertu.
+
+S'il faut néanmoins demeurer d'accord que vos amis ont le don de
+cette foi vive qui redresse toutes les mauvaises inclinations de
+l'amour-propre, si Dieu leur fait des grâces extraordinaires, s'il
+les sanctifie dès ce monde, je souscris de bon coeur à leur
+canonisation, et je leur déclare que les Réflexions morales ne les
+regardent point. Il n'y a pas d'apparence que celui qui les a
+écrites en veuille à la vertu des saints; il ne s'adresse, comme
+je vous ai dit, qu'à l'homme corrompu, il soutient qu'il fait
+presque toujours du mal quand son amour-propre le flatte qu'il
+fait le bien, et qu'il se trompe souvent lorsqu'il veut juger de
+lui-même, parce que la nature ne se déclare pas en lui sincèrement
+des motifs qui le font agir. Dans cet état malheureux où l'orgueil
+est l'âme de tous ses mouvements, les saints mêmes sont les
+premiers à lui déclarer la guerre, et le traitent plus mal sans
+comparaison que ne fait l'auteur des Réflexions. S'il vous prend
+quelque jour envie de voir les passages que j'ai trouvés dans
+leurs écrits sur ce sujet, vous serez aussi persuadé que je le
+suis de cette vérité; mais je vous supplie de vous contenter à
+présent de ces vers, qui vous expliqueront une partie de ce qu'ils
+ont pensé:
+
+Le désir des honneurs, des biens, et des délices,
+Produit seul ses vertus, comme il produit ses vices,
+Et l'aveugle intérêt qui règne dans son coeur,
+Va d'objet en objet, et d'erreur en erreur;
+
+Le nombre de ses maux s'accroît par leur remède;
+Au mal qui se guérit un autre mal succède;
+Au gré de ce tyran dont l'empire est caché,
+Un péché se détruit par un autre péché.
+
+Montaigne, que j'ai quelque scrupule de vous citer après des Pères
+de l'Église, dit assez heureusement sur ce même sujet que son âme
+a deux visages différents, qu'elle a beau se replier sur elle-même,
+elle n'aperçoit jamais que celui que l'amour-propre a déguisé,
+pendant que l'autre se découvre par ceux qui n'ont point
+de part à ce déguisement. Si j'osais enchérir sur une métaphore si
+hardie, je dirais que l'homme corrompu est fait comme ces
+médailles qui représentent la figure d'un saint et celle d'un
+démon dans une seule face et par les mêmes traits. Il n'y a que la
+diverse situation de ceux qui la regardent qui change l'objet;
+l'un voit le saint, et l'autre voit le démon. Ces comparaisons
+nous font assez comprendre que, quand l'amour-propre a séduit le
+coeur, l'orgueil aveugle tellement la raison, et répand tant
+d'obscurité dans toutes ses connaissances, qu'elle ne peut juger
+du moindre de nos mouvements, ni former d'elle-même aucun discours
+assuré pour notre conduite. Les hommes, dit Horace, sont sur la
+terre comme une troupe de voyageurs, que la nuit a surpris en
+passant dans une forêt: ils marchent sur la foi d'un guide qui les
+égare aussitôt, ou par malice, ou par ignorance, chacun d'eux se
+met en peine de retrouver le chemin; ils prennent tous diverses
+routes, et chacun croit suivre la bonne; plus il le croit, et plus
+il s'en écarte. Mais quoique leurs égarements soient différents,
+ils n'ont pourtant qu'une même cause: c'est le guide qui les a
+trompés, et l'obscurité de la nuit qui les empêche de se
+redresser. Peut-on mieux dépeindre l'aveuglement et les
+inquiétudes de l'homme abandonné à sa propre conduite, qui
+n'écoute que les conseils de son orgueil, qui croit aller
+naturellement droit au bien, et qui s'imagine toujours que le
+dernier qu'il recherche est le meilleur? N'est-il pas vrai que,
+dans le temps qu'il se flatte de faire des actions vertueuses,
+c'est alors que l'égarement de son coeur est plus dangereux? Il y
+a un si grand nombre de roues qui composent le mouvement de cette
+horloge, et le principe en est si caché, qu'encore que nous
+voyions ce que marque la montre, nous ne savons pas quel est le
+ressort qui conduit l'aiguille sur toutes les heures du cadran.
+
+La troisième difficulté que j'ai à résoudre est que beaucoup de
+personnes trouvent de l'obscurité dans le sens et dans
+l'expression de ces réflexions. L'obscurité, comme vous savez,
+Monsieur, ne vient pas toujours de la faute de celui qui écrit.
+Les Réflexions, ou si vous voulez les Maximes et les Sentences,
+comme le monde a nommé celles-ci, doivent être écrites dans un
+style serré, qui ne permet pas de donner aux choses toute la
+clarté qui serait à désirer. Ce sont les premiers traits du
+tableau: les yeux habiles y remarquent bien toute la finesse de
+l'art et la beauté de la pensée du peintre; mais cette beauté
+n'est pas faite pour tout le monde, et quoique ces traits ne
+soient point remplis de couleurs, ils n'en sont pas moins des
+coups de maître. Il faut donc se donner le loisir de pénétrer le
+sens et la force des paroles, il faut que l'esprit parcoure toute
+l'étendue de leur signification avant que de se reposer pour en
+former le jugement.
+
+La quatrième difficulté est, ce me semble, que les Maximes sont
+presque partout trop générales. On vous a dit qu'il est injuste
+d'étendre sur tout le genre humain des défauts qui ne se trouvent
+qu'en quelques hommes. Je sais, outre ce que vous me mandez des
+différents sentiments que vous en avez entendus, ce que l'on
+oppose d'ordinaire à ceux qui découvrent et qui condamnent les
+vices: on appelle leur censure le portrait du peintre; on dit
+qu'ils sont comme les malades de la jaunisse, qu'ils voient tout
+jaune parce qu'ils le sont eux-mêmes. Mais s'il était vrai que,
+pour censurer la corruption du coeur en général, il fallût la
+ressentir en particulier plus qu'un autre, il faudrait aussi
+demeurer d'accord que ces philosophes, dont Diogène de Laërce nous
+rapporte les sentences, étaient les hommes les plus corrompus de
+leur siècle, il faudrait faire le procès à la mémoire de Caton, et
+croire que c'était le plus méchant homme de la république, parce
+qu'il censurait les vices de Rome. Si cela est, Monsieur, je ne
+pense pas que l'auteur des Réflexions, quel qu'il puisse être,
+trouve rien à redire au chagrin de ceux qui le condamneront,
+quand, à la religion près, on ne le croira pas plus homme de bien,
+ni plus sage que Caton. Je dirai encore, pour ce qui regarde les
+termes que l'on trouve trop généraux, qu'il est difficile de les
+restreindre dans les sentences sans leur ôter tout le sel et toute
+la force; il me semble, outre cela, que l'usage nous fait voir que
+sous des expressions générales l'esprit ne laisse pas de
+sous-entendre de lui-même des restrictions. Par exemple, quand on
+dit: Tout Paris fut au-devant du Roi, toute la cour est dans la joie,
+ces façons de parler ne signifient néanmoins que la plus grande
+partie. Si vous croyez que ces raisons ne suffisent pas pour
+fermer la bouche aux critiques, ajoutons-y que quand on se
+scandalise si aisément des termes d'une censure générale, c'est à
+cause qu'elle nous pique trop vivement dans l'endroit le plus
+sensible du coeur.
+
+Néanmoins il est certain que nous connaissons, vous et moi, bien
+des gens qui ne se scandalisent pas de celle des Réflexions,
+j'entends de ceux qui ont l'hypocrisie en aversion, et qui avouent
+de bonne foi ce qu'ils sentent en eux-mêmes et ce qu'ils
+remarquent dans les autres. Mais peu de gens sont capables d'y
+penser, ou s'en veulent donner la peine, et si par hasard ils y
+pensent, ce n'est jamais sans se flatter. Souvenez-vous, s'il vous
+plaît, de la manière dont notre ami Guarini traite ces gens-là:
+
+_Huomo sono, e mi preggio d'esser humano:_
+
+_E teco, che sei huomo._
+_E ch'altro esser non puoi,_
+_Come huomo parlo di cosa humana._
+_E se di cotal nome forse ti sdegni,_
+_Guarda, garzon superbo,_
+_Che, nel dishumanarti,_
+_Non divenghi una fiera, anzi ch'un dio._
+
+Voilà, Monsieur, comme il faut parler de l'orgueil de la nature
+humaine; et au lieu de se fâcher contre le miroir qui nous fait
+voir nos défauts, au lieu de savoir mauvais gré à ceux qui nous
+les découvrent, ne vaudrait-il pas mieux nous servir des lumières
+qu'ils nous donnent pour connaître l'amour-propre et l'orgueil, et
+pour nous garantir des surprises continuelles qu'ils font à notre
+raison? Peut-on jamais donner assez d'aversion pour ces deux
+vices, qui furent les causes funestes de la révolte de notre
+premier père, ni trop décrier ces sources malheureuses de toutes
+nos misères?
+
+Que les autres prennent donc comme ils voudront les Réflexions
+morales. Pour moi je les considère comme peinture ingénieuse de
+toutes les singeries du faux sage; il me semble que, dans chaque
+trait, l'amour de la vérité lui ôte le masque, et le montre tel
+qu'il est. Je les regarde comme des leçons d'un maître qui entend
+parfaitement l'art de connaître les hommes, qui démêle
+admirablement bien tous les rôles qu'ils jouent dans le monde, et
+qui non seulement nous fait prendre garde aux différents
+caractères des personnages du théâtre, mais encore qui nous fait
+voir, en levant un coin du rideau, que cet amant et ce roi de la
+comédie sont les mêmes acteurs qui font le docteur et le bouffon
+dans la farce. Je vous avoue que je n'ai rien lu de notre temps
+qui m'ait donné plus de mépris pour l'homme, et plus de honte à ma
+propre vanité. Je pense toujours trouver à l'ouverture du livre
+quelque ressemblance aux mouvements secrets de mon coeur; je me
+tâte moi-même pour examiner s'il dit vrai, et je trouve qu'il le
+dit presque toujours, et de moi et des autres, plus qu'on ne
+voudrait. D'abord j'en ai quelque dépit, je rougis quelquefois de
+voir qu'il ait deviné, mais je sens bien, à force de le lire, que
+si je n'apprends à devenir plus sage, j'apprends au moins à
+connaître que je ne le suis pas; j'apprends enfin, par l'opinion
+qu'il me donne de moi-même, à ne me répandre pas sottement dans
+l'admiration de toutes ces vertus dont l'éclat nous saute aux
+yeux. Les hypocrites passent mal leur temps à la lecture d'un
+livre comme celui-là. Défiez-vous donc, Monsieur, de ceux qui vous
+en diront du mal, et soyez assuré qu'ils n'en disent que parce
+qu'ils sont au désespoir de voir révéler des mystères qu'ils
+voudraient pouvoir cacher toute leur vie aux autres et à eux-mêmes.
+
+En ne voulant vous faire qu'une lettre, je me suis engagé
+insensiblement à vous écrire un grand discours; appelez-le comme
+vous voudrez, ou discours ou lettre, il ne m'importe, pourvu que
+vous en soyez content, et que vous me fassiez l'honneur de me
+croire,
+
+MONSIEUR,
+
+Votre, etc.
+
+Réflexions morales
+
+I
+
+L'amour-propre est l'amour de soi-même, et de toutes choses pour
+soi; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les
+tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens; il ne
+se repose jamais hors de soi et ne s'arrête dans les sujets
+étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce
+qui lui est propre. Rien n'est si impétueux que ses désirs, rien
+de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites;
+ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations
+passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la
+chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres de
+ses abîmes. Là il est à couvert des yeux les plus pénétrants, il y
+fait mille insensibles tours et retours. Là il est souvent
+invisible à lui-même, il y conçoit, il y nourrit, et il y élève,
+sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines; il en
+forme de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il
+les méconnaît ou il ne peut se résoudre à les avouer. De cette
+nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de
+lui-même, de là viennent ses erreurs, ses ignorances, ses
+grossièretés et ses niaiseries sur son sujet; de là vient qu'il
+croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont
+qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir dès
+qu'il se repose et qu'il pense avoir perdu tous les goûts qu'il a
+rassasiés. Mais cette obscurité épaisse, qui le cache à lui-même,
+n'empêche pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui,
+en quoi il est semblable à nos yeux, qui découvrent tout, et sont
+aveugles seulement pour eux-mêmes. En effet dans ses plus grands
+intérêts, et dans ses plus importantes affaires, où la violence de
+ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il
+entend, il imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout; de
+sorte qu'on est tenté de croire que chacune de ses passions a une
+espèce de magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si
+fort que ses attachements, qu'il essaye de rompe inutilement à la
+vue des malheurs extrêmes qui le menacent. Cependant il fait
+quelquefois en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu
+faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de
+plusieurs années; d'où l'on pourrait conclure assez
+vraisemblablement que c'est par lui-même que ses désirs sont
+allumés, plutôt que par la beauté et par le mérite de ses objets;
+que son goût est le prix qui les relève et le fard qui les
+embellit; que c'est après lui-même qu'il court, et qu'il suit son
+gré, lorsqu'il suit les choses qui sont à son gré. Il est tous les
+contraires, il est impérieux et obéissant, sincère et dissimulé,
+miséricordieux et cruel, timide et audacieux. Il a de différentes
+inclinations selon la diversité des tempéraments qui le tournent
+et le dévouent tantôt à la gloire, tantôt aux richesses, et tantôt
+aux plaisirs; il en change selon le changement de nos âges, de nos
+fortunes et de nos expériences; mais il lui est indifférent d'en
+avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une, parce qu'il se partage en
+plusieurs et se ramasse en une quand il le faut, et comme il lui
+plaît. Il est inconstant, et outre les changements qui viennent
+des causes étrangères, il y en a une infinité qui naissent de lui
+et de son propre fonds; il est inconstant d'inconstance, de
+légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût; il est
+capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec le dernier
+empressement, et avec des travaux incroyables, à obtenir des
+choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont
+nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est
+bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les
+plus frivoles; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et
+conserve toute sa fierté dans les plus méprisables. Il est dans
+tous les états de la vie, et dans toutes les conditions; il vit
+partout, et il vit de tout, il vit de rien; il s'accommode des
+choses, et de leur privation; il passe même dans le parti des gens
+qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins; et ce qui
+est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa perte,
+il travaille même à sa ruine. Enfin il ne se soucie que d'être, et
+pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi. Il ne faut donc
+pas s'étonner s'il se joint quelquefois à la plus rude austérité,
+et s'il entre si hardiment en société avec elle pour se détruire,
+parce que, dans le même temps qu'il se ruine en un endroit, il se
+rétablit en un autre; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il
+ne fait que le suspendre, ou le changer, et lors même qu'il est
+vaincu et qu'on croit en être défait, on le retrouve qui triomphe
+dans sa propre défaite. Voilà la peinture de l'amour-propre, dont
+toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation; la mer en
+est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans le flux et
+le reflux de ses vagues continuelles une fidèle expression de la
+succession turbulente de ses pensées, et de ses éternels
+mouvements.
+
+II
+
+L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
+
+III
+
+Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre,
+il reste bien encore des terres inconnues.
+
+IV
+
+L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
+
+V
+
+La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée
+de notre vie.
+
+VI
+
+La passion fait souvent du plus habile homme un fol, et rend quasi
+toujours les plus sots habiles.
+
+VII
+
+Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont
+représentées par les politiques comme les effets des grands
+intérêts, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur
+et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on
+rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du
+monde, était un effet de jalousie.
+
+VIII
+
+Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours.
+Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont
+infaillibles; et l'homme le plus simple que la passion fait parler
+persuade mieux que celui qui n'a que la seule éloquence.
+
+IX
+
+Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu'il
+est dangereux de les suivre, lors même qu'elles paraissent les
+plus raisonnables.
+
+X
+
+Il y a dans le coeur humain une génération perpétuelle de
+passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours
+l'établissement d'une autre.
+
+XI
+
+Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires.
+L'avarice produit quelquefois la libéralité, et la libéralité
+l'avarice; on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace naît de
+la timidité.
+
+XII
+
+Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions sous le voile
+de la piété, et de l'honneur, il y en a toujours quelque endroit
+qui se montre.
+
+XIII
+
+Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de
+la chaleur, et de la froideur, du sang.
+
+XIV
+
+Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre également le
+souvenir des bienfaits, et des injures, mais ils haïssent ceux qui
+les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des
+outrages. L'application à récompenser le bien, et à se venger du
+mal, leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine à se
+soumettre.
+
+XV
+
+La clémence des princes est souvent une politique dont ils se
+servent pour gagner l'affection des peuples.
+
+XVI
+
+La clémence, dont nous faisons une vertu, se pratique tantôt pour
+la gloire, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et
+presque toujours par tous les trois ensemble.
+
+XVII
+
+La modération, dans la plupart des hommes, n'a garde de combattre
+et de soumettre l'ambition, puisqu'elles ne se peuvent trouver
+ensemble, la modération n'étant d'ordinaire qu'une paresse, une
+langueur, et un manque de courage: de manière qu'on peut justement
+dire à leur égard que la modération est une bassesse de l'âme,
+comme l'ambition en est l'élévation.
+
+XVIII
+
+La modération dans la bonne fortune n'est que l'appréhension de la
+honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a.
+
+XIX
+
+La modération des personnes heureuses est le calme de leur humeur,
+adoucie par la possession du bien.
+
+XX
+
+La modération est une crainte de l'envie, et du mépris, qui
+suivent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine
+ostentation de la force de notre esprit; et enfin, pour la bien
+définir, la modération des hommes dans leurs plus hautes
+élévations est une ambition de paraître plus grands que les choses
+qui les élèvent.
+
+XXI
+
+La modération est comme la sobriété, on voudrait bien manger
+davantage, mais on craint de se faire mal.
+
+XXII
+
+Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
+
+XXIII
+
+La constance des sages n'est qu'un art, avec lequel ils savent
+enfermer leur agitation dans leur coeur.
+
+XXIV
+
+Ceux qu'on fait mourir affectent quelquefois des constances, de
+froideurs, et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle, de
+sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur
+esprit ce que le bandeau fait à leurs yeux.
+
+XXV
+
+La philosophie triomphe aisément de maux passés, et de ceux qui ne
+sont pas prêts d'arriver. Mais les maux présents triomphent
+d'elle.
+
+XXVI
+
+Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas
+ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume,
+et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt.
+
+XXVII
+
+Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin par la
+longueur de leurs infortunes; cela fait bien voir qu'ils n'étaient
+pas forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se
+donnaient la gêne pour le paraître, et qu'ils soutenaient leurs
+malheurs par la force de leur ambition, et non pas par celle de
+leur âme, enfin, à une grande vanité près, les héros sont faits
+comme les autres hommes.
+
+XXVIII
+
+Il faut de plus grandes vertus, et en plus grand nombre, pour
+soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
+
+XXIX
+
+Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
+
+XXX
+
+Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent
+pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion timide et
+honteuse d'elle-même, qui n'ose se laisser voir.
+
+XXXI
+
+La jalousie est raisonnable, et juste en quelque manière,
+puisqu'elle ne cherche qu'à conserver un bien qui nous appartient,
+ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie est une
+fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des
+autres.
+
+XXXII
+
+Le mal que nous faisons ne nous attire point tant de persécution
+et de haine que les bonnes qualités que nous avons.
+
+XXXIII
+
+Tout le monde trouve à redire en autrui ce qu'on trouve à redire
+en lui.
+
+XXXIV
+
+Si nous n'avions point de défauts, nous ne serions pas si aises
+d'en remarquer aux autres.
+
+XXXV
+
+La jalousie ne subsiste que dans les doutes, l'incertitude est sa
+matière; c'est une passion qui cherche tous les jours de nouveaux
+sujets d'inquiétude, et de nouveaux tourments; on cesse d'être
+jaloux dès qu'on est éclairci de ce qui causait la jalousie.
+
+XXXVI
+
+L'orgueil se dédommage toujours, et il ne perd rien lors même
+qu'il renonce à la vanité.
+
+XXXVII
+
+L'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses différentes
+métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de
+la comédie humaine, se montre avec un visage naturel, et se
+découvre par la fierté; de sorte qu'à proprement parler la fierté
+est l'éclat et la déclaration de l'orgueil.
+
+XXXVIII
+
+Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de
+celui des autres.
+
+XXXIX
+
+L'orgueil est égal dans tous les hommes, et il n'y a de différence
+qu'aux moyens et à la manière de le mettre au jour.
+
+XL
+
+La nature, qui a si sagement pourvu à la vie de l'homme par la
+disposition admirable des organes du corps, lui a sans doute donné
+l'orgueil pour lui épargner la douleur de connaître ses
+imperfections et ses misères.
+
+XLI
+
+L'orgueil a bien plus de part que la bonté aux remontrances que
+nous faisons à ceux qui commettent des fautes; et nous les
+reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader
+que nous en sommes exempts.
+
+XLII
+
+Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos
+craintes.
+
+XLIII
+
+L'intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de
+personnages, et même celui de désintéressé.
+
+XLIV
+
+L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui
+fait la lumière des autres.
+
+XLV
+
+Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent
+ordinairement incapables des grandes.
+
+XLVI
+
+Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.
+
+XLVII
+
+L'homme est conduit, lorsqu'il croit se conduire, et pendant que
+par son esprit il vise à un endroit, son coeur l'achemine
+insensiblement à un autre.
+
+XLVIII
+
+Nous ne nous apercevons que des emportements, et des mouvements
+extraordinaires de nos humeurs, et de notre tempérament, comme de
+la violence de la colère, mais personne quasi ne s'aperçoit que
+ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne
+imperceptiblement notre volonté à des actions différentes, elles
+roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et exercent successivement
+un empire secret en nous-mêmes; de sorte qu'elles ont une part
+considérable en toutes nos actions, sans que nous le puissions
+reconnaître.
+
+XLIX
+
+La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nommées: elles ne
+sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes
+du corps.
+
+L
+
+Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la
+fortune.
+
+LI
+
+La complexion qui fait le talent pour les petites choses est
+contraire à celle qu'il faut pour le talent des grandes.
+
+LII
+
+L'attachement ou l'indifférence pour la vie sont des goûts de
+l'amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que de ceux de
+la langue ou du choix des couleurs.
+
+LIII
+
+C'est une espèce de bonheur de connaître jusques à quel point on
+doit être malheureux.
+
+LIV
+
+La félicité est dans le goût et non pas dans les choses; et c'est
+par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas par avoir ce
+que les autres trouvent aimable.
+
+LV
+
+Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile de le
+chercher ailleurs.
+
+LVI
+
+On n'est jamais si heureux ni si malheureux que l'on pense.
+
+LVII
+
+Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être
+malheureux, pour persuader aux autres, et à eux-mêmes, qu'ils sont
+au-dessus de leurs malheurs, et qu'ils sont dignes d'être en butte
+à la fortune.
+
+LVIII
+
+Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de
+nous-mêmes, que de voir que nous avons été contents dans l'état, et
+dans les sentiments, que nous désapprouvons à cette heure.
+
+LIX
+
+On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on
+avait espéré.
+
+LX
+
+On se console souvent d'être malheureux par un certain plaisir
+qu'on trouve à le paraître.
+
+LXI
+
+Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant
+une certaine proportion de biens et de maux qui les rend égales.
+
+LXII
+
+Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle,
+mais la fortune qui fait les héros.
+
+LXIII
+
+Le mépris des richesses dans les philosophes était un désir caché
+de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le mépris
+des mêmes biens dont elle les privait; c'était un secret qu'ils
+avaient trouvé pour se dédommager de l'avilissement de la
+pauvreté; c'était enfin un chemin détourné pour aller à la
+considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.
+
+LXIV
+
+La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de
+la faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s'adoucit
+un peu par le mépris de ceux qui la possèdent; c'est enfin une
+secrète envie de la détruire, qui fait que nous leur ôtons nos
+propres hommages, ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire ceux
+de tout le monde.
+
+LXV
+
+Pour s'établir dans le monde on fait tout ce que l'on peut pour y
+paraître établi.
+
+LXVI
+
+Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de leurs
+actions, elles sont bien plus souvent les effets du hasard ou de
+quelque petit dessein.
+
+LXVII
+
+Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou
+malheureuses, aussi bien que nous, d'où dépend une grande partie
+de la louange et du blâme qu'on leur donne.
+
+LXVIII
+
+Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne
+tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne
+puissent tourner à leur préjudice.
+
+LXIX
+
+La fortune ne laisse rien perdre pour les hommes heureux.
+
+LXX
+
+Il faudrait pouvoir répondre de sa fortune, pour pouvoir répondre
+de ce que l'on fera.
+
+LXXI
+
+La sincérité est une naturelle ouverture de coeur. On la trouve en
+fort peu de gens; et celle qui se pratique d'ordinaire n'est
+qu'une fine dissimulation pour arriver à la confiance des autres.
+
+LXXII
+
+L'aversion du mensonge est une imperceptible ambition de rendre
+nos témoignages considérables, et d'attirer à nos paroles un
+respect de religion.
+
+LXXIII
+
+La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que les
+apparences de la vérité font de mal.
+
+LXXIV
+
+Comment peut-on répondre de ce qu'on voudra à l'avenir, puisque
+l'on ne sait pas précisément ce que l'on veut dans le temps
+présent?
+
+LXXV
+
+On élève la prudence jusqu'au ciel, et il n'est sorte d'éloge
+qu'on ne lui donne elle est la règle de nos actions et de notre
+conduite, elle est la maîtresse de la fortune, elle fait le destin
+des empires, sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les
+biens, et comme disait autrefois un poète, quand nous avons la
+prudence, il ne nous manque aucune divinité, pour dire que nous
+trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux
+dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne saurait nous
+assurer du plus petit effet du monde, parce que travaillant sur
+une matière aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme,
+elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets: d'où il faut
+conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence
+ne sont que des effets de notre amour-propre, qui s'applaudit en
+toutes choses, et en toutes rencontres.
+
+LXXVI
+
+Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts et les
+conduire chacun dans son ordre. Notre avidité le trouble souvent
+en nous faisant courir à tant de choses à la fois que, pour
+désirer trop les moins importantes, nous ne les faisons pas assez
+servir à obtenir les plus considérables.
+
+LXXVII
+
+L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au corps
+qu'elle anime.
+
+LXXVIII
+
+Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu'on peut dire est que
+dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits c'est une
+sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cachée et
+délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de mystères.
+
+LXXIX
+
+Il n'y a point d'amour pur et exempt de mélange de nos autres
+passions que celui qui est caché au fond du coeur, et que nous
+ignorons nous-mêmes.
+
+LXXX
+
+Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour
+où il est, ni le feindre où il n'est pas.
+
+LXXXI
+
+Comme on n'est jamais en liberté d'aimer, ou de cesser d'aimer,
+l'amant ne peut se plaindre avec justice de l'inconstance de sa
+maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant.
+
+LXXXII
+
+Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble
+plus à la haine qu'à l'amitié.
+
+LXXXIII
+
+On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de galanterie;
+mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais fait qu'une.
+
+LXXXIV
+
+Il n'y a que d'une sorte d'amour; mais il y en a mille différentes
+copies.
+
+LXXXV
+
+L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement
+continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse d'espérer ou de
+craindre.
+
+LXXXVI
+
+Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits: tout le monde
+en parle, mais peu de gens en ont vu.
+
+LXXXVII
+
+L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui
+attribue, où il n'a non plus de part que le Doge en a à ce qui se
+fait à Venise.
+
+LXXXVIII
+
+La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on ne nous ôte ce qui
+nous appartient; de là vient cette considération et ce respect
+pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse
+application à ne lui faire aucun préjudice; cette crainte retient
+l'homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune,
+lui ont donnés, et sans cette crainte il ferait des courses
+continuelles sur les autres.
+
+LXXXIX
+
+La justice, dans les juges qui sont modérés, n'est que l'amour de
+leur élévation.
+
+XC
+
+On blâme l'injustice, non pas par l'aversion que l'on a pour elle,
+mais pour le préjudice que l'on en reçoit.
+
+XCI
+
+L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir
+l'injustice.
+
+XCII
+
+Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même.
+
+XCIII
+
+Ce qui rend nos inclinations si légères, et si changeantes, c'est
+qu'il est aisé de connaître les qualités de l'esprit, et difficile
+de connaître celles de l'âme.
+
+XCIV
+
+L'amitié la plus désintéressée n'est qu'un trafic où notre
+amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner.
+
+XCV
+
+La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la
+sincérité, de la douceur et de la tendresse, n'est qu'un désir de
+rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une
+crainte de quelque mauvais événement.
+
+XCVI
+
+Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises que l'on
+devienne infidèle, pour nous dégager de notre fidélité.
+
+XCVII
+
+Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis
+ne vient ni de la bonté de notre naturel, ni de l'amitié que nous
+avons pour eux; c'est un effet de l'amour-propre qui nous flatte
+de l'espérance d'être heureux à notre tour ou de retirer quelque
+utilité de leur bonne fortune.
+
+XCVIII
+
+Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer les gens plus
+puissants que nous; l'intérêt seul produit notre amitié, et nous
+ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons
+faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.
+
+XCIX
+
+Dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours
+quelque chose qui ne nous déplaît pas.
+
+C
+
+Comment prétendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous
+n'avons pas pu le garder nous-mêmes?
+
+CI
+
+Comme si ce n'était pas assez à l'amour-propre d'avoir la vertu de
+se transformer lui-même, il a encore celle de transformer les
+objets, ce qu'il fait d'une manière fort étonnante; car non
+seulement il les déguise si bien qu'il y est lui-même trompé, mais
+il change aussi l'état et la nature des choses. En effet,
+lorsqu'une personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine
+et sa persécution contre nous, c'est avec toute la sévérité de la
+justice que l'amour-propre juge de ses actions; il donne à ses
+défauts une étendue qui les rend énormes, et il met ses bonnes
+qualités dans un jour si désavantageux qu'elles deviennent plus
+dégoûtantes que ses défauts. Cependant, dès que cette même
+personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos intérêts
+la réconcilie avec nous, notre seule satisfaction rend aussitôt à
+son mérite le lustre que notre aversion venait de lui ôter; les
+mauvaises qualités s'effacent et les bonnes parassent avec plus
+d'avantage qu'auparavant; nous rappelons même toute notre
+indulgence pour la forcer à justifier la guerre qu'elle nous a
+faite. Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour
+la fait voir plus clairement que les autres; car nous voyons un
+amoureux, agité de la rage où l'a mis l'oubli ou l'infidélité de
+ce qu'il aime, méditer pour sa vengeance tout ce que cette passion
+inspire de plus violent; néanmoins, aussitôt que sa vue a calmé la
+fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beauté
+innocente, il n'accuse plus que lui-même, il condamne ses
+condamnations, et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre il
+ôte la noirceur aux mauvaises actions de sa maîtresse et en sépare
+le crime pour s'en charger lui-même.
+
+CII
+
+L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur
+orgueil: il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous ôte la
+connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et
+nous guérir de nos défauts.
+
+CIII
+
+On n'a plus de raison, quand on n'espère plus d'en trouver aux
+autres.
+
+CIV
+
+On a autant de sujet de se plaindre de ceux qui nous apprennent à
+nous connaître nous-mêmes, qu'en eut ce fou d'Athènes de se
+plaindre du médecin qui l'avait guéri de l'opinion d'être riche.
+
+CV
+
+Les philosophes, et Sénèque surtout, n'ont point ôté les crimes
+par leurs préceptes: ils n'ont fait que les employer au bâtiment
+de l'orgueil.
+
+CVI
+
+Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler
+de n'être plus en état de donner de mauvais exemples.
+
+CVII
+
+Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumière de
+l'esprit; son étendue est la mesure de sa lumière; sa profondeur
+est celle qui pénètre le fond des choses; son discernement les
+compare et les distingue; sa justesse ne voit que ce qu'il faut
+voir; sa droiture les prend toujours par le bon biais; sa
+délicatesse aperçoit celles qui paraissent imperceptibles, et le
+jugement décide ce que les choses sont. Si on l'examine bien, on
+trouvera que toutes ces qualités ne sont autre chose que la
+grandeur de l'esprit, lequel, voyant tout, rencontre dans la
+plénitude de ses lumières tous les avantages dont nous venons de
+parler.
+
+CVIII
+
+Chacun dit du bien de son coeur, et personne n'en ose dire de son
+esprit.
+
+CIX
+
+La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense toujours
+des choses honnêtes et délicates.
+
+CX
+
+La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il
+entre dans les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui
+sont le plus capables de plaire aux autres.
+
+CXI
+
+Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et qu'il
+trouve toutes achevées en lui-même; il semble qu'elles y soient
+cachés, comme l'or et les diamants dans le sein de la terre.
+
+CXII
+
+L'esprit est toujours la dupe du coeur.
+
+CXIII
+
+Bien des gens connaissent leur esprit, qui ne connaissent pas leur
+coeur.
+
+CXIV
+
+Toutes les grandes choses ont leur point de perspective, comme les
+statues; il y en a qu'il faut voir de près pour en bien juger, et
+il y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en
+est éloigné.
+
+CXV
+
+Celui-là n'est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la
+raison, mais celui qui la connaît, qui la discerne, et qui la
+goûte.
+
+CXVI
+
+Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le détail; et comme
+il est presque infini, nos connaissances sont toujours
+superficielles et imparfaites.
+
+CXVII
+
+Il n'y a point de plaisir qu'on fasse plus volontiers à un ami que
+celui de lui donner conseil.
+
+CXVIII
+
+Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes assemblés,
+l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner: l'un paraît
+avec une déférence respectueuse, et dit qu'il vient recevoir des
+instructions pour sa conduite; et son dessein, le plus souvent,
+est de faire approuver ses sentiments, et de rendre celui qu'il
+vient consulter garant de l'affaire qu'il lui propose. Celui qui
+conseille paye d'abord la confiance de son ami des marques d'un
+zèle ardent et désintéressé, et il cherche en même temps, dans ses
+propres intérêts, des règles de conseiller; de sorte que son
+conseil lui est bien plus propre qu'à celui qui le reçoit.
+
+CXIX
+
+On est au désespoir d'être trompé par ses ennemis, et trahi par
+ses amis; et on est souvent satisfait de l'être par soi-même.
+
+CXX
+
+Il est aussi aisé de se tromper soi-même sans s'en apercevoir
+qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en
+aperçoivent.
+
+CXXI
+
+La plus déliée de toutes les finesses est de savoir bien faire
+semblant de tomber dans les pièges que l'on nous tend; on n'est
+jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres.
+
+CXXII
+
+L'intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent
+trompés.
+
+CXXIII
+
+La coutume que nous avons de nous déguiser aux autres, pour
+acquérir leur estime, fait qu'enfin nous nous déguisons à nous-mêmes.
+
+CXXIV
+
+L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un
+dessein formé de trahir.
+
+CXXV
+
+On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impunément.
+
+CXXVI
+
+Les plus habiles affectent toute leur vie d'éviter les finesses
+pour s'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand
+intérêt.
+
+CXXVII
+
+L'usage ordinaire de la finesse est l'effet d'un petit esprit, et
+il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir
+en un endroit se découvre en un autre.
+
+CXXVIII
+
+Si on était toujours assez habile, on ne ferait jamais de finesses
+ni de trahisons.
+
+CXXIX
+
+On est fort sujet à être trompé quand on croit être plus fin que
+les autres.
+
+CXXX
+
+La subtilité est une fausse délicatesse, et la délicatesse est une
+solide subtilité.
+
+CXXXI
+
+C'est quelquefois assez d'être grossier pour n'être pas trompé par
+un habile homme.
+
+CXXXII
+
+Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne
+le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires.
+
+CXXXIII
+
+Il est plus aisé d'être sage pour les autres que de l'être assez
+pour soi-même.
+
+CXXXIV
+
+La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse.
+
+CXXXV
+
+La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance de manger
+beaucoup.
+
+CXXXVI
+
+On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que par
+celles que l'on affecte d'avoir.
+
+CXXXVII
+
+Chaque homme se trouve quelquefois aussi différent de lui-même
+qu'il l'est des autres.
+
+CXXXVIII
+
+Chaque talent dans les hommes, de même que chaque arbre, a ses
+propriétés et ses effets qui lui sont tous particuliers.
+
+CXXXIX
+
+Quand la vanité ne fait point parler, on n'a pas envie de dire
+grand'chose.
+
+CXL
+
+On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler.
+
+CXLI
+
+Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui
+paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est
+qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut
+dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit, et que les plus
+habiles et les plus complaisants se contentent de montrer
+seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans
+leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu'on leur
+dit, et une précipitation pour retourner à ce qu'ils veulent dire;
+au lieu de considérer que c'est un mauvais moyen de plaire aux
+autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à
+soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus
+grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
+
+CXLII
+
+Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie
+des sots.
+
+CXLIII
+
+On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer, et
+l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise
+compagnie.
+
+CXLIV
+
+On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lassé d'en
+parler.
+
+CXLV
+
+Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre avec
+peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche
+ont le don de beaucoup parler, et de ne dire rien.
+
+CXLVI
+
+C'est plutôt par l'estime de nos propres sentiments que nous
+exagérons les bonnes qualités des autres, que par leur mérite; et
+nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons
+des louanges.
+
+CXLVII
+
+La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet qu'un
+désir d'en avoir de plus délicates.
+
+CXLVIII
+
+On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans
+intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée, et délicate,
+qui satisfait différemment celui qui la donne, et celui qui la
+reçoit. L'un la prend comme une récompense de son mérite; l'autre
+la donne pour faire remarquer son équité et son discernement.
+
+CXLIX
+
+Ier état--Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui
+font voir par contrecoup en ceux que nous louons des défauts que
+nous n'osons découvrir autrement.
+
+2e état--Même texte, augmenté de la phrase suivante: Nous
+élevons la gloire des uns pour abaisser par là celle des autres,
+et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne si
+on ne les voulait point blâmer tous deux.
+
+CL
+
+On ne loue que pour être loué.
+
+CLI
+
+On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt.
+
+CLII
+
+Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui leur
+sert que la louange qui les trahit.
+
+CLIII
+
+Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui médisent.
+
+CLIV
+
+Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois.
+
+CLV
+
+La louange qu'on nous donne sert au moins à nous fixer dans la
+pratique des vertus.
+
+CLVI
+
+L'approbation que l'on donne à l'esprit, à la beauté et à la
+valeur, les augmente, les perfectionne, et leur fait faire de plus
+grands effets qu'ils n'auraient été capables de faire d'eux-mêmes.
+
+CLVII
+
+L'amour-propre empêche bien que celui qui nous flatte ne soit
+jamais celui qui nous flatte le plus.
+
+CLVIII
+
+Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des
+autres ne nous ferait jamais de mal.
+
+CLIX
+
+On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien
+qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de
+l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est à
+proprement parler la fureur de l'orgueil.
+
+CLX
+
+La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre.
+
+CLXI
+
+Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et
+plus de vertu que les âmes communes, mais celles seulement qui ont
+de plus grands desseins.
+
+CLXII
+
+Ier état--Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le
+coeur, il y a un mérite fade, et des personnes qui dégoûtent avec
+des qualités bonnes et inestimables.
+
+2e état--Idem, sauf le dernier mot: estimables.
+
+CLXIII
+
+Il y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire des
+sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient de
+conduite.
+
+CLXIV
+
+L'art de savoir bien mettre en oeuvre de médiocres qualités donne
+souvent plus de réputation que le véritable mérite.
+
+CLXV
+
+Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie; ils les font
+valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon
+leur cours, et non pas selon leur véritable prix.
+
+CLXVI
+
+Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut avoir
+l'économie.
+
+CLXVII
+
+On se mécompte toujours dans le jugement que l'on fait de nos
+actions, quand elles sont plus grandes que nos desseins.
+
+CLXVIII
+
+Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins
+si on en veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire.
+
+CLXIX
+
+La gloire des grands hommes se doit mesurer aux moyens qu'ils ont
+eus pour l'acquérir.
+
+CLXX
+
+Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule apparent, et
+qui sont, dans leurs raisons cachées, très sages et très solides.
+
+CLXXI
+
+Il est plus aisé de paraître digne des emplois qu'on n'a pas que
+de ceux qu'on exerce.
+
+CLXXII
+
+Notre mérite nous attire l'estime des honnêtes gens, et notre
+étoile celle du public.
+
+CLXXIII
+
+Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le
+mérite même.
+
+CLXXIV
+
+La férocité naturelle fait moins de cruels que l'amour-propre.
+
+CLXXV
+
+L'espérance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins à nous
+mener à la fin de la vie par un chemin agréable.
+
+CLXXVI
+
+On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un poète italien a dit de
+l'honnêteté des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art
+de paraître honnête.
+
+CLXXVII
+
+Pendant que la paresse et la timidité ont seules le mérite de nous
+tenir dans notre devoir, notre vertu en a souvent tout l'honneur.
+
+CLXXVIII
+
+Il n'y a personne qui sache si un procédé net, sincère et honnête,
+est plutôt un effet de probité que d'habileté.
+
+CLXXIX
+
+Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fantôme formé
+par nos passions, à qui on donne un nom honnête, pour faire
+impunément ce qu'on veut.
+
+CLXXX
+
+Toutes les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se
+perdent dans la mer.
+
+CLXXXI
+
+Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce que
+nous prenons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un nombre
+de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour-propre
+nous ont déguisés.
+
+CLXXXII
+
+La curiosité n'est pas comme l'on croit un simple amour de la
+nouveauté; il y en a une d'intérêt, qui fait que nous voulons
+savoir les choses pour nous en prévaloir; il y en a une autre
+d'orgueil, qui nous donne envie d'être au-dessus de ceux qui
+ignorent les choses, et de n'être pas au-dessous de ceux qui les
+savent.
+
+CLXXXIII
+
+Il vaut mieux employer son esprit à supporter les infortunes qui
+arrivent qu'à pénétrer celles qui peuvent arriver.
+
+CLXXXIV
+
+La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait
+que notre coeur s'attache successivement à toutes les qualités de
+la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l'une,
+tantôt à l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une
+inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet.
+
+CLXXXV
+
+Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient de ce que
+l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime (comme dans
+une source inépuisable) de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre
+vient de ce qu'on se fait un honneur de tenir sa parole.
+
+CLXXXVI
+
+La persévérance n'est digne ni de blâme ni de louange, parce
+qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments qu'on ne
+s'ôte et qu'on ne se donne point.
+
+CLXXXVII
+
+Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas tant
+la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer,
+que le dégoût que nous avons de n'être pas assez admirés de ceux
+qui nous connaissent trop, et l'espérance que nous avons de l'être
+davantage de ceux qui ne nous connaissent guère.
+
+CLXXXVIII
+
+Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour
+justifier par avance notre légèreté.
+
+CLXXXIX
+
+Notre repentir n'est pas une douleur du mal que nous avons fait;
+c'est une crainte de celui qui nous en peut arriver.
+
+CXC
+
+Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l'esprit, qui
+change à tout moment d'opinion, ou de sa faiblesse, qui lui fait
+recevoir toutes les opinions d'autrui; il y en a une autre qui est
+plus excusable, qui vient de la fin du goût des choses.
+
+CXCI
+
+Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons
+entrent dans la composition des remèdes de la médecine. La
+prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement
+contre les maux de la vie.
+
+CXCII
+
+Il y a des crimes qui deviennent innocents et même glorieux par
+leur éclat, leur nombre et leur excès. De là vient que les
+voleries publiques sont des habiletés, et que prendre des
+provinces injustement s'appelle faire des conquêtes.
+
+CXCIII
+
+Nous avouons nos défauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la
+justice de notre esprit, nous réparions le tort qu'ils nous ont
+fait dans l'esprit des autres.
+
+CXCIV
+
+Il y a des héros en mal comme en bien.
+
+CXCV
+
+On peut haïr et mépriser les vices, sans haïr ni mépriser les
+vicieux; mais on a toujours du mépris pour ceux qui manquent de
+vertu.
+
+CXCVI
+
+Le nom de la vertu sert à l'intérêt aussi utilement que les vices.
+
+CXCVII
+
+La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; et
+quoique l'on paraisse éloigné des passions, on n'y est pas moins
+exposé qu'à tomber malade quand on se porte bien.
+
+CXCVIII
+
+Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts.
+
+CXCIX
+
+La nature a prescrit à chaque homme dès sa naissance des bornes
+pour les vertus et pour les vices.
+
+CC
+
+Nous n'avouons jamais nos défauts que par vanité.
+
+CCI
+
+On ne trouve point dans l'homme le bien ni le mal dans l'excès.
+
+CCII
+
+On pourrait dire que les vices nous attendent dans le cours de la
+vie comme des hôtes chez lesquels il faut successivement loger; et
+je doute que l'expérience nous les fît éviter s'il nous était
+permis de faire deux fois le même chemin.
+
+CCIII
+
+Quand les vices nous quittent, nous voulons nous flatter que c'est
+nous qui les quittons.
+
+CCIV
+
+Il y a des rechutes dans les maladies de l'âme comme dans celles
+du corps. Ce que nous prenons pour notre guérison n'est le plus
+souvent qu'un relâche ou un changement de mal.
+
+CCV
+
+Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps: quelque
+soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours, et
+elles sont à tout moment en danger de se rouvrir.
+
+CCVI
+
+Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est
+que nous en avons plusieurs.
+
+CCVII
+
+Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes, ils sont bientôt
+oubliés.
+
+CCVIII
+
+Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en
+soupçonnent pas facilement les autres.
+
+CCIX
+
+Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire de mal sans
+l'avoir vu; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre
+en le voyant.
+
+CCX
+
+Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir.
+
+CCXI
+
+La vertu n'irait pas loin si la vanité ne lui tenait pas
+compagnie.
+
+CCXII
+
+Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de
+tout le monde se trompe fort; mais celui qui croit qu'on ne peut
+se passer de lui se trompe encore davantage.
+
+CCXIII
+
+La pompe des enterrements regarde plus la vanité des vivants que
+l'honneur des morts.
+
+CCXIV
+
+Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la corruption de
+leur coeur aux autres et à eux-mêmes. Les vrais honnêtes gens sont
+ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres.
+
+CCXV
+
+Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien.
+
+CCXVI
+
+La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu'elles
+ajoutent à leur beauté. C'est un attrait fin et délicat, et une
+douceur déguisée.
+
+CCXVII
+
+L'honnêteté des femmes est l'amour de leur réputation et de leur
+repos.
+
+CCXVIII
+
+C'est être véritablement honnête homme que de vouloir être
+toujours exposé à la vue des honnêtes gens.
+
+CCXIX
+
+La folie nous suit dans tous les temps de la vie Si quelqu'un
+paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont
+proportionnées à son âge et à sa fortune.
+
+CCXX
+
+Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient
+habilement leur niaiserie.
+
+CCXXI
+
+Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
+
+CCXXII
+
+En vieillissant on devient plus fou, et plus sage.
+
+CCXXIII
+
+Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le monde
+chante un certain temps, quelque fades et dégoûtants qu'ils
+soient.
+
+CCXXIV
+
+La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils
+ont, ou bien le mérite de leur fortune.
+
+CCXXV
+
+Quelque incertitude et quelque variété qui paraisse dans le monde,
+on y remarque néanmoins un certain enchaînement secret, et un
+ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque
+chose marche en son rang, et suit le cours de sa destinée.
+
+CCXXVI
+
+L'amour de la gloire et plus encore la crainte de la honte, le
+dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et
+agréable, et l'envie d'abaisser les autres, font naître cette
+valeur qui est si célèbre parmi les hommes.
+
+CCXXVII
+
+La valeur dans les simples soldats est un métier périlleux qu'ils
+ont pris pour gagner leur vie.
+
+CCXXVIII
+
+Ier état (et le deuxième, pour chaque variante, entre
+parenthèses). La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont
+des (deux) extrémités où on en arrive rarement. L'espace qui est
+entre le deux (entre-deux) est vaste, et contient toutes les
+autres espèces de courage: il n'y a pas moins de différence entre
+eux (elles) qu'il y en a entre les visages et les humeurs;
+cependant ils (elles) conviennent en beaucoup de choses. Il y a
+des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action,
+et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée. Il y en
+a qui sont assez contents quand ils ont satisfait à l'honneur du
+monde, et qui font fort peu de choses au-delà. On en voit qui ne
+sont pas (pas toujours) également maîtres de leur peur. D'autres
+se laissent quelquefois entraîner à des épouvantes générales.
+D'autres vont à la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes;
+enfin il s'en trouve à qui l'habitude des moindres périls affermit
+le courage et les prépare à s'exposer à de plus grands. (Ici, une
+phrase ajoutée dans le 2e état: Il y en a encore qui sont braves à
+coups d'épée, qui ne peuvent souffrir les coups de mousquets; et
+d'autres y sont assurés, qui craignent de se battre à coups
+d'épée.) Outre cela il y a un rapport général que l'on remarque
+entre tous les courages de différentes espèces dont nous venons de
+parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les
+bonnes et les mauvaises actions, leur donne la liberté de se
+ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général qui, à
+parler absolument, s'étend sur toutes sortes d'hommes: c'est qu'il
+n'y en a point qui fassent tout ce qu'ils seraient capables de
+faire dans une occasion (action) s'ils avaient une certitude d'en
+revenir. De sorte (De sorte qu'il est visible) que la crainte de
+la mort ôte quelque chose à leur valeur et diminue son effet.
+
+CCXXIX
+
+La pure valeur (s'il y en avait) serait de faire sans témoins ce
+qu'on est capable de faire devant le monde.
+
+CCXXX
+
+L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme par laquelle
+elle empêche les troubles, les désordres et les émotions que la
+vue des grands périls a accoutumé d'élever en elle; par cette
+force les héros se maintiennent en un état paisible, et conservent
+l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les
+plus terribles et les plus surprenants.
+
+CCXXXI
+
+L'intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au
+lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est
+nécessaire dans les périls de la guerre.
+
+CCXXXII
+
+Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance seraient
+tentés comme les poètes de l'appeler la fille du Ciel, puisqu'on
+ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est
+produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour
+but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux qui les
+font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur
+propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et
+si général.
+
+CCXXXIII
+
+La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver
+leur honneur. Mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il
+est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils
+s'exposent.
+
+CCXXXIV
+
+La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font la valeur des
+hommes.
+
+CCXXXV
+
+On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire;
+de là vient que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour
+éviter la mort que les gens de chicane pour conserver leur bien.
+
+CCXXXVI
+
+On ne peut répondre de son courage quand on n'a jamais été dans le
+péril.
+
+CCXXXVII
+
+Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi de marchands:
+elle soutient le commerce; et nous ne payons pas pour la justice
+qu'il y a de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des
+gens qui nous prêtent.
+
+CCXXXVIII
+
+Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance ne
+peuvent pas pour cela se flatter d'être reconnaissants.
+
+CCXXXIX
+
+Ce qui fait tout le mécompte dans la reconnaissance qu'on attend
+des grâces qu'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne,
+et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du
+bienfait.
+
+CCXL
+
+Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation
+est une espèce d'ingratitude.
+
+CCXLI
+
+On donne plus souvent des bornes à sa reconnaissance qu'à ses
+désirs et à ses espérances.
+
+CCXLII
+
+L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer.
+
+CCXLIII
+
+Le bien qu'on nous a fait veut que nous respections le mal que
+l'on nous a fait après.
+
+CCXLIV
+
+Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais
+de grands biens ni de grands maux qui ne produisent
+infailliblement leurs pareils. Nous imitons les bonnes actions par
+l'émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature qui
+étant retenue en prison par la honte est mise en liberté par
+l'exemple.
+
+CCXLV
+
+L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est
+contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles
+sont naturelles.
+
+CCXLVI
+
+Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n'est que
+l'intérêt et la vanité qui les causent.
+
+CCXLVII
+
+Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions, car sous
+prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère
+nous nous pleurons nous-mêmes; nous pleurons la diminution de
+notre bien, de notre plaisir, de notre considération, en la
+personne que nous pleurons. De cette manière les morts ont
+l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les versent.
+J'ai dit que c'était une espèce d'hypocrisie, parce que, par elle,
+l'homme se trompe seulement soi-même. Il y en a une autre qui
+n'est pas si innocente, et qui impose à tout le monde: c'est
+l'affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une
+belle et immortelle douleur, car le temps, qui consume tout,
+l'ayant consumée, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs,
+leurs plaintes, et leurs soupirs; elles prennent un personnage
+lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions
+qu'elles égaleront la durée de tous leurs déplaisirs à leur propre
+vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans
+les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les
+chemins qui mènent à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et
+s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable
+douleur. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de
+petites sources, qui coulent facilement et qui s'écoulent
+aussitôt: on pleure pour avoir la réputation d'être tendre, on
+pleure pour être plaint, ou pour être pleuré, et on pleure
+quelquefois de honte de ne pleurer pas.
+
+CCXLVIII
+
+Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur mérite,
+mais selon nos besoins et selon l'opinion que nous croyons leur
+avoir donnée de ce que nous valons.
+
+CCXLIX
+
+Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de nos amis
+lorsqu'elles servent à signaler la tendresse que nous avons pour
+eux.
+
+CCL
+
+Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté qui
+nous fait sortir hors de nous-mêmes, et qui nous immole
+continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de
+croire que lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et
+s'abandonne lui-même, ou se laisse dépouiller et appauvrir sans
+s'en apercevoir, de sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la
+dupe de la bonté. Cependant c'est le plus utile de tous les moyens
+dont l'amour-propre se sert pour arriver à ses fins; c'est un
+chemin dérobé, par où il revient à lui-même, plus riche et plus
+abondant; c'est un désintéressement qu'il met à un furieuse usure;
+c'est enfin un ressort délicat avec lequel il réunit, il dispose
+et tourne tous les hommes en sa faveur.
+
+CCLI
+
+Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a la force, et la
+hardiesse, d'être méchant toute autre bonté n'est le plus souvent
+qu'une paresse ou une impuissance de la mauvaise volonté.
+
+CCLII
+
+Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale, et répandue
+sur tout le monde, de la grande habileté.
+
+CCLIII
+
+Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes
+que de leur faire trop de bien.
+
+CCLIV
+
+Pour pouvoir être toujours bon, il faut que les autres croient
+qu'ils ne peuvent jamais nous être impunément méchants.
+
+CCLV
+
+Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands, et des
+personnes considérables par leurs emplois, par leurs esprits, ou
+par leur mérite; elle nous fait sentir un plaisir exquis et élève
+merveilleusement notre orgueil parce que nous le regardons comme
+un effet de notre fidélité; cependant, nous serions remplis de
+confusion si nous considérions l'imperfection et la bassesse de sa
+naissance, car elle vient de la vanité, de l'envie de parler, et
+de l'impuissance de retenir le secret: de sorte qu'on peut dire
+que la confiance est comme un relâchement de l'âme causé par le
+nombre et par le poids des choses dont elle est pleine.
+
+CCLVI
+
+La confiance de plaire est souvent un moyen de déplaire
+infailliblement.
+
+CCLVII
+
+Nous ne croyons pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous
+voyons.
+
+CCLVIII
+
+La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande partie
+de celle que l'on a aux autres.
+
+CCLIX
+
+Ier état--La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance
+de manger beaucoup.
+
+2e état--Il y a une révolution générale qui change le goût des
+esprits, aussi bien que les fortunes du monde.
+
+CCLX
+
+La vérité est le fondement et la raison de la perfection, et de la
+beauté; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait être
+belle, et parfaite, si elle n'est véritablement tout ce qu'elle
+doit être, et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
+
+CCLXI
+
+On peut dire de l'agrément séparé de la beauté que c'est une
+symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret
+des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l'air
+de la personne.
+
+CCLXII
+
+Il y a de belles choses qui ont plus d'éclat quand elles demeurent
+imparfaites que quand elles sont trop achevées.
+
+CCLXIII
+
+Ier état--La coquetterie est le fonds de l'humeur de toutes les
+femmes; mais toutes ne coquettent pas, parce que la coquetterie de
+quelques-unes est retenue par leur tempérament et par leur raison.
+
+2e état--La coquetterie est le fonds et l'humeur de toutes les
+femmes; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la
+coquetterie de quelques-unes est retenue par leur tempérament et
+par leur raison.
+
+CCLXIV
+
+On incommode toujours les autres quand on croit ne les pouvoir
+jamais incommoder.
+
+CCLXV
+
+Il y a peu de choses impossibles d'elles-mêmes; et l'application
+pour les faire réussir nous manque bien plus que les moyens.
+
+CCLXVI
+
+La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de chaque
+chose.
+
+CCLXVII
+
+Le plus grand art d'un habile homme est celui de savoir cacher son
+habileté.
+
+CCLXVIII
+
+La générosité est un industrieux emploi du désintéressement pour
+aller plus tôt à un plus grand intérêt.
+
+CCLXIX
+
+La fidélité est une invention rare de l'amour-propre, par laquelle
+l'homme, s'érigeant en dépositaire des choses précieuses, se rend
+lui-même infiniment précieux; de tous les trafics de l'amour-propre,
+c'est celui où il fait le moins d'avances et de plus grands
+profits; c'est un raffinement de sa politique, avec lequel
+il engage les hommes par leurs biens, par leur honneur, par leur
+liberté, et par leur vie, qu'ils sont forcés de confier en
+quelques occasions, à élever l'homme fidèle au-dessus de tout le
+monde.
+
+CCLXX
+
+La magnanimité méprise tout pour avoir tout.
+
+CCLXXI
+
+La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend
+l'homme maître de lui-même pour le rendre maître de toutes choses.
+
+CCLXXII
+
+Ier état--Il y a peu de choses impossibles d'elles-mêmes, et
+l'on trouve plus de voies que l'on ne pense pour y arriver. Et si
+nous avions assez d'application et de volonté, nous aurions
+toujours assez de moyens.
+
+2e état--Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix
+que dans le choix des paroles.
+
+CCLXXIII
+
+La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à ne
+dire que ce qu'il faut.
+
+CCLXXIV
+
+Il y a une éloquence dans les yeux et dans l'air de la personne
+qui ne persuade pas moins que celle de la parole.
+
+CCLXXV
+
+Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est rare de
+voir changer les inclinations.
+
+CCLXXVI
+
+L'intérêt donne toutes sortes de vertus et de vices.
+
+CCLXXVII
+
+L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission que nous
+employons pour soumettre effectivement tout le monde; c'est un
+mouvement de l'orgueil, par lequel il s'abaisse devant les hommes
+pour s'élever sur eux; c'est un déguisement, et son premier
+stratagème; mais quoique ces changements soient presque infinis,
+et qu'il soit admirable sous toutes sortes de figures, il faut
+avouer néanmoins qu'il n'est jamais si rare ni si extraordinaire
+que lorsqu'il se cache sous la forme et sous l'habit de
+l'humilité; car alors on le voir les yeux baissés, dans une
+contenance modeste et reposée; toutes ses paroles sont douces et
+respectueuses, pleines d'estime pour les autres et de dédain pour
+lui-même; si on l'en veut croire, il est indigne de tous les
+honneurs, il n'est capable d'aucun emploi, il ne reçoit les
+charges où on l'élève que comme un effet de la bonté des hommes,
+et de la faveur aveugle de la fortune. C'est l'orgueil qui joue
+tous ces personnages que l'on prend pour l'humilité.
+
+CCLXXVIII
+
+Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, un geste et des
+mines qui leur sont propres; ce rapport bon, ou mauvais, fait les
+bons, ou les mauvais, comédiens, et c'est ce qui fait aussi que
+les personnes plaisent ou déplaisent.
+
+CCLXXIX
+
+Dans toutes les professions, et dans tous les arts, chacun se fait
+une mine et un extérieur qu'il met en la place de la chose dont il
+veut avoir le mérite, de sorte que tout le monde n'est composé que
+de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver
+rien de réel.
+
+CCLXXX
+
+La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts
+de l'esprit.
+
+CCLXXXI
+
+Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d'autres
+qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités.
+
+CCLXXXII
+
+Le luxe et la trop grande politesse dans les États sont le présage
+assuré de leur décadence parce que, tous les particuliers
+s'attachant à leurs intérêts propres, ils se détournent du bien
+public.
+
+CCLXXXIII
+
+La civilité est une envie d'en recevoir; c'est aussi un désir
+d'être estimé poli.
+
+CCLXXXIV
+
+Ier état--L'éducation que l'on donne aux princes est un second
+amour-propre qu'on leur inspire.
+
+2e état--L'éducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens
+est un second orgueil qu'on leur inspire.
+
+CCLXXXV
+
+Ier état--Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si
+persuadés qu'ils disent que la mort n'est pas un mal, que le
+tourment qu'ils se donnent pour établir l'immortalité de leur nom
+par la perte de la vie.
+
+2e état--Il n'y a point de passion où l'amour de soi-même règne
+si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus disposé
+de sacrifier tout le repos de ce qu'on aime que de perdre la
+moindre partie du sien.
+
+CCLXXXVI
+
+Il n'y a point de libéralité; ce n'est que la vanité de donner,
+que nous aimons mieux que ce que nous donnons.
+
+CCLXXXVII
+
+La pitié est un sentiment de nos propres maux dans un sujet
+étranger, c'est une prévoyance habile des malheurs où nous pouvons
+tomber, qui nous fait donner du secours aux autres pour les
+engager à nous le rendre dans de semblables occasions, de sorte
+que les services que nous rendons à ceux qui en ont besoin sont à
+proprement parler des biens anticipés que nous nous faisons à
+nous-mêmes.
+
+CCLXXXVIII
+
+La petitesse de l'esprit fait souvent l'opiniâtreté; et nous ne
+croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons.
+
+CCLXXXIX
+
+On s'est trompé quand on a cru qu'il n'y avait que les violentes
+passions, comme l'ambition et l'amour, qui pussent triompher des
+autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas
+d'en être souvent la maîtresse; elle usurpe sur tous les desseins
+et sur toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consomme
+insensiblement toutes les passions et toutes les vertus.
+
+CCXC
+
+De toutes les passions celle qui est la plus inconnue à
+nous-mêmes, c'est la paresse; elle est la plus ardente et la plus
+maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les
+dommages qu'elle cause soient très cachés; si nous considérons
+attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes
+rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos
+plaisirs; c'est la rémore qui a la force d'arrêter les plus grands
+vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes
+affaires que les écueils, et que les plus grandes tempêtes, le
+repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend
+soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres
+résolutions; pour donner enfin la véritable idée de cette passion,
+il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'âme, qui
+la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les
+biens.
+
+CCXCI
+
+La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans l'avoir
+assez examiné est un effet de la paresse et de l'orgueil. On veut
+trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine
+d'examiner les crimes.
+
+CCXCII
+
+Nous récusons tous les jours des juges pour les plus petits
+intérêts; et nous faisons dépendre notre gloire et notre
+réputation, qui sont les plus grands biens du monde, du jugement
+des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie,
+ou par leur malignité, ou par leur préoccupation, ou par leur
+sottise; et c'est pour obtenir d'eux un arrêt en notre faveur que
+nous exposons notre repos et notre vie en cent manières, et que
+nous la condamnons à une infinité de soucis, de peines et de
+travaux.
+
+CCXCIII
+
+De plusieurs actions différentes que la Fortune arrange comme il
+lui plaît, il s'en fait plusieurs vertus.
+
+CCXIV
+
+L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.
+
+CCXCV
+
+La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de la
+santé, c'est la folie de la raison.
+
+CCXCVI
+
+On aime bien à deviner les autres; mais l'on n'aime pas être
+deviné.
+
+CCXCVII
+
+Il y a des gens qu'on approuve dans le monde, qui n'ont pour tout
+mérite que les vices qui servent au commerce de la vie.
+
+CCXCVIII
+
+C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop
+grand régime.
+
+CCXCIX
+
+Le bon naturel, qui se vante d'être toujours sensible, est dans la
+moindre occasion étouffé par l'intérêt.
+
+CCC
+
+Ier état--Il est moins impossible de prendre de l'amour quand on
+n'en a pas, que de s'en défaire quand on en a.
+
+2e état--Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en
+a pas, que de s'en défaire quand on en a.
+
+CCCI
+
+Ier état--La plupart des femmes se rendent plutôt par faiblesse
+que par passion; de là vient que pour l'ordinaire les femmes
+entreprenantes réussissent mieux que les autres, quoiqu'elles ne
+soient pas plus aimables.
+
+2e état--La plupart des femmes se rendent plutôt par faiblesse
+que par passion; de là vient que pour l'ordinaire les hommes
+entreprenants réussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne
+soient pas plus aimables.
+
+CCCII
+
+N'aimer guère en amour est un moyen assuré pour être aimé.
+
+CCCII [bis]
+
+L'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes,
+comme le vent éteint les bougies et allume le feu.
+
+CCCIII
+
+La sincérité que se demandent les amants et les maîtresses, pour
+savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est biens
+moins pour vouloir être avertis quand on ne les aimera plus que
+pour être mieux assurés qu'on les aime, lorsqu'on ne dit point le
+contraire.
+
+CCCIV
+
+Les femmes croient souvent aimer quoiqu'elles n'aiment pas.
+L'occupation d'une intrigue, l'émotion d'esprit que donne la
+galanterie, la pente naturelle au plaisir d'être aimées, et la
+peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion
+lorsqu'elles n'ont tout au plus que de la coquetterie.
+
+CCCV
+
+La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est
+celle de la fièvre; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que
+sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa durée.
+
+CCCVI
+
+Ce qui fait que l'on est souvent mécontent de ceux qui négocient,
+est qu'ils abandonnent quasi toujours l'intérêt de leurs amis pour
+l'intérêt du fond de la négociation, qui devient le leur par la
+gloire d'avoir réussi à ce qu'ils avaient entrepris.
+
+CCCVII
+
+Le plus souvent, quand nous exagérons la tendresse que nos amis
+ont pour nous, c'est moins par reconnaissance que par un désir
+habile de faire juger de notre mérite.
+
+CCCVIII
+
+L'approbation que l'on donne à ceux qui entrent dans le monde est
+bien souvent une envie secrète que l'on a contre ceux qui y sont
+établis.
+
+CCCIX
+
+La plus grande habileté des moins habiles est de se savoir
+soumettre à la bonne conduite d'autrui.
+
+CCCX
+
+Il y a des faussetés déguisées qui représentent si bien la vérité
+que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser tromper.
+
+CCCXI
+
+Il n'y a quelquefois pas moins d'habileté à savoir profiter d'un
+bon conseil qu'on nous donne, qu'à se bien conseiller soi-même.
+
+CCCXII
+
+Il y a de méchants hommes qui seraient moins dangereux s'ils
+n'avaient aucune bonté.
+
+CCCXIII
+
+La magnanimité est assez définie par son nom; on pourrait dire
+toutefois que c'est le bon sens de l'orgueil, et la voie la plus
+noble pour recevoir des louanges.
+
+CCCXIV
+
+Il est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a
+véritablement cessé d'aimer.
+
+CCCXV
+
+Ce n'est pas la fertilité de l'esprit qui fait trouver plusieurs
+expédients sur une même affaire; c'est plutôt le défaut de lumière
+qui nous fait arrêter à tout ce qui se présente à l'imagination,
+et qui nous empêche de discerner d'abord ce qui nous est propre.
+
+CCCXVI
+
+Il est des affaires et des maladies que les remèdes aigrissent, et
+on peut dire que la grande habileté consiste à savoir connaître
+les temps où il est dangereux d'en faire.
+
+Après avoir parlé de la fausseté des vertus, il est raisonnable de
+dire quelque chose de la fausseté du mépris de la mort. J'entends
+parler de ce mépris de la mort que les païens se vantent de tirer
+de leurs propres forces, sans l'espérance d'une meilleure vie. Il
+y a différence entre souffrir la mort constamment, et la mépriser.
+Le premier sentiment est assez ordinaire; mais je crois que
+l'autre n'est jamais sincère. On a écrit néanmoins tout ce qui
+peut le plus persuader que la mort n'est point un mal; et les plus
+faibles hommes aussi bien que les héros ont donné mille célèbres
+exemples pour établir cette opinion. Cependant je doute que
+personne de bon sens en ait jamais été véritablement persuadé, et
+toute la peine qu'on se donne pour en venir à bout fait assez
+paraître que cette entreprise n'est pas aisée. On a mille sujets
+de mépriser la vie, mais on n'en peut avoir de mépriser la mort;
+ceux mêmes qui se la donnent volontairement ne la comptent pas
+pour si peu de chose, et ils la rejettent et s'en étonnent comme
+les autres, lorsqu'elle vient à eux par une autre voie que celle
+qu'ils ont choisie. L'inégalité que l'on remarque dans le courage
+d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce que la mort se
+découvre à leur imagination et y paraît plus présente en un temps
+qu'en un autre. Et ainsi il arrive qu'après avoir méprisé ce
+qu'ils ne connaissaient pas, ils craignent enfin ce qu'ils
+connaissent. Il faut éviter de la voir avec toutes ses
+circonstances, si on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand
+de tous les maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux
+qui prennent de plus honnêtes prétextes pour s'empêcher de la
+considérer. Mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est,
+trouve que la cessation d'être comprend tout ce qu'il y a
+d'épouvantable. La nécessité inévitable de mourir fait toute la
+constance des philosophes: ils croient qu'il faut aller de bonne
+grâce où l'on ne se peut empêcher d'aller; et, ne pouvant
+éterniser leur vie, il n'y a rien qu'ils ne fassent pour éterniser
+leur gloire, et pour sauver ainsi du naufrage ce qui en peut être
+garanti. Contentons-nous pour faire bonne mine de ne nous pas dire
+à nous-mêmes tout ce que nous en pensons, et espérons plus de
+notre tempérament que des faibles raisonnements à l'abri desquels
+nous croyons pouvoir approcher de la mort avec indifférence. La
+gloire de mourir avec fermeté, la satisfaction d'être regretté de
+ses amis et de laisser une belle réputation, l'espérance de ne
+plus souffrir de douleurs, et d'être à couvert des autres misères
+de la vie et des caprices de la fortune, sont des remèdes qu'on ne
+doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient
+infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple haie
+fait souvent à la guerre, pour couvrir ceux qui doivent approcher
+d'un lieu d'où l'on tire. Quand on en est éloigné, on croit
+qu'elle peut être d'un grand secours; mais quand on en est proche,
+on voit que tout la peut percer. Nous nous flattons de croire que
+la mort nous paraisse de près ce que nous en avons jugé de loin,
+et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesse, que variété et
+que confusion, soient d'une trempe assez forte pour ne point
+souffrir d'altération par la plus rude de toutes les épreuves.
+C'est mal connaître les effets de l'amour-propre, que de croire
+qu'il puisse nous aider à compter pour rien ce qui le doit
+nécessairement détruire, et la raison, dans laquelle on croit
+trouver tant de ressources, n'est que trop faible en cette
+rencontre pour nous persuader ce que nous voulons. C'est elle qui
+nous trahit le plus souvent et, au lieu de nous inspirer le mépris
+de la mort, elle sert à nous découvrir ce qu'elle a d'affreux et
+de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous est de nous
+conseiller d'en détourner les yeux de les arrêter sur d'autres
+objets. Caton et Brutus en choisissent d'illustres et d'éclatants;
+un laquais se contenta dernièrement de danser les tricotets sur
+l'échafaud où il devait être roué. Ainsi, bien que les motifs
+soient différents, ils produisent souvent les mêmes effets. De
+sorte qu'il est vrai de dire que, quelque disproportion qu'il y
+ait entre les grands hommes et les gens du commun, les uns et les
+autres ont mille fois reçu la mort d'un même visage; mais ç'a
+toujours été avec cette différence que c'est l'amour de la gloire
+qui ôte aux grands hommes la vue de la mort dans le mépris qu'ils
+font paraître quelquefois pour elle, et dans les gens du commun ce
+n'est qu'un effet de leur peu de lumière qui, les empêchant de
+connaître toute la grandeur de leur mal, leur laisse la liberté de
+songer à autre chose.
+
+Manuscrit de Liancourt
+
+[1] L'enfance nous suit dans tous les temps de la vie; si
+quelqu'un paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont
+proportionnées à son âge et à sa fortune (max. 207, I 219).
+
+[2] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remontrances
+que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les en
+reprenons bien moins pour les en corriger que pour persuader que
+nous en sommes exempts (max. 37, I 41).
+
+[3] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce
+que nous prenons le plus souvent pour des vertus ne sont en effet
+que des vices qui leur ressemblent et que l'orgueil et l'amour-propre
+nous ont déguisés (épigraphe de 1678, I 181).
+
+[4] Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos
+craintes (max. 38. I 42).
+
+[5] Nous avons tous assez de force pour supporter les maux
+d'autrui (max. 19, I 22).
+
+[6] Ce qui rend nos amitiés si légères et si changeantes, c'est
+qu'il est aisé de connaître les qualités de l'esprit, et difficile
+de connaître celles de l'âme (max. 80, I 93).
+
+[7] Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants
+que nous; l'intérêt seul produit notre amitié, et nous ne leur
+promettons pas selon ce que nous leur voulons donner, mais selon
+ce que nous voulons qu'ils nous donnent (max 85, I 98).
+
+[8] Les Français ne sont pas seulement sujets, comme la plupart
+des hommes, à perdre également le souvenir des bienfaits et des
+injures, mais ils haïssent ceux qui les ont obligés; l'orgueil et
+l'intérêt produit partout l'ingratitude; l'application à
+récompenser le bien et à se venger du mal leur paraît une
+servitude à laquelle ils ont peine de s'assujettir (max. 14, I
+14).
+
+[9] Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la corruption
+de leur coeur aux autres et à eux-mêmes; les vrais honnêtes gens
+sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux
+autres (max. 202, I 214).
+
+[10] On est au désespoir d'être trompé par ses ennemis et trahi
+par ses amis, et on est toujours satisfait de l'être par soi-même
+(max. 114, I 119).
+
+[11] Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais
+ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires
+(MS 22, I 132).
+
+[12] L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du
+monde (max. 4, I 4).
+
+[13] Il est aussi aisé de se tromper soi-même sans s'en apercevoir
+qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en
+aperçoivent (max. 115, I 120).
+
+[14] Rien n'est impossible de soi; il y a des voies qui conduisent
+à toutes choses, et si nous avions assez de volonté, nous aurions
+toujours assez de moyens (max. 243, I 265 et 272 1er état).
+
+[15] L'intérêt fait jouer toute sorte de personnages, et même
+celui de désintéressé (max. 39, I 43).
+
+[16] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent
+enfermer dans leur coeur leur agitation (max. 20, I 23).
+
+[17] Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce
+n'est que l'intérêt et la vanité qui les causent (max. 232, I
+246).
+
+[18] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que nous
+exagérons les bonnes qualités des autres que par leur mérite, et
+nous nous louons en effet lorsqu'il semble que nous leur donnons
+des louanges (max. 143, I 146).
+
+[19] L'homme est conduit lorsqu'il croit se conduire, et pendant
+que par son esprit il vise à un endroit, son coeur l'achemine
+insensiblement à un autre (max. 43, I 47).
+
+[20] La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet
+qu'un désir d'en avoir de plus délicates (MS 27, I 147).
+
+[21] L'orgueil se dédommage toujours, et il ne perd rien lors même
+qu'il renonce à la vanité (max. 33, I 36).
+
+[22] L'amitié la plus sainte et la plus sacrée n'est qu'un trafic
+où nous croyons toujours gagner quelque chose (max. 83, I 94).
+
+[23] La félicité est dans le goût, et non pas dans les choses, et
+c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas par
+avoir ce que les autres trouvent aimable (max. 48, I 54).
+
+[24] Quand on ne trouve point son repos en soi-même, il est
+inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).
+
+[25] On ne fait point de distinction dans la colère, bien qu'il y
+en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la
+complexion, et une autre très criminelle, qui est à proprement
+parler la fureur de l'orgueil et de l'amour-propre (MS 30, I 159).
+
+[26] Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne
+craignent pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion
+timide et honteuse qu'on ne peut jamais avouer (max. 27, I 30).
+
+[27] La jalousie est raisonnable en quelque manière puisqu'elle ne
+cherche qu'à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous
+croyons nous devoir appartenir, au lieu que l'envie est une fureur
+qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres (max.
+28, I 31).
+
+[28] Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a
+pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend
+égales (max. 52, I 61).
+
+[29] On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans
+intérêt; la louange est une flatterie habile, cachée et délicate
+qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la
+reçoit. L'un la prend comme la récompense de son mérite, l'autre
+la donne pour faire remarquer son équité et son discernement Nous
+choisissons souvent des louanges empoisonnées qui découvrent par
+contre-coup des défauts en nos amis, que nous n'osons divulguer.
+Nous élevons même la gloire des uns pour abaisser par là celle des
+autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de
+Turenne si on ne voulait pas les blâmer tous les deux (max. 144,
+145 et 198, I 148 et 149, 2e état).
+
+[30] Il est malaisé de définir l'amour, et tout ce qu'on en peut
+dire c'est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les
+esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une
+envie cachée et délicate de jouir de ce que l'on aime après
+beaucoup de mystères (max. 68, I 78).
+
+[31] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas
+elle, mais la fortune, qui fait les héros (max. 53, I 62).
+
+[32] Il n'y a point de libéralité et ce n'est que la vanité de
+donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons (max. 263, I
+286).
+
+[33] L'amour de la gloire et plus encore la crainte de la honte,
+le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode
+et agréable et l'envie d'abaisser les autres font cette valeur qui
+est si célèbre parmi les hommes (max. 213. I 226).
+
+[34] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de malheureux
+accidents parce que les habiles gens savent profiter des mauvais,
+et que les imprudents tournent bien souvent les plus avantageux à
+leur préjudice (max. 59. I 68).
+
+[35] On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la
+gloire; de là vient que, quelque chicane qu'on remarque dans la
+justice, elle n'est point égale à la chicane des braves (max. 221,
+I 235).
+
+[36] La valeur dans les simples soldats est un métier périlleux
+qu'ils ont pris pour gagner leur vie (max. 214, I 227).
+
+[37] Les crimes deviennent innocents et même glorieux par leur
+nombre et par leur excès; de là vient que les voleries publiques
+sont des habiletés, et que les massacres des provinces entières
+sont des conquêtes (MS 68, I 192).
+
+[38] Comme la plus heureuse personne du monde est celle à qui peu
+de choses suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les
+plus misérables qu'il leur faut l'assemblage d'une infinité de
+biens pour les rendre heureux (MP I).
+
+[39] Le vrai honnête homme c'est celui qui ne se pique de rien
+(max. 203, I 215).
+
+[40] La générosité c'est un désir de briller par des actions
+extraordinaires, c'est un habile et industrieux emploi du
+désintéressement, de la fermeté en amitié, et de la magnanimité,
+pour aller promptement à une grande réputation (max. 246, I 268).
+
+[41] Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumière
+de l'esprit, on peut dire la même chose de son étendue, de sa
+profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture,
+et de sa délicatesse.
+
+L'étendue de l'esprit est la mesure de sa lumière.
+
+La profondeur est celle qui découvre le fond des choses
+
+Le discernement les compare et les distingue.
+
+La justesse ne voit que ce qu'il faut voir.
+
+La droiture prend toujours le bon biais des choses.
+
+La délicatesse aperçoit les imperceptibles.
+
+Et le jugement prononce ce qu'elles sont.
+
+Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualités ne sont
+autres chose que la grandeur de l'esprit, lequel, voyant tout,
+rencontre dans la plénitude de ses lumières tous les avantages
+dont nous venons de parler (max. 97, I 107).
+
+[42] Quand la vanité ne fait point parler, on n'a pas envie de
+dire grand'chose (max. 137, I 139).
+
+[43] La sincérité c'est une naturelle ouverture de coeur; on la
+trouve en fort peu de gens et celle qui se pratique d'ordinaire
+n'est qu'une fine dissimulation pour arriver à la confiance des
+autres (max. 62, I 71).
+
+[44] La finesse n'est qu'une pauvre habileté (MP 2).
+
+[45] Dieu seul fait les gens de bien et on peut dire de toutes nos
+vertus ce qu'un poète a dit de l'honnêteté des femmes. _L'essere
+honesta non é se non un arte de parer honesta_ (MS 33, I 176).
+
+[46] Nous récusons tous les jours des juges pour les plus petits
+intérêts, et nous commettons notre gloire et notre réputation, qui
+est la plus importante affaire de notre vie, aux hommes qui nous
+sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignité,
+ou par leur préoccupation, ou par leur sottise, ou par leur
+injustice, et c'est pour obtenir d'eux un arrêt en notre faveur
+que nous exposons notre vie et que nous la condamnons à une
+infinité de soucis, de peines et de travaux (max. 268, I 292).
+
+[47] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses que tant de
+gens d'esprit emploient communément; les plus habiles affectent de
+les éviter toute leur vie pour s'en servir en quelque grande
+occasion et pour quelque grand intérêt (max. 124, I 126).
+
+[48] Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit, il arrive
+quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un
+endroit se découvre en un autre (max. 125, I 127).
+
+[49] Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des
+personnes considérables par leurs emplois, par leur esprit ou par
+leur mérite; elle nous fait sentir un plaisir exquis et élève
+merveilleusement notre orgueil parce que nous la regardons comme
+un effet de notre fidélité; cependant nous serons remplis de
+confusion si nous considérons l'imperfection et la bassesse de sa
+naissance, car elle vient de la vanité, de l'envie de parler et de
+l'impuissance de retenir les secrets, de sorte qu'on peut dire que
+la confiance est comme un relâchement de l'âme causé par le nombre
+et par le poids des choses dont elle est pleine (max. 239, I 255).
+
+[50] Nous ne nous apercevons que des emportements et des
+mouvements extraordinaires de nos humeurs, comme de la violence,
+de la colère, etc., mais personne quasi ne s'aperçoit que ces
+humeurs ont un cours ordinaire et réglé qui meut et tourne
+doucement et imperceptiblement notre volonté à des actions
+différentes; elles roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et
+exercent successivement leur empire, de sorte qu'elles ont une
+part considérable à toutes nos actions, dont nous croyons être les
+seuls auteurs (max. 297, I 48).
+
+[51] La pitié est un sentiment de nos propre maux dans un sujet
+étranger; c'est une prévoyance habile des malheurs où nous pouvons
+tomber, qui nous fait donner des secours aux autres pour les
+engager à nous les rendre dans de semblables occasions, de sorte
+que les services que nous rendons à ceux qui sont accueillis de
+quelque infortune sont à proprement parler des biens anticipés que
+nous nous faisons (max. 264, I 287).
+
+[52] Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté
+qui nous fait sortir de nous-mêmes, et qui nous immole
+continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de
+croire que, lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et
+s'abandonne lui-même, et même qu'il se laisse dépouiller et
+appauvrir sans s'en apercevoir, en sorte qu'il semble que la bonté
+soit la niaiserie et l'innocence de l'amour-propre. Cependant la
+bonté est en effet le plus prompt de tous les moyens don't
+l'amour-propre se sert pour arriver à ses fins; c'est un chemin
+dérobé par où il revient à lui-même plus riche et plus abondant;
+c'est un désintéressement qu'il met à une furieuse usure, c'est
+enfin un ressort délicat avec lequel il remue, il dispose et tourne
+tous les hommes en sa faveur (max. 236, I 250).
+
+[53] L'humilité est une feinte soumission que nous employons pour
+soumettre effectivement tout le monde; c'est un mouvement de
+l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'élever
+sur eux; c'est son plus grand déguisement, et son premier
+stratagème; certes, comme il est sans doute que le Protée des
+fables n'a jamais été, il est un véritable dans la nature, car il
+prend toutes les formes comme il lui plaît; mais, quoiqu'il soit
+merveilleux et agréable à voir sur toutes ses figures et dans
+toutes ses industries, il faut pourtant avouer qu'il n'est jamais
+si rare ni si plaisant que lorsqu'on le voit sous la forme et sous
+l'habit de l'humilité; car alors on le voit les yeux baissés, sa
+contenance est modeste et reposée, ses paroles douces et
+respectueuses, pleines de l'estime des autres et de dédain pour
+lui-même; il est indigne de tous les honneurs, il est incapable
+d'aucun emploi, et ne reçoit les charges où on l'élève que comme
+un effet de la bonté des hommes et de la faveur aveugle de la
+fortune (max. 254, I 277).
+
+[54] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des
+extrémités où on arrive rarement; l'espace qui est entre deux est
+vaste, et contient toutes les autres espèces de courages, il n'y a
+pas moins de différence entre eux qu'il y en a entre les visages
+et les humeurs; cependant ils conviennent en beaucoup de choses.
+Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une
+action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée;
+il y en a qui sont assez contents quand ils ont satisfait à
+l'honneur du monde et qui font fort peu de choses au delà. On en
+voit qui ne sont pas toujours également maîtres d'eux-mêmes.
+D'autres se laissent quelquefois entraîner à des épouvantes
+générales. D'autres vont à la charge pour n'oser demeurer dans
+leurs postes Enfin il s'en trouve à qui l'habitude des moindres
+périls affermit le courage, et les prépare à s'exposer à de plus
+grands. Outre cela, il y a un rapport général que l'on remarque
+entre tous les courages des différentes espèces dont nous venons
+de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant
+les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la liberté de se
+ménager. Il y a encore un autre ménage plus général qui, à parler
+absolument, s'étend sur toute sorte d'hommes: c'est qu'il n'y en a
+point qui fassent tout ce qu'ils seraient capables de faire dans
+une occasion s'ils avaient une certitude d'en revenir; de sorte
+qu'il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose à
+leur valeur et diminue son effet (max. 215, I 228).
+
+[55] On élève la prudence jusqu'au ciel et il n'est sorte d'éloge
+qu'on ne lui donne; elle est la règle de nos actions et de nos
+conduites, elle est la maîtresse de la fortune, elle fait le
+destin des empires; sans elle on a tous les maux, avec elle on a
+tous les biens; et, comme disait autrefois un poète, quand nous
+avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité, pour dire
+que nous trouvons dans la prudence tous les secours que nous
+demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne
+saurait nous assurer du plus petit effet du monde, parce que,
+travaillant sur une matière aussi changeante et inconnue qu'est
+l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets; Dieu
+seul, qui tient tous les coeurs des hommes entre ses mains, et
+qui, quand il lui plaît, en accorde les mouvement, fait aussi
+réussir les choses qui en dépendent; d'où il faut conclure que
+toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanité flatte
+notre prudence sont autant d'injures que nous faisons à sa
+providence (max. 65, I 75).
+
+[56] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes
+assemblés, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner;
+l'un paraît avec une déférence respectueuse et dit qu'il vient
+recevoir les conduites et soumettre ses sentiments, et son dessein
+le plus souvent est de faire passer les siens et de rendre celui
+qu'il fait maître de son avis garant de l'affaire qu'il lui
+propose. Quant à celui qui conseille, il paye d'abord la sincérité
+de son ami d'un zèle ardent et désintéressé qu'il lui montre, et
+cherche en même temps dans ses propres intérêts des règles de
+conseiller, de sorte que son conseil lui est bien plus propre qu'à
+celui qui le reçoit (max. 116, I 118).
+
+[57] Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions, car,
+sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous
+pleurons les nôtres, c'est-à-dire la diminution de notre bien, de
+notre plaisir ou de notre considération. De cette manière les
+morts ont l'honneur des larmes qui coulent pour les vivants. J'ai
+dit que c'est une espèce d'hypocrisie parce que par elle l'homme
+se trompe seulement lui-même. Il y en a une autre qui n'est pas si
+innocente et qui impose à tout le monde: c'est l'affliction de
+certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et
+immortelle douleur; car le temps, qui consomme tout, l'ayant
+consommée, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs
+plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre et
+travaillent à persuader par toutes leurs actions qu'elles
+égaleront la durée de leur déplaisir à leur propre vie. Cette
+triste et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les
+femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les
+chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et
+s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable
+douleur (cf. la maxime suivante).
+
+[58] Outre ce que nous avons dit, il y encore quelques autres
+espèces de larmes qui coulent de certaines petites sources et qui
+par conséquent s'écoulent incontinent; on pleure pour avoir la
+réputation d'être tendre, on pleure pour être pleuré, et on pleure
+enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la
+précédente. max. 233, I 247).
+
+[59] Les philosophes, et Sénèque surtout, n'ont point ôté les
+crimes par leurs préceptes, ils n'ont fait que les employer au
+bâtiment de l'orgueil (MS 21, I 105).
+
+[60] Les affaires et les actions des grands hommes ont comme les
+statues leur point de perspective il y en a qu'il faut voir de
+près pour en discerner toutes les circonstances, et il y en a
+d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est
+éloigné (max 104, I 114)
+
+[61] Comment prétendons-nous qu'un autre garde notre secret si
+nous n'avons pu le garder nous-même? (MS 64, I 100.)
+
+[62] Les philosophes ne condamnent les richesse que par le mauvais
+usage que nous en faisons; il dépend de nous de les acquérir et de
+nous en servir sans crime et, au lieu qu'elles nourrissent et
+accroissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu,
+nous pouvons les consacrer à toutes les vertus, et les rendre même
+par là plus agréables et plus éclatantes (MP 3)
+
+[63] Celui-là n'est pas raisonnable qui trouve la raison, mais
+celui qui la connaît, qui la goûte et qui la discerne (max. 105, I
+115).
+
+[64] La plus déliée de toutes les finesses est de savoir bien
+faire semblant de tomber dans les pièges que l'on nous tend; on
+n'est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les
+autres (max. 117, I 121).
+
+[65] La pure valeur (s'il y en avait) serait de faire sans témoins
+ce qu'on est capable de faire devant le monde (max. 216, I 229).
+
+[66] L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme par
+laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions
+que la vue des grands périls a accoutumé d'élever en elle, par
+cette force les héros se maintiennent dans un état paisible et
+conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les
+accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette
+intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au lieu
+que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est
+nécessaire dans les périls de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230
+et 231).
+
+[67] Enfin l'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses
+métamorphoses, après avoir joué tout seul les personnages de la
+comédie humaine, se montre avec son visage naturel et se découvre
+par la fierté, de sorte qu'à proprement parler la fierté est
+l'éclat et la déclaration de l'orgueil (MS 6, I 37).
+
+[68] La politesse de l'esprit est un tout de l'esprit par lequel
+il pense toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max
+99. I 109).
+
+[69] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel
+il pénètre et conçoit les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire
+celles qui sont le plus capables de plaire aux autres (max 100. I
+110).
+
+[70] Qui ne rirait de la modération, et de l'opinion qu'on a
+conçue d'elle? Elle n'a garde (ainsi qu'on croit) de combattre et
+de soumettre l'ambition, puisque jamais elles ne se peuvent
+trouver ensemble, la modération n'étant véritablement qu'une
+paresse, une langueur et un manque de courage, de manière qu'on
+peut justement dire que la modération est la bassesse de l'âme
+comme l'ambition en est l'élévation (max. 293. I 17)
+
+[71] La modération dans la bonne fortune n'est que la crainte de
+la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on
+a (MS 3. I 18).
+
+[72] La politesse des États est le commencement de leur décadence,
+parce qu'elle applique tous les particuliers à leurs intérêts
+propres et les détourne du bien public (MS 52. I 282).
+
+[73] La faiblesse de l'esprit est mal nommée; c'est en effet la
+faiblesse du coeur, qui n'est autre chose qu'une impuissance
+d'agir et un manque de principe de vie (max. 44. I 49).
+
+[74] La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les
+défauts de l'esprit (max. 257. I 280).
+
+[75] La sévérité des femmes c'est un ajustement et un fard
+qu'elles ajoutent à leur beauté, c'est comme un prix dont elles
+augmentent le leur, c'est enfin un attrait fin et délicat et une
+douceur déguisée (max. 204, I 216).
+
+[76] Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance
+seraient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du Ciel
+puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre; en effet elle
+est produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir
+pour but, regardent seulement les intérêts particuliers de ceux
+qui les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à
+leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand
+et si général (MS. 41. I 232).
+
+[77] La modération dans la bonne fortune est le calme de notre
+humeur adoucie par la satisfaction de l'esprit; c'est aussi la
+crainte du blâme et du mépris qui suivent ceux qui s'enivrent de
+leur bonheur, c'est une vaine ostentation de la force de notre
+esprit, et enfin, pour la définir intimement, la modération des
+hommes dans leurs plus hautes élévations est une ambition de
+paraître plus grands que les choses qui les élèvent (max. 17 et
+18, I 19 et 20).
+
+[78] La persévérance n'est digne de blâme ni de louange parce
+qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments qu'on ne
+s'ôte ni qu'on ne se donne (max. 177, I 186)
+
+[79] La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre
+(max. 153, I 160).
+
+[80] La civilité est une envie d'en recevoir; c'est aussi un désir
+d'être estimé poli (max. 260, I 283).
+
+[81] La vérité qui fait les gens véritables est une imperceptible
+ambition qu'ils ont de rendre leur témoignage considérable et
+d'attirer à leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
+
+[82] Nous avouons nos défauts pour réparer le préjudice qu'ils
+nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous leur
+donnons de la justice du nôtre (max. 184, I 193).
+
+[83] La clémence des princes est une politique dont ils se servent
+pour gagner l'affection des peuples (max. 15, I 15).
+
+[84] On s'est trompé quand on a cru, après tant de grands
+exemples, que l'ambition et l'amour triomphaient toujours des
+autres passions; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est,
+qui en est le plus souvent la maîtresse: elle usurpe
+insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de
+la vie, et enfin elle émousse et éteint toutes les passions et
+toutes les vertus (max. 266, I 289).
+
+[85] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses peuvent
+difficilement s'appliquer assez aux grandes, parce qu'ils
+consomment toute leur application pour les petites, et même, en la
+plupart des hommes, c'est une marque qu'ils n'ont aucun talent
+pour les grandes (max. 41 et MS 7, I 45 et 51).
+
+[86] Il y a deux sortes d'inconstances: l'une qui vient de la
+légèreté de l'esprit qui à tout moment change d'opinion, ou plutôt
+de la pauvreté de l'esprit qui reçoit toutes les opinions des
+autres; l'autre qui est plus excusable, vient de la [fin] du goût
+des choses que l'on aimait (max. 181, I 190).
+
+[87] La sobriété est l'amour de la santé ou l'impuissance de
+manger beaucoup (MS 24, I 135).
+
+[88] La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation et de
+leur repos (max. 205, I 217).
+
+[89] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un désir
+caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune par le
+mépris des mêmes biens dont elle les privait; c'était un secret
+qu'ils avaient trouvé pour se dédommager de l'avilissement de la
+pauvreté; c'était enfin un chemin détourné pour aller à la
+considération que les richesses donnent (max. 54, I 63).
+
+[90] La fidélité est une invention rare de l'amour-propre par
+laquelle l'homme, s'érigeant en dépositaire des choses précieuses,
+se rend à lui-même infiniment précieux; de tous les trafics de
+l'amour-propre c'est celui où il fait moins d'avances et de plus
+grands profits; c'est un raffinement de sa politique, car il
+engage les hommes par leurs biens, par leur honneur, par leur
+liberté et par leur vie qu'ils sont forcés de confier en quelques
+occasions, à élever l'homme fidèle au-dessus de tout le monde
+(max. 247, I 269).
+
+[91] L'éducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre
+qu'on leur inspire (max. 261, I 284, Ier état).
+
+[92] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage
+qu'elles nous causent (max. 180, I 189).
+
+[93] Il y a des héros en mal comme en bien (max. 185, I 194).
+
+[94] L'amour-propre est l'amour de soi-même et de toutes choses
+pour soi; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les
+rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en ouvrait les
+moyens; il ne repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les
+sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs pour en
+tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si impétueux que ses
+désirs, rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que
+ses conduites; ses souplesses ne se peuvent représenter, ses
+transformations passent celles de la métamorphose, et ses
+raffinements ceux de la chimie.
+
+On ne peut sonder la profondeur ni percer les ténèbres de ses
+abîmes; là il est à couvert des yeux les plus pénétrants, il y
+fait mille insensibles tours et retours; là il est souvent
+invisible à lui-même, et il y conçoit, il y nourrit, et il y
+élève, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines;
+il en forme même quelquefois de si monstrueuses que, lorsqu'il les
+a mises au jour, il les méconnaît ou il ne peut se résoudre à les
+avouer.
+
+De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions
+qu'il a de lui-même; de là viennent ses erreurs, ses ignorances,
+ses grossièretés et ses niaiseries sur son sujet; de là vient
+qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont
+qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus d'envie de courir quand
+il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les goûts qu'il a
+rassasiés.
+
+Mais cette obscurité épaisse qui le cache à lui-même n'empêche pas
+qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est
+semblable à nos yeux qui découvrent tout et sont aveugles
+seulement pour eux-mêmes. En effet dans ses plus grands intérêts
+et dans ses plus importantes affaires, où la violence de ses
+souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend,
+il imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout; de sorte
+qu'on est tenté de croire que chacune de ses passions a une magie
+qui lui est propre.
+
+Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaie
+de rompre inutilement à la vue des malheurs extrêmes qui le
+menacent; cependant il fait quelquefois en peu de temps et sans
+aucun effort ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est
+capable dans le cours de plusieurs années: d'où l'on pourrait
+conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-même que ses
+désirs sont allumés, plutôt que par la beauté et par le mérite de
+ses objets, que son goût est le prix qui les relève et le fard qui
+les embellit, que c'est après lui-même qu'il court, et qu'il suit
+son gré lorsqu'il suit les choses qui sont à son gré.
+
+Il est tous les contraires; il est impérieux et obéissant, sincère
+et dissimulé, miséricordieux et cruel, timide et audacieux, etc.
+
+Il a de différentes inclinations selon la diversité des
+tempéraments, qui les tournent et le dévouent pour l'ordinaire à
+la gloire ou aux richesses ou aux plaisirs; il en change selon le
+changement de nos âges, de nos fortunes et de nos expériences;
+mais il lui est indifférent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir
+qu'une, parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une
+quand il le faut et comme il lui plaît. Il est inconstant et,
+outre les changements qui lui viennent des causes étrangères, il
+en a une infinité qui naissent de lui et de son propre fonds, car
+il est naturellement inconstant de toutes manières; il est
+inconstant d'inconstance, de légèreté, d'amour, de nouveauté, de
+lassitude et de dégoût.
+
+Il est capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec la
+dernière application, et avec des travaux incroyables, à obtenir
+des choses qui ne lui sont point avantageuses et qui même lui sont
+nuisibles, et qu'il poursuit seulement parce qu'il les veut.
+
+Il est bizarre et met souvent toute son application dans les
+emplois les plus frivoles; il trouve tout son plaisir dans les
+plus fades et conserve toute sa fierté dans les plus méprisables.
+
+Il est dans tous les états de la vie et dans toutes les
+conditions; il vit partout, il vit de tout, et il vit de rien; il
+s'accommode des choses et de leur privation; il passe même dans le
+parti des gens de piété qui lui font la guerre; il entre dans
+leurs desseins et, ce qui est admirable il se hait lui-même, avec
+eux il conjure sa perte, il travaille même à sa ruine; enfin il ne
+se soucie que d'être, et, pourvu qu'il soit, il veut bien être son
+ennemi.
+
+Il ne faut donc pas s'étonner s'il se joint à la plus sévère
+piété, et s'il entre si hardiment en société avec elle pour se
+détruire, parce que, dans le même temps qu'il se ruine en un
+endroit, il se rétablit en un autre; quand on pense qu'il quitte
+son plaisir, il le change seulement en satisfaction; et lors même
+qu'il est vaincu et qu'on croit en être défait, on le retrouve
+dans le triomphe de sa défaite.
+
+Voilà la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie n'est
+qu'une grande et longue agitation; la mer en est une image
+sensible, et l'amour-propre trouve dans la violence de ses vagues
+continuelles une fidèle expression de la succession turbulente de
+ses pensées et de ses éternels mouvements (MS I, I I).
+
+[95] L'intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent
+trompés. (max. 118, I 122)
+
+[96] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler
+(max. 138, I 140).
+
+[97] La ruine du prochain plaît aux amis et aux ennemis (MP 4).
+
+[98] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que
+l'amour de la faveur; c'est aussi la rage de n'avoir point la
+faveur, qui se console et s'adoucit un peu par le mépris des
+favoris; c'est enfin une secrète envie de les détruire qui fait
+que nous leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant pas leur ôter
+[ce] qui leur attire ceux de tout le monde (max. 55, I 64).
+
+[99] Chaque homme n'est pas plus différent des autres hommes qu'il
+l'est souvent de lui-même (max. 135, I 137).
+
+[100] Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des
+marchands: elle soutient le commerce, et nous ne payons pas pour
+la justice de payer, mais pour trouver plus facilement des gens
+qui nous prêtent (max. 223, I 237).
+
+[101] La coutume que nous avons de nous déguiser aux autres pour
+acquérir leur estime fait qu'enfin nous nous déguisons à
+nous-mêmes (max. 119, I 123).
+
+[102] Les biens et les maux sont plus grands dans notre
+imagination qu'ils ne le sont en effet, et on n'est jamais si
+heureux ni si malheureux que l'on pense (max. 49, I 56).
+
+[103] Il y a des personnes à qui leurs défauts siéent bien et
+d'autres qui sont disgraciées de leurs bonnes qualités (max. 251,
+I 281).
+
+[104] La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la
+sincérité, de la douceur, et de la tendresse, n'est qu'un désir de
+rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre et une
+crainte de quelque mauvais événement (max. 82. I 95).
+
+[105] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant
+la persécution et leur haine que les bonnes qualités que nous
+avons (max. 29, I 32).
+
+[106] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui
+paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c'est
+qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plutôt à ce qu'il veut
+dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit, et que les plus
+habiles et les plus complaisants se contentent de montrer
+seulement une mine attentive au même temps que l'on voit, dans
+leurs yeux et dans leur esprit, un égarement et une précipitation
+de retourner à ce qu'ils veulent dire, au lieu de considérer que
+c'est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les autres de
+chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et
+bien répondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse
+avoir (max. 139, I 141).
+
+[107] Comme si ce n'était pas assez à l'amour-propre d'avoir la
+vertu de se transformer lui-même, il a encore celle de transformer
+ses objets; ce qu'il fait d'une manière fort étonnante, car non
+seulement il les déguise si bien qu'il y est lui-même abusé, mais
+aussi, comme si ses actions étaient des miracles, il change l'état
+et la nature des choses soudainement. En effet, lorsqu'une
+personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa
+persécution contre nous, c'est avec toute la sévérité de la
+justice que notre amour-propre juge ses actions, il donne même une
+étendue à ses défauts qui les rend énormes, et met ses bonnes
+qualités dans un jour si désavantageux qu'elles deviennent plus
+dégoûtantes que ses défauts. Cependant, dès que cette même
+personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos intérêts
+l'a réconciliée avec nous, notre seule satisfaction rend aussitôt
+à son mérite le lustre que notre aversion venait d'effacer. Tous
+ses avantages en reçoivent un fort grand des biais dont nous les
+regardons; toutes ses mauvaises qualités disparaissent, et nous
+appelons même toute notre indulgence pour la forcer à justifier la
+guerre qu'elles nous ont faite (cf. la maxime suivante).
+
+[108] Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour
+la fait voir plus clairement que les autres, car nous voyons un
+amoureux, agité de la rage où l'a mis un visible oubli ou
+infidélité découverte, conjure[r] le ciel et les enfers contre sa
+maîtresse et néanmoins, aussitôt qu'elle s'est présentée et que sa
+vue a calmé la fureur de ses mouvements, son ravissement rend
+cette beauté innocente, il n'accuse plus que lui-même, il condamne
+ses condamnations et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre
+il ôte la noirceur aux actions mauvaises de sa maîtresse et en
+sépare le crime pour en charger ses soupçons (pour cette maxime et
+la précédente: max. 88, I 101).
+
+[109] La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on nous ôte ce
+qui nous appartient; de là vient cette considération et ce respect
+pour tous les intérêts du prochain et cette scrupuleuse
+application à ne lui faire aucun préjudice. Sans cette crainte qui
+retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la
+fortune lui a donnés, pressé par la violente passion de se
+conserver, comme par une faim enragée, il ferait des courses
+continuellement sur les autres (MS 14, I. 88).
+
+[110] La justice, dans les bons juges qui sont modérés n'est que
+l'amour de l'approbation; dans les ambitieux c'est l'amour de leur
+élévation (MS 15, I 89).
+
+[111] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons
+jamais de grands biens ni de grands maux qui ne produisent
+infailliblement leurs pareils. L'imitation des biens vient de
+l'émulation et celle des maux de l'excès de la malignité naturelle
+qui, étant comme tenue en prison par la honte, est mise en liberté
+par l'exemple (max. 230, I 244).
+
+[112] Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a la force et la
+hardiesse de pouvoir être méchant: toute autre bonté n'est en
+effet qu'une privation de vice ou plutôt la timidité des vices et
+leur endormissement (max. 237, I 251).
+
+[113] Chacun pense être plus fin que les autres (MP 5).
+
+[114] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur
+orgueil; il sert encore à le nourrir et à l'augmenter, et c'est
+pour manquer de lumières que nous ignorons toutes nos misères et
+tous nos défauts (MS 19, I 102).
+
+[115] La constance en amour est une inconstance perpétuelle qui
+fait que notre coeur s'attache successivement à toutes les
+qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la
+préférence à l'une, tantôt à l'autre, de sorte que cette constance
+n'est que notre inconstance arrêtée et renfermée dans un sujet
+(max. 175. I 184).
+
+[116] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur
+mérite, mais selon nos besoins et l'opinion que nous croyons leur
+avoir donnée de ce que nous valons (MS 70, I 248).
+
+[117] Il n'y a point d'amour pure et exempte du mélange de nos
+autres passions, que celle qui est cachée au fond du coeur et que
+nous ignorons nous-mêmes (max. 69, I 79).
+
+[118] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le
+manque de vertu (max. 186, I 195).
+
+[119] La passion fait souvent du plus habile homme un sot et rend
+quasi toujours les plus sots habiles (max. 6, I 6).
+
+[120] Il y a des gens niais qui se connaissent niais et qui
+emploient habilement leur niaiserie (max. 208, I 220).
+
+[121] Tout le monde est plein de pelles qui se moquent des
+fourgons (MS 5. I 33).
+
+[122] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité (MP 6).
+
+[123] Pour savoir, il faut savoir le détail des choses, et comme
+il est presque infini, de là vient que si peu de gens sont savants
+et que nos connaissances sont superficielles et imparfaites, et
+qu'on décrit les choses au lieu de les définir. En effet on ne les
+connaît et on ne les fait connaître qu'en gros et par des marques
+communes, de même que si quelqu'un disait que le corps humain est
+droit et composé de différentes parties, sans dire le nombre, la
+situation, les fonctions, les rapports et les différences de ces
+parties (max. 106, I 116).
+
+[124] Il est bien malaisé de distinguer la bonté répandue et
+générale pour tout le monde de la grande habileté (MS 44, I 252).
+
+[125] On incommode toujours les autres quand on est persuadé de ne
+les pouvoir jamais incommoder (max. 242, I 264).
+
+[126] Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux
+des hommes sont représentées par les politiques comme les effets
+des grands intérêts, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de
+l'humeur et des passions; ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine,
+qu'on rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du
+monde, était un effet de la jalousie (max. 7, I 7).
+
+[127] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent
+toujours; elles sont comme un art de la nature dont les règles
+sont infaillibles et l'homme le plus simple, qui sent, persuade
+mieux que celui qui n'a que la seule éloquence (max. 8, I 8).
+
+[128] La vraie éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et à
+ne dire que ce qu'il faut (max. 250, I 273).
+
+[129] Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être
+malheureux pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont de
+véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre
+jamais à persécuter que les personnes qui ont des qualités
+extraordinaires (max. 50, I 57).
+
+[130] La coquetterie est le fond de l'humeur de toutes les femmes,
+mais toutes n'en ont pas l'exercice parce que la coquetterie de
+quelques-unes est arrêtée et enfermée par leur tempérament et par
+leur raison (max. 241, I 263).
+
+[131] Un homme d'esprit serait souvent embarrassé sans la
+compagnie des sots (max. 140, I 142).
+
+[132] Les pensées et les sentiments ont chacun un ton de voix, une
+action et un air de visage qui leur sont propres; c'est ce qui
+fait les bons et les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi
+que les personnes plaisent ou déplaisent (max. 255, I 278).
+
+[133] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point et
+qu'il trouve toutes achevées en lui-même, de sorte qu'il semble
+qu'elles y soient cachées comme l'or et les diamants dans le sein
+de la terre (max. 101, I 111).
+
+[134] La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire
+infailliblement (MS 46, I 256).
+
+[135] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le
+véritable dessein de trahir (max. 120, I 124).
+
+[136] L'approbation que l'on donne à l'esprit, à la beauté et à la
+valeur les augmente et les perfectionne et leur fait faire de plus
+grands effets qu'ils n'auraient été capables de faire d'eux-mêmes
+(max. 150, I 156).
+
+[137] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de
+nous-mêmes, que de voir que nous avons été dans des états et dans
+des sentiments que nous désapprouvons à cette heure (max. 51, I
+58).
+
+[138] Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre
+raison (max. 42, I 46).
+
+[139] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas
+tant la lassitude que l'on a des vieilles, ni le plaisir de
+changer, que le dégoût que nous avons de n'être pas assez admirés
+de ceux qui nous connaissent trop et l'espérance de l'être
+davantage de ceux qui ne nous connaissent guère (max. 178, I 187).
+
+[140] Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de
+passions et plus de vertu que les âmes communes, mais celles qui
+ont seulement de plus grandes vues (MS 31, I 161).
+
+[141] On n'est jamais si malheureux qu'on craint ni si heureux
+qu'on espère (MS 9, I 59).
+
+[142] On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer et
+l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise
+compagnie (max. 141, I 143).
+
+[143] Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui
+prouvent la fausseté des vertus, c'est que nous croyons trop
+aisément qu'elles sont véritables en nous (MP 7).
+
+[144] La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps,
+et quelque éloignés que nous paraissions être des passions que
+nous n'avons point encore ressenties, il faut croire toutefois que
+l'on n'y est pas moins exposé qu'on l'est à tomber malade quand on
+se porte bien (max. 188, I 197).
+
+[145] On blâme l'injustice, non pas par la haine qu'on a pour
+elle, mais par le préjudice qu'on en reçoit (MS 16, I 90).
+
+[146] Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts
+et les conduire chacun dans son ordre; notre avidité le trouble
+souvent en nous faisant courir à tant de choses à la fois; de là
+vient que pour désirer trop les moins importantes, nous ne les
+faisons pas assez servir à obtenir les plus considérables (max.
+66, I 76).
+
+[147] Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de
+la fortune (max. 45, I 50).
+
+[148] La honte, la paresse, la timidité ont souvent toutes seules
+le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre
+vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).
+
+[149] On n'a plus de raison quand on n'espère plus d'en trouver
+aux autres (MS 20, I 103).
+
+[150] Ceux qu'on exécute affectent quelquefois des constances, des
+froideurs, et des mépris de la mort pour ne pas penser à elle et
+pour s'étourdir, de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces
+mépris font à leur esprit ce que le mouchoir fait à leurs yeux
+(max. 21, I 24).
+
+[151] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir
+l'injustice (max. 78, I 91).
+
+[152] Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que
+dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e état).
+
+[153] La plupart des hommes s'exposent assez à la guerre pour
+sauver leur honneur, mais peu se veulent toujours exposer autant
+qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils
+s'exposent (max. 219, I 233).
+
+[154] On ne loue que pour être loué (max. 146, I 150).
+
+[155] Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé net, sincère et
+honnête est plutôt un effet de probité que d'habileté (max. 170, I
+178).
+
+[156] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de
+chaque chose (max. 244, I 266).
+
+[157] On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt
+(MS 28, I 151).
+
+[158] La vérité est le fondement et la justification de la beauté
+(MS 49, I 260).
+
+[159] Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions
+pas de celui des autres (max. 34, I 38).
+
+[160] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous désirons
+toutes choses comme si nous étions immortels (MP 8).
+
+[161] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui
+leur sert que la louange qui les trahit (max. 147, I 152).
+
+[162] La subtilité est une fausse délicatesse et la délicatesse
+une solide subtilité (max. 128, I 130).
+
+[163] La vérité est le fondement et la raison de la perfection et
+de la beauté, car il est certain qu'une chose, de quelque nature
+qu'elle soit, est belle et parfaite si elle est tout ce qu'elle
+doit être et si elle a tout ce qu'elle doit avoir. (MS 49, I 260).
+
+[164] Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait
+qu'elles offensent et blessent toujours, même lorsqu'elles parlent
+raisonnablement et équitablement; la charité a seule le privilège
+de dire quasi tout ce qui lui plaît et de ne blesser jamais
+personne (max. 9, I 9).
+
+[165] Le monde, ne connaissant point le véritable mérite, n'a
+garde de pouvoir le récompenser; aussi n'élève-t-il à ses
+grandeurs et à ses dignités que des personnes qui ont de belles
+qualités apparentes et il couronne généralement tout ce qui luit
+quoique tout ce qui luit ne soit pas de l'or (max. 166, I 173).
+
+[166] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le coeur, il
+y a un mérite fade et des personnes qui dégoûtent avec des
+qualités bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e état).
+
+[167] Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de
+nos amis lorsqu'elles servent à nous faire faire quelque belle
+action (max. 235, I 249).
+
+[168] Quand il n'y a que nous qui sachions nos crimes, ils sont
+bientôt oubliés (max. 196, I 207).
+
+[169] L'intérêt donne toute sorte de vertus et de vices (max. 253,
+I 276).
+
+[170] Plusieurs personnes s'acquittent des devoirs de la
+reconnaissance, quoiqu'il soit vrai de dire que personne n'en a
+effectivement (max. 224, I 238).
+
+[171] Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut
+pour y paraître établi (max. 56, I 65).
+
+[172] Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun se
+fait une mine et un extérieur qu'il met en la place de la chose
+dont il veut avoir le mérite, de sorte que tout le monde n'est
+composé que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à
+y trouver les choses (max. 256, I 279).
+
+[173] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le
+monde chante un certain temps quelque fades et dégoûtants qu'ils
+soient (max. 211, I 223).
+
+[174] Comme dans la nature il y a une éternelle génération et que
+la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de
+même il y a dans le coeur humain une génération perpétuelle de
+passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours
+l'établissement d'une autre (max. 10, I 10).
+
+[175] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son
+semblable, est véritable dans la physique, mais je sais bien
+qu'elle est fausse dans la morale et que les passions en
+engendrent souvent qui leur sont contraires; ainsi l'avarice
+produit quelquefois la libéralité, et la libéralité l'avarice, on
+est souvent ferme de faiblesse, et l'audace naît de la timidité
+(max. 11, I 11).
+
+[176] Peu de gens sont cruels de cruauté, mais tous les hommes
+sont cruels et inhumains d'amour-propre (MS 32, I 174).
+
+[177] L'intérêt parle toute sorte de langues et joue toute sorte
+de personnages, même celui de désintéressé (max. 39, I 43).
+
+[178] L'esprit est toujours la dupe du coeur (max. 102, I 112).
+
+[179] Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions sous le
+voile de la piété et de l'honneur, il y en a toujours quelque coin
+qui se montre (max. 12, I 12).
+
+[180] La philosophie triomphe aisément des maux passés et de ceux
+qui ne sont pas prêts d'arriver, mais les maux présents triomphent
+d'elle (max. 22, I 25).
+
+[181] Ce qui fait tout le mécompte que nous voyons dans la
+reconnaissance des hommes, c'est que l'orgueil de celui qui donne,
+et l'orgueil de celui qui reçoit, ne peuvent convenir du prix du
+bienfait (max. 225, I 239).
+
+[182] La vanité et la honte, et surtout le tempérament, fait la
+valeur des hommes, et la chasteté des femmes, dont chacun mène
+tant de bruit (max. 220, I 234).
+
+[183] Il y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire
+des sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient
+de conduite (max. 156, I 163).
+
+[184] On se console souvent d'être malheureux en effet par un
+certain plaisir qu'on trouve à le paraître (MS 10, I 60).
+
+[185] On admire tout ce qui éblouit, et l'art de savoir bien
+mettre en oeuvre de médiocres qualités dérobe l'estime et donne
+souvent plus de réputation que le véritable mérite (max. 162, I
+164).
+
+[186] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie, ils
+les font valoir ce qu'ils veulent et on est forcé de les recevoir
+selon leur cours et non pas selon leur véritable prix (MS 67, I
+165).
+
+[187] La vertu est un fantôme formé par nos passions à qui on
+donne un nom honnête pour faire impunément ce qu'on veut (MS 34, I
+179).
+
+[188] Peu de gens connaissent la mort; on la souffre, non par la
+résolution, mais par la stupidité et par la coutume, et la plupart
+des hommes meurent parce qu'on meurt (max. 23, I 26).
+
+[189] L'imitation est toujours malheureuse et tout ce qui est
+contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles
+sont naturelles (MS 43, I 245).
+
+[190] Dieu a mis des talents différents dans l'homme comme il a
+planté de différents arbres dans la nature, en sorte que chaque
+talent de même que chaque arbre a ses propriétés et ses effets qui
+lui sont tous particuliers; de là vient que le poirier le meilleur
+du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le
+talent le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets des
+talents les plus communs; de là vient encore qu'il est aussi
+ridicule de vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en
+soi que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on
+n'y ait point semé les oignons (MP 9).
+
+[191] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir
+(max. 270, I 294).
+
+[192] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est ce qui
+fait toute la lumière des autres (max. 40, I 44).
+
+[193] Il y a des reproches qui louent et des louanges qui médisent
+(max. 148, I 153).
+
+[194] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut
+avoir l'économie (max. 159, I 166).
+
+[195] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé comme
+il est, c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en
+soi-même de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de
+ses sentiments et de ses inclinations (MP 10).
+
+[196] On se mécompte toujours dans le jugement que l'on fait de
+nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (max.
+160, I 167).
+
+[197] Il faut une certaine proportion entre les actions et les
+desseins qui les produisent, sans laquelle les actions ne font
+jamais tous les effets qu'elles doivent faire (max. 161, I 168).
+
+[198] Quoique la vanité des ministres se flatte de la grandeur de
+leurs actions, elles sont bien souvent les effets du hasard ou de
+quelque petit dessein (max. 57, I 66).
+
+[199] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans
+la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, I 299).
+
+[200] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (max. 209,
+I 221).
+
+[201] Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin par la
+longueur de leurs infortunes; cela ne veut pas dire qu'ils fussent
+forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se
+donnaient la gêne pour le paraître, et qu'ils soutenaient leurs
+malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de
+leur âme; cela fait voir manifestement qu'à une grande vanité près
+les héros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).
+
+[202] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue
+qu'ils ont et le mérite de leur fortune (max. 212, I 224).
+
+[203] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands
+défauts (max. 190, I 198).
+
+[204] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt,
+comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).
+
+[205] Il y a des hommes que l'on estime, qui n'ont pour toutes
+vertus que des vices qui sont propres à la société et au commerce
+de la vie (max. 273, I 297).
+
+[206] Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la
+vérité puisque nous nous la cachons si souvent nous-mêmes (MP II).
+
+[207] Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que
+la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la
+doit mépriser (MP 12).
+
+[208] Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si bien
+persuadés qu'ils disent que la mort n'est pas un mal que le
+tourment qu'ils se donnent pour éterniser leur réputation (MS 53,
+I 285, Ier état).
+
+[209] Il semble que c'est le diable qui a tout exprès placé la
+paresse sur la frontière de plusieurs vertus (MP 13).
+
+[210] La fin du bien est un mal, la fin du mal est un bien (MP
+14).
+
+[211] L'orgueil est égal dans tous les hommes et il n'y a de
+différence qu'en la manière de le mettre au jour (max. 35, I 39).
+
+[212] On blâme aisément les défauts des autres, mais on s'en sert
+rarement à corriger les siens (MP 15).
+
+[213] On n'oublie jamais si bien les choses que quand on s'est
+lassé d'en parler (MS 26, I 144).
+
+[214] Comment peut-on se répondre si hardiment de soi-même
+puisqu'il faut auparavant se pouvoir répondre de sa fortune? (MS
+II, I 70.)
+
+[215] L'espérance, toute vaine et toute trompeuse qu'elle est
+d'ordinaire, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un
+beau chemin (max. 168, I 175).
+
+[216] La magnanimité est assez définie par son nom; on pourrait
+dire toutefois que c'est le bon sens de l'orgueil et la voie la
+plus noble qu'elle ait pour recevoir des louanges (max. 285, I
+313).
+
+[217] La clémence c'est un mélange de gloire, de paresse et de
+crainte dont nous faisons une vertu (max. 16, I 16).
+
+[218] On n'est pas moins exposé aux rechutes des maladies de l'âme
+que de celles du corps; nous croyons être guéris bien que le plus
+souvent ce ne soit qu'un relâche ou un changement de mal; quand
+les vices nous quittent, nous voulons croire que c'est nous qui
+les quittons; on pourrait presque dire qu'ils nous attendent sur
+le cours ordinaire de la vie comme des hôtelleries où il faut
+successivement loger, et je doute que l'expérience même nous en
+peut [sic] garantir s'il nous était permis de faire deux fois le
+même chemin (max. 193, 192 et 191, I 204, 203 et 202).
+
+[219] Si l'on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il
+ressemble plus à la haine qu'à l'amitié (max. 72, I 82).
+
+[220] On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que
+par celles qu'on affecte d'avoir (max. 134, I 136).
+
+[221] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la
+durée de notre vie (max. 5, I 5).
+
+[222] Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais eu de
+galanteries, mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais eu
+qu'une (max. 73, I 83).
+
+[223] L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au
+corps qu'elle anime (MS 13, I 77).
+
+[224] Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher
+l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas (max. 70, I 80).
+
+[225] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on
+ne peut se plaindre avec justice de la cruauté de sa maîtresse, ni
+elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).
+
+[226] La durée de l'amour et ce qu'on appelle ordinairement
+constance sont deux choses bien différentes: la première vient de
+ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime,
+comme dans une source inépuisable, de nouveaux sujets d'aimer, et
+l'autre vient de qu'on se fait un honneur de tenir sa parole (max.
+176, I 185).
+
+[227] Les vices entrent dans la composition des vertus comme les
+poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la
+médecine, la prudence les assemble, elle les tempère et elle s'en
+sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
+
+[228] Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas
+selon leur grandeur, mais selon notre sensibilité (MP 16).
+
+[229] La curiosité n'est pas, comme l'on croit, un simple amour de
+la nouveauté: il y en a d'intérêt, qui fait que nous voulons
+savoir les choses pour nous en prévaloir; et il y en a une autre
+d'orgueil, qui nous donne envie d'être au-dessus de tous ceux qui
+ignorent les choses, et de n'être pas au-dessous de ceux qui les
+savent (max. 173, I 182).
+
+[230] On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude
+(max. 226, I 240).
+
+[231] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impunément
+(max. 121, I 125).
+
+[232] Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois
+(max. 149, I 154).
+
+[233] On peut connaître son esprit, mais qui peut connaître son
+coeur? (max. 103, I 113).
+
+[234] Le vrai ne fait pas tant de bien dans le monde que le
+vraisemblable y fait de mal (max. 64, I 73).
+
+[235] La petitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté (cf. la maxime
+suivante).
+
+[236] On ne croit pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous
+voyons (pour cette maxime et la précédente: max. 265, I 288).
+
+[237] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d'ordinaire
+pas assez ce qui en est l'origine (MP 17).
+
+[238] Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir,
+parce qu'on songe plus à paraître aux autres qu'à être
+effectivement ce qu'il faut être (max. 199, I 210).
+
+[239] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que
+dans de nouvelles inquiétudes; l'incertitude est sa matière (max.
+32, I 35).
+
+[240] Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu'on
+craint, parce qu'elle cause la fin de la vie ou la fin de l'amour;
+c'est un cruel remède, mais il est plus doux que les doutes et les
+soupçons (MP 18).
+
+[241] Il est difficile de comprendre combien est grande la
+ressemblance et la différence qu'il y a entre tous les hommes (MP
+19).
+
+[242] C'est être véritablement honnête homme que de vouloir bien
+être examiné des honnêtes gens en tous temps et sur tous les
+sujets qui se présentent (max. 206, I 218).
+
+[243] Le désir de vivre ou de mourir sont des goûts de l'amour-propre
+dont il ne faut non plus disputer que des goûts de la langue ou du
+choix des couleurs (max. 46, I 52).
+
+[244] Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des
+hommes que de leur faire trop de bien (max. 238, I 253).
+
+[245] Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent
+le coeur de l'homme, c'est que l'on craint d'y être découvert (MP
+20).
+
+[246] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme
+il lui plaît il s'en fait plusieurs vertus (max. I, I 293).
+
+[247] On est sage pour les autres, personne ne l'est assez pour
+soi-même (max. 132, I 133).
+
+[248] La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande
+partie de celle que l'on a aux autres (MS 47, I 258).
+
+[249] On peut toujours ce qu'on veut, pourvu qu'on le veuille bien
+(max. 243, I 265 et 272, Ier état).
+
+[250] La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de
+la santé, c'est la folie de la raison (max. 271, I 295).
+
+[251] Toutes les passions ne sont autre chose que les divers
+degrés de la chaleur et de la froideur du sang (MS 2, I 13).
+
+[252] Comme c'est le caractère des grands esprits de faire
+entendre avec peu de paroles beaucoup de choses, les petits
+esprits en revanche ont l'art de parler beaucoup et de ne dire
+rien (max. 142, I 145).
+
+[253] De toutes les passions celle qui est la plus inconnue c'est
+la paresse, elle est la plus violente et la plus maligne de
+toutes, quoique sa violence soit insensible et que les dommages
+qu'elle cause soient très cachés; si nous considérons
+attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes
+rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos
+plaisirs; c'est le petit poisson qui a la force d'arrêter les plus
+grands navires, c'est une bonace plus dangereuse aux plus
+importantes affaires que les écueils et les plus grandes tempêtes;
+le repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend
+soudainement ses plus ardentes poursuites et ses plus opiniâtres
+résolutions, et enfin, pour donner la véritable idée de cette
+passion, il faut dire que la paresse est une béatitude de l'âme
+qui la console de toutes ses pertes et la fait renoncer à toutes
+ses prétentions (MS 54, I 290).
+
+[254] La magnanimité méprise tout pour avoir tout (max. 248, I
+270).
+
+[255] L'homme est si misérable que, tournant toutes ses conduites
+à satisfaire ses passions, il gémit incessamment sous leur
+tyrannie; il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu'il
+faut qu'il se fasse pour s'affranchir de leur joug; il trouve du
+dégoût non seulement dans ses vices, mais encore dans leurs
+remèdes, et ne peut s'accommoder ni des chagrins de ses maladies
+ni du travail de sa guérison (MP 21).
+
+[256] Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il
+se fît un dieu de son amour-propre pour en être tourmenté dans
+toutes les actions de sa vie (MP 22).
+
+[257] Si nous n'avions point de défauts, nous ne serions pas si
+aises d'en remarquer aux autres (max. 31, I 34).
+
+[258] Je ne sais si on peut dire de l'agrément séparé de la beauté
+que c'est une symétrie dont on ne sait pas les règles et un
+rapport secret des traits ensemble et des traits avec les couleurs
+et l'air de la personne (max. 240, I 261).
+
+[259] Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule
+apparent et qui sont dans leurs raisons cachées très sages et très
+solides (max. 163, I 170).
+
+[260] En vieillissant on devient plus fou et plus sage (max. 210,
+I 222).
+
+[261] L'espérance et la crainte sont inséparables et il n'y a
+point de crainte sans espérance ni d'espérance sans crainte (MP
+23).
+
+[262] Il semble que plusieurs de nos actions aient des étoiles
+heureuses ou malheureuses aussi bien que nous, d'où dépend une
+grande partie de la louange ou du blâme qu'on leur donne (max. 58,
+I 67).
+
+[263] Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille
+différentes copies (max. 74, I 84).
+
+[264] L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un
+mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse
+d'espérer ou de craindre (max. 75, I 85).
+
+[265] Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits: tout le
+monde en parle, mais peu de gens en ont vu (max. 76, I 86).
+
+[266] L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on
+lui attribue, où il n'a souvent guère plus de part que le doge en
+a à ce qui se fait à Venise (max. 77, I 87).
+
+[267] Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous
+est presque toujours plus grand que celui que nous y avons
+nous-mêmes (MP 24).
+
+[268] La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans
+l'avoir assez examiné est aussi bien un effet de paresse que
+d'orgueil: on veut trouver des coupables, mais on ne veut pas se
+donner la peine d'examiner les crimes (max. 267, I 291).
+
+[269] Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des
+défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce qu'on souhaite
+(MP 25).
+
+[270] L'intérêt est l'âme de l'amour-propre, de sorte que comme le
+corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans
+connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de même
+l'amour-propre séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne
+voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus; de là vient qu'un même
+homme qui court la terre et les mers pour son intérêt devient
+soudainement paralytique pour l'intérêt des autres; de là vient le
+soudain assoupissement, et cette mort que nous causons à tous ceux
+à qui nous contons nos affaires; de là vient leur prompte
+résurrection lorsque dans notre narration nous y mêlons quelque
+chose qui les regarde de sorte que nous voyons dans nos
+conversations et dans nos traités que dans un même moment un homme
+perd connaissance et revient à soi selon que son propre intérêt
+s'approche de lui ou qu'il s'en retire (MP 26).
+
+[271] Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps;
+quelque soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît
+toujours et elles se peuvent toujours rouvrir (max. 194, I 205).
+
+[272] Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est
+rare de voir changer les inclinations (max. 252, I 275).
+
+
+Sentences et maximes de morale
+(Édition hollandaise de 1664)
+
+[1] Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les
+poisons entrent dans la composition des remèdes de la médecine: la
+prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement
+contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
+
+[2] La vertu des gens du monde est un fantôme formé par nos
+passions, à qui on donne un nom honnête pour faire impunément ce
+qu'on veut (MS 34, I 179).
+
+[3] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt, comme
+les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).
+
+[4] Les crimes deviennent innocents, même glorieux, par leur
+nombre et par leurs qualités; de là vient que les voleries
+publiques sont des habiletés, et que prendre des provinces
+injustement s'appelle faire des conquêtes. Le crime a ses héros,
+ainsi que la vertu (MS 68, I 192, et max. 185, I 194).
+
+[5] La honte, la paresse, et la timidité ont souvent toutes seules
+le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre
+vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).
+
+[6] Si on avait ôté à ce qu'on appelle force le désir de
+conserver, et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas
+grand'chose (MP 32).
+
+[7] La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de
+crainte, dont nous faisons une vertu; et chez les princes c'est
+une politique dont ils se servent pour gagner l'affection des
+peuples (max. 16 et 15, I 16 et 15).
+
+[8] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent
+renfermer dans leur âme leur agitation (max. 20, I 23).
+
+[9] La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les
+défauts de l'esprit (max. 257. I 280).
+
+[10] La sévérité des femmes est un ajustement, et un fard qu'elles
+ajoutent à leur beauté. C'est enfin un attrait fin et délicat, et
+une douceur déguisée (max. 204, I 216).
+
+[11] La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la
+sincérité, de la douceur, et de la tendresse, n'est qu'un désir de
+rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une
+crainte de quelque mauvais événement (max. 82, I 95).
+
+[12] Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des
+marchands elle soutient le commerce, et nous ne payons pas par la
+justice de payer, mais pour trouver plus facilement des gens qui
+nous prêtent (max. 223, I 237).
+
+[13] Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre également le
+souvenir des bienfaits et des injures, mais ils haïssent ceux qui
+les ont obligés. L'orgueil et l'intérêt produit partout
+l'ingratitude. L'application à récompenser le bien, et à se venger
+du mal, leur paraît une servitude, à laquelle ils ont peine de
+s'assujettir (max. 14, I 14).
+
+[14] On élève la prudence jusques au ciel, et il n'est sorte
+d'éloges qu'on ne lui donne. Elle est la règle de nos actions, et
+de nos conduites; elle est la maîtresse de la fortune; elle fait
+le déclin des empires; sans elle on a tous les maux; avec elle on
+a tous les biens; et comme disait autrefois un poète, quand nous
+avons la prudence il ne nous manque aucune divinité, pour dire que
+nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons
+aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne saurait nous
+assurer du plus petit effet du monde, parce que travaillant sur
+une matière aussi changeante, et aussi commune, qu'est l'homme,
+elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets. Dieu seul,
+qui tient tous les coeurs des hommes entre ses mains, et qui peut
+quand il lui plaira en accorder les mouvements, fait aussi réussir
+les choses qui en dépendent. D'où il faut conclure que toutes les
+louanges dont notre ignorance, et notre vanité, flatte notre
+prudence, sont autant d'injures que nous faisons à sa providence
+(max. 65, I 75).
+
+[15] On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que
+par celles que l'on affecte d'avoir (max. 134, I 136).
+
+[16] Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon
+nos craintes (max. 38, I 42).
+
+[17] On est au désespoir d'être trompé par ses ennemis, et trahi
+par ses amis; et on est souvent satisfait de l'être par soi-même
+(max. 114, I 119).
+
+[18] Il est aussi aisé de se tromper soi-même sans s'en apercevoir
+qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en
+aperçoivent (max. 115, I 120).
+
+[19] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes
+s'assembler, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le
+donner. L'un paraît avec une indifférence respectueuse, et dit
+qu'il vient recevoir des conduites, et soumettre ses sentiments;
+et son désir, le plus souvent, est de faire passer le siens, et de
+rendre celui qu'il fait maître de son avis garant de l'affaire
+qu'il lui propose. Quant à celui qui est conseiller, il paye
+d'abord la sincérité de son ami d'un zèle ardent et désintéressé
+qu'il lui montre, et cherche en même temps dans ses propres
+intérêts des règles de conseiller: de sorte que son conseil lui
+devient plus propre qu'à celui qui le reçoit (max. 116, I 118).
+
+[20] La faiblesse de l'esprit est mal nommée: c'est en effet la
+faiblesse du tempérament, qui n'est autre chose qu'une impuissance
+d'agir, et un manque de principe de vie (max. 44, I 49).
+
+[21] Rien n'est impossible: il y a des voies qui conduisent à
+toutes choses; et si nous avions assez de volonté, nous aurions
+toujours assez de moyens (max. 243, I 265 et 272, Ier état).
+
+[22] La pitié est un sentiment de nos propres maux dans un sujet
+étranger; c'est une prévoyance habile des malheurs où nous pouvons
+tomber, qui nous fait donner des secours aux autres pour les
+engager à nous les rendre dans de semblables occasions: de sorte
+que les services que nous rendons à ceux qui sont accueillis de
+quelque infortune, sont à proprement parler des biens anticipés
+que nous nous faisons (max. 264, I 287).
+
+[23] Celui-là n'est pas raisonnable qui trouve la raison, mais
+celui qui la connaît, qui la goûte, et qui la discerne (max. 105,
+I 115).
+
+[24] Nous avouons nos défauts pour réparer le préjudice qu'ils
+nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous leur
+donnons de la justice du nôtre (max. 184, I 193).
+
+[25] L'humilité est une feinte soumission, que nous employons pour
+soumettre effectivement tout le monde. C'est un mouvement de
+l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'élever
+sur eux. C'est son plus grand déguisement, et son premier
+stratagème; et comme il est sans doute que le Protée des fables
+n'a jamais été, il est certain aussi que l'orgueil en est un
+véritable dans la nature, car il prend toutes les formes comme il
+lui plaît. Mais quoiqu'il soit merveilleux et agréable à voir dans
+toutes ses figures et dans toutes ses industries, il faut pourtant
+avouer qu'il n'est jamais si rare, ni si extraordinaire, que
+lorsqu'on le voit les yeux baissés, sa contenance modeste et
+reposée, ses paroles douces et respectueuses, pleines de l'estime
+des autres et de dédain pour lui-même: il est indigne de tous les
+honneurs, il est incapable d'aucun emploi, et ne reçoit les
+charges où l'on l'élève que comme un effet de la bonté des hommes,
+et de la faveur aveugle de la fortune (max. 254, I 277).
+
+[26] La modération dans la bonne fortune n'est que la crainte de
+la honte qui suit l'emportement ou la peur de perdre ce que l'on
+a. C'est le calme de notre humeur adoucie par la satisfaction de
+l'esprit; c'est aussi la crainte du blâme et du mépris qui suivent
+ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation
+de la force de notre esprit; et enfin, pour la définir intimement,
+la modération des hommes dans leurs plus hautes élévations, c'est
+une ambition de paraître plus grands que les choses qui les
+élèvent (MS 3 et max. 17-18, I 18-19-20).
+
+[27] Qui ne rirait de cette vertu et de l'opinion qu'on a conçue
+d'elle? Elle n'a garde, ainsi qu'on le croit, de combattre et de
+soumettre l'ambition, puisque jamais elles ne se peuvent trouver
+ensemble, la modération n'étant véritablement qu'une paresse, une
+langueur, et un manque de courage: de manière qu'on peut justement
+dire que la modération est la bassesse de l'âme, comme l'ambition
+en est l'élévation (max. 293, I 17).
+
+[28] La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation et de
+leur repos (max. 205, I 217).
+
+[29] Il n'y a point de libéralité, et ce n'est que la vanité de
+donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons (max. 263, I
+286).
+
+[30] La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance de
+manger beaucoup (MS 24, I 135).
+
+[31] La fidélité est une invention rare de l'amour-propre par
+laquelle l'homme, s'érigeant en dépositaire des choses précieuses,
+se rend lui-même infiniment précieux. De tous les trafics de
+l'amour-propre, c'est celui où il fait moins d'avance et de plus
+grands profits. C'est un raffinement de sa politique, car il
+engage les hommes par leur liberté et par leur vie (qu'ils sont
+forcés de confier en quelques occasions) à élever l'homme fidèle
+au-dessus de tout le monde (max. 247, I 269).
+
+[32] L'éducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre
+qu'on leur inspire (max. 261, I 284, Ier état).
+
+[33] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage
+qu'elles nous causent (max. 180, I 189).
+
+[34] Il est bien malaisé de distinguer la bonté répandue et
+générale pour tout le monde de la grande habileté (MS 44, I 252).
+
+[35] Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté
+qui nous fait sortir de nous-mêmes, et qui nous immole
+continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de
+croire que lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et
+s'abandonne lui-même, et même qu'il se laisse dépouiller et
+appauvrir sans s'en apercevoir: en sorte qu'il semble que l'amour-propre
+soit la dupe de la bonté. Cependant la bonté est en effet le plus
+propre de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour
+arriver à ses fins. C'est un chemin dérobé par où il revient à
+lui-même plus riche et plus abondant. C'est un désintéressement
+qu'il met à une furieuse usure. C'est enfin un ressort délicat
+avec lequel il réunit et dispose et tourne tous les hommes en sa
+faveur (max. 236, I 250).
+
+[36] Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a la force et la
+hardiesse de pouvoir être méchant; toute autre bonté n'est en
+effet qu'une privation de vices, et leur endormissement (max. 237,
+I 251).
+
+[37] L'amour de la justice dans les bons juges qui sont modérés
+n'est que l'amour de leur élévation; dans la plupart des hommes ce
+n'est que la crainte de souffrir l'injustice, et qu'une vive
+appréhension qu'on ne nous ôte ce qui nous appartient. De là vient
+cette considération et ce respect pour tous les intérêts du
+prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun
+préjudice. Sans cette crainte qui retient l'homme dans les bornes
+des biens que sa naissance ou la fortune lui a donnés, pressé par
+la violente passion de se conserver, il ferait des courses
+continuellement sur les autres (MS 15, I 89; max. 78, I 91; MS 14,
+I 88).
+
+[38] La véritable justice ne voit que ce qu'il faut voir, la
+droiture prend tout le bon droit des choses, la délicatesse
+aperçoit les choses imperceptibles, et le jugement prononce ce que
+les choses sont. Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ses
+qualités ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel
+voit en toutes rencontres, dans la plénitude de ses lumières, tous
+les avantages dont nous venons de parler (cf. la maxime suivante).
+
+[39] Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumière
+de l'esprit. On peut dire la même chose de son étendue, et de sa
+profondeur, de son discernement, de sa justice, de sa droiture et
+de sa délicatesse: l'étendue de l'esprit est la mesure de la
+lumière, la profondeur est celle qui découvre le fond des choses,
+le discernement compare et distingue les choses (pour cette maxime
+et la précédente: max. 97, I 107).
+
+[40] La persévérance n'est digne de blâme ni de louange, parce
+qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments, qu'on ne
+s'ôte ni qu'on ne se donne (max. 177, I 186).
+
+[41] La vérité qui fait les gens véritables est une imperceptible
+ambition qu'ils ont de rendre leur témoignage considérable et
+d'attirer à leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
+
+[42] La vérité est le fondement et la justification de la raison,
+de la perfection et de la beauté, car il est certain qu'une chose,
+de quelque nature qu'elle soit, est belle et parfaite si elle est
+tout ce qu'elle doit être et si elle a tout ce qu'elle doit avoir
+(MS 49, I 260).
+
+[43] La vraie éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et ne
+dire que ce qu'il faut (max. 250, I 273).
+
+[44] Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que
+dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e état).
+
+[45] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours;
+elles sont comme un art dans la nature, dont les règles sont
+infaillibles. Par elles l'homme le plus simple persuade mieux que
+ne fait le plus habile avec toutes les fleurs de l'éloquence (max.
+8, I 8).
+
+[46] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons
+jamais de grands biens, ni de grands maux, qui ne produisent
+infailliblement leurs pareils. L'imitation d'agir honnêtement
+vient de l'émulation, et l'imitation des maux vient de l'excès de
+la malignité naturelle qui, étant comme tenue en prison par la
+bonté, est mise en liberté par l'exemple (max. 230, I 244).
+
+[47] L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est
+contrefait déplaît avec les même choses qui charment lorsqu'elles
+sont naturelles (MS 43, I 245).
+
+[48] Ceux qu'on exécute affectent quelquefois des constances, des
+froideurs, et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle et
+pour s'étourdir: de sorte qu'on peut dire que ces froideurs, et
+ces mépris, font à leur esprit ce que le mouchoir fait à leurs
+yeux (max. 21, I 24).
+
+[49] Peu de gens connaissent la mort; on la souffre non par
+résolution, mais par stupidité et par coutume, et la plupart des
+hommes meurent parce qu'on meurt (max. 23, I 26).
+
+[50] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous les
+désirons toutes comme si nous étions immortels (MP 8).
+
+[51] La subtilité est une fausse délicatesse, et la délicatesse
+est une subtilité solide (max. 128, I 130).
+
+[52] Le monde, ne connaissant point le véritable mérite, n'a garde
+de pouvoir le récompenser; aussi n'élève-t-il à ses grandeurs et à
+ses dignités que des personnes qui ont de _belles qualités
+apparentes, et il couronne généralement tout ce qui luit, quoique
+tout ce qui luit ne soit pas de l'or (max. 166, I 173).
+
+[53] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le coeur, il y
+a un mérite fade, et des personnes qui dégoûtent avec des qualités
+bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e état).
+
+[54] On admire tout ce qui éblouit, et l'art de savoir bien mettre
+en oeuvre de médiocres qualités dérobe l'estime, et donne souvent
+plus de réputation que de [sic] véritable mérite (max. 162, I
+164).
+
+[55] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie: ils les
+font valoir ce qu'ils veulent, et on est forcé de les recevoir
+selon leurs cours, et non pas selon leurs véritables prix (MS 67,
+I 165).
+
+[56] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut
+avoir l'économie (max. 159, I 166).
+
+[57] Il y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire des
+sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient de
+conduite (max. 156, I 163).
+
+[58] Il y en a même à qui leurs défauts siéent bien, et d'autres
+qui sont disgraciés de leurs bonnes qualités (max. 251, I 281).
+
+[59] Il y a des gens niais qui se connaissent fort sots, et qui
+emploient habilement leurs sottises (max. 208, I 220).
+
+[60] Dieu a mis des talents différents dans l'homme, comme il a
+planté de différents arbres dans la nature, en sorte que chaque
+talent, de même que chaque arbre, a ses propriétés et ses effets
+qui lui sont tous particuliers. De là vient que le poirier le
+meilleur du monde ne saurait porter des pommes les plus communes,
+et que le talent le plus excellent ne saurait produire les mêmes
+effets des talents les plus communs. De là vient encore qu'il est
+aussi ridicule de vouloir faire des semences sans avoir la graine
+en soi, que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quand
+on n'y a pas planté les oignons (MP 9).
+
+[61] Pour s'établir dans le monde on fait tout ce qu'on peut pour
+y paraître établi; dans toutes les professions et dans tous les
+arts chacun se fait une mine et un extérieur, qu'il met en la
+place de la chose dont il veut avoir le mérite. De sorte que tout
+le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que nous
+travaillons à y trouver les choses (max. 56 et 256, I 65 et 279).
+
+[62] Il y a des gens qui ressemblent à ces vaudevilles que tout le
+monde chante un certain temps, quelque fades et dégoûtants qu'il
+soient (max. 211, I 223).
+
+[63] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir
+(max. 270, I 294).
+
+[64] Comme dans la nature il y a une éternelle génération, et que
+la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de
+même il y a toujours dans le coeur humain une génération
+perpétuelle de passions: en sorte que la ruine de l'une est
+toujours le rétablissement de l'autre (max. 10, I 10).
+
+[65] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable,
+est véritable dans la physique; mais je sais bien qu'elle est
+fausse dans la morale, et que les passions en engendrent souvent
+qui leur sont contraires. Ainsi l'avarice produit quelquefois la
+libéralité, on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace naît de
+la timidité (max. II, I II).
+
+[66] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé comme il
+est, c'est que plus il devient raisonnable, plus il rougit en
+soi-même de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses
+sentiments et de ses inclinations (MP 10).
+
+[67] On se mécompte toujours dans le jugement que l'on fait de nos
+actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (max. 160,
+I 167).
+
+[68] Il faut une certaine proportion entre les actions et les
+dessins qui les produisent; les actions ne font jamais tous les
+effets qu'elles doivent faire (max. 161, I 168).
+
+[69] La passion fait souvent du plus habile homme un sot, et rend
+quasi toujours les plus sots habiles (max. 6, I 6).
+
+[70] Chaque homme n'est pas plus différent des autres hommes qu'il
+l'est souvent de lui-même (max. 135, I 137).
+
+[71] Tout le monde trouve à redire en autrui ce qu'on trouve à
+redire en lui (MS 5, I 33).
+
+[72] Un homme d'esprit serait bien souvent embarrassé sans la
+compagnie des sots (max. 140, I 142).
+
+[73] Les pensées et les sentiments ont chacun un ton de voix, une
+action et un air qui leur sont propres (cf. la maxime suivante).
+
+[74] C'est ce qui fait les bons et les mauvais comédiens, et c'est
+ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent (pour
+cette maxime et la précédente: max. 255, I 278).
+
+[75] La confiance de plaire est souvent un moyen de plaire
+infailliblement (MS 46, I 256).
+
+[76] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de
+nous-mêmes, que de voir que nous avons été dans les états et dans
+les sentiments que nous désapprouvons à cette heure (max. 51, I
+58).
+
+[77] Nous n'avons presque jamais assez de force pour suivre toute
+notre raison (max. 42, I 46).
+
+[78] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas
+tant la lassitude que l'on a des vieilles, ni le plaisir de
+changer, que le dégoût que nous avons de n'être pas assez admirés
+de ceux qui nous connaissent trop, et l'espérance que nous avons
+de l'être davantage de ceux qui ne nous connaissent guère (max.
+178, I 187).
+
+[79] Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions
+et plus de vertus que les âmes communes, mais celles seulement qui
+ont de plus grandes vues (MS 31, I 161).
+
+[80] On se vante souvent mal à propos de ne se point ennuyer, et
+l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise
+compagnie (max. 141, I 143).
+
+[81] La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps,
+quelque éloignés que nous paraissions être des passions que nous
+n'avons pas encore ressenties. Il faut croire toutefois que l'on
+n'y est pas moins exposé qu'on l'est à tomber malade quand on se
+porte bien (max. 188, I 197).
+
+[82] Les passions ont une injustice, et un propre intérêt, qui
+fait qu'elles offensent et blessent toujours, même lorsqu'elles
+parlent raisonnablement et équitablement. La charité a seule le
+privilège de dire quasi tout ce qu'il lui plaît et de ne blesser
+jamais personne (max. 9, I 9).
+
+[83] L'esprit est toujours la dupe du coeur (max. 102, I 112).
+
+[84] Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions sous le
+voile de la piété et de l'honneur, il y a toujours quelque endroit
+qui se montre (max. 12, I 12).
+
+[85] La philosophie triomphe aisément des maux passés et de ceux
+qui ne sont pas prêts d'arriver, mais les maux présents triomphent
+d'elle (max. 22, I 25).
+
+[86] La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la
+durée de notre vie (max. 5, I 5).
+
+[87] Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne
+craignent pas néanmoins le jour; la seule envie est une passion
+timide et honteuse qu'on ne peut jamais avouer (max. 27, I 30).
+
+[88] L'amitié la plus sainte et la plus sincère n'est qu'un trafic
+où nous croyons toujours gagner quelque chose (max. 83, I 94).
+
+[89] Ce qui rend nos amitiés si légères et si changeantes, c'est
+qu'il est aisé de connaître les qualités de l'esprit, et difficile
+de connaître celles de l'âme (max. 80, I 93).
+
+[90] Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer les gens
+plus puissants que nous: l'intérêt seul produit notre amitié, et
+nous ne leur promettons pas selon ce que nous voulons leur donner,
+mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent (max. 85, I
+98).
+
+[91] L'amour est en l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au
+corps qui l'anime (MS 13, I 77).
+
+[92] Il n'y a point d'amour pur et exempt du mélange de nos autres
+passions (max. 69, I 79).
+
+[93] Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu'on peut dire
+est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits
+c'est une sympathie, et dans les corps ce n'est qu'une envie
+cachée et délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de
+mystère (max. 68, I 78).
+
+[94] On s'est trompé quand on a cru que l'amour et l'ambition
+triomphaient toujours des autres passions; c'est la paresse, toute
+languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse:
+elle usurpe insensiblement l'empire sur tous les desseins, et sur
+toutes les actions de la vie; elle y détruit et y consomme toutes
+les passions et toutes les vertus (max. 266, I 289).
+
+[95] Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher
+l'amour où il est, ni le feindre où n'est pas (max. 70, I 80).
+
+[96] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de n'aimer pas, on ne
+peut se plaindre avec justice de la cruauté d'une maîtresse, ni
+elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).
+
+[97] Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il
+ressemble plus à la haine qu'à l'amitié (max. 72, I 82).
+
+[98] On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de
+galanteries, mais il est rare d'en trouver qui n'en ait jamais
+fait qu'une (max. 73, I 83).
+
+[99] Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient de ce
+que l'on trouve sans cesse de nouveaux sujets d'aimer en la
+personne que l'on aime, comme en une source inépuisable, et
+l'autre vient de ce qu'on se fait honneur de tenir sa parole (max.
+176, I 185).
+
+[100] Toute constance en amour est une inconstance perpétuelle qui
+fait que notre coeur s'attache successivement à toutes les
+qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la
+préférence à l'une, tantôt à l'autre, de sorte que cette constance
+n'est qu'une inconstance arrêtée et renfermée dans un sujet (max.
+175, I 184).
+
+[101] Il y a deux sortes d'inconstances, la première vient de la
+légèreté de l'esprit, qui à tous moments change d'opinion, ou
+plutôt de la pauvreté de l'esprit, qui reçoit toutes les opinions
+des autres; la seconde, qui est plus excusable, vient de la fin du
+goût des choses que l'on aimait (max. 181, I 190).
+
+[102] Les grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux
+sont représentées par les politiques comme les effets des grands
+intérêts, au lieu qu'ils sont d'ordinaire les effets de l'humeur
+et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on
+rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du
+monde, était un effet de jalousie (max. 7, I 7).
+
+[103] Les affaires et les actions des grands hommes ont (comme les
+statues) leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir de
+près, pour en discerner toutes les circonstances; et il y en a
+d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est
+éloigné (max. 104, I 114).
+
+[104] La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière,
+puisqu'elle ne cherche qu'à conserver un bien qui nous appartient,
+ou que nous croyons nous devoir appartenir; au lieu que l'envie
+est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien
+des autres (max. 28, I 31).
+
+[105] L'amour-propre est l'amour de soi-même, et de toutes choses
+pour soi; il est plus habile que le plus habile homme du monde; il
+rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendrait les tyrans
+des autres si la fortune leur en donnait les moyens. Il ne repose
+jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets étrangers que
+comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est
+propre. Rien n'est si impétueux que ses désirs, rien de si caché
+que ses desseins, rien de si habile que ses conduites: ses
+souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent
+celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie.
+On ne peut sonder la profondeur de ses projets, ni en percer les
+ténèbres; là il est à couvert des yeux les plus pénétrants. Il y
+fait mille insensibles tours et retours; là il est souvent
+invisible à lui-même. Il y conçoit, il y nourrit, et il y élève
+(sans le savoir) un grand nombre d'affections, et de haines. Il en
+forme quelquefois de si monstrueuses que lorsqu'il les a mises au
+jour, il les méconnaît, ou il ne peut se résoudre à les avouer. De
+cette nuit qui les couvre, naissent les ridicules persuasions
+qu'il a de lui-même; de là viennent ses erreurs, ses ignorances,
+ses grossièretés, et ses niaiseries sur son sujet; de là vient
+qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont
+qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir quand il
+se repose, et pense avoir perdu tous les goûts qu'il a rassasiés.
+Mais cette obscurité épaisse qui le cache à lui-même n'empêche pas
+qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est
+raisonnable à nos yeux qui découvrent tout et sont aveugles
+seulement pour eux-mêmes. En effet, dans ses plus grands intérêts
+et ses plus importantes affaires où la violence de ses souhaits
+appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il
+imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout: de sorte qu'on
+est tenté de croire que chacune de ses passions a une magie qui
+lui est propre. Rien n'est si intime et si fort que ses
+attachements, qu'il essaie de rompre inutilement à la vue des
+malheurs extrêmes qui le menacent. Cependant il fait quelquefois
+en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu faire avec
+tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs années.
+D'où l'on pourrait conclure assez vraisemblablement que c'est par
+lui-même que ses désirs sont allumés, plutôt que par la beauté et
+par le mérite de ses objets; que son goût est le prix qui les
+relève et le fard qui les embellit; que c'est après lui-même qu'il
+court, et qu'il suit son gré. Il est tous les contraires, il est
+impérieux et obéissant, sincère et dissimulé, miséricordieux et
+cruel, timide et audacieux, et il a de différentes inclinations
+selon la diversité des tempéraments qui le tournent, et le
+dévouent pour l'ordinaire à la gloire ou aux richesses ou aux
+plaisirs. Il en change selon le changement de nos âges, de nos
+fortunes, et de nos expériences; mais il lui est indifférent d'en
+avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une parce qu'il se partage en
+plusieurs et se ramasse en une quand il le faut et comme il lui
+plaît; il est inconstant, et outre les changements qui lui
+viennent des causes étrangères il y en a une infinité qui naissent
+de lui et de son propre fonds. Il est inconstant d'inconstance, de
+légèreté, d'amour, de nouveauté, de lassitude et de dégoût; il est
+capricieux, et on le voit quelquefois travailler avec la dernière
+application et avec des travaux incroyables à obtenir des choses
+qui ne lui sont point avantageuses, et qui même lui sont
+nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est
+bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les
+plus frivoles. Il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et
+conserve toute sa fierté dans les plus méprisables. Il est dans
+tous les états de la vie et dans toutes les conditions. Il vit
+partout, il vit de tout et il vit de rien, et il s'accommode des
+choses et de leur privation. Il passe même par pitié dans le parti
+des gens qui lui font la guerre. Il entre dans leurs desseins et,
+ce qui est admirable, il se hait lui-même avec eux, il conjure sa
+perte, il travaille même à sa ruine; enfin il ne se soucie que
+d'être: pourvu qu'il soit, il veut bien être son ennemi. Il ne
+faut pas s'étonner s'il se joint à la plus sévère pitié et s'il
+entre si hardiment en société avec elle pour se détruire, parce
+que dans le même temps qu'il se ruine en un endroit, il se
+rétablit en un autre; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il
+le change seulement en satisfaction, et lors même qu'il est
+vaincu, et qu'on croit en être défait, on le retrouve dans les
+triomphes de sa défaite. Voilà la peinture de l'amour-propre, dont
+toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation; la mer en
+est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans la violence
+de ses vagues continuelles une fidèle expression de la succession
+turbulente de ses pensées et de ses éternels mouvements (MS I, I
+I, et max. 4, I 4).
+
+[106] Comme si ce n'était pas assez à l'amour-propre d'avoir la
+vertu de se transformer lui-même, il a encore celle de transformer
+les objets, ce qu'il fait d'une manière fort étonnante. Car non
+seulement il les déguise si bien qu'il y est lui-même abusé, mais
+aussi, comme si ses actions étaient des miracles, il change l'état
+et la nature des choses soudainement en effet. Lorsqu'une personne
+nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa persécution
+contre nous; c'est notre amour-propre qui juge ses actions. Il
+donne même une étendue à ses défauts, qui les rend énormes, et met
+ses bonnes qualités dans un jour si désavantageux qu'elles
+deviennent plus dégoûtantes que ses défauts. Cependant, dès que
+cette même personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos
+intérêts la réconcilie avec nous, notre seule satisfaction rend
+aussitôt à son mérite le lustre que notre aversion venait de lui
+ôter. Tous ses avantages en reçoivent un fort grand du biais dont
+nous les regardons; toutes ses mauvaises qualités disparaissent,
+et nous appelons même toute notre intelligence pour la forcer de
+justifier la guerre qu'elles nous ont fait (cf. la maxime
+suivante).
+
+[107] Quoique toutes les passions montrent cette vérité, l'amour
+le fait voir plus clairement que les autres; car nous voyons un
+amoureux, agité de la rage où l'a mis un visible oubli, ou pour
+une infidélité découverte, conjurer le ciel et les enfers, et
+néanmoins, aussitôt que sa maîtresse s'est présentée et que sa vue
+a calmé la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette
+beauté innocente. Il n'accuse plus que lui-même, il condamne ses
+condamnations, et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre il
+ôte la noirceur aux actions mauvaises de sa maîtresse, et en
+sépare le crime pour en changer [sic] ses soupçons (pour cette
+maxime et la précédente: max. 88, I 101).
+
+[108] La familiarité est un relâchement presque de toutes les
+règles de la vie civile que le libertinage a introduit dans la
+société pour nous faire parvenir à celle qu'on appelle commode
+(début de MP 33).
+
+[109] C'est un effet de l'amour-propre qui, voulant tout
+accommoder à notre faiblesse, nous soustrait à l'honnête sujétion
+que nous imposent les bonnes moeurs et, pour chercher trop les
+moyens de nous les rendre commodes, le fait dégénérer en vices
+[sic] (MP 33, suite).
+
+[110] Les femmes, ayant naturellement plus de mollesse que les
+hommes, tombent plutôt dans ce relâchement, et y perdent
+davantage: l'autorité du sexe ne se maintient pas, le respect
+qu'on lui doit diminue, et l'on peut dire que l'honnête y perd la
+plus grande partie de ses droits. Peu de gens sont cruels de
+cruauté, mais l'on peut dire que la plupart de hommes sont cruels
+et inhumains d'amour-propre (MP 33, fin, et MS 32, I 174).
+
+[111] L'amour de la gloire, et plus encore la crainte de la honte,
+le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode
+et agréable, et l'envie d'abaisser les autres, font naître cette
+valeur qui est célèbre parmi les hommes (max. 213, I 226)
+
+[112] La vanité et la honte, et surtout le tempérament, fait la
+valeur des hommes, et la chasteté des femmes, dont on fait tant de
+bruit (max. 220, I 234).
+
+[113] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des
+extrémités où l'on arrive rarement; l'espace qui est entre deux
+est vaste, et contient toutes les autres espèces de courages: il
+n'y a pas moins de différence entre eux qu'il y en a entre les
+visages et les humeurs. Cependant ils conviennent en beaucoup de
+choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au
+commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent
+aisément par sa durée. Il y en a qui sont assez constants quand
+ils ont satisfait à l'honneur du monde et qui font fort peu de
+chose au-delà. On en voit qui ne sont pas toujours également
+maîtres de leur peur; d'autres se laissent quelquefois emporter à
+des épouvantes générales; d'autres vont à la charge pour n'oser
+demeurer dans leurs postes. Enfin il s'en trouve à qui l'habitude
+des moindres périls affermit le courage et les prépare à s'exposer
+à de plus grands. Outre cela il y a un rapport général que l'on
+remarque entre tous les courages des différentes espèces dont nous
+venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et
+cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la liberté
+de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général, qui
+à parler absolument s'étend sur toutes sortes d'hommes c'est qu'il
+n'y en a point qui fassent tout ce qu'ils seraient capables de
+faire dans une action s'ils avaient une certitude d'en revenir, de
+sorte qu'il est véritable que la crainte de la mort ôte quelque
+chose à leur valeur et diminue son effet (max. 215, I 228).
+
+[114] La pure valeur, s'il y en avait, serait de faire sans
+témoins ce qu'on est capable de faire devant le monde (max. 216, I
+229).
+
+[115] L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme par
+laquelle elle empêche les troubles, les désordres et les émotions
+que la vue des grands périls a accoutumé d'élever en elle. Par
+cette force les héros se maintiennent dans un état paisible et
+conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les
+accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette
+intrépidité doit soutenir le coeur dans les conjurations, au lieu
+que la seule valeur lui fournit toute la fermeté qui lui est
+nécessaire dans les périls de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230
+et 231).
+
+[116] On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la
+gloire de là vient que les braves ont plus d'adresse et d'esprit
+pour éviter la mort que les gens de chicane pour conserver leurs
+biens (max. 221, I 235).
+
+[117] La valeur dans les simples soldats est un métier périlleux
+qu'ils ont pris pour gagner leur vie (max. 214, I 227)
+
+[118] La plupart des hommes s'exposent assez à la guerre pour
+sauver leur honneur; mais peu se veulent toujours exposer autant
+qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils
+s'exposent (max. 219, I 233).
+
+[119] Les grands et les ambitieux sont plus misérables que les
+médiocres: il faut moins pour contenter ceux-ci que ceux-là (MP
+I).
+
+[120] La générosité est un désir de briller par des actions
+extraordinaires; c'est un habile et industrieux emploi du
+désintéressement, de la fermeté, de l'amitié et de la magnanimité
+pour aller promptement à une grande réputation (max. 246, I 268).
+
+[121] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas
+elle, mais la fortune, qui fait les héros (max. 53, I 62).
+
+[122] La félicité est dans le goût, et non pas dans les choses, et
+c'est pour avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas pour
+avoir ce que les autre trouvent aimable (max. 48, I 54).
+
+[123] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de
+malheureux accidents, parce que les habiles gens savent profiter
+des mauvais et que les imprudents tournent bien souvent les plus
+avantageux à leur préjudice (max. 59, I 68).
+
+[124] La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre
+(max. 153, I 160).
+
+[125] Les biens et les maux sont plus grands dans notre
+imagination qu'ils ne le sont en effet; et on n'est jamais si
+heureux, ni si malheureux, que l'on pense (max. 49, I 56).
+
+[126] Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a
+pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend
+égales (max. 52, I 61).
+
+[127] Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être
+malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'il sont de
+véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre
+jamais à persécuter que les personnes qui ont des qualités
+extraordinaires: de là vient qu'on se console souvent d'être
+malheureux par un certain plaisir qu'on trouve à le paraître (MS
+10, I 60).
+
+[128] On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux
+qu'on espère (MS 9, I 59).
+
+[129] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue
+qu'ils ont, et le mérite de leur fortune (max. 212, I 224).
+
+[130] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands
+défauts (max. 190, I 198).
+
+[131] Quoique la prudence des ministres se flatte de la grandeur
+de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de
+quelque petit dessein (max. 57, I 66).
+
+[132] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que
+l'amour de la fortune et de la faveur; c'est aussi la rage de
+n'avoir point de faveur, qui se console et s'adoucit un peu par le
+mépris des favoris. C'est enfin une secrète envie de les détruire,
+qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant pas
+leur ôter les qualités qui leur attirent ceux de tout le monde
+(max. 55, I 64).
+
+[133] Les grands hommes s'abattent et se démontent enfin par la
+longueur de leurs infortunes; cela ne veut pas dire qu'ils fussent
+forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se
+donnaient la géhenne pour le paraître, et qu'ils soutenaient leurs
+malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de
+leur âme. Cela fait voir manifestement qu'à une grande vanité près
+les héros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).
+
+[134] Ceux qui voudraient définir la victoire par sa naissance
+seraient tentés, comme les poètes, de l'appeler la fille du ciel,
+puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle
+est produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir
+pour but, regarde seulement les intérêts particuliers de ceux qui
+les font, puisque tous ceux qui composent une armée, allant à leur
+propre gloire, et à leur élévation, procurent un bien si grand et
+si général (MS 41, I 232).
+
+[135] On ne fait point de distinction dans les espèces de colères,
+bien qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de
+l'ardeur de la complexion, et une autre très criminelle, qui est,
+proprement parler, la fureur de l'orgueil et de l'amour-propre (MS
+30, I 159).
+
+[136] Nous nous apercevons des emportements et des mouvements
+extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament, comme de
+la violence de la colère; mais personne quasi ne s'aperçoit que
+ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et tourne
+doucement notre volonté à des actions différentes. Elles roulent
+ensemble (s'il faut ainsi dire) et exercent successivement leur
+empire, de sorte qu'elles ont une part considérable à toutes nos
+actions, dont nous croyons être les seuls auteurs, et le caprice
+de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (max.
+297 et 45, I 48 et 50).
+
+[137] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux
+remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et
+nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les
+persuader que nous en sommes exempts; et si nous n'avions point
+d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max.
+37 et 34, I 41 et 38).
+
+[138] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce
+que nous prisons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un
+nombre de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et
+l'amour-propre nous ont déguisés (épigraphe de 1678. I 181).
+
+[139] L'orgueil se dédommage toujours, et il ne perd rien lors
+même qu'il renonce à la vanité (max. 33. I 36).
+
+[140] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur
+orgueil. Il sert à le nourrir et à l'augmenter, et c'est bien pour
+manquer de lumière que nous ignorons toutes nos misères et tous
+nos défauts (MS 19. I 102).
+
+[141] Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des
+personnes considérables par leurs emplois, par leur esprit ou par
+leur mérite. Elle nous fait sentir un plaisir exquis et élève
+merveilleusement notre orgueil, parce que nous la regardons comme
+un effet de notre fidélité. Cependant nous serions remplis de
+confusion si nous considérions l'imperfection et la bassesse de sa
+naissance; car elle vient de la vanité, de l'envie de parler et de
+l'impuissance de retenir les secrets. De sorte qu'on peut dire que
+la confiance est un relâchement de l'âme, causé par le nombre et
+par le poids des choses dont elle est pleine (max. 239. I 255).
+
+[142] Les philosophes, et Sénèque surtout, n'ont point ôté les
+crimes par leurs préceptes, ils n'ont fait que les employer aux
+bâtiments de l'orgueil (MS 21, I 105).
+
+[143] L'orgueil, comme lassé des ses artifices et des différentes
+métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de
+la comédie humaine, se montre avec un visage naturel, et se
+découvre par la fierté, de sorte qu'à proprement parler la fierté
+est l'éclat et la déclaration de l'orgueil (MS 6. I 37).
+
+[144] Quand la vanité ne fait point parler, on n'a pas envie de
+dire grand'chose (max. 137. I 139).
+
+[145] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité. Pour
+cela il faut savoir le détail des choses, et comme il est presque
+infini. De là vient que si peu de gens sont savants, et que nos
+connaissances sont superflues et imparfaites. On décrit les choses
+au lieu de les définir. En effet on ne les connaît et on ne les
+peut connaître qu'en gros, et par des marques communes. C'est
+comme si quelqu'un disait que le corps humain est droit, et
+composé de différentes parties, sans dire la matière, la
+situation, les fonctions, les rapports et les différences de ses
+parties (MP 6 et max. 106, I 116).
+
+[146] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que nous
+exagérons les bonnes qualités des autres, que par leur mérite; et
+nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons
+des louanges. La modestie, qui semble les refuser, n'est en effet
+qu'un désir d'en avoir de plus délicates (max. 143 et MS 27, I 146
+et 147).
+
+[147] On n'aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans
+intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée et délicate,
+qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la
+reçoit: l'un la prend comme une récompense de son mérite, l'autre
+la donne pour faire remarquer son équité et son discernement (max.
+144. I 148).
+
+[148] Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui
+découvrent par contre-coup des défauts en nos amis, que nous
+n'osons divulguer (max. 145, I 149).
+
+[149] Nous élevons la gloire des uns pour abaisser par là celle
+des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de
+Turenne, si on ne voulait pas les blâmer tous deux (max. 198, I
+149. 2e état).
+
+[150] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui
+leur sert que la louange qui les trahit (max. 147. I 152).
+
+[151] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui
+médisent (max. 148, I 153).
+
+[152] La raillerie est une gaieté agréable de l'esprit, qui enjoue
+la conversation, et qui lie la société si elle est obligeante, ou
+qui la trouble si elle ne l'est pas (début de MP 34).
+
+[153] Elle est plus pour celui qui la fait que pour celui qui la
+souffre (suite de MP 34).
+
+[154] C'est toujours un combat de bel esprit, que produit la
+vanité; d'où vient que ceux qui en manquent pour la soutenir, et
+ceux qu'un défaut reproché fait rougir, s'en offensent également,
+comme d'une défaite injurieuse qu'ils ne sauraient pardonner
+(suite de MP 34).
+
+[155] C'est un poison qui tout pur éteint l'amitié et excite la
+haine, mais qui corrigé par l'agrément de l'esprit, et la
+flatterie de la louange, l'acquiert ou la conserve; et il en faut
+user sobrement avec ses amis et avec les faibles (fin de MP 34).
+
+[156] L'intérêt fait jouer toute sorte de personnages, et même
+celui de désintéressé (max. 39, I 43).
+
+[157] Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé est net, sincère,
+et honnête (max. 170, I 178).
+
+[158] La sincérité est une naturelle ouverture du coeur; on la
+trouve en fort peu de gens, et celle qui se pratique d'ordinaire
+n'est qu'une fine dissimulation pour arriver à la confiance des
+autres (max. 62, I 71).
+
+[159] Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts,
+et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité les trouble
+souvent, en nous faisant courir à cent choses à la fois. De là
+vient que pour désirer trop les moins importantes nous ne faisons
+pas assez pour obtenir les plus considérables (max. 66, I 76).
+
+[160] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce
+qui fait la lumière des autres (max. 40, I 44).
+
+[161] On ne blâme le vice, et on ne loue la vertu, que par intérêt
+(MS 28, I 151).
+
+[162] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans
+la moindre occasion étouffée par l'intérêt (max. 275, I 299).
+
+[163] Les philosophes ne condamnent les richesses que par le
+mauvais usage que nous en faisons: il dépend de nous de les
+acquérir et de nous en servir sans crime, au lieu qu'elles
+nourrissent et accroissent les vices comme le bois entretient et
+augmente le feu. Nous pouvons les consacrer à toutes les vertus,
+et les rendre même par là plus agréables et plus éclatantes (MP 3)
+
+[164] Le mépris des richesses, dans les philosophes, était un
+désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune,
+par le mépris des mêmes biens dont elle les privait... C'était un
+secret qu'ils avaient trouvé pour se dédommager de l'avilissement
+de la pauvreté. C'était enfin un chemin détourné pour aller à la
+considération qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (max.
+54, I 63).
+
+[165] La finesse n'est qu'une pauvre habileté (MP 2).
+
+[166] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant
+de gens d'esprit emploient communément. Les plus habiles affectent
+de les éviter toute leur vie, pour s'en servir dans quelque grande
+occasion et pour quelque grand intérêt (max. 124, I 126).
+
+[167] Comme elles sont l'effet d'un petit esprit, il arrive quasi
+toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se
+découvre en un autre (max. 125, I 127).
+
+[168] La plus déliée de toutes les finesses est de faire semblant
+de tomber dans les pièges que l'on nous rend. On n'est jamais si
+aisément trompé que quand on songe à tromper les autres (max. 117,
+I 121).
+
+[169] Chacun pense être plus fin que les autres; et si l'on était
+habile, on ne ferait jamais de finesse ni de trahison (MP 5 et
+max. 126, I 128).
+
+[170] La folie nous suit dans tous les temps de la vie; et si
+quelqu'un paraît sage, c'est seulement parce que ses folies sont
+proportionnées à son âge et à sa fortune (max. 207, I 219).
+
+[171] Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais
+ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires;
+et qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (MS 22, I 132,
+et max. 209, I 221).
+
+[172] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le
+véritable dessein de trahir (max. 120, I 124).
+
+[173] Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce
+n'est que l'intérêt et la vanité qui les causent (max. 232. I
+246).
+
+[174] Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions; car,
+sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous
+pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, ou de
+notre considération, en la personne que nous avons perdue. De
+cette manière les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent
+que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'était une espèce
+d'hypocrisie, parce que par elle l'homme se trompe seulement
+lui-même. Il y en a une autre, qui n'est pas si innocente, et qui
+impose à tout le monde. C'est l'affliction de certaines personnes
+qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle douleur. Car le
+temps, qui consomme tout, ayant consommé ce qu'elles pleurent,
+elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et
+leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et
+travaillent à persuader par toutes leurs actions qu'elles
+égaleront la durée de leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste
+et fatigante vanité se trouve pour l'ordinaire dans les femmes
+ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins à
+la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent à se
+rendre célèbres par la montre d'une inconsolable douleur (cf. la
+maxime suivante).
+
+[175] Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres
+espèces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui
+par conséquent s'écoulent incontinent. On pleure pour avoir la
+réputation d'être tendre, on pleure pour être pleuré, et on pleure
+enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la
+précédente: max. 233, I 247).
+
+[176] Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la corruption
+de leur coeur aux autres et à eux-mêmes; les vrais honnêtes gens
+sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux
+autres (max. 202, I 214).
+
+[177] Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien
+(max. 203, I 215).
+
+[178] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui
+nous paraissent raisonnables et agréables dans la conversation,
+c'est qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plutôt à ce qu'il
+veut dire qu'à répondre précisément à ce qu'on lui dit, et que les
+plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer
+seulement une mine attentive, au même temps que l'on voit dans
+leurs yeux et dans leurs esprits un égarement et une précipitation
+de retourner à ce qu'ils veulent dire, au lieu de considérer que
+c'est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les autres, de
+chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et
+bien répondre c'est une des grandes perfections qu'on puisse avoir
+(max. 139. I 141).
+
+[179] La coquetterie est le fonds de l'humeur de toutes les
+femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice, parce que la
+coquetterie de quelques-unes est arrêtée et enfermée par leur
+tempérament et par leur raison (max. 241. I 263).
+
+[180] La galanterie est un tour de l'esprit par lequel il pénètre
+les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui sont les
+plus capables de plaire (max. 100, I 110).
+
+[181] La politesse est un tour de l'esprit par lequel il pense
+toujours des choses agréables, honnêtes et délicates (max. 99. I
+109).
+
+[182] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et
+qu'il trouve toutes achevées en lui-même de sorte qu'il semble
+qu'elles y soient cachées, comme l'or et les diamants dans le sein
+de la terre (max. 101. I III).
+
+[183] La politesse des États est le commencement de leur
+décadence, parce qu'elle applique tous les particuliers à leurs
+intérêts propres et les détourne du bien public (MS 52, I 282).
+
+[184] La civilité est une envie d'en recevoir; c'est aussi un
+désir d'être estimé poli (max. 260. I 283).
+
+[185] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de
+chaque chose (max. 244, I 266).
+
+[186] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le
+manque de vertu (max. 186, I 195).
+
+[187] Quand on ne trouve point son repos en soi-même, il est
+inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).
+
+[188] Ce qui nous empêche souvent de bien juger des sentences qui
+prouvent la fausseté des vertus, c'est que nous croyons trop
+aisément qu'elles sont véritables en nous (MP 7).
+
+
+Sentences et maximes de morale par M. D. L. R. 1663
+(B.N., Collection Smith-Lesouef, ms. 90)
+
+[1] Les vices entrent dans la composition des vertus..., comme H
+I. (Cf. L 227.)
+
+[2] Si on avait ôté de ce que l'on appelle force..., et la suite
+comme H 6.
+
+[3] La clémence est un mélange de gloire..., et la suite comme L
+217 et le début de H 7.
+
+[4] On n'est jamais si ridicule..., comme H 15. (Cf. L 220.)
+
+[5] La durée de nos passions..., comme H 86 et L 221.
+
+[6] L'amour est à l'âme..., comme L 223. (Cf. H 91.)
+
+[7] La folie suit..., et la suite comme L I. (Cf. H 170.)
+
+[8] L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remontrances
+que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous les
+reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader
+que nous en sommes exempts. (Cf. L 2 et début de H 137.)
+
+[9] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur que ce
+que nous prenons..., et la suite comme H 138. (Cf. L 3.)
+
+[10] Nous promettons..., comme L4 et H 16. suivie de L 5
+
+[11] Ce qui rend nos amitiés..., comme L 6 et H 89.
+
+[12] Nous nous persuadons souvent mal à propos d'aimer..., et la
+suite comme L 7 (Cf. H 90.)
+
+[13] Les Français ne sont pas seulement sujets..., comme L 8. (Cf.
+H 13.)
+
+[14] Les faux honnêtes gens..., comme L9 et H 176.
+
+[15] On est au désespoir d'être trompé..., comme H 17. (Cf. L 10.)
+
+[16] Les plus sages le sont..., comme L II et début de H 171.
+
+[17] L'amour-propre est plus habile..., comme L 12. (Cf. une
+phrase au début de H 105.)
+
+[18] Il est aussi aisé de se tromper soi-même..., comme L 13 et H
+18.
+
+[19] Rien n'est impossible de soi, il y a des voies qui conduisent
+à toutes choses; si nous avions assez de volonté, nous aurions
+toujours assez de moyens. (Cf. L 14 et H 21.)
+
+[20] L'intérêt fait jouer..., comme L 15 et H 156, suivi de L 16
+(cf. H 8) et de L 17 (H. 173).
+
+[21] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments..., comme L 18 et
+le début de H 146.
+
+[22] L'homme est conduit..., comme L 19.
+
+[23] La modestie qui semble refuser..., comme L 20. (Cf. fin de H
+146.)
+
+[24] L'orgueil se dédommage toujours..., comme L 21 et H 139.
+
+[25] L'amitié la plus sainte..., comme L 22. (Cf. H 88.)
+
+[26] La félicité est dans le goût..., comme L 23. (Cf. H 122.)
+
+[27] Quand on ne trouve point son repos..., comme L 24 et H 187.
+
+[28] On ne fait point de distinction dans les espèces de colères,
+bien qu'il y en ait..., et la suite comme L 25. (Cf. H 135.)
+
+[29] Quoique toutes les passions..., comme L 26 et H 87.
+
+[30] La jalousie est raisonnable et juste en quelque manière parce
+qu'elle ne cherche..., et la suite comme L 27 et H 104.
+
+[31] Quelque différence qu'il y ait entre les fortunes, il y a
+pourtant une certaine proportion des biens et des maux qui les
+rend égales (Cf. L 28 et H 126.)
+
+[32] On n'aime point à louer..., comme H 147 (cf. début de L 29),
+sauf deux variantes: celui qui la reçoit et celui qui la donne (au
+lieu de: celui qui la donne et celui qui la reçoit); un la prend
+(au lieu de: l'un la prend.)
+
+[33] Nous choisissons toujours des louanges empoisonnées qui
+découvrent par contre-coup des défauts en nos amis, que nous
+n'osons divulguer. (Cf. suite de L 29 et début de H 148.)
+
+[34] Nous élevons la gloire des uns..., comme H 149. (Cf. fin de L
+29.)
+
+[35] Il est malaisé de définir l'amour; tout ce qu'on peut dire
+est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits
+c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cachée
+et délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de
+misères. (Cf. L 30 et H 93.)
+
+[36] Quelques grands avantages que la nature donne..., comme L 31
+et H 121.
+
+[37] Il n'y a point de libéralité..., comme L 32 et H 29.
+
+[38] L'amour de la gloire..., comme H III (Cf. L 33.)
+
+[39] On pourrait dire qu'il n'est point..., et la suite comme L 34
+et H 123.
+
+[40] On ne veut point perdre la vie..., comme H 116. (Cf. L 35.)
+
+[41] La valeur, dans les simples soldats..., comme L 36 et H 117.
+
+[42] Les crimes deviennent innocents, et même glorieux, par leur
+nombre et par leur excès; de là vient que les voleries publiques
+sont des habiletés, et que prendre des provinces injustement
+s'appelle faire des conquêtes. Le crime a ses héros ainsi que la
+vertu. (Cf. L 37 et H 4.)
+
+[43] Les grands et les ambitieux..., comme H 119. (Cf. L 38.)
+
+[44] Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien.
+(Comme H 177, cf. L 39.)
+
+[45] La générosité c'est un désir de briller..., comme L 40. (Cf.
+H 120.)
+
+[46] Le jugement n'est autre chose... de son étendue, de sa
+profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture,
+et de sa délicatesse. L'étendue de l'esprit est la mesure de sa
+lumière; la profondeur est celle qui découvre le fond des choses;
+le discernement compare et distingue les choses. La justesse ne
+voit que ce qu'il faut voir; la droiture prend toujours le bon
+droit des choses; la délicatesse aperçoit les choses
+imperceptibles, et le jugement prononce ce que les choses sont. Si
+on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualités ne sont
+autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel voyant tout
+remontre dans la plénitude de ces lumières tous les avantages dont
+nous venons de parler. (Cf. L 41 et H 38-39.)
+
+[47] Quand la vanité ne fait point parler..., comme L 42 et H 144.
+
+[48] La sincérité est une naturelle ouverture..., et la suite
+comme L 43. (Cf. H 158.)
+
+[49] La finesse n'est qu'une pauvre habileté. (Comme L 44 et H
+165.)
+
+[50] Dieu seul fait les gens de bien..., comme L 45, mais sans la
+citation italienne.
+
+[51] Nous récusons tous les jours des juges pour le plus petit
+intérêt, et nous commettons..., et la suite comme L 46.
+
+[52] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de
+gens d'esprit emploient communément, les plus habiles affectant de
+les rejeter toute leur vie pour s'en servir en quelque grand
+intérêt. (Cf. L 47 et H 166.)
+
+[53] Comme la finesse est l'effet..., comme L 48. (Cf. H 167.)
+
+[54] On s'est trompé quand on a cru, après tant de grands
+exemples, que l'amour et l'ambition triomphent toujours des autres
+passions; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en
+est le plus souvent la maîtresse; elle usurpe insensiblement sur
+tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y
+détruit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus.
+(Cf. L 84 et H 94.)
+
+[55] Rien ne nous plaît tant..., comme H 141, sauf une variante:
+leur emploi au lieu de leurs emplois, et la fin: que la confiance
+est comme un relâchement de l'âme, causé par le nombre et par le
+poids des choses dont elle est pleine. (Cf. L 49.)
+
+[56] Nous ne nous apercevons que des emportements et des
+mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre tempérament,
+comme de la violence, de la colère, etc., mais personne quasi ne
+s'aperçoit que ces humeurs ont un cours ordinaire et réglé qui
+meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volonté à des
+actions différentes; elles veulent ensemble..., et la suite comme
+L 50. (Cf. H 136.)
+
+[57] La pitié est un sentiment..., comme L 51 et H 22, sauf un
+mot: actions au lieu de occasions.
+
+[58] Qui considérera superficiellement tous les effets de la
+bonté..., comme H 35, sauf la fin: il réunit, il dispose et tourne
+tous les hommes en sa faveur. (Cf. L 52.)
+
+[59] L'humilité est une feinte soumission..., comme H 25, sauf
+deux différences: I sous toutes ses figures au lieu de dans toutes
+ses figures; 2 où on l'élève au lieu de où l'on l'élève. (Cf. L
+53.)
+
+[60] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des
+extrémités où l'on arrive rarement. L'espace qui est entre les
+deux est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage:
+il y a plus de différence entre elles qu'il y en a entre les
+visages et les humeurs; cependant elles conviennent en beaucoup de
+choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au
+commencement d'une action, et qui se relâchent et se rebutent
+aisément par sa durée; il y en a qui sont assez contents quand ils
+ont satisfait à l'honneur du monde, et qui font fort peu de choses
+au delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de
+leur peur. D'autres se laissent quelquefois emporter à des
+épouvantes générales. D'autres vont à la charge pour n'oser
+demeurer dans leurs postes. Enfin il s'en trouve à qui l'habitude
+des moindres périls affermit le courage, et les prépare à
+s'exposer à des plus grands. Outre cela, il y a un rapport général
+que l'on remarque entre tous les courages des différentes espèces
+dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la
+crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne
+la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus
+général qui, à parler plus absolument, s'étend sur toutes sortes
+d'hommes c'est qu'il n'y en a point qui fassent ce qu'ils seraient
+capables de faire dans une occasion s'ils avaient une certitude
+d'en revenir; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort
+ôte quelque chose à leur valeur et diminue son effet. (Cf. L 54 et
+H 113.)
+
+[61] On élève la prudence jusques au ciel., comme L 55. sauf une
+différence aussi peu connue au lieu de inconnue. (Cf. H 14.)
+
+[62] Rien n'est plus divertissant que de voir..., comme L 56 sauf
+deux différences: I recevoir des conseils au lieu de recevoir des
+conduites; 2 il pare d'abord la sincérité de son avis au lieu de
+il paie d'abord la sincérité de son ami. (Cf. H 19.)
+
+[63] Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions, car,
+sous prétexte de pleurer une personne qui nous est chère, nous
+pleurons les nôtres, c'est-à-dire la diminution de notre bien, de
+notre plaisir ou de notre considération, en la personne que nous
+pleurons. De cette manière les morts ont l'honneur des larmes qui
+ne coulent que pour ceux qui les pleuraient. J'ai dit que c'était
+une espèce d'hypocrisie parce que par elle l'homme se trompe
+seulement lui-même. Il y en a une autre qui n'est pas si innocente
+et qui impose à tout le monde, c'est l'affliction de certaines
+personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et immortelle
+douleur; car, le temps, qui consomme tout, l'ayant consommée,
+elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs plaintes et leurs
+soupirs; elles prennent un personnage lugubre et travaillent à
+persuader par toutes leurs actions qu'elles égaleront la durée de
+leurs pleurs à leur propre vie. Cette triste et fatigante vanité
+se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que,
+leur sexe leur fermant tous chemins à la gloire, elles se jettent
+dans celui-ci, et s'efforcent à se rendre célèbres par la montre
+d'une inconsolable douleur. (Cf. L 57 et H 174.) Suivi de Outre ce
+que nous avons dit..., comme L 58 et H 175.
+
+[64] Les philosophes, et Sénèque surtout..., comme L 59. (Cf. H
+142.)
+
+[65] Les affaires et les actions des grands hommes..., comme L 60
+et H 103, sauf les derniers mots: on est éloigné au lieu de on en
+est éloigné.
+
+[66] Comment prétendons-nous qu'un autre..., comme L 61.
+
+[67] Les philosophes ne condamnent les richesses que par les
+mauvais usages ..., et la suite comme L 62. (Cf. H 163.)
+
+[68] Celui-là n'est pas raisonnable..., comme L 63 et H 23.
+
+[69] La plus déliée de toutes les finesses..., comme H 168. (Cf. L
+64.)
+
+[70] La pure valeur (s'il y en avait)..., comme L 65 et H 114.
+
+[71] L'intrépidité est une force extraordinaire..., comme L 66 et
+H 115.
+
+[72] L'orgueil, comme lassé de ses artifices..., comme H 143. (Cf.
+L 67.)
+
+[73] La politesse est un tour de l'esprit..., comme H 181. (Cf. L
+68.)
+
+[74] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel
+il pénètre les choses les plus flatteuses, c'est-à-dire celles qui
+sont les plus capables de plaire aux autres. (Cf. L 69 et H 180.)
+
+[75] Qui ne rirait de la modération..., comme L 70. (Cf. H 27.)
+
+[76] La modération dans la bonne fortune..., comme L 71 et le
+début de H 26.
+
+[77] La politesse des États..., comme L 72 et H 183.
+
+[78] La faiblesse de l'esprit..., comme H 20. (Cf. L 73.)
+
+[79] La gravité est un mystère du corps..., comme L 74 et H 9;
+suivi de: La sévérité des femmes c'est un ajustement et un fard
+qu'elles ajustent [sic] à leur beauté..., et la suite comme H. 10.
+(Cf. L 75.)
+
+[80] Ceux qui voudraient définir la victoire..., comme L 76, mais
+avec omission des mots comme les poètes (Cf. H 134)
+
+[81] La modération dans la bonne fortune..., comme L 77, (Cf. fin
+de H 26.)
+
+[82] La persévérance n'est digne de blâme ni de louange..., comme
+L 78 et H 40.
+
+[83] La nature fait le mérite, et la fortune le met en oeuvre. La
+civilité est une envie d'en recevoir, c'est aussi un désir d'être
+estimé poli. (Comme L 79-80, et H 124 suivi de H 184.)
+
+[84] La vérité qui fait les gens véritables est une perceptible
+ambition..., et la suite comme L 81 et H 41.
+
+[85] Nous avouons nos défauts..., comme L 82 et H 24.
+
+[86] La clémence des princes est une politique..., comme L 83.
+(Cf. fin de H 7)
+
+[87] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses..., comme L 85.
+
+[88] Il y a deux sortes d'inconstance: l'une qui vient de la
+légèreté de l'esprit qui à tous moments change d'opinion, ou
+plutôt de la pauvreté de l'esprit qui reçoit toutes les opinions
+des autres; l'autre, qui est plus excusable, vient de la fin du
+goût des choses que l'on aimait. (Cf. L 86 et H 101.)
+
+[89] La sobriété est l'amour de la santé..., comme L 87 et H 30.
+
+[90] La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation et de
+leur repos. (Cf. L 88 et H 28.)
+
+[91] Le mépris des richesses, dans les philosophes..., comme H
+164, sauf une variante: un chemin détourné de la pauvreté au lieu
+de un chemin détourné. (Cf. L 89.)
+
+[92] La fidélité est une invention rare..., comme H 31, à une
+légère différence près: quelque occasion au singulier. (Cf. L 90.)
+
+[93] L'éducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre
+qu'on leur inspire. (Comme L 91 et H 32.)
+
+[94] Notre repentir ne vient point de nos actions..., comme L 92
+et H 33.
+
+[95] Il y a des héros en mal comme en bien. (Comme L 93.)
+
+[96] L'amour-propre est l'amour de soi-même..., comme L 94, sauf
+les variantes suivantes:
+
+Ier alinéa: leur en donnait les moyens (au lieu de leur en ouvrait
+les moyens)--des métamorphoses (au lieu de de la métamorphose)
+
+2e alinéa: On ne peut en sonder la profondeur (au lieu de On ne
+peut sonder la profondeur)--il y conçoit (sans et)--il en
+forme quelquefois de si monstrueuses (sans même).
+
+3e alinéa: lorsqu'il les a rassasiés (au lieu de qu'il a
+rassasiés).
+
+5e alinéa: plutôt que par les beautés (au lieu de plutôt que par
+la beauté)--qu'il court lorsqu'il suit les choses (sans les mots
+et qu'il suit son gré).
+
+6e alinéa: Il est tout le contraire (au lieu de II est tous les
+contraires)--il est impérieux, il est obéissant (au lieu de il
+est impérieux et obéissant).
+
+7e alinéa: qui le tournent (au lieu de qui les tournent)--à la
+gloire et aux richesses (au lieu de à la gloire ou aux richesses)
+--il y en a une infinité (au lieu de il en a une infinité)--
+omission des mots car il est naturellement inconstant de toutes
+manières.
+
+8e alinéa: mais qu'il poursuit parce qu'il les veut (au lieu de et
+qu'il poursuit seulement parce qu'il les veut).
+
+9e alinéa: conserve sa fierté (sans toute)
+
+10e alinéa: et il s'accommode (au lieu de il s'accommode).
+
+IIe alinéa: il ruine (au lieu de il se ruine)--il se change
+seulement (au lieu de il le change seulement)--dans les
+triomphes de sa défaite (au lieu de dans le triomphe de sa
+défaite). (Cf. H 105)
+
+[97] L'intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent
+trompés. (Comme L 95.)
+
+[98] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler.
+(Comme L 96.)
+
+[99] La ruine du prochain plaît aux amis et aux ennemis. (Comme L
+97.)
+
+[100] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que
+l'amour de la faveur; c'est aussi la rage de n'avoir point la
+faveur, qui se console et s'adoucit par le mépris des favoris;
+c'est enfin une secrète envie de la détruire qui fait que nous
+leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant pas leur ôter ceux de
+tout le monde. (Cf. L 98 et H 132.)
+
+[101] Chaque homme n'est pas plus différent..., comme L 99 et H
+70.
+
+[102] Il est de la reconnaissance..., comme L 100, sauf une
+variante: trouver facilement au lieu de trouver plus facilement.
+(Cf. H 12)
+
+[103] La coutume que nous avons de nous déguiser aux autres pour
+acquérir leur estime fait qu'enfin nous nous déguisons nous-mêmes.
+(Cf. L 101)
+
+[104] Les biens et les maux sont plus grands..., comme L 102 et H
+125.
+
+[105] Il y a des personnes à qui leurs défauts siéent bien...,
+comme L 103. (Cf. H 58.)
+
+[106] La réconciliation avec nos ennemis..., comme L 104 et H II
+
+[107] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant
+leur persécution et leur haine que les bonnes qualités que nous
+avons. (Cf. L 105.)
+
+[108] Une des choses qui fait que nous trouvons si peu de gens qui
+paraissent raisonnables et aimables dans la conversation est qu'il
+n'y a..., et la suite comme L 106. (Cf. H 178.)
+
+[109] Comme si ce n'était pas assez à l'amour-propre..., comme L
+107, sauf les différences suivantes: celle de transformer les
+objets (au lieu de celle de transformer ses objets)--lorsque
+personne ne nous est contraire (au lieu de lorsqu'une personne
+nous est contraire)--notre amour-propre juge les actions (au
+lieu de notre amour-propre juge ses actions)--du biais dont nous
+le regardons (au lieu de des biais dont nous les regardons). (Cf.
+H 106.)
+
+[110] Quoique toutes les passions montrent cette vérité..., comme
+L 108, sauf trois variantes: ou l'infidélité au lieu de ou
+infidélité--omission des mots contre sa maîtresse--que la vue
+a calmé au lieu de que sa vue a calmé. (Cf. H 107.)
+
+[111] La justice n'est qu'une vive appréhension..., comme L 109,
+sauf les différences suivantes: qu'on ne nous ôte au lieu de qu'on
+nous ôte--cette considération et le respect au lieu de cette
+considération et ce respect--que la naissance ou la fortune lui
+ont donnés au lieu de que la naissance ou la fortune lui a donnés.
+(Cf. fin de H 37.)
+
+[112] La justice, dans les bons juges qui sont modérés, n'est que
+l'amour dans leur élévation [sic]. (Cf. L 110 et début de H 37.)
+
+[113] Rien n'est si contagieux que l'exemple..., comme L III, sauf
+une variante: l'imitation d'agir honnêtement au lieu de
+l'imitation des biens. (Cf. H 46.)
+
+[114] Nul ne mérite d'être loué..., et la suite comme H 36. (Cf. L
+112.)
+
+[115] Chacun pense être plus sage que les autres. (Cf. L 113 et
+début de H 169.)
+
+[116] L'aveuglement des hommes..., comme L 114 (Cf. H 140.)
+
+[117] La constance en amour..., comme L 115. (Cf. H 100.)
+
+[118] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis suivant leurs
+mérites, mais selon nos besoins..., et la suite comme L 116.
+
+[119] Il n'y a point d'amour pur et exempt du mélange..., et la
+suite comme L 117. (Cf. H 92.)
+
+[120] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le
+manque de vertu. (Comme L 118 et H 186.)
+
+[121] La passion fait souvent du plus habile homme un sot et rend
+quasi les plus sots habiles. (Cf. L 119 et H 69.)
+
+[122] Il y a des gens niais qui se connaissent sots et qui
+emploient habilement leur sottise (Cf. L 120 et H 59.)
+
+[123] Tout le monde trouve à redire en autrui ce qu'on trouve à
+redire en lui (Comme H 71; cf. L 121.)
+
+[124] On ne saurait compter toutes les espèces de vanité. Pour les
+savoir, il faut savoir le détail des choses, et comme il est
+presque infini, de là vient que si peu de gens sont savants et que
+nos connaissances sont superficielles et imparfaites; on décrit
+les choses au lieu de les définir; en effet on ne les connaît et
+on ne les fait connaître qu'en gros et par des marques communes.
+C'est comme si quelqu'un disait que ce corps humain est droit et
+composé de différentes parties, sans dire le nombre, la situation,
+les fonctions, les rapports et les différences de ces parties (Cf.
+L 122-123, et H 145.)
+
+[125] Il est bien malaisé de distinguer la bonté..., comme L 124
+et H 34.
+
+[126] On incommode toujours les gens quand on est persuadé de ne
+les pouvoir jamais incommoder. (Cf. L 125.)
+
+[127] Les grandes et éclatantes actions..., comme H 102, sauf deux
+différences comme des effets des grands intérêts, au lieu que ce
+sont d'ordinaire des effets de l'humeur (au lieu de: comme les
+effets des grands intérêts, au lieu qu'ils sont d'ordinaire les
+effets de l'humeur)--l'ambition d'être maîtres du monde (au lieu
+de: l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du monde). (Cf.
+L 126.)
+
+[128] Les passions sont les seuls orateurs..., comme L 127, sauf
+une différence: et l'homme le plus simple les persuade mieux, au
+lieu de et l'homme le plus simple, qui sent, persuade mieux. (Cf.
+H 45.)
+
+[129] La vraie éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et ne
+dire que ce qu'il faut. (Cf. L 128 et H 43.)
+
+[130] Ceux qui se sentent du mérite..., comme L 129 et début de H
+127, sauf une variante des véritables héros au lieu de de
+véritables héros.
+
+[131] La coquetterie est le fond de l'humeur..., comme L 130 et H
+179.
+
+[132] Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la
+compagnie des sots. (Cf. L 131 et H 72.)
+
+[133] Les pensées et les sentiments ont chacun un ton de voix...,
+comme L 132. sauf les derniers mots: et déplaisent au lieu de ou
+déplaisent. (Cf. H 73-74.)
+
+[134] Il y a des jolies choses que l'esprit..., et la suite comme
+L 133 et H 182.
+
+[135] La confiance de plaire est souvent un moyen de plaire
+infailliblement. (Comme H 75, cf. L 134.)
+
+[136] L'approbation qu'on donne à l'esprit et à la beauté et à la
+valeur les augmente, les perfectionne et leur fait faire de plus
+grands effets qu'ils n'avaient été capables de faire d'eux-mêmes
+(Cf. L 136.)
+
+[137] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction..., comme H 76.
+(Cf. L 137.)
+
+[138] La faiblesse fait connaître [sic] plus de trahisons que les
+véritables desseins de trahir. (Cf. L 135 et H 172)
+
+[139] Nous n'avons pas assez de force pour suivre notre raison.
+(Cf. L 138 et H 77.)
+
+[140] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles..., comme
+H 78. (Cf. L 139.)
+
+[141] Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de
+passions et plus de vertus que les âmes communes, mais seulement
+celles qui ont de plus grandes vues. (Cf. L 140 et H 79.)
+
+[142] On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux
+qu'on espère. (Comme H 128; cf. L 141.)
+
+[143] On se vante souvent mal à propos..., comme L 142 et H 80,
+sauf une omission: l'homme au lieu de et l'homme.
+
+[144] Ce qui nous empêche souvent de bien juger..., comme L 143 et
+H 188, sauf une variante: est que au lieu de c'est que.
+
+[145] La santé de l'âme n'est pas plus assurée..., comme H 81,
+sauf trois variantes: que nous puissions au lieu de que nous
+paraissions--point encore au lieu de pas encore--que l'on est
+au lieu de qu'on l'est. (Cf. L 144.)
+
+[146] On blâme l'injustice, non pas pour la haine qu'on a pour
+elle, mais pour le préjudice qu'on en reçoit. (Cf. L 145.)
+
+[147] Un habile homme doit savoir régler le rang de ses
+intérêts..., comme L 146.
+
+[148] Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de
+la fortune. (Comme L 147 et fin de H 136.)
+
+[149] La honte, la paresse et la timidité..., et la suite comme L
+148 et H 5.
+
+[150] On a plus de raison quand on espère plus d'en trouver aux
+autres. (Cf. L 149.)
+
+[151] Ceux qu'on exécute affectent..., comme L 150 et H 48, sauf
+une variante: ce qu'un mouchoir au lieu de ce que le mouchoir.
+
+[152] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir
+l'injustice. (Comme L 151; cf. début de H 37.)
+
+[153] Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que
+dans le choix des paroles. (Comme L 152 et H 44.)
+
+[154] La plupart des hommes s'exposent assez..., comme L 153 et H
+118.
+
+[155] On ne loue que pour être loué. (Comme L 154.)
+
+[156] Il n'y a que Dieu qui sache..., comme L 155. (Cf. H 157.)
+
+[157] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de
+chaque chose. (Comme L 156 et H 185.)
+
+[158] Si on était assez habile, on ne ferait point de finesses ni
+de trahisons (Cf. fin de H 169.)
+
+[159] On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par
+l'intérêt. (Cf. L 157 et H 161.)
+
+[160] La vérité est le fondement et la justification de la beauté.
+(Comme L 158 et début de H 42.)
+
+[161] Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions
+pas de celui des autres. (Comme L 159 et fin de H 137.)
+
+[162] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous désirons
+toutes choses comme si nous étions immortels. (Comme L 160; cf. H
+50.)
+
+[163] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui
+leur sert que la louange qui les trahit. (Comme L 161 et H 150.)
+
+[164] La subtilité est une fausse délicatesse, et la délicatesse
+est une subtilité solide. (Comme H 51; cf. L 162.)
+
+[165] La vérité est le fondement et la raison de la perfection et
+de la beauté..., comme L 163 et H 42.
+
+[166] Les passions ont une injustice..., comme L 164, sauf une
+variante; dire tout ce qui lui plaît au lieu de dire quasi tout ce
+qui lui plaît. (Cf. H 82.)
+
+[167] Le monde, ne connaissant point le véritable motif, n'a garde
+de le pouvoir récompenser..., et la suite comme L 165 et H 52,
+sauf deux variantes des belles qualités au lieu de de belles
+qualités--ne soit point de l'or au lieu de ne soit pas de l'or.
+
+[168] Comme il y a des bonnes viandes..., et la suite comme L 166
+et H 53.
+
+[169] Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de
+nos amis lorsqu'elles aident à nous faire faire quelques belles
+actions. (Cf. L 167.)
+
+[170] Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes, ils sont
+bientôt oubliés. (Cf. L 168.)
+
+[171] L'intérêt donne toutes sortes de vertus et de vices. (Cf. L
+169.)
+
+[172] Plusieurs personnes s'acquittent du devoir de la
+reconnaissance..., et la suite comme L 170.
+
+[173] Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut
+pour y paraître établi. (Comme L 171 et début de H 61)
+
+[174] Dans toutes les professions et dans tous les arts..., comme
+L 172 et la fin de H 61.
+
+[175] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le
+monde chante un certain temps, quelque sots et dégoûtants qu'ils
+soient. (Cf. L 173 et H 62.)
+
+[176] Comme dans la nature il y a une éternelle génération...,
+comme L 174, sauf une variante: des passions au lieu de de
+passions. (Cf. H 64.)
+
+[177] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son
+semblable..., comme H 65. (Cf. L 175.)
+
+[178] Peu de gens sont cruels de cruauté, mais les hommes sont
+cruels et inhumains d'amour-propre. (Cf. L 176 et fin de H 110.)
+
+[179] L'intérêt parle toute sorte de langues..., comme L 177.
+
+[180] L'intérêt est toujours la dupe du coeur. (Cf. L 178 et H
+83.)
+
+[181] Quelque industrie que l'on ait à cacher ses passions...,
+comme H 84. (Cf. L 179.)
+
+[182] La philosophie triomphe aisément des maux passés..., comme L
+180 et H 85.
+
+[183] Ce qui fait tout le mécompte dans la reconnaissance qu'on
+attend des grâces qu'on a fait, c'est que..., et la suite comme L
+181.
+
+[184] La vanité, et la honte, et surtout le tempérament, fait la
+valeur des hommes, dont on fait tant de bruit (Cf. L 182 et H
+112.)
+
+[185] Il y a des gens dont le mérite..., comme L 183 et H 57.
+
+[186] On se console souvent d'être malheureux en effet pour
+certain plaisir qu'on trouve à le paraître. (Cf. L 184 et fin de H
+127.)
+
+[187] On admire tout ce qui éblouit..., comme L 185, sauf une
+variante: qui donne souvent au lieu de et donne souvent. (Cf. H
+54.)
+
+[188] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie...,
+comme L 186. (Cf. H 55.)
+
+[189] La vertu est un fantôme..., comme L 187 (Cf. H 2.)
+
+[190] Peu de gens connaissent la mort..., comme L 188, sauf
+l'omission d'un et (par la coutume au lieu de et par la coutume).
+(Cf. H 49)
+
+[191] L'imitation est toujours malheureuse et tout ce qui est
+contrefait déplaît, et les seules choses charment qui sont
+naturelles. (Cf. L 189 et H 47.)
+
+[192] Dieu a mis des talents différents dans l'homme comme il a
+planté des différents arbres dans la nature..., et la suite comme
+H 60, sauf la fin: ne saurait produire les effets des talents les
+plus communs; de là vient qu'il est aussi ridicule de vouloir
+faire des semées sans en avoir la graine en soi que de vouloir
+qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait pas semé de
+ses oignons. (Cf. L 190.)
+
+[193] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.
+(Comme L 191 et H 63.)
+
+[194] L'intérêt, à qui on reproche..., comme H 160. (Cf. L 192.)
+
+[195] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui
+médisent. (Comme L 193 et H 151.)
+
+[196] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut
+avoir l'économie. (Cf. L 194 et H 56.)
+
+[197] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé comme
+il est, est que plus il devient raisonnable..., et la suite comme
+L 195 et H 66.
+
+[198] On se mécompte toujours dans le jugement..., comme L 196 et
+H 67: suivie de Il faut une certaine proportion entre les actions
+et les desseins qui les produisent, ou les actions ne font tous
+les effets qu'elles doivent faire (cf. L 197 et H 68.)
+
+[199] Quoique la grandeur des ministres se forme par la grandeur
+de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de
+quelque petit dessein. (Cf. L 198 et H 131.)
+
+[200] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans
+la moindre occasion étouffée par un intérêt. (Cf. L 199 et H 162.)
+
+[201] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. (Comme L
+200 et fin de H 171.)
+
+[202] Les grands hommes s'abattent et se démontent enfin..., et la
+suite comme L 201 et H 133.
+
+[203] La plupart des gens ne voient dans les hommes..., comme L
+202 et H 129.
+
+[204] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands
+défauts. (Comme L 203 et H 130.)
+
+[205] Toutes les vertus des hommes se portent dans l'intérêt,
+comme les fleuves se perdent dans la mer. (Cf. L 204 et H 3.)
+
+[206] Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher
+l'amour où il est ou le feindre où il n'est pas. (Cf. L 224 et H
+95.)
+
+[207] Comme on n'est jamais libre..., comme L 225, sauf les
+derniers mots: de ses amants au lieu de son amant (Cf. H 96.)
+
+[208] Si on jugeait de l'amour..., et la suite comme L 219 et H
+97.
+
+[209] On peut trouver des femmes qui n'ont point fait de
+galanteries..., et la suite comme H 98. (Cf. L 222.)
+
+[210] Il y a deux sortes de constances en amour..., et la suite
+comme H 99, sauf une variante: que l'on se fait un honneur au lieu
+de qu'on se fait honneur. (Cf. L 226.)
+
+
+Manuscrit édité par Édouard de Barthélemy
+
+[1] Nous sommes préoccupés de telle sorte en notre faveur...,
+comme L 3.
+
+[2] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il
+lui plaît, il se fait plusieurs vertus. (Cf. L 246.)
+
+[3] La modération dans la bonne fortune..., comme L 71.
+
+[4] L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du
+monde. (Comme L 12.)
+
+[5] La durée de nos passions ne dépend pas de nous plus que la
+durée de notre vie. (Cf. L 221.)
+
+[6] La passion fait souvent un sot du plus habile homme, et rend
+souvent le plus sot habile. (Cf. L 119.)
+
+[7] Dieu a mis des talents différents dans l'homme comme il a
+planté des arbres différents dans la nature, en sorte que chaque
+talent ainsi que chaque arbre a sa propriété et son effet qui leur
+sont particuliers; de là vient que le poirier le meilleur du monde
+ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent
+le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets du talent
+le plus commun. De là aussi vient qu'il est aussi ridicule de
+vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi, que de
+vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait
+point semé d'oignons. (Cf. L 190.)
+
+[8] La vérité est le fondement et la justification de la beauté.
+(Comme L 158.)
+
+[9] La ruine du prochain plaît aux amis et aux ennemis. (Comme L
+97.)
+
+[10] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses que tant de
+gens d'esprit emploient si communément; les plus habiles affectent
+de les éviter toute leur vie pour s'en servir à quelque grande
+occasion et par quelque grand intérêt. (Cf. L 47.)
+
+[11] Il y a des hommes que l'on estime..., comme L 205, avec toute
+vertu au singulier.
+
+[12] La vertu est un fantôme formé par nos passions à qui on donne
+un nom honnête afin de faire impunément ce qu'on veut. (Cf. L
+187.)
+
+[13] On ne saurait compter toues les espèces de vanités. (Cf. L
+122.)
+
+[14] La vérité qui fait les hommes véritables..., et la suite
+comme L 81.
+
+[15] Chaque homme n'est pas plus différent des autres hommes qu'il
+l'est souvent de lui-même. (Comme L 99.)
+
+[16] L'amour-propre est l'amour de soi-même... Long développement
+semblable à la maxime I de la première édition (MS I), à trois
+petites variantes près: il travaille lui-même à sa ruine (au lieu
+de il travaille même à sa ruine)--on le trouve qui triomphe (au
+lieu de on le retrouve qui triomphe)--trouve dans la violence
+continuelle de ses vagues (au lieu de trouve dans le flux et le
+reflux de ses vagues continuelles). (Cf. L 94.)
+
+[17] Enfin l'orgueil, comme lassé de ses artifices..., comme L 67,
+sauf une variante: un visage naturel (au lieu de son visage
+naturel).
+
+[18] Ces grandes et éclatantes actions..., et la suite comme L
+126, à l'exception des derniers mots: un effet de jalousie (au
+lieu de un effet de la jalousie).
+
+[19] Les passions sont les seuls orateurs..., comme au début de L
+127, jusqu'à infaillibles.
+
+[20] Les passions ont une injustice..., comme L 164 (à ceci près
+que la fin comporte des lapsus qui la rendent inintelligible).
+
+[21] Tout le monde est plein de pelles qui se moquent du fourgon.
+(Cf. L 121.)
+
+[22] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent pas assez
+d'ordinaire ce qui en est l'origine. (Cf. L 237.)
+
+[23] On blâme l'injustice, non par la haine qu'on en a, mais pour
+le préjudice qu'on en reçoit. (Cf. L 145.)
+
+[24] On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt.
+(Comme L 157.)
+
+[25] On ne fait point de distinction dans la colère..., comme L
+25.
+
+[26] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie...,
+comme L 186.
+
+[27] Peu de gens sont cruels de cruauté, mais tous les hommes sont
+cruels d'amour-propre. (Cf. L 176.)
+
+[28] Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel..., comme
+L 256.
+
+[29] Comme dans la nature il y a une éternelle génération....,
+comme L 174.
+
+[30] Quelque industrie qu'on ait à cacher ses passions..., et la
+suite comme L 179.
+
+[31] L'intérêt est l'ami de l'amour-propre, de sorte que comme le
+corps privé de son âme est sans vie, sans ouïe, sans connaissance,
+sans sentiment et sans mouvement, de même l'amour-propre séparé,
+s'il faut dire ainsi, de son intérêt, ne vit, n'entend..., et la
+suite comme L 270.
+
+[32] Les Français ne sont pas seulement sujets à perdre, comme la
+plupart des hommes, le souvenir des bienfaits et des injures, mais
+ils haïssent ceux qui les ont obligés; l'orgueil et l'intérêt
+produisent partout l'ingratitude..., et la suite comme L 8.
+
+[33] La clémence des princes est une politique..., comme L 83
+
+[34] La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de
+crainte dont nous faisons une vertu. (Cf. L 217.)
+
+[35] La modération des personnes heureuses est le calme de leur
+humeur adoucie par la possession du bien. (Cf. début de L 77.)
+
+[36] Nous craignons toutes choses comme mortels..., comme L 160,
+avec le deuxième toute chose au singulier.
+
+[37] Il semble que c'est le diable qui a tout exprès placé la
+paresse sur la frontière de plusieurs vertus. (Comme L 209.)
+
+[38] On n'a plus de raison quand on n'espère plus d'en trouver aux
+autres. (Comme L 149.)
+
+[39] Les philosophes, et Sénèque surtout..., comme L 59.
+
+[40] Les plus sages le sont dans toutes les choses
+indifférentes..., et la suite comme L II.
+
+[41] Toutes les passions ne sont que les divers degrés de la
+chaleur et de la froideur du sang. (Cf. L 251.)
+
+[42] La sobriété est l'amour de la santé ou l'impuissance de
+manger beaucoup. (Comme L 87.)
+
+[43] Les grandes âmes ne sont pas celles..., comme L 140, sauf la
+fin: les plus grandes vues au lieu de de plus grandes vues.
+
+[44] La crainte du blâme et du mépris qui suivent ceux qui
+s'enivrent de leur bonheur, c'est une vaine ostentation de la
+force de notre esprit, enfin..., et la suite comme la fin L 77.
+
+[45] Nous avons tous assez de force pour supporter les maux
+d'autrui. (Comme L 5.)
+
+[46] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent
+renfermer leur agitation dans leur coeur. (Cf. L 16.)
+
+[47] Ceux qu'on exécute affectent quelquefois..., comme L 150.
+
+[48] La philosophie triomphe aisément des maux passés..., comme L
+180.
+
+[49] Peu de gens connaissent la mort..., comme L 188.
+
+[50] On se console souvent d'être malheureux en effet..., comme L
+184.
+
+[51] Quand on ne trouve pas son repos en soi-même, il est inutile
+de le chercher ailleurs. (Cf. L 24.)
+
+[52] Comment peut-on répondre si hardiment de soi-même, puisqu'il
+faut auparavant pouvoir répondre de sa fortune? (Cf. L 214.)
+
+[53] L'amour est à l'âme de celui qui aime ce que l'âme est au
+corps qu'elle anime. (Comme L 223.)
+
+[54] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on
+ne peut se plaindre avec justice de la cruauté de ses maîtresses,
+ni de la légèreté de son amant. (Cf. L 225.)
+
+[55] La justice dans les bons juges n'est que l'amour de
+l'approbation; dans les ambitieux, c'est l'amour de leur
+élévation. (Cf. L 110.)
+
+[56] Comment prétendons-nous qu'un autre garde notre secret si
+nous n'avons pas pu le garder nous-mêmes? (Cf. L 61.)
+
+[57] Les grands hommes s'abattent et se démontent..., comme L 201,
+sauf une variante: et non pas par celle de leur coeur au lieu de
+et non pas par celle de leur âme.
+
+[58] On n'oublie jamais si bien la chose [sic] que quand on s'est
+lassé d'en parler. (Cf. L 213.)
+
+[59] Quoique toutes les passions se dussent cacher..., comme L 26
+
+[60] La jalousie est raisonnable en quelque manière..., comme L
+27.
+
+[61] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant
+les persécutions et leur haine que les bonnes qualités que nous
+avons. (Cf. L 105.)
+
+[62] Rien n'est impossible de soi..., comme L 14.
+
+[63] Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des
+défauts, c'est la facilité que l'on a à croire ce qu'on désire.
+(Cf. L 269.)
+
+[64] Si nous n'avions pas de défauts, nous ne serions pas si aises
+d'en remarquer aux autres. (Cf. L 257.)
+
+[65] Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu'on a
+craint..., et la suite comme L 240, sauf la fin: le doute et les
+soupçons au lieu de les doutes et les soupçons.
+
+[66] L'orgueil se dédommage toujours..., comme L 21.
+
+[67] Si nous n'avions pas d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas
+de celui des autres. (Cf. L 159.)
+
+[68] L'orgueil est égal dans tous les hommes..., comme L 211.
+
+[69] L'orgueil a bien plus de part que la bonté aux remontrances
+que nous faisons à ceux qui commettent des fautes; et nous ne les
+reprenons pas tant pour les en corriger que pour leur persuader
+que nous en sommes exempts. (Cf. L 2.)
+
+[70] Dieu seul fait les gens de bien..., comme L 45.
+
+[71] Les crimes deviennent innocents et même glorieux..., comme L
+37, sauf une variante: s massacres de provinces au lieu de les
+massacres des provinces.
+
+[72] Ceux qui voudraient définir la victoire..., comme L 76.
+
+[73] L'imitation est toujours malheureuse..., comme L 189. sauf
+une variante: plaisent au lieu de charment.
+
+[74] Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon
+nos craintes. (Comme L 4.)
+
+[75] L'intérêt fait jouer toute sorte de personnages et même celui
+de désintéressé. (Comme L 15.)
+
+[76] On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a que
+par celles que l'on affecte d'avoir. (Cf. L 220.)
+
+[77] L'espérance et la crainte sont inséparables..., comme L 261.
+
+[78] Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la
+vérité..., comme L 206.
+
+[79] L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns..., comme L
+192.
+
+[80] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses peuvent
+difficilement s'appliquer aux grandes..., et la suite comme L 85.
+
+[81] Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre
+raison. (Comme L 138.)
+
+[82] L'homme est conduit lorsqu'il croit se conduire, et pendant
+que par son espoir [sic] il vise à un endroit, son coeur
+s'achemine insensiblement à un autre. (Cf. L 19.)
+
+[83] Le caprice de l'homme est encore plus bizarre que celui de la
+fortune. (Cf. L 147.)
+
+[84] Le désir de vivre ou de mourir sont des goûts de l'amour-propre
+dont il ne faut pas plus disputer que des goûts de la langue ou
+du choix des couleurs. (Cf. L 243.)
+
+[85] La félicité est dans le goût et non pas dans les choses, et
+c'est pour avoir ce qu'on aime est heureux, et non pas pour avoir
+ce que les autres trouvent amiable [sic]. (Cf. L 23.)
+
+[86] On n'est jamais si malheureux qu'on craint, ni si heureux
+qu'on espère. (Comme L 141.)
+
+[87] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur
+mérite, mais selon nos besoins, et selon l'opinion que nous
+croyons leur avoir donnée de ce que nous valons. (Cf. L 116.)
+
+[88] Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale et
+répandue pour tout le monde de la grande habileté. (Cf. L 124.)
+
+[89] La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire
+infailliblement. (Comme L 134.)
+
+[90] La confiance que l'on a en soi fait naître la plus grande
+partie de celle que l'on a aux autres. (Comme L 248.)
+
+[91] Ce qui nous empêche souvent de bien juger..., comme L 143.
+
+[92] La dévotion qu'on donne aux princes est un second
+amour-propre. (Cf. L 91.)
+
+[93] La fin du bien est un mal, et la fin du mal est un bien. (Cf.
+L 210.)
+
+[94] Les biens et les maux sont plus grands dans notre
+imagination..., comme L 102.
+
+[95] Ceux qui se sentent du mérite..., comme L 129, à un mot près:
+poursuivre au lieu de persécuter.
+
+[96] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction..., comme L 137.
+
+[97] Quelque disproportion qu'il y ait entre les fortunes, il y a
+pourtant toujours une certaine proportion de biens et de maux qui
+les rend égales. (Cf. L 28.)
+
+[98] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas
+elle, mais la fortune, qui fait les héros. (Comme L 31.)
+
+[99] Le mépris des richesses était dans les philosophes..., et la
+suite comme L 89, à un mot près: garantir au lieu de dédommager.
+
+[99 bis] Les philosophes ne condamnent les richesses..., comme L
+62, sauf une variante: elles nourrissent et accroissent les crimes
+comme le bois entretient le feu, au lieu de: elles nourrissent et
+accroissent les vices, comme le bois entretient et augmente le
+feu.
+
+[100] Comme la plus heureuse personne du monde..., comme L 38,
+sauf une variante: puisqu'il leur faut au lieu de qu'il leur faut.
+
+[101] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que
+l'amour de ces faveurs [sic]. C'est aussi la rage de n'avoir pas
+la faveur qui console et adoucit [sic] par le mépris des favoris;
+c'est aussi une secrète envie de la détruire qui fait que nous
+leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant que leur ôter ce qui
+leur attire celles de tout le monde [sic]. (Cf. L 98.)
+
+[102] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été créé...,
+comme L 195, sauf une variante: lui-même au lieu de soi-même.
+
+[103] Ce qui fait tant disputer contre les maximes..., comme L
+245.
+
+[104] Pour s'établir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut
+pour y paraître établi. (Comme L 171.)
+
+[105] Quoique la vanité des ministres..., comme L 198, sauf une
+variante, elle suit au lieu de elles sont.
+
+[106] Il semble que plusieurs de nos actions aient des étoiles
+heureuses et malheureuses..., et la suite comme L 262.
+
+[107] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de
+malheureux accidents..., comme L 34, sauf la fin: à leur préjudice
+les plus avantageux, au lieu de les plus avantageux à leur
+préjudice.
+
+[108] La sincérité c'est une naturelle ouverture du coeur..., et
+la suite comme L 43.
+
+[109] Le vrai ne fait pas tant de mal dans le monde que le
+vraisemblable y fait de mal (Cf. L 234).
+
+[110] On élève la prudence jusqu'au ciel..., comme L 55, sauf les
+variantes suivantes: de nos actions et de notre conduite (au lieu
+de de nos actions et de nos conduites)--tout le secours que nous
+demandons (au lieu de tous les secours que nous demandons)--
+quand il veut (au lieu de quand il lui plaît)--à la Providence
+(au lieu de à sa providence).
+
+[111] Un habile homme doit savoir régler..., comme L 146. sauf la
+fin: nous ne la faisons pas servir pour obtenir les plus
+considérables, au lieu de nous ne les faisons pas assez servir à
+obtenir les plus considérables.
+
+[112] Il est malaisé de définir l'amour..., comme L 30, sauf une
+variante: et dans le corps que ce n'est, au lieu de et dans le
+corps ce n'est.
+
+[113] Il n'y a point d'amour pur et exempt de mélange des autres
+passions..., et la suite comme L 117.
+
+[114] Il n'y a point de déguisement... comme L 224.
+
+[115] Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il
+ressemble plus à la haine qu'à l'amitié. (Cf. L 219.)
+
+[116] Il y a beaucoup de femmes qui ont jamais fait [sic] de
+galanterie, mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais fait
+qu'une. (Cf. L 222.)
+
+[117] Le pouvoir que les personnes que nous aimons..., comme L
+267.
+
+[118] On blâme aisément les défauts des autres..., comme L 212.
+
+[119] Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a de mille
+différentes copies. (Cf. L 263.)
+
+[120] L'amour aussi bien que le feu..., comme L 264.
+
+[121] Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits: tout le
+monde en parle et peu de gens en ont vu. (Cf. L 265.)
+
+[122] L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces...,
+comme L 266.
+
+[123] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir
+l'injustice. (Comme L 151.)
+
+[124] La justice n'est qu'une vive appréhension qu'on ne nous ôte
+ce qui nous appartient; de là vient cette considération et ce
+respect pour tous les intérêts du prochain et cette scrupuleuse
+application à ne lui faire aucun préjudice. Cette crainte retient
+l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune
+lui ont donnés, et sans cette crainte il ferait des courses
+continuelles sur les autres. (Cf. L 109.)
+
+[125] Ce qui rend nos amitiés si légères et si changeantes...,
+comme L 6.
+
+[126] La réconciliation avec nos ennemis..., comme L 104.
+
+[127] Rien ne prouve tant que les philosophes..., comme L 208.
+
+[128] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que
+dans les nouvelles inquiétudes. (Cf. L 239.)
+
+[129] Il y a des reproches qui louent et des louanges qui
+médisent. (Comme L 193.)
+
+[130] L'amitié la plus sainte et la plus sacrée..., comme L 22.
+
+[131] Nous nous persuadons souvent d'aimer des gens plus
+puissants..., et la suite comme L 7.
+
+[132] Le jugement n'est autre chose que la lumière de l'esprit...,
+comme L 41, sauf ces différences, c'est la mesure de sa lumière
+(au lieu de est la mesure de sa lumière)--La délicatesse
+aperçoit l'imperceptible, et le jugement prononce ce qu'elle sent
+(au lieu de. La délicatesse aperçoit les imperceptibles. Et le
+jugement prononce ce qu'elles sont.)--Si on les examine bien (au
+lieu de. Si on l'examine bien).--Suivie de L 44. La finesse
+n'est qu'une pauvre habileté.
+
+[133] La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense
+toujours des choses honnêtes et délicates. (Cf. L 68.)
+
+[134] La galanterie de l'esprit est un tout de l'esprit..., comme
+L 69.
+
+[135] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point...,
+comme L 133. sauf une variante: le diamant au lieu de les
+diamants.
+
+[136] L'esprit est toujours la dupe du coeur. (Comme L 178.)
+
+[137] On peut connaître son esprit, mais qui peut connaître son
+coeur? (Comme L 233.)
+
+[138] Les affaires et les actions des grands hommes, comme les
+statues, ont leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir
+de près pour en discerner toutes les circonstances; il y en a
+d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on est éloigné.
+(Cf. L 60.)
+
+[139] Pour savoir, il faut savoir le détail des choses, et comme
+il est infini, de là vient qu'il y a si peu de gens qui sont
+savants, et que nos connaissances sont superficielles et
+imparfaites, et qu'on décrit des choses au lieu de les définir...,
+et la suite comme L 123.
+
+[140] On est au désespoir d'être trompé par ses ennemis..., comme
+L 10.
+
+[141] Il est aussi facile de se tromper soi-même..., et la suite
+comme L 13.
+
+[142] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes
+assemblés, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner;
+l'un paraît avec une déférence respectueuse, et dit qu'il vient
+recevoir des instructions pour sa conduite et soumettre ses
+sentiments; et son dessein, le plus souvent, est de faire passer
+les siens, et de rendre celui qu'il vient consulter garant de
+l'affaire qu'il lui propose. Celui qui conseille paie d'abord la
+confiance de son ami des marques d'un zèle ardent et désintéressé,
+et il cherche..., et la suite comme L 56.
+
+[143] La plus déliée de toutes les finesses...; comme L 64, sauf
+une variante: qu'on nous tend, au lieu de que l'on nous tend.
+
+[144] L'intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent
+trompés: (Comme L 95.)
+
+[145] La coutume que nous avons de nous déguiser aux autres...,
+comme L 101.
+
+[146] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le
+véritable dessein de trahir. (Comme L 135.)
+
+[147] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal
+impunément. (Comme L 231.)
+
+[148] Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit..., comme L
+48.
+
+[149] La finesse n'est qu'une pauvre habileté. (Comme L 44.)
+
+[150] On est sage pour les autres personnes, personne ne l'est
+assez pour soi-même. (Cf. L 247.)
+
+[151] Quand la vanité ne fait point parler, on n'a pas envie de
+dire grand'chose. (Comme L 42.)
+
+[152] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler.
+(Comme L 96.)
+
+[153] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens...,
+comme L 106, sauf deux variantes: ce qu'on lui dit. Les plus
+habiles (au lieu de ce qu'on lui dit, et que les plus habiles)--
+une précipitation pour retourner (au lieu de une précipitation de
+retourner).
+
+[154] Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la
+compagnie des sots. (Cf. L 131.)
+
+[155] On se vante souvent de ne se point ennuyer..., et la suite
+comme L 142.
+
+[156] On ne loue que pour être loué. (Comme L 154.)
+
+[157] Comme c'est le caractère des grands esprits de faire
+entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits
+en revanche ont l'air [sic] de parler beaucoup et de ne dire rien.
+(Cf. L 252.)
+
+[158] C'est plutôt par l'estime de nos sentiments..., comme L 18.
+
+[159] On n'aime point à louer, on ne loue personne jamais sans
+intérêt..., et la suite comme L 29, sauf la fin: on louerait moins
+le duc de Turenne et Monsieur le Prince si on ne voulait pas les
+blâmer tous deux, au lieu de: on louerait moins Monsieur le Prince
+et Monsieur de Turenne si on ne voulait pas les blâmer tous les
+deux.
+
+[160] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui
+leur est utile à la louange qui les trahit [sic]. (Cf. L 161.)
+
+[161] La modestie qui semble refuser les louanges n'est en effet
+qu'un désir d'en avoir de plus délicates. (Comme L 20.)
+
+[162] La nature fait le mérite et la fortune le met en oeuvre.
+(Comme L 79.)
+
+[163] Il y a des gens dont le mérite consiste à dire..., comme L
+183.
+
+[164] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités, il en faut
+avoir l'économie. (Comme L 194.)
+
+[165] On se mécompte toujours dans le jugement..., comme L 196.
+
+[166] Il faut une certaine proportion..., comme L 197, sauf une
+variante: sans lesquels au lieu de sans laquelle.
+
+[167] On admire tout ce qui éblouit..., comme L 185, sauf une
+variante: dérobe souvent l'estime, au lieu de dérobe l'estime.
+
+[168] Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule
+apparent et qui dans leurs raisons cachées sont très sages et très
+solides. (Cf. L 259.)
+
+[169] Le monde, ne connaissant pas le véritable mérite..., et la
+suite comme L 165, à une variante près: de belles qualités (sans
+le mot apparentes).
+
+[170] L'espérance, toute vaine et fourbe qu'elle est d'ordinaire,
+sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un beau chemin
+agréable. (Cf. L 215.)
+
+[171] La honte, la paresse et la timidité conservent toutes seules
+le mérite..., et la suite comme L 148.
+
+[172] Il n'y a que Dieu qui sache..., comme L 155.
+
+[173] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le coeur...,
+comme L 166, sauf une variante: dégoûtent des qualités, au lieu de
+dégoûtent avec des qualités.
+
+[174] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt comme
+les fleuves se perdent dans la mer. (Comme L 204.)
+
+[175] La constance en amour est une inconstance perpétuelle...,
+comme L 115. Suivie de: La durée de l'amour et ce qu'on appelle
+ordinairement la constance sont deux sortes de choses bien
+différentes la première vient de ce que l'on trouve sans cesse
+dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'amour, comme
+dans une source inépuisable; la seconde vient de ce que l'on se
+fait un honneur de tenir sa parole (cf. L 226).
+
+[176] La persévérance n'est digne de blâme ni de louange..., comme
+L 78, avec un mot de plus à la fin: qu'on ne se donne point (au
+lieu de qu'on ne se donne).
+
+[177] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son
+semblable..., comme L 175.
+
+[178] Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas
+tant..., et la suite comme L 139.
+
+[179] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du
+dommage qu'elles nous causent. (Comme L 92.)
+
+[180] Il y a deux sortes d'inconstances..., comme L 86, sauf la
+fin: qui vient du dégoût des choses, au lieu de: vient de la [fin]
+du goût des choses que l'on aimait.
+
+[181] Les vices entrent dans la composition des vertus..., comme L
+227.
+
+[182] Nous avouons nos défauts pour réparer le préjudice qu'ils
+nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous
+donnons de la justice des nôtres [sic]. (Cf. L 82.)
+
+[183] Il y a des héros en mal comme en bien. (Comme L 93.)
+
+[184] On hait souvent les vices, mais on méprise toujours le
+manque de vertu. (Comme L 118.)
+
+[185] La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps,
+et quelque éloignés que nous paraissions des passions que nous
+n'avons pas encore ressenties, il faut croire toutefois qu'on
+n'est pas moins exposé que l'on est à tomber malade quand on se
+porte bien. (Cf. L 144.)
+
+[186] On n'est pas moins exposé aux rechutes des maladies de
+l'âme..., comme L 218, sauf les différences suivantes: une relâche
+au lieu de un relâche--nécessairement au lieu de successivement
+--s'il était permis au lieu de s'ils nous était permis.
+
+[187] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands
+défauts. (Comme L 203)
+
+[188] Quand il n'y a que nous qui sachions nos crimes, ils sont
+bientôt oubliés. (Comme L 168.)
+
+[189] Le désir de paraître habile empêche souvent de le
+devenir..., comme L 238, sauf une variante: plus à le paraître au
+lieu de plus à paraître.
+
+[190] Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent la
+corruption..., comme L 9.
+
+[191] Le vrai honnête homme c'est celui qui ne se pique de rien.
+(Comme L 39.)
+
+[192] La sévérité des femmes est un ajustement..., et la suite
+comme L 75, sauf deux variantes: la leur au lieu de le leur--
+c'est un attrait au lieu de c'est enfin un attrait.
+
+[193] La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation et de
+leur repos. (Comme L 88.)
+
+[194] C'est être véritablement honnête homme que de bien vouloir
+être examiné des honnêtes gens en tous temps et sur tous les
+sujets qui se présentent (Cf. L 242.)
+
+[195] L'enfance nous suit dans tous les temps de la vie..., comme
+L I.
+
+[196] Il y a des gens niais qui se connaissent niais et qui
+emploient habilement leur niaiserie. (Comme L 120.)
+
+[197] Comme si ce n'était pas assez à l'amour-propre..., comme L
+107-108, sauf les variantes suivantes:
+
+Dans la partie correspondant à L 107: transformer les objets (au
+lieu de transformer ses objets)--mais soudainement il change
+l'état et la nature des choses (au lieu de mais aussi, comme si
+ses actions étaient des miracles, il change l'état et la nature
+des choses soudainement)--juge de ses actions (au lieu de juge
+ses actions)--il donne à ses défauts une étendue qui les rend
+énormes, et il met (au lieu de il donne même une étendu à ses
+défauts qui les rend énormes, et met)--la réconcilie (au lieu de
+l'a réconciliée)--un fort grand du biais (au lieu de un fort
+grand des biais) Dans la partie correspondant à L 108: l'oubli ou
+l'infidélité de ce qu'il aime (au lieu de un visible oubli ou
+infidélité découverte)--méditer pour sa vengeance tout ce que
+cette passion inspire de plus violent (au lieu de conjure[r] le
+ciel et les enfers contre sa maîtresse)--Néanmoins, aussitôt que
+sa vue (au lieu de et néanmoins, aussitôt qu'elle s'est présentée
+et que sa vue)--aux mauvaises actions (au lieu de aux actions
+mauvaises).
+
+[198] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet...,
+comme L 114, sauf la fin, et nos défauts au lieu de et tous nos
+défauts
+
+[199] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. (Comme L
+200.)
+
+[200] En vieillissant on devient plus fou et plus sage. (Comme L
+260.)
+
+[201] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles..., comme L
+173, à un mot près: raconte au lieu de chante.
+
+[202] La plupart des gens ne voient dans les hommes..., comme L
+202.
+
+[203] La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont des
+extrémités où l'on arrive rarement..., et la suite comme L 54,
+sauf les variantes suivantes: qu'entre les visages (au lieu de
+qu'il y en a entre les visages)--elle donne la liberté au lieu
+de leur donne la liberté--un autre ménagement plus général (au
+lieu de un autre ménage plus général)--une certitude de réussir
+(au lieu de une certitude d'en revenir).
+
+[204] La pure valeur (s'il en avait)..., comme L 65, sauf la fin:
+tout le monde au lieu de le monde.
+
+[205] L'intrépidité est une force extraordinaire de l'âme...,
+comme L 66, sauf deux variantes, dans les accidents les plus
+surprenants et les plus terribles (au lieu de dans les accidents
+les plus terribles et les plus surprenants)--dans la conjuration
+(au lieu de dans les conjurations)--qui leur est nécessaire (au
+lieu de qui lui est nécessaire).
+
+[206] L'approbation que l'on donne à l'esprit, à la beauté, à la
+valeur..., et la suite comme L 136.
+
+[207] La vérité est le fondement et la raison de la perfection...,
+comme L 163, sauf l'omission des mots car il est certain qu'.
+
+[208] La politesse des États est le commencement de la
+décadence..., et la suite comme L 72.
+
+[209] De toutes les passions celle qui est la plus inconnue c'est
+la paresse..., comme L 253, sauf les variantes suivantes: les plus
+grands vaisseaux (au lieu de les plus grands navires)--et que
+les plus grandes tempêtes (au lieu de et les plus grandes
+tempêtes)--et ses opiniâtres résolutions (au lieu de et ses plus
+opiniâtres résolutions)--et pour donner enfin (au lieu de et
+enfin, pour donner)--et qui la fait renoncer (au lieu de et la
+fait renoncer).
+
+[210] L'amour de la gloire, plus encore la crainte de la honte...,
+et la suite comme L 33, sauf une variante: font cette valeur au
+lieu de fait cette valeur.
+
+[211] La valeur dans le simple soldat est un métier périlleux
+qu'ils ont pris pour gagner leur vie [sic]. (Cf. L 36.)
+
+[212] La plupart des hommes s'exposent assez à la guerre..., comme
+L 153.
+
+[213] La vanité et la honte, et surtout le tempérament, font...,
+et la suite comme L 182.
+
+[214] On ne veut point perdre la vie..., comme L 35, sauf une
+variante: dans les parties, au lieu de dans la justice.
+
+[215] Plusieurs personnes s'inquiètent du devoir de la
+reconnaissance..., et la suite comme L 170.
+
+[216] Ce qui fait tout le mécompte que nous voyons dans la
+reconnaissance..., comme L 181.
+
+[217] On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude.
+(Comme L 230.)
+
+[218] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons
+jamais de grands biens ni de grands maux qui ne produisent
+infailliblement leur pareil: l'imitation du bien vient de
+l'émulation, et des maux [sic] de l'excès de la malignité
+naturelle, qui, étant comme retenue prisonnière par la honte, est
+mise en liberté par l'exemple. (Cf. L III.)
+
+[219] Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions..,
+comme L 17.
+
+[220] Il y a dans les afflictions une espèce d'hypocrisie, car
+sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est
+chère, nous pleurons la nôtre, c'est-à-dire la diminution de notre
+bien, de notre plaisir, de notre considération..., et la suite
+comme L 57-58, sauf les variantes suivantes:
+
+Dans la partie correspondant à L 57: parce qu'elle impose (au lieu
+de et qui impose)--qu'elle égalerait la durée de leur déplaisir,
+leur propre vie (texte manifestement fautif, au lieu de qu'elles
+égaleront la durée de leur déplaisir à leur propre vie)--
+d'ordinaire (au lieu de pour l'ordinaire)--Comme leur sexe leur
+ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent
+de se rendre (au lieu de parce que, leur sexe leur fermant tous
+les chemins à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et
+s'efforcent à se rendre)
+
+Dans la partie correspondant à L 58: Il y a, outre ce que nous
+avons dit, encore quelques espèces de larmes (au lieu de Outre ce
+que nous avons dit, il y a encore quelques autres espèces de
+larmes)--on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré,
+enfin on pleure de la honte de ne pleurer pas (au lieu de on
+pleure pour être pleuré, et on pleure enfin de honte de ne pas
+pleurer).
+
+[221] Nous ne sommes pas difficiles à consoler..., comme L 167.
+
+[222] Nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a pas la force et
+la hardiesse de pouvoir être méchant. Toute autre bonté n'est en
+effet qu'une privation du vice, ou plutôt la timidité du vice et
+son endormissement. (Cf. L 112.)
+
+[223] Qui considérera superficiellement tous les effets de la
+bonté qui nous fait sortir hors de nous-mêmes..., et la suite
+comme L 52, sauf une variante: la bonté est le plus prompt de tous
+les moyens dont se sert l'amour-propre (au lieu de: la bonté est
+en effet le plus prompt de tous les moyens dont l'amour-propre se
+sert). En outre la maxime est incomplète: elle s'interrompt
+brusquement après les mots plus riche et plus.
+
+[224] Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des
+hommes que de leur faire trop de bien. (Comme L 244.)
+
+[225] Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands.., comme
+L 49.
+
+[226] On ne sait si on peut dire de l'agrément..., et la suite
+comme L 258, sauf une variante: de traits ensemble au lieu de des
+traits ensemble.
+
+[227] La coquetterie est le fond de l'humeur de toutes les
+femmes..., et la suite comme L 130, sauf une variante: renfermée
+au lieu de enfermée.
+
+[228] On incommode toujours les autres quand on est persuadé de ne
+les pouvoir jamais incommoder. (Comme L 125.)
+
+[229] La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix des
+choses. (Cf. L 156.)
+
+[230] La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut et
+à ne dire que ce qu'il faut. (Cf. L 128)
+
+[231] Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et
+d'autres qui sont disgraciées de leurs bonnes qualités. (Cf. L
+103.)
+
+[232] Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu'il est
+extraordinaire de voir changer les inclinations (Cf. L 272.)
+
+[233] On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt.
+(Comme L 157.)
+
+[234] La générosité est un désir de briller..., et la suite comme
+L 40, sauf la fin: pour aller plus tôt à un plus grand intérêt (au
+lieu de: pour aller promptement à une grande réputation).
+
+[235] La fidélité est une invention rare de la réputation par
+laquelle un homme..., et la suite comme L 90.
+
+[236] La magnanimité méprise tout pour avoir tout. (Comme L 254.)
+
+[237] Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts que de voir
+changer les inclinations. (Cf. L 272.)
+
+[238] L'intérêt donne toutes sortes de vertus et de vices. (Cf. L
+169.)
+
+[239] L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission que nous
+employons pour soumettre effectivement tout le monde; c'est un
+mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes
+pour s'élever sur eux. C'est ce qui fait les bons ou les mauvais
+comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent
+ou déplaisent. C'est son plus grand déguisement et son premier
+stratagème. C'est comme il est sans doute que le Protée des fables
+n'a jamais été; il en est un véritable dans la nature..., et la
+suite comme L 53, sauf les variantes suivantes: sous toutes ses
+figures (au lieu de sur toutes ses figures)--sa parole douce et
+respectueuse, pleine de l'estime (au lieu de ses paroles douces et
+respectueuses, pleines de l'estime)--Il ne reçoit les charges
+auxquelles on l'élève (au lieu de et ne reçoit les charges où on
+l'élève).
+
+[240] Les peines [sic] et les sentiments ont chacun un ton de
+voix..., et la suite comme L 132, sauf une variante les bons ou
+les mauvais comédiens, au lieu de les bons et les mauvais
+comédiens.
+
+[241] Dans toutes les professions et dans tous les arts..., comme
+L 172.
+
+[242] La civilité est une envie d'en recevoir; c'est aussi un
+désir d'être estimé poli. (Comme L 80.)
+
+[243] La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans
+les sujets étrangers. C'est une habile prévoyance..., et la suite
+comme L 51, sauf les variantes suivantes: en de semblables
+occasions (au lieu de dans de semblables occasions)--de quelques
+infortunes (au lieu de de quelque infortune)--des biens que nous
+nous faisons anticipés (au lieu de des biens anticipés que nous
+nous faisons).
+
+[244] On ne croit pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous
+voyons. (Comme L 236)
+
+[245] Il n'y a point de libéralité et ce n'est que la vanité de
+donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons. (Comme L
+32.)
+
+[246] La petitesse d'esprit fait l'opiniâtreté. (Cf. L 235.)
+
+[247] On s'est trompé quand on a cru..., comme L 84, sauf deux
+variantes: triomphent (au lieu de triomphaient)--enfin elle
+émousse (au lieu de et enfin elle émousse).
+
+[248] La promptitude avec laquelle nous croyons le mal..., comme L
+268.
+
+[249] Nous récusons tous les jours des juges pour les plus petits
+intérêts, et nous faisons dépendre notre gloire et notre
+réputation, qui sont les plus grands biens du monde, du jugement
+des hommes qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou
+par leur malignité, ou par leur préoccupation, ou par leur
+sottise; et c'est pour obtenir d'eux un arrêt en notre faveur que
+nous exposons notre repos et notre vie en cent manières, et que
+nous les condamnons à une infinité de soucis, de peines et de
+travaux. (Cf. L 46)
+
+[250] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acquérir.
+(Comme L 191.)
+
+[251] La jeunesse est une ivresse continuelle; c'est la fièvre de
+la santé, c'est la folie de la raison. (Comme L 250.)
+
+[252] La nature, qui se vante d'être toujours sensible, est dans
+la moindre occasion étouffée par l'intérêt (Comme L 199.)
+
+[253] La magnanimité est assez définie par son nom; néanmoins on
+pourrait dire que c'est le bon sens de l'orgueil et la voie la
+plus noble pour recevoir des louanges. (Cf. L 216.)
+
+[254] On peut toujours ce qu'on veut, pourvu qu'on le veuille
+bien. (Comme L 249.)
+
+[255] Nous ne nous apercevons que des emportements.., comme L 50.
+
+[256] Chacun pense être plus fin que les autres. On peut être plus
+fin qu'un autre, mais non pas plus fin que tous les autres. (Cf. L
+113.)
+
+[257] L'homme est si misérable que, tournant toute sa conduite à
+satisfaire ses passions, il gémit incessamment sur leur
+tyrannie..., et la suite comme L 255, sauf une variante: du
+chagrin de sa maladie, au lieu de des chagrins de ses maladies.
+
+[258] Les biens et les maux qui nous arrivent..., comme L 228.
+
+[259] Rien ne nous prouve davantage combien la mort est
+redoutable..., et la suite comme L 207.
+
+Variantes tirées du manuscrit Gilbert attestées par l'édition des
+grands écrivains.
+
+
+1 Variantes se rapportant a des maximes de l'édition de 1678.
+Épigraphe.--Nous sommes préoccupés de telle sorte..., comme L 3
+et B 1.
+
+Max. 1.--De plusieurs actions diverses..., comme B 2.
+
+Max. 6.--La passion fait souvent un sot du plus habile homme et
+rend souvent les plus sots habiles.
+
+Max. 8.--Les passions sont les seuls orateurs..., comme B 19.
+
+Max. 9.--Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui
+fait qu'elles offensent et blessent toujours, même lorsqu'elles
+parlent raisonnablement et équitablement. La charité a seule le
+privilège de dire tout ce qui lui plaît et de ne blesser jamais
+personne.
+
+Max. 10.--Début plus développé: Comme dans la nature il y a une
+éternelle génération, et que la mort d'une chose est toujours la
+production d'une autre, de même il y a dans le coeur humain...
+
+Max. 11.--Début plus développé: Je ne sais si cette maxime, que
+chacun produit son semblable, est véritable dans la physique; mais
+je sais bien qu'elle est fausse dans la morale, et que les
+passions...
+
+Max. 12.--Comme la Ire édition (Quelque industrie que l'on
+ait..., I 12).
+
+Max. 14.--Les Français ne sont pas seulement sujets à perdre...,
+comme B 32.
+
+Max. 15.--Manque le mot souvent.
+
+Max. 16.--La clémence est un mélange de gloire, de presse et de
+crainte, dont nous faisons une vertu. (Comme B 34.)
+
+Max. 18.--Des mots ajoutés: pour la définir intimement (et
+enfin, pour la définir intimement, la modération des hommes...).
+
+Max. 21.--Ceux qu'on fait mourir affectent..., et la suite comme
+L 150 et B 47.
+
+Max. 22.--La philosophie ne fait des merveilles que contre les
+maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais
+elle n'a pas grande vertu contre les maux présents.
+
+Max. 23.--Peu de gens connaissent la mort..., comme L 188 et B
+49.
+
+Max. 24.--Fin de la maxime, après leurs infortunes: cela fait
+voir manifestement qu'à une grande vanité près les héros sont
+faits comme les autres hommes.
+
+Max. 29.--Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire
+point tant leur persécution et leur haine que les bonnes qualités
+que nous avons. (Comme SL 107.)
+
+Max. 31.--Comme la Ire édition (Si nous n'avions point de
+défauts..., I 34, et aussi L 257).
+
+Max. 32.--La jalousie ne subsiste que dans les doutes, et ne vit
+que dans les nouvelles inquiétudes. (Comme B 128.)
+
+Max. 33.--Comme la Ire édition (L'orgueil se dédommage..., I 36,
+et aussi L 21 et B 66).
+
+Max. 40.--L'intérêt, à qui on reproche..., comme L 192 et B 79.
+
+Max. 41.--Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses...,
+comme B 80.
+
+Max. 45.--Le caprice de l'humeur..., comme L 147.
+
+Max. 46.--Le désir de vivre ou de mourir..., comme L 243.
+
+Max. 49.--Les biens et les maux sont plus grands..., comme L 102
+et B 94.
+
+Max. 50.--Fin de la maxime: et à eux-mêmes qu'ils sont de
+véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre
+jamais à poursuivre que les personnes qui ont des qualités
+extraordinaires.
+
+Max. 52.--Quelque disproportion qu'il y ait entre les
+fortunes..., comme B 97.
+
+Max. 54.--Fin de la maxime: à la considération que les richesses
+donnent.
+
+Max. 55.--Fin de la maxime, après les mots l'amour de la faveur:
+c'est aussi la rage de n'avoir pas la faveur, qui se console et
+s'adoucit par le mépris des favoris, c'est aussi une secrète envie
+de la détruire, qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages,
+ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
+
+Max. 58.--Comme la Ire édition (Il semble que nos actions..., I
+67).
+
+Max. 59.--On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de
+malheureux accidents..., comme B 107.
+
+Max. 63.--La vérité, qui fait les hommes véritables, est souvent
+une imperceptible ambition qu'ils ont de rendre leurs témoignages
+considérables, et d'attirer à leurs paroles un respect de
+religion.
+
+Max. 64.--Le vrai ne fait pas tant de bien..., comme L 234.
+
+Max. 65.--Comme la Ire édition (On élève la prudence..., I 75),
+à l'exception de la fin, après les mots aucun de ses projets:
+
+Dieu seul, qui tient tous les coeurs des hommes entre ses mains,
+et qui, quand il veut, en accorde tous les mouvements, fait aussi
+réussir les choses qui en dépendent: d'où il faut conclure que
+toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanité flattent
+notre prudence sont autant d'injures que nous faisons à la
+Providence.
+
+Max. 73.--Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais fait de
+galanterie; mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais fait
+qu'une.
+
+Max. 74.--Début: Il n'y a d'amour que d'une sorte...
+
+Max. 76.--Comme la Ire édition (Il est de l'amour comme de
+l'apparition..., I 86, et aussi L 265).
+
+Max. 77.--L'amour prête son nom..., comme L 266.
+
+Max. 83.--L'amitié la plus sainte et la plus sacrée..., comme L
+22 et B 130.
+
+Max. 85.--Fin de la maxime, après les mots qui produit notre
+amitié: et nous ne leur promettons pas selon ce que nous leur
+voulons donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous
+donnent.
+
+Max. 88.--Comme la Ire édition (I 101), sauf trois variantes: I
+si bien qu'il y est lui-même abusé, mais soudainement il change
+l'état (au lieu de: si bien qu'il y est lui-même trompé, mais il
+change aussi l'état)--2 que notre aversion venait d'effacer.
+Tous ses avantages en reçoivent un fort grand du biais dont nous
+les regardons; toutes ses mauvaises qualités disparaissent; nous
+rappelons même (au lieu de: que notre aversion venait de lui ôter;
+les mauvaises qualités s'effacent, et les bonnes paraissent avec
+plus d'avantage qu'auparavant; nous rappelons même)--3 pour en
+charger ses soupçons (derniers mots de la maxime, au lieu de: pour
+s'en charger lui-même).
+
+Max. 89.--Mots ajoutés à la fin: parce que tout le monde croit
+en avoir beaucoup.
+
+Max. 97.--Mots ajoutés après les mots la grandeur de la lumière
+de l'esprit: On peut dire la même chose de son étendue, de sa
+profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture,
+de sa délicatesse.
+
+Max. 103.--On peut connaître son esprit; mais qui peut connaître
+son coeur? (Comme L 233 et B 137.)
+
+Max. 104.--Les affaires et les actions des grands hommes, comme
+les statues, ont leur point de perspective: il y en a qu'il faut
+voir de près, pour en bien discerner toutes les circonstances; il
+y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est
+éloigné.
+
+Max. 106.--Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le
+détail, et comme il est presque infini, de là vient qu'il y a si
+peu de gens qui sont savants, que nos connaissances sont
+superficielles..., et la suite comme L 123.
+
+Max. 109.--Fin de la maxime: par l'habitude, au lieu de par
+l'accoutumance.
+
+Max. 120.--La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le
+véritable dessein de trahir. (Comme L 135 et B 146.)
+
+Max. 124.--Début plus développé: Rien n'est si dangereux que
+l'usage des finesses, que tant de gens emploient si communément;
+les plus habiles.
+
+Max. 125.--Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit...,
+comme L 48 et B 148.
+
+Max. 132.--On est sage pour les autres personnes..., comme B
+150.
+
+Max. 135.--Chaque homme n'est pas plus différent des autres
+qu'il l'est souvent de lui-même.
+
+Max. 150.--Comme la Ire édition (L'approbation que l'on donne à
+l'esprit..., I 156), sauf l'omission des mots les perfectionne.
+
+Max. 154.--La fortune nous corrige plus souvent que la raison.
+
+Max. 160.--On se mécompte toujours quand les actions sont plus
+grandes que les desseins.
+
+Max. 161.--Il faut une certaine proportion..., comme L 197.
+
+Max. 162.--On admire tout ce qui éblouit..., comme L 185.
+
+Max. 166.--Le monde, ne connaissant pas le véritable mérite, n'a
+garde de le vouloir récompenser; aussi n'élève-t-il pas à ses
+grandeurs et à ses dignités que des personnes qui ont de belles
+qualités, et il couronne généralement tout ce qui luit quoique
+tout ce qui luit ne soit pas de l'or.
+
+Max. 168.--Début de la maxime: L'espérance, toute vaine et
+fourbe qu'elle est d'ordinaire...
+
+Max. 169.--La honte, la paresse et la timidité., comme B 171.
+
+Max. 170.--Début de la maxime: Il n'y a que Dieu qui sache si un
+procédé...
+
+Max. 175.--Fin de la maxime: n'est que notre inconstance arrêtée
+et renfermée dans un même sujet.
+
+Max. 176.--La durée de l'amour, et ce qu'on appelle
+ordinairement la constance, sont deux sortes de choses bien
+différentes..., et la suite comme L 226.
+
+Max. 179.--On se plaint de ses amis pour justifier sa légèreté.
+
+Max. 180.--Notre repentir ne vient point du regret de nos
+actions, mais du dommage qu'elles nous causent.
+
+Max. 181.--Il y a deux sortes d'inconstance: l'une qui vient de
+la légèreté de l'esprit, qui à tout moment change d'opinion, ou
+plutôt de la pauvreté de l'esprit, qui reçoit toutes les opinions
+des autres; l'autre, qui est plus excusable, qui vient de la fin
+du goût des choses.
+
+Max. 183.--Il faut demeurer d'accord, pour l'honneur de la
+vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils
+tombent par leurs crimes.
+
+Max. 184.--Nous avouons nos défauts..., comme L 82, sauf
+l'omission du mot leur.
+
+Max. 186.--On hait souvent les vices..., comme L 118 et B 184.
+
+Max. 188.--La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du
+corps; et quelque éloignés que nous paraissions des passions que
+nous n'avons pas encore ressenties, il faut croire toutefois qu'on
+n'y est pas moins exposé que l'on est à tomber malade quand on se
+porte bien.
+
+Max. 191.--On pourrait presque dire que les vices nous
+attendent, dans le cours ordinaire de la vie, comme des
+hôtelleries où il faut nécessairement loger; et je doute que
+l'expérience même nous en pût garantir, s'il était permis de faire
+deux fois le même chemin.
+
+Max. 192.--Comme la Ire édition (Quand les vices nous
+quittent..., I 203).
+
+Max. 193.--On n'est pas moins exposé aux rechutes..., comme le
+début de L 218 (jusqu'à changement de mal) sauf une variante: une
+relâche au lieu de un relâche.
+
+Max. 194.--Les défauts de l'âme sont comme les blessures du
+corps..., comme L 271.
+
+Max. 195.--Mots ajoutés à la fin: à la fois.
+
+Max. 196.--Comme la Ire édition (Quand il n'y a que nous qui
+savons..., I 207).
+
+Max. 199.--Le désir de paraître habile..., comme B 189.
+
+Max. 201.--Début de la maxime: Celui qui croit pouvoir se passer
+de tout le monde...
+
+Max. 202.--Comme la Ire édition (Les faux honnêtes gens sont
+ceux..., I 214, et aussi L 9 et B 190).
+
+Max. 204.--Mots ajoutés à la fin: C'est comme un prix dont elles
+l'augmentent.
+
+Max. 205.--La chasteté des femmes est l'amour de leur réputation
+et de leur repos. (Comme L 88 et B 193.)
+
+Max. 206.--C'est être véritablement honnête homme..., comme L
+242.
+
+Max. 207.--Début de la maxime: L'enfance nous suit dans toute la
+vie...
+
+Max. 208.--Il y a des gens niais..., comme L 120 et B 196.
+
+Max. 209.--Celui qui vit sans folie n'est pas si raisonnable
+qu'il veut faire croire.
+
+Max. 211.--Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles...,
+comme B 201.
+
+Max. 212.--Comme la Ire édition (La plupart de gens ne
+voient..., I 224).
+
+Max. 214.--La valeur, dans les simples soldats, n'est qu'un
+métier périlleux pour gagner leur vie.
+
+Max. 217.--Comme la Ire édition (L'intrépidité est une force
+extraordinaire..., I 230).
+
+Max. 218.--L'hypocrisie est un hommage que le vice se croit
+forcé de rendre à la vertu.
+
+Max. 219.--On est presque toujours assez brave pour sortir sans
+honte des périls de la guerre; mais peu de gens le sont assez pour
+s'exposer toujours autant qu'il est nécessaire pour faire réussir
+le dessein pour lequel ils s'exposent.
+
+Max. 220.--La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font
+la valeur des hommes et la chasteté des femmes, dont chacun mène
+tant de bruit.
+
+Max. 221.--On ne veut point perdre la vie..., comme L 35, sauf
+une variante: que l'on remarque dans les parties, au lieu de:
+qu'on remarque dans la justice.
+
+Max. 222.--Début de la maxime: Il n'y a point de gens qui...
+
+Max. 224.--Plusieurs personnes s'acquittent du devoir de la
+reconnaissance..., et la suite comme L 170.
+
+Max. 225.--Ce qui fait tout le mécompte..., comme L 181 et B
+216.
+
+Max. 226.--On est souvent reconnaissant par principe
+d'ingratitude. (Comme L 230 et B 217.)
+
+Max. 227.--Fin de la maxime: quand la fortune les soutient
+
+Max. 228.--Début plus développé: Ce qui fait encore le mécompte
+dans les bienfaits, c'est que l'orgueil...
+
+Max. 230.--Rien n'est si contagieux que l'exemple..., comme B
+218, sauf deux variantes: leurs pareils au pluriel--l'imitation
+des biens au lieu de l'imitation du bien.
+
+Max. 231.--On est fou de vouloir être sage tout seul.
+
+Max. 233.--Il y a une espèce d'hypocrisie dans les afflictions,
+car sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est
+chère, nous pleurons la nôtre, c'est-à-dire la diminution... Puis
+un passage sans variantes indiquées. Les variantes reprennent
+après les mots immortelle douleur: car le temps, qui consume tout,
+l'ayant consumée, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs,
+leurs plaintes et leurs soupirs; elles prennent un personnage
+lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions,
+qu'elles égaleront la durée de leur déplaisir à leur propre vie
+Cette triste et fatigante vanité se trouve d'ordinaire dans les
+femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les
+chemins qui mènent à la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et
+s'efforcent à se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable
+douleur. Il y a, outre ce que nous avons dit, quelques espèces de
+larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui, par
+conséquent, s'écoulent incontinent: on pleure pour avoir la
+réputation d'être tendre; on pleure pour être plaint, ou pour être
+pleuré, et on pleure quelquefois de honte de ne pleurer pas.
+
+Max. 234.--Début de la maxime: C'est par orgueil qu'on s'oppose
+avec tant d'opiniâtreté...
+
+Max. 235.--Nous ne sommes pas difficiles à consoler..., comme L
+167 et B 221.
+
+Max. 236.--Comme la Ire édition (Qui considérera
+superficiellement..., I 250), sauf une variante: en sorte qu'il
+semble que la bonté soit la niaiserie et l'innocence de l'amour-propre;
+cependant la bonté est plus prompt de tous les moyens (au lieu
+de: de sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de
+la bonté; cependant c'est le plus utile de tous les moyens).
+
+Max. 237.--Fin de la maxime: toute autre bonté n'est en effet
+qu'une privation du vice, ou plutôt la timidité du vice, et son
+endormissement.
+
+Max. 238.--Il est plus dangereux de faire trop de bien aux
+hommes que de leur faire du mal.
+
+Max. 239.--Comme la Ire édition (Rien ne flatte plus notre
+orgueil..., I 255).
+
+Max. 240.--Début de la maxime: Je ne sais si on peut dire de
+l'agrément, sans la beauté, que c'est une symétrie...
+
+Max. 241.--Début de la maxime: La coquetterie est le fond et
+l'humeur de toutes les femmes...
+
+Max. 242.--On incommode d'ordinaire, quand on est persuadé de
+n'incommoder jamais.
+
+Max. 243.--Début de la maxime: Il n'y a point de choses
+impossibles, et...--Le manuscrit donne d'autre part: I Rien
+n'est impossible de soi..., comme L 14 et B62.--2 On peut
+toujours ce qu'on veut..., comme L 249 et B 254.
+
+Max. 244.--Mots ajoutés à la fin: et l'esprit de son temps.
+
+Max. 246.--La générosité est un désir de briller..., comme B
+234.
+
+Max. 248.--La magnanimité méprise tout, pour qu'on lui donne
+tout.
+
+Max. 250.--L'éloquence est de ne dire que ce qu'il faut.
+
+Max. 251.--Fin de la maxime: qui sont dégoûtantes, malgré toutes
+les bonnes qualités.
+
+Max. 252.--Le goût change, mais l'inclination ne change point.
+
+Max. 253.--Comme la Ire édition (L'intérêt donne toutes sortes
+de vertus et de vices. I 276, et aussi B 238).
+
+Max. 254.--Comme la Ire édition (L'humilité n'est souvent qu'une
+feinte soumission..., I 277), sauf une variante: c'est son plus
+grand déguisement et son premier stratagème; c'est comme il est
+sans doute que le Protée des fables n'a jamais été; il en est un
+véritable dans la nature, car il prend toutes les formes, comme il
+lui plaît; mais quoiqu'il soit merveilleux et agréable à voir sous
+toutes ses figures et dans toutes ses industries (au lieu de:
+c'est un déguisement et son premier stratagème; mais quoique ses
+changements soient presque infinis, et qu'il soit admirable sous
+toutes sortes de figures).
+
+Max. 255.--Début de la maxime: Les peines et les sentiments ont
+chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur
+sont propres; c'est ce qui fait les bons ou les mauvais comédiens.
+
+Max. 256.--Dans toutes les professions et dans tous les arts...,
+comme L 172 et B 241.
+
+Max. 257.--La gravité est un mystère de corps qu'on a trouvé
+pour cacher le défaut d'esprit.
+
+Max. 259.--Le plaisir de l'amour est l'amour même, et il y a
+plus de félicité dans la passion que l'on a que dans celle que
+l'on donne.
+
+Max. 261.--Deux versions distinctes: I Fin de la maxime: un
+second orgueil qu'on leur inspire.--2 La dévotion qu'on donne
+aux princes est un second amour-propre (comme B 92).
+
+Max. 264.--Comme la Ire édition (La pitié est un sentiment..., I
+287), sauf deux variantes: sont accueillis de quelque infortune
+(au lieu de en ont besoin)--des biens que nous nous faisons
+anticipés (au lieu de des biens anticipés que nous nous faisons à
+nous-mêmes).
+
+Max. 265.--«Les deux membres de phrase dont se compose cette
+réflexion forment deux maximes séparées.»
+
+Max. 266.--On s'est trompé quand on a cru..., comme B 247.
+
+Max. 267.--Un variante indiquée: est souvent un effet de
+paresse, qui se joint à l'orgueil, au lieu de: est un effet de
+l'orgueil et de la paresse.
+
+Max. 269.--Il n'y a guère d'homme assez pénétrant pour
+apercevoir tout le mal qu'il fait.
+
+Max. 270.--L'honneur que l'on acquiert est caution de celui que
+l'on doit acquérir.
+
+Max. 272.--Une variante indiquée: quelque louange au lieu de de
+grandes louanges.
+
+Max. 273.--Il y a des hommes que l'on estime..., comme B II.
+
+Max. 274.--Début de la maxime: La nouveauté est à l'amour ce que
+la fleur est sur le fruit: elle lui donne...
+
+Max. 275.--La nature, qui se pique d'être si sensible, est
+d'ordinaire arrêtée par le plus petit intérêt.
+
+Max. 276.--Début de la maxime: L'absence fait que les médiocres
+passions diminuent, et que les grandes croissent, comme le vent...
+
+Max. 279.--Comme la Ire édition (Le plus souvent, quand nous
+exagérons..., I 307), sauf la fin: juger avantageusement de notre
+mérite, au lieu de: juger de notre mérite.
+
+Max. 280.--Comme la Ire édition (L'approbation que l'on
+donne..., I 308), sauf la fin: bien établis, au lieu de: établis.
+
+Max. 281.--L'orgueil, qui inspire souvent de l'envie contre les
+autres, sert parfois aussi à la calmer.
+
+Max. 282.--Il y a des tromperies déguisées qui imitent si bien
+la vérité que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser
+prendre.
+
+Max. 285.--Début de la maxime: La magnanimité s'entend assez
+d'elle-même...
+
+Max. 286.--On n'aime pas une seconde fois, quand on a cessé
+d'aimer.
+
+Max. 292.--L'humeur, comme la plupart des bâtiments, a des faces
+qui ne sont pas les mêmes.
+
+Max. 294.--Fin de la maxime: mais nous n'aimons pas toujours de
+même ceux que nous admirons.
+
+Max. 295.--Il s'en faut bien que nous ne sachions tout ce que
+nous voulons.
+
+Max. 296.--Il est difficile d'aimer ce que nous n'estimons pas,
+et il l'est aussi d'aimer ce que nous estimons plus que nous.
+
+Max. 297.--Comme la Ire édition (Nous ne nous apercevons que des
+emportements..., I 48), sauf deux variantes: de la violence, de la
+colère, etc. (au lieu de: de la violence de la colère)--dont
+nous croyons être les seuls auteurs (à la fin, au lieu de: sans
+que nous le puissions reconnaître).
+
+Max. 298.--Les hommes sont reconnaissants des bienfaits, pour en
+recevoir de plus grands.
+
+Max. 299.--Presque tout le monde s'acquitte des petites
+obligations, et aussi des médiocres; mais il n'y en a guère qui
+aient de la reconnaissance pour les grandes.
+
+Max. 300.--Il y a des folies que l'on prend des autres, comme
+les rhumes et les maladies contagieuses.
+
+Max. 301.--Il y a des gens qui méprisent le bien, mais peu
+savent le bien donner.
+
+Max. 302.--Ce n'est que dans les petits intérêts où nous
+consentons de ne pas croire aux apparences.
+
+Max. 306.--On ne fait point d'ingrats tout le temps qu'on peut
+faire du bien.
+
+Max. 309.--Il y a des gens qui sont nés pour être fous, et qui
+ne font pas seulement des folies par eux-mêmes, mais que la
+fortune contraint d'en faire.
+
+Max. 311.--S'il y a des gens dont on ne trouve point le
+ridicule, c'est qu'on ne cherche pas bien.
+
+Max. 312.--Début de la maxime: Ce qui fait que les amants ont du
+plaisir d'être ensemble...
+
+Max. 313.--Pourquoi faut-il que nous ayons toujours assez de
+mémoire pour retenir tout ce qui nous est arrivé, et que nous n'en
+ayons jamais assez pour savoir combien de fois nous l'avons conté
+à une même personne?
+
+Max. 315.--Ce qui fait que nous nous cachons à nos amis, n'est
+pas la défiance que nous avons d'eux, mais celle que nous avons de
+nous.
+
+Max. 316.--Les gens faibles ne sauraient avoir de sincérité.
+
+Max. 318.--On a des moyens pour guérir des fous de leur folie,
+mais on n'en a point pour redresser des esprits de travers.
+
+Max. 320.--Louer les rois des qualités qu'ils n'ont pas n'est
+que leur dire des injures.
+
+Max. 329.--On croit haïr les flatteurs, mais on ne hait que les
+mauvais.
+
+Max. 331.--Il est difficile de demeurer fidèle à ce qu'on aime
+quand on en est heureux.
+
+Max. 337.--Il est souvent des bonnes qualités comme des sens:
+ceux qui ne les ont pas ne s'en peuvent douter.
+
+Max. 338.--La haine met au-dessous de ceux que l'on hait.
+
+Max. 341.--La jeunesse est souvent plus près de son salut que
+les vieilles gens.
+
+Max. 347.--Nous ne sommes du même avis qu'avec les gens qui sont
+du nôtre.
+
+Max. 351.--Un mot ajouté: quand on ne s'aime déjà plus, au lieu
+de quand on ne s'aime plus.
+
+Max. 353.--Il n'y a pas de ridicule à être amoureux comme un
+fou, mais il y en a toujours à l'être comme un sot.
+
+Max. 354.--Il y a de certains défauts qui, étant bien mis dans
+un certain jour, plaisent plus que la perfection de la beauté.
+
+Max. 358.--L'humilité est la seule et véritable preuve des
+vertus chrétiennes, et c'est elle qui manque le plus dans les
+personnes qui se donnent à la dévotion; cependant, sans elle, nous
+conservons tous nos défauts, malgré les plus belles apparences, et
+ils sont seulement couverts par un orgueil qui demeure toujours,
+et qui les cache aux autres, et souvent à nous-mêmes.
+
+Max. 359.--«Les deux propositions de la réflexion définitive
+formaient deux maximes séparées.»
+
+Max. 363.--Une variante indiquée: nous sont quelquefois moins
+pénibles, au lieu de: nous font souvent moins de peine.
+
+Max. 365.--On voit des qualités qui deviennent défauts
+lorsqu'elles ne sont que naturelles, et d'autres qui demeurent
+toujours imparfaites lorsqu'on les a acquises; il faut, par
+exemple, que la raison nous fasse devenir ménagers de notre bien
+et de notre confiance, et il faut, au contraire, que la nature
+nous ait donné la bonté et la valeur.
+
+Max. 366.--Quoique nous ayons peu de créance dans la sincérité,
+nous croyons toujours qu'on est plus sincère avec nous qu'avec les
+autres.
+
+Max. 367.--Il y a bien d'honnêtes femmes qui sont lasses de leur
+métier. (Comme le supplément de l'édition de 1693, n XXIII.)
+
+Max. 374.--Si l'on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle,
+l'on est bien souvent trompé.
+
+Max. 378.--On donne des conseils, mais on ne donne point la
+sagesse d'en profiter. (Comme le supplément de l'édition de 1693,
+n XLII.)
+
+Max. 382.--Nos actions sont comme des bouts-rimés, que chacun
+tourne comme il lui plaît. (Comme le supplément de l'édition de
+1693, n XLV.)
+
+Max. 386.--Il n'y a personne qui ait plus souvent tort que celui
+qui ne veut jamais en avoir.
+
+Max. 387.--Un sot n'a pas assez de force, ni pour être méchant,
+ni pour être bon.
+
+Max. 391.--La fortune ne nous paraît aveugle que lorsque nous en
+sommes maltraités.
+
+Max. 392.--Début de la maxime: Il faut se conduire avec la
+fortune comme avec la santé...
+
+Max. 394.--Maxime liée à la maxime posthume 5: Chacun pense être
+plus fin que les autres; on peut l'être plus qu'un autre, mais non
+pas que tous les autres.
+
+Max. 396.--Fin de la maxime: point un second, au lieu de point
+de second.
+
+Max. 398.--Fin de la maxime (après de la paresse): nous nous
+flattons qu'elle comprend toutes les vertus paisibles, et qu'elle
+ne nuit point aux autres.
+
+Max. 402.--Ce qui se rencontre le moins dans les femmes qui ont
+pris l'habitude de l'amour, c'est le goût de l'amour.
+
+Max. 406.--Les coquettes feignent d'être jalouses de leurs
+amants, tandis qu'elles ne sont qu'envieuses des autres femmes
+qu'elles craignent.
+
+Max. 412.--De quelque honte que l'on soit couvert, on peut
+toujours rétablir sa réputation.
+
+Max. 414.--Le sot ne voit jamais que par l'humeur, parce qu'il
+ne peut voir par l'esprit.
+
+Max. 419.--Nous pouvons quelquefois paraître grands dans des
+emplois au-dessous de nous, mais nous sommes toujours petits dans
+ceux qui sont plus grands que nous ne sommes.
+
+Max. 420.--Nous croyons quelquefois supporter les malheurs avec
+constance, quand ce n'est que par abattement, et que nous les
+souffrons sans oser nous retourner, comme les poltrons qui se
+laissent tuer de peur de se défendre.
+
+Max. 422.--L'amour nous fait faire des fautes, comme les autres
+passions, mais il nous en fait faire de plus ridicules.
+
+Max. 425.--Une variante indiquée: de prophétie au lieu de de
+deviner.
+
+Max. 431.--Ce qui nous empêche d'être naturels, c'est l'envie de
+le paraître.
+
+Max. 436.--Une variante indiquée: tous les hommes au lieu de
+l'homme en général.
+
+Max. 444.--Il y a plus de vieux fous que de jeunes.
+
+Max. 446.--Ce qui fait que la honte et la jalousie sont les plus
+grands de tous les maux, c'est que la vanité ne nous aide pas à
+les supporter.
+
+Max. 447.--La bienséance est la moindre de toutes les lois, et
+c'est elle que l'on suit le plus.
+
+Max. 454.--Début de la maxime: Il n'y a pas d'occasion...
+
+Max. 459.--S'il y a des remèdes pour guérir de l'amour, il n'y
+en a point d'infaillibles.
+
+Max. 462.--L'orgueil, qui fait que nous blâmons les défauts que
+nous croyons ne point avoir, fait aussi que nous méprisons les
+bonnes qualités que nous n'avons pas.
+
+Max. 475.--Le désir qu'on nous plaigne ou qu'on nous admire fait
+toute notre confiance.
+
+Max. 477.--Fin de la maxime: n'en ont jamais de longues, au lieu
+de: n'en sont presque jamais véritablement remplies.
+
+Max. 485.--Quand on a eu de grandes passions, on se trouve
+heureux et malheureux d'en être guéri.
+
+Max. 488.--Ce qui fait le calme ou l'agitation de notre humeur
+n'est pas tant ce qui nous arrive de plus considérable dans notre
+vie, que ce qui nous arrive de petites choses tous les jours.
+
+Max. 490.--On va de l'amour à l'ambition, mais on ne va pas de
+l'ambition à l'amour.
+
+Max. 496.--Les querelles ne seraient pas longues si on n'avait
+tort que d'un côté.
+
+Max. 497.--Il est presque également inutile d'avoir de la
+jeunesse sans beauté, ou de la beauté sans jeunesse.
+
+Max. 498.--Il y a des personnes si légères qu'elles n'ont pas
+plus des défauts que des qualités.
+
+Max. 499.--On ne compte la première galanterie des femmes qu'à
+leur seconde.
+
+Max. 501.--L'amour ne nous plaît pas tant par lui-même que par
+la manière dont il se montre à nous.
+
+Max. 503.--La jalousie, qui est peut-être le plus grand de tous
+les maux, est aussi celui dont on a le moins de pitié, lorsqu'on
+le cause.
+
+
+2 Variantes se rapportant à des maximes supprimées
+MS 1 (G.E.F. 563).--L'amour-propre est l'amour de soi-même...,
+comme B. 16.
+
+MS 2 (G.E.F. 564).--Toutes les passions ne sont que les divers
+degrés de la chaleur et de la froideur du sang. (Comme B 41.)
+
+MS 3 (G.E.F. 565).--La modération dans la bonne fortune...,
+comme L 71 et B 3.
+
+MS 5 (G.E.F. 567).--Tout le monde est plein de pelles qui se
+moquent du fourgon (Comme B 21.)
+
+MS 6 (G.E.F. 568).--Enfin l'orgueil, comme lassé de ses
+artifices..., comme B 17.
+
+MS 7 (G.E.F. 569).--Cf. supra, variante de la maxime 41.
+
+MS 8 (G.E.F. 570).--Début de la maxime: On est heureux de
+connaître...
+
+MS 9 (G.E.F. 572).--On n'est jamais si malheureux qu'on craint,
+ni si heureux qu'on espère. (Comme L 141 et B 86.)
+
+MS 10 (G.E.F. 573).--On se console souvent d'être malheureux en
+effet par un certain plaisir qu'on trouve à le paraître. (Comme L
+184 et B 50.)
+
+MS 11 (G.E.F. 574).--Comme peut-on répondre si hardiment...,
+comme B 52.
+
+MS 15 (G.E.F. 579).--La justice dans les bons juges..., comme B
+55.
+
+MS 16 (G.E.F. 580).--On blâme l'injustice..., comme B 23.
+
+MS 17 (G.E.F. 582).--Début de la maxime: La joie que nous avons
+du bonheur...
+
+MS 19 (G.E.F. 585).--Fin de la maxime, après à l'augmenter: et
+c'est pour manquer de lumières que nous ignorons toutes nos
+misères et nos défauts.
+
+MS 22 (G.E.F. 591).--Les plus sages le sont dans toutes les
+choses indifférentes..., comme B 40.
+
+MS 26 (G.E.F. 595).--On n'oublie jamais mieux les choses que
+quand on s'est lassé de les conter.
+
+MS 30 (G.E.F. 601).--On ne fait point de distinction dans la
+colère..., comme L 25 et B 25.
+
+MS 31 (G.E.F. 602).--Les grandes âmes ne sont pas celles...,
+comme B 43.
+
+MS 32 (G.E.F. 604).--Peu de gens sont cruels de cruauté...,
+comme B 27.
+
+MS 33 (G.E.F. 605).--Dieu seul fait les gens de bien..., comme L
+45.
+
+MS 34 (G.E.F. 606).--La vertu est un fantôme produit par nos
+passions, du nom duquel on se sert afin de faire impunément ce
+qu'on veut.
+
+MS 37 (G.E.F. 611).--Ceux qui sont incapables de commettre des
+crimes n'en soupçonnent pas aisément les autres.
+
+MS 40 (G.E.F. 614).--Cette maxime formait la fin de la maxime
+217 (de même que dans tous les autres manuscrits et dans l'édition
+de Hollande).
+
+MS 43 (G.E.F. 618).--L'imitation est toujours malheureuse...,
+comme B 73.
+
+MS 46 (G.E.F. 622).--La confiance de plaire est souvent le moyen
+de déplaire infailliblement.
+
+MS 49 (G.E.F. 626).--Deux versions différentes: I La vérité est
+le fondement et la justification de la beauté (comme L 158 et B
+8). 2 La vérité est le fondement et la raison..., comme B 207.
+
+MS 52 (G.E.F. 629).--La politesse des États est le commencement
+de la décadence..., comme B 208.
+
+MS 53--Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si
+bien persuadés..., comme L 208 et B 127.
+
+MS 54 (G.E.F. 630).--De toutes les passions, celle qui est la
+plus inconnue..., comme L 253, sauf les variantes suivantes: les
+plus grands vaisseaux (au lieu de les plus grands navires)--et
+que les plus grandes tempêtes (au lieu de et les plus grandes
+tempêtes)--pour donner enfin (au lieu de et enfin, pour donner)
+--et qui la fait renoncer (au lieu de et la fait renoncer).
+
+MS 56 (G.E.F. 635).--Début de la maxime: Les femmes se
+rendent...--Manquent, à la fin, les mots quoiqu'ils ne soient
+pas plus aimables.
+
+MS 58 (G.E.F. 637).--Une variante indiquée: qu'ils sont aimés au
+lieu de qu'on les aime.
+
+MS 62 (G.E.F. 577).--Comme on n'est jamais libre d'aimer...,
+comme B 54.
+
+MS 67 (G.E.F. 603).--Les rois font des hommes..., comme L 186 et
+B 26.
+
+MS 68 (G.E.F. 608).--Les crimes deviennent innocents et même
+glorieux..., comme B 71.
+
+3 Variantes se rapportant a des maximes posthumes
+
+MP I (G.E.F. 522).--Comme la plus heureuse personne du monde...,
+comme B 100.
+
+MP 3 (G.E.F. 520).--Les philosophes ne condamnent les
+richesses..., comme B 99 bis.
+
+MP 5--Cf. supra, variante de la maxime 394.
+
+MP 9 (G.E.F. 505).--Dieu a mis des talents différents..., comme
+B 7, sauf une variante: qui lui sont particuliers au lieu de qui
+leur sont particuliers.
+
+MP 10 (G.E.F. 523).--Une preuve convaincante que l'homme n'a pas
+été créé..., comme B 102.
+
+MP 11 (G.E.F. 516).--Fin de la maxime: à nous-mêmes (au lieu de
+nous-mêmes).
+
+MP 14 (G.E.F. 519).--La fin du bien est un mal, et la fin du mal
+est un bien (Comme B 93.)
+
+MP 17 (G.E.F. 508).--Manque le mot d'ordinaire.
+
+MP 18 (G.E.F. 514).--Le remède de la jalousie est la
+certitude..., comme B 65.
+
+MP 21 (G.E.F. 527).--L'homme est si misérable que, tournant
+toute sa conduite..., comme B 257, sauf une variante: non
+seulement en elles, mais dans leurs remèdes (au lieu du lapsus non
+seulement dans leurs remèdes).
+
+MP 25 (G.E.F. 513).--Ce qui nous fait croire si aisément que les
+autres ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce
+que l'on souhaite.
+
+MP 26 (G.E.F. 510).--Une variante: ce soudain assoupissement au
+lieu de le soudain assoupissement.
+
+Lettres relatives aux maximes
+
+
+I. Lettres concernant la rédaction des maximes
+(1ère Édition)
+
+
+1. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 1659.
+
+
+Je vous envoie vos sentences d'aujourd'hui, et j'ai écrit à
+M. Esprit pour venir demain voir l'ouvrage tout entier. Je vous
+supplie très humblement de ne rien dire à personne de l'espérance
+que je vous ai dit que j'avais que Mlle de Liancourt vous ferait
+gagner votre gageure, car on pourrait lui écrire des choses qui
+fortifieraient les sentiments contraires à ceux que je lui
+souhaite.
+
+
+2. Lettre de La Rochefoucauld à Jacques Esprit. 24 octobre 1659
+(?).
+
+
+Je vous envoie l'opéra dont je vous ai parlé, je vous supplie que
+Mme la marquise de Sablé le voie, car j'espère au moins qu'elle
+approuvera mon sentiment, et qu'elle sera de mon côté. Vous m'avez
+fait un très grand plaisir d'avoir rectifié les sentences. Je
+prétends que vous en userez de même de l'opéra et de quelque autre
+chose que vous verrez, que l'on pourrait ajouter, ce me semble, à
+l'Éducation des Enfants que Mme la marquise de Sablé m'a envoyée.
+Voilà écrire en vrai auteur, que de commencer par parler de ses
+ouvrages. Je vous dirai pourtant, comme si je ne l'étais pas, que
+je suis très véritablement fâché du retranchement de vos rentes,
+et que si vous croyez que pour en écrire à Gourville comme pour
+moi-même, cela vous fût bon à quelque chose, je le ferai
+assurément comme il faut. Ma femme a toujours la fièvre double
+quarte; il y a pourtant deux ou trois jours qu'elle n'en a point
+eu. Je lui ai dit le soin que vous avez d'elle, dont elle vous
+rend mille grâces. Je pourrai bien vous voir cet hiver à Paris. Je
+vous donne le bonsoir.
+
+Le 24 octobre, à Verteuil.
+
+Au reste, je vous confesse à ma honte que je n'entends pas ce que
+veut dire: «La vérité est le fondement et la raison de la beauté.»
+Vous me ferez un extrême plaisir de me l'expliquer, quand vos
+rentes vous le permettront; car enfin, quelque mérite qu'aient les
+sentences, je crois qu'elles perdent bien de leur lustre dans un
+retranchement de l'Hôtel de Ville, et il y a longtemps que j'ai
+éprouvé que la philosophie ne fait des merveilles que contre les
+maux passés ou contre ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais
+qu'elle n'a pas grande vertu contre les maux présents. Je vous
+déclare donc que j'attendrai votre réponse tant que vous voudrez;
+mais je vous la demande aussi sur l'état de vos affaires. La honte
+me prend de vous envoyer des ouvrages. Tout de bon, si vous les
+trouvez ridicules, renvoyez-les-moi sans les montrer à
+Mme de Sablé.
+
+
+3. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 5 décembre 1659 ou
+1660.
+
+
+Ce que vous me faites l'honneur de me mander me confirme dans
+l'opinion que j'ai toujours eue, que l'on ne saurait jamais mieux
+faire que de suivre vos sentiments, et que rien n'est si
+avantageux que d'être de votre parti. Le Père Esprit me mande
+néanmoins que M. son frère n'en est pas, et qu'il nous veut
+détromper. Je souhaite bien plus qu'il en vienne à bout que je ne
+crois qu'il le puisse faire. Je vous rends mille très humbles
+grâces de ce que vous avez eu la bonté de dire à M. le commandeur
+Souvré. J'espère suivre bientôt son conseil, et avoir l'honneur de
+vous voir à Noël. J'avais toujours bien cru que madame la comtesse
+de Maure condamnerait l'intention des sentences et qu'elle se
+déclarerait pour la vérité des vertus. C'est à vous, Madame, à me
+justifier, s'il vous plaît, puisque j'en crois tout ce que vous en
+croyez. Je trouve la sentence de M. Esprit, la plus belle du
+monde. Je ne l'aurais pas entendue sans secours, mais à cette
+heure elle me paraît admirable. Je ne sais si vous avez remarqué
+que l'envie de faire des sentences se gagne comme le rhume: il y a
+ici des disciples de M. de Balzac qui en ont eu le vent, et qui ne
+veulent plus faire autre chose.
+
+À Verteuil, le 5 de décembre.
+
+
+4. Lettre de La Rochefoucauld à Jacques Esprit. 1662.
+
+
+La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le véritable
+dessein de trahir.
+
+«Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts et les
+conduire chacun dans son ordre; notre avidité le trouble souvent
+en nous faisant courir à tant de choses à la fois. De là vient
+que, pour désirer trop les moins importantes, nous ne les faisons
+pas assez servir à obtenir les plus considérables;»
+
+«On est presque toujours assez brave pour sortir sans honte des
+périls de la guerre, mais peu de gens le sont assez pour s'exposer
+toujours autant qu'il est nécessaire pour faire réussir le dessein
+pour lequel on s'expose.»
+
+«Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la
+fortune.»
+
+Vous n'aurez que cela pour cette heure. Mandez ce qu'il en faut
+changer. Je ne sais plus aucune de vos nouvelles, ni domestiques,
+ni chrétiennes, ni politiques. Je crois que j'irai cet hiver à
+Paris, et que nous recommencerons de belles moralités au coin du
+feu. Cependant apprenez-moi l'état où vous êtes, et qui vous
+fréquentez. J'ai tout de bon ici des occupations plus agréables
+que vous n'aviez cru, et ma belle-fille est la plus aimable petite
+créature qui se puisse voir. Je vous prie de montrer à
+Mme de Sablé nos dernières sentences: cela lui redonnera peut-être
+envie d'en faire, et songez-y aussi de votre côté, quand ce ne
+serait que pour grossir notre volume. Il n'y a personne ici qui ne
+se plaigne de vous, et qui ne s'attendît à quelque marque de votre
+souvenir. Pour moi, qui connais son étendue, je n'ai pas cru qu'il
+vous obligeât à de grands soins. Je vous conjure de m'envoyer la
+condamnation de Brutus; je vous déclare que jusqu'ici je suis pour
+lui contre vous.
+
+
+5. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 17 août 1662.
+
+
+Je suis bien fâché d'avoir appris par M. Esprit que vous continuez
+de faire les choses du monde les plus obligeantes pour moi; car je
+voulais être en colère contre vous de ne me faire jamais réponse,
+et de dire tous les jours mille maux de moi à La Plante. J'ai
+quelquefois envie de croire que c'est par malice que vous me
+faites tant de bien, et pour m'ôter le plaisir d'avoir sujet de me
+plaindre de vous. Au reste, M. Esprit me mande qu'il est ravi de
+quelque chose que vous avez écrit; je vous demande en conscience
+s'il est juste que vous écriviez de ces choses-là sans me les
+montrer; vous savez avec combien de bonne foi j'en ai usé avec
+vous, et que les sentences ne sont sentences qu'après que vous les
+avez approuvées. Il me parle aussi d'un laquais qui a dansé les
+tricotets sur l'échafaud où il allait être roué: il me semble que
+voilà jusqu'où la philosophie d'un laquais méritait d'aller; je
+crois que toute gaieté en cet état-là vous est bien suspecte. Je
+pensais avoir bientôt l'honneur de vous voir; mais mon voyage est
+un peu retardé. Je vous baise très humblement les mains.
+
+À Verneuil, le 17 d'août.
+
+
+6. Lettre de La Rouchefoucauld à Jacques Esprit. 9 septembre 1662.
+
+
+Vous allez voir que vous vous fussiez bien passé de me demander
+des nouvelles de ma femme; car sans cela je manquais de prétextes
+de vous accabler encore de sentences. Je vous dirai donc que ma
+femme a toujours la fièvre, et que je crains qu'elle ne se tourne
+en quarte. Le reste des malades se porte mieux; mais, pour
+retourner à nos moutons, il ne serait pas juste que vous fussiez
+paix et aise à Paris avec Platon, pendant que je suis à la merci
+des sentences que vous avez suscitées pour troubler mon repos.
+Voici ce que vous aurez par le courrier:
+
+«Il faut avouer que la vertu, par qui nous nous vantons de faire
+tout ce que nous faisons de bien, n'aurait pas toujours la force
+de nous retenir dans les règles de notre devoir, si la paresse, la
+timidité ou la honte ne nous faisaient voir les inconvénients
+qu'il y a d'en sortir.»
+
+«L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir
+l'injustice.»
+
+«Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix que dans le
+choix des paroles.»
+
+«On ne donne des louanges que pour en profiter.»
+
+«La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix de
+chaque chose.»
+
+«Si on était assez habile, on ne ferait jamais de finesses ni de
+trahisons.»
+
+«Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé net, sincère et
+honnête, est plutôt un effet de probité que d'habileté.»
+
+«La plupart des hommes s'exposent assez à la guerre pour sauver
+leur honneur, mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il
+est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel on
+s'expose.» Je ne sais si vous l'entendrez mieux ainsi; mais je
+veux dire qu'il est assez ordinaire de hasarder sa vie pour
+s'empêcher d'être déshonoré; mais, quand cela est fait, on en est
+assez content pour ne se mettre pas d'ordinaire fort en peine du
+succès de la chose que l'on veut faire réussir, et il est certain
+que ceux qui s'exposent tout autant qu'il est nécessaire pour
+prendre une place que l'on attaque, ou pour conquérir une
+province, ont plus de mérite, sont meilleurs officiers, et ont de
+plus grandes et de plus utiles vues que ceux qui s'exposent
+seulement pour mettre leur honneur à couvert; et il est fort
+commun de trouver des gens de la dernière espèce que je viens de
+dire, et fort rare d'en trouver de l'autre. Mandez-moi si c'est
+ici de la glose d'Orléans. Si vous avez encore la dernière lettre
+que je vous ai écrite, je vous prie de mettre sur le ton de
+sentences ce que vous ai mandé de ce mouchoir et des tricotets;
+sinon, renvoyez-la-moi pour voir ce que j'en pourrai faire; mais
+faites-le vous-même, je vous en conjure, si vous le pouvez. Je
+vous prie de savoir de Mme de Sablé si c'est un des effets de
+l'amitié tendre, de ne faire jamais réponse aux gens qu'elle aime,
+et qui écrivent dix fois de suite.
+
+Je me dédis de tout ce que je vous mande contre Mme de Sablé; car
+je viens de recevoir ce que je lui avais demandé, avec la lettre
+la plus tendre et la meilleure du monde. Depuis vous avoir écrit
+tantôt, la fièvre a pris à ma femme, et elle l'a double quarte. Je
+souhaite que Madame votre femme et vous soyez en meilleure santé.
+
+Le 9 de septembre
+
+
+7. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Fin 1662, ou 1663.
+
+
+«CE qui fait tout le mécompte que nous voyons dans la
+reconnaissance des hommes, c'est que l'orgueil de celui qui donne
+et l'orgueil de celui qui reçoit ne peuvent convenir du prix du
+bienfait.»
+
+«La vanité et la honte et surtout le tempérament font la valeur
+des hommes et la chasteté des femmes, dont on mène tant de bruit.»
+
+«Il y a des gens dont tout le mérite consiste à dire et à faire
+des sottises utilement, et qui gâteraient tout s'ils changeaient
+de conduite.»
+
+«On se console souvent d'être malheureux en effet par un certain
+plaisir qu'on trouve à le paraître.»
+
+«On admire tout ce qui éblouit, et l'art de savoir bien mettre en
+oeuvre de médiocres qualités dérobe l'estime, et donne souvent
+plus de réputation que le véritable mérite.»
+
+«L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est
+contrefait déplaît avec les mêmes choses qui charment lorsqu'elles
+sont naturelles.»
+
+«Peu de gens connaissent la mort; on la souffre non par la
+résolution, mais par la stupidité et par la coutume, et la plupart
+des hommes meurent parce qu'on meurt.»
+
+«Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie: ils les
+font valoir ce qu'ils veulent, et on est forcé de les recevoir
+selon leur cours et non pas selon leur véritable prix.»
+
+Voilà tout ce que j'ai de maximes que vous n'ayez point. Mais
+comme on ne fait rien pour rien, je vous demande un potage aux
+carottes, un ragoût de mouton et un de boeuf, comme ceux que nous
+eûmes lorsque M. le commandeur de Souvré dîna chez vous, de la
+sauce verte, et un autre plat, soit un chapon aux pruneaux, ou
+telle autre chose que vous jugerez digne de votre choix. Si je
+pouvais espérer deux assiettes de ces confitures dont je ne
+méritais pas de manger d'autrefois, je croirais vous être
+redevable toute ma vie. J'envoie donc savoir ce que je puis
+espérer pour lundi à midi; on apportera tout cela ici dans mon
+carrosse, et je vous rendrai compte du succès de vos bienfaits.
+
+Je vous supplie très humblement de me renvoyer les quatre maximes
+que nous fîmes dernièrement, et de vous souvenir que vous m'avez
+promis le Traité de l'amitié et ce que vous avez ajouté à
+l'Éducation des enfants.
+
+Ce vendredi au soir.
+
+«Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.»
+
+
+8. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Même époque.
+
+
+C'est ce que vous m'avez envoyé qui me rend capable d'être
+gouverneur de Monsieur le Dauphin depuis l'avoir lu, et non pas
+ces sentences que j'ai faites. Je n'ai en ma vie rien vu de si
+beau ni de si judicieusement écrit. Si cet ouvrage-là était
+publié, je crois que chacun serait obligé en conscience de le
+lire, car rien au monde ne serait si utile; il est vrai que ce
+serait faire le procès à bien des gouverneurs que je connais. Tout
+ce que j'apprends de cette morte dont vous me parlez me donne une
+curiosité extrême de vous en entretenir: vous savez bien que je ne
+crois que vous sur de certains chapitres, et surtout sur les
+replis du coeur. Ce n'est pas que je ne croie tout ce que l'on dit
+là-dessus; mais enfin je croirai l'avoir vu quand vous me l'aurez
+dit vous-même. J'ai envoyé des sentences à M. Esprit pour vous les
+montrer, mais il ne m'a point encore fait réponse, et il me semble
+que c'est mauvais signe pour les sentences. Je vous baise très
+humblement les mains, et je vous assure, Madame, que personne du
+monde n'a tant de respect pour vous que moi.
+
+La Rochefoucauld
+
+
+9. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Même
+époque.
+
+
+«L'honneur acquis est caution de celui que l'on doit acquérir.»
+
+«La vertu est un fantôme produit par nos passions, du nom duquel
+on se sert pour faire impunément tout ce qu'on veut.»
+
+«On se mécompte toujours quand les actions sont plus grandes que
+les desseins.»
+
+«L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est ce qui fait
+toute la lumière des autres.»
+
+
+10. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Avant avril 1663.
+
+
+Je vous envoie un placet que je vous supplie très humblement de
+vouloir recommander à M. de Marillac, si vous avez du crédit vers
+lui, ou de faire que Mme la comtesse de Maure le donne avec une
+recommandation digne d'elle. Je n'ai pu refuser cet office à une
+personne à qui je dois bien plus que cela, et, afin que vous
+n'ayez point de scrupule, cette personne est Mme de Linières.
+J'aurai l'honneur de vous voir dès que je serai de retour d'un
+voyage de cinq ou six jours que je vais faire en Normandie. Je
+n'ai pas vu de maximes il y a longtemps: je crois pourtant qu'en
+voici une.
+
+«Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands défauts»
+
+
+11. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. 1663.
+
+
+Je viens de lire les grandes maximes. Les miennes y sont si bien
+déguisées par l'agencement des paroles que je les puis louer comme
+si elles ne venaient pas de moi. Celle de la paresse est
+représentée par votre esprit et par vos sentiments d'une sorte
+qu'il semble qu'elle passe toutes les autres en pénétration. Je ne
+sais pourtant si c'est parce qu'elle est la dernière, car à mesure
+que je les ai lues, je les ai toujours trouvées plus belles. Il y
+en a deux qui ne me semblent pas vraies, celle de l'orgueil, et la
+fin du mal est un bien, je ne l'entends pas assez. En vérité vous
+êtes le plus habile homme du monde et cela ne se comprend pas que
+sans étude vous sachiez si parfaitement toutes choses. Tout de
+bon, et de l'abondance de mon coeur, cette dernière passe tout ce
+qu'on peut jamais penser. Il faut renoncer à toutes les morales et
+ne voir plus que la vôtre. Je ne vous puis rien dire encore des
+autres, car j'ai toujours été accablée d'affaires et de gens qui
+m'ont empêchée de les lire, parce que je veux que ce soit avec
+liberté, pour y avoir toute l'attention. Si j'ai l'honneur de vous
+voir, je vous marquerai ce que je trouverai le plus à mon goût.
+
+
+12. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé 1663.
+
+
+«De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui
+plaît, il s'en fait plusieurs vertus.»
+
+«Le désir de vivre ou de mourir sont des goûts de l'amour-propre,
+dont il ne faut non plus disputer que des goûts de la langue ou du
+choix des couleurs.»
+
+«Il n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes
+que de leur faire trop de bien.»
+
+«Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le
+coeur de l'homme, c'est que l'on craint d'y être découvert.»
+
+«Dieu a permis, pour punir l'homme du péché originel, qu'il se fît
+un dieu de son amour-propre, pour en être tourmenté dans toutes
+les actions de sa vie.»
+
+
+13. Lettre de La Rochefoucauld à Mlle de Scudéry, 3 décembre 1663
+(?).
+
+
+Je suis encore trop ébloui de tout ce que je viens de recevoir de
+votre part pour entreprendre de vous en rendre les très humbles
+remerciements que je vous dois. On n'a jamais fait un si beau
+présent de si bonne grâce, et la lettre que vous m'avez fait
+l'honneur de m'écrire passe encore tout ce que vous m'avez envoyé.
+Je suis très affligé, par l'intérêt public et par le mien
+particulier, de ne pouvoir plus espérer de voir la suite de ce qui
+était si bien commencé, je ne sais néanmoins si on voudra soutenir
+jusqu'au bout ce qu'on vient de faire là-dessus, si la liberté est
+rétablie, j'oserai vous demander la continuation de vos bienfaits.
+Je crois, Mademoiselle, que M. de Corbinelli vous a témoigné
+combien j'ai pris de part à ceux que vous avez reçus du Roi; le
+remerciement que vous lui avez fait est bien digne de lui et de
+vous; il me semble qu'il sied toujours bien d'écrire ainsi quand
+on le peut faire et qu'il ne sied pas toujours bien d'écrire de
+belles lettres: c'est un grand art que de le savoir si bien
+déguiser. Au reste, Mademoiselle, vous avez tellement embelli
+quelques-unes de mes dernières maximes qu'elles vous appartiennent
+bien plus qu'à moi. Je souhaiterais passionnément que vous
+voulussiez faire la même grâce aux autres. Faites-moi, s'il vous
+plaît, celle de croire, Mademoiselle, que rien ne me sera jamais
+si cher que la part que vous m'aviez fait l'honneur de me
+promettre dans votre amitié et que personne ne l'estime ni ne la
+désire si véritablement que votre très humble et très obéissant
+serviteur.
+
+La Rochefoucauld
+
+Le 3 de décembre.
+
+
+14. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 10 décembre 1663.
+
+
+Ce n'est pas assez pour moi d'apprendre de vos nouvelles par ce
+qu'on a accoutumé de m'en mander; je vous supplie de me permettre
+de vous en demander de temps en temps à vous-même, et de souffrir,
+puisque je n'ai pu vous envoyer des truffes, que je vous présente
+au moins des maximes qui ne les valent pas; mais, comme on ne fait
+rien pour rien en ce siècle-ci, je vous supplie de me donner en
+récompense le mémoire pour faire le potage de carottes, l'eau de
+noix et celle de mille-fleurs; si vous avez quelque autre potage,
+je vous le demande encore.
+
+«Il semble que plusieurs de nos actions aient des étoiles
+heureuses ou malheureuses aussi bien que nous, d'où dépend une
+grande partie de la louange ou du blâme qu'on leur donne.»
+
+«Il n'y a d'amour que d'une sorte, mais il y en a mille
+différentes copies.»
+
+«L'espérance et la crainte sont inséparables.»
+
+«L'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un
+mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu'il cesse
+d'espérer ou de craindre.»
+
+«Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits tout le monde
+en parle, mais peu de gens en ont vu.»
+
+«L'amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu'on lui
+attribue, où il n'a souvent guère plus de part que le Doge en a à
+ce qui se fait à Venise.»
+
+«Si nous n'avions point de défauts, nous ne serions pas si aises
+d'en remarquer aux autres.»
+
+«Je ne sais si on peut dire de l'agrément, séparé de la beauté,
+que c'est une symétrie dont on ne sait point les règles, et un
+rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les
+couleurs et l'air de la personne.»
+
+«La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans l'avoir
+assez examiné est souvent un effet de paresse qui se joint à
+l'orgueil, on veut trouver des coupables, et on ne veut pas se
+donner la peine d'examiner les crimes.»
+
+«Ce qui fait croire si aisément que les autres ont des défauts,
+c'est la facilité que l'on a de croire ce qu'on souhaite.»
+
+«Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est
+presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-même.»
+
+«Le goût change mais l'inclination ne change point.»
+
+«Les défauts de l'âme sont comme les blessures du corps; quelque
+soin qu'on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours, et
+elles se peuvent toujours rouvrir.»
+
+Ne croyez pas que je prétende mériter par là le potage de carottes
+je sais que toutes les maximes du monde ne peuvent pas entrer en
+comparaison avec lui; mais je vous donne ce que j'ai, et j'attends
+tout de votre générosité. Mandez-moi, s'il vous plaît, si on les
+doit mettre au rang des autres, et ce qu'il y a à y changer. S'il
+vous en est venu quelqu'une, je vous supplie de m'en faire part et
+de me continuer l'honneur de vos bonnes grâces.
+
+Le 10 de décembre.
+
+En voici une qui est venue en fermant ma lettre, qui me déplaira
+peut-être dès que le courrier sera parti:
+
+«La nature, qui a pourvu à la vie de l'homme par la disposition
+des organes du corps, lui a sans doute encore donné l'orgueil pour
+lui épargner la douleur de connaître ses imperfection et ses
+misères.»
+
+
+15. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Fin 1663, ou début
+1664.
+
+
+À Vincennes, ce mardi matin.
+
+«Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est
+presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-même.»
+
+«L'intérêt est l'âme de l'amour-propre, de sorte que, comme le
+corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans
+connaissance, sans sentiment, sans mouvement, de même l'amour-propre,
+séparé, s'il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne voit,
+n'entend, ne sent et ne se remue plus. De là vient qu'un même
+homme qui court la terre et les mers pour son intérêt devient
+soudainement paralytique pour l'intérêt des autres; de là vient le
+soudain assoupissement et cette mort que nous causons à tous ceux
+à qui nous contons nos affaires; de là vient leur prompte
+résurrection, lorsque dans notre narration nous y mêlons quelque
+chose qui les regarde, de sorte que nous voyons dans nos
+conversations et dans nos traités que, dans un même moment, un
+homme perd connaissance et revient à soi, selon que son propre
+intérêt s'approche de lui ou qu'il s'en retire.»
+
+En voilà deux que je vous envoie pour vous reprocher votre
+ingratitude de me laisser partir sans m'avoir donné les vôtres. Je
+m'en vais [...] d'être [...]
+
+En voici encore une:
+
+«En vieillissant, on devient plus fou et plus sage»
+
+
+16. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+C'est à moi, à cette heure, à faire des façons pour mes maximes,
+et après avoir vu les vôtres, n'en espérez plus de moi. Je vous
+jure sur mon honneur que je ne les ai point fait copier, quoique
+je fusse fort en droit de le faire, et je vous assure de plus que
+je l'aurais fait si je n'espérais que vous consentirez à me les
+donner. Je vous mènerai, quand il vous plaira, M. de Corbinelli,
+qui meurt d'envie de vous montrer quelque chose. Vous nous avez
+fait un cruel tour à M. l'abbé de la Victoire et à moi: vous le
+réparerez quand il vous plaira.
+
+Je pensais vous rendre moi-même hier vos maximes.
+
+
+17. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+Je vous envoie un billet que Mme de Puisieux m'écrit, où vous
+verrez que j'ai obéi à vos ordres, et qu'elle voudrait bien avoir
+de la poudre de vipère Si vous avez la bonté de lui en envoyer,
+vous l'obligerez extrêmement. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de
+faire copier vos maximes, et de me les donner à mon retour. Je
+vous baise très humblement les mains, et je prends encore une fois
+congé de vous.
+
+
+18. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+Je vous envoie ce que j'ai pris chez vous en partie. Je vous
+supplie très humblement de me mander si je ne l'ai point gâté, et
+si vous trouvez le reste à votre gré. Souvenez-vous, s'il vous
+plaît, de la poudre de vipère et de la manière d'en user.
+
+
+19. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+Je sais qu'on dîne chez vous sans moi, et que vous faites voir des
+sentences que je n'ai pas faites, dont on ne me veut rien dire;
+tout cela est assez désobligeant pour vous demander permission de
+vous en aller faire mes plaintes demain. Tout de bon, que la honte
+de m'avoir tant offensé ne vous empêche pas de souffrir ma
+présence, car ce serait encore augmenter mon juste ressentiment.
+Prenez donc, s'il vous plaît, le parti de le faire finir, car je
+vous assure que je suis fort disposé à oublier le passé, pour peu
+que vous vouliez le réparer.
+
+Ce lundi au soir
+
+
+20. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+Je pensais avoir l'honneur de vous voir aujourd'hui, et vous
+présenter moi-même mes ouvrages, comme tout auteur doit faire;
+mais j'ai mille affaires qui m'en empêchent; je vous envoie donc
+ce que vous m'avez ordonné de vous faire voir, et je vous supplie
+très humblement que personne ne le voie que vous. Je n'ose vous
+demander à dîner devant que d'aller à Liancourt, car je sais bien
+qu'il ne vous faut pas engager de si loin; mais j'espère pourtant
+que vous me manderez, vendredi au matin, que je puis aller dîner
+chez vous; j'y mènerai M. Esprit, si vous voulez. Enfin
+j'apporterai de mon côté toutes les facilités pour vous y faire
+consentir.
+
+
+21. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+Voilà encore une maxime que je vous envoie pour joindre aux
+autres. Je vous supplie de me mander votre sentiment des dernières
+que je vous ai envoyées. Vous ne les pouvez pas désapprouver
+toutes, car il y en a beaucoup de vous. Je ne partirai que lundi;
+j'essaierai d'aller prendre congé de vous.
+
+Ce jeudi au soir.
+
+
+22. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.
+
+
+Vous ne pouvez faire une plus belle charité que de permettre que
+le porteur de ce billet puisse entrer dans les mystères de la
+marmelade et de vos véritables confitures, et je vous supplie très
+humblement de faire en sa faveur tout ce que vous pourrez. Je
+passerai après dîner chez vous pour avoir l'honneur de vous voir,
+si vous me le voulez permettre. Il me semble que nous avons bien
+de choses à dire. Songez, s'il vous plaît, à me donner vos
+maximes, car je m'en vais dans quatre jours.
+
+Ce mardi matin.
+
+
+23. Lettre de La Rochefoucauld à Mme Sablé. Date inconnue.
+
+
+Je suis au désespoir de m'en retourner à Liancourt sans avoir
+l'honneur de vous voir et de vous rendre compte de nos
+prospérités; car enfin vous savez bien, Madame, que, quelque
+agréables qu'elles me puissent être d'elles-mêmes, elles me le
+sont encore davantage par le plaisir que j'ai de vous en
+entretenir. Je ferai tout ce que je pourrai pour aller prendre
+congé de vous, à Auteuil, avant que de commencer mon grand voyage.
+Cependant, s'il y a quelque sentence nouvelle, je vous supplie
+très humblement de me l'envoyer M. Esprit a admiré celle de la
+jalousie.
+
+Ce mercredi au soir
+
+
+24. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. Date inconnue.
+
+
+J'envoie savoir de vos nouvelles, et si vous vous êtes souvenue de
+ce que vous m'aviez promis. Je vous ai cherché un écrivain qui
+fera mieux que l'autre. Je vous renvoie l'écrit de M Esprit que
+j'emportai dernièrement avec ce que vous m'avez donné, et je vous
+envoie aussi ce qui est ajouté aux sentences que vous n'avez point
+vues. Comme c'est tout ce que j'ai, je vous supplie très
+humblement qu'il ne se perde pas, et de mander quand je pourrai
+avoir l'honneur de vous voir pour prendre congé de vous.
+
+
+25. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue
+
+
+Si vous eussiez demandé à venir ici une heure plus tôt, je vous
+eusse dit non. Il y a quelques jours que j'avais tellement perdu
+l'appétit que je croyais que c'en était fait de mon foie et de mon
+estomac; mais, Dieu merci, j'ai mangé deux vives aujourd'hui;
+c'est pourquoi, encore que j'aie renoncé à voir tous les gens
+faits comme vous, je ne saurais résister à la tentation, et vous
+serez le très bien venu. Pour les maximes, ne m'en parlez plus,
+elles sont supprimées. M. de Sens a mis les vôtres au-dessus de
+cent piques, et ainsi de me parler d'avoir les miennes, c'est me
+parler de mon déshonneur.
+
+
+26. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. Date inconnue.
+
+
+Cette sentence n'est que pour faire une sentence, car je suis
+assurée qu'elle n'a pas son effet en ce sujet ici; mais vous
+jugerez aisément que la maladie que vous m'avez donnée des
+sentences ne peut manquer de jouer son jeu en toute rencontre.
+Encore que je comprenne fort bien que vous avez beaucoup
+d'affaires, je ne laisse pas à être surprise que vous puissiez
+aller à Liancourt sans me voir, et en quelque façon ce pourrait
+être une marque de la vérité de la sentence, puisque vous n'avez
+pas autant de plaisir de me parler de vos joies que vous en aviez
+de me parler de vos désirs et de vos inquiétudes. Néanmoins je
+vous pardonne sincèrement, jugeant bien les terribles embarras que
+vous avez. Vous pouvez penser par beaucoup de raisons la part que
+je prends à votre satisfaction, quand il n'y aurait que l'amour-propre
+de voir que j'ai si bien deviné ce qui est si ponctuellement arrivé.
+
+
+II. Jugements recueillis par Mme de Sablé
+
+
+27. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. 3 mars 1661.
+
+
+Il me semble, m'amour, que M. de La Rochefoucauld n'y est pas
+assez loué pour le lui envoyer, et du moins il y faudrait remettre
+quelque chose que j'ai oublié avant que de dire «Mais je trouve
+qu'il fait à l'homme une âme trop laide». Renvoyez-le moi, s'il
+vous plaît, m'amour, pour voir si je pourrai le rendre aussi
+propre pour lui qu'il peut l'être pour M Esprit Depuis que ceci
+fut écrit, M. le M[arquis] d'Antin étant ici avec M. le Comte de
+Maure, je leur montrai ce que vous et M. Esprit avez écrit; et en
+disant que j'avais bien de la peine à croire que vous vous fussiez
+méprise, parce que cela ne vous arrivait jamais, ils furent tous
+deux d'une même opinion, et je dis au philosophe d'écrire la
+sienne:
+
+«Défense de Mme la M[arquise] de Sablé par M. le Marquis d'Antin,
+jadis M. l'abbé d'Antin.--Il y a un plus grand mécompte dans le
+mécompte prétendu parce qu'il est assuré que la possibilité suffit
+pour le fondement de la beauté, et principalement Mme la
+M[arquise] ayant restreint ce qui pouvait même convenir aux
+beautés en général à la beauté des productions de l'esprit,
+puisque les tragédies, et les romans, qui sont de ce nombre et
+d'une manière assez illustre et assez à la mode en tous les temps,
+n'ont pour l'ordinaire et peuvent même selon Aristote n'avoir que
+la possibilité et la vraisemblance pour fondement de leur beauté.»
+
+
+28. Lettre de Mme de Maure à Mme de Sablé. Même époque.
+
+
+Votre sentence, m'amour, est admirable et de ce tour court que
+j'aime aux sentences, et pour celle de M. Esprit, encore qu'il me
+semble qu'il y a de la témérité de croire qu'il puisse faillir, je
+ne saurais concevoir que, quand les passions font tant que de
+parler équitablement et raisonnablement, elles puissent offenser,
+si ce n'est Dieu qui voit les coeurs et qui voit par conséquent le
+principe de toutes les actions.
+
+Je ne trouve pas non plus qu'il soit vrai que la charité ait le
+privilège de dire tout ce qui lui plaît; et j'eus une grande joie
+de ce que vous y ayez fait mettre le quasi que j'y ai trouvé; il
+faudrait, ce me semble, pour rendre cela véritable, que l'on vît
+le coeur aussi bien sur ce point-là que sur l'autre, car alors
+sans doute, comme on verrait que c'est la charité toute seule qui
+parle, toutes les personnes raisonnables recevraient bien les
+choses mêmes qui seraient les plus contraires à leurs sentiments;
+mais parce que le coeur ne se voit pas, nous voyons tous les jours
+que quand la repréhension est rude, elle blesse, encore qu'elle
+parte de la charité, et quand même elle est douce, elle ne laisse
+pas quelquefois de blesser, parce qu'il faut être merveilleusement
+raisonnable pour n'être pas blessée de tout ce qui donne de la
+confusion.
+
+Je vous engage, ma chère m'amour, par la fidélité que nous avons
+l'une pour l'autre, de ne faire voir ceci qu'à Mlle de Chalais,
+car pour M. Esprit il n'y faut pas seulement songer. Je vous
+demande cela, m'amour, au pied de la lettre, c'est-à-dire qu'il ne
+sache jamais que je vous aie montré d'y trouver rien à redire. Je
+lui dis seulement quelque chose qui signifiait qu'il y fallait le
+quasi que vous y avez mis; mais vous, m'amour, vous m'apprendrez,
+s'il vous plaît, si je ne me suis point trompée dans le reste[...]
+
+
+29. Lettre de Mlle de Vertus à Mme de Sablé. Printemps 1663.
+
+
+[...] Que me dites-vous de ces maximes qu'on a montrées à M. le
+comte de Saint-Paul? Je ne sais ce que c'est, mais il me semble
+qu'il ne faudrait point trop le laisser entretenir par ce
+M. de Neuré; car c'est une personne qui apparemment n'est pas
+contente de Mme de Longueville, et qui a bien envie, à ce qu'on
+m'a dit, de rentrer dans cette maison. Si vous disiez à M. le
+comte de Saint-Paul qu'il ne faut pas qu'il s'amuse à les lire? Il
+a une grande déférence pour vous, et ainsi cela lui deviendrait
+suspect [...]
+
+
+30. Lettre de Mme de Schonberg à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Je crus hier, tout le jour, vous pouvoir renvoyer vos maximes;
+mais il me fut impossible d'en trouver le temps. Je voulais vous
+écrire et m'étendre sur leur sujet. Je ne puis pas vous en dire
+mon sentiment en détail, tout ce qu'il m'en paraît, en général,
+c'est qu'il y a en cet ouvrage beaucoup d'esprit, peu de bonté, et
+forces vérités que j'aurais ignorées toute ma vie si l'on ne m'en
+avait fait apercevoir. Je ne suis pas encore parvenue à cette
+habileté d'esprit où l'on ne connaît dans le monde ni honneur ni
+bonté ni probité; je croyais qu'il y en pouvait avoir. Cependant,
+après la lecture de cet écrit, l'on demeure persuadé qu'il n'y a
+ni vice ni vertu à rien, et que l'on fait nécessairement toutes
+les actions de la vie. S'il est ainsi que nous ne nous puissions
+empêcher de faire tout ce que nous désirons, nous sommes
+excusables, et vous jugez de là combien ces maximes sont
+dangereuses. Je trouve encore que cela n'est pas bien écrit en
+français, c'est-à-dire que ce sont des phrases et des manières de
+parler qui sont plutôt d'un homme de la cour que d'un auteur. Cela
+ne me déplaît pas, et ce que je vous en puis dire de plus vrai est
+que je les entends toutes comme si je les avais faites, quoique
+bien des gens y trouvent de l'obscurité en certains endroits. Il y
+en a qui me charment, comme: «L'esprit est toujours la dupe du
+coeur». Je ne sais si vous l'entendez comme moi; mais je
+l'entends, ce me semble, bien joliment, et voici comment: c'est
+que l'esprit croit toujours, par son habileté et par ses
+raisonnements, faire faire au coeur ce qu'il veut, mais il se
+trompe, il en est la dupe, c'est toujours le coeur qui fait agir
+l'esprit; l'on suit tous ses mouvements, malgré que l'on en ait,
+et l'on les suit même sans croire les suivre. Cela se connaît
+mieux en galanterie qu'aux autres actions, et je me souviens de
+certains vers sur ce sujet qui ne seront pas mal à propos:
+
+La raison sans cesse raisonne
+Et jamais n'a guéri personne,
+Et le dépit le plus souvent
+Rend plus amoureux que devant.
+
+Il y en a encore une qui me paraît bien véritable, et à quoi le
+monde ne pense pas, parce qu'on ne voit autre chose que des gens
+qui blâment le goût des autres, c'est celle qui dit que «la
+félicité est dans le goût, et non pas dans les choses; c'est pour
+avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas ce que les
+autres trouvent aimable». Mais ce qui m'a été tout nouveau et que
+j'admire est que «la paresse, toute languissante qu'elle est,
+détruit toutes les passions». Il est vrai--et l'on a bien
+fouillé dans l'âme pour y trouver un sentiment si caché, mais si
+véritable--que je crois que nulle de ces maximes ne l'est
+davantage, et je suis ravie de savoir que c'est à la paresse à qui
+l'on a l'obligation de la destruction de toutes les passions. Je
+pense qu'à présent on doit l'estimer comme la seule vertu qu'il y
+a dans le monde, puisque c'est elle qui déracine tous les vices;
+comme j'ai toujours eu beaucoup de respect pour elle, je suis fort
+aise qu'elle ait un si grand mérite.
+
+Que dites-vous aussi, Madame, de ce que «chacun se fait un
+extérieur et une mine qu'il met en la place de ce qu'on veut
+paraître, au lieu de ce que l'on est»? Il y a longtemps que je
+l'ai pensé, et que j'ai dit que tout le monde était en mascarade
+et mieux déguisé que l'on ne l'est à celle du Louvre, car l'on n'y
+reconnaît personne. Enfin que tout soit à se disposer honnête, et
+non pas l'être, cela est pourtant bien étrange.
+
+Je ne sais si cela réussira imprimé comme en manuscrit; mais si
+j'étais du conseil de l'auteur, je ne mettrais point au jours ces
+mystères qui ôteront à tout jamais la confiance qu'on pourrait
+prendre en lui il en sait tant là-dessus, et il paraît si fin,
+qu'il ne peut plus mettre en usage cette souveraine habileté qui
+est de ne paraître point en avoir. Je vous dis à bâton rompu tout
+ce qui me reste dans l'esprit de cette lecture; je ne pense qu'à
+vous obéir ponctuellement, et en le faisant je crois ne pouvoir
+faillir, quelque sottise que je puisse dire. Je n'ai point pris de
+copie, je vous en donne ma parole, ni n'en ai parlé à personne.
+
+
+31. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Schonberg, transmise par
+elle à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+À considérer superficiellement l'écrit que vous m'avez envoyé, il
+semble tout à fait malin, et il ressemble fort à la production
+d'un esprit fier, orgueilleux, satirique, dédaigneux, ennemi
+déclaré du bien, sous quelque visage qu'il paraisse, partisan très
+passionné du mal, auquel il attribue tout, qui querelle et qui
+choque toutes les vertus, et qui doit enfin passer pour le
+destructeur de la morale et pour l'empoisonneur de toutes les
+bonnes actions, qu'il veut absolument qui passent pour autant de
+vices déguisés. Mais quand on le lit avec un peu de cet esprit
+pénétrant qui va bientôt jusqu'au fond des choses pour y trouver
+le fin, le délicat et le solide, on est contraint d'avouer ce que
+je vous déclare, qu'il n'y a rien de plus fort, de plus véritable,
+de plus philosophe, ni même de plus chrétien, parce que dans la
+vérité c'est une morale très délicate qui exprime d'une manière
+peu connue aux anciens philosophes et aux nouveaux pédants la
+nature des passions qui se travestissent dans nous si souvent en
+vertus. C'est la découverte du faible de la sagesse humaine et de
+la raison, et de ce qu'on appelle force d'esprit; c'est une satire
+très forte et très ingénieuse de la corruption de la nature par le
+péché originel, de l'amour-propre et de l'orgueil, et de la
+malignité de l'esprit humain qui corrompt tout quand il agit de
+soi-même sans l'esprit de Dieu. C'est un agréable description de
+ce qui se fait par les plus honnêtes gens quand ils n'ont point
+d'autre conduite que celle de la lumière naturelle et de la raison
+sans la grâce. C'est une école de l'humilité chrétienne, où nous
+pouvons apprendre les défauts de ce que l'on appelle si mal à
+propos nos vertus; c'est un parfaitement beau commentaire du texte
+de saint Augustin qui dit que toutes les vertus des infidèles sont
+des vices, c'est un anti-Sénèque, qui abat l'orgueil du faux sage
+que ce superbe philosophe élève à l'égal de Jupiter; c'est un
+soleil qui fait fondre la neige qui couvre la laideur de ces
+rochers infructueux de la seule vertu morale; c'est un fonds très
+fertile d'une infinité de belles vérités qu'on a le plaisir de
+découvrir en fouissant un peu par la méditation. Enfin, pour dire
+nettement mon sentiment, quoiqu'il y ait partout des paradoxes,
+ces paradoxes sont pourtant très véritables, pourvu qu'on demeure
+toujours dans les termes de la vertu morale et de la raison
+naturelle, sans la grâce. Il n'y en a point que je ne soutienne,
+et il en a même plusieurs qui s'accordent parfaitement avec les
+sentences de l'Ecclésiastique, qui contient la morale du Saint-Esprit.
+Enfin, je n'y trouve rien à reprendre que ce qu'il dit qu'on
+ne loue jamais que pour être loué, car je vous jure que je
+ne prétends nulles louanges de celles que je suis obligé de lui
+donner, et dans l'humeur où je suis je lui en donnerais bien
+d'autres Mais il y a là-bas un fort honnête homme qui m'attend
+dans son carrosse pour me mener faire l'essai de notre chocolate.
+Vous y avez quelque intérêt, et moi aussi, parce que vous êtes de
+moitié avec Mme la princesse de Guymené pour m'en faire ma
+provision.
+
+
+32. Lettre de Mme de Guymené à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Je vous allais écrire quand j'ai reçu votre lettre pour vous
+supplier de m'envoyer votre carrosse aussitôt que vous aurez dîné.
+Je n'ai encore vu que les premières maximes, à cause que j'avais
+hier mal à la tête; mais ce que j'en ai vu me paraît plus fondé
+sur l'humeur de l'auteur que sur la vérité, car il ne croit point
+de libéralité sans intérêt, ni de pitié; c'est qu'il juge tout le
+monde par lui-même. Pour le plus grand nombre, il a raison; mais
+assurément il y a des gens qui ne désirent autre chose que de
+faire du bien.
+
+Je crois vous avoir déjà mandé que je n'ai jamais souhaité
+d'Altesse de vous. Je n'ai garde d'en vouloir en sérieux, et en
+dérision elle me choquerait. J'aurai l'honneur de vous voir après
+dîner si vous m'envoyez votre carrosse.
+
+
+33. Lettre de Mme de Liancourt à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Je n'avais qu'une partie d'un petit cahier des maximes que vous
+savez, quand j'eus l'honneur de vous voir, et il débutait si
+cruellement contre les vertus qu'il me scandalisa, aussi bien que
+beaucoup d'autres; mais depuis j'ai tout lu, et je fais amende
+honorable à votre jugement, car je vois bien qu'il y a dans cet
+écrit de fort jolies choses, et même, je crois, de bonnes, pourvu
+qu'on ôte l'équivoque qui fait confondre les vraies vertus avec
+les fausses. Un de mes amis a changé quelques mots en plusieurs
+articles, qui raccommodent, je crois, ce qu'il y avait de mal; je
+vous les irai lire un de ces jours, si vous avez loisir de me
+donner audience.
+
+
+34. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Je vous ai beaucoup d'obligation d'avoir fait un jugement de moi
+si avantageux que de croire que j'étais capable de dire mon
+sentiment de l'écrit que vous m'avez envoyé. Je vous proteste,
+Madame, avec toute la sincérité de mon coeur, quoique l'auteur de
+l'écrit n'en croie point de véritable que j'en suis incapable et
+que je n'entends rien en ces choses si subtiles et si délicates;
+mais puisque vous commandez, il faut obéir. Je vous dirai donc,
+Madame, après avoir bien considéré cet écrit que ce n'est qu'une
+collection de plusieurs livres d'où l'on a choisi les sentences,
+les pointes et les choses qui avaient plus de rapport au dessein
+de celui qui a prétendu en faire un ouvrage considérable. J'ai
+l'esprit si rempli des idées de maçonneries que je m'imagine que
+tout ce que je vois en a la ressemblance et que cet ouvrage s'y
+peut comparer. Je sais bien que vous direz que je ne suis qu'un
+maçon ou un charpentier en cette matière, mais vous m'avouerez
+aussi qu'il est composé de différents matériaux, on y remarque de
+belles pierres, j'en demeure d'accord; mais on ne saurait
+disconvenir qu'il ne s'y trouve aussi du moellon et beaucoup de
+plâtras, qui sont si mal joints ensemble qu'il est impossible
+qu'ils puissent faire corps ni liaison, et par conséquent que
+l'ouvrage puisse subsister. Après la raillerie il est bon d'entrer
+un peu dans le sérieux, et de vous dire que les auteurs des livres
+desquels on a colligé ces sentences, ces pointes et ces périodes
+les avaient mieux placées; car si l'on voyait ce qui était devant
+et après, assurément on en serait plus édifié ou moins scandalisé.
+Il y a beaucoup de simples dont le suc est poison, qui ne sont
+point dangereux lorsqu'on n'en a rien extrait et que la plante est
+en son entier. Ce n'est pas que cet écrit ne soit bon en de bonnes
+mains, comme les vôtres, qui savent tirer le bien du mal même;
+mais aussi on peut dire qu'entre les mains de personnes libertines
+ou qui auraient de la pente aux opinions nouvelles, que cet écrit
+les pourrait confirmer dans leur erreur, et leur faire croire
+qu'il n'y a point du tout de vertu, et que c'est folie de
+prétendre de devenir vertueux, et jeter ainsi le monde dans
+l'indifférence et dans l'oisiveté, qui est la mère de tous les
+vices. J'en parlai hier à un homme de mes amis, qui me dit qu'il
+avait vu cet écrit, et qu'à son avis il découvrait les parties
+honteuses de la vie civile et de la société humaine, sur
+lesquelles il fallait tirer le rideau; ce que je fais, de peur que
+cela fasse mal aux yeux délicats, comme les vôtres, qui ne
+sauraient rien souffrir d'impur et de déshonnête.
+
+
+35. Lettre d'auteur inconnu, à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Je vous suis infiniment obligé, Madame, de m'avoir donné la pièce
+que je vous renvoie, et encore que je n'aie eu que le loisir de la
+parcourir dans le peu de temps que vous m'avez prescrit pour la
+lire, je n'ai pas laissé d'en retirer beaucoup de plaisir et de
+profit, et une estime si particulière pour l'auteur et pour son
+ouvrage qu'en vérité je ne suis pas capable de vous la bien
+exprimer.
+
+L'on voit bien que ce faiseur de maximes n'est pas un homme nourri
+dans la province, ni dans l'Université; c'est un homme de qualité
+qui connaît parfaitement la cour et le monde, qui en a goûté
+autrefois toutes les douceurs, qui en a aussi senti souvent les
+amertumes, et qui s'est donné le loisir d'en étudier et d'en
+pénétrer tous les détours et toutes les finesses. Mais outre cela,
+comme la nature lui a donné cette étendue d'esprit, cette
+profondeur et ce discernement, joint à la droiture, à la
+délicatesse et à ce beau tour dont il parle en quelques endroits
+de cet écrit, il ne faut pas s'étonner s'il a prononcé si
+judicieusement sur des matières qu'il avait si parfaitement
+connues.
+
+Pour ce qui est de l'ouvrage, c'est à mon sens la plus belle et la
+plus utile philosophie qui se fit jamais; c'est l'abrégé de tout
+ce qu'il y a de sage et de bon dans toutes les anciennes et
+nouvelles sectes des philosophes, et quiconque saura bien cet
+écrit n'a plus besoin de lire Sénèque, ni Épictète, ni Montaigne,
+ni Charron, ni tout ce qu'on a ramassé depuis peu de la morale des
+sceptiques et des épicuriens. On apprend véritablement à se
+connaître dans ces livres, mais c'est pour en devenir plus superbe
+et plus amateur de soi-même; celui-ci nous fait connaître, mais
+c'est pour nous mépriser et pour nous humilier; c'est pour nous
+donner de la défiance et nous mettre sur nos gardes contre
+nous-mêmes et contre toutes les choses qui nous touchent et nous
+environnent; c'est pour nous donner du dégoût de toutes les choses
+du monde et nous en détacher, nous tourner du côté de Dieu, qui
+seul est bon, juste, immuable et digne d'être aimé, honoré, et
+servi. On pourrait dire que le chrétien commence où votre
+philosophe finit, et l'on ne pourrait faire une instruction plus
+propre à un catéchumène, pour convertir à Dieu son esprit et sa
+volonté; et cela me fait souvenir d'une excellente comparaison,
+que j'ai autrefois lue dans une épître de Sénèque: C'est une chose
+bien étrange, dit-il, de considérer un enfant, pendant les neuf
+mois qu'il demeure dans le ventre de sa mère, avant que de venir
+au monde; il a des yeux, et ne voit point; il a des oreilles, et
+il n'entend point; il ne sait ce qu'il doit devenir; il n'a aucune
+connaissance de la vie en laquelle il doit entrer. Que si cet
+enfant pouvait raisonner, n'est-il pas vrai qu'il jugerait bien
+que toutes ces facultés et tous ces organes ne lui sont pas donnés
+en vain par la nature? que puisqu'il a une bouche il ne doit pas
+prendre la nourriture comme une plante? que puisqu'il a des pieds,
+des mains et des bras, il n'est pas dans l'existence des choses
+pour être toujours en la forme d'une boule, parmi des ordures,
+dans une prison étroite et ténébreuse? et, de ces réflexions, il
+viendrait assurément à la connaissance de la vie qu'il doit mener
+sur la terre. Il en est de même, dit Sénèque, de l'état des hommes
+qui sont en cette vie présente, à l'égard de la future: ils
+ressemblent, pour la plupart, à ces enfants faibles et impuissants
+dont nous venons de parler; ils vivent sans réflexion; ils se
+laissent conduire à la coutume; ils s'abandonnent à leurs
+passions; mais s'ils prenaient garde qu'ils ont une âme vaste et
+noble qui s'élève au-dessus de la matière, qu'ils ont des
+puissance qui ne peuvent être remplies ni rassasiées par la
+possession d'aucune créature, qu'ils ont des désirs qui ne peuvent
+être limités ni par les lieux, ni par les temps, et qu'enfin ils
+ne ressentent ici que des misères au lieu de la félicité à
+laquelle ils aspirent naturellement, ils concluraient sans doute
+qu'il y doit avoir un autre monde que celui-ci, et que Dieu ne les
+a mis sur la terre que pour y mériter le ciel.
+
+Mais je n'ai jamais mieux vu la force de ces raisonnements
+qu'après la lecture de l'écrit de votre ami, et il me semble que
+j'étais non seulement changé, mais encore transfiguré, pour me
+servir du terme de ce philosophe romain. Je n'aurais rien à
+souhaiter en cet écrit sinon qu'après avoir si bien découvert
+l'inutilité et la fausseté des vertus humaines et philosophiques,
+i reconnût qu'il n'y en a point de véritables que les chrétiennes
+et les surnaturelles. Non pas que je veuille dire qu'il n'y a
+point de fausses vertus parmi les chrétiens, ou que ceux qui en
+ont de véritables les aient parfaites et sans mélange de vanité ou
+d'intérêt; je ne sais que trop par expérience la malignité et les
+ruses de la nature corrompue; je sais que son venin se répand
+partout, et qu'encore qu'elle ne règne et ne domine pas dans les
+âmes solidement dévotes, elle ne laisse pas d'y vivre, d'y
+demeurer, et se remuer et se débattre souvent, pour se remettre
+au-dessus de la raison et de la grâce. Mais il faut demeurer
+d'accord qu'un homme vivant selon les règles de l'Évangile peut
+être dit véritablement vertueux, parce qu'il ne vit pas selon les
+maximes de cette nature dépravée et qu'il n'est point esclave de
+sa cupidité, mais qu'il vit selon les lois de l'esprit et de la
+raison, et que s'il commet quelquefois des fautes, en faisant même
+le bien, comme il ne se peut faire autrement, il en tire des
+motifs et des occasions continuelles de mépris de soi-même,
+d'humilité, et de soumission à la justice et à la providence de
+Dieu; et c'est ce qui fait voir la nécessité de la pénitence
+chrétienne, qui a été une vertu inconnue à la philosophie.
+
+Mais peut-être que votre ami, Madame, a des raisons de ne point
+passer les bornes de la sagesse humaine, et comme il a l'esprit
+fort délicat, il pourra même croire qu'il y a de l'orgueil ou de
+l'intérêt secret en mon avis, et quelque protestation que je lui
+puisse faire du contraire, il n'est pas obligé de me croire. Il
+vaut donc mieux, Madame, que vous ne lui en parliez point du tout,
+s'il vous plaît, et que vous lui disiez seulement que, quand il
+n'y aurait que son écrit au monde avec Évangile, je voudrais être
+chrétien. L'un m'apprendrait à connaître mes misères, et l'autre à
+implorer mon libérateur; ce sont les deux premiers degrés de la
+vie spirituelle et quand on les franchit comme il faut, on n'en
+demeure pas là ordinairement; les bonnes oeuvres suivent et l'on
+fait profit de tout, des péchés même et des fautes qu'on a
+commises, qu'on commet, et des ignorances, erreurs et faiblesses
+naturelles et involontaires, auxquelles sont sujet tous les hommes
+de ce monde et même ceux qui sont les plus établis dans les vertus
+essentielles.
+
+Que si cette pièce ne s'imprime pas, je vous prie très humblement,
+Madame, de m'en faire avoir une copie.
+
+
+36. Lettre, d'auteur inconnu, à Mme de Sablé, 1663.
+
+
+J'appellerais volontiers l'auteur de ces maximes un orateur
+éloquent et un philosophe plus critique que savant; aussi n'a-t-il
+autre principe de ses sentiments que la fécondité de son
+imagination. Il affecte dans ses divisions et dans ses
+définitions, subtilement mais sans fondement inventées, de passer
+pour un Sénèque, ne prenant pas garde néanmoins que celui-ci, dans
+sa morale, tout païen qu'il était, ne s'est jamais jeté dans cette
+extrémité que de confondre toutes les vertus des sages de son
+temps, ni de les faire passer pour des vices; il a cru qu'il y en
+avait de tempérants et de dissolus, de bons et de mauvais,
+d'humbles et de superbes, et il n'a jamais dit qu'on pût, sous une
+véritable humilité, cacher une superbe insolente: elles sont trop
+antipathiques pour pouvoir habiter la même demeure. Je lui
+donnerais néanmoins cette louange que de savoir puissamment
+invectiver, et d'avoir parfaitement bien rencontré où il s'est agi
+de mériter le titre de satirique. C'est à contrecoeur que je loue
+de la sorte son ouvrage tout à fait spirituel, et peut-être
+pourra-t-on dire que je tombe dans le même défaut dont je
+l'accuse; mais certes, considérant que par ces maximes il n'y a
+aucune vertu chrétienne, si solide qu'elle soit, qui ne puisse
+être censurée, content du désavantage d'en être dépourvu, j'aime
+mieux ne passer pas pour complaisant en approuvant sa doctrine,
+que d'être dans un perpétuel danger de déclamer contre les belles
+qualités, ni médire des plus vertueux.
+
+
+37. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Ce jeudi au soir.
+
+Voilà un billet que je vous supplie de vouloir lire, il vous
+instruira de ce que l'on demande de vous. Je n'ai rien à y
+ajouter, sinon que l'homme qu'il l'écrit [sic] est un des hommes
+du monde que j'aime autant, et qu'ainsi c'est une des plus grandes
+obligations que je vous puisse avoir, que de lui accorder ce qu'il
+souhaite pour son ami. Je viens d'arriver de Fresnes, où j'ai été
+deux jours en solitude avec Madame du Plessis; en ces deux
+jours-là nous avons parlé de vous deux ou trois mille fois; il est
+inutile de vous dire comment nous en avons parlé, vous le devinez
+aisément. Nous y avons lu les maximes de M. de La Rochefoucauld.
+Ha, Madame! quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans
+le coeur pour être capable d'imaginer tout cela! J'en suis si
+épouvantée que je vous assure que, si les plaisanteries étaient
+des choses sérieuses, de telles maximes gâteraient plus ses
+affaires que tous les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous.
+
+
+38. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.
+
+
+Vous me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me
+montriez pas vos maximes. Mme du Plessis m'a donné une curiosité
+étrange de les voir, et c'est justement parce qu'elles sont
+honnêtes et raisonnables que j'en ai envie, et qu'elles me
+persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si
+persuadées de la corruption générale que l'est M. de La
+Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille grâces de ce que vous
+avez fait pour ce gentilhomme. Je vous en irai encore remercier
+moi-même, et je me servirai toujours avec plaisir des prétextes
+que je trouverai pour avoir l'honneur de vous voir; et si vous
+trouviez autant de plaisir avec moi que j'en trouve avec vous, je
+troublerais souvent votre solitude.
+
+
+III. Lettres concernant la publication de la Ière édition des
+maximes.
+
+
+39. Lettre de La Rochefoucauld au Père Thomas Esprit. 6 février
+1664.
+
+
+6 février.
+
+Vous me permettrez de vous dire que l'on fait un peu plus de bruit
+de ces maximes qu'on ne devrait et qu'elles ne méritent. Je ne
+sais si on y a ajouté ou changé quelque chose comme on a accoutumé
+de faire. Mais si elles sont comme je les ai vues, je crois qu'on
+les pourrait soutenir sans grand péril, au moins si on peut être
+bien fondé à soutenir un ramas de diverses pensées à qui on n'a
+point encore donné d'ordre, ni de commencement ni de fin. Il peut
+y avoir même quelques expressions trop générales que l'on aurait
+adoucies si on avait cru que ce qui devait demeurer secret entre
+un de vos parents et un de vos amis eût été rendu public. Mais
+comme le dessein de l'un et de l'autre a été de prouver que la
+vertu des anciens philosophes païens, dont ils ont fait tant de
+bruit, a été établie sur de faux fondements, et que l'homme, tout
+persuadé qu'il est de son mérite, n'a en soi que des apparences
+trompeuses de vertu dont il éblouit les autres et dont souvent il
+se trompe lui-même lorsque la foi ne s'en mêle point, il me
+semble, dis-je, que l'on n'a pu trop exagérer les misères et les
+contrariétés du coeur humain pour humilier l'orgueil ridicule dont
+il est rempli, et lui faire voir le besoin qu'il a en toutes
+choses d'être soutenu et redressé par le christianisme. Il me
+semble que les maximes dont est question tendent assez à cela et
+qu'elles ne sont pas criminelles, puisque leur but est d'attaquer
+l'orgueil, qui, à ce que j'ai oui dire, n'est pas nécessaire à
+salut. Je demeure donc d'accord que c'est un malheur qu'elles
+aient paru sans être achevées et sans l'ordre qu'elles devaient
+avoir. Mais on aurait trop d'affaires sur les bras à la fois, de
+se plaindre de ceux qui ont tort là-dessus. Nous discuterons à la
+première vue s'il est vrai ou non que les vices entrent souvent
+dans la composition de quelques vertus, comme les poisons entrent
+dans la composition des plus grands remèdes de la médecine. Quand
+je dis nous, j'entends parler de l'homme qui croit ne devoir qu'à
+lui seul ce qu'il a de bon, comme faisaient les grands hommes de
+l'antiquité, et comme cela je crois qu'il y avait de l'orgueil, de
+l'injustice et mille autres ingrédients dans la magnanimité et la
+libéralité d'Alexandre et de beaucoup d'autres; que dans la vertu
+de Caton il y avait de la rudesse, et beaucoup d'envie et de haine
+contre César; que dans la clémence d'Auguste pour Cinna il y eut
+un désir d'éprouver un remède nouveau, une lassitude de répandre
+inutilement tant de sang, et une crainte des événements à quoi on
+a plutôt fait de donner le nom de vertu que de faire l'anatomie de
+tous les replis du coeur. Je ne prétends pas de vous en dire
+davantage, ni faire ici un manifeste. Vous en direz ce que vous
+jugerez à propos à Mme de Liancourt et à Mme du Plessis. Si vous
+voulez aussi que M Bernard fasse voir ce que je vous mande à
+M. de la Chapelle, qui demeure chez M. le Premier Président, vous
+m'épargnerez la peine de le récrire pour lui envoyer. Je vous
+donne le bonsoir et suis entièrement à vous. Je n'écrirai pas
+Mme de Liancourt pour ne la tourmenter pas de cette affaire.
+
+
+40. Lettre de La Rochefoucauld au Père René Rapin. 12 juillet
+1664.
+
+
+Ce n'est pas assez pour moi de tout ce que nous dîmes hier, il me
+vient à tous moments des scrupules et on ne saurait jamais avoir
+trop de délicatesse pour un ami du prix de Mr. de la Chapelle.
+C'est pourquoi, mon Très Révérend Père, je vous supplie très
+humblement de vous mettre précisément en ma place et de vouloir
+être mon directeur pour tout ce que je dois à notre ami avec
+autant d'exactitude que vous en avez pour les consciences. N'ayez,
+s'il vous plaît, aucun égard à l'intérêt des maximes et ne songez
+qu'à ne me laisser manquer à rien vers l'homme du monde à qui je
+veux le moins manquer. Je vous demande pardon de la liberté que je
+prends, mais Mr. de la Chapelle en est cause en toutes manières et
+il m'a tellement assuré que j'ai quelque part en l'honneur de vos
+bonnes grâces que j'espère que vous m'accorderez celle que je
+viens de vous demander et de me croire à vous avec toute l'estime
+et le respect imaginables.
+
+La Rochefoucauld
+
+À Paris, le 12 de juillet.
+
+Je ne veux pas même écrire à M. de La Chapelle afin que ce soit
+vous seul qui me répondiez de ses sentiments.
+
+Encore une fois, mon Très Révérend Père, comptez, s'il vous plaît,
+les maximes pour rien, et croyez que j'aime mille fois mieux
+qu'elles ne parussent jamais que de faire la moindre peine à ceux
+qui en ont pris la protection.
+
+
+41. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé. 1664.
+
+
+Je vous envoie cette manière de préface pour les maximes; mais
+comme je la dois rendre dans deux heures, je vous supplie très
+humblement, Madame, de me la renvoyer par le même laquais qui vous
+porte ce billet. Je vous demande aussi de me dire ce que vous en
+trouvez.
+
+Ce samedi.
+
+
+42. Lettre de Mme de Sablé à La Rochefoucauld. 18 février 1665.
+
+
+Je vous envoie ce que j'ai pu tirer de ma tête pour mettre dans le
+Journal. J'y ai mis cet endroit qui vous est si sensible, afin que
+cela vous fasse surmonter la mauvaise honte qui vous fit donner au
+public la préface sans y rien retrancher, et je n'ai pas craint de
+le mettre, parce que je suis assurée que vous ne le ferez pas
+imprimer quand même le reste vous plairait. Je vous assure aussi
+que je vous serai plus obligée si vous en usez comme d'une chose
+qui serait à vous, en le corrigeant ou en le jetant au feu, que si
+vous lui faisiez un honneur qu'il ne mérite pas. Nous autres
+grands auteurs sommes trop riches pour craindre de perdre de nos
+productions. Mandez-moi ce qu'il vous semble de ce _dictum_.
+
+Le 18e février 1665.
+
+«C'est un traité des mouvements du coeur de l'homme, qu'on peut
+dire lui avoir été comme inconnus jusques à cette heure. Un
+seigneur, aussi grand en esprit qu'en naissance, en est l'auteur;
+mais ni sa grandeur ni son esprit n'ont pu empêcher qu'on n'en ait
+fait des jugements bien différents.
+
+Les uns croient que c'est outrager les hommes que d'en faire une
+si terrible peinture, et que l'auteur n'en a pu prendre l'original
+qu'en lui-même; ils disent qu'il est dangereux de mettre de telles
+pensées au jour, et qu'ayant si bien montré qu'on ne fait jamais
+de bonnes actions que par de mauvais principes, on ne se mettra
+plus en peine de chercher la vertu, puisqu'il est impossible de
+l'avoir, si ce n'est en idée.
+
+Les autres au contraire trouvent ce traité fort utile parce qu'il
+découvre les fausses idées que les hommes ont d'eux-mêmes, et leur
+fait voir que sans la religion ils sont incapables de faire aucun
+bien; qu'il est bon de se connaître tel qu'on est, quand même il
+n'y aurait que cet avantage de n'être point trompé dans la
+connaissance qu'on peut avoir de soi-même.
+
+Quoi qu'il en soit, il y a tant d'esprit dans cet ouvrage, et une
+si grande pénétration pour connaître le véritable état de l'homme,
+à ne regarder que sa nature, que toutes les personnes de bon sens
+y trouveront une infinité de choses qu'ils auraient peut-être
+ignorées toute leur vie si cet auteur ne les avait tirées du chaos
+du coeur de l'homme pour les mettre dans un jour où quasi tout le
+monde peut les voir et les comprendre sans peine.»
+
+
+IV. Lettres concernant la rédaction des maximes (3e, 4e et 5e
+éditions)
+
+
+43. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Sablé, 1667.
+
+
+«Les passions ne sont que les divers goûts de l'amour-propre.»
+
+«La fortune nous corrige plus souvent que la raison.»
+
+«L'extrême ennui sert à nous désennuyer.»
+
+«On loue et on blâme la plupart des choses parce que c'est la mode
+de les louer ou de les blâmer.»
+
+«Ce n'est d'ordinaire que dans de petits intérêts où nous
+consentons de ne point croire aux apparences.»
+
+«Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de
+nouveau.»
+
+
+44. Maximes adressées par La Rochefoucauld à Mme de Rohan, abbesse
+de Malnoue. Période 1671-1674.
+
+
+19 L'accent du pays, où l'on est né demeure dans l'esprit et dans
+le coeur, comme dans le langage. (Max. 342.)
+
+Pour être grand'homme, il faut savoir profiter de toute sa
+fortune. (Max. 343, var.)
+
+20 La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propriétés
+cachées, que le hasard fait découvrir. (Max. 344.)
+
+30 Les occasions nous font connaître aux autres, et encore plus à
+nous-mêmes. (Max. 345.)
+
+Il ne peut y avoir de règle dans l'esprit, ni dans le coeur, des
+femmes, si le tempérament n'en est d'accord. (Max. 346.)
+
+31 Nous ne trouvons guère de gens de bon sens que ceux qui sont de
+notre avis. (Max. 347.)
+
+Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus. (Max.
+348.)
+
+Le plus grand miracle de l'amour, c'est de guérir de la
+coquetterie. (Max. 349.)
+
+Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des
+finesses, c'est qu'ils croient être plus habiles que nous. (Max.
+350.)
+
+On a bien de la peine à rompre quand on ne s'aime plus. (Max.
+351.)
+
+37 On s'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est
+pas permis de s'ennuyer. (Max. 352.)
+
+Un honnête homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas
+comme un sot. (Max. 353.)
+
+35 Il y a de certains défauts qui, bien mis en oeuvre, brillent
+plus que la vertu même. (Max. 354.)
+
+On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en
+est affligé, et d'autres dont on est affligé quelque temps et
+qu'on ne regrette guère. (Max. 355, var.)
+
+32 On ne loue, d'ordinaire, de bon coeur que ceux qui nous
+admirent. (Max. 356, var.)
+
+34 Les petits esprits sont trop blessés des petites choses; les
+grands esprits les voient toutes, et n'en sont pas blessés. (Max.
+357.)
+
+L'humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes; sans
+elle nous conservons tous nos défauts, et ils sont généralement
+couverts par l'orgueil, qui les cache aux autres, et souvent à
+nous-mêmes. (Max. 358, var.)
+
+26 Les infidélités devraient éteindre l'amour, et il ne faudrait
+point être jaloux de ce qui donne sujet de l'être. Il n'y a que
+les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient
+dignes qu'on en ait pour elles. (Max. 359, var.)
+
+On se décrie beaucoup plus auprès de nous par les moindres
+infidélités qu'on nous fait que par les plus grandes qu'on fait
+aux autres. (Max. 360.)
+
+27 La jalousie naît toujours avec l'amour, mais elle ne meurt pas
+toujours avec lui. (Max. 361.)
+
+22 La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs
+amants pour les avoir aimés que pour paraître plus dignes d'être
+aimées. (Max. 362.)
+
+38 Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine
+que celles que nous nous faisons à nous-mêmes. (Max. 363.)
+
+29 On sait assez qu'il ne faut guère parler de sa femme; mais on
+ne sait pas assez qu'on devrait encore moins parler de soi. (Max.
+364.)
+
+Il y a de bonnes qualités qui dégénèrent en défauts quand elles
+sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites quand
+elles sont acquises. La raison doit nous rendre ménagers de notre
+bien, et difficiles à tromper, et il faut que la nature nous fasse
+naître vaillants, et sincères. (Max. 365, var.)
+
+Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous
+parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux
+autres. (Max. 366.)
+
+39 Il n'est jamais plus difficile de bien parler que lorsqu'on ne
+parle que de peur de se taire.
+
+23 Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur
+métier. (Max. 367.)
+
+21 La plupart des honnêtes femmes sont des trésors cachés, qui ne
+sont en sûreté que parce qu'on ne les cherche pas. (Max. 368.)
+
+Les violences qu'on se fait pour s'empêcher d'aimer sont souvent
+plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime. (Max. 369.)
+
+Il n'y a guère de poltrons qui connaissent toujours toute leur
+peur. (Max. 370.)
+
+28 C'est presque toujours la faute de celui qui aime, de ne pas
+connaître quand on cesse de l'aimer. (Max. 371.)
+
+On craint toujours de voir ce qu'on aime quand on vient de faire
+des coquetteries ailleurs. (MS 73, n 372 de la 4e éd.)
+
+Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-mêmes,
+après avoir trompé les autres. (Max. 373.)
+
+24 Si on croit aimer sa maîtresse pour l'amour d'elle, on est bien
+trompé. (Max. 374.)
+
+40 On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les
+avouer. (MS 74, n 375 de la 4e éd.)
+
+L'envie est détruite par la véritable amitié, et la coquetterie
+par le véritable amour. (Max. 376.)
+
+41 Le plus grand défaut de la pénétration n'est pas de n'aller
+point jusqu'au bout, c'est de le passer. (Max. 377.)
+
+42 On donne des conseils, mais on n'inspire point de conduite
+(Max. 378.)
+
+43 Quand notre mérite baisse, notre goût baisse aussi. (Max. 379.)
+
+44 La fortune fait paraître nos vertus et nos vices comme la
+lumière fait paraître les objets. (Max. 380.)
+
+25 La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime
+ne vaut guère mieux qu'une infidélité. (Max. 381.)
+
+45 Nos actions sont comme les bouts-rimés, que chacun fait
+rapporter à ce qu'il lui plaît. (Max. 382.)
+
+L'envie de parler de nous, et de faire voir nos défauts du côté
+que nous les voulons bien montrer, fait une grande partie de notre
+sincérité. (Max. 383, var.)
+
+On ne devrait s'étonner que de pouvoir encore s'étonner. (Max.
+384.)
+
+On est presque également difficile à contenter quand on a beaucoup
+d'amour, et quand on n'en a plus guère. (Max. 385.)
+
+
+45. Réponse de Mme de Rohan à l'envoi précédent.
+
+
+Je vous renvoie vos maximes, Monsieur, en vous rendant mille et
+mille grâces très humbles. Je ne les louerai point comme elles
+méritent d'être louées, parce que je les trouve trop au-dessus de
+mes louanges. Elles ont un sens si juste et si délicat, quoiqu'il
+soit quelquefois un peu détourné, qu'il ne faudrait pas moins de
+délicatesse pour vous dire ce qu'on en pense qu'il vous en a fallu
+pour les faire. Vous avez une lumière si vive pour pénétrer le
+coeur de tous les hommes qu'il semble qu'il n'appartienne qu'à
+vous de donner un jugement équitable sur le mérite ou le démérite
+de tous ses mouvements, avec cette différence pourtant qu'il me
+semble, Monsieur, que vous avez encore mieux pénétré celui des
+hommes que celui des femmes; car je ne puis, malgré la déférence
+que j'ai pour vos lumières, m'empêcher de m'opposer un peu à ce
+que vous dites, que leur tempérament fait toute leur vertu,
+puisqu'il faudrait conclure de là que leur raison leur serait
+entièrement inutile. Et quand même il serait vrai qu'elles eussent
+quelquefois les passions plus vives que les hommes, l'expérience
+fait assez voir qu'elles savent les surmonter contre leur
+tempérament, de sorte que, quand nous consentirons que vous
+mettiez de l'égalité entre les deux sexes, nous ne vous ferons pas
+d'injustice pour nous faire grâce. Il est même bien plus ordinaire
+aux femmes de s'opposer à leur tempérament qu'aux hommes,
+lorsqu'elles l'ont mauvais, parce que la bienséance et la honte
+les y forceraient quand même leur vertu et leur raison ne les y
+obligeraient pas. Voici les trois de vos maximes que j'aime le
+mieux et qui m'ont le plus charmée:
+
+1. Il ne faudrait point être jaloux quand on nous donne sujet de
+l'être il n'y a que les personnes qui évitent de donner de la
+jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles.
+
+2. La fortune fait paraître nos vertus et nos vices comme la
+lumière fait paraître les objets.
+
+3. La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime
+ne vaut guère mieux qu'une infidélité.
+
+Je vous avoue, Monsieur, que, quoique vos maximes soient très
+belles, ces trois-là me paraissent incomparables et qu'on ne sait
+à qui donner le prix, ou au sens ou à l'expression. Mais comme
+vous m'avez engagée à vous parler franchement, trouvez bon que je
+vous dise que je n'entends pas bien votre première maxime où vous
+dites: «L'accent du pays où on est né demeure dans l'esprit, et
+dans le coeur, comme dans le langage.» Je crois que cela est fort
+bien et fort juste; mais je ne connais point ces accents qui
+demeurent dans l'esprit et dans le coeur. Je crois que c'est ma
+faute de ne les entendre ni de ne les pas sentir, et cette maxime
+me fait connaître ce que vous dites dans la quatrième, que les
+occasions nous font connaître aux autres et à nous-mêmes.
+
+Cette autre maxime où vous dites que l'on perd quelquefois des
+personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est affligé, et d'autres
+dont on est affligé quelque temps et qu'on ne regrette guère,
+n'est pas à mon usage; car la mesure de ma douleur serait toujours
+la mesure de mon regret, et j'ai grand peine à comprendre que je
+puisse séparer ces deux choses, parce que ce qui aurait mérité mon
+attachement mériterait également et mon regret et mes larmes et ma
+douleur.
+
+La maxime sur l'humilité me paraît encore parfaitement belle, mais
+j'ai été bien surprise de trouver là l'humilité. Je vous avoue que
+je l'y attendais si peu qu'encore qu'elle soit si fort de ma
+connaissance depuis longtemps, j'ai eu toutes les peines du monde
+à la reconnaître au milieu de tout ce qui la précède et qui la
+suit. C'est assurément pour faire pratiquer cette vertu aux
+personnes de notre sexe que vous faites des maximes où leur
+amour-propre est si peu flatté. J'en serais bien humiliée en mon
+particulier, si je ne me disais à moi-même ce que je vous ai déjà
+dit dans ce billet, que vous jugez encore mieux du coeur des
+hommes que de celui des dames, et que peut-être vous ne savez pas
+vous-même le véritable motif qui vous les fait moins estimer. Si
+vous en aviez toujours rencontré dont le tempérament eût été
+soumis à la vertu, et les sens moins forts que la raison, vous
+penseriez mieux que vous ne faites d'un certain nombre qui se
+distingue toujours de la multitude, et il me semble que Mme de La
+Fayette et moi méritons bien que vous ayez un peu meilleure
+opinion du sexe en général. Vous ne ferez que nous rendre ce que
+nous faisons en votre faveur, puisque malgré les défauts d'un
+million d'hommes nous rendons justice à votre mérite particulier,
+et que vous seul nous faites croire tout ce qu'on peut dire de
+plus avantageux pour votre sexe. Etc.
+
+
+46. Réponse de La Rochefoucauld à la lettre précédente
+
+
+Quelque déférence que j'aie à tout ce qui vient de vous, je vous
+assure, Madame, que je ne crois pas que les maximes méritent
+l'honneur que vous leur faites. Je me défie beaucoup de celles que
+vous n'entendez pas, et c'est signe que je ne les ai pas entendues
+moi-même. J'aurai l'honneur de vous en dire ce que j'en ai pensé,
+dans un jour ou deux, et de vous assurer que personne du monde,
+sans exception, ne vous estime et ne vous respecte tant que moi.
+Etc.
+
+
+47. Lettre de La Rochefoucauld à Mme de Sablé 2 août 1675.
+
+
+Je vous envoie, Madame, les maximes que vous voulez avoir. Je n'en
+ai pas assez bonne opinion pour croire que vous les demandiez par
+une autre raison que par cette politesse qu'on ne trouve plus que
+chez vous. Je sais bien que le bon sens et le bon esprit convient
+à tous les âges, mais les goûts n'y conviennent pas toujours et ce
+qui sied bien en un temps ne sied pas bien en un autre. C'est ce
+qui me fait croire que peu de gens savent être vieux. Je vous
+supplie très humblement de me mander ce qu'il faut changer à ce
+que je vous envoie. Mme de Fontevrault m'a promis de m'avertir
+quand elle irait chez vous. Je me suis tellement paré devant elle
+de l'honneur que vous me faites de m'aimer qu'elle en a bonne
+opinion de moi. Ne détruisez pas votre ouvrage, et laissez-lui
+croire là-dessus tout ce qui flatte le plus ma vanité.
+
+Ce 2e d'août.
+
+1. La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit. (Max.
+421.)
+
+2. L'amour nous fait faire des fautes comme les autres passions,
+mais il nous en fait faire de plus ridicules. (Max. 422. var.)
+
+3. Peu de gens savent être vieux. (Max. 423.)
+
+4. La pénétration a un air de prophétie qui flatte plus notre
+vanité que toutes les autres qualités de l'esprit. (Max. 425,
+var.)
+
+5. La plupart des amis dégoûtent de l'amitié, et la plupart des
+dévots dégoûtent de la dévotion. (Max. 427.)
+
+6. Il y a plus de vieux fous que de jeunes. (Max. 444, var.)
+
+7. Il est plus aisé de connaître tous les hommes en général que de
+connaître un homme en particulier. (Max. 436, var.)
+
+8. On ne doit pas juger du mérite d'un homme par ses grandes
+qualités, mais par l'usage qu'il en sait faire. (Max. 437.)
+
+9. Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touchées de
+l'amitié, c'est qu'elle est fade quand on a senti de l'amour.
+(Max. 440.)
+
+10. Les femmes qui aiment pardonnent plus aisément les grandes
+indiscrétions que les petites infidélités. (Max. 429.)
+
+11. Ce qui nous empêche d'être naturels, c'est l'envie de le
+paraître. (Max. 431. var)
+
+12. C'est en quelque sorte se donner part aux belles actions que
+de les louer de bon coeur. (Max. 432.)
+
+13. La plus véritable marque d'être né avec de grandes qualités,
+c'est d'être né sans envie. (Max. 433.)
+
+14. La faiblesse est plus opposée à la vertu que le vice. (Max.
+445.)
+
+15. Ce qui fait que la honte et la jalousie sont les plus grands
+de tous les maux, c'est que la vanité ne nous aide pas à les
+supporter. (Max. 446. var.)
+
+
+48. Réponse de Mme de Sablé à la lettre précédente
+
+
+C'est votre complaisance, plutôt que la mienne, qui vous oblige à
+me faire part de vos maximes, parce que je n'en suis pas digne. Je
+vous dirai pourtant, Monsieur, comme si je ne disais rien, qu'il
+me semble que dans la Ière maxime, il faudrait expliquer quelle sorte
+de confiance, parce que celle qui n'est fondée que sur la bonne opinion
+que l'on a de soi-même est différente de la sûreté que l'on prend avec
+les personnes à qui l'on parle;
+
+la 4e est merveilleuse, et il n'y a rien de mieux pénétré;
+
+sur la 8e, il n'y a point de vraies grandes qualités si on ne les
+met en usage;
+
+sur la 10e, il n'y a rien de mieux trouvé;
+
+la IIe est bien vraie, car le naturel ne se trouve point où il y a
+de l'affectation;
+
+la 12e, il n'y a rien de si beau ni de si vrai;
+
+la 13e est très belle;
+
+la 14e est bien vraie, car le vice se peut corriger par l'étude de
+la vertu et la faiblesse est du tempérament, qui ne se peut quasi
+jamais changer;
+
+sur la cinquième, quand les amitiés ne sont point fondées sur la
+vertu, il y a tant de choses qui les détruisent que l'on a quasi
+toujours des sujets de s'en lasser.
+
+
+V. Lettre relatant un entretien de la Rochefoucauld avec le
+chevalier de Méré.
+
+
+49. Lettre du chevalier de Méré à Madame la duchesse de***. Date
+inconnue.
+
+
+Vous voulez que je vous écrive, Madame; et vous me l'avez commandé
+de si bonne grâce et si galamment que je n'ai pu vous le refuser.
+Mais ce qui m'a engagé à vous le promettre me devrait empêcher de
+vous le tenir. Car je vois par là que vous êtes si délicate en
+agrément qu'il faut qu'une chose, pour être à votre goût, soit
+excellente et d'un prix bien rare. Aussi, Madame, je ne vous écris
+pas tant par l'espérance de vous plaire que par la crainte de vous
+désobéir. Et peut-être qu'il serait encore de plus mauvais air de
+vous manquer de parole que de ne vous rien dire d'agréable. Quoi
+qu'il en soit, vous me donnez le moyen de me sauver de l'un et de
+l'autre, en m'ordonnant de vous rapporter la conversation que
+j'eus avant-hier avec M. de La Rochefoucauld; car il parla presque
+toujours, et vous savez comme il s'en acquitte. Nous étions dans
+un coin de chambre tête à tête à nous entretenir sincèrement de
+tout ce qui nous venait dans l'esprit. Nous lisions de temps en
+temps quelques rondeaux, où l'adresse et la délicatesse s'étaient
+épuisées. «Mon Dieu! me dit-il, que le monde juge mal de ces
+sortes de beautés! Et ne m'avouerez-vous pas que nous sommes dans
+un temps où l'on ne se doit pas trop mêler d'écrire?» Je lui
+répondis que j'en demeurais d'accord, et que je ne voyais point
+d'autre raison de cette injustice, si ce n'est que la plupart de
+ces juges n'ont ni goût ni esprit. «Ce n'est pas tant cela, ce me
+semble, reprit-il, que je ne sais quoi d'envieux et de malin qui
+fait mal prendre ce qu'on écrit de meilleur.--Ne vous l'imaginez
+pas, je vous prie, lui répartis-je, et soyez assuré qu'il est
+impossible de connaître le prix d'une chose excellente sans
+l'aimer, ni sans être favorable à celui qui l'a faite. Et comment
+peut-on mieux témoigner qu'on est stupide et sans goût que d'être
+insensible aux charmes de l'esprit?--J'ai remarqué, reprit-il,
+les défauts de l'esprit et du coeur de la plupart du monde, et
+ceux qui ne me connaissent que par là pensent que j'ai tous ces
+défauts, comme si j'avais fait mon portrait. C'est une chose
+étrange que mes actions et mon procédé ne les en désabusent pas.
+--Vous me faites souvenir, lui dis-je, de cet admirable génie qui
+laissa tant de beaux ouvrages, tant de chefs-d'oeuvre d'esprit et
+d'invention, comme une vive lumière dont les uns furent éclairés
+et la plupart éblouis. Mais parce qu'il était persuadé qu'on n'est
+heureux que par le plaisir, ni malheureux que par la douleur, ce
+qui me semble, à le bien examiner, plus clair que le jour, on l'a
+regardé comme l'auteur de la plus infâme et de la plus honteuse
+débauche, si bien que la pureté de ses moeurs ne le put exempter
+de cette horrible calomnie.--Je serais assez de son avis, me
+dit-il, et je crois qu'on pourrait faire une maxime que la vertu
+mal entendue n'est guère moins incommode que le vice bien ménagé.
+--Ha Monsieur! m'écriai-je, il s'en faut bien garder, ces termes
+sont si scandaleux qu'ils feraient condamner la chose du monde la
+plus honnête et la plus sainte.--Aussi n'usé-je de ces mots, me
+dit-il, que pour m'accommoder au langage de certaines gens qui
+donnent souvent le nom de vice à la vertu, et celui de vertu au
+vice; et parce que tout le monde veut être heureux, et que c'est
+le but où tendent toutes les actions de la vie, j'admire que ce
+qu'ils appellent vice soit ordinairement doux et commode, et que
+la vertu mal entendue soit âpre et pesante. Je ne m'étonne pas que
+ce grand homme ait eu tant d'ennemis; la véritable vertu se confie
+en elle-même; elle se montre sans artifice et d'un air simple et
+naturel, comme celle de Socrate. Mais les faux honnêtes gens aussi
+bien que les faux dévots ne cherchent que l'apparence, et je crois
+que dans la morale Sénèque était un hypocrite et qu'Épicure était
+un saint. Je ne vois rien de si beau que la noblesse du coeur et
+la hauteur de l'esprit; c'est de là que procède la parfaite
+honnêteté, que je mets au-dessus de tout, et qui me semble à
+préférer pour l'heur de la vie à la possession d'un royaume. Ainsi
+j'aime la vraie vertu comme je hais le vrai vice. Mais selon mon
+sens, pour être effectivement vertueux, au moins pour l'être de
+bonne grâce, il faut savoir pratiquer les bienséances, juger
+sainement de tout et donner l'avantage aux excellentes choses
+par-dessus celles qui ne sont que médiocres. La règle à mon gré la
+plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection,
+c'est d'observer si elle sied bien à toutes sortes d'égards; et
+rien ne me paraît de si mauvaise grâce que d'être un sot ou une
+sotte, et de se laisser empiéter aux préventions. Nous devons
+quelque chose aux coutumes des lieux où nous vivons pour ne pas
+choquer la révérence publique quoique ces coutumes soient
+mauvaises; mais nous ne leur devons que de l'apparence il faut les
+en payer, et se bien garder de les approuver dans son coeur de
+peur d'offenser la raison universelle qui les condamne. Et puis,
+comme une vérité ne va jamais seule, il arrive aussi qu'une erreur
+en attire beaucoup d'autres. Sur ce principe qu'on doit souhaiter
+d'être heureux, les honneurs, la beauté, la valeur, l'esprit, les
+richesses et la vertu même, tout cela n'est à désirer que pour se
+rendre la vie agréable. Il est à remarquer qu'on ne voit rien de
+pur ni de sincère, qu'il y a du bien et du mal en toutes les
+choses de la vie, qu'il faut les prendre et les dispenser à notre
+usage, que le bonheur de l'un serait souvent le malheur de
+l'autre, et que la vertu fuit l'excès comme le défaut. Peut-être
+qu'Aristide l'Athénien et Socrate n'étaient que trop vertueux, et
+qu'Alcibiade et Phédon ne l'étaient pas assez; mais je ne sais si
+pour vivre content, et comme un honnête homme du monde, il ne
+vaudrait pas mieux être Alcibiade et Phédon qu'Aristide ou
+Socrate. Quantité de choses sont nécessaires pour être heureux,
+mais une seule suffit pour être à plaindre; et ce sont les
+plaisirs de l'esprit et du corps qui rendent la vie douce et
+plaisante, comme les douleurs de l'un et de l'autre la font
+trouver dure et fâcheuse. Le plus heureux homme du monde n'a
+jamais tous ces plaisirs à souhait. Les plus grands de l'esprit,
+autant que j'en puis juger, c'est la véritable gloire et les
+belles connaissances; et je prends garde que ces gens-là ne les
+ont que bien peu, qui s'attachent beaucoup aux plaisirs du corps.
+Je trouve aussi que ces plaisirs sensuels sont grossiers, sujets
+au dégoût et pas trop à rechercher, à moins que ceux de l'esprit
+ne s'y mêlent. Le plus sensible est celui de l'amour, mais il
+passe bien vite si l'esprit n'est de la partie. Et comme les
+plaisirs de l'esprit surpassent de bien loin ceux du corps, il me
+semble aussi que les extrêmes douleurs corporelles sont beaucoup
+plus insupportables que celles de l'esprit. Je vois de plus que ce
+qui sert d'un côté nuit d'un autre; que le plaisir fait souvent
+naître la douleur comme la douleur cause le plaisir, et que notre
+félicité dépend assez de la fortune et plus encore de notre
+conduite.» Je l'écoutais doucement quand on vint nous interrompre,
+et j'étais presque d'accord de tout ce qu'il disait. Si vous me
+voulez croire, Madame, vous goûterez les raisons d'un si
+parfaitement honnête homme, et vous ne serez pas dupe de la fausse
+honnêteté.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Réflexions ou sentences et maximes
+morales, by François de La Rochefoucauld
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RÉFLEXIONS ***
+
+***** This file should be named 14913-8.txt or 14913-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
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+
+This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
+is available at http://www.ebooksgratuits.com in Word format,
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+will be renamed.
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
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+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
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+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
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+used on or associated in any way with an electronic work by people who
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
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+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
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+ address specified in Section 4, "Information about donations to
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+
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+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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+ License. You must require such a user to return or
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+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
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+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
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+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+The Project Gutenberg EBook of R\'e9flexions ou sentences et maximes morales
+\par by Fran\'e7ois de La Rochefoucauld
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+\par This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+\par almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+\par re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+\par with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+\par Title: R\'e9flexions ou sentences et maximes morales
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+\par Author: Fran\'e7ois de La Rochefoucauld
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+\par Release Date: }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 March 6}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 , 2005 [EBook #14913]
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+\par Language: French
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+\par Character set encoding: ISO-8859-1
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+\par *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK R\'c9FLEXIONS ***
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+\par This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
+\par is available at http://www.ebooksgratuits.com in Word format,
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+2 Maximes fournies par des lettres}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744836 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380033003600000000}}}{\fldrslt {101}}}}}{
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+3 Maximes fournies par l'\'e9dition hollandaise de 1664}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744837 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380033003700000000}}
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+4 Maximes fournies par le suppl\'e9ment de l'\'e9dition de 1693}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744838 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380033003800000000}}
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+5 Maximes fournies par des t\'e9moignages de contemporains}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744839 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380033003900000000}}
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+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800340031000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul I. Du vrai}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744841 \\h }{\fs20 {\*\datafield
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+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744842"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800340032000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul II. De la soci\'e9t
+\'e9}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744842 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003200000000}}}{\fldrslt {109}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+III. De l'air et des mani\'e8res}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744843 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003300000000}}}{\fldrslt {112}}}}}{
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+IV. De la conversation}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744844 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003400000000}}}{\fldrslt {115}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+VI. De l'amour et de la mer}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744846 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003600000000}}}{\fldrslt {119}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+VIII. De l'incertitude de la jalousie}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744848 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003800000000}}}{\fldrslt {120}}}}}{
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+IX. De l'amour et de la vie}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744849 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380034003900000000}}}{\fldrslt {121}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744850 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003000000000}}}{\fldrslt {122}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+XI. Du rapport des hommes avec les animaux}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744851 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003100000000}}}{\fldrslt {124}}}}}{
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+XII. De l'origine des maladies}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744852 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003200000000}}}{\fldrslt {126}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744853 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003300000000}}}{\fldrslt {127}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+les de la nature et de la fortune}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744854 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003400000000}}}{\fldrslt {129}}}}}{
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+XV. Des coquettes et des vieillards}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744855 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003500000000}}}{\fldrslt {132}}}}}{
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+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744856"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800350036000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul XVI. De la diff\'e9
+rence des esprits}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744856 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003600000000}}}{\fldrslt {134}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744857"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800350037000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul
+XVII. De l'inconstance}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744857 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003700000000}}}{\fldrslt {138}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744858 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003800000000}}}{\fldrslt {139}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+nements de ce si\'e8cle}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744859 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380035003900000000}}}{\fldrslt {141}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+\'e9nements de ce si\'e8cle}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744860 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380036003000000000}}}{\fldrslt {150}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380036003600000000}}}{\fldrslt {160}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+\'e9flexions ou sentences et maximes morales}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744868 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380036003800000000}}}{\fldrslt {161}}}}}{
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+Manuscrit de Liancourt}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744870 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003000000000}}}{\fldrslt {235}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+Sentences et maximes de morale par M.\~D. L. R. 1663 (B.N., Collection Smith-Lesouef, ms. 90)}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744872 \\h }{\fs20 {\*\datafield
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+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744873"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800370033000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul Manuscrit \'e9dit\'e9
+ par \'c9douard de Barth\'e9lemy}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744873 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003300000000}}}{\fldrslt {328}}}}}{
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+ PAGEREF _Toc97744874 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003400000000}}}{\fldrslt {357}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744875"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800370035000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul 1 Variantes se rapportant a des maximes de l'\'e9dition de 1678.}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744875 \\h }{
+\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003500000000}}}{\fldrslt {357}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744876"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003800370036000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul
+2 Variantes se rapportant \'e0 des maximes supprim\'e9es}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744876 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003600000000}}
+}{\fldrslt {378}}}}}{\f0\fs24\cf0
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+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400380037003700000000}}}{\fldrslt {383}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744878"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
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+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744917"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900310037000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 38. Lettre de Mme\~de\~La Fayette \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744917 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390031003700000000}}}{\fldrslt {\lang1024 413}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744918"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900310038000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul III. Lettres concernant la publication de la I\'e8re \'e9dition des maximes}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc977449
+18 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390031003800000000}}}{\fldrslt {414}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s22\qj\fi567\li482\sb60\sa60\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9060\adjustright \f40\fs28\cf9\lang1036\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744919"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024
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+{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744919 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390031003900000000}}}{\fldrslt {\lang1024 414}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744920"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320030000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 40. Lettre de La Rochefoucauld au P\'e8re Ren\'e9 Rapin. 12 juillet 1664.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744920 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003000000000}}}{\fldrslt {\lang1024 415}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744921"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320031000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 41. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1664.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744921 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003100000000}}}{\fldrslt {\lang1024 416}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744922"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320032000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 42. Lettre de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 La Rochefoucauld. 18 f\'e9vrier 1665.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744922 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003200000000}}}{\fldrslt {\lang1024 416}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744923"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320033000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul IV. Lettres concernant la r\'e9daction des maximes (3e, 4e et 5e \'e9ditions)}{\tab }{\field{\*\fldinst {
+ PAGEREF _Toc97744923 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003300000000}}}{\fldrslt {418}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s22\qj\fi567\li482\sb60\sa60\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9060\adjustright \f40\fs28\cf9\lang1036\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744924"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320034000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 43. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9, 1667.}{\lang1024 \tab }
+{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744924 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003400000000}}}{\fldrslt {\lang1024 418}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744925"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320035000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 44. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Rohan, abbesse de Malnoue. P\'e9riode 1671-1674.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744925 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003500000000}}}{\fldrslt {\lang1024 419}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744926"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320036000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 45. R\'e9ponse de Mme\~de\~Rohan \'e0 l\rquote envoi pr\'e9c\'e9dent.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744926 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003600000000}}}{\fldrslt {\lang1024 423}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744927"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320037000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 46. R\'e9ponse de La Rochefoucauld \'e0 la lettre pr\'e9c\'e9dente}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744927 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003700000000}}}{\fldrslt {\lang1024 425}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744928"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320038000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 47. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9 2 ao\'fbt 1675.}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744928 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003800000000}}}{\fldrslt {\lang1024 426}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744929"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900320039000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 48. R\'e9ponse de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 la lettre pr\'e9c\'e9dente}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744929 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390032003900000000}}}{\fldrslt {\lang1024 428}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744930"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900330030000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul V. Lettre relatant un entretien de la Rochefoucauld avec le chevalier de M\'e9r\'e9}{\tab }{\field{\*\fldinst {
+ PAGEREF _Toc97744930 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390033003000000000}}}{\fldrslt {429}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s22\qj\fi567\li482\sb60\sa60\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9060\adjustright \f40\fs28\cf9\lang1036\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744931"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003900330031000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 49. Lettre du chevalier de M\'e9r\'e9 \'e0 Madame la duchesse de***. Date inconnue.}{\lang1024
+\tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744931 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400390033003100000000}}}{\fldrslt {\lang1024 429}}}}}{
+\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid }}\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744829}R\'e9flexions morales{\*\bkmkend _Toc97744829}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {{\*\bkmkstart BM1}Nos vertus ne sont, le plus souvent, que de vices d\'e9guis\'e9s.
+\par
+\par 1
+\par
+\par Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers int\'e9r\'eats, que la fortune ou notre industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours par valeur et par chastet\'e9 que
+ les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes.
+\par
+\par 2
+\par
+\par L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
+\par
+\par 3
+\par
+\par Quelque d\'e9couverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.
+\par
+\par 4
+\par
+\par L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
+\par
+\par 5
+\par
+\par La dur\'e9e de nos passions ne d\'e9pend pas plus de nous que la dur\'e9e de notre vie.
+\par
+\par 6
+\par
+\par La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.
+\par
+\par 7
+\par
+\par Ces grandes et \'e9clatantes actions qui \'e9blouissent les yeux {\*\bkmkstart BM2}{\*\bkmkend BM1}sont repr\'e9sent\'e9
+es par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte \'e0 l'ambition qu'ils avaient de se rendre ma\'eetres du monde, n'
+\'e9tait peut-\'eatre qu'un effet de jalousie.
+\par
+\par 8
+\par
+\par Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les r\'e8gles sont infaillibles; et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que le plus \'e9loquent qui n'en a point.
+\par
+\par 9
+\par
+\par Les passions ont une injustice et un propre int\'e9r\'eat qui fait qu'il est dangereux de les suivre, et qu'on s'en doit d\'e9fier lors m\'eame qu'elles paraissent les plus raisonnables.
+\par
+\par 10
+\par
+\par Il y a dans le c\'9cur humain une g\'e9n\'e9ration perp\'e9tuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'\'e9tablissement d'une autre.
+\par
+\par 11
+\par
+\par Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avarice produit quelquefois la prodigalit\'e9, et la prodigalit\'e9 l'avarice; on est souvent ferme par faiblesse, et audacieux par timidit\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM3}{\*\bkmkend BM2}12
+\par
+\par Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences de pi\'e9t\'e9 et d'honneur, elles paraissent toujours au travers de ces voiles.
+\par
+\par 13
+\par
+\par Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos go\'fbts que de nos opinions.
+\par
+\par 14
+\par
+\par Les hommes ne sont pas seulement sujets \'e0 perdre le souvenir des bienfaits et des injures; ils ha\'efssent m\'eame ceux qui les ont oblig\'e9s, et cessent de ha\'efr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application \'e0 r\'e9compenser le bien, et
+\'e0 se venger du mal, leur para\'eet une servitude \'e0 laquelle ils ont peine de se soumettre.
+\par
+\par 15
+\par
+\par La cl\'e9mence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples.
+\par
+\par 16
+\par
+\par Cette cl\'e9mence dont on fait une vertu se pratique tant\'f4t par vanit\'e9, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.
+\par
+\par 17
+\par
+\par La mod\'e9ration des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne \'e0 leur humeur.
+\par
+\par 18
+\par
+\par La mod\'e9ration est une crainte de tomber dans l'envie et {\*\bkmkstart BM4}{\*\bkmkend BM3}dans le m\'e9pris que m\'e9ritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la mod\'e9
+ration des hommes dans leur plus haute \'e9l\'e9vation est un d\'e9sir de para\'eetre plus grands que leur fortune.
+\par
+\par 19
+\par
+\par Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
+\par
+\par 20
+\par
+\par La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans le c\'9cur.
+\par
+\par 21
+\par
+\par Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un m\'e9pris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette constance et ce m\'e9pris sont \'e0 leur esprit ce que le bandeau est \'e0
+ leurs yeux.
+\par
+\par 22
+\par
+\par La philosophie triomphe ais\'e9ment des maux pass\'e9s et des maux \'e0 venir. Mais les maux pr\'e9sents triomphent d'elle.
+\par
+\par 23
+\par
+\par Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par r\'e9solution, mais par stupidit\'e9 et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu'on ne peut s'emp\'eacher de mourir.
+\par
+\par 24
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM5}{\*\bkmkend BM4}Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu'ils ne les soutenaient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur \'e2me, et qu'\'e0 une grande vanit
+\'e9 pr\'e8s les h\'e9ros sont faits comme les autres hommes.
+\par
+\par 25
+\par
+\par Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
+\par
+\par 26
+\par
+\par Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
+\par
+\par 27
+\par
+\par On fait souvent vanit\'e9 des passions m\'eame les plus criminelles; mais l'envie est une passion timide et honteuse que l'on n'ose jamais avouer.
+\par
+\par 28
+\par
+\par La jalousie est en quelque mani\'e8re juste et raisonnable, puisqu'elle ne tend qu'\'e0 conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l'envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.
+\par
+\par 29
+\par
+\par Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de pers\'e9cution et de haine que nos bonnes qualit\'e9s.
+\par
+\par 30
+\par
+\par Nous avons plus de force que de volont\'e9; et c'est souvent pour nous excuser \'e0 nous-m\'eames que nous nous imaginons que {\*\bkmkstart BM6}{\*\bkmkend BM5}les choses sont impossibles.
+\par
+\par 31
+\par
+\par Si nous n'avions point de d\'e9fauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir \'e0 en remarquer dans les autres.
+\par
+\par 32
+\par
+\par La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou elle finit, sit\'f4t qu'on passe du doute \'e0 la certitude.
+\par
+\par 33
+\par
+\par L'orgueil se d\'e9dommage toujours et ne perd rien lors m\'eame qu'il renonce \'e0 la vanit\'e9
+\par
+\par 34
+\par
+\par Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
+\par
+\par 35
+\par
+\par L'orgueil est \'e9gal dans tous les hommes, et il n'y a de diff\'e9rence qu'aux moyens et \'e0 la mani\'e8re de le mettre au jour.
+\par
+\par 36
+\par
+\par Il semble que la nature, qui a si sagement dispos\'e9 les organes de notre corps pour nous rendre heureux; nous ait aussi donn\'e9 l'orgueil pour nous \'e9pargner la douleur de conna\'eetre nos imperfections.
+\par
+\par 37
+\par
+\par L'orgueil a plus de part que la bont\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes; et nous ne {\*\bkmkstart BM7}{\*\bkmkend BM6}les reprenons pas tant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en sommes exempts.
+
+\par
+\par 38
+\par
+\par Nous promettons selon nos esp\'e9rances, et nous tenons selon nos craintes.
+\par
+\par 39
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9.
+\par
+\par 40
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat, qui aveugle les uns, fait la lumi\'e8re des autres.
+\par
+\par 41
+\par
+\par Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes.
+\par
+\par 42
+\par
+\par Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.
+\par
+\par 43
+\par
+\par L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit; et pendant que par son esprit il tend \'e0 un but, son c\'9cur l'entra\'eene insensiblement \'e0 un autre.
+\par
+\par 44
+\par
+\par La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nomm\'e9es; elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.
+\par
+\par 45
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM8}{\*\bkmkend BM7}Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.
+\par
+\par 46
+\par
+\par L'attachement ou l'indiff\'e9rence que les philosophes avaient pour la vie n'\'e9tait qu'un go\'fbt de leur amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que du go\'fbt de la langue ou du choix des couleurs.
+\par
+\par 47
+\par
+\par Notre humeur met le prix \'e0 tout ce qui nous vient de la fortune.
+\par
+\par 48
+\par
+\par La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt et non pas dans les choses; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non par avoir ce que les autres trouvent aimable.
+\par
+\par 49
+\par
+\par On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.
+\par
+\par 50
+\par
+\par Ceux qui croient avoir du m\'e9rite se font un honneur d'\'eatre malheureux, pour persuader aux autres et \'e0 eux-m\'eames qu'ils sont dignes d'\'eatre en butte \'e0 la fortune.
+\par
+\par 51
+\par
+\par Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-m\'eames, que de voir que nous d\'e9sapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autre.
+\par
+\par 52
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM9}{\*\bkmkend BM8}Quelque diff\'e9rence qui paraisse entre les fortunes, il y a n\'e9anmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend \'e9gales.
+\par
+\par 53
+\par
+\par Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle seule, mais la fortune avec elle qui fait les h\'e9ros.
+\par
+\par 54
+\par
+\par Le m\'e9pris des richesses \'e9tait dans les philosophes un d\'e9sir cach\'e9 de venger leur m\'e9rite de l'injustice de la fortune par le m\'e9pris des m\'eames biens dont elle les privait; c'\'e9
+tait un secret pour se garantir de l'avilissement de la pauvret\'e9; c'\'e9tait un chemin d\'e9tourn\'e9 pour aller \'e0 la consid\'e9ration qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.
+\par
+\par 55
+\par
+\par La haine pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le d\'e9pit de ne la pas poss\'e9der se console et s'adoucit par le m\'e9pris que l'on t\'e9moigne de ceux qui la poss\'e8dent; et nous leur refusons nos hommages, ne pouvant pas leur
+\'f4ter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
+\par
+\par 56
+\par
+\par Pour s'\'e9tablir dans le monde, on fait tout ce que l'on peut pour y para\'eetre \'e9tabli.
+\par
+\par 57
+\par
+\par Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM10}{\*\bkmkend BM9}58
+\par
+\par Il semble que nos actions aient des \'e9toiles heureuses ou malheureuses \'e0 qui elles doivent une grande partie de la louange et du bl\'e2me qu'on leur donne.
+\par
+\par 59
+\par
+\par Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner \'e0 leur pr\'e9judice.
+\par
+\par 60
+\par
+\par La fortune tourne tout \'e0 l'avantage de ceux qu'elle favorise.
+\par
+\par 61
+\par
+\par Le bonheur et le malheur des hommes ne d\'e9pend pas moins de leur humeur que de la fortune.
+\par
+\par 62
+\par
+\par La sinc\'e9rit\'e9 est une ouverture de c\'9cur. On la trouve en fort peu de gens; et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.
+\par
+\par 63
+\par
+\par L'aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nos t\'e9moignages consid\'e9rables, et d'attirer \'e0 nos paroles un respect de religion.
+\par
+\par 64
+\par
+\par La v\'e9rit\'e9 ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM11}{\*\bkmkend BM10}65
+\par
+\par Il n'y a point d'\'e9loges qu'on ne donne \'e0 la prudence. Cependant elle ne saurait nous assurer du moindre \'e9v\'e9nement.
+\par
+\par 66
+\par
+\par Un habile homme doit r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidit\'e9 le trouble souvent en nous faisant courir \'e0 tant de choses \'e0 la fois que, pour d\'e9
+sirer trop les moins importantes, on manque les plus consid\'e9rables.
+\par
+\par 67
+\par
+\par La bonne gr\'e2ce est au corps ce que le bon sens est \'e0 l'esprit.
+\par
+\par 68
+\par
+\par Il est difficile de d\'e9finir l'amour. Ce qu'on en peut dire est que dans l'\'e2me c'est une passion de r\'e9gner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cach\'e9e et d\'e9licate de poss\'e9der ce que l'on aime apr
+\'e8s beaucoup de myst\'e8res.
+\par
+\par 69
+\par
+\par S'il y a un amour pur et exempt du m\'e9lange de nos autres passions, c'est celui qui est cach\'e9 au fond du c\'9cur, et que nous ignorons nous-m\'eames.
+\par
+\par 70
+\par
+\par Il n'y a point de d\'e9guisement qui puisse longtemps cacher l'amour o\'f9 il est, ni le feindre o\'f9 il n'est pas.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM12}{\*\bkmkend BM11}71
+\par
+\par Il n'y a gu\'e8re de gens qui ne soient honteux de s'\'eatre aim\'e9s quand ils ne s'aiment plus.
+\par
+\par 72
+\par
+\par Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus \'e0 la haine qu'\'e0 l'amiti\'e9.
+\par
+\par 73
+\par
+\par On peut trouver des femmes qui n'ont jamais eu de galanterie; mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais eu qu'une.
+\par
+\par 74
+\par
+\par Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille diff\'e9rentes copies.
+\par
+\par 75
+\par
+\par L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel; et il cesse de vivre d\'e8s qu'il cesse d'esp\'e9rer ou de craindre.
+\par
+\par 76
+\par
+\par Il est du v\'e9ritable amour comme de l'apparition des esprits: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
+\par
+\par 77
+\par
+\par L'amour pr\'eate son nom \'e0 un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, et o\'f9 il n'a non plus de part que le Doge \'e0 ce qui se fait \'e0 Venise.
+\par
+\par 78
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM13}{\*\bkmkend BM12}L'amour de la justice n'est en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l'injustice.
+\par
+\par 79
+\par
+\par Le silence est le parti le plus s\'fbr de celui qui se d\'e9fie de soi-m\'eame.
+\par
+\par 80
+\par
+\par Ce qui nous rend si changeants dans nos amiti\'e9s, c'est qu'il est difficile de conna\'eetre les qualit\'e9s de l'\'e2me, et facile de conna\'eetre celles de l'esprit.
+\par
+\par 81
+\par
+\par Nous ne pouvons rien aimer que par rapport \'e0 nous, et nous ne faisons que suivre notre go\'fbt et notre plaisir quand nous pr\'e9f\'e9rons nos amis \'e0 nous-m\'eames; c'est n\'e9anmoins par cette pr\'e9f\'e9rence seule que l'amiti\'e9 peut \'ea
+tre vraie et parfaite.
+\par
+\par 82
+\par
+\par La r\'e9conciliation avec nos ennemis n'est qu'un d\'e9sir de rendre notre condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais \'e9v\'e9nement.
+\par
+\par 83
+\par
+\par Ce que les hommes ont nomm\'e9 amiti\'e9 n'est qu'une soci\'e9t\'e9, qu'un m\'e9nagement r\'e9ciproque d'int\'e9r\'eats, et qu'un \'e9change de bons offices; ce n'est enfin qu'un commerce o\'f9 l'amour-propre se propose toujours quelque chose \'e0 gagner.
+
+\par
+\par 84
+\par
+\par Il est plus honteux de se d\'e9fier de ses amis que d'en \'eatre {\*\bkmkstart BM14}{\*\bkmkend BM13}tromp\'e9.
+\par
+\par 85
+\par
+\par Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous; et n\'e9anmoins c'est l'int\'e9r\'eat seul qui produit notre amiti\'e9. Nous ne nous donnons pas \'e0
+ eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.
+\par
+\par 86
+\par
+\par Notre d\'e9fiance justifie la tromperie d'autrui.
+\par
+\par 87
+\par
+\par Les hommes ne vivraient pas longtemps en soci\'e9t\'e9 s'ils n'\'e9taient les dupes les uns des autres.
+\par
+\par 88
+\par
+\par L'amour-propre nous augmente ou nous diminue les bonnes qualit\'e9s de nos amis \'e0 proportion de la satisfaction que nous avons d'eux; et nous jugeons de leur m\'e9rite par la mani\'e8re dont ils vivent avec nous.
+\par
+\par 89
+\par
+\par Tout le monde se plaint de sa m\'e9moire, et personne ne se plaint de son jugement.
+\par
+\par 90
+\par
+\par Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos d\'e9fauts que par nos bonnes qualit\'e9s.
+\par
+\par 91
+\par
+\par La plus grande ambition n'en a pas la moindre apparence {\*\bkmkstart BM15}{\*\bkmkend BM14}lorsqu'elle se rencontre dans une impossibilit\'e9 absolue d'arriver o\'f9 elle aspire.
+\par
+\par 92
+\par
+\par D\'e9tromper un homme pr\'e9occup\'e9 de son m\'e9rite est lui rendre un aussi mauvais office que celui que l'on rendit \'e0 ce fou d'Ath\'e8nes, qui croyait que tous les vaisseaux qui arrivaient dans le port \'e9taient \'e0 lui.
+\par
+\par 93
+\par
+\par Les vieillards aiment \'e0 donner de bons pr\'e9ceptes, pour se consoler de n'\'eatre plus en \'e9tat de donner de mauvais exemples.
+\par
+\par 94
+\par
+\par Les grands noms abaissent, au lieu d'\'e9lever, ceux qui ne les savent pas soutenir.
+\par
+\par 95
+\par
+\par La marque d'un m\'e9rite extraordinaire est de voir que ceux qui l'envient le plus sont contraints de le louer.
+\par
+\par 96
+\par
+\par Tel homme est ingrat, qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien.
+\par
+\par 97
+\par
+\par On s'est tromp\'e9 lorsqu'on a cru que l'esprit et le jugement \'e9taient deux choses diff\'e9rentes. Le jugement n'est que la grandeur de la lumi\'e8re de l'esprit; cette lumi\'e8re p\'e9n\'e8
+tre le fond des choses; elle y remarque tout ce qu'il faut remarquer et aper\'e7oit celles qui semblent imperceptibles. {\*\bkmkstart BM16}{\*\bkmkend BM15}Ainsi il faut demeurer d'accord que c'est l'\'e9tendue de la lumi\'e8
+re de l'esprit qui produit tous les effets qu'on attribue au jugement.
+\par
+\par 98
+\par
+\par Chacun dit du bien de son c\'9cur, et personne n'en ose dire de son esprit.
+\par
+\par 99
+\par
+\par La politesse de l'esprit consiste \'e0 penser des choses honn\'eates et d\'e9licates.
+\par
+\par 100
+\par
+\par La galanterie de l'esprit est de dire des choses flatteuses d'une mani\'e8re agr\'e9able.
+\par
+\par 101
+\par
+\par Il arrive souvent que des choses se pr\'e9sentent plus achev\'e9es \'e0 notre esprit qu'il ne les pourrait faire avec beaucoup d'art.
+\par
+\par 102
+\par
+\par L'esprit est toujours la dupe du c\'9cur.
+\par
+\par 103
+\par
+\par Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur c\'9cur.
+\par
+\par 104
+\par
+\par Les hommes et les affaires ont leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s pour en bien juger, et d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est \'e9loign\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM17}{\*\bkmkend BM16}105
+\par
+\par Celui-l\'e0 n'est pas raisonnable \'e0 qui le hasard fait trouver la raison, mais celui qui la conna\'eet, qui la discerne, et qui la go\'fbte.
+\par
+\par 106
+\par
+\par Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le d\'e9tail; et comme il est presque infini, nos connaissances sont toujours superficielles et imparfaites.
+\par
+\par 107
+\par
+\par C'est une esp\'e8ce de coquetterie de faire remarquer qu'on n'en fait jamais.
+\par
+\par 108
+\par
+\par L'esprit ne saurait jouer longtemps le personnage du c\'9cur.
+\par
+\par 109
+\par
+\par La jeunesse change ses go\'fbts par l'ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l'accoutumance.
+\par
+\par 110
+\par
+\par On ne donne rien si lib\'e9ralement que ses conseils.
+\par
+\par 111
+\par
+\par Plus on aime une ma\'eetresse, et plus on est pr\'e8s de la ha\'efr.
+\par
+\par 112
+\par
+\par Les d\'e9fauts de l'esprit augmentent en vieillissant comme ceux du visage.
+\par
+\par 113
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM18}{\*\bkmkend BM17}Il y a de bons mariages, mais il n'y en a point de d\'e9licieux.
+\par
+\par 114
+\par
+\par On ne se peut consoler d'\'eatre tromp\'e9 par ses ennemis, et trahi par ses amis; et l'on est souvent satisfait de l'\'eatre par soi-m\'eame.
+\par
+\par 115
+\par
+\par Il est aussi facile de se tromper soi-m\'eame sans s'en apercevoir qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aper\'e7oivent.
+\par
+\par 116
+\par
+\par Rien n'est moins sinc\'e8re que la mani\'e8re de demander et de donner des conseils. Celui qui en demande para\'eet avoir une d\'e9f\'e9rence respectueuse pour les sentiments de son ami, bien qu'il ne pense qu'\'e0 lui faire approuver les siens, et \'e0
+ le rendre garant de sa conduite. Et celui qui conseille paye la confiance qu'on lui t\'e9moigne d'un z\'e8le ardent et d\'e9sint\'e9ress\'e9, quoiqu'il ne cherche le plus souvent dans les conseils qu'il donne que son propre int\'e9r\'eat ou sa gloire.
+
+\par
+\par 117
+\par
+\par La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pi\'e8ges que l'on nous tend, et on n'est jamais si ais\'e9ment tromp\'e9 que quand on songe \'e0 tromper les autres.
+\par
+\par 118
+\par
+\par L'intention de ne jamais tromper nous expose \'e0 \'eatre souvent {\*\bkmkstart BM19}{\*\bkmkend BM18}tromp\'e9s.
+\par
+\par 119
+\par
+\par Nous sommes si accoutum\'e9s \'e0 nous d\'e9guiser aux autres qu'enfin nous nous d\'e9guisons \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par 120
+\par
+\par L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un dessein form\'e9 de trahir.
+\par
+\par 121
+\par
+\par On fait souvent du bien pour pouvoir impun\'e9ment faire du mal.
+\par
+\par 122
+\par
+\par Si nous r\'e9sistons \'e0 nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre force.
+\par
+\par 123
+\par
+\par On n'aurait gu\'e8re de plaisir si on ne se flattait jamais.
+\par
+\par 124
+\par
+\par Les plus habiles affectent toute leur vie de bl\'e2mer les finesses pour s'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand int\'e9r\'eat.
+\par
+\par 125
+\par
+\par L'usage ordinaire de la finesse est la marque d'un petit esprit, et il arrive presque toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit, se d\'e9couvre en un autre.
+\par
+\par 126
+\par
+\par Les finesses et les trahisons ne viennent que de manque {\*\bkmkstart BM20}{\*\bkmkend BM19}d'habilet\'e9.
+\par
+\par 127
+\par
+\par Le vrai moyen d'\'eatre tromp\'e9, c'est de se croire plus fin que les autres.
+\par
+\par 128
+\par
+\par La trop grande subtilit\'e9 est une fausse d\'e9licatesse, et la v\'e9ritable d\'e9licatesse est une solide subtilit\'e9.
+\par
+\par 129
+\par
+\par Il suffit quelquefois d'\'eatre grossier pour n'\'eatre pas tromp\'e9 par un habile homme.
+\par
+\par 130
+\par
+\par La faiblesse est le seul d\'e9faut que l'on ne saurait corriger.
+\par
+\par 131
+\par
+\par Le moindre d\'e9faut des femmes qui se sont abandonn\'e9es \'e0 faire l'amour, c'est de faire l'amour.
+\par
+\par 132
+\par
+\par Il est plus ais\'e9 d'\'eatre sage pour les autres que de l'\'eatre pour soi-m\'eame.
+\par
+\par 133
+\par
+\par Les seules bonnes copies sont celles qui nous font voir le ridicule des m\'e9chants originaux.
+\par
+\par 134
+\par
+\par On n'est jamais si ridicule par les qualit\'e9s que l'on a que par celles que l'on affecte d'avoir.
+\par
+\par 135
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM21}{\*\bkmkend BM20}On est quelquefois aussi diff\'e9rent de soi-m\'eame que des autres.
+\par
+\par 136
+\par
+\par Il y a des gens qui n'auraient jamais \'e9t\'e9 amoureux s'ils n'avaient jamais entendu parler de l'amour.
+\par
+\par 137
+\par
+\par On parle peu quand la vanit\'e9 ne fait pas parler.
+\par
+\par 138
+\par
+\par On aime mieux dire du mal de soi-m\'eame que de n'en point parler.
+\par
+\par 139
+\par
+\par Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agr\'e9ables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plut\'f4t \'e0 ce qu'il veut dire qu'\'e0 r\'e9pondre pr\'e9cis\'e9ment \'e0
+ ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au m\'eame temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un \'e9garement pour ce qu'on leur dit, et une pr\'e9
+cipitation pour retourner \'e0 ce qu'ils veulent dire; au lieu de consid\'e9rer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort \'e0 se plaire \'e0 soi-m\'eame, et que bien \'e9couter et bien r\'e9
+pondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
+\par
+\par 140
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM22}{\*\bkmkend BM21}Un homme d'esprit serait souvent bien embarrass\'e9 sans la compagnie des sots.
+\par
+\par 141
+\par
+\par Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer; et nous sommes si glorieux que nous ne voulons pas nous trouver de mauvaise compagnie.
+\par
+\par 142
+\par
+\par Comme c'est le caract\'e8re des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits au contraire ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire.
+\par
+\par 143
+\par
+\par C'est plut\'f4t par l'estime de nos propres sentiments que nous exag\'e9rons les bonnes qualit\'e9s des autres, que par l'estime de leur m\'e9rite; et nous voulons nous attirer des louanges, lorsqu'il semble que nous leur en donnons.
+\par
+\par 144
+\par
+\par On n'aime point \'e0 louer, et on ne loue jamais personne sans int\'e9r\'eat. La louange est une flatterie habile, cach\'e9e, et d\'e9licate, qui satisfait diff\'e9remment celui qui la donne, et celui qui la re\'e7oit. L'un la prend comme une r\'e9
+compense de son m\'e9rite; l'autre la donne pour faire remarquer son \'e9quit\'e9 et son discernement.
+\par
+\par 145
+\par
+\par Nous choisissons souvent des louanges empoisonn\'e9es qui font voir par contrecoup en ceux que nous louons des d\'e9fauts que {\*\bkmkstart BM23}{\*\bkmkend BM22}nous n'osons d\'e9couvrir d'une autre sorte.
+\par
+\par 146
+\par
+\par On ne loue d'ordinaire que pour \'eatre lou\'e9.
+\par
+\par 147
+\par
+\par Peu de gens sont assez sages pour pr\'e9f\'e9rer le bl\'e2me qui leur est utile \'e0 la louange qui les trahit.
+\par
+\par 148
+\par
+\par Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui m\'e9disent.
+\par
+\par 149
+\par
+\par Le refus des louanges est un d\'e9sir d'\'eatre lou\'e9 deux fois.
+\par
+\par 150
+\par
+\par Le d\'e9sir de m\'e9riter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu; et celles que l'on donne \'e0 l'esprit, \'e0 la valeur, et \'e0 la beaut\'e9 contribuent \'e0 les augmenter.
+\par
+\par 151
+\par
+\par Il est plus difficile de s'emp\'eacher d'\'eatre gouvern\'e9 que de gouverner les autres.
+\par
+\par 152
+\par
+\par Si nous ne nous flattions point nous-m\'eames, la flatterie des autres ne nous pourrait nuire.
+\par
+\par 153
+\par
+\par La nature fait le m\'e9rite, et la fortune le met en \'9cuvre.
+\par
+\par 154
+\par
+\par La fortune nous corrige de plusieurs d\'e9fauts que la raison ne saurait corriger.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM24}{\*\bkmkend BM23}155
+\par
+\par Il y a des gens d\'e9go\'fbtants avec du m\'e9rite, et d'autres qui plaisent avec des d\'e9fauts.
+\par
+\par 156
+\par
+\par Il y a des gens dont tout le m\'e9rite consiste \'e0 dire et \'e0 faire des sottises utilement, et qui g\'e2teraient tout s'ils changeaient de conduite.
+\par
+\par 157
+\par
+\par La gloire des grands hommes se doit toujours mesurer aux moyens dont ils se sont servis pour l'acqu\'e9rir.
+\par
+\par 158
+\par
+\par La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notre vanit\'e9.
+\par
+\par 159
+\par
+\par Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s; il en faut avoir l'\'e9conomie.
+\par
+\par 160
+\par
+\par Quelque \'e9clatante que soit une action, elle ne doit pas passer pour grande lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein.
+\par
+\par 161
+\par
+\par Il doit y avoir une certaine proportion entre les actions et les desseins si on en veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire.
+\par
+\par 162
+\par
+\par L'art de savoir bien mettre en \'9cuvre de m\'e9diocres qualit\'e9s {\*\bkmkstart BM25}{\*\bkmkend BM24}d\'e9robe l'estime et donne souvent plus de r\'e9putation que le v\'e9ritable m\'e9rite.
+\par
+\par 163
+\par
+\par Il y a une infinit\'e9 de conduites qui paraissent ridicules, et dont les raisons cach\'e9es sont tr\'e8s sages et tr\'e8s solides.
+\par
+\par 164
+\par
+\par Il est plus facile de para\'eetre digne des emplois qu'on n'a pas que de ceux que l'on exerce.
+\par
+\par 165
+\par
+\par Notre m\'e9rite nous attire l'estime des honn\'eates gens, et notre \'e9toile celle du public.
+\par
+\par 166
+\par
+\par Le monde r\'e9compense plus souvent les apparences du m\'e9rite que le m\'e9rite m\'eame.
+\par
+\par 167
+\par
+\par L'avarice est plus oppos\'e9e \'e0 l'\'e9conomie que la lib\'e9ralit\'e9.
+\par
+\par 168
+\par
+\par L'esp\'e9rance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins \'e0 nous mener \'e0 la fin de la vie par un chemin agr\'e9able.
+\par
+\par 169
+\par
+\par Pendant que la paresse et la timidit\'e9 nous retiennent dans notre devoir, notre vertu en a souvent tout l'honneur.
+\par
+\par 170
+\par
+\par Il est difficile de juger si un proc\'e9d\'e9 net, sinc\'e8re et honn\'eate est un effet de probit\'e9 ou d'habilet\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM26}{\*\bkmkend BM25}171
+\par
+\par Les vertus se perdent dans l'int\'e9r\'eat, comme les fleuves se perdent dans la mer.
+\par
+\par 172
+\par
+\par Si on examine bien les divers effets de l'ennui, on trouvera qu'il fait manquer \'e0 plus de devoirs que l'int\'e9r\'eat.
+\par
+\par 173
+\par
+\par Il y a diverses sortes de curiosit\'e9: l'une d'int\'e9r\'eat, qui nous porte \'e0 d\'e9sirer d'apprendre ce qui nous peut \'eatre utile, et l'autre d'orgueil, qui vient du d\'e9sir de savoir ce que les autres ignorent.
+\par
+\par 174
+\par
+\par Il vaut mieux employer notre esprit \'e0 supporter les infortunes qui nous arrivent qu'\'e0 pr\'e9voir celles qui nous peuvent arriver.
+\par
+\par 175
+\par
+\par La constance en amour est une inconstance perp\'e9tuelle, qui fait que notre c\'9cur s'attache successivement \'e0 toutes les qualit\'e9s de la personne que nous aimons, donnant tant\'f4t la pr\'e9f\'e9rence \'e0 l'une, tant\'f4t \'e0
+ l'autre; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arr\'eat\'e9e et renferm\'e9e dans un m\'eame sujet.
+\par
+\par 176
+\par
+\par Il y a deux sortes de constance en amour: l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime {\*\bkmkstart BM27}{\*\bkmkend BM26}de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de ce que l'on se fait un honneur d'\'eatre constant.
+
+\par
+\par 177
+\par
+\par La pers\'e9v\'e9rance n'est digne ni de bl\'e2me ni de louange, parce qu'elle n'est que la dur\'e9e des go\'fbts et des sentiments, qu'on ne s'\'f4te et qu'on ne se donne point.
+\par
+\par 178
+\par
+\par Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer, que le d\'e9go\'fbt de n'\'eatre pas assez admir\'e9s de ceux qui nous connaissent trop, et l'esp\'e9rance de l'\'ea
+tre davantage de ceux qui ne nous connaissent pas tant.
+\par
+\par 179
+\par
+\par Nous nous plaignons quelquefois l\'e9g\'e8rement de nos amis pour justifier par avance notre l\'e9g\'e8ret\'e9.
+\par
+\par 180
+\par
+\par Notre repentir n'est pas tant un regret du mal que nous avons fait, qu'une crainte de celui qui nous en peut arriver.
+\par
+\par 181
+\par
+\par Il y a une inconstance qui vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit ou de sa faiblesse, qui lui fait recevoir toutes les opinions d'autrui, et il y en a une autre, qui est plus excusable, qui vient du d\'e9go\'fbt des choses.
+\par
+\par 182
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM28}{\*\bkmkend BM27}Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des rem\'e8des. La prudence les assemble et les temp\'e8re, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.
+\par
+\par 183
+\par
+\par Il faut demeurer d'accord \'e0 l'honneur de la vertu que les plus grands malheurs des hommes sont ceux o\'f9 ils tombent par les crimes.
+\par
+\par 184
+\par
+\par Nous avouons nos d\'e9fauts pour r\'e9parer par notre sinc\'e9rit\'e9 le tort qu'ils nous font dans l'esprit des autres.
+\par
+\par 185
+\par
+\par Il y a des h\'e9ros en mal comme en bien.
+\par
+\par 186
+\par
+\par On ne m\'e9prise pas tous ceux qui ont des vices; mais on m\'e9prise tous ceux qui n'ont aucune vertu.
+\par
+\par 187
+\par
+\par Le nom de la vertu sert \'e0 l'int\'e9r\'eat aussi utilement que les vices.
+\par
+\par 188
+\par
+\par La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps; et quoique l'on paraisse \'e9loign\'e9 des passions, on n'est pas moins en danger de s'y laisser emporter que de tomber malade quand on se porte bien.
+\par
+\par 189
+\par
+\par Il semble que la nature ait prescrit \'e0 chaque homme d\'e8s sa {\*\bkmkstart BM29}{\*\bkmkend BM28}naissance des bornes pour les vertus et pour les vices.
+\par
+\par 190
+\par
+\par Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts.
+\par
+\par 191
+\par
+\par On peut dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie comme des h\'f4tes chez qui il faut successivement loger; et je doute que l'exp\'e9rience nous les f\'eet \'e9viter s'il nous \'e9tait permis de faire deux fois le m\'eame chemin.
+\par
+\par 192
+\par
+\par Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la cr\'e9ance que c'est nous qui les quittons.
+\par
+\par 193
+\par
+\par Il y a des rechutes dans les maladies de l'\'e2me, comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour notre gu\'e9rison n'est le plus souvent qu'un rel\'e2che ou un changement de mal.
+\par
+\par 194
+\par
+\par Les d\'e9fauts de l'\'e2me sont comme les blessures du corps: quelque soin qu'on prenne de les gu\'e9rir, la cicatrice para\'eet toujours, et elles sont \'e0 tout moment en danger de se rouvrir.
+\par
+\par 195
+\par
+\par Ce qui nous emp\'eache souvent de nous abandonner \'e0 un seul vice est que nous en avons plusieurs.
+\par
+\par 196
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM30}{\*\bkmkend BM29}Nous oublions ais\'e9ment nos fautes lorsqu'elles ne sont sues que de nous.
+\par
+\par 197
+\par
+\par Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire du mal sans l'avoir vu; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.
+\par
+\par 198
+\par
+\par Nous \'e9levons la gloire des uns pour abaisser celle des autres. Et quelquefois on louerait moins Monsieur le Prince et M.\~de\~Turenne si on ne les voulait point bl\'e2mer tous deux.
+\par
+\par 199
+\par
+\par Le d\'e9sir de para\'eetre habile emp\'eache souvent de le devenir.
+\par
+\par 200
+\par
+\par La vertu n'irait pas si loin si la vanit\'e9 ne lui tenait compagnie.
+\par
+\par 201
+\par
+\par Celui qui croit pouvoir trouver en soi-m\'eame de quoi se passer de tout le monde se trompe fort; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage.
+\par
+\par 202
+\par
+\par Les faux honn\'eates gens sont ceux qui d\'e9guisent leurs d\'e9fauts aux autres et \'e0 eux-m\'eames. Les vrais honn\'eates gens sont ceux qui les connaissent parfaitement et les confessent.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM31}{\*\bkmkend BM30}203
+\par
+\par Le vrai honn\'eate homme est celui qui ne se pique de rien.
+\par
+\par 204
+\par
+\par La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent \'e0 leur beaut\'e9.
+\par
+\par 205
+\par
+\par L'honn\'eatet\'e9 des femmes est souvent l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos.
+\par
+\par 206
+\par
+\par C'est \'eatre v\'e9ritablement honn\'eate homme que de vouloir \'eatre toujours expos\'e9 \'e0 la vue des honn\'eates gens.
+\par
+\par 207
+\par
+\par La folie nous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu'un para\'eet sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionn\'e9es \'e0 son \'e2ge et \'e0 sa fortune.
+\par
+\par 208
+\par
+\par Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient habilement leur niaiserie.
+\par
+\par 209
+\par
+\par Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
+\par
+\par 210
+\par
+\par En vieillissant on devient plus fou, et plus sage.
+\par
+\par 211
+\par
+\par Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, qu'on ne chante qu'un certain temps.
+\par
+\par 212
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM32}{\*\bkmkend BM31}La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils ont, ou par leur fortune.
+\par
+\par 213
+\par
+\par L'amour de la gloire, la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le d\'e9sir de rendre notre vie commode et agr\'e9able, et l'envie d'abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur si c\'e9l\'e8bre parmi les hommes.
+\par
+\par 214
+\par
+\par La valeur est dans les simples soldats un m\'e9tier p\'e9rilleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie.
+\par
+\par 215
+\par
+\par La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont deux extr\'e9mit\'e9s o\'f9 l'on arrive rarement. L'espace qui est entre-deux est vaste, et contient toutes les autres esp\'e8ces de courage: il n'y a pas moins de diff\'e9rence entre elles qu'entr
+e les visages et les humeurs. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se rel\'e2chent et se rebutent ais\'e9ment par sa dur\'e9e. Il y en a qui sont contents quand ils ont satisfait \'e0
+ l'honneur du monde, et qui font fort peu de chose au-del\'e0. On en voit qui ne sont pas toujours \'e9galement ma\'eetres de leur peur. D'autres se laissent quelquefois entra\'eener \'e0 des terreurs g\'e9n\'e9rales. D'autres vont \'e0
+ la charge parce qu'ils n'osent demeurer dans leurs postes. Il s'en trouve \'e0 qui l'habitude des moindres p\'e9rils affermit le courage et les pr\'e9pare \'e0 s'exposer \'e0 de plus grands. Il y en a qui sont braves \'e0 {\*\bkmkstart BM33}
+{\*\bkmkend BM32}coups d'\'e9p\'e9e, et qui craignent les coups de mousquet; d'autres sont assur\'e9s aux coups de mousquet, et appr\'e9hendent de se battre \'e0 coups d'\'e9p\'e9e. Tous ces courages de diff\'e9rentes esp\'e8
+ces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la libert\'e9 de se m\'e9nager. Il y a encore un autre m\'e9nagement plus g\'e9n\'e9ral; car on ne voit
+ point d'homme qui fasse tout ce qu'il serait capable de faire dans une occasion s'il \'e9tait assur\'e9 d'en revenir. De sorte qu'il est visible que la crainte de la mort \'f4te quelque chose de la valeur.
+\par
+\par 216
+\par
+\par La parfaite valeur est de faire sans t\'e9moins ce qu'on serait capable de faire devant tout le monde.
+\par
+\par 217
+\par
+\par L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire de l'\'e2me qui l'\'e9l\'e8ve au-dessus des troubles, des d\'e9sordres et des \'e9motions que la vue des grands p\'e9rils pourrait exciter en elle; et c'est par cette force que les h\'e9
+ros se maintiennent en un \'e9tat paisible, et conservent l'usage libre de leur raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles.
+\par
+\par 218
+\par
+\par L'hypocrisie est un hommage que le vice rend \'e0 la vertu.
+\par
+\par 219
+\par
+\par La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour {\*\bkmkstart BM34}{\*\bkmkend BM33}sauver leur honneur. Mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel ils s\rquote exposent.
+
+\par
+\par 220
+\par
+\par La vanit\'e9, la honte, et surtout le temp\'e9rament, font souvent la valeur des hommes, et la vertu des femmes.
+\par
+\par 221
+\par
+\par On ne veut point perdre la vie, et on veut acqu\'e9rir de la gloire; ce qui fait que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour \'e9viter la mort que les gens de chicane n'en ont pour conserver leur bien.
+\par
+\par 222
+\par
+\par Il n'y a gu\'e8re de personnes qui dans le premier penchant de l'\'e2ge ne fassent conna\'eetre par o\'f9 leur corps et leur esprit doivent d\'e9faillir.
+\par
+\par 223
+\par
+\par Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands: elle entretient le commerce; et nous ne payons pas parce qu'il est juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous pr\'eatent.
+\par
+\par 224
+\par
+\par Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance ne peuvent pas pour cela se flatter d'\'eatre reconnaissants.
+\par
+\par 225
+\par
+\par Ce qui fait le m\'e9compte dans la reconnaissance qu'on attend {\*\bkmkstart BM35}{\*\bkmkend BM34}des gr\'e2ces que l'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui re\'e7oit, ne peuvent convenir du prix du bienfait.
+
+\par
+\par 226
+\par
+\par Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une esp\'e8ce d'ingratitude.
+\par
+\par 227
+\par
+\par Les gens heureux ne se corrigent gu\'e8re; ils croient toujours avoir raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite.
+\par
+\par 228
+\par
+\par L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer.
+\par
+\par 229
+\par
+\par Le bien que nous avons re\'e7u de quelqu'un veut que nous respections le mal qu'il nous fait.
+\par
+\par 230
+\par
+\par Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n'en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par \'e9mulation, et les mauvaises par la malignit\'e9
+ de notre nature que la honte retenait prisonni\'e8re, et que l'exemple met en libert\'e9.
+\par
+\par 231
+\par
+\par C'est une grande folie de vouloir \'eatre sage tout seul.
+\par
+\par 232
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM36}{\*\bkmkend BM35}Quelque pr\'e9texte que nous donnions \'e0 nos afflictions, ce n'est souvent que l'int\'e9r\'eat et la vanit\'e9 qui les causent.
+\par
+\par 233
+\par
+\par Il y a dans les afflictions diverses sortes d'hypocrisie. Dans l'une, sous pr\'e9texte de pleurer la perte d'une personne qui nous est ch\'e8re, nous nous pleurons nous-m\'ea
+mes; nous regrettons la bonne opinion qu'il avait de nous; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre consid\'e9ration. Ainsi les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c'est une esp\'e8
+ce d'hypocrisie, \'e0 cause que dans ces sortes d'afflictions on se trompe soi-m\'eame. Il y a une autre hypocrisie qui n'est pas si innocente, parce qu'elle impose \'e0 tout le monde: c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent \'e0
+ la gloire d'une belle et immortelle douleur. Apr\'e8s que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu'elles avaient en effet, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs
+ soupirs; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent \'e0 persuader par toutes leurs actions que leur d\'e9plaisir ne finira qu'avec leur vie. Cette triste et fatigante vanit\'e9
+ se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui m\'e8nent \'e0 la gloire, elles s'efforcent de se rendre c\'e9l\'e8bres par la montre d'une inconsolable affliction. Il y a encore une autre esp\'e8
+ce de larmes qui n'ont que de {\*\bkmkstart BM37}{\*\bkmkend BM36}petites sources qui coulent et se tarissent facilement: on pleure pour avoir la r\'e9putation d'\'eatre tendre, on pleure pour \'eatre plaint, on pleure pour \'eatre pleur\'e9
+; enfin on pleure pour \'e9viter la honte de ne pleurer pas.
+\par
+\par 234
+\par
+\par C'est plus souvent par orgueil que par d\'e9faut de lumi\'e8res qu'on s'oppose avec tant d'opini\'e2tret\'e9 aux opinions les plus suivies: on trouve les premi\'e8res places prises dans le bon parti, et on ne veut point des derni\'e8res.
+\par
+\par 235
+\par
+\par Nous nous consolons ais\'e9ment des disgr\'e2ces de nos amis lorsqu'elles servent \'e0 signaler notre tendresse pour eux.
+\par
+\par 236
+\par
+\par Il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bont\'e9, et qu'il s'oublie lui-m\'eame lorsque nous travaillons pour l'avantage des autres. Cependant c'est prendre le chemin le plus assur\'e9 pour arriver \'e0 ses fins; c'est pr\'eater \'e0 usure sous pr
+\'e9texte de donner; c'est enfin s'acqu\'e9rir tout le monde par un moyen subtil et d\'e9licat.
+\par
+\par 237
+\par
+\par Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9 de bont\'e9, s'il n'a pas la force d'\'eatre m\'e9chant: toute autre bont\'e9 n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volont\'e9.
+\par
+\par 238
+\par
+\par Il n'est pas si dangereux de faire du mal \'e0 la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM38}{\*\bkmkend BM37}239
+\par
+\par Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parce que nous la regardons comme un effet de notre m\'e9rite, sans consid\'e9rer qu'elle ne vient le plus souvent que de vanit\'e9, ou d'impuissance de garder le secret.
+\par
+\par 240
+\par
+\par On peut dire de l'agr\'e9ment s\'e9par\'e9 de la beaut\'e9 que c'est une sym\'e9trie dont on ne sait point les r\'e8gles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l'air de la personne.
+\par
+\par 241
+\par
+\par La coquetterie est le fond de l'humeur des femmes. Mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par la crainte ou par la raison.
+\par
+\par 242
+\par
+\par On incommode souvent les autres quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder.
+\par
+\par 243
+\par
+\par Il y a peu de choses impossibles d'elles-m\'eames; et l'application pour les faire r\'e9ussir nous manque plus que les moyens.
+\par
+\par {\*\bkmkend BM38}244
+\par
+\par La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix des choses.
+\par
+\par 245
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM39}C'est une grande habilet\'e9 que de savoir cacher son habilet\'e9.
+\par
+\par 246
+\par
+\par Ce qui para\'eet g\'e9n\'e9rosit\'e9 n'est souvent qu'une ambition d\'e9guis\'e9e qui m\'e9prise de petits int\'e9r\'eats, pour aller \'e0 de plus grands.
+\par
+\par 247
+\par
+\par La fid\'e9lit\'e9 qui para\'eet en la plupart des hommes n'est qu'une invention de l'amour-propre pour attirer la confiance. C'est un moyen de nous \'e9lever au-dessus des autres, et de nous rendre d\'e9positaires des choses les plus importantes.
+\par
+\par 248
+\par
+\par La magnanimit\'e9 m\'e9prise tout pour avoir tout.
+\par
+\par 249
+\par
+\par Il n'y a pas moins d'\'e9loquence dans le ton de la voix, dans les yeux et dans l'air de la personne, que dans le choix des paroles.
+\par
+\par 250
+\par
+\par La v\'e9ritable \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut, et \'e0 ne dire que ce qu'il faut.
+\par
+\par 251
+\par
+\par Il y a des personnes \'e0 qui les d\'e9fauts si\'e9ent bien, et d'autres qui sont disgraci\'e9es avec leurs bonnes qualit\'e9s.
+\par
+\par 252
+\par
+\par Il est aussi ordinaire de voir changer les go\'fbts qu'il est {\*\bkmkstart BM40}{\*\bkmkend BM39}extraordinaire de voir changer les inclinations.
+\par
+\par 253
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat met en \'9cuvre toutes sortes de vertus et de vices.
+\par
+\par 254
+\par
+\par L'humilit\'e9 n'est souvent qu'une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'\'e9lever; et bien qu'il se transforme en mille mani\'e8res, il n'est jamais mieux d\'e9guis\'e9
+ et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilit\'e9.
+\par
+\par 255
+\par
+\par Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines qui leur sont propres. Et ce rapport bon ou mauvais, agr\'e9able ou d\'e9sagr\'e9able, est ce qui fait que les personnes plaisent ou d\'e9plaisent.
+\par
+\par 256
+\par
+\par Dans toutes les professions chacun affecte une mine et un ext\'e9rieur pour para\'eetre ce qu'il veut qu'on le croie. Ainsi on peut dire que le monde n'est compos\'e9 que de mines.
+\par
+\par 257
+\par
+\par La gravit\'e9 est un myst\'e8re du corps invent\'e9 pour cacher les d\'e9fauts de l'esprit.
+\par
+\par 258
+\par
+\par Le bon go\'fbt vient plus du jugement que de l'esprit.
+\par
+\par 259
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM41}{\*\bkmkend BM40}Le plaisir de l'amour est d'aimer; et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne.
+\par
+\par 260
+\par
+\par La civilit\'e9 est un d\'e9sir d'en recevoir, et d'\'eatre estim\'e9 poli.
+\par
+\par 261
+\par
+\par L'\'e9ducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu'on leur inspire.
+\par
+\par 262
+\par
+\par Il n'y a point de passion o\'f9 l'amour de soi-m\'eame r\'e8gne si puissamment que dans l'amour; et on est toujours plus dispos\'e9 \'e0 sacrifier le repos de ce qu'on aime qu'\'e0 perdre le sien.
+\par
+\par 263
+\par
+\par Ce qu'on nomme lib\'e9ralit\'e9 n'est le plus souvent que la vanit\'e9 de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.
+\par
+\par 264
+\par
+\par La piti\'e9 est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d'autrui. C'est une habile pr\'e9voyance des malheurs o\'f9 nous pouvons tomber; nous donnons du secours aux autres pour les engager \'e0
+ nous en donner en de semblables occasions; et ces services que nous leur rendons sont \'e0 proprement parler des biens que nous nous faisons \'e0 nous-m\'eames par avance.
+\par
+\par 265
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM42}{\*\bkmkend BM41}La petitesse de l'esprit fait l'opini\'e2tret\'e9; et nous ne croyons pas ais\'e9ment ce qui est au-del\'e0 de ce que nous voyons.
+\par
+\par 266
+\par
+\par C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en \'eatre souvent la ma\'ee
+tresse; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie; elle y d\'e9truit et y consume insensiblement les passions et les vertus.
+\par
+\par 267
+\par
+\par La promptitude \'e0 croire le mal sans l'avoir assez examin\'e9 est un effet de l'orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables; et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.
+\par
+\par 268
+\par
+\par Nous r\'e9cusons des juges pour les plus petits int\'e9r\'eats et nous voulons bien que notre r\'e9putation et notre gloire d\'e9pendent du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur pr\'e9
+occupation, ou par leur peu de lumi\'e8re; et ce n'est que pour les faire prononcer en notre faveur que nous exposons en tant de mani\'e8res notre repos et notre vie.
+\par
+\par 269
+\par
+\par Il n'y a gu\'e8re d'homme assez habile pour conna\'eetre tout le {\*\bkmkstart BM43}{\*\bkmkend BM42}mal qu'il fait.
+\par
+\par 270
+\par
+\par L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir.
+\par
+\par 271
+\par
+\par La jeunesse est une ivresse continuelle: c'est la fi\'e8vre de la raison.
+\par
+\par 272
+\par
+\par Rien ne devrait plus humilier les hommes qui ont m\'e9rit\'e9 de grandes louanges, que le soin qu'ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses.
+\par
+\par 273
+\par
+\par Il y a des gens qu'on approuve dans le monde, qui n'ont pour tout m\'e9rite que les vices qui servent au commerce de la vie.
+\par
+\par 274
+\par
+\par La gr\'e2ce de la nouveaut\'e9 est \'e0 l'amour ce que la fleur est sur les fruits; elle y donne un lustre qui s'efface ais\'e9ment, et qui ne revient jamais.
+\par
+\par 275
+\par
+\par Le bon naturel, qui se vante d'\'eatre si sensible, est souvent \'e9touff\'e9 par le moindre int\'e9r\'eat.
+\par
+\par 276
+\par
+\par L'absence diminue les m\'e9diocres passions, et augmente les grandes, comme le vent \'e9teint les bougies et allume le feu.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM44}{\*\bkmkend BM43}277
+\par
+\par Les femmes croient souvent aimer encore qu'elles n'aiment pas. L'occupation d'une intrigue, l'\'e9motion d'esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d'\'eatre aim\'e9
+es, et la peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie.
+\par
+\par 278
+\par
+\par Ce qui fait que l'on est souvent m\'e9content de ceux qui n\'e9gocient, est qu'ils abandonnent presque toujours l'int\'e9r\'eat de leurs amis pour l'int\'e9r\'eat du succ\'e8s de la n\'e9gociation, qui devient le leur par l'honneur d'avoir r\'e9ussi \'e0
+ ce qu'ils avaient entrepris.
+\par
+\par 279
+\par
+\par Quand nous exag\'e9rons la tendresse que nos amis ont pour nous, c'est souvent moins par reconnaissance que par le d\'e9sir de faire juger de notre m\'e9rite.
+\par
+\par 280
+\par
+\par L'approbation que l'on donne \'e0 ceux qui entrent dans le monde vient souvent de l'envie secr\'e8te que l'on porte \'e0 ceux qui y sont \'e9tablis.
+\par
+\par 281
+\par
+\par L'orgueil qui nous inspire tant d'envie nous sert souvent aussi \'e0 la mod\'e9rer.
+\par
+\par 282
+\par
+\par Il y a des fausset\'e9s d\'e9guis\'e9es qui repr\'e9sentent si bien la {\*\bkmkstart BM45}{\*\bkmkend BM44}v\'e9rit\'e9 que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser tromper.
+\par
+\par 283
+\par
+\par Il n'y a pas quelquefois moins d'habilet\'e9 \'e0 savoir profiter d'un bon conseil qu'\'e0 se bien conseiller soi-m\'eame.
+\par
+\par 284
+\par
+\par Il y a des m\'e9chants qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aucune bont\'e9.
+\par
+\par 285
+\par
+\par La magnanimit\'e9 est assez d\'e9finie par son nom; n\'e9anmoins on pourrait dire que c'est le bon sens de l'orgueil, et la voie la plus noble pour recevoir des louanges.
+\par
+\par 286
+\par
+\par Il est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a v\'e9ritablement cess\'e9 d'aimer.
+\par
+\par 287
+\par
+\par Ce n'est pas tant la fertilit\'e9 de l'esprit qui nous fait trouver plusieurs exp\'e9dients sur une m\'eame affaire, que c'est le d\'e9faut de lumi\'e8re qui nous fait arr\'eater \'e0 tout ce qui se pr\'e9sente \'e0 notre imagination, et qui nous emp\'ea
+che de discerner d'abord ce qui est le meilleur.
+\par
+\par 288
+\par
+\par Il y a des affaires et des maladies que les rem\'e8des aigrissent en certains temps; et la grande habilet\'e9 consiste \'e0 conna\'eetre quand _il est dangereux d'en user.
+\par
+\par 289
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM46}{\*\bkmkend BM45}La simplicit\'e9 affect\'e9e est une imposture d\'e9licate.
+\par
+\par 290
+\par
+\par Il y a plus de d\'e9fauts dans l'humeur que dans l'esprit.
+\par
+\par 291
+\par
+\par Le m\'e9rite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits.
+\par
+\par 292
+\par
+\par On peut dire de l'humeur des hommes, comme de la plupart des b\'e2timents, qu'elle a diverses faces, les unes agr\'e9ables, et les autres d\'e9sagr\'e9ables.
+\par
+\par 293
+\par
+\par La mod\'e9ration ne peut avoir le m\'e9rite de combattre l'ambition et de la soumettre: elles ne se trouvent jamais ensemble. La mod\'e9ration est la langueur et la paresse de l'\'e2me, comme l'ambition en est l'activit\'e9 et l'ardeur.
+\par
+\par 294
+\par
+\par Nous aimons toujours ceux qui nous admirent; et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.
+\par
+\par 295
+\par
+\par Il s'en faut bien que nous ne connaissions toutes nos volont\'e9s.
+\par
+\par 296
+\par
+\par Il est difficile d'aimer ceux que nous n'estimons point; mais il ne l'est pas moins d'aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous.
+\par
+\par 297
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM47}{\*\bkmkend BM46}Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et r\'e9gl\'e9, qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volont\'e9; elles roulent ensemble et exercent successivement un empire s
+ecret en nous: de sorte qu'elles ont une part consid\'e9rable \'e0 toutes nos actions, sans que nous le puissions conna\'eetre.
+\par
+\par 298
+\par
+\par La reconnaissance de la plupart des hommes n'est qu'une secr\'e8te envie de recevoir de plus grands bienfaits.
+\par
+\par 299
+\par
+\par Presque tout le monde prend plaisir \'e0 s'acquitter des petites obligations; beaucoup de gens ont de la reconnaissance pour les m\'e9diocres; mais il n'y a quasi personne qui n'ait de l'ingratitude pour les grandes.
+\par
+\par 300
+\par
+\par Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses.
+\par
+\par 301
+\par
+\par Assez de gens m\'e9prisent le bien, mais peu savent le donner.
+\par
+\par 302
+\par
+\par Ce n'est d'ordinaire que dans de petits int\'e9r\'eats o\'f9 nous prenons le hasard de ne pas croire aux apparences.
+\par
+\par 303
+\par
+\par Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM48}{\*\bkmkend BM47}304
+\par
+\par Nous pardonnons souvent \'e0 ceux qui nous ennuient, mais nous ne pouvons pardonner \'e0 ceux que nous ennuyons.
+\par
+\par 305
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat que l'on accuse de tous nos crimes m\'e9rite souvent d'\'eatre lou\'e9 de nos bonnes actions.
+\par
+\par 306
+\par
+\par On ne trouve gu\'e8re d'ingrats tant qu'on est en \'e9tat de faire du bien.
+\par
+\par 307
+\par
+\par Il est aussi honn\'eate d'\'eatre glorieux avec soi-m\'eame qu'il est ridicule de l'\'eatre avec les autres.
+\par
+\par 308
+\par
+\par On a fait une vertu de la mod\'e9ration pour borner l'ambition des grands hommes, et pour consoler les gens m\'e9diocres de leur peu de fortune, et de leur peu de m\'e9rite.
+\par
+\par 309
+\par
+\par Il y a des gens destin\'e9s \'e0 \'eatre sots, qui ne font pas seulement des sottises par leur choix, mais que la fortune m\'eame contraint d'en faire.
+\par
+\par 310
+\par
+\par Il arrive quelquefois des accidents dans la vie, d'o\'f9 il faut \'eatre un peu fou pour se bien tirer.
+\par
+\par 311
+\par
+\par S'il y a des hommes dont le ridicule n'ait jamais paru, c'est qu'on ne l'a pas bien cherch\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM49}{\*\bkmkend BM48}312
+\par
+\par Ce qui fait que les amants et les ma\'eetresses ne s'ennuient point d'\'eatre ensemble, c'est qu'ils parlent toujours d'eux-m\'eames.
+\par
+\par 313
+\par
+\par Pourquoi faut-il que nous ayons assez de m\'e9moire pour retenir jusqu'aux moindres particularit\'e9s de ce qui nous est arriv\'e9, et que nous n'en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons cont\'e9es \'e0 une m\'eame personne\~?
+
+\par
+\par 314
+\par
+\par L'extr\'eame plaisir que nous prenons \'e0 parler de nous-m\'eames nous doit faire craindre de n'en donner gu\'e8re \'e0 ceux qui nous \'e9coutent.
+\par
+\par 315
+\par
+\par Ce qui nous emp\'eache d'ordinaire de faire voir le fond de notre c\'9cur \'e0 nos amis, n'est pas tant la d\'e9fiance que nous avons d'eux, que celle que nous avons de nous-m\'eames.
+\par
+\par 316
+\par
+\par Les personnes faibles ne peuvent \'eatre sinc\'e8res.
+\par
+\par 317
+\par
+\par Ce n'est pas un grand malheur d'obliger des ingrats, mais c'en est un insupportable d'\'eatre oblig\'e9 \'e0 un malhonn\'eate homme.
+\par
+\par 318
+\par
+\par On trouve des moyens pour gu\'e9rir de la folie, mais on n'en {\*\bkmkstart BM50}{\*\bkmkend BM49}trouve point pour redresser un esprit de travers.
+\par
+\par 319
+\par
+\par On ne saurait conserver longtemps les sentiments qu'on doit avoir pour ses amis et pour ses bienfaiteurs, si on se laisse la libert\'e9 de parler souvent de leurs d\'e9fauts.
+\par
+\par 320
+\par
+\par Louer les princes des vertus qu'ils n'ont pas, c'est leur dire impun\'e9ment des injures.
+\par
+\par 321
+\par
+\par Nous sommes plus pr\'e8s d'aimer ceux qui nous ha\'efssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons.
+\par
+\par 322
+\par
+\par Il n'y a que ceux qui sont m\'e9prisables qui craignent d'\'eatre m\'e9pris\'e9s.
+\par
+\par 323
+\par
+\par Notre sagesse n'est pas moins \'e0 la merci de la fortune que nos biens.
+\par
+\par 324
+\par
+\par Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour.
+\par
+\par 325
+\par
+\par Nous nous consolons souvent par faiblesse des maux dont la raison n'a pas la force de nous consoler.
+\par
+\par 326
+\par
+\par Le ridicule d\'e9shonore plus que le d\'e9shonneur.
+\par
+\par 327
+\par
+\par Nous n'avouons de petits d\'e9fauts que pour persuader que {\*\bkmkstart BM51}{\*\bkmkend BM50}nous n'en avons pas de grands.
+\par
+\par 328
+\par
+\par L'envie est plus irr\'e9conciliable que la haine.
+\par
+\par 329
+\par
+\par On croit quelquefois ha\'efr la flatterie, mais on ne hait que la mani\'e8re de flatter.
+\par
+\par 330
+\par
+\par On pardonne tant que l'on aime.
+\par
+\par 331
+\par
+\par Il est plus difficile d'\'eatre fid\'e8le \'e0 sa ma\'eetresse quand on est heureux que quand on en est maltrait\'e9.
+\par
+\par 332
+\par
+\par Les femmes ne connaissent pas toute leur coquetterie.
+\par
+\par 333
+\par
+\par Les femmes n'ont point de s\'e9v\'e9rit\'e9 compl\'e8te sans aversion.
+\par
+\par 334
+\par
+\par Les femmes peuvent moins surmonter leur coquetterie que leur passion.
+\par
+\par 335
+\par
+\par Dans l'amour la tromperie va presque toujours plus loin que la m\'e9fiance.
+\par
+\par 336
+\par
+\par Il y a une certaine sorte d'amour dont l'exc\'e8s emp\'eache la jalousie.
+\par
+\par 337
+\par
+\par Il est de certaines bonnes qualit\'e9s comme des sens: ceux {\*\bkmkstart BM52}{\*\bkmkend BM51}qui en sont enti\'e8rement priv\'e9s ne les peuvent apercevoir ni les comprendre.
+\par
+\par 338
+\par
+\par Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous ha\'efssons.
+\par
+\par 339
+\par
+\par Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu'\'e0 proportion de notre amour-propre.
+\par
+\par 340
+\par
+\par L'esprit de la plupart des femmes sert plus \'e0 fortifier leur folie que leur raison.
+\par
+\par 341
+\par
+\par Les passions de la jeunesse ne sont gu\'e8re plus oppos\'e9es au salut que la ti\'e9deur des vieilles gens.
+\par
+\par 342
+\par
+\par L'accent du pays o\'f9 l'on est n\'e9 demeure dans l'esprit et dans le c\'9cur, comme dans le langage.
+\par
+\par 343
+\par
+\par Pour \'eatre un grand homme, il faut savoir profiter de toute sa fortune.
+\par
+\par 344
+\par
+\par La plupart des hommes ont comme les plantes des propri\'e9t\'e9s cach\'e9es, que le hasard fait d\'e9couvrir.
+\par
+\par 345
+\par
+\par Les occasions nous font conna\'eetre aux autres, et encore plus \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM53}{\*\bkmkend BM52}346
+\par
+\par Il ne peut y avoir de r\'e8gle dans l'esprit ni dans le c\'9cur des femmes, si le temp\'e9rament n'en est d'accord.
+\par
+\par 347
+\par
+\par Nous ne trouvons gu\'e8re de gens de bon sens, que ceux qui sont de notre avis.
+\par
+\par 348
+\par
+\par Quand on aime, on doute souvent de ce qu'on croit le plus.
+\par
+\par 349
+\par
+\par Le plus grand miracle de l'amour, c'est de gu\'e9rir de la coquetterie.
+\par
+\par 350
+\par
+\par Ce qui nous donne tant d'aigreur contre ceux qui nous font des finesses, c'est qu'ils croient \'eatre plus habiles que nous.
+\par
+\par 351
+\par
+\par On a bien de la peine \'e0 rompre, quand on ne s'aime plus.
+\par
+\par 352
+\par
+\par On s'ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n'est pas permis de s'ennuyer.
+\par
+\par 353
+\par
+\par Un honn\'eate homme peut \'eatre amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot.
+\par
+\par 354
+\par
+\par Il y a de certains d\'e9fauts qui, bien mis en \'9cuvre, {\*\bkmkstart BM54}{\*\bkmkend BM53}brillent plus que la vertu m\'eame.
+\par
+\par 355
+\par
+\par On perd quelquefois des personnes qu'on regrette plus qu'on n'en est afflig\'e9; et d'autres dont on est afflig\'e9, et qu'on ne regrette gu\'e8re.
+\par
+\par 356
+\par
+\par Nous ne louons d'ordinaire de bon c\'9cur que ceux qui nous admirent.
+\par
+\par 357
+\par
+\par Les petits esprits sont trop bless\'e9s des petites choses; les grands esprits les voient toutes, et n'en sont point bless\'e9s.
+\par
+\par 358
+\par
+\par L'humilit\'e9 est la v\'e9ritable preuve des vertus chr\'e9tiennes: sans elle nous conservons tous nos d\'e9fauts, et ils sont seulement couverts par l'orgueil qui les cache aux autres, et souvent \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par 359
+\par
+\par Les infid\'e9lit\'e9s devraient \'e9teindre l'amour, et il ne faudrait point \'eatre jaloux quand on a sujet de l'\'eatre. Il n'y a que les personnes qui \'e9vitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles.
+\par
+\par 360
+\par
+\par On se d\'e9crie beaucoup plus aupr\'e8s de nous par les moindres infid\'e9lit\'e9s qu'on nous fait, que par les plus grandes qu'on fait aux autres.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM55}{\*\bkmkend BM54}361
+\par
+\par La jalousie na\'eet toujours avec l'amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui.
+\par
+\par 362
+\par
+\par La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour les avoir aim\'e9s, que pour para\'eetre plus dignes d'\'eatre aim\'e9es.
+\par
+\par 363
+\par
+\par Les violences qu'on nous fait nous font souvent moins de peine que celles que nous nous faisons \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par 364
+\par
+\par On sait assez qu'il ne faut gu\'e8re parler de sa femme; mais on ne sait pas assez qu'on devrait encore moins parler de soi.
+\par
+\par 365
+\par
+\par Il y a de bonnes qualit\'e9s qui d\'e9g\'e9n\'e8rent en d\'e9fauts quand elles sont naturelles, et d'autres qui ne sont jamais parfaites quand elles sont acquises. Il faut, par exemple, que la raison nous fasse m\'e9
+nagers de notre bien et de notre confiance; et il faut, au contraire, que la nature nous donne la bont\'e9 et la valeur.
+\par
+\par 366
+\par
+\par Quelque d\'e9fiance que nous ayons de la sinc\'e9rit\'e9 de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu'ils nous disent plus vrai qu'aux autres.
+\par
+\par 367
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM56}{\*\bkmkend BM55}Il y a peu d'honn\'eates femmes qui ne soient lasses de leur m\'e9tier.
+\par
+\par 368
+\par
+\par La plupart des honn\'eates femmes sont des tr\'e9sors cach\'e9s, qui ne sont en s\'fbret\'e9 que parce qu'on ne les cherche pas.
+\par
+\par 369
+\par
+\par Les violences qu'on se fait pour s'emp\'eacher d'aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu'on aime.
+\par
+\par 370
+\par
+\par Il n'y a gu\'e8re de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur.
+\par
+\par 371
+\par
+\par C'est presque toujours la faute de celui qui aime de ne pas conna\'eetre quand on cesse de l'aimer.
+\par
+\par 372
+\par
+\par La plupart des jeunes gens croient \'eatre naturels, lorsqu'ils ne sont que mal polis et grossiers.
+\par
+\par 373
+\par
+\par Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-m\'eames apr\'e8s avoir tromp\'e9 les autres.
+\par
+\par 374
+\par
+\par Si on croit aimer sa ma\'eetresse pour l'amour d'elle, on est bien tromp\'e9.
+\par
+\par 375
+\par
+\par Les esprits m\'e9diocres condamnent d'ordinaire tout ce qui passe leur port\'e9e.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM57}{\*\bkmkend BM56}376
+\par
+\par L'envie est d\'e9truite par la v\'e9ritable amiti\'e9, et la coquetterie par le v\'e9ritable amour.
+\par
+\par 377
+\par
+\par Le plus grand d\'e9faut de la p\'e9n\'e9tration n'est pas de n'aller point jusqu'au but, c'est de le passer.
+\par
+\par 378
+\par
+\par On donne des conseils mais on n'inspire point de conduite.
+\par
+\par 379
+\par
+\par Quand notre m\'e9rite baisse, notre go\'fbt baisse aussi.
+\par
+\par 380
+\par
+\par La fortune fait para\'eetre nos vertus et nos vices, comme la lumi\'e8re fait para\'eetre les objets.
+\par
+\par 381
+\par
+\par La violence qu'on se fait pour demeurer fid\'e8le \'e0 ce qu'on aime ne vaut gu\'e8re mieux qu'une infid\'e9lit\'e9.
+\par
+\par 382
+\par
+\par Nos actions sont comme les bouts-rim\'e9s, que chacun fait rapporter \'e0 ce qu'il lui pla\'eet.
+\par
+\par 383
+\par
+\par L'envie de parler de nous, et de faire voir nos d\'e9fauts du c\'f4t\'e9 que nous voulons bien les montrer, fait une grande partie de notre sinc\'e9rit\'e9.
+\par
+\par 384
+\par
+\par On ne devrait s'\'e9tonner que de pouvoir encore s'\'e9tonner.
+\par
+\par 385
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM58}{\*\bkmkend BM57}On est presque \'e9galement difficile \'e0 contenter quand on a beaucoup d'amour et quand on n'en a plus gu\'e8re.
+\par
+\par 386
+\par
+\par Il n'y a point de gens qui aient plus souvent tort que ceux qui ne peuvent souffrir d'en avoir.
+\par
+\par 387
+\par
+\par Un sot n'a pas assez d'\'e9toffe pour \'eatre bon.
+\par
+\par 388
+\par
+\par Si la vanit\'e9 ne renverse pas enti\'e8rement les vertus, du moins elle les \'e9branle toutes.
+\par
+\par 389
+\par
+\par Ce qui nous rend la vanit\'e9 des autres insupportable, c'est qu'elle blesse la n\'f4tre.
+\par
+\par 390
+\par
+\par On renonce plus ais\'e9ment \'e0 son int\'e9r\'eat qu'\'e0 son go\'fbt.
+\par
+\par 391
+\par
+\par La fortune ne para\'eet jamais si aveugle qu'\'e0 ceux \'e0 qui elle ne fait pas de bien.
+\par
+\par 392
+\par
+\par Il faut gouverner la fortune comme la sant\'e9: en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est mauvaise, et ne faire jamais de grands rem\'e8des sans un extr\'eame besoin.
+\par
+\par 393
+\par
+\par L'air bourgeois se perd quelquefois \'e0 l'arm\'e9e; mais il ne se perd jamais \'e0 la cour.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM59}{\*\bkmkend BM58}394
+\par
+\par On peut \'eatre plus fin qu'un autre, mais non pas plus fin que tous les autres.
+\par
+\par 395
+\par
+\par On est quelquefois moins malheureux d'\'eatre tromp\'e9 de ce qu'on aime, que d'en \'eatre d\'e9tromp\'e9.
+\par
+\par 396
+\par
+\par On garde longtemps son premier amant, quand on n'en prend point de second.
+\par
+\par 397
+\par
+\par Nous n'avons pas le courage de dire en g\'e9n\'e9ral que nous n'avons point de d\'e9fauts, et que nos ennemis n'ont point de bonnes qualit\'e9s; mais en d\'e9tail nous ne sommes pas trop \'e9loign\'e9s de le croire.
+\par
+\par 398
+\par
+\par De tous nos d\'e9fauts, celui dont nous demeurons le plus ais\'e9ment d'accord, c'est de la paresse; nous nous persuadons qu'elle tient \'e0 toutes les vertus paisibles et que, sans d\'e9truire enti\'e8
+rement les autres, elle en suspend seulement les fonctions.
+\par
+\par 399
+\par
+\par Il y a une \'e9l\'e9vation qui ne d\'e9pend point de la fortune: c'est un certain air qui nous distingue et qui semble nous destiner aux grandes choses; c'est un prix que nous nous donnons imperceptiblement \'e0 nous-m\'eames; c'est par cette qualit\'e9
+ que nous usurpons les d\'e9f\'e9rences des autres hommes, {\*\bkmkstart BM60}{\*\bkmkend BM59}et c'est elle d'ordinaire qui nous met plus au-dessus d'eux que la naissance, les dignit\'e9s, et le m\'e9rite m\'eame.
+\par
+\par 400
+\par
+\par Il y a du m\'e9rite sans \'e9l\'e9vation, mais il n'y a point d'\'e9l\'e9vation sans quelque m\'e9rite.
+\par
+\par 401
+\par
+\par L'\'e9l\'e9vation est au m\'e9rite ce que la parure est aux belles personnes.
+\par
+\par 402
+\par
+\par Ce qui se trouve le moins dans la galanterie, c'est de l'amour.
+\par
+\par 403
+\par
+\par La fortune se sert quelquefois de nos d\'e9fauts pour nous \'e9lever, et il y a des gens incommodes dont le m\'e9rite serait mal r\'e9compens\'e9 si on ne voulait acheter leur absence.
+\par
+\par 404
+\par
+\par Il semble que la nature ait cach\'e9 dans le fond de notre esprit des talents et une habilet\'e9 que nous ne connaissons pas; les passions seules ont le droit de les mettre au jour, et de nous donner quelquefois des vues plus certaines et plus achev\'e9
+es que l'art ne saurait faire.
+\par
+\par 405
+\par
+\par Nous arrivons tout nouveaux aux divers \'e2ges de la vie, et nous y manquons souvent d'exp\'e9rience malgr\'e9 le nombre des ann\'e9es.
+\par
+\par 406
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM61}{\*\bkmkend BM60}Les coquettes se font honneur d'\'eatre jalouses de leurs amants, pour cacher qu'elles sont envieuses des autres femmes.
+\par
+\par 407
+\par
+\par Il s'en faut bien que ceux qui s'attrapent \'e0 nos finesses ne nous paraissent aussi ridicules que nous nous le paraissons \'e0 nous-m\'eames quand les finesses des autres nous ont attrap\'e9s.
+\par
+\par 408
+\par
+\par Le plus dangereux ridicule des vieilles personnes qui ont \'e9t\'e9 aimables, c'est d'oublier qu'elles ne le sont plus.
+\par
+\par 409
+\par
+\par Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions si le monde voyait tous les motifs qui les produisent.
+\par
+\par 410
+\par
+\par Le plus grand effort de l'amiti\'e9 n'est pas de montrer nos d\'e9fauts \'e0 un ami; c'est de lui faire voir les siens.
+\par
+\par 411
+\par
+\par On n'a gu\'e8re de d\'e9fauts qui ne soient plus pardonnables que les moyens dont on se sert pour les cacher.
+\par
+\par 412
+\par
+\par Quelque honte que nous ayons m\'e9rit\'e9e, il est presque toujours en notre pouvoir de r\'e9tablir notre r\'e9putation.
+\par
+\par 413
+\par
+\par On ne pla\'eet pas longtemps quand on n'a que d'une sorte d'esprit.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM62}{\*\bkmkend BM61}414
+\par
+\par Les fous et les sottes gens ne voient que par leur humeur.
+\par
+\par 415
+\par
+\par L'esprit nous sert quelquefois \'e0 faire hardiment des sottises.
+\par
+\par 416
+\par
+\par La vivacit\'e9 qui augmente en vieillissant ne va pas loin de la folie.
+\par
+\par 417
+\par
+\par En amour celui qui est gu\'e9ri le premier est toujours le mieux gu\'e9ri.
+\par
+\par 418
+\par
+\par Les jeunes femmes qui ne veulent point para\'eetre coquettes, et les hommes d'un \'e2ge avanc\'e9 qui ne veulent pas \'eatre ridicules, ne doivent jamais parler de l'amour comme d'une chose o\'f9 ils puissent avoir part.
+\par
+\par 419
+\par
+\par Nous pouvons para\'eetre grands dans un emploi au-dessous de notre m\'e9rite, mais nous paraissons souvent petits dans un emploi plus grand que nous.
+\par
+\par 420
+\par
+\par Nous croyons souvent avoir de la constance dans les malheurs, lorsque nous n'avons que de l'abattement, et nous les souffrons sans oser les regarder comme les poltrons se laissent tuer de peur de se d\'e9fendre.
+\par
+\par 421
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM63}{\*\bkmkend BM62}La confiance fournit plus \'e0 la conversation que l'esprit.
+\par
+\par 422
+\par
+\par Toutes les passions nous font faire des fautes, mais l'amour nous en fait faire de plus ridicules.
+\par
+\par 423
+\par
+\par Peu de gens savent \'eatre vieux.
+\par
+\par 424
+\par
+\par Nous nous faisons honneur des d\'e9fauts oppos\'e9s \'e0 ceux que nous avons: quand nous sommes faibles, nous nous vantons d'\'eatre opini\'e2tres.
+\par
+\par 425
+\par
+\par La p\'e9n\'e9tration a un air de deviner qui flatte plus notre vanit\'e9 que toutes les autres qualit\'e9s de l'esprit.
+\par
+\par 426
+\par
+\par La gr\'e2ce de la nouveaut\'e9 et la longue habitude, quelque oppos\'e9es qu'elles soient, nous emp\'eachent \'e9galement de sentir les d\'e9fauts de nos amis.
+\par
+\par 427
+\par
+\par La plupart des amis d\'e9go\'fbtent de l'amiti\'e9, et la plupart des d\'e9vots d\'e9go\'fbtent de la d\'e9votion.
+\par
+\par 428
+\par
+\par Nous pardonnons ais\'e9ment \'e0 nos amis les d\'e9fauts qui ne nous regardent pas.
+\par
+\par 429
+\par
+\par Les femmes qui aiment pardonnent plus ais\'e9ment les grandes indiscr\'e9tions que les petites infid\'e9lit\'e9s.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM64}{\*\bkmkend BM63}430
+\par
+\par Dans la vieillesse de l'amour comme dans celle de l'\'e2ge on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
+\par
+\par 431
+\par
+\par Rien n'emp\'eache tant d'\'eatre naturel que l'envie de le para\'eetre.
+\par
+\par 432
+\par
+\par C'est en quelque sorte se donner part aux belles actions, que de les louer de bon c\'9cur.
+\par
+\par 433
+\par
+\par La plus v\'e9ritable marque d'\'eatre n\'e9 avec de grandes qualit\'e9s, c'est d'\'eatre n\'e9 sans envie.
+\par
+\par 434
+\par
+\par Quand nos amis nous ont tromp\'e9s, on ne doit que de l'indiff\'e9rence aux marques de leur amiti\'e9, mais on doit toujours de la sensibilit\'e9 \'e0 leurs malheurs.
+\par
+\par 435
+\par
+\par La fortune et l'humeur gouvernent le monde.
+\par
+\par 436
+\par
+\par Il est plus ais\'e9 de conna\'eetre l'homme en g\'e9n\'e9ral que de conna\'eetre un homme en particulier.
+\par
+\par 437
+\par
+\par On ne doit pas juger du m\'e9rite d'un homme par ses grandes qualit\'e9s, mais par l'usage qu'il en sait faire.
+\par
+\par 438
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM65}{\*\bkmkend BM64}Il y a une certaine reconnaissance vive qui ne nous acquitte pas seulement des bienfaits que nous avons re\'e7us, mais qui fait m\'eame que nos amis nous doivent en leur payant ce que nous leur devons.
+\par
+\par 439
+\par
+\par Nous ne d\'e9sirerions gu\'e8re de choses avec ardeur, si nous connaissions parfaitement ce que nous d\'e9sirons.
+\par
+\par 440
+\par
+\par Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touch\'e9es de l'amiti\'e9, c'est qu'elle est fade quand on a senti de l'amour.
+\par
+\par 441
+\par
+\par Dans l'amiti\'e9 comme dans l'amour on est souvent plus heureux par les choses qu'on ignore que par celles que l'on sait.
+\par
+\par 442
+\par
+\par Nous essayons de nous faire honneur des d\'e9fauts que nous ne voulons pas corriger.
+\par
+\par 443
+\par
+\par Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du rel\'e2che, mais la vanit\'e9 nous agite toujours.
+\par
+\par 444
+\par
+\par Les vieux fous sont plus fous que les jeunes.
+\par
+\par 445
+\par
+\par La faiblesse est plus oppos\'e9e \'e0 la vertu que le vice.
+\par
+\par 446
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM66}{\*\bkmkend BM65}Ce qui rend les douleurs de la honte et de la jalousie si aigu\'ebs, c'est que la vanit\'e9 ne peut servir \'e0 les supporter.
+\par
+\par 447
+\par
+\par La biens\'e9ance est la moindre de toutes les lois, et la plus suivie.
+\par
+\par 448
+\par
+\par Un esprit droit a moins de peine de se soumettre aux esprits de travers que de les conduire.
+\par
+\par 449
+\par
+\par Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant une grande place sans nous y avoir conduits par degr\'e9s, ou sans que nous nous y soyons \'e9lev\'e9s par nos esp\'e9rances, il est presque impossible de s'y bien soutenir, et de para\'ee
+tre digne de l'occuper.
+\par
+\par 450
+\par
+\par Notre orgueil s'augmente souvent de ce que nous retranchons de nos autres d\'e9fauts.
+\par
+\par 451
+\par
+\par Il n'y a point de sots si incommodes que ceux qui ont de l'esprit.
+\par
+\par 452
+\par
+\par Il n'y a point d'homme qui se croie en chacune de ses qualit\'e9s au-dessous de l'homme du monde qu'il estime le plus.
+\par
+\par 453
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM67}{\*\bkmkend BM66}Dans les grandes affaires on doit moins s'appliquer \'e0 faire na\'eetre des occasions qu'\'e0 profiter de celles qui se pr\'e9sentent.
+\par
+\par 454
+\par
+\par Il n'y a gu\'e8re d'occasion o\'f9 l'on f\'eet un m\'e9chant march\'e9 de renoncer au bien qu'on dit de nous, \'e0 condition de n'en dire point de mal.
+\par
+\par 455
+\par
+\par Quelque disposition qu'ait le monde \'e0 mal juger, il fait encore plus souvent gr\'e2ce au faux m\'e9rite qu'il ne fait injustice au v\'e9ritable.
+\par
+\par 456
+\par
+\par On est quelquefois un sot avec de l'esprit, mais on ne l'est jamais avec du jugement.
+\par
+\par 457
+\par
+\par Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d'essayer de para\'eetre ce que nous ne sommes pas.
+\par
+\par 458
+\par
+\par Nos ennemis approchent plus de la v\'e9rit\'e9 dans les jugements qu'ils font de nous que nous n'en approchons nous-m\'eames.
+\par
+\par 459
+\par
+\par Il y a plusieurs rem\'e8des qui gu\'e9rissent de l'amour, mais il n'y en a point d'infaillibles.
+\par
+\par 460
+\par
+\par Il s'en faut bien que nous connaissions tout ce que nos {\*\bkmkstart BM68}{\*\bkmkend BM67}passions nous font faire.
+\par
+\par 461
+\par
+\par La vieillesse est un tyran qui d\'e9fend sur peine de la vie tous les plaisirs de la jeunesse.
+\par
+\par 462
+\par
+\par Le m\'eame orgueil qui nous fait bl\'e2mer les d\'e9fauts dont nous nous croyons exempts, nous porte \'e0 m\'e9priser les bonnes qualit\'e9s que nous n'avons pas.
+\par
+\par 463
+\par
+\par Il y a souvent plus d'orgueil que de bont\'e9 \'e0 plaindre les malheurs de nos ennemis; c'est pour leur faire sentir que nous sommes au-dessus d'eux que nous leur donnons des marques de compassion.
+\par
+\par 464
+\par
+\par Il y a un exc\'e8s de biens et de maux qui passe notre sensibilit\'e9.
+\par
+\par 465
+\par
+\par Il s'en faut bien que l'innocence ne trouve autant de protection que le crime.
+\par
+\par 466
+\par
+\par De toutes les passions violentes, celle qui sied le moins mal aux femmes, c'est l'amour.
+\par
+\par 467
+\par
+\par La vanit\'e9 nous fait faire plus de choses contre notre go\'fbt que la raison.
+\par
+\par 468
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM69}{\*\bkmkend BM68}Il y a de m\'e9chantes qualit\'e9s qui font de grands talents.
+\par
+\par 469
+\par
+\par On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que par raison.
+\par
+\par 470
+\par
+\par Toutes nos qualit\'e9s sont incertaines et douteuses en bien comme en mal, et elles sont presque toutes \'e0 la merci des occasions.
+\par
+\par 471
+\par
+\par Dans les premi\'e8res passions les femmes aiment l'amant, et dans les autres elles aiment l'amour.
+\par
+\par 472
+\par
+\par L'orgueil a ses bizarreries, comme les autres passions; on a honte d'avouer que l'on ait de la jalousie, et on se fait honneur d'en avoir eu, et d'\'eatre capable d'en avoir.
+\par
+\par 473
+\par
+\par Quelque rare que soit le v\'e9ritable amour, il l'est encore moins que la v\'e9ritable amiti\'e9.
+\par
+\par 474
+\par
+\par Il y a peu de femmes dont le m\'e9rite dure plus que la beaut\'e9.
+\par
+\par 475
+\par
+\par L'envie d'\'eatre plaint, ou d'\'eatre admir\'e9, fait souvent la plus grande partie de notre confiance.
+\par
+\par 476
+\par
+\par Notre envie dure toujours plus longtemps que le bonheur de {\*\bkmkstart BM70}{\*\bkmkend BM69}ceux que nous envions.
+\par
+\par 477
+\par
+\par La m\'eame fermet\'e9 qui sert \'e0 r\'e9sister \'e0 l'amour sert aussi \'e0 le rendre violent et durable, et les personnes faibles qui sont toujours agit\'e9es des passions n'en sont presque jamais v\'e9ritablement remplies.
+\par
+\par 478
+\par
+\par L'imagination ne saurait inventer tant de diverses contrari\'e9t\'e9s qu'il y en a naturellement dans le c\'9cur de chaque personne.
+\par
+\par 479
+\par
+\par Il n'y a que les personnes qui ont de la fermet\'e9 qui puissent avoir une v\'e9ritable douceur; celles qui paraissent douces n'ont d'ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit ais\'e9ment en aigreur.
+\par
+\par 480
+\par
+\par La timidit\'e9 est un d\'e9faut dont il est dangereux de reprendre les personnes qu'on en veut corriger.
+\par
+\par 481
+\par
+\par Rien n'est plus rare que la v\'e9ritable bont\'e9; ceux m\'eames qui croient en avoir n'ont d'ordinaire que de la complaisance ou de la faiblesse.
+\par
+\par 482
+\par
+\par L'esprit s'attache par paresse et par constance \'e0 ce qui lui est facile ou agr\'e9able; cette habitude met toujours des bornes \'e0 nos connaissances, et jamais personne ne s'est {\*\bkmkstart BM71}{\*\bkmkend BM70}donn\'e9 la peine d'\'e9
+tendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pourrait aller.
+\par
+\par 483
+\par
+\par On est d'ordinaire plus m\'e9disant par vanit\'e9 que par malice.
+\par
+\par 484
+\par
+\par Quand on a le c\'9cur encore agit\'e9 par les restes d'une passion, on est plus pr\'e8s d'en prendre une nouvelle que quand on est enti\'e8rement gu\'e9ri.
+\par
+\par 485
+\par
+\par Ceux qui ont eu de grandes passions se trouvent toute leur vie heureux, et malheureux, d'en \'eatre gu\'e9ris.
+\par
+\par 486
+\par
+\par Il y a encore plus de gens sans int\'e9r\'eat que sans envie.
+\par
+\par 487
+\par
+\par Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps.
+\par
+\par 488
+\par
+\par Le calme ou l'agitation de notre humeur ne d\'e9pend pas tant de ce qui nous arrive de plus consid\'e9rable dans la vie, que d'un arrangement commode ou d\'e9sagr\'e9able de petites choses qui arrivent tous les jours.
+\par
+\par 489
+\par
+\par Quelque m\'e9chants que soient les hommes, ils n'oseraient para\'eetre ennemis de la vertu, et lorsqu'ils la veulent pers\'e9cuter, ils feignent de croire qu'elle est fausse ou {\*\bkmkstart BM72}{\*\bkmkend BM71}ils lui supposent des crimes.
+\par
+\par 490
+\par
+\par On passe souvent de l'amour \'e0 l'ambition, mais on ne revient gu\'e8re de l'ambition \'e0 l'amour.
+\par
+\par 491
+\par
+\par L'extr\'eame avarice se m\'e9prend presque toujours; il n'y a point de passion qui s'\'e9loigne plus souvent de son but, ni sur qui le pr\'e9sent ait tant de pouvoir au pr\'e9judice de l'avenir.
+\par
+\par 492
+\par
+\par L'avarice produit souvent des effets contraires; il y a un nombre infini de gens qui sacrifient tout leur bien \'e0 des esp\'e9rances douteuses et \'e9loign\'e9es, d'autres m\'e9prisent de grands avantages \'e0 venir pour de petits int\'e9r\'eats pr\'e9
+sents.
+\par
+\par 493
+\par
+\par Il semble que les hommes ne se trouvent pas assez de d\'e9fauts; ils en augmentent encore le nombre par de certaines qualit\'e9s singuli\'e8res dont ils affectent de se parer, et ils les cultivent avec tant de soin qu'elles deviennent \'e0 la fin des d
+\'e9fauts naturels, qu'il ne d\'e9pend plus d'eux de corriger.
+\par
+\par 494
+\par
+\par Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite: le m\'eame amour-propre qui les aveugle d'ordinaire les \'e9claire alors, et leur {\*\bkmkstart BM73
+}{\*\bkmkend BM72}donne des vues si justes qu'il leur fait supprimer ou d\'e9guiser les moindres choses qui peuvent \'eatre condamn\'e9es.
+\par
+\par 495
+\par
+\par Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient honteux ou \'e9tourdis: un air capable et compos\'e9 se tourne d'ordinaire en impertinence.
+\par
+\par 496
+\par
+\par Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort n'\'e9tait que d'un c\'f4t\'e9.
+\par
+\par 497
+\par
+\par Il ne sert de rien d'\'eatre jeune sans \'eatre belle, ni d'\'eatre belle sans \'eatre jeune.
+\par
+\par 498
+\par
+\par Il y a des personnes si l\'e9g\'e8res et si frivoles qu'elles sont aussi \'e9loign\'e9es d'avoir de v\'e9ritables d\'e9fauts que des qualit\'e9s solides.
+\par
+\par 499
+\par
+\par On ne compte d'ordinaire la premi\'e8re galanterie des femmes que lorsqu'elles en ont une seconde.
+\par
+\par 500
+\par
+\par Il y a des gens si remplis d'eux-m\'eames que, lorsqu'ils sont amoureux, ils trouvent moyen d'\'eatre occup\'e9s de leur passion sans l'\'eatre de la personne qu'ils aiment.
+\par
+\par 501
+\par
+\par L'amour, tout agr\'e9able qu'il est, pla\'eet encore plus par les mani\'e8res dont il se montre que par lui-m\'eame.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM74}{\*\bkmkend BM73}502
+\par
+\par Peu d'esprit avec de la droiture ennuie moins, \'e0 la longue, que beaucoup d'esprit avec du travers.
+\par
+\par 503
+\par
+\par La jalousie est le plus grand de tous les maux, et celui qui fait le moins de piti\'e9 aux personnes qui le causent.
+\par
+\par 504
+\par
+\par Apr\'e8s avoir parl\'e9 de la fausset\'e9 de tant de vertus apparentes, il est raisonnable de dire quelque chose de la fausset\'e9 du m\'e9pris de la mort. J'entends parler de ce m\'e9pris de la mort que les pa\'efens se vantent de tirer de leurs propres
+ forces, sans l'esp\'e9rance d'une meilleure vie. Il y a diff\'e9rence entre souffrir la mort constamment, et la m\'e9priser. Le premier est assez ordinaire; mais je crois que l'autre n'est jamais sinc\'e8re. On a \'e9crit n\'e9
+anmoins tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal; et les hommes les plus faibles aussi bien que les h\'e9ros ont donn\'e9 mille exemples c\'e9l\'e8bres pour \'e9
+tablir cette opinion. Cependant je doute que personne de bon sens l'ait jamais cru; et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et \'e0 soi-m\'eame fait assez voir que cette entreprise n'est pas ais\'e9e. On peut avoir divers sujets de d\'e9go
+\'fbts dans la vie, mais on n'a jamais raison de m\'e9priser la mort; ceux m\'eames qui se la donnent volontairement ne la comptent pas pour si peu de chose, et ils s'en \'e9tonnent et la rejettent comme les autres, lorsqu'elle vient \'e0 eux par une
+{\*\bkmkstart BM75}{\*\bkmkend BM74}autre voie que celle qu'ils ont choisie. L'in\'e9galit\'e9 que l'on remarque dans le courage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce que la mort se d\'e9couvre diff\'e9remment \'e0 leur imagination, et y para
+\'eet plus pr\'e9sente en un temps qu'en un autre. Ainsi il arrive qu'apr\'e8s avoir m\'e9pris\'e9 ce qu'ils ne connaissent pas, ils craignent enfin ce qu'ils connaissent. Il faut \'e9viter de l'envisager avec toutes ses circo
+nstances, si on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand de tous les maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux qui prennent de plus honn\'eates pr\'e9textes pour s'emp\'eacher de la consid\'e9
+rer. Mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est, trouve que c'est une chose \'e9pouvantable. La n\'e9cessit\'e9 de mourir faisait toute la constance des philosophes. Ils croyaient qu'il fallait aller de bonne gr\'e2ce o\'f9 l'on ne saurait s'emp
+\'eacher d'aller; et, ne pouvant \'e9terniser leur vie, il n'y avait rien qu'ils ne fissent pour \'e9terniser leur r\'e9putation, et sauver du naufrage ce qui n'en peut \'eatre garanti. Contentons-nous pour faire bonne mine de ne nous pas dire \'e0 nous-m
+\'eames tout ce que nous en pensons, et esp\'e9rons plus de notre temp\'e9rament que de ces faibles raisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher de la mort avec indiff\'e9rence. La gloire de mourir avec fermet\'e9, l'esp\'e9rance d'\'ea
+tre regrett\'e9, le d\'e9sir de laisser une belle r\'e9putation, l'assurance d'\'eatre affranchi des mis\'e8res de la vie, et de ne d\'e9pendre plus des caprices de la fortune, sont des {\*\bkmkstart BM76}{\*\bkmkend BM75}rem\'e8
+des qu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple haie fait souvent \'e0 la guerre pour assurer ceux qui doivent approcher d'un lieu d'o\'f9 l'on tire. Quand on en est
+\'e9loign\'e9, on s'imagine qu'elle peut mettre \'e0 couvert; mais quand on en est proche, on trouve que c'est un faible secours. C'est nous flatter, de croire que la mort nous paraisse de pr\'e8s ce que nous en avons jug\'e9
+ de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesse, soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'atteinte par la plus rude de toutes les \'e9preuves. C'est aussi mal conna\'ee
+tre les effets de l'amour-propre, que de penser qu'il puisse nous aider \'e0 compter pour rien ce qui le doit n\'e9cessairement d\'e9
+truire, et la raison, dans laquelle on croit trouver tant de ressources, est trop faible en cette rencontre pour nous persuader ce que nous voulons. C'est elle au contraire qui nous trahit le plus souvent, et qui, au lieu de nous inspirer le m\'e9
+pris de la mort, sert \'e0 nous d\'e9couvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous est de nous conseiller d'en d\'e9tourner les yeux pour les arr\'eater sur d'autres objets. Caton e
+t Brutus en choisirent d'illustres. Un laquais se contenta il y a quelque temps de danser sur l'\'e9chafaud o\'f9 il allait \'eatre rou\'e9. Ainsi, bien que les motifs soient diff\'e9rents, ils produisent les m\'ea
+mes effets. De sorte qu'il est vrai que, quelque disproportion qu'il y {\*\bkmkstart BM77}{\*\bkmkend BM76}ait entre les grands hommes et les gens du commun, on a vu mille fois les uns et les autres recevoir la mort d'un m\'eame visage; mais \'e7
+'a toujours \'e9t\'e9 avec cette diff\'e9rence que, dans le m\'e9pris que les grands hommes font para\'eetre pour la mort, c'est l'amour de la gloire qui leur en \'f4te la vue, et dans les gens du commun ce n'est qu'un effet de leur peu de lumi\'e8
+re qui les emp\'eache de conna\'eetre la grandeur de leur mal et leur laisse la libert\'e9 de penser \'e0 autre chose.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744830}{\*\bkmkend BM77}Maximes supprim\'e9es{\*\bkmkend _Toc97744830}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744831}1 Maximes retranch\'e9es apr\'e8s la premi\'e8re \'e9dition{\*\bkmkend _Toc97744831}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM78}1
+\par
+\par L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame, et de toutes choses pour soi\~; il rend les hommes idol\'e2tres d'eux-m\'eames, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens\~; il ne se repose jamais hors de soi, et ne s'arr
+\'eate dans les sujets \'e9trangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si imp\'e9tueux que ses d\'e9sirs, rien de si cach\'e9 que ses desseins, rien de si habile que ses conduites\~
+; ses souplesses ne se peuvent repr\'e9senter, ses transformations passent celles des m\'e9tamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les t\'e9n\'e8bres de ses ab\'eemes. L\'e0 il est \'e0
+ couvert des yeux les plus p\'e9n\'e9trants\~; il y fait mille insensibles tours et retours. L\'e0 il est souvent invisible \'e0 lui-m\'eame, il y con\'e7oit, il y nourrit, et il y \'e9l\'e8ve, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines\~
+; il en forme de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il les m\'e9conna\'eet, ou il ne peut se r\'e9soudre \'e0 les avouer. De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de lui-m\'eame\~; de l\'e0
+ viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossi\'e8ret\'e9s et ses niaiseries sur son sujet\~; de l\'e0 vient qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu'il s'imagine {\*\bkmkstart BM79}{\*\bkmkend BM78}
+n'avoir plus envie de courir d\'e8s qu'il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les go\'fbts qu'il a rassasi\'e9s. Mais cette obscurit\'e9 \'e9paisse, qui le cache \'e0 lui-m\'eame, n'emp\'ea
+che pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est semblable \'e0 nos yeux, qui d\'e9couvrent tout, et sont aveugles seulement pour eux-m\'eames. En effet dans ses plus grands int\'e9r\'eats, et dans ses plus importantes affaires, o
+\'f9 la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soup\'e7onne, il p\'e9n\'e8tre, il devine tout\~; de sorte qu'on est tent\'e9 de croire que chacune de ses passions a une esp\'e8
+ce de magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaye de rompre inutilement \'e0 la vue des malheurs extr\'ea
+mes qui le menacent. Cependant il fait quelquefois en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs ann\'e9e\~; d'o\'f9
+ l'on pourrait conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-m\'eame que ses d\'e9sirs sont allum\'e9s, plut\'f4t que par la beaut\'e9 et par le m\'e9rite de ses objets\~; que son go\'fbt est le prix qui les rel\'e8ve, et le fard qui les embellit\~
+; que c'est apr\'e8s lui-m\'eame qu'il court, et qu'il suit son gr\'e9, lorsqu'il suit les choses qui sont \'e0 son gr\'e9. Il est tous les contraires\~: il est imp\'e9rieux et ob\'e9issant, sinc\'e8re et dissimul\'e9, mis\'e9ricordieu
+x et cruel, timide et audacieux. Il a de diff\'e9rentes inclinations selon la diversit\'e9 des {\*\bkmkstart BM80}{\*\bkmkend BM79}temp\'e9raments qui le tournent, et le d\'e9vouent tant\'f4t \'e0 la gloire, tant\'f4t aux richesses, et tant\'f4
+t aux plaisirs\~; il en change selon le changement de nos \'e2ges, de nos fortunes et de nos exp\'e9riences, mais il lui est indiff\'e9
+rent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une, parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut, et comme il lui pla\'eet. Il est inconstant, et outre les changements qui viennent des causes \'e9trang\'e8
+res, il y en a une infinit\'e9 qui naissent de lui, et de son propre fonds\~; il est inconstant d'inconstance, de l\'e9g\'e8ret\'e9, d'amour, de nouveaut\'e9, de lassitude et de d\'e9go\'fbt\~; il est capricieux, et on le voit quelquefois travailler
+avec le dernier empressement, et avec des travaux incroyables, \'e0 obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui m\'ea
+me lui sont nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles\~; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et conserve toute sa fiert\'e9 dans les plus m\'e9
+prisables. Il est dans tous les \'e9tats de la vie, et dans toutes les conditions\~; il vit partout, et il vit de tout, il vit de rien\~; il s'accommode des choses, et de leur privation\~; il passe m\'ea
+me dans le parti des gens qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins\~; et ce qui est admirable, il se hait lui-m\'eame avec eux, il conjure sa perte, il travaille m\'eame \'e0 sa ruine. Enfin il ne se soucie que d'\'ea
+tre, et pourvu qu'il soit, il veut bien \'eatre son {\*\bkmkstart BM81}{\*\bkmkend BM80}ennemi. Il ne faut donc pas s'\'e9tonner s'il se joint quelquefois \'e0 la plus rude aust\'e9rit\'e9, et s'il entre si hardiment en soci\'e9t\'e9 avec elle pour se d
+\'e9truire, parce que, dans le m\'eame temps qu'il se ruine en un endroit, il se r\'e9tablit en un autre\~; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il ne fait que le suspendre, ou le changer, et lors m\'eame qu'il est vaincu et qu'on croit en \'eatre d
+\'e9fait, on le retrouve qui triomphe dans sa propre d\'e9faite. Voil\'e0 la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation\~
+; la mer en est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans le flux et le reflux de ses vagues continuelles une fid\'e8le expression de la succession turbulente de ses pens\'e9es, et de ses \'e9ternels mouvements.
+\par
+\par 2
+\par
+\par Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degr\'e9s de la chaleur, et de la froideur, du sang.
+\par
+\par 3
+\par
+\par La mod\'e9ration dans la bonne fortune n'est que l'appr\'e9hension de la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a.
+\par
+\par 4
+\par
+\par La mod\'e9ration est comme la sobri\'e9t\'e9\~: on voudrait bien manger davantage, mais on craint de se faire mal.
+\par
+\par 5
+\par
+\par Tout le monde trouve \'e0 redire en autrui ce qu'on trouve \'e0 {\*\bkmkstart BM82}{\*\bkmkend BM81}redire en lui.
+\par
+\par 6
+\par
+\par L'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices et de ses diff\'e9rentes m\'e9tamorphoses, apr\'e8s avoir jou\'e9 tout seul tous les personnages de la com\'e9die humaine, se montre avec un visage naturel, et se d\'e9couvre par la fiert\'e9\~; de sorte qu'\'e0
+ proprement parler la fiert\'e9 est l'\'e9clat et la d\'e9claration de l'orgueil.
+\par
+\par 7
+\par
+\par La complexion qui fait le talent pour les petites choses est contraire \'e0 celle qu'il faut pour le talent des grandes.
+\par
+\par 8
+\par
+\par C'est une esp\'e8ce de bonheur, de conna\'eetre jusques \'e0 quel point on doit \'eatre malheureux.
+\par
+\par 9
+\par
+\par On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on avait esp\'e9r\'e9.
+\par
+\par 10
+\par
+\par On se console souvent d'\'eatre malheureux par un certain plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre.
+\par
+\par 11
+\par
+\par Il faudrait pouvoir r\'e9pondre de sa fortune, pour pouvoir r\'e9pondre de ce que l'on fera.
+\par
+\par 12
+\par
+\par Comment peut-on r\'e9pondre de ce qu'on voudra \'e0 l'avenir, {\*\bkmkstart BM83}{\*\bkmkend BM82}puisque l'on ne sait pas pr\'e9cis\'e9ment ce que l'on veut dans le temps pr\'e9sent\~?
+\par
+\par 13
+\par
+\par L'amour est \'e0 l'\'e2me de celui qui aime ce que l'\'e2me est au corps qu'elle anime.
+\par
+\par 14
+\par
+\par La justice n'est qu'une vive appr\'e9hension qu'on ne nous \'f4te ce qui nous appartient\~; de l\'e0 vient cette consid\'e9ration et ce respect pour tous les int\'e9r\'eats du prochain, et cette scrupuleuse application \'e0 ne lui faire aucun pr\'e9judice
+\~; cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune, lui ont donn\'e9s, et sans cette crainte il ferait des courses continuelles sur les autres.
+\par
+\par 15
+\par
+\par La justice, dans les juges qui sont mod\'e9r\'e9s, n'est que l'amour de leur \'e9l\'e9vation.
+\par
+\par 16
+\par
+\par On bl\'e2me l'injustice, non pas par l'aversion que l'on a pour elle, mais pour le pr\'e9judice que l'on en re\'e7oit.
+\par
+\par 17
+\par
+\par Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis ne vient ni de la bont\'e9 de notre naturel, ni de l'amiti\'e9 que nous avons pour eux\~; c'est un effet de l'amour-propre qui nous flatte de l'esp\'e9rance d'\'eatre heureux \'e0
+ notre tour, ou de retirer quelque utilit\'e9 de leur {\*\bkmkstart BM84}{\*\bkmkend BM83}bonne fortune.
+\par
+\par 18
+\par
+\par Dans l'adversit\'e9 de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous d\'e9pla\'eet pas.
+\par
+\par 19
+\par
+\par L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil\~: il sert \'e0 le nourrir et \'e0 l'augmenter, et nous \'f4te la connaissance des rem\'e8des qui pourraient soulager nos mis\'e8res et nous gu\'e9rir de nos d\'e9fauts.
+\par
+\par 20
+\par
+\par On n'a plus de raison, quand on n'esp\'e8re plus d'en trouver aux autres.
+\par
+\par 21
+\par
+\par Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout, n'ont point \'f4t\'e9 les crimes par leurs pr\'e9ceptes\~: ils n'ont fait que les employer au b\'e2timent de l'orgueil.
+\par
+\par 22
+\par
+\par Les plus sages le sont dans les choses indiff\'e9rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus s\'e9rieuses affaires.
+\par
+\par 23
+\par
+\par La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse.
+\par
+\par 24
+\par
+\par La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9, ou l'impuissance de manger beaucoup.
+\par
+\par 25
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM85}{\*\bkmkend BM84}Chaque talent dans les hommes, de m\'eame que chaque arbre, a ses propri\'e9t\'e9s et ses effets qui lui sont tous particuliers.
+\par
+\par 26
+\par
+\par On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lass\'e9 d'en parler.
+\par
+\par 27
+\par
+\par La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet qu'un d\'e9sir d'en avoir de plus d\'e9licates.
+\par
+\par 28
+\par
+\par On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par int\'e9r\'eat.
+\par
+\par 29
+\par
+\par L'amour-propre emp\'eache bien que celui qui nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte le plus.
+\par
+\par 30
+\par
+\par On ne fait point de distinction dans les esp\'e8ces de col\'e8res, bien qu'il y en ait une l\'e9g\'e8re et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre tr\'e8s criminelle, qui est \'e0 proprement parler la fureur de l'orgueil.
+
+\par
+\par 31
+\par
+\par Les grandes \'e2mes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les \'e2mes communes, mais celles seulement qui ont de plus grands desseins.
+\par
+\par 32
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM86}{\*\bkmkend BM85}La f\'e9rocit\'e9 naturelle fait moins de cruels que l'amour-propre.
+\par
+\par 33
+\par
+\par On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un po\'e8te italien a dit de l'honn\'eatet\'e9 des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art de para\'eetre honn\'eate.
+\par
+\par 34
+\par
+\par Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fant\'f4me form\'e9 par nos passions, \'e0 qui on donne un nom honn\'eate, pour faire impun\'e9ment ce qu'on veut.
+\par
+\par 35
+\par
+\par Nous n'avouons jamais nos d\'e9fauts que par vanit\'e9.
+\par
+\par 36
+\par
+\par On ne trouve point dans l'homme le bien ni le mal dans l'exc\'e8s.
+\par
+\par 37
+\par
+\par Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en soup\'e7onnent pas facilement les autres.
+\par
+\par 38
+\par
+\par La pompe des enterrements regarde plus la vanit\'e9 des vivants que l'honneur des morts.
+\par
+\par 39
+\par
+\par Quelque incertitude et quelque vari\'e9t\'e9 qui paraisse dans le monde, on y remarque n\'e9anmoins un certain encha\'eenement secret, et un ordre r\'e9gl\'e9 de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang, et suit le
+{\*\bkmkstart BM87}{\*\bkmkend BM86}cours de sa destin\'e9e.
+\par
+\par 40
+\par
+\par L'intr\'e9pidit\'e9 doit soutenir le c\'9cur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermet\'e9 qui lui est n\'e9cessaire dans les p\'e9rils de la guerre.
+\par
+\par 41
+\par
+\par Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire par sa naissance seraient tent\'e9s comme les po\'e8tes de l'appeler la fille du Ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle est produite par infinit\'e9
+ d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les int\'e9r\'eats particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une arm\'e9e, allant \'e0 leur propre gloire et \'e0 leur \'e9l\'e9
+vation, procurent un bien si grand et si g\'e9n\'e9ral.
+\par
+\par 42
+\par
+\par On ne peut r\'e9pondre de son courage quand on n'a jamais \'e9t\'e9 dans le p\'e9ril.
+\par
+\par 43
+\par
+\par L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet avec les m\'eames choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles.
+\par
+\par 44
+\par
+\par Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9 g\'e9n\'e9rale, et r\'e9pandue sur tout le monde, de la grande habilet\'e9.
+\par
+\par 45
+\par
+\par Pour pouvoir \'eatre toujours bon, il faut que les autres {\*\bkmkstart BM88}{\*\bkmkend BM87}croient qu'ils ne peuvent jamais nous \'eatre impun\'e9ment m\'e9chants.
+\par
+\par 46
+\par
+\par La confiance de plaire est souvent un moyen de d\'e9plaire infailliblement.
+\par
+\par 47
+\par
+\par La confiance que l'on a en soi fait na\'eetre la plus grande partie de celle que l'on a aux autres.
+\par
+\par 48
+\par
+\par Il y a une r\'e9volution g\'e9n\'e9rale qui change le go\'fbt des esprits, aussi bien que les fortunes du monde.
+\par
+\par 49
+\par
+\par La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la perfection, et de la beaut\'e9\~; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait \'eatre belle, et parfaite, si elle n'est v\'e9ritablement tout ce qu'elle doit \'ea
+tre, et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
+\par
+\par 50
+\par
+\par Il y a de belles choses qui ont plus d'\'e9clat quand elles demeurent imparfaites que quand elles sont trop achev\'e9es.
+\par
+\par 51
+\par
+\par La magnanimit\'e9 est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme ma\'eetre de lui-m\'eame pour le rendre ma\'eetre de toutes choses.
+\par
+\par 52
+\par
+\par Le luxe et la trop grande politesse dans les \'c9tats sont le {\*\bkmkstart BM89}{\*\bkmkend BM88}pr\'e9sage assur\'e9 de leur d\'e9cadence parce que, tous les particuliers s'attachant \'e0 leurs int\'e9r\'eats propres, ils se d\'e9
+tournent du bien public.
+\par
+\par 53
+\par
+\par Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si persuad\'e9s qu'ils disent que la mort n'est pas un mal, que le tourment qu'ils se donnent pour \'e9tablir l'immortalit\'e9 de leur nom par la perte de la vie.
+\par
+\par 54
+\par
+\par De toutes les passions celle qui est plus inconnue \'e0 nous-m\'eames, c'est la paresse\~; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient tr\'e8s cach\'e9s\~
+; si nous consid\'e9rons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres ma\'eetresse de nos sentiments, de nos int\'e9r\'eats et de nos plaisirs\~; c'est la r\'e9more qui a la force d'arr\'ea
+ter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les \'e9cueils, et que les plus grandes temp\'eates\~; le repos de la paresse est un charme secret de l'\'e2me qui su
+spend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opini\'e2tres r\'e9solutions\~; pour donner enfin la v\'e9ritable id\'e9e de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une b\'e9atitude de l'\'e2
+me, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les biens.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM90}{\*\bkmkend BM89}55
+\par
+\par Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en a pas, que de s'en d\'e9faire quand on en a.
+\par
+\par 56
+\par
+\par La plupart des femmes se rendent plut\'f4t par faiblesse que par passion\~; de l\'e0 vient que pour l'ordinaire les hommes entreprenants r\'e9ussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus aimables.
+\par
+\par 57
+\par
+\par N'aimer gu\'e8re en amour est un moyen assur\'e9 pour \'eatre aim\'e9.
+\par
+\par 58
+\par
+\par La sinc\'e9rit\'e9 que se demandent les amants et les ma\'eetresses, pour savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est bien moins pour vouloir \'eatre avertis quand on ne les aimera plus que pour \'eatre mieux assur\'e9
+s qu'on les aime lorsque l'on ne dit point le contraire.
+\par
+\par 59
+\par
+\par La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fi\'e8vre\~; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa dur\'e9e.
+\par
+\par 60
+\par
+\par La plus grande habilet\'e9 des moins habiles est de se savoir soumettre \'e0 la bonne conduite d'autrui.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744832}2 Maxime retranch\'e9e apr\'e8s la deuxi\'e8me \'e9dition{\*\bkmkend _Toc97744832}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM91}61
+\par
+\par Quand on ne trouve pas son repos en soi-m\'eame, il est inutile de le chercher ailleurs.{\*\bkmkend BM91}
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744833}{\*\bkmkend BM90}3 Maximes retranch\'e9es apr\'e8s la quatri\'e8me \'e9dition{\*\bkmkend _Toc97744833}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM92}62
+\par
+\par Comme on n'est jamais en libert\'e9 d'aimer, ou de cesser d'aimer, l'amant ne peut se plaindre avec justice de l'inconstance de sa ma\'eetresse, ni elle de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de son amant.
+\par
+\par 63
+\par
+\par Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises qu'on nous devienne infid\'e8le, pour nous d\'e9gager de notre fid\'e9lit\'e9.
+\par
+\par 64
+\par
+\par Comment pr\'e9tendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous ne pouvons le garder nous-m\'eames\~?
+\par
+\par 65
+\par
+\par Il n'y en a point qui pressent tant les autres que les paresseux lorsqu'ils ont satisfait \'e0 leur paresse, afin de para\'eetre diligents.
+\par
+\par 66
+\par
+\par C'est une preuve de peu d'amiti\'e9 de ne s'apercevoir pas du refroidissement de celle de nos amis.
+\par
+\par 67
+\par
+\par Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\~; ils les font valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forc\'e9 de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur v\'e9ritable prix.
+\par
+\par 68
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM93}{\*\bkmkend BM92}Il y a des crimes qui deviennent innocents et m\'eame glorieux par leur \'e9clat, leur nombre et leur exc\'e8s. De l\'e0 vient que les voleries publiques sont des habilet\'e9s, et que prendre des province
+s injustement s'appelle faire des conqu\'eates.
+\par
+\par 69
+\par
+\par On donne plus ais\'e9ment des bornes \'e0 sa reconnaissance qu'\'e0 ses esp\'e9rances et qu'\'e0 ses d\'e9sirs.
+\par
+\par 70
+\par
+\par Nous ne regrettons pas toujours la perte de nos amis par la consid\'e9ration de leur m\'e9rite, mais par celle de nos besoins et de la bonne opinion qu'ils avaient de nous.
+\par
+\par 71
+\par
+\par On aime \'e0 deviner les autres\~; mais l'on n'aime pas \'e0 \'eatre devin\'e9.
+\par
+\par 72
+\par
+\par C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa sant\'e9 par un trop grand r\'e9gime.
+\par
+\par 73
+\par
+\par On craint toujours de voir ce qu'on aime, quand on vient de faire des coquetteries ailleurs.
+\par
+\par 74
+\par
+\par On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les avouer.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744834}{\*\bkmkend BM93}Maximes posthumes{\*\bkmkend _Toc97744834}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744835}1 Maximes fournies par le manuscrit de Liancourt{\*\bkmkend _Toc97744835}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM94}1
+\par
+\par Comme la plus heureuse personne du monde est celle \'e0 qui peu de choses suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les plus mis\'e9rables qu'il leur faut l'assemblage d'une infinit\'e9 de biens pour les rendre heureux.
+\par
+\par 2
+\par
+\par La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9.
+\par
+\par 3
+\par
+\par Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons\~; il d\'e9pend de nous de les acqu\'e9rir et de nous en servir sans crime et, au lieu qu'elles nourrissent et accroissent les vices, comme le bois entr
+etient et augmente le feu, nous pouvons les consacrer \'e0 toutes les vertus et les rendre m\'eame par l\'e0 plus agr\'e9ables et plus \'e9clatantes.
+\par
+\par 4
+\par
+\par La ruine du prochain pla\'eet aux amis et aux ennemis.
+\par
+\par 5
+\par
+\par Chacun pense \'eatre plus fin que les autres.
+\par
+\par 6
+\par
+\par On ne saurait compter toutes les esp\'e8ces de vanit\'e9.
+\par
+\par 7
+\par
+\par Ce qui nous emp\'eache souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausset\'e9 des vertus, c'est que nous croyons {\*\bkmkstart BM95}{\*\bkmkend BM94}trop ais\'e9ment qu'elles sont v\'e9ritables en nous.
+\par
+\par 8
+\par
+\par Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous d\'e9sirons toutes choses comme si nous \'e9tions immortels.
+\par
+\par 9
+\par
+\par Dieu a mis des talents diff\'e9rents dans l'homme comme il a plant\'e9 de diff\'e9rents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent de m\'eame que chaque arbre a ses propri\'e9t\'e9s et ses effets qui lui sont tous particuliers\~; de l\'e0
+ vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les m\'eames effets des talents les plus communs\~; de l\'e0
+ vient encore qu'il est aussi ridicule de vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait point sem\'e9 les oignons.
+\par
+\par 10
+\par
+\par Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9 comme il est, c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en soi-m\'eame de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations.
+\par
+\par 11
+\par
+\par Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la v\'e9rit\'e9 puisque nous nous la cachons si souvent nous-m\'eames.
+\par
+\par 12
+\par
+\par Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que {\*\bkmkstart BM96}{\*\bkmkend BM95}la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit m\'e9priser.
+\par
+\par 13
+\par
+\par Il semble que c'est le diable qui a tout expr\'e8s plac\'e9 la paresse sur la fronti\'e8re de plusieurs vertus.
+\par
+\par 14
+\par
+\par La fin du bien est un mal\~; la fin du mal est un bien.
+\par
+\par 15
+\par
+\par On bl\'e2me ais\'e9ment les d\'e9fauts des autres, mais on s'en sert rarement \'e0 corriger les siens.
+\par
+\par 16
+\par
+\par Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilit\'e9.
+\par
+\par 17
+\par
+\par Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d'ordinaire pas assez ce qui en est l'origine.
+\par
+\par 18
+\par
+\par Le rem\'e8de de la jalousie est la certitude de ce qu'on craint, parce qu'elle cause la fin de la vie ou la fin de l'amour\~; c'est un cruel rem\'e8de, mais il est plus doux que les doutes et les soup\'e7ons.
+\par
+\par 19
+\par
+\par Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance et la diff\'e9rence qu'il y a entre tous les hommes.
+\par
+\par 20
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM97}{\*\bkmkend BM96}Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui d\'e9couvrent le c\'9cur de l'homme, c'est que l'on craint d'y \'eatre d\'e9couvert.
+\par
+\par 21
+\par
+\par L'homme est si mis\'e9rable que, tournant toutes ses conduites \'e0 satisfaire ses passions, il g\'e9mit incessamment sous leur tyrannie\~; il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu'il faut qu'il se fasse pour s'affranchir de leur joug\~
+; il trouve du d\'e9go\'fbt non seulement dans ses vices, mais encore dans leurs rem\'e8des, et ne peut s'accommoder ni des chagrins de ses maladies ni du travail de sa gu\'e9rison.
+\par
+\par 22
+\par
+\par Dieu a permis, pour punir l'homme du p\'e9ch\'e9 originel, qu'il se f\'eet un dieu de son amour-propre pour en \'eatre tourment\'e9 dans toutes les actions de sa vie.
+\par
+\par 23
+\par
+\par L'esp\'e9rance et la crainte sont ins\'e9parables, et il n'y a point de crainte sans esp\'e9rance ni d'esp\'e9rance sans crainte.
+\par
+\par 24
+\par
+\par Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-m\'eames.
+\par
+\par 25
+\par
+\par Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des d\'e9fauts, c'est la facilit\'e9 que l'on a de croire ce {\*\bkmkstart BM98}{\*\bkmkend BM97}qu'on souhaite.
+\par
+\par 26
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat est l'\'e2me de l'amour-propre, de sorte que, comme le corps, priv\'e9 de son \'e2me, est sans vue, sans ou\'efe, sans connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de m\'eame l'amour-propre s\'e9par\'e9
+, s'il le faut dire ainsi, de son int\'e9r\'eat, ne voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus\~; de l\'e0 vient qu'un m\'eame homme qui court la terre et les mers pour son int\'e9r\'eat devient soudainement paralytique pour l'int\'e9r\'eat des autres\~
+; de l\'e0 vient le soudain assoupissement et cette mort que nous causons \'e0 tous ceux \'e0 qui nous contons nos affaires\~; de l\'e0 vient leur prompte r\'e9surrection lorsque dans notre narration nous y m\'ealons quelque chose qui les regarde\~
+; de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos trait\'e9s que dans un m\'eame moment un homme perd connaissance et revient \'e0 soi, selon que son propre int\'e9r\'eat s'approche de lui ou qu'il s'en retire.{\*\bkmkend BM98}
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744836}2 Maximes fournies par des lettres{\*\bkmkend _Toc97744836}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM99}27
+\par
+\par On ne donne des louanges que pour en profiter.
+\par
+\par 28
+\par
+\par Les passions ne sont que les divers go\'fbts de l'amour propre.
+\par
+\par 29
+\par
+\par L'extr\'eame ennui sert \'e0 nous d\'e9sennuyer.
+\par
+\par 30
+\par
+\par On loue et on bl\'e2me la plupart des choses parce que c'est la mode de les louer ou de les bl\'e2mer.
+\par
+\par 31
+\par
+\par Il n'est jamais plus difficile de bien parler que lorsqu'on ne parle que de peur de se taire.{\*\bkmkend BM99}
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744837}3 Maximes fournies par l'\'e9dition hollandaise de 1664{\*\bkmkend _Toc97744837}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM100}32
+\par
+\par Si on avait \'f4t\'e9 \'e0 ce qu'on appelle force le d\'e9sir de conserver, et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand'chose.
+\par
+\par 33
+\par
+\par La familiarit\'e9 est un rel\'e2chement presque de toutes les r\'e8gles de la vie civile, que le libertinage a introduit dans la soci\'e9t\'e9 pour nous faire parvenir \'e0
+ celle qu'on appelle commode. C'est un effet de l'amour-propre qui, voulant tout accommoder \'e0 notre faiblesse, nous soustrait \'e0 l'honn\'eate suj\'e9tion que nous imposent les bonnes m\'9curs et, pour chercher trop les moy
+ens de nous les rendre commodes, le fait d\'e9g\'e9n\'e9rer en vices. Les femmes, ayant naturellement plus de mollesse que les hommes, tombent plut\'f4t dans ce rel\'e2chement, et y perdent davantage\~: l'autorit\'e9
+ du sexe ne se maintient pas, le respect qu'on lui doit diminue, et l'on peut dire que l'honn\'eate y perd la plus grande partie de ses droits.
+\par
+\par 34
+\par
+\par La raillerie est une gaiet\'e9 agr\'e9able de l'esprit, qui enjoue la conversation, et qui lie la soci\'e9t\'e9 si elle est obligeante, ou qui la trouble si elle ne l'est pas. Elle
+est plus pour celui qui la fait que pour celui qui la souffre. C'est toujours un combat de bel esprit, que {\*\bkmkstart BM101}{\*\bkmkend BM100}produit la vanit\'e9\~; d'o\'f9 vient que ceux qui en manquent pour la soutenir, et ceux qu'un d\'e9
+faut reproch\'e9 fait rougir, s'en offensent \'e9galement, comme d'une d\'e9faite injurieuse qu'ils ne sauraient pardonner. C'est un poison qui tout pur \'e9teint l'amiti\'e9 et excite la haine, mais qui corrig\'e9 par l'agr\'e9
+ment de l'esprit, et la flatterie de la louange, l'acquiert ou la conserve\~; et il en faut user sobrement avec ses amis et avec les faibles.{\*\bkmkend BM101}
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744838}4 Maximes fournies par le suppl\'e9ment de l'\'e9dition de 1693{\*\bkmkend _Toc97744838}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM102}35
+\par
+\par Force gens veulent \'eatre d\'e9vots, mais personne ne veut \'eatre humble.
+\par
+\par 36
+\par
+\par Le travail du corps d\'e9livre des peines de l'esprit, et c'est ce qui rend les pauvres heureux.
+\par
+\par 37
+\par
+\par Les v\'e9ritables mortifications sont celles qui ne sont point connues\~; la vanit\'e9 rend les autres faciles.
+\par
+\par 38
+\par
+\par L'humilit\'e9 est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui offre des sacrifices.
+\par
+\par 39
+\par
+\par Il faut peu de choses pour rendre le sage heureux\~; rien ne peut rendre un fol content\~; c'est pourquoi presque tous les hommes sont mis\'e9rables.
+\par
+\par 40
+\par
+\par Nous nous tourmentons moins pour devenir heureux que pour faire croire que nous le sommes.
+\par
+\par 41
+\par
+\par Il est bien plus ais\'e9 d'\'e9teindre un premier d\'e9sir que de satisfaire tous ceux qui le suivent.
+\par
+\par 42
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM103}{\*\bkmkend BM102}La sagesse est \'e0 l'\'e2me ce que la sant\'e9 est pour le corps.
+\par
+\par 43
+\par
+\par Les grands de la terre ne pouvant donner la sant\'e9 du corps ni le repos d'esprit, on ach\'e8te toujours trop cher tous les biens qu'ils peuvent faire.
+\par
+\par 44
+\par
+\par Avant que de d\'e9sirer fortement une chose, il faut examiner quel est le bonheur de celui qui la poss\'e8de.
+\par
+\par 45
+\par
+\par Un v\'e9ritable ami est le plus grand de tous les biens et celui de tous qu'on songe le moins \'e0 acqu\'e9rir.
+\par
+\par 46
+\par
+\par Les amants ne voient les d\'e9fauts de leurs ma\'eetresses que lorsque leur enchantement est fini.
+\par
+\par 47
+\par
+\par La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre\~: \'e0 mesure que l'amour cro\'eet, la prudence diminue.
+\par
+\par 48
+\par
+\par Il est quelquefois agr\'e9able \'e0 un mari d'avoir une femme jalouse\~: il entend toujours parler de ce qu'il aime.
+\par
+\par 49
+\par
+\par Qu'une femme est \'e0 plaindre, quand elle a tout ensemble de l'amour et de la vertu\~!
+\par
+\par 50
+\par
+\par Le sage trouve mieux son compte \'e0 ne point s'engager qu'\'e0 vaincre.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM104}{\*\bkmkend BM103}51
+\par
+\par Il est plus n\'e9cessaire d'\'e9tudier les hommes que les livres.
+\par
+\par 52
+\par
+\par Le bonheur ou le malheur vont d'ordinaire \'e0 ceux qui ont le plus de l'un ou de l'autre.
+\par
+\par 53
+\par
+\par On ne se bl\'e2me que pour \'eatre lou\'e9.
+\par
+\par 54
+\par
+\par Il n'est rien de plus naturel ni de plus trompeur que de croire qu'on est aim\'e9.
+\par
+\par 55
+\par
+\par Nous aimons mieux voir ceux \'e0 qui nous faisons du bien que ceux qui nous en font.
+\par
+\par 56
+\par
+\par Il est plus difficile de dissimuler les sentiments que l'on a que de feindre ceux que l'on n'a pas.
+\par
+\par 57
+\par
+\par Les amiti\'e9s renou\'e9es demandent plus de soins que celles qui n'ont jamais \'e9t\'e9 rompues.
+\par
+\par 58
+\par
+\par Un homme \'e0 qui personne ne pla\'eet est bien plus malheureux que celui qui ne pla\'eet \'e0 personne.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744839}5 Maximes fournies par des t\'e9moignages de contemporains{\*\bkmkend _Toc97744839}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM105}59
+\par
+\par L'enfer des femmes, c'est la vieillesse.
+\par
+\par 60
+\par
+\par Les soumissions et les bassesses que les seigneurs de la Cour font aupr\'e8s des ministres qui ne sont pas de leur rang sont des l\'e2chet\'e9s de gens de c\'9cur.
+\par
+\par 61
+\par
+\par L'honn\'eatet\'e9 [n'est] d'aucun \'e9tat en particulier, mais de tous les \'e9tats en g\'e9n\'e9ral.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744840}{\*\bkmkend BM104}{\*\bkmkend BM105}R\'e9flexions diverses{\*\bkmkend _Toc97744840}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744841}I. Du vrai{\*\bkmkend _Toc97744841}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM106}Le vrai, dans quelque sujet qu'il se trouve, ne peut \'eatre effac\'e9 par aucune comparaison d'un autre vrai, et quelque diff\'e9rence qui puisse \'ea
+tre entre deux sujets, ce qui est vrai dans l'un n'efface point ce qui est vrai dans l'autre\~: ils peuvent avoir plus ou moins d'\'e9tendue et \'eatre plus ou moins \'e9clatants, mais ils sont toujours \'e9gaux par leur v\'e9rit\'e9, qui n'est pas plus v
+\'e9rit\'e9 dans le plus grand que dans le plus petit. L'art de la guerre est plus \'e9tendu, plus noble et plus brillant que celui de la po\'e9sie\~; mais le po\'e8te et le conqu\'e9rant sont comparables l'un \'e0 l'autre\~
+; comme aussi, en tant qu'ils sont v\'e9ritablement ce qu'ils sont, le l\'e9gislateur et le peintre, etc.
+\par
+\par Deux sujets de m\'eame nature peuvent \'eatre diff\'e9rents, et m\'eame oppos\'e9s, comme le sont Scipion et Annibal, Fabius Maximus et Marcellus\~; cependant, parce que leurs qualit\'e9s sont vraies, elles subsistent en pr\'e9
+sence l'une de l'autre, et ne s'effacent point par la comparaison. Alexandre et C\'e9sar donnent des royaumes\~; la veuve donne une pite\~: quelque diff\'e9rents que soient ces pr\'e9sents, la lib\'e9ralit\'e9 est vraie et \'e9
+gale en chacun d'eux, et chacun donne \'e0 proportion de ce qu'il est.
+\par
+\par Un sujet peut avoir plusieurs v\'e9rit\'e9s, et un autre sujet peut n'en avoir qu'une\~: le sujet qui a plusieurs v\'e9rit\'e9s {\*\bkmkstart BM107}{\*\bkmkend BM106}est d'un plus grand prix, et peut briller par des endroits o\'f9 l'autre ne brille pas\~
+; mais dans l'endroit o\'f9 l'un et l'autre est vrai, ils brillent \'e9galement. \'c9paminondas \'e9tait grand capitaine, bon citoyen, grand philosophe\~; il \'e9tait plus estimable que Virgile, parce qu'il avait plus de v\'e9rit\'e9s que lui\~
+; mais comme grand capitaine, \'c9paminondas n'\'e9tait pas plus excellent que Virgile comme grand po\'e8te, parce que, par cet endroit, il n'\'e9tait pas plus vrai que lui. La cruaut\'e9 de cet enfant qu'un consul fit mourir pour avoir crev\'e9
+ les yeux d'une corneille \'e9tait moins importante que celle de Philippe second, qui fit mourir son fils, et elle \'e9tait peut-\'eatre m\'eal\'e9e avec moins d'autres vices\~; mais le degr\'e9 de cruaut\'e9 exerc\'e9
+e sur un simple animal ne laisse pas de tenir son rang avec la cruaut\'e9 des princes les plus cruels, parce que leurs diff\'e9rents degr\'e9s de cruaut\'e9 ont une v\'e9rit\'e9 \'e9gale.
+\par
+\par Quelque disproportion qu'il y ait entre deux maisons qui ont les beaut\'e9s qui leur conviennent, elles ne s'effacent point l'une l'autre\~: ce qui fait que Chantilly n'efface point Liancourt, bien qu'il ait infiniment plus de diverses beaut\'e9
+s, et que Liancourt n'efface pas aussi Chantilly, c'est que Chantilly a les beaut\'e9s qui conviennent \'e0 la grandeur de Monsieur le Prince, et que Liancourt a les beaut\'e9s qui conviennent \'e0 un particulier, et qu'ils ont chacun de vraies beaut\'e9
+s. On voit n\'e9anmoins des femmes d'une beaut\'e9 \'e9clatante, mais irr\'e9guli\'e8re, qui en effacent {\*\bkmkstart BM108}{\*\bkmkend BM107}souvent de plus v\'e9ritablement belles\~; mais comme le go\'fbt, qui se pr\'e9vient ais\'e9
+ment, est le juge de la beaut\'e9, et que la beaut\'e9 des plus belles personnes n'est pas toujours \'e9gale, s'il arrive que les moins belles effacent les autres, ce sera seulement durant quelques moments\~; ce sera que la diff\'e9rence de la lumi\'e8re
+et du jour fera plus ou moins discerner la v\'e9rit\'e9 qui est dans les traits ou dans les couleurs, qu'elle fera para\'eetre ce que la moins belle aura de beau, et emp\'eachera de para\'eetre ce qui est de vrai et de beau dans l'autre.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744842}{\*\bkmkend BM108}II. De la soci\'e9t\'e9{\*\bkmkend _Toc97744842}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM109}Mon dessein n'est pas de parler de l'amiti\'e9 en parlant de la soci\'e9t\'e9\~; bien qu'elles aient quelque rapport, elles sont n\'e9anmoins tr\'e8s diff\'e9rentes\~: la premi\'e8re a plus d'\'e9l\'e9vation et de dignit\'e9
+, et le plus grand m\'e9rite de l'autre, c'est de lui ressembler. Je ne parlerai donc pr\'e9sentement que du commerce particulier que les honn\'eates gens doivent avoir ensemble.
+\par
+\par Il serait inutile de dire combien la soci\'e9t\'e9 est n\'e9cessaire aux hommes\~: tous la d\'e9sirent et tous la cherchent, mais peu se servent des moyens de la rendre agr\'e9
+able et de la faire durer. Chacun veut trouver son plaisir et ses avantages aux d\'e9pens des autres\~; on se pr\'e9f\'e8re toujours \'e0 ceux avec qui on se propose de vivre, et on leur fait presque toujours sentir cette pr\'e9f\'e9rence\~; c'e
+st ce qui trouble et qui d\'e9truit la soci\'e9t\'e9. Il faudrait du moins savoir cacher ce d\'e9sir de pr\'e9f\'e9rence, puisqu'il est trop naturel en nous pour nous en pouvoir d\'e9faire\~; il faudrait faire son plaisir et celui des autres, m\'e9
+nager leur amour-propre, et ne le blesser jamais.
+\par
+\par L'esprit a beaucoup de part \'e0 un si grand ouvrage, mais il ne suffit pas seul pour nous conduire dans les divers chemins qu'il faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne maintiendrait pas longtemps la soci\'e9t\'e9, si elle n'\'e9
+tait r\'e9gl\'e9e et soutenue par le bon sens, par l'humeur, et par des \'e9gards qui doivent \'eatre entre les {\*\bkmkstart BM110}{\*\bkmkend BM109}personnes qui veulent vivre ensemble. S'il arrive quelquefois que des gens oppos\'e9
+s d'humeur et d'esprit paraissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons \'e9trang\'e8res, qui ne durent pas longtemps. On peut \'eatre aussi en soci\'e9t\'e9 avec des personnes sur qui nous avons de la sup\'e9riorit\'e9
+ par la naissance ou par des qualit\'e9s personnelles\~; mais ceux qui ont cet avantage n'en doivent pas abuser\~; ils doivent rarement le faire sentir, et ne s'en servir que pour instruire les autres\~
+; ils doivent les faire apercevoir qu'ils ont besoin d'\'eatre conduits, et le mener par raison, en s'accommodant autant qu'il est possible \'e0 leurs sentiments et \'e0 leurs int\'e9r\'eats.
+\par
+\par Pour rendre la soci\'e9t\'e9 commode, il faut que chacun conserve sa libert\'e9\~: il faut se voir, ou ne se voir point, sans suj\'e9tion, se divertir ensemble, et m\'eame s'ennuyer ensemble\~; il faut se pouvoir s\'e9parer, sans que cette s\'e9
+paration apporte de changement\~; il faut se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s'exposer \'e0
+ embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder. Il faut contribuer, autant qu'on le peut, au divertissement des personnes avec qui on veut vivre\~; mais il ne faut pas \'ea
+tre toujours charg\'e9 du soin d'y contribuer. La complaisance est n\'e9cessaire dans la soci\'e9t\'e9, mais elle doit avoir des bornes\~: elle devient une servitude quand elle est excessive\~; il faut du moins qu'elle paraisse libre, et
+{\*\bkmkstart BM111}{\*\bkmkend BM110}qu'en suivant le sentiment de nos amis, ils soient persuad\'e9s que c'est le n\'f4tre aussi que nous suivons.
+\par
+\par Il faut \'eatre facile \'e0 excuser nos amis, quand leurs d\'e9fauts sont n\'e9s avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualit\'e9s\~; il faut souvent \'e9viter de leur faire voir qu'on les ait remarqu\'e9s et qu'on en soit choqu\'e9
+, et on doit essayer de faire en sorte qu'ils puissent s'en apercevoir eux-m\'eames, pour leur laisser le m\'e9rite de s'en corriger.
+\par
+\par Il y a une sorte de politesse qui est n\'e9cessaire dans le commerce des honn\'eates gens\~; elle leur fait entendre raillerie, et elle les emp\'eache d'\'eatre choqu\'e9s et de choquer les autres par de certaines fa\'e7ons de parler trop s\'e8
+ches et trop dures, qui \'e9chappent souvent sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur.
+\par
+\par Le commerce des honn\'eates gens ne peut subsister sans une certaine sorte de confiance\~; elle doit \'eatre commune entre eux\~; il faut que chacun ait un air de s\'fbret\'e9 et de discr\'e9tion qui ne donne jamais lieu de
+ craindre qu'on puisse rien dire par imprudence.
+\par
+\par Il faut de la vari\'e9t\'e9 dans l'esprit\~: ceux qui n'ont que d'une sorte d'esprit ne peuvent plaire longtemps. On peut prendre des routes diverses, n'avoir pas les m\'eames vues ni les m\'eames talents, pourvu qu'on aide au plaisir de la soci\'e9t\'e9
+, et qu'on y observe la m\'eame justesse que les diff\'e9rentes voix et les divers instruments doivent observer dans la musique.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM112}{\*\bkmkend BM111}Comme il est malais\'e9 que plusieurs personnes puissent avoir les m\'eames int\'e9r\'eats, il est n\'e9cessaire au moins, pour la douceur de la soci\'e9t\'e9, qu'ils n'en aient pas de contraires.
+\par
+\par On doit aller au-devant de ce qui peut plaire \'e0 ses amis, chercher les moyens de leur \'eatre utile, leur \'e9pargner des chagrins, leur faire voir qu'on les partage avec eux quand on ne peut les d\'e9tourner, les effacer insensiblement sans pr\'e9
+tendre de les arracher tout d'un coup, et mettre en la place des objets agr\'e9ables, ou du moins qui les occupent. On peut leur parler des choses qui les regardent, mais ce n'est qu'autant qu'ils le permettent, et on y doit garder beaucoup de mesure\~
+; il y a de la politesse, et quelquefois m\'eame de l'humanit\'e9, \'e0 ne pas entrer trop avant dans les replis de leur c\'9cur\~; ils ont souvent de la peine \'e0 laisser voir tout ce qu'ils en connaissent, et ils en ont encore davantage quand on p\'e9n
+\'e8tre ce qu'ils ne connaissent pas. Bien que le commerce que les honn\'eates gens ont ensemble leur donne de la familiarit\'e9, et leur fournisse un nombre infini de sujets de se parler sinc\'e8rement, personne presque n'a assez de docilit\'e9
+ et de bon sens pour bien recevoir plusieurs avis qui sont n\'e9cessaires pour maintenir la soci\'e9t\'e9\~: on veut \'eatre averti jusqu'\'e0 un certain point, mais on ne veut pas l'\'eatre en toutes choses, et on craint de savoir toutes sortes de v\'e9
+rit\'e9s.
+\par
+\par Comme on doit garder des distances pour voir les objets, il {\*\bkmkstart BM113}{\*\bkmkend BM112}en faut garder aussi pour la soci\'e9t\'e9\~: chacun a son point de vue, d'o\'f9 il veut \'eatre regard\'e9\~
+; on a raison, le plus souvent, de ne vouloir pas \'eatre \'e9clair\'e9 de trop pr\'e8s, et il n'y a presque point d'homme qui veuille, en toutes choses, se laisser voir tel qu'il est.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744843}{\*\bkmkend BM113}III. De l'air et des mani\'e8res{\*\bkmkend _Toc97744843}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM114}Il y a un air qui convient \'e0 la figure et aux talents de chaque personne\~; on perd toujours quand on le quitte pour en prendre un autre. Il faut essayer de conna\'ee
+tre celui qui nous est naturel, n'en point sortir, et le perfectionner autant qu'il nous est possible.
+\par
+\par Ce qui fait que la plupart des petits enfants plaisent, c'est qu'ils sont encore renferm\'e9s dans cet air et dans ces mani\'e8res que la nature leur a donn\'e9
+s, et qu'ils n'en connaissent point d'autres. Ils les changent et les corrompent quand ils sortent de l'enfance\~: ils croient qu'il faut imiter ce qu'ils voient faire aux autres, et ils ne le peuvent parfaitement imiter\~
+; il y a toujours quelque chose de faux et d'incertain dans cette imitation. Ils n'ont rien de fixe dans leurs mani\'e8res ni dans leurs sentiments\~; au lieu d'\'eatre en effet ce qu'ils veulent para\'eetre, ils cherchent \'e0 para\'ee
+tre ce qu'ils ne sont pas. Chacun veut \'eatre un autre, et n'\'eatre plus ce qu'il est\~: ils cherchent une contenance hors d'eux-m\'eames, et un autre esprit que le leur\~; ils prennent des tons et des mani\'e8res au hasard\~; ils en font l'exp\'e9
+rience sur eux, sans consid\'e9rer que ce qui convient \'e0 quelques-uns ne convient pas \'e0 tout le monde, qu'il n'y a point de r\'e8gle g\'e9n\'e9rale pour les tons et pour les mani\'e8res, et qu'il n'y a point de bonnes copies. Deux hommes n\'e9
+anmoins peuvent avoir du rapport en plusieurs choses sans \'eatre copie l'un de {\*\bkmkstart BM115}{\*\bkmkend BM114}l'autre, si chacun suit son naturel\~; mais personne presque ne le suit enti\'e8rement. On aime \'e0 imiter\~; on imite souvent, m\'ea
+me sans s'en apercevoir, et on n\'e9glige ses propres biens pour des biens \'e9trangers, qui d'ordinaire ne nous conviennent pas.
+\par
+\par Je ne pr\'e9tends pas, par ce que je dis, nous renfermer tellement en nous-m\'eames que nous n'ayons pas la libert\'e9 de suivre des exemples, et de joindre \'e0 nous des qualit\'e9s utiles ou n\'e9cessaires que la nature ne nous a pas donn\'e9es\~
+: les arts et les sciences conviennent \'e0 la plupart de ceux qui s'en rendent capables, la bonne gr\'e2ce et la politesse conviennent \'e0 tout le monde\~; mais ces qualit\'e9
+s acquises doivent avoir un certain rapport et une certaine union avec nos propres qualit\'e9s, qui les \'e9tendent et les augmentent imperceptiblement.
+\par
+\par Nous sommes quelquefois \'e9lev\'e9s \'e0 un rang et \'e0 des dignit\'e9s au-dessus de nous, nous sommes souvent engag\'e9s dans une profession nouvelle o\'f9 la nature ne nous avait pas destin\'e9s\~; tous ces \'e9
+tats ont chacun un air qui leur convient, mais qui ne convient pas toujours avec notre air naturel\~; ce changement de notre fortune change souvent notre air et nos mani\'e8res, et y ajoute l'air de la dignit\'e9
+, qui est toujours faux quand il est trop marqu\'e9 et qu'il n'est pas joint et confondu avec l'air que la nature nous a donn\'e9\~: il faut les unir et les m\'ealer ensemble et qu'ils ne paraissent jamais s\'e9par\'e9s.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM116}{\*\bkmkend BM115}On ne parle pas de toutes choses sur un m\'eame ton et avec les m\'eames mani\'e8res\~; on ne marche pas \'e0 la t\'eate d'un r\'e9giment comme on marche en se promenant. Mais il faut qu'un m\'ea
+me air nous fasse dire naturellement des choses diff\'e9rentes, et qu'il nous fasse marcher diff\'e9remment, mais toujours naturellement, et comme il convient de marcher \'e0 la t\'eate d'un r\'e9giment et \'e0 une promenade.
+\par
+\par Il y en a qui ne se contentent pas de renoncer \'e0 leur air propre et naturel, pour suivre celui du rang et des dignit\'e9s o\'f9 ils sont parvenus\~; il y en a m\'eame qui prennent par avance l'air des dignit\'e9s et du rang o\'f9
+ ils aspirent. Combien de lieutenants g\'e9n\'e9raux apprennent \'e0 para\'eetre mar\'e9chaux de France\~! Combien de gens de robe r\'e9p\'e8tent inutilement l'air de chancelier, et combien de bourgeoises se donnent l'air de duchesses\~!
+\par
+\par Ce qui fait qu'on d\'e9pla\'eet souvent, c'est que personne ne sait accorder son air et ses mani\'e8res avec sa figure, ni ses tons et ses paroles avec ses pens\'e9es et ses sentiments\~; on trouble leur harmonie par quelque chose de faux et d'\'e9tranger
+\~; on s'oublie soi-m\'eame, et on s'en \'e9loigne insensiblement. Tout le monde presque tombe, par quelque endroit, dans ce d\'e9faut\~; personne n'a l'oreille assez juste pour entendre parfaitement cette sorte de cadence. Mille gens d\'e9
+plaisent avec des qualit\'e9s aimables, mille gens plaisent avec de moindres talents\~: c'est que les uns veulent para\'eetre ce qu'ils ne sont pas, les autres sont ce {\*\bkmkstart BM117}{\*\bkmkend BM116}qu'ils paraissent\~
+; et enfin, quelques avantages ou quelques d\'e9savantages que nous ayons re\'e7us de la nature, on pla\'eet \'e0 proportion de ce qu'on suit l'air, les tons, les mani\'e8res et les sentiments qui conviennent \'e0 notre \'e9tat et \'e0
+ notre figure, et on d\'e9pla\'eet \'e0 proportion de ce qu'on s'en \'e9loigne.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744844}{\*\bkmkend BM117}IV. De la conversation{\*\bkmkend _Toc97744844}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM118}Ce qui fait que si peu de personnes sont agr\'e9ables dans la conversation, c'est que chacun songe plus \'e0 ce qu'il veut dire qu'\'e0 ce que les autres disent. Il faut \'e9couter ceux qui parlent, si on en veut \'eatre \'e9cout\'e9\~
+; il faut leur laisser la libert\'e9 de se faire entendre, et m\'eame de dire des choses inutiles. Au lieu de les contredire ou de les interrompre, comme on fait souvent, on doit, au contraire, entrer dans leur esprit et dans leur go\'fb
+t, montrer qu'on les entend, leur parler de ce qui les touche, louer ce qu'ils disent autant qu'il m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9, et faire voir que c'est plus par choix qu'on le loue que par complaisance. Il faut \'e9viter de contester sur des choses indiff
+\'e9rentes, faire rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu'on pr\'e9tend avoir plus de raison que les autres, et c\'e9der ais\'e9ment l'avantage de d\'e9cider.
+\par
+\par On doit dire des choses naturelles, faciles et plus ou moins s\'e9rieuses, selon l'humeur et l'inclinaison des personnes que l'on entretient, ne les presser pas d'approuver ce qu'on dit, ni m\'eame d'y r\'e9
+pondre. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la politesse, on peut dire ses sentiments, sans pr\'e9vention et sans opini\'e2tret\'e9, en faisant para\'eetre qu'on cherche \'e0 les appuyer de l'avis de ceux qui \'e9coutent.
+\par
+\par Il faut \'e9viter de parler longtemps de soi-m\'eame, et de se donner souvent pour exemple. On ne saurait avoir trop {\*\bkmkstart BM119}{\*\bkmkend BM118}d'application \'e0 conna\'eetre la pente et la port\'e9e de ceux \'e0 qui on parle, pour se joindre
+\'e0 l'esprit de celui qui en a le plus, et pour ajouter ses pens\'e9es aux siennes, en lui faisant croire, autant qu'il est possible, que c'est de lui qu'on les prend. Il y a de l'habilet\'e9 \'e0 n'\'e9puiser pas les sujets qu'on traite, et \'e0
+ laisser toujours aux autres quelque chose \'e0 penser et \'e0 dire.
+\par
+\par On ne doit jamais parler avec des airs d'autorit\'e9, ni se servir de paroles et de termes plus grands que les choses. On peut conserver ses opinions, si elles sont raisonnables\~
+; mais en les conservant, il ne faut jamais blesser les sentiments des autres, ni para\'eetre choqu\'e9 de ce qu'ils ont dit. Il est dangereux de vouloir \'eatre toujours le ma\'eetre de la conversation, et de parler trop souvent d'une m\'eame chose\~
+; on doit entrer indiff\'e9remment sur tous les sujets agr\'e9ables qui se pr\'e9sentent, et ne faire jamais voir qu'on veut entra\'eener la conversation sur ce qu'on a envie de dire.
+\par
+\par Il est n\'e9cessaire d'observer que toute sorte de conversation, quelque honn\'eate et quelque spirituelle qu'elle soit, n'est pas \'e9galement propre \'e0 toute sorte d'honn\'eates gens\~: il faut choisir ce qui convient \'e0 chacun, et choisir m\'ea
+me le temps de le dire\~; mais s'il y a beaucoup d'art \'e0 parler, il n'y en a pas moins \'e0 se taire. Il y a un silence \'e9loquent\~: il sert quelquefois \'e0 approuver et \'e0 condamner\~; il y a un silence moqueur\~; il y a un silence
+{\*\bkmkstart BM120}{\*\bkmkend BM119}respectueux\~; il y a des airs, des tours et des mani\'e8res qui font souvent ce qu'il y a d'agr\'e9able ou de d\'e9sagr\'e9able, de d\'e9
+licat ou de choquant dans la conversation. Le secret de s'en bien servir est donn\'e9 \'e0 peu de personnes\~; ceux m\'eames qui en font des r\'e8gles s'y m\'e9prennent quelquefois\~; la plus s\'fbre, \'e0 mon avis, c'e
+st de n'en point avoir qu'on ne puisse changer, de laisser plut\'f4t voir des n\'e9gligences dans ce qu'on dit que de l'affectation, d'\'e9couter, de ne parler gu\'e8re, et de ne se forcer jamais \'e0 parler.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744845}{\*\bkmkend BM120}V. De la confiance{\*\bkmkend _Toc97744845}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM121}Bien que la sinc\'e9rit\'e9 et la confiance aient du rapport, elles sont n\'e9anmoins diff\'e9rentes en plusieurs choses\~: la sinc\'e9rit\'e9 est une ouverture de c\'9cur, qui nous montre tels que nous sommes\~; c'est un amour de la v
+\'e9rit\'e9, une r\'e9pugnance \'e0 se d\'e9guiser, un d\'e9sir de se d\'e9dommager de ses d\'e9fauts, et de les diminuer m\'eame par le m\'e9rite de les avouer. La confiance ne nous laisse pas tant de libert\'e9, ses r\'e8gles sont plus \'e9
+troites, elle demande plus de prudence et de retenue, et nous ne sommes pas toujours libres d'en disposer\~: il ne s'agit pas de nous uniquement, et nos int\'e9r\'eats sont m\'eal\'e9s d'ordinaire avec les int\'e9r\'ea
+ts des autres. Elle a besoin d'une grande justesse pour ne livrer pas nos amis en nous livrant nous-m\'eames, et pour ne faire pas des pr\'e9sents de leur bien dans la vue d'augmenter le prix de ce que nous donnons.
+\par
+\par La confiance pla\'eet toujours \'e0 celui qui la re\'e7oit\~: c'est un tribut que nous payons \'e0 son m\'e9rite\~; c'est un d\'e9p\'f4t que l'on commet \'e0 sa foi\~; ce sont des gages qui lui donnent un droit sur nous, et une sorte de d\'e9pendance o
+\'f9 nous nous assujettissons volontairement. Je ne pr\'e9tends pas d\'e9truire par ce que je dis la confiance, si n\'e9cessaire entre les hommes puisqu'elle est le lien de la soci\'e9t\'e9 et de l'amiti\'e9\~; je pr\'e9
+tends seulement y mettre des bornes, et la rendre honn\'eate et fid\'e8le. Je veux qu'elle soit toujours vraie et toujours prudente, et qu'elle n'ait ni faiblesse {\*\bkmkstart BM122}{\*\bkmkend BM121}ni int\'e9r\'eat\~; je sais bien qu'il est malais\'e9
+ de donner de justes limites \'e0 la mani\'e8re de recevoir toute sorte de confiance de nos amis, et de leur faire part de la n\'f4tre.
+\par
+\par On se confie le plus souvent par vanit\'e9, par envie de parler, par le d\'e9sir de s'attirer la confiance des autres, et pour faire un \'e9change de secrets. Il y a des personnes qui peuvent avoir raison de se fier en nous, ver
+s qui nous n'aurions pas raison d'avoir la m\'eame conduite, et on s'acquitte envers ceux-ci en leur gardant le secret, et en les payant de l\'e9g\'e8res confidences. Il y en a d'autres dont la fid\'e9lit\'e9 nous est connue, qui ne m\'e9
+nagent rien avec nous, et \'e0 qui on peut se confier par choix et par estime. On doit ne leur rien cacher de ce qui ne regarde que nous, se montrer \'e0 eux toujours vrais dans nos bonnes qualit\'e9s et dans nos d\'e9fauts m\'eame, sans exag\'e9
+rer les unes et sans diminuer les autres, se faire une loi de ne leur faire jamais de demi-confidences\~; elles embarrassent toujours ceux qui les font, et ne contentent presque jamais ceux qui les re\'e7oivent\~: on leur donne des lumi\'e8
+res confuses de ce qu'on veut cacher, on augmente leur curiosit\'e9, on les met en droit d'en vouloir savoir davantage, et ils se croient en libert\'e9 de disposer de ce qu'ils ont p\'e9n\'e9tr\'e9. Il est plus s\'fbr et plus honn\'ea
+te de ne leur rien dire que de se taire quand on a commenc\'e9 de parler.
+\par
+\par Il y a d'autres r\'e8gles \'e0 suivre pour les choses qui nous ont \'e9t\'e9 confi\'e9es. Plus elles sont importantes, et plus la {\*\bkmkstart BM123}{\*\bkmkend BM122}prudence et la fid\'e9lit\'e9 y sont n\'e9
+cessaires. Tout le monde convient que le secret doit \'eatre inviolable, mais on ne convient pas toujours de la nature et de l'importance du secret\~; nous ne consultons le plus souvent que nous-m\'ea
+mes sur ce que nous devons dire et sur ce que nous devons taire\~; il y a peu de secrets de tous les temps, et le scrupule de les r\'e9v\'e9ler ne dure pas toujours.
+\par
+\par On a des liaisons \'e9troites avec des amis dont on conna\'eet la fid\'e9lit\'e9\~; ils nous ont toujours parl\'e9 sans r\'e9serve, et nous avons toujours gard\'e9 les m\'eames mesures avec eux\~
+; ils savent nos habitudes et nos commerces, et il nous voient de trop pr\'e8s pour ne s'apercevoir pas du moindre changement\~; ils peuvent savoir par ailleurs ce que nous sommes engag\'e9s de ne dire jamais \'e0 personne\~; il n'a pas \'e9t\'e9
+ en notre pouvoir de les faire entrer dans ce qu'on nous a confi\'e9\~; ils ont peut-\'eatre m\'eame quelque int\'e9r\'eat de le savoir\~; on est assur\'e9 d'eux comme de soi, et on se voit r\'e9duit \'e0 la cruelle n\'e9cessit\'e9 de prendre leur amiti
+\'e9, qui nous est pr\'e9cieuse, ou de manquer \'e0 la foi du secret. Cet \'e9tat est sans doute la plus rude \'e9preuve de la fid\'e9lit\'e9\~; mais il ne doit pas \'e9branler un honn\'eate homme\~: c'est alors qu'il lui est permis de se pr\'e9f\'e9
+rer aux autres\~; son premier devoir est de conserver indispensablement ce d\'e9p\'f4t en son entier, sans en peser les suites\~; il doit non seulement m\'e9nager ses paroles et ses tons, il doit encore m\'e9
+nager ses conjectures, et ne laisser jamais rien voir, dans ses discours ni dans son {\*\bkmkstart BM124}{\*\bkmkend BM123}air, qui puisse tourner l'esprit des autres vers ce qu'il ne veut pas dire.
+\par
+\par On a souvent besoin de force et de prudence pour opposer \'e0 la tyrannie de la plupart de nos amis, qui se font un droit sur notre confiance, et qui veulent tout savoir de nous. On ne doit jamais leur laisser \'e9tablir ce droit sans exception\~
+: il y a des rencontres et des circonstances qui ne sont pas de leur juridiction\~; s'ils s'en plaignent, on doit souffrir leur plaintes, et s'en justifier avec douceur\~; mais s'ils demeurent injustes, on doit sacrifier leur amiti\'e9 \'e0
+ son devoir, et choisir entre deux maux in\'e9vitables, dont l'un se peut r\'e9parer, et l'autre est sans rem\'e8de.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744846}{\*\bkmkend BM124}VI. De l'amour et de la mer{\*\bkmkend _Toc97744846}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM125}Ceux qui ont voulu nous repr\'e9senter l'amour et ses caprices l'ont compar\'e9 en tant de sortes \'e0 la mer qu'il est malais\'e9 de rien ajouter \'e0
+ ce qu'ils en ont dit. Ils nous ont fait voir que l'un et l'autre ont une inconstance et une infid\'e9lit\'e9 \'e9gales, que leurs biens et leurs maux sont sans nombre, que les navigations les plus heureuses sont expos\'e9es \'e0
+ mille dangers, que les temp\'eates et les \'e9cueils sont toujours \'e0 craindre, et que souvent m\'eame on fait naufrage dans le port. Mais en nous exprimant tant d'esp\'e9rances et tant de craintes, ils ne nous pas assez montr\'e9
+, ce me semble, le rapport qu'il y a d'un amour us\'e9, languissant et sur sa fin, \'e0 ces longues bonaces, \'e0 ces calmes ennuyeux, que l'on rencontre sous la ligne\~: on est fatigu\'e9 d'un grand voyage, on souhaite de l'achever\~
+; on voit la terre, mais on manque de vent pour y arriver\~; on se voit expos\'e9 aux injures des saisons\~; les maladies et les langueurs emp\'eachent d'agir\~; l'eau et les vivres manquent ou changent de go\'fbt\~; on a recours inutilement aux secours
+\'e9trangers\~; on essaye de p\'eacher, et on prend quelques poissons, sans en tirer de soulagement ni de nourriture\~; on est las de tout ce qu'on voit, on est toujours avec ses m\'eames pens\'e9es, et on est toujours ennuy\'e9\~
+; on vit encore, et on a regret \'e0 vivre\~; on attend des d\'e9sirs pour sortir d'un \'e9tat p\'e9nible et languissant, mais on n'en forme que de faibles et d'inutiles.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744847}{\*\bkmkend BM125}VII. Des exemples{\*\bkmkend _Toc97744847}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart BM126}Quelque diff\'e9rence qu'il y ait entre les bons et les mauvais exemples, on trouvera que les uns et les autres ont presque \'e9
+galement produit de m\'e9chants effets. Je ne sais m\'eame si les crimes de Tib\'e8re et de N\'e9ron ne nous \'e9loignent pas plus du vice que les exemples estimables des plus grands hommes ne nous approchent de la vertu. Combien la valeur d'Ale
+xandre a-t-elle fait de fanfarons\~! Combien la gloire de C\'e9sar a-t-elle autoris\'e9 d'entreprises contre la patrie\~! Combien Rome et Sparte ont-elles lou\'e9 de vertus farouches\~! Combien Diog\'e8ne a-t-il fait de philosophes importuns, Cic\'e9
+ron de babillards, Pomponius Atticus de gens neutres et paresseux, Marius et Sylla de vindicatifs, Lucullus de voluptueux, Alcibiade et Antoine de d\'e9bauch\'e9s, Capon d'opini\'e2tres\~
+! Tous ces grands originaux ont produit un nombre infini de mauvaises copies. Les vertus sont fronti\'e8res des vices\~; les exemples sont des guides qui nous \'e9garent souvent, et nous sommes si remplis de fausset\'e9
+ que nous ne nous en servons pas moins pour nous \'e9loigner du chemin de la vertu que pour le suivre.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744848}{\*\bkmkend BM126}VIII. De l'incertitude de la jalousie{\*\bkmkend _Toc97744848}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM127}Plus on parle de sa jalousie, et plus les endroits qui ont d\'e9plu paraissent de diff\'e9rents c\'f4t\'e9s\~; les moindres circonstances les changent, et font toujours d\'e9couvrir quelque chose de nouveau. Ces nouveaut\'e9
+s font revoir sous d'autres apparences ce qu'on croyait avoir assez vu et assez pes\'e9\~; on cherche \'e0 s'attacher \'e0 une opinion, et on ne s'attache \'e0 rien\~; tout ce qui est de plus oppos\'e9 et de plus effac\'e9 se pr\'e9sente en m\'eame temps
+\~; on veut ha\'efr et on veut aimer, mais on aime encore quand on hait, et on hait encore quand on aime\~; on croit tout, et on doute de tout\~; on a de la honte et du d\'e9pit d'avoir cru et d'avoir dout\'e9\~; on se travaille incessamment pour arr\'ea
+ter son opinion, et on ne la conduit jamais \'e0 un lieu fixe.
+\par
+\par Les po\'e8tes devraient comparer cette opinion \'e0 la peine de Sisyphe, puisqu'on roule aussi inutilement que lui un rocher, par un chemin p\'e9nible et p\'e9rilleux\~: on voit le sommet de la montagne et on s'efforce d'y arriver, on l'esp\'e8
+re quelquefois, mais on n'y arrive jamais. On n'est pas assez heureux pour oser croire ce qu'on souhaite, ni m\'eame assez heureux aussi pour \'eatre assur\'e9 de ce qu'on craint le plus. On est assujetti \'e0 une incertitude \'e9ternelle, qui nous pr\'e9
+sente successivement des biens et des maux qui nous \'e9chappent toujours.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744849}{\*\bkmkend BM127}IX. De l'amour et de la vie{\*\bkmkend _Toc97744849}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM128}L'amour est une image de notre vie\~: l'un et l'autre sont sujets aux m\'eames r\'e9volutions et aux m\'eames changements. Leur jeunesse est pleine de joie et d'esp\'e9rance\~: on se trouve heureux d'\'ea
+tre jeune, comme on se trouve heureux d'aimer. Cet \'e9tat si agr\'e9able nous conduit \'e0 d\'e9sirer d'autres biens, et on en veut de plus solides\~; on ne se contente pas de subsister, on veut faire des progr\'e8s, on est occup\'e9 des moyens de
+s'avancer et d'assurer sa fortune\~; on cherche la protection des ministres, on se rend utile \'e0 leurs int\'e9r\'eats\~; on ne peut souffrir que quelqu'un pr\'e9tende ce que nous pr\'e9tendons. Cette \'e9mulation est travers\'e9
+e de mille soins et de mille peines, qui s'effacent par le plaisir de se voir \'e9tabli\~: toutes les passions sont alors satisfaites, et on ne pr\'e9voit pas qu'on puisse cesser d'\'eatre heureux.
+\par
+\par Cette f\'e9licit\'e9 n\'e9anmoins est rarement de longue dur\'e9e, et elle ne peut conserver longtemps la gr\'e2ce de la nouveaut\'e9. Pour avoir ce que nous avons souhait\'e9, nous ne laissons pas de souhaiter encore. Nous nous accoutumons \'e0
+ tout ce qui est \'e0 nous\~; les m\'eames biens ne conservent pas leur m\'eame prix, et ils ne touchent pas toujours \'e9galement notre go\'fbt\~; nous changeons imperceptiblement, sans remarquer notre changement\~
+; ce que nous avons obtenu devient une partie de nous-m\'eame\~: nous serions cruellement touch\'e9s de le perdre, mais nous ne sommes plus sensibles au plaisir de le conserver\~; la joie n'est plus vive, on en cherche ailleurs {\*\bkmkend BM128}
+que dans ce qu'on a tant d\'e9sir\'e9. Cette inconstance involontaire est un effet du temps, qui prend malgr\'e9 nous sur l'amour comme sur notre vie\~; il en efface insensiblement chaque jour un certain air de jeunesse et de gaiet\'e9, et en d\'e9
+truit les plus v\'e9ritables charmes\~; on prend des mani\'e8res plus s\'e9rieuses, on joint des affaires \'e0 la passion\~; l'amour ne subsiste plus par lui-m\'eame, et il emprunte des secours \'e9trangers. Cet \'e9tat de l'amour repr\'e9
+sente le penchant de l'\'e2ge, o\'f9 on commence \'e0 voir par o\'f9 on doit finir\~; mais on n'a pas la force de finir volontairement, et dans le d\'e9clin de l'amour comme dans le d\'e9clin de la vie personne ne se peut r\'e9soudre de pr\'e9venir les d
+\'e9go\'fbts qui restent \'e0 \'e9prouver\~; on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs. La jalousie, la m\'e9fiance, la crainte de lasser, la crainte d'\'eatre quitt\'e9, sont des peines attach\'e9es \'e0
+ la vieillesse de l'amour, comme les maladies sont attach\'e9es \'e0 la trop longue dur\'e9e de la vie\~: on ne sent plus qu'on est vivant que p
+arce qu'on sent qu'on est malade, et on ne sent aussi qu'on est amoureux que par sentir toutes les peines de l'amour. On ne sort de l'assoupissement des trop longs attachements que par le d\'e9pit et le chagrin de se voir toujours attach\'e9\~
+; enfin, de toutes les d\'e9cr\'e9pitudes, celle de l'amour est la plus insupportable.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744850}X. Des go\'fbts{\*\bkmkend _Toc97744850}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM130}Il y a des personnes qui ont plus d'esprit que de go\'fbt, et d'autres qui ont plus de go\'fbt que d'esprit\~; il y a plus de vari\'e9t\'e9 et de caprice dans le go\'fbt que dans l'esprit.
+\par
+\par Ce terme de go\'fbt a diverses significations, et il est ais\'e9 de s'y m\'e9prendre. Il y a diff\'e9rence entre le go\'fbt qui nous porte vers les choses, et le go\'fbt qui nous en fait conna\'eetre et discerner les qualit\'e9s, en s'attachant aux r\'e8
+gles\~: on peut aimer la com\'e9die sans avoir le go\'fbt assez fin et assez d\'e9licat pour en bien juger, et on peut avoir le go\'fbt assez bon pour bien juger de la com\'e9die sans l'aimer. Il y a des go\'fb
+ts qui nous approchent imperceptiblement de ce qui se montre \'e0 nous\~; d'autres nous entra\'eenent par leur force ou par leur dur\'e9e.
+\par
+\par Il y a des gens qui ont le go\'fbt faux en tout\~; d'autres ne l'ont faux qu'en de certaines choses, et ils l'ont droit et juste dans ce qui est de leur port\'e9e. D'autres ont des go\'fbts particuliers, qu'
+ils connaissent mauvais, et ne laissent pas de les suivre. Il y en a qui ont le go\'fbt incertain\~; le hasard en d\'e9cide\~; ils changent par l\'e9g\'e8ret\'e9, et sont touch\'e9
+s de plaisir ou d'ennui sur la parole de leurs amis. D'autres sont toujours pr\'e9venus\~; ils sont esclaves de tous leurs go\'fbts, et les respectent en toutes choses. Il y en a qui sont sensibles \'e0 ce qui est bon, et choqu\'e9s de ce qui ne l'est pas
+\~; leurs vues sont nettes et justes, et il trouvent la raison de leur go\'fbt dans leur {\*\bkmkstart BM131}{\*\bkmkend BM130}esprit et dans leur discernement.
+\par
+\par Il y en a qui, par une sorte d'instinct dont ils ignorent la cause, d\'e9cident de ce qui se pr\'e9sente \'e0 eux, et prennent toujours le bon parti. Ceux-ci font para\'eetre plus de go\'fbt que d'esprit, parce que leur amour-propre et leur humeur ne pr
+\'e9valent point sur leurs lumi\'e8res naturelles\~; tout agit de concert en eux, tout y est sur un m\'eame ton. Cet accord les fait juger sainement des objets, et leur en forme une id\'e9e v\'e9ritable\~; mais, \'e0 parler g\'e9n\'e9
+ralement, il y a peu de gens qui aient le go\'fbt fixe et ind\'e9pendant de celui des autres\~; ils suivent l'exemple et la coutume, et ils en empruntent presque tout ce qu'ils ont de go\'fbt.
+\par
+\par Dans toutes ces diff\'e9rences de go\'fbts que l'on vient de marquer, il est tr\'e8s rare, et presque impossible, de rencontrer cette sorte de bon go\'fbt qui sait donner le prix \'e0 chaque chose, qui en conna\'eet toute la valeur, et qui se porte g\'e9n
+\'e9ralement sur tout\~: nos connaissances sont trop born\'e9es, et cette juste disposition des qualit\'e9s qui font bien juger ne se maintient d'ordinaire que sur ce qui ne nous regarde pas directement. Quand il s'agit de nous, notre go\'fb
+t n'a plus cette justesse si n\'e9cessaire, la pr\'e9occupation la trouble, tout ce qui a du rapport \'e0 nous nous para\'eet sous une autre figure. Personne ne voit des m\'eames yeux ce qui le touche et ce qui ne le touche pas\~; notre go\'fb
+t est conduit alors par la pente de l'amour-propre et de l'humeur, qui nous fournissent des vues nouvelles, et {\*\bkmkstart BM132}{\*\bkmkend BM131}nous assujettissent \'e0 un nombre infini de changements et d'incertitudes\~; notre go\'fbt n'est plus
+\'e0 nous, nous n'en disposons plus, il change sans notre consentement, et les m\'eames objets nous paraissent par tant de c\'f4t\'e9s diff\'e9rents que nous m\'e9connaissons enfin ce que nous avons vu et ce que nous avons senti.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744851}{\*\bkmkend BM132}XI. Du rapport des hommes avec les animaux{\*\bkmkend _Toc97744851}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM133}Il y a autant de diverses esp\'e8ces d'hommes qu'il y a de diverses esp\'e8ces d'animaux, et les hommes sont, \'e0 l'\'e9gard des autres hommes, ce que les diff\'e9rentes esp\'e8ces d'animaux sont entre elles et \'e0 l'\'e9gard
+les unes des autres.
+\par
+\par Combien y a-t-il d'hommes qui vivent du sang et de la vie des innocents, les uns comme des tigres, toujours farouches et toujours cruels, d'autres comme des lions, en gardant quelque apparence de g\'e9n\'e9rosit\'e9, d'autres comme des ours, g
+rossiers et avides, d'autres comme des loups, ravissants et impitoyables, d'autres comme des renards, qui vivent d'industrie, et dont le m\'e9tier est de tromper\~!
+\par
+\par Combien y a-t-il d'hommes qui ont du rapport aux chiens\~! Ils d\'e9truisent leur esp\'e8ce\~; ils chassent pour le plaisir de celui qui les nourrit\~; les uns suivent toujours leur ma\'eetre, les autres gardent sa maison. Il y a des l\'e9
+vriers d'attache, qui vivent de leur valeur, qui se destinent \'e0 la guerre, et qui ont de la noblesse dans leur courage\~; il y a des dogues acharn\'e9s, qui n'ont de qualit\'e9s que la fureur\~
+; il y a des chiens, plus ou moins inutiles, qui aboient souvent, et qui mordent quelquefois, et il y a m\'eame des chiens de jardinier. Il y a des singes et des guenons qui plaisent par leurs mani\'e8re
+s, qui ont de l'esprit, et qui font toujours du mal. Il y a des paons qui n'ont que de la beaut\'e9, qui d\'e9plaisent par leur chant, et qui d\'e9truisent les lieux qu'ils habitent.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM134}{\*\bkmkend BM133}Il y a des oiseaux qui ne sont recommandables que par leur ramage ou par leurs couleurs. Combien de perroquets, qui parlent sans cesse, et qui n'entendent jamais ce qu'ils disent\~
+; combien de pies et de corneilles, qui ne s'apprivoisent que pour d\'e9rober\~; combien d'oiseaux de proie, qui ne vivent que de rapine\~; combien d'esp\'e8ces d'animaux paisibles et tranquilles, qui ne servent qu'\'e0 nourrir d'autres animaux\~!
+\par
+\par Il y a des chats, toujours au guet, malicieux et infid\'e8les, et qui font patte de velours\~; il y a des vip\'e8res dont la langue est venimeuse, et dont le reste est utile\~; il y a des araign\'e9
+es, des mouches, des punaises et des puces, qui sont toujours incommodes et insupportables\~; il y a des crapauds, qui font horreur, et qui n'ont que du venin\~; il y a des hiboux, qui craignent la lumi\'e8re. Combien d'animaux qui vivent so
+us terre pour se conserver\~! Combien de chevaux, qu'on emploie \'e0 tant d'usages, et qu'on abandonne quand ils ne servent plus\~; combien de b\'9cufs, qui travaillent toute leur vie pour enrichir celui qui leur impose le joug\~
+; de cigales, qui passent leur vie \'e0 chanter\~; de li\'e8vres, qui ont peur de tout\~; de lapins, qui s'\'e9pouvantent et rassurent en un moment\~; de pourceaux, qui vivent dans la crapule et dans l'ordure\~; de canards priv\'e9
+s, qui trahissent leurs semblables, et les attirent dans les filets, de corbeaux et de vautours, qui ne vivent que de pourriture et de corps morts\~! Combien d'oiseaux passagers, {\*\bkmkstart BM135}{\*\bkmkend BM134}
+qui vont si souvent d'un bout du monde \'e0 l'autre, et qui s'exposent \'e0 tant de p\'e9rils, pour chercher \'e0 vivre\~! Combien d'hirondelles, qui suivent toujours le beau temps\~; de hannetons, inconsid\'e9r\'e9s et sans dessein\~
+; de papillons, qui cherchent le feu qui les br\'fble\~! Combien d'abeilles, qui respectent leur chef, et qui se maintiennent avec tant de r\'e8gle et d'industrie\~! Combien de frelons, vagabonds et fain\'e9ants, qui cherchent \'e0 s'\'e9tablir aux d\'e9
+pens des abeilles\~! Combien de fourmis, dont la pr\'e9voyance et l'\'e9conomie soulagent tous leurs besoins\~! Combien de crocodiles, qui feignent de se plaindre pour d\'e9vorer ceux qui sont touch\'e9s de leur plainte\~! Et
+ combien d'animaux qui sont assujettis parce qu'ils ignorent leur force\~!
+\par
+\par Toutes ces qualit\'e9s se trouvent dans l'homme, et il exerce, \'e0 l'\'e9gard des autres hommes, tout ce que les animaux dont on vient de parler exercent entre eux.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744852}{\*\bkmkend BM135}XII. De l'origine des maladies{\*\bkmkend _Toc97744852}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM136}Si on examine la nature des maladies, on trouvera qu'elles tirent leur origine des passions et des peines de l'esprit. L'\'e2ge d'or, qui en \'e9tait exempt, \'e9tait exempt de maladies. L'\'e2ge d'argent, qui le suivit
+, conserva encore sa puret\'e9. L'\'e2ge d'airain donna la naissance aux passions et aux peines de l'esprit\~; elles commenc\'e8rent \'e0 se former, et elles avaient encore la faiblesse de l'enfance et sa l\'e9g\'e8ret\'e9
+. Mais elles parurent avec toute leur force et toute leur malignit\'e9 dans l'\'e2ge de fer, et r\'e9pandirent dans le monde, par la suite de leur corruption, les diverses maladies qui ont afflig\'e9 les hommes depuis tant de si\'e8
+cles. L'ambition a produit les fi\'e8vres aigu\'ebs et fr\'e9n\'e9tiques\~: l'envie a produit la jaunisse et l'insomnie\~; c'est de la paresse que viennent les l\'e9thargies, les paralysies et les langueurs\~: la col\'e8re a fait les \'e9touffements, les
+\'e9bullitions de sang, et les inflammations de poitrine\~: la peur a fait les battements de c\'9cur et les syncopes\~; la vanit\'e9 a fait les folies\~; l'avarice, la teigne et la gale\~; la tristesse a fait le scorbut\~; la cruaut\'e9, la pierre\~
+; la calomnie et les faux rapports ont r\'e9pandu la rougeole, la petite v\'e9role, et le pourpre, et on doit \'e0 la jalousie la gangr\'e8ne, la peste et la rage. Les disgr\'e2ces impr\'e9vues ont fait l'apoplexie\~; les proc\'e8
+s ont fait la migraine et le transport au cerveau\~; les dettes ont fait les fi\'e8vres \'e9tiques\~; l'ennui du mariage a produit la fi\'e8vre quarte, et {\*\bkmkstart BM137}{\*\bkmkend BM136}la lassitude des amants qui n'osent se quitter a caus\'e9
+ les vapeurs. L'amour, lui seul, a fait plus de maux que tout le reste ensemble, et personne ne doit entreprendre de les exprimer\~; mais comme il fait aussi les plus grands biens de la vie, au lieu de m\'e9dire de lui, on doit se taire\~; on doi
+t le craindre et le respecter toujours.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744853}{\*\bkmkend BM137}XIII. Du faux{\*\bkmkend _Toc97744853}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM138}On est faux en diff\'e9rentes mani\'e8res. Il y a des hommes faux qui veulent toujours para\'eetre ce qu'ils ne sont pas. Il y en a d'autres, de meilleure foi, qui sont n\'e9s faux, qui se trompent eux-m\'ea
+mes, et qui ne voient jamais les choses comme elles sont. Il y en a dont l'esprit est droit, et le go\'fbt faux. D'autres ont l'esprit faux, et ont quelque droiture dans le go\'fbt. Et il y en a qui n'ont rien de faux dans le go\'fbt, ni d
+ans l'esprit. Ceux-ci sont tr\'e8s rares, puisque, \'e0 parler g\'e9n\'e9ralement, il n'y a presque personne qui n'ait de la fausset\'e9 dans quelque endroit de l'esprit ou du go\'fbt.
+\par
+\par Ce qui fait cette fausset\'e9 si universelle, c'est que nos qualit\'e9s sont incertaines et confuses, et que nos vues le sont aussi\~; on ne voit point les choses pr\'e9cis\'e9
+ment comme elles sont, on les estime plus ou moins qu'elles ne valent, et on ne les fait point rapporter \'e0 nous en la mani\'e8re qui leur convient, et qui convient \'e0 notre \'e9tat et \'e0 nos qualit\'e9s. Ce m\'e9
+compte met un nombre infini de fausset\'e9s dans le go\'fbt et dans l'esprit\~: notre amour-propre est flatt\'e9 de tout ce qui se pr\'e9sente \'e0 nous sous les apparences du bien\~; mais comme il y a plusieurs sortes de biens qui touchent notre vanit
+\'e9 ou notre temp\'e9rament, on les suit souvent par coutume, ou par commodit\'e9\~; on les suit parce que les autres les suivent, sans consid\'e9rer qu'un m\'eame sentiment ne doit pas \'eatre \'e9galement embrass\'e9 par {\*\bkmkstart BM139}
+{\*\bkmkend BM138}toute sorte de personnes, et qu'on s'y doit attacher plus ou moins fortement selon qu'il convient plus ou moins \'e0 ceux qui le suivent.
+\par
+\par On craint encore plus de se montrer faux par le go\'fbt que par l'esprit. Les honn\'eates gens doivent approuver sans pr\'e9vention ce qui m\'e9rite d'\'eatre approuv\'e9, suivre ce qui m\'e9rite d'\'ea
+tre suivi, et ne se piquer de rien. Mais il y faut une grande proportion et une grande justesse\~; il faut savoir discerner ce qui est bon en g\'e9n\'e9ral, et ce qui nous est propre, et suivre alors avec raison la pente naturelle qui nous porte vers les
+choses qui nous plaisent. Si les hommes ne voulaient exceller que par leurs propres talents et en suivant leurs devoirs, il n'y aurait rien de faux dans leur go\'fbt et dans leur conduite\~; ils se montreraient tels qu'ils sont\~
+; ils jugeraient des choses par leurs lumi\'e8res, et s'y attacheraient par raison\~; il y aurait de la proportion dans leurs vues et dans leurs sentiments\~; leur go\'fb
+t serait vrai, il viendrait d'eux et non pas des autres, et ils le suivraient par choix, et non pas par coutume ou par hasard.
+\par
+\par Si on est faux en approuvant ce qui ne doit pas \'eatre approuv\'e9, on ne l'est pas moins, le plus souvent, par l'envie de se faire valoir par des qualit\'e9s qui sont bonnes de soi, mais qui ne nous conviennent pas\~
+: un magistrat est faux quand il se pique d'\'eatre brave, bien qu'il puisse \'eatre hardi dans de certaines rencontres\~; il doit para\'eetre ferme {\*\bkmkstart BM140}{\*\bkmkend BM139}et assur\'e9 dans une s\'e9
+dition qu'il a droit d'apaiser, sans craindre d'\'eatre faux, et il serait faux et ridicule de se battre en duel. Une femme peut aimer les sciences, mais toutes les sciences ne lui conviennent pas toujours, et l'ent\'ea
+tement de certaines sciences ne lui convient jamais, et est toujours faux.
+\par
+\par Il faut que la raison et le bon sens mettent le prix aux choses, et qu'elles d\'e9terminent notre go\'fbt \'e0 leur donner le rang qu'elles m\'e9ritent et qu'il nous convient de leur donner\~
+; mais presque tous les hommes se trompent dans ce prix et dans ce rang, et il y a toujours de la fausset\'e9 dans ce m\'e9compte.
+\par
+\par Les plus grands rois sont ceux qui s'y m\'e9prennent le plus souvent\~: ils veulent surpasser les autres hommes en valeur, en savoir, en galanterie, et dans mille autres qualit\'e9s o\'f9 tout le monde a droit de pr\'e9tendre\~; mais ce go\'fb
+t d'y surpasser les autres peut \'eatre faux en eux, quand il va trop loin. Leur \'e9mulation doit avoir un autre objet\~
+: ils doivent imiter Alexandre, qui ne voulut disputer du prix de la course que contre des rois, et se souvenir que ce n'est que des qualit\'e9s particuli\'e8res \'e0 la royaut\'e9 qu'ils doivent disputer. Quelque vaillant que puisse \'eat
+re un roi, quelque savant et agr\'e9able qu'il puisse \'eatre, il trouvera un nombre infini de gens qui auront ces m\'eames qualit\'e9s aussi avantageusement que lui, et le d\'e9sir de les surpasser para\'eetra toujours faux, et souvent m\'ea
+me il lui sera {\*\bkmkstart BM141}{\*\bkmkend BM140}impossible d'y r\'e9ussir\~; mais s'il s'attache \'e0 ses devoirs v\'e9ritables, s'il est magnanime, s'il est grand capitaine et grand politique, s'il est juste, cl\'e9ment et lib\'e9
+ral, s'il soulage ses sujets, s'il aime la gloire et le repos de son \'c9tat, il ne trouvera que des rois \'e0 vaincre dans une si noble carri\'e8re\~; il n'y aura rien que de vrai et de grand dans un si juste dessein, le d\'e9
+sir d'y surpasser les autres n'aura rien de faux. Cette \'e9mulation est digne d'un roi, et c'est la v\'e9ritable gloire o\'f9 il doit pr\'e9tendre.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744854}{\*\bkmkend BM141}XIV. Des mod\'e8les de la nature et de la fortune{\*\bkmkend _Toc97744854}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM142}Il semble que la fortune, toute changeante et capricieuse qu'elle est, renonce \'e0 ses changements et \'e0 ses caprices pour agir de concert avec la nature, et que l'une et l'autre concourent de temps en temps \'e0
+ faire des hommes extraordinaires et singuliers, pour servir de mod\'e8les \'e0 la post\'e9rit\'e9. Le soin de la nature est de fournir les qualit\'e9s\~; celui de la fortune est de les mettre en \'9cuvre, et de les faire voir dans le jour et ave
+c les proportions qui conviennent \'e0 leur dessein\~; on dirait alors qu'elles imitent les r\'e8gles des grands peintres, pour nous donner des tableaux parfaits de ce qu'elles veulent repr\'e9
+senter. Elles choisissent un sujet, et s'attachent au plan qu'elles se sont propos\'e9\~; elles disposent de la naissance, de l'\'e9ducation, des qualit\'e9s naturelles et acquises, des temps, des conjonctures, des amis, des ennemis\~
+; elles font remarquer des vertus et des vices, des actions heureuses et malheureuses\~; elles joignent m\'eam
+e de petites circonstances aux plus grandes, et les savent placer avec tant d'art que les actions des hommes et leurs motifs nous paraissent toujours sous la figure et avec les couleurs qu'il pla\'eet \'e0 la nature et \'e0 la fortune d'y donner.
+\par
+\par Quel concours de qualit\'e9s \'e9clatantes n'ont-elles pas assembl\'e9 dans la personne d'Alexandre, pour le montrer au monde comme un mod\'e8le d'\'e9l\'e9vation d'\'e2me et de grandeur de courage\~! Si on examine sa naissance illustre, son
+{\*\bkmkstart BM143}{\*\bkmkend BM142}\'e9ducation, sa jeunesse, sa beaut\'e9, sa complexion heureuse, l'\'e9tendue et la capacit\'e9 de son esprit pour la guerre et pour les sciences, ses vertus, ses d\'e9fauts m\'ea
+me, le petit nombre de ses troupes, la puissance formidable de ses ennemis, la courte dur\'e9e d'une si belle vie, sa mort et ses successeurs, ne verra-t-on pas l'industrie et l'application de la fortune et de la nature \'e0 renfermer dans un m\'ea
+me sujet ce nombre infini de diverses circonstances\~? Ne verra-t-on pas le soin particulier qu'elles ont pris d'arranger tant d'\'e9v\'e9nements extraordinaires, et de les mettre chacun dans son jour, pour composer un mod\'e8le d'un jeune conqu\'e9
+rant, plus grand encore par ses qualit\'e9s personnelles que par l'\'e9tendue de ses conqu\'eates\~?
+\par
+\par Si on consid\'e8re de quelle sorte la nature et la fortune nous montrent C\'e9sar, ne verra-t-on pas qu'elles ont suivi un autre plan, qu'elles n'ont renferm\'e9 dans sa personne tant de valeur, de cl\'e9mence, de lib\'e9ralit\'e9, tant de qualit\'e9
+s militaires, tant de p\'e9n\'e9tration, tant de facilit\'e9 d'esprit et de m\'9curs, tant d'\'e9loquence, tant de gr\'e2ces du corps, tant de sup\'e9riorit\'e9 de g\'e9
+nie pour la paix et pour la guerre, ne verra-t-on pas, dis-je, qu'elles ne se sont assujetties si longtemps \'e0 arranger et \'e0 mettre en \'9cuvre tant de talents extraordinaires, et qu'elles n'ont contraint C\'e9sar de s'en servir co
+ntre sa patrie, que pour nous laisser un mod\'e8le du plus grand homme du monde, et du plus c\'e9l\'e8bre usurpateur\~? Elle le fait na\'eetre particulier {\*\bkmkstart BM144}{\*\bkmkend BM143}dans une r\'e9publique ma\'ee
+tresse de l'univers, affermie et soutenue par les plus grands hommes qu'elle e\'fbt jamais produits\~; la fortune choisit parmi eux ce qu'il y avait de plus illustre, de plus puissant et de plus redoutable pour les rendre ses ennemis\~; elle le r\'e9
+concilie pour un temps avec les plus consid\'e9rables pour les faire servir \'e0 son \'e9l\'e9vation\~; elle les \'e9blouit et les aveugle ensuite, pour lui faire une guerre qui le conduit \'e0
+ la souveraine puissance. Combien d'obstacles ne lui a-t-elle pas fait surmonter\~! De combien de p\'e9rils sur terre et sur mer ne l'a-t-elle pas garanti, sans jamais avoir \'e9t\'e9 bless\'e9\~! Avec quelle pers\'e9v\'e9
+rance la fortune n'a-t-elle pas soutenu les desseins de C\'e9sar et d\'e9truit ceux de Pomp\'e9e\~! Par quelle industrie n'a-t-elle pas dispos\'e9 ce peuple romain, si puissant, si fier et si jaloux de sa libert\'e9 \'e0 la soumettre \'e0 la puissance d
+'un seul homme\~! Ne s'est-elle pas m\'eame servie des circonstances de la mort de C\'e9sar pour la rendre convenable \'e0 sa vie\~
+? Tant d'avertissements des devins, tant de prodiges, tant d'avis de sa femme et de ses amis ne peuvent le garantir, et la fortune choisit le propre jour qu'il doit \'eatre couronn\'e9 dans le S\'e9nat pour le faire assassiner par ceux m\'ea
+mes qu'il a sauv\'e9s, et par un homme qui lui doit la naissance.
+\par
+\par Cet accord de la nature et de la fortune n'a jamais \'e9t\'e9 plus marqu\'e9 que dans la personne de Caton, et il semble qu'elles se soient efforc\'e9es l'une et l'autre de renfermer {\*\bkmkstart BM145}{\*\bkmkend BM144}
+dans un seul homme non seulement les vertus de l'ancienne Rome, mais encore de l'opposer directement aux vertus de C\'e9sar, pour montrer qu'avec une pareille \'e9tendue d'esprit et de courage, le d\'e9sir de gloire conduit l'un \'e0 \'ea
+tre usurpateur et l'autre \'e0 servir de mod\'e8le d'un parfait citoyen\~? Mon dessein n'est pas de faire ici le parall\'e8le de ces deux grands hommes, apr\'e8s tout ce qui en est \'e9crit\~;
+ je dirai seulement que, quelque grands et illustres qu'ils nous paraissent, la nature et la fortune n'auraient pu mettre toutes leurs qualit\'e9s dans le jour qui convenait pour les faire \'e9clater, si elles n'eussent oppos\'e9 Caton \'e0 C\'e9
+sar. Il fallait les faire na\'eetre en m\'eame temps dans une m\'eame r\'e9publique, diff\'e9rents par leurs m\'9curs et par leurs talents, ennemis par les int\'e9r\'eats de la patrie et par des int\'e9r\'ea
+ts domestiques, l'un vaste dans ses desseins et sans bornes dans son ambition, l'autre aust\'e8re, renferm\'e9 dans les lois de Rome et idol\'e2tre de la libert\'e9, tous deux c\'e9l\'e8bres par des vertus qui les montraient par de si diff\'e9rents c\'f4t
+\'e9s, et plus c\'e9l\'e8bres encore, si on l'ose dire, par l'opposition que la fortune et la nature ont pris soin de mettre entre eux. Quel arrangement, quelle suite, quelle \'e9conomie de circonstances dans la vie de Caton, et dans sa mort\~! La destin
+\'e9e m\'eame de la r\'e9publique a servi au tableau que la fortune nous a voulu donner de ce grand homme, et elle finit sa vie avec la libert\'e9 de son pays.
+\par
+\par Si nous laissons les exemples des si\'e8cles pass\'e9s pour venir {\*\bkmkstart BM146}{\*\bkmkend BM145}aux exemples du si\'e8cle pr\'e9sent, on trouvera que la nature et la fortune ont conserv\'e9 cette m\'eame union dont j'ai parl\'e9
+, pour nous montrer de diff\'e9rents mod\'e8les en deux hommes consomm\'e9s en l'art de commander. Nous verrons Monsieur le Prince et M.\~de\~Turenne disputer de la gloire des armes, et m\'e9riter par un nombre infini d'actions \'e9clatantes la r\'e9
+putation qu'ils ont acquise. Ils para\'eetront avec une valeur et une exp\'e9rience \'e9gales\~; infatigables de corps et d'esprit, on les verra agir ensemble, agir s\'e9par\'e9ment, et quelquefois oppos\'e9s l'un \'e0 l'autre\~
+; nous les verrons, heureux et malheureux dans diverses occasions de la guerre, devoir les bons succ\'e8s \'e0 leur conduite et \'e0 leur courage, et se montrer m\'eame toujours plus grands par leurs disgr\'e2ces\~; tous deux sauver l'\'c9tat\~
+; tous deux contribuer \'e0 le d\'e9truire, et se servir des m\'eames talents par des voies diff\'e9rentes, M.\~de\~Turenne suivant ses desseins avec plus de r\'e8gle et moins de vivacit\'e9, d'une valeur plus retenue et toujours proportionn\'e9
+e au besoin de la faire para\'eetre, Monsieur le Prince inimitable en la mani\'e8re de voir et d'ex\'e9cuter les plus grandes choses, entra\'een\'e9 par la sup\'e9riorit\'e9 de son g\'e9nie qui semble lui soumettre les \'e9v\'e9nements e
+t les faire servir \'e0 sa gloire. La faiblesse des arm\'e9es qu'ils ont command\'e9es dans les derni\'e8res campagnes, et la puissance des ennemis qui leur \'e9taient oppos\'e9s, ont donn\'e9 de nouveaux sujets \'e0 l'un et \'e0
+ l'autre de montrer toute leur vertu et de r\'e9parer par leur m\'e9rite {\*\bkmkstart BM147}{\*\bkmkend BM146}tout ce qui leur manquait pour soutenir la guerre. La mort m\'eame de M.\~de\~Turenne, si convenable \'e0 une si belle vie, accompagn\'e9
+e de tant de circonstances singuli\'e8res et arriv\'e9e dans un moment si important, ne nous para\'eet-elle pas comme un effet de la crainte et de l'incertitude de la fortune, qui n'a os\'e9 d\'e9cider de la destin\'e9e de la France et de l'Empire\~
+? Cette m\'eame fortune, qui retire Monsieur le Prince du commandement des arm\'e9es sous le pr\'e9texte de sa sant\'e9 et dans un temps o\'f9 il devait achever de si grandes choses, ne se joint-elle pas \'e0 la nature pour nous montrer pr\'e9
+sentement ce grand homme dans une vie priv\'e9e, exer\'e7ant des vertus paisibles soutenu de sa propre gloire\~? Et brille-t-il moins dans sa retraite qu'au milieu de ses victoires\~?
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744855}{\*\bkmkend BM147}XV. Des coquettes et des vieillards{\*\bkmkend _Toc97744855}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM148}S'il est malais\'e9 de rendre raison des go\'fbts en g\'e9n\'e9ral, il le doit \'eatre encore davantage de rendre raison du go\'fbt des femmes coquettes. On peut dire n\'e9anmoins que l'envie de plaire se r\'e9pand g\'e9n\'e9
+ralement sur tout ce qui peut flatter leur vanit\'e9, et qu'elles ne trouvent rien d'indigne de leurs conqu\'eates. Mais le plus incompr\'e9hensible de tous leurs go\'fbts est, \'e0 mon sens, celui qu'elles ont pour les vieillards qui ont \'e9t\'e9
+ galants. Ce go\'fbt para\'eet trop bizarre, et il y en a trop d'exemples, pour ne chercher pas la cause d'un sentiment tout \'e0 la fois si commun et si contraire \'e0 l'opinion que l'on a des femmes. Je laisse aux philosophes \'e0 d\'e9
+cider si c'est un soin charitable de la nature, qui veut consoler les vieillards dans leur mis\'e8re, et qui leur fournit le secours des coquettes par la m\'eame pr\'e9voyance qui lui fait donner des ailes aux chenilles, dans le d\'e9
+clin de leur vie, pour les rendre papillons\~; mais, sans p\'e9n\'e9trer dans les secrets de la physique, on peut, ce me semble, chercher des causes plus sensibles de ce go\'fbt d\'e9prav\'e9
+ des coquettes pour les vieilles gens. Ce qui est plus apparent, c'est qu'elles aiment les prodiges, et qu'il n'y en a point qui doive plus toucher leur vanit\'e9 que de ressusciter un mort. Elles ont le plaisir de l'attacher \'e0
+ leur char, et d'en parer leur triomphe, sans que leur r\'e9putation en soit bless\'e9e\~; au contraire, un vieillard est un ornement \'e0 la suite d'une coquette, et il {\*\bkmkstart BM149}{\*\bkmkend BM148}est aussi n\'e9cessaire d
+ans son train que les nains l'\'e9taient autrefois dans Amadis. Elles n'ont point d'esclaves si commodes et si utiles. Elles paraissent bonnes et solides en conservant un ami sans cons\'e9
+quence. Il publie leurs louanges, il gagne croyance vers les maris et leur r\'e9pond de la conduite de leurs femmes. S'il a du cr\'e9dit, elles en retirent mille secours\~; il entre dans tous les int\'e9r\'ea
+ts et dans tous les besoins de la maison. S'il sait les bruits qui courent des v\'e9ritables galanteries, il n'a garde de les croire\~; il les \'e9touffe, et assure que le monde est m\'e9disant\~; il juge par sa propre exp\'e9rience des difficult\'e9
+s qu'il y a de toucher le c\'9cur d'une si bonne femme\~; plus on lui fait acheter des gr\'e2ces et des faveurs et plus il est discret et fid\'e8le\~; son propre int\'e9r\'eat l'engage assez au silence\~; il craint toujours d'\'eatre quitt\'e9
+, et il se trouve trop heureux d'\'eatre souffert. Il se persuade ais\'e9ment qu'il est aim\'e9, puisqu'on le choisit contre tant d'apparences\~; il croit que c'est un privil\'e8ge de son vieux m\'e9rite, et rem
+ercie l'amour de se souvenir de lui dans tous les temps.
+\par
+\par Elle, de son c\'f4t\'e9, ne voudrait pas manquer \'e0 ce qu'elle lui a promis\~; elle lui fait remarquer qu'il a toujours touch\'e9 son inclination, et qu'elle n'aurait jamais aim\'e9 si elle ne l'avait jamais connu\~; elle le prie surtout de n'\'ea
+tre pas jaloux et de se fier en elle\~; elle lui avoue qu'elle aime un peu le monde et le commerce des honn\'eates gens, qu'elle a {\*\bkmkstart BM150}{\*\bkmkend BM149}m\'eame int\'e9r\'eat d'en m\'e9nager plusieurs \'e0
+ la fois, pour ne laisser pas voir qu'elle le traite diff\'e9remment des autres\~; que si elle fait quelques railleries de lui avec ceux dont on s'est avis\'e9
+ de parler, c'est seulement pour avoir le plaisir de le nommer souvent, ou pour mieux cacher ses sentiments\~; qu'apr\'e8s tout il est le ma\'eetre de sa conduite, et que, pourvu qu'il en soit content et qu'il l'aime toujours, elle se met ais\'e9
+ment en repos du reste. Quel vieillard ne se rassure pas par des raisons si convaincantes, qui l'ont souvent tromp\'e9 quand il \'e9tait jeune et aimable\~? Mais, pour son malheur, il oublie trop ais\'e9
+ment qu'il n'est plus ni l'un ni l'autre, et cette faiblesse est, de toutes, la plus ordinaire aux vieilles gens qui ont \'e9t\'e9 aim\'e9s. Je ne sais m\'eame si cette tromperie ne leur vaut pas mieux encore que de conna\'eetre la v\'e9rit\'e9\~
+: on les souffre du moins, on les amuse, ils sont d\'e9tourn\'e9s de la vue de leurs propres mis\'e8res, et le ridicule o\'f9 ils tombent est souvent un moindre mal pour eux que les ennuis et l'an\'e9antissement d'une vie p\'e9nible et languissante.
+
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744856}{\*\bkmkend BM150}XVI. De la diff\'e9rence des esprits{\*\bkmkend _Toc97744856}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM151}Bien que toutes les qualit\'e9s de l'esprit se puissent rencontrer dans un grand esprit, il y en a n\'e9anmoins qui lui sont propres et particuli\'e8res\~: ses lumi\'e8res n'ont point de bornes, il agit toujours \'e9
+galement et avec la m\'eame activit\'e9, il discerne les objets \'e9loign\'e9s comme s'ils \'e9taient pr\'e9sents, il comprend, il imagine les plus grandes choses, il voit et conna\'eet les plus petites\~; ses pens\'e9es sont relev\'e9es, \'e9
+tendues, justes et intelligibles\~; rien n'\'e9chappe \'e0 sa p\'e9n\'e9tration, et elle lui fait toujours d\'e9couvrir la v\'e9rit\'e9 au travers des obscurit\'e9s qui la cachent aux autres. Mais toutes ces grandes qualit\'e9s ne peuvent souvent emp\'ea
+cher que l'esprit ne paraisse petit et faible, quand l'humeur s'en est rendue la ma\'eetresse.
+\par
+\par Un bel esprit pense toujours noblement\~; il produit avec facilit\'e9 des choses claires, agr\'e9ables et naturelles\~; il les fait voir dans leur plus beau jour, et il les pare de tous les ornements qui leur conviennent\~; il entre dans le go\'fb
+t des autres, et retranche de ses pens\'e9es ce qui est inutile ou ce qui peut d\'e9plaire. Un esprit adroit, facile, insinuant, sait \'e9viter et surmonter les difficult\'e9s\~; il se plie ais\'e9ment \'e0 ce qu'il veut\~; il sait conna\'ee
+tre et suivre l'esprit et l'humeur de ceux avec qui il traite\~; et en m\'e9nageant leurs int\'e9r\'eats il avance et \'e9tablit les siens. Un bon esprit voit toutes choses comme elles doivent \'eatre vues\~; il leur donne le prix qu'elles m\'e9
+ritent, il les sait {\*\bkmkstart BM152}{\*\bkmkend BM151}tourner du c\'f4t\'e9 qui lui est le plus avantageux, et il s'attache avec fermet\'e9 \'e0 ses pens\'e9es parce qu'il en conna\'eet toute la force et toute la raison.
+\par
+\par Il y a de la diff\'e9rence entre un esprit utile et un esprit d'affaires\~: on peut entendre les affaires sans s'appliquer \'e0 son int\'e9r\'eat particulier\~; il y a des gens habiles dans tout ce qui ne les regarde pas et tr\'e8
+s malhabiles dans ce qui les regarde, et il y en a d'autres, au contraire, qui ont une habilet\'e9 born\'e9e \'e0 ce qui les touche et qui savent trouver leur avantage en toutes choses.
+\par
+\par On peut avoir tout ensemble un air s\'e9rieux dans l'esprit et dire souvent des choses agr\'e9ables et enjou\'e9es\~; cette sorte d'esprit convient \'e0 toutes personnes, et \'e0 tous les \'e2ges de la vie. Les jeunes gens ont d'ordinaire l'esprit enjou
+\'e9 et moqueur, sans l'avoir s\'e9rieux, et c'est ce qui les rend souvent incommodes. Rien n'est plus malais\'e9 \'e0 soutenir que le dessein d'\'eatre toujours plaisant, et les applaudissements qu'on re\'e7
+oit quelquefois en divertissant les autres ne valent pas que l'on s'expose \'e0 la honte de les ennuyer souvent, quand ils sont de m\'e9chante humeur. La moquerie est une des plus agr\'e9ables et des plus dangereuses qualit\'e9s de l'esprit\~: elle pla
+\'eet toujours, quand elle est d\'e9licate\~; mais on craint toujours aussi ceux qui s'en servent trop souvent. La moquerie peut n\'e9anmoins \'eatre permise, quand elle n'est m\'eal\'e9e d'aucune malignit\'e9 et quand on y fait entrer les personnes m\'ea
+mes dont on parle.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM153}{\*\bkmkend BM152}Il est malais\'e9 d'avoir un esprit de raillerie sans affecter d'\'eatre plaisant, ou sans aimer \'e0 se moquer\~; il faut une grande justesse pour railler longtemps sans tomber dans l'une ou l'autre de ces extr\'e9
+mit\'e9s. La raillerie est un air de gaiet\'e9 qui remplit l'imagination, et qui lui fait voir en ridicule les objets qui se pr\'e9sentent\~; l'humeur y m\'eale plus ou moins de douceur ou d'\'e2pret\'e9\~; il y a une mani\'e8re de railler d\'e9
+licate et flatteuse qui touche seulement les d\'e9fauts que les personnes dont on parle veulent bien avouer, qui sait d\'e9guiser les louanges qu'on leur donne sous des apparences de bl\'e2me, et qui d\'e9couvre ce qu'elles ont d'aimable en fe
+ignant de le vouloir cacher.
+\par
+\par Un esprit fin et un esprit de finesse sont tr\'e8s diff\'e9rents. Le premier pla\'eet toujours\~; il est d\'e9li\'e9, il pense des choses d\'e9licates et voit les plus imperceptibles. Un esprit de finesse ne va jamais droit, il cherche des biais et des d
+\'e9tours pour faire r\'e9ussir ses desseins\~; cette conduite est bient\'f4t d\'e9couverte, elle se fait toujours craindre et ne m\'e8ne presque jamais aux grandes choses.
+\par
+\par Il y a quelque diff\'e9rence entre un esprit de feu et un esprit brillant. Un esprit de feu va plus loin et avec plus de rapidit\'e9\~; un esprit brillant a de la vivacit\'e9, de l'agr\'e9ment et de la justesse.
+\par
+\par La douceur de l'esprit, c'est un air facile et accommodant, qui pla\'eet toujours quand il n'est point fade.
+\par
+\par Un esprit de d\'e9tail s'applique avec de l'ordre et de la {\*\bkmkstart BM154}{\*\bkmkend BM153}r\'e8gle \'e0 toutes les particularit\'e9s des sujets qu'on lui pr\'e9sente. Cette application le renferme d'ordinaire \'e0 de petites choses\~
+; elle n'est pas n\'e9anmoins toujours incompatible avec de grandes vues, et quand ces deux qualit\'e9s se trouvent ensemble dans un m\'eame esprit, elles l'\'e9l\'e8vent infiniment au-dessus des autres.
+\par
+\par On a abus\'e9 du terme de bel esprit, et bien que tout ce qu'on vient de dire des diff\'e9rentes qualit\'e9s de l'esprit puisse convenir \'e0 un bel esprit, n\'e9anmoins, comme ce titre a \'e9t\'e9 donn\'e9 \'e0 un nombre infini de mauvais po\'e8
+tes et d'auteurs ennuyeux, on s'en sert plus souvent pour tourner les gens en ridicule que pour les louer.
+\par
+\par Bien qu'il y ait plusieurs \'e9pith\'e8tes pour l'esprit qui paraissent une m\'eame chose, le ton et la mani\'e8re de les prononcer y mettent de la diff\'e9rence\~; mais comme les tons et les mani\'e8res ne se peuvent \'e9
+crire, je n'entrerai point dans un d\'e9tail qu'il serait impossible de bien expliquer. L'usage ordinaire le fait assez entendre, et en di
+sant qu'un homme a de l'esprit, qu'il a bien de l'esprit, qu'il a beaucoup d'esprit, et qu'il a bon esprit, il n'y a que les tons et les mani\'e8res qui puissent mettre de la diff\'e9
+rence entre ces expressions qui paraissent semblables sur le papier, et qui expriment n\'e9anmoins de tr\'e8s diff\'e9rentes sortes d'esprit.
+\par
+\par On dit encore qu'un homme n'a que d'une sorte d'esprit, qu'il a de plusieurs sortes d'esprit, et qu'il a de toutes {\*\bkmkstart BM155}{\*\bkmkend BM154}sortes d'esprit. On peut \'eatre sot avec beaucoup d'esprit, et on peut n'\'eatre
+pas sot avec peu d'esprit.
+\par
+\par Avoir beaucoup d'esprit et un terme \'e9quivoque\~: il peut comprendre toutes les sortes d'esprit dont on vient de parler, mais il peut aussi n'en marquer aucune distinctement. On peut quelquefois faire para\'eetre de l'esprit dans ce
+qu'on dit sans en avoir dans sa conduite, on peut avoir de l'esprit et l'avoir born\'e9\~; un esprit peut \'eatre propre \'e0 de certaines choses et ne l'\'eatre pas \'e0 d'autres\~; on peut avoir beaucoup d'esprit et n'\'eatre propre \'e0
+ rien, et avec beaucoup d'esprit on est souvent fort incommode. Il semble n\'e9anmoins que le plus grand m\'e9rite de cette sorte d'esprit est de plaire quelquefois dans la conversation.
+\par
+\par Bien que les productions d'esprit soient infinies, on peut, ce me semble, les distinguer de cette sorte\~: il y a des choses si belles que tout le monde est capable d'en voir et d'en sentir la beaut\'e9, il y en a qui ont de la beaut\'e9
+ et qui ennuient, il y en a qui sont belles, que tout le monde sent et admire bien que tous n'en sachent pas la raison, il y en a qui sont si fines et si d\'e9licates que peu de gens sont capables d'en remarquer toutes les beaut\'e9
+s, il y en a d'autres qui ne sont pas parfaites, mais qui sont dites avec tant d'art et qui sont soutenues et conduites avec tant de raison et tant de gr\'e2ce qu'elles m\'e9ritent d'\'eatre admir\'e9es.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744857}{\*\bkmkend BM155}XVII. De l'inconstance{\*\bkmkend _Toc97744857}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM156}Je ne pr\'e9tends pas justifier ici l'inconstance en g\'e9n\'e9ral, et moins encore celle qui vient de la seule l\'e9g\'e8ret\'e9\~; mais il n'est pas juste aussi de lui imputer tous les autres changements de l'amour. Il y a une premi
+\'e8re fleur d'agr\'e9ment et de vivacit\'e9 dans l'amour qui passe insensiblement, comme celle des fruits\~; ce n'est la faute de personne, c'est seulement la faute du temps. Dans les commencements, la figure est aimable, les
+ sentiments ont du rapport, on cherche de la douceur et du plaisir, on veut plaire parce qu'on nous pla\'eet, et on cherche \'e0 faire voir qu'on sait donner un prix infini \'e0 ce qu'on aime\~
+; mais dans la suite on ne sent plus ce qu'on croyait sentir toujours, le feu n'y est plus, le m\'e9rite de la nouveaut\'e9 s'efface, la beaut\'e9, qui a tant de part \'e0 l'amour, ou diminue ou ne fait plus la m\'eame impression\~
+; le nom d'amour se conserve, mais on ne se retrouve plus les m\'eames personnes, ni les m\'eames sentiments\~; on suit encore ses engagements par honneur, par accoutumance et pour n'\'eatre pas assez assur\'e9 de son propre changement.
+\par
+\par Quelles personnes auraient commenc\'e9 de s'aimer, si elles s'\'e9taient vues d'abord comme on se voit dans la suite des ann\'e9es\~? Mais quelles personnes aussi se pourraient s\'e9parer, si elles se revoyaient comme on s'est vu la premi\'e8re fois\~
+? L'orgueil, qui est presque toujours le ma\'eetre de nos go\'fbts, et qui ne se rassasie jamais, serait flatt\'e9 sans cesse par {\*\bkmkstart BM157}{\*\bkmkend BM156}quelque nouveau plaisir\~; la constance perdrait son m\'e9rite\~
+: elle n'aurait plus de part \'e0 une si agr\'e9able liaison, les faveurs pr\'e9sentes auraient la m\'eame gr\'e2ce que les premi\'e8res faveurs et le souvenir n'y mettrait point de diff\'e9rence\~; l'inconstance serait m\'ea
+me inconnue, et on s'aimerait toujours avec le m\'eame plaisir parce qu'on aurait toujours les m\'eames sujets de s'aimer. Les changements qui arrivent dans l'amiti\'e9 ont \'e0 peu pr\'e8s des causes pareilles \'e0 ceux qui arrivent dans l'amour\~
+: leurs r\'e8gles ont beaucoup de rapport. Si l'un a plus d'enjouement et de plaisir, l'autre doit \'eatre plus \'e9gale et plus s\'e9v\'e8re, elle ne pardonne rien\~; mais le temps, qui change l'humeur et les int\'e9r\'eats, les d\'e9truit presque \'e9
+galement tous deux. Les hommes sont trop faibles et trop changeants pour soutenir longtemps le poids de l'amiti\'e9. L'antiquit\'e9 en a fourni des exemples\~; mais dans le temps o\'f9
+ nous vivons, on peut dire qu'il est encore moins impossible de trouver un v\'e9ritable amour qu'une v\'e9ritable amiti\'e9.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744858}{\*\bkmkend BM157}XVIII. De la retraite{\*\bkmkend _Toc97744858}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM158}Je m'engagerais \'e0 un trop long discours si je rapportais ici en particulier toutes les raisons naturelles qui portent les vieilles gens \'e0 se retirer du commerce du monde\~
+: le changement de leur humeur, de leur figure et l'affaiblissement des organes les conduisent insensiblement, comme la plupart des autres animaux, \'e0 s'\'e9loigner de la fr\'e9quentation de leurs semblables. L'orgueil, qui est ins\'e9
+parable de l'amour-propre, leur tient alors lieu de raison\~: il ne peut plus \'eatre flatt\'e9 de plusieurs choses qui flattent les autres, l'exp\'e9rience leur a fait conna\'eetre le prix de ce que tous les hommes d\'e9
+sirent dans la jeunesse et l'impossibilit\'e9 d'en jouir plus longtemps\~; les diverses voies qui paraissent ouvertes aux jeunes gens pour parvenir aux grandeurs, aux plaisirs, \'e0 la r\'e9putation et \'e0 tout ce qui \'e9l\'e8
+ve les hommes leur sont ferm\'e9es, ou par la fortune, ou par leur conduite, ou par l'envie et l'injustice des autres\~; le chemin pour y rentrer est trop long et trop p\'e9nible quand on s'est une fois \'e9gar\'e9\~; les difficult\'e9
+s leur en paraissent insurmontables, et l'\'e2ge ne leur permet plus d'y pr\'e9tendre. Ils deviennent insensibles \'e0 l'amiti\'e9, non seulement parce qu'ils n'en ont peut-\'eatre jamais trouv\'e9 de v\'e9
+ritable, mais parce qu'ils ont vu mourir un grand nombre de leurs amis qui n'avaient pas encore eu le temps ni les occasions de manquer \'e0 l'amiti\'e9 et ils se persuadent ais\'e9ment qu'ils auraient \'e9t\'e9 plus {\*\bkmkstart BM159}{\*\bkmkend BM158}
+fid\'e8les que ceux qui leur restent. Ils n'ont plus de part aux premiers biens qui ont d'abord rempli leur imagination\~; ils n'ont m\'eame presque plus de part \'e0 la gloire\~: celle qu'ils ont acquise est d\'e9j\'e0 fl\'e9
+trie par le temps, et souvent les hommes en perdent plus en vieillissant qu'ils n'en acqui\'e8rent. Chaque jour leur \'f4te une portion d'eux-m\'eames\~; ils n'ont plus assez de vie pour jouir de ce qu'ils ont, et bien moins encore pour arriver \'e0
+ ce qu'ils d\'e9sirent\~; il ne voient plus devant eux que des chagrins, des maladies et de l'abaissement\~; tous est vu, et rien ne peut avoir pour eux la gr\'e2ce de la nouveaut\'e9\~; le temps les \'e9loigne imperceptiblement du point de vue d'o\'f9
+ il leur convient de voir les objets, et d'o\'f9 ils doivent \'eatre vus. Les plus heureux sont encore soufferts, les autres sont m\'e9pris\'e9s\~; le seul bon parti qu'il leur reste, c'est de cacher au monde ce qu'ils ne lui ont peut-\'ea
+tre que trop montr\'e9. Leur go\'fbt, d\'e9tromp\'e9 des d\'e9sirs inutiles, se tourne alors vers des objets muets et insensibles\~; les b\'e2timents, l'agriculture, l'\'e9conomie, l'\'e9tude, toutes ces choses sont soumises \'e0 leurs volont\'e9s\~
+; ils s'en approchent ou s'en \'e9loignent comme il leur pla\'eet\~; ils sont ma\'eetres de leurs desseins et de leurs occupations\~; tout ce qu'ils d\'e9sirent est en leur pouvoir, et, s'\'e9tant affranchis de la d\'e9pendance du monde, ils font tout d
+\'e9pendre d'eux. Les plus sages savent employer \'e0 leur salut le temps qu'il leur reste et, n'ayant qu'une si petite part \'e0 cette vie, ils se {\*\bkmkstart BM160}{\*\bkmkend BM159}rendent dignes d'une meilleure. Les autres n'ont au moins qu'eux-m
+\'eames pour t\'e9moins de leur mis\'e8re\~; leurs propres infirmit\'e9s les amusent\~; le moindre rel\'e2che leur tient lieu de bonheur\~; la nature, d\'e9faillante et plus sage qu'eux, leur \'f4te souvent la peine de d\'e9sirer\~
+; enfin ils oublient le monde, qui est si dispos\'e9 \'e0 les oublier\~; leur vanit\'e9 m\'eame est consol\'e9e par leur retraite, et avec beaucoup d'ennuis, d'incertitudes et de faiblesses, tant\'f4t par pi\'e9t\'e9, tant\'f4
+t par raison, et le plus souvent par accoutumance, ils soutiennent le poids d'une vie insipide et languissante.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744859}{\*\bkmkend BM160}XIX. Des \'e9v\'e9nements de ce si\'e8cle{\*\bkmkend _Toc97744859}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM161}L'histoire, qui nous apprend ce qui arrive dans le monde, nous montre \'e9galement les grands \'e9v\'e9nements et les m\'e9diocres\~; cette confusion d'objets nous emp\'ea
+che souvent de discerner avec assez d'attention les choses extraordinaires qui sont renferm\'e9es dans les cours de chaque si\'e8cle. Celui o\'f9 nous vivons en a produit, \'e0 mon sens, de plus singuliers que les pr\'e9c\'e9dents. J'ai voulu en \'e9
+crire quelques-uns, pour les rendre plus remarquables aux personnes qui voudront y faire r\'e9flexion.
+\par
+\par Marie de M\'e9dicis, reine de France, femme de Henri le Grand, fut m\'e8re du roi Louis XIII, de Gaston, fils de France, de la reine d'Espagne, de la duchesse de Savoie, et de la reine d'Angleterre\~; elle fut r\'e9
+gente en France, et gouverna le roi son fils, et son royaume, plusieurs ann\'e9es. Elle \'e9leva Armand de Richelieu \'e0 la dignit\'e9 de cardinal\~; elle le fit premier ministre, ma\'eetre de l'\'c9
+tat et de l'esprit du Roi. Elle avait peu de vertus et peu de d\'e9fauts qui la dussent faire craindre, et n\'e9anmoins, apr\'e8s tant d'\'e9clat et de grandeurs, cette princesse, veuve de Henri IVe et m\'e8re de tant de rois, a \'e9t\'e9 arr\'eat\'e9
+e prisonni\'e8re par le Roi son fils, et par la haine du cardinal de Richelieu qui lui devait sa fortune. Elle a \'e9t\'e9 d\'e9laiss\'e9e des autres rois ses enfants, qui n'ont os\'e9 m\'eame la recevoir dans leurs \'c9tats, et elle est morte de mis\'e8
+re, et presque de faim, \'e0 Cologne, apr\'e8s une pers\'e9cution de dix ann\'e9es.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM162}{\*\bkmkend BM161}Ange de Joyeuse, duc et pair, mar\'e9chal de France et amiral, jeune, riche, galant et heureux, abandonna tant d'avantages pour se faire capucin. Apr\'e8s quelques ann\'e9es les besoins de l'\'c9tat le rappel\'e8
+rent au monde\~; le Pape le dispensa de ses v\'9cux, et lui ordonna d'accepter le commandement des arm\'e9es du Roi contre les huguenots\~; il demeura quatre ans dans cet emploi, et se laissa entra\'eener pendant ce temps aux m\'ea
+mes passions qui l'avaient agit\'e9 pendant sa jeunesse. La guerre \'e9tant finie, il renon\'e7a une seconde fois au monde, et reprit l'habit de capucin. Il v\'e9cut longtemps dans une vie sainte et religieuse\~; mais la vanit\'e9, dont il avait triomph
+\'e9 dans le milieu des grandeurs, triompha de lui dans le clo\'eetre\~; il fut \'e9lu gardien du couvent de Paris, et son \'e9lection \'e9tant contest\'e9e par quelques religieux, il s'exposa non seulement \'e0 aller \'e0 Rome dans un \'e2ge avanc\'e9,
+\'e0 pied et malgr\'e9 les autres incommodit\'e9s d'un si p\'e9nible voyage, mais la m\'eame opposition des religieux s'\'e9tant renouvel\'e9e \'e0 son retour, il partit une seconde fois pour retourner \'e0 Rome soutenir un int\'e9r\'ea
+t si peu digne de lui, et il mourut en chemin de fatigue, de chagrin, et de vieillesse.
+\par
+\par Trois hommes de qualit\'e9, Portugais, suivis de dix-sept de leurs amis, entreprirent la r\'e9volte de Portugal et des Indes qui en d\'e9pendent, sans concert avec les peuples ni avec les \'e9
+trangers, et sans intelligence dans les places. Ce petit nombre de conjur\'e9s se rendit ma\'eetre du palais de {\*\bkmkstart BM163}{\*\bkmkend BM162}Lisbonne, en chassa la douairi\'e8re de Mantoue, r\'e9
+gente pour le roi d'Espagne, et fit soulever tout le royaume\~; il ne p\'e9rit dans ce d\'e9sordre que Vasconcellos, ministre d'Espagne, et deux de ses domestiques. Un si grand changement se fit en faveur du duc de Bragance, et sans participation\~
+: il fut d\'e9clar\'e9 roi contre sa propre volont\'e9, et se trouva le seul homme de Portugal qui r\'e9sist\'e2t \'e0 son \'e9lection\~; il a poss\'e9d\'e9 ensuite cette couronne pendant quatorze ann\'e9es, n'ayant ni \'e9l\'e9vation, ni m\'e9rite\~
+; il est mort dans son lit, et a laiss\'e9 son royaume paisible \'e0 ses enfants.
+\par
+\par Le cardinal de Richelieu a \'e9t\'e9 ma\'eetre absolu du royaume de France pendant le r\'e8gne d'un roi qui lui laissait le gouvernement de son \'c9tat, lorsqu'il n'osait lui confier sa propre personne\~; le Cardinal avait aussi les m\'eames d\'e9
+fiances du Roi, et il \'e9vitait d'aller chez lui, craignant d'exposer sa vie ou sa libert\'e9\~; le Roi n\'e9anmoins sacrifie Cinq-Mars, son favori, \'e0 la vengeance du Cardinal, et consent qu'il p\'e9risse sur un \'e9
+chafaud. Ensuite le Cardinal meurt dans son lit\~; il dispose par son testament des charges et des dignit\'e9s de l'\'c9tat, et oblige le Roi, dans le plus fort de ses soup\'e7ons et de sa haine, \'e0 suivre aussi aveuglement ses volont\'e9s apr\'e8
+s sa mort qu'il avait fait pendant sa vie.
+\par
+\par On doit sans doute trouver extraordinaire que Anne-Marie-Louise d'Orl\'e9ans, petite-fille de France, la {\*\bkmkstart BM164}{\*\bkmkend BM163}plus riche sujette de l'Europe, destin\'e9
+e pour les plus grands rois, avare, rude et orgueilleuse, ait pu former le dessein, \'e0 quarante-cinq ans, d'\'e9pouser Puyguilhem, cadet de la maison de Lauzun, assez mal fait de sa personne, d'un esprit m\'e9diocre, et qui n'a, pour toute bonne qualit
+\'e9, que d'\'eatre hardi et insinuant. Mais on doit \'eatre encore plus surpris que Mademoiselle ait pris cette chim\'e9rique r\'e9solution par un esprit de servitude et parce que Puyguilhem \'e9tait bien aupr\'e8s du Roi\~; l'envie d'\'ea
+tre femme d'un favori lui tint lieu de passion, elle oublia son \'e2ge et sa naissance, et, sans avoir d'amour, elle fit des avances \'e0 Puyguilhem qu'un amour v\'e9ritable ferait \'e0
+ peine excuser dans une jeune personne et d'une moindre condition. Elle lui dit un jour qu'il n'y avait qu'un seul homme qu'elle p\'fbt choisir pour \'e9pouser. Il la pressa de lui apprendre son choix\~; mais n'ay
+ant pas la force de prononcer son nom, elle voulut l'\'e9crire avec un diamant sur les vitres d'une fen\'eatre. Puyguilhem jugea sans doute ce qu'elle allait faire, et esp\'e9rant peut-\'eatre qu'elle lui donnerait cette d\'e9claration par \'e9
+crit, dont il pourrait faire quelque usage, il feignit une d\'e9licatesse de passion qui p\'fbt plaire \'e0 Mademoiselle, et il lui fit un scrupule d'\'e9crire sur du verre un sentiment qui devait durer \'e9ternellement. Son dessein r\'e9ussit comme il d
+\'e9sirait, et Mademoiselle \'e9crivit le soir dans du papier\~:
+\par
+\par \'ab\~C'est vous.\~\'bb Elle le cachera elle-m\'eame\~; mais, comme cette {\*\bkmkstart BM165}{\*\bkmkend BM164}aventure se passait un jeudi et que minuit sonna avant que Mademoiselle p\'fbt donner son billet \'e0 Puyguilhem, elle ne voulut pas para\'ee
+tre moins scrupuleuse que lui, et craignant que le vendredi ne f\'fbt un jour malheureux, elle lui fit promettre d'attendre au samedi \'e0 ouvrir le billet qui lui devait apprendre cette _grande nouvelle. L'excessive fortune que cette d\'e9
+claration faisait envisager \'e0 Puyguilhem ne lui parut point au-dessus de son ambition. Il songea \'e0 profiter du caprice de Mademoiselle, et il eut la hardiesse d'en rendre compte au Roi. Personne n'ignore qu'avec si grandes et \'e9clatantes qualit
+\'e9s nul prince au monde n'a jamais eu plus de hauteur, ni plus de fiert\'e9. Cependant, au lieu de perdre Puyguilhem d'avoir os\'e9 lui d\'e9couvrir ses esp\'e9
+rances, il lui permit non seulement de les conserver, mais il consentit que quatre officiers de la couronne lui vinssent demander son approbation pour un mariage si surprenant, et sans que M
+onsieur ni Monsieur le Prince en eussent entendu parler. Cette nouvelle se r\'e9pandit dans le monde, et le remplit d'\'e9tonnement et d'indignation. Le Roi ne sentit pas alors ce qu'il venait de faire contre sa gloire et contre sa dignit\'e9
+. Il trouva seulement qu'il \'e9tait de sa grandeur d'\'e9lever en un jour Puyguilhem au-dessus des plus grands du royaume et, malgr\'e9 tant de disproportion, il le jugea digne d'\'eatre son cousin germain, le premier pair de France et ma\'ee
+tre de cinq cent mille livres de rente\~; mais ce qui le flatta le plus {\*\bkmkstart BM166}{\*\bkmkend BM165}
+encore, dans un si extraordinaire dessein, ce fut le plaisir secret de surprendre le monde, et de faire pour un homme qu'il aimait ce que personne n'avait encore imagin\'e9. Il fut au pouvoir de Puyguilhem de profiter durant troi
+s jours de tant de prodiges que la fortune avait faits en sa faveur, et d'\'e9pouser Mademoiselle\~; mais, par un prodige plus grand encore, sa vanit\'e9 ne put \'eatre satisfaite s'il ne l'\'e9pousait avec les m\'eames c\'e9r\'e9monies que s'il e\'fbt
+\'e9t\'e9 de sa qualit\'e9\~: il voulut que le Roi et la Reine fussent t\'e9moins de ses noces, et qu'elles eussent tout l'\'e9clat que leur pr\'e9sence y pouvait donner. Cette pr\'e9somption sans exemple lui fit employer \'e0 de vains pr\'e9paratifs, et
+\'e0 passer son contrat, tout le temps qui pouvait assurer son bonheur. Mme\~de\~Montespan, qui le ha\'efssait, avait suivi n\'e9anmoins le penchant du Roi et ne s'\'e9tait point oppos\'e9e \'e0 ce mariage. Mais le bruit du monde la r\'e9veilla\~
+; elle fit voir au Roi ce que lui seul ne voyait pas encore\~; elle lui fit \'e9couter la voix publique\~; il connut l'\'e9tonnement des ambassadeurs, il re\'e7ut les plaintes et les remontrances respectueuses de Madame douairi\'e8
+re et de toute la maison royale. Tant de raisons firent longtemps balancer le Roi, et ce fut avec un[e] extr\'eame peine qu'il d\'e9clara \'e0 Puyguilhem qu'il ne pouvait consentir ouvertement \'e0 son mariage. Il l'assura n\'e9
+anmoins que ce changement en apparence ne changerait rien en effet\~; qu'il \'e9tait forc\'e9, malgr\'e9 lui, de c\'e9der \'e0 l'opinion g\'e9n\'e9rale, et de lui d\'e9fendre d'\'e9pouser {\*\bkmkstart BM167}{\*\bkmkend BM166}Mad
+emoiselle, mais qu'il ne pr\'e9tendait pas que cette d\'e9fense emp\'each\'e2t son bonheur. Il le pressa de se marier en secret, et il lui promit que la disgr\'e2
+ce qui devait suivre une telle faute ne durerait que huit jours. Quelque sentiment que ce discours p\'fbt donner \'e0 Puyguilhem, il dit au Roi qu'il renon\'e7ait avec joie \'e0 tout ce qui lui avait permis d'esp\'e9rer, puisque sa gloire en pouvait \'ea
+tre bless\'e9e, et qu'il n'y avait point de fortune qui le p\'fbt consoler d'\'eatre huit jours s\'e9par\'e9 de lui. Le Roi fut v\'e9ritablement touch\'e9 de cette soumission\~; il n'oublia rien pour obliger Puyguilhem \'e0
+ profiter de la faiblesse de Mademoiselle, et Puyguilhem n'oublia rien aussi, de son c\'f4t\'e9, pour faire voir au Roi qu'il lui sacrifiait toutes choses. Le d\'e9sint\'e9ressement seul ne fit pas prendre n\'e9anmoins cette conduite \'e0 Puyguilhem\~
+: il crut qu'elle l'assurait pour toujours de l'esprit du Roi, et que rien ne pourrait \'e0 l'avenir diminuer sa faveur. Son caprice et sa vanit\'e9 le port\'e8rent m\'eame si loin que ce mariage si grand et si disproportionn\'e9
+ lui parut insupportable parce qu'il ne lui \'e9tait plus permis de le faire avec tout le faste et tout l'\'e9clat qu'il s'\'e9tait propos\'e9. Mais ce qui le d\'e9termina le plus puissamment \'e0
+ le rompre, ce fut l'aversion insurmontable qu'il avait pour la personne de Mademoiselle, et le d\'e9go\'fbt d'\'eatre son mari. Il esp\'e9ra m\'eame de tirer des avantages solides de l'emportement de Mademoiselle, et que, sans l'\'e9
+pouser, elle lui donnerait la {\*\bkmkstart BM168}{\*\bkmkend BM167}souverainet\'e9 de Dombes et le duch\'e9 de Montpensier. Ce fut dans cette vue qu'il refusa d'abord toutes les gr\'e2ces dont le Roi voulut le combler\~; mais l'humeur avare et in\'e9
+gale de Mademoiselle, et les difficult\'e9s qui se rencontr\'e8rent \'e0 assurer de si grands biens \'e0 Puyguilhem, rendirent ce dessein inutile, et l'oblig\'e8rent \'e0 recevoir
+ les bienfaits du Roi. Il lui donna le gouvernement de Berry et cinq cent mille livres. Des avantages si consid\'e9rables ne r\'e9pondirent pas toutefois aux esp\'e9rances que Puyguilhem avait form\'e9es. Son chagrin fournit bient\'f4t \'e0
+ ses ennemis, et particuli\'e8rement \'e0 Mme\~de\~Montespan, tous les pr\'e9textes qu'ils souhaitaient pour le ruiner. Il connut son \'e9tat et sa d\'e9cadence et, au lieu de se m\'e9nager aupr\'e8
+s du Roi avec de la douceur, de la patience et de l'habilet\'e9, rien ne fut plus capable de retenir son esprit \'e2pre et fier. Il fit enfin des reproches au Roi\~; il lui dit m\'eame des choses rudes et piquantes, jusqu'\'e0 casser son \'e9p\'e9
+e en sa pr\'e9sence en disant qu'il ne la tirerait plus pour son service\~; il lui parla avec m\'e9pris de Mme\~de\~Montespan, et s'emporta contre elle avec tant de violence qu'elle douta de sa s\'fbret\'e9 et n'en trouva plus qu'\'e0
+ le perdre. Il fut arr\'eat\'e9 bient\'f4t apr\'e8s, et on le mena \'e0 Pignerol, o\'f9 il \'e9prouva par une longue et dure prison la douleur d'avoir perdu les bonnes gr\'e2ces du Roi, et d'avoir laiss\'e9 \'e9chapper par une fausse vanit\'e9
+ tant de grandeurs et tant d'avantages que la condescendance de son ma\'eetre et la bassesse de Mademoiselle {\*\bkmkstart BM169}{\*\bkmkend BM168}lui avaient pr\'e9sent\'e9s.
+\par
+\par Alphonse, roi de Portugal, fils du duc de Bragance dont je viens de parler, s'est mari\'e9 en France \'e0 la fille du duc de Nemours, jeune, sans biens et sans protection. Peu de temps apr\'e8s, cette princesse a form\'e9
+ le dessein de quitter le Roi son mari\~; elle l'a fait arr\'eater dans Lisbonne, et les m\'eames troupes, qui un jour auparavant le gardaient comme leur roi, l'ont gard\'e9 le lendemain comme prisonnier\~; il a \'e9t\'e9 confin\'e9 dans une \'ee
+le de ses propres \'c9tats, et on lui a laiss\'e9 la vie et le titre de roi. Le prince de Portugal, son fr\'e8re, a \'e9pous\'e9 la Reine\~; elle conserve sa dignit\'e9, et elle a rev\'eatu le prince son mari de toute l'autorit\'e9
+ du gouvernement, sans lui donner le nom de roi\~; elle jouit tranquillement du succ\'e8s d'une entreprise si extraordinaire, en paix avec les Espagnols, et sans guerre civile dans le royaume.
+\par
+\par Un vendeur d'herbes, nomm\'e9 Masaniel, fit soulever le menu peuple de Naples, et malgr\'e9 la puissance des Espagnols il usurpa l'autorit\'e9 royale\~; il disposa souverainement de la vie, de la libert\'e9 et des biens de tout ce qui lui fut suspect\~
+; il se rendit ma\'eetre des douanes\~; il d\'e9pouilla les partisans de tout leur argent et de leurs meubles, et fit br\'fbler publiquement toutes ces richesses immenses dans le milieu de la ville, sans qu'un seul de cette foule confuse de r\'e9volt\'e9
+s voul\'fbt profiter d'un bien qu'on croyait mal acquis. Ce prodige ne dura que quinze jours, et finit par {\*\bkmkstart BM170}{\*\bkmkend BM169}un autre prodige\~: ce m\'ea
+me Masaniel, qui achevait de si grandes choses avec tant de bonheur, de gloire, et de conduite, perdit subitement l'esprit, et mourut fr\'e9n\'e9tique en vingt-quatre heures.
+\par
+\par La reine de Su\'e8de, en paix dans ses \'c9tats et avec ses voisins, aim\'e9e de ses sujets, respect\'e9e des \'e9trangers, jeune et sans d\'e9votion, a quitt\'e9 volontairement son royaume, et s'est r\'e9duite \'e0 une vie priv\'e9
+e. Le roi de Pologne, de la m\'eame maison que la reine de Su\'e8de, s'est d\'e9mis aussi de la royaut\'e9, par la seule lassitude d'\'eatre roi.
+\par
+\par Un lieutenant d'infanterie sans nom et sans cr\'e9dit, a commenc\'e9, \'e0 l'\'e2ge de quarante-cinq ans, de se faire conna\'eetre dans les d\'e9sordres d'Angleterre. Il a d\'e9poss\'e9d\'e9 son roi l\'e9gitime, bon, juste, doux, vaillant et lib\'e9ral\~
+; il lui a fait trancher la t\'eate, par un arr\'eat de son parlement\~; il a chang\'e9 la royaut\'e9 en r\'e9publique\~; il a \'e9t\'e9 dix ans ma\'eetre de l'Angleterre, plus craint de ses voisins et plus absolu dans son pays que tous les rois qui y o
+nt r\'e9gn\'e9. Il est mort paisible, et en pleine possession de toute la puissance du royaume.
+\par
+\par Les Hollandais ont secou\'e9 le joug de la domination d'Espagne\~; ils ont form\'e9 une puissante r\'e9publique, et ils ont soutenu cent ans la guerre contre leurs rois l\'e9gitimes pour conserver leur libert\'e9. Ils doivent tant de grandes choses \'e0
+ la conduite et \'e0 la valeur des princes d'Orange, {\*\bkmkstart BM171}{\*\bkmkend BM170}dont ils ont n\'e9anmoins toujours redout\'e9 l'ambition et limit\'e9 le pouvoir. Pr\'e9sentement cette r\'e9publique, si jalouse de sa puissa
+nce, accorde au prince d'Orange d'aujourd'hui, malgr\'e9 son peu d'exp\'e9rience et ses malheureux succ\'e8s dans la guerre, ce qu'elle a refus\'e9 \'e0 ses p\'e8res\~: elle ne se contente pas de relever sa fortune abattue, elle le met en \'e9
+tat de se faire souverain de Hollande, et elle a souffert qu'il ait fait d\'e9chirer par le peuple un homme qui maintenait seul la libert\'e9 publique.
+\par
+\par Cette puissance d'Espagne, si \'e9tendue et si formidable \'e0 tous les rois du monde, trouve aujourd'hui son principal appui dans ses sujets rebelles, et se soutient par la protection des Hollandais.
+\par
+\par Un empereur, jeune, faible, simple, gouvern\'e9 par des ministres incapables, et pendant le plus grand abaissement de la maison d'Autriche, se trouve en un moment chef de tous les princes d'Allemagne, qui craignent son autorit\'e9 et m\'e9
+prisent sa personne, et il est plus absolu que n'a jamais \'e9t\'e9 Charles-Quint.
+\par
+\par Le roi d'Angleterre, faible, paresseux, et plong\'e9 dans les plaisirs, oubliant les int\'e9r\'eats de son royaume et ses exemples domestiques, s'est expos\'e9 avec fermet\'e9 depuis six ans \'e0 la fureur de ses peuples et \'e0
+ la haine de son parlement pour conserver une liaison \'e9troite avec le roi de France\~; au lieu d'arr\'eater les conqu\'eates de ce prince dans les Pays-Bas, il y a m\'eame contribu\'e9 en lui fournissant des {\*\bkmkstart BM172}{\*\bkmkend BM171}
+troupes. Cet attachement l'a emp\'each\'e9 d'\'eatre ma\'eetre absolu d'Angleterre et d'en \'e9tendre les fronti\'e8res en Flandre et en Hollande par des places et par des ports, qu'il a toujours refus\'e9s\~; mais dans le temps qu'il re\'e7
+oit des sommes consid\'e9rables du Roi, et qu'il a le plus de besoin d'en \'eatre soutenu contre ses propres sujets il renonce, sans pr\'e9texte, \'e0 tant d'engagements, et il se d\'e9clare contre la France, pr\'e9cis\'e9
+ment quand il lui est utile et honn\'eate d'y \'eatre attach\'e9\~; par une mauvaise politique pr\'e9cipit\'e9e, il perd, en un moment, le seul avantage qu'il pouvait retirer d'une mauvaise politique de six ann\'e9es, et ayant pu donner la paix comme m
+\'e9diateur, il est r\'e9duit \'e0 la demander comme suppliant, quand le Roi l'accorde \'e0 l'Espagne, \'e0 l'Allemagne et \'e0 la Hollande.
+\par
+\par Les propositions qui avaient \'e9t\'e9 faites au roi d'Angleterre de marier sa ni\'e8ce, la princesse d'York, au prince d'Orange, ne lui \'e9taient pas agr\'e9ables\~; le duc d'York en paraissait aussi \'e9loign\'e9 que le Roi son fr\'e8
+re, et le prince d'Orange m\'eame, rebut\'e9 par les difficult\'e9s de ce dessein, ne pensait plus \'e0 le faire r\'e9ussir. Le roi d'Angleterre, \'e9troitement li\'e9 au roi de France, consentait \'e0 ses conqu\'eates, lorsque les int\'e9r\'ea
+ts du grand tr\'e9sorier d'Angleterre et la crainte d'\'eatre attaqu\'e9 par le Parlement lui ont fait chercher sa s\'fbret\'e9 particuli\'e8re, en disposant le Roi son ma\'eetre \'e0
+ s'unir avec le prince d'Orange par le mariage de la princesse d'York, et \'e0 faire d\'e9clarer {\*\bkmkstart BM173}{\*\bkmkend BM172}l'Angleterre contre la France pour la protection des Pays-Bas. Ce changement du roi d'Angleterre a \'e9t\'e9
+ si prompt et si secret que le duc d'York l'ignorait encore deux jours devant le mariage de sa fille, et personne ne se pouvait persuader que le roi d'Angleterre, qui avait hasard\'e9 dix ans sa vie et sa couronne pour demeurer attach\'e9 \'e0
+ la France, p\'fbt renoncer en un moment \'e0 tout ce qu'il en esp\'e9rait pour suivre le sentiment de son ministre. Le prince d'Orange, de son c\'f4t\'e9, qui avait tant d'int\'e9r\'eat de se faire un chemin pour \'eatre un jour roi d'Angleterre, n\'e9
+gligeait ce mariage qui le rendait h\'e9ritier pr\'e9somptif du royaume\~; il bornait ses desseins \'e0 affermir son autorit\'e9 en Hollande, malgr\'e9 les mauvais succ\'e8s de ses derni\'e8res campagnes, et il s'appliquait \'e0
+ se rendre aussi absolu dans les autres provinces de cet \'c9tat qu'il le croyait \'eatre dans la Z\'e9lande\~; mais il s'aper\'e7ut bient\'f4t qu'il devait prendre d'autres mesures, et une aventure ridicule lui fit mieux conna\'eetre l'\'e9tat o\'f9 il
+\'e9tait dans son pays qu'il ne le voyait par ses propres lumi\'e8res. Un crieur public vendait des meubles \'e0 un encan o\'f9 beaucoup de monde s'assembla\~; il mit en vente un atlas, et voyant que personne ne l'ench\'e9
+rissait, il dit au peuple que ce livre \'e9tait n\'e9anmoins plus rare qu'on ne pensait, et que les cartes en \'e9taient si exactes que la rivi\'e8re dont M.\~le prince d'Orange n'avait eu aucune connaissance lorsqu'il perdit la bataille de Cassel y \'e9
+tait fid\'e8lement marqu\'e9e. Cette {\*\bkmkstart BM174}{\*\bkmkend BM173}raillerie, qui fut re\'e7ue avec un applaudissement universel, a \'e9t\'e9 un des plus puissants motifs qui ont oblig\'e9 le prince d'Orange \'e0 r
+echercher de nouveau l'alliance d'Angleterre, pour contenir la Hollande, et pour joindre tant de puissances contre nous. Il semble n\'e9anmoins que ceux qui ont d\'e9sir\'e9 ce mariage, et ceux qui y ont \'e9t\'e9 contraires, n'ont pas connu leurs int\'e9
+r\'eats\~: le grand tr\'e9sorier d'Angleterre a voulu adoucir le Parlement et se garantir d'en \'eatre attaqu\'e9, en portant le Roi son ma\'eetre \'e0 donner sa ni\'e8ce au prince d'Orange, et \'e0 se d\'e9clarer contre la France\~
+; le roi d'Angleterre a cru affermir son autorit\'e9 dans son royaume par l'appui du prince d'Orange, et il a pr\'e9tendu engager ses peuples \'e0 lui fournir de l'argent pour ses plaisirs, sous pr\'e9
+texte de faire la guerre au roi de France et de le contraindre \'e0 recevoir la paix\~; le prince d'Orange a eu dessein de soumettre la Hollande par la protection d'Angleterre\~; \'e0 la France a appr\'e9hend\'e9 qu'un mariage si oppos\'e9 \'e0 ses int
+\'e9r\'eats n'emport\'e2t la balance en joignant l'Angleterre \'e0 tous nos ennemis. L'\'e9v\'e9nement a fait voir, en six semaines, la fausset\'e9 de tant de raisonnements\~: ce mariage met une d\'e9fiance \'e9
+ternelle entre l'Angleterre et la Hollande, et toutes deux le regardent comme un dessein d'opprimer leur libert\'e9\~; le parlement d'Angleterre attaque les ministres du Roi, pour attaquer ensuite sa propre personne\~; les \'c9tats de Hollande, lass\'e9
+s de la guerre et jaloux de leur libert\'e9, se repentent {\*\bkmkend BM174}d'avoir mis leur autorit\'e9 entre les mains d'un jeune homme ambitieux, et h\'e9ritier pr\'e9somptif de la couronne d'Angleterre\~; le roi de France, qui a d'abord regard\'e9
+ ce mariage comme une nouvelle ligue qui se formait contre lui, a su s'en servir pour diviser ses ennemis, et pour se mettre en \'e9tat de prendre la Flandre, s'il n'avait pr\'e9f\'e9r\'e9 la gloire de faire la paix \'e0
+ la gloire de faire de nouvelles conqu\'eates.
+\par
+\par Si le si\'e8cle pr\'e9sent n'a pas moins produit d'\'e9v\'e9nements extraordinaires que les si\'e8cles pass\'e9s, on conviendra sans doute qu'il a le malheureux avantage de les surpasser dans l'exc\'e8s des crimes. La France m\'eame, qui les a toujours d
+\'e9test\'e9s, qui y est oppos\'e9e par l'humeur de la nation, par la religion, et qui est soutenue par les exemples du prince qui r\'e8gne, se trouve n\'e9anmoins aujourd'hui le th\'e9\'e2tre o\'f9 l'on voit para\'ee
+tre tout ce que l'histoire et la fable nous ont dit des crimes de l'antiquit\'e9 Les vices sont de tous les temps, les hommes sont n\'e9s avec de l'int\'e9r\'eat, de la cruaut\'e9 et de la d\'e9bauche\~; mais si des personnes que tout le monde conna\'ee
+t avaient paru dans les premiers si\'e8cles, parlerait-on pr\'e9sentement des prostitutions d'H\'e9liogabale, de la foi des Grecs et des poisons et des parricides de M\'e9d\'e9e\~?
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744860}Appendice aux \'e9v\'e9nements de ce si\'e8cle{\*\bkmkend _Toc97744860}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744861}{\*\bkmkstart BM176}1. Portrait de Mme\~de\~Montespan{\*\bkmkend _Toc97744861}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Diane de Rochechouart est fille du duc de Mortemart et femme du marquis de Montespan. Sa beaut\'e9 est surprenante\~; son esprit et sa conversation ont encore plus de charme que sa beaut\'e9. Elle fit dessein de plaire au Roi et de l'\'f4ter \'e0 La Valli
+\'e8re dont il \'e9tait amoureux. Il n\'e9gligea longtemps cette conqu\'eate, et il en fit m\'eame des railleries. Deux ou trois ann\'e9es se pass\'e8rent sans qu'elle f\'eet d'autres progr\'e8s que d'\'eatre dame du palais attach\'e9e particuli\'e8
+rement \'e0 la Reine, et dans une \'e9troite familiarit\'e9 avec le Roi et La Valli\'e8re. Elle ne se rebuta pas n\'e9anmoins, et se confiant \'e0 sa beaut\'e9, \'e0 son esprit, et aux offices de Mme\~de\~
+Montausier, dame d'honneur de la Reine, elle suivit son projet sans douter de l'\'e9v\'e9nement. Elle ne s'y est pas tromp\'e9e\~: ses charmes et le temps d\'e9tach\'e8rent le Roi de La Valli\'e8re, et elle se vit ma\'eetresse d\'e9clar\'e9
+e. Le marquis de Montespan sentit son malheur avec toute la violence d'un homme jaloux. Il s'emporta contre sa femme\~; il reprocha publiquement \'e0 Mme\~de\~Montausier qu'elle l'avait entra\'een\'e9e dans la honte o\'f9 elle \'e9tait plong\'e9
+e. Sa douleur et son d\'e9sespoir firent tant d'\'e9clat qu'il fut contraint de sortir du royaume pour conserver sa libert\'e9. Mme\~de\~Montespan eut alors toute la facilit\'e9 qu'elle d\'e9sirait, et son cr\'e9dit {\*\bkmkstart BM177}{\*\bkmkend BM176}
+n'eut plus de bornes. Elle eut un logement particulier dans toutes les maisons du Roi\~; les conseils secrets se tenaient chez elle. La Reine c\'e9da \'e0
+ sa faveur comme tout le reste de la cour, et non seulement il ne lui fut plus permis d'ignorer un amour si public, mais elle fut oblig\'e9e d'en voir toutes les suites sans oser se plaindre, et elle dut \'e0 Mme\~de\~Montespan les marques d'amiti\'e9
+ et de douceur qu'elle recevait du Roi. Mme\~de\~Montespan voulut encore que La Valli\'e8re f\'fbt t\'e9moin de son triomphe, qu'elle f\'fbt pr\'e9sente et aupr\'e8s d'elle \'e0 tous les divertissements publics et particuliers\~
+; elle la fit entrer dans le secret de la naissance de ses enfants dans les temps o\'f9 elle cachait son \'e9tat \'e0 ses propres domestiques. Elle se lassa enfin de la pr\'e9sence de La Valli\'e8re malgr\'e9
+ ses soumissions et ses souffrances, et cette fille simple et cr\'e9dule fut r\'e9duite \'e0 prendre l'habit de carm\'e9lite, moins par d\'e9votion que par faiblesse, et on peut dire qu'elle ne quitta le monde que pour faire sa cour.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744862}2. Portrait du cardinal de Retz{\*\bkmkend _Toc97744862}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Paul de Gondi, cardinal de Retz, a beaucoup d'\'e9l\'e9vation, d'\'e9tendue d'esprit, et plus d'ostentation que de vraie grandeur de courage. Il a une m\'e9moire extraordinaire, plus {\*\bkmkstart BM178}{\*\bkmkend BM177}
+de force que de politesse dans ses paroles, l'humeur facile, de la docilit\'e9 et de la faiblesse \'e0 souffrir les plaintes et les reproches de ses amis, peu de pi\'e9t\'e9, quelques apparences de religion. Il para\'eet ambitieux sans l'\'eatre\~
+; la vanit\'e9, et ceux qui l'ont conduit, lui ont fait entreprendre de grandes choses presque toutes oppos\'e9es \'e0 sa profession\~; il a suscit\'e9 les plus grands d\'e9sordres de l'\'c9tat sans avoir un dessein form\'e9 de s'en pr\'e9
+valoir, et bien loin de se d\'e9clarer ennemi du cardinal Mazarin pour occuper sa place, il n'a pens\'e9 qu'\'e0 lui para\'eetre redoutable, et \'e0 se flatter de la fausse vanit\'e9 de lui \'eatre oppos\'e9. Il a su profiter n\'e9anmoins avec habilet\'e9
+ des malheurs publics pour se faire cardinal\~; il a souffert la prison avec fermet\'e9, et n'a d\'fb sa libert\'e9 qu'\'e0 sa hardiesse. La paresse l'a soutenu avec gloire, durant plusieurs ann\'e9es, dans l'obscurit\'e9 d'une vie errante et cach\'e9
+e. Il a conserv\'e9 l'archev\'each\'e9 de Paris contre la puissance du cardinal Mazarin\~; mais apr\'e8s la mort de ce ministre il s'en est d\'e9mis sans conna\'eetre ce qu'il faisait, et sans prendre cette conjoncture pour m\'e9nager les int\'e9r\'ea
+ts de ses amis et les siens propres. Il est entr\'e9 dans divers conclaves, et sa conduite a toujours augment\'e9 sa r\'e9putation. Sa pente naturelle est l'oisivet\'e9\~; il travaille n\'e9anmoins avec activit\'e9
+ dans les affaires qui le pressent, et il se repose avec nonchalance quand elles sont finies. Il a une pr\'e9sence d'esprit, et il sait tellement tourner \'e0 {\*\bkmkstart BM179}{\*\bkmkend BM178}
+son avantage les occasions que la fortune lui offre qu'il semble qu'il les ait pr\'e9vues et d\'e9sir\'e9es. Il aime \'e0 raconter\~; il veut \'e9blouir indiff\'e9remment tous ceux qui l'\'e9coutent par des aventures extraordinaires, et s
+ouvent son imagination lui fournit plus que sa m\'e9moire. Il est faux dans la plupart de ses qualit\'e9s, et ce qui a le plus contribu\'e9 \'e0 sa r\'e9putation c'est de savoir donner un beau jour \'e0 ses d\'e9fauts. Il est insensible \'e0 la haine et
+\'e0 l'amiti\'e9, quelque soin qu'il ait pris de para\'eetre occup\'e9 de l'une ou de l'autre\~; il est incapable d'envie ni d'avarice, soit par vertu ou par inapplication. Il a plus emprunt\'e9 de ses amis qu'un particulier ne devait esp\'e9
+rer de leur pouvoir rendre\~; il a senti de la vanit\'e9 \'e0 trouver tant de cr\'e9dit, et \'e0 entreprendre de s'acquitter. Il n'a point de go\'fbt ni de d\'e9licatesse\~; il s'amuse \'e0 tout et ne se pla\'eet \'e0 rien\~; il \'e9
+vite avec adresse de laisser p\'e9n\'e9trer qu'il n'a qu'une l\'e9g\'e8re connaissance de toutes choses. La retraite qu'il vient de faire est la plus \'e9clatante et la plus fausse action de sa vie\~; c'est un sacrifice qu'il fait \'e0
+ son orgueil, sous pr\'e9texte de d\'e9votion\~: il quitte la cour, o\'f9 il ne peut s'attacher, et il s'\'e9loigne du monde, qui s'\'e9loigne de lui.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744863}3. Remarques sur les commencements de la vie du cardinal de Richelieu{\*\bkmkend _Toc97744863}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM180}{\*\bkmkend BM179}Monsieur de Lu\'e7on, qui depuis a \'e9t\'e9 cardinal de Richelieu, s'\'e9tant attach\'e9 enti\'e8rement aux int\'e9r\'eats du mar\'e9chal d'Ancre, lui conseilla de faire la guerre\~; mais apr\'e8s lui avoir donn\'e9
+ cette pens\'e9e et que la proposition en fut faite au Conseil, Monsieur de Lu\'e7on t\'e9moigna de la d\'e9sapprouver et s'y opposa pour ce que M.\~de\~Nevers, qui croyait que la paix f\'fbt avantageuse pour ses desseins, lui avait fait offrir le prieur
+\'e9 de La Charit\'e9 par le P. Joseph, pourvu qu'il la f\'eet r\'e9soudre au Conseil. Ce changement d'opinion de Monsieur de Lu\'e7on surprit le mar\'e9chal d'Ancre, et l'obligea de lui dire avec quelque aigreur qu'il s'\'e9
+tonnait de le voir passer si promptement d'un sentiment \'e0 un autre tout contraire\~; \'e0 quoi Monsieur de Lu\'e7on r\'e9pondit ces propres paroles, que les nouvelles rencontres demandent de nouveaux conseils. Mais jugeant bien par l\'e0 qu'il avait d
+\'e9plu au mar\'e9chal, il r\'e9solut de chercher les moyens de le perdre\~; et un jour que D\'e9ageant l'\'e9tait all\'e9 trouver pour lui faire signer quelques exp\'e9ditions, il lui dit qu'il avait une affaire importante \'e0 communiquer \'e0 M.\~de\~
+Luynes, et qu'il souhaitait de l'entretenir. Le lendemain, M.\~de\~Luynes et lui se virent, o\'f9 Monsieur de Lu\'e7on lui dit que le mar\'e9chal d'Ancre \'e9tait r\'e9solu de le perdre, et que le seul moyen de se garantir d'\'eatre opprim\'e9
+ par un si puissant ennemi \'e9tait de le pr\'e9venir. Ce discours surprit beaucoup {\*\bkmkstart BM181}{\*\bkmkend BM180}M.\~de\~Luynes, qui avait d\'e9j\'e0 pris cette r\'e9solution, ne sachant si ce conseil, qui lui \'e9tait donn\'e9 par une cr\'e9
+ature du mar\'e9chal, n'\'e9tait point un pi\'e8ge pour le surprendre et pour lui faire d\'e9couvrir ses sentiments. N\'e9anmoins Monsieur de Lu\'e7on lui fit para\'eetre tant de z\'e8le pour le service du Roi et un si grand attachement \'e0
+ la ruine du mar\'e9chal, qu'il disait \'eatre le plus grand ennemi de l'\'c9tat, que M.\~de\~Luynes, persuad\'e9 de sa sinc\'e9rit\'e9, fut sur le point de lui d\'e9couvrir son dessein, et de lui communiquer le projet qu'il avait fait de tuer le mar\'e9
+chal\~; mais s'\'e9tant retenu alors de lui en parler, il dit \'e0 D\'e9ageant la conversation qu'ils avaient eue ensemble et l'envie qu'il avait de lui faire part de son secret\~; ce que D\'e9ageant d\'e9sapprouva enti\'e8
+rement, et lui fit voir que ce serait donner un moyen infaillible \'e0 Monsieur de Lu\'e7on de se r\'e9concilier \'e0 ses d\'e9pens avec le mar\'e9chal, et de se joindre plus \'e9troitement que jamais avec lui, en lui d\'e9
+couvrant une affaire de cette cons\'e9quence\~: de sorte que la chose s'ex\'e9cuta, et le mar\'e9chal d'Ancre fut tu\'e9 sans que Monsieur de Lu\'e7on en e\'fbt connaissance. Mais les conseils qu'il avait donn\'e9s \'e0 M.\~de\~Luynes, et l'animosit\'e9
+ qu'il lui avait t\'e9moign\'e9 d'avoir contre le mar\'e9chal le conserv\'e8rent, et firent que le Roi lui commanda de continuer d'assister au Conseil, et d'exercer sa charge de secr\'e9taire d'\'c9tat comme il avait accoutum\'e9\~
+: si bien qu'il demeura encore quelque temps \'e0 la cour, sans que la chute du mar\'e9chal qui l'avait avanc\'e9 {\*\bkmkstart BM182}{\*\bkmkend BM181}nuis\'eet \'e0 sa fortune. Mais, comme il n'avait pas pris les m\'eames pr\'e9
+cautions envers les vieux ministres qu'il avait fait aupr\'e8s de M.\~de\~Luynes, M.\~de\~Villeroy et M.\~le pr\'e9sident Jeannin, qui virent par quel biais il entrait dans les affaires, firent conna\'eetre \'e0 M.\~de\~
+Luynes qu'il ne devait pas attendre plus de fid\'e9lit\'e9 de lui qu'il en avait t\'e9moign\'e9 pour le mar\'e9chal d'Ancre, et qu'il \'e9tait n\'e9cessaire de l'\'e9loigner comme une personne dangereuse et qui voulait s'\'e9
+tablir par quelques voies que ce p\'fbt \'eatre\~: ce qui fit r\'e9soudre M.\~de\~Luynes \'e0 lui commander de se retirer \'e0 Avignon.
+\par
+\par Cependant la Reine m\'e8re du Roi alla \'e0 Blois, et Monsieur de Lu\'e7on, qui ne pouvait souffrir de se voir priv\'e9 de toutes ses esp\'e9rances, essaya de renouer avec M.\~de\~Luynes et lui fit offrir que, s'il lui permettait de retourner aupr\'e8
+s de la Reine, qu'il se servirait du pouvoir qu'il avait sur son esprit pour lui faire chasser tous ceux qui lui \'e9taient d\'e9sagr\'e9ables et pour lui faire faire toutes les choses que M.\~de\~Luynes lui prescrirait. Cette proposition fut re\'e7
+ue, et Monsieur de Lu\'e7on, retournant, produisit l'affaire du Pont-de-C\'e9, en suite de quoi il fut fait cardinal, et commen\'e7a d'\'e9tablir les fondements de la grandeur o\'f9 il est parvenu.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744864}4. Le comte d'Harcourt{\*\bkmkend _Toc97744864}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM183}{\*\bkmkend BM182}Le soin que la fortune a pris d'\'e9lever et d'abattre le m\'e9rite des hommes est connu dans tous les temps, et il y a mille exemples du droit qu'elle s'est donn\'e9 de mettre le prix \'e0 leurs qualit\'e9
+s, comme les souverains mettent le prix \'e0 la monnaie, pour faire voir que sa marque leur donne le cours qu'il lui pla\'eet. Si elle s'est servie des talents extraordinaires de Monsieur le Prince et de M.\~de\~Turenne pour les faire admirer, il para\'ee
+t qu'elle a respect\'e9 leur vertu et que, tout injuste qu'elle est, elle n'a pu se dispenser de leur faire justice. Mais on peut dire qu'elle veut montrer toute l'\'e9tendue de son pouvoir lorsqu'elle choisit des sujets m\'e9diocres pour les \'e9
+galer aux plus grands hommes. Ceux qui ont connu le comte d'Harcourt conviendront de ce que je dis, et ils le regarderont comme un chef-d'\'9cuvre de la fortune, qui a voulu que la post\'e9rit\'e9 le juge\'e2t digne d'\'eatre compar\'e9
+ dans la gloire des armes aux plus c\'e9l\'e8bres capitaines. Ils lui verront ex\'e9cuter heureusement les plus difficiles et les plus glorieuses entreprises. Les succ\'e8s des \'eeles Sainte-Marguerite, de Casal, le combat de la Route, le si\'e8
+ge de Turin, les batailles gagn\'e9es en Catalogne, une si longue suite de victoires \'e9tonneront les si\'e8cles \'e0 venir. La gloire du comte d'Harcourt sera en balance avec celle de Monsieur le Prince et de M.\~de\~Turenne, malgr\'e9 les
+{\*\bkmkstart BM184}{\*\bkmkend BM183}distances que la nature a mises entre eux\~; elle aura un m\'eame rang dans l'histoire, et on n'osera refuser \'e0 son m\'e9rite ce que l'on sait pr\'e9sentement qui n'est d\'fb qu'\'e0 sa seule fortune.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744865}{\*\bkmkend BM184}Portrait de La Rochefoucauld par lui-m\'eame{\*\bkmkend _Toc97744865}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM185}Portrait de M.R.D. fait par lui-m\'eame
+\par
+\par Je suis d'une taille m\'e9diocre, libre et bien proportionn\'e9e. J'ai le teint brun mais assez uni, le front \'e9lev\'e9 et d'une raisonnable grandeur, les yeux noirs, petits et enfonc\'e9s, et les sourcils noirs et \'e9pais, mais bien tourn\'e9
+s. Je serais fort emp\'each\'e9 \'e0 dire de quelle sorte j'ai le nez fait, car il n'est ni camus ni aquilin, ni gros ni pointu, au moins \'e0 ce que je crois. Tout ce que je sais, c'est qu'il est plut\'f4
+t grand que petit, et qu'il descend un peu trop en bas. J'ai la bouche grande, et les l\'e8vres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taill\'e9es. J'ai les dents blanches, et passablement bien rang\'e9
+es. On m'a dit autrefois que j'avais un peu trop de menton\~: je viens de me t\'e2ter et de me regarder dans le miroir pour savoir ce qui en est, et je ne sais pas trop bien qu'en juger. Pour le tour du visage, je l'ai ou carr\'e9 ou en ovale\~
+; lequel des deux, il me serait fort difficile de le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement fris\'e9s, et avec cela assez \'e9pais et assez longs pour pouvoir pr\'e9tendre en belle t\'eate. J'ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine\~
+; cela fait croire \'e0 la plupart des gens que je suis m\'e9prisant, quoique je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort ais\'e9e, et m\'eame un peu trop, et jusques \'e0 faire beaucoup de gestes en parlant. Voil\'e0 na\'ef
+vement comme je pense que je suis fait au dehors, et l'on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi l\'e0-dessus n'est pas fort \'e9loign\'e9 de ce qui {\*\bkmkstart BM186}{\*\bkmkend BM185}en est. J'en userai avec la m\'eame fid\'e9lit\'e9 dans ce
+qui me reste \'e0 faire de mon portrait\~; car je me suis assez \'e9tudi\'e9 pour me bien conna\'eetre, et je ne manque ni d'assurance pour dire librement ce que je puis avoir de bonnes qualit\'e9s, ni de sinc\'e9rit\'e9
+ pour avouer franchement ce que j'ai de d\'e9fauts. Premi\'e8rement, pour parler de mon humeur, je suis m\'e9lancolique, et je le suis \'e0 un point que depuis trois ou quatre ans \'e0
+ peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. J'aurais pourtant, ce me semble, une m\'e9lancolie assez supportable et assez douce, si je n'en avais point d'autre que celle qui me vient de mon temp\'e9rament\~
+; mais il m'en vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en vient me remplir de telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort l'esprit, que la plupart du temps ou je r\'eave sans dire mot ou je n'ai presque point d'attache \'e0
+ ce que je dis. Je suis fort resserr\'e9 avec ceux que je ne connais pas, et je ne suis pas m\'eame extr\'eamement ouvert avec la plupart de ceux que je connais. C'est un d\'e9faut, je le sais bien, et je ne n\'e9gligerai rien pour m'en corriger\~
+; mais comme un certain air sombre que j'ai dans le visage contribue \'e0 me faire para\'eetre encore plus r\'e9serv\'e9 que je ne le suis, et qu'il n'est pas en notre pouvoir de nous d\'e9faire d'un m\'e9
+chant air qui nous vient de la disposition naturelle des traits, je pense qu'apr\'e8s m'\'eatre corrig\'e9 au dedans, il ne laissera pas de me demeurer toujours de mauvaises marques au dehors. J'ai de l'esprit et je ne fais point difficult\'e9 de le dire
+\~; {\*\bkmkstart BM187}{\*\bkmkend BM186}car \'e0 quoi bon fa\'e7onner l\'e0-dessus\~? Tant biaiser et tant apporter d'adoucissement pour dire les avantages que l'on a, c'est, ce me semble, cacher un peu de vanit\'e9
+ sous une modestie apparente et se servir d'une mani\'e8re bien adroite pour faire croire de soi beaucoup plus de bien que l'on n'en dit. Pour moi, je suis content qu'on ne me croie ni plus beau que je me fais, ni de meilleure humeur que je me d\'e9
+peins, ni plus spirituel et plus raisonnable que je dirai que je le suis. J'ai donc de l'esprit, encore une fois, mais un esprit que la m\'e9lancolie g\'e2te\~; car, encore que je poss\'e8de assez bien ma langue, que j'aie la m\'e9
+moire heureuse, et que je ne pense pas les choses fort confus\'e9ment, j'ai pourtant une si forte application \'e0 mon chagrin que souvent j'exprime assez mal ce que je veux dire. La conversation des honn\'eates gens est un des plaisi
+rs qui me touchent le plus. J'aime qu'elle soit s\'e9rieuse et que la morale en fasse la plus grande partie\~; cependant je sais la go\'fbter aussi quand elle est enjou\'e9
+e, et si je n'y dis pas beaucoup de petites choses pour rire, ce n'est pas du moins que je ne connaisse bien ce que valent les bagatelles bien dites, et que je ne trouve fort divertissante cette mani\'e8re de badiner o\'f9
+ il y a certains esprits prompts et ais\'e9s qui r\'e9ussissent si bien. J'\'e9cris bien en prose, je fais bien en vers, et si j'\'e9tais sensible \'e0 la gloire qui vient de ce c\'f4t\'e9-l\'e0, je pense qu'avec peu de travail je pourrais m'acqu\'e9
+rir assez de r\'e9putation. {\*\bkmkstart BM188}{\*\bkmkend BM187}J'aime la lecture en g\'e9n\'e9ral\~; celle o\'f9 il se trouve quelque chose qui peut fa\'e7onner l'esprit et fortifier l'\'e2me est celle que j'aime le plus. Surtout, j'ai une extr\'ea
+me satisfaction \'e0 lire avec une personne d'esprit\~; car de cette sorte on r\'e9fl\'e9chit \'e0 tous moments sur ce qu'on lit, et des r\'e9flexions que l'on fait il se forme une conversation la plus agr\'e9able du monde, et la plus utile.
+ Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que l'on me montre\~; mais j'en dis peut-\'eatre mon sentiment avec un peu trop de libert\'e9. Ce qu'il y a encore de mal en moi, c'est que j'ai quelquefois une d\'e9
+licatesse trop scrupuleuse, et une critique trop s\'e9v\'e8re. Je ne hais pas \'e0 entendre disputer, et souvent aussi je me m\'eale assez volontiers dans la dispute\~: mais je soutiens d'ordinaire mon opinion avec trop de chaleur et lorsqu'on d\'e9
+fend un parti injuste contre moi, quelquefois, \'e0 force de me passionner pour celui de la raison, je deviens moi-m\'eame fort peu raisonnable. J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'\'eatre tout \'e0 fait honn\'ea
+te homme que mes amis ne me sauraient faire un plus grand plaisir que de m'avertir sinc\'e8rement de mes d\'e9fauts. Ceux qui me connaissent un peu particuli\'e8rement et qui ont eu la bont\'e9 de me donner quelquefois des avis l\'e0
+-dessus savent que je les ai toujours re\'e7us avec toute la joie imaginable, et toute la soumission d'esprit que l'on saurait d\'e9sirer. J'ai toutes les passions assez douces et {\*\bkmkstart BM189}{\*\bkmkend BM188}assez r\'e9gl\'e9es\~
+: on ne m'a presque jamais vu en col\'e8re et je n'ai jamais eu de haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de me venger, si l'on m'avait offens\'e9, et qu'il y all\'e2t de mon honneur \'e0
+ me ressentir de l'injure qu'on m'aurait faite. Au contraire je suis assur\'e9 que le devoir ferait si bien en moi l'office de la haine que je poursuivrais ma vengeance avec encore plus de vigueur qu'un autre. L'ambition ne me travaille point. Je ne
+crains gu\'e8re de choses, et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible \'e0 la piti\'e9, et je voudrais ne l'y \'eatre point du tout. Cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement d'une personne afflig\'e9
+e, et je crois effectivement que l'on doit tout faire, jusques \'e0 lui t\'e9moigner m\'eame beaucoup de compassion de son mal, car les mis\'e9rables sont si sots que cela leur fait le plus grand bien du monde\~
+; mais je tiens aussi qu'il faut se contenter d'en t\'e9moigner, et se garder soigneusement d'en avoir. C'est une passion qui n'est bonne \'e0 rien au-dedans d'une \'e2me bien faite, qui ne sert qu'\'e0 affaiblir le c\'9c
+ur et qu'on doit laisser au peuple qui, n'ex\'e9cutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter \'e0 faire les choses. J'aime mes amis, et je les aime d'une fa\'e7on que je ne balancerais pas un moment \'e0 sacrifier mes int\'e9r\'ea
+ts aux leurs\~; j'ai de la condescendance pour eux, je souffre patiemment leurs mauvaises humeurs et j'en excuse facilement toutes choses\~; seulement je ne leur fais pas {\*\bkmkstart BM190}{\*\bkmkend BM189}
+beaucoup de caresses, et je n'ai pas non plus de grandes inqui\'e9tudes en leur absence. J'ai naturellement fort peu de curiosit\'e9 pour la plus grande partie de tout ce qui en donne aux autres gens. Je suis fort secret, et j'ai moins de difficult\'e9
+ que personne \'e0 taire ce qu'on m'a dit en confidence. Je suis extr\'eamement r\'e9gulier \'e0 ma parole\~; je n'y manque jamais, de quelque cons\'e9quence que puisse \'ea
+tre ce que j'ai promis et je m'en suis fait toute ma vie une loi indispensable. J'ai une civilit\'e9 fort exact
+e parmi les femmes, et je ne crois pas avoir jamais rien dit devant elles qui leur ait pu faire de la peine. Quand elles ont l'esprit bien fait, j'aime mieux leur conversation que celle des hommes\~
+: on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous, et il me semble outre cela qu'elles s'expliquent avec plus de nettet\'e9 et qu'elles donnent un tour plus agr\'e9able aux choses qu'elles disent. Pour galant, je l'ai \'e9t\'e9
+ un peu autrefois\~; pr\'e9sentement je ne le suis plus, quelque jeune que je sois. J'ai renonc\'e9 aux fleurettes et je m'\'e9tonne seulement de ce qu'il y a encore tant d'honn\'eates gens qui s'occupent \'e0 en d\'e9biter. J'approuve extr\'ea
+mement les belles passions\~: elles marquent la grandeur de l'\'e2me, et quoique dans les inqui\'e9tudes qu'elles donnent il y ait quelque chose de contraire \'e0 la s\'e9v\'e8re sagesse, elles s'accommodent si bien d'ailleurs avec la plus aust\'e8
+re vertu que je crois qu'on ne les saurait condamner avec justice. Moi qui connais tout ce qu'il y a {\*\bkmkend BM190}de d\'e9licat et de fort dans les grands sentiments de l'amour, si jamais je viens \'e0 aimer, ce sera assur\'e9ment de cette sorte\~
+; mais, de la fa\'e7on dont je suis, je ne crois pas que cette connaissance que j'ai me passe jamais de l'esprit au c\'9cur.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744866}Documents relatifs \'e0 la gen\'e8se des maximes{\*\bkmkend _Toc97744866}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744867}{\*\bkmkstart BM129}{\*\bkmkstart BM175}{\*\bkmkstart BM191}Avis au lecteur{\*\bkmkend _Toc97744867}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM192}Voici un portrait du c\'9cur de l'homme que je donne au public, sous le nom de R\'e9flexions ou Maximes morales. Il court fortune de ne plaire pas \'e0 tout le monde, parce qu'on trouvera peut-\'ea
+tre qu'il ressemble trop, et qu'il ne flatte pas assez. Il y a apparence que l'intention du peintre n'a jamais \'e9t\'e9 de faire para\'eetre cet ouvrage, et qu'il serait encore renferm\'e9 dans son cabinet si une m\'e9chante co
+pie qui en a couru, et qui a pass\'e9 m\'eame depuis quelque temps en Hollande, n'avait oblig\'e9 un de ses amis de m'en donner une autre, qu'il dit \'eatre tout \'e0 fait conforme \'e0 l'original\~; mais toute correcte qu'elle est, possible n'\'e9
+vitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l'on se m\'eale de p\'e9n\'e9trer dans le fond de leur c\'9cur, et qui croient \'eatre en droit d'emp\'ea
+cher que les autres les connaissent, parce qu'elles ne veulent pas se conna\'eetre elles-m\'eames. Il est vrai que, comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de v\'e9rit\'e9
+s dont l'orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne se soul\'e8ve contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs. Aussi est-ce pour eux que je mets ici une Lettre que l'on m'a donn\'e9, qui a \'e9t\'e9
+ faite depuis que le manuscrit a paru, et dans le temps que chacun se m\'ealait d'en dire son avis. Elle m'a sembl\'e9 assez propre pour r\'e9pondre aux principales difficult\'e9s que l'on peut opposer {\*\bkmkstart BM193}{\*\bkmkend BM192}aux R\'e9
+flexions, et pour expliquer les sentiments de leur auteur. Elle suffit pour faire voir que ce qu'elles contiennent n'est autre chose que l'abr\'e9g\'e9 d'une morale conforme aux pens\'e9es de plusieurs P\'e8res de l'\'c9glise, et que celui qui les a \'e9
+crites a eu beaucoup de raison de croire qu'il ne pouvait s'\'e9garer en suivant de si bons guides, et qu'il lui \'e9tait permis de parler de l'homme comme les P\'e8res en ont parl\'e9. Mais si le respect qui leur est d\'fb
+ n'est pas capable de retenir le chagrin des critiques, s'ils ne font point de scrupule de condamner l'opinion de ces grands hommes en condamnant ce livre, je prie le lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entra\'ee
+ner son esprit au premier mouvement de son c\'9cur, et de donner ordre, s'il est possible, que l'amour-propre ne se m\'eale point dans le jugement qu'il en fera\~; car il le consulte, il ne faut pas s'attendre qu'il puisse \'eatre favorable \'e0
+ ces Maximes\~: comme elles traitent l'amour-propre de corrupteur de la raison, il ne manquera pas de pr\'e9venir l'esprit contre elles. Il faut donc prendre garde que cette pr\'e9vention ne les justifie, et se persuader qu'il n'y a rien de plus propre
+\'e0 \'e9tablir la v\'e9rit\'e9 de ces R\'e9flexions que la chaleur et la subtilit\'e9 que l'on t\'e9moignera pour les combattre. En effet il sera difficile de faire croire \'e0 tout homme de bo
+n sens que l'on les condamne par d'autre motif que par celui de l'int\'e9r\'eat cach\'e9, de l'orgueil et de l'amour-propre. En un mot, le meilleur parti que le lecteur ait \'e0 prendre est de {\*\bkmkstart BM194}{\*\bkmkend BM193}
+se mettre d'abord dans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces maximes qui le regarde en particulier, et qu'il en est seul except\'e9, bien qu'elles paraissent g\'e9n\'e9rales\~; apr\'e8s cela, je lui r\'e9ponds qu'il sera le premier \'e0
+ y souscrire, et qu'il croira qu'elles font encore gr\'e2ce au c\'9cur humain. Voil\'e0 ce que j'avais \'e0 dire sur cet \'e9crit en g\'e9n\'e9ral. Pour ce qui est de la m\'e9thode que l'on y e\'fbt pu observer, je crois qu'il e\'fbt \'e9t\'e9 \'e0 d\'e9
+sirer que chaque maxime e\'fbt eu un titre du sujet qu'elle traite, et qu'elles eussent \'e9t\'e9 mises dans un plus grand ordre\~; mais je ne l'ai pu faire sans renverser enti\'e8rement celui de la copie qu'on m'a donn\'e9e\~
+; et comme il y a plusieurs maximes sur une m\'eame mati\'e8re, ceux \'e0 qui j'en ai demand\'e9 avis ont jug\'e9 qu'il \'e9tait plus exp\'e9dient de faire une table \'e0 laquelle on aura recours pour trouver celles qui traitent d'une m\'eame chose.
+
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744868}{\*\bkmkend BM194}Discours sur les r\'e9flexions ou sentences et maximes morales{\*\bkmkend _Toc97744868}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM195}Monsieur,
+\par
+\par Je ne saurais vous dire au vrai si les R\'e9flexions morales sont de M.***, quoiqu'elles soient \'e9crites d'une mani\'e8re qui semble approcher de la sienne\~; mais en ces occasions-l\'e0 je me d\'e9
+fie presque toujours de l'opinion publique, et c'est assez qu'elle lui en ait fait un pr\'e9sent pour me donner une juste raison de n'en rien croire. Voil\'e0 de bonne foi tout ce que je vous puis r\'e9pondre sur la premi\'e8
+re chose que vous me demandez. Et pour l'autre, si vous n'aviez bien du pouvoir sur moi, vous n'en auriez gu\'e8re plus de contentement\~; car un homme pr\'e9venu, au point que je le suis, d'estime pour cet ouvrage n'a pas toute la libert\'e9 qu'il
+ faut pour en bien juger. N\'e9anmoins, puisque vous me l'ordonnez, je vous en dirai mon avis, sans vouloir m'\'e9riger autrement en faiseur de dissertations, et sans y m\'ealer en aucune fa\'e7on l'int\'e9r\'eat de celui que l'on croit avoir fait cet
+\'e9crit. Il est ais\'e9 de voir d'abord qu'il n'\'e9tait pas destin\'e9 pour para\'eetre au jour, mais seulement pour la satisfaction d'une personne qui, \'e0 mon avis, n'aspire pas \'e0 la gloire d'\'eatre auteur\~; et si par hasard c'\'e9
+tait M.***, je puis vous dire que sa r\'e9putation est \'e9tablie dans le monde par tant de meilleurs titres qu'il n'aurait pas moins de chagrin de savoir que ces R\'e9flexions sont devenues publiques qu'il en eut lorsque les M\'e9moires
+{\*\bkmkstart BM196}{\*\bkmkend BM195}qu'on lui attribue furent imprim\'e9s. Mais vous savez, Monsieur, l'empressement qu'il y a dans le si\'e8cle pour publier toutes les nouveaut\'e9s, et s'il y a moyen de l'emp\'ea
+cher quand on le voudrait, surtout celles qui courent sous des noms qui les rendent recommandables. Il n'y a rien de plus vrai, Monsieur\~: les noms font valoir les choses aupr\'e8s de ceux qui n'en sauraient conna\'eetre le v\'e9ritable prix\~
+; celui des R\'e9flexions est connu de peu de gens, quoique plusieurs se soient m\'eal\'e9s d'en dire leur avis. Pour moi, je ne me pique pas d'\'eatre assez d\'e9licat et assez habile pour en bien juger\~; je dis habile et d\'e9
+licat, parce que je tiens qu'il faut \'eatre pour cela l'un et l'autre\~; et quand je me pourrais flatter de l'\'eatre, je m'imagine que j'y trouverais peu de choses \'e0 changer. J'y rencontre partout de la force et de la p\'e9n\'e9tration, des pens\'e9
+es \'e9lev\'e9es et hardies, le tour de l'expression noble, et accompagn\'e9 d'un certain air de qualit\'e9 qui n'appartient pas \'e0 tous ceux qui se m\'ealent d'\'e9
+crire. Je demeure d'accord qu'on n'y trouvera pas tout l'ordre ni tout l'art que l'on y pourrait souhaiter, et qu'un savant qui aurait un plus grand loisir y aurait pu mettre plus d'arrangement\~; mais un homme qui n'\'e9crit que pour soi, et pour d\'e9
+lasser son esprit, qui \'e9crit les choses \'e0 mesure qu'elles lui viennent dans la pens\'e9e, n'affecte pas tant de suivre les r\'e8gles que celui qui \'e9crit de profession, qui s'en fait une affaire, et qui songe \'e0 s'en faire honneur. Ce d\'e9
+sordre n\'e9anmoins a {\*\bkmkstart BM197}{\*\bkmkend BM196}ses gr\'e2ces, et des gr\'e2ces que l'art ne peut imiter. Je ne sais pas si vous \'eates de mon go\'fbt, mais quand les savants m'en devraient vouloir du mal, je ne puis m'emp\'ea
+cher de dire que je pr\'e9f\'e9rerai toute ma vie la mani\'e8re d'\'e9crire n\'e9glig\'e9e d'un courtisan qui a de l'esprit \'e0 la r\'e9gularit\'e9 g\'ean\'e9e d'un docteur qui n'a jamais rien vu que ses livres. Plus ce qu'il dit et ce qu'il \'e9crit par
+a\'eet ais\'e9, et dans un certain air d'un homme qui se n\'e9glige, plus cette n\'e9gligence, qui cache l'art sous une expression simple et naturelle, lui donne d'agr\'e9ment. C'est de Tacite que je tiens ceci, je vous mets \'e0
+ la marge le passage latin, que vous lirez si vous en avez envie\~; et j'en userai de m\'eame de tous ceux dont je me souviendrai, n'\'e9tant pas assur\'e9 si vous aimez cette langue qui n'entre gu\'e8
+re dans le commerce du grand monde, quoique je sache que vous l'entendez parfaitement. N'est-il pas vrai, Monsieur, que cette justesse recherch\'e9e avec trop d'\'e9tude a toujours un je ne sais quoi de contraint qui donne du d\'e9go\'fb
+t, et qu'on ne trouve jamais dans les ouvrages de ces gens esclaves des r\'e8gles ces beaut\'e9s o\'f9 l'art se d\'e9guise sous les apparences du naturel, ce don d'\'e9crire facilement et noblement, enfin ce que le Tasse a dit du palais d'Armide\~:
+\par
+\par }{\i Stimi (si misto il culto \'e8 col negletto), }{
+\par }{\i Sol naturali gli ornamenti e i siti.}{
+\par }{\i Di natura arte par, che per diletto}{
+\par }{\i L'imitatrice sua scherzando imiti.}{
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM198}{\*\bkmkend BM197}Voil\'e0 comme un po\'e8te fran\'e7ais l'a pens\'e9 apr\'e8s lui.
+\par L'artifice n'a point de part
+\par Dans cette admirable structure\~;
+\par La nature, en formant tous les traits au hasard,
+\par Sait si bien imiter la justesse de l'art
+\par Que l'\'9cil, tromp\'e9 d'une douce imposture,
+\par Croit que c'est l'art qui suit l'ordre de la nature.
+\par
+\par Voil\'e0 ce que je pense de l'ouvrage en g\'e9n\'e9ral\~; mais je vois bien que ce n'est pas assez pour vous satisfaire, et que vous voulez que je r\'e9ponde plus pr\'e9cis\'e9ment aux difficult\'e9s que vous me dites que l'on vous a fait
+es. Il me semble que la premi\'e8re est celle-ci\~: que les R\'e9flexions d\'e9truisent toutes les vertus. On peut dire \'e0 cela que l'intention de celui qui les a \'e9crites para\'eet fort \'e9loign\'e9e de les vouloir d\'e9truire\~; il pr\'e9
+tend seulement faire voir qu'il n'y en a presque point de pures dans le monde, et que dans la plupart de nos actions il y a un m\'e9lange d'erreur et de v\'e9rit\'e9, de perfection et d'imperfection, de vice et de vertu\~; il regarde le c\'9c
+ur de l'homme corrompu, attaqu\'e9 de l'orgueil et de l'amour-propre, et environn\'e9 de mauvais exemples comme le commandant d'une ville assi\'e9g\'e9e \'e0 qui l'argent a manqu\'e9\~: il fait de la monnaie de cuir, et de carton\~
+; cette monnaie a la figure de la bonne, on la d\'e9bite pour le m\'eame prix, mais ce n'est que la mis\'e8re et le besoin qui lui donnent cours parmi les assi\'e9g\'e9s. De m\'eame la plupart des actions des hommes que le monde prend pour des
+{\*\bkmkstart BM199}{\*\bkmkend BM198}vertus n'en ont bien souvent que l'image et la ressemblance. Elles ne laissent pas n\'e9anmoins d'avoir leur m\'e9rite et d'\'eatre dignes en quelque sorte de notre estime, \'e9tant tr\'e8
+s difficile d'en avoir humainement de meilleures. Mais quand il serait vrai qu'il croirait qu'il n'y en aurait aucune de v\'e9ritable dans l'homme, en le consid\'e9rant dans un \'e9tat purement naturel, il ne serait pas le prem
+ier qui aurait eu cette opinion. Si je ne craignais pas de m'\'e9riger trop en docteur, je vous citerais bien des auteurs, et m\'eame des P\'e8res de l'\'c9glise, et de grands saints, qui ont pens\'e9 que l'amour-propre et l'orgueil \'e9taient l'\'e2
+me des plus belles actions des pa\'efens. Je vous ferais voir que quelques-uns d'entre eux n'ont pas m\'eame pardonn\'e9 \'e0 la chastet\'e9 de Lucr\'e8ce, que tout le monde avait crue vertueuse jusqu'\'e0 ce qu'ils eussent d\'e9couvert la fausset\'e9
+ de cette vertu, qui avait produit la libert\'e9 de Rome, et qui s'\'e9tait attir\'e9 l'admiration de tant de si\'e8cles. Pensez-vous, Monsieur, que S\'e9n\'e8que, qui faisait aller son sage de pair avec les dieux, f\'fbt v\'e9ritablement sage lui-m\'ea
+me, et qu'il f\'fbt bien persuad\'e9 de ce qu'il voulait persuader aux autres\~? Son orgueil n'a pu l'emp\'eacher de dire quelquefois qu'on n'avait point vu dans le monde d'exemple de l'id\'e9e qu'il proposait, qu'il \'e9
+tait impossible de trouver une vertu si achev\'e9e parmi les hommes, et que le plus parfait d'entre eux \'e9tait celui qui avait le moins de d\'e9fauts. Il demeure d'accord que l'on peut reprocher \'e0 {\*\bkmkstart BM200}{\*\bkmkend BM199}
+Socrate d'avoir eu quelques amiti\'e9s suspectes\~; \'e0 Platon et Aristote, d'avoir \'e9t\'e9 avares\~; \'e0 \'c9picure, prodigue et voluptueux\~; mais il s'\'e9crie en m\'eame temps que nous serions trop heureux d'\'eatre parvenus \'e0
+ savoir imiter leurs vices. Ce philosophe aurait eu raison d'en dire autant des siens, car on ne serait pas trop malheureux de pouvoir jouir comme il a fait de toute sorte de biens, d'honneurs et de plaisirs, en affectant de les m\'e9priser\~; de se vo
+ir le ma\'eetre de l'empire, et de l'empereur, et l'amant de l'imp\'e9ratrice en m\'eame temps\~; d'avoir de superbes palais, des jardins d\'e9licieux, et de pr\'eacher, aussi \'e0 son aise qu'il faisait, la mod\'e9ration, et la pauvret\'e9
+, au milieu de l'abondance, et des richesses. Pensez-vous, Monsieur, que ce sto\'efcien qui contrefaisait si bien le ma\'ee
+tre de ses passions eut d'autres vertus que celle de bien cacher ses vices, et qu'en se faisant couper les veines il ne se repentit pas plus d'une fois d'avoir laiss\'e9 \'e0 son disciple le pouvoir de le faire mourir\~? Regardez un peu de pr\'e8
+s ce faux brave\~: vous verrez qu'en faisant de beaux raisonnements sur l'immortalit\'e9 de l'\'e2me, il cherche \'e0 s'\'e9tourdir sur la crainte de la mort\~; il ramasse toutes ses forces pour faire bonne mine\~;
+il se mord la langue de peur de dire que la douleur est un mal\~; il pr\'e9tend que la raison peut rendre l'homme impassible, et au lieu d'abaisser son orgueil il le rel\'e8ve au-dessus de la divinit\'e9. Il nous aurait bien plus oblig\'e9
+s de nous avouer franchement les {\*\bkmkstart BM201}{\*\bkmkend BM200}faiblesses et la corruption du c\'9cur humain, que de prendre tant de peine \'e0 nous tromper. L'auteur des R\'e9flexions n'en fait pas de m\'eame\~: il expose au jour toutes les mis
+\'e8res de l'homme. Mais c'est de l'homme abandonn\'e9 \'e0 sa conduite qu'il parle, et non pas du chr\'e9tien. Il fait voir que, malgr\'e9 tous les efforts de sa raison, l'orgueil et l'amour-propre ne laissent pas de se cacher dans les replis de son c
+\'9cur, d'y vivre et d'y conserver assez de forces pour r\'e9pandre leur venin sans qu'il s'en aper\'e7oive dans la plupart de ses mouvements.
+\par
+\par La seconde difficult\'e9 que l'on vous a faite, et qui a beaucoup de rapport \'e0 la premi\'e8re, est que les R\'e9flexions passent dans le monde pour des subtilit\'e9s d'un censeur qui prend en mauvaise part les actions les plus indiff\'e9rentes, plut
+\'f4t que pour des v\'e9rit\'e9s solides. Vous me dites que quelques-uns de vos amis vont ont assur\'e9 de bonne foi qu'ils savaient, par leur propre exp\'e9rience, que l'on fait quelquefois le bien sans avoir d'autre vue que celle du bien, et souvent m
+\'eame sans en avoir aucune, ni pour le bien, ni pour le mal, mais par une droiture naturelle du c\'9cur, qui le porte sans y penser vers ce qui est bon. Je voudrais qu'il me f\'fbt permis de croire ces gens-l\'e0 sur leur parole, et qu'il f\'fb
+t vrai que la nature humaine n'e\'fbt que des mouvements raisonnables, et que toutes nos actions fussent naturellement vertueuses\~; mais, Monsieur, comment accorderons-nous le t\'e9moignage de vos amis avec les {\*\bkmkstart BM202}{\*\bkmkend BM201}
+sentiments des m\'eames P\'e8res de l'\'c9glise, qui ont assur\'e9 que toutes nos vertus, sans le secours de la foi, n'\'e9taient que des imperfections\~; que notre volont\'e9 \'e9tait n\'e9e aveugle\~; que ses d\'e9sirs \'e9
+taient aveugles, sa conduite encore plus aveugle, et qu'il ne fallait pas s'\'e9tonner si, parmi tant d'aveuglement, l'homme \'e9tait dans un \'e9garement continuel\~? Il en ont parl\'e9 encore plus fortement, car ils ont dit qu'en cet \'e9
+tat la prudence de l'homme ne p\'e9n\'e9trait dans l'avenir et n'ordonnait rien que par rapport \'e0 l'orgueil\~; que sa temp\'e9rance ne mod\'e9rait aucun exc\'e8s que celui que l'orgueil avait condamn\'e9\~
+; que sa constance ne se soutenait dans les malheurs qu'autant qu'elle \'e9tait soutenue par l'orgueil\~; et enfin que toutes ses vertus, avec cet \'e9clat ext\'e9rieur de m\'e9rite qui les faisait admirer, n'avaient pour but que cette admirati
+on, l'amour d'une vaine gloire, et l'int\'e9r\'eat de l'orgueil. On trouverait un nombre presque infini d'autorit\'e9s sur cette opinion\~; mais si je m'engageais \'e0 vous les citer r\'e9guli\'e8
+rement, j'en aurais un peu plus de peine, et vous n'en auriez pas plus de plaisir. Je pense donc que le meilleur, pour vous et pour moi, sera de vous en faire voir l'abr\'e9g\'e9 dans six vers d'un excellent po\'e8te de notre temps\~:
+\par
+\par Si le jour de la foi n'\'e9claire la raison,
+\par Notre go\'fbt d\'e9prav\'e9 tourne tout en poison\~;
+\par Toujours de notre orgueil la subtile imposture
+\par Au bien qu'il semble aimer fait changer de nature\~;
+\par {\*\bkmkstart BM203}{\*\bkmkend BM202}Et dans le propre amour dont l'homme est rev\'eatu,
+\par Il se rend criminel m\'eame par sa vertu.
+\par
+\par S'il faut n\'e9anmoins demeurer d'accord que vos amis ont le don de cette foi vive qui redresse toutes les mauvaises inclinations de l'amour-propre, si Dieu leur fait des gr\'e2ces extraordinaires, s'il les sanctifie d\'e8s ce monde, je souscris de bon c
+\'9cur \'e0 leur canonisation, et je leur d\'e9clare que les R\'e9flexions morales ne les regardent point. Il n'y a pas d'apparence que celui qui les a \'e9crites en veuille \'e0 la vertu des saints\~; il ne s'adresse, comme je vous ai dit, qu'\'e0
+ l'homme corrompu, il soutient qu'il fait presque toujours du mal quand son amour-propre le flatte qu'il fait le bien, et qu'il se trompe souvent lorsqu'il veut juger de lui-m\'eame, parce que la nature ne se d\'e9clare pas en lui sinc\'e8
+rement des motifs qui le font agir. Dans cet \'e9tat malheureux o\'f9 l'orgueil est l'\'e2me de tous ses mouvements, les saints m\'eames sont les premiers \'e0 lui d\'e9clarer la guerre, et le traitent plus mal sans comparaison que ne fait l'auteur des R
+\'e9flexions. S'il vous prend quelque jour envie de voir les passages que j'ai trouv\'e9s dans leurs \'e9crits sur ce sujet, vous serez aussi persuad\'e9 que je le suis de cette v\'e9rit\'e9\~; mais je vous supplie de vous contenter \'e0 pr\'e9
+sent de ces vers, qui vous expliqueront une partie de ce qu'ils ont pens\'e9\~:
+\par
+\par Le d\'e9sir des honneurs, des biens, et des d\'e9lices,
+\par Produit seul ses vertus, comme il produit ses vices,
+\par {\*\bkmkstart BM204}{\*\bkmkend BM203}Et l'aveugle int\'e9r\'eat qui r\'e8gne dans son c\'9cur,
+\par Va d'objet en objet, et d'erreur en erreur\~;
+\par
+\par Le nombre de ses maux s'accro\'eet par leur rem\'e8de\~;
+\par Au mal qui se gu\'e9rit un autre mal succ\'e8de\~;
+\par Au gr\'e9 de ce tyran dont l'empire est cach\'e9,
+\par Un p\'e9ch\'e9 se d\'e9truit par un autre p\'e9ch\'e9.
+\par
+\par Montaigne, que j'ai quelque scrupule de vous citer apr\'e8s des P\'e8res de l'\'c9glise, dit assez heureusement sur ce m\'eame sujet que son \'e2me a deux visages diff\'e9rents, qu'elle a beau se replier sur elle-m\'eame, elle n'aper\'e7
+oit jamais que celui que l'amour-propre a d\'e9guis\'e9, pendant que l'autre se d\'e9couvre par ceux qui n'ont point de part \'e0 ce d\'e9guisement. Si j'osais ench\'e9rir sur une m\'e9taphore si hardie, je dirais que l'homme corrompu est fait comme ces m
+\'e9dailles qui repr\'e9sentent la figure d'un saint et celle d'un d\'e9mon dans une seule face et par les m\'eames traits. Il n'y a que la diverse situation de ceux qui la regardent qui change l'objet\~; l'un voit le saint, et l'autre voit le d\'e9
+mon. Ces comparaisons nous font assez comprendre que, quand l'amour-propre a s\'e9duit le c\'9cur, l'orgueil aveugle tellement la raison, et r\'e9pand tant d'obscurit\'e9
+ dans toutes ses connaissances, qu'elle ne peut juger du moindre de nos mouvements, ni former d'elle-m\'eame aucun discours assur\'e9
+ pour notre conduite. Les hommes, dit Horace, sont sur la terre comme une troupe de voyageurs, que la nuit a surpris en passant dans une for\'eat\~: ils marchent sur la foi d'un {\*\bkmkstart BM205}{\*\bkmkend BM204}guide qui les \'e9gare aussit\'f4
+t, ou par malice, ou par ignorance, chacun d'eux se met en peine de retrouver le chemin\~; ils prennent tous diverses routes, et chacun croit suivre la bonne\~; plus il le croit, et plus il s'en \'e9carte. Mais quoique leurs \'e9garements soient diff\'e9
+rents, ils n'ont pourtant qu'une m\'eame cause\~: c'est le guide qui les a tromp\'e9s, et l'obscurit\'e9 de la nuit qui les emp\'eache de se redresser. Peut-on mieux d\'e9peindre l'aveuglement et les inqui\'e9tudes de l'homme abandonn\'e9 \'e0
+ sa propre conduite, qui n'\'e9coute que les conseils de son orgueil, qui croit aller naturellement droit au bien, et qui s'imagine toujours que le dernier qu'il recherche est le meilleur\~
+? N'est-il pas vrai que, dans le temps qu'il se flatte de faire des actions vertueuses, c'est alors que l'\'e9garement de son c\'9cur est plus dangereux\~? Il y
+ a un si grand nombre de roues qui composent le mouvement de cette horloge, et le principe en est si cach\'e9
+, qu'encore que nous voyions ce que marque la montre, nous ne savons pas quel est le ressort qui conduit l'aiguille sur toutes les heures du cadran.
+\par
+\par La troisi\'e8me difficult\'e9 que j'ai \'e0 r\'e9soudre est que beaucoup de personnes trouvent de l'obscurit\'e9 dans le sens et dans l'expression de ces r\'e9flexions. L'obscurit\'e9
+, comme vous savez, Monsieur, ne vient pas toujours de la faute de celui qui \'e9crit. Les R\'e9flexions, ou si vous voulez les Maximes et les Sentences, comme le monde a nomm\'e9 celles-ci, doivent \'eatre \'e9crites dans un style serr\'e9
+, qui ne permet pas {\*\bkmkstart BM206}{\*\bkmkend BM205}de donner aux choses toute la clart\'e9 qui serait \'e0 d\'e9sirer. Ce sont les premiers traits du tableau\~: les yeux habiles y remarquent bien toute la finesse de l'art et la beaut\'e9 de la pens
+\'e9e du peintre\~; mais cette beaut\'e9 n'est pas faite pour tout le monde, et quoique ces traits ne soient point remplis de couleurs, ils n'en sont pas moins des coups de ma\'eetre. Il faut donc se donner le loisir de p\'e9n\'e9
+trer le sens et la force des paroles, il faut que l'esprit parcoure toute l'\'e9tendue de leur signification avant que de se reposer pour en former le jugement.
+\par
+\par La quatri\'e8me difficult\'e9 est, ce me semble, que les Maximes sont presque partout trop g\'e9n\'e9rales. On vous a dit qu'il est injuste d'\'e9tendre sur tout le genre humain des d\'e9
+fauts qui ne se trouvent qu'en quelques hommes. Je sais, outre ce que vous me mandez des diff\'e9rents sentiments que vous en avez entendus, ce que l'on oppose d'ordinaire \'e0 ceux qui d\'e9couvrent et qui condamnent les vices\~
+: on appelle leur censure le portrait du peintre\~; on dit qu'ils sont comme les malades de la jaunisse, qu'ils voient tout jaune parce qu'ils le sont eux-m\'eames. Mais s'il \'e9tait vrai que, pour censurer la corruption du c\'9cur en g\'e9n\'e9
+ral, il fall\'fbt la ressentir en particulier plus qu'un autre, il faudrait aussi demeurer d'accord que ces philosophes, dont Diog\'e8ne de La\'ebrce nous rapporte les sentences, \'e9taient les hommes les plus corrompus de leur si\'e8
+cle, il faudrait faire le proc\'e8s \'e0 la m\'e9moire de Caton, et croire que c'\'e9tait le plus {\*\bkmkstart BM207}{\*\bkmkend BM206}m\'e9chant homme de la r\'e9
+publique, parce qu'il censurait les vices de Rome. Si cela est, Monsieur, je ne pense pas que l'auteur des R\'e9flexions, quel qu'il puisse \'eatre, trouve rien \'e0 redire au chagrin de ceux qui le condamneront, quand, \'e0 la religion pr\'e8
+s, on ne le croira pas plus homme de bien, ni plus sage que Caton. Je dirai encore, pour ce qui regarde les termes que l'on trouve trop g\'e9n\'e9raux, qu'il est difficile de les restreindre dans les sentences sans leur \'f4
+ter tout le sel et toute la force\~; il me semble, outre cela, que l'usage nous fait voir que sous des expressions g\'e9n\'e9rales l'esprit ne laisse pas de sous-entendre de lui-m\'eame des restrictions. Par exemple, quand on dit\~
+: Tout Paris fut au-devant du Roi, toute la cour est dans la joie, ces fa\'e7ons de parler ne signifient n\'e9anmoins que la plus grande partie. Si vous croyez que ces raisons ne suffisent pas pour fermer la bouche aux critiques, ajo
+utons-y que quand on se scandalise si ais\'e9ment des termes d'une censure g\'e9n\'e9rale, c'est \'e0 cause qu'elle nous pique trop vivement dans l'endroit le plus sensible du c\'9cur.
+\par
+\par N\'e9anmoins il est certain que nous connaissons, vous et moi, bien des gens qui ne se scandalisent pas de celle des R\'e9flexions, j'entends de ceux qui ont l'hypocrisie en aversion, et qui avouent de bonne foi ce qu'ils sentent en eux-m\'ea
+mes et ce qu'ils remarquent dans les autres. Mais peu de gens sont capables d'y penser, ou s'en veulent donner la {\*\bkmkstart BM208}{\*\bkmkend BM207}peine, et si par hasard ils y pensent, ce n'est jamais sans se flatter. Souvenez-vous, s'il vous pla
+\'eet, de la mani\'e8re dont notre ami Guarini traite ces gens-l\'e0\~:
+\par
+\par }{\i Huomo sono, e mi preggio d'esser humano\~:}{
+\par
+\par }{\i E teco, che sei huomo.}{
+\par }{\i E ch'altro esser non puoi, }{
+\par }{\i\lang2057 Come huomo parlo di cosa humana.}{\lang2057
+\par }{\i E se di cotal nome forse ti sdegni, }{
+\par }{\i Guarda, garzon superbo, }{
+\par }{\i Che, nel dishumanarti, }{
+\par }{\i Non divenghi una fiera, anzi ch'un dio.}{
+\par
+\par Voil\'e0, Monsieur, comme il faut parler de l'orgueil de la nature humaine\~; et au lieu de se f\'e2cher contre le miroir qui nous fait voir nos d\'e9fauts, au lieu de savoir mauvais gr\'e9 \'e0 ceux qui nous les d\'e9
+couvrent, ne vaudrait-il pas mieux nous servir des lumi\'e8res qu'ils nous donnent pour conna\'eetre l'amour-propre et l'orgueil, et pour nous garantir des surprises continuelles qu'ils font \'e0 notre raison\~
+? Peut-on jamais donner assez d'aversion pour ces deux vices, qui furent les causes funestes de la r\'e9volte de notre premier p\'e8re, ni trop d\'e9crier ces sources malheureuses de toutes nos mis\'e8res\~?
+\par
+\par Que les autres prennent donc comme ils voudront les R\'e9flexions morales. Pour moi je les consid\'e8re comme peinture ing\'e9nieuse de toutes les singeries du faux sage\~; il me semble que, dans chaque trait, l'amour de la v\'e9rit\'e9 lui
+{\*\bkmkstart BM209}{\*\bkmkend BM208}\'f4te le masque, et le montre tel qu'il est. Je les regarde comme des le\'e7ons d'un ma\'eetre qui entend parfaitement l'art de conna\'eetre les hommes, qui d\'e9m\'eale admirablement bien tous les r\'f4
+les qu'ils jouent dans le monde, et qui non seulement nous fait prendre garde aux diff\'e9rents caract\'e8res des personnages du th\'e9\'e2tre, mais encore qui nous fait voir, en levant un coin du rideau, que cet amant et ce roi de la com\'e9
+die sont les m\'eames acteurs qui font le docteur et le bouffon dans la farce. Je vous avoue que je n'ai rien lu de notre temps qui m'ait donn\'e9 plus de m\'e9pris pour l'homme, et plus de honte \'e0 ma propre vanit\'e9. Je pense toujours trouver \'e0
+ l'ouverture du livre quelque ressemblance aux mouvements secrets de mon c\'9cur\~; je me t\'e2te moi-m\'eame pour examiner s'il dit vrai, et je
+ trouve qu'il le dit presque toujours, et de moi et des autres, plus qu'on ne voudrait. D'abord j'en ai quelque d\'e9pit, je rougis quelquefois de voir qu'il ait devin\'e9, mais je sens bien, \'e0 force de le lire, que si je n'apprends \'e0
+ devenir plus sage, j'apprends au moins \'e0 conna\'eetre que je ne le suis pas\~; j'apprends enfin, par l'opinion qu'il me donne de moi-m\'eame, \'e0 ne me r\'e9pandre pas sottement dans l'admiration de toutes ces vertus dont l'\'e9
+clat nous saute aux yeux. Les hypocrites passent mal leur temps \'e0 la lecture d'un livre comme celui-l\'e0. D\'e9fiez-vous donc, Monsieur, de ceux qui vous en diront du mal, et soyez assur\'e9 qu'ils n'en disent que parce qu'ils sont au d\'e9
+sespoir de voir r\'e9v\'e9ler des myst\'e8res qu'ils {\*\bkmkstart BM210}{\*\bkmkend BM209}voudraient pouvoir cacher toute leur vie aux autres et \'e0 eux-m\'eames.
+\par
+\par En ne voulant vous faire qu'une lettre, je me suis engag\'e9 insensiblement \'e0 vous \'e9crire un grand discours\~; appelez-le comme vous voudrez, ou discours ou lettre, il ne m'importe, pourvu que vous en soyez content, et que vous me fas
+siez l'honneur de me croire,
+\par
+\par MONSIEUR,
+\par
+\par Votre, etc.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744869}{\*\bkmkend BM129}{\*\bkmkend BM175}{\*\bkmkend BM191}{\*\bkmkend BM210}R\'e9flexions morales
+{\*\bkmkend _Toc97744869}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {{\*\bkmkstart BM211}I
+\par
+\par L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame, et de toutes choses pour soi\~; il rend les hommes idol\'e2tres d'eux-m\'eames, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens\~; il ne se repose jamais hors de soi et ne s'arr\'ea
+te dans les sujets \'e9trangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si imp\'e9tueux que ses d\'e9sirs, rien de si cach\'e9 que ses desseins, rien de si habile que ses conduites\~
+; ses souplesses ne se peuvent repr\'e9senter, ses transformations passent celles des m\'e9tamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les t\'e9n\'e8bres de ses ab\'eemes. L\'e0 il est \'e0
+ couvert des yeux les plus p\'e9n\'e9trants, il y fait mille insensibles tours et retours. L\'e0 il est souvent invisible \'e0 lui-m\'eame, il y con\'e7oit, il y nourrit, et il y \'e9l\'e8ve, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines\~
+; il en forme de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il les m\'e9conna\'eet ou il ne peut se r\'e9soudre \'e0 les avouer. De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de lui-m\'eame, de l\'e0
+ viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossi\'e8ret\'e9s et ses niaiseries sur son sujet\~; de l\'e0 vient qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir d\'e8
+s qu'il se repose et qu'il pense avoir perdu tous les go\'fbts qu'il a rassasi\'e9s. Mais {\*\bkmkstart BM212}{\*\bkmkend BM211}cette obscurit\'e9 \'e9paisse, qui le cache \'e0 lui-m\'eame, n'emp\'ea
+che pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est semblable \'e0 nos yeux, qui d\'e9couvrent tout, et sont aveugles seulement pour eux-m\'eames. En effet dans ses plus grands int\'e9r\'eats, et dans ses plus importantes affaires, o
+\'f9 la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soup\'e7onne, il p\'e9n\'e8tre, il devine tout\~; de sorte qu'on est tent\'e9 de croire que chacune de ses passions a une esp\'e8
+ce de magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaye de rompe inutilement \'e0 la vue des malheurs extr\'eames qui le menacent. Cependant il fait quelquefois en peu de temps, et sans aucun ef
+fort, ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs ann\'e9es\~; d'o\'f9 l'on pourrait conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-m\'eame que ses d\'e9sirs sont allum\'e9s, plut\'f4t que par la beaut\'e9
+ et par le m\'e9rite de ses objets\~; que son go\'fbt est le prix qui les rel\'e8ve et le fard qui les embellit\~; que c'est apr\'e8s lui-m\'eame qu'il court, et qu'il suit son gr\'e9, lorsqu'il suit les choses qui sont \'e0 son gr\'e9
+. Il est tous les contraires, il est imp\'e9rieux et ob\'e9issant, sinc\'e8re et dissimul\'e9, mis\'e9ricordieux et cruel, timide et audacieux. Il a de diff\'e9rentes inclinations selon la diversit\'e9 des temp\'e9raments qui le tournent et le d\'e9
+vouent tant\'f4t \'e0 la gloire, tant\'f4t aux richesses, et tant\'f4t aux plaisirs\~; il en {\*\bkmkstart BM213}{\*\bkmkend BM212}change selon le changement de nos \'e2ges, de nos fortunes et de nos exp\'e9riences\~; mais il lui est indiff\'e9
+rent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une, parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut, et comme il lui pla\'eet. Il est inconstant, et outre les changements qui viennent des causes \'e9trang\'e8
+res, il y en a une infinit\'e9 qui naissent de lui et de son propre fonds\~; il est inconstant d'inconstance, de l\'e9g\'e8ret\'e9, d'amour, de nouveaut\'e9, de lassitude et de d\'e9go\'fbt\~; il est capricieux, et on le voit qu
+elquefois travailler avec le dernier empressement, et avec des travaux incroyables, \'e0 obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui m\'ea
+me lui sont nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles\~; il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et conserve toute sa fiert\'e9 dans les plus m\'e9
+prisables. Il est dans tous les \'e9tats de la vie, et dans toutes les conditions\~; il vit partout, et il vit de tout, il vit de rien\~; il s'accommode des choses, et de leur privation\~; il passe m\'ea
+me dans le parti des gens qui lui font la guerre, il entre dans leurs desseins\~; et ce qui est admirable, il se hait lui-m\'eame avec eux, il conjure sa perte, il travaille m\'eame \'e0 sa ruine. Enfin il ne se soucie que d'\'ea
+tre, et pourvu qu'il soit, il veut bien \'eatre son ennemi. Il ne faut donc pas s'\'e9tonner s'il se joint quelquefois \'e0 la plus rude aust\'e9rit\'e9, et s'il entre si {\*\bkmkstart BM214}{\*\bkmkend BM213}hardiment en soci\'e9t\'e9 avec elle pour se d
+\'e9truire, parce que, dans le m\'eame temps qu'il se ruine en un endroit, il se r\'e9tablit en un autre\~; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il ne fait que le suspendre, ou le changer, et lors m\'eame qu'il est vaincu et qu'on croit en \'eatre d
+\'e9fait, on le retrouve qui triomphe dans sa propre d\'e9faite. Voil\'e0 la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation\~
+; la mer en est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans le flux et le reflux de ses vagues continuelles une fid\'e8le expression de la succession turbulente de ses pens\'e9es, et de ses \'e9ternels mouvements.
+\par
+\par II
+\par
+\par L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
+\par
+\par III
+\par
+\par Quelque d\'e9couverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre, il reste bien encore des terres inconnues.
+\par
+\par IV
+\par
+\par L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
+\par
+\par V
+\par
+\par La dur\'e9e de nos passions ne d\'e9pend pas plus de nous que la dur\'e9e de notre vie.
+\par
+\par VI
+\par
+\par La passion fait souvent du plus habile homme un fol, et rend quasi toujours les plus sots habiles.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM215}{\*\bkmkend BM214}VII
+\par
+\par Les grandes et \'e9clatantes actions qui \'e9blouissent les yeux sont repr\'e9sent\'e9es par les politiques comme les effets des grands int\'e9r\'eats, au lieu que ce
+sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte \'e0 l'ambition qu'ils avaient de se rendre ma\'eetres du monde, \'e9tait un effet de jalousie.
+\par
+\par VIII
+\par
+\par Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les r\'e8gles sont infaillibles\~; et l'homme le plus simple que la passion fait parler persuade mieux que celui qui n'a que la seule \'e9loquence.
+
+\par
+\par IX
+\par
+\par Les passions ont une injustice et un propre int\'e9r\'eat qui fait qu'il est dangereux de les suivre, lors m\'eame qu'elles paraissent les plus raisonnables.
+\par
+\par X
+\par
+\par Il y a dans le c\'9cur humain une g\'e9n\'e9ration perp\'e9tuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours l'\'e9tablissement d'une autre.
+\par
+\par XI
+\par
+\par Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avarice produit quelquefois la lib\'e9ralit\'e9, et la lib\'e9ralit\'e9 l'avarice\~; on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace na\'eet de la timidit\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM216}{\*\bkmkend BM215}XII
+\par
+\par Quelque industrie que l'on ait \'e0 cacher ses passions sous le voile de la pi\'e9t\'e9, et de l'honneur, il y en a toujours quelque endroit qui se montre.
+\par
+\par XIII
+\par
+\par Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degr\'e9s de la chaleur, et de la froideur, du sang.
+\par
+\par XIV
+\par
+\par Les hommes ne sont pas seulement sujets \'e0 perdre \'e9galement le souvenir des bienfaits, et des injures, mais ils ha\'efssent ceux qui les ont oblig\'e9s, et cessent de ha\'efr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application \'e0 r\'e9
+compenser le bien, et \'e0 se venger du mal, leur para\'eet une servitude \'e0 laquelle ils ont peine \'e0 se soumettre.
+\par
+\par XV
+\par
+\par La cl\'e9mence des princes est souvent une politique dont ils se servent pour gagner l'affection des peuples.
+\par
+\par XVI
+\par
+\par La cl\'e9mence, dont nous faisons une vertu, se pratique tant\'f4t pour la gloire, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.
+\par
+\par XVII
+\par
+\par La mod\'e9ration, dans la plupart des hommes, n'a garde de combattre et de soumettre l'ambition, puisqu'elles ne se peuvent trouver ensemble, la mod\'e9ration n'\'e9tant d'ordinaire qu'une paresse, une langueur, et un manque de courage\~: de
+{\*\bkmkstart BM217}{\*\bkmkend BM216}mani\'e8re qu'on peut justement dire \'e0 leur \'e9gard que la mod\'e9ration est une bassesse de l'\'e2me, comme l'ambition en est l'\'e9l\'e9vation.
+\par
+\par XVIII
+\par
+\par La mod\'e9ration dans la bonne fortune n'est que l'appr\'e9hension de la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a.
+\par
+\par XIX
+\par
+\par La mod\'e9ration des personnes heureuses est le calme de leur humeur, adoucie par la possession du bien.
+\par
+\par XX
+\par
+\par La mod\'e9ration est une crainte de l'envie, et du m\'e9pris, qui suivent ceux qui s'enivrent de leur bonheur\~; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit\~; et enfin, pour la bien d\'e9finir, la mod\'e9
+ration des hommes dans leurs plus hautes \'e9l\'e9vations est une ambition de para\'eetre plus grands que les choses qui les \'e9l\'e8vent.
+\par
+\par XXI
+\par
+\par La mod\'e9ration est comme la sobri\'e9t\'e9, on voudrait bien manger davantage, mais on craint de se faire mal.
+\par
+\par XXII
+\par
+\par Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
+\par
+\par XXIII
+\par
+\par La constance des sages n'est qu'un art, avec lequel ils savent enfermer leur agitation dans leur c\'9cur.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM218}{\*\bkmkend BM217}XXIV
+\par
+\par Ceux qu'on fait mourir affectent quelquefois des constances, de froideurs, et des m\'e9pris de la mort, pour ne pas penser \'e0 elle, de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces m\'e9pris font \'e0 leur esprit ce que le bandeau fait \'e0 leurs yeux.
+
+\par
+\par XXV
+\par
+\par La philosophie triomphe ais\'e9ment de maux pass\'e9s, et de ceux qui ne sont pas pr\'eats d'arriver. Mais les maux pr\'e9sents triomphent d'elle.
+\par
+\par XXVI
+\par
+\par Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par r\'e9solution, mais par stupidit\'e9 et par coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt.
+\par
+\par XXVII
+\par
+\par Les grands hommes s'abattent et se d\'e9montent \'e0 la fin par la longueur de leurs infortunes\~; cela fait bien voir qu'ils n'\'e9taient pas forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se donnaient la g\'eane pour le para\'ee
+tre, et qu'ils soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition, et non pas par celle de leur \'e2me, enfin, \'e0 une grande vanit\'e9 pr\'e8s, les h\'e9ros sont faits comme les autres hommes.
+\par
+\par XXVIII
+\par
+\par Il faut de plus grandes vertus, et en plus grand nombre, {\*\bkmkstart BM219}{\*\bkmkend BM218}pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.
+\par
+\par XXIX
+\par
+\par Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
+\par
+\par XXX
+\par
+\par Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent pas n\'e9anmoins le jour\~; la seule envie est une passion timide et honteuse d'elle-m\'eame, qui n'ose se laisser voir.
+\par
+\par XXXI
+\par
+\par La jalousie est raisonnable, et juste en quelque mani\'e8re, puisqu'elle ne cherche qu'\'e0 conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir\~
+; au lieu que l'envie est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres.
+\par
+\par XXXII
+\par
+\par Le mal que nous faisons ne nous attire point tant de pers\'e9cution et de haine que les bonnes qualit\'e9s que nous avons.
+\par
+\par XXXIII
+\par
+\par Tout le monde trouve \'e0 redire en autrui ce qu'on trouve \'e0 redire en lui.
+\par
+\par XXXIV
+\par
+\par Si nous n'avions point de d\'e9fauts, nous ne serions pas si aises d'en remarquer aux autres.
+\par
+\par XXXV
+\par
+\par La jalousie ne subsiste que dans les doutes, l'incertitude {\*\bkmkstart BM220}{\*\bkmkend BM219}est sa mati\'e8re\~; c'est une passion qui cherche tous les jours de nouveaux sujets d'inqui\'e9tude, et de nouveaux tourments\~; on cesse d'\'eatre jaloux d
+\'e8s qu'on est \'e9clairci de ce qui causait la jalousie.
+\par
+\par XXXVI
+\par
+\par L'orgueil se d\'e9dommage toujours, et il ne perd rien lors m\'eame qu'il renonce \'e0 la vanit\'e9.
+\par
+\par XXXVII
+\par
+\par L'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices et de ses diff\'e9rentes m\'e9tamorphoses, apr\'e8s avoir jou\'e9 tout seul tous les personnages de la com\'e9die humaine, se montre avec un visage naturel, et se d\'e9couvre par la fiert\'e9\~; de sorte qu'\'e0
+ proprement parler la fiert\'e9 est l'\'e9clat et la d\'e9claration de l'orgueil.
+\par
+\par XXXVIII
+\par
+\par Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
+\par
+\par XXXIX
+\par
+\par L'orgueil est \'e9gal dans tous les hommes, et il n'y a de diff\'e9rence qu'aux moyens et \'e0 la mani\'e8re de le mettre au jour.
+\par
+\par XL
+\par
+\par La nature, qui a si sagement pourvu \'e0 la vie de l'homme par la disposition admirable des organes du corps, lui a sans doute donn\'e9 l'orgueil pour lui \'e9pargner la douleur de conna\'eetre ses imperfections et ses mis\'e8res.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM221}{\*\bkmkend BM220}XLI
+\par
+\par L'orgueil a bien plus de part que la bont\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes\~; et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts
+\par
+\par XLII
+\par
+\par Nous promettons selon nos esp\'e9rances, et nous tenons selon nos craintes.
+\par
+\par XLIII
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, et m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9.
+\par
+\par XLIV
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumi\'e8re des autres.
+\par
+\par XLV
+\par
+\par Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes.
+\par
+\par XLVI
+\par
+\par Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison.
+\par
+\par XLVII
+\par
+\par L'homme est conduit, lorsqu'il croit se conduire, et pendant que par son esprit il vise \'e0 un endroit, son c\'9cur l'achemine insensiblement \'e0 un autre
+\par
+\par XLVIII
+\par
+\par Nous ne nous apercevons que des emportements, et des {\*\bkmkstart BM222}{\*\bkmkend BM221}mouvements extraordinaires de nos humeurs, et de notre temp\'e9rament, comme de la violence de la col\'e8re, mais personne quasi ne s'aper\'e7
+oit que ces humeurs ont un cours ordinaire et r\'e9gl\'e9, qui meut et tourne imperceptiblement notre volont\'e9 \'e0 des actions diff\'e9rentes, elles roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et exercent successivement un empire secret en nous-m\'eames\~
+; de sorte qu'elles ont une part consid\'e9rable en toutes nos actions, sans que nous le puissions reconna\'eetre.
+\par
+\par XLIX
+\par
+\par La force et la faiblesse de l'esprit sont mal nomm\'e9es\~: elles ne sont en effet que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps.
+\par
+\par L
+\par
+\par Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.
+\par
+\par LI
+\par
+\par La complexion qui fait le talent pour les petites choses est contraire \'e0 celle qu'il faut pour le talent des grandes.
+\par
+\par LII
+\par
+\par L'attachement ou l'indiff\'e9rence pour la vie sont des go\'fbts de l'amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que de ceux de la langue ou du choix des couleurs.
+\par
+\par LIII
+\par
+\par C'est une esp\'e8ce de bonheur de conna\'eetre jusques \'e0 quel {\*\bkmkstart BM223}{\*\bkmkend BM222}point on doit \'eatre malheureux.
+\par
+\par LIV
+\par
+\par La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt et non pas dans les choses\~; et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas par avoir ce que les autres trouvent aimable.
+\par
+\par LV
+\par
+\par Quand on ne trouve pas son repos en soi-m\'eame, il est inutile de le chercher ailleurs.
+\par
+\par LVI
+\par
+\par On n'est jamais si heureux ni si malheureux que l'on pense.
+\par
+\par LVII
+\par
+\par Ceux qui se sentent du m\'e9rite se piquent toujours d'\'eatre malheureux, pour persuader aux autres, et \'e0 eux-m\'eames, qu'ils sont au-dessus de leurs malheurs, et qu'ils sont dignes d'\'eatre en butte \'e0 la fortune.
+\par
+\par LVIII
+\par
+\par Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-m\'eames, que de voir que nous avons \'e9t\'e9 contents dans l'\'e9tat, et dans les sentiments, que nous d\'e9sapprouvons \'e0 cette heure.
+\par
+\par LIX
+\par
+\par On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on avait esp\'e9r\'e9.
+\par
+\par LX
+\par
+\par On se console souvent d'\'eatre malheureux par un certain {\*\bkmkstart BM224}{\*\bkmkend BM223}plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre.
+\par
+\par LXI
+\par
+\par Quelque diff\'e9rence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend \'e9gales.
+\par
+\par LXII
+\par
+\par Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune qui fait les h\'e9ros.
+\par
+\par LXIII
+\par
+\par Le m\'e9pris des richesses dans les philosophes \'e9tait un d\'e9sir cach\'e9 de venger leur m\'e9rite de l'injustice de la fortune par le m\'e9pris des m\'eames biens dont elle les privait\~; c'\'e9tait un secret qu'ils avaient trouv\'e9 pour se d\'e9
+dommager de l'avilissement de la pauvret\'e9\~; c'\'e9tait enfin un chemin d\'e9tourn\'e9 pour aller \'e0 la consid\'e9ration qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.
+\par
+\par LXIV
+\par
+\par La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le d\'e9pit de ne la pas poss\'e9der se console et s'adoucit un peu par le m\'e9pris de ceux qui la poss\'e8dent\~; c'est enfin une secr\'e8te envie de la d\'e9
+truire, qui fait que nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant pas leur \'f4ter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
+\par
+\par LXV
+\par
+\par Pour s'\'e9tablir dans le monde on fait tout ce que l'on peut {\*\bkmkstart BM225}{\*\bkmkend BM224}pour y para\'eetre \'e9tabli.
+\par
+\par LXVI
+\par
+\par Quoique la grandeur des ministres se flatte de celle de leurs actions, elles sont bien plus souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein.
+\par
+\par LXVII
+\par
+\par Il semble que nos actions aient des \'e9toiles heureuses ou malheureuses, aussi bien que nous, d'o\'f9 d\'e9pend une grande partie de la louange et du bl\'e2me qu'on leur donne.
+\par
+\par LXVIII
+\par
+\par Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner \'e0 leur pr\'e9judice.
+\par
+\par LXIX
+\par
+\par La fortune ne laisse rien perdre pour les hommes heureux.
+\par
+\par LXX
+\par
+\par Il faudrait pouvoir r\'e9pondre de sa fortune, pour pouvoir r\'e9pondre de ce que l'on fera.
+\par
+\par LXXI
+\par
+\par La sinc\'e9rit\'e9 est une naturelle ouverture de c\'9cur. On la trouve en fort peu de gens\~; et celle qui se pratique d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour arriver \'e0 la confiance des autres.
+\par
+\par LXXII
+\par
+\par L'aversion du mensonge est une imperceptible ambition de rendre nos t\'e9moignages consid\'e9rables, et d'attirer \'e0 nos {\*\bkmkstart BM226}{\*\bkmkend BM225}paroles un respect de religion.
+\par
+\par LXXIII
+\par
+\par La v\'e9rit\'e9 ne fait pas tant de bien dans le monde que les apparences de la v\'e9rit\'e9 font de mal.
+\par
+\par LXXIV
+\par
+\par Comment peut-on r\'e9pondre de ce qu'on voudra \'e0 l'avenir, puisque l'on ne sait pas pr\'e9cis\'e9ment ce que l'on veut dans le temps pr\'e9sent\~?
+\par
+\par LXXV
+\par
+\par On \'e9l\'e8ve la prudence jusqu'au ciel, et il n'est sorte d'\'e9loge qu'on ne lui donne elle est la r\'e8gle de nos actions et de notre conduite, elle est la ma\'ee
+tresse de la fortune, elle fait le destin des empires, sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens, et comme disait autrefois un po\'e8te, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinit\'e9
+, pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consomm\'e9e ne saurait nous assurer du plus petit effet du monde, parce que travaillant sur une mati\'e8
+re aussi changeante et aussi inconnue qu'est l'homme, elle ne peut ex\'e9cuter s\'fbrement aucun de ses projets\~: d'o\'f9 il faut conclure que toutes les louanges dont nous flattons notre prudence ne sont que des effets de notre amour-propre, qui s'appl
+audit en toutes choses, et en toutes rencontres.
+\par
+\par LXXVI
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM227}{\*\bkmkend BM226}Un habile homme doit savoir r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidit\'e9 le trouble souvent en nous faisant courir \'e0 tant de choses \'e0 la fois que, pour d\'e9
+sirer trop les moins importantes, nous ne les faisons pas assez servir \'e0 obtenir les plus consid\'e9rables.
+\par
+\par LXXVII
+\par
+\par L'amour est \'e0 l'\'e2me de celui qui aime ce que l'\'e2me est au corps qu'elle anime.
+\par
+\par LXXVIII
+\par
+\par Il est malais\'e9 de d\'e9finir l'amour\~; tout ce qu'on peut dire est que dans l'\'e2me c'est une passion de r\'e9gner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cach\'e9e et d\'e9licate de jouir de ce que l'on aime apr
+\'e8s beaucoup de myst\'e8res.
+\par
+\par LXXIX
+\par
+\par Il n'y a point d'amour pur et exempt de m\'e9lange de nos autres passions que celui qui est cach\'e9 au fond du c\'9cur, et que nous ignorons nous-m\'eames.
+\par
+\par LXXX
+\par
+\par Il n'y a point de d\'e9guisement qui puisse longtemps cacher l'amour o\'f9 il est, ni le feindre o\'f9 il n'est pas.
+\par
+\par LXXXI
+\par
+\par Comme on n'est jamais en libert\'e9 d'aimer, ou de cesser d'aimer, l'amant ne peut se plaindre avec justice de l'inconstance de sa ma\'eetresse, ni elle de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de {\*\bkmkstart BM228}{\*\bkmkend BM227}son amant.
+\par
+\par LXXXII
+\par
+\par Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus \'e0 la haine qu'\'e0 l'amiti\'e9.
+\par
+\par LXXXIII
+\par
+\par On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de galanterie\~; mais il est rare d'en trouver qui n'en aient jamais fait qu'une.
+\par
+\par LXXXIV
+\par
+\par Il n'y a que d'une sorte d'amour\~; mais il y en a mille diff\'e9rentes copies.
+\par
+\par LXXXV
+\par
+\par L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre d\'e8s qu'il cesse d'esp\'e9rer ou de craindre.
+\par
+\par LXXXVI
+\par
+\par Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits\~: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.
+\par
+\par LXXXVII
+\par
+\par L'amour pr\'eate son nom \'e0 un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, o\'f9 il n'a non plus de part que le Doge en a \'e0 ce qui se fait \'e0 Venise.
+\par
+\par LXXXVIII
+\par
+\par La justice n'est qu'une vive appr\'e9hension qu'on ne nous \'f4te ce qui nous appartient\~; de l\'e0 vient cette consid\'e9ration et ce respect pour tous les int\'e9r\'eats du prochain, et cette {\*\bkmkstart BM229}{\*\bkmkend BM228}
+scrupuleuse application \'e0 ne lui faire aucun pr\'e9judice\~; cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune, lui ont donn\'e9s, et sans cette crainte il ferait des courses continuelles sur les autres.
+\par
+\par LXXXIX
+\par
+\par La justice, dans les juges qui sont mod\'e9r\'e9s, n'est que l'amour de leur \'e9l\'e9vation.
+\par
+\par XC
+\par
+\par On bl\'e2me l'injustice, non pas par l'aversion que l'on a pour elle, mais pour le pr\'e9judice que l'on en re\'e7oit.
+\par
+\par XCI
+\par
+\par L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice.
+\par
+\par XCII
+\par
+\par Le silence est le parti le plus s\'fbr de celui qui se d\'e9fie de soi-m\'eame.
+\par
+\par XCIII
+\par
+\par Ce qui rend nos inclinations si l\'e9g\'e8res, et si changeantes, c'est qu'il est ais\'e9 de conna\'eetre les qualit\'e9s de l'esprit, et difficile de conna\'eetre celles de l'\'e2me.
+\par
+\par XCIV
+\par
+\par L'amiti\'e9 la plus d\'e9sint\'e9ress\'e9e n'est qu'un trafic o\'f9 notre amour-propre se propose toujours quelque chose \'e0 gagner.
+\par
+\par XCV
+\par
+\par La r\'e9conciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la sinc\'e9rit\'e9, de la douceur et de la tendresse, n'est qu'un {\*\bkmkstart BM230}{\*\bkmkend BM229}d\'e9
+sir de rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais \'e9v\'e9nement.
+\par
+\par XCVI
+\par
+\par Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises que l'on devienne infid\'e8le, pour nous d\'e9gager de notre fid\'e9lit\'e9.
+\par
+\par XCVII
+\par
+\par Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis ne vient ni de la bont\'e9 de notre naturel, ni de l'amiti\'e9 que nous avons pour eux\~; c'est un effet de l'amour-propre qui nous flatte de l'esp\'e9rance d'\'eatre heureux \'e0
+ notre tour ou de retirer quelque utilit\'e9 de leur bonne fortune.
+\par
+\par XCVIII
+\par
+\par Nous nous persuadons souvent mal \'e0 propos d'aimer les gens plus puissants que nous\~; l'int\'e9r\'eat seul produit notre amiti\'e9, et nous ne nous donnons pas \'e0
+ eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir.
+\par
+\par XCIX
+\par
+\par Dans l'adversit\'e9 de nos meilleurs amis, nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous d\'e9pla\'eet pas.
+\par
+\par C
+\par
+\par Comment pr\'e9tendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous n'avons pas pu le garder nous-m\'eames\~?
+\par
+\par CI
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM231}{\*\bkmkend BM230}Comme si ce n'\'e9tait pas assez \'e0 l'amour-propre d'avoir la vertu de se transformer lui-m\'eame, il a encore celle de transformer les objets, ce qu'il fait d'une mani\'e8re fort \'e9tonnante\~
+; car non seulement il les d\'e9guise si bien qu'il y est lui-m\'eame tromp\'e9, mais il change aussi l'\'e9tat et la nature des choses. En effet, lorsqu'une personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa pers\'e9
+cution contre nous, c'est avec toute la s\'e9v\'e9rit\'e9 de la justice que l'amour-propre juge de ses actions\~; il donne \'e0 ses d\'e9fauts une \'e9tendue qui les rend \'e9normes, et il met ses bonnes qualit\'e9s dans un jour si d\'e9
+savantageux qu'elles deviennent plus d\'e9go\'fbtantes que ses d\'e9fauts. Cependant, d\'e8s que cette m\'eame personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos int\'e9r\'eats la r\'e9concilie avec nous, notre seule satisfaction rend aussit\'f4t
+\'e0 son m\'e9rite le lustre que notre aversion venait de lui \'f4ter\~; les mauvaises qualit\'e9s s'effacent et les bonnes parassent avec plus d'avantage qu'auparavant\~; nous rappelons m\'eame toute notre indulgence pour la forcer \'e0
+ justifier la guerre qu'elle nous a faite. Quoique toutes les passions montrent cette v\'e9rit\'e9, l'amour la fait voir plus clairement que les autres\~; car nous voyons un amoureux, agit\'e9 de la rage o\'f9 l'a mis l'oubli ou l'infid\'e9lit\'e9
+ de ce qu'il aime, m\'e9diter pour sa vengeance tout ce que cette passion inspire de plus violent\~; n\'e9anmoins, aussit\'f4t que sa vue a calm\'e9 la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beaut\'e9 innocente, il {\*\bkmkstart BM232}
+{\*\bkmkend BM231}n'accuse plus que lui-m\'eame, il condamne ses condamnations, et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre il \'f4te la noirceur aux mauvaises actions de sa ma\'eetresse et en s\'e9pare le crime pour s'en charger lui-m\'eame.
+\par
+\par CII
+\par
+\par L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil\~: il sert \'e0 le nourrir et \'e0 l'augmenter, et nous \'f4te la connaissance des rem\'e8des qui pourraient soulager nos mis\'e8res et nous gu\'e9rir de nos d\'e9fauts.
+\par
+\par CIII
+\par
+\par On n'a plus de raison, quand on n'esp\'e8re plus d'en trouver aux autres.
+\par
+\par CIV
+\par
+\par On a autant de sujet de se plaindre de ceux qui nous apprennent \'e0 nous conna\'eetre nous-m\'eames, qu'en eut ce fou d'Ath\'e8nes de se plaindre du m\'e9decin qui l'avait gu\'e9ri de l'opinion d'\'eatre riche.
+\par
+\par CV
+\par
+\par Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout, n'ont point \'f4t\'e9 les crimes par leurs pr\'e9ceptes\~: ils n'ont fait que les employer au b\'e2timent de l'orgueil.
+\par
+\par CVI
+\par
+\par Les vieillards aiment \'e0 donner de bons pr\'e9ceptes, pour se consoler de n'\'eatre plus en \'e9tat de donner de mauvais exemples.
+\par
+\par CVII
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM233}{\*\bkmkend BM232}Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumi\'e8re de l'esprit\~; son \'e9tendue est la mesure de sa lumi\'e8re\~; sa profondeur est celle qui p\'e9n\'e8tre le fond des choses\~
+; son discernement les compare et les distingue\~; sa justesse ne voit que ce qu'il faut voir\~; sa droiture les prend toujours par le bon biais\~; sa d\'e9licatesse aper\'e7oit celles qui paraissent imperceptibles, et le jugement d\'e9
+cide ce que les choses sont. Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualit\'e9s ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel, voyant tout, rencontre dans la pl\'e9nitude de ses lumi\'e8
+res tous les avantages dont nous venons de parler.
+\par
+\par CVIII
+\par
+\par Chacun dit du bien de son c\'9cur, et personne n'en ose dire de son esprit.
+\par
+\par CIX
+\par
+\par La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense toujours des choses honn\'eates et d\'e9licates.
+\par
+\par CX
+\par
+\par La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il entre dans les choses les plus flatteuses, c'est-\'e0-dire celles qui sont le plus capables de plaire aux autres.
+\par
+\par CXI
+\par
+\par Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et qu'il trouve toutes achev\'e9es en lui-m\'eame\~; il semble {\*\bkmkstart BM234}{\*\bkmkend BM233}qu'elles y soient cach\'e9s, comme l'or et les diamants dans le sein de la terre.
+\par
+\par CXII
+\par
+\par L'esprit est toujours la dupe du c\'9cur.
+\par
+\par CXIII
+\par
+\par Bien des gens connaissent leur esprit, qui ne connaissent pas leur c\'9cur.
+\par
+\par CXIV
+\par
+\par Toutes les grandes choses ont leur point de perspective, comme les statues\~; il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s pour en bien juger, et il y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est \'e9loign\'e9.
+\par
+\par CXV
+\par
+\par Celui-l\'e0 n'est pas raisonnable \'e0 qui le hasard fait trouver la raison, mais celui qui la conna\'eet, qui la discerne, et qui la go\'fbte.
+\par
+\par CXVI
+\par
+\par Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le d\'e9tail\~; et comme il est presque infini, nos connaissances sont toujours superficielles et imparfaites.
+\par
+\par CXVII
+\par
+\par Il n'y a point de plaisir qu'on fasse plus volontiers \'e0 un ami que celui de lui donner conseil.
+\par
+\par CXVIII
+\par
+\par Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes assembl\'e9s, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le {\*\bkmkstart BM235}{\*\bkmkend BM234}donner\~: l'un para\'eet avec une d\'e9f\'e9
+rence respectueuse, et dit qu'il vient recevoir des instructions pour sa conduite\~
+; et son dessein, le plus souvent, est de faire approuver ses sentiments, et de rendre celui qu'il vient consulter garant de l'affaire qu'il lui propose. Celui qui conseille paye d'abord la confiance de son ami des marques d'un z\'e8le ardent et d\'e9sint
+\'e9ress\'e9, et il cherche en m\'eame temps, dans ses propres int\'e9r\'eats, des r\'e8gles de conseiller\~; de sorte que son conseil lui est bien plus propre qu'\'e0 celui qui le re\'e7oit.
+\par
+\par CXIX
+\par
+\par On est au d\'e9sespoir d'\'eatre tromp\'e9 par ses ennemis, et trahi par ses amis\~; et on est souvent satisfait de l'\'eatre par soi-m\'eame.
+\par
+\par CXX
+\par
+\par Il est aussi ais\'e9 de se tromper soi-m\'eame sans s'en apercevoir qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aper\'e7oivent.
+\par
+\par CXXI
+\par
+\par La plus d\'e9li\'e9e de toutes les finesses est de savoir bien faire semblant de tomber dans les pi\'e8ges que l'on nous tend\~; on n'est jamais si ais\'e9ment tromp\'e9 que quand on songe \'e0 tromper les autres.
+\par
+\par CXXII
+\par
+\par L'intention de ne jamais tromper nous expose \'e0 \'eatre souvent tromp\'e9s.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM236}{\*\bkmkend BM235}CXXIII
+\par
+\par La coutume que nous avons de nous d\'e9guiser aux autres, pour acqu\'e9rir leur estime, fait qu'enfin nous nous d\'e9guisons \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par CXXIV
+\par
+\par L'on fait plus souvent des trahisons par faiblesse que par un dessein form\'e9 de trahir.
+\par
+\par CXXV
+\par
+\par On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impun\'e9ment.
+\par
+\par CXXVI
+\par
+\par Les plus habiles affectent toute leur vie d'\'e9viter les finesses pour s'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand int\'e9r\'eat.
+\par
+\par CXXVII
+\par
+\par L'usage ordinaire de la finesse est l'effet d'un petit esprit, et il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se d\'e9couvre en un autre.
+\par
+\par CXXVIII
+\par
+\par Si on \'e9tait toujours assez habile, on ne ferait jamais de finesses ni de trahisons.
+\par
+\par CXXIX
+\par
+\par On est fort sujet \'e0 \'eatre tromp\'e9 quand on croit \'eatre plus fin que les autres.
+\par
+\par CXXX
+\par
+\par La subtilit\'e9 est une fausse d\'e9licatesse, et la d\'e9licatesse {\*\bkmkstart BM237}{\*\bkmkend BM236}est une solide subtilit\'e9.
+\par
+\par CXXXI
+\par
+\par C'est quelquefois assez d'\'eatre grossier pour n'\'eatre pas tromp\'e9 par un habile homme.
+\par
+\par CXXXII
+\par
+\par Les plus sages le sont dans les choses indiff\'e9rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus s\'e9rieuses affaires.
+\par
+\par CXXXIII
+\par
+\par Il est plus ais\'e9 d'\'eatre sage pour les autres que de l'\'eatre assez pour soi-m\'eame.
+\par
+\par CXXXIV
+\par
+\par La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse.
+\par
+\par CXXXV
+\par
+\par La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9, ou l'impuissance de manger beaucoup.
+\par
+\par CXXXVI
+\par
+\par On n'est jamais si ridicule par les qualit\'e9s que l'on a que par celles que l'on affecte d'avoir.
+\par
+\par CXXXVII
+\par
+\par Chaque homme se trouve quelquefois aussi diff\'e9rent de lui-m\'eame qu'il l'est des autres.
+\par
+\par CXXXVIII
+\par
+\par Chaque talent dans les hommes, de m\'eame que chaque arbre, a ses propri\'e9t\'e9s et ses effets qui lui sont tous particuliers.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM238}{\*\bkmkend BM237}CXXXIX
+\par
+\par Quand la vanit\'e9 ne fait point parler, on n'a pas envie de dire grand'chose.
+\par
+\par CXL
+\par
+\par On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler.
+\par
+\par CXLI
+\par
+\par Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agr\'e9ables dans la conversation, c'est qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plut\'f4t \'e0 ce qu'il veut dire qu'\'e0 r\'e9pondre pr\'e9cis\'e9ment \'e0
+ ce qu'on lui dit, et que les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au m\'eame temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un \'e9garement pour ce qu'on leur dit, et une pr\'e9
+cipitation pour retourner \'e0 ce qu'ils veulent dire\~; au lieu de consid\'e9rer que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort \'e0 se plaire \'e0 soi-m\'eame, et que bien \'e9couter et bien r\'e9
+pondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
+\par
+\par CXLII
+\par
+\par Un homme d'esprit serait souvent bien embarrass\'e9 sans la compagnie des sots.
+\par
+\par CXLIII
+\par
+\par On se vante souvent mal \'e0 propos de ne se point ennuyer, et l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de {\*\bkmkstart BM239}{\*\bkmkend BM238}mauvaise compagnie.
+\par
+\par CXLIV
+\par
+\par On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lass\'e9 d'en parler.
+\par
+\par CXLV
+\par
+\par Comme c'est le caract\'e8re des grands esprits de faire entendre avec peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche ont le don de beaucoup parler, et de ne dire rien.
+\par
+\par CXLVI
+\par
+\par C'est plut\'f4t par l'estime de nos propres sentiments que nous exag\'e9rons les bonnes qualit\'e9s des autres, que par leur m\'e9rite\~; et nous nous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges.
+\par
+\par CXLVII
+\par
+\par La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet qu'un d\'e9sir d'en avoir de plus d\'e9licates.
+\par
+\par CXLVIII
+\par
+\par On n'aime point \'e0 louer, et on ne loue jamais personne sans int\'e9r\'eat. La louange est une flatterie habile, cach\'e9e, et d\'e9licate, qui satisfait diff\'e9remment celui qui la donne, et celui qui la re\'e7oit. L'un la prend comme une r\'e9
+compense de son m\'e9rite\~; l'autre la donne pour faire remarquer son \'e9quit\'e9 et son discernement.
+\par
+\par CXLIX
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash Nous choisissons souvent des louanges {\*\bkmkstart BM240}{\*\bkmkend BM239}empoisonn\'e9es qui font voir par contrecoup en ceux que nous louons des d\'e9fauts que nous n'osons d\'e9couvrir autrement.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash M\'eame texte, augment\'e9 de la phrase suivante\~: Nous \'e9levons la gloire des uns pour abaisser par l\'e0 celle des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne si on ne les voulait point bl\'e2
+mer tous deux.
+\par
+\par CL
+\par
+\par On ne loue que pour \'eatre lou\'e9.
+\par
+\par CLI
+\par
+\par On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par int\'e9r\'eat.
+\par
+\par CLII
+\par
+\par Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le bl\'e2me qui leur sert que la louange qui les trahit.
+\par
+\par CLIII
+\par
+\par Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui m\'e9disent.
+\par
+\par CLIV
+\par
+\par Le refus des louanges est un d\'e9sir d'\'eatre lou\'e9 deux fois.
+\par
+\par CLV
+\par
+\par La louange qu'on nous donne sert au moins \'e0 nous fixer dans la pratique des vertus.
+\par
+\par CLVI
+\par
+\par L'approbation que l'on donne \'e0 l'esprit, \'e0 la beaut\'e9 et \'e0 la valeur, les augmente, les perfectionne, et leur fait faire de plus grands effets qu'ils n'auraient \'e9t\'e9 capables {\*\bkmkstart BM241}{\*\bkmkend BM240}de faire d'eux-m\'eames.
+
+\par
+\par CLVII
+\par
+\par L'amour-propre emp\'eache bien que celui qui nous flatte ne soit jamais celui qui nous flatte le plus.
+\par
+\par CLVIII
+\par
+\par Si nous ne nous flattions point nous-m\'eames, la flatterie des autres ne nous ferait jamais de mal.
+\par
+\par CLIX
+\par
+\par On ne fait point de distinction dans les esp\'e8ces de col\'e8res, bien qu'il y en ait une l\'e9g\'e8re et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre tr\'e8s criminelle, qui est \'e0 proprement parler la fureur de l'orgueil.
+
+\par
+\par CLX
+\par
+\par La nature fait le m\'e9rite, et la fortune le met en \'9cuvre.
+\par
+\par CLXI
+\par
+\par Les grandes \'e2mes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les \'e2mes communes, mais celles seulement qui ont de plus grands desseins.
+\par
+\par CLXII
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le c\'9cur, il y a un m\'e9rite fade, et des personnes qui d\'e9go\'fbtent avec des qualit\'e9s bonnes et inestimables.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash Idem, sauf le dernier mot\~: estimables.
+\par
+\par CLXIII
+\par
+\par Il y a des gens dont le m\'e9rite consiste \'e0 dire et \'e0 faire {\*\bkmkstart BM242}{\*\bkmkend BM241}des sottises utilement, et qui g\'e2teraient tout s'ils changeaient de conduite.
+\par
+\par CLXIV
+\par
+\par L'art de savoir bien mettre en \'9cuvre de m\'e9diocres qualit\'e9s donne souvent plus de r\'e9putation que le v\'e9ritable m\'e9rite.
+\par
+\par CLXV
+\par
+\par Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\~; ils les font valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forc\'e9 de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur v\'e9ritable prix.
+\par
+\par CLXVI
+\par
+\par Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s, il en faut avoir l'\'e9conomie.
+\par
+\par CLXVII
+\par
+\par On se m\'e9compte toujours dans le jugement que l'on fait de nos actions, quand elles sont plus grandes que nos desseins.
+\par
+\par CLXVIII
+\par
+\par Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins si on en veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire.
+\par
+\par CLXIX
+\par
+\par La gloire des grands hommes se doit mesurer aux moyens qu'ils ont eus pour l'acqu\'e9rir.
+\par
+\par CLXX
+\par
+\par Il y a une infinit\'e9 de conduites qui ont un ridicule {\*\bkmkstart BM243}{\*\bkmkend BM242}apparent, et qui sont, dans leurs raisons cach\'e9es, tr\'e8s sages et tr\'e8s solides.
+\par
+\par CLXXI
+\par
+\par Il est plus ais\'e9 de para\'eetre digne des emplois qu'on n'a pas que de ceux qu'on exerce.
+\par
+\par CLXXII
+\par
+\par Notre m\'e9rite nous attire l'estime des honn\'eates gens, et notre \'e9toile celle du public.
+\par
+\par CLXXIII
+\par
+\par Le monde r\'e9compense plus souvent les apparences du m\'e9rite que le m\'e9rite m\'eame.
+\par
+\par {\*\bkmkend BM243}CLXXIV
+\par
+\par La f\'e9rocit\'e9 naturelle fait moins de cruels que l'amour-propre.
+\par
+\par CLXXV
+\par
+\par L'esp\'e9rance, toute trompeuse qu'elle est, sert au moins \'e0 nous mener \'e0 la fin de la vie par un chemin agr\'e9able.
+\par
+\par CLXXVI
+\par
+\par On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un po\'e8te italien a dit de l'honn\'eatet\'e9 des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art de para\'eetre honn\'eate.
+\par
+\par CLXXVII
+\par
+\par Pendant que la paresse et la timidit\'e9 ont seules le m\'e9rite de nous tenir dans notre devoir, notre vertu en a souvent tout l'honneur.
+\par
+\par CLXXVIII
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM244}Il n'y a personne qui sache si un proc\'e9d\'e9 net, sinc\'e8re et honn\'eate, est plut\'f4t un effet de probit\'e9 que d'habilet\'e9.
+\par
+\par CLXXIX
+\par
+\par Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fant\'f4me form\'e9 par nos passions, \'e0 qui on donne un nom honn\'eate, pour faire impun\'e9ment ce qu'on veut.
+\par
+\par CLXXX
+\par
+\par Toutes les vertus se perdent dans l'int\'e9r\'eat, comme les fleuves se perdent dans la mer.
+\par
+\par CLXXXI
+\par
+\par Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un nombre de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour-propre nous ont d\'e9guis\'e9s.
+\par
+\par CLXXXII
+\par
+\par La curiosit\'e9 n'est pas comme l'on croit un simple amour de la nouveaut\'e9\~; il y en a une d'int\'e9r\'eat, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en pr\'e9valoir\~; il y en a une autre d'orgueil, qui nous donne envie d'\'ea
+tre au-dessus de ceux qui ignorent les choses, et de n'\'eatre pas au-dessous de ceux qui les savent.
+\par
+\par CLXXXIII
+\par
+\par Il vaut mieux employer son esprit \'e0 supporter les infortunes qui arrivent qu'\'e0 p\'e9n\'e9trer celles qui peuvent arriver.
+\par
+\par CLXXXIV
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM245}{\*\bkmkend BM244}La constance en amour est une inconstance perp\'e9tuelle, qui fait que notre c\'9cur s'attache successivement \'e0 toutes les qualit\'e9s de la personne que nous aimons, donnant tant\'f4t la pr\'e9f\'e9rence \'e0
+ l'une, tant\'f4t \'e0 l'autre\~; de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arr\'eat\'e9e et renferm\'e9e dans un m\'eame sujet.
+\par
+\par CLXXXV
+\par
+\par Il y a deux sortes de constance en amour\~: l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime (comme dans une source in\'e9puisable) de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de ce qu'on se fait un honneur de tenir sa parole.
+
+\par
+\par CLXXXVI
+\par
+\par La pers\'e9v\'e9rance n'est digne ni de bl\'e2me ni de louange, parce qu'elle n'est que la dur\'e9e des go\'fbts et des sentiments qu'on ne s'\'f4te et qu'on ne se donne point.
+\par
+\par CLXXXVII
+\par
+\par Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles ou le plaisir de changer, que le d\'e9go\'fbt que nous avons de n'\'eatre pas assez admir\'e9s de ceux qui nous connaissent trop, et l'esp\'e9
+rance que nous avons de l'\'eatre davantage de ceux qui ne nous connaissent gu\'e8re.
+\par
+\par CLXXXVIII
+\par
+\par Nous nous plaignons quelquefois l\'e9g\'e8rement de nos amis pour justifier par avance notre l\'e9g\'e8ret\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM246}{\*\bkmkend BM245}CLXXXIX
+\par
+\par Notre repentir n'est pas une douleur du mal que nous avons fait\~; c'est une crainte de celui qui nous en peut arriver.
+\par
+\par CXC
+\par
+\par Il y a une inconstance qui vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit, qui change \'e0 tout moment d'opinion, ou de sa faiblesse, qui lui fait recevoir toutes les opinions d'autrui\~; il y en a une autre qui est plus excusable, qui vient de la fin du go
+\'fbt des choses.
+\par
+\par CXCI
+\par
+\par Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des rem\'e8des de la m\'e9decine. La prudence les assemble et les temp\'e8re, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.
+\par
+\par CXCII
+\par
+\par Il y a des crimes qui deviennent innocents et m\'eame glorieux par leur \'e9clat, leur nombre et leur exc\'e8s. De l\'e0 vient que les voleries publiques sont des habilet\'e9s, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conqu\'eates.
+
+\par
+\par CXCIII
+\par
+\par Nous avouons nos d\'e9fauts, afin qu'en donnant bonne opinion de la justice de notre esprit, nous r\'e9parions le tort qu'ils nous ont fait dans l'esprit des autres.
+\par
+\par CXCIV
+\par
+\par Il y a des h\'e9ros en mal comme en bien.
+\par
+\par CXCV
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM247}{\*\bkmkend BM246}On peut ha\'efr et m\'e9priser les vices, sans ha\'efr ni m\'e9priser les vicieux\~; mais on a toujours du m\'e9pris pour ceux qui manquent de vertu.
+\par
+\par CXCVI
+\par
+\par Le nom de la vertu sert \'e0 l'int\'e9r\'eat aussi utilement que les vices.
+\par
+\par CXCVII
+\par
+\par La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps\~; et quoique l'on paraisse \'e9loign\'e9 des passions, on n'y est pas moins expos\'e9 qu'\'e0 tomber malade quand on se porte bien.
+\par
+\par CXCVIII
+\par
+\par Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts.
+\par
+\par CXCIX
+\par
+\par La nature a prescrit \'e0 chaque homme d\'e8s sa naissance des bornes pour les vertus et pour les vices.
+\par
+\par CC
+\par
+\par Nous n'avouons jamais nos d\'e9fauts que par vanit\'e9.
+\par
+\par CCI
+\par
+\par On ne trouve point dans l'homme le bien ni le mal dans l'exc\'e8s.
+\par
+\par CCII
+\par
+\par On pourrait dire que les vices nous attendent dans le cours de la vie comme des h\'f4tes chez lesquels il faut successivement loger\~; et je doute que l'exp\'e9rience nous les {\*\bkmkstart BM248}{\*\bkmkend BM247}f\'eet \'e9viter s'il nous \'e9
+tait permis de faire deux fois le m\'eame chemin.
+\par
+\par CCIII
+\par
+\par Quand les vices nous quittent, nous voulons nous flatter que c'est nous qui les quittons.
+\par
+\par CCIV
+\par
+\par Il y a des rechutes dans les maladies de l'\'e2me comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour notre gu\'e9rison n'est le plus souvent qu'un rel\'e2che ou un changement de mal.
+\par
+\par CCV
+\par
+\par Les d\'e9fauts de l'\'e2me sont comme les blessures du corps\~: quelque soin qu'on prenne de les gu\'e9rir, la cicatrice para\'eet toujours, et elles sont \'e0 tout moment en danger de se rouvrir.
+\par
+\par CCVI
+\par
+\par Ce qui nous emp\'eache souvent de nous abandonner \'e0 un seul vice est que nous en avons plusieurs.
+\par
+\par CCVII
+\par
+\par Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes, ils sont bient\'f4t oubli\'e9s.
+\par
+\par CCVIII
+\par
+\par Ceux qui sont incapables de commettre de grands crimes n'en soup\'e7onnent pas facilement les autres.
+\par
+\par CCIX
+\par
+\par Il y a des gens de qui l'on peut ne jamais croire de mal {\*\bkmkstart BM249}{\*\bkmkend BM248}sans l'avoir vu\~; mais il n'y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant.
+\par
+\par CCX
+\par
+\par Le d\'e9sir de para\'eetre habile emp\'eache souvent de le devenir.
+\par
+\par CCXI
+\par
+\par La vertu n'irait pas loin si la vanit\'e9 ne lui tenait pas compagnie.
+\par
+\par CCXII
+\par
+\par Celui qui croit pouvoir trouver en soi-m\'eame de quoi se passer de tout le monde se trompe fort\~; mais celui qui croit qu'on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage.
+\par
+\par CCXIII
+\par
+\par La pompe des enterrements regarde plus la vanit\'e9 des vivants que l'honneur des morts.
+\par
+\par CCXIV
+\par
+\par Les faux honn\'eates gens sont ceux qui d\'e9guisent la corruption de leur c\'9cur aux autres et \'e0 eux-m\'eames. Les vrais honn\'eates gens sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres.
+\par
+\par CCXV
+\par
+\par Le vrai honn\'eate homme est celui qui ne se pique de rien.
+\par
+\par CCXVI
+\par
+\par La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent \'e0 leur beaut\'e9. C'est un attrait fin et d\'e9licat, et une douceur d\'e9guis\'e9e.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM250}{\*\bkmkend BM249}CCXVII
+\par
+\par L'honn\'eatet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos.
+\par
+\par CCXVIII
+\par
+\par C'est \'eatre v\'e9ritablement honn\'eate homme que de vouloir \'eatre toujours expos\'e9 \'e0 la vue des honn\'eates gens.
+\par
+\par CCXIX
+\par
+\par La folie nous suit dans tous les temps de la vie Si quelqu'un para\'eet sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionn\'e9es \'e0 son \'e2ge et \'e0 sa fortune
+\par
+\par CCXX
+\par
+\par Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient habilement leur niaiserie.
+\par
+\par CCXXI
+\par
+\par Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit.
+\par
+\par CCXXII
+\par
+\par En vieillissant on devient plus fou, et plus sage.
+\par
+\par CCXXIII
+\par
+\par Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le monde chante un certain temps, quelque fades et d\'e9go\'fbtants qu'ils soient.
+\par
+\par CCXXIV
+\par
+\par La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils ont, ou bien le m\'e9rite de leur fortune.
+\par
+\par CCXXV
+\par
+\par Quelque incertitude et quelque vari\'e9t\'e9 qui paraisse dans le {\*\bkmkstart BM251}{\*\bkmkend BM250}monde, on y remarque n\'e9anmoins un certain encha\'eenement secret, et un ordre r\'e9gl\'e9
+ de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang, et suit le cours de sa destin\'e9e.
+\par
+\par CCXXVI
+\par
+\par L'amour de la gloire et plus encore la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le d\'e9sir de rendre notre vie commode et agr\'e9able, et l'envie d'abaisser les autres, font na\'eetre cette valeur qui est si c\'e9l\'e8bre parmi les hommes.
+
+\par
+\par CCXXVII
+\par
+\par La valeur dans les simples soldats est un m\'e9tier p\'e9rilleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie
+\par
+\par CCXXVIII
+\par
+\par Ier \'e9tat (et le deuxi\'e8me, pour chaque variante, entre parenth\'e8ses). La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont des (deux) extr\'e9mit\'e9s o\'f9
+ on en arrive rarement. L'espace qui est entre le deux (entre-deux) est vaste, et contient toutes les autres esp\'e8ces de courage\~: il n'y a pas moins de diff\'e9rence entre eux (elles) qu'il y en a entre les visages et les humeurs\~
+; cependant ils (elles) conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se rel\'e2chent et se rebutent ais\'e9ment par sa dur\'e9
+e. Il y en a qui sont assez contents quand ils ont satisfait \'e0 l'honneur du monde, et qui font fort peu de choses au-del\'e0. On en voit qui ne sont pas (pas toujours) \'e9galement ma\'eetres {\*\bkmkstart BM252}{\*\bkmkend BM251}
+de leur peur. D'autres se laissent quelquefois entra\'eener \'e0 des \'e9pouvantes g\'e9n\'e9rales. D'autres vont \'e0 la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes\~; enfin il s'en trouve \'e0 qui l'habitude des moindres p\'e9
+rils affermit le courage et les pr\'e9pare \'e0 s'exposer \'e0 de plus grands. (Ici, une phrase ajout\'e9e dans le 2e \'e9tat\~: Il y en a encore qui sont braves \'e0 coups d'\'e9p\'e9e, qui ne peuvent souffrir les coups de mousquets\~;
+ et d'autres y sont assur\'e9s, qui craignent de se battre \'e0 coups d'\'e9p\'e9e.) Outre cela il y a un rapport g\'e9n\'e9ral que l'on remarque entre tous les courages de diff\'e9rentes esp\'e8
+ces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la libert\'e9 de se m\'e9nager. Il y a encore un autre m\'e9nagement plus g\'e9n\'e9ral qui, \'e0 parler absolument, s'
+\'e9tend sur toutes sortes d'hommes\~: c'est qu'il n'y en a point qui fassent tout ce qu'ils seraient capables de faire dans une occasion (action) s'ils avaient une certitude d'en revenir. De sorte (De sorte qu'il est visible) que la crainte de la mort
+\'f4te quelque chose \'e0 leur valeur et diminue son effet.
+\par
+\par CCXXIX
+\par
+\par La pure valeur (s'il y en avait) serait de faire sans t\'e9moins ce qu'on est capable de faire devant le monde.
+\par
+\par CCXXX
+\par
+\par L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire de l'\'e2me par laquelle elle emp\'eache les troubles, les d\'e9sordres et les {\*\bkmkstart BM253}{\*\bkmkend BM252}\'e9motions que la vue des grands p\'e9rils a accoutum\'e9 d'\'e9lever en elle\~
+; par cette force les h\'e9ros se maintiennent en un \'e9tat paisible, et conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants.
+\par
+\par CCXXXI
+\par
+\par L'intr\'e9pidit\'e9 doit soutenir le c\'9cur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermet\'e9 qui lui est n\'e9cessaire dans les p\'e9rils de la guerre.
+\par
+\par CCXXXII
+\par
+\par Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire par sa naissance seraient tent\'e9s comme les po\'e8tes de l'appeler la fille du Ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est produite par une infinit\'e9
+ d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les int\'e9r\'eats particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une arm\'e9e, allant \'e0 leur propre gloire et \'e0 leur \'e9l\'e9
+vation, procurent un bien si grand et si g\'e9n\'e9ral.
+\par
+\par CCXXXIII
+\par
+\par La plupart des hommes s'exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur. Mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel ils s'exposent.
+\par
+\par CCXXXIV
+\par
+\par La vanit\'e9, la honte, et surtout le temp\'e9rament, font la {\*\bkmkstart BM254}{\*\bkmkend BM253}valeur des hommes.
+\par
+\par CCXXXV
+\par
+\par On ne veut point perdre la vie, et on veut acqu\'e9rir de la gloire\~; de l\'e0 vient que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour \'e9viter la mort que les gens de chicane pour conserver leur bien.
+\par
+\par CCXXXVI
+\par
+\par On ne peut r\'e9pondre de son courage quand on n'a jamais \'e9t\'e9 dans le p\'e9ril.
+\par
+\par CCXXXVII
+\par
+\par Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi de marchands\~: elle soutient le commerce\~; et nous ne payons pas pour la justice qu'il y a de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous pr\'eatent.
+\par
+\par CCXXXVIII
+\par
+\par Tous ceux qui s'acquittent des devoirs de la reconnaissance ne peuvent pas pour cela se flatter d'\'eatre reconnaissants.
+\par
+\par CCXXXIX
+\par
+\par Ce qui fait tout le m\'e9compte dans la reconnaissance qu'on attend des gr\'e2ces qu'on a faites, c'est que l'orgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui re\'e7oit, ne peuvent convenir du prix du bienfait.
+\par
+\par CCXL
+\par
+\par Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une esp\'e8ce d'ingratitude.
+\par
+\par CCXLI
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM255}{\*\bkmkend BM254}On donne plus souvent des bornes \'e0 sa reconnaissance qu'\'e0 ses d\'e9sirs et \'e0 ses esp\'e9rances.
+\par
+\par CCXLII
+\par
+\par L'orgueil ne veut pas devoir, et l'amour-propre ne veut pas payer.
+\par
+\par CCXLIII
+\par
+\par Le bien qu'on nous a fait veut que nous respections le mal que l'on nous a fait apr\'e8s.
+\par
+\par CCXLIV
+\par
+\par Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui ne produisent infailliblement leurs pareils. Nous imitons les bonnes actions par l'\'e9mulation, et les mauvaises par la malignit\'e9
+ de notre nature qui \'e9tant retenue en prison par la honte est mise en libert\'e9 par l'exemple.
+\par
+\par CCXLV
+\par
+\par L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet avec les m\'eames choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles.
+\par
+\par CCXLVI
+\par
+\par Quelque pr\'e9texte que nous donnions \'e0 nos afflictions, ce n'est que l'int\'e9r\'eat et la vanit\'e9 qui les causent.
+\par
+\par CCXLVII
+\par
+\par Il y a une esp\'e8ce d'hypocrisie dans les afflictions, car sous pr\'e9texte de pleurer la perte d'une personne qui nous est ch\'e8re nous nous pleurons nous-m\'eames\~; nous pleurons la {\*\bkmkstart BM256}{\*\bkmkend BM255}
+diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre consid\'e9ration, en la personne que nous pleurons. De cette mani\'e8re les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les versent. J'ai dit que c'\'e9tait une esp\'e8
+ce d'hypocrisie, parce que, par elle, l'homme se trompe seulement soi-m\'eame. Il y en a une autre qui n'est pas si innocente, et qui impose \'e0 tout le monde\~: c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent \'e0
+ la gloire d'une belle et immortelle douleur, car le temps, qui consume tout, l'ayant consum\'e9e, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs\~; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent \'e0
+ persuader par toutes leurs actions qu'elles \'e9galeront la dur\'e9e de tous leurs d\'e9plaisirs \'e0 leur propre vie. Cette triste et fatigante vanit\'e9 se trouve d'ordinair
+e dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins qui m\'e8nent \'e0 la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre c\'e9l\'e8
+bres par la montre d'une inconsolable douleur. Il y a encore une autre esp\'e8ce de larmes qui n'ont que de petites sources, qui coulent facilement et qui s'\'e9coulent aussit\'f4t\~: on pleure pour avoir la r\'e9putation d'\'eatre tendre, on pleure pour
+\'eatre plaint, ou pour \'eatre pleur\'e9, et on pleure quelquefois de honte de ne pleurer pas.
+\par
+\par CCXLVIII
+\par
+\par Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur {\*\bkmkstart BM257}{\*\bkmkend BM256}m\'e9rite, mais selon nos besoins et selon l'opinion que nous croyons leur avoir donn\'e9e de ce que nous valons.
+\par
+\par CCXLIX
+\par
+\par Nous ne sommes pas difficiles \'e0 consoler des disgr\'e2ces de nos amis lorsqu'elles servent \'e0 signaler la tendresse que nous avons pour eux.
+\par
+\par CCL
+\par
+\par Qui consid\'e9rera superficiellement tous les effets de la bont\'e9 qui nous fait sortir hors de nous-m\'eames, et qui nous immole continuellement \'e0 l'avantage de tout le monde, sera tent\'e9
+de croire que lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et s'abandonne lui-m\'eame, ou se laisse d\'e9pouiller et appauvrir sans s'en apercevoir, de sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bont\'e9
+. Cependant c'est le plus utile de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour arriver \'e0 ses fins\~; c'est un chemin d\'e9rob\'e9, par o\'f9 il revient \'e0 lui-m\'eame, plus riche et plus abondant\~; c'est un d\'e9sint\'e9ressement qu'il met \'e0
+ un furieuse usure\~; c'est enfin un ressort d\'e9licat avec lequel il r\'e9unit, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur.
+\par
+\par CCLI
+\par
+\par Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9 de bont\'e9 s'il n'a la force, et la hardiesse, d'\'eatre m\'e9chant toute autre bont\'e9 n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la mauvaise volont\'e9.
+\par
+\par CCLII
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM258}{\*\bkmkend BM257}Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9 g\'e9n\'e9rale, et r\'e9pandue sur tout le monde, de la grande habilet\'e9.
+\par
+\par CCLIII
+\par
+\par Il n'est pas si dangereux de faire du mal \'e0 la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.
+\par
+\par CCLIV
+\par
+\par Pour pouvoir \'eatre toujours bon, il faut que les autres croient qu'ils ne peuvent jamais nous \'eatre impun\'e9ment m\'e9chants.
+\par
+\par CCLV
+\par
+\par Rien ne nous pla\'eet tant que la confiance des grands, et des personnes consid\'e9rables par leurs emplois, par leurs esprits, ou par leur m\'e9rite\~; elle nous fait sentir un plaisir exquis et \'e9l\'e8
+ve merveilleusement notre orgueil parce que nous le regardons comme un effet de notre fid\'e9lit\'e9\~; cependant, nous serions remplis de confusion si nous consid\'e9rions l'imperfection et la bassesse de sa naissance, car elle vient de la vanit\'e9
+, de l'envie de parler, et de l'impuissance de retenir le secret\~: de sorte qu'on peut dire que la confiance est comme un rel\'e2chement de l'\'e2me caus\'e9 par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine.
+\par
+\par CCLVI
+\par
+\par La confiance de plaire est souvent un moyen de d\'e9plaire infailliblement.
+\par
+\par CCLVII
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM259}{\*\bkmkend BM258}Nous ne croyons pas ais\'e9ment ce qui est au-del\'e0 de ce que nous voyons.
+\par
+\par CCLVIII
+\par
+\par La confiance que l'on a en soi fait na\'eetre la plus grande partie de celle que l'on a aux autres.
+\par
+\par CCLIX
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9, ou l'impuissance de manger beaucoup.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash Il y a une r\'e9volution g\'e9n\'e9rale qui change le go\'fbt des esprits, aussi bien que les fortunes du monde.
+\par
+\par CCLX
+\par
+\par La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la perfection, et de la beaut\'e9\~; une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne saurait \'eatre belle, et parfaite, si elle n'est v\'e9ritablement tout ce qu'elle doit \'ea
+tre, et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
+\par
+\par CCLXI
+\par
+\par On peut dire de l'agr\'e9ment s\'e9par\'e9 de la beaut\'e9 que c'est une sym\'e9trie dont on ne sait point les r\'e8gles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l'air de la personne.
+\par
+\par CCLXII
+\par
+\par Il y a de belles choses qui ont plus d'\'e9clat quand elles demeurent imparfaites que quand elles sont trop achev\'e9es.
+\par
+\par CCLXIII
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash La coquetterie est le fonds de l'humeur de {\*\bkmkstart BM260}{\*\bkmkend BM259}toutes les femmes\~; mais toutes ne coquettent pas, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par leur temp\'e9rament et par leur raison.
+
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash La coquetterie est le fonds et l'humeur de toutes les femmes\~; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par leur temp\'e9rament et par leur raison.
+\par
+\par CCLXIV
+\par
+\par On incommode toujours les autres quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder.
+\par
+\par CCLXV
+\par
+\par Il y a peu de choses impossibles d'elles-m\'eames\~; et l'application pour les faire r\'e9ussir nous manque bien plus que les moyens.
+\par
+\par CCLXVI
+\par
+\par La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix de chaque chose.
+\par
+\par CCLXVII
+\par
+\par Le plus grand art d'un habile homme est celui de savoir cacher son habilet\'e9.
+\par
+\par CCLXVIII
+\par
+\par La g\'e9n\'e9rosit\'e9 est un industrieux emploi du d\'e9sint\'e9ressement pour aller plus t\'f4t \'e0 un plus grand int\'e9r\'eat.
+\par
+\par CCLXIX
+\par
+\par La fid\'e9lit\'e9 est une invention rare de l'amour-propre, par laquelle l'homme, s'\'e9rigeant en d\'e9positaire des choses {\*\bkmkstart BM261}{\*\bkmkend BM260}pr\'e9cieuses, se rend lui-m\'eame infiniment pr\'e9cieux\~
+; de tous les trafics de l'amour-propre, c'est celui o\'f9 il fait le moins d'avances et de plus grands profits\~; c'est un raffinement de sa politique, avec lequel il engage les hommes par leurs biens, par leur honneur, par leur libert\'e9
+, et par leur vie, qu'ils sont forc\'e9s de confier en quelques occasions, \'e0 \'e9lever l'homme fid\'e8le au-dessus de tout le monde.
+\par
+\par CCLXX
+\par
+\par La magnanimit\'e9 m\'e9prise tout pour avoir tout.
+\par
+\par CCLXXI
+\par
+\par La magnanimit\'e9 est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme ma\'eetre de lui-m\'eame pour le rendre ma\'eetre de toutes choses.
+\par
+\par CCLXXII
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash Il y a peu de choses impossibles d'elles-m\'eames, et l'on trouve plus de voies que l'on ne pense pour y arriver. Et si nous avions assez d'application et de volont\'e9, nous aurions toujours assez de moyens.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash Il n'y a pas moins d'\'e9loquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles.
+\par
+\par CCLXXIII
+\par
+\par La v\'e9ritable \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut et \'e0 ne dire que ce qu'il faut.
+\par
+\par CCLXXIV
+\par
+\par Il y a une \'e9loquence dans les yeux et dans l'air de la {\*\bkmkstart BM262}{\*\bkmkend BM261}personne qui ne persuade pas moins que celle de la parole.
+\par
+\par CCLXXV
+\par
+\par Il est aussi ordinaire de voir changer les go\'fbts qu'il est rare de voir changer les inclinations.
+\par
+\par CCLXXVI
+\par
+\par L'int\'e9r\'eat donne toutes sortes de vertus et de vices.
+\par
+\par CCLXXVII
+\par
+\par L'humilit\'e9 n'est souvent qu'une feinte soumission que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde\~; c'est un mouvement de l'orgueil, par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'\'e9lever sur eux\~; c'est un d\'e9
+guisement, et son premier stratag\'e8me\~; mais quoique ces changements soient presque infinis, et qu'il soit admirable sous toutes sortes de figures, il faut avouer n\'e9
+anmoins qu'il n'est jamais si rare ni si extraordinaire que lorsqu'il se cache sous la forme et sous l'habit de l'humilit\'e9\~; car alors on le voir les yeux baiss\'e9s, dans une contenance modeste et repos\'e9e\~; toutes ses paroles sont douces
+et respectueuses, pleines d'estime pour les autres et de d\'e9dain pour lui-m\'eame\~; si on l'en veut croire, il est indigne de tous les honneurs, il n'est capable d'aucun emploi, il ne re\'e7oit les charges o\'f9 on l'\'e9l\'e8
+ve que comme un effet de la bont\'e9 des hommes, et de la faveur aveugle de la fortune. C'est l'orgueil qui joue tous ces personnages que l'on prend pour l'humilit\'e9.
+\par
+\par CCLXXVIII
+\par
+\par Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, un geste et {\*\bkmkstart BM263}{\*\bkmkend BM262}des mines qui leur sont propres\~; ce rapport bon, ou mauvais, fait les bons, ou les mauvais, com\'e9
+diens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou d\'e9plaisent.
+\par
+\par CCLXXIX
+\par
+\par Dans toutes les professions, et dans tous les arts, chacun se fait une mine et un ext\'e9rieur qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le m\'e9rite, de sorte que tout le monde n'est compos\'e9
+ que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons \'e0 y trouver rien de r\'e9el.
+\par
+\par CCLXXX
+\par
+\par La gravit\'e9 est un myst\'e8re du corps invent\'e9 pour cacher les d\'e9fauts de l'esprit.
+\par
+\par CCLXXXI
+\par
+\par Il y a des personnes \'e0 qui les d\'e9fauts si\'e9ent bien, et d'autres qui sont disgraci\'e9es avec leurs bonnes qualit\'e9s.
+\par
+\par CCLXXXII
+\par
+\par Le luxe et la trop grande politesse dans les \'c9tats sont le pr\'e9sage assur\'e9 de leur d\'e9cadence parce que, tous les particuliers s'attachant \'e0 leurs int\'e9r\'eats propres, ils se d\'e9tournent du bien public.
+\par
+\par CCLXXXIII
+\par
+\par La civilit\'e9 est une envie d'en recevoir\~; c'est aussi un d\'e9sir d'\'eatre estim\'e9 poli.
+\par
+\par CCLXXXIV
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash L'\'e9ducation que l'on donne aux princes est un {\*\bkmkstart BM264}{\*\bkmkend BM263}second amour-propre qu'on leur inspire.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash L'\'e9ducation que l'on donne d'ordinaire aux jeunes gens est un second orgueil qu'on leur inspire.
+\par
+\par CCLXXXV
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si persuad\'e9s qu'ils disent que la mort n'est pas un mal, que le tourment qu'ils se donnent pour \'e9tablir l'immortalit\'e9 de leur nom par la perte de la vie.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash Il n'y a point de passion o\'f9 l'amour de soi-m\'eame r\'e8gne si puissamment que dans l'amour\~; et on est toujours plus dispos\'e9 de sacrifier tout le repos de ce qu'on aime que de perdre la moindre partie du sien.
+\par
+\par CCLXXXVI
+\par
+\par Il n'y a point de lib\'e9ralit\'e9\~; ce n'est que la vanit\'e9 de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons.
+\par
+\par CCLXXXVII
+\par
+\par La piti\'e9 est un sentiment de nos propres maux dans un sujet \'e9tranger, c'est une pr\'e9voyance habile des malheurs o\'f9 nous pouvons tomber, qui nous fait donner du secours aux autres pour les engager \'e0
+ nous le rendre dans de semblables occasions, de sorte que les services que nous rendons \'e0 ceux qui en ont besoin sont \'e0 proprement parler des biens anticip\'e9s que nous nous faisons \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par CCLXXXVIII
+\par
+\par La petitesse de l'esprit fait souvent l'opini\'e2tret\'e9\~; et nous ne croyons pas ais\'e9ment ce qui est au del\'e0 de ce que {\*\bkmkstart BM265}{\*\bkmkend BM264}nous voyons
+\par
+\par CCLXXXIX
+\par
+\par On s'est tromp\'e9 quand on a cru qu'il n'y avait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui pussent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse pas d'en \'eatre souvent la ma\'eetresse\~
+; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie\~; elle y d\'e9truit et y consomme insensiblement toutes les passions et toutes les vertus.
+\par
+\par CCXC
+\par
+\par De toutes les passions celle qui est la plus inconnue \'e0 nous-m\'eames, c'est la paresse\~; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient tr\'e8s cach\'e9s\~
+; si nous consid\'e9rons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres ma\'eetresse de nos sentiments, de nos int\'e9r\'eats et de nos plaisirs\~; c'est la r\'e9more qui a la force d'arr\'ea
+ter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les \'e9cueils, et que les plus grandes temp\'eates, le repos de la paresse est un charme secret de l'\'e2me q
+ui suspend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opini\'e2tres r\'e9solutions\~; pour donner enfin la v\'e9ritable id\'e9e de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une b\'e9atitude de l'\'e2
+me, qui la console de toutes ses pertes, et qui lui tient lieu de tous les {\*\bkmkstart BM266}{\*\bkmkend BM265}biens.
+\par
+\par CCXCI
+\par
+\par La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans l'avoir assez examin\'e9 est un effet de la paresse et de l'orgueil. On veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d'examiner les crimes.
+\par
+\par CCXCII
+\par
+\par Nous r\'e9cusons tous les jours des juges pour les plus petits int\'e9r\'eats\~; et nous faisons d\'e9pendre notre gloire et notre r\'e9
+putation, qui sont les plus grands biens du monde, du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignit\'e9, ou par leur pr\'e9occupation, ou par leur sottise\~; et c'est pour obtenir d'eux un arr\'ea
+t en notre faveur que nous exposons notre repos et notre vie en cent mani\'e8res, et que nous la condamnons \'e0 une infinit\'e9 de soucis, de peines et de travaux.
+\par
+\par CCXCIII
+\par
+\par De plusieurs actions diff\'e9rentes que la Fortune arrange comme il lui pla\'eet, il s'en fait plusieurs vertus.
+\par
+\par CCXIV
+\par
+\par L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir.
+\par
+\par CCXCV
+\par
+\par La jeunesse est une ivresse continuelle\~; c'est la fi\'e8vre de la sant\'e9, c'est la folie de la raison.
+\par
+\par CCXCVI
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM267}{\*\bkmkend BM266}On aime bien \'e0 deviner les autres\~; mais l'on n'aime pas \'eatre devin\'e9.
+\par
+\par CCXCVII
+\par
+\par Il y a des gens qu'on approuve dans le monde, qui n'ont pour tout m\'e9rite que les vices qui servent au commerce de la vie.
+\par
+\par CCXCVIII
+\par
+\par C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa sant\'e9 par un trop grand r\'e9gime.
+\par
+\par CCXCIX
+\par
+\par Le bon naturel, qui se vante d'\'eatre toujours sensible, est dans la moindre occasion \'e9touff\'e9 par l'int\'e9r\'eat.
+\par
+\par CCC
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash Il est moins impossible de prendre de l'amour quand on n'en a pas, que de s'en d\'e9faire quand on en a.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash Il est plus facile de prendre de l'amour quand on n'en a pas, que de s'en d\'e9faire quand on en a.
+\par
+\par CCCI
+\par
+\par Ier \'e9tat \endash La plupart des femmes se rendent plut\'f4t par faiblesse que par passion\~; de l\'e0 vient que pour l'ordinaire les femmes entreprenantes r\'e9ussissent mieux que les autres, quoiqu'elles ne soient pas plus aimables.
+\par
+\par 2e \'e9tat \endash La plupart des femmes se rendent plut\'f4t par faiblesse que par passion\~; de l\'e0 vient que pour l'ordinaire les hommes entreprenants r\'e9ussissent mieux que les autres, quoiqu'ils ne soient pas plus aimables.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM268}{\*\bkmkend BM267}CCCII
+\par
+\par N'aimer gu\'e8re en amour est un moyen assur\'e9 pour \'eatre aim\'e9.
+\par
+\par CCCII [bis]
+\par
+\par L'absence diminue les m\'e9diocres passions, et augmente les grandes, comme le vent \'e9teint les bougies et allume le feu.
+\par
+\par CCCIII
+\par
+\par La sinc\'e9rit\'e9 que se demandent les amants et les ma\'eetresses, pour savoir l'un et l'autre quand ils cesseront de s'aimer, est biens moins pour vouloir \'eatre avertis quand on ne les aimera plus que pour \'eatre mieux assur\'e9
+s qu'on les aime, lorsqu'on ne dit point le contraire.
+\par
+\par CCCIV
+\par
+\par Les femmes croient souvent aimer quoiqu'elles n'aiment pas. L'occupation d'une intrigue, l'\'e9motion d'esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d'\'eatre aim\'e9
+es, et la peine de refuser, leur persuadent qu'elles ont de la passion lorsqu'elles n'ont tout au plus que de la coquetterie.
+\par
+\par CCCV
+\par
+\par La plus juste comparaison qu'on puisse faire de l'amour, c'est celle de la fi\'e8vre\~; nous n'avons non plus de pouvoir sur l'un que sur l'autre, soit pour sa violence ou pour sa dur\'e9e.
+\par
+\par CCCVI
+\par
+\par Ce qui fait que l'on est souvent m\'e9content de ceux qui {\*\bkmkstart BM269}{\*\bkmkend BM268}n\'e9gocient, est qu'ils abandonnent quasi toujours l'int\'e9r\'eat de leurs amis pour l'int\'e9r\'eat du fond de la n\'e9
+gociation, qui devient le leur par la gloire d'avoir r\'e9ussi \'e0 ce qu'ils avaient entrepris.
+\par
+\par CCCVII
+\par
+\par Le plus souvent, quand nous exag\'e9rons la tendresse que nos amis ont pour nous, c'est moins par reconnaissance que par un d\'e9sir habile de faire juger de notre m\'e9rite.
+\par
+\par CCCVIII
+\par
+\par L'approbation que l'on donne \'e0 ceux qui entrent dans le monde est bien souvent une envie secr\'e8te que l'on a contre ceux qui y sont \'e9tablis.
+\par
+\par CCCIX
+\par
+\par La plus grande habilet\'e9 des moins habiles est de se savoir soumettre \'e0 la bonne conduite d'autrui.
+\par
+\par CCCX
+\par
+\par Il y a des fausset\'e9s d\'e9guis\'e9es qui repr\'e9sentent si bien la v\'e9rit\'e9 que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser tromper.
+\par
+\par CCCXI
+\par
+\par Il n'y a quelquefois pas moins d'habilet\'e9 \'e0 savoir profiter d'un bon conseil qu'on nous donne, qu'\'e0 se bien conseiller soi-m\'eame.
+\par
+\par CCCXII
+\par
+\par Il y a de m\'e9chants hommes qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aucune bont\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM270}{\*\bkmkend BM269}CCCXIII
+\par
+\par La magnanimit\'e9 est assez d\'e9finie par son nom\~; on pourrait dire toutefois que c'est le bon sens de l'orgueil, et la voie la plus noble pour recevoir des louanges.
+\par
+\par CCCXIV
+\par
+\par Il est impossible d'aimer une seconde fois ce qu'on a v\'e9ritablement cess\'e9 d'aimer.
+\par
+\par CCCXV
+\par
+\par Ce n'est pas la fertilit\'e9 de l'esprit qui fait trouver plusieurs exp\'e9dients sur une m\'eame affaire\~; c'est plut\'f4t le d\'e9faut de lumi\'e8re qui nous fait arr\'eater \'e0 tout ce qui se pr\'e9sente \'e0 l'imagination, et qui nous emp\'ea
+che de discerner d'abord ce qui nous est propre.
+\par
+\par CCCXVI
+\par
+\par Il est des affaires et des maladies que les rem\'e8des aigrissent, et on peut dire que la grande habilet\'e9 consiste \'e0 savoir conna\'eetre les temps o\'f9 il est dangereux d'en faire.
+\par
+\par Apr\'e8s avoir parl\'e9 de la fausset\'e9 des vertus, il est raisonnable de dire quelque chose de la fausset\'e9 du m\'e9pris de la mort. J'entends parler de ce m\'e9pris de la mort que les pa\'efens se vantent de tirer de leurs propres forces, sans l'esp
+\'e9rance d'une meilleure vie. Il y a diff\'e9rence entre souffrir la mort constamment, et la m\'e9priser. Le premier sentiment est assez ordinaire\~; mais je crois que l'autre n'est jamais sinc\'e8re. On a \'e9crit n\'e9anmoins tout ce
+{\*\bkmkstart BM271}{\*\bkmkend BM270}qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal\~; et les plus faibles hommes aussi bien que les h\'e9ros ont donn\'e9 mille c\'e9l\'e8bres exemples pour \'e9tablir cette
+opinion. Cependant je doute que personne de bon sens en ait jamais \'e9t\'e9 v\'e9ritablement persuad\'e9, et toute la peine qu'on se donne pour en venir \'e0 bout fait assez para\'eetre que cette entreprise n'est pas ais\'e9e. On a mille sujets de m\'e9
+priser la vie, mais on n'en peut avoir de m\'e9priser la mort\~; ceux m\'eames qui se la donnent volontairement ne la comptent pas pour si peu de chose, et ils la rejettent et s'en \'e9tonnent comme les autres, lorsqu'elle vient \'e0
+ eux par une autre voie que celle qu'ils ont choisie. L'in\'e9galit\'e9 que l'on remarque dans le courage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce que la mort se d\'e9couvre \'e0 leur imagination et y para\'eet plus pr\'e9
+sente en un temps qu'en un autre. Et ainsi il arrive qu'apr\'e8s avoir m\'e9pris\'e9 ce qu\rquote ils ne connaissaient pas, ils craignent enfin ce qu'ils connaissent. Il faut \'e9
+viter de la voir avec toutes ses circonstances, si on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand de tous les maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux qui prennent de plus honn\'eates pr\'e9textes pour s'emp\'eacher de la consid\'e9
+rer. Mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est, trouve que la cessation d'\'eatre comprend tout ce qu'il y a d'\'e9pouvantable. La n\'e9cessit\'e9 in\'e9vitable de mourir fait toute la constance des philosophes\~: ils croient qu'i
+l faut aller de bonne gr\'e2ce o\'f9 {\*\bkmkstart BM272}{\*\bkmkend BM271}l'on ne se peut emp\'eacher d'aller\~; et, ne pouvant \'e9terniser leur vie, il n'y a rien qu'ils ne fassent pour \'e9
+terniser leur gloire, et pour sauver ainsi du naufrage ce qui en peut \'eatre garanti. Contentons-nous pour faire bonne mine de ne nous pas dire \'e0 nous-m\'eames tout ce que nous en pensons, et esp\'e9rons plus de notre temp\'e9
+rament que des faibles raisonnements \'e0 l'abri desquels nous croyons pouvoir approcher de la mort avec indiff\'e9rence. La gloire de mourir avec fermet\'e9, la satisfaction d'\'eatre regrett\'e9 de ses amis et de laisser une belle r\'e9putation, l'esp
+\'e9rance de ne plus souffrir de douleurs, et d'\'eatre \'e0 couvert des autres mis\'e8res de la vie et des caprices de la fortune, sont des rem\'e8des qu'on ne doit pas rejeter. Mais
+on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font pour nous assurer ce qu'une simple haie fait souvent \'e0 la guerre, pour couvrir ceux qui doivent approcher d'un lieu d'o\'f9 l'on tire. Quand on en est \'e9loign\'e9
+, on croit qu'elle peut \'eatre d'un grand secours\~; mais quand on en est proche, on voit que tout la peut percer. Nous nous flattons de croire que la mort nous paraisse de pr\'e8s ce que nous en avons jug\'e9
+ de loin, et que nos sentiments, qui ne sont que faiblesse, que vari\'e9t\'e9 et que confusion, soient d'une trempe assez forte pour ne point souffrir d'alt\'e9ration par la plus rude de toutes les \'e9preuves. C'est mal conna\'ee
+tre les effets de l'amour-propre, que de croire qu'il puisse nous aider \'e0 compter pour rien ce qui le doit n\'e9cessairement d\'e9truire, {\*\bkmkend BM272}
+et la raison, dans laquelle on croit trouver tant de ressources, n'est que trop faible en cette rencontre pour nous persuader ce que nous voulons. C'est elle qui nous trahit le plus souvent et, au lieu de nous inspirer le m\'e9pris de la mort, elle sert
+\'e0 nous d\'e9couvrir ce qu'elle a d'affreux et de terrible. Tout ce qu'elle peut faire pour nous est de nous conseiller d'en d\'e9tourner les yeux de les arr\'eater sur d'autres objets. Caton et Brutus en choisissent d'illustres et d'\'e9clatants\~
+; un laquais se contenta derni\'e8rement de danser les tricotets sur l'\'e9chafaud o\'f9 il devait \'eatre rou\'e9. Ainsi, bien que les motifs soient diff\'e9rents, ils produisent souvent les m\'ea
+mes effets. De sorte qu'il est vrai de dire que, quelque disproportion qu'il y ait entre les grands hommes et les gens du commun, les uns et les autres ont mille fois re\'e7u la mort d'un m\'eame visage\~; mais \'e7'a toujours \'e9t\'e9 avec cette diff
+\'e9rence que c'est l'amour de la gloire qui \'f4te aux grands hommes la vue de la mort dans le m\'e9pris qu'ils font para\'eetre quelquefois pour elle, et dans les gens du commun ce n'est qu'un effet de leur peu de lumi\'e8re qui, les emp\'ea
+chant de conna\'eetre toute la grandeur de leur mal, leur laisse la libert\'e9 de songer \'e0 autre chose.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744870}Manuscrit de Liancourt{\*\bkmkend _Toc97744870}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {{\*\bkmkstart BM274}[1] L'enfance nous suit dans tous les temps de la vie\~; si quelqu'un para\'eet sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionn\'e9es \'e0 son \'e2ge et \'e0
+ sa fortune (max. 207, I 219).
+\par
+\par [2] L'orgueil a bien plus de part que la charit\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes, et nous les en reprenons bien moins pour les en corriger que pour persuader que nous en sommes exempts (max. 37, I 41).
+\par
+\par [3] Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons le plus souvent pour des vertus ne sont en effet que des vices qui leur ressemblent et que l'orgueil et l'amour-propre nous ont d\'e9guis\'e9s (\'e9
+pigraphe de 1678, I 181).
+\par
+\par [4] Nous promettons selon nos esp\'e9rances, et nous tenons selon nos craintes (max. 38. I 42).
+\par
+\par [5] Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui (max. 19, I 22).
+\par
+\par [6] Ce qui rend nos amiti\'e9s si l\'e9g\'e8res et si changeantes, c'est qu'il est ais\'e9 de conna\'eetre les qualit\'e9s de l'esprit, et difficile de conna\'eetre celles de l'\'e2me (max. 80, I 93).
+\par
+\par [7] Nous nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants que nous\~; l'int\'e9r\'eat seul produit notre amiti\'e9, et nous ne leur promettons pas selon ce que nous leur voulons donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent
+{\*\bkmkstart BM275}{\*\bkmkend BM274}(max 85, I 98).
+\par
+\par [8] Les Fran\'e7ais ne sont pas seulement sujets, comme la plupart des hommes, \'e0 perdre \'e9galement le souvenir des bienfaits et des injures, mais ils ha\'efssent ceux qui les ont oblig\'e9s\~; l'orgueil et l'int\'e9r\'ea
+t produit partout l'ingratitude\~; l'application \'e0 r\'e9compenser le bien et \'e0 se venger du mal leur para\'eet une servitude \'e0 laquelle ils ont peine de s'assujettir (max. 14, I 14).
+\par
+\par [9] Les faux honn\'eates gens sont ceux qui d\'e9guisent la corruption de leur c\'9cur aux autres et \'e0 eux-m\'eames\~; les vrais honn\'eates gens sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres (max. 202, I 214).
+\par
+\par [10] On est au d\'e9sespoir d'\'eatre tromp\'e9 par ses ennemis et trahi par ses amis, et on est toujours satisfait de l'\'eatre par soi-m\'eame (max. 114, I 119).
+\par
+\par [11] Les plus sages le sont dans les choses indiff\'e9rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus s\'e9rieuses affaires (MS 22, I 132).
+\par
+\par [12] L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde (max. 4, I 4).
+\par
+\par [13] Il est aussi ais\'e9 de se tromper soi-m\'eame sans s'en apercevoir qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aper\'e7oivent (max. 115, I 120).
+\par
+\par [14] Rien n'est impossible de soi\~; il y a des voies qui conduisent \'e0 toutes choses, et si nous avions assez de volont\'e9, nous aurions toujours assez de moyens (max. 243, I {\*\bkmkstart BM276}{\*\bkmkend BM275}265 et 272 1er \'e9tat).
+\par
+\par [15] L'int\'e9r\'eat fait jouer toute sorte de personnages, et m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9 (max. 39, I 43).
+\par
+\par [16] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent enfermer dans leur c\'9cur leur agitation (max. 20, I 23).
+\par
+\par [17] Quelque pr\'e9texte que nous donnions \'e0 nos afflictions, ce n'est que l'int\'e9r\'eat et la vanit\'e9 qui les causent (max. 232, I 246).
+\par
+\par [18] C'est plut\'f4t par l'estime de nos sentiments que nous exag\'e9rons les bonnes qualit\'e9s des autres que par leur m\'e9rite, et nous nous louons en effet lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges (max. 143, I 146).
+\par
+\par [19] L'homme est conduit lorsqu'il croit se conduire, et pendant que par son esprit il vise \'e0 un endroit, son c\'9cur l'achemine insensiblement \'e0 un autre (max. 43, I 47).
+\par
+\par [20] La modestie, qui semble refuser les louanges, n'est en effet qu'un d\'e9sir d'en avoir de plus d\'e9licates (MS 27, I 147).
+\par
+\par [21] L'orgueil se d\'e9dommage toujours, et il ne perd rien lors m\'eame qu'il renonce \'e0 la vanit\'e9 (max. 33, I 36).
+\par
+\par [22] L'amiti\'e9 la plus sainte et la plus sacr\'e9e n'est qu'un trafic o\'f9 nous croyons toujours gagner quelque chose (max. 83, I 94).
+\par
+\par [23] La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt, et non pas dans les choses, et c'est par avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, {\*\bkmkstart BM277}{\*\bkmkend BM276}et non pas par avoir ce que les autres trouvent aimable (max. 48, I 54).
+\par
+\par [24] Quand on ne trouve point son repos en soi-m\'eame, il est inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).
+\par
+\par [25] On ne fait point de distinction dans la col\'e8re, bien qu'il y en ait une l\'e9g\'e8re et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre tr\'e8s criminelle, qui est \'e0 proprement parler la fureur de l'o
+rgueil et de l'amour-propre (MS 30, I 159).
+\par
+\par [26] Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent pas n\'e9anmoins le jour\~; la seule envie est une passion timide et honteuse qu'on ne peut jamais avouer (max. 27, I 30).
+\par
+\par [27] La jalousie est raisonnable en quelque mani\'e8re puisqu'elle ne cherche qu'\'e0
+ conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous devoir appartenir, au lieu que l'envie est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres (max. 28, I 31).
+\par
+\par [28] Quelque diff\'e9rence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend \'e9gales (max. 52, I 61).
+\par
+\par [29] On n'aime point \'e0 louer, et on ne loue jamais personne sans int\'e9r\'eat\~; la louange est une flatterie habile, cach\'e9e et d\'e9licate qui satisfait diff\'e9remment celui qui la donne et celui qui la re\'e7oit. L'un la prend comme la r\'e9
+compense de son m\'e9rite, l'autre la donne pour faire remarquer son {\*\bkmkstart BM278}{\*\bkmkend BM277}\'e9quit\'e9 et son discernement Nous choisissons souvent des louanges empoisonn\'e9es qui d\'e9couvrent par contre-coup des d\'e9
+fauts en nos amis, que nous n'osons divulguer. Nous \'e9levons m\'eame la gloire des uns pour abaisser par l\'e0 celle des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne si on ne voulait pas les bl\'e2
+mer tous les deux (max. 144, 145 et 198, I 148 et 149, 2e \'e9tat).
+\par
+\par [30] Il est malais\'e9 de d\'e9finir l'amour, et tout ce qu'on en peut dire c'est que dans l'\'e2me c'est une passion de r\'e9gner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cach\'e9e et d\'e9
+licate de jouir de ce que l'on aime apr\'e8s beaucoup de myst\'e8res (max. 68, I 78).
+\par
+\par [31] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune, qui fait les h\'e9ros (max. 53, I 62).
+\par
+\par [32] Il n'y a point de lib\'e9ralit\'e9 et ce n'est que la vanit\'e9 de donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons (max. 263, I 286).
+\par
+\par [33] L'amour de la gloire et plus encore la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le d\'e9sir de rendre notre vie commode et agr\'e9able et l'envie d'abaisser les autres font cette valeur qui est si c\'e9l\'e8
+bre parmi les hommes (max. 213. I 226).
+\par
+\par [34] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de malheureux accidents parce que les habiles gens savent profiter des mauvais, et que les imprudents tournent bien {\*\bkmkstart BM279}{\*\bkmkend BM278}souvent les plus avantageux \'e0 leur pr\'e9
+judice (max. 59. I 68).
+\par
+\par [35] On ne veut point perdre la vie, et on veut acqu\'e9rir de la gloire\~; de l\'e0 vient que, quelque chicane qu'on remarque dans la justice, elle n'est point \'e9gale \'e0 la chicane des braves (max. 221, I 235).
+\par
+\par [36] La valeur dans les simples soldats est un m\'e9tier p\'e9rilleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie (max. 214, I 227).
+\par
+\par [37] Les crimes deviennent innocents et m\'eame glorieux par leur nombre et par leur exc\'e8s\~; de l\'e0 vient que les voleries publiques sont des habilet\'e9s, et que les massacres des provinces enti\'e8res sont des conqu\'eates (MS 68, I 192).
+\par
+\par [38] Comme la plus heureuse personne du monde est celle \'e0 qui peu de choses suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les plus mis\'e9rables qu'il leur faut l'assemblage d'une infinit\'e9 de biens pour les rendre heureux (MP I).
+\par
+\par [39] Le vrai honn\'eate homme c'est celui qui ne se pique de rien (max. 203, I 215).
+\par
+\par [40] La g\'e9n\'e9rosit\'e9 c'est un d\'e9sir de briller par des actions extraordinaires, c'est un habile et industrieux emploi du d\'e9sint\'e9ressement, de la fermet\'e9 en amiti\'e9, et de la magnanimit\'e9, pour aller promptement \'e0 une grande r\'e9
+putation (max. 246, I 268).
+\par
+\par [41] Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la {\*\bkmkstart BM280}{\*\bkmkend BM279}lumi\'e8re de l'esprit, on peut dire la m\'eame chose de son \'e9tendue, de sa profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture, et de sa d\'e9
+licatesse.
+\par
+\par L'\'e9tendue de l'esprit est la mesure de sa lumi\'e8re.
+\par
+\par La profondeur est celle qui d\'e9couvre le fond des choses
+\par
+\par Le discernement les compare et les distingue.
+\par
+\par La justesse ne voit que ce qu'il faut voir.
+\par
+\par La droiture prend toujours le bon biais des choses.
+\par
+\par La d\'e9licatesse aper\'e7oit les imperceptibles.
+\par
+\par Et le jugement prononce ce qu'elles sont.
+\par
+\par Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualit\'e9s ne sont autres chose que la grandeur de l'esprit, lequel, voyant tout, rencontre dans la pl\'e9nitude de ses lumi\'e8res tous les avantages dont nous venons de parler (max. 97, I 107).
+\par
+\par [42] Quand la vanit\'e9 ne fait point parler, on n'a pas envie de dire grand'chose (max. 137, I 139).
+\par
+\par [43] La sinc\'e9rit\'e9 c'est une naturelle ouverture de c\'9cur\~; on la trouve en fort peu de gens et celle qui se pratique d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour arriver \'e0 la confiance des autres (max. 62, I 71).
+\par
+\par [44] La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9 (MP 2).
+\par
+\par [45] Dieu seul fait les gens de bien et on peut dire de toutes nos vertus ce qu'un po\'e8te a dit de l'honn\'eatet\'e9 des femmes. }{\i L'essere honesta non \'e9 se non un arte de parer honesta}{ (MS 33, I 176).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM281}{\*\bkmkend BM280}[46] Nous r\'e9cusons tous les jours des juges pour les plus petits int\'e9r\'eats, et nous commettons notre gloire et notre r\'e9putation, qui est la plus importante affaire de no
+tre vie, aux hommes qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignit\'e9, ou par leur pr\'e9occupation, ou par leur sottise, ou par leur injustice, et c'est pour obtenir d'eux un arr\'ea
+t en notre faveur que nous exposons notre vie et que nous la condamnons \'e0 une infinit\'e9 de soucis, de peines et de travaux (max. 268, I 292).
+\par
+\par [47] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses que tant de gens d'esprit emploient commun\'e9ment\~; les plus habiles affectent de les \'e9viter toute leur vie pour s'en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand int\'e9r\'ea
+t (max. 124, I 126).
+\par
+\par [48] Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit, il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se d\'e9couvre en un autre (max. 125, I 127).
+\par
+\par [49] Rien ne nous pla\'eet tant que la confiance des grands et des personnes consid\'e9rables par leurs emplois, par leur esprit ou par leur m\'e9rite\~; elle nous fait sentir un plaisir exquis et \'e9l\'e8
+ve merveilleusement notre orgueil parce que nous la regardons comme un effet de notre fid\'e9lit\'e9\~; cependant nous serons remplis de confusion si nous consid\'e9rons l'imperfection et la bassesse de sa naissance, car elle vient de la vanit\'e9
+, de l'envie de parler et de {\*\bkmkstart BM282}{\*\bkmkend BM281}l'impuissance de retenir les secrets, de sorte qu'on peut dire que la confiance est comme un rel\'e2chement de l'\'e2me caus\'e9
+ par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine (max. 239, I 255).
+\par
+\par [50] Nous ne nous apercevons que des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs, comme de la violence, de la col\'e8re, etc., mais personne quasi ne s'aper\'e7oit que ces humeurs ont un cours ordinaire et r\'e9gl\'e9
+ qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volont\'e9 \'e0 des actions diff\'e9rentes\~; elles roulent ensemble, s'il faut ainsi dire, et exercent successivement leur empire, de sorte qu'elles ont une part consid\'e9rable \'e0
+ toutes nos actions, dont nous croyons \'eatre les seuls auteurs (max. 297, I 48).
+\par
+\par [51] La piti\'e9 est un sentiment de nos propre maux dans un sujet \'e9tranger\~; c'est une pr\'e9voyance habile des malheurs o\'f9 nous pouvons tomber, qui nous fait donner des secours aux autres pour les engager \'e0
+ nous les rendre dans de semblables occasions, de sorte que les services que nous rendons \'e0 ceux qui sont accueillis de quelque infortune sont \'e0 proprement parler des biens anticip\'e9s que nous nous faisons (max. 264, I 287).
+\par
+\par [52] Qui consid\'e9rera superficiellement tous les effets de la bont\'e9 qui nous fait sortir de nous-m\'eames, et qui nous immole continuellement \'e0 l'avantage de tout le monde, sera tent\'e9 de croire que, lorsqu'elle agit, l'amour-propre
+{\*\bkmkstart BM283}{\*\bkmkend BM282}s'oublie et s'abandonne lui-m\'eame, et m\'eame qu'il se laisse d\'e9pouiller et appauvrir sans s'en apercevoir, en sorte qu'il semble que la bont\'e9 soit la niaiserie et l'innocence de l
+'amour-propre. Cependant la bont\'e9 est en effet le plus prompt de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour arriver \'e0 ses fins\~; c'est un chemin d\'e9rob\'e9 par o\'f9 il revient \'e0 lui-m\'eame plus riche et plus abondant\~; c'est un d\'e9
+sint\'e9ressement qu'il met \'e0 une furieuse usure, c'est enfin un ressort d\'e9licat avec lequel il remue, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur (max. 236, I 250).
+\par
+\par [53] L'humilit\'e9 est une feinte soumission que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde\~; c'est un mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'\'e9lever sur eux\~; c'est son plus grand d\'e9
+guisement, et son premier stratag\'e8me\~; certes, comme il est sans doute que le Prot\'e9e des fables n'a jamais \'e9t\'e9, il est un v\'e9ritable dans la nature, car il prend toutes les formes comme il lui pla\'eet\~
+; mais, quoiqu'il soit merveilleux et agr\'e9able \'e0 voir sur toutes ses figures et dans toutes ses industries, il faut pourtant avouer qu'il n'est jamais si rare ni si plaisant que lorsqu'on le voit sous la forme et sous l'habit de l'humilit\'e9\~
+; car alors on le voit les yeux baiss\'e9s, sa contenance est modeste et repos\'e9e, ses paroles douces et respectueuses, pleines de l'estime des autres et de d\'e9dain pour lui-m\'eame\~; il est indigne de tous les honneurs, il e
+st incapable d'aucun emploi, et ne re\'e7oit {\*\bkmkstart BM284}{\*\bkmkend BM283}les charges o\'f9 on l'\'e9l\'e8ve que comme un effet de la bont\'e9 des hommes et de la faveur aveugle de la fortune (max. 254, I 277).
+\par
+\par [54] La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont des extr\'e9mit\'e9s o\'f9 on arrive rarement\~; l'espace qui est entre deux est vaste, et contient toutes les autres esp\'e8ces de courages, il n'y a pas moins de diff\'e9
+rence entre eux qu'il y en a entre les visages et les humeurs\~; cependant ils conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se rel\'e2chent et se rebutent ais\'e9ment par sa dur\'e9e\~
+; il y en a qui sont assez contents quand ils ont satisfait \'e0 l'honneur du monde et qui font fort peu de choses au del\'e0. On en voit qui ne sont pas toujours \'e9galement ma\'eetres d'eux-m\'eames. D'autres se laissent quelquefois entra\'eener \'e0
+ des \'e9pouvantes g\'e9n\'e9rales. D'autres vont \'e0 la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes Enfin il s'en trouve \'e0 qui l'habitude des moindres p\'e9rils affermit le courage, et les pr\'e9pare \'e0 s'exposer \'e0
+ de plus grands. Outre cela, il y a un rapport g\'e9n\'e9ral que l'on remarque entre tous les courages des diff\'e9rentes esp\'e8ces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les bonnes
+et les mauvaises actions, leur donne la libert\'e9 de se m\'e9nager. Il y a encore un autre m\'e9nage plus g\'e9n\'e9ral qui, \'e0 parler absolument, s'\'e9tend sur toute sorte d'hommes\~: c'est qu'il n'y en a point qui fassent tout ce {\*\bkmkstart BM285
+}{\*\bkmkend BM284}qu'ils seraient capables de faire dans une occasion s'ils avaient une certitude d'en revenir\~; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort \'f4te quelque chose \'e0 leur valeur et diminue son effet (max. 215, I 228).
+\par
+\par [55] On \'e9l\'e8ve la prudence jusqu'au ciel et il n'est sorte d'\'e9loge qu'on ne lui donne\~; elle est la r\'e8gle de nos actions et de nos conduites, elle est la ma\'eetresse de la fortune, elle fait le destin des empires\~
+; sans elle on a tous les maux, avec elle on a tous les biens\~; et, comme disait autrefois un po\'e8te, quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinit\'e9
+, pour dire que nous trouvons dans la prudence tous les secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consomm\'e9e ne saurait nous assurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant sur une mati\'e8
+re aussi changeante et inconnue qu'est l'homme, elle ne peut ex\'e9cuter s\'fbrement aucun de ses projets\~; Dieu seul, qui tient tous les c\'9curs des hommes entre ses mains, et qui, quand il lui pla\'eet, en accorde les mouvement, fait aussi r\'e9ussi
+r les choses qui en d\'e9pendent\~; d'o\'f9 il faut conclure que toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanit\'e9 flatte notre prudence sont autant d'injures que nous faisons \'e0 sa providence (max. 65, I 75).
+\par
+\par [56] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes assembl\'e9s, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner\~; l'un para\'eet avec une d\'e9f\'e9rence respectueuse et dit {\*\bkmkstart BM286}{\*\bkmkend BM285}
+qu'il vient recevoir les conduites et soumettre ses sentiments, et son dessein le plus souvent est de faire passer les siens et de rendre celui qu'il fait ma\'eetre de son avis garant de l'affaire qu'il lui propose. Quant \'e0
+ celui qui conseille, il paye d'abord la sinc\'e9rit\'e9 de son ami d'un z\'e8le ardent et d\'e9sint\'e9ress\'e9 qu'il lui montre, et cherche en m\'eame temps dans ses propres int\'e9r\'eats des r\'e8
+gles de conseiller, de sorte que son conseil lui est bien plus propre qu'\'e0 celui qui le re\'e7oit (max. 116, I 118).
+\par
+\par [57] Il y a une esp\'e8ce d'hypocrisie dans les afflictions, car, sous pr\'e9texte de pleurer une personne qui nous est ch\'e8re, nous pleurons les n\'f4tres, c'est-\'e0-dire la diminution de notre bien, de notre plaisir ou de notre consid\'e9
+ration. De cette mani\'e8re les morts ont l'honneur des larmes qui coulent pour les vivants. J'ai dit que c'est une esp\'e8ce d'hypocrisie parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-m\'ea
+me. Il y en a une autre qui n'est pas si innocente et qui impose \'e0 tout le monde\~: c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent \'e0 la gloire d'une belle et immortelle douleur\~; car le temps, qui consomme tout, l'ayant consomm\'e9
+e, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs\~; elles prennent un personnage lugubre et travaillent \'e0 persuader par toutes leurs actions qu'elles \'e9galeront la dur\'e9e de leur d\'e9plaisir \'e0
+ leur propre vie. Cette triste et fatigante vanit\'e9 se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce {\*\bkmkstart BM287}{\*\bkmkend BM286}que, leur sexe leur fermant tous les chemins \'e0
+ la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre c\'e9l\'e8bres par la montre d'une inconsolable douleur (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [58] Outre ce que nous avons dit, il y encore quelques autres esp\'e8ces de larmes qui coulent de certaines petites sources et qui par cons\'e9quent s'\'e9coulent incontinent\~; on pleure pour avoir la r\'e9putation d'\'eatre tendre, on pleure pour \'ea
+tre pleur\'e9, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente. max. 233, I 247).
+\par
+\par [59] Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout, n'ont point \'f4t\'e9 les crimes par leurs pr\'e9ceptes, ils n'ont fait que les employer au b\'e2timent de l'orgueil (MS 21, I 105).
+\par
+\par [60] Les affaires et les actions des grands hommes ont comme les statues leur point de perspective il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s pour en discerner toutes les circonstances, et il y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est
+\'e9loign\'e9 (max 104, I 114)
+\par
+\par [61] Comment pr\'e9tendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous n'avons pu le garder nous-m\'eame\~? (MS 64, I 100.)
+\par
+\par [62] Les philosophes ne condamnent les richesse que par le mauvais usage que nous en faisons\~; il d\'e9pend de nous de les acqu\'e9
+rir et de nous en servir sans crime et, au lieu qu'elles nourrissent et accroissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu, nous pouvons les consacrer \'e0 {\*\bkmkstart BM288}{\*\bkmkend BM287}toutes les vertus, et les rendre m\'eame par l
+\'e0 plus agr\'e9ables et plus \'e9clatantes (MP 3)
+\par
+\par [63] Celui-l\'e0 n'est pas raisonnable qui trouve la raison, mais celui qui la conna\'eet, qui la go\'fbte et qui la discerne (max. 105, I 115).
+\par
+\par [64] La plus d\'e9li\'e9e de toutes les finesses est de savoir bien faire semblant de tomber dans les pi\'e8ges que l'on nous tend\~; on n'est jamais si ais\'e9ment tromp\'e9 que quand on songe \'e0 tromper les autres (max. 117, I 121).
+\par
+\par [65] La pure valeur (s'il y en avait) serait de faire sans t\'e9moins ce qu'on est capable de faire devant le monde (max. 216, I 229).
+\par
+\par [66] L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire de l'\'e2me par laquelle elle emp\'eache les troubles, les d\'e9sordres et les \'e9motions que la vue des grands p\'e9rils a accoutum\'e9 d'\'e9lever en elle, par cette force les h\'e9
+ros se maintiennent dans un \'e9tat paisible et conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette intr\'e9pidit\'e9 doit soutenir le c\'9cur dans les conjurations, au lieu qu
+e la seule valeur lui fournit toute la fermet\'e9 qui lui est n\'e9cessaire dans les p\'e9rils de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230 et 231).
+\par
+\par [67] Enfin l'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices et de ses m\'e9tamorphoses, apr\'e8s avoir jou\'e9 tout seul les personnages de la com\'e9die humaine, se montre avec son visage naturel et se d\'e9couvre par la fiert\'e9, de sorte qu'\'e0
+{\*\bkmkstart BM289}{\*\bkmkend BM288}proprement parler la fiert\'e9 est l'\'e9clat et la d\'e9claration de l'orgueil (MS 6, I 37).
+\par
+\par [68] La politesse de l'esprit est un tout de l'esprit par lequel il pense toujours des choses agr\'e9ables, honn\'eates et d\'e9licates (max 99. I 109).
+\par
+\par [69] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il p\'e9n\'e8tre et con\'e7oit les choses les plus flatteuses, c'est-\'e0-dire celles qui sont le plus capables de plaire aux autres (max 100. I 110).
+\par
+\par [70] Qui ne rirait de la mod\'e9ration, et de l'opinion qu'on a con\'e7ue d'elle\~? Elle n'a garde (ainsi qu'on croit) de combattre et de soumettre l'ambition, puisque jamais elles ne se peuvent trouver ensemble, la mod\'e9ration n'\'e9tant v\'e9
+ritablement qu'une paresse, une langueur et un manque de courage, de mani\'e8re qu'on peut justement dire que la mod\'e9ration est la bassesse de l'\'e2me comme l'ambition en est l'\'e9l\'e9vation (max. 293. I 17)
+\par
+\par [71] La mod\'e9ration dans la bonne fortune n'est que la crainte de la honte qui suit l'emportement, ou la peur de perdre ce que l'on a (MS 3. I 18).
+\par
+\par [72] La politesse des \'c9tats est le commencement de leur d\'e9cadence, parce qu'elle applique tous les particuliers \'e0 leurs int\'e9r\'eats propres et les d\'e9tourne du bien public (MS 52. I 282).
+\par
+\par [73] La faiblesse de l'esprit est mal nomm\'e9e\~; c'est en effet la faiblesse du c\'9cur, qui n'est autre chose qu'une {\*\bkmkstart BM290}{\*\bkmkend BM289}impuissance d'agir et un manque de principe de vie (max. 44. I 49).
+\par
+\par [74] La gravit\'e9 est un myst\'e8re du corps invent\'e9 pour cacher les d\'e9fauts de l'esprit (max. 257. I 280).
+\par
+\par [75] La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes c'est un ajustement et un fard qu'elles ajoutent \'e0 leur beaut\'e9, c'est comme un prix dont elles augmentent le leur, c'est enfin un attrait fin et d\'e9licat et une douceur d\'e9guis\'e9e (max. 204, I 216).
+\par
+\par [76] Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire par sa naissance seraient tent\'e9s, comme les po\'e8tes, de l'appeler la fille du Ciel puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre\~; en effet elle est produite par une infinit\'e9
+ d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les int\'e9r\'eats particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une arm\'e9e, allant \'e0 leur propre gloire et \'e0 leur \'e9l\'e9
+vation, procurent un bien si grand et si g\'e9n\'e9ral (MS. 41. I 232).
+\par
+\par [77] La mod\'e9ration dans la bonne fortune est le calme de notre humeur adoucie par la satisfaction de l'esprit\~; c'est aussi la crainte du bl\'e2me et du m\'e9pris qui suivent ceux qui s'enivrent de leur bonheur, c'est une vaine ostentation de la for
+ce de notre esprit, et enfin, pour la d\'e9finir intimement, la mod\'e9ration des hommes dans leurs plus hautes \'e9l\'e9vations est une ambition de para\'eetre plus grands que les choses qui les \'e9l\'e8vent (max. 17 et 18, I 19 et 20).
+\par
+\par [78] La pers\'e9v\'e9rance n'est digne de bl\'e2me ni de louange {\*\bkmkstart BM291}{\*\bkmkend BM290}parce qu'elle n'est que la dur\'e9e des go\'fbts et des sentiments qu'on ne s'\'f4te ni qu'on ne se donne (max. 177, I 186)
+\par
+\par [79] La nature fait le m\'e9rite, et la fortune le met en \'9cuvre (max. 153, I 160).
+\par
+\par [80] La civilit\'e9 est une envie d'en recevoir\~; c'est aussi un d\'e9sir d'\'eatre estim\'e9 poli (max. 260, I 283).
+\par
+\par [81] La v\'e9rit\'e9 qui fait les gens v\'e9ritables est une imperceptible ambition qu'ils ont de rendre leur t\'e9moignage consid\'e9rable et d'attirer \'e0 leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
+\par
+\par [82] Nous avouons nos d\'e9fauts pour r\'e9parer le pr\'e9judice qu'ils nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous leur donnons de la justice du n\'f4tre (max. 184, I 193).
+\par
+\par [83] La cl\'e9mence des princes est une politique dont ils se servent pour gagner l'affection des peuples (max. 15, I 15).
+\par
+\par [84] On s'est tromp\'e9 quand on a cru, apr\'e8s tant de grands exemples, que l'ambition et l'amour triomphaient toujours des autres passions\~; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la ma\'eetresse\~
+: elle usurpe insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie, et enfin elle \'e9mousse et \'e9teint toutes les passions et toutes les vertus (max. 266, I 289).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM292}{\*\bkmkend BM291}[85] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses peuvent difficilement s'appliquer assez aux grandes, parce qu'ils consomment toute leur application pour les petites, et m\'ea
+me, en la plupart des hommes, c'est une marque qu'ils n'ont aucun talent pour les grandes (max. 41 et MS 7, I 45 et 51).
+\par
+\par [86] Il y a deux sortes d'inconstances\~: l'une qui vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit qui \'e0 tout moment change d'opinion, ou plut\'f4t de la pauvret\'e9 de l'esprit qui re\'e7oit toutes les opinions des autres\~
+; l'autre qui est plus excusable, vient de la [fin] du go\'fbt des choses que l'on aimait (max. 181, I 190).
+\par
+\par [87] La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9 ou l'impuissance de manger beaucoup (MS 24, I 135).
+\par
+\par [88] La chastet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos (max. 205, I 217).
+\par
+\par [89] Le m\'e9pris des richesses, dans les philosophes, \'e9tait un d\'e9sir cach\'e9 de venger leur m\'e9rite de l'injustice de la fortune par le m\'e9pris des m\'eames biens dont elle les privait\~; c'\'e9tait un secret qu'ils avaient trouv\'e9 pour se d
+\'e9dommager de l'avilissement de la pauvret\'e9\~; c'\'e9tait enfin un chemin d\'e9tourn\'e9 pour aller \'e0 la consid\'e9ration que les richesses donnent (max. 54, I 63).
+\par
+\par [90] La fid\'e9lit\'e9 est une invention rare de l'amour-propre par laquelle l'homme, s'\'e9rigeant en d\'e9positaire des choses pr\'e9cieuses, se rend \'e0 lui-m\'eame infiniment pr\'e9cieux\~; de tous {\*\bkmkstart BM293}{\*\bkmkend BM292}
+les trafics de l'amour-propre c'est celui o\'f9 il fait moins d'avances et de plus grands profits\~; c'est un raffinement de sa politique, car il engage les hommes par leurs biens, par leur honneur, par leur libert\'e9 et par leur vie qu'ils sont forc\'e9
+s de confier en quelques occasions, \'e0 \'e9lever l'homme fid\'e8le au-dessus de tout le monde (max. 247, I 269).
+\par
+\par [91] L'\'e9ducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre qu'on leur inspire (max. 261, I 284, Ier \'e9tat).
+\par
+\par [92] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage qu'elles nous causent (max. 180, I 189).
+\par
+\par [93] Il y a des h\'e9ros en mal comme en bien (max. 185, I 194).
+\par
+\par [94] L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame et de toutes choses pour soi\~; il rend les hommes idol\'e2tres d'eux-m\'eames, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en ouvrait les moyens\~; il ne repose jamais hors de soi, et ne s'arr
+\'eate dans les sujets \'e9trangers que comme les abeilles sur les fleurs pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si imp\'e9tueux que ses d\'e9sirs, rien de si cach\'e9 que ses desseins, rien de si habile que ses conduites\~
+; ses souplesses ne se peuvent repr\'e9senter, ses transformations passent celles de la m\'e9tamorphose, et ses raffinements ceux de la chimie.
+\par
+\par On ne peut sonder la profondeur ni percer les t\'e9n\'e8bres de {\*\bkmkstart BM294}{\*\bkmkend BM293}ses ab\'eemes\~; l\'e0 il est \'e0 couvert des yeux les plus p\'e9n\'e9trants, il y fait mille insensibles tours et retours\~; l\'e0
+ il est souvent invisible \'e0 lui-m\'eame, et il y con\'e7oit, il y nourrit, et il y \'e9l\'e8ve, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines\~; il en forme m\'eame quelquefois de si monstrueuses que, lorsqu'il les a mises au jour, il les m
+\'e9conna\'eet ou il ne peut se r\'e9soudre \'e0 les avouer.
+\par
+\par De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de lui-m\'eame\~; de l\'e0 viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossi\'e8ret\'e9s et ses niaiseries sur son sujet\~; de l\'e0
+ vient qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus d'envie de courir quand il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les go\'fbts qu'il a rassasi\'e9s.
+\par
+\par Mais cette obscurit\'e9 \'e9paisse qui le cache \'e0 lui-m\'eame n'emp\'eache pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est semblable \'e0 nos yeux qui d\'e9couvrent tout et sont aveugles seulement pour eux-m\'ea
+mes. En effet dans ses plus grands int\'e9r\'eats et dans ses plus importantes affaires, o\'f9 la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soup\'e7onne, il p\'e9n\'e8tre, il devine tout\~
+; de sorte qu'on est tent\'e9 de croire que chacune de ses passions a une magie qui lui est propre.
+\par
+\par Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaie de rompre inutilement \'e0 la vue des malheurs extr\'eames {\*\bkmkstart BM295}{\*\bkmkend BM294}qui le menacent\~
+; cependant il fait quelquefois en peu de temps et sans aucun effort ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs ann\'e9es\~: d'o\'f9 l'on pourrait conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-m\'ea
+me que ses d\'e9sirs sont allum\'e9s, plut\'f4t que par la beaut\'e9 et par le m\'e9rite de ses objets, que son go\'fbt est le prix qui les rel\'e8ve et le fard qui les embellit, que c'est apr\'e8s lui-m\'eame qu'il court, et qu'il suit son gr\'e9
+ lorsqu'il suit les choses qui sont \'e0 son gr\'e9.
+\par
+\par Il est tous les contraires\~; il est imp\'e9rieux et ob\'e9issant, sinc\'e8re et dissimul\'e9, mis\'e9ricordieux et cruel, timide et audacieux, etc.
+\par
+\par Il a de diff\'e9rentes inclinations selon la diversit\'e9 des temp\'e9raments, qui les tournent et le d\'e9vouent pour l'ordinaire \'e0 la gloire ou aux richesses ou aux plaisirs\~; il en change selon le changement de nos \'e2
+ges, de nos fortunes et de nos exp\'e9riences\~; mais il lui est indiff\'e9rent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une, parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut et comme il lui pla\'ee
+t. Il est inconstant et, outre les changements qui lui viennent des causes \'e9trang\'e8res, il en a une infinit\'e9 qui naissent de lui et de son propre fonds, car il est naturellement inconstant de toutes mani\'e8res\~
+; il est inconstant d'inconstance, de l\'e9g\'e8ret\'e9, d'amour, de nouveaut\'e9, de lassitude et de d\'e9go\'fbt.
+\par
+\par Il est capricieux, et on le voit quelquefois travailler {\*\bkmkstart BM296}{\*\bkmkend BM295}avec la derni\'e8re application, et avec des travaux incroyables, \'e0 obtenir des choses qui ne lui sont point avantageuses et qui m\'ea
+me lui sont nuisibles, et qu'il poursuit seulement parce qu'il les veut.
+\par
+\par Il est bizarre et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles\~; il trouve tout son plaisir dans les plus fades et conserve toute sa fiert\'e9 dans les plus m\'e9prisables.
+\par
+\par Il est dans tous les \'e9tats de la vie et dans toutes les conditions\~; il vit partout, il vit de tout, et il vit de rien\~; il s'accommode des choses et de leur privation\~; il passe m\'eame dans le parti des gens de pi\'e9t\'e9 qui lui font la guerre\~
+; il entre dans leurs desseins et, ce qui est admirable il se hait lui-m\'eame, avec eux il conjure sa perte, il travaille m\'eame \'e0 sa ruine\~; enfin il ne se soucie que d'\'eatre, et, pourvu qu'il soit, il veut bien \'eatre son ennemi.
+\par
+\par Il ne faut donc pas s'\'e9tonner s'il se joint \'e0 la plus s\'e9v\'e8re pi\'e9t\'e9, et s'il entre si hardiment en soci\'e9t\'e9 avec elle pour se d\'e9truire, parce que, dans le m\'eame temps qu'il se ruine en un endroit, il se r\'e9tablit en un autre\~
+; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il le change seulement en satisfaction\~; et lors m\'eame qu'il est vaincu et qu'on croit en \'eatre d\'e9fait, on le retrouve dans le triomphe de sa d\'e9faite.
+\par
+\par Voil\'e0 la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie {\*\bkmkstart BM297}{\*\bkmkend BM296}n'est qu'une grande et longue agitation\~; la mer en est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans la violence de ses vagues continuelles une fid\'e8
+le expression de la succession turbulente de ses pens\'e9es et de ses \'e9ternels mouvements (MS I, I I).
+\par
+\par [95] L'intention de ne jamais tromper nous expose \'e0 \'eatre souvent tromp\'e9s. (max. 118, I 122)
+\par
+\par [96] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler (max. 138, I 140).
+\par
+\par [97] La ruine du prochain pla\'eet aux amis et aux ennemis (MP 4).
+\par
+\par [98] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur\~; c'est aussi la rage de n'avoir point la faveur, qui se console et s'adoucit un peu par le m\'e9pris des favoris\~; c'est enfin une secr\'e8te envie de les d\'e9
+truire qui fait que nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant pas leur \'f4ter [ce] qui leur attire ceux de tout le monde (max. 55, I 64).
+\par
+\par [99] Chaque homme n'est pas plus diff\'e9rent des autres hommes qu'il l'est souvent de lui-m\'eame (max. 135, I 137).
+\par
+\par [100] Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands\~: elle soutient le commerce, et nous ne payons pas pour la justice de payer, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous pr\'eatent (max. 223, I 237).
+\par
+\par [101] La coutume que nous avons de nous d\'e9guiser aux autres pour acqu\'e9rir leur estime fait qu'enfin nous nous d\'e9guisons {\*\bkmkstart BM298}{\*\bkmkend BM297}\'e0 nous-m\'eames (max. 119, I 123).
+\par
+\par [102] Les biens et les maux sont plus grands dans notre imagination qu'ils ne le sont en effet, et on n'est jamais si heureux ni si malheureux que l'on pense (max. 49, I 56).
+\par
+\par {\*\bkmkend BM298}[103] Il y a des personnes \'e0 qui leurs d\'e9fauts si\'e9ent bien et d'autres qui sont disgraci\'e9es de leurs bonnes qualit\'e9s (max. 251, I 281).
+\par
+\par [104] La r\'e9conciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la sinc\'e9rit\'e9, de la douceur, et de la tendresse, n'est qu'un d\'e9sir de rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre et une crainte de quelque mauvais \'e9v\'e9
+nement (max. 82. I 95).
+\par
+\par [105] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant la pers\'e9cution et leur haine que les bonnes qualit\'e9s que nous avons (max. 29, I 32).
+\par
+\par [106] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agr\'e9ables dans la conversation, c'est qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plut\'f4t \'e0 ce qu'il veut dire qu'\'e0 r\'e9pondre pr\'e9cis\'e9ment \'e0
+ ce qu'on lui dit, et que les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive au m\'eame temps que l'on voit, dans leurs yeux et dans leur esprit, un \'e9garement et une pr\'e9cipitation de retourner \'e0
+ ce qu'ils veulent dire, au lieu de consid\'e9rer que c'est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les {\*\bkmkstart BM299}autres de chercher si fort \'e0 se plaire \'e0 soi-m\'eame, et que bien \'e9couter et bien r\'e9
+pondre est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir (max. 139, I 141).
+\par
+\par [107] Comme si ce n'\'e9tait pas assez \'e0 l'amour-propre d'avoir la vertu de se transformer lui-m\'eame, il a encore celle de transformer ses objets\~; ce qu'il fait d'une mani\'e8re fort \'e9tonnante, car non seulement il les d\'e9guise
+ si bien qu'il y est lui-m\'eame abus\'e9, mais aussi, comme si ses actions \'e9taient des miracles, il change l'\'e9tat et la nature des choses soudainement. En effet, lorsqu'une personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa pers\'e9
+cution contre nous, c'est avec toute la s\'e9v\'e9rit\'e9 de la justice que notre amour-propre juge ses actions, il donne m\'eame une \'e9tendue \'e0 ses d\'e9fauts qui les rend \'e9normes, et met ses bonnes qualit\'e9s dans un jour si d\'e9
+savantageux qu'elles deviennent plus d\'e9go\'fbtantes que ses d\'e9fauts. Cependant, d\'e8s que cette m\'eame personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos int\'e9r\'eats l'a r\'e9concili\'e9e avec nous, notre seule satisfaction rend aussit\'f4
+t \'e0 son m\'e9rite le lustre que notre aversion venait d'effacer. Tous ses avantages en re\'e7oivent un fort grand des biais dont nous les regardons\~; toutes ses mauvaises qualit\'e9s disparaissent, et nous appelons m\'ea
+me toute notre indulgence pour la forcer \'e0 justifier la guerre qu'elles nous ont faite (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [108] Quoique toutes les passions montrent cette v\'e9rit\'e9, {\*\bkmkstart BM300}{\*\bkmkend BM299}l'amour la fait voir plus clairement que les autres, car nous voyons un amoureux, agit\'e9 de la rage o\'f9 l'a mis un visible oubli ou infid\'e9lit\'e9 d
+\'e9couverte, conjure[r] le ciel et les enfers contre sa ma\'eetresse et n\'e9anmoins, aussit\'f4t qu'elle s'est pr\'e9sent\'e9e et que sa vue a calm\'e9 la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beaut\'e9
+ innocente, il n'accuse plus que lui-m\'eame, il condamne ses condamnations et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre il \'f4te la noirceur aux actions mauvaises de sa ma\'eetresse et en s\'e9pare le crime pour en charger ses soup\'e7
+ons (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 88, I 101).
+\par
+\par [109] La justice n'est qu'une vive appr\'e9hension qu'on nous \'f4te ce qui nous appartient\~; de l\'e0 vient cette consid\'e9ration et ce respect pour tous les int\'e9r\'eats du prochain et cette scrupuleuse application \'e0 ne lui faire aucun pr\'e9
+judice. Sans cette crainte qui retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune lui a donn\'e9s, press\'e9 par la violente passion de se conserver, comme par une faim enrag\'e9
+e, il ferait des courses continuellement sur les autres (MS 14, I. 88).
+\par
+\par [110] La justice, dans les bons juges qui sont mod\'e9r\'e9s n'est que l'amour de l'approbation\~; dans les ambitieux c'est l'amour de leur \'e9l\'e9vation (MS 15, I 89).
+\par
+\par [111] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui ne {\*\bkmkstart BM301}{\*\bkmkend BM300}produisent infailliblement leurs pareils. L'imitation des biens vient de l'\'e9
+mulation et celle des maux de l'exc\'e8s de la malignit\'e9 naturelle qui, \'e9tant comme tenue en prison par la honte, est mise en libert\'e9 par l'exemple (max. 230, I 244).
+\par
+\par [112] Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9 de bont\'e9 s'il n'a la force et la hardiesse de pouvoir \'eatre m\'e9chant\~: toute autre bont\'e9 n'est en effet qu'une privation de vice ou plut\'f4t la timidit\'e9
+ des vices et leur endormissement (max. 237, I 251).
+\par
+\par [113] Chacun pense \'eatre plus fin que les autres (MP 5).
+\par
+\par [114] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil\~; il sert encore \'e0 le nourrir et \'e0 l'augmenter, et c'est pour manquer de lumi\'e8res que nous ignorons toutes nos mis\'e8res et tous nos d\'e9fauts (MS 19, I 102).
+\par
+\par [115] La constance en amour est une inconstance perp\'e9tuelle qui fait que notre c\'9cur s'attache successivement \'e0 toutes les qualit\'e9s de la personne que nous aimons, donnant tant\'f4t la pr\'e9f\'e9rence \'e0 l'une, tant\'f4t \'e0
+ l'autre, de sorte que cette constance n'est que notre inconstance arr\'eat\'e9e et renferm\'e9e dans un sujet (max. 175. I 184).
+\par
+\par [116] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur m\'e9rite, mais selon nos besoins et l'opinion que nous croyons leur avoir donn\'e9e de ce que nous valons (MS 70, I 248).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM302}{\*\bkmkend BM301}[117] Il n'y a point d'amour pure et exempte du m\'e9lange de nos autres passions, que celle qui est cach\'e9e au fond du c\'9cur et que nous ignorons nous-m\'eames (max. 69, I 79).
+\par
+\par [118] On hait souvent les vices, mais on m\'e9prise toujours le manque de vertu (max. 186, I 195).
+\par
+\par [119] La passion fait souvent du plus habile homme un sot et rend quasi toujours les plus sots habiles (max. 6, I 6).
+\par
+\par [120] Il y a des gens niais qui se connaissent niais et qui emploient habilement leur niaiserie (max. 208, I 220).
+\par
+\par [121] Tout le monde est plein de pelles qui se moquent des fourgons (MS 5. I 33).
+\par
+\par [122] On ne saurait compter toutes les esp\'e8ces de vanit\'e9 (MP 6).
+\par
+\par [123] Pour savoir, il faut savoir le d\'e9tail des choses, et comme il est presque infini, de l\'e0 vient que si peu de gens sont savants et que nos connaissances sont superficielles et imparfaites, et qu'on d\'e9crit les choses au lieu de les d\'e9
+finir. En effet on ne les conna\'eet et on ne les fait conna\'eetre qu'en gros et par des marques communes, de m\'eame que si quelqu'un disait que le corps humain est droit et compos\'e9 de diff\'e9rentes parties, sans dire le nombre, la situation, l
+es fonctions, les rapports et les diff\'e9rences de ces parties (max. 106, I 116).
+\par
+\par [124] Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9 r\'e9pandue et g\'e9n\'e9rale pour tout le monde de la grande habilet\'e9 (MS {\*\bkmkstart BM303}{\*\bkmkend BM302}44, I 252).
+\par
+\par [125] On incommode toujours les autres quand on est persuad\'e9 de ne les pouvoir jamais incommoder (max. 242, I 264).
+\par
+\par [126] Les grandes et \'e9clatantes actions qui \'e9blouissent les yeux des hommes sont repr\'e9sent\'e9es par les politiques comme les effets des grands int\'e9r\'eats, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions\~
+; ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte \'e0 l'ambition qu'ils avaient de se rendre ma\'eetres du monde, \'e9tait un effet de la jalousie (max. 7, I 7).
+\par
+\par [127] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours\~; elles sont comme un art de la nature dont les r\'e8gles sont infaillibles et l'homme le plus simple, qui sent, persuade mieux que celui qui n'a que la seule \'e9loquence (max. 8, I 8).
+
+\par
+\par [128] La vraie \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut et \'e0 ne dire que ce qu'il faut (max. 250, I 273).
+\par
+\par [129] Ceux qui se sentent du m\'e9rite se piquent toujours d'\'eatre malheureux pour persuader aux autres et \'e0 eux-m\'eames qu'ils sont de v\'e9ritables h\'e9ros, puisque la mauvaise fortune ne s'opini\'e2tre jamais \'e0 pers\'e9
+cuter que les personnes qui ont des qualit\'e9s extraordinaires (max. 50, I 57).
+\par
+\par [130] La coquetterie est le fond de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice parce que la {\*\bkmkstart BM304}{\*\bkmkend BM303}coquetterie de quelques-unes est arr\'eat\'e9e et enferm\'e9e par leur temp\'e9
+rament et par leur raison (max. 241, I 263).
+\par
+\par [131] Un homme d'esprit serait souvent embarrass\'e9 sans la compagnie des sots (max. 140, I 142).
+\par
+\par [132] Les pens\'e9es et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur sont propres\~; c'est ce qui fait les bons et les mauvais com\'e9diens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou d\'e9
+plaisent (max. 255, I 278).
+\par
+\par [133] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point et qu'il trouve toutes achev\'e9es en lui-m\'eame, de sorte qu'il semble qu'elles y soient cach\'e9es comme l'or et les diamants dans le sein de la terre (max. 101, I 111).
+\par
+\par [134] La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire infailliblement (MS 46, I 256).
+\par
+\par [135] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le v\'e9ritable dessein de trahir (max. 120, I 124).
+\par
+\par [136] L'approbation que l'on donne \'e0 l'esprit, \'e0 la beaut\'e9 et \'e0 la valeur les augmente et les perfectionne et leur fait faire de plus grands effets qu'ils n'auraient \'e9t\'e9 capables de faire d'eux-m\'eames (max. 150, I 156).
+\par
+\par [137] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-m\'eames, que de voir que nous avons \'e9t\'e9 dans des \'e9tats et dans des sentiments que nous d\'e9sapprouvons \'e0 cette heure (max. 51, I 58).
+\par
+\par [138] Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute {\*\bkmkstart BM305}{\*\bkmkend BM304}notre raison (max. 42, I 46).
+\par
+\par [139] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas tant la lassitude que l'on a des vieilles, ni le plaisir de changer, que le d\'e9go\'fbt que nous avons de n'\'eatre pas assez admir\'e9s de ceux qui nous connaissent trop et l'esp\'e9
+rance de l'\'eatre davantage de ceux qui ne nous connaissent gu\'e8re (max. 178, I 187).
+\par
+\par [140] Les grandes \'e2mes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les \'e2mes communes, mais celles qui ont seulement de plus grandes vues (MS 31, I 161).
+\par
+\par [141] On n'est jamais si malheureux qu'on craint ni si heureux qu'on esp\'e8re (MS 9, I 59).
+\par
+\par [142] On se vante souvent mal \'e0 propos de ne se point ennuyer et l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie (max. 141, I 143).
+\par
+\par [143] Ce qui nous emp\'eache souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausset\'e9 des vertus, c'est que nous croyons trop ais\'e9ment qu'elles sont v\'e9ritables en nous (MP 7).
+\par
+\par [144] La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps, et quelque \'e9loign\'e9s que nous paraissions \'eatre des passions que nous n'avons point encore ressenties, il faut croire toutefois que l'on n'y est pas moins expos\'e9
+ qu'on l'est \'e0 tomber malade quand on se porte bien (max. 188, I 197).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM306}{\*\bkmkend BM305}[145] On bl\'e2me l'injustice, non pas par la haine qu'on a pour elle, mais par le pr\'e9judice qu'on en re\'e7oit (MS 16, I 90).
+\par
+\par [146] Un habile homme doit savoir r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats et les conduire chacun dans son ordre\~; notre avidit\'e9 le trouble souvent en nous faisant courir \'e0 tant de choses \'e0 la fois\~; de l\'e0 vient que pour d\'e9
+sirer trop les moins importantes, nous ne les faisons pas assez servir \'e0 obtenir les plus consid\'e9rables (max. 66, I 76).
+\par
+\par [147] Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (max. 45, I 50).
+\par
+\par [148] La honte, la paresse, la timidit\'e9 ont souvent toutes seules le m\'e9rite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).
+\par
+\par [149] On n'a plus de raison quand on n'esp\'e8re plus d'en trouver aux autres (MS 20, I 103).
+\par
+\par [150] Ceux qu'on ex\'e9cute affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des m\'e9pris de la mort pour ne pas penser \'e0 elle et pour s'\'e9tourdir, de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces m\'e9pris font \'e0
+ leur esprit ce que le mouchoir fait \'e0 leurs yeux (max. 21, I 24).
+\par
+\par [151] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice (max. 78, I 91).
+\par
+\par [152] Il n'y a pas moins d'\'e9loquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e \'e9tat).
+\par
+\par [153] La plupart des hommes s'exposent assez \'e0 la guerre {\*\bkmkstart BM307}{\*\bkmkend BM306}pour sauver leur honneur, mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9
+ussir le dessein pour lequel ils s'exposent (max. 219, I 233).
+\par
+\par [154] On ne loue que pour \'eatre lou\'e9 (max. 146, I 150).
+\par
+\par [155] Il n'y a que Dieu qui sache si un proc\'e9d\'e9 net, sinc\'e8re et honn\'eate est plut\'f4t un effet de probit\'e9 que d'habilet\'e9 (max. 170, I 178).
+\par
+\par [156] La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix de chaque chose (max. 244, I 266).
+\par
+\par [157] On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par int\'e9r\'eat (MS 28, I 151).
+\par
+\par [158] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la justification de la beaut\'e9 (MS 49, I 260).
+\par
+\par [159] Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max. 34, I 38).
+\par
+\par [160] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous d\'e9sirons toutes choses comme si nous \'e9tions immortels (MP 8).
+\par
+\par [161] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le bl\'e2me qui leur sert que la louange qui les trahit (max. 147, I 152).
+\par
+\par [162] La subtilit\'e9 est une fausse d\'e9licatesse et la d\'e9licatesse une solide subtilit\'e9 (max. 128, I 130).
+\par
+\par [163] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la perfection et de la beaut\'e9, car il est certain qu'une chose, de quelque nature qu'elle soit, est belle et {\*\bkmkstart BM308}{\*\bkmkend BM307}parfaite si elle est tout ce qu'elle doit \'ea
+tre et si elle a tout ce qu'elle doit avoir. (MS 49, I 260).
+\par
+\par [164] Les passions ont une injustice et un propre int\'e9r\'eat qui fait qu'elles offensent et blessent toujours, m\'eame lorsqu'elles parlent raisonnablement et \'e9quitablement\~; la charit\'e9 a seule le privil\'e8ge de dire quasi tout ce qui lui pla
+\'eet et de ne blesser jamais personne (max. 9, I 9).
+\par
+\par [165] Le monde, ne connaissant point le v\'e9ritable m\'e9rite, n'a garde de pouvoir le r\'e9compenser\~; aussi n'\'e9l\'e8ve-t-il \'e0 ses grandeurs et \'e0 ses dignit\'e9s que des personnes qui ont de belles qualit\'e9s apparentes et il couronne g\'e9n
+\'e9ralement tout ce qui luit quoique tout ce qui luit ne soit pas de l'or (max. 166, I 173).
+\par
+\par [166] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le c\'9cur, il y a un m\'e9rite fade et des personnes qui d\'e9go\'fbtent avec des qualit\'e9s bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e \'e9tat).
+\par
+\par [167] Nous ne sommes pas difficiles \'e0 consoler des disgr\'e2ces de nos amis lorsqu'elles servent \'e0 nous faire faire quelque belle action (max. 235, I 249).
+\par
+\par [168] Quand il n'y a que nous qui sachions nos crimes, ils sont bient\'f4t oubli\'e9s (max. 196, I 207).
+\par
+\par [169] L'int\'e9r\'eat donne toute sorte de vertus et de vices (max. 253, I 276).
+\par
+\par [170] Plusieurs personnes s'acquittent des devoirs de la reconnaissance, quoiqu'il soit vrai de dire que personne {\*\bkmkstart BM309}{\*\bkmkend BM308}n'en a effectivement (max. 224, I 238).
+\par
+\par [171] Pour s'\'e9tablir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y para\'eetre \'e9tabli (max. 56, I 65).
+\par
+\par [172] Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun se fait une mine et un ext\'e9rieur qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le m\'e9rite, de sorte que tout le monde n'est compos\'e9
+ que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons \'e0 y trouver les choses (max. 256, I 279).
+\par
+\par [173] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le monde chante un certain temps quelque fades et d\'e9go\'fbtants qu'ils soient (max. 211, I 223).
+\par
+\par [174] Comme dans la nature il y a une \'e9ternelle g\'e9n\'e9ration et que la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de m\'eame il y a dans le c\'9cur humain une g\'e9n\'e9ration perp\'e9
+tuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours l'\'e9tablissement d'une autre (max. 10, I 10).
+\par
+\par [175] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable, est v\'e9ritable dans la physique, mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale et que les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires\~
+; ainsi l'avarice produit quelquefois la lib\'e9ralit\'e9, et la lib\'e9ralit\'e9 l'avarice, on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace na\'eet de la timidit\'e9 (max. 11, I 11).
+\par
+\par [176] Peu de gens sont cruels de cruaut\'e9, mais tous les hommes sont cruels et inhumains d'amour-propre (MS 32, I {\*\bkmkstart BM310}{\*\bkmkend BM309}174).
+\par
+\par [177] L'int\'e9r\'eat parle toute sorte de langues et joue toute sorte de personnages, m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9 (max. 39, I 43).
+\par
+\par [178] L'esprit est toujours la dupe du c\'9cur (max. 102, I 112).
+\par
+\par [179] Quelque industrie que l'on ait \'e0 cacher ses passions sous le voile de la pi\'e9t\'e9 et de l'honneur, il y en a toujours quelque coin qui se montre (max. 12, I 12).
+\par
+\par [180] La philosophie triomphe ais\'e9ment des maux pass\'e9s et de ceux qui ne sont pas pr\'eats d'arriver, mais les maux pr\'e9sents triomphent d'elle (max. 22, I 25).
+\par
+\par [181] Ce qui fait tout le m\'e9compte que nous voyons dans la reconnaissance des hommes, c'est que l'orgueil de celui qui donne, et l'orgueil de celui qui re\'e7oit, ne peuvent convenir du prix du bienfait (max. 225, I 239).
+\par
+\par [182] La vanit\'e9 et la honte, et surtout le temp\'e9rament, fait la valeur des hommes, et la chastet\'e9 des femmes, dont chacun m\'e8ne tant de bruit (max. 220, I 234).
+\par
+\par [183] Il y a des gens dont le m\'e9rite consiste \'e0 dire et \'e0 faire des sottises utilement, et qui g\'e2teraient tout s'ils changeaient de conduite (max. 156, I 163).
+\par
+\par [184] On se console souvent d'\'eatre malheureux en effet par un certain plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre (MS 10, I 60).
+\par
+\par [185] On admire tout ce qui \'e9blouit, et l'art de savoir {\*\bkmkstart BM311}{\*\bkmkend BM310}bien mettre en \'9cuvre de m\'e9diocres qualit\'e9s d\'e9robe l'estime et donne souvent plus de r\'e9putation que le v\'e9ritable m\'e9rite (max. 162, I 164).
+
+\par
+\par [186] Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie, ils les font valoir ce qu'ils veulent et on est forc\'e9 de les recevoir selon leur cours et non pas selon leur v\'e9ritable prix (MS 67, I 165).
+\par
+\par [187] La vertu est un fant\'f4me form\'e9 par nos passions \'e0 qui on donne un nom honn\'eate pour faire impun\'e9ment ce qu'on veut (MS 34, I 179).
+\par
+\par [188] Peu de gens connaissent la mort\~; on la souffre, non par la r\'e9solution, mais par la stupidit\'e9 et par la coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt (max. 23, I 26).
+\par
+\par [189] L'imitation est toujours malheureuse et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet avec les m\'eames choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles (MS 43, I 245).
+\par
+\par [190] Dieu a mis des talents diff\'e9rents dans l'homme comme il a plant\'e9 de diff\'e9rents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent de m\'eame que chaque arbre a ses propri\'e9t\'e9s et ses effets qui lui sont tous particuliers\~; de l\'e0
+ vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les m\'eames effets des talents les plus communs\~; de l\'e0
+ vient encore qu'il est aussi ridicule de vouloir faire des sentences sans en avoir la {\*\bkmkstart BM312}{\*\bkmkend BM311}graine en soi que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait point sem\'e9 les oignons (MP 9).
+\par
+\par [191] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir (max. 270, I 294).
+\par
+\par [192] L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche d'aveugler les uns, est ce qui fait toute la lumi\'e8re des autres (max. 40, I 44).
+\par
+\par [193] Il y a des reproches qui louent et des louanges qui m\'e9disent (max. 148, I 153).
+\par
+\par [194] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s, il en faut avoir l'\'e9conomie (max. 159, I 166).
+\par
+\par [195] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9 comme il est, c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en soi-m\'ea
+me de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations (MP 10).
+\par
+\par [196] On se m\'e9compte toujours dans le jugement que l'on fait de nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (max. 160, I 167).
+\par
+\par [197] Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins qui les produisent, sans laquelle les actions ne font jamais tous les effets qu'elles doivent faire (max. 161, I 168).
+\par
+\par [198] Quoique la vanit\'e9 des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein (max. 57, I 66).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM313}{\*\bkmkend BM312}[199] La nature, qui se vante d'\'eatre toujours sensible, est dans la moindre occasion \'e9touff\'e9e par l'int\'e9r\'eat (max. 275, I 299).
+\par
+\par [200] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (max. 209, I 221).
+\par
+\par [201] Les grands hommes s'abattent et se d\'e9montent \'e0 la fin par la longueur de leurs infortunes\~; cela ne veut pas dire qu'ils fussent forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se donnaient la g\'eane pour le para\'ee
+tre, et qu'ils soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de leur \'e2me\~; cela fait voir manifestement qu'\'e0 une grande vanit\'e9 pr\'e8s les h\'e9ros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).
+\par
+\par [202] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils ont et le m\'e9rite de leur fortune (max. 212, I 224).
+\par
+\par [203] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts (max. 190, I 198).
+\par
+\par [204] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'int\'e9r\'eat, comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).
+\par
+\par [205] Il y a des hommes que l'on estime, qui n'ont pour toutes vertus que des vices qui sont propres \'e0 la soci\'e9t\'e9 et au commerce de la vie (max. 273, I 297).
+\par
+\par [206] Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la v\'e9rit\'e9 puisque nous nous la cachons si souvent {\*\bkmkstart BM314}{\*\bkmkend BM313}nous-m\'eames (MP II).
+\par
+\par [207] Rien ne prouve davantage combien la mort est redoutable que la peine que les philosophes se donnent pour persuader qu'on la doit m\'e9priser (MP 12).
+\par
+\par [208] Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si bien persuad\'e9s qu'ils disent que la mort n'est pas un mal que le tourment qu'ils se donnent pour \'e9terniser leur r\'e9putation (MS 53, I 285, Ier \'e9tat).
+\par
+\par [209] Il semble que c'est le diable qui a tout expr\'e8s plac\'e9 la paresse sur la fronti\'e8re de plusieurs vertus (MP 13).
+\par
+\par [210] La fin du bien est un mal, la fin du mal est un bien (MP 14).
+\par
+\par [211] L'orgueil est \'e9gal dans tous les hommes et il n'y a de diff\'e9rence qu'en la mani\'e8re de le mettre au jour (max. 35, I 39).
+\par
+\par [212] On bl\'e2me ais\'e9ment les d\'e9fauts des autres, mais on s'en sert rarement \'e0 corriger les siens (MP 15).
+\par
+\par [213] On n'oublie jamais si bien les choses que quand on s'est lass\'e9 d'en parler (MS 26, I 144).
+\par
+\par [214] Comment peut-on se r\'e9pondre si hardiment de soi-m\'eame puisqu'il faut auparavant se pouvoir r\'e9pondre de sa fortune\~? (MS II, I 70.)
+\par
+\par [215] L'esp\'e9rance, toute vaine et toute trompeuse qu'elle est d'ordinaire, sert au moins \'e0 nous mener \'e0 la fin de la vie par un beau chemin (max. 168, I 175).
+\par
+\par [216] La magnanimit\'e9 est assez d\'e9finie par son nom\~; on {\*\bkmkstart BM315}{\*\bkmkend BM314}pourrait dire toutefois que c'est le bon sens de l'orgueil et la voie la plus noble qu'elle ait pour recevoir des louanges (max. 285, I 313).
+\par
+\par [217] La cl\'e9mence c'est un m\'e9lange de gloire, de paresse et de crainte dont nous faisons une vertu (max. 16, I 16).
+\par
+\par [218] On n'est pas moins expos\'e9 aux rechutes des maladies de l'\'e2me que de celles du corps\~; nous croyons \'eatre gu\'e9ris bien que le plus souvent ce ne soit qu'un rel\'e2che ou un changement de mal\~
+; quand les vices nous quittent, nous voulons croire que c'est nous qui les quittons\~; on pourrait presque dire qu'ils nous attendent sur le cours ordinaire de la vie comme des h\'f4telleries o\'f9 il faut successivement loger, et je doute que l'exp\'e9
+rience m\'eame nous en peut [sic] garantir s'il nous \'e9tait permis de faire deux fois le m\'eame chemin (max. 193, 192 et 191, I 204, 203 et 202).
+\par
+\par [219] Si l'on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus \'e0 la haine qu'\'e0 l'amiti\'e9 (max. 72, I 82).
+\par
+\par [220] On n'est jamais si ridicule par les qualit\'e9s que l'on a que par celles qu'on affecte d'avoir (max. 134, I 136).
+\par
+\par [221] La dur\'e9e de nos passions ne d\'e9pend pas plus de nous que la dur\'e9e de notre vie (max. 5, I 5).
+\par
+\par [222] Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais eu de galanteries, mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais eu qu'une (max. 73, I 83).
+\par
+\par [223] L'amour est \'e0 l'\'e2me de celui qui aime ce que l'\'e2me {\*\bkmkstart BM316}{\*\bkmkend BM315}est au corps qu'elle anime (MS 13, I 77).
+\par
+\par [224] Il n'y a point de d\'e9guisement qui puisse longtemps cacher l'amour o\'f9 il est, ni le feindre o\'f9 il n'est pas (max. 70, I 80).
+\par
+\par [225] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on ne peut se plaindre avec justice de la cruaut\'e9 de sa ma\'eetresse, ni elle de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de son amant (MS 62, I 81).
+\par
+\par [226] La dur\'e9e de l'amour et ce qu'on appelle ordinairement constance sont deux choses bien diff\'e9rentes\~: la premi\'e8re vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime, comme dans une source in\'e9
+puisable, de nouveaux sujets d'aimer, et l'autre vient de qu'on se fait un honneur de tenir sa parole (max. 176, I 185).
+\par
+\par [227] Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des plus grands rem\'e8des de la m\'e9decine, la prudence les assemble, elle les temp\'e8
+re et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
+\par
+\par [228] Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilit\'e9 (MP 16).
+\par
+\par [229] La curiosit\'e9 n'est pas, comme l'on croit, un simple amour de la nouveaut\'e9\~: il y en a d'int\'e9r\'eat, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en pr\'e9valoir\~; et il y en a une autre d'orgueil, qui nous donne envie d'\'eatre
+{\*\bkmkstart BM317}{\*\bkmkend BM316}au-dessus de tous ceux qui ignorent les choses, et de n'\'eatre pas au-dessous de ceux qui les savent (max. 173, I 182).
+\par
+\par [230] On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude (max. 226, I 240).
+\par
+\par [231] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impun\'e9ment (max. 121, I 125).
+\par
+\par [232] Le refus des louanges est un d\'e9sir d'\'eatre lou\'e9 deux fois (max. 149, I 154).
+\par
+\par [233] On peut conna\'eetre son esprit, mais qui peut conna\'eetre son c\'9cur\~? (max. 103, I 113).
+\par
+\par [234] Le vrai ne fait pas tant de bien dans le monde que le vraisemblable y fait de mal (max. 64, I 73).
+\par
+\par [235] La petitesse de l'esprit fait l'opini\'e2tret\'e9 (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [236] On ne croit pas ais\'e9ment ce qui est au-del\'e0 de ce que nous voyons (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 265, I 288).
+\par
+\par [237] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d'ordinaire pas assez ce qui en est l'origine (MP 17).
+\par
+\par [238] Le d\'e9sir de para\'eetre habile emp\'eache souvent de le devenir, parce qu'on songe plus \'e0 para\'eetre aux autres qu'\'e0 \'eatre effectivement ce qu'il faut \'eatre (max. 199, I 210).
+\par
+\par [239] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que dans de nouvelles inqui\'e9tudes\~; l'incertitude est sa mati\'e8re (max. 32, I 35).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM318}{\*\bkmkend BM317}[240] Le rem\'e8de de la jalousie est la certitude de ce qu'on craint, parce qu'elle cause la fin de la vie ou la fin de l'amour\~; c'est un cruel rem\'e8de, mais il est plus doux que les doutes et les soup\'e7
+ons (MP 18).
+\par
+\par [241] Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance et la diff\'e9rence qu'il y a entre tous les hommes (MP 19).
+\par
+\par [242] C'est \'eatre v\'e9ritablement honn\'eate homme que de vouloir bien \'eatre examin\'e9 des honn\'eates gens en tous temps et sur tous les sujets qui se pr\'e9sentent (max. 206, I 218).
+\par
+\par [243] Le d\'e9sir de vivre ou de mourir sont des go\'fbts de l'amour-propre dont il ne faut non plus disputer que des go\'fbts de la langue ou du choix des couleurs (max. 46, I 52).
+\par
+\par [244] Il n'est pas si dangereux de faire du mal \'e0 la plupart des hommes que de leur faire trop de bien (max. 238, I 253).
+\par
+\par [245] Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui d\'e9couvrent le c\'9cur de l'homme, c'est que l'on craint d'y \'eatre d\'e9couvert (MP 20).
+\par
+\par [246] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui pla\'eet il s'en fait plusieurs vertus (max. I, I 293).
+\par
+\par [247] On est sage pour les autres, personne ne l'est assez pour soi-m\'eame (max. 132, I 133).
+\par
+\par [248] La confiance que l'on a en soi fait na\'eetre la plus {\*\bkmkstart BM319}{\*\bkmkend BM318}grande partie de celle que l'on a aux autres (MS 47, I 258).
+\par
+\par [249] On peut toujours ce qu'on veut, pourvu qu'on le veuille bien (max. 243, I 265 et 272, Ier \'e9tat).
+\par
+\par [250] La jeunesse est une ivresse continuelle\~; c'est la fi\'e8vre de la sant\'e9, c'est la folie de la raison (max. 271, I 295).
+\par
+\par [251] Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degr\'e9s de la chaleur et de la froideur du sang (MS 2, I 13).
+\par
+\par [252] Comme c'est le caract\'e8re des grands esprits de faire entendre avec peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche ont l'art de parler beaucoup et de ne dire rien (max. 142, I 145).
+\par
+\par [253] De toutes les passions celle qui est la plus inconnue c'est la paresse, elle est la plus violente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible et que les dommages qu'elle cause soient tr\'e8s cach\'e9s\~; si nous consid\'e9
+rons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres ma\'eetresse de nos sentiments, de nos int\'e9r\'eats et de nos plaisirs\~; c'est le petit poisson qui a la force d'arr\'ea
+ter les plus grands navires, c'est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les \'e9cueils et les plus grandes temp\'eates\~; le repos de la paresse est un charme secret de l'\'e2me q
+ui suspend soudainement ses plus ardentes poursuites et ses plus {\*\bkmkstart BM320}{\*\bkmkend BM319}opini\'e2tres r\'e9solutions, et enfin, pour donner la v\'e9ritable id\'e9e de cette passion, il faut dire que la paresse est une b\'e9atitude de l'\'e2
+me qui la console de toutes ses pertes et la fait renoncer \'e0 toutes ses pr\'e9tentions (MS 54, I 290).
+\par
+\par [254] La magnanimit\'e9 m\'e9prise tout pour avoir tout (max. 248, I 270).
+\par
+\par [255] L'homme est si mis\'e9rable que, tournant toutes ses conduites \'e0 satisfaire ses passions, il g\'e9mit incessamment sous leur tyrannie\~; il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu'il faut qu'il se fasse pour s'affranchir de leur joug\~
+; il trouve du d\'e9go\'fbt non seulement dans ses vices, mais encore dans leurs rem\'e8des, et ne peut s'accommoder ni des chagrins de ses maladies ni du travail de sa gu\'e9rison (MP 21).
+\par
+\par [256] Dieu a permis, pour punir l'homme du p\'e9ch\'e9 originel, qu'il se f\'eet un dieu de son amour-propre pour en \'eatre tourment\'e9 dans toutes les actions de sa vie (MP 22).
+\par
+\par [257] Si nous n'avions point de d\'e9fauts, nous ne serions pas si aises d'en remarquer aux autres (max. 31, I 34).
+\par
+\par [258] Je ne sais si on peut dire de l'agr\'e9ment s\'e9par\'e9 de la beaut\'e9 que c'est une sym\'e9trie dont on ne sait pas les r\'e8gles et un rapport secret des traits ensemble et des traits avec les couleurs et l'air de la personne (max. 240, I 261).
+
+\par
+\par [259] Il y a une infinit\'e9 de conduites qui ont un ridicule apparent et qui sont dans leurs raisons cach\'e9es tr\'e8s sages {\*\bkmkstart BM321}{\*\bkmkend BM320}et tr\'e8s solides (max. 163, I 170).
+\par
+\par [260] En vieillissant on devient plus fou et plus sage (max. 210, I 222).
+\par
+\par [261] L'esp\'e9rance et la crainte sont ins\'e9parables et il n'y a point de crainte sans esp\'e9rance ni d'esp\'e9rance sans crainte (MP 23).
+\par
+\par [262] Il semble que plusieurs de nos actions aient des \'e9toiles heureuses ou malheureuses aussi bien que nous, d'o\'f9 d\'e9pend une grande partie de la louange ou du bl\'e2me qu'on leur donne (max. 58, I 67).
+\par
+\par [263] Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a mille diff\'e9rentes copies (max. 74, I 84).
+\par
+\par [264] L'amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre d\'e8s qu'il cesse d'esp\'e9rer ou de craindre (max. 75, I 85).
+\par
+\par [265] Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits\~: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu (max. 76, I 86).
+\par
+\par [266] L'amour pr\'eate son nom \'e0 un nombre infini de commerces qu'on lui attribue, o\'f9 il n'a souvent gu\'e8re plus de part que le doge en a \'e0 ce qui se fait \'e0 Venise (max. 77, I 87).
+\par
+\par [267] Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-m\'eames (MP 24).
+\par
+\par [268] La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans {\*\bkmkstart BM322}{\*\bkmkend BM321}l'avoir assez examin\'e9 est aussi bien un effet de paresse que d'orgueil\~: on veut trouver des coupables, mais on ne veut
+pas se donner la peine d'examiner les crimes (max. 267, I 291).
+\par
+\par [269] Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des d\'e9fauts, c'est la facilit\'e9 que l'on a de croire ce qu'on souhaite (MP 25).
+\par
+\par [270] L'int\'e9r\'eat est l'\'e2me de l'amour-propre, de sorte que comme le corps, priv\'e9 de son \'e2me, est sans vue, sans ou\'efe, sans connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de m\'eame l'amour-propre s\'e9par\'e9
+, s'il le faut dire ainsi, de son int\'e9r\'eat, ne voit, n'entend, ne sent et ne se remue plus\~; de l\'e0 vient qu'un m\'eame homme qui court la terre et les mers pour son int\'e9r\'eat devient soudainement paralytique pour l'int\'e9r\'eat des autres\~
+; de l\'e0 vient le soudain assoupissement, et cette mort que nous causons \'e0 tous ceux \'e0 qui nous contons nos affaires\~; de l\'e0 vient leur prompte r\'e9surrection lorsque dans notre narration nous y m\'ea
+lons quelque chose qui les regarde de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos trait\'e9s que dans un m\'eame moment un homme perd connaissance et revient \'e0 soi selon que son propre int\'e9r\'ea
+t s'approche de lui ou qu'il s'en retire (MP 26).
+\par
+\par [271] Les d\'e9fauts de l'\'e2me sont comme les blessures du corps\~; quelque soin qu'on prenne de les gu\'e9rir, la cicatrice para\'eet toujours et elles se peuvent toujours {\*\bkmkend BM322}rouvrir (max. 194, I 205).
+\par
+\par [272] Il est aussi ordinaire de voir changer les go\'fbts qu'il est rare de voir changer les inclinations (max. 252, I 275).
+\par }\pard \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744871}Sentences et maximes de morale\line (\'c9dition hollandaise de 1664){\*\bkmkend _Toc97744871}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM324}[1] Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des rem\'e8des de la m\'e9decine\~: la prudence les assemble et les temp\'e8
+re, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
+\par
+\par [2] La vertu des gens du monde est un fant\'f4me form\'e9 par nos passions, \'e0 qui on donne un nom honn\'eate pour faire impun\'e9ment ce qu'on veut (MS 34, I 179).
+\par
+\par [3] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'int\'e9r\'eat, comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).
+\par
+\par [4] Les crimes deviennent innocents, m\'eame glorieux, par leur nombre et par leurs qualit\'e9s\~; de l\'e0 vient que les voleries publiques sont des habilet\'e9s, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conqu\'eates. Le crime a ses h
+\'e9ros, ainsi que la vertu (MS 68, I 192, et max. 185, I 194).
+\par
+\par [5] La honte, la paresse, et la timidit\'e9 ont souvent toutes seules le m\'e9rite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l'honneur (max. 169, I 177).
+\par
+\par [6] Si on avait \'f4t\'e9 \'e0 ce qu'on appelle force le d\'e9sir de conserver, et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand'chose (MP 32).
+\par
+\par [7] La cl\'e9mence est un m\'e9lange de gloire, de paresse et de {\*\bkmkstart BM325}{\*\bkmkend BM324}crainte, dont nous faisons une vertu\~; et chez les princes c'est une politique dont ils se servent pour gagner l'affect
+ion des peuples (max. 16 et 15, I 16 et 15).
+\par
+\par [8] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent renfermer dans leur \'e2me leur agitation (max. 20, I 23).
+\par
+\par [9] La gravit\'e9 est un myst\'e8re du corps, invent\'e9 pour cacher les d\'e9fauts de l'esprit (max. 257. I 280).
+\par
+\par [10] La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes est un ajustement, et un fard qu'elles ajoutent \'e0 leur beaut\'e9. C'est enfin un attrait fin et d\'e9licat, et une douceur d\'e9guis\'e9e (max. 204, I 216).
+\par
+\par [11] La r\'e9conciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la sinc\'e9rit\'e9, de la douceur, et de la tendresse, n'est qu'un d\'e9sir de rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais \'e9v\'e9
+nement (max. 82, I 95).
+\par
+\par [12] Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands elle soutient le commerce, et nous ne payons pas par la justice de payer, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous pr\'eatent (max. 223, I 237).
+\par
+\par [13] Les hommes ne sont pas seulement sujets \'e0 perdre \'e9galement le souvenir des bienfaits et des injures, mais ils ha\'efssent ceux qui les ont oblig\'e9s. L'orgueil et l'int\'e9r\'eat produit partout l'ingratitude. L'application \'e0 r\'e9
+compenser le bien, et \'e0 se venger du mal, leur para\'eet une servitude, \'e0 laquelle ils ont peine de s'assujettir (max. {\*\bkmkstart BM326}{\*\bkmkend BM325}14, I 14).
+\par
+\par [14] On \'e9l\'e8ve la prudence jusques au ciel, et il n'est sorte d'\'e9loges qu'on ne lui donne. Elle est la r\'e8gle de nos actions, et de nos conduites\~; elle est la ma\'eetresse de la fortune\~; elle fait le d\'e9clin des empires\~
+; sans elle on a tous les maux\~; avec elle on a tous les biens\~; et comme disait autrefois un po\'e8te, quand nous avons la prudence il ne nous manque aucune divinit\'e9
+, pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consomm\'e9e ne saurait nous assurer du plus petit effet du monde, parce que travaillant sur une mati\'e8
+re aussi changeante, et aussi commune, qu'est l'homme, elle ne peut ex\'e9cuter s\'fbrement aucun de ses projets. Dieu seul, qui tient tous les c\'9curs des hommes entre ses mains, et qui peut quand il lui plaira en accorder les mouvements, fait aussi r
+\'e9ussir les choses qui en d\'e9pendent. D'o\'f9 il faut conclure que toutes les louanges dont notre ignorance, et notre vanit\'e9, flatte notre prudence, sont autant d'injures que nous faisons \'e0 sa providence (max. 65, I 75).
+\par
+\par [15] On n'est jamais si ridicule par les qualit\'e9s que l'on a que par celles que l'on affecte d'avoir (max. 134, I 136).
+\par
+\par [16] Nous promettons selon nos esp\'e9rances, et nous tenons selon nos craintes (max. 38, I 42).
+\par
+\par [17] On est au d\'e9sespoir d'\'eatre tromp\'e9 par ses ennemis, et {\*\bkmkstart BM327}{\*\bkmkend BM326}trahi par ses amis\~; et on est souvent satisfait de l'\'eatre par soi-m\'eame (max. 114, I 119).
+\par
+\par [18] Il est aussi ais\'e9 de se tromper soi-m\'eame sans s'en apercevoir qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aper\'e7oivent (max. 115, I 120).
+\par
+\par [19] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes s'assembler, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner. L'un para\'eet avec une indiff\'e9rence respectueuse, et dit qu'il vient recevoir des conduites, et soumettre ses sentiments\~
+; et son d\'e9sir, le plus souvent, est de faire passer le siens, et de rendre celui qu'il fait ma\'eetre de son avis garant de l'affaire qu'il lui propose. Quant \'e0 celui qui est conseiller, il paye d'abord la sinc\'e9rit\'e9 de son ami d'un z\'e8
+le ardent et d\'e9sint\'e9ress\'e9 qu'il lui montre, et cherche en m\'eame temps dans ses propres int\'e9r\'eats des r\'e8gles de conseiller\~: de sorte que son conseil lui devient plus propre qu'\'e0 celui qui le re\'e7oit (max. 116, I 118).
+\par
+\par [20] La faiblesse de l'esprit est mal nomm\'e9e\~: c'est en effet la faiblesse du temp\'e9rament, qui n'est autre chose qu'une impuissance d'agir, et un manque de principe de vie (max. 44, I 49).
+\par
+\par [21] Rien n'est impossible\~: il y a des voies qui conduisent \'e0 toutes choses\~; et si nous avions assez de volont\'e9, nous aurions toujours assez de moyens (max. 243, I 265 et 272, Ier \'e9tat).
+\par
+\par [22] La piti\'e9 est un sentiment de nos propres maux dans un {\*\bkmkstart BM328}{\*\bkmkend BM327}sujet \'e9tranger\~; c'est une pr\'e9voyance habile des malheurs o\'f9 nous pouvons tomber, qui nous fait donner des secours aux autres pour les engager
+\'e0 nous les rendre dans de semblables occasions\~: de sorte que les services que nous rendons \'e0 ceux qui sont accueillis de quelque infortune, sont \'e0 proprement parler des biens anticip\'e9s que nous nous faisons (max. 264, I 287).
+\par
+\par [23] Celui-l\'e0 n'est pas raisonnable qui trouve la raison, mais celui qui la conna\'eet, qui la go\'fbte, et qui la discerne (max. 105, I 115).
+\par
+\par [24] Nous avouons nos d\'e9fauts pour r\'e9parer le pr\'e9judice qu'ils nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous leur donnons de la justice du n\'f4tre (max. 184, I 193).
+\par
+\par [25] L'humilit\'e9 est une feinte soumission, que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde. C'est un mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'\'e9lever sur eux. C'est son plus grand d\'e9
+guisement, et son premier stratag\'e8me\~; et comme il est sans doute que le Prot\'e9e des fables n'a jamais \'e9t\'e9, il est certain aussi que l'orgueil en est un v\'e9ritable dans la nature, car il prend toutes les formes comme il lui pla\'ee
+t. Mais quoiqu'il soit merveilleux et agr\'e9able \'e0 voir dans toutes ses figures et dans toutes ses industries, il faut pourtant avouer qu'il n'est jamais si rare, ni si extraordinaire, que lorsqu'on le voit les yeux baiss\'e9s, sa {\*\bkmkstart BM329}
+{\*\bkmkend BM328}contenance modeste et repos\'e9e, ses paroles douces et respectueuses, pleines de l'estime des autres et de d\'e9dain pour lui-m\'eame\~: il est indigne de tous les honneurs, il est incapable d'aucun emploi, et ne re\'e7oit les charges o
+\'f9 l'on l'\'e9l\'e8ve que comme un effet de la bont\'e9 des hommes, et de la faveur aveugle de la fortune (max. 254, I 277).
+\par
+\par [26] La mod\'e9ration dans la bonne fortune n'est que la crainte de la honte qui suit l'emportement ou la peur de perdre ce que l'on a. C'est le calme de notre humeur adoucie par la satisfaction de l'esprit\~; c'est aussi la crainte du bl\'e2me et du m
+\'e9pris qui suivent ceux qui s'enivrent de leur bonheur\~; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit\~; et enfin, pour la d\'e9finir intimement, la mod\'e9ration des hommes dans leurs plus hautes \'e9l\'e9vations, c'est une ambition de para
+\'eetre plus grands que les choses qui les \'e9l\'e8vent (MS 3 et max. 17-18, I 18-19-20).
+\par
+\par [27] Qui ne rirait de cette vertu et de l'opinion qu'on a con\'e7ue d'elle\~? Elle n'a garde, ainsi qu'on le croit, de combattre et de soumettre l'ambition, puisque jamais elles ne se peuvent trouver ensemble, la mod\'e9ration n'\'e9tant v\'e9
+ritablement qu'une paresse, une langueur, et un manque de courage\~: de mani\'e8re qu'on peut justement dire que la mod\'e9ration est la bassesse de l'\'e2me, comme l'ambition en est l'\'e9l\'e9vation (max. 293, I 17).
+\par
+\par [28] La chastet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation {\*\bkmkstart BM330}{\*\bkmkend BM329}et de leur repos (max. 205, I 217).
+\par
+\par [29] Il n'y a point de lib\'e9ralit\'e9, et ce n'est que la vanit\'e9 de donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons (max. 263, I 286).
+\par
+\par [30] La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9, ou l'impuissance de manger beaucoup (MS 24, I 135).
+\par
+\par [31] La fid\'e9lit\'e9 est une invention rare de l'amour-propre par laquelle l'homme, s'\'e9rigeant en d\'e9positaire des choses pr\'e9cieuses, se rend lui-m\'eame infiniment pr\'e9cieux. De tous les trafics de l'amour-propre, c'est celui o\'f9
+ il fait moins d'avance et de plus grands profits. C'est un raffinement de sa politique, car il engage les hommes par leur libert\'e9 et par leur vie (qu'ils sont forc\'e9s de confier en quelques occasions) \'e0 \'e9lever l'homme fid\'e8
+le au-dessus de tout le monde (max. 247, I 269).
+\par
+\par [32] L'\'e9ducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre qu'on leur inspire (max. 261, I 284, Ier \'e9tat).
+\par
+\par [33] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage qu'elles nous causent (max. 180, I 189).
+\par
+\par [34] Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9 r\'e9pandue et g\'e9n\'e9rale pour tout le monde de la grande habilet\'e9 (MS 44, I 252).
+\par
+\par [35] Qui consid\'e9rera superficiellement tous les effets de la bont\'e9 qui nous fait sortir de nous-m\'eames, et qui nous immole continuellement \'e0 l'avantage de tout le monde, sera {\*\bkmkstart BM331}{\*\bkmkend BM330}tent\'e9
+ de croire que lorsqu'elle agit, l'amour-propre s'oublie et s'abandonne lui-m\'eame, et m\'eame qu'il se laisse d\'e9pouiller et appauvrir sans s'en apercevoir\~: en sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bont\'e9. Cependant la bont\'e9
+ est en effet le plus propre de tous les moyens dont l'amour-propre se sert pour arriver \'e0 ses fins. C'est un chemin d\'e9rob\'e9 par o\'f9 il revient \'e0 lui-m\'eame plus riche et plus abondant. C'est un d\'e9sint\'e9ressement qu'il met \'e0
+ une furieuse usure. C'est enfin un ressort d\'e9licat avec lequel il r\'e9unit et dispose et tourne tous les hommes en sa faveur (max. 236, I 250).
+\par
+\par [36] Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9 de bont\'e9, s'il n'a la force et la hardiesse de pouvoir \'eatre m\'e9chant\~; toute autre bont\'e9 n'est en effet qu'une privation de vices, et leur endormissement (max. 237, I 251).
+\par
+\par [37] L'amour de la justice dans les bons juges qui sont mod\'e9r\'e9s n'est que l'amour de leur \'e9l\'e9vation\~; dans la plupart des hommes ce n'est que la crainte de souffrir l'injustice, et qu'une vive appr\'e9hension qu'on ne nous \'f4
+te ce qui nous appartient. De l\'e0 vient cette consid\'e9ration et ce respect pour tous les int\'e9r\'eats du prochain, et cette scrupuleuse application \'e0 ne lui faire aucun pr\'e9
+judice. Sans cette crainte qui retient l'homme dans les bornes des biens que sa naissance ou la fortune lui a donn\'e9s, press\'e9 par la violente passion de se conserver, il ferait des courses continuellement sur les autres (MS 15, I 89\~; max.
+{\*\bkmkstart BM332}{\*\bkmkend BM331}78, I 91\~; MS 14, I 88).
+\par
+\par [38] La v\'e9ritable justice ne voit que ce qu'il faut voir, la droiture prend tout le bon droit des choses, la d\'e9licatesse aper\'e7
+oit les choses imperceptibles, et le jugement prononce ce que les choses sont. Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ses qualit\'e9s ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel voit en toutes rencontres, dans la pl\'e9nitude de ses lumi
+\'e8res, tous les avantages dont nous venons de parler (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [39] Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumi\'e8re de l'esprit. On peut dire la m\'eame chose de son \'e9tendue, et de sa profondeur, de son discernement, de sa justice, de sa droiture et de sa d\'e9licatesse\~: l'\'e9
+tendue de l'esprit est la mesure de la lumi\'e8re, la profondeur est celle qui d\'e9couvre le fond des choses, le discernement compare et distingue les choses (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 97, I 107).
+\par
+\par [40] La pers\'e9v\'e9rance n'est digne de bl\'e2me ni de louange, parce qu'elle n'est que la dur\'e9e des go\'fbts et des sentiments, qu'on ne s'\'f4te ni qu'on ne se donne (max. 177, I 186).
+\par
+\par [41] La v\'e9rit\'e9 qui fait les gens v\'e9ritables est une imperceptible ambition qu'ils ont de rendre leur t\'e9moignage consid\'e9rable et d'attirer \'e0 leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM333}{\*\bkmkend BM332}[42] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la justification de la raison, de la perfection et de la beaut\'e9
+, car il est certain qu'une chose, de quelque nature qu'elle soit, est belle et parfaite si elle est tout ce qu'elle doit \'eatre et si elle a tout ce qu'elle doit avoir (MS 49, I 260).
+\par
+\par [43] La vraie \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut, et ne dire que ce qu'il faut (max. 250, I 273).
+\par
+\par [44] Il n'y a pas moins d'\'e9loquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e \'e9tat).
+\par
+\par [45] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours\~; elles sont comme un art dans la nature, dont les r\'e8gles sont infaillibles. Par elles l'homme le plus simple persuade mieux que ne fait le plus habile avec toutes les fleurs de l'\'e9
+loquence (max. 8, I 8).
+\par
+\par [46] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens, ni de grands maux, qui ne produisent infailliblement leurs pareils. L'imitation d'agir honn\'eatement vient de l'\'e9mulation, et l'imitation des maux vient de l'exc
+\'e8s de la malignit\'e9 naturelle qui, \'e9tant comme tenue en prison par la bont\'e9, est mise en libert\'e9 par l'exemple (max. 230, I 244).
+\par
+\par [47] L'imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet avec les m\'eame choses qui charment lorsqu'elles sont naturelles (MS 43, I 245).
+\par
+\par [48] Ceux qu'on ex\'e9cute affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des m\'e9pris de la mort, pour {\*\bkmkstart BM334}{\*\bkmkend BM333}ne pas penser \'e0 elle et pour s'\'e9tourdir\~: de sorte qu'on peut dire que ces froideurs, et ces m
+\'e9pris, font \'e0 leur esprit ce que le mouchoir fait \'e0 leurs yeux (max. 21, I 24).
+\par
+\par [49] Peu de gens connaissent la mort\~; on la souffre non par r\'e9solution, mais par stupidit\'e9 et par coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu'on meurt (max. 23, I 26).
+\par
+\par [50] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous les d\'e9sirons toutes comme si nous \'e9tions immortels (MP 8).
+\par
+\par [51] La subtilit\'e9 est une fausse d\'e9licatesse, et la d\'e9licatesse est une subtilit\'e9 solide (max. 128, I 130).
+\par
+\par [52] Le monde, ne connaissant point le v\'e9ritable m\'e9rite, n'a garde de pouvoir le r\'e9compenser\~; aussi n'\'e9l\'e8ve-t-il \'e0 ses grandeurs et \'e0 ses dignit\'e9s que des personnes qui ont de _belles qualit\'e9s apparentes, et il couronne g\'e9n
+\'e9ralement tout ce qui luit, quoique tout ce qui luit ne soit pas de l'or (max. 166, I 173).
+\par
+\par [53] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le c\'9cur, il y a un m\'e9rite fade, et des personnes qui d\'e9go\'fbtent avec des qualit\'e9s bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e \'e9tat).
+\par
+\par [54] On admire tout ce qui \'e9blouit, et l'art de savoir bien mettre en \'9cuvre de m\'e9diocres qualit\'e9s d\'e9robe l'estime, et donne souvent plus de r\'e9putation que de [sic] v\'e9ritable m\'e9rite (max. 162, I 164).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM335}{\*\bkmkend BM334}[55] Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\~: ils les font valoir ce qu'ils veulent, et on est forc\'e9 de les recevoir selon leurs cours, et non pas selon leurs v\'e9ritables prix (MS 67, I 165).
+
+\par
+\par [56] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s, il en faut avoir l'\'e9conomie (max. 159, I 166).
+\par
+\par [57] Il y a des gens dont le m\'e9rite consiste \'e0 dire et \'e0 faire des sottises utilement, et qui g\'e2teraient tout s'ils changeaient de conduite (max. 156, I 163).
+\par
+\par [58] Il y en a m\'eame \'e0 qui leurs d\'e9fauts si\'e9ent bien, et d'autres qui sont disgraci\'e9s de leurs bonnes qualit\'e9s (max. 251, I 281).
+\par
+\par [59] Il y a des gens niais qui se connaissent fort sots, et qui emploient habilement leurs sottises (max. 208, I 220).
+\par
+\par [60] Dieu a mis des talents diff\'e9rents dans l'homme, comme il a plant\'e9 de diff\'e9rents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent, de m\'eame que chaque arbre, a ses propri\'e9t\'e9s et ses effets qui lui sont tous particuliers. De l\'e0
+ vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter des pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les m\'eames effets des talents les plus communs. De l\'e0 vient encore qu'il est au
+ssi ridicule de vouloir faire des semences sans avoir la graine en soi, que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quand on n'y a pas plant\'e9 les oignons (MP 9).
+\par
+\par [61] Pour s'\'e9tablir dans le monde on fait tout ce qu'on {\*\bkmkstart BM336}{\*\bkmkend BM335}peut pour y para\'eetre \'e9tabli\~; dans toutes les professions et dans tous les arts chacun se fait une mine et un ext\'e9
+rieur, qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le m\'e9rite. De sorte que tout le monde n'est compos\'e9 que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons \'e0 y trouver les choses (max. 56 et 256, I 65 et 279).
+\par
+\par [62] Il y a des gens qui ressemblent \'e0 ces vaudevilles que tout le monde chante un certain temps, quelque fades et d\'e9go\'fbtants qu'il soient (max. 211, I 223).
+\par
+\par [63] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir (max. 270, I 294).
+\par
+\par [64] Comme dans la nature il y a une \'e9ternelle g\'e9n\'e9ration, et que la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de m\'eame il y a toujours dans le c\'9cur humain une g\'e9n\'e9ration perp\'e9tuelle de passions\~
+: en sorte que la ruine de l'une est toujours le r\'e9tablissement de l'autre (max. 10, I 10).
+\par
+\par [65] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable, est v\'e9ritable dans la physique\~; mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale, et que les
+ passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. Ainsi l'avarice produit quelquefois la lib\'e9ralit\'e9, on est souvent ferme de faiblesse, et l'audace na\'eet de la timidit\'e9 (max. II, I II).
+\par
+\par [66] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9 comme il est, c'est que plus il devient raisonnable, plus {\*\bkmkstart BM337}{\*\bkmkend BM336}il rougit en soi-m\'ea
+me de l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations (MP 10).
+\par
+\par [67] On se m\'e9compte toujours dans le jugement que l'on fait de nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins (max. 160, I 167).
+\par
+\par [68] Il faut une certaine proportion entre les actions et les dessins qui les produisent\~; les actions ne font jamais tous les effets qu'elles doivent faire (max. 161, I 168).
+\par
+\par [69] La passion fait souvent du plus habile homme un sot, et rend quasi toujours les plus sots habiles (max. 6, I 6).
+\par
+\par [70] Chaque homme n'est pas plus diff\'e9rent des autres hommes qu'il l'est souvent de lui-m\'eame (max. 135, I 137).
+\par
+\par [71] Tout le monde trouve \'e0 redire en autrui ce qu'on trouve \'e0 redire en lui (MS 5, I 33).
+\par
+\par [72] Un homme d'esprit serait bien souvent embarrass\'e9 sans la compagnie des sots (max. 140, I 142).
+\par
+\par [73] Les pens\'e9es et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air qui leur sont propres (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [74] C'est ce qui fait les bons et les mauvais com\'e9diens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou d\'e9plaisent (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 255, I 278).
+\par
+\par [75] La confiance de plaire est souvent un moyen de plaire {\*\bkmkstart BM338}{\*\bkmkend BM337}infailliblement (MS 46, I 256).
+\par
+\par [76] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-m\'eames, que de voir que nous avons \'e9t\'e9 dans les \'e9tats et dans les sentiments que nous d\'e9sapprouvons \'e0 cette heure (max. 51, I 58).
+\par
+\par [77] Nous n'avons presque jamais assez de force pour suivre toute notre raison (max. 42, I 46).
+\par
+\par [78] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles n'est pas tant la lassitude que l'on a des vieilles, ni le plaisir de changer, que le d\'e9go\'fbt que nous avons de n'\'eatre pas assez admir\'e9s de ceux qui nous connaissent trop, et l'esp\'e9
+rance que nous avons de l'\'eatre davantage de ceux qui ne nous connaissent gu\'e8re (max. 178, I 187).
+\par
+\par [79] Les grandes \'e2mes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertus que les \'e2mes communes, mais celles seulement qui ont de plus grandes vues (MS 31, I 161).
+\par
+\par [80] On se vante souvent mal \'e0 propos de ne se point ennuyer, et l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie (max. 141, I 143).
+\par
+\par [81] La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps, quelque \'e9loign\'e9s que nous paraissions \'eatre des passions que nous n'avons pas encore ressenties. Il faut croire toutefois que l'on n'y est pas moins expos\'e9 qu'on l'est
+\'e0 tomber malade quand on se porte bien (max. 188, I 197).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM339}{\*\bkmkend BM338}[82] Les passions ont une injustice, et un propre int\'e9r\'eat, qui fait qu'elles offensent et blessent toujours, m\'eame lorsqu'elles parlent raisonnablement et \'e9quitablement. La charit\'e9 a seule le privil\'e8
+ge de dire quasi tout ce qu'il lui pla\'eet et de ne blesser jamais personne (max. 9, I 9).
+\par
+\par [83] L'esprit est toujours la dupe du c\'9cur (max. 102, I 112).
+\par
+\par [84] Quelque industrie que l'on ait \'e0 cacher ses passions sous le voile de la pi\'e9t\'e9 et de l'honneur, il y a toujours quelque endroit qui se montre (max. 12, I 12).
+\par
+\par [85] La philosophie triomphe ais\'e9ment des maux pass\'e9s et de ceux qui ne sont pas pr\'eats d'arriver, mais les maux pr\'e9sents triomphent d'elle (max. 22, I 25).
+\par
+\par [86] La dur\'e9e de nos passions ne d\'e9pend pas plus de nous que la dur\'e9e de notre vie (max. 5, I 5).
+\par
+\par [87] Quoique toutes les passions se dussent cacher, elles ne craignent pas n\'e9anmoins le jour\~; la seule envie est une passion timide et honteuse qu'on ne peut jamais avouer (max. 27, I 30).
+\par
+\par [88] L'amiti\'e9 la plus sainte et la plus sinc\'e8re n'est qu'un trafic o\'f9 nous croyons toujours gagner quelque chose (max. 83, I 94).
+\par
+\par [89] Ce qui rend nos amiti\'e9s si l\'e9g\'e8res et si changeantes, c'est qu'il est ais\'e9 de conna\'eetre les qualit\'e9s de l'esprit, et difficile de conna\'eetre celles de l'\'e2me (max. 80, I 93).
+\par
+\par [90] Nous nous persuadons souvent mal \'e0 propos d'aimer les {\*\bkmkstart BM340}{\*\bkmkend BM339}gens plus puissants que nous\~: l'int\'e9r\'eat seul produit notre amiti\'e9, et nous ne leur promettons pas selon ce que
+ nous voulons leur donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent (max. 85, I 98).
+\par
+\par [91] L'amour est en l'\'e2me de celui qui aime ce que l'\'e2me est au corps qui l'anime (MS 13, I 77).
+\par
+\par [92] Il n'y a point d'amour pur et exempt du m\'e9lange de nos autres passions (max. 69, I 79).
+\par
+\par [93] Il est malais\'e9 de d\'e9finir l'amour\~; tout ce qu'on peut dire est que dans l'\'e2me c'est une passion de r\'e9gner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans les corps ce n'est qu'une envie cach\'e9e et d\'e9licate de jouir de ce
+ que l'on aime apr\'e8s beaucoup de myst\'e8re (max. 68, I 78).
+\par
+\par [94] On s'est tromp\'e9 quand on a cru que l'amour et l'ambition triomphaient toujours des autres passions\~; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la ma\'eetresse\~:
+ elle usurpe insensiblement l'empire sur tous les desseins, et sur toutes les actions de la vie\~; elle y d\'e9truit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus (max. 266, I 289).
+\par
+\par [95] Il n'y a point de d\'e9guisement qui puisse longtemps cacher l'amour o\'f9 il est, ni le feindre o\'f9 n'est pas (max. 70, I 80).
+\par
+\par [96] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de n'aimer pas, on ne peut se plaindre avec justice de la cruaut\'e9 d'une ma\'eetresse, ni elle de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de son amant (MS 62, I {\*\bkmkstart BM341}{\*\bkmkend BM340}81).
+\par
+\par [97] Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus \'e0 la haine qu'\'e0 l'amiti\'e9 (max. 72, I 82).
+\par
+\par [98] On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de galanteries, mais il est rare d'en trouver qui n'en ait jamais fait qu'une (max. 73, I 83).
+\par
+\par [99] Il y a deux sortes de constance en amour\~: l'une vient de ce que l'on trouve sans cesse de nouveaux sujets d'aimer en la personne que l'on aime, comme en une source in\'e9
+puisable, et l'autre vient de ce qu'on se fait honneur de tenir sa parole (max. 176, I 185).
+\par
+\par [100] Toute constance en amour est une inconstance perp\'e9tuelle qui fait que notre c\'9cur s'attache successivement \'e0 toutes les qualit\'e9s de la personne que nous aimons, donnant tant\'f4t la pr\'e9f\'e9rence \'e0 l'une, tant\'f4t \'e0
+ l'autre, de sorte que cette constance n'est qu'une inconstance arr\'eat\'e9e et renferm\'e9e dans un sujet (max. 175, I 184).
+\par
+\par [101] Il y a deux sortes d'inconstances, la premi\'e8re vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit, qui \'e0 tous moments change d'opinion, ou plut\'f4t de la pauvret\'e9 de l'esprit, qui re\'e7oit toutes les opinions des autres\~
+; la seconde, qui est plus excusable, vient de la fin du go\'fbt des choses que l'on aimait (max. 181, I 190).
+\par
+\par [102] Les grandes et \'e9clatantes actions qui \'e9blouissent les yeux sont repr\'e9sent\'e9es par les politiques comme les effets {\*\bkmkstart BM342}{\*\bkmkend BM341}des grands int\'e9r\'ea
+ts, au lieu qu'ils sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte \'e0 l'ambition qu'ils avaient de se rendre ma\'eetres du monde, \'e9tait un effet de jalousie (max. 7, I 7).
+\par
+\par [103] Les affaires et les actions des grands hommes ont (comme les statues) leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s, pour en discerner toutes les circonstances\~; et il y en a d'autres dont on
+ne juge jamais si bien que quand on en est \'e9loign\'e9 (max. 104, I 114).
+\par
+\par [104] La jalousie est raisonnable et juste en quelque mani\'e8re, puisqu'elle ne cherche qu'\'e0 conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous devoir appartenir\~; au lieu qu
+e l'envie est une fureur qui nous fait toujours souhaiter la ruine du bien des autres (max. 28, I 31).
+\par
+\par [105] L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame, et de toutes choses pour soi\~; il est plus habile que le plus habile homme du monde\~; il rend les hommes idol\'e2tres d'eux-m\'ea
+mes, et les rendrait les tyrans des autres si la fortune leur en donnait les moyens. Il ne repose jamais hors de soi, et ne s'arr\'eate dans les sujets \'e9trangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien
+ n'est si imp\'e9tueux que ses d\'e9sirs, rien de si cach\'e9 que ses desseins, rien de si habile que ses conduites\~: ses souplesses ne se peuvent repr\'e9senter, ses transformations {\*\bkmkstart BM343}{\*\bkmkend BM342}passent celles des m\'e9
+tamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur de ses projets, ni en percer les t\'e9n\'e8bres\~; l\'e0 il est \'e0 couvert des yeux les plus p\'e9n\'e9trants. Il y fait mille insensibles tours et retours\~; l\'e0
+ il est souvent invisible \'e0 lui-m\'eame. Il y con\'e7oit, il y nourrit, et il y \'e9l\'e8ve (sans le savoir) un grand nombre d'affections, et de haines. Il en forme quelquefois de si monstrueuses que lorsqu'il les a mises au jour, il les m\'e9conna\'ee
+t, ou il ne peut se r\'e9soudre \'e0 les avouer. De cette nuit qui les couvre, naissent les ridicules persuasions qu'il a de lui-m\'eame\~; de l\'e0 viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossi\'e8ret\'e9s, et ses niaiseries sur son sujet\~; de l\'e0
+ vient qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir quand il se repose, et pense avoir perdu tous les go\'fbts qu'il a rassasi\'e9s. Mais cette obscurit\'e9 \'e9paisse qui le cache
+\'e0 lui-m\'eame n'emp\'eache pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui, en quoi il est raisonnable \'e0 nos yeux qui d\'e9couvrent tout et sont aveugles seulement pour eux-m\'eames. En effet, dans ses plus grands int\'e9r\'ea
+ts et ses plus importantes affaires o\'f9 la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soup\'e7onne, il p\'e9n\'e8tre, il devine tout\~: de sorte qu'on est tent\'e9
+ de croire que chacune de ses passions a une magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il {\*\bkmkstart BM344}{\*\bkmkend BM343}essaie de rompre inutilement \'e0 la vue des malheurs extr\'ea
+mes qui le menacent. Cependant il fait quelquefois en peu de temps, et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs ann\'e9es. D'o\'f9
+ l'on pourrait conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-m\'eame que ses d\'e9sirs sont allum\'e9s, plut\'f4t que par la beaut\'e9 et par le m\'e9rite de ses objets\~; que son go\'fbt est le prix qui les rel\'e8ve et le fard qui les embellit\~
+; que c'est apr\'e8s lui-m\'eame qu'il court, et qu'il suit son gr\'e9. Il est tous les contraires, il est imp\'e9rieux et ob\'e9issant, sinc\'e8re et dissimul\'e9, mis\'e9ricordieux et cruel, timide et audacieux, et il a de diff\'e9
+rentes inclinations selon la diversit\'e9 des temp\'e9raments qui le tournent, et le d\'e9vouent pour l'ordinaire \'e0 la gloire ou aux richesses ou aux plaisirs. Il en change selon le changement de nos \'e2ges, de nos fortunes, et de nos exp\'e9riences\~
+; mais il lui est indiff\'e9rent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une parce qu'il se partage en plusieurs et se ramasse en une quand il le faut et comme il lui pla\'eet\~; il est inconstant, et outre les changements qui lui viennent des causes
+\'e9trang\'e8res il y en a une infinit\'e9 qui naissent de lui et de son propre fonds. Il est inconstant d'inconstance, de l\'e9g\'e8ret\'e9, d'amour, de nouveaut\'e9, de lassitude et de d\'e9go\'fbt\~; il est capricieux, et on le voit quelquefois t
+ravailler avec la derni\'e8re application et avec des travaux incroyables \'e0 obtenir des {\*\bkmkstart BM345}{\*\bkmkend BM344}choses qui ne lui sont point avantageuses, et qui m\'ea
+me lui sont nuisibles, mais qu'il poursuit parce qu'il les veut. Il est bizarre, et met souvent toute son application dans les emplois les plus frivoles. Il trouve tout son plaisir dans les plus fades, et conserve toute sa fiert\'e9 dans les plus m\'e9
+prisables. Il est dans tous les \'e9tats de la vie et dans toutes les conditions. Il vit partout, il vit de tout et il vit de rien, et il s'accommode des choses et de leur privation. Il passe m\'eame par piti\'e9
+ dans le parti des gens qui lui font la guerre. Il entre dans leurs desseins et, ce qui est admirable, il se hait lui-m\'eame avec eux, il conjure sa perte, il travaille m\'eame \'e0 sa ruine\~; enfin il ne se soucie que d'\'eatre\~
+: pourvu qu'il soit, il veut bien \'eatre son ennemi. Il ne faut pas s'\'e9tonner s'il se joint \'e0 la plus s\'e9v\'e8re piti\'e9 et s'il entre si hardiment en soci\'e9t\'e9 avec elle pour se d\'e9truire, parce que dans le m\'eame temps qu
+'il se ruine en un endroit, il se r\'e9tablit en un autre\~; quand on pense qu'il quitte son plaisir, il le change seulement en satisfaction, et lors m\'eame qu'il est vaincu, et qu'on croit en \'eatre d\'e9fait, on le retrouve dans les triomphes de sa d
+\'e9faite. Voil\'e0 la peinture de l'amour-propre, dont toute la vie n'est qu'une grande et longue agitation\~; la mer en est une image sensible, et l'amour-propre trouve dans la violence de ses vagues continuelles une fid\'e8
+le expression de la succession turbulente de ses pens\'e9es et de ses \'e9ternels mouvements (MS I, I I, et max. 4, I 4).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM346}{\*\bkmkend BM345}[106] Comme si ce n'\'e9tait pas assez \'e0 l'amour-propre d'avoir la vertu de se transformer lui-m\'eame, il a encore celle de transformer les objets, ce qu'il fait d'une mani\'e8re fort \'e9tonnant
+e. Car non seulement il les d\'e9guise si bien qu'il y est lui-m\'eame abus\'e9, mais aussi, comme si ses actions \'e9taient des miracles, il change l'\'e9
+tat et la nature des choses soudainement en effet. Lorsqu'une personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa pers\'e9cution contre nous\~; c'est notre amour-propre qui juge ses actions. Il donne m\'eame une \'e9tendue \'e0 ses d\'e9
+fauts, qui les rend \'e9normes, et met ses bonnes qualit\'e9s dans un jour si d\'e9savantageux qu'elles deviennent plus d\'e9go\'fbtantes que ses d\'e9fauts. Cependant, d\'e8s que cette m\'eame personne nous devient favorable ou que quelqu'un de nos int
+\'e9r\'eats la r\'e9concilie avec nous, notre seule satisfaction rend aussit\'f4t \'e0 son m\'e9rite le lustre que notre aversion venait de lui \'f4ter. Tous ses avantages en re\'e7oivent un fort grand du biais dont nous les regardons\~
+; toutes ses mauvaises qualit\'e9s disparaissent, et nous appelons m\'eame toute notre intelligence pour la forcer de justifier la guerre qu'elles nous ont fait (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [107] Quoique toutes les passions montrent cette v\'e9rit\'e9, l'amour le fait voir plus clairement que les autres\~; car nous voyons un amoureux, agit\'e9 de la rage o\'f9 l'a mis un visible oubli, ou pour une infid\'e9lit\'e9 d\'e9
+couverte, conjurer le ciel et les enfers, et n\'e9anmoins, aussit\'f4t que sa {\*\bkmkstart BM347}{\*\bkmkend BM346}ma\'eetresse s'est pr\'e9sent\'e9e et que sa vue a calm\'e9 la fureur de ses mouvements, son ravissement rend cette beaut\'e9
+ innocente. Il n'accuse plus que lui-m\'eame, il condamne ses condamnations, et par cette vertu miraculeuse de l'amour-propre il \'f4te la noirceur aux actions mauvaises de sa ma\'eetresse, et en s\'e9pare le crime pour en changer [sic] ses soup\'e7
+ons (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 88, I 101).
+\par
+\par [108] La familiarit\'e9 est un rel\'e2chement presque de toutes les r\'e8gles de la vie civile que le libertinage a introduit dans la soci\'e9t\'e9 pour nous faire parvenir \'e0 celle qu'on appelle commode (d\'e9but de MP 33).
+\par
+\par [109] C'est un effet de l'amour-propre qui, voulant tout accommoder \'e0 notre faiblesse, nous soustrait \'e0 l'honn\'eate suj\'e9tion que nous imposent les bonnes m\'9curs et, pour chercher trop les moyens de nous les rendre commodes, le fait d\'e9g\'e9n
+\'e9rer en vices [sic] (MP 33, suite).
+\par
+\par [110] Les femmes, ayant naturellement plus de mollesse que les hommes, tombent plut\'f4t dans ce rel\'e2chement, et y perdent davantage\~: l'autorit\'e9 du sexe ne se maintient pas, le respect qu'on lui doit diminue, et l'on peut dire que l'honn\'ea
+te y perd la plus grande partie de ses droits. Peu de gens sont cruels de cruaut\'e9, mais l'on peut dire que la plupart de hommes sont cruels et inhumains d'amour-propre (MP 33, fin, et MS 32, I 174).
+\par
+\par [111] L'amour de la gloire, et plus encore la crainte de la {\*\bkmkstart BM348}{\*\bkmkend BM347}honte, le dessein de faire fortune, le d\'e9sir de rendre notre vie commode et agr\'e9able, et l'envie d'abaisser les autres, font na\'eetre cette vale
+ur qui est c\'e9l\'e8bre parmi les hommes (max. 213, I 226)
+\par
+\par [112] La vanit\'e9 et la honte, et surtout le temp\'e9rament, fait la valeur des hommes, et la chastet\'e9 des femmes, dont on fait tant de bruit (max. 220, I 234).
+\par
+\par [113] La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont des extr\'e9mit\'e9s o\'f9 l'on arrive rarement\~; l'espace qui est entre deux est vaste, et contient toutes les autres esp\'e8ces de courages\~: il n'y a pas moins de diff\'e9
+rence entre eux qu'il y en a entre les visages et les humeurs. Cependant ils conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se rel\'e2chent et se rebutent ais\'e9ment par sa dur\'e9
+e. Il y en a qui sont assez constants quand ils ont satisfait \'e0 l'honneur du monde et qui font fort peu de chose au-del\'e0. On en voit qui ne sont pas toujours \'e9galement ma\'eetres de leur peur\~; d'autres se laissent quelquefois emporter \'e0 des
+\'e9pouvantes g\'e9n\'e9rales\~; d'autres vont \'e0 la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes. Enfin il s'en trouve \'e0 qui l'habitude des moindres p\'e9rils affermit le courage et les pr\'e9pare \'e0 s'exposer \'e0
+ de plus grands. Outre cela il y a un rapport g\'e9n\'e9ral que l'on remarque entre tous les courages des diff\'e9rentes esp\'e8ces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augmentant la crainte et cachant les bonnes et {\*\bkmkstart BM349}
+{\*\bkmkend BM348}les mauvaises actions, leur donne la libert\'e9 de se m\'e9nager. Il y a encore un autre m\'e9nagement plus g\'e9n\'e9ral, qui \'e0 parler absolument s'\'e9tend sur toutes sortes d'hommes c'est qu'il n'y en a point qui fassent
+tout ce qu'ils seraient capables de faire dans une action s'ils avaient une certitude d'en revenir, de sorte qu'il est v\'e9ritable que la crainte de la mort \'f4te quelque chose \'e0 leur valeur et diminue son effet (max. 215, I 228).
+\par
+\par [114] La pure valeur, s'il y en avait, serait de faire sans t\'e9moins ce qu'on est capable de faire devant le monde (max. 216, I 229).
+\par
+\par [115] L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire de l'\'e2me par laquelle elle emp\'eache les troubles, les d\'e9sordres et les \'e9motions que la vue des grands p\'e9rils a accoutum\'e9 d'\'e9lever en elle. Par cette force les h\'e9
+ros se maintiennent dans un \'e9tat paisible et conservent l'usage libre de toutes leurs fonctions dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants. Cette intr\'e9pidit\'e9 doit soutenir le c\'9c
+ur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur lui fournit toute la fermet\'e9 qui lui est n\'e9cessaire dans les p\'e9rils de la guerre (max. 217 et MS 40, I 230 et 231).
+\par
+\par [116] On ne veut point perdre la vie, et on veut acqu\'e9rir de la gloire de l\'e0 vient que les braves ont plus d'adresse et d'esprit pour \'e9viter la mort que les gens de chicane pour conserver leurs biens (max. 221, I 235).
+\par
+\par [117] La valeur dans les simples soldats est un m\'e9tier {\*\bkmkstart BM350}{\*\bkmkend BM349}p\'e9rilleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie (max. 214, I 227)
+\par
+\par [118] La plupart des hommes s'exposent assez \'e0 la guerre pour sauver leur honneur\~; mais peu se veulent toujours exposer autant qu'il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel ils s'exposent (max. 219, I 233).
+\par
+\par [119] Les grands et les ambitieux sont plus mis\'e9rables que les m\'e9diocres\~: il faut moins pour contenter ceux-ci que ceux-l\'e0 (MP I).
+\par
+\par [120] La g\'e9n\'e9rosit\'e9 est un d\'e9sir de briller par des actions extraordinaires\~; c'est un habile et industrieux emploi du d\'e9sint\'e9ressement, de la fermet\'e9, de l'amiti\'e9 et de la magnanimit\'e9 pour aller promptement \'e0 une grande r
+\'e9putation (max. 246, I 268).
+\par
+\par [121] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune, qui fait les h\'e9ros (max. 53, I 62).
+\par
+\par [122] La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt, et non pas dans les choses, et c'est pour avoir ce qu'on aime qu'on est heureux, et non pas pour avoir ce que les autre trouvent aimable (max. 48, I 54).
+\par
+\par [123] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de malheureux accidents, parce que les habiles gens savent profiter des mauvais et que les imprudents tournent bien souvent les plus avantageux \'e0 leur pr\'e9judice (max. 59, I 68).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM351}{\*\bkmkend BM350}[124] La nature fait le m\'e9rite, et la fortune le met en \'9cuvre (max. 153, I 160).
+\par
+\par [125] Les biens et les maux sont plus grands dans notre imagination qu'ils ne le sont en effet\~; et on n'est jamais si heureux, ni si malheureux, que l'on pense (max. 49, I 56).
+\par
+\par [126] Quelque diff\'e9rence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion de biens et de maux qui les rend \'e9gales (max. 52, I 61).
+\par
+\par [127] Ceux qui se sentent du m\'e9rite se piquent toujours d'\'eatre malheureux, pour persuader aux autres et \'e0 eux-m\'eames qu'il sont de v\'e9ritables h\'e9ros, puisque la mauvaise fortune ne s'opini\'e2tre jamais \'e0 pers\'e9
+cuter que les personnes qui ont des qualit\'e9s extraordinaires\~: de l\'e0 vient qu'on se console souvent d'\'eatre malheureux par un certain plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre (MS 10, I 60).
+\par
+\par [128] On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on esp\'e8re (MS 9, I 59).
+\par
+\par [129] La plupart des gens ne voient dans les hommes que la vogue qu'ils ont, et le m\'e9rite de leur fortune (max. 212, I 224).
+\par
+\par [130] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts (max. 190, I 198).
+\par
+\par [131] Quoique la prudence des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de quelque petit dessein (max. 57, I 66).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM352}{\*\bkmkend BM351}[132] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la fortune et de la faveur\~; c'est aussi la rage de n'avoir point de faveur, qui se console et s'adoucit un peu par le m\'e9
+pris des favoris. C'est enfin une secr\'e8te envie de les d\'e9truire, qui fait que nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant pas leur \'f4ter les qualit\'e9s qui leur attirent ceux de tout le monde (max. 55, I 64).
+\par
+\par [133] Les grands hommes s'abattent et se d\'e9montent enfin par la longueur de leurs infortunes\~; cela ne veut pas dire qu'ils fussent forts quand ils les supportaient, mais seulement qu'ils se donnaient la g\'e9henne pour le para\'ee
+tre, et qu'ils soutenaient leurs malheurs par la force de leur ambition et non pas par celle de leur \'e2me. Cela fait voir manifestement qu'\'e0 une grande vanit\'e9 pr\'e8s les h\'e9ros sont faits comme les autres hommes (max. 24, I 27).
+\par
+\par [134] Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire par sa naissance seraient tent\'e9s, comme les po\'e8tes, de l'appeler la fille du ciel, puisqu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet elle est produite par une infinit\'e9
+ d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regarde seulement les int\'e9r\'eats particuliers de ceux qui les font, puisque tous ceux qui composent une arm\'e9e, allant \'e0 leur propre gloire, et \'e0 leur \'e9l\'e9
+vation, procurent un bien si grand et si g\'e9n\'e9ral (MS 41, I 232).
+\par
+\par [135] On ne fait point de distinction dans les esp\'e8ces de col\'e8res, bien qu'il y en ait une l\'e9g\'e8re et quasi innocente, {\*\bkmkstart BM353}{\*\bkmkend BM352}qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre tr\'e8
+s criminelle, qui est, proprement parler, la fureur de l'orgueil et de l'amour-propre (MS 30, I 159).
+\par
+\par [136] Nous nous apercevons des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre temp\'e9rament, comme de la violence de la col\'e8re\~; mais personne quasi ne s'aper\'e7oit que ces humeurs ont un cours ordinaire et r\'e9gl\'e9
+, qui meut et tourne doucement notre volont\'e9 \'e0 des actions diff\'e9rentes. Elles roulent ensemble (s'il faut ainsi dire) et exercent successivement leur empire, de sorte qu'elles ont une part consid\'e9rable \'e0 toutes nos actions, dont nou
+s croyons \'eatre les seuls auteurs, et le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune (max. 297 et 45, I 48 et 50).
+\par
+\par [137] L'orgueil a bien plus de part que la charit\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts\~
+; et si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres (max. 37 et 34, I 41 et 38).
+\par
+\par [138] Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte en notre faveur que ce que nous prisons souvent pour des vertus n'est en effet qu'un nombre de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour-propre nous ont d\'e9guis\'e9s (\'e9
+pigraphe de 1678. I 181).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM354}{\*\bkmkend BM353}[139] L'orgueil se d\'e9dommage toujours, et il ne perd rien lors m\'eame qu'il renonce \'e0 la vanit\'e9 (max. 33. I 36).
+\par
+\par [140] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil. Il sert \'e0 le nourrir et \'e0 l'augmenter, et c'est bien pour manquer de lumi\'e8re que nous ignorons toutes nos mis\'e8res et tous nos d\'e9fauts (MS 19. I 102).
+\par
+\par [141] Rien ne nous pla\'eet tant que la confiance des grands et des personnes consid\'e9rables par leurs emplois, par leur esprit ou par leur m\'e9rite. Elle nous fait sentir un plaisir exquis et \'e9l\'e8ve merveille
+usement notre orgueil, parce que nous la regardons comme un effet de notre fid\'e9lit\'e9. Cependant nous serions remplis de confusion si nous consid\'e9rions l'imperfection et la bassesse de sa naissance\~; car elle vient de la vanit\'e9
+, de l'envie de parler et de l'impuissance de retenir les secrets. De sorte qu'on peut dire que la confiance est un rel\'e2chement de l'\'e2me, caus\'e9 par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine (max. 239. I 255).
+\par
+\par [142] Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout, n'ont point \'f4t\'e9 les crimes par leurs pr\'e9ceptes, ils n'ont fait que les employer aux b\'e2timents de l'orgueil (MS 21, I 105).
+\par
+\par [143] L'orgueil, comme lass\'e9 des ses artifices et des diff\'e9rentes m\'e9tamorphoses, apr\'e8s avoir jou\'e9 tout seul tous les personnages de la com\'e9die humaine, se montre avec un visage naturel, et se d\'e9couvre par la fiert\'e9, de sorte qu'
+\'e0 proprement parler la fiert\'e9 est l'\'e9clat et la d\'e9claration {\*\bkmkstart BM355}{\*\bkmkend BM354}de l'orgueil (MS 6. I 37).
+\par
+\par [144] Quand la vanit\'e9 ne fait point parler, on n'a pas envie de dire grand'chose (max. 137. I 139).
+\par
+\par [145] On ne saurait compter toutes les esp\'e8ces de vanit\'e9. Pour cela il faut savoir le d\'e9tail des choses, et comme il est presque infini. De l\'e0 vient que si peu de gens sont savants, et que nos connaissances sont superflues et imparfaites. On d
+\'e9crit les choses au lieu de les d\'e9finir. En effet on ne les conna\'eet et on ne les peut conna\'eetre qu'en gros, et par des marques communes. C'est comme si quelqu'un disait que le corps humain est droit, et compos\'e9 de diff\'e9rentes parties, sa
+ns dire la mati\'e8re, la situation, les fonctions, les rapports et les diff\'e9rences de ses parties (MP 6 et max. 106, I 116).
+\par
+\par [146] C'est plut\'f4t par l'estime de nos sentiments que nous exag\'e9rons les bonnes qualit\'e9s des autres, que par leur m\'e9rite\~; et nous n
+ous louons en effet, lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges. La modestie, qui semble les refuser, n'est en effet qu'un d\'e9sir d'en avoir de plus d\'e9licates (max. 143 et MS 27, I 146 et 147).
+\par
+\par [147] On n'aime point \'e0 louer, et on ne loue jamais personne sans int\'e9r\'eat. La louange est une flatterie habile, cach\'e9e et d\'e9licate, qui satisfait diff\'e9remment celui qui la donne et celui qui la re\'e7oit\~: l'un la prend comme une r\'e9
+compense de son m\'e9rite, l'autre la donne pour faire remarquer son \'e9quit\'e9 et son discernement (max. 144. I 148).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM356}{\*\bkmkend BM355}[148] Nous choisissons souvent des louanges empoisonn\'e9es qui d\'e9couvrent par contre-coup des d\'e9fauts en nos amis, que nous n'osons divulguer (max. 145, I 149).
+\par
+\par [149] Nous \'e9levons la gloire des uns pour abaisser par l\'e0 celle des autres, et on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne, si on ne voulait pas les bl\'e2mer tous deux (max. 198, I 149. 2e \'e9tat).
+\par
+\par [150] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le bl\'e2me qui leur sert que la louange qui les trahit (max. 147. I 152).
+\par
+\par [151] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui m\'e9disent (max. 148, I 153).
+\par
+\par [152] La raillerie est une gaiet\'e9 agr\'e9able de l'esprit, qui enjoue la conversation, et qui lie la soci\'e9t\'e9 si elle est obligeante, ou qui la trouble si elle ne l'est pas (d\'e9but de MP 34).
+\par
+\par [153] Elle est plus pour celui qui la fait que pour celui qui la souffre (suite de MP 34).
+\par
+\par [154] C'est toujours un combat de bel esprit, que produit la vanit\'e9\~; d'o\'f9 vient que ceux qui en manquent pour la soutenir, et ceux qu'un d\'e9faut reproch\'e9 fait rougir, s'en offensent \'e9galement, comme d'une d\'e9
+faite injurieuse qu'ils ne sauraient pardonner (suite de MP 34).
+\par
+\par [155] C'est un poison qui tout pur \'e9teint l'amiti\'e9 et excite la haine, mais qui corrig\'e9 par l'agr\'e9ment de {\*\bkmkstart BM357}{\*\bkmkend BM356}l'esprit, et la flatterie de la louange, l'acquiert ou la conserve\~
+; et il en faut user sobrement avec ses amis et avec les faibles (fin de MP 34).
+\par
+\par [156] L'int\'e9r\'eat fait jouer toute sorte de personnages, et m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9 (max. 39, I 43).
+\par
+\par [157] Il n'y a que Dieu qui sache si un proc\'e9d\'e9 est net, sinc\'e8re, et honn\'eate (max. 170, I 178).
+\par
+\par [158] La sinc\'e9rit\'e9 est une naturelle ouverture du c\'9cur\~; on la trouve en fort peu de gens, et celle qui se pratique d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour arriver \'e0 la confiance des autres (max. 62, I 71).
+\par
+\par [159] Un habile homme doit savoir r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats, et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidit\'e9 les trouble souvent, en nous faisant courir \'e0 cent choses \'e0 la fois. De l\'e0 vient que pour d\'e9
+sirer trop les moins importantes nous ne faisons pas assez pour obtenir les plus consid\'e9rables (max. 66, I 76).
+\par
+\par [160] L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche d'aveugler les uns, est tout ce qui fait la lumi\'e8re des autres (max. 40, I 44).
+\par
+\par [161] On ne bl\'e2me le vice, et on ne loue la vertu, que par int\'e9r\'eat (MS 28, I 151).
+\par
+\par [162] La nature, qui se vante d'\'eatre toujours sensible, est dans la moindre occasion \'e9touff\'e9e par l'int\'e9r\'eat (max. 275, I 299).
+\par
+\par [163] Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons\~: il d\'e9pend de nous de {\*\bkmkstart BM358}{\*\bkmkend BM357}les acqu\'e9rir et de nous en servir sans crime, au lieu qu'elles nourrissent et accr
+oissent les vices comme le bois entretient et augmente le feu. Nous pouvons les consacrer \'e0 toutes les vertus, et les rendre m\'eame par l\'e0 plus agr\'e9ables et plus \'e9clatantes (MP 3)
+\par
+\par [164] Le m\'e9pris des richesses, dans les philosophes, \'e9tait un d\'e9sir cach\'e9 de venger leur m\'e9rite de l'injustice de la fortune, par le m\'e9pris des m\'eames biens dont elle les privait\'85 C'\'e9tait un secret qu'ils avaient trouv\'e9
+ pour se d\'e9dommager de l'avilissement de la pauvret\'e9. C'\'e9tait enfin un chemin d\'e9tourn\'e9 pour aller \'e0 la consid\'e9ration qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses (max. 54, I 63).
+\par
+\par [165] La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9 (MP 2).
+\par
+\par [166] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens d'esprit emploient commun\'e9ment. Les plus habiles affectent de les \'e9viter toute leur vie, pour s'en servir dans quelque grande occasion et pour quelque grand int\'e9r\'ea
+t (max. 124, I 126).
+\par
+\par [167] Comme elles sont l'effet d'un petit esprit, il arrive quasi toujours que celui qui s'en sert pour se couvrir en un endroit se d\'e9couvre en un autre (max. 125, I 127).
+\par
+\par [168] La plus d\'e9li\'e9e de toutes les finesses est de faire semblant de tomber dans les pi\'e8ges que l'on nous rend. On n'est jamais si ais\'e9ment tromp\'e9 que quand on songe \'e0 tromper les autres (max. 117, I 121).
+\par
+\par [169] Chacun pense \'eatre plus fin que les autres\~; et si l'on {\*\bkmkstart BM359}{\*\bkmkend BM358}\'e9tait habile, on ne ferait jamais de finesse ni de trahison (MP 5 et max. 126, I 128).
+\par
+\par [170] La folie nous suit dans tous les temps de la vie\~; et si quelqu'un para\'eet sage, c'est seulement parce que ses folies sont proportionn\'e9es \'e0 son \'e2ge et \'e0 sa fortune (max. 207, I 219).
+\par
+\par [171] Les plus sages le sont dans les choses indiff\'e9rentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus s\'e9rieuses affaires\~; et qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit (MS 22, I 132, et max. 209, I 221).
+\par
+\par [172] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le v\'e9ritable dessein de trahir (max. 120, I 124).
+\par
+\par [173] Quelque pr\'e9texte que nous donnions \'e0 nos afflictions, ce n'est que l'int\'e9r\'eat et la vanit\'e9 qui les causent (max. 232. I 246).
+\par
+\par [174] Il y a une esp\'e8ce d'hypocrisie dans les afflictions\~; car, sous pr\'e9texte de pleurer une personne qui nous est ch\'e8re, nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, ou de notre consid\'e9ration, en la pe
+rsonne que nous avons perdue. De cette mani\'e8re les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ai dit que c'\'e9tait une esp\'e8ce d'hypocrisie, parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-m\'ea
+me. Il y en a une autre, qui n'est pas si innocente, et qui impose \'e0 tout le monde. C'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent \'e0 la gloire d'une belle et immortelle douleur. Car le temps, qui {\*\bkmkstart BM360}{\*\bkmkend BM359}
+consomme tout, ayant consomm\'e9 ce qu'elles pleurent, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs\~; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent \'e0 persuader par toutes leurs actions qu'elles \'e9
+galeront la dur\'e9e de leurs pleurs \'e0 leur propre vie. Cette triste et fatigante vanit\'e9 se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins \'e0
+ la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre c\'e9l\'e8bres par la montre d'une inconsolable douleur (cf. la maxime suivante).
+\par
+\par [175] Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres esp\'e8ces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui par cons\'e9quent s'\'e9coulent incontinent. On pleure pour avoir la r\'e9putation d'\'eatre tendre, on pleure pour \'ea
+tre pleur\'e9, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer (pour cette maxime et la pr\'e9c\'e9dente\~: max. 233, I 247).
+\par
+\par [176] Les faux honn\'eates gens sont ceux qui d\'e9guisent la corruption de leur c\'9cur aux autres et \'e0 eux-m\'eames\~; les vrais honn\'eates gens sont ceux qui la connaissent parfaitement et la confessent aux autres (max. 202, I 214).
+\par
+\par [177] Le vrai honn\'eate homme est celui qui ne se pique de rien (max. 203, I 215).
+\par
+\par [178] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens qui nous paraissent raisonnables et agr\'e9ables dans la {\*\bkmkstart BM361}{\*\bkmkend BM360}conversation, c'est qu'il n'y a quasi personne qui ne pense plut\'f4t \'e0 ce qu'il veut dire qu'
+\'e0 r\'e9pondre pr\'e9cis\'e9ment \'e0 ce qu'on lui dit, et que les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au m\'eame temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leurs esprits un \'e9
+garement et une pr\'e9cipitation de retourner \'e0 ce qu'ils veulent dire, au lieu de consid\'e9rer que c'est un mauvais moyen de plaire ou de persuader les autres, de chercher si fort \'e0 se plaire \'e0 soi-m\'eame, et que bien \'e9couter et bien r\'e9
+pondre c'est une des grandes perfections qu'on puisse avoir (max. 139. I 141).
+\par
+\par [179] La coquetterie est le fonds de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice, parce que la coquetterie de quelques-unes est arr\'eat\'e9e et enferm\'e9e par leur temp\'e9rament et par leur raison (max. 241. I 263).
+\par
+\par [180] La galanterie est un tour de l'esprit par lequel il p\'e9n\'e8tre les choses les plus flatteuses, c'est-\'e0-dire celles qui sont les plus capables de plaire (max. 100, I 110).
+\par
+\par [181] La politesse est un tour de l'esprit par lequel il pense toujours des choses agr\'e9ables, honn\'eates et d\'e9licates (max. 99. I 109).
+\par
+\par [182] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point, et qu'il trouve toutes achev\'e9es en lui-m\'eame de sorte qu'il semble qu'elles y soient cach\'e9es, comme l'or et les diamants dans le sein de la terre (max. 101. I III).
+\par
+\par [183] La politesse des \'c9tats est le commencement de leur {\*\bkmkstart BM362}{\*\bkmkend BM361}d\'e9cadence, parce qu'elle applique tous les particuliers \'e0 leurs int\'e9r\'eats propres et les d\'e9tourne du bien public (MS 52, I 282).
+\par
+\par [184] La civilit\'e9 est une envie d'en recevoir\~; c'est aussi un d\'e9sir d'\'eatre estim\'e9 poli (max. 260. I 283).
+\par
+\par [185] La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix de chaque chose (max. 244, I 266).
+\par
+\par [186] On hait souvent les vices, mais on m\'e9prise toujours le manque de vertu (max. 186, I 195).
+\par
+\par [187] Quand on ne trouve point son repos en soi-m\'eame, il est inutile de le chercher ailleurs (MS 61, I 55).
+\par
+\par [188] Ce qui nous emp\'eache souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausset\'e9 des vertus, c'est que nous croyons trop ais\'e9ment qu'elles sont v\'e9ritables en nous (MP 7).
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744872}{\*\bkmkend BM362}Sentences et maximes de morale par M.\~D. L. R. 1663\line (B.N., Collection Smith-Lesouef
+, ms. 90){\*\bkmkend _Toc97744872}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM363}[1] Les vices entrent dans la composition des vertus\'85, comme H I. (Cf. L 227.)
+\par
+\par [2] Si on avait \'f4t\'e9 de ce que l'on appelle force\'85, et la suite comme H 6.
+\par
+\par [3] La cl\'e9mence est un m\'e9lange de gloire\'85, et la suite comme L 217 et le d\'e9but de H 7.
+\par
+\par [4] On n'est jamais si ridicule\'85, comme H 15. (Cf. L 220.)
+\par
+\par [5] La dur\'e9e de nos passions\'85, comme H 86 et L 221.
+\par
+\par [6] L'amour est \'e0 l'\'e2me\'85, comme L 223. (Cf. H 91.)
+\par
+\par [7] La folie suit\'85, et la suite comme L I. (Cf. H 170.)
+\par
+\par [8] L'orgueil a bien plus de part que la charit\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes, et nous les reprenons bien moins pour les en corriger que pour les persuader que nous en sommes exempts. (Cf. L 2 et d\'e9
+but de H 137.)
+\par
+\par [9] Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte en notre faveur que ce que nous prenons\'85, et la suite comme H 138. (Cf. L 3.)
+\par
+\par [10] Nous promettons\'85, comme L4 et H 16. suivie de L 5
+\par
+\par [11] Ce qui rend nos amiti\'e9s\'85, comme L 6 et H 89.
+\par
+\par [12] Nous nous persuadons souvent mal \'e0 propos d'aimer\'85, et la suite comme L 7 (Cf. H 90.)
+\par
+\par [13] Les Fran\'e7ais ne sont pas seulement sujets\'85, comme L {\*\bkmkstart BM364}{\*\bkmkend BM363}8. (Cf. H 13.)
+\par
+\par [14] Les faux honn\'eates gens\'85, comme L9 et H 176.
+\par
+\par [15] On est au d\'e9sespoir d'\'eatre tromp\'e9\'85, comme H 17. (Cf. L 10.)
+\par
+\par [16] Les plus sages le sont\'85, comme L II et d\'e9but de H 171.
+\par
+\par [17] L'amour-propre est plus habile\'85, comme L 12. (Cf. une phrase au d\'e9but de H 105.)
+\par
+\par [18] Il est aussi ais\'e9 de se tromper soi-m\'eame\'85, comme L 13 et H 18.
+\par
+\par [19] Rien n'est impossible de soi, il y a des voies qui conduisent \'e0 toutes choses\~; si nous avions assez de volont\'e9, nous aurions toujours assez de moyens. (Cf. L 14 et H 21.)
+\par
+\par [20] L'int\'e9r\'eat fait jouer\'85, comme L 15 et H 156, suivi de L 16 (cf. H 8) et de L 17 (H. 173).
+\par
+\par [21] C'est plut\'f4t par l'estime de nos sentiments\'85, comme L 18 et le d\'e9but de H 146.
+\par
+\par [22] L'homme est conduit\'85, comme L 19.
+\par
+\par [23] La modestie qui semble refuser\'85, comme L 20. (Cf. fin de H 146.)
+\par
+\par [24] L'orgueil se d\'e9dommage toujours\'85, comme L 21 et H 139.
+\par
+\par [25] L'amiti\'e9 la plus sainte\'85, comme L 22. (Cf. H 88.)
+\par
+\par [26] La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt\'85, comme L 23. (Cf. H 122.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM365}{\*\bkmkend BM364}[27] Quand on ne trouve point son repos\'85, comme L 24 et H 187.
+\par
+\par [28] On ne fait point de distinction dans les esp\'e8ces de col\'e8res, bien qu'il y en ait\'85, et la suite comme L 25. (Cf. H 135.)
+\par
+\par [29] Quoique toutes les passions\'85, comme L 26 et H 87.
+\par
+\par [30] La jalousie est raisonnable et juste en quelque mani\'e8re parce qu'elle ne cherche\'85, et la suite comme L 27 et H 104.
+\par
+\par [31] Quelque diff\'e9rence qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant une certaine proportion des biens et des maux qui les rend \'e9gales (Cf. L 28 et H 126.)
+\par
+\par [32] On n'aime point \'e0 louer\'85, comme H 147 (cf. d\'e9but de L 29), sauf deux variantes\~: celui qui la re\'e7oit et celui qui la donne (au lieu de\~: celui qui la donne et celui qui la re\'e7oit)\~; un la prend (au lieu de\~: l'un la prend.)
+\par
+\par [33] Nous choisissons toujours des louanges empoisonn\'e9es qui d\'e9couvrent par contre-coup des d\'e9fauts en nos amis, que nous n'osons divulguer. (Cf. suite de L 29 et d\'e9but de H 148.)
+\par
+\par [34] Nous \'e9levons la gloire des uns\'85, comme H 149. (Cf. fin de L 29.)
+\par
+\par [35] Il est malais\'e9 de d\'e9finir l'amour\~; tout ce qu'on peut dire est que dans l'\'e2me c'est une passion de r\'e9gner, dans les esprits c'est une sympathie, et dans le corps ce n'est qu'une envie cach\'e9e et d\'e9licate de jouir de ce que l'on
+{\*\bkmkstart BM366}{\*\bkmkend BM365}aime apr\'e8s beaucoup de mis\'e8res. (Cf. L 30 et H 93.)
+\par
+\par [36] Quelques grands avantages que la nature donne\'85, comme L 31 et H 121.
+\par
+\par [37] Il n'y a point de lib\'e9ralit\'e9\'85, comme L 32 et H 29.
+\par
+\par [38] L'amour de la gloire\'85, comme H III (Cf. L 33.)
+\par
+\par [39] On pourrait dire qu'il n'est point\'85, et la suite comme L 34 et H 123
+\par
+\par [40] On ne veut point perdre la vie\'85, comme H 116. (Cf. L 35.)
+\par
+\par [41] La valeur, dans les simples soldats\'85, comme L 36 et H 117.
+\par
+\par [42] Les crimes deviennent innocents, et m\'eame glorieux, par leur nombre et par leur exc\'e8s\~; de l\'e0 vient que les voleries publiques sont des habilet\'e9s, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conqu\'eates. Le crime a ses h
+\'e9ros ainsi que la vertu. (Cf. L 37 et H 4.)
+\par
+\par [43] Les grands et les ambitieux\'85, comme H 119. (Cf. L 38.)
+\par
+\par [44] Le vrai honn\'eate homme est celui qui ne se pique de rien. (Comme H 177, cf. L 39.)
+\par
+\par [45] La g\'e9n\'e9rosit\'e9 c'est un d\'e9sir de briller\'85, comme L 40. (Cf. H 120.)
+\par
+\par [46] Le jugement n'est autre chose\'85 de son \'e9tendue, de sa profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture, et de sa d\'e9licatesse. L'\'e9tendue de l'esprit est la mesure de sa lumi\'e8re\~; la profondeur est celle qui
+{\*\bkmkstart BM367}{\*\bkmkend BM366}d\'e9couvre le fond des choses\~; le discernement compare et distingue les choses. La justesse ne voit que ce qu'il faut voir\~; la droiture prend toujours le bon droit des choses\~; la d\'e9licatesse aper\'e7
+oit les choses imperceptibles, et le jugement prononce ce que les choses sont. Si on l'examine bien, on trouvera que toutes ces qualit\'e9s ne sont autre chose que la grandeur de l'esprit, lequel voyant tout remontre dans la pl\'e9nitude de ces lumi\'e8
+res tous les avantages dont nous venons de parler. (Cf. L 41 et H 38-39.)
+\par
+\par [47] Quand la vanit\'e9 ne fait point parler\'85, comme L 42 et H 144.
+\par
+\par [48] La sinc\'e9rit\'e9 est une naturelle ouverture\'85, et la suite comme L 43. (Cf. H 158.)
+\par
+\par [49] La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9. (Comme L 44 et H 165.)
+\par
+\par [50] Dieu seul fait les gens de bien\'85, comme L 45, mais sans la citation italienne.
+\par
+\par [51] Nous r\'e9cusons tous les jours des juges pour le plus petit int\'e9r\'eat, et nous commettons\'85, et la suite comme L 46.
+\par
+\par [52] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens d'esprit emploient commun\'e9ment, les plus habiles affectant de les rejeter toute leur vie pour s'en servir en quelque grand int\'e9r\'eat. (Cf. L 47 et H 166.)
+\par
+\par [53] Comme la finesse est l'effet\'85, comme L 48. (Cf. H {\*\bkmkstart BM368}{\*\bkmkend BM367}167.)
+\par
+\par [54] On s'est tromp\'e9 quand on a cru, apr\'e8s tant de grands exemples, que l'amour et l'ambition triomphent toujours des autres passions\~; c'est la paresse, toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la ma\'eetresse\~
+; elle usurpe insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie\~; elle y d\'e9truit et y consomme toutes les passions et toutes les vertus. (Cf. L 84 et H 94.)
+\par
+\par [55] Rien ne nous pla\'eet tant\'85, comme H 141, sauf une variante\~: leur emploi au lieu de leurs emplois, et la fin\~: que la confiance est comme un rel\'e2chement de l'\'e2me, caus\'e9
+ par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine. (Cf. L 49.)
+\par
+\par [56] Nous ne nous apercevons que des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs et de notre temp\'e9rament, comme de la violence, de la col\'e8re, etc., mais personne quasi ne s'aper\'e7oit que ces humeurs ont un cours ordinaire et r
+\'e9gl\'e9 qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volont\'e9 \'e0 des actions diff\'e9rentes\~; elles veulent ensemble\'85, et la suite comme L 50. (Cf. H 136.)
+\par
+\par [57] La piti\'e9 est un sentiment\'85, comme L 51 et H 22, sauf un mot\~: actions au lieu de occasions
+\par
+\par [58] Qui consid\'e9rera superficiellement tous les effets de la bont\'e9\'85, comme H 35, sauf la fin\~: il r\'e9unit, il dispose et tourne tous les hommes en sa faveur. (Cf. L 52.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM369}{\*\bkmkend BM368}[59] L'humilit\'e9 est une feinte soumission\'85, comme H 25, sauf deux diff\'e9rences\~: I sous toutes ses figures au lieu de dans toutes ses figures\~; 2 o\'f9 on l'\'e9l\'e8ve au lieu de o\'f9 l'on l'\'e9l\'e8
+ve. (Cf. L 53.)
+\par
+\par [60] La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont des extr\'e9mit\'e9s o\'f9 l'on arrive rarement. L'espace qui est entre les deux est vaste, et contient toutes les autres esp\'e8ces de courage\~: il y a plus de diff\'e9
+rence entre elles qu'il y en a entre les visages et les humeurs\~; cependant elles conviennent en beaucoup de choses. Il y a des hommes qui s'exposent volontiers au commencement d'une action, et qui se rel\'e2chent et se rebutent ais\'e9ment par sa dur
+\'e9e\~; il y en a qui sont assez contents quand ils ont satisfait \'e0 l'honneur du monde, et qui font fort peu de choses au del\'e0. On en voit qui ne sont pas toujours \'e9galement ma\'eetres de leur peur. D'autres se laissent quelquefois emporter \'e0
+ des \'e9pouvantes g\'e9n\'e9rales. D'autres vont \'e0 la charge pour n'oser demeurer dans leurs postes. Enfin il s'en trouve \'e0 qui l'habitude des moindres p\'e9rils affermit le courage, et les pr\'e9pare \'e0 s'exposer \'e0
+ des plus grands. Outre cela, il y a un rapport g\'e9n\'e9ral que l'on remarque entre tous les courages des diff\'e9rentes esp\'e8ces dont nous venons de parler, qui est que la nuit, augme
+ntant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, leur donne la libert\'e9 de se m\'e9nager. Il y a encore un autre m\'e9nagement plus g\'e9n\'e9ral qui, \'e0 parler plus absolument, s'\'e9tend sur {\*\bkmkstart BM370}{\*\bkmkend BM369}
+toutes sortes d'hommes c'est qu'il n'y en a point qui fassent ce qu'ils seraient capables de faire dans une occasion s'ils avaient une certitude d'en revenir\~; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort \'f4te quelque chose \'e0
+ leur valeur et diminue son effet. (Cf. L 54 et H 113.)
+\par
+\par [61] On \'e9l\'e8ve la prudence jusques au ciel., comme L 55. sauf une diff\'e9rence aussi peu connue au lieu de inconnue. (Cf. H 14.)
+\par
+\par [62] Rien n'est plus divertissant que de voir\'85, comme L 56 sauf deux diff\'e9rences\~: I recevoir des conseils au lieu de recevoir des conduites\~; 2 il pare d'abord la sinc\'e9rit\'e9 de son avis au lieu de il paie d'abord la sinc\'e9rit\'e9
+ de son ami. (Cf. H 19.)
+\par
+\par [63] Il y a une esp\'e8ce d'hypocrisie dans les afflictions, car, sous pr\'e9texte de pleurer une personne qui nous est ch\'e8re, nous pleurons les n\'f4tres, c'est-\'e0-dire la diminution de notre bien, de notre plaisir ou de notre consid\'e9
+ration, en la personne que nous pleurons. De cette mani\'e8re les morts ont l'honneur des larmes qui ne coulent que pour ceux qui les pleuraient. J'ai dit que c'\'e9tait une esp\'e8ce d'hypocrisie parce que par elle l'homme se trompe seulement lui-m\'ea
+me. Il y en a une autre qui n'est pas si innocente et qui impose \'e0 tout le monde, c'est l'affliction de certaines personnes qui aspirent \'e0 la gloire d'une belle et immortelle douleur\~; car, le temps, qui consomme tout, {\*\bkmkstart BM371}
+{\*\bkmkend BM370}l'ayant consomm\'e9e, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs plaintes et leurs soupirs\~; elles prennent un personnage lugubre et travaillent \'e0 persuader par toutes leurs actions qu'elles \'e9galeront la dur\'e9e de leurs pleurs
+\'e0 leur propre vie. Cette triste et fatigante vanit\'e9 se trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous chemins \'e0 la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre c\'e9l\'e8
+bres par la montre d'une inconsolable douleur. (Cf. L 57 et H 174.) Suivi de Outre ce que nous avons dit\'85, comme L 58 et H 175.
+\par
+\par [64] Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout\'85, comme L 59. (Cf. H 142.)
+\par
+\par [65] Les affaires et les actions des grands hommes\'85, comme L 60 et H 103, sauf les derniers mots\~: on est \'e9loign\'e9 au lieu de on en est \'e9loign\'e9.
+\par
+\par [66] Comment pr\'e9tendons-nous qu'un autre\'85, comme L 61.
+\par
+\par [67] Les philosophes ne condamnent les richesses que par les mauvais usages \'85, et la suite comme L 62. (Cf. H 163.)
+\par
+\par [68] Celui-l\'e0 n'est pas raisonnable\'85, comme L 63 et H 23.
+\par
+\par [69] La plus d\'e9li\'e9e de toutes les finesses\'85, comme H 168. (Cf. L 64.)
+\par
+\par [70] La pure valeur (s'il y en avait)\'85, comme L 65 et H 114.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM372}{\*\bkmkend BM371}[71] L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire\'85, comme L 66 et H 115.
+\par
+\par [72] L'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices\'85, comme H 143. (Cf. L 67.)
+\par
+\par [73] La politesse est un tour de l'esprit\'85, comme H 181. (Cf. L 68.)
+\par
+\par [74] La galanterie de l'esprit est un tour de l'esprit par lequel il p\'e9n\'e8tre les choses les plus flatteuses, c'est-\'e0-dire celles qui sont les plus capables de plaire aux autres. (Cf. L 69 et H 180.)
+\par
+\par [75] Qui ne rirait de la mod\'e9ration\'85, comme L 70. (Cf. H 27.)
+\par
+\par [76] La mod\'e9ration dans la bonne fortune\'85, comme L 71 et le d\'e9but de H 26.
+\par
+\par [77] La politesse des \'c9tats\'85, comme L 72 et H 183.
+\par
+\par [78] La faiblesse de l'esprit\'85, comme H 20. (Cf. L 73.)
+\par
+\par [79] La gravit\'e9 est un myst\'e8re du corps\'85, comme L 74 et H 9\~; suivi de\~: La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes c'est un ajustement et un fard qu'elles ajustent [sic] \'e0 leur beaut\'e9\'85, et la suite comme H. 10. (Cf. L 75.)
+\par
+\par [80] Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire\'85, comme L 76, mais avec omission des mots comme les po\'e8tes (Cf. H 134)
+\par
+\par [81] La mod\'e9ration dans la bonne fortune\'85, comme L 77, (Cf. fin de H 26.)
+\par
+\par [82] La pers\'e9v\'e9rance n'est digne de bl\'e2me ni de louange\'85, {\*\bkmkstart BM373}{\*\bkmkend BM372}comme L 78 et H 40.
+\par
+\par [83] La nature fait le m\'e9rite, et la fortune le met en \'9cuvre. La civilit\'e9 est une envie d'en recevoir, c'est aussi un d\'e9sir d'\'eatre estim\'e9 poli. (Comme L 79-80, et H 124 suivi de H 184.)
+\par
+\par [84] La v\'e9rit\'e9 qui fait les gens v\'e9ritables est une perceptible ambition\'85, et la suite comme L 81 et H 41.
+\par
+\par [85] Nous avouons nos d\'e9fauts\'85, comme L 82 et H 24.
+\par
+\par [86] La cl\'e9mence des princes est une politique\'85, comme L 83. (Cf. fin de H 7)
+\par
+\par [87] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses\'85, comme L 85.
+\par
+\par [88] Il y a deux sortes d'inconstance\~: l'une qui vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit qui \'e0 tous moments change d'opinion, ou plut\'f4t de la pauvret\'e9 de l'esprit qui re\'e7oit toutes les opinions des autres\~
+; l'autre, qui est plus excusable, vient de la fin du go\'fbt des choses que l'on aimait. (Cf. L 86 et H 101.)
+\par
+\par [89] La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9\'85, comme L 87 et H 30.
+\par
+\par [90] La chastet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos. (Cf. L 88 et H 28.)
+\par
+\par [91] Le m\'e9pris des richesses, dans les philosophes\'85, comme H 164, sauf une variante\~: un chemin d\'e9tourn\'e9 de la pauvret\'e9 au lieu de un chemin d\'e9tourn\'e9. (Cf. L 89.)
+\par
+\par [92] La fid\'e9lit\'e9 est une invention rare\'85, comme H 31, \'e0 {\*\bkmkstart BM374}{\*\bkmkend BM373}une l\'e9g\'e8re diff\'e9rence pr\'e8s\~: quelque occasion au singulier. (Cf. L 90.)
+\par
+\par [93] L'\'e9ducation qu'on donne aux princes est un second amour-propre qu'on leur inspire. (Comme L 91 et H 32.)
+\par
+\par [94] Notre repentir ne vient point de nos actions\'85, comme L 92 et H 33
+\par
+\par [95] Il y a des h\'e9ros en mal comme en bien. (Comme L 93.)
+\par
+\par [96] L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame\'85, comme L 94, sauf les variantes suivantes\~:
+\par
+\par Ier alin\'e9a\~: leur en donnait les moyens (au lieu de leur en ouvrait les moyens) \endash des m\'e9tamorphoses (au lieu de de la m\'e9tamorphose)
+\par
+\par 2e alin\'e9a\~: On ne peut en sonder la profondeur (au lieu de On ne peut sonder la profondeur) \endash il y con\'e7oit (sans et) \endash il en forme quelquefois de si monstrueuses (sans m\'eame).
+\par
+\par 3e alin\'e9a\~: lorsqu'il les a rassasi\'e9s (au lieu de qu'il a rassasi\'e9s).
+\par
+\par 5e alin\'e9a\~: plut\'f4t que par les beaut\'e9s (au lieu de plut\'f4t que par la beaut\'e9) \endash qu'il court lorsqu'il suit les choses (sans les mots et qu'il suit son gr\'e9).
+\par
+\par 6e alin\'e9a\~: Il est tout le contraire (au lieu de II est tous les contraires) \endash il est imp\'e9rieux, il est ob\'e9issant (au lieu de il est imp\'e9rieux et ob\'e9issant).
+\par
+\par 7e alin\'e9a\~: qui le tournent (au lieu de qui les tournent) \endash \'e0 la gloire et aux richesses (au lieu de \'e0 la gloire ou aux richesses) \endash il y en a une infinit\'e9 (au lieu de il en a une {\*\bkmkstart BM375}{\*\bkmkend BM374}infinit
+\'e9) \endash omission des mots car il est naturellement inconstant de toutes mani\'e8res.
+\par
+\par 8e alin\'e9a\~: mais qu'il poursuit parce qu'il les veut (au lieu de et qu'il poursuit seulement parce qu'il les veut).
+\par
+\par 9e alin\'e9a\~: conserve sa fiert\'e9 (sans toute)
+\par
+\par 10e alin\'e9a\~: et il s'accommode (au lieu de il s'accommode).
+\par
+\par IIe alin\'e9a\~: il ruine (au lieu de il se ruine) \endash il se change seulement (au lieu de il le change seulement) \endash dans les triomphes de sa d\'e9faite (au lieu de dans le triomphe de sa d\'e9faite). (Cf. H 105)
+\par
+\par [97] L'intention de ne jamais tromper nous expose \'e0 \'eatre souvent tromp\'e9s. (Comme L 95.)
+\par
+\par [98] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler. (Comme L 96.)
+\par
+\par [99] La ruine du prochain pla\'eet aux amis et aux ennemis. (Comme L 97.)
+\par
+\par [100] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur\~; c'est aussi la rage de n'avoir point la faveur, qui se console et s'adoucit par le m\'e9pris des favoris\~; c'est enfin une secr\'e8te envie de la d\'e9truire qui fait q
+ue nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant pas leur \'f4ter ceux de tout le monde. (Cf. L 98 et H 132.)
+\par
+\par [101] Chaque homme n'est pas plus diff\'e9rent\'85, comme L 99 et H 70.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM376}{\*\bkmkend BM375}[102] Il est de la reconnaissance\'85, comme L 100, sauf une variante\~: trouver facilement au lieu de trouver plus facilement. (Cf. H 12)
+\par
+\par [103] La coutume que nous avons de nous d\'e9guiser aux autres pour acqu\'e9rir leur estime fait qu'enfin nous nous d\'e9guisons nous-m\'eames. (Cf. L 101)
+\par
+\par [104] Les biens et les maux sont plus grands\'85, comme L 102 et H 125.
+\par
+\par [105] Il y a des personnes \'e0 qui leurs d\'e9fauts si\'e9ent bien\'85, comme L 103. (Cf. H 58.)
+\par
+\par [106] La r\'e9conciliation avec nos ennemis\'85, comme L 104 et H II
+\par
+\par [107] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant leur pers\'e9cution et leur haine que les bonnes qualit\'e9s que nous avons. (Cf. L 105.)
+\par
+\par [108] Une des choses qui fait que nous trouvons si peu de gens qui paraissent raisonnables et aimables dans la conversation est qu'il n'y a\'85, et la suite comme L 106. (Cf. H 178.)
+\par
+\par [109] Comme si ce n'\'e9tait pas assez \'e0 l'amour-propre\'85, comme L 107, sauf les diff\'e9rences suivantes\~: celle de transformer les objets (au lieu de celle de transformer ses objets) \endash lorsque personne ne nous est contr
+aire (au lieu de lorsqu'une personne nous est contraire) \endash notre amour-propre juge les actions (au lieu de notre amour-propre juge ses actions) \endash du biais dont nous le {\*\bkmkstart BM377}{\*\bkmkend BM376}
+regardons (au lieu de des biais dont nous les regardons). (Cf. H 106.)
+\par
+\par [110] Quoique toutes les passions montrent cette v\'e9rit\'e9\'85, comme L 108, sauf trois variantes\~: ou l'infid\'e9lit\'e9 au lieu de ou infid\'e9lit\'e9 \endash omission des mots contre sa ma\'eetresse \endash que la vue a calm\'e9
+ au lieu de que sa vue a calm\'e9. (Cf. H 107.)
+\par
+\par [111] La justice n'est qu'une vive appr\'e9hension\'85, comme L 109, sauf les diff\'e9rences suivantes\~: qu'on ne nous \'f4te au lieu de qu'on nous \'f4te \endash cette consid\'e9ration et le respect au lieu de cette consid\'e9ration et ce respect
+\endash que la naissance ou la fortune lui ont donn\'e9s au lieu de que la naissance ou la fortune lui a donn\'e9s. (Cf. fin de H 37.)
+\par
+\par [112] La justice, dans les bons juges qui sont mod\'e9r\'e9s, n'est que l'amour dans leur \'e9l\'e9vation [sic]. (Cf. L 110 et d\'e9but de H 37.)
+\par
+\par [113] Rien n'est si contagieux que l'exemple\'85, comme L III, sauf une variante\~: l'imitation d'agir honn\'eatement au lieu de l'imitation des biens. (Cf. H 46.)
+\par
+\par [114] Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9\'85, et la suite comme H 36. (Cf. L 112.)
+\par
+\par [115] Chacun pense \'eatre plus sage que les autres. (Cf. L 113 et d\'e9but de H 169.)
+\par
+\par [116] L'aveuglement des hommes\'85, comme L 114 (Cf. H 140.)
+\par
+\par [117] La constance en amour\'85, comme L 115. (Cf. H 100.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM378}{\*\bkmkend BM377}[118] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis suivant leurs m\'e9rites, mais selon nos besoins\'85, et la suite comme L 116.
+\par
+\par [119] Il n'y a point d'amour pur et exempt du m\'e9lange\'85, et la suite comme L 117. (Cf. H 92.)
+\par
+\par [120] On hait souvent les vices, mais on m\'e9prise toujours le manque de vertu. (Comme L 118 et H 186.)
+\par
+\par [121] La passion fait souvent du plus habile homme un sot et rend quasi les plus sots habiles. (Cf. L 119 et H 69.)
+\par
+\par [122] Il y a des gens niais qui se connaissent sots et qui emploient habilement leur sottise (Cf. L 120 et H 59.)
+\par
+\par [123] Tout le monde trouve \'e0 redire en autrui ce qu'on trouve \'e0 redire en lui (Comme H 71\~; cf. L 121.)
+\par
+\par [124] On ne saurait compter toutes les esp\'e8ces de vanit\'e9. Pour les savoir, il faut savoir le d\'e9tail des choses, et comme il est presque infini, de l\'e0 vient que si peu de gens sont savants et que nos connaissances sont superficielles e
+t imparfaites\~; on d\'e9crit les choses au lieu de les d\'e9finir\~; en effet on ne les conna\'eet et on ne les fait conna\'eetre qu'en gros et par des marques communes. C'est comme si quelqu'un disait que ce corps humain est droit et compos\'e9 de diff
+\'e9rentes parties, sans dire le nombre, la situation, les fonctions, les rapports et les diff\'e9rences de ces parties (Cf. L 122-123, et H 145.)
+\par
+\par [125] Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9\'85, comme L 124 et H 34.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM379}{\*\bkmkend BM378}[126] On incommode toujours les gens quand on est persuad\'e9 de ne les pouvoir jamais incommoder. (Cf. L 125.)
+\par
+\par [127] Les grandes et \'e9clatantes actions\'85, comme H 102, sauf deux diff\'e9rences comme des effets des grands int\'e9r\'eats, au lieu que ce sont d'ordinaire des effets de l'humeur (au lieu de. comme les effets des grands int\'e9r\'ea
+ts, au lieu qu'ils sont d'ordinaire les effets de l'humeur) \endash l'ambition d'\'eatre ma\'eetres du monde (au lieu de\~: l'ambition qu'ils avaient de se rendre ma\'eetres du monde). (Cf. L 126.)
+\par
+\par [128] Les passions sont les seuls orateurs\'85, comme L 127, sauf une diff\'e9rence\~: et l'homme le plus simple les persuade mieux, au lieu de et l'homme le plus simple, qui sent, persuade mieux. (Cf. H 45.)
+\par
+\par [129] La vraie \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut et ne dire que ce qu'il faut. (Cf. L 128 et H 43.)
+\par
+\par [130] Ceux qui se sentent du m\'e9rite\'85, comme L 129 et d\'e9but de H 127, sauf une variante des v\'e9ritables h\'e9ros au lieu de de v\'e9ritables h\'e9ros.
+\par
+\par [131] La coquetterie est le fond de l'humeur\'85, comme L 130 et H 179.
+\par
+\par [132] Un homme d'esprit serait souvent bien embarrass\'e9 sans la compagnie des sots. (Cf. L 131 et H 72.)
+\par
+\par [133] Les pens\'e9es et les sentiments ont chacun un ton de voix\'85, comme L 132. sauf les derniers mots\~: et d\'e9plaisent au lieu de ou d\'e9plaisent. (Cf. H 73-74.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM380}{\*\bkmkend BM379}[134] Il y a des jolies choses que l'esprit\'85, et la suite comme L 133 et H 182.
+\par
+\par [135] La confiance de plaire est souvent un moyen de plaire infailliblement. (Comme H 75, cf. L 134.)
+\par
+\par [136] L'approbation qu'on donne \'e0 l'esprit et \'e0 la beaut\'e9 et \'e0 la valeur les augmente, les perfectionne et leur fait faire de plus grands effets qu'ils n'avaient \'e9t\'e9 capables de faire d'eux-m\'eames (Cf. L 136.)
+\par
+\par [137] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction\'85, comme H 76. (Cf. L 137.)
+\par
+\par [138] La faiblesse fait conna\'eetre [sic] plus de trahisons que les v\'e9ritables desseins de trahir. (Cf. L 135 et H 172)
+\par
+\par [139] Nous n'avons pas assez de force pour suivre notre raison. (Cf. L 138 et H 77.)
+\par
+\par [140] Ce qui nous fait aimer les connaissances nouvelles\'85, comme H 78. (Cf. L 139.)
+\par
+\par [141] Les grandes \'e2mes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertus que les \'e2mes communes, mais seulement celles qui ont de plus grandes vues. (Cf. L 140 et H 79.)
+\par
+\par [142] On n'est jamais si malheureux qu'on croit, ni si heureux qu'on esp\'e8re. (Comme H 128\~; cf. L 141.)
+\par
+\par [143] On se vante souvent mal \'e0 propos\'85, comme L 142 et H 80, sauf une omission\~: l'homme au lieu de et l'homme.
+\par
+\par [144] Ce qui nous emp\'eache souvent de bien juger\'85, comme L {\*\bkmkstart BM381}{\*\bkmkend BM380}143 et H 188, sauf une variante\~: est que au lieu de c'est que.
+\par
+\par [145] La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e\'85, comme H 81, sauf trois variantes\~: que nous puissions au lieu de que nous paraissions \endash point encore au lieu de pas encore \endash que l'on est au lieu de qu'on l'est. (Cf. L 144.)
+
+\par
+\par [146] On bl\'e2me l'injustice, non pas pour la haine qu'on a pour elle, mais pour le pr\'e9judice qu'on en re\'e7oit. (Cf. L 145.)
+\par
+\par [147] Un habile homme doit savoir r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats\'85, comme L 146
+\par
+\par [148] Le caprice de l'humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune. (Comme L 147 et fin de H 136.)
+\par
+\par [149] La honte, la paresse et la timidit\'e9\'85, et la suite comme L 148 et H 5.
+\par
+\par [150] On a plus de raison quand on esp\'e8re plus d'en trouver aux autres. (Cf. L 149.)
+\par
+\par [151] Ceux qu'on ex\'e9cute affectent\'85, comme L 150 et H 48, sauf une variante\~: ce qu'un mouchoir au lieu de ce que le mouchoir.
+\par
+\par [152] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice. (Comme L 151\~; cf. d\'e9but de H 37.)
+\par
+\par [153] Il n'y a pas moins d'\'e9loquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles. (Comme L 152 et H 44.)
+\par
+\par [154] La plupart des hommes s'exposent assez\'85, comme L 153 et H 118.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM382}{\*\bkmkend BM381}[155] On ne loue que pour \'eatre lou\'e9. (Comme L 154.)
+\par
+\par [156] Il n'y a que Dieu qui sache\'85, comme L 155. (Cf. H 157.)
+\par
+\par [157] La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix de chaque chose. (Comme L 156 et H 185.)
+\par
+\par [158] Si on \'e9tait assez habile, on ne ferait point de finesses ni de trahisons (Cf. fin de H 169.)
+\par
+\par [159] On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par l'int\'e9r\'eat. (Cf. L 157 et H 161.)
+\par
+\par [160] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la justification de la beaut\'e9. (Comme L 158 et d\'e9but de H 42.)
+\par
+\par [161] Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres. (Comme L 159 et fin de H 137.)
+\par
+\par [162] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous d\'e9sirons toutes choses comme si nous \'e9tions immortels. (Comme L 160\~; cf. H 50.)
+\par
+\par [163] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le bl\'e2me qui leur sert que la louange qui les trahit. (Comme L 161 et H 150.)
+\par
+\par [164] La subtilit\'e9 est une fausse d\'e9licatesse, et la d\'e9licatesse est une subtilit\'e9 solide. (Comme H 51\~; cf. L 162.)
+\par
+\par [165] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la perfection et de la beaut\'e9\'85, comme L 163 et H 42.
+\par
+\par [166] Les passions ont une injustice\'85, comme L 164, sauf {\*\bkmkstart BM383}{\*\bkmkend BM382}une variante\~; dire tout ce qui lui pla\'eet au lieu de dire quasi tout ce qui lui pla\'eet. (Cf. H 82.)
+\par
+\par [167] Le monde, ne connaissant point le v\'e9ritable motif, n'a garde de le pouvoir r\'e9compenser\'85, et la suite comme L 165 et H 52, sauf deux variantes des belles qualit\'e9s au lieu de de belles qualit\'e9s \endash
+ ne soit point de l'or au lieu de ne soit pas de l'or
+\par
+\par [168] Comme il y a des bonnes viandes\'85, et la suite comme L 166 et H 53.
+\par
+\par [169] Nous ne sommes pas difficiles \'e0 consoler des disgr\'e2ces de nos amis lorsqu'elles aident \'e0 nous faire faire quelques belles actions. (Cf. L 167.)
+\par
+\par [170] Quand il n'y a que nous qui savons nos crimes, ils sont bient\'f4t oubli\'e9s. (Cf. L 168.)
+\par
+\par [171] L'int\'e9r\'eat donne toutes sortes de vertus et de vices. (Cf. L 169.)
+\par
+\par [172] Plusieurs personnes s'acquittent du devoir de la reconnaissance\'85, et la suite comme L 170.
+\par
+\par [173] Pour s'\'e9tablir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y para\'eetre \'e9tabli. (Comme L 171 et d\'e9but de H 61)
+\par
+\par [174] Dans toutes les professions et dans tous les arts\'85, comme L 172 et la fin de H 61.
+\par
+\par [175] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles que tout le monde chante un certain temps, quelque sots et d\'e9go\'fbtants qu'ils soient. (Cf. L 173 et H 62.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM384}{\*\bkmkend BM383}[176] Comme dans la nature il y a une \'e9ternelle g\'e9n\'e9ration\'85, comme L 174, sauf une variante\~: des passions au lieu de de passions. (Cf. H 64.)
+\par
+\par [177] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable\'85, comme H 65. (Cf. L 175.)
+\par
+\par [178] Peu de gens sont cruels de cruaut\'e9, mais les hommes sont cruels et inhumains d'amour-propre. (Cf. L 176 et fin de H 110.)
+\par
+\par [179] L'int\'e9r\'eat parle toute sorte de langues\'85, comme L 177.
+\par
+\par [180] L'int\'e9r\'eat est toujours la dupe du c\'9cur. (Cf. L 178 et H 83.)
+\par
+\par [181] Quelque industrie que l'on ait \'e0 cacher ses passions\'85, comme H 84. (Cf. L 179.)
+\par
+\par [182] La philosophie triomphe ais\'e9ment des maux pass\'e9s\'85, comme L 180 et H 85.
+\par
+\par [183] Ce qui fait tout le m\'e9compte dans la reconnaissance qu'on attend des gr\'e2ces qu'on a fait, c'est que\'85, et la suite comme L 181.
+\par
+\par [184] La vanit\'e9, et la honte, et surtout le temp\'e9rament, fait la valeur des hommes, dont on fait tant de bruit (Cf. L 182 et H 112.)
+\par
+\par [185] Il y a des gens dont le m\'e9rite\'85, comme L 183 et H 57.
+\par
+\par [186] On se console souvent d'\'eatre malheureux en effet pour certain plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre. (Cf. L 184 et {\*\bkmkstart BM385}{\*\bkmkend BM384}fin de H 127.)
+\par
+\par [187] On admire tout ce qui \'e9blouit\'85, comme L 185, sauf une variante\~: qui donne souvent au lieu de et donne souvent. (Cf. H 54.)
+\par
+\par [188] Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\'85, comme L 186. (Cf. H 55.)
+\par
+\par [189] La vertu est un fant\'f4me\'85, comme L 187 (Cf. H 2.)
+\par
+\par [190] Peu de gens connaissent la mort\'85, comme L 188, sauf l'omission d'un et (par la coutume au lieu de et par la coutume). (Cf. H 49)
+\par
+\par [191] L'imitation est toujours malheureuse et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet, et les seules choses charment qui sont naturelles. (Cf. L 189 et H 47.)
+\par
+\par [192] Dieu a mis des talents diff\'e9rents dans l'homme comme il a plant\'e9 des diff\'e9rents arbres dans la nature\'85, et la suite comme H 60, sauf la fin\~: ne saurait produire les effets des talents les plus communs\~; de l\'e0
+ vient qu'il est aussi ridicule de vouloir faire des sem\'e9es sans en avoir la graine en soi que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait pas sem\'e9 de ses oignons. (Cf. L 190.)
+\par
+\par [193] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir. (Comme L 191 et H 63.)
+\par
+\par [194] L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche\'85, comme H 160. (Cf. L 192.)
+\par
+\par [195] Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui {\*\bkmkstart BM386}{\*\bkmkend BM385}m\'e9disent. (Comme L 193 et H 151.)
+\par
+\par [196] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s, il en faut avoir l'\'e9conomie. (Cf. L 194 et H 56.)
+\par
+\par [197] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9 comme il est, est que plus il devient raisonnable\'85, et la suite comme L 195 et H 66.
+\par
+\par [198] On se m\'e9compte toujours dans le jugement\'85, comme L 196 et H 67\~: suivie de Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins qui les produisent, ou les actions n
+e font tous les effets qu'elles doivent faire (cf. L 197 et H 68.)
+\par
+\par [199] Quoique la grandeur des ministres se forme par la grandeur de leurs actions, elles sont bien souvent l'effet du hasard ou de quelque petit dessein. (Cf. L 198 et H 131.)
+\par
+\par [200] La nature, qui se vante d'\'eatre toujours sensible, est dans la moindre occasion \'e9touff\'e9e par un int\'e9r\'eat. (Cf. L 199 et H 162.)
+\par
+\par [201] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. (Comme L 200 et fin de H 171.)
+\par
+\par [202] Les grands hommes s'abattent et se d\'e9montent enfin\'85, et la suite comme L 201 et H 133.
+\par
+\par [203] La plupart des gens ne voient dans les hommes\'85, comme L 202 et H 129.
+\par
+\par [204] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts. (Comme L 203 et H 130.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM387}{\*\bkmkend BM386}[205] Toutes les vertus des hommes se portent dans l'int\'e9r\'eat, comme les fleuves se perdent dans la mer. (Cf. L 204 et H 3.)
+\par
+\par [206] Il n'y a point de d\'e9guisement qui puisse longtemps cacher l'amour o\'f9 il est ou le feindre o\'f9 il n'est pas. (Cf. L 224 et H 95.)
+\par
+\par [207] Comme on n'est jamais libre\'85, comme L 225, sauf les derniers mots\~: de ses amants au lieu de son amant (Cf. H 96.)
+\par
+\par [208] Si on jugeait de l'amour\'85, et la suite comme L 219 et H 97.
+\par
+\par [209] On peut trouver des femmes qui n'ont point fait de galanteries\'85, et la suite comme H 98. (Cf. L 222.)
+\par
+\par [210] Il y a deux sortes de constances en amour\'85, et la suite comme H 99, sauf une variante\~: que l'on se fait un honneur au lieu de qu'on se fait honneur. (Cf. L 226.)
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744873}{\*\bkmkend BM387}Manuscrit \'e9dit\'e9 par \'c9douard de Barth\'e9lemy{\*\bkmkend _Toc97744873}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM388}[1] Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte en notre faveur\'85, comme L 3.
+\par
+\par [2] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui pla\'eet, il se fait plusieurs vertus. (Cf. L 246.)
+\par
+\par [3] La mod\'e9ration dans la bonne fortune\'85, comme L 71.
+\par
+\par [4] L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde. (Comme L 12.)
+\par
+\par [5] La dur\'e9e de nos passions ne d\'e9pend pas de nous plus que la dur\'e9e de notre vie. (Cf. L 221.)
+\par
+\par [6] La passion fait souvent un sot du plus habile homme, et rend souvent le plus sot habile. (Cf. L 119.)
+\par
+\par [7] Dieu a mis des talents diff\'e9rents dans l'homme comme il a plant\'e9 des arbres diff\'e9rents dans la nature, en sorte que chaque talent ainsi que chaque arbre a sa propri\'e9t\'e9 et son effet qui leur sont particuliers\~; de l\'e0
+ vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les m\'eames effets du talent le plus commun. De l\'e0 aussi vient qu'il est aussi ridicule
+de vouloir faire des sentences sans en avoir la graine en soi, que de vouloir qu'un parterre produise des tulipes quoiqu'on n'y ait point sem\'e9 d'oignons. (Cf. L 190.)
+\par
+\par [8] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la justification de la beaut\'e9. (Comme L 158.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM389}{\*\bkmkend BM388}[9] La ruine du prochain pla\'eet aux amis et aux ennemis. (Comme L 97.)
+\par
+\par [10] Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses que tant de gens d'esprit emploient si commun\'e9ment\~; les plus habiles affectent de les \'e9viter toute leur vie pour s'en servir \'e0 quelque grande occasion et par quelque grand int\'e9r\'ea
+t. (Cf. L 47.)
+\par
+\par [11] Il y a des hommes que l'on estime\'85, comme L 205, avec toute vertu au singulier.
+\par
+\par [12] La vertu est un fant\'f4me form\'e9 par nos passions \'e0 qui on donne un nom honn\'eate afin de faire impun\'e9ment ce qu'on veut. (Cf. L 187.)
+\par
+\par [13] On ne saurait compter toues les esp\'e8ces de vanit\'e9s. (Cf. L 122.)
+\par
+\par [14] La v\'e9rit\'e9 qui fait les hommes v\'e9ritables\'85, et la suite comme L 81.
+\par
+\par [15] Chaque homme n'est pas plus diff\'e9rent des autres hommes qu'il l'est souvent de lui-m\'eame. (Comme L 99.)
+\par
+\par [16] L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame\'85 Long d\'e9veloppement semblable \'e0 la maxime I de la premi\'e8re \'e9dition (MS I), \'e0 trois petites variantes pr\'e8s\~: il travaille lui-m\'eame \'e0 sa ruine (au lieu de il travaille m\'eame \'e0
+ sa ruine) \endash on le trouve qui triomphe (au lieu de on le retrouve qui triomphe) \endash trouve dans la violence continuelle de ses vagues (au lieu de trouve dans le flux et le reflux de ses vagues continuelles). (Cf. L 94.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM390}{\*\bkmkend BM389}[17] Enfin l'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices\'85, comme L 67, sauf une variante\~: un visage naturel (au lieu de son visage naturel).
+\par
+\par [18] Ces grandes et \'e9clatantes actions\'85, et la suite comme L 126, \'e0 l'exception des derniers mots\~: un effet de jalousie (au lieu de un effet de la jalousie).
+\par
+\par [19] Les passions sont les seuls orateurs\'85, comme au d\'e9but de L 127, jusqu'\'e0 infaillibles.
+\par
+\par [20] Les passions ont une injustice\'85, comme L 164 (\'e0 ceci pr\'e8s que la fin comporte des lapsus qui la rendent inintelligible).
+\par
+\par [21] Tout le monde est plein de pelles qui se moquent du fourgon. (Cf. L 121.)
+\par
+\par [22] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent pas assez d'ordinaire ce qui en est l'origine. (Cf. L 237.)
+\par
+\par [23] On bl\'e2me l'injustice, non par la haine qu'on en a, mais pour le pr\'e9judice qu'on en re\'e7oit. (Cf. L 145.)
+\par
+\par [24] On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par int\'e9r\'eat. (Comme L 157.)
+\par
+\par [25] On ne fait point de distinction dans la col\'e8re\'85, comme L 25.
+\par
+\par [26] Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\'85, comme L 186.
+\par
+\par [27] Peu de gens sont cruels de cruaut\'e9, mais tous les hommes sont cruels d'amour-propre. (Cf. L 176.)
+\par
+\par [28] Dieu a permis, pour punir l'homme du p\'e9ch\'e9 {\*\bkmkstart BM391}{\*\bkmkend BM390}originel\'85, comme L 256.
+\par
+\par [29] Comme dans la nature il y a une \'e9ternelle g\'e9n\'e9ration\'85., comme L 174.
+\par
+\par [30] Quelque industrie qu'on ait \'e0 cacher ses passions\'85, et la suite comme L 179.
+\par
+\par [31] L'int\'e9r\'eat est l'ami de l'amour-propre, de sorte que comme le corps priv\'e9 de son \'e2me est sans vie, sans ou\'efe, sans connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de m\'eame l'amour-propre s\'e9par\'e9, s'il faut dire ainsi, de son int
+\'e9r\'eat, ne vit, n'entend\'85, et la suite comme L 270.
+\par
+\par [32] Les Fran\'e7ais ne sont pas seulement sujets \'e0 perdre, comme la plupart des hommes, le souvenir des bienfaits et des injures, mais ils ha\'efssent ceux qui les ont oblig\'e9s\~; l'orgueil et l'int\'e9r\'eat produisent partout l'ingratitude\'85
+, et la suite comme L 8.
+\par
+\par [33] La cl\'e9mence des princes est une politique\'85, comme L 83
+\par
+\par [34] La cl\'e9mence est un m\'e9lange de gloire, de paresse et de crainte dont nous faisons une vertu. (Cf. L 217.)
+\par
+\par [35] La mod\'e9ration des personnes heureuses est le calme de leur humeur adoucie par la possession du bien. (Cf. d\'e9but de L 77.)
+\par
+\par [36] Nous craignons toutes choses comme mortels\'85, comme L 160, avec le deuxi\'e8me toute chose au singulier.
+\par
+\par [37] Il semble que c'est le diable qui a tout expr\'e8s plac\'e9 la paresse sur la fronti\'e8re de plusieurs vertus. (Comme L {\*\bkmkstart BM392}{\*\bkmkend BM391}209.)
+\par
+\par [38] On n'a plus de raison quand on n'esp\'e8re plus d'en trouver aux autres. (Comme L 149.)
+\par
+\par [39] Les philosophes, et S\'e9n\'e8que surtout\'85, comme L 59.
+\par
+\par [40] Les plus sages le sont dans toutes les choses indiff\'e9rentes\'85, et la suite comme L II.
+\par
+\par [41] Toutes les passions ne sont que les divers degr\'e9s de la chaleur et de la froideur du sang. (Cf. L 251.)
+\par
+\par [42] La sobri\'e9t\'e9 est l'amour de la sant\'e9 ou l'impuissance de manger beaucoup. (Comme L 87.)
+\par
+\par [43] Les grandes \'e2mes ne sont pas celles\'85, comme L 140, sauf la fin\~: les plus grandes vues au lieu de de plus grandes vues.
+\par
+\par [44] La crainte du bl\'e2me et du m\'e9pris qui suivent ceux qui s'enivrent de leur bonheur, c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit, enfin\'85, et la suite comme la fin L 77.
+\par
+\par [45] Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. (Comme L 5.)
+\par
+\par [46] La constance des sages n'est qu'un art avec lequel ils savent renfermer leur agitation dans leur c\'9cur. (Cf. L 16.)
+\par
+\par [47] Ceux qu'on ex\'e9cute affectent quelquefois\'85, comme L 150.
+\par
+\par [48] La philosophie triomphe ais\'e9ment des maux pass\'e9s\'85, comme L 180.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM393}{\*\bkmkend BM392}[49] Peu de gens connaissent la mort\'85, comme L 188.
+\par
+\par [50] On se console souvent d'\'eatre malheureux en effet\'85, comme L 184.
+\par
+\par [51] Quand on ne trouve pas son repos en soi-m\'eame, il est inutile de le chercher ailleurs. (Cf. L 24.)
+\par
+\par [52] Comment peut-on r\'e9pondre si hardiment de soi-m\'eame, puisqu'il faut auparavant pouvoir r\'e9pondre de sa fortune\~? (Cf. L 214.)
+\par
+\par [53] L'amour est \'e0 l'\'e2me de celui qui aime ce que l'\'e2me est au corps qu'elle anime. (Comme L 223.)
+\par
+\par [54] Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on ne peut se plaindre avec justice de la cruaut\'e9 de ses ma\'eetresses, ni de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de son amant. (Cf. L 225.)
+\par
+\par [55] La justice dans les bons juges n'est que l'amour de l'approbation\~; dans les ambitieux, c'est l'amour de leur \'e9l\'e9vation. (Cf. L 110.)
+\par
+\par [56] Comment pr\'e9tendons-nous qu'un autre garde notre secret si nous n'avons pas pu le garder nous-m\'eames\~? (Cf. L 61.)
+\par
+\par [57] Les grands hommes s'abattent et se d\'e9montent\'85, comme L 201, sauf une variante\~: et non pas par celle de leur c\'9cur au lieu de et non pas par celle de leur \'e2me.
+\par
+\par [58] On n'oublie jamais si bien la chose [sic] que quand on s'est lass\'e9 d'en parler. (Cf. L 213.)
+\par
+\par [59] Quoique toutes les passions se dussent cacher\'85, comme L 26
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM394}{\*\bkmkend BM393}[60] La jalousie est raisonnable en quelque mani\'e8re\'85, comme L 27.
+\par
+\par [61] Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant les pers\'e9cutions et leur haine que les bonnes qualit\'e9s que nous avons. (Cf. L 105.)
+\par
+\par [62] Rien n'est impossible de soi\'85, comme L 14.
+\par
+\par [63] Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des d\'e9fauts, c'est la facilit\'e9 que l'on a \'e0 croire ce qu'on d\'e9sire. (Cf. L 269.)
+\par
+\par [64] Si nous n'avions pas de d\'e9fauts, nous ne serions pas si aises d'en remarquer aux autres. (Cf. L 257.)
+\par
+\par [65] Le rem\'e8de de la jalousie est la certitude de ce qu'on a craint\'85, et la suite comme L 240, sauf la fin\~: le doute et les soup\'e7ons au lieu de les doutes et les soup\'e7ons.
+\par
+\par [66] L'orgueil se d\'e9dommage toujours\'85, comme L 21.
+\par
+\par [67] Si nous n'avions pas d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres. (Cf. L 159.)
+\par
+\par [68] L'orgueil est \'e9gal dans tous les hommes\'85, comme L 211.
+\par
+\par [69] L'orgueil a bien plus de part que la bont\'e9 aux remontrances que nous faisons \'e0 ceux qui commettent des fautes\~; et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger que pour leur persuader que nous en sommes exempts. (Cf. L 2.)
+\par
+\par [70] Dieu seul fait les gens de bien\'85, comme L 45.
+\par
+\par [71] Les crimes deviennent innocents et m\'eame glorieux\'85, {\*\bkmkstart BM395}{\*\bkmkend BM394}comme L 37, sauf une variante\~: s massacres de provinces au lieu de les massacres des provinces.
+\par
+\par [72] Ceux qui voudraient d\'e9finir la victoire\'85, comme L 76.
+\par
+\par [73] L'imitation est toujours malheureuse\'85, comme L 189. sauf une variante\~: plaisent au lieu de charment.
+\par
+\par [74] Nous promettons selon nos esp\'e9rances, et nous tenons selon nos craintes. (Comme L 4.)
+\par
+\par [75] L'int\'e9r\'eat fait jouer toute sorte de personnages et m\'eame celui de d\'e9sint\'e9ress\'e9. (Comme L 15.)
+\par
+\par [76] On n'est jamais si ridicule par les qualit\'e9s que l'on a que par celles que l'on affecte d'avoir. (Cf. L 220.)
+\par
+\par [77] L'esp\'e9rance et la crainte sont ins\'e9parables\'85, comme L 261.
+\par
+\par [78] Il ne faut pas s'offenser que les autres nous cachent la v\'e9rit\'e9\'85, comme L 206.
+\par
+\par [79] L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche d'aveugler les uns\'85, comme L 192.
+\par
+\par [80] Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses peuvent difficilement s'appliquer aux grandes\'85, et la suite comme L 85.
+\par
+\par [81] Nous n'avons pas assez de force pour suivre toute notre raison. (Comme L 138.)
+\par
+\par [82] L'homme est conduit lorsqu'il croit se conduire, et pendant que par son espoir [sic] il vise \'e0 un endroit, son c\'9cur s'achemine insensiblement \'e0 un autre. (Cf. L 19.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM396}{\*\bkmkend BM395}[83] Le caprice de l'homme est encore plus bizarre que celui de la fortune. (Cf. L 147.)
+\par
+\par [84] Le d\'e9sir de vivre ou de mourir sont des go\'fbts de l'amour-propre dont il ne faut pas plus disputer que des go\'fbts de la langue ou du choix des couleurs. (Cf. L 243.)
+\par
+\par [85] La f\'e9licit\'e9 est dans le go\'fbt et non pas dans les choses, et c'est pour avoir ce qu'on aime est heureux, et non pas pour avoir ce que les autres trouvent amiable [sic]. (Cf. L 23.)
+\par
+\par [86] On n'est jamais si malheureux qu'on craint, ni si heureux qu'on esp\'e8re. (Comme L 141.)
+\par
+\par [87] Nous ne regrettons pas la perte de nos amis selon leur m\'e9rite, mais selon nos besoins, et selon l'opinion que nous croyons leur avoir donn\'e9e de ce que nous valons. (Cf. L 116.)
+\par
+\par [88] Il est bien malais\'e9 de distinguer la bont\'e9 g\'e9n\'e9rale et r\'e9pandue pour tout le monde de la grande habilet\'e9. (Cf. L 124.)
+\par
+\par [89] La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire infailliblement. (Comme L 134.)
+\par
+\par [90] La confiance que l'on a en soi fait na\'eetre la plus grande partie de celle que l'on a aux autres. (Comme L 248.)
+\par
+\par [91] Ce qui nous emp\'eache souvent de bien juger\'85, comme L 143.
+\par
+\par [92] La d\'e9votion qu'on donne aux princes est un second {\*\bkmkstart BM397}{\*\bkmkend BM396}amour-propre. (Cf. L 91.)
+\par
+\par [93] La fin du bien est un mal, et la fin du mal est un bien. (Cf. L 210.)
+\par
+\par [94] Les biens et les maux sont plus grands dans notre imagination\'85, comme L 102.
+\par
+\par [95] Ceux qui se sentent du m\'e9rite\'85, comme L 129, \'e0 un mot pr\'e8s\~: poursuivre au lieu de pers\'e9cuter.
+\par
+\par [96] Rien ne doit tant diminuer la satisfaction\'85, comme L 137.
+\par
+\par [97] Quelque disproportion qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant toujours une certaine proportion de biens et de maux qui les rend \'e9gales. (Cf. L 28.)
+\par
+\par [98] Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune, qui fait les h\'e9ros. (Comme L 31.)
+\par
+\par [99] Le m\'e9pris des richesses \'e9tait dans les philosophes\'85, et la suite comme L 89, \'e0 un mot pr\'e8s\~: garantir au lieu de d\'e9dommager.
+\par
+\par [99 bis] Les philosophes ne condamnent les richesses\'85, comme L 62, sauf une variante\~: elles nourrissent et accroissent les crimes comme le bois entretient le feu, au lieu de\~
+: elles nourrissent et accroissent les vices, comme le bois entretient et augmente le feu.
+\par
+\par [100] Comme la plus heureuse personne du monde\'85, comme L 38, sauf une variante\~: puisqu'il leur faut au lieu de qu'il leur faut.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM398}{\*\bkmkend BM397}[101] La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de ces faveurs [sic]. C'est aussi la rage de n'avoir pas la faveur qui console et adoucit [sic] par le m\'e9pris des favoris\~; c'est a
+ussi une secr\'e8te envie de la d\'e9truire qui fait que nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant que leur \'f4ter ce qui leur attire celles de tout le monde [sic]. (Cf. L 98.)
+\par
+\par [102] Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9\'85, comme L 195, sauf une variante\~: lui-m\'eame au lieu de soi-m\'eame.
+\par
+\par [103] Ce qui fait tant disputer contre les maximes\'85, comme L 245.
+\par
+\par [104] Pour s'\'e9tablir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y para\'eetre \'e9tabli. (Comme L 171.)
+\par
+\par [105] Quoique la vanit\'e9 des ministres\'85, comme L 198, sauf une variante, elle suit au lieu de elles sont
+\par
+\par [106] Il semble que plusieurs de nos actions aient des \'e9toiles heureuses et malheureuses\'85, et la suite comme L 262.
+\par
+\par [107] On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni de malheureux accidents\'85, comme L 34, sauf la fin\~: \'e0 leur pr\'e9judice les plus avantageux, au lieu de les plus avantageux \'e0 leur pr\'e9judice.
+\par
+\par [108] La sinc\'e9rit\'e9 c'est une naturelle ouverture du c\'9cur\'85, et la suite comme L 43.
+\par
+\par [109] Le vrai ne fait pas tant de mal dans le monde que le {\*\bkmkstart BM399}{\*\bkmkend BM398}vraisemblable y fait de mal (Cf. L 234)
+\par
+\par [110] On \'e9l\'e8ve la prudence jusqu'au ciel\'85, comme L 55, sauf les variantes suivantes\~: de nos actions et de notre conduite (au lieu de de nos actions et de nos conduites) \endash
+ tout le secours que nous demandons (au lieu de tous les secours que nous demandons) \endash quand il veut (au lieu de quand il lui pla\'eet) \endash \'e0 la Providence (au lieu de \'e0 sa providence).
+\par
+\par [111] Un habile homme doit savoir r\'e9gler\'85, comme L 146. sauf la fin\~: nous ne la faisons pas servir pour obtenir les plus consid\'e9rables, au lieu de nous ne les faisons pas assez servir \'e0 obtenir les plus consid\'e9rables.
+\par
+\par [112] Il est malais\'e9 de d\'e9finir l'amour\'85, comme L 30, sauf une variante\~: et dans le corps que ce n'est, au lieu de et dans le corps ce n'est.
+\par
+\par [113] Il n'y a point d'amour pur et exempt de m\'e9lange des autres passions\'85, et la suite comme L 117
+\par
+\par [114] Il n'y a point de d\'e9guisement\'85 comme L 224.
+\par
+\par [115] Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus \'e0 la haine qu'\'e0 l'amiti\'e9. (Cf. L 219.)
+\par
+\par [116] Il y a beaucoup de femmes qui ont jamais fait [sic] de galanterie, mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais fait qu'une. (Cf. L 222.)
+\par
+\par [117] Le pouvoir que les personnes que nous aimons\'85, comme L 267.
+\par
+\par [118] On bl\'e2me ais\'e9ment les d\'e9fauts des autres\'85, comme L {\*\bkmkstart BM400}{\*\bkmkend BM399}212.
+\par
+\par [119] Il n'y a que d'une sorte d'amour, mais il y en a de mille diff\'e9rentes copies. (Cf. L 263.)
+\par
+\par [120] L'amour aussi bien que le feu\'85, comme L 264
+\par
+\par [121] Il est de l'amour comme de l'apparition des esprits\~: tout le monde en parle et peu de gens en ont vu. (Cf. L 265.)
+\par
+\par [122] L'amour pr\'eate son nom \'e0 un nombre infini de commerces\'85, comme L 266.
+\par
+\par [123] L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice. (Comme L 151.)
+\par
+\par [124] La justice n'est qu'une vive appr\'e9hension qu'on ne nous \'f4te ce qui nous appartient\~; de l\'e0 vient cette consid\'e9ration et ce respect pour tous les int\'e9r\'eats du prochain et cette scrupuleuse application \'e0 ne lui faire aucun pr\'e9
+judice. Cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune lui ont donn\'e9s, et sans cette crainte il ferait des courses continuelles sur les autres. (Cf. L 109.)
+\par
+\par [125] Ce qui rend nos amiti\'e9s si l\'e9g\'e8res et si changeantes\'85, comme L 6.
+\par
+\par [126] La r\'e9conciliation avec nos ennemis\'85, comme L 104.
+\par
+\par [127] Rien ne prouve tant que les philosophes\'85, comme L 208.
+\par
+\par [128] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que dans les nouvelles inqui\'e9tudes. (Cf. L 239.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM401}{\*\bkmkend BM400}[129] Il y a des reproches qui louent et des louanges qui m\'e9disent. (Comme L 193.)
+\par
+\par [130] L'amiti\'e9 la plus sainte et la plus sacr\'e9e\'85, comme L 22.
+\par
+\par [131] Nous nous persuadons souvent d'aimer des gens plus puissants\'85, et la suite comme L 7.
+\par
+\par [132] Le jugement n'est autre chose que la lumi\'e8re de l'esprit\'85, comme L 41, sauf ces diff\'e9rences, c'est la mesure de sa lumi\'e8re (au lieu de est la mesure de sa lumi\'e8re) \endash La d\'e9licatesse aper\'e7
+oit l'imperceptible, et le jugement prononce ce qu'elle sent (au lieu de. La d\'e9licatesse aper\'e7oit les imperceptibles. Et le jugement prononce ce qu'elles sont.) \endash Si on les examine bien (au lieu de. Si on l'examine bien). \endash
+ Suivie de L 44. La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9.
+\par
+\par [133] La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense toujours des choses honn\'eates et d\'e9licates. (Cf. L 68.)
+\par
+\par [134] La galanterie de l'esprit est un tout de l'esprit\'85, comme L 69.
+\par
+\par [135] Il y a de jolies choses que l'esprit ne cherche point\'85, comme L 133. sauf une variante\~: le diamant au lieu de les diamants.
+\par
+\par [136] L'esprit est toujours la dupe du c\'9cur. (Comme L 178.)
+\par
+\par [137] On peut conna\'eetre son esprit, mais qui peut conna\'eetre {\*\bkmkstart BM402}{\*\bkmkend BM401}son c\'9cur\~? (Comme L 233.)
+\par
+\par [138] Les affaires et les actions des grands hommes, comme les statues, ont leur point de perspective. Il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s pour en discerner toutes les circonstances\~; il y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on est
+\'e9loign\'e9. (Cf. L 60.)
+\par
+\par [139] Pour savoir, il faut savoir le d\'e9tail des choses, et comme il est infini, de l\'e0 vient qu'il y a si peu de gens qui sont savants, et que nos connaissances sont superficielles et imparfaites, et qu'on d\'e9crit des choses au lieu de les d\'e9f
+inir\'85, et la suite comme L 123
+\par
+\par [140] On est au d\'e9sespoir d'\'eatre tromp\'e9 par ses ennemis\'85, comme L 10.
+\par
+\par [141] Il est aussi facile de se tromper soi-m\'eame\'85, et la suite comme L 13.
+\par
+\par [142] Rien n'est plus divertissant que de voir deux hommes assembl\'e9s, l'un pour demander conseil, et l'autre pour le donner\~; l'un para\'eet avec une d\'e9f\'e9
+rence respectueuse, et dit qu'il vient recevoir des instructions pour sa conduite et soumettre ses sentiments\~; et son dessein, le plus souvent, est de faire passer les siens, et de
+rendre celui qu'il vient consulter garant de l'affaire qu'il lui propose. Celui qui conseille paie d'abord la confiance de son ami des marques d'un z\'e8le ardent et d\'e9sint\'e9ress\'e9, et il cherche\'85, et la suite comme L 56.
+\par
+\par [143] La plus d\'e9li\'e9e de toutes les finesses\'85\~; comme L 64, {\*\bkmkstart BM403}{\*\bkmkend BM402}sauf une variante\~: qu'on nous tend, au lieu de que l'on nous tend.
+\par
+\par [144] L'intention de ne jamais tromper nous expose \'e0 \'eatre souvent tromp\'e9s\~: (Comme L 95.)
+\par
+\par [145] La coutume que nous avons de nous d\'e9guiser aux autres\'85, comme L 101.
+\par
+\par [146] La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le v\'e9ritable dessein de trahir. (Comme L 135.)
+\par
+\par [147] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impun\'e9ment. (Comme L 231.)
+\par
+\par [148] Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit\'85, comme L 48.
+\par
+\par [149] La finesse n'est qu'une pauvre habilet\'e9. (Comme L 44.)
+\par
+\par [150] On est sage pour les autres personnes, personne ne l'est assez pour soi-m\'eame. (Cf. L 247.)
+\par
+\par [151] Quand la vanit\'e9 ne fait point parler, on n'a pas envie de dire grand'chose. (Comme L 42.)
+\par
+\par [152] On aime mieux dire du mal de soi que de n'en point parler. (Comme L 96.)
+\par
+\par [153] Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens\'85, comme L 106, sauf deux variantes\~: ce qu'on lui dit. Les plus habiles (au lieu de ce qu'on lui dit, et que les plus habiles) \endash une pr\'e9cipitation pour retourner (au lieu de une pr
+\'e9cipitation de retourner).
+\par
+\par [154] Un homme d'esprit serait souvent bien embarrass\'e9 sans {\*\bkmkstart BM404}{\*\bkmkend BM403}la compagnie des sots. (Cf. L 131.)
+\par
+\par [155] On se vante souvent de ne se point ennuyer\'85, et la suite comme L 142.
+\par
+\par [156] On ne loue que pour \'eatre lou\'e9. (Comme L 154.)
+\par
+\par [157] Comme c'est le caract\'e8re des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche ont l'air [sic] de parler beaucoup et de ne dire rien. (Cf. L 252.)
+\par
+\par [158] C'est plut\'f4t par l'estime de nos sentiments\'85, comme L 18.
+\par
+\par [159] On n'aime point \'e0 louer, on ne loue personne jamais sans int\'e9r\'eat\'85, et la suite comme L 29, sauf la fin\~: on louerait moins le duc de Turenne et Monsieur le Prince si on ne voulait pas les bl\'e2mer tous deux, au lieu de\~
+: on louerait moins Monsieur le Prince et Monsieur de Turenne si on ne voulait pas les bl\'e2mer tous les deux.
+\par
+\par [160] Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le bl\'e2me qui leur est utile \'e0 la louange qui les trahit [sic]. (Cf. L 161.)
+\par
+\par [161] La modestie qui semble refuser les louanges n'est en effet qu'un d\'e9sir d'en avoir de plus d\'e9licates. (Comme L 20.)
+\par
+\par [162] La nature fait le m\'e9rite et la fortune le met en \'9cuvre. (Comme L 79.)
+\par
+\par [163] Il y a des gens dont le m\'e9rite consiste \'e0 dire\'85, comme L 183.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM405}{\*\bkmkend BM404}[164] Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualit\'e9s, il en faut avoir l'\'e9conomie. (Comme L 194.)
+\par
+\par [165] On se m\'e9compte toujours dans le jugement\'85, comme L 196.
+\par
+\par [166] Il faut une certaine proportion\'85, comme L 197, sauf une variante\~: sans lesquels au lieu de sans laquelle.
+\par
+\par [167] On admire tout ce qui \'e9blouit\'85, comme L 185, sauf une variante\~: d\'e9robe souvent l'estime, au lieu de d\'e9robe l'estime.
+\par
+\par [168] Il y a une infinit\'e9 de conduites qui ont un ridicule apparent et qui dans leurs raisons cach\'e9es sont tr\'e8s sages et tr\'e8s solides. (Cf. L 259.)
+\par
+\par [169] Le monde, ne connaissant pas le v\'e9ritable m\'e9rite\'85, et la suite comme L 165, \'e0 une variante pr\'e8s\~: de belles qualit\'e9s (sans le mot apparentes).
+\par
+\par [170] L'esp\'e9rance, toute vaine et fourbe qu'elle est d'ordinaire, sert au moins \'e0 nous mener \'e0 la fin de la vie par un beau chemin agr\'e9able. (Cf. L 215.)
+\par
+\par [171] La honte, la paresse et la timidit\'e9 conservent toutes seules le m\'e9rite\'85, et la suite comme L 148.
+\par
+\par [172] Il n'y a que Dieu qui sache\'85, comme L 155.
+\par
+\par [173] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le c\'9cur\'85, comme L 166, sauf une variante\~: d\'e9go\'fbtent des qualit\'e9s, au lieu de d\'e9go\'fbtent avec des qualit\'e9s.
+\par
+\par [174] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'int\'e9r\'eat comme les fleuves se perdent dans la mer. (Comme {\*\bkmkstart BM406}{\*\bkmkend BM405}L 204.)
+\par
+\par [175] La constance en amour est une inconstance perp\'e9tuelle\'85, comme L 115. Suivie de\~: La dur\'e9e de l'amour et ce qu'on appelle ordinairement la constance sont deux sortes de choses bien diff\'e9rentes la premi\'e8
+re vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'amour, comme dans une source in\'e9puisable\~; la seconde vient de ce que l'on se fait un honneur de tenir sa parole (cf. L 226).
+\par
+\par [176] La pers\'e9v\'e9rance n'est digne de bl\'e2me ni de louange\'85, comme L 78, avec un mot de plus \'e0 la fin\~: qu'on ne se donne point (au lieu de qu'on ne se donne).
+\par
+\par [177] Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable\'85, comme L 175.
+\par
+\par [178] Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant\'85, et la suite comme L 139.
+\par
+\par [179] Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage qu'elles nous causent. (Comme L 92.)
+\par
+\par [180] Il y a deux sortes d'inconstances\'85, comme L 86, sauf la fin\~: qui vient du d\'e9go\'fbt des choses, au lieu de\~: vient de la [fin] du go\'fbt des choses que l'on aimait.
+\par
+\par [181] Les vices entrent dans la composition des vertus\'85, comme L 227.
+\par
+\par [182] Nous avouons nos d\'e9fauts pour r\'e9parer le pr\'e9judice qu'ils nous font dans l'esprit des autres par l'impression que nous donnons de la justice des n\'f4tres [sic]. (Cf. L {\*\bkmkstart BM407}{\*\bkmkend BM406}82.)
+\par
+\par [183] Il y a des h\'e9ros en mal comme en bien. (Comme L 93.)
+\par
+\par [184] On hait souvent les vices, mais on m\'e9prise toujours le manque de vertu. (Comme L 118.)
+\par
+\par [185] La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps, et quelque \'e9loign\'e9s que nous paraissions des passions que nous n'avons pas encore ressenties, il faut croire toutefois qu'on n'est pas moins expos\'e9 que l'on est \'e0
+ tomber malade quand on se porte bien. (Cf. L 144.)
+\par
+\par [186] On n'est pas moins expos\'e9 aux rechutes des maladies de l'\'e2me\'85, comme L 218, sauf les diff\'e9rences suivantes\~: une rel\'e2che au lieu de un rel\'e2che \endash n\'e9cessairement au lieu de successivement \endash s'il \'e9
+tait permis au lieu de s'ils nous \'e9tait permis.
+\par
+\par [187] Il n'appartient qu'aux grands hommes d'avoir de grands d\'e9fauts. (Comme L 203)
+\par
+\par [188] Quand il n'y a que nous qui sachions nos crimes, ils sont bient\'f4t oubli\'e9s. (Comme L 168.)
+\par
+\par [189] Le d\'e9sir de para\'eetre habile emp\'eache souvent de le devenir\'85, comme L 238, sauf une variante\~: plus \'e0 le para\'eetre au lieu de plus \'e0 para\'eetre.
+\par
+\par [190] Les faux honn\'eates gens sont ceux qui d\'e9guisent la corruption\'85, comme L 9.
+\par
+\par [191] Le vrai honn\'eate homme c'est celui qui ne se pique de rien. (Comme L 39.)
+\par
+\par [192] La s\'e9v\'e9rit\'e9 des femmes est un ajustement\'85, et la {\*\bkmkstart BM408}{\*\bkmkend BM407}suite comme L 75, sauf deux variantes\~: la leur au lieu de le leur \endash c'est un attrait au lieu de c'est enfin un attrait.
+\par
+\par [193] La chastet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos. (Comme L 88.)
+\par
+\par [194] C'est \'eatre v\'e9ritablement honn\'eate homme que de bien vouloir \'eatre examin\'e9 des honn\'eates gens en tous temps et sur tous les sujets qui se pr\'e9sentent (Cf. L 242.)
+\par
+\par [195] L'enfance nous suit dans tous les temps de la vie\'85, comme L I.
+\par
+\par [196] Il y a des gens niais qui se connaissent niais et qui emploient habilement leur niaiserie. (Comme L 120.)
+\par
+\par [197] Comme si ce n'\'e9tait pas assez \'e0 l'amour-propre\'85, comme L 107-108, sauf les variantes suivantes\~:
+\par
+\par Dans la partie correspondant \'e0 L 107\~: transformer les objets (au lieu de transformer ses objets) \endash mais soudainement il change l'\'e9tat et la nature des choses (au lieu de mais aussi, comme si ses actions \'e9taient des miracles, il change l'
+\'e9tat et la nature des choses soudainement) \endash juge de ses actions (au lieu de juge ses actions) \endash il donne \'e0 ses d\'e9fauts une \'e9tendue qui les rend \'e9normes, et il met (au lieu de il donne m\'eame une \'e9tendu \'e0 ses d\'e9
+fauts qui les rend \'e9normes, et met) \endash la r\'e9concilie (au lieu de l'a r\'e9concili\'e9e) \endash un fort grand du biais (au lieu de un fort grand des biais) Dans la partie correspondant \'e0 L 108\~: l'oubli ou l'infid\'e9lit\'e9 de ce qu'il
+{\*\bkmkstart BM409}{\*\bkmkend BM408}aime (au lieu de un visible oubli ou infid\'e9lit\'e9 d\'e9couverte) \endash m\'e9diter pour sa vengeance tout ce que cette passion inspire de plus violent (au lieu de conjure[r] le ciel et les enfers contre sa ma
+\'eetresse) \endash N\'e9anmoins, aussit\'f4t que sa vue (au lieu de et n\'e9anmoins, aussit\'f4t qu'elle s'est pr\'e9sent\'e9e et que sa vue) \endash aux mauvaises actions (au lieu de aux actions mauvaises).
+\par
+\par [198] L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet\'85, comme L 114, sauf la fin, et nos d\'e9fauts au lieu de et tous nos d\'e9fauts
+\par
+\par [199] Qui vit sans folie n'est pas si sage qu'il croit. (Comme L 200.)
+\par
+\par [200] En vieillissant on devient plus fou et plus sage. (Comme L 260.)
+\par
+\par [201] Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles\'85, comme L 173, \'e0 un mot pr\'e8s\~: raconte au lieu de chante.
+\par
+\par [202] La plupart des gens ne voient dans les hommes\'85, comme L 202.
+\par
+\par [203] La parfaite valeur et la poltronnerie compl\'e8te sont des extr\'e9mit\'e9s o\'f9 l'on arrive rarement\'85, et la suite comme L 54, sauf les variantes suivantes\~: qu'entre les visages (au lieu de qu'il y en a entre les visages) \endash
+ elle donne la libert\'e9 au lieu de leur donne la libert\'e9 \endash un autre m\'e9nagement plus g\'e9n\'e9ral (au lieu de un autre m\'e9nage plus g\'e9n\'e9ral) \endash une certitude de r\'e9ussir (au lieu de une certitude d'en revenir).
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM410}{\*\bkmkend BM409}[204] La pure valeur (s'il en avait)\'85, comme L 65, sauf la fin\~: tout le monde au lieu de le monde.
+\par
+\par [205] L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire de l'\'e2me\'85, comme L 66, sauf deux variantes, dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles (au lieu de dans les accidents les plus terribles et les plus surprenants) \endash
+ dans la conjuration (au lieu de dans les conjurations) \endash qui leur est n\'e9cessaire (au lieu de qui lui est n\'e9cessaire).
+\par
+\par [206] L'approbation que l'on donne \'e0 l'esprit, \'e0 la beaut\'e9, \'e0 la valeur\'85, et la suite comme L 136.
+\par
+\par [207] La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la perfection\'85, comme L 163, sauf l'omission des mots car il est certain qu'.
+\par
+\par [208] La politesse des \'c9tats est le commencement de la d\'e9cadence\'85, et la suite comme L 72.
+\par
+\par [209] De toutes les passions celle qui est la plus inconnue c'est la paresse\'85, comme L 253, sauf les variantes suivantes\~: les plus grands vaisseaux (au lieu de les plus grands navires) \endash et que les plus grandes temp\'ea
+tes (au lieu de et les plus grandes temp\'eates) \endash et ses opini\'e2tres r\'e9solutions (au lieu de et ses plus opini\'e2tres r\'e9solutions) \endash et pour donner enfin (au lieu de et enfin, pour donner) \endash
+ et qui la fait renoncer (au lieu de et la fait renoncer).
+\par
+\par [210] L'amour de la gloire, plus encore la crainte de la honte\'85, et la suite comme L 33, sauf une variante\~: font {\*\bkmkstart BM411}{\*\bkmkend BM410}cette valeur au lieu de fait cette valeur.
+\par
+\par [211] La valeur dans le simple soldat est un m\'e9tier p\'e9rilleux qu'ils ont pris pour gagner leur vie [sic]. (Cf. L 36.)
+\par
+\par [212] La plupart des hommes s'exposent assez \'e0 la guerre\'85, comme L 153.
+\par
+\par [213] La vanit\'e9 et la honte, et surtout le temp\'e9rament, font\'85, et la suite comme L 182.
+\par
+\par [214] On ne veut point perdre la vie\'85, comme L 35, sauf une variante\~: dans les parties, au lieu de dans la justice.
+\par
+\par [215] Plusieurs personnes s'inqui\'e8tent du devoir de la reconnaissance\'85, et la suite comme L 170.
+\par
+\par [216] Ce qui fait tout le m\'e9compte que nous voyons dans la reconnaissance\'85, comme L 181.
+\par
+\par [217] On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude. (Comme L 230.)
+\par
+\par [218] Rien n'est si contagieux que l'exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui ne produisent infailliblement leur pareil\~: l'imitation du bien vient de l'\'e9mulation, et des maux [sic] de l'exc\'e8s de la malignit\'e9
+ naturelle, qui, \'e9tant comme retenue prisonni\'e8re par la honte, est mise en libert\'e9 par l'exemple. (Cf. L III.)
+\par
+\par [219] Quelque pr\'e9texte que nous donnions \'e0 nos afflictions.., comme L 17.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM412}{\*\bkmkend BM411}[220] Il y a dans les afflictions une esp\'e8ce d'hypocrisie, car sous pr\'e9texte de pleurer la perte d'une personne qui nous est ch\'e8re, nous pleurons la n\'f4tre, c'est-\'e0
+-dire la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre consid\'e9ration\'85, et la suite comme L 57-58, sauf les variantes suivantes\~:
+\par
+\par Dans la partie correspondant \'e0 L 57\~: parce qu'elle impose (au lieu de et qui impose) \endash qu'elle \'e9galerait la dur\'e9e de leur d\'e9plaisir, leur propre vie (texte manifestement fautif, au lieu de qu'elles \'e9galeront la dur\'e9e de leur d
+\'e9plaisir \'e0 leur propre vie) \endash d'ordinaire (au lieu de pour l'ordinaire) \endash Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui m\'e8nent \'e0
+ la gloire, elles s'efforcent de se rendre (au lieu de parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins \'e0 la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre)
+\par
+\par Dans la partie correspondant \'e0 L 58\~: Il y a, outre ce que nous avons dit, encore quelques esp\'e8ces de larmes (au lieu de Outre ce que nous avons dit, il y a encore quelques autres esp\'e8ces de larmes) \endash on pleure pour \'ea
+tre plaint, on pleure pour \'eatre pleur\'e9, enfin on pleure de la honte de ne pleurer pas (au lieu de on pleure pour \'eatre pleur\'e9, et on pleure enfin de honte de ne pas pleurer).
+\par
+\par [221] Nous ne sommes pas difficiles \'e0 consoler\'85, comme L 167.
+\par
+\par [222] Nul ne m\'e9rite d'\'eatre lou\'e9 de bont\'e9 s'il n'a pas la {\*\bkmkstart BM413}{\*\bkmkend BM412}force et la hardiesse de pouvoir \'eatre m\'e9chant. Toute autre bont\'e9 n'est en effet qu'une privation du vice, ou plut\'f4t la timidit\'e9
+ du vice et son endormissement. (Cf. L 112.)
+\par
+\par [223] Qui consid\'e9rera superficiellement tous les effets de la bont\'e9 qui nous fait sortir hors de nous-m\'eames\'85, et la suite comme L 52, sauf une variante\~: la bont\'e9
+ est le plus prompt de tous les moyens dont se sert l'amour-propre (au lieu de\~: la bont\'e9 est en effet le plus prompt de tous les moyens dont l'amour-propre se sert). En outre la maxime est incompl\'e8te\~: elle s'interrompt brusquement apr\'e8
+s les mots plus riche et plus
+\par
+\par [224] Il n'est pas si dangereux de faire du mal \'e0 la plupart des hommes que de leur faire trop de bien. (Comme L 244.)
+\par
+\par [225] Rien ne nous pla\'eet tant que la confiance des grands.., comme L 49.
+\par
+\par [226] On ne sait si on peut dire de l'agr\'e9ment\'85, et la suite comme L 258, sauf une variante\~: de traits ensemble au lieu de des traits ensemble.
+\par
+\par [227] La coquetterie est le fond de l'humeur de toutes les femmes\'85, et la suite comme L 130, sauf une variante\~: renferm\'e9e au lieu de enferm\'e9e.
+\par
+\par [228] On incommode toujours les autres quand on est persuad\'e9 de ne les pouvoir jamais incommoder. (Comme L 125.)
+\par
+\par [229] La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le {\*\bkmkstart BM414}{\*\bkmkend BM413}prix des choses. (Cf. L 156.)
+\par
+\par [230] La v\'e9ritable \'e9loquence consiste \'e0 dire tout ce qu'il faut et \'e0 ne dire que ce qu'il faut. (Cf. L 128)
+\par
+\par [231] Il y a des personnes \'e0 qui les d\'e9fauts si\'e9ent bien, et d'autres qui sont disgraci\'e9es de leurs bonnes qualit\'e9s. (Cf. L 103.)
+\par
+\par [232] Il est aussi ordinaire de voir changer les go\'fbts qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations (Cf. L 272.)
+\par
+\par [233] On ne bl\'e2me le vice et on ne loue la vertu que par int\'e9r\'eat. (Comme L 157.)
+\par
+\par [234] La g\'e9n\'e9rosit\'e9 est un d\'e9sir de briller\'85, et la suite comme L 40, sauf la fin\~: pour aller plus t\'f4t \'e0 un plus grand int\'e9r\'eat (au lieu de\~: pour aller promptement \'e0 une grande r\'e9putation).
+\par
+\par [235] La fid\'e9lit\'e9 est une invention rare de la r\'e9putation par laquelle un homme\'85, et la suite comme L 90.
+\par
+\par [236] La magnanimit\'e9 m\'e9prise tout pour avoir tout. (Comme L 254.)
+\par
+\par [237] Il est aussi ordinaire de voir changer les go\'fbts que de voir changer les inclinations. (Cf. L 272.)
+\par
+\par [238] L'int\'e9r\'eat donne toutes sortes de vertus et de vices. (Cf. L 169.)
+\par
+\par [239] L'humilit\'e9 n'est souvent qu'une feinte soumission que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde\~; c'est un mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse {\*\bkmkstart BM415}{\*\bkmkend BM414}devant les hommes pour s'\'e9
+lever sur eux. C'est ce qui fait les bons ou les mauvais com\'e9diens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou d\'e9plaisent. C'est son plus grand d\'e9guisement et son premier stratag\'e8me. C'est comme il est sans doute que le Prot\'e9
+e des fables n'a jamais \'e9t\'e9\~; il en est un v\'e9ritable dans la nature\'85, et la suite comme L 53, sauf les variantes suivantes\~: sous toutes ses figures (au lieu de sur toutes ses figures) \endash
+ sa parole douce et respectueuse, pleine de l'estime (au lieu de ses paroles douces et respectueuses, pleines de l'estime) \endash Il ne re\'e7oit les charges auxquelles on l'\'e9l\'e8ve (au lieu de et ne re\'e7oit les charges o\'f9 on l'\'e9l\'e8ve).
+
+\par
+\par [240] Les peines [sic] et les sentiments ont chacun un ton de voix\'85, et la suite comme L 132, sauf une variante les bons ou les mauvais com\'e9diens, au lieu de les bons et les mauvais com\'e9diens.
+\par
+\par [241] Dans toutes les professions et dans tous les arts\'85, comme L 172.
+\par
+\par [242] La civilit\'e9 est une envie d'en recevoir\~; c'est aussi un d\'e9sir d'\'eatre estim\'e9 poli. (Comme L 80.)
+\par
+\par [243] La piti\'e9 est souvent un sentiment de nos propres maux dans les sujets \'e9trangers. C'est une habile pr\'e9voyance\'85, et la suite comme L 51, sauf les variantes suivantes\~: en de semblables occasions (au lieu de dans de semblables occasions)
+\endash de quelques infortunes (au lieu de de quelque infortune) \endash des biens que nous nous faisons anticip\'e9s (au {\*\bkmkstart BM416}{\*\bkmkend BM415}lieu de des biens anticip\'e9s que nous nous faisons).
+\par
+\par [244] On ne croit pas ais\'e9ment ce qui est au-del\'e0 de ce que nous voyons. (Comme L 236)
+\par
+\par [245] Il n'y a point de lib\'e9ralit\'e9 et ce n'est que la vanit\'e9 de donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons. (Comme L 32.)
+\par
+\par [246] La petitesse d'esprit fait l'opini\'e2tret\'e9. (Cf. L 235.)
+\par
+\par [247] On s'est tromp\'e9 quand on a cru\'85, comme L 84, sauf deux variantes\~: triomphent (au lieu de triomphaient) \endash enfin elle \'e9mousse (au lieu de et enfin elle \'e9mousse).
+\par
+\par [248] La promptitude avec laquelle nous croyons le mal\'85, comme L 268.
+\par
+\par [249] Nous r\'e9cusons tous les jours des juges pour les plus petits int\'e9r\'eats, et nous faisons d\'e9pendre notre gloire et notre r\'e9putation, q
+ui sont les plus grands biens du monde, du jugement des hommes qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur malignit\'e9, ou par leur pr\'e9occupation, ou par leur sottise\~; et c'est pour obtenir d'eux un arr\'ea
+t en notre faveur que nous exposons notre repos et notre vie en cent mani\'e8res, et que nous les condamnons \'e0 une infinit\'e9 de soucis, de peines et de travaux. (Cf. L 46)
+\par
+\par [250] L'honneur acquis est caution de celui qu'on doit acqu\'e9rir. (Comme L 191.)
+\par
+\par [251] La jeunesse est une ivresse continuelle\~; c'est la {\*\bkmkend BM416}fi\'e8vre de la sant\'e9, c'est la folie de la raison. (Comme L 250.)
+\par
+\par [252] La nature, qui se vante d'\'eatre toujours sensible, est dans la moindre occasion \'e9touff\'e9e par l'int\'e9r\'eat (Comme L 199.)
+\par
+\par [253] La magnanimit\'e9 est assez d\'e9finie par son nom\~; n\'e9anmoins on pourrait dire que c'est le bon sens de l'orgueil et la voie la plus noble pour recevoir des louanges. (Cf. L 216.)
+\par
+\par [254] On peut toujours ce qu'on veut, pourvu qu'on le veuille bien. (Comme L 249.)
+\par
+\par [255] Nous ne nous apercevons que des emportements.., comme L 50.
+\par
+\par [256] Chacun pense \'eatre plus fin que les autres. On peut \'eatre plus fin qu'un autre, mais non pas plus fin que tous les autres. (Cf. L 113.)
+\par
+\par [257] L'homme est si mis\'e9rable que, tournant toute sa conduite \'e0 satisfaire ses passions, il g\'e9mit incessamment sur leur tyrannie\'85, et la suite comme L 255, sauf une variante\~
+: du chagrin de sa maladie, au lieu de des chagrins de ses maladies.
+\par
+\par [258] Les biens et les maux qui nous arrivent\'85, comme L 228.
+\par
+\par [259] Rien ne nous prouve davantage combien la mort est redoutable\'85, et la suite comme L 207.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744874}Variantes tir\'e9es du manuscrit Gilbert attest\'e9es par l'\'e9dition des grands \'e9crivains
+{\*\bkmkend _Toc97744874}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744875}1 Variantes se rapportant a des maximes de l'\'e9dition de 1678.{\*\bkmkend _Toc97744875}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart BM418}\'c9pigraphe. \endash Nous sommes pr\'e9occup\'e9s de telle sorte\'85, comme L 3 et B 1.
+\par
+\par Max. 1. \endash De plusieurs actions diverses\'85, comme B 2.
+\par
+\par Max. 6. \endash La passion fait souvent un sot du plus habile homme et rend souvent les plus sots habiles.
+\par
+\par Max. 8. \endash Les passions sont les seuls orateurs\'85, comme B 19.
+\par
+\par Max. 9. \endash Les passions ont une injustice et un propre int\'e9r\'eat qui fait qu'elles offensent et blessent toujours, m\'eame lorsqu'elles parlent raisonnablement et \'e9quitablement. La charit\'e9 a seule le privil\'e8
+ge de dire tout ce qui lui pla\'eet et de ne blesser jamais personne.
+\par
+\par Max. 10. \endash D\'e9but plus d\'e9velopp\'e9\~: Comme dans la nature il y a une \'e9ternelle g\'e9n\'e9ration, et que la mort d'une chose est toujours la production d'une autre, de m\'eame il y a dans le c\'9cur humain\'85
+\par
+\par Max. 11. \endash D\'e9but plus d\'e9velopp\'e9\~: Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable, est v\'e9ritable dans la physique\~; mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale, et que les passions\'85
+\par
+\par Max. 12. \endash Comme la Ire \'e9dition (Quelque industrie que l'on ait\'85, I 12).
+\par
+\par Max. 14. \endash Les Fran\'e7ais ne sont pas seulement sujets \'e0 {\*\bkmkstart BM419}{\*\bkmkend BM418}perdre\'85, comme B 32.
+\par
+\par Max. 15. \endash Manque le mot souvent.
+\par
+\par Max. 16. \endash La cl\'e9mence est un m\'e9lange de gloire, de presse et de crainte, dont nous faisons une vertu. (Comme B 34.)
+\par
+\par Max. 18. \endash Des mots ajout\'e9s\~: pour la d\'e9finir intimement (et enfin, pour la d\'e9finir intimement, la mod\'e9ration des hommes\'85).
+\par
+\par Max. 21. \endash Ceux qu'on fait mourir affectent\'85, et la suite comme L 150 et B 47.
+\par
+\par Max. 22. \endash La philosophie ne fait des merveilles que contre les maux pass\'e9s ou contre ceux qui ne sont pas pr\'eats d'arriver, mais elle n'a pas grande vertu contre les maux pr\'e9sents.
+\par
+\par Max. 23. \endash Peu de gens connaissent la mort\'85, comme L 188 et B 49.
+\par
+\par Max. 24. \endash Fin de la maxime, apr\'e8s leurs infortunes\~: cela fait voir manifestement qu'\'e0 une grande vanit\'e9 pr\'e8s les h\'e9ros sont faits comme les autres hommes.
+\par
+\par Max. 29. \endash Le mal que nous faisons aux autres ne nous attire point tant leur pers\'e9cution et leur haine que les bonnes qualit\'e9s que nous avons. (Comme SL 107.)
+\par
+\par Max. 31. \endash Comme la Ire \'e9dition (Si nous n'avions point de d\'e9fauts\'85, I 34, et aussi L 257).
+\par
+\par Max. 32. \endash La jalousie ne subsiste que dans les doutes, et ne vit que dans les nouvelles inqui\'e9tudes. (Comme B 128.)
+\par
+\par Max. 33. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'orgueil se d\'e9dommage\'85, {\*\bkmkstart BM420}{\*\bkmkend BM419}I 36, et aussi L 21 et B 66).
+\par
+\par Max. 40. \endash L'int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche\'85, comme L 192 et B 79.
+\par
+\par Max. 41. \endash Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses\'85, comme B 80.
+\par
+\par Max. 45. \endash Le caprice de l'humeur\'85, comme L 147.
+\par
+\par Max. 46. \endash Le d\'e9sir de vivre ou de mourir\'85, comme L 243.
+\par
+\par Max. 49. \endash Les biens et les maux sont plus grands\'85, comme L 102 et B 94.
+\par
+\par Max. 50. \endash Fin de la maxime\~: et \'e0 eux-m\'eames qu'ils sont de v\'e9ritables h\'e9ros, puisque la mauvaise fortune ne s'opini\'e2tre jamais \'e0 poursuivre que les personnes qui ont des qualit\'e9s extraordinaires.
+\par
+\par Max. 52. \endash Quelque disproportion qu'il y ait entre les fortunes\'85, comme B 97.
+\par
+\par Max. 54. \endash Fin de la maxime\~: \'e0 la consid\'e9ration que les richesses donnent.
+\par
+\par Max. 55. \endash Fin de la maxime, apr\'e8s les mots l'amour de la faveur\~: c'est aussi la rage de n'avoir pas la faveur, qui se console et s'adoucit par le m\'e9pris des favoris, c'est aussi une secr\'e8te envie de la d\'e9
+truire, qui fait que nous leur \'f4tons nos propres hommages, ne pouvant pas leur \'f4ter ce qui leur attire ceux de tout le monde.
+\par
+\par Max. 58. \endash Comme la Ire \'e9dition (Il semble que nos actions\'85, I 67).
+\par
+\par Max. 59. \endash On pourrait dire qu'il n'y a point d'heureux ni {\*\bkmkstart BM421}{\*\bkmkend BM420}de malheureux accidents\'85, comme B 107.
+\par
+\par Max. 63. \endash La v\'e9rit\'e9, qui fait les hommes v\'e9ritables, est souvent une imperceptible ambition qu'ils ont de rendre leurs t\'e9moignages consid\'e9rables, et d'attirer \'e0 leurs paroles un respect de religion.
+\par
+\par Max. 64. \endash Le vrai ne fait pas tant de bien\'85, comme L 234.
+\par
+\par Max. 65. \endash Comme la Ire \'e9dition (On \'e9l\'e8ve la prudence\'85, I 75), \'e0 l'exception de la fin, apr\'e8s les mots aucun de ses projets\~:
+\par
+\par Dieu seul, qui tient tous les c\'9curs des hommes entre ses mains, et qui, quand il veut, en accorde tous les mouvements, fait aussi r\'e9ussir les choses qui en d\'e9pendent\~: d'o\'f9
+ il faut conclure que toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanit\'e9 flattent notre prudence sont autant d'injures que nous faisons \'e0 la Providence.
+\par
+\par Max. 73. \endash Il y a beaucoup de femmes qui n'ont jamais fait de galanterie\~; mais je ne sais s'il y en a qui n'en aient jamais fait qu'une.
+\par
+\par Max. 74. \endash D\'e9but\~: Il n'y a d'amour que d'une sorte\'85
+\par
+\par Max. 76. \endash Comme la Ire \'e9dition (Il est de l'amour comme de l'apparition\'85, I 86, et aussi L 265).
+\par
+\par Max. 77. \endash L'amour pr\'eate son nom\'85, comme L 266.
+\par
+\par Max. 83. \endash L'amiti\'e9 la plus sainte et la plus sacr\'e9e\'85, comme L 22 et B 130.
+\par
+\par Max. 85. \endash Fin de la maxime, apr\'e8s les mots qui produit {\*\bkmkstart BM422}{\*\bkmkend BM421}notre amiti\'e9\~: et nous ne leur promettons pas selon ce que nous leur voulons donner, mais selon ce que nous voulons qu'ils nous donnent.
+\par
+\par Max. 88. \endash Comme la Ire \'e9dition (I 101), sauf trois variantes\~: I si bien qu'il y est lui-m\'eame abus\'e9, mais soudainement il change l'\'e9tat (au lieu de\~: si bien qu'il y est lui-m\'eame tromp\'e9, mais il change aussi l'\'e9tat) \endash
+ 2 que notre aversion venait d'effacer. Tous ses avantages en re\'e7oivent un fort grand du biais dont nous les regardons\~; toutes ses mauvaises qualit\'e9s disparaissent\~; nous rappelons m\'eame (au lieu de\~: que notre aversion venait de lui \'f4ter\~
+; les mauvaises qualit\'e9s s'effacent, et les bonnes paraissent avec plus d'avantage qu'auparavant\~; nous rappelons m\'eame) \endash 3 pour en charger ses soup\'e7ons (derniers mots de la maxime, au lieu de\~: pour s'en charger lui-m\'eame).
+\par
+\par Max. 89. \endash Mots ajout\'e9s \'e0 la fin\~: parce que tout le monde croit en avoir beaucoup.
+\par
+\par Max. 97. \endash Mots ajout\'e9s apr\'e8s les mots la grandeur de la lumi\'e8re de l'esprit\~: On peut dire la m\'eame chose de son \'e9tendue, de sa profondeur, de son discernement, de sa justesse, de sa droiture, de sa d\'e9licatesse.
+\par
+\par Max. 103. \endash On peut conna\'eetre son esprit\~; mais qui peut conna\'eetre son c\'9cur\~? (Comme L 233 et B 137.)
+\par
+\par Max. 104. \endash Les affaires et les actions des grands hommes, comme les statues, ont leur point de perspective\~: il y en a qu'il faut voir de pr\'e8s, pour en bien discerner toutes les {\*\bkmkstart BM423}{\*\bkmkend BM422}circonstances\~
+; il y en a d'autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est \'e9loign\'e9.
+\par
+\par Max. 106. \endash Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le d\'e9tail, et comme il est presque infini, de l\'e0 vient qu'il y a si peu de gens qui sont savants, que nos connaissances sont superficielles\'85, et la suite comme L 123.
+\par
+\par Max. 109. \endash Fin de la maxime\~: par l'habitude, au lieu de par l'accoutumance.
+\par
+\par Max. 120. \endash La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le v\'e9ritable dessein de trahir. (Comme L 135 et B 146.)
+\par
+\par Max. 124. \endash D\'e9but plus d\'e9velopp\'e9\~: Rien n'est si dangereux que l'usage des finesses, que tant de gens emploient si commun\'e9ment\~; les plus habiles.
+\par
+\par Max. 125. \endash Comme la finesse est l'effet d'un petit esprit\'85, comme L 48 et B 148.
+\par
+\par Max. 132. \endash On est sage pour les autres personnes\'85, comme B 150.
+\par
+\par Max. 135. \endash Chaque homme n'est pas plus diff\'e9rent des autres qu'il l'est souvent de lui-m\'eame.
+\par
+\par Max. 150. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'approbation que l'on donne \'e0 l'esprit\'85, I 156), sauf l'omission des mots les perfectionne.
+\par
+\par Max. 154. \endash La fortune nous corrige plus souvent que la raison.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM424}{\*\bkmkend BM423}Max. 160. \endash On se m\'e9compte toujours quand les actions sont plus grandes que les desseins.
+\par
+\par Max. 161. \endash Il faut une certaine proportion\'85, comme L 197.
+\par
+\par Max. 162. \endash On admire tout ce qui \'e9blouit\'85, comme L 185.
+\par
+\par Max. 166. \endash Le monde, ne connaissant pas le v\'e9ritable m\'e9rite, n'a garde de le vouloir r\'e9compenser\~; aussi n'\'e9l\'e8ve-t-il pas \'e0 ses grandeurs et \'e0 ses dignit\'e9s que des personnes qui ont de belles qualit\'e9s, et il couronne g
+\'e9n\'e9ralement tout ce qui luit quoique tout ce qui luit ne soit pas de l'or.
+\par
+\par Max. 168. \endash D\'e9but de la maxime\~: L'esp\'e9rance, toute vaine et fourbe qu'elle est d'ordinaire\'85
+\par
+\par Max. 169. \endash La honte, la paresse et la timidit\'e9., comme B 171.
+\par
+\par Max. 170. \endash D\'e9but de la maxime\~: Il n'y a que Dieu qui sache si un proc\'e9d\'e9\'85
+\par
+\par Max. 175. \endash Fin de la maxime\~: n'est que notre inconstance arr\'eat\'e9e et renferm\'e9e dans un m\'eame sujet.
+\par
+\par Max. 176. \endash La dur\'e9e de l'amour, et ce qu'on appelle ordinairement la constance, sont deux sortes de choses bien diff\'e9rentes\'85, et la suite comme L 226.
+\par
+\par Max. 179. \endash On se plaint de ses amis pour justifier sa l\'e9g\'e8ret\'e9.
+\par
+\par Max. 180. \endash Notre repentir ne vient point du regret de nos actions, mais du dommage qu'elles nous causent.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM425}{\*\bkmkend BM424}Max. 181. \endash Il y a deux sortes d'inconstance\~: l'une qui vient de la l\'e9g\'e8ret\'e9 de l'esprit, qui \'e0 tout moment change d'opinion, ou plut\'f4t de la pauvret\'e9 de l'esprit, qui re\'e7
+oit toutes les opinions des autres\~; l'autre, qui est plus excusable, qui vient de la fin du go\'fbt des choses.
+\par
+\par Max. 183. \endash Il faut demeurer d'accord, pour l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux o\'f9 ils tombent par leurs crimes.
+\par
+\par Max. 184. \endash Nous avouons nos d\'e9fauts\'85, comme L 82, sauf l'omission du mot leur.
+\par
+\par Max. 186. \endash On hait souvent les vices\'85, comme L 118 et B 184.
+\par
+\par Max. 188. \endash La sant\'e9 de l'\'e2me n'est pas plus assur\'e9e que celle du corps\~; et quelque \'e9loign\'e9s que nous paraissions des passions que nous n'avons pas encore ressenties, il faut croire toutefois qu'on n'y est pas moins expos\'e9
+ que l'on est \'e0 tomber malade quand on se porte bien.
+\par
+\par Max. 191. \endash On pourrait presque dire que les vices nous attendent, dans le cours ordinaire de la vie, comme des h\'f4telleries o\'f9 il faut n\'e9cessairement loger\~; et je doute que l'exp\'e9rience m\'eame nous en p\'fbt garantir, s'il \'e9
+tait permis de faire deux fois le m\'eame chemin.
+\par
+\par Max. 192. \endash Comme la Ire \'e9dition (Quand les vices nous quittent\'85, I 203).
+\par
+\par Max. 193. \endash On n'est pas moins expos\'e9 aux rechutes\'85, comme le d\'e9but de L 218 (jusqu'\'e0 changement de mal) sauf {\*\bkmkstart BM426}{\*\bkmkend BM425}une variante\~: une rel\'e2che au lieu de un rel\'e2che.
+\par
+\par Max. 194. \endash Les d\'e9fauts de l'\'e2me sont comme les blessures du corps\'85, comme L 271.
+\par
+\par Max. 195. \endash Mots ajout\'e9s \'e0 la fin\~: \'e0 la fois.
+\par
+\par Max. 196. \endash Comme la Ire \'e9dition (Quand il n'y a que nous qui savons\'85, I 207).
+\par
+\par Max. 199. \endash Le d\'e9sir de para\'eetre habile\'85, comme B 189.
+\par
+\par Max. 201. \endash D\'e9but de la maxime\~: Celui qui croit pouvoir se passer de tout le monde\'85
+\par
+\par Max. 202. \endash Comme la Ire \'e9dition (Les faux honn\'eates gens sont ceux\'85, I 214, et aussi L 9 et B 190).
+\par
+\par Max. 204. \endash Mots ajout\'e9s \'e0 la fin\~: C'est comme un prix dont elles l'augmentent.
+\par
+\par Max. 205. \endash La chastet\'e9 des femmes est l'amour de leur r\'e9putation et de leur repos. (Comme L 88 et B 193.)
+\par
+\par Max. 206. \endash C'est \'eatre v\'e9ritablement honn\'eate homme\'85, comme L 242.
+\par
+\par Max. 207. \endash D\'e9but de la maxime\~: L'enfance nous suit dans toute la vie\'85
+\par
+\par Max. 208. \endash Il y a des gens niais\'85, comme L 120 et B 196.
+\par
+\par Max. 209. \endash Celui qui vit sans folie n'est pas si raisonnable qu'il veut faire croire.
+\par
+\par Max. 211. \endash Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles\'85, comme B 201.
+\par
+\par Max. 212. \endash Comme la Ire \'e9dition (La plupart de gens ne {\*\bkmkstart BM427}{\*\bkmkend BM426}voient\'85, I 224).
+\par
+\par Max. 214. \endash La valeur, dans les simples soldats, n'est qu'un m\'e9tier p\'e9rilleux pour gagner leur vie.
+\par
+\par Max. 217. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'intr\'e9pidit\'e9 est une force extraordinaire\'85, I 230).
+\par
+\par Max. 218. \endash L'hypocrisie est un hommage que le vice se croit forc\'e9 de rendre \'e0 la vertu.
+\par
+\par Max. 219. \endash On est presque toujours assez brave pour sortir sans honte des p\'e9rils de la guerre\~; mais peu de gens le sont assez pour s'exposer toujours autant qu'il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel ils s'exposent.
+
+\par
+\par Max. 220. \endash La vanit\'e9, la honte, et surtout le temp\'e9rament, font la valeur des hommes et la chastet\'e9 des femmes, dont chacun m\'e8ne tant de bruit.
+\par
+\par Max. 221. \endash On ne veut point perdre la vie\'85, comme L 35, sauf une variante\~: que l'on remarque dans les parties, au lieu de\~: qu'on remarque dans la justice
+\par
+\par Max. 222. \endash D\'e9but de la maxime\~: Il n'y a point de gens qui\'85
+\par
+\par Max. 224. \endash Plusieurs personnes s'acquittent du devoir de la reconnaissance\'85, et la suite comme L 170.
+\par
+\par Max. 225. \endash Ce qui fait tout le m\'e9compte\'85, comme L 181 et B 216.
+\par
+\par Max. 226. \endash On est souvent reconnaissant par principe d'ingratitude. (Comme L 230 et B 217.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM428}{\*\bkmkend BM427}Max. 227. \endash Fin de la maxime\~: quand la fortune les soutient
+\par
+\par Max. 228. \endash D\'e9but plus d\'e9velopp\'e9\~: Ce qui fait encore le m\'e9compte dans les bienfaits, c'est que l'orgueil\'85
+\par
+\par Max. 230. \endash Rien n'est si contagieux que l'exemple\'85, comme B 218, sauf deux variantes\~: leurs pareils au pluriel \endash l'imitation des biens au lieu de l'imitation du bien.
+\par
+\par Max. 231. \endash On est fou de vouloir \'eatre sage tout seul.
+\par
+\par Max. 233. \endash Il y a une esp\'e8ce d'hypocrisie dans les afflictions, car sous pr\'e9texte de pleurer la perte d'une personne qui nous est ch\'e8re, nous pleurons la n\'f4tre, c'est-\'e0-dire la diminution\'85 Puis un passage sans variantes indiqu
+\'e9es. Les variantes reprennent apr\'e8s les mots immortelle douleur\~: car le temps, qui consume tout, l'ayant consum\'e9e, elles ne laissent pas d'opini\'e2trer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs\~; elles
+prennent un personnage lugubre, et travaillent \'e0 persuader, par toutes leurs actions, qu'elles \'e9galeront la dur\'e9e de leur d\'e9plaisir \'e0 leur propre vie Cette triste et fatigante vanit\'e9
+ se trouve d'ordinaire dans les femmes ambitieuses, parce que, leur sexe leur fermant tous les chemins qui m\'e8nent \'e0 la gloire, elles se jettent dans celui-ci, et s'efforcent \'e0 se rendre c\'e9l\'e8
+bres par la montre d'une inconsolable douleur. Il y a, outre ce que nous avons dit, quelques esp\'e8ces de larmes qui coulent de certaines petites sources, et qui, par cons\'e9quent, s'\'e9coulent incontinent\~: on {\*\bkmkstart BM429}{\*\bkmkend BM428}
+pleure pour avoir la r\'e9putation d'\'eatre tendre\~; on pleure pour \'eatre plaint, ou pour \'eatre pleur\'e9, et on pleure quelquefois de honte de ne pleurer pas.
+\par
+\par Max. 234. \endash D\'e9but de la maxime\~: C'est par orgueil qu'on s'oppose avec tant d'opini\'e2tret\'e9\'85
+\par
+\par Max. 235. \endash Nous ne sommes pas difficiles \'e0 consoler\'85, comme L 167 et B 221.
+\par
+\par Max. 236. \endash Comme la Ire \'e9dition (Qui consid\'e9rera superficiellement\'85, I 250), sauf une variante\~: en sorte qu'il semble que la bont\'e9 soit la niaiserie et l'innocence de l'amour-propre\~; cependant la bont\'e9
+ est plus prompt de tous les moyens (au lieu de\~: de sorte qu'il semble que l'amour-propre soit la dupe de la bont\'e9\~; cependant c'est le plus utile de tous les moyens).
+\par
+\par Max. 237. \endash Fin de la maxime\~: toute autre bont\'e9 n'est en effet qu'une privation du vice, ou plut\'f4t la timidit\'e9 du vice, et son endormissement.
+\par
+\par Max. 238. \endash Il est plus dangereux de faire trop de bien aux hommes que de leur faire du mal.
+\par
+\par Max. 239. \endash Comme la Ire \'e9dition (Rien ne flatte plus notre orgueil\'85, I 255).
+\par
+\par Max. 240. \endash D\'e9but de la maxime\~: Je ne sais si on peut dire de l'agr\'e9ment, sans la beaut\'e9, que c'est une sym\'e9trie\'85
+\par
+\par Max. 241. \endash D\'e9but de la maxime\~: La coquetterie est le fond et l'humeur de toutes les femmes\'85
+\par
+\par Max. 242. \endash On incommode d'ordinaire, quand on est persuad\'e9 {\*\bkmkstart BM430}{\*\bkmkend BM429}de n'incommoder jamais.
+\par
+\par Max. 243. \endash D\'e9but de la maxime\~: Il n'y a point de choses impossibles, et\'85 \endash Le manuscrit donne d'autre part\~: I Rien n'est impossible de soi\'85, comme L 14 et B62. \endash 2 On peut toujours ce qu'on veut\'85
+, comme L 249 et B 254.
+\par
+\par Max. 244. \endash Mots ajout\'e9s \'e0 la fin\~: et l'esprit de son temps.
+\par
+\par Max. 246. \endash La g\'e9n\'e9rosit\'e9 est un d\'e9sir de briller\'85, comme B 234.
+\par
+\par Max. 248. \endash La magnanimit\'e9 m\'e9prise tout, pour qu'on lui donne tout.
+\par
+\par Max. 250. \endash L'\'e9loquence est de ne dire que ce qu'il faut.
+\par
+\par Max. 251. \endash Fin de la maxime\~: qui sont d\'e9go\'fbtantes, malgr\'e9 toutes les bonnes qualit\'e9s.
+\par
+\par Max. 252. \endash Le go\'fbt change, mais l'inclination ne change point.
+\par
+\par Max. 253. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'int\'e9r\'eat donne toutes sortes de vertus et de vices. I 276, et aussi B 238).
+\par
+\par Max. 254. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'humilit\'e9 n'est souvent qu'une feinte soumission\'85, I 277), sauf une variante\~: c'est son plus grand d\'e9guisement et son premier stratag\'e8me\~; c'est comme il est sans doute que le Prot\'e9
+e des fables n'a jamais \'e9t\'e9\~; il en est un v\'e9ritable dans la nature, car il prend toutes les formes, comme il lui pla\'eet\~; mais quoiqu'il soit merveilleux et agr\'e9able \'e0 voir sou
+s toutes ses figures et dans toutes ses industries (au lieu de\~: c'est un {\*\bkmkstart BM431}{\*\bkmkend BM430}d\'e9guisement et son premier stratag\'e8me\~
+; mais quoique ses changements soient presque infinis, et qu'il soit admirable sous toutes sortes de figures).
+\par
+\par Max. 255. \endash D\'e9but de la maxime\~: Les peines et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur sont propres\~; c'est ce qui fait les bons ou les mauvais com\'e9diens.
+\par
+\par Max. 256. \endash Dans toutes les professions et dans tous les arts\'85, comme L 172 et B 241.
+\par
+\par Max. 257. \endash La gravit\'e9 est un myst\'e8re de corps qu'on a trouv\'e9 pour cacher le d\'e9faut d'esprit.
+\par
+\par Max. 259. \endash Le plaisir de l'amour est l'amour m\'eame, et il y a plus de f\'e9licit\'e9 dans la passion que l'on a que dans celle que l'on donne.
+\par
+\par Max. 261. \endash Deux versions distinctes\~: I Fin de la maxime\~: un second orgueil qu'on leur inspire. \endash 2 La d\'e9votion qu'on donne aux princes est un second amour-propre (comme B 92).
+\par
+\par Max. 264. \endash Comme la Ire \'e9dition (La piti\'e9 est un sentiment\'85, I 287), sauf deux variantes\~: sont accueillis de quelque infortune (au lieu de en ont besoin) \endash des biens que nous nous faisons anticip\'e9
+s (au lieu de des biens anticip\'e9s que nous nous faisons \'e0 nous-m\'eames).
+\par
+\par Max. 265. \endash \'ab\~Les deux membres de phrase dont se compose cette r\'e9flexion forment deux maximes s\'e9par\'e9es.\~\'bb
+\par
+\par Max. 266. \endash On s'est tromp\'e9 quand on a cru\'85, comme B 247.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM432}{\*\bkmkend BM431}Max. 267. \endash Un variante indiqu\'e9e\~: est souvent un effet de paresse, qui se joint \'e0 l'orgueil, au lieu de\~: est un effet de l'orgueil et de la paresse.
+\par
+\par Max. 269. \endash Il n'y a gu\'e8re d'homme assez p\'e9n\'e9trant pour apercevoir tout le mal qu'il fait.
+\par
+\par Max. 270. \endash L'honneur que l'on acquiert est caution de celui que l'on doit acqu\'e9rir.
+\par
+\par Max. 272. \endash Une variante indiqu\'e9e\~: quelque louange au lieu de de grandes louanges.
+\par
+\par Max. 273. \endash Il y a des hommes que l'on estime\'85, comme B II.
+\par
+\par Max. 274. \endash D\'e9but de la maxime\~: La nouveaut\'e9 est \'e0 l'amour ce que la fleur est sur le fruit\~: elle lui donne\'85
+\par
+\par Max. 275. \endash La nature, qui se pique d'\'eatre si sensible, est d'ordinaire arr\'eat\'e9e par le plus petit int\'e9r\'eat.
+\par
+\par Max. 276. \endash D\'e9but de la maxime\~: L'absence fait que les m\'e9diocres passions diminuent, et que les grandes croissent, comme le vent\'85
+\par
+\par Max. 279. \endash Comme la Ire \'e9dition (Le plus souvent, quand nous exag\'e9rons\'85, I 307), sauf la fin\~: juger avantageusement de notre m\'e9rite, au lieu de\~: juger de notre m\'e9rite.
+\par
+\par Max. 280. \endash Comme la Ire \'e9dition (L'approbation que l'on donne\'85, I 308), sauf la fin\~: bien \'e9tablis, au lieu de\~: \'e9tablis.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM433}{\*\bkmkend BM432}Max. 281. \endash L'orgueil, qui inspire souvent de l'envie contre les autres, sert parfois aussi \'e0 la calmer.
+\par
+\par Max. 282. \endash Il y a des tromperies d\'e9guis\'e9es qui imitent si bien la v\'e9rit\'e9 que ce serait mal juger que de ne s'y pas laisser prendre.
+\par
+\par Max. 285. \endash D\'e9but de la maxime\~: La magnanimit\'e9 s'entend assez d'elle-m\'eame\'85
+\par
+\par Max. 286. \endash On n'aime pas une seconde fois, quand on a cess\'e9 d'aimer.
+\par
+\par Max. 292. \endash L'humeur, comme la plupart des b\'e2timents, a des faces qui ne sont pas les m\'eames.
+\par
+\par Max. 294. \endash Fin de la maxime\~: mais nous n'aimons pas toujours de m\'eame ceux que nous admirons.
+\par
+\par Max. 295. \endash Il s'en faut bien que nous ne sachions tout ce que nous voulons.
+\par
+\par Max. 296. \endash Il est difficile d'aimer ce que nous n'estimons pas, et il l'est aussi d'aimer ce que nous estimons plus que nous.
+\par
+\par Max. 297. \endash Comme la Ire \'e9dition (Nous ne nous apercevons que des emportements\'85, I 48), sauf deux variantes\~: de la violence, de la col\'e8re, etc. (au lieu de\~: de la violence de la col\'e8re) \endash dont nous croyons \'ea
+tre les seuls auteurs (\'e0 la fin, au lieu de\~: sans que nous le puissions reconna\'eetre).
+\par
+\par Max. 298. \endash Les hommes sont reconnaissants des bienfaits, pour en recevoir de plus grands.
+\par
+\par Max. 299. \endash Presque tout le monde s'acquitte des petites {\*\bkmkstart BM434}{\*\bkmkend BM433}obligations, et aussi des m\'e9diocres\~; mais il n'y en a gu\'e8re qui aient de la reconnaissance pour les grandes.
+\par
+\par Max. 300. \endash Il y a des folies que l'on prend des autres, comme les rhumes et les maladies contagieuses.
+\par
+\par Max. 301. \endash Il y a des gens qui m\'e9prisent le bien, mais peu savent le bien donner.
+\par
+\par Max. 302. \endash Ce n'est que dans les petits int\'e9r\'eats o\'f9 nous consentons de ne pas croire aux apparences.
+\par
+\par Max. 306. \endash On ne fait point d'ingrats tout le temps qu'on peut faire du bien.
+\par
+\par Max. 309. \endash Il y a des gens qui sont n\'e9s pour \'eatre fous, et qui ne font pas seulement des folies par eux-m\'eames, mais que la fortune contraint d'en faire.
+\par
+\par Max. 311. \endash S'il y a des gens dont on ne trouve point le ridicule, c'est qu'on ne cherche pas bien.
+\par
+\par Max. 312. \endash D\'e9but de la maxime\~: Ce qui fait que les amants ont du plaisir d'\'eatre ensemble\'85
+\par
+\par Max. 313. \endash Pourquoi faut-il que nous ayons toujours assez de m\'e9moire pour retenir tout ce qui nous est arriv\'e9, et que nous n'en ayons jamais assez pour savoir combien de fois nous l'avons cont\'e9 \'e0 une m\'eame personne\~?
+\par
+\par Max. 315. \endash Ce qui fait que nous nous cachons \'e0 nos amis, n'est pas la d\'e9fiance que nous avons d'eux, mais celle que nous avons de nous.
+\par
+\par Max. 316. \endash Les gens faibles ne sauraient avoir de sinc\'e9rit\'e9.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM435}{\*\bkmkend BM434}Max. 318. \endash On a des moyens pour gu\'e9rir des fous de leur folie, mais on n'en a point pour redresser des esprits de travers.
+\par
+\par Max. 320. \endash Louer les rois des qualit\'e9s qu'ils n'ont pas n'est que leur dire des injures.
+\par
+\par Max. 329. \endash On croit ha\'efr les flatteurs, mais on ne hait que les mauvais.
+\par
+\par Max. 331. \endash Il est difficile de demeurer fid\'e8le \'e0 ce qu'on aime quand on en est heureux.
+\par
+\par Max. 337. \endash Il est souvent des bonnes qualit\'e9s comme des sens\~: ceux qui ne les ont pas ne s'en peuvent douter.
+\par
+\par Max. 338. \endash La haine met au-dessous de ceux que l'on hait.
+\par
+\par Max. 341. \endash La jeunesse est souvent plus pr\'e8s de son salut que les vieilles gens.
+\par
+\par Max. 347. \endash Nous ne sommes du m\'eame avis qu'avec les gens qui sont du n\'f4tre.
+\par
+\par Max. 351. \endash Un mot ajout\'e9\~: quand on ne s'aime d\'e9j\'e0 plus, au lieu de quand on ne s'aime plus.
+\par
+\par Max. 353. \endash Il n'y a pas de ridicule \'e0 \'eatre amoureux comme un fou, mais il y en a toujours \'e0 l'\'eatre comme un sot.
+\par
+\par Max. 354. \endash Il y a de certains d\'e9fauts qui, \'e9tant bien mis dans un certain jour, plaisent plus que la perfection de la beaut\'e9.
+\par
+\par Max. 358. \endash L'humilit\'e9 est la seule et v\'e9ritable preuve des vertus chr\'e9tiennes, et c'est elle qui manque le plus dans les personnes qui se donnent \'e0 la d\'e9votion\~; cependant, sans {\*\bkmkstart BM436}{\*\bkmkend BM435}
+elle, nous conservons tous nos d\'e9fauts, malgr\'e9 les plus belles apparences, et ils sont seulement couverts par un orgueil qui demeure toujours, et qui les cache aux autres, et souvent \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par Max. 359. \endash \'ab\~Les deux propositions de la r\'e9flexion d\'e9finitive formaient deux maximes s\'e9par\'e9es.\~\'bb
+\par
+\par Max. 363. \endash Une variante indiqu\'e9e\~: nous sont quelquefois moins p\'e9nibles, au lieu de\~: nous font souvent moins de peine.
+\par
+\par Max. 365. \endash On voit des qualit\'e9s qui deviennent d\'e9fauts lorsqu'elles ne sont que naturelles, et d'autres qui demeurent toujours imparfaites lorsqu'on les a acquises\~; il faut, par exemple, que la raison nous fasse devenir m\'e9
+nagers de notre bien et de notre confiance, et il faut, au contraire, que la nature nous ait donn\'e9 la bont\'e9 et la valeur.
+\par
+\par Max. 366. \endash Quoique nous ayons peu de cr\'e9ance dans la sinc\'e9rit\'e9, nous croyons toujours qu'on est plus sinc\'e8re avec nous qu'avec les autres.
+\par
+\par Max. 367. \endash Il y a bien d'honn\'eates femmes qui sont lasses de leur m\'e9tier. (Comme le suppl\'e9ment de l'\'e9dition de 1693, n XXIII.)
+\par
+\par Max. 374. \endash Si l'on croit aimer sa ma\'eetresse pour l'amour d'elle, l'on est bien souvent tromp\'e9.
+\par
+\par Max. 378. \endash On donne des conseils, mais on ne donne point la sagesse d'en profiter. (Comme le suppl\'e9ment de l'\'e9dition {\*\bkmkstart BM437}{\*\bkmkend BM436}de 1693, n XLII.)
+\par
+\par Max. 382. \endash Nos actions sont comme des bouts-rim\'e9s, que chacun tourne comme il lui pla\'eet. (Comme le suppl\'e9ment de l'\'e9dition de 1693, n XLV.)
+\par
+\par Max. 386. \endash Il n'y a personne qui ait plus souvent tort que celui qui ne veut jamais en avoir.
+\par
+\par Max. 387. \endash Un sot n'a pas assez de force, ni pour \'eatre m\'e9chant, ni pour \'eatre bon.
+\par
+\par Max. 391. \endash La fortune ne nous para\'eet aveugle que lorsque nous en sommes maltrait\'e9s
+\par
+\par Max. 392. \endash D\'e9but de la maxime\~: Il faut se conduire avec la fortune comme avec la sant\'e9\'85
+\par
+\par Max. 394. \endash Maxime li\'e9e \'e0 la maxime posthume 5\~: Chacun pense \'eatre plus fin que les autres\~; on peut l'\'eatre plus qu'un autre, mais non pas que tous les autres.
+\par
+\par Max. 396. \endash Fin de la maxime\~: point un second, au lieu de point de second.
+\par
+\par Max. 398. \endash Fin de la maxime (apr\'e8s de la paresse)\~: nous nous flattons qu'elle comprend toutes les vertus paisibles, et qu'elle ne nuit point aux autres.
+\par
+\par Max. 402. \endash Ce qui se rencontre le moins dans les femmes qui ont pris l'habitude de l'amour, c'est le go\'fbt de l'amour.
+\par
+\par Max. 406. \endash Les coquettes feignent d'\'eatre jalouses de leurs amants, tandis qu'elles ne sont qu'envieuses des autres femmes qu'elles craignent.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM438}{\*\bkmkend BM437}Max. 412. \endash De quelque honte que l'on soit couvert, on peut toujours r\'e9tablir sa r\'e9putation.
+\par
+\par Max. 414. \endash Le sot ne voit jamais que par l'humeur, parce qu'il ne peut voir par l'esprit.
+\par
+\par Max. 419. \endash Nous pouvons quelquefois para\'eetre grands dans des emplois au-dessous de nous, mais nous sommes toujours petits dans ceux qui sont plus grands que nous ne sommes.
+\par
+\par Max. 420. \endash Nous croyons quelquefois supporter les malheurs avec constance, quand ce n'est que par abattement, et que nous les souffrons sans oser nous retourner, comme les poltrons qui se laissent tuer de peur de se d\'e9fendre.
+\par
+\par Max. 422. \endash L'amour nous fait faire des fautes, comme les autres passions, mais il nous en fait faire de plus ridicules.
+\par
+\par Max. 425. \endash Une variante indiqu\'e9e\~: de proph\'e9tie au lieu de de deviner.
+\par
+\par Max. 431. \endash Ce qui nous emp\'eache d'\'eatre naturels, c'est l'envie de le para\'eetre.
+\par
+\par Max. 436. \endash Une variante indiqu\'e9e\~: tous les hommes au lieu de l'homme en g\'e9n\'e9ral.
+\par
+\par Max. 444. \endash Il y a plus de vieux fous que de jeunes.
+\par
+\par Max. 446. \endash Ce qui fait que la honte et la jalousie sont les plus grands de tous les maux, c'est que la vanit\'e9 ne nous aide pas \'e0 les supporter.
+\par
+\par Max. 447. \endash La biens\'e9ance est la moindre de toutes les lois, et c'est elle que l'on suit le plus.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM439}{\*\bkmkend BM438}Max. 454. \endash D\'e9but de la maxime\~: Il n'y a pas d'occasion\'85
+\par
+\par Max. 459. \endash S'il y a des rem\'e8des pour gu\'e9rir de l'amour, il n'y en a point d'infaillibles.
+\par
+\par Max. 462. \endash L'orgueil, qui fait que nous bl\'e2mons les d\'e9fauts que nous croyons ne point avoir, fait aussi que nous m\'e9prisons les bonnes qualit\'e9s que nous n'avons pas.
+\par
+\par Max. 475. \endash Le d\'e9sir qu'on nous plaigne ou qu'on nous admire fait toute notre confiance
+\par
+\par Max. 477. \endash Fin de la maxime\~: n'en ont jamais de longues, au lieu de\~: n'en sont presque jamais v\'e9ritablement remplies.
+\par
+\par Max. 485. \endash Quand on a eu de grandes passions, on se trouve heureux et malheureux d'en \'eatre gu\'e9ri.
+\par
+\par Max. 488. \endash Ce qui fait le calme ou l'agitation de notre humeur n'est pas tant ce qui nous arrive de plus consid\'e9rable dans notre vie, que ce qui nous arrive de petites choses tous les jours.
+\par
+\par Max. 490. \endash On va de l'amour \'e0 l'ambition, mais on ne va pas de l'ambition \'e0 l'amour.
+\par
+\par Max. 496. \endash Les querelles ne seraient pas longues si on n'avait tort que d'un c\'f4t\'e9.
+\par
+\par Max. 497. \endash Il est presque \'e9galement inutile d'avoir de la jeunesse sans beaut\'e9, ou de la beaut\'e9 sans jeunesse.
+\par
+\par Max. 498. \endash Il y a des personnes si l\'e9g\'e8res qu'elles n'ont pas plus des d\'e9fauts que des qualit\'e9s.
+\par
+\par Max. 499. \endash On ne compte la premi\'e8re galanterie des femmes {\*\bkmkstart BM440}{\*\bkmkend BM439}qu'\'e0 leur seconde.
+\par
+\par Max. 501. \endash L'amour ne nous pla\'eet pas tant par lui-m\'eame que par la mani\'e8re dont il se montre \'e0 nous.
+\par
+\par Max. 503. \endash La jalousie, qui est peut-\'eatre le plus grand de tous les maux, est aussi celui dont on a le moins de piti\'e9, lorsqu'on le cause.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744876}{\*\bkmkend BM440}2 Variantes se rapportant \'e0 des maximes supprim\'e9es{\*\bkmkend _Toc97744876}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart BM441}MS 1 (G.E.F. 563). \endash L'amour-propre est l'amour de soi-m\'eame\'85, comme B. 16.
+\par
+\par MS 2 (G.E.F. 564). \endash Toutes les passions ne sont que les divers degr\'e9s de la chaleur et de la froideur du sang. (Comme B 41.)
+\par
+\par MS 3 (G.E.F. 565). \endash La mod\'e9ration dans la bonne fortune\'85, comme L 71 et B 3.
+\par
+\par MS 5 (G.E.F. 567). \endash Tout le monde est plein de pelles qui se moquent du fourgon (Comme B 21.)
+\par
+\par MS 6 (G.E.F. 568). \endash Enfin l'orgueil, comme lass\'e9 de ses artifices\'85, comme B 17.
+\par
+\par MS 7 (G.E.F. 569). \endash Cf. supra, variante de la maxime 41.
+\par
+\par MS 8 (G.E.F. 570). \endash D\'e9but de la maxime\~: On est heureux de conna\'eetre\'85
+\par
+\par MS 9 (G.E.F. 572). \endash On n'est jamais si malheureux qu'on craint, ni si heureux qu'on esp\'e8re. (Comme L 141 et B 86.)
+\par
+\par MS 10 (G.E.F. 573). \endash On se console souvent d'\'eatre malheureux en effet par un certain plaisir qu'on trouve \'e0 le para\'eetre. (Comme L 184 et B 50.)
+\par
+\par MS 11 (G.E.F. 574). \endash Comme peut-on r\'e9pondre si hardiment\'85, comme B 52.
+\par
+\par MS 15 (G.E.F. 579). \endash La justice dans les bons juges\'85, comme B 55.
+\par
+\par MS 16 (G.E.F. 580). \endash On bl\'e2me l'injustice\'85, comme B 23.
+\par
+\par MS 17 (G.E.F. 582). \endash D\'e9but de la maxime\~: La joie que nous {\*\bkmkstart BM442}{\*\bkmkend BM441}avons du bonheur\'85
+\par
+\par MS 19 (G.E.F. 585). \endash Fin de la maxime, apr\'e8s \'e0 l'augmenter\~: et c'est pour manquer de lumi\'e8res que nous ignorons toutes nos mis\'e8res et nos d\'e9fauts.
+\par
+\par MS 22 (G.E.F. 591). \endash Les plus sages le sont dans toutes les choses indiff\'e9rentes\'85, comme B 40.
+\par
+\par MS 26 (G.E.F. 595). \endash On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lass\'e9 de les conter.
+\par
+\par MS 30 (G.E.F. 601). \endash On ne fait point de distinction dans la col\'e8re\'85, comme L 25 et B 25.
+\par
+\par MS 31 (G.E.F. 602). \endash Les grandes \'e2mes ne sont pas celles\'85, comme B 43.
+\par
+\par MS 32 (G.E.F. 604). \endash Peu de gens sont cruels de cruaut\'e9\'85, comme B 27.
+\par
+\par MS 33 (G.E.F. 605). \endash Dieu seul fait les gens de bien\'85, comme L 45.
+\par
+\par MS 34 (G.E.F. 606). \endash La vertu est un fant\'f4me produit par nos passions, du nom duquel on se sert afin de faire impun\'e9ment ce qu'on veut.
+\par
+\par MS 37 (G.E.F. 611). \endash Ceux qui sont incapables de commettre des crimes n'en soup\'e7onnent pas ais\'e9ment les autres.
+\par
+\par MS 40 (G.E.F. 614). \endash Cette maxime formait la fin de la maxime 217 (de m\'eame que dans tous les autres manuscrits et dans l'\'e9dition de Hollande).
+\par
+\par MS 43 (G.E.F. 618). \endash L'imitation est toujours malheureuse\'85, comme B 73.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM443}{\*\bkmkend BM442}MS 46 (G.E.F. 622). \endash La confiance de plaire est souvent le moyen de d\'e9plaire infailliblement.
+\par
+\par MS 49 (G.E.F. 626). \endash Deux versions diff\'e9rentes\~: I La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la justification de la beaut\'e9 (comme L 158 et B 8). 2 La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison\'85, comme B 207.
+\par
+\par MS 52 (G.E.F. 629). \endash La politesse des \'c9tats est le commencement de la d\'e9cadence\'85, comme B 208.
+\par
+\par MS 53 \endash Rien ne prouve tant que les philosophes ne sont pas si bien persuad\'e9s\'85, comme L 208 et B 127.
+\par
+\par MS 54 (G.E.F. 630). \endash De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue\'85, comme L 253, sauf les variantes suivantes\~: les plus grands vaisseaux (au lieu de les plus grands navires) \endash et que les plus grandes temp\'ea
+tes (au lieu de et les plus grandes temp\'eates) \endash pour donner enfin (au lieu de et enfin, pour donner) \endash et qui la fait renoncer (au lieu de et la fait renoncer).
+\par
+\par MS 56 (G.E.F. 635). \endash D\'e9but de la maxime\~: Les femmes se rendent\'85 \endash Manquent, \'e0 la fin, les mots quoiqu'ils ne soient pas plus aimables.
+\par
+\par MS 58 (G.E.F. 637). \endash Une variante indiqu\'e9e\~: qu'ils sont aim\'e9s au lieu de qu'on les aime.
+\par
+\par MS 62 (G.E.F. 577). \endash Comme on n'est jamais libre d'aimer\'85, comme B 54.
+\par
+\par MS 67 (G.E.F. 603). \endash Les rois font des hommes\'85, comme L 186 et B 26.
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM444}{\*\bkmkend BM443}MS 68 (G.E.F. 608). \endash Les crimes deviennent innocents et m\'eame glorieux\'85, comme B 71.
+\par
+\par 3 Variantes se rapportant a des maximes posthumes
+\par
+\par MP I (G.E.F. 522). \endash Comme la plus heureuse personne du monde\'85, comme B 100.
+\par
+\par MP 3 (G.E.F. 520). \endash Les philosophes ne condamnent les richesses\'85, comme B 99 bis.
+\par
+\par MP 5 \endash Cf. supra, variante de la maxime 394.
+\par
+\par MP 9 (G.E.F. 505). \endash Dieu a mis des talents diff\'e9rents\'85, comme B 7, sauf une variante\~: qui lui sont particuliers au lieu de qui leur sont particuliers.
+\par
+\par MP 10 (G.E.F. 523). \endash Une preuve convaincante que l'homme n'a pas \'e9t\'e9 cr\'e9\'e9\'85, comme B 102.
+\par
+\par MP 11 (G.E.F. 516). \endash Fin de la maxime\~: \'e0 nous-m\'eames (au lieu de nous-m\'eames).
+\par
+\par MP 14 (G.E.F. 519). \endash La fin du bien est un mal, et la fin du mal est un bien (Comme B 93.)
+\par
+\par MP 17 (G.E.F. 508). \endash Manque le mot d'ordinaire.
+\par
+\par MP 18 (G.E.F. 514). \endash Le rem\'e8de de la jalousie est la certitude\'85, comme B 65.
+\par
+\par MP 21 (G.E.F. 527). \endash L'homme est si mis\'e9rable que, tournant toute sa conduite\'85, comme B 257, sauf une variante\~: non seulement en elles, mais dans leurs rem\'e8des (au lieu du lapsus non seulement dans leurs rem\'e8des).
+\par
+\par MP 25 (G.E.F. 513). \endash Ce qui nous fait croire si ais\'e9ment que les autres ont des d\'e9fauts, c'est la facilit\'e9 que l'on {\*\bkmkend BM444}a de croire ce que l'on souhaite.
+\par
+\par MP 26 (G.E.F. 510). \endash Une variante\~: ce soudain assoupissement au lieu de le soudain assoupissement.
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744877}Lettres relatives aux maximes{\*\bkmkend _Toc97744877}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744878}I. Lettres concernant la r\'e9daction des maximes{\*\bkmkend _Toc97744878}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart BM446}(1\'e8re \'c9dition)
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744879}1. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1659.{\*\bkmkend _Toc97744879}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie vos sentences d\rquote aujourd\rquote hui, et j\rquote ai \'e9crit \'e0 M.\~Esprit pour venir demain voir l\rquote ouvrage tout entier. Je vous supplie tr\'e8s humblement de ne rien dire \'e0 personne de l\rquote esp\'e9
+rance que je vous ai dit que j\rquote avais que Mlle de Liancourt vous ferait gagner votre gageure, car on pourrait lui \'e9crire des choses qui fortifieraient les sentiments contraires \'e0 ceux que je lui souhaite.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744880}2. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Jacques Esprit. 24 octobre 1659 (\~?).{\*\bkmkend _Toc97744880}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie l\rquote op\'e9ra dont je vous ai parl\'e9, je vous supplie que Mme\~la marquise de Sabl\'e9 le voie, car j\rquote esp\'e8re au moins qu\rquote elle approuvera mon sentiment, et qu\rquote elle sera de mon c\'f4t\'e9. Vous m\rquote
+avez fait un tr\'e8s grand plaisir d\rquote avoir rectifi\'e9 les sentences. Je pr\'e9tends que vous en userez de m\'eame de l\rquote op\'e9ra et de quelque autre chose que vous verrez, que l\rquote on pourrait ajouter, ce me semble, \'e0 l\rquote \'c9
+ducation des Enfants que Mme\~la marquise de Sabl\'e9 m\rquote a envoy\'e9e. Voil\'e0 \'e9crire en vrai auteur, que de commencer par parler de ses ouvrages. Je vous dirai pourtant, comme si je ne l\rquote \'e9tais pas, que je suis tr\'e8s v\'e9
+ritablement f\'e2ch\'e9 du retranchement de vos rentes, et que si vous croyez que pour en \'e9crire \'e0 Gourville comme pour moi-m\'eame, cela vous f\'fbt bon \'e0 quelque chose, je le ferai assur\'e9ment comme il faut. Ma femme a {\*\bkmkstart BM447}
+{\*\bkmkend BM446}toujours la fi\'e8vre double quarte\~; il y a pourtant deux ou trois jours qu\rquote elle n\rquote en a point eu. Je lui ai dit le soin que vous avez d\rquote elle, dont elle vous rend mille gr\'e2
+ces. Je pourrai bien vous voir cet hiver \'e0 Paris. Je vous donne le bonsoir.
+\par
+\par Le 24 octobre, \'e0 Verteuil.
+\par
+\par Au reste, je vous confesse \'e0 ma honte que je n\rquote entends pas ce que veut dire\~: \'ab\~La v\'e9rit\'e9 est le fondement et la raison de la beaut\'e9.\~\'bb Vous me ferez un extr\'eame plaisir de me l\rquote
+expliquer, quand vos rentes vous le permettront\~; car enfin, quelque m\'e9rite qu\rquote aient les sentences, je crois qu\rquote elles perdent bien de leur lustre dans un retranchement de l\rquote H\'f4tel de Ville, et il y a longtemps que j\rquote ai
+\'e9prouv\'e9 que la philosophie ne fait des merveilles que contre les maux pass\'e9s ou contre ceux qui ne sont pas pr\'eats d\rquote arriver, mais qu\rquote elle n\rquote a pas grande vertu contre les maux pr\'e9sents. Je vous d\'e9clare donc que j
+\rquote attendrai votre r\'e9ponse tant que vous voudrez\~; mais je vous la demande aussi sur l\rquote \'e9tat de vos affaires. La honte me prend de vous envoyer des ouvrages. Tout de bon, si vous les trouvez ridicules, renvoyez-les-moi sans les montrer
+\'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744881}3. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 5 d\'e9cembre 1659 ou 1660.{\*\bkmkend _Toc97744881}
+
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Ce que vous me faites l\rquote honneur de me mander me confirme dans l\rquote opinion que j\rquote ai toujours eue, que l\rquote on ne saurait jamais mieux faire que de suivre vos sentiments, et que {\*\bkmkstart BM448}{\*\bkmkend BM447}rien n\rquote
+est si avantageux que d\rquote \'eatre de votre parti. Le P\'e8re Esprit me mande n\'e9anmoins que M.\~son fr\'e8re n\rquote en est pas, et qu\rquote il nous veut d\'e9tromper. Je souhaite bien plus qu\rquote il en vienne \'e0 bout que je ne crois qu
+\rquote il le puisse faire. Je vous rends mille tr\'e8s humbles gr\'e2ces de ce que vous avez eu la bont\'e9 de dire \'e0 M.\~le commandeur Souvr\'e9. J\rquote esp\'e8re suivre bient\'f4t son conseil, et avoir l\rquote honneur de vous voir \'e0 No\'ebl. J
+\rquote avais toujours bien cru que madame la comtesse de Maure condamnerait l\rquote intention des sentences et qu\rquote elle se d\'e9clarerait pour la v\'e9rit\'e9 des vertus. C\rquote est \'e0 vous, Madame, \'e0 me justifier, s\rquote il vous pla\'ee
+t, puisque j\rquote en crois tout ce que vous en croyez. Je trouve la sentence de M.\~Esprit, la plus belle du monde. Je ne l\rquote aurais pas entendue sans secours, mais \'e0 cette heure elle me para\'eet admirable. Je ne sais si vous avez remarqu\'e9
+ que l\rquote envie de faire des sentences se gagne comme le rhume\~: il y a ici des disciples de M.\~de\~Balzac qui en ont eu le vent, et qui ne veulent plus faire autre chose.
+\par
+\par \'c0 Verteuil, le 5 de d\'e9cembre.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744882}4. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Jacques Esprit. 1662.{\*\bkmkend _Toc97744882}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par La faiblesse fait commettre plus de trahisons que le v\'e9ritable dessein de trahir.
+\par
+\par \'ab\~Un habile homme doit savoir r\'e9gler le rang de ses int\'e9r\'eats et les conduire chacun dans son ordre\~; notre avidit\'e9 le trouble souvent en nous faisant courir \'e0 tant de choses \'e0 la fois. De l\'e0 vient que, pour d\'e9
+sirer trop les moins {\*\bkmkstart BM449}{\*\bkmkend BM448}importantes, nous ne les faisons pas assez servir \'e0 obtenir les plus consid\'e9rables\~;\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~On est presque toujours assez brave pour sortir sans honte des p\'e9rils de la guerre, mais peu de gens le sont assez pour s\rquote exposer toujours autant qu\rquote il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel on s\rquote
+expose.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Le caprice de l\rquote humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune.\~\'bb
+\par
+\par Vous n\rquote aurez que cela pour cette heure. Mandez ce qu\rquote il en faut changer. Je ne sais plus aucune de vos nouvelles, ni domestiques, ni chr\'e9tiennes, ni politiques. Je crois que j\rquote irai cet hiver \'e0
+ Paris, et que nous recommencerons de belles moralit\'e9s au coin du feu. Cependant apprenez-moi l\rquote \'e9tat o\'f9 vous \'eates, et qui vous fr\'e9quentez. J\rquote ai tout de bon ici des occupations plus agr\'e9ables que vous n\rquote
+aviez cru, et ma belle-fille est la plus aimable petite cr\'e9ature qui se puisse voir. Je vous prie de montrer \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9 nos derni\'e8res sentences\~: cela lui redonnera peut-\'eatre envie d\rquote en faire, et songez-y aussi de votre c\'f4t
+\'e9, quand ce ne serait que pour grossir notre volume. Il n\rquote y a personne ici qui ne se plaigne de vous, et qui ne s\rquote attend\'eet \'e0 quelque marque de votre souvenir. Pour moi, qui connais son \'e9tendue, je n\rquote ai pas cru qu\rquote
+il vous oblige\'e2t \'e0 de grands soins. Je vous conjure de m\rquote envoyer la condamnation de Brutus\~; je vous d\'e9clare que jusqu\rquote ici je suis pour lui contre vous.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744883}{\*\bkmkstart BM450}{\*\bkmkend BM449}5. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 17 ao\'fbt 1662.
+{\*\bkmkend _Toc97744883}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je suis bien f\'e2ch\'e9 d\rquote avoir appris par M.\~Esprit que vous continuez de faire les choses du monde les plus obligeantes pour moi\~; car je voulais \'eatre en col\'e8re contre vous de ne me faire jamais r\'e9
+ponse, et de dire tous les jours mille maux de moi \'e0 La Plante. J\rquote ai quelquefois envie de croire que c\rquote est par malice que vous me faites tant de bien, et pour m\rquote \'f4ter le plaisir d\rquote
+avoir sujet de me plaindre de vous. Au reste, M.\~Esprit me mande qu\rquote il est ravi de quelque chose que vous avez \'e9crit\~; je vous demande en conscience s\rquote il est juste que vous \'e9criviez de ces choses-l\'e0 sans me les montrer\~
+; vous savez avec combien de bonne foi j\rquote en ai us\'e9 avec vous, et que les sentences ne sont sentences qu\rquote apr\'e8s que vous les avez approuv\'e9es. Il me parle aussi d\rquote un laquais qui a dans\'e9 les tricotets sur l\rquote \'e9
+chafaud o\'f9 il allait \'eatre rou\'e9\~: il me semble que voil\'e0 jusqu\rquote o\'f9 la philosophie d\rquote un laquais m\'e9ritait d\rquote aller\~; je crois que toute gaiet\'e9 en cet \'e9tat-l\'e0 vous est bien suspecte. Je pensais avoir bient\'f4
+t l\rquote honneur de vous voir\~; mais mon voyage est un peu retard\'e9. Je vous baise tr\'e8s humblement les mains.
+\par
+\par \'c0 Verneuil, le 17 d\rquote ao\'fbt.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744884}6. Lettre de La Rouchefoucauld \'e0 Jacques Esprit. 9 septembre 1662.{\*\bkmkend _Toc97744884}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Vous allez voir que vous vous fussiez bien pass\'e9 de me {\*\bkmkstart BM451}{\*\bkmkend BM450}demander des nouvelles de ma femme\~; car sans cela je manquais de pr\'e9
+textes de vous accabler encore de sentences. Je vous dirai donc que ma femme a toujours la fi\'e8vre, et que je crains qu\rquote elle ne se tourne en quarte. Le reste des malades se porte mieux\~; mais, pour retourner \'e0 nos moutons, i
+l ne serait pas juste que vous fussiez paix et aise \'e0 Paris avec Platon, pendant que je suis \'e0 la merci des sentences que vous avez suscit\'e9es pour troubler mon repos. Voici ce que vous aurez par le courrier\~:
+\par
+\par \'ab\~Il faut avouer que la vertu, par qui nous nous vantons de faire tout ce que nous faisons de bien, n\rquote aurait pas toujours la force de nous retenir dans les r\'e8gles de notre devoir, si la paresse, la timidit\'e9
+ ou la honte ne nous faisaient voir les inconv\'e9nients qu\rquote il y a d\rquote en sortir.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote amour de la justice n\rquote est que la crainte de souffrir l\rquote injustice.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Il n\rquote y a pas moins d\rquote \'e9loquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~On ne donne des louanges que pour en profiter.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La souveraine habilet\'e9 consiste \'e0 bien conna\'eetre le prix de chaque chose.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Si on \'e9tait assez habile, on ne ferait jamais de finesses ni de trahisons.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Il n\rquote y a que Dieu qui sache si un proc\'e9d\'e9 net, sinc\'e8re et honn\'eate, est plut\'f4t un effet de probit\'e9 que d\rquote habilet\'e9.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La plupart des hommes s\rquote exposent assez \'e0 la guerre pour {\*\bkmkstart BM452}{\*\bkmkend BM451}sauver leur honneur, mais peu se veulent toujours exposer autant qu\rquote il est n\'e9cessaire pour faire r\'e9ussir le dessein pour lequel on s
+\rquote expose.\~\'bb Je ne sais si vous l\rquote entendrez mieux ainsi\~; mais je veux dire qu\rquote il est assez ordinaire de hasarder sa vie pour s\rquote emp\'eacher d\rquote \'eatre d\'e9shonor\'e9\~
+; mais, quand cela est fait, on en est assez content pour ne se mettre pas d\rquote ordinaire fort en peine du succ\'e8s de la chose que l\rquote on veut faire r\'e9ussir, et il est certain que ceux qui s\rquote exposent tout autant qu\rquote il est n\'e9
+cessaire pour prendre une place que l\rquote on attaque, ou pour conqu\'e9rir une province, ont plus de m\'e9rite, sont meilleurs officiers, et ont de plus grandes et de plus utiles vues que ceux qui s\rquote exposent seulement pour mettre leur honneur
+\'e0 couvert\~; et il est fort commun de trouver des gens de la derni\'e8re esp\'e8ce que je viens de dire, et fort rare d\rquote en trouver de l\rquote autre. Mandez-moi si c\rquote est ici de la glose d\rquote Orl\'e9ans. Si vous avez encore la derni
+\'e8re lettre que je vous ai \'e9crite, je vous prie de mettre sur le ton de sentences ce que vous ai mand\'e9 de ce mouchoir et des tricotets\~; sinon, renvoyez-la-moi pour voir ce que j\rquote en pourrai faire\~; mais faites-le vous-m\'ea
+me, je vous en conjure, si vous le pouvez. Je vous prie de savoir de Mme\~de\~Sabl\'e9 si c\rquote est un des effets de l\rquote amiti\'e9 tendre, de ne faire jamais r\'e9ponse aux gens qu\rquote elle aime, et qui \'e9crivent dix fois de suite.
+\par
+\par Je me d\'e9dis de tout ce que je vous mande contre Mme\~de\~Sabl\'e9\~; car je viens de recevoir ce que je lui avais {\*\bkmkstart BM453}{\*\bkmkend BM452}demand\'e9, avec la lettre la plus tendre et la meilleure du monde. Depuis vous avoir \'e9crit tant
+\'f4t, la fi\'e8vre a pris \'e0 ma femme, et elle l\rquote a double quarte. Je souhaite que Madame votre femme et vous soyez en meilleure sant\'e9.
+\par
+\par Le 9 de septembre
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744885}7. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Fin 1662, ou 1663.{\*\bkmkend _Toc97744885}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'ab\~CE qui fait tout le m\'e9compte que nous voyons dans la reconnaissance des hommes, c\rquote est que l\rquote orgueil de celui qui donne et l\rquote orgueil de celui qui re\'e7oit ne peuvent convenir du prix du bienfait.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La vanit\'e9 et la honte et surtout le temp\'e9rament font la valeur des hommes et la chastet\'e9 des femmes, dont on m\'e8ne tant de bruit.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Il y a des gens dont tout le m\'e9rite consiste \'e0 dire et \'e0 faire des sottises utilement, et qui g\'e2teraient tout s\rquote ils changeaient de conduite.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~On se console souvent d\rquote \'eatre malheureux en effet par un certain plaisir qu\rquote on trouve \'e0 le para\'eetre.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~On admire tout ce qui \'e9blouit, et l\rquote art de savoir bien mettre en \'9cuvre de m\'e9diocres qualit\'e9s d\'e9robe l\rquote estime, et donne souvent plus de r\'e9putation que le v\'e9ritable m\'e9rite.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait d\'e9pla\'eet avec les m\'eames choses qui charment lorsqu\rquote elles sont naturelles.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Peu de gens connaissent la mort\~; on la souffre non par la {\*\bkmkstart BM454}{\*\bkmkend BM453}r\'e9solution, mais par la stupidit\'e9 et par la coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu\rquote on meurt.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Les rois font des hommes comme des pi\'e8ces de monnaie\~: ils les font valoir ce qu\rquote ils veulent, et on est forc\'e9 de les recevoir selon leur cours et non pas selon leur v\'e9ritable prix.\~\'bb
+\par
+\par Voil\'e0 tout ce que j\rquote ai de maximes que vous n\rquote ayez point. Mais comme on ne fait rien pour rien, je vous demande un potage aux carottes, un rago\'fbt de mouton et un de b\'9cuf, comme ceux que nous e\'fbmes lorsque M.\~
+le commandeur de Souvr\'e9 d\'eena chez vous, de la sauce verte, et un autre plat, soit un chapon aux pruneaux, ou telle autre chose que vous jugerez digne de votre choix. Si je pouvais esp\'e9rer deux assiettes de ces confitures dont je ne m\'e9rit
+ais pas de manger d\rquote autrefois, je croirais vous \'eatre redevable toute ma vie. J\rquote envoie donc savoir ce que je puis esp\'e9rer pour lundi \'e0 midi\~; on apportera tout cela ici dans mon carrosse, et je vous rendrai compte du succ\'e8
+s de vos bienfaits.
+\par
+\par Je vous supplie tr\'e8s humblement de me renvoyer les quatre maximes que nous f\'eemes derni\'e8rement, et de vous souvenir que vous m\rquote avez promis le Trait\'e9 de l\rquote amiti\'e9 et ce que vous avez ajout\'e9 \'e0 l\rquote \'c9
+ducation des enfants.
+\par
+\par Ce vendredi au soir.
+\par
+\par \'ab\~Qui vit sans folie n\rquote est pas si sage qu\rquote il croit.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744886}8. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. M\'eame \'e9poque.{\*\bkmkend _Toc97744886}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par C\rquote est ce que vous m\rquote avez envoy\'e9 qui me rend capable d\rquote \'eatre {\*\bkmkstart BM455}{\*\bkmkend BM454}gouverneur de Monsieur le Dauphin depuis l\rquote avoir lu, et non pas ces sentences que j\rquote ai faites. Je n\rquote
+ai en ma vie rien vu de si beau ni de si judicieusement \'e9crit. Si cet ouvrage-l\'e0 \'e9tait publi\'e9, je crois que chacun serait oblig\'e9 en conscience de le lire, car rien au monde ne serait si utile\~; il est vrai que ce serait faire le proc\'e8s
+\'e0 bien des gouverneurs que je connais. Tout ce que j\rquote apprends de cette morte dont vous me parlez me donne une curiosit\'e9 extr\'eame de vous en entretenir\~
+: vous savez bien que je ne crois que vous sur de certains chapitres, et surtout sur les replis du c\'9cur. Ce n\rquote est pas que je ne croie tout ce que l\rquote on dit l\'e0-dessus\~; mais enfin je croirai l\rquote avoir vu quand vous me l\rquote
+aurez dit vous-m\'eame. J\rquote ai envoy\'e9 des sentences \'e0 M.\~Esprit pour vous les montrer, mais il ne m\rquote a point encore fait r\'e9ponse, et il me semble que c\rquote est mauvais signe pour les sentences. Je vous baise tr\'e8
+s humblement les mains, et je vous assure, Madame, que personne du monde n\rquote a tant de respect pour vous que moi.
+\par
+\par La Rochefoucauld
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744887}9. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. M\'eame \'e9poque.{\*\bkmkend _Toc97744887}
+
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'ab\~L\rquote honneur acquis est caution de celui que l\rquote on doit acqu\'e9rir.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La vertu est un fant\'f4me produit par nos passions, du nom duquel on se sert pour faire impun\'e9ment tout ce qu\rquote on veut.\~\'bb
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM456}{\*\bkmkend BM455}\'ab\~On se m\'e9compte toujours quand les actions sont plus grandes que les desseins.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote int\'e9r\'eat, \'e0 qui on reproche d\rquote aveugler les uns, est ce qui fait toute la lumi\'e8re des autres.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744888}10. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Avant avril 1663.{\*\bkmkend _Toc97744888}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie un placet que je vous supplie tr\'e8s humblement de vouloir recommander \'e0 M.\~de\~Marillac, si vous avez du cr\'e9dit vers lui, ou de faire que Mme\~la comtesse de Maure le donne avec une recommandation digne d\rquote elle. Je n\rquote
+ai pu refuser cet office \'e0 une personne \'e0 qui je dois bien plus que cela, et, afin que vous n\rquote ayez point de scrupule, cette personne est Mme\~de\~Lini\'e8res. J\rquote aurai l\rquote honneur de vous voir d\'e8s que je serai de retour d
+\rquote un voyage de cinq ou six jours que je vais faire en Normandie. Je n\rquote ai pas vu de maximes il y a longtemps\~: je crois pourtant qu\rquote en voici une.
+\par
+\par \'ab\~Il n\rquote appartient qu\rquote aux grands hommes d\rquote avoir de grands d\'e9fauts\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744889}11. Lettre de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 La Rochefoucauld. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744889}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je viens de lire les grandes maximes. Les miennes y sont si bien d\'e9guis\'e9es par l\rquote agencement des paroles que je les puis louer comme si elles ne venaient pas de moi. Celle de la paresse est repr\'e9sent\'e9
+e par votre esprit et par vos sentiments d\rquote une sorte qu\rquote il semble qu\rquote elle passe toutes les autres en p\'e9n\'e9tration. Je ne sais pourtant si c\rquote est {\*\bkmkstart BM457}{\*\bkmkend BM456}parce qu\rquote elle est la derni\'e8
+re, car \'e0 mesure que je les ai lues, je les ai toujours trouv\'e9es plus belles. Il y en a deux qui ne me semblent pas vraies, celle de l\rquote orgueil, et la fin du mal est un bien, je ne l\rquote entends pas assez. En v\'e9rit\'e9 vous \'ea
+tes le plus habile homme du monde et cela ne se comprend pas que sans \'e9tude vous sachiez si parfaitement toutes choses. Tout de bon, et de l\rquote abondance de mon c\'9cur, cette derni\'e8re passe tout ce qu\rquote on peut jamais penser. Il fa
+ut renoncer \'e0 toutes les morales et ne voir plus que la v\'f4tre. Je ne vous puis rien dire encore des autres, car j\rquote ai toujours \'e9t\'e9 accabl\'e9e d\rquote affaires et de gens qui m\rquote ont emp\'each\'e9
+e de les lire, parce que je veux que ce soit avec libert\'e9, pour y avoir toute l\rquote attention. Si j\rquote ai l\rquote honneur de vous voir, je vous marquerai ce que je trouverai le plus \'e0 mon go\'fbt.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744890}12. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9 1663.{\*\bkmkend _Toc97744890}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'ab\~De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui pla\'eet, il s\rquote en fait plusieurs vertus.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Le d\'e9sir de vivre ou de mourir sont des go\'fbts de l\rquote amour-propre, dont il ne faut non plus disputer que des go\'fbts de la langue ou du choix des couleurs.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Il n\rquote est pas si dangereux de faire du mal \'e0 la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui d\'e9couvrent le c\'9cur de l\rquote homme, c\rquote est que l\rquote on craint d\rquote y {\*\bkmkstart BM458}{\*\bkmkend BM457}\'eatre d\'e9couvert.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Dieu a permis, pour punir l\rquote homme du p\'e9ch\'e9 originel, qu\rquote il se f\'eet un dieu de son amour-propre, pour en \'eatre tourment\'e9 dans toutes les actions de sa vie.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744891}13. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mlle de Scud\'e9ry, 3 d\'e9cembre 1663 (\~?).{\*\bkmkend _Toc97744891}
+
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je suis encore trop \'e9bloui de tout ce que je viens de recevoir de votre part pour entreprendre de vous en rendre les tr\'e8s humbles remerciements que je vous dois. On n\rquote a jamais fait un si beau pr\'e9sent de si bonne gr\'e2
+ce, et la lettre que vous m\rquote avez fait l\rquote honneur de m\rquote \'e9crire passe encore tout ce que vous m\rquote avez envoy\'e9. Je suis tr\'e8s afflig\'e9, par l\rquote int\'e9r\'eat public et par le mien particulier, de ne pouvoir plus esp\'e9
+rer de voir la suite de ce qui \'e9tait si bien commenc\'e9, je ne sais n\'e9anmoins si on voudra soutenir jusqu\rquote au bout ce qu\rquote on vient de faire l\'e0-dessus, si la libert\'e9 est r\'e9tablie, j\rquote
+oserai vous demander la continuation de vos bienfaits. Je crois, Mademoiselle, que M.\~de\~Corbinelli vous a t\'e9moign\'e9 combien j\rquote ai pris de part \'e0 ceux que vous avez re\'e7us du Roi\~
+; le remerciement que vous lui avez fait est bien digne de lui et de vous\~; il me semble qu\rquote il sied toujours bien d\rquote \'e9crire ainsi quand on le peut faire et qu\rquote il ne sied pas toujours bien d\rquote \'e9crire de belles lettres\~: c
+\rquote est un grand art que de le savoir si bien d\'e9guiser. Au reste, Mademoiselle, vous avez tellement embelli quelques-unes de mes derni\'e8res maximes qu\rquote elles {\*\bkmkstart BM459}{\*\bkmkend BM458}vous appartiennent bien plus qu\rquote \'e0
+ moi. Je souhaiterais passionn\'e9ment que vous voulussiez faire la m\'eame gr\'e2ce aux autres. Faites-moi, s\rquote il vous pla\'eet, celle de croire, Mademoiselle, que rien ne me sera jamais si cher que la part que vous m\rquote aviez fait l\rquote
+honneur de me promettre dans votre amiti\'e9 et que personne ne l\rquote estime ni ne la d\'e9sire si v\'e9ritablement que votre tr\'e8s humble et tr\'e8s ob\'e9issant serviteur.
+\par
+\par La Rochefoucauld
+\par
+\par Le 3 de d\'e9cembre.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744892}14. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 10 d\'e9cembre 1663.{\*\bkmkend _Toc97744892}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Ce n\rquote est pas assez pour moi d\rquote apprendre de vos nouvelles par ce qu\rquote on a accoutum\'e9 de m\rquote en mander\~; je vous supplie de me permettre de vous en demander de temps en temps \'e0 vous-m\'eame, et de souffrir, puisque je n
+\rquote ai pu vous envoyer des truffes, que je vous pr\'e9sente au moins des maximes qui ne les valent pas\~; mais, comme on ne fait rien pour rien en ce si\'e8cle-ci, je vous supplie de me donner en r\'e9compense le m\'e9moire pour faire le po
+tage de carottes, l\rquote eau de noix et celle de mille-fleurs\~; si vous avez quelque autre potage, je vous le demande encore.
+\par
+\par \'ab\~Il semble que plusieurs de nos actions aient des \'e9toiles heureuses ou malheureuses aussi bien que nous, d\rquote o\'f9 d\'e9pend une grande partie de la louange ou du bl\'e2me qu\rquote on leur donne.\~\'bb
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM460}{\*\bkmkend BM459}\'ab\~Il n\rquote y a d\rquote amour que d\rquote une sorte, mais il y en a mille diff\'e9rentes copies\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote esp\'e9rance et la crainte sont ins\'e9parables.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre d\'e8s qu\rquote il cesse d\rquote esp\'e9rer ou de craindre.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Il est de l\rquote amour comme de l\rquote apparition des esprits tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote amour pr\'eate son nom \'e0 un nombre infini de commerces qu\rquote on lui attribue, o\'f9 il n\rquote a souvent gu\'e8re plus de part que le Doge en a \'e0 ce qui se fait \'e0 Venise.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Si nous n\rquote avions point de d\'e9fauts, nous ne serions pas si aises d\rquote en remarquer aux autres\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Je ne sais si on peut dire de l\rquote agr\'e9ment, s\'e9par\'e9 de la beaut\'e9, que c\rquote est une sym\'e9trie dont on ne sait point les r\'e8gles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et l\rquote
+air de la personne\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans l\rquote avoir assez examin\'e9 est souvent un effet de paresse qui se joint \'e0 l\rquote orgueil, on veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d\rquote
+examiner les crimes.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Ce qui fait croire si ais\'e9ment que les autres ont des d\'e9fauts, c\rquote est la facilit\'e9 que l\rquote on a de croire ce qu\rquote on souhaite.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons {\*\bkmkstart BM461}{\*\bkmkend BM460}nous-m\'eame.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Le go\'fbt change mais l\rquote inclination ne change point.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Les d\'e9fauts de l\rquote \'e2me sont comme les blessures du corps\~; quelque soin qu\rquote on prenne de les gu\'e9rir, la cicatrice para\'eet toujours, et elles se peuvent toujours rouvrir.\~\'bb
+\par
+\par Ne croyez pas que je pr\'e9tende m\'e9riter par l\'e0 le potage de carottes je sais que toutes les maximes du monde ne peuvent pas entrer en comparaison avec lui\~; mais je vous donne ce que j\rquote ai, et j\rquote attends tout de votre g\'e9n\'e9rosit
+\'e9. Mandez-moi, s\rquote il vous pla\'eet, si on les doit mettre au rang des autres, et ce qu\rquote il y a \'e0 y changer. S\rquote il vous en est venu quelqu\rquote une, je vous supplie de m\rquote en faire part et de me continuer l\rquote
+honneur de vos bonnes gr\'e2ces.
+\par
+\par Le 10 de d\'e9cembre.
+\par
+\par En voici une qui est venue en fermant ma lettre, qui me d\'e9plaira peut-\'eatre d\'e8s que le courrier sera parti\~:
+\par
+\par \'ab\~La nature, qui a pourvu \'e0 la vie de l\rquote homme par la disposition des organes du corps, lui a sans doute encore donn\'e9 l\rquote orgueil pour lui \'e9pargner la douleur de conna\'eetre ses imperfection et ses mis\'e8res.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744893}15. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Fin 1663, ou d\'e9but 1664.{\*\bkmkend _Toc97744893}
+
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'c0 Vincennes, ce mardi matin.
+\par
+\par \'ab\~Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-m\'eame.\~\'bb
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM462}{\*\bkmkend BM461}\'ab\~L\rquote int\'e9r\'eat est l\rquote \'e2me de l\rquote amour-propre, de sorte que, comme le corps, priv\'e9 de son \'e2me, est sans vue, sans ou\'efe, sans connaissance, sans sentiment, sans mouvement, de m\'ea
+me l\rquote amour-propre, s\'e9par\'e9, s\rquote il le faut dire ainsi, de son int\'e9r\'eat, ne voit, n\rquote entend, ne sent et ne se remue plus. De l\'e0 vient qu\rquote un m\'eame homme qui court la terre et les mers pour son int\'e9r\'eat devi
+ent soudainement paralytique pour l\rquote int\'e9r\'eat des autres\~; de l\'e0 vient le soudain assoupissement et cette mort que nous causons \'e0 tous ceux \'e0 qui nous contons nos affaires\~; de l\'e0 vient leur prompte r\'e9
+surrection, lorsque dans notre narration nous y m\'ealons quelque chose qui les regarde, de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos trait\'e9s que, dans un m\'eame moment, un homme perd connaissance et revient \'e0
+ soi, selon que son propre int\'e9r\'eat s\rquote approche de lui ou qu\rquote il s\rquote en retire.\~\'bb
+\par
+\par En voil\'e0 deux que je vous envoie pour vous reprocher votre ingratitude de me laisser partir sans m\rquote avoir donn\'e9 les v\'f4tres. Je m\rquote en vais [\'85] d\rquote \'eatre [\'85]
+\par
+\par En voici encore une\~:
+\par
+\par \'ab\~En vieillissant, on devient plus fou et plus sage\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744894}16. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744894}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par C\rquote est \'e0 moi, \'e0 cette heure, \'e0 faire des fa\'e7ons pour mes maximes, et apr\'e8s avoir vu les v\'f4tres, n\rquote en esp\'e9rez plus de moi. Je vous jure sur mon honneur que je ne les ai point {\*\bkmkstart BM463}{\*\bkmkend BM462}
+fait copier, quoique je fusse fort en droit de le faire, et je vous assure de plus que je l\rquote aurais fait si je n\rquote esp\'e9rais que vous consentirez \'e0 me les donner. Je vous m\'e8nerai, quand il vous plaira, M.\~de\~Corbinelli, qui meurt d
+\rquote envie de vous montrer quelque chose. Vous nous avez fait un cruel tour \'e0 M.\~l\rquote abb\'e9 de la Victoire et \'e0 moi\~: vous le r\'e9parerez quand il vous plaira.
+\par
+\par Je pensais vous rendre moi-m\'eame hier vos maximes.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744895}17. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744895}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie un billet que Mme\~de\~Puisieux m\rquote \'e9crit, o\'f9 vous verrez que j\rquote ai ob\'e9i \'e0 vos ordres, et qu\rquote elle voudrait bien avoir de la poudre de vip\'e8re Si vous avez la bont\'e9 de lui en envoyer, vous l\rquote
+obligerez extr\'eamement. Souvenez-vous, s\rquote il vous pla\'eet, de faire copier vos maximes, et de me les donner \'e0 mon retour. Je vous baise tr\'e8s humblement les mains, et je prends encore une fois cong\'e9 de vous.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744896}18. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744896}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie ce que j\rquote ai pris chez vous en partie. Je vous supplie tr\'e8s humblement de me mander si je ne l\rquote ai point g\'e2t\'e9, et si vous trouvez le reste \'e0 votre gr\'e9. Souvenez-vous, s\rquote il vous pla\'eet, de la poudre de vip
+\'e8re et de la mani\'e8re d\rquote en user.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744897}19. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date {\*\bkmkstart BM464}{\*\bkmkend BM463}inconnue.
+{\*\bkmkend _Toc97744897}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je sais qu\rquote on d\'eene chez vous sans moi, et que vous faites voir des sentences que je n\rquote ai pas faites, dont on ne me veut rien dire\~; tout cela est assez d\'e9sobligeant pour vous demander permission de vous en aller
+faire mes plaintes demain. Tout de bon, que la honte de m\rquote avoir tant offens\'e9 ne vous emp\'eache pas de souffrir ma pr\'e9sence, car ce serait encore augmenter mon juste ressentiment. Prenez donc, s\rquote il vous pla\'ee
+t, le parti de le faire finir, car je vous assure que je suis fort dispos\'e9 \'e0 oublier le pass\'e9, pour peu que vous vouliez le r\'e9parer.
+\par
+\par Ce lundi au soir
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744898}20. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744898}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je pensais avoir l\rquote honneur de vous voir aujourd\rquote hui, et vous pr\'e9senter moi-m\'eame mes ouvrages, comme tout auteur doit faire\~; mais j\rquote ai mille affaires qui m\rquote en emp\'eachent\~; je vous envoie donc ce que vous m\rquote
+avez ordonn\'e9 de vous faire voir, et je vous supplie tr\'e8s humblement que personne ne le voie que vous. Je n\rquote ose vous demander \'e0 d\'eener devant que d\rquote aller \'e0 Liancourt, car je sais bien qu\rquote
+il ne vous faut pas engager de si loin\~; mais j\rquote esp\'e8re pourtant que vous me manderez, vendredi au matin, que je puis aller d\'eener chez vous\~; j\rquote y m\'e8nerai M.\~Esprit, si vous voulez. Enfin j\rquote apporterai de mon c\'f4t\'e9
+ toutes les facilit\'e9s pour vous y faire consentir.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744899}{\*\bkmkstart BM465}{\*\bkmkend BM464}21. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.
+{\*\bkmkend _Toc97744899}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Voil\'e0 encore une maxime que je vous envoie pour joindre aux autres. Je vous supplie de me mander votre sentiment des derni\'e8res que je vous ai envoy\'e9es. Vous ne les pouvez pas d\'e9
+sapprouver toutes, car il y en a beaucoup de vous. Je ne partirai que lundi\~; j\rquote essaierai d\rquote aller prendre cong\'e9 de vous.
+\par
+\par Ce jeudi au soir.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744900}22. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744900}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Vous ne pouvez faire une plus belle charit\'e9 que de permettre que le porteur de ce billet puisse entrer dans les myst\'e8res de la marmelade et de vos v\'e9ritables confitures, et je vous supplie tr\'e8s
+ humblement de faire en sa faveur tout ce que vous pourrez. Je passerai apr\'e8s d\'eener chez vous pour avoir l\rquote honneur de vous voir, si vous me le voulez permettre. Il me semble que nous avons bien de choses \'e0 dire. Songez, s\rquote
+il vous pla\'eet, \'e0 me donner vos maximes, car je m\rquote en vais dans quatre jours.
+\par
+\par Ce mardi matin.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744901}23. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744901}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je suis au d\'e9sespoir de m\rquote en retourner \'e0 Liancourt sans avoir l\rquote honneur de vous voir et de vous rendre compte de nos prosp\'e9rit\'e9s\~; car enfin vous savez bien, Madame, que, quelque agr\'e9ables qu\rquote elles me puissent \'ea
+tre d\rquote elles-m\'eames, elles me le sont encore davantage par le plaisir que j\rquote ai {\*\bkmkstart BM466}{\*\bkmkend BM465}de vous en entretenir. Je ferai tout ce que je pourrai pour aller prendre cong\'e9 de vous, \'e0
+ Auteuil, avant que de commencer mon grand voyage. Cependant, s\rquote il y a quelque sentence nouvelle, je vous supplie tr\'e8s humblement de me l\rquote envoyer M.\~Esprit a admir\'e9 celle de la jalousie
+\par
+\par Ce mercredi au soir
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744902}24. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744902}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par J\rquote envoie savoir de vos nouvelles, et si vous vous \'eates souvenue de ce que vous m\rquote aviez promis. Je vous ai cherch\'e9 un \'e9crivain qui fera mieux que l\rquote autre. Je vous renvoie l\rquote \'e9crit de M Esprit que j\rquote e
+mportai derni\'e8rement avec ce que vous m\rquote avez donn\'e9, et je vous envoie aussi ce qui est ajout\'e9 aux sentences que vous n\rquote avez point vues. Comme c\rquote est tout ce que j\rquote ai, je vous supplie tr\'e8s humblement qu\rquote
+il ne se perde pas, et de mander quand je pourrai avoir l\rquote honneur de vous voir pour prendre cong\'e9 de vous.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744903}25. Lettre de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 La Rochefoucauld. Date inconnue{\*\bkmkend _Toc97744903}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Si vous eussiez demand\'e9 \'e0 venir ici une heure plus t\'f4t, je vous eusse dit non. Il y a quelques jours que j\rquote avais tellement perdu l\rquote app\'e9tit que je croyais que c\rquote en \'e9tait fait de mon foie et de mon estomac\~
+; mais, Dieu merci, j\rquote ai mang\'e9 deux vives aujourd\rquote hui\~; c\rquote est pourquoi, encore que j\rquote aie renonc\'e9 \'e0 voir tous les gens faits comme vous, je ne saurais r\'e9sister \'e0 la tentation, et vous serez le tr\'e8s bien
+{\*\bkmkstart BM467}{\*\bkmkend BM466}venu. Pour les maximes, ne m\rquote en parlez plus, elles sont supprim\'e9es. M.\~de\~Sens a mis les v\'f4tres au-dessus de cent piques, et ainsi de me parler d\rquote avoir les miennes, c\rquote
+est me parler de mon d\'e9shonneur.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744904}26. Lettre de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 La Rochefoucauld. Date inconnue.{\*\bkmkend _Toc97744904}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Cette sentence n\rquote est que pour faire une sentence, car je suis assur\'e9e qu\rquote elle n\rquote a pas son effet en ce sujet ici\~; mais vous jugerez ais\'e9ment que la maladie que vous m\rquote avez donn\'e9e de
+s sentences ne peut manquer de jouer son jeu en toute rencontre. Encore que je comprenne fort bien que vous avez beaucoup d\rquote affaires, je ne laisse pas \'e0 \'eatre surprise que vous puissiez aller \'e0 Liancourt sans me voir, et en quelque fa\'e7
+on ce pourrait \'eatre une marque de la v\'e9rit\'e9 de la sentence, puisque vous n\rquote avez pas autant de plaisir de me parler de vos joies que vous en aviez de me parler de vos d\'e9sirs et de vos inqui\'e9tudes. N\'e9anmoins je vous pardonne sinc
+\'e8rement, jugeant bien les terribles embarras que vous avez. Vous pouvez penser par beaucoup de raisons la part que je prends \'e0 votre satisfaction, quand il n\rquote y aurait que l\rquote amour-propre de voir que j\rquote ai si bien devin\'e9
+ ce qui est si ponctuellement arriv\'e9
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744905}{\*\bkmkend BM467}II. Jugements recueillis par Mme\~de\~Sabl\'e9{\*\bkmkend _Toc97744905}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744906}{\*\bkmkstart BM468}27. Lettre de Mme\~de\~Maure \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 3 mars 1661.{\*\bkmkend _Toc97744906}
+
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Il me semble, m\rquote amour, que M.\~de\~La Rochefoucauld n\rquote y est pas assez lou\'e9 pour le lui envoyer, et du moins il y faudrait remettre quelque chose que j\rquote ai oubli\'e9 avant que de dire \'ab\~Mais je trouve qu\rquote il fait \'e0 l
+\rquote homme une \'e2me trop laide\~\'bb. Renvoyez-le moi, s\rquote il vous pla\'eet, m\rquote amour, pour voir si je pourrai le rendre aussi propre pour lui qu\rquote il peut l\rquote \'eatre pour M Esprit Depuis que ceci fut \'e9crit, M.\~le M[arq
+uis] d\rquote Antin \'e9tant ici avec M.\~le Comte de Maure, je leur montrai ce que vous et M.\~Esprit avez \'e9crit\~; et en disant que j\rquote avais bien de la peine \'e0 croire que vous vous fussiez m\'e9
+prise, parce que cela ne vous arrivait jamais, ils furent tous deux d\rquote une m\'eame opinion, et je dis au philosophe d\rquote \'e9crire la sienne\~:
+\par
+\par \'ab\~D\'e9fense de Mme\~la M[arquise] de Sabl\'e9 par M.\~le Marquis d\rquote Antin, jadis M.\~l\rquote abb\'e9 d\rquote Antin. \endash Il y a un plus grand m\'e9compte dans le m\'e9compte pr\'e9tendu parce qu\rquote il est assur\'e9 que la possibilit
+\'e9 suffit pour le fondement de la beaut\'e9, et principalement Mme\~la M[arquise] ayant restreint ce qui pouvait m\'eame convenir aux beaut\'e9s en g\'e9n\'e9ral \'e0 la beaut\'e9 des productions de l\rquote esprit, puisque les trag\'e9
+dies, et les romans, qui sont de ce nombre et d\rquote une mani\'e8re assez illustre et assez \'e0 la mode en tous les temps, n\rquote ont pour l\rquote ordinaire et peuvent m\'eame selon Aristote n\rquote avoir que la possibilit\'e9
+ et la vraisemblance pour fondement de leur {\*\bkmkstart BM469}{\*\bkmkend BM468}beaut\'e9.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744907}28. Lettre de Mme\~de\~Maure \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. M\'eame \'e9poque.{\*\bkmkend _Toc97744907}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Votre sentence, m\rquote amour, est admirable et de ce tour court que j\rquote aime aux sentences, et pour celle de M.\~Esprit, encore qu\rquote il me semble qu\rquote il y a de la t\'e9m\'e9rit\'e9 de croire qu\rquote
+il puisse faillir, je ne saurais concevoir que, quand les passions font tant que de parler \'e9quitablement et raisonnablement, elles puissent offenser, si ce n\rquote est Dieu qui voit les c\'9curs et qui voit par cons\'e9
+quent le principe de toutes les actions.
+\par
+\par Je ne trouve pas non plus qu\rquote il soit vrai que la charit\'e9 ait le privil\'e8ge de dire tout ce qui lui pla\'eet\~; et j\rquote eus une grande joie de ce que vous y ayez fait mettre le quasi que j\rquote y ai trouv\'e9\~
+; il faudrait, ce me semble, pour rendre cela v\'e9ritable, que l\rquote on v\'eet le c\'9cur aussi bien sur ce point-l\'e0 que sur l\rquote autre, car alors sans doute, comme on verrait que c\rquote est la charit\'e9
+ toute seule qui parle, toutes les personnes raisonnables recevraient bien les choses m\'eames qui seraient les plus contraires \'e0 leurs sentiments\~; mais parce que le c\'9cur ne se voit pas, nous voyons tous les jours que quand la repr\'e9
+hension est rude, elle blesse, encore qu\rquote elle parte de la charit\'e9, et quand m\'eame elle est douce, elle ne laisse pas quelquefois de blesser, parce qu\rquote il faut \'eatre merveilleusement raisonnable pour n\rquote \'eatre pas bless\'e9
+e de tout ce qui donne de la confusion.
+\par
+\par Je vous engage, ma ch\'e8re m\rquote amour, par la fid\'e9lit\'e9 que nous {\*\bkmkstart BM470}{\*\bkmkend BM469}avons l\rquote une pour l\rquote autre, de ne faire voir ceci qu\rquote \'e0 Mlle de Chalais, car pour M.\~Esprit il n\rquote
+y faut pas seulement songer. Je vous demande cela, m\rquote amour, au pied de la lettre, c\rquote est-\'e0-dire qu\rquote il ne sache jamais que je vous aie montr\'e9 d\rquote y trouver rien \'e0
+ redire. Je lui dis seulement quelque chose qui signifiait qu\rquote il y fallait le quasi que vous y avez mis\~; mais vous, m\rquote amour, vous m\rquote apprendrez, s\rquote il vous pla\'eet, si je ne me suis point tromp\'e9e dans le reste[\'85]
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744908}29. Lettre de Mlle de Vertus \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. Printemps 1663.{\*\bkmkend _Toc97744908}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par [\'85] Que me dites-vous de ces maximes qu\rquote on a montr\'e9es \'e0 M.\~le comte de Saint-Paul\~? Je ne sais ce que c\rquote est, mais il me semble qu\rquote il ne faudrait point trop le laisser entretenir par ce M.\~de\~Neur\'e9\~; car c\rquote
+est une personne qui apparemment n\rquote est pas contente de Mme\~de\~Longueville, et qui a bien envie, \'e0 ce qu\rquote on m\rquote a dit, de rentrer dans cette maison. Si vous disiez \'e0 M.\~le comte de Saint-Paul qu\rquote il ne faut pas qu\rquote
+il s\rquote amuse \'e0 les lire\~? Il a une grande d\'e9f\'e9rence pour vous, et ainsi cela lui deviendrait suspect [\'85]
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744909}30. Lettre de Mme\~de\~Schonberg \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744909}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je crus hier, tout le jour, vous pouvoir renvoyer vos maximes\~; mais il me fut impossible d\rquote en trouver le temps. Je voulais vous \'e9crire et m\rquote \'e9tendre sur leur sujet. Je ne puis pas vous en dire mon sentiment en d\'e9tail, tout ce
+{\*\bkmkstart BM471}{\*\bkmkend BM470}qu\rquote il m\rquote en para\'eet, en g\'e9n\'e9ral, c\rquote est qu\rquote il y a en cet ouvrage beaucoup d\rquote esprit, peu de bont\'e9, et forces v\'e9rit\'e9s que j\rquote aurais ignor\'e9es toute ma vie si l
+\rquote on ne m\rquote en avait fait apercevoir. Je ne suis pas encore parvenue \'e0 cette habilet\'e9 d\rquote esprit o\'f9 l\rquote on ne conna\'eet dans le monde ni honneur ni bont\'e9 ni probit\'e9\~; je croyais qu\rquote
+il y en pouvait avoir. Cependant, apr\'e8s la lecture de cet \'e9crit, l\rquote on demeure persuad\'e9 qu\rquote il n\rquote y a ni vice ni vertu \'e0 rien, et que l\rquote on fait n\'e9cessairement toutes les actions de la vie. S\rquote
+il est ainsi que nous ne nous puissions emp\'eacher de faire tout ce que nous d\'e9sirons, nous sommes excusables, et vous jugez de l\'e0 combien ces maximes sont dangereuses. Je trouve encore que cela n\rquote est pas bien \'e9crit en fran\'e7ais, c
+\rquote est-\'e0-dire que ce sont des phrases et des mani\'e8res de parler qui sont plut\'f4t d\rquote un homme de la cour que d\rquote un auteur. Cela ne me d\'e9pla\'ee
+t pas, et ce que je vous en puis dire de plus vrai est que je les entends toutes comme si je les avais faites, quoique bien des gens y trouvent de l\rquote obscurit\'e9 en certains endroits. Il y en a qui me charment, comme\~: \'ab\~L\rquote
+esprit est toujours la dupe du c\'9cur\~\'bb. Je ne sais si vous l\rquote entendez comme moi\~; mais je l\rquote entends, ce me semble, bien joliment, et voici comment\~: c\rquote est que l\rquote esprit croit toujours, par son habilet\'e9
+ et par ses raisonnements, faire faire au c\'9cur ce qu\rquote il veut, mais il se trompe, il en est la dupe, c\rquote est toujours le c\'9cur qui fait agir l\rquote esprit\~; l\rquote on suit tous ses mouvements, malgr\'e9 {\*\bkmkstart BM472}
+{\*\bkmkend BM471}que l\rquote on en ait, et l\rquote on les suit m\'eame sans croire les suivre. Cela se conna\'eet mieux en galanterie qu\rquote aux autres actions, et je me souviens de certains vers sur ce sujet qui ne seront pas mal \'e0 propos\~:
+
+\par
+\par La raison sans cesse raisonne
+\par Et jamais n\rquote a gu\'e9ri personne,
+\par Et le d\'e9pit le plus souvent
+\par Rend plus amoureux que devant
+\par
+\par Il y en a encore une qui me para\'eet bien v\'e9ritable, et \'e0 quoi le monde ne pense pas, parce qu\rquote on ne voit autre chose que des gens qui bl\'e2ment le go\'fbt des autres, c\rquote est celle qui dit que \'ab\~la f\'e9licit\'e9 est dans le go
+\'fbt, et non pas dans les choses\~; c\rquote est pour avoir ce qu\rquote on aime qu\rquote on est heureux, et non pas ce que les autres trouvent aimable\~\'bb. Mais ce qui m\rquote a \'e9t\'e9 tout nouveau et que j\rquote admire est que \'ab\~
+la paresse, toute languissante qu\rquote elle est, d\'e9truit toutes les passions\~\'bb. Il est vrai \endash et l\rquote on a bien fouill\'e9 dans l\rquote \'e2me pour y trouver un sentiment si cach\'e9, mais si v\'e9ritable \endash
+ que je crois que nulle de ces maximes ne l\rquote est davantage, et je suis ravie de savoir que c\rquote est \'e0 la paresse \'e0 qui l\rquote on a l\rquote obligation de la destruction de toutes les passions. Je pense qu\rquote \'e0 pr\'e9sent on doit l
+\rquote estimer comme la seule vertu qu\rquote il y a dans le monde, puisque c\rquote est elle qui d\'e9racine tous les vices\~; comme j\rquote ai toujours eu beaucoup de respect pour elle, je suis fort aise qu\rquote elle ait un si grand m\'e9rite.
+
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM473}{\*\bkmkend BM472}Que dites-vous aussi, Madame, de ce que \'ab\~chacun se fait un ext\'e9rieur et une mine qu\rquote il met en la place de ce qu\rquote on veut para\'eetre, au lieu de ce que l\rquote on est\~\'bb\~
+? Il y a longtemps que je l\rquote ai pens\'e9, et que j\rquote ai dit que tout le monde \'e9tait en mascarade et mieux d\'e9guis\'e9 que l\rquote on ne l\rquote est \'e0 celle du Louvre, car l\rquote on n\rquote y reconna\'ee
+t personne. Enfin que tout soit \'e0 se disposer honn\'eate, et non pas l\rquote \'eatre, cela est pourtant bien \'e9trange.
+\par
+\par Je ne sais si cela r\'e9ussira imprim\'e9 comme en manuscrit\~; mais si j\rquote \'e9tais du conseil de l\rquote auteur, je ne mettrais point au jours ces myst\'e8res qui \'f4teront \'e0 tout jamais la confiance qu\rquote
+on pourrait prendre en lui il en sait tant l\'e0-dessus, et il para\'eet si fin, qu\rquote il ne peut plus mettre en usage cette souveraine habilet\'e9 qui est de ne para\'eetre point en avoir. Je vous dis \'e0 b\'e2ton rompu tout ce qui me reste dans l
+\rquote esprit de cette lecture\~; je ne pense qu\rquote \'e0 vous ob\'e9ir ponctuellement, et en le faisant je crois ne pouvoir faillir, quelque sottise que je puisse dire. Je n\rquote ai point pris de copie, je vous en donne ma parole, ni n\rquote
+en ai parl\'e9 \'e0 personne
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744910}31. Lettre, d\rquote auteur inconnu, \'e0 Mme\~de\~Schonberg, transmise par elle \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.
+{\*\bkmkend _Toc97744910}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'c0 consid\'e9rer superficiellement l\rquote \'e9crit que vous m\rquote avez envoy\'e9, il semble tout \'e0 fait malin, et il ressemble fort \'e0 la production d\rquote un esprit fier, orgueilleux, satirique, d\'e9daigneux, ennemi d\'e9clar\'e9
+ du bien, sous quelque visage {\*\bkmkstart BM474}{\*\bkmkend BM473}qu\rquote il paraisse, partisan tr\'e8s passionn\'e9 du mal, auquel il attribue tout, qui querelle et qui choque toutes les vertus, et qui doit enfin passer pour le dest
+ructeur de la morale et pour l\rquote empoisonneur de toutes les bonnes actions, qu\rquote il veut absolument qui passent pour autant de vices d\'e9guis\'e9s. Mais quand on le lit avec un peu de cet esprit p\'e9n\'e9trant qui va bient\'f4t jusqu\rquote
+au fond des choses pour y trouver le fin, le d\'e9licat et le solide, on est contraint d\rquote avouer ce que je vous d\'e9clare, qu\rquote il n\rquote y a rien de plus fort, de plus v\'e9ritable, de plus philosophe, ni m\'eame de plus chr\'e9
+tien, parce que dans la v\'e9rit\'e9 c\rquote est une morale tr\'e8s d\'e9licate qui exprime d\rquote une mani\'e8re peu connue aux anciens philosophes et aux nouveaux p\'e9
+dants la nature des passions qui se travestissent dans nous si souvent en vertus. C\rquote est la d\'e9couverte du faible de la sagesse humaine et de la raison, et de ce qu\rquote on appelle force d\rquote esprit\~; c\rquote est une satire tr\'e8
+s forte et tr\'e8s ing\'e9nieuse de la corruption de la nature par le p\'e9ch\'e9 originel, de l\rquote amour-propre et de l\rquote orgueil, et de la malignit\'e9 de l\rquote esprit humain qui corrompt tout quand il agit de soi-m\'eame sans l\rquote
+esprit de Dieu. C\rquote est un agr\'e9able description de ce qui se fait par les plus honn\'eates gens quand ils n\rquote ont point d\rquote autre conduite que celle de la lumi\'e8re naturelle et de la raison sans la gr\'e2ce. C\rquote est une \'e9
+cole de l\rquote humilit\'e9 chr\'e9tienne, o\'f9 nous pouvons apprendre les d\'e9fauts de ce que l\rquote on appelle si mal \'e0 propos nos vertus\~; c\rquote est un {\*\bkmkstart BM475}{\*\bkmkend BM474}
+parfaitement beau commentaire du texte de saint Augustin qui dit que toutes les vertus des infid\'e8les sont des vices, c\rquote est un anti-S\'e9n\'e8que, qui abat l\rquote orgueil du faux sage que ce superbe philosophe \'e9l\'e8ve \'e0 l\rquote \'e9g
+al de Jupiter\~; c\rquote est un soleil qui fait fondre la neige qui couvre la laideur de ces rochers infructueux de la seule vertu morale\~; c\rquote est un fonds tr\'e8s fertile d\rquote une infinit\'e9 de belles v\'e9rit\'e9s qu\rquote
+on a le plaisir de d\'e9couvrir en fouissant un peu par la m\'e9ditation. Enfin, pour dire nettement mon sentiment, quoiqu\rquote il y ait partout des paradoxes, ces paradoxes sont pourtant tr\'e8s v\'e9ritables, pourvu qu\rquote
+on demeure toujours dans les termes de la vertu morale et de la raison naturelle, sans la gr\'e2ce. Il n\rquote y en a point que je ne soutienne, et il en a m\'eame plusieurs qui s\rquote accordent parfaitement avec les sentences de l\rquote Eccl\'e9
+siastique, qui contient la morale du Saint-Esprit. Enfin, je n\rquote y trouve rien \'e0 reprendre que ce qu\rquote il dit qu\rquote on ne loue jamais que pour \'eatre lou\'e9, car je vous jure que je ne pr\'e9
+tends nulles louanges de celles que je suis oblig\'e9 de lui donner, et dans l\rquote humeur o\'f9 je suis je lui en donnerais bien d\rquote autres Mais il y a l\'e0-bas un fort honn\'eate homme qui m\rquote attend dans son carrosse pour me mener faire l
+\rquote essai de notre chocolate. Vous y avez quelque int\'e9r\'eat, et moi aussi, parce que vous \'eates de moiti\'e9 avec Mme\~la princesse de Guymen\'e9 pour m\rquote en faire ma provision.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744911}32. Lettre de Mme\~de\~Guymen\'e9 \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744911}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par {\*\bkmkstart BM476}{\*\bkmkend BM475}Je vous allais \'e9crire quand j\rquote ai re\'e7u votre lettre pour vous supplier de m\rquote envoyer votre carrosse aussit\'f4t que vous aurez d\'een\'e9. Je n\rquote ai encore vu que les premi\'e8res maximes, \'e0
+ cause que j\rquote avais hier mal \'e0 la t\'eate\~; mais ce que j\rquote en ai vu me para\'eet plus fond\'e9 sur l\rquote humeur de l\rquote auteur que sur la v\'e9rit\'e9, car il ne croit point de lib\'e9ralit\'e9 sans int\'e9r\'eat, ni de piti\'e9\~
+; c\rquote est qu\rquote il juge tout le monde par lui-m\'eame. Pour le plus grand nombre, il a raison\~; mais assur\'e9ment il y a des gens qui ne d\'e9sirent autre chose que de faire du bien.
+\par
+\par Je crois vous avoir d\'e9j\'e0 mand\'e9 que je n\rquote ai jamais souhait\'e9 d\rquote Altesse de vous. Je n\rquote ai garde d\rquote en vouloir en s\'e9rieux, et en d\'e9rision elle me choquerait. J\rquote aurai l\rquote honneur de vous voir apr\'e8s d
+\'eener si vous m\rquote envoyez votre carrosse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744912}33. Lettre de Mme\~de\~Liancourt \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744912}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je n\rquote avais qu\rquote une partie d\rquote un petit cahier des maximes que vous savez, quand j\rquote eus l\rquote honneur de vous voir, et il d\'e9butait si cruellement contre les vertus qu\rquote il me scandalisa, aussi bien que beaucoup d\rquote
+autres\~; mais depuis j\rquote ai tout lu, et je fais amende honorable \'e0 votre jugement, car je vois bien qu\rquote il y a dans cet \'e9crit de fort jolies choses, et m\'eame, je crois, de bonnes, pourvu qu\rquote on \'f4te l\rquote \'e9
+quivoque qui fait confondre les vraies vertus avec les fausses. Un de mes amis a chang\'e9 quelques mots en plusieurs articles, qui raccommodent, je crois, ce qu\rquote il y avait de mal\~; je vous les irai lire un de ces jours, si vous avez
+{\*\bkmkstart BM477}{\*\bkmkend BM476}loisir de me donner audience.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744913}34. Lettre, d\rquote auteur inconnu, \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744913}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous ai beaucoup d\rquote obligation d\rquote avoir fait un jugement de moi si avantageux que de croire que j\rquote \'e9tais capable de dire mon sentiment de l\rquote \'e9crit que vous m\rquote avez envoy\'e9
+. Je vous proteste, Madame, avec toute la sinc\'e9rit\'e9 de mon c\'9cur, quoique l\rquote auteur de l\rquote \'e9crit n\rquote en croie point de v\'e9ritable que j\rquote en suis incapable et que je n\rquote entends rien en ces choses si subtiles et si d
+\'e9licates\~; mais puisque vous commandez, il faut ob\'e9ir. Je vous dirai donc, Madame, apr\'e8s avoir bien consid\'e9r\'e9 cet \'e9crit que ce n\rquote est qu\rquote une collection de plusieurs livres d\rquote o\'f9 l\rquote
+on a choisi les sentences, les pointes et les choses qui avaient plus de rapport au dessein de celui qui a pr\'e9tendu en faire un ouvrage consid\'e9rable. J\rquote ai l\rquote esprit si rempli des id\'e9es de ma\'e7onneries que je m\rquote
+imagine que tout ce que je vois en a la ressemblance et que cet ouvrage s\rquote y peut comparer. Je sais bien que vous direz que je ne suis qu\rquote un ma\'e7on ou un charpentier en cette mati\'e8re, mais vous m\rquote avouerez aussi qu\rquote il est co
+mpos\'e9 de diff\'e9rents mat\'e9riaux, on y remarque de belles pierres, j\rquote en demeure d\rquote accord\~; mais on ne saurait disconvenir qu\rquote il ne s\rquote y trouve aussi du moellon et beaucoup de pl\'e2tras, qui sont si mal joints ensemble qu
+\rquote il est impossible qu\rquote ils puissent faire corps ni liaison, et par cons\'e9quent que l\rquote ouvrage puisse subsister. Apr\'e8s la raillerie il est bon d\rquote entrer un peu dans le s\'e9rieux, et de {\*\bkmkstart BM478}{\*\bkmkend BM477}
+vous dire que les auteurs des livres desquels on a collig\'e9 ces sentences, ces pointes et ces p\'e9riodes les avaient mieux plac\'e9es\~; car si l\rquote on voyait ce qui \'e9tait devant et apr\'e8s, assur\'e9ment on en serait plus \'e9difi\'e9
+ ou moins scandalis\'e9. Il y a beaucoup de simples dont le suc est poison, qui ne sont point dangereux lorsqu\rquote on n\rquote en a rien extrait et que la plante est en son entier. Ce n\rquote est pas que cet \'e9
+crit ne soit bon en de bonnes mains, comme les v\'f4tres, qui savent tirer le bien du mal m\'eame\~; mais aussi on peut dire qu\rquote entre les mains de personnes libertines ou qui auraient de la pente aux opinions nouvelles, que cet \'e9
+crit les pourrait confirmer dans leur erreur, et leur faire croire qu\rquote il n\rquote y a point du tout de vertu, et que c\rquote est folie de pr\'e9tendre de devenir vertueux, et jeter ainsi le monde dans l\rquote indiff\'e9rence et dans l\rquote
+oisivet\'e9, qui est la m\'e8re de tous les vices. J\rquote en parlai hier \'e0 un homme de mes amis, qui me dit qu\rquote il avait vu cet \'e9crit, et qu\rquote \'e0 son avis il d\'e9couvrait les parties honteuses de la vie civile et de la soci\'e9t\'e9
+ humaine, sur lesquelles il fallait tirer le rideau\~; ce que je fais, de peur que cela fasse mal aux yeux d\'e9licats, comme les v\'f4tres, qui ne sauraient rien souffrir d\rquote impur et de d\'e9shonn\'eate.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744914}35. Lettre d\rquote auteur inconnu, \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744914}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous suis infiniment oblig\'e9, Madame, de m\rquote avoir donn\'e9 la pi\'e8ce que je vous renvoie, et encore que je n\rquote aie eu que le loisir de la parcourir dans le peu de temps que vous m\rquote avez {\*\bkmkstart BM479}{\*\bkmkend BM478}
+prescrit pour la lire, je n\rquote ai pas laiss\'e9 d\rquote en retirer beaucoup de plaisir et de profit, et une estime si particuli\'e8re pour l\rquote auteur et pour son ouvrage qu\rquote en v\'e9rit\'e9 je ne suis pas capable de vous la bien exprimer.
+
+\par
+\par L\rquote on voit bien que ce faiseur de maximes n\rquote est pas un homme nourri dans la province, ni dans l\rquote Universit\'e9\~; c\rquote est un homme de qualit\'e9 qui conna\'eet parfaitement la cour et le monde, qui en a go\'fbt\'e9
+ autrefois toutes les douceurs, qui en a aussi senti souvent les amertumes, et qui s\rquote est donn\'e9 le loisir d\rquote en \'e9tudier et d\rquote en p\'e9n\'e9trer tous les d\'e9tours et toutes les finesses. Mais outre cela, comme la nature lui a donn
+\'e9 cette \'e9tendue d\rquote esprit, cette profondeur et ce discernement, joint \'e0 la droiture, \'e0 la d\'e9licatesse et \'e0 ce beau tour dont il parle en quelques endroits de cet \'e9crit, il ne faut pas s\rquote \'e9tonner s\rquote il a prononc
+\'e9 si judicieusement sur des mati\'e8res qu\rquote il avait si parfaitement connues.
+\par
+\par Pour ce qui est de l\rquote ouvrage, c\rquote est \'e0 mon sens la plus belle et la plus utile philosophie qui se fit jamais\~; c\rquote est l\rquote abr\'e9g\'e9 de tout ce qu\rquote
+il y a de sage et de bon dans toutes les anciennes et nouvelles sectes des philosophes, et quiconque saura bien cet \'e9crit n\rquote a plus besoin de lire S\'e9n\'e8que, ni \'c9pict\'e8te, ni Montaigne, ni Charron, ni tout ce qu\rquote on a ramass\'e9
+ depuis peu de la morale des sceptiques et des \'e9picuriens. On apprend v\'e9ritablement \'e0 se conna\'eetre dans ces livres, mais c\rquote est pour en devenir plus superbe et plus amateur de soi-m\'eame\~; celui-ci nous fait conna\'eetre,
+{\*\bkmkstart BM480}{\*\bkmkend BM479}mais c\rquote est pour nous m\'e9priser et pour nous humilier\~; c\rquote est pour nous donner de la d\'e9fiance et nous mettre sur nos gardes contre nous-m\'eames et contre toutes les choses q
+ui nous touchent et nous environnent\~; c\rquote est pour nous donner du d\'e9go\'fbt de toutes les choses du monde et nous en d\'e9tacher, nous tourner du c\'f4t\'e9 de Dieu, qui seul est bon, juste, immuable et digne d\rquote \'eatre aim\'e9, honor\'e9
+, et servi. On pourrait dire que le chr\'e9tien commence o\'f9 votre philosophe finit, et l\rquote on ne pourrait faire une instruction plus propre \'e0 un cat\'e9chum\'e8ne, pour convertir \'e0 Dieu son esprit et sa volont\'e9\~
+; et cela me fait souvenir d\rquote une excellente comparaison, que j\rquote ai autrefois lue dans une \'e9p\'eetre de S\'e9n\'e8que\~: C\rquote est une chose bien \'e9trange, dit-il, de consid\'e9rer un enfant, pendant les neuf mois qu\rquote
+il demeure dans le ventre de sa m\'e8re, avant que de venir au monde\~; il a des yeux, et ne voit point\~; il a des oreilles, et il n\rquote entend point\~; il ne sait ce qu\rquote il doit devenir\~; il n\rquote
+a aucune connaissance de la vie en laquelle il doit entrer. Que si cet enfant pouvait raisonner, n\rquote est-il pas vrai qu\rquote il jugerait bien que toutes ces facult\'e9s et tous ces organes ne lui sont pas donn\'e9s en vain par la nature\~? qu
+e puisqu\rquote il a une bouche il ne doit pas prendre la nourriture comme une plante\~? que puisqu\rquote il a des pieds, des mains et des bras, il n\rquote est pas dans l\rquote existence des choses pour \'eatre toujours en la forme d\rquote
+une boule, parmi des ordures, dans une prison \'e9troite et t\'e9n\'e9breuse\~? et, de ces {\*\bkmkstart BM481}{\*\bkmkend BM480}r\'e9flexions, il viendrait assur\'e9ment \'e0 la connaissance de la vie qu\rquote il doit mener sur la terre. Il en est de m
+\'eame, dit S\'e9n\'e8que, de l\rquote \'e9tat des hommes qui sont en cette vie pr\'e9sente, \'e0 l\rquote \'e9gard de la future\~: ils ressemblent, pour la plupart, \'e0 ces enfants faibles et impuissants dont nous venons de parler\~; ils vivent sans r
+\'e9flexion\~; ils se laissent conduire \'e0 la coutume\~; ils s\rquote abandonnent \'e0 leurs passions\~; mais s\rquote ils prenaient garde qu\rquote ils ont une \'e2me vaste et noble qui s\rquote \'e9l\'e8ve au-dessus de la mati\'e8re, qu\rquote
+ils ont des puissance qui ne peuvent \'eatre remplies ni rassasi\'e9es par la possession d\rquote aucune cr\'e9ature, qu\rquote ils ont des d\'e9sirs qui ne peuvent \'eatre limit\'e9s ni par les lieux, ni par les temps, et qu\rquote enfin ils ne ressenten
+t ici que des mis\'e8res au lieu de la f\'e9licit\'e9 \'e0 laquelle ils aspirent naturellement, ils concluraient sans doute qu\rquote il y doit avoir un autre monde que celui-ci, et que Dieu ne les a mis sur la terre que pour y m\'e9riter le ciel.
+\par
+\par Mais je n\rquote ai jamais mieux vu la force de ces raisonnements qu\rquote apr\'e8s la lecture de l\rquote \'e9crit de votre ami, et il me semble que j\rquote \'e9tais non seulement chang\'e9, mais encore transfigur\'e9
+, pour me servir du terme de ce philosophe romain. Je n\rquote aurais rien \'e0 souhaiter en cet \'e9crit sinon qu\rquote apr\'e8s avoir si bien d\'e9couvert l\rquote inutilit\'e9 et la fausset\'e9 des vertus humaines et philosophiques, i reconn\'fbt qu
+\rquote il n\rquote y en a point de v\'e9ritables que les chr\'e9tiennes et les surnaturelles. Non pas que je veuille dire qu\rquote il n\rquote y a {\*\bkmkstart BM482}{\*\bkmkend BM481}point de fausses vertus parmi les chr\'e9
+tiens, ou que ceux qui en ont de v\'e9ritables les aient parfaites et sans m\'e9lange de vanit\'e9 ou d\rquote int\'e9r\'eat\~; je ne sais que trop par exp\'e9rience la malignit\'e9 et les ruses de la nature corrompue\~; je sais que son venin se r\'e9
+pand partout, et qu\rquote encore qu\rquote elle ne r\'e8gne et ne domine pas dans les \'e2mes solidement d\'e9votes, elle ne laisse pas d\rquote y vivre, d\rquote y demeurer, et se remuer et se d\'e9
+battre souvent, pour se remettre au-dessus de la raison et de la gr\'e2ce. Mais il faut demeurer d\rquote accord qu\rquote un homme vivant selon les r\'e8gles de l\rquote \'c9vangile peut \'eatre dit v\'e9ritablement vertueux, parce qu\rquote
+il ne vit pas selon les maximes de cette nature d\'e9prav\'e9e et qu\rquote il n\rquote est point esclave de sa cupidit\'e9, mais qu\rquote il vit selon les lois de l\rquote esprit et de la raison, et que s\rquote il commet q
+uelquefois des fautes, en faisant m\'eame le bien, comme il ne se peut faire autrement, il en tire des motifs et des occasions continuelles de m\'e9pris de soi-m\'eame, d\rquote humilit\'e9, et de soumission \'e0 la justice et \'e0 la providence de Dieu\~
+; et c\rquote est ce qui fait voir la n\'e9cessit\'e9 de la p\'e9nitence chr\'e9tienne, qui a \'e9t\'e9 une vertu inconnue \'e0 la philosophie
+\par
+\par Mais peut-\'eatre que votre ami, Madame, a des raisons de ne point passer les bornes de la sagesse humaine, et comme il a l\rquote esprit fort d\'e9licat, il pourra m\'eame croire qu\rquote il y a de l\rquote orgueil ou de l\rquote int\'e9r\'ea
+t secret en mon avis, et quelque protestation que je lui puisse faire du contraire, il n\rquote est {\*\bkmkstart BM483}{\*\bkmkend BM482}pas oblig\'e9 de me croire. Il vaut donc mieux, Madame, que vous ne lui en parliez point du tout, s\rquote
+il vous pla\'eet, et que vous lui disiez seulement que, quand il n\rquote y aurait que son \'e9crit au monde avec \'c9vangile, je voudrais \'eatre chr\'e9tien. L\rquote un m\rquote apprendrait \'e0 conna\'eetre mes mis\'e8res, et l\rquote autre \'e0
+ implorer mon lib\'e9rateur\~; ce sont les deux premiers degr\'e9s de la vie spirituelle et quand on les franchit comme il faut, on n\rquote en demeure pas l\'e0 ordinairement\~; les bonnes \'9cuvres suivent et l\rquote on fait profit de tout, des p\'e9ch
+\'e9s m\'eame et des fautes qu\rquote on a commises, qu\rquote on commet, et des ignorances, erreurs et faiblesses naturelles et involontaires, auxquelles sont sujet tous les hommes de ce monde et m\'eame ceux qui sont les plus \'e9
+tablis dans les vertus essentielles.
+\par
+\par Que si cette pi\'e8ce ne s\rquote imprime pas, je vous prie tr\'e8s humblement, Madame, de m\rquote en faire avoir une copie.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744915}36. Lettre, d\rquote auteur inconnu, \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9, 1663.{\*\bkmkend _Toc97744915}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par J\rquote appellerais volontiers l\rquote auteur de ces maximes un orateur \'e9loquent et un philosophe plus critique que savant\~; aussi n\rquote a-t-il autre principe de ses sentiments que la f\'e9condit\'e9 de son imagination. Il
+ affecte dans ses divisions et dans ses d\'e9finitions, subtilement mais sans fondement invent\'e9es, de passer pour un S\'e9n\'e8que, ne prenant pas garde n\'e9anmoins que celui-ci, dans sa morale, tout pa\'efen qu\rquote il \'e9tait, ne s\rquote
+est jamais jet\'e9 dans cette extr\'e9mit\'e9 que de confondre toutes les vertus des sages de son temps, ni de les faire {\*\bkmkstart BM484}{\*\bkmkend BM483}passer pour des vices\~; il a cru qu\rquote il y en avait de temp\'e9
+rants et de dissolus, de bons et de mauvais, d\rquote humbles et de superbes, et il n\rquote a jamais dit qu\rquote on p\'fbt, sous une v\'e9ritable humilit\'e9, cacher une superbe insolente\~: elles sont trop antipathiques pour pouvoir habiter la m\'ea
+me demeure. Je lui donnerais n\'e9anmoins cette louange que de savoir puissamment invectiver, et d\rquote avoir parfaitement bien rencontr\'e9 o\'f9 il s\rquote est agi de m\'e9riter le titre de satirique. C\rquote est \'e0 contrec\'9c
+ur que je loue de la sorte son ouvrage tout \'e0 fait spirituel, et peut-\'eatre pourra-t-on dire que je tombe dans le m\'eame d\'e9faut dont je l\rquote accuse\~; mais certes, consid\'e9rant que par ces maximes il n\rquote y a aucune vertu chr\'e9t
+ienne, si solide qu\rquote elle soit, qui ne puisse \'eatre censur\'e9e, content du d\'e9savantage d\rquote en \'eatre d\'e9pourvu, j\rquote aime mieux ne passer pas pour complaisant en approuvant sa doctrine, que d\rquote \'eatre dans un perp\'e9
+tuel danger de d\'e9clamer contre les belles qualit\'e9s, ni m\'e9dire des plus vertueux.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744916}37. Lettre de Mme\~de\~La Fayette \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744916}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Ce jeudi au soir.
+\par
+\par Voil\'e0 un billet que je vous supplie de vouloir lire, il vous instruira de ce que l\rquote on demande de vous. Je n\rquote ai rien \'e0 y ajouter, sinon que l\rquote homme qu\rquote il l\rquote \'e9crit [sic] est un des hommes du monde que j\rquote
+aime autant, et qu\rquote ainsi c\rquote est une des plus grandes obligations que je vous puisse avoir, que de lui accorder ce qu\rquote il souhaite pour son ami. Je viens d\rquote arriver de Fresnes, o\'f9 j\rquote ai \'e9t\'e9 deux jours en
+{\*\bkmkend BM484}solitude avec Madame du Plessis\~; en ces deux jours-l\'e0 nous avons parl\'e9 de vous deux ou trois mille fois\~; il est inutile de vous dire comment nous en avons parl\'e9, vous le devinez ais\'e9ment. Nous y avons lu les maximes de M.
+\~de\~La Rochefoucauld. Ha, Madame\~! quelle corruption il faut avoir dans l\rquote esprit et dans le c\'9cur pour \'eatre capable d\rquote imaginer tout cela\~! J\rquote en suis si \'e9pouvant\'e9e que je vous assure que, si les plaisanteries \'e9
+taient des choses s\'e9rieuses, de telles maximes g\'e2teraient plus ses affaires que tous les potages qu\rquote il mangea l\rquote autre jour chez vous.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744917}38. Lettre de Mme\~de\~La Fayette \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1663.{\*\bkmkend _Toc97744917}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Vous me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me montriez pas vos maximes. Mme\~du Plessis m\rquote a donn\'e9 une curiosit\'e9 \'e9trange de les voir, et c\rquote est justement parce qu\rquote elles sont honn\'eates et raisonnables que j
+\rquote en ai envie, et qu\rquote elles me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuad\'e9es de la corruption g\'e9n\'e9rale que l\rquote est M.\~de\~La Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille gr\'e2
+ces de ce que vous avez fait pour ce gentilhomme. Je vous en irai encore remercier moi-m\'eame, et je me servirai toujours avec plaisir des pr\'e9textes que je trouverai pour avoir l\rquote honneur de vous voir\~; et si
+ vous trouviez autant de plaisir avec moi que j\rquote en trouve avec vous, je troublerais souvent votre solitude.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744918}III. Lettres concernant la publication de la I\'e8re \'e9dition des maximes{\*\bkmkend _Toc97744918}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744919}{\*\bkmkstart BM486}39. Lettre de La Rochefoucauld au P\'e8re Thomas Esprit. 6 f\'e9vrier 1664.
+{\*\bkmkend _Toc97744919}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par 6 f\'e9vrier.
+\par
+\par Vous me permettrez de vous dire que l\rquote on fait un peu plus de bruit de ces maximes qu\rquote on ne devrait et qu\rquote elles ne m\'e9ritent. Je ne sais si on y a ajout\'e9 ou chang\'e9 quelque chose comme on a accoutum\'e9
+ de faire. Mais si elles sont comme je les ai vues, je crois qu\rquote on les pourrait soutenir sans grand p\'e9ril, au moins si on peut \'eatre bien fond\'e9 \'e0 soutenir un ramas de diverses pens\'e9es \'e0 qui on n\rquote a point encore donn\'e9 d
+\rquote ordre, ni de commencement ni de fin. Il peut y avoir m\'eame quelques expressions trop g\'e9n\'e9rales que l\rquote on aurait adoucies si on avait cru que ce qui devait demeurer secret entre un de vos parents et un de vos amis e\'fbt \'e9t\'e9
+ rendu public. Mais comme le dessein de l\rquote un et de l\rquote autre a \'e9t\'e9 de prouver que la vertu des anciens philosophes pa\'efens, dont ils ont fait tant de bruit, a \'e9t\'e9 \'e9tablie sur de faux fondements, et que l\rquote
+homme, tout persuad\'e9 qu\rquote il est de son m\'e9rite, n\rquote a en soi que des apparences trompeuses de vertu dont il \'e9blouit les autres et dont souvent il se trompe lui-m\'eame lorsque la foi ne s\rquote en m\'ea
+le point, il me semble, dis-je, que l\rquote on n\rquote a pu trop exag\'e9rer les mis\'e8res et les {\*\bkmkstart BM487}{\*\bkmkend BM486}contrari\'e9t\'e9s du c\'9cur humain pour humilier l\rquote
+orgueil ridicule dont il est rempli, et lui faire voir le besoin qu\rquote il a en toutes choses d\rquote \'eatre soutenu et redress\'e9 par le christianisme. Il me semble que les maximes dont est question tendent assez \'e0 cela et qu\rquote
+elles ne sont pas criminelles, puisque leur but est d\rquote attaquer l\rquote orgueil, qui, \'e0 ce que j\rquote ai oui dire, n\rquote est pas n\'e9cessaire \'e0 salut. Je demeure donc d\rquote accord que c\rquote est un malheur qu\rquote
+elles aient paru sans \'eatre achev\'e9es et sans l\rquote ordre qu\rquote elles devaient avoir. Mais on aurait trop d\rquote affaires sur les bras \'e0 la fois, de se plaindre de ceux qui ont tort l\'e0-dessus. Nous discuterons \'e0 la premi\'e8re vue s
+\rquote il est vrai ou non que les vices entrent souvent dans la composition de quelques vertus, comme les poisons entrent dans la composition des plus grands rem\'e8des de la m\'e9decine. Quand je dis nous, j\rquote entends parler de l\rquote homme qu
+i croit ne devoir qu\rquote \'e0 lui seul ce qu\rquote il a de bon, comme faisaient les grands hommes de l\rquote antiquit\'e9, et comme cela je crois qu\rquote il y avait de l\rquote orgueil, de l\rquote injustice et mille autres ingr\'e9
+dients dans la magnanimit\'e9 et la lib\'e9ralit\'e9 d\rquote Alexandre et de beaucoup d\rquote autres\~; que dans la vertu de Caton il y avait de la rudesse, et beaucoup d\rquote envie et de haine contre C\'e9sar\~; que dans la cl\'e9mence d\rquote
+Auguste pour Cinna il y eut un d\'e9sir d\rquote \'e9prouver un rem\'e8de nouveau, une lassitude de r\'e9pandre inutilement tant de sang, et une crainte des \'e9v\'e9nements \'e0 quoi on a plut\'f4t fait de donner le nom de vertu que de
+{\*\bkmkstart BM488}{\*\bkmkend BM487}faire l\rquote anatomie de tous les replis du c\'9cur. Je ne pr\'e9tends pas de vous en dire davantage, ni faire ici un manifeste. Vous en direz ce que vous jugerez \'e0 propos \'e0 Mme\~de\~Liancourt et \'e0 Mme\~
+du Plessis. Si vous voulez aussi que M Bernard fasse voir ce que je vous mande \'e0 M.\~de\~la Chapelle, qui demeure chez M.\~le Premier Pr\'e9sident, vous m\rquote \'e9pargnerez la peine de le r\'e9crire pour lui envoyer. Je vous donne le bonsoir
+et suis enti\'e8rement \'e0 vous. Je n\rquote \'e9crirai pas Mme\~de\~Liancourt pour ne la tourmenter pas de cette affaire.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744920}40. Lettre de La Rochefoucauld au P\'e8re Ren\'e9 Rapin. 12 juillet 1664.{\*\bkmkend _Toc97744920}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Ce n\rquote est pas assez pour moi de tout ce que nous d\'eemes hier, il me vient \'e0 tous moments des scrupules et on ne saurait jamais avoir trop de d\'e9licatesse pour un ami du prix de Mr. de la Chapelle. C\rquote est pourquoi, mon Tr\'e8s R\'e9v\'e9
+rend P\'e8re, je vous supplie tr\'e8s humblement de vous mettre pr\'e9cis\'e9ment en ma place et de vouloir \'eatre mon directeur pour tout ce que je dois \'e0 notre ami avec autant d\rquote exactitude que vous en avez pour les consciences. N\rquote
+ayez, s\rquote il vous pla\'eet, aucun \'e9gard \'e0 l\rquote int\'e9r\'eat des maximes et ne songez qu\rquote \'e0 ne me laisser manquer \'e0 rien vers l\rquote homme du monde \'e0 qui je veux le moins manquer. Je vous demande pardon de la libert\'e9
+ que je prends, mais Mr. de la Chapelle en est cause en toutes mani\'e8res et il m\rquote a tellement assur\'e9 que j\rquote ai quelque part en l\rquote honneur de vos bonnes gr\'e2ces que j\rquote esp\'e8re que vous {\*\bkmkstart BM489}{\*\bkmkend BM488}
+m\rquote accorderez celle que je viens de vous demander et de me croire \'e0 vous avec toute l\rquote estime et le respect imaginables.
+\par
+\par La Rochefoucauld
+\par
+\par \'c0 Paris, le 12 de juillet.
+\par
+\par Je ne veux pas m\'eame \'e9crire \'e0 M.\~de\~La Chapelle afin que ce soit vous seul qui me r\'e9pondiez de ses sentiments.
+\par
+\par Encore une fois, mon Tr\'e8s R\'e9v\'e9rend P\'e8re, comptez, s\rquote il vous pla\'eet, les maximes pour rien, et croyez que j\rquote aime mille fois mieux qu\rquote elles ne parussent jamais que de faire la moindre peine \'e0
+ ceux qui en ont pris la protection.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744921}41. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9. 1664.{\*\bkmkend _Toc97744921}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie cette mani\'e8re de pr\'e9face pour les maximes\~; mais comme je la dois rendre dans deux heures, je vous supplie tr\'e8s humblement, Madame, de me la renvoyer par le m\'eame laquais qu
+i vous porte ce billet. Je vous demande aussi de me dire ce que vous en trouvez.
+\par
+\par Ce samedi.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744922}42. Lettre de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 La Rochefoucauld. 18 f\'e9vrier 1665.{\*\bkmkend _Toc97744922}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie ce que j\rquote ai pu tirer de ma t\'eate pour mettre dans le Journal. J\rquote y ai mis cet endroit qui vous est si sensible, afin que cela vous fasse surmonter la mauvaise honte qui vous fit donner au public la pr\'e9
+face sans y rien retrancher, et je n\rquote ai pas craint de le mettre, parce que je suis assur\'e9e que vous ne le ferez pas imprimer quand {\*\bkmkstart BM490}{\*\bkmkend BM489}m\'ea
+me le reste vous plairait. Je vous assure aussi que je vous serai plus oblig\'e9e si vous en usez comme d\rquote une chose qui serait \'e0 vous, en le corrigeant ou en le jetant au feu, que si vous lui faisiez un honneur qu\rquote il ne m\'e9rite pas.
+ Nous autres grands auteurs sommes trop riches pour craindre de perdre de nos productions. Mandez-moi ce qu\rquote il vous semble de ce }{\i dictum}{.
+\par
+\par Le 18e f\'e9vrier 1665.
+\par
+\par \'ab\~C\rquote est un trait\'e9 des mouvements du c\'9cur de l\rquote homme, qu\rquote on peut dire lui avoir \'e9t\'e9 comme inconnus jusques \'e0 cette heure. Un seigneur, aussi grand en esprit qu\rquote en naissance, en est l\rquote auteur\~
+; mais ni sa grandeur ni son esprit n\rquote ont pu emp\'eacher qu\rquote on n\rquote en ait fait des jugements bien diff\'e9rents.
+\par
+\par Les uns croient que c\rquote est outrager les hommes que d\rquote en faire une si terrible peinture, et que l\rquote auteur n\rquote en a pu prendre l\rquote original qu\rquote en lui-m\'eame\~; ils disent qu\rquote
+il est dangereux de mettre de telles pens\'e9es au jour, et qu\rquote ayant si bien montr\'e9 qu\rquote on ne fait jamais de bonnes actions que par de mauvais principes, on ne se mettra plus en peine de chercher la vertu, puisqu\rquote
+il est impossible de l\rquote avoir, si ce n\rquote est en id\'e9e.
+\par
+\par Les autres au contraire trouvent ce trait\'e9 fort utile parce qu\rquote il d\'e9couvre les fausses id\'e9es que les hommes ont d\rquote eux-m\'eames, et leur fait voir que sans la religion ils sont incapables de faire aucun bien\~; qu\rquote
+il est bon de se {\*\bkmkstart BM491}{\*\bkmkend BM490}conna\'eetre tel qu\rquote on est, quand m\'eame il n\rquote y aurait que cet avantage de n\rquote \'eatre point tromp\'e9 dans la connaissance qu\rquote on peut avoir de soi-m\'eame.
+\par
+\par Quoi qu\rquote il en soit, il y a tant d\rquote esprit dans cet ouvrage, et une si grande p\'e9n\'e9tration pour conna\'eetre le v\'e9ritable \'e9tat de l\rquote homme, \'e0
+ ne regarder que sa nature, que toutes les personnes de bon sens y trouveront une infinit\'e9 de choses qu\rquote ils auraient peut-\'eatre ignor\'e9es toute leur vie si cet auteur ne les avait tir\'e9es du chaos du c\'9cur de l\rquote
+homme pour les mettre dans un jour o\'f9 quasi tout le monde peut les voir et les comprendre sans peine.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744923}{\*\bkmkend BM491}IV. Lettres concernant la r\'e9daction des maximes (3e, 4e et 5e \'e9ditions)
+{\*\bkmkend _Toc97744923}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744924}{\*\bkmkstart BM492}43. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9, 1667.
+{\*\bkmkend _Toc97744924}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par \'ab\~Les passions ne sont que les divers go\'fbts de l\rquote amour-propre.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~La fortune nous corrige plus souvent que la raison.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~L\rquote extr\'eame ennui sert \'e0 nous d\'e9sennuyer.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~On loue et on bl\'e2me la plupart des choses parce que c\rquote est la mode de les louer ou de les bl\'e2mer.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Ce n\rquote est d\rquote ordinaire que dans de petits int\'e9r\'eats o\'f9 nous consentons de ne point croire aux apparences.\~\'bb
+\par
+\par \'ab\~Quelque bien qu\rquote on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.\~\'bb
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744925}44. Maximes adress\'e9es par La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Rohan, abbesse de Malnoue. P\'e9riode 1671-1674.
+{\*\bkmkend _Toc97744925}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par 19 L\rquote accent du pays, o\'f9 l\rquote on est n\'e9 demeure dans l\rquote esprit et dans le c\'9cur, comme dans le langage. (Max. 342.)
+\par
+\par Pour \'eatre grand\rquote homme, il faut savoir profiter de toute sa fortune. (Max. 343, var.)
+\par
+\par 20 La plupart des hommes ont, comme les plantes, des propri\'e9t\'e9s cach\'e9es, que le hasard fait d\'e9couvrir. (Max. 344.)
+\par
+\par 30 Les occasions nous font conna\'eetre aux autres, et encore {\*\bkmkstart BM493}{\*\bkmkend BM492}plus \'e0 nous-m\'eames. (Max. 345.)
+\par
+\par Il ne peut y avoir de r\'e8gle dans l\rquote esprit, ni dans le c\'9cur, des femmes, si le temp\'e9rament n\rquote en est d\rquote accord. (Max. 346.)
+\par
+\par 31 Nous ne trouvons gu\'e8re de gens de bon sens que ceux qui sont de notre avis. (Max. 347.)
+\par
+\par Quand on aime, on doute souvent de ce qu\rquote on croit le plus. (Max. 348.)
+\par
+\par Le plus grand miracle de l\rquote amour, c\rquote est de gu\'e9rir de la coquetterie. (Max. 349.)
+\par
+\par Ce qui nous donne tant d\rquote aigreur contre ceux qui nous font des finesses, c\rquote est qu\rquote ils croient \'eatre plus habiles que nous. (Max. 350.)
+\par
+\par On a bien de la peine \'e0 rompre quand on ne s\rquote aime plus. (Max. 351.)
+\par
+\par 37 On s\rquote ennuie presque toujours avec les gens avec qui il n\rquote est pas permis de s\rquote ennuyer. (Max. 352.)
+\par
+\par Un honn\'eate homme peut \'eatre amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot. (Max. 353.)
+\par
+\par 35 Il y a de certains d\'e9fauts qui, bien mis en \'9cuvre, brillent plus que la vertu m\'eame. (Max. 354.)
+\par
+\par On perd quelquefois des personnes qu\rquote on regrette plus qu\rquote on n\rquote en est afflig\'e9, et d\rquote autres dont on est afflig\'e9 quelque temps et qu\rquote on ne regrette gu\'e8re. (Max. 355, var.)
+\par
+\par 32 On ne loue, d\rquote ordinaire, de bon c\'9cur que ceux qui nous admirent. (Max. 356, var.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM494}{\*\bkmkend BM493}34 Les petits esprits sont trop bless\'e9s des petites choses\~; les grands esprits les voient toutes, et n\rquote en sont pas bless\'e9s. (Max. 357.)
+\par
+\par L\rquote humilit\'e9 est la v\'e9ritable preuve des vertus chr\'e9tiennes\~; sans elle nous conservons tous nos d\'e9fauts, et ils sont g\'e9n\'e9ralement couverts par l\rquote orgueil, qui les cache aux autres, et souvent \'e0 nous-m\'ea
+mes. (Max. 358, var.)
+\par
+\par 26 Les infid\'e9lit\'e9s devraient \'e9teindre l\rquote amour, et il ne faudrait point \'eatre jaloux de ce qui donne sujet de l\rquote \'eatre. Il n\rquote y a que les personnes qui \'e9vitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu\rquote
+on en ait pour elles. (Max. 359, var.)
+\par
+\par On se d\'e9crie beaucoup plus aupr\'e8s de nous par les moindres infid\'e9lit\'e9s qu\rquote on nous fait que par les plus grandes qu\rquote on fait aux autres. (Max. 360.)
+\par
+\par 27 La jalousie na\'eet toujours avec l\rquote amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui. (Max. 361.)
+\par
+\par 22 La plupart des femmes ne pleurent pas tant la mort de leurs amants pour les avoir aim\'e9s que pour para\'eetre plus dignes d\rquote \'eatre aim\'e9es. (Max. 362.)
+\par
+\par 38 Les violences qu\rquote on nous fait nous font souvent moins de peine que celles que nous nous faisons \'e0 nous-m\'eames. (Max. 363.)
+\par
+\par 29 On sait assez qu\rquote il ne faut gu\'e8re parler de sa femme\~; mais on ne sait pas assez qu\rquote on devrait encore moins parler de soi. (Max. 364.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM495}{\*\bkmkend BM494}Il y a de bonnes qualit\'e9s qui d\'e9g\'e9n\'e8rent en d\'e9fauts quand elles sont naturelles, et d\rquote autres qui ne sont jamais parfaites quand elles sont acquises. La raison doit nous rendre m\'e9
+nagers de notre bien, et difficiles \'e0 tromper, et il faut que la nature nous fasse na\'eetre vaillants, et sinc\'e8res. (Max. 365, var.)
+\par
+\par Quelque d\'e9fiance que nous ayons de la sinc\'e9rit\'e9 de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu\rquote ils nous disent plus vrai qu\rquote aux autres. (Max. 366.)
+\par
+\par 39 Il n\rquote est jamais plus difficile de bien parler que lorsqu\rquote on ne parle que de peur de se taire.
+\par
+\par 23 Il y a peu d\rquote honn\'eates femmes qui ne soient lasses de leur m\'e9tier. (Max. 367.)
+\par
+\par 21 La plupart des honn\'eates femmes sont des tr\'e9sors cach\'e9s, qui ne sont en s\'fbret\'e9 que parce qu\rquote on ne les cherche pas. (Max. 368.)
+\par
+\par Les violences qu\rquote on se fait pour s\rquote emp\'eacher d\rquote aimer sont souvent plus cruelles que les rigueurs de ce qu\rquote on aime. (Max. 369.)
+\par
+\par Il n\rquote y a gu\'e8re de poltrons qui connaissent toujours toute leur peur. (Max. 370.)
+\par
+\par 28 C\rquote est presque toujours la faute de celui qui aime, de ne pas conna\'eetre quand on cesse de l\rquote aimer. (Max. 371.)
+\par
+\par On craint toujours de voir ce qu\rquote on aime quand on vient de faire des coquetteries ailleurs. (MS 73, n 372 de la 4e \'e9d.)
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM496}{\*\bkmkend BM495}Il y a de certaines larmes qui nous trompent souvent nous-m\'eames, apr\'e8s avoir tromp\'e9 les autres. (Max. 373.)
+\par
+\par 24 Si on croit aimer sa ma\'eetresse pour l\rquote amour d\rquote elle, on est bien tromp\'e9. (Max. 374.)
+\par
+\par 40 On doit se consoler de ses fautes, quand on a la force de les avouer. (MS 74, n 375 de la 4e \'e9d.)
+\par
+\par L\rquote envie est d\'e9truite par la v\'e9ritable amiti\'e9, et la coquetterie par le v\'e9ritable amour. (Max. 376.)
+\par
+\par 41 Le plus grand d\'e9faut de la p\'e9n\'e9tration n\rquote est pas de n\rquote aller point jusqu\rquote au bout, c\rquote est de le passer. (Max. 377.)
+\par
+\par 42 On donne des conseils, mais on n\rquote inspire point de conduite (Max. 378.)
+\par
+\par 43 Quand notre m\'e9rite baisse, notre go\'fbt baisse aussi. (Max. 379.)
+\par
+\par 44 La fortune fait para\'eetre nos vertus et nos vices comme la lumi\'e8re fait para\'eetre les objets. (Max. 380.)
+\par
+\par 25 La violence qu\rquote on se fait pour demeurer fid\'e8le \'e0 ce qu\rquote on aime ne vaut gu\'e8re mieux qu\rquote une infid\'e9lit\'e9. (Max. 381.)
+\par
+\par 45 Nos actions sont comme les bouts-rim\'e9s, que chacun fait rapporter \'e0 ce qu\rquote il lui pla\'eet. (Max. 382.)
+\par
+\par L\rquote envie de parler de nous, et de faire voir nos d\'e9fauts du c\'f4t\'e9 que nous les voulons bien montrer, fait une grande partie de notre sinc\'e9rit\'e9. (Max. 383, var.)
+\par
+\par On ne devrait s\rquote \'e9tonner que de pouvoir encore s\rquote \'e9tonner. {\*\bkmkstart BM497}{\*\bkmkend BM496}(Max. 384.)
+\par
+\par On est presque \'e9galement difficile \'e0 contenter quand on a beaucoup d\rquote amour, et quand on n\rquote en a plus gu\'e8re. (Max. 385.)
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744926}45. R\'e9ponse de Mme\~de\~Rohan \'e0 l\rquote envoi pr\'e9c\'e9dent.{\*\bkmkend _Toc97744926}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous renvoie vos maximes, Monsieur, en vous rendant mille et mille gr\'e2ces tr\'e8s humbles. Je ne les louerai point comme elles m\'e9ritent d\rquote \'eatre lou\'e9es, parce que je les trouve trop au
+-dessus de mes louanges. Elles ont un sens si juste et si d\'e9licat, quoiqu\rquote il soit quelquefois un peu d\'e9tourn\'e9, qu\rquote il ne faudrait pas moins de d\'e9licatesse pour vous dire ce qu\rquote on en pense qu\rquote
+il vous en a fallu pour les faire. Vous avez une lumi\'e8re si vive pour p\'e9n\'e9trer le c\'9cur de tous les hommes qu\rquote il semble qu\rquote il n\rquote appartienne qu\rquote \'e0 vous de donner un jugement \'e9quitable sur le m\'e9rite ou le d\'e9
+m\'e9rite de tous ses mouvements, avec cette diff\'e9rence pourtant qu\rquote il me semble, Monsieur, que vous avez encore mieux p\'e9n\'e9tr\'e9 celui des hommes que celui des femmes\~; car je ne puis, malgr\'e9 la d\'e9f\'e9rence que j\rquote
+ai pour vos lumi\'e8res, m\rquote emp\'eacher de m\rquote opposer un peu \'e0 ce que vous dites, que leur temp\'e9rament fait toute leur vertu, puisqu\rquote il faudrait conclure de l\'e0 que leur raison leur serait enti\'e8rement inutile. Et quand m\'ea
+me il serait vrai qu\rquote elles eussent quelquefois les passions plus vives que les hommes, l\rquote exp\'e9rience fait assez voir qu\rquote elles savent les surmonter contre leur temp\'e9rament, de sorte que, quand nous {\*\bkmkstart BM498}
+{\*\bkmkend BM497}consentirons que vous mettiez de l\rquote \'e9galit\'e9 entre les deux sexes, nous ne vous ferons pas d\rquote injustice pour nous faire gr\'e2ce. Il est m\'eame bien plus ordinaire aux femmes de s\rquote opposer \'e0 leur temp\'e9
+rament qu\rquote aux hommes, lorsqu\rquote elles l\rquote ont mauvais, parce que la biens\'e9ance et la honte les y forceraient quand m\'eame leur vertu et leur raison ne les y obligeraient pas. Voici les trois de vos maximes que j\rquote
+aime le mieux et qui m\rquote ont le plus charm\'e9e\~:
+\par
+\par 1. Il ne faudrait point \'eatre jaloux quand on nous donne sujet de l\rquote \'eatre il n\rquote y a que les personnes qui \'e9vitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu\rquote on en ait pour elles.
+\par
+\par 2. La fortune fait para\'eetre nos vertus et nos vices comme la lumi\'e8re fait para\'eetre les objets.
+\par
+\par 3. La violence qu\rquote on se fait pour demeurer fid\'e8le \'e0 ce qu\rquote on aime ne vaut gu\'e8re mieux qu\rquote une infid\'e9lit\'e9.
+\par
+\par Je vous avoue, Monsieur, que, quoique vos maximes soient tr\'e8s belles, ces trois-l\'e0 me paraissent incomparables et qu\rquote on ne sait \'e0 qui donner le prix, ou au sens ou \'e0 l\rquote expression. Mais comme vous m\rquote avez engag\'e9e \'e0
+ vous parler franchement, trouvez bon que je vous dise que je n\rquote entends pas bien votre premi\'e8re maxime o\'f9 vous dites\~: \'ab\~L\rquote accent du pays o\'f9 on est n\'e9 demeure dans l\rquote esprit, et dans le c\'9cur, comme dans le langage.
+\~\'bb Je crois que cela est fort bien et fort juste\~; mais je ne connais point ces accents qui demeurent dans l\rquote esprit et dans le c\'9cur. Je crois que {\*\bkmkstart BM499}{\*\bkmkend BM498}c\rquote
+est ma faute de ne les entendre ni de ne les pas sentir, et cette maxime me fait conna\'eetre ce que vous dites dans la quatri\'e8me, que les occasions nous font conna\'eetre aux autres et \'e0 nous-m\'eames.
+\par
+\par Cette autre maxime o\'f9 vous dites que l\rquote on perd quelquefois des personnes qu\rquote on regrette plus qu\rquote on n\rquote en est afflig\'e9, et d\rquote autres dont on est afflig\'e9 quelque temps et qu\rquote on ne regrette gu\'e8re, n\rquote
+est pas \'e0 mon usage\~; car la mesure de ma douleur serait toujours la mesure de mon regret, et j\rquote ai grand peine \'e0 comprendre que je puisse s\'e9parer ces deux choses, parce que ce qui aurait m\'e9rit\'e9 mon attachement m\'e9riterait \'e9
+galement et mon regret et mes larmes et ma douleur.
+\par
+\par La maxime sur l\rquote humilit\'e9 me para\'eet encore parfaitement belle, mais j\rquote ai \'e9t\'e9 bien surprise de trouver l\'e0 l\rquote humilit\'e9. Je vous avoue que je l\rquote y attendais si peu qu\rquote encore qu\rquote
+elle soit si fort de ma connaissance depuis longtemps, j\rquote ai eu toutes les peines du monde \'e0 la reconna\'eetre au milieu de tout ce qui la pr\'e9c\'e8de et qui la suit. C\rquote est assur\'e9
+ment pour faire pratiquer cette vertu aux personnes de notre sexe que vous faites des maximes o\'f9 leur amour-propre est si peu flatt\'e9. J\rquote en serais bien humili\'e9e en mon particulier, si je ne me disais \'e0 moi-m\'eame ce que je vous ai d\'e9
+j\'e0 dit dans ce billet, que vous jugez encore mieux du c\'9cur des hommes que de celui des dames, et que peut-\'eatre vous ne savez pas vous-m\'eame le v\'e9ritable motif {\*\bkmkstart BM500}{\*\bkmkend BM499}qui vous les
+ fait moins estimer. Si vous en aviez toujours rencontr\'e9 dont le temp\'e9rament e\'fbt \'e9t\'e9 soumis \'e0 la vertu, et les sens moins forts que la raison, vous penseriez mieux que vous ne faites d\rquote
+un certain nombre qui se distingue toujours de la multitude, et il me semble que Mme\~de\~La Fayette et moi m\'e9ritons bien que vous ayez un peu meilleure opinion du sexe en g\'e9n\'e9
+ral. Vous ne ferez que nous rendre ce que nous faisons en votre faveur, puisque malgr\'e9 les d\'e9fauts d\rquote un million d\rquote hommes nous rendons justice \'e0 votre m\'e9rite particulier, et que vous seul nous faites croire tout ce qu\rquote
+on peut dire de plus avantageux pour votre sexe. Etc.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744927}46. R\'e9ponse de La Rochefoucauld \'e0 la lettre pr\'e9c\'e9dente{\*\bkmkend _Toc97744927}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Quelque d\'e9f\'e9rence que j\rquote aie \'e0 tout ce qui vient de vous, je vous assure, Madame, que je ne crois pas que les maximes m\'e9ritent l\rquote honneur que vous leur faites. Je me d\'e9fie beaucoup de celles que vous n\rquote entendez pas, et c
+\rquote est signe que je ne les ai pas entendues moi-m\'eame. J\rquote aurai l\rquote honneur de vous en dire ce que j\rquote en ai pens\'e9
+, dans un jour ou deux, et de vous assurer que personne du monde, sans exception, ne vous estime et ne vous respecte tant que moi. Etc.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744928}47. Lettre de La Rochefoucauld \'e0 Mme\~de\~Sabl\'e9 2 ao\'fbt 1675.{\*\bkmkend _Toc97744928}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Je vous envoie, Madame, les maximes que vous voulez avoir. Je n\rquote en ai pas assez bonne opinion pour croire que vous les demandiez par une autre raison que par cette politesse qu\rquote on ne trouve plus que chez vous. Je sais bien que le bon
+{\*\bkmkstart BM501}{\*\bkmkend BM500}sens et le bon esprit convient \'e0 tous les \'e2ges, mais les go\'fbts n\rquote y conviennent pas toujours et ce qui sied bien en un temps ne sied pas bien en un autre. C\rquote
+est ce qui me fait croire que peu de gens savent \'eatre vieux. Je vous supplie tr\'e8s humblement de me mander ce qu\rquote il faut changer \'e0 ce que je vous envoie. Mme\~de\~Fontevrault m\rquote a promis de m\rquote
+avertir quand elle irait chez vous. Je me suis tellement par\'e9 devant elle de l\rquote honneur que vous me faites de m\rquote aimer qu\rquote elle en a bonne opinion de moi. Ne d\'e9truisez pas votre ouvrage, et laissez-lui croire l\'e0
+-dessus tout ce qui flatte le plus ma vanit\'e9.
+\par
+\par Ce 2e d\rquote ao\'fbt.
+\par
+\par 1. La confiance fournit plus \'e0 la conversation que l\rquote esprit. (Max. 421.)
+\par
+\par 2. L\rquote amour nous fait faire des fautes comme les autres passions, mais il nous en fait faire de plus ridicules. (Max. 422. var.)
+\par
+\par 3. Peu de gens savent \'eatre vieux. (Max. 423.)
+\par
+\par 4. La p\'e9n\'e9tration a un air de proph\'e9tie qui flatte plus notre vanit\'e9 que toutes les autres qualit\'e9s de l\rquote esprit. (Max. 425, var.)
+\par
+\par 5. La plupart des amis d\'e9go\'fbtent de l\rquote amiti\'e9, et la plupart des d\'e9vots d\'e9go\'fbtent de la d\'e9votion. (Max. 427.)
+\par
+\par 6. Il y a plus de vieux fous que de jeunes. (Max. 444, var.)
+\par
+\par 7. Il est plus ais\'e9 de conna\'eetre tous les hommes en g\'e9n\'e9ral {\*\bkmkstart BM502}{\*\bkmkend BM501}que de conna\'eetre un homme en particulier. (Max. 436, var.)
+\par
+\par 8. On ne doit pas juger du m\'e9rite d\rquote un homme par ses grandes qualit\'e9s, mais par l\rquote usage qu\rquote il en sait faire. (Max. 437.)
+\par
+\par 9. Ce qui fait que la plupart des femmes sont peu touch\'e9es de l\rquote amiti\'e9, c\rquote est qu\rquote elle est fade quand on a senti de l\rquote amour. (Max. 440.)
+\par
+\par 10. Les femmes qui aiment pardonnent plus ais\'e9ment les grandes indiscr\'e9tions que les petites infid\'e9lit\'e9s. (Max. 429.)
+\par
+\par 11. Ce qui nous emp\'eache d\rquote \'eatre naturels, c\rquote est l\rquote envie de le para\'eetre. (Max. 431. var)
+\par
+\par 12. C\rquote est en quelque sorte se donner part aux belles actions que de les louer de bon c\'9cur. (Max. 432.)
+\par
+\par 13. La plus v\'e9ritable marque d\rquote \'eatre n\'e9 avec de grandes qualit\'e9s, c\rquote est d\rquote \'eatre n\'e9 sans envie. (Max. 433.)
+\par
+\par 14. La faiblesse est plus oppos\'e9e \'e0 la vertu que le vice. (Max. 445.)
+\par
+\par 15. Ce qui fait que la honte et la jalousie sont les plus grands de tous les maux, c\rquote est que la vanit\'e9 ne nous aide pas \'e0 les supporter. (Max. 446. var.)
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744929}48. R\'e9ponse de Mme\~de\~Sabl\'e9 \'e0 la lettre pr\'e9c\'e9dente{\*\bkmkend _Toc97744929}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par C\rquote est votre complaisance, plut\'f4t que la mienne, qui vous oblige \'e0 me faire part de vos maximes, parce que je n\rquote en suis pas digne. Je vous dirai pourtant, Monsieur, comme si je ne disais rien, qu\rquote il me semble que dans
+\par
+\par {\*\bkmkstart BM503}{\*\bkmkend BM502}la I\'e8re maxime, il faudrait expliquer quelle sorte de confiance, parce que celle qui n\rquote est fond\'e9e que sur la bonne opinion que l\rquote on a de soi-m\'eame est diff\'e9rente de la s\'fbret\'e9 que l
+\rquote on prend avec les personnes \'e0 qui l\rquote on parle\~;
+\par
+\par la 4e est merveilleuse, et il n\rquote y a rien de mieux p\'e9n\'e9tr\'e9\~;
+\par
+\par sur la 8e, il n\rquote y a point de vraies grandes qualit\'e9s si on ne les met en usage\~;
+\par
+\par sur la 10e, il n\rquote y a rien de mieux trouv\'e9\~;
+\par
+\par la IIe est bien vraie, car le naturel ne se trouve point o\'f9 il y a de l\rquote affectation\~;
+\par
+\par la 12e, il n\rquote y a rien de si beau ni de si vrai\~;
+\par
+\par la 13e est tr\'e8s belle\~;
+\par
+\par la 14e est bien vraie, car le vice se peut corriger par l\rquote \'e9tude de la vertu et la faiblesse est du temp\'e9rament, qui ne se peut quasi jamais changer\~;
+\par
+\par sur la cinqui\'e8me, quand les amiti\'e9s ne sont point fond\'e9es sur la vertu, il y a tant de choses qui les d\'e9truisent que l\rquote on a quasi toujours des sujets de s\rquote en lasser.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744930}{\*\bkmkend BM503}V. Lettre relatant un entretien de la Rochefoucauld avec le chevalier de M\'e9r\'e9
+{\*\bkmkend _Toc97744930}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard\plain \s3\qj\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744931}{\*\bkmkstart BM504}49. Lettre du chevalier de M\'e9r\'e9 \'e0 Madame la duchesse de***. Date inconnue.
+{\*\bkmkend _Toc97744931}
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Vous voulez que je vous \'e9crive, Madame\~; et vous me l\rquote avez command\'e9 de si bonne gr\'e2ce et si galamment que je n\rquote ai pu vous le refuser. Mais ce qui m\rquote a engag\'e9 \'e0 vous le promettre me devrait emp\'eacher de v
+ous le tenir. Car je vois par l\'e0 que vous \'eates si d\'e9licate en agr\'e9ment qu\rquote il faut qu\rquote une chose, pour \'eatre \'e0 votre go\'fbt, soit excellente et d\rquote un prix bien rare. Aussi, Madame, je ne vous \'e9cris pas tant par l
+\rquote esp\'e9rance de vous plaire que par la crainte de vous d\'e9sob\'e9ir. Et peut-\'eatre qu\rquote il serait encore de plus mauvais air de vous manquer de parole que de ne vous rien dire d\rquote agr\'e9able. Quoi qu\rquote
+il en soit, vous me donnez le moyen de me sauver de l\rquote un et de l\rquote autre, en m\rquote ordonnant de vous rapporter la conversation que j\rquote eus avant-hier avec M.\~de\~La Rochefoucauld\~
+; car il parla presque toujours, et vous savez comme il s\rquote en acquitte. Nous \'e9tions dans un coin de chambre t\'eate \'e0 t\'eate \'e0 nous entretenir sinc\'e8rement de tout ce qui nous venait dans l\rquote esprit. Nous lisions d
+e temps en temps quelques rondeaux, o\'f9 l\rquote adresse et la d\'e9licatesse s\rquote \'e9taient \'e9puis\'e9es. \'ab\~Mon Dieu\~! me dit-il, que le monde juge mal de ces sortes de beaut\'e9s\~! Et ne m\rquote avouerez-vous pas que {\*\bkmkstart BM505}
+{\*\bkmkend BM504}nous sommes dans un temps o\'f9 l\rquote on ne se doit pas trop m\'ealer d\rquote \'e9crire\~?\~\'bb Je lui r\'e9pondis que j\rquote en demeurais d\rquote accord, et que je ne voyais point d\rquote
+autre raison de cette injustice, si ce n\rquote est que la plupart de ces juges n\rquote ont ni go\'fbt ni esprit. \'ab\~Ce n\rquote est pas tant cela, ce me semble, reprit-il, que je ne sais quoi d\rquote envieux et de malin qui fait mal prendre ce qu
+\rquote on \'e9crit de meilleur. \endash Ne vous l\rquote imaginez pas, je vous prie, lui r\'e9partis-je, et soyez assur\'e9 qu\rquote il est impossible de conna\'eetre le prix d\rquote une chose excellente sans l\rquote aimer, ni sans \'eatre favorable
+\'e0 celui qui l\rquote a faite. Et comment peut-on mieux t\'e9moigner qu\rquote on est stupide et sans go\'fbt que d\rquote \'eatre insensible aux charmes de l\rquote esprit\~? \endash J\rquote ai remarqu\'e9, reprit-il, les d\'e9fauts de l\rquote
+esprit et du c\'9cur de la plupart du monde, et ceux qui ne me connaissent que par l\'e0 pensent que j\rquote ai tous ces d\'e9fauts, comme si j\rquote avais fait mon portrait. C\rquote est une chose \'e9trange que mes actions et mon proc\'e9d\'e9
+ ne les en d\'e9sabusent pas. \endash Vous me faites souvenir, lui dis-je, de cet admirable g\'e9nie qui laissa tant de beaux ouvrages, tant de chefs-d\rquote \'9cuvre d\rquote esprit et d\rquote invention, comme une vive lumi\'e8re dont les uns furent
+\'e9clair\'e9s et la plupart \'e9blouis. Mais parce qu\rquote il \'e9tait persuad\'e9 qu\rquote on n\rquote est heureux que par le plaisir, ni malheureux que par la douleur, ce qui me semble, \'e0 le bien examiner, plus clair que le jour, on l\rquote
+a regard\'e9 comme l\rquote auteur de la plus inf\'e2me et de la plus honteuse d\'e9bauche, si bien que la puret\'e9 de ses m\'9curs ne le put exempter de {\*\bkmkstart BM506}{\*\bkmkend BM505}cette horrible calomnie. \endash
+ Je serais assez de son avis, me dit-il, et je crois qu\rquote on pourrait faire une maxime que la vertu mal entendue n\rquote est gu\'e8re moins incommode que le vice bien m\'e9nag\'e9. \endash Ha Monsieur\~! m\rquote \'e9criai-je, il s\rquote
+en faut bien garder, ces termes sont si scandaleux qu\rquote ils feraient condamner la chose du monde la plus honn\'eate et la plus sainte. \endash Aussi n\rquote us\'e9-je de ces mots, me dit-il, que pour m\rquote
+accommoder au langage de certaines gens qui donnent souvent le nom de vice \'e0 la vertu, et celui de vertu au vice\~; et parce que tout le monde veut \'eatre heureux, et que c\rquote est le but o\'f9 tendent toutes les actions de la vie, j\rquote
+admire que ce qu\rquote ils appellent vice soit ordinairement doux et commode, et que la vertu mal entendue soit \'e2pre et pesante. Je ne m\rquote \'e9tonne pas que ce grand homme ait eu tant d\rquote ennemis\~; la v\'e9ritable vertu se confie en elle-m
+\'eame\~; elle se montre sans artifice et d\rquote un air simple et naturel, comme celle de Socrate. Mais les faux honn\'eates gens aussi bien que les faux d\'e9vots ne cherchent que l\rquote apparence, et je crois que dans la morale S\'e9n\'e8que \'e9
+tait un hypocrite et qu\rquote \'c9picure \'e9tait un saint. Je ne vois rien de si beau que la noblesse du c\'9cur et la hauteur de l\rquote esprit\~; c\rquote est de l\'e0 que proc\'e8de la parfaite honn\'eatet\'e9
+, que je mets au-dessus de tout, et qui me semble \'e0 pr\'e9f\'e9rer pour l\rquote heur de la vie \'e0 la possession d\rquote un royaume. Ainsi j\rquote aime la vraie vertu comme je hais le vrai vice. Mais selon mon sens, pour \'ea
+tre effectivement vertueux, au moins pour l\rquote \'eatre de bonne {\*\bkmkstart BM507}{\*\bkmkend BM506}gr\'e2ce, il faut savoir pratiquer les biens\'e9ances, juger sainement de tout et donner l\rquote avantage aux excellent
+es choses par-dessus celles qui ne sont que m\'e9diocres. La r\'e8gle \'e0 mon gr\'e9 la plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection, c\rquote est d\rquote observer si elle sied bien \'e0 toutes sortes d\rquote \'e9gards\~
+; et rien ne me para\'eet de si mauvaise gr\'e2ce que d\rquote \'eatre un sot ou une sotte, et de se laisser empi\'e9ter aux pr\'e9ventions. Nous devons quelque chose aux coutumes des lieux o\'f9 nous vivons pour ne pas choquer la r\'e9v\'e9
+rence publique quoique ces coutumes soient mauvaises\~; mais nous ne leur devons que de l\rquote apparence il faut les en payer, et se bien garder de les approuver dans son c\'9cur de peur d\rquote
+offenser la raison universelle qui les condamne. Et puis, comme une v\'e9rit\'e9 ne va jamais seule, il arrive aussi qu\rquote une erreur en attire beaucoup d\rquote autres. Sur ce principe qu\rquote on doit souhaiter d\rquote \'ea
+tre heureux, les honneurs, la beaut\'e9, la valeur, l\rquote esprit, les richesses et la vertu m\'eame, tout cela n\rquote est \'e0 d\'e9sirer que pour se rendre la vie agr\'e9able. Il est \'e0 remarquer qu\rquote on ne voit rien de pur ni de sinc\'e8
+re, qu\rquote il y a du bien et du mal en toutes les choses de la vie, qu\rquote il faut les prendre et les dispenser \'e0 notre usage, que le bonheur de l\rquote un serait souvent le malheur de l\rquote autre, et que la vertu fuit l\rquote exc\'e8
+s comme le d\'e9faut. Peut-\'eatre qu\rquote Aristide l\rquote Ath\'e9nien et Socrate n\rquote \'e9taient que trop vertueux, et qu\rquote Alcibiade et Ph\'e9don ne l\rquote \'e9taient pas assez\~; mais je ne sais si pour {\*\bkmkstart BM508}
+{\*\bkmkend BM507}vivre content, et comme un honn\'eate homme du monde, il ne vaudrait pas mieux \'eatre Alcibiade et Ph\'e9don qu\rquote Aristide ou Socrate. Quantit\'e9 de choses sont n\'e9cessaires pour \'eatre heureux, mais une seule suffit pour \'ea
+tre \'e0 plaindre\~; et ce sont les plaisirs de l\rquote esprit et du corps qui rendent la vie douce et plaisante, comme les douleurs de l\rquote un et de l\rquote autre la font trouver dure et f\'e2cheuse. Le plus heureux homme du monde n\rquote
+a jamais tous ces plaisirs \'e0 souhait. Les plus grands de l\rquote esprit, autant que j\rquote en puis juger, c\rquote est la v\'e9ritable gloire et les belles connaissances\~; et je prends garde que ces gens-l\'e0 ne les ont que bien peu, qui s\rquote
+attachent beaucoup aux plaisirs du corps. Je trouve aussi que ces plaisirs sensuels sont grossiers, sujets au d\'e9go\'fbt et pas trop \'e0 rechercher, \'e0 moins que ceux de l\rquote esprit ne s\rquote y m\'ealent. Le plus sensible est celui de l\rquote
+amour, mais il passe bien vite si l\rquote esprit n\rquote est de la partie. Et comme les plaisirs de l\rquote esprit surpassent de bien loin ceux du corps, il me semble aussi que les extr\'ea
+mes douleurs corporelles sont beaucoup plus insupportables que celles de l\rquote esprit. Je vois de plus que ce qui sert d\rquote un c\'f4t\'e9 nuit d\rquote un autre\~; que le plaisir fait souvent na\'ee
+tre la douleur comme la douleur cause le plaisir, et que notre f\'e9licit\'e9 d\'e9pend assez de la fortune et plus encore de notre conduite.\~\'bb Je l\rquote \'e9coutais doucement quand on vint nous interrompre, et j\rquote \'e9tais presque d\rquote
+accord de tout ce qu\rquote il disait. Si vous me voulez croire, Madame, vous go\'fbterez les {\*\bkmkend BM508}raisons d\rquote un si parfaitement honn\'eate homme, et vous ne serez pas dupe de la fausse honn\'eatet\'e9.
+\par \page }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 End of the Project Gutenberg EBook of R\'e9flexions ou sentences et maximes
+\par morales, by Fran\'e7ois de La Rochefoucauld
+\par
+\par *** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK R\'c9FLEXIONS ***
+\par
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+\par
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+\par To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+\par and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+\par and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+\par
+\par
+\par Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+\par Foundation
+\par
+\par The Project Gutenberg Literary Archive Fou}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 dation is a non profit
+\par 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+\par state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+\par Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+\par works.
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