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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:43:37 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:43:37 -0700
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+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" />
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+ The Project Gutenberg eBook of Contes Pour Les Petits Gar&ccedil;ons, by Johann Christopher Schmid.
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14069 ***</div>
+
+<h1><a name="Page_1" id="Page_1" />CONTES POUR LES PETITS GAR&Ccedil;ONS</h1>
+
+<h3>5e S&Eacute;RIE PETIT IN-19.</h3>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<div class="figcenter" style="width: 313px;">
+<img src="images/1.png" width="313" height="400" alt="Frontispiece" title="" />
+<b>Frontispiece</b>
+</div>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h3><a name="Page_3" id="Page_3" />PAR SCHMIDT.</h3>
+
+<h4>1885</h4>
+
+
+
+<h4>LIMOGES EUG&Egrave;NE ARDANT ET Cie, &Eacute;DITEURS</h4>
+
+
+
+
+<p><a name="Page_4" id="Page_4" /></p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="CONTES_POUR_LES_PETITS_GARCONS" id="CONTES_POUR_LES_PETITS_GARCONS" />CONTES POUR LES PETITS GAR&Ccedil;ONS.<a name="Page_5" id="Page_5" /></h2>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="DIEU" id="DIEU" />DIEU.</h2>
+
+
+<p>M. Leblond &eacute;tait un n&eacute;gociant que son commerce avait oblig&eacute; &agrave; faire un
+long voyage en Am&eacute;rique. Sa femme &eacute;tait rest&eacute;e en France avec deux
+petits gar&ccedil;ons, l'un qui n'avait que quelques mois, et l'autre &acirc;g&eacute; d'un<a name="Page_6" id="Page_6" />
+an de plus. L'absence du p&egrave;re dura plus de cinq ans.</p>
+
+<p>Un matin que madame Leblond venait de faire faire &agrave; ses enfants leurs
+pri&egrave;res, elle entendit l'a&icirc;n&eacute; qui disait au plus jeune:&mdash;&Ccedil;a m'ennuie de
+prier le bon Dieu et de le remercier; le vois-je? me donne-t-il quelque
+chose? La m&egrave;re fut profond&eacute;ment afflig&eacute;e de ce propos impie; elle allait
+appeler l'enfant pour le r&eacute;primander et lui faire une instruction,
+lorsqu'on apporta une caisse que son mari lui envoyait. Les enfants<a name="Page_7" id="Page_7" />
+accoururent et ils virent qu'il y avait dans la caisse de belles &eacute;toffes
+pour leur faire des habits ainsi qu'&agrave; leur m&egrave;re, des confitures
+d'ananas, d'autres sucreries d'Am&eacute;rique, enfin de l'argent pour acheter
+tout ce qui &eacute;tait n&eacute;cessaire aux besoins de la famille. Il y avait aussi
+une lettre dont la m&egrave;re lut &agrave; ces fils ce passage: &laquo;Dis &agrave; mes chers
+enfants qu'ils soient toujours bons et sages, nous serons bient&ocirc;t<a name="Page_8" id="Page_8" />
+r&eacute;unis. Quand ils pourront &ecirc;tre aupr&egrave;s de moi, je leur ferai des
+pr&eacute;sents bien plus beaux que ceux contenus dans la caisse.&raquo; Adolphe, dit
+la m&egrave;re &agrave; son fils a&icirc;n&eacute;, crois-tu que ton p&egrave;re existe? tu ne l'a jamais
+vu.&mdash;Oh! maman, j'en suis bien s&ucirc;r: d'abord vous m'en parlez toujours,
+et puis voil&agrave; des cadeaux qu'il nous envoie, sans compter les belles
+promesses qu'il nous fait dans sa lettre.&mdash;Bien, mon fils; mais comment<a name="Page_9" id="Page_9" />
+doutes-tu de l'existence de Dieu? je t'en parle tous les jours, la
+lumi&egrave;re du soleil, les fruits, les fleurs, tout ce qu'il y a de bon et
+de beau sur la terre, sont des pr&eacute;sents qu'il fait &agrave; chaque instant &agrave;
+toi et &agrave; tous les hommes. Le saint Evangile est un &eacute;crit qu'il a dict&eacute;
+lui-m&ecirc;me, et par lequel il nous promet &agrave; tous un bonheur &eacute;ternel si nous
+lui t&eacute;moignons notre reconnaissance par une bonne conduite: tu vois<a name="Page_10" id="Page_10" />
+bien que tu as les m&ecirc;mes motifs de croire &agrave; l'existence du bon Dieu que
+de croire &agrave; l'existence de ton p&egrave;re.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LA_PLUIE" id="LA_PLUIE" />LA PLUIE.</h2>
+
+
+<p>Un marchand, parti de bon matin, se rendait &agrave; la ville voisine. Il &eacute;tait
+&agrave; cheval et avait une valise remplie d'or et d'argent, car il voulait
+faire de grands achats. Il tombait une pluie violente, et l'eau
+ruisselait sur les v&ecirc;tements du pauvre homme.&mdash;En v&eacute;rit&eacute;, disait-il,<a name="Page_11" id="Page_11" />
+Dieu, qui fait tomber la pluie quand il veut, aurait bien pu attendre
+jusqu'&agrave; ce soir!</p>
+
+<p>La pluie cessa et le marchand arriva sur le bord d'un grand bois qu'il
+lui fallut traverser. Quand il fut au milieu, il vit para&icirc;tre deux
+voleurs qui lui cri&egrave;rent d'arr&ecirc;ter, et comme le marchand se sauvait de
+toute la vitesse de son cheval, chacun d'eux voulut lui tirer un coup de
+fusil, mais la longue pluie avait mouill&eacute; la poudre des voleurs, et<a name="Page_12" id="Page_12" />
+leurs fusils ne partirent pas.</p>
+
+<p>Quand le marchand fut sorti du bois, il &eacute;leva les mains au ciel et
+dit:&mdash;O J&eacute;sus, mon Dieu, j'ai murmur&eacute; contre vous et contre la pluie
+qu'il vous plaisait d'envoyer, parce qu'elle m'incommodait dans mon
+voyage. Cependant, cette pluie &eacute;tait un bienfait. Si le temps e&ucirc;t &eacute;t&eacute;
+sec et beau, la poudre des voleurs se fut enflamm&eacute;e, ils m'eussent tu&eacute;<a name="Page_13" id="Page_13" />
+et vol&eacute;. Pardonnez-moi mon offense, &ocirc; mon Dieu! &agrave; l'avenir je me
+soumettrai respectueusement &agrave; votre sage volont&eacute;.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LA_SOURCE" id="LA_SOURCE" />LA SOURCE.</h2>
+
+
+<p>Le petit Guillaume &eacute;tait plein de fougue et d'imp&eacute;tuosit&eacute;; quelque chose
+qu'il fit, il s'y livrait avec trop d'ardeur. Parfois il travaillait
+avec tant d'acharnement qu'il se rendait malade. Dans ses jeux il
+mettait <a name="Page_14" id="Page_14" />tant de vivacit&eacute; et d'abandon que souvent il se faisait des
+blessures dangereuses. Un jour que, dans l'&eacute;t&eacute; il courait apr&egrave;s des
+papillons, il se livra avec emportement &agrave; ce plaisir, et se mit tout en
+nage et hors d'haleine. Mourant de soif, il rencontra une belle source
+dont l'eau claire comme le cristal, et froide comme la glace, coulait &agrave;
+l'ombre d'un bocage. Guillaume se pr&eacute;cipita vers cette eau et en but &agrave;
+longs traits: &agrave; peine eut-il com<a name="Page_15" id="Page_15" />mis cette imprudence qu'il se sentit
+malade et ne put qu'&agrave; grand'peine retourner chez son p&egrave;re; on le mit au
+lit, il fut pris d'une fi&egrave;vre dangereuse, et sa vie fut en danger.</p>
+
+<p>&mdash;Ah! mon p&egrave;re, disait-il un jour, qui e&ucirc;t pens&eacute; que cette belle source
+cont&icirc;nt un poison si dangereux? que les apparences sont trompeuses.&mdash;Tu
+accuses &agrave; tort la source, r&eacute;pondit le p&egrave;re; c'est elle qui fournit le
+ruisseau dont nous buvons l'eau chaque jour, <a name="Page_16" id="Page_16" />jamais elle ne nous a nui;
+mais toi, tu l'as rendue malfaisante en la prenant la plus fra&icirc;che
+possible, au moment o&ugrave; ton corps &eacute;tait tout bouillant de chaleur; c'est
+ton imprudence qui a fait un poison de cette eau salutaire: n'oublie pas
+que l'exc&egrave;s corrompt les meilleures choses.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LES_POMMES" id="LES_POMMES" />LES POMMES.</h2>
+
+
+<p>Tous les vices se tiennent par la main, la gour<a name="Page_17" id="Page_17" />mandise m&egrave;ne le vol.
+Philibert &eacute;tait un petit gourmand: de la fen&ecirc;tre de sa chambre, il
+voyait de belles pommes dans un jardin pr&egrave;s de l&agrave;, Il succomba &agrave; la
+tentation que l'aspect de ce fruit lui faisait &eacute;prouver, et de grand
+matin il chercha &agrave; p&eacute;n&eacute;trer dans le jardin o&ugrave; se trouvait l'objet de sa
+convoitise. Il d&eacute;couvrit &agrave; la haie qui en formait la cl&ocirc;ture un petit
+trou qu'il parvint &agrave; agrandir, et y passa avec grande peine en
+s'&eacute;gratignant les mains et en salissant ses <a name="Page_18" id="Page_18" />v&ecirc;tements. Il arriva enfin
+aupr&egrave;s du pommier et se h&acirc;ta de remplir de plus beaux fruits les poches
+de son habit. Au moment o&ugrave; il allait partir, il vit arriver le ma&icirc;tre du
+jardin, qui se mit &agrave; sa poursuite. Comme Philibert courait bien, il
+parvint &agrave; temps au trou de la haie, engagea promptement sa t&ecirc;te et ses
+&eacute;paules; mais, comme l'espace &eacute;tait juste, les poches gonfl&eacute;es de pommes
+ne purent passer, et le retinrent comme dans un pi&eacute;ge.</p>
+
+<p><a name="Page_19" id="Page_19" />Le ma&icirc;tre du jardin arriva, et apr&egrave;s avoir ri de grand coeur de
+l'aventure singuli&egrave;re, il reprit ses pommes, fustigea le voleur et lui
+dit:&mdash;C'est la chose m&ecirc;me que tu as vol&eacute;e qui est cause que tu es puni
+pour ton vol.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LENVIEUX" id="LENVIEUX" />L'ENVIEUX.</h2>
+
+
+<p>Un jardinier, qui &eacute;tait fort habile cultivateur, cultivait dans son
+terrain les plus beaux l&eacute;gumes et les <a name="Page_20" id="Page_20" />plus beaux fruits. Il se levait
+de grand matin, se couchait tard, et travaillait tout le jour.</p>
+
+<p>Il y avait dans le voisinage un autre jardinier, qui n'&eacute;tait pas moins
+habile, mais qui &eacute;tait envieux de tout ce qui arrivait d'heureux &agrave; son
+prochain. Chaque fois qu'il voyait que les arbres ou les autres plantes
+du premier donnaient de belles esp&eacute;rances, il en &eacute;tait tout soucieux:
+c'&eacute;tait bien pire quand ces esp&eacute;rances se r&eacute;alisaient: il &eacute;tait d&egrave;sol&eacute;.<a name="Page_21" id="Page_21" />
+Une ann&eacute;e il avait remarqu&eacute; que la treille de son voisin annon&ccedil;ait une
+superbe r&eacute;colte, tandis que la sienne ne promettait rien de bon, sans
+doute parce qu'elle &eacute;tait moins bien expos&eacute;e. Ne pouvant r&eacute;sister au
+d&eacute;sir de satisfaire son envie, il se leva la nuit et coupa toutes les
+plus belles branches des ceps de vigne de son confr&egrave;re; il s'en alla
+sans qu'on l'e&ucirc;t vu, et le lendemain apprit avec joie que celui-ci &eacute;tait
+plong&eacute; dans la douleur.</p>
+
+<p><a name="Page_22" id="Page_22" />Or, dans ce temps-l&agrave; on ne connaissait pas l'art de tailler la vigne;
+l'on ne savait pas que pour obtenir des raisins beaux et bons il faut
+retrancher &agrave; chaque pied la plus grande partie des branches nouvelles.
+L'on fut donc bien &eacute;tonn&eacute; de voir que la treille, loin de souffrir,
+produisit des raisins en tr&egrave;s-grande abondance et d&eacute;licieux.</p>
+
+<p>L'envieux &eacute;prouva une telle douleur qu'il en tomba malade. Mais son
+voisin, qui r&eacute;fl&eacute;chit sur cet &eacute;v&eacute;<a name="Page_23" id="Page_23" />nement, comprit qu'il avait eu lieu
+parce qu'en retranchant une partie des branches, toute la s&egrave;ve de chaque
+pied de vigne avait profit&eacute; au fruit.</p>
+
+<p>De cette observation, il d&eacute;duisit l'art de tailler la vigne, qui devint
+pour lui une source de fortune. L'envieux en mourut de d&eacute;pit.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LES_CAILLOUX" id="LES_CAILLOUX" />LES CAILLOUX.</h2>
+
+
+<p>Floret servait comme gar&ccedil;on chez un marchand <a name="Page_24" id="Page_24" />d'eau-de-vie; il s'&eacute;tait
+habitu&eacute; &agrave; en boire de plus en plus, si bien qu'&agrave; la fin il en consommait
+chaque jour une demi-bouteille, que son ma&icirc;tre lui donnait comme gages.
+Cette boisson funeste d&eacute;truisait sa sant&eacute;; il fut oblig&eacute; d'appeler le
+m&eacute;decin, qui lui dit qu'il p&eacute;rirait bient&ocirc;t s'il ne cessait de boire de
+l'eau-de-vie.&mdash;L'habitude est trop bien prise, r&eacute;pondit Floret, il faut
+chaque jour que je vide cette bouteille, je ne puis m'en emp&ecirc;cher.</p>
+
+<p><a name="Page_25" id="Page_25" />Le lendemain, le m&eacute;decin vint et lui dit: J'ai song&eacute; &agrave; un autre moyen;
+prenez cette bo&icirc;te de cailloux, et tous les matins vous en jetterez
+trois dans votre bouteille. Si vous avez soin d'y laisser et les
+nouveaux et les anciens, la liqueur cessera de vous &ecirc;tre nuisible; mais
+surtout ne changez pas de bouteille!</p>
+
+<p>Le malade ex&eacute;cuta l'ordonnance, et comme chaque jour sa bouteille
+contenait moins d'eau-de-vie, il se d&eacute;shabitua peu &agrave; <a name="Page_26" id="Page_26" />peu de cette
+funeste boisson, et ne s'aper&ccedil;ut de la ruse du m&eacute;decin que lorsque la
+bouteille fut toute pleine de cailloux.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LA_PIERRE" id="LA_PIERRE" />LA PIERRE.</h2>
+
+
+<p>Philippe &eacute;tait un homme riche, dur et grossier; il maltraitait tous ceux
+qu'il employait &agrave; son service. Il se prit de querelle avec un pauvre
+journalier auquel il demandait une chose impossible. Celui-ci fut
+<a name="Page_27" id="Page_27" />oblig&eacute; d'abandonner le travail qu'il avait commenc&eacute;. Philippe, furieux,
+prit une pierre et la jeta &agrave; ce malheureux, qu'il atteignit. Le
+journalier alla ramasser la pierre et la mit dans sa poche, pensant
+qu'un jour ou l'autre il trouverait l'occasion de rendre &agrave; Philippe coup
+pour coup.</p>
+
+<p>En effet, ce mauvais riche fut, dans sa vieillesse, r&eacute;duit &agrave; la
+mendicit&eacute;, et il vint demander l'aum&ocirc;ne &agrave; la porte de la cabane du
+journalier. Celui-ci accou<a name="Page_28" id="Page_28" />rut avec sa pierre, en se disant que le
+moment de la vengeance &eacute;tait arriv&eacute;. Mais &agrave; la vue des haillons du
+ci-devant riche et de son air mis&eacute;rable, il s'arr&ecirc;ta et dit:&mdash;Je vois
+bien que l'homme ne doit jamais se venger, car si notre ennemi est fort
+et puissant, l'on court du danger en le faisant; la vengeance ne sera
+donc l'oeuvre que d'un fou. Si au contraire notre ennemi est faible et
+dangereux, il serait inf&acirc;me d'en abuser pour le mal<a name="Page_29" id="Page_29" />traiter sans
+crainte; la vengeance alors serait l'acte d'un l&acirc;che.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LE_PAIN" id="LE_PAIN" />LE PAIN.</h2>
+
+
+<p>La ville de Blois &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;e par une grande disette. Un homme riche,
+voulant soulager ceux qui avaient le plus besoin de secours, r&eacute;unit chez
+lui vingt enfants des plus pauvres familles. Il fit apporter une grande
+corbeille et leur dit:&mdash;Il y a l&agrave;-<a name="Page_30" id="Page_30" />dedans vingt pains, vous en aurez
+chacun un, partagez-vous-les d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent. Chaque jour vous en
+trouverez autant ici &agrave; la m&ecirc;me heure.</p>
+
+<p>A ces mots, les enfants se pr&eacute;cipit&egrave;rent vers la corbeille et se
+disput&egrave;rent &agrave; qui aurait le pain le plus gros et le mieux cuit. Quand
+chacun eut le sien, ils se retir&egrave;rent sans remercier leur bienfaiteur;
+il ne resta dans la salle que la petite Fanny, qui s'&eacute;tait tenue &agrave;
+l'&eacute;cart; elle s'appro<a name="Page_31" id="Page_31" />cha alors de la corbeille, prit le pain qui avait
+&eacute;t&eacute; d&eacute;daign&eacute; par tous les autres, puis elle alla baiser la main de
+l'homme g&eacute;n&eacute;reux qui le lui donnait, se retira tranquillement, et porta
+ce pain &agrave; sa m&egrave;re qui &eacute;tait malade, pour le partager avec elle.</p>
+
+<p>Le lendemain, les choses se pass&egrave;rent de m&ecirc;me, mais le pain qui resta &agrave;
+Fanny &eacute;tait de moiti&eacute; plus petit que les autres. Elle le prit sans
+murmurer, remercia le bienfaiteur comme la <a name="Page_32" id="Page_32" />veille, et remit le pain &agrave;
+sa m&egrave;re. Lorsque celle-ci l'entama, elle en vit sortir une grande
+quantit&eacute; de pi&egrave;ces d'argent.&mdash;Va les rapporter, dit-elle &agrave; Fanny, c'est
+sans doute par accident que cet argent se trouve dans le pain.</p>
+
+<p>Fanny s'empressa d'ob&eacute;ir &agrave; sa m&egrave;re, mais le bienfaiteur refusa de
+reprendre la somme. Gardez-l&agrave;, mon enfant, lui dit-il, c'est expr&egrave;s que
+je l'ai fait mettre dans le plus petit pain, afin que votre mod&eacute;ration
+et <a name="Page_33" id="Page_33" />votre gratitude eussent leur r&eacute;compense.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LE_CLOU" id="LE_CLOU" />LE CLOU.</h2>
+
+
+<p>Paul sella son cheval pour aller porter au propri&eacute;taire de la ferme
+qu'il occupait le prix de son loyer. Au moment de monter &agrave; cheval, il
+vit qu'il manquait un clou &agrave; l'un des fers.&mdash;Ce n'est pas la peine de le
+remettre, se dit-il, faute d'un clou mon cheval ne restera pas en route.</p>
+
+<p><a name="Page_34" id="Page_34" />A une lieue de chez lui, Paul vit que le cheval avait perdu le fer o&ugrave;
+il manquait un clou: Je pourrais bien, dit-il, faire remettre un fer &agrave;
+la forge voisine, mais je perdrais trop de temps; mon cheval arrivera
+bien &agrave; la ville avec trois fers.</p>
+
+<p>Plus tard, le cheval prit une &eacute;pine et se blessa:&mdash;Je pourrais, se
+dit-il encore, faire soigner ma monture; mais il n'y a plus qu'un quart
+de lieue d'ici &agrave; la ville;&mdash;elle terminera bien la route comme &ccedil;a.</p>
+
+<p><a name="Page_35" id="Page_35" />Quelques minutes apr&egrave;s, le cheval en bo&icirc;tant fit un faux pas, tomba, et
+Paul se d&eacute;mit l'&eacute;paule; on le transporta dans un village pr&egrave;s de l&agrave;, o&ugrave;
+pendant dix jours il fallut soigner l'homme et le cheval. Il &eacute;tait bien
+d&eacute;sol&eacute; de perdre ainsi son temps et son argent. Il se disait &agrave; part
+lui:&mdash;Il n'y a pas de petites n&eacute;gligences; si j'avais mis un clou, mon
+cheval n'aurait pas perdu son fer; il ne serait pas bless&eacute;; si je
+l'eusse fait panser &agrave; <a name="Page_36" id="Page_36" />temps, je ne me serais pas d&eacute;mis l'&eacute;paule. Cette
+le&ccedil;on me profitera pour l'avenir.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LECU" id="LECU" />L'&Eacute;CU.</h2>
+
+
+<p>Thomas &eacute;tait un villageois plein de piti&eacute;; il avait &agrave; son service un
+charretier qui avait la coupable habitude de jurer, de s'emporter et de
+dire les plus grossi&egrave;res injures aux hommes et aux animaux; son ma&icirc;tre
+lui faisait de fr&eacute;quentes r&eacute;primandes et lui repr&eacute;<a name="Page_37" id="Page_37" />sentait que c'&eacute;tait
+offenser Dieu que d'agir ainsi.&mdash;Vraiment, r&eacute;pondit-il, je voudrais bien
+me corriger; mais l'habitude est plus forte que moi, il m'est impossible
+de la vaincre.</p>
+
+<p>Un matin, Thomas dit &agrave; son charretier:&mdash;Tiens, voil&agrave; un &eacute;cu tout neuf;
+je te le donnerai ce soir, si d'ici-l&agrave; tu ne prononces pas un jurement
+et si tu ne te livres &agrave; aucun emportement. Le charretier accepta le
+march&eacute; avec grand plaisir.</p>
+
+<p><a name="Page_38" id="Page_38" />En vain les autres domestiques s'efforc&egrave;rent de lui faire perdre l'&eacute;cu,
+et s'entendirent entre eux pour le mettre hors de lui; le charretier sut
+se d&eacute;fendre de leurs attaques sans col&egrave;re, sans injures et sans
+jurements.</p>
+
+<p>Quand le soir fut venu. Thomas lui donna l'&eacute;cu en disant:&mdash;Rougis
+d'avoir pu faire pour une mis&eacute;rable pi&egrave;ce d'argent ce que ni ton
+affection pour ton ma&icirc;tre ni la crainte de Dieu n'avaient pu obtenir de
+toi.<a name="Page_39" id="Page_39" /> Le charretier sentit que le reproche &eacute;tait juste; il fit de
+v&eacute;ritables efforts pour se corriger, et y parvint.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LAVEUGLE" id="LAVEUGLE" />L'AVEUGLE.</h2>
+
+
+<p>Andr&eacute; &eacute;tait aveugle de naissance; un jour qu'il revenait de l'&eacute;glise, il
+marchait fort lentement et se guidait &agrave; l'aide du b&acirc;ton qu'il tenait &agrave;
+la main. Lucas, son cousin, lui dit:&mdash;Je parie dix &eacute;cus que je courrai
+plus vite que toi.</p>
+
+<p><a name="Page_40" id="Page_40" />Les personnes qui se trouvaient l&agrave; s'indign&egrave;rent de cette mauvaise
+plaisanterie, elles furent fort &eacute;tonn&eacute;es d'entendre l'aveugle
+r&eacute;pondre:&mdash;J'accepte le pari, mais &agrave; condition que tu me laisseras
+choisir le moment de la course. Lucas fut enchant&eacute;, et il voulait qu'on
+d&eacute;pos&acirc;t l'argent dans les mains d'un des assistants. Sa joie fut moins
+vive quand Andr&eacute; lui dit:&mdash;Nous partirons ce soir au coup de minuit et
+nous verrons qui arrivera <a name="Page_41" id="Page_41" />le premier &agrave; la ville voisine.</p>
+
+<p>Les deux concurrents se mirent en route &agrave; l'heure dite; la nuit &eacute;tait
+tr&egrave;s-obscure et le chemin traversait un bois &eacute;pais. Andr&eacute;, pour lequel
+la clart&eacute; du jour et l'obscurit&eacute; &eacute;taient la m&ecirc;me chose, arriva deux
+heures apr&egrave;s &agrave; la ville, car il &eacute;tait habitu&eacute; &agrave; parcourir ce chemin sans
+le secours de ses yeux; quant &agrave; Lucas, il s'&eacute;gara dans la for&ecirc;t; apr&egrave;s
+&ecirc;tre tomb&eacute; vingt fois, il retourna sans s'en apercevoir sur ses pas, de
+sorte <a name="Page_42" id="Page_42" />que l'aveugle &agrave; son retour le rencontra tout pr&egrave;s du village.</p>
+
+<p>Tout le monde rit aux d&eacute;pens de Lucas, qui perdit ses dix &eacute;cus. Andr&eacute;
+refusa de profiter de l'argent d'un pari et le distribua aux pauvres.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LES_TROIS_BRIGANDS" id="LES_TROIS_BRIGANDS" />LES TROIS BRIGANDS</h2>
+
+
+<p>Dans un bois, trois brigands se tenaient en embuscade. Il vint &agrave; passer
+un marchand, qui portait <a name="Page_43" id="Page_43" />avec lui des sommes consid&eacute;rables et des
+objets de grands prix; les brigands le tu&egrave;rent et s'empar&egrave;rent de tout
+ce qu'il poss&eacute;dait. Ils r&eacute;solurent de faire bonne ch&egrave;re. Le plus jeune
+se chargea d'aller &agrave; la ville voisine pour acheter du vin, des viandes
+cuites, enfin tout ce qui &eacute;tait n&eacute;cessaire pour bien se r&eacute;galer.</p>
+
+<p>A peine fut-il parti que les deux autres se dirent:&mdash;Si nous &eacute;tions
+seuls &agrave; partager ces tr&eacute;sors, ils nous suffiraient pour vivre.<a name="Page_44" id="Page_44" />
+D&eacute;barrassons-nous de cet autre quand il reviendra avec ses provisions.
+D&egrave;s que nous l'aurons tu&eacute;, nous partagerons en fr&egrave;res, et nous irons
+vivre loin de ce pays.</p>
+
+<p>Le troisi&egrave;me brigand se disait de son c&ocirc;t&eacute;:&mdash;Si je pouvais me d&eacute;faire de
+mes deux compagnons, tout l'argent serait pour moi! Je vais empoisonner
+leur vin, ils en boiront, ils p&eacute;riront tous deux, et je poss&eacute;derai seul
+les tr&eacute;sors du marchand.</p>
+
+<p><a name="Page_45" id="Page_45" />En effet, il acheta des vivres, m&ecirc;la dans le vin un poison violent et
+retourna dans le bois.</p>
+
+<p>A peine fut-il arriv&eacute; pr&egrave;s de ses compagnons, que ceux-ci se jet&egrave;rent
+sur lui et le tu&egrave;rent &agrave; coup de poignard. Ils se mirent ensuite &agrave;
+manger, burent du vin auquel &eacute;tait m&ecirc;l&eacute; le poison, et expir&egrave;rent dans
+des douleurs atroces. Juste punition de la providence! preuve nouvelle
+que les m&eacute;chants ne peuvent se fier les uns aux autres.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LA_MESANGE" id="LA_MESANGE" /><a name="Page_46" id="Page_46" />LA M&Eacute;SANGE</h2>
+
+
+<p>Regarde, disait Xavier &agrave; sa soeur, voici une jolie m&eacute;sange qui se perche
+sur un arbre; je vais y placer mon tr&eacute;buchet, et je suis s&ucirc;r que tout &agrave;
+l'heure j'aurai l'oiseau en ma possession. Il grimpa sur l'arbre, tendit
+son pi&eacute;ge et se cacha avec sa soeur dans un &eacute;pais taillis. La pauvre
+m&eacute;sange fut en effet bient&ocirc;t prise. Xavier escalada l'arbre de nouveau,
+mais en descendant il tomba et se <a name="Page_47" id="Page_47" />blessa &agrave; la main; dans sa chute le
+tr&eacute;buchet s'ouvrit et la m&eacute;sange s'&eacute;chappa.</p>
+
+<p>&mdash;Bon Dieu! Xavier, lui dit sa soeur, &agrave; quel danger tu t'exposes; ne
+monte plus sur les arbres, car en montant tu pourrais te tuer.&mdash;Oh! ma
+chute est un accident, r&eacute;pondit-il en riant, qui ne m'emp&ecirc;cherait pas de
+recommencer tout de suite, mais ce serait peine perdue: la m&eacute;sange
+conna&icirc;t maintenant le pi&eacute;ge; elle n'en approchera plus.&mdash;Si ce que <a name="Page_48" id="Page_48" />tu
+dis est vrai, mon fr&egrave;re, cet animal sans raison est plus sage que toi,
+car il fuit le pi&eacute;ge qui l'a pris, et toi, &agrave; peine &eacute;chapp&eacute; &agrave; un danger
+mortel, tu le braverais de nouveau pour satisfaire une fantaisie.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LES_MARRONS" id="LES_MARRONS" />LES MARRONS.</h2>
+
+
+<p>Alfred &eacute;tait cit&eacute; pour sa gourmandise; d&egrave;s qu'il avait quelque argent,
+il l'employait &agrave; acheter des g&acirc;teaux et des sucreries. Il <a name="Page_49" id="Page_49" />aspirait tout
+le long du jour au moment de se mettre &agrave; table, et apr&egrave;s avoir bien bu
+et bien mang&eacute;, il s'effor&ccedil;ait encore d'attraper quelque chose dans
+l'office ou dans le buffet.</p>
+
+<p>Un marchand vint proposer &agrave; son p&egrave;re de lui vendre des marrons de Lyon;
+comme on n'en cultivait pas dans le pays, Alfred ne savait ce que
+c'&eacute;tait; il demanda au marchand si ces fruits bruns &eacute;taient bons &agrave;
+manger; celui-ci r&eacute;pondit qu'ils &eacute;taient excellents, <a name="Page_50" id="Page_50" />surtout quand on
+les mettait cuire sous la cendre chaude. Le p&egrave;re d'Alfred ne tomba pas
+d'accord avec le marchand et ne lui acheta pas de marrons, mais Alfred
+eut l'adresse de lui en d&eacute;rober plusieurs poign&eacute;es qu'il cacha dans ses
+poches.</p>
+
+<p>Aussit&ocirc;t il descend &agrave; la cuisine; tandis que la cuisini&egrave;re est occup&eacute;e
+dehors, il met ses marrons sur le foyer, les couvre de cendre rouge, de
+charbons br&ucirc;lants, et attend avec impatience le moment de <a name="Page_51" id="Page_51" />go&ucirc;ter de ces
+fruits dont on lui avait vant&eacute; la saveur: il &eacute;coutait avec plaisir le
+bruit que les marrons commen&ccedil;aient &agrave; faire, lorsque tout-&agrave;-coup l'un
+d'eux fait explosion et lance au visage du petit gourmand, qui se tenait
+tout pr&egrave;s, les cendres avec les charbons.</p>
+
+<p>Alfred, etourdi, aveugl&eacute;, se mit &agrave; courir dans la cuisine en poussant
+des cris, en se cognant contre les meubles et contre les murs. Le p&egrave;re
+accourt, et quand il s'est assur&eacute; que son fils <a name="Page_52" id="Page_52" />n'est pas bless&eacute;, il lui
+inflige la punition que m&eacute;ritaient et sa gourmandise et son vol.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LE_PAIN_ET_LEAU" id="LE_PAIN_ET_LEAU" />LE PAIN ET L'EAU.</h2>
+
+
+<p>D&eacute;sir&eacute;, qui avait pour p&egrave;re un riche propri&eacute;taire, d&eacute;jeunait un matin
+dans une chambre basse donnant sur la rue. La maison de son p&egrave;re ne se
+ressentait sans doute pas de la disette qui r&eacute;gnait alors et de la
+chert&eacute; des vivres, car la <a name="Page_53" id="Page_53" />table &eacute;tait charg&eacute;e de mets de toute esp&egrave;ce.</p>
+
+<p>Le pauvre Guillot, gardeur de moutons dans la montagne, n'avait, lui, &agrave;
+manger que le quart du n&eacute;cessaire; &eacute;tant venu ce jour-l&agrave; &agrave; la ville, il
+vit D&eacute;sir&eacute; &agrave; table, s'approcha de la fen&ecirc;tre et lui demanda un petit
+morceau de pain:&mdash;Va-t'en, r&eacute;pondit celui-ci, je n'ai pas de pain pour
+toi.</p>
+
+<p>Quelques mois s'&eacute;coul&egrave;rent, et par une chaude journ&eacute;e d'automne, D&eacute;sir&eacute;
+<a name="Page_54" id="Page_54" />&eacute;tait all&eacute; &agrave; la chasse dans la montagne; il s'&eacute;gara en poursuivant une
+pi&egrave;ce de gibier et arriva, apr&egrave;s une longue marche, dans un canton
+tout-&agrave;-fait inhabit&eacute;, o&ugrave; les passages &eacute;taient d'un acc&egrave;s fort difficile.
+Il erra longtemps sous le br&ucirc;lant soleil du midi, monta, descendit vingt
+fois, et se fatigua beaucoup; en outre, il &eacute;tait affam&eacute;, mourant de
+soif. Il trouva bien dans sa carnassi&egrave;re un morceau de pain pour
+satisfaire son app&eacute;tit; mais <a name="Page_55" id="Page_55" />quand il eut mang&eacute;, sa soif devint plus
+ardente encore; il n'avait rien pour l'apaiser. Dans ce moment il aurait
+pay&eacute; un verre d'eau au poids de l'or.</p>
+
+<p>Enfin il aper&ccedil;ut, sur une montagne voisine de l'endroit o&ugrave; il &eacute;tait, un
+homme qui gardait des moutons. Il courut vers lui pour lui demander &agrave;
+boire. O bonheur! en approchant, il vit que le berger avait une grande
+cruche pleine d'eau; cette boisson lui semblait cent fois plus d&eacute;sirable
+que <a name="Page_56" id="Page_56" />les meilleurs vins, et il esp&eacute;rait bien qu'il allait s'en r&eacute;galer.
+Mais, h&eacute;las! quand il fut tout pr&egrave;s il reconnut le pauvre Guillot; il se
+hasarda cependant &agrave; lui demander un verre d'eau.&mdash;Allez-vous-en, lui
+r&eacute;pondit celui-ci, je n'ai pas d'eau pour vous.</p>
+
+<p>Vraiment D&eacute;sir&eacute; offrit-il de payer cette eau vingt sous le verre, puis
+cent sous, puis vingt francs. Guillot refusa obstin&eacute;ment.</p>
+
+<p>D&eacute;sir&eacute; eut de nouveau recours aux pri&egrave;res, et le <a name="Page_57" id="Page_57" />berger lui
+r&eacute;pondit:&mdash;Je n'ai l'intention ni de vous refuser mon eau, ni de vous la
+vendre; mais j'ai voulu vous faire voir combien il est dur d'&ecirc;tre
+repouss&eacute; quand on souffre de la faim ou de la soif. Buvez donc tant que
+vous voudrez, et n'oubliez plus que les besoins des pauvres sont aussi
+imp&eacute;rieux que les v&ocirc;tres.</p>
+
+<p>Cette le&ccedil;on fit apercevoir &agrave; D&eacute;sir&eacute; toute la duret&eacute; de sa conduite
+pass&eacute;; il r&eacute;compensa magni<a name="Page_58" id="Page_58" />fiquement Guillot, et depuis se montra
+charitable envers tous les n&eacute;cessiteux.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="LHARMONIE" id="LHARMONIE" />L'HARMONIE</h2>
+
+
+<p>Un jeune homme &eacute;lev&eacute; dans une retraite absolue n'avait jamais entendu de
+musique. Une maladie dont il fut atteint le rendit compl&egrave;tement sourd;
+on l'emmena dans une grande ville pour le soigner et faire en sorte de
+lui rendre l'ou&iuml;e.</p>
+
+<p><a name="Page_59" id="Page_59" />Pendant qu'on le traitait, son p&egrave;re le mena dans une maison o&ugrave; il y
+avait un concert. Le sourd rit beaucoup de tous les mouvements, de
+toutes les grimaces des ex&eacute;cutants. Il demanda ce que faisaient ces
+gens-l&agrave;. On lui dit que c'&eacute;tait de la musique; alors il r&eacute;p&eacute;tait &agrave; tout
+le monde que la musique &eacute;tait la chose la plus folle et la plus ridicule
+du monde; qu'il ne concevait pas quel but l'on voulait atteindre en
+frottant l'un contre l'au<a name="Page_60" id="Page_60" />tre certains instruments, et en soufflant dans
+d'autres;&mdash;puisque cela ne produisait rien, disait-il, tr&egrave;s-certainement
+tous ces musiciens sont des fous.</p>
+
+<p>Le jeune homme gu&eacute;rit et recouvra la facult&eacute; d'entendre. On le mena de
+nouveau au concert. Quels furent sa surprise et ses transports! Il
+comprenait alors la raison de tout ce qui lui avait sembl&eacute; si absurde;
+chaque mouvement des doigts, chaque souffle de la bouche, produisait
+<a name="Page_61" id="Page_61" />son effet, et tous ces effets r&eacute;unis formaient un ensemble
+ravissant.&mdash;Oh! que j'&eacute;tais fou moi-m&ecirc;me, disait-il, je voulais juger de
+la musique et je n'entendais pas!</p>
+
+<p>Un vieillard qui se trouvait l&agrave; dit &agrave; son fils:&mdash;Mon enfant, n'oublie
+pas les paroles de ce jeune homme, et si jamais tu avais la tentation de
+juger des voies de la providence divine ou de te plaindre de ce qui
+arrive, souviens-toi que nous sommes relative<a name="Page_62" id="Page_62" />ment &agrave; l'oeuvre de Dieu
+dans la m&ecirc;me situation qu'un sourd qui entend la musique. Songe que
+quand apr&egrave;s notre mort, nos yeux seront ouverts, nous verrons r&eacute;gner
+dans le monde une harmonie plus parfaite que celle du meilleur concert,
+et que si nous ne la voyons pas ici-bas, c'est que nous sommes aveugles,
+de m&ecirc;me que ce jeune homme &eacute;tait sourd.</p>
+
+<h4>FIN.</h4>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h3><a name="Page_63" id="Page_63" />TABLE</h3>
+<table border="0" cellpadding="4" cellspacing="0" summary="TABLE">
+<tr><td align='left'>Dieu.</td><td align='right'><a href='#Page_5'>5</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>La Pluie.</td><td align='right'><a href='#Page_10'>10</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>La Source.</td><td align='right'><a href='#Page_13'>13</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Les Pommes.</td><td align='right'><a href='#Page_16'>16</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>L'Envieux.</td><td align='right'><a href='#Page_19'>19</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Les Cailloux.</td><td align='right'><a href='#Page_23'>23</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>La Pierre.</td><td align='right'><a href='#Page_26'>26</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Le Pain.</td><td align='right'><a href='#Page_29'>29</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Le Clou.</td><td align='right'><a href='#Page_33'>33</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>L'&Eacute;cu.</td><td align='right'><a href='#Page_36'>36</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>L'Aveugle.</td><td align='right'><a href='#Page_39'>39</a><a name="Page_64" id="Page_64" /></td></tr>
+<tr><td align='left'>Les trois Brigands.</td> <td align='right'><a href='#Page_42'>42</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>La M&eacute;sange.</td><td align='right'><a href='#Page_46'>46</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Les Marrons.</td><td align='right'><a href='#Page_48'>48</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>Le Pain et l'Eau.</td><td align='right'><a href='#Page_52'>52</a></td></tr>
+<tr><td align='left'>L'Harmonie.</td><td align='right'><a href='#Page_58'>58</a></td></tr></table>
+
+
+<h4>FIN DE LA TABLE</h4>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="Limoges_Imp_E_ARDANT_et_Cie" id="Limoges_Imp_E_ARDANT_et_Cie" />Limoges.&mdash;Imp. E. ARDANT et Cie.</h2>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14069 ***</div>
+</body>
+</html>
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