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PANCKOUCKE, Éditeur</h2> + +<h4>MDCCCXXI.</h4> +<br><br><br> + +<h3>CAMPAGNE DE RUSSIE.</h3> + +<h3>LIVRE SEPTIÈME.</h3> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Gumbinnen, 20 juin 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Premier bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>A la fin de 1810, la Russie changea de système politique; +l'esprit anglais reprit son influence; l'ukase sur le commerce +en fut le premier acte.</p> + +<p>En février 1811, cinq divisions de l'armée russe quittèrent +à marches forcées le Danube, et se portèrent en Pologne. +Par ce mouvement, la Russie sacrifia la Valachie et la Moldavie.</p> + +<p>Les armées russes réunies et formées, on vit paraître une +protestation contre la France, qui fut envoyée à tous les cabinets. +La Russie annonça par là qu'elle ne voulait pas +même garder les apparences. Tous les moyens de conciliation +furent employés de la part de la France: tout fut +inutile.</p> + +<p>A la fin de 1811, six mois après, on vit en France que +tout ceci ne pouvait finir que par la guerre; on s'y prépara. +La garnison de Dantzick fut portée à vingt mille hommes. +Des approvisionnemens de toute espèce, canons, fusils, poudre, +munitions, équipage de pont, furent dirigés sur cette +place; des sommes considérables furent mises à la disposition +du génie, pour en accroître les fortifications.</p> + +<p>L'armée fut mise sur le pied de guerre. La cavalerie, le +train d'artillerie, les équipages militaires furent complétés.</p> + +<p>En mars 1812, un traité d'alliance fut conclu avec l'Autriche: +le mois précédent, un traité avait été conclu avec la +Prusse.</p> + +<p>En avril, le premier corps de la grande armée se porta sur +l'Oder;</p> + +<p>Le deuxième corps se porta sur l'Elbe;</p> + +<p>Le troisième corps, sur le Bas-Oder;</p> + +<p>Le quatrième corps partit de Véronne, traversa le Tyrol, +et se rendit en Silésie. La garde partit de Paris.</p> + +<p>Le 22 avril, l'empereur de Russie prit le commandement +de son armée, quitta Pétersbourg, et porta son quartier-général +à Wilna.</p> + +<p>Au commencement de mai, le premier corps arriva sur la +Vistule à Elbing et à Marienbourg;</p> + +<p>Le deuxième corps, à Marienwerder;</p> + +<p>Le troisième corps, à Thorn;</p> + +<p>Le quatrième et le sixième corps, à Plock;</p> + +<p>Le cinquième corps se réunit à Varsovie;</p> + +<p>Le huitième corps, sur la droite de Varsovie;</p> + +<p>Le septième corps, à Putavy.</p> + +<p>L'empereur partit de Saint-Cloud le 9 mai, passa le Rhin +le 13, l'Elbe le 29, et la Vistule le 6 juin.</p> + +<br><br><br> + +<p class="droite">Wilkowisky, le 22 juin 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Tout moyen de s'entendre entre les deux empires devenait +impossible: l'esprit qui dominait le cabinet russe le précipita +à la guerre. Le général Narbonne, aide-de-camp de l'empereur, +fut envoyé à Wilna, et ne put y séjourner que peu de +jours. On acquérait la preuve que la sommation arrogante et +tout-à-fait extraordinaire qu'avait présentée le prince Kourakin, +où il déclara ne vouloir entrer dans aucune explication +que la France n'eût évacué le territoire de ses propres alliés, +pour les livrer à la discrétion de la Russie, était le <i>sine quâ +non</i> de ce cabinet; et il s'en vantait auprès des puissances +étrangères.</p> + +<p>Le premier corps se porta sur la Prégel. Le prince d'Eckmülh +eut son quartier-général le 11 juin à Koenigsberg.</p> + +<p>Le maréchal duc de Reggio, commandant le deuxième +corps, eut son quartier-général à Vehlau; le maréchal duc +d'Elchingen, commandant le troisième corps, à Soldapp; le +prince vice-roi, à Rastembourg; le roi de Westphalie, à Varsovie; +le prince Poniatowski, à Pulstuk; l'empereur porta +son quartier-général, le 12, sur la Prégel, à Koenigsberg; le +17, à Justerburg; le 19, à Gumbinnen.</p> + +<p>Un léger espoir de s'entendre existait encore. L'empereur +avait donné au comte de Lauriston l'instruction de se rendre +auprès de l'empereur Alexandre, ou de son ministre des affaires +étrangères, et de voir s'il n'y aurait pas moyen de revenir +sur la sommation du prince Kourakin, et de concilier +l'honneur de la France et l'intérêt de ses alliés avec l'ouverture +des négociations.</p> + +<p>Le même esprit qui régnait dans le cabinet russe empêcha, +sous différens prétextes, le comte de Lauriston de remplir sa +mission; et l'on vit pour la première fois un ambassadeur ne +pouvoir approcher ni le souverain, ni son ministre dans des +circonstances aussi importantes. Le secrétaire de légation +Prévost apporta ces nouvelles à Gumbinnen, et l'empereur +donna l'ordre de marcher pour passer le Niémen: «Les vaincus, +dit-il, prennent le ton de vainqueurs; la fatalité les entraîne, +que les destins s'accomplissent.» S.M. fit mettre à +l'ordre de l'armée la proclamation suivante:</p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>La seconde guerre de Pologne est commencée. La première +s'est terminée à Friedland et à Tilsitt: à Tilsitt, la +Russie a juré éternelle alliance à la France, et guerre à l'Angleterre. +Elle viole aujourd'hui ses sermens! Elle ne veut +donner aucune explication de son étrange conduite, que les +aigles françaises n'aient repassé le Rhin, laissant par là nos +alliés à sa discrétion.</p> + +<p>La Russie est entraînée par la fatalité! Ses destins doivent +s'accomplir. Nous croirait-elle donc dégénérés? ne serions-nous +donc plus les soldats d'Austerlitz? Elle nous place entre +le déshonneur et la guerre. Le choix ne saurait être douteux. +Marchons donc en avant! passons le Niémen: portons la +guerre sur son territoire. La seconde guerre de Pologne sera +glorieuse aux armées françaises, comme la première; mais la +paix que nous conclurons portera avec elle sa garantie, et +mettra un terme à cette orgueilleuse influence que la Russie +a exercée depuis cinquante ans sur les affaires de l'Europe.</p> + +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Kowno, le 26 juin 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 23 juin, le roi de Naples, qui commande la cavalerie, +porta son quartier-général à deux lieues du Niémen, sur la +rive gauche. Ce prince a sous ses ordres immédiats les corps +de cavalerie commandés par les généraux comtes Nansouty et +Montbrun; l'un composé des divisions aux ordres des généraux +comtes Bruyères, Saint-Germain et Valence; l'autre +composé des divisions aux ordres du général baron Vattier, +et des généraux comtes Sébastiani et Defrance.</p> + +<p>Le maréchal prince Eckmülh, commandant le premier +corps, porta son quartier-général au débouché de la grande +forêt de Pilwiski.</p> + +<p>Le deuxième corps et la garde suivirent le mouvement du +premier corps.</p> + +<p>Le troisième corps se dirigea par Marienpol. Le vice-roi, +avec les quatrième et sixième corps restés en arrière, se porta +sur Kalwary.</p> + +<p>Le roi de Westphalie se porta à Novogorod avec les cinquième, +septième et huitième corps.</p> + +<p>Le premier corps d'Autriche, commandé par le prince de +Schwartzemberg, quitta Lemberg le..., fit un mouvement +sur sa gauche, et s'approcha de Lublin.</p> + +<p>L'équipage de ponts, sous les ordres du général Eblé, +arriva le 23 à deux lieues du Niémen.</p> + +<p>Le 23, à deux heures du matin, l'empereur arriva aux +avant-postes près de Kowno, prit une capote et un bonnet +polonais d'un des chevau-légers, et visita les rives du Niémen, +accompagné seulement du général du génie Haxo.</p> + +<p>A huit heures du soir, l'armée se mit en mouvement. A +dix heures, le général de division comte Morand fit passer +trois compagnies de voltigeurs, et au même moment trois +ponts furent jetés sur le Niémen. A onze heures, trois colonnes +débouchèrent sur les trois ponts. A une heure un quart +le jour commençait déjà à paraître; à midi, le général baron +Pajol chassa devant lui une nuée de cosaques, et fit occuper +Kowno par un bataillon.</p> + +<p>Le 24, l'empereur se porta à Kowno.</p> + +<p>Le maréchal prince d'Eckmülh porta son quartier-général +à Roumchicki;</p> + +<p>Et le roi de Naples à Eketanoui.</p> + +<p>Pendant toute la journée du 24 et celle du 25, l'armée +défila sur les trois ponts. Le 24 au soir, l'empereur fit jeter +un nouveau pont sur la Vilia, vis-à-vis de Kowno, et fit +passer le maréchal duc de Reggio avec le deuxième corps. Les +chevau-légers polonais de la garde passèrent à la nage. Deux +hommes se noyaient, lorsqu'ils furent sauvés par des nageurs +du vingt-sixième léger. Le colonel Guéhéneuc s'étant imprudemment +exposé pour les secourir, périssait lui-même; un +nageur de son régiment le sauva.</p> + +<p>Le 25, le duc d'Elchingen se porta à Kormelou; le roi de +Naples se porta à Jijmoroui: les troupes légères de l'ennemi +furent chassées de tous côtés.</p> + +<p>Le 26, le maréchal duc de Reggio arriva à Janow; le maréchal +duc d'Elchingen arriva à Sgorouli; les divisions légères +de cavalerie couvrirent toute la plaine jusqu'à dix +lieues de Wilna.</p> + +<p>Le 24, le maréchal duc de Tarente, commandant le +dixième corps, dont les Prussiens font partie, a passé le Niémen +à Tilsitt, et marche sur Rossiena, afin de balayer la +rive droite du fleuve et de protéger la navigation.</p> + +<p>Le maréchal duc de Bellune, commandant le neuvième +corps, ayant sous ses ordres les divisions Heudelet, Lagrange, +Durutte, Partouneaux, occupe le pays entre l'Elbe +et l'Oder.</p> + +<p>Le général de division comte Rapp, gouverneur de Dantzick, +a sous ses ordres la division Daendels.</p> + +<p>Le général de division comte Hogendorp est gouverneur +de Koenigsberg.</p> + +<p>L'empereur de Russie est à Wilna avec sa garde et une +partie de son armée, occupant Ronikoutoui et Newtroki.</p> + +<p>Le général russe Bagawout, commandant le deuxième corps, +et une partie de l'armée russe coupée de Wilna, n'ont trouvé +leur salut qu'en se dirigeant sur la Dwina.</p> + +<p>Le Niémen est navigable pour des bateaux de deux à trois +cents tonneaux jusqu'à Kowno. Ainsi, les communications +par eau sont assurées jusqu'à Dantzick et avec la Vistule, +l'Oder et l'Elbe. Un immense approvisionnement en eau-de-vie, +en farine, en biscuit, file de Dantzick et de Koenigsberg +sur Kowno. La Vilia, qui passe à Wilna, est navigable pour +de plus petits bateaux, depuis Kowno jusqu'à Wilna. Wilna, +capitale de la Lithuanie, l'est de toute la Pologne russe. L'empereur +de Russie est depuis plusieurs mois dans cette ville, +avec une partie de sa cour. L'occupation de cette place par +l'armée française sera le premier fruit de la victoire. Plusieurs +officiers de cosaques et des officiers porteurs de dépêches +ont été arrêtés par la cavalerie légère.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Wilna, le 30 juin 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 27, l'empereur arriva aux avant-postes à deux heures +après-midi, et mit en mouvement l'armée pour s'approcher +de Wilna et attaquer, le 28, à la pointe du jour, l'armée +russe, si elle voulait défendre Wilna ou en retarder la prise, +pour sauver les immenses magasins qu'elle y avait. Une division +russe occupait Troki, et une autre division était sur les +hauteurs de Waka.</p> + +<p>A la pointe du jour, le 28, le roi de Naples se mit en +mouvement avec l'avant-garde et la cavalerie légère du général +comte Bruyères. Le maréchal prince d'Eckmülh l'appuya +avec son corps. Les Russes se reployèrent partout. Après +avoir échangé quelques coups de canon, ils repassèrent en +toute hâte la Vilia, brûlèrent le pont de bois de Wilna, et +incendièrent d'immenses magasins, évalués à plusieurs millions +de roubles; plus de cent cinquante mille quintaux de +farine, un immense approvisionnement de fourrages et d'avoine, +une masse considérable d'effets d'habillement furent +brûlés. Une grande quantité d'armes, dont en général la Russie +manque, et de munitions de guerre, furent détruites et +jetées dans la Vilia.</p> + +<p>A midi, l'empereur entra dans Wilna. A trois heures, le +pont sur la Vilia fut rétabli: tout les charpentiers de la ville +s'y étaient portés avec empressement, et construisaient un +pont en même temps que les pontonniers en construisaient un +autre.</p> + +<p>La division Bruyères suivit l'ennemi sur la rive gauche. +Dans une légère affaire d'arrière-garde, une cinquantaine +de voitures furent enlevées aux Russes. Il y eut quelques +hommes tués et blessés; parmi ces derniers est le capitaine +de hussards Ségur. Les chevau-légers polonais de la garde +firent une charge sur la droite de la Vilia, mirent en déroute, +poursuivirent et firent prisonniers bon nombre de cosaques.</p> + +<p>Le 15, le duc de Reggio avait passé la Vilia sur un pont +jeté près de Kowno. Le 26, il se dirigea sur Jonow, et le 27 +sur Chatouï. Ce mouvement obligea le prince de Wittgenstein, +commandant le premier corps de l'armée russe, à évacuer +toute la Samogitie et le pays situé entre Kowno et la mer, +et à se porter sur Wilkomir en se faisant renforcer par deux +régimens de la garde.</p> + +<p>Le 28, la rencontre eut lieu. Le maréchal duc de Reggio +trouva l'ennemi en bataille vis-à-vis Develtovo; La canonnade +s'engagea: l'ennemi fut chassé de position en position, et +repassa avec tant de précipitation le pont, qu'il ne put pas +le brûler. Il a perdu trois cents prisonniers, parmi lesquels +plusieurs officiers, et une centaine d'hommes tués ou blessés. +Notre perte se monte à une cinquantaine d'hommes.</p> + +<p>Le duc de Reggio se loue de la brigade de cavalerie légère +que commande le général baron Castex, et du onzième régiment +d'infanterie légère, composé en entier de Français des +départemens au-delà des Alpes. Les jeunes conscrits romains +ont montré beaucoup d'intrépidité.</p> + +<p>L'ennemi a mis le feu à son grand magasin de Wilkomir. +Au dernier moment, les habitans avaient pillé quelques tonneaux +de farine; on est parvenu à en recouvrer une partie.</p> + +<p>Le 29, le duc d'Elchingen a jeté un pont vis-à-vis Souderva +pour passer la Vilia. Des colonnes ont été dirigées sur +les chemins de Grodno et de la Volhynie, pour marcher à la +rencontre des différens corps russes coupés et éparpillés.</p> + +<p>Wilna est une ville de vingt-cinq à trente mille ames, +ayant un grand nombre de couvens, de beaux établissemens +et des habitans pleins de patriotisme. Quatre ou cinq cents +jeunes gens de l'Université, ayant plus de dix-huit ans, et +appartenant aux meilleures familles, ont demandé à former +un régiment.</p> + +<p>L'ennemi se retire sur la Dwina. Un grand nombre d'officiers +d'état-major et d'estafettes tombent à chaque instant +dans nos mains. Nous acquérons la preuve de l'exagération +de tout ce que la Russie a publié sur l'immensité de ses +moyens. Deux bataillons seulement par régiment sont à l'armée; +les troisièmes bataillons, dont beaucoup d'états de situation +ont été interceptés dans la correspondance des officiers +des dépôts avec les régimens, ne se montent pour la plupart +qu'à cent vingt ou deux cents hommes.</p> + +<p>La cour est partie de Wilna vingt-quatre heures après +avoir appris notre passage à Kowno. La Samogitie, la Lithuanie +sont presque entièrement délivrées. La centralisation +de Bagration vers le nord a fort affaibli les troupes qui devaient +défendre la Volhynie.</p> + +<p>Le roi de Westphalie, avec le corps du prince Poniatowski, +le septième et le huitième corps, doit être entré le +29 à Grodno.</p> + +<p>Différentes colonnes sont parties pour tomber sur les flancs +du corps de Bagration, qui, le 20, a reçu l'ordre de se rendre +à marche forcée de Proujanoui sur Wilna, et dont la tête +était déjà arrivée à quatre journées de marche de cette dernière +ville, mais que les événement ont forcée de rétrograder +et que l'on poursuit.</p> + +<p>Jusqu'à cette heure, la campagne n'a pas été sanglante; il +n'y a eu que des manoeuvres: nous avons fait en tout mille +prisonniers; mais l'ennemi a déjà perdu la capitale et la plus +grande partie des provinces polonaises, qui s'insurgent. Tous +les magasins de première, de deuxième et de troisième lignes, +résultat de deux années de soins, et évalués plus de vingt +millions de roubles, sont consumés par les flammes ou tombés +en notre pouvoir. Enfin, le quartier-général de l'armée +française est dans le lieu où était la cour depuis six semaines.</p> + +<p>Parmi le grand nombre de lettres interceptées, on remarque +les deux suivantes; l'une de l'intendant de l'armée russe, +qui fait connaître que déjà la Russie ayant perdu tous ses +magasins de première, de deuxième et de troisième lignes, +est réduite à en former en toute hâte de nouveaux; l'autre, +du duc Alexandre de Wurtemberg, faisant voir qu'après peu +de jours de campagne, les provinces du centre sont déjà déclarées +en état de guerre.</p> + +<p>Dans la situation présente des choses, si l'armée russe +croyait avoir quelque chance de victoire, la défense de Wilna +valait une bataille; et dans tous les pays, mais surtout dans +celui où nous nous trouvons, la conservation d'une triple ligne +de magasins aurait dû décider un général à en risquer les +chances.</p> + +<p>Des manoeuvres ont donc seules mis au pouvoir de l'armée +française une bonne partie des provinces polonaises, la capitale +et trois lignes de magasins. Le feu a été mis aux magasins +de Wilna avec tant de précipitation, qu'on a pu sauver +beaucoup de choses.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au quartier général impérial de Wilna, le 1er juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour sur l'organisation de la Lithuanie.</i></p> + +<p>Il y aura un gouvernement provisoire de la Lithuanie, +composé de sept membres et d'un secrétaire-général. La commission +du gouvernement provisoire de la Lithuanie sera +chargée de l'administration des finances, des subsistances, +de l'organisation des troupes du pays, de la formation des +gardes nationales et de la gendarmerie. Il y aura auprès de +la commission provisoire du gouvernement de la Lithuanie +un commissaire impérial.</p> + +<p>Chacun des gouvernemens de Wilna, Grodno, Minsk et +Byalistock sera administré par une commission de trois membres, +présidée par un intendant. Ces commissions administratives +seront sous les ordres de la commission provisoire de +gouvernement de la Lithuanie.</p> + +<p>L'administration de chaque district sera confiée à un sous-préfet.</p> + +<p>Il y aura, pour la ville de Wilna, un maire, quatre adjoints +et un conseil municipal composé de douze membres. +Cette administration sera chargée de la gestion des biens de la +ville, de la surveillance des établissemens de bienfaisance et +de la police municipale.</p> + +<p>Il sera formé à Wilna une garde nationale composée de +deux bataillons. Chaque bataillon sera de six compagnies. La +force des deux bataillons sera de quatre cent cinquante +hommes.</p> + +<p>Il y aura dans chacun des gouvernemens de Wilna, Grodno, +Minsk et Byalistock une gendarmerie commandée par un colonel +ayant sous ses ordres; savoir: ceux des gouvernemens +de Wilna et de Minsk, deux chefs d'escadron; ceux des gouvernemens +de Grodno et de Byalistock, un chef d'escadron. +Il y aura une compagnie de gendarmerie par district. Chaque +compagnie sera composée de cent sept hommes.</p> + +<p>Le colonel de la gendarmerie résidera au chef-lieu du +gouvernement. La résidence des officiers et l'emplacement +des brigades seront déterminés par la commission provisoire +de gouvernement de la Lithuanie.</p> + +<p>Les officiers, sous-officiers et volontaires gendarmes, seront +pris parmi les gentilshommes propriétaires du district: +aucun ne pourra s'en dispenser. Il seront nommés; savoir: +les officiers, par la commission provisoire de gouvernement +de la Lithuanie; les sous-officiers et volontaires gendarmes, +par les commissions administratives des gouvernemens de +Wilna, Grodno, Minsk et Byalistock.</p> + +<p>L'uniforme de la gendarmerie sera l'uniforme polonais.</p> + +<p>La gendarmerie fera le service de police; elle prêtera +main-forte à l'autorité publique; elle arrêtera les traînards, +maraudeurs et déserteurs, de quelque armée qu'ils soient. +Notre ordre du jour, en date du ... juin dernier, sera publié +dans chaque gouvernement, et il y sera, en conséquence, +établi une commission militaire.</p> + +<p>Le major-général nommera un officier-général ou supérieur, +français ou polonais, des troupes de ligne, pour commander +chaque gouvernement. Il aura sous ses ordres les +gardes nationales, la gendarmerie et les troupes du pays.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Wilna, le 6 juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'armée russe était placée et organisée de la manière suivante +au commencement des hostilités:</p> + +<p>Le premier corps commandé par le prince Wittgenstein, +composé des cinquième et quatrième divisions d'infanterie, +et d'une division de cavalerie, formant en tout dix-huit cents +hommes, artillerie et sapeurs compris, avait été long-temps +à Chawli. Il avait depuis occupé Rosiena, et était le 24 juin +à Keydanoui.</p> + +<p>Le deuxième corps, commandé par le général Bagavout, +composé des quatrième et dix-septième divisions d'infanterie, +et d'une division de cavalerie présentant la même force, occupait +Kowno.</p> + +<p>Le troisième corps, commandé par le général Schomoaloff, +composé de la première division de grenadiers, d'une division +d'infanterie et d'une division de cavalerie, formant +vingt-quatre mille hommes, occupait New-Troki.</p> + +<p>Le quatrième corps, commandé par le général Tutschkoff, +composé des onzième et vingt-troisième divisions d'infanterie +et d'une division de cavalerie, formant dix-huit mille hommes, +était placé depuis New-Troki jusqu'à Lida.</p> + +<p>La garde impériale était à Wilna.</p> + +<p>Le sixième corps, commandé par le général Doctorow, +composé de deux divisions d'infanterie et d'une division de +cavalerie, formant dix-huit mille hommes, avait fait partie de +l'armée du prince Bagration. Au milieu de juin, il arriva à +Lida, venant de la Volhynie pour renforcer la première armée. +Ce corps était, à la fin de juin, entre Lida et Grodno.</p> + +<p>Le cinquième corps, composé de la deuxième division de +grenadiers, des douzième, dix-huitième et vingt-sixième divisions +d'infanterie, et de deux divisions de cavalerie, était +le 30 à Wolkowisk. Le prince Bagration commandait ce +corps, qui pouvait être de quarante mille hommes.</p> + +<p>Enfin, les neuvième et quinzième divisions d'infanterie et +une division de cavalerie, commandées par le général Markow, +se trouvaient dans le fond de la Volhynie.</p> + +<p>Le passage de la Vilia, qui eut lieu le 25 juin, et la marche +du duc de Reggio sur Janow et sur Chatoui, obligèrent +le corps de Wittgenstein à se porter sur Wilkomir et sur la +gauche, et le corps de Bagawout à gagner Dunabourg par +Mouchnicki et Gedroitse. Ces deux corps se trouvaient ainsi +coupés de Wilna.</p> + +<p>Les troisième et quatrième corps, et la garde impériale +russe, se portèrent de Wilna sur Nementschin, Swentzianoui +et Vidzoui. Le roi de Naples les poussa vivement sur +les deux rives de la Vilia. Le dixième régiment de hussards +polonais, tenant la tête de colonne de la division du comte +Sébastiani, rencontra près de Lebowo un régiment de cosaques +de la garde qui protégeait la retraite de l'arrière-garde, +et le chargea tête baissée, lui tua neuf hommes et fit une +douzaine de prisonniers. Les troupes polonaises, qui jusqu'à +cette heure ont chargé, ont montré une rare détermination. +Elles sont animées par l'enthousiasme et la passion.</p> + +<p>Le 3 juillet, le roi de Naples s'est porté sur Swentzianoui, +et y a atteint l'arrière-garde du baron de Tolly. Il donna ordre +au général Montbrun de la faire charger; mais les Russes +n'ont point attendu, et se sont retirés avec une telle précipitation, +qu'un escadron de hulans, qui revenait d'une reconnaissance +du côté de Mikaïlitki, tomba dans nos postes. +Il fut chargé par le douzième de chasseurs, et entièrement +pris ou tué: soixante hommes ont été pris avec leurs chevaux. +Les Polonais qui se trouvaient parmi ces prisonniers +ont demandé à servir, et ont pris rang, tout montés, dans les +troupes polonaises.</p> + +<p>Le 4, à la pointe du jour, le roi de Naples est entré à +Swentzianoui: le maréchal duc d'Elchingen est entré à Miliatoui, +et le maréchal duc de Reggio à Avanta.</p> + +<p>Le 30 juin, le maréchal duc de Tarente est arrivé à Rosiena; +il s'est porté de là sur Poneviegi, Chawli et Tesch.</p> + +<p>Les immenses magasins que les Russes avaient dans la Samogitie +ont été brûlés par eux; perte énorme, non-seulement +pour leurs finances, mais encore pour la subsistance des +peuples.</p> + +<p>Cependant le corps de Doctorow, c'est-à-dire le sixième +corps, était encore, le 27 juin, sans ordres, et n'avait fait +aucun mouvement. Le 28, il se réunit et se mit en marche +pour se porter sur la Dwina par une marche de flanc. Le 30, +son avant-garde entra à Soleinicki. Elle fut chargée par la cavalerie +légère du général baron Bordesoult, et chassée de la +ville. Doctorow se voyant prévenu, prit à droite, et se porta +sur Ochmiana. Le général baron Pajol y arriva avec sa brigade +de cavalerie légère, au moment où l'avant-garde de +Doctorow y entrait. Le général Pajol le fit charger; l'ennemi +fut sabré et culbuté dans la ville. Il a perdu soixante hommes +tués et dix huit prisonniers. Le général Pajol a eu cinq +hommes tués et quelques blessés. Cette charge a été faite par +le neuvième régiment de lanciers polonais.</p> + +<p>Le général Doctorow voyant le chemin coupé, rétrograda +sur Olchanoui. Le maréchal prince d'Eckmülh, avec une +division d'infanterie, les cuirassiers de la division du comte +Valence et le deuxième régiment de chevau-légers de la garde, +se porta sur Ochmiana pour soutenir le général Pajol.</p> + +<p>Le corps de Doctorow, ainsi coupé et rejeté dans le midi, +continua de longer à droite, à marches forcées, en faisant le +sacrifice de ses bagages; sur Smoroghoui, Danowcheff et Kobouïluicki, +d'où il s'est porté sur la Dwina. Ce mouvement +avait été prévu. Le général comte Nansouty, avec une division +de cuirassiers, la division de cavalerie du général comte +Bruyères et la division d'infanterie du comte Morand, s'était +portée à Mikaïlitchki pour couper ce corps. Il arriva le 3 à +Swir, lorsqu'il débouchait, et le poussa vivement, lui prit +bon nombre de traînards, et l'obligea à abandonner quelques +centaines de voitures de bagages.</p> + +<p>L'incertitude, les angoisses, les marches et les contre-marches +qu'ont faites ces troupes, les fatigues qu'elles ont essuyées, +ont dû les faire beaucoup souffrir.</p> + +<p>Des torrens de pluie ont tombé pendant trente-six heures +sans interruption.</p> + +<p>D'une extrême chaleur, le temps a passé tout-à-coup à un +froid très-vif. Plusieurs milliers de chevaux ont péri par l'effet +de cette transition subite. Des convois d'artillerie ont été +arrêtés dans les boues.</p> + +<p>Cet épouvantable orage, qui a fatigué les hommes et les +chevaux, a nécessairement retardé notre marche, et le corps +de Doctorow, qui a donné successivement dans les colonnes +du général Bordesoult, du général Pajol et du général Nansouty, +a été près de sa destruction.</p> + +<p>Le prince Bagration, avec le cinquième corps, placé plus +en arrière, marche sur la Dwina. Il est parti le 30 juin de +Wolkowski pour se rendre sur Minsk.</p> + +<p>Le roi de Westphalie est entré le même jour à Grodno. La +division Dombrowski a passé la première. L'hetman Platow +se trouvait encore à Grodno avec ses cosaques. Chargés par +la cavalerie légère du prince Poniatowski, les cosaques ont +été éparpillés: on leur a tué deux cents hommes et fait +soixante prisonniers. On a trouvé à Grodno une manutention +propre à cuire cent mille rations de pain, et quelques restes +de magasins.</p> + +<p>Il avait été prévu que Bagration se porterait sur la Dwina +en se rapprochant le plus possible de Dunabourg; et le général +de division comte Grouchy a été envoyé à Bognadow. Il +était le 3 à Traboui. Le maréchal prince d'Eckmülh, renforcé +de deux divisions, était le 4 à Wichnew. Si le prince +Poniatowski a poussé vivement l'arrière-garde du corps de +Bagration, ce corps se trouvera compromis.</p> + +<p>Tous les corps ennemis sont dans la plus grande incertitude, +L'hetman Platow ignorait, le 30 juin, que depuis +deux jours Wilna fût occupé par les Français. Il se dirigea +sur cette ville jusqu'à Lida, où il changea de route et se +porta sur le midi.</p> + +<p>Le soleil, dans la journée du 4, a rétabli les chemins. Tout +s'organise à Wilna. Les faubourgs ont souffert par la grande +quantité de monde qui s'y est précipitée pendant la durée de +l'orage. Il y avait une manutention russe pour soixante mille +rations. On en à établi une autre pour une égale quantité de +rations. On forme des magasins. La tête des convois arrive à +Kowno par le Niémen. Vingt mille quintaux de farine et +un million de rations de biscuit viennent d'y arriver de +Dantzick.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Wilna, le 13 juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le roi de Naples a continué à suivre l'arrière-garde ennemie. +Le 5, il a rencontré la cavalerie ennemie en position sur +la Dziana; il l'a fait charger par la brigade de cavalerie légère, +que commande le général baron Subervic. Les régimens +prussiens, wurtembergeois et polonais qui font partie de +cette brigade, ont chargé avec la plus grande intrépidité. Ils +ont culbuté une ligne de dragons et de hussards russes, et +ont fait deux cents prisonniers, hussards et dragons montés. +Arrivé au-delà de la Dziana, l'ennemi coupa les ponts et voulut +défendre le passage. Le générai comte Montbrun fit alors +avancer ses cinq batteries d'artillerie légère, qui, pendant +plusieurs heures, portèrent le ravage dans les rangs ennemis. +La perte des Russes a été considérable.</p> + +<p>Le général comte Sébastiani est arrivé le même jour à Vidzoui, +d'où l'empereur de Russie était parti la veille.</p> + +<p>Notre avant-garde est sur la Dwina.</p> + +<p>Le général comte Nansouty était le 5 juillet à Postavoui. +Il se porta, pour passer la Dziana, à six lieues de là, sur la +droite du roi de Naples. Le général de brigade Roussel, avec +le neuvième régiment de chevau-légers polonais et le deuxième +régiment de hussards prussiens, passa la rivière, culbuta six +escadrons russes, en sabra un bon nombre et fit quarante-cinq +prisonniers avec plusieurs officiers. Le général Nansouty +se loue de la conduite du général Roussel, et cite avec éloge +le lieutenant Boske, du deuxième régiment de hussards prussiens, +le sous-officier Krance, et le hussard Lutze. S.M. a +accordé la décoration de la Légion-d'Honneur au général +Roussel, aux officiers et au sous-officier ci-dessus nommés.</p> + +<p>Le général Nansouty a fait prisonniers cent trente hussards +et dragons russes montés.</p> + +<p>Le 3 juillet, la communication a été ouverte entre Grodno +et Vilna par Lida. L'hetmann Platow, avec six mille cosaques, +chassé de Grodno, se présenta sur Lida, et y trouva +les avant-postes français. Il descendit sur Ivie le 5.</p> + +<p>Le général comte Grouchy occupait Wichnew, Traboui +et Soubonicki. Le général baron Pajol était à Perckaï; le +généra! baron Bordesoult était à Blakchtoui; le maréchal +prince d'Eckmühl était en avant de Bobrowitski, poussant +des têtes de colonne partout.</p> + +<p>Platow se retira précipitamment, le 6, sur Nikolaew.</p> + +<p>Le prince Bagration, parti dans les premiers jours de juillet +de Wolkowisk, pour se diriger sur Wilna, a été intercepté +dans sa route. Il est retourné sur ses pas pour gagner +Minsk; prévenu par le prince d'Eckmühl, il a changé de direction, +a renoncé à se porter sur la Dwina, et se porte sur +le Borysthène par Bobruisk, en traversant les marais de la +Bérésina.</p> + +<p>Le maréchal prince d'Eckmühl est entré le 8 à Minsk, Il +y a trouvé des magasins considérables en farine, en avoine, +en effets d'habillement, etc. Bagration était déjà arrivé à +Novoi-Sworgiew; se voyant prévenu, il envoya l'ordre de +brûler les magasins; mais le prince d'Eckmühl ne lui en a +pas donné le temps.</p> + +<p>Le roi de Westphalie était le 9 à Nowogrodek; le général +Reynier, à Slonim. Des magasins, des voitures de bagages, +des pharmacies, des hommes isolés ou coupés tombent à +chaque moment dans nos mains. Les divisions russes errent +dans ces contrées sans directions prévues, poursuivies partout, +perdant leurs bagages, brûlant leurs magasins, détruisant +leur artillerie, et laissant leurs places sans défense.</p> + +<p>Le général baron de Colbert a pris à Vileika un magasin +de trois mille quintaux de farine, de cent mille rations de +biscuit, etc. Il a trouvé aussi à Vileika une caisse de vingt +mille francs en monnaie de cuivre.</p> + +<p>Tous ces avantages ne coûtent presque aucun homme à +l'armée française: depuis que la campagne est ouverte, on +compte à peine, dans tous les corps réunis, trente hommes +tués, une centaine de blessés et dix prisonniers, tandis que +nous avons déjà deux mille à deux mille cinq cents prisonniers +russes.</p> + +<p>Le prince de Schwartzenberg a passé le Bug à Droghitschin, +a poursuivi l'ennemi dans ses différentes directions, +et s'est emparé de plusieurs voitures de bagages. Le prince +de Schwartzenberg se loue de l'accueil qu'il reçoit des +habitans, et de l'esprit de patriotisme qui anime ces contrées.</p> + +<p>Ainsi dix jours après l'ouverture de la campagne, nos avant-postes +sont sur la Dwina. Presque toute la Lithuanie, ayant +quatre millions d'hommes de population, est conquise. Les +mouvemens de guerre ont commencé au passage de la Vistule. +Les projets de l'empereur étaient dès-lors démasqués, +et il n'y avait pas de temps à perdre pour leur exécution. +Aussi l'armée a-t-elle fait de fortes marches depuis le passage +de ce fleuve, pour se porter par des manoeuvres sur la Dwina, +car il y a plus loin de la Vistule à la Dwina, que de la Dwina +à Moscou et a Pétersbourg.</p> + +<p>Les Russes paraissent se concentrer sur Dunabourg; ils annoncent +le projet de nous attendre et de nous livrer bataille +avant de rentrer dans leurs anciennes provinces, après avoir +abandonné sans combat la Pologne, comme s'ils étaient pressés +par la justice, et qu'ils voulussent restituer un pays mal +acquis, puisqu'il ne l'a été ni par les traités, ni par le droit +de conquête.</p> + +<p>La chaleur continue à être très-forte.</p> + +<p>Le peuple de Pologne s'émeut de tous côtés. L'aigle blanche +est arborée partout. Prêtres, nobles, paysans, femmes, +tous demandent l'indépendance de leur nation. Les paysans +sont extrêmement jaloux du bonheur des paysans du grand-duché, +qui sont libres; car, quoi qu'on dise, la liberté est +regardée par les Lithuaniens comme le premier des biens. Les +paysans s'expriment avec une vivacité d'élocution qui ne semble +pas devoir appartenir aux climats du nord, et tous embrassent +avec transport l'espérance que la fin de la lutte sera +le rétablissement de leur liberté. Les paysans du grand-duché +ont gagné à la liberté, non qu'ils soient plus riches, mais +que les propriétaires sont obligés d'être modérés, justes +et humains, parce qu'autrement les paysans quitteront leurs +terres pour chercher de meilleurs propriétaires. Ainsi le noble +ne perd rien; il est seulement obligé d'être juste, et le +paysan gagne beaucoup. Ç'a dû être une douce jouissance +pour le coeur de l'empereur, que d'être témoin, en traversant +le grand-duché, des transports de joie et de reconnaissance +qu'excite le bienfait de la liberté accordée à quatre millions +d'hommes.</p> + +<p>Six régimens d'infanterie de nouvelle levée viennent d'être +décrétés en Lithuanie, et quatre régimens de cavalerie viennent +d'être offerts par la noblesse.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Wilna, le 16 juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>S.M. fait élever sur la rive droite de la Vilia un camp retranché +fermé par des redoutes, et fait construire une citadelle +sur la montagne où était l'ancien palais des Jagellons. +On travaille à établir deux ponts de pilotis sur la Vilia. Trois +ponts de radeaux existent déjà sur cette rivière.</p> + +<p>Le 8, l'empereur a passé la revue d'une partie de sa garde, +composée des divisions Laborde et Roguet, que commande +le maréchal duc de Trévise, et de la vieille garde, que commande +le maréchal duc de Dantzick, sur l'emplacement du +camp retranché. La belle tenue de ces troupes a excité l'admiration +générale.</p> + +<p>Le 4, le maréchal duc de Tarente fit partir de son quartier-général +de Rossiena, capitale de la Samogitie, l'une des +plus belles et des plus fertiles provinces de la Pologne, le +général de brigade baron Ricard, avec une partie de la septième +division, pour se porter sur Poniewiez; le général +prussien Kleist, avec une brigade prussienne, a été envoyé +sur Chawli; et le brigadier prussien de Jeannerel, avec une +autre brigade prussienne, sur Telch. Ces trois commandans +sont arrivés à leur destination. Le général Kleist n'a pu atteindre +qu'un hussard russe, l'ennemi ayant évacué en toute +hâte Chawli, après avoir incendié les magasins.</p> + +<p>Le général Ricard est arrivé, le 6 de grand matin, à Poniewiez. +Il a eu le bonheur de sauver les magasins qui s'y +trouvaient, et qui contenaient trente mille quintaux de farine. +Il a fait cent soixante prisonniers, parmi lesquels sont +quatre officiers. Cette petite expédition fait le plus grand honneur +au détachement de hussards de la Mort prussien, qui +en a été chargé. S.M. a accordé la décoration de la Légion-d'Honneur +au commandant, au lieutenant de Raven, aux +sous-officiers Werner et Pommereit, et au brigadier Grabouski, +qui se sont distingués dans cette affaire.</p> + +<p>Les habitans de la province de Samogitie se distinguent +par leur patriotisme. Ils ont un grief de plus que les autres +Polonais: ils étaient libres; leur pays est riche; il l'était davantage; +mais leurs destinées ont changé avec la chute de +la Pologne. Les plus belles terres ayant été données par Catherine +aux Soubow, les paysans, de libres qu'ils étaient, ont +dû devenir esclaves. Le mouvement de flanc qu'a fait l'armée +sur Wilna, ayant tourné cette belle province, elle se trouve +intacte, et sera de la plus grande utilité à l'armée. Deux mille +chevaux sont en route pour venir réparer les pertes de l'artillerie. +Des magasins considérables ont été conservés. La marche +de l'armée de Kowno sur Wilna, et de Wilna sur Dunabourg et +sur Minsk, a obligé l'ennemi à abandonner les rives du Niémen, +et a rendu libre cette rivière, par laquelle de nombreux +convois arrivent à Kowno. Nous avons dans ce moment plus +de cent cinquante mille quintaux de farine, deux millions de +rations de biscuit, six mille quintaux de riz, une grande +quantité d'eau-de-vie, six cent mille boisseaux d'avoine, etc. +Les convois se succèdent avec rapidité: le Niémen est couvert +de bateaux.</p> + +<p>Le passage du Niémen a eu lieu le 24, et l'empereur est entré +à Wilna le 38. La première armée de l'Ouest, commandée +par l'empereur Alexandre, est composée de neuf divisions d'infanterie +et de quatre divisions de cavalerie. Poussée de poste +en poste, elle occupe aujourd'hui le camp retranché de Drissa, +où le roi de Naples, avec les corps des maréchaux ducs Elchingen +et de Reggio, plusieurs divisions du premier corps, +et les corps de cavalerie des comtes Nansouty et Montbrun, +la contient. La seconde armée, commandée par le prince Bagration, +était encore, le premier juillet, à Kobrin, où elle +se réunissait. Les neuvième et quinzième divisions étaient +plus loin, sous les ordres du général Tormazow. A la première +nouvelle du passage du Niémen, Bagration se mit en +mouvement pour se porter sur Wilna; il fit sa jonction avec +les cosaques de Platow, qui étaient vis-à-vis Grodno. Arrivé +à la hauteur d'Ivié, il apprit que le chemin de Wilna lui était +fermé. Il reconnut que l'exécution des ordres qu'il avait serait +téméraire et entraînerait sa perte, Soubotnicki, Traboui, +Witchnew, Volojink, étant occupés par les corps du général +comte Grouchy, du général Pajol, et du maréchal prince +d'Eckmühl. Il rétrograda alors, et prit la direction de Minsk; +mais arrivé à demi-chemin de cette ville, il apprit que le +prince d'Eckmühl y était entré. Il rétrograda encore une fois: +de Newij il marcha sur Slousk, et de là il se porta sur Bobruisk, +où il n'aura d'autre ressource que de passer le Borysthène. +Ainsi, les deux armées sont entièrement coupées, +et séparées entre elles par un espace de cent lieues.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl s'est emparé de la place forte de Borisow +sur la Bérésina. Soixante milliers de poudre, seize pièces +de canon de siège, des hôpitaux, sont tombés en son pouvoir. +Des magasins considérables ont été incendiés une partie +cependant a été sauvée.</p> + +<p>Le 10, le général Latour-Maubourg a envoyé la division +de cavalerie légère, commandée par le général Rozniecki, sur +Mir. Elle a rencontré l'arrière-garde ennemie à peu de distance +de cette ville. Un engagement très-vif eut lieu. Malgré +l'infériorité du nombre de la division polonaise, le champ lui +est resté. Le général de cosaques Gregoriew a été tué, et +quinze cents Russes ont été tués ou blessés. Notre perte a été +de cinq cents hommes au plus. La cavalerie légère polonaise +s'est battue avec la plus grande intrépidité, et son courage +a suppléé au nombre. Nous sommes entrés le même jour +à Mir.</p> + +<p>Le 13, le roi de Westphalie avait son quartier-général à +Nesvy.</p> + +<p>Le vice-roi arrive à Dockchitsoui.</p> + +<p>Les Bavarois, commandés par le général comte Gouvion-Saint-Cyr, +ont passé la revue de l'empereur le 14, à Wilna. +La division Deroy et la division de Wrede étaient très-belles. +Ces troupes se sont mises en marche pour Sloubokoe.</p> + +<p>La diète de Varsovie s'étant constituée en confédération +générale de Pologne, a nommé le prince Adam Czartorinski +son président. Ce prince, âgé de quatre-vingts ans, a été, il y +a cinquante ans, maréchal d'une diète de Pologne. Le premier +acte de la confédération a été de déclarer le royaume de Pologne +rétabli.</p> + +<p>Une députation de la confédération a été présentée à l'empereur +à Wilna, et a soumis à son approbation et à sa protection +l'acte de confédération.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur au discours de M. le comte palatin +Wibicki, président de la députation de la confédération +générale de Pologne.</i></p> + +<p>MM. les députés de la confédération de Pologne, +J'ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire. +Polonais; je penserais et j'agirais comme vous; j'aurais +volé comme vous dans l'assemblée de Varsovie: l'amour de +la patrie est la première vertu de l'homme civilisé.</p> + +<p>Dans ma position, j'ai bien des intérêts à concilier et bien +des devoirs à remplir. Si j'eusse régné lors du premier, du +second ou du troisième partage de la Pologne, j'aurais armé +tout mon peuple pour vous soutenir. Aussitôt que la victoire +m'a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et +à une partie de vos provinces, je l'ai fait avec empressement, +sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore +le sang de mes sujets.</p> + +<p>J'aime votre nation: depuis seize ans, j'ai vu vos soldats +à mes côtés, sur les champs d'Italie, comme sur ceux d'Espagne.</p> + +<p>J'applaudis à tout ce que vous avez fait: j'autorise les +efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi +pour seconder vos résolutions, je le ferai.</p> + +<p>Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l'espoir +de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits; mais, +dans ces contrées si éloignées et si étendues, c'est surtout +sur l'unanimité des efforts de la population qui les couvre, +que vous devez fonder vos espérances de succès.</p> + +<p>Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition +en Pologne; je dois ajouter ici que j'ai garanti à l'empereur +d'Autriche l'intégrité de ses états, et que je ne saurais +autoriser aucune manoeuvre ni aucun mouvement qui tendrait +à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste +des provinces polonaises. Que la Lithuanie, la Samogitie, +Witepsek, Polotzi, Mohilow, la Volhynie, l'Ukraine, la +Podolie, soient animées du même esprit que j'ai vu dans la +grande Pologne, et la providence couronnera par le succès, la +sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à +votre patrie, qui vous a rendus si intéressans, et vous a acquis +tant de droits à mon estime et à ma protection, sur laquelle +vous devez compter dans toutes les circonstances.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Glonbokoé, le 22 juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le corps du prince Bagration est composé de quatre divisions +d'infanterie, fortes de vingt-deux à vingt-quatre mille +hommes; des cosaques de Platow, formant six mille chevaux, +et de quatre à cinq mille hommes de cavalerie. Deux +divisions de son corps (la neuvième et la onzième) voulaient +le rejoindre par Pinsk; elles ont été interceptées et obligées +de rentrer en Volhoynie.</p> + +<p>Le 14, le général Latour-Maubourg, qui suivait l'arrière-garde +de Bagration, était à Romanow. Le 16, le prince Poniatowski +y avait son quartier-général.</p> + +<p>Dans l'affaire du 10, qui a eu lieu a Romanow, le général +Rozniecki, commandant la cavalerie légère du quatrième +corps de cavalerie, a perdu six cents hommes tués ou blessés, +ou faits prisonniers. On n'a à regretter aucun officier supérieur. +Le général Rozniecki assure que l'on a reconnu sur le +champ de bataille, les corps du général de division russe +comte Pahlen, des colonels russes Adrianow et Jesowayski.</p> + +<p>Le prince de Schwartzemberg avait, le 13, son quartier-général +à Prazana. Il avait fait occuper, le 11 et le 12, la +position importante de Pinsk, par un détachement, qui a pris +quelques hommes et des magasins assez considérables. Douze +houlans autrichiens ont chargé quarante-six cosaques, les +ont poursuivis pendant plusieurs lieues, et en ont pris six. +Le prince de Schwartzemberg marche sur Minsk.</p> + +<p>Le général Reynier est revenu, le 19, à Slonim, pour garantir +le duché de Varsovie d'une incursion, et observer les +deux divisions ennemies rentrées en Volhynie.</p> + +<p>Le 12, le général baron Pajol, étant à Jghoumen, a envoyé +le capitaine Vaudois, avec cinquante chevaux, à Khaloui. +Ce détachement a pris là un parc de deux cents voitures +du corps de Bagration, a fait prisonniers six officiers, deux +canonniers, trois cents hommes du train, et a pris huit cents +beaux chevaux d'artillerie. Le capitaine Vaudois, se trouvant +éloigné de quinze lieues de l'armée, n'a pas jugé pouvoir amener +ce convoi, et l'a brûlé; il a amené les chevaux harnachés +et les hommes.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl était le 15 à Jghoumen; le général +Pajol était à Jachitsié, ayant des postes sur Swisloch: ce +qu'apprenant, Bagration a renoncé à se porter sur Bobruisk, +et s'est jeté quinze lieues plus bas du côté de Mozier.</p> + +<p>Le 17, Je prince d'Eckmühl était à Golognino.</p> + +<p>Le 15, le général Grouchy était à Borisow. Un parti qu'il +a envoyé sur Star-Lepel, y a pris des magasins considérables, +et deux compagnies de mineurs de huit officiers et de deux +cents hommes.</p> + +<p>Le 18, ce général était à Kokanow.</p> + +<p>Le même jour, à deux heures du matin, le général baron +Colbert est entré à Orcha, où il s'est emparé d'immenses +magasins de farine, d'avoine, d'effets d'habillement. Il a +passé de suite le Borysthène, et s'est mis à la poursuite d'un +convoi d'artillerie.</p> + +<p>Smolensk est en alarme. Tout s'évacue sur Moscou. Un +officier envoyé par l'empereur pour faire évacuer les magasins +d'Orcha, a été fort étonné de trouver la place au +pouvoir des Français; cet officier a été pris avec ses dépêches.</p> + +<p>Pendant que Bagration était vivement poursuivi dans sa +retraite, prévenu dans ses projets, séparé et éloigné de la +grande armée, la grande armée, commandée par l'empereur +Alexandre, se retirait sur la Dwina. Le 14, le général Sébastiani, +suivant l'arrière-garde ennemie, culbuta cinq cents +cosaques et arriva à Drouïa.</p> + +<p>Le 13, le duc de Reggio se porta sur Dunabourg, brûla +d'assez belles baraques que l'ennemi avait fait construire, +fit lever le plan des ouvrages, brûla des magasins et fit cent +cinquante prisonniers. Après cette diversion sur la droite, il +marcha sur Drouïa.</p> + +<p>Le 15, l'ennemi qui était réuni dans son camp retranché +de Drissa, au nombre de cent à cent vingt mille hommes, +instruit que notre cavalerie légère se gardait mal, fit jeter un +pont, fit passer cinq mille hommes d'infanterie et cinq mille +hommes de cavalerie, attaqua le général Sébastiani à l'improviste, +le repoussa d'une lieue, et lui fit éprouver une perte +d'une centaine d'hommes, tués, blessés, et prisonniers, +parmi lesquels se trouvent un capitaine et un sous-lieutenant +du onzième de chasseurs. Le général de brigade baron +Saint-Geniès, blessé mortellement, est resté au pouvoir de +l'ennemi.</p> + +<p>Le 16, le maréchal duc de Trévise, avec une partie de la +garde à pied et de la garde à cheval, et la cavalerie légère +bavaroise, arriva à Gloubokoé. Le vice-roi arriva à Dockchitsié +le 17.</p> + +<p>Le 18, l'empereur porta son quartier-général à Gloubokoé.</p> + +<p>Le 20, les maréchaux ducs d'Istrie et de Trévise étaient +à Ouchatsch; le vice-roi à Kamen; le roi de Naples à Disna.</p> + +<p>Le 18, l'armée russe évacua son camp retranché de Drissa, +consistant en une douzaine de redoutes palissadées, réunies +par un chemin couvert et de trois mille toises de développement +dans l'enfoncement de la rivière. Ces ouvrages ont coûté +une année de travail; nous les avons rasés.</p> + +<p>Les immenses magasins qu'ils renfermaient ont été brûlés +ou jetés dans l'eau.</p> + +<p>Le 19, l'empereur Alexandre était à Witepsek.</p> + +<p>Le même jour, le général comte Nansouty était vis-à-vis +Polotsk.</p> + +<p>Le 20, le roi de Naples passa la Dwina, et fit inonder la +rive droite par sa cavalerie.</p> + +<p>Tous les préparatifs que l'ennemi avait faits pour défendre +le passage de la Dwina, ont été inutiles. Les magasins qu'il +formait à grands frais depuis trois ans, ont été détruits. Il est +tels de ses ouvrages qui, au dire des gens du pays, ont coûté +dans une année six mille hommes aux Russes. On ne sait sur +quel espoir ils s'étaient flattés qu'on irait les attaquer dans +des camps qu'ils avaient retranchés.</p> + +<p>Le général comte Grouchy a des reconnaissances sur Rabinovitch +et sur Sienne. De tous côtés on marche sur la Oula. +Cette rivière est réunie par un canal à la Bérésina, qui se +jette dans le Borysthène; ainsi, nous sommes maîtres de la +communication de la Baltique à la mer Noire.</p> + +<p>Dans ses mouvemens, l'ennemi est obligé de détruire ses +bagages, de jeter dans les rivières son artillerie, ses armes. +Tout ce qui est Polonais profite de ces retraites précipitées +pour déserter et rester dans les bois jusqu'à l'arrivée des Français. +On peut évaluer vingt mille les déserteurs polonais qu'a +eus l'armée russe.</p> + +<p>Le maréchal duc de Bellune, avec le neuvième corps, arrive +sur la Vistule.</p> + +<p>Le maréchal duc de Castiglione se rend à Berlin, pour +prendre le commandement du onzième corps.</p> + +<p>Le pays entre l'Oula et la Dwina est très-beau et couvert +de superbes récoltes. On trouve souvent de beaux châteaux +et de grands couvens. Dans le seul bourg de Gloubokoé, il +y a deux couvens qui peuvent contenir chacun douze cent +malades.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Bechenkoviski, le 25 juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Neuvième bulletin de la grande aimée.</i></p> + +<p>L'empereur a porté son quartier-général le 23 à Kamen, +en passant par Ouchatsack.</p> + +<p>Le vice-roi a occupé, le 22, avec son avant-garde, le pont +de Botscheiskovo. Une reconnaissance de deux cents chevaux +envoyée sur Bechenkoviski a rencontré deux escadrons de +hussards russes et deux de cosaques, les a charges et leur a +pris ou tué une douzaine d'hommes, dont un officier. Le +chef d'escadron Lorenzi, qui commandait la reconnaissance, +se loue des capitaines Rossi et Ferreri.</p> + +<p>Le. 23, à six heures du matin, le vice-roi est arrivé à Bechenkoviski. +A dix heures, il a passé la rivière et a jeté un +pont sur la Dwina. L'ennemi a voulu disputer le passage; son +artillerie a été démontée. Le colonel Lacroix, aide-de-camp +du vice-roi, a eu la cuisse cassée par une balle.</p> + +<p>L'empereur est arrivé à Bechenkoviski le 24, à deux heures +après midi. La division de cavalerie du général comte Bruyères +et la division du général comte Saint-Germain ont été +envoyées sur la route de Witepsk; elles ont couché à mi-chemin.</p> + +<p>Le 20, le prince d'Eckmühl s'est porté sur Mohilow. Deux +mille hommes, qui formaient la garnison de cette ville, ont +eu la témérité de vouloir se défendre; ils ont été écharpés +par la cavalerie légère. Le 21, trois mille cosaques ont attaqué +les avant-postes du prince d'Eckmühl; c'était l'avant-garde +du prince Bagration, venue de Bobruisk. Un bataillon +du quatre-vingt-cinquième a arrêté cette nuée de cavalerie légère, +et l'a repoussée au loin. Bagration parait avoir profité +du peu d'activité avec laquelle il était poursuivi, pour se porter +sur Bobruisk, et de là il est revenu sur Mohilow.</p> + +<p>Nous occupons Mohilow, Orcha, Disna, Polotsk. Nous +marchons sur Witepsk, où il parait que l'armée russe est +réunie.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Witepsk, le 3e juillet 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Dixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur de Russie et le grand-duc Constantin ont quitté +l'armée et se sont rendus dans la capitale. Le 17, l'armée +russe a quitté le camp retranché de Drissa, et s'est portée sur +Polotsk et Witepsk. L'armée russe qui était à Drissa consistait +en cinq corps d'armée, chacun de deux divisions et de +quatre divisions de cavalerie. Un corps d'armée, celui du +prince Wittgenstein, est resté pour couvrir Pétersbourg; les +quatre autres corps, arrivés le 24 à Witepsk, ont passé sur +la rive gauche de la Dwina. Le corps d'Ostermann, avec une +partie de la cavalerie de la garde, s'est mis en marche le 25 à +pointe du jour, et s'est porté sur Ostrovno.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat d'Ostrovno.</i></p> + +<p>Le 25 juillet, le général Nansouty avec les divisions +Bruyères et Saint-Germain, et le huitième régiment d'infanterie +légère, se rencontra avec l'ennemi à deux lieues en avant +d'Ostrovno. Le combat s'engagea. Diverses charges de cavalerie +eurent lieu. Toutes furent favorables aux Français. La +cavalerie légère se couvrit de gloire. Le roi de Naples cite, +comme s'étant fait remarquer, la brigade Piré, composée du +huitième de hussards et du seizième de chasseurs. La cavalerie +russe, dont partie appartenait à la garde, fut culbutée. +Les batteries que l'ennemi dressa contre notre cavalerie furent +enlevées. L'infanterie russe, qui s'avança pour soutenir +son artillerie, fut rompue et sabrée par notre cavalerie légère.</p> + +<p>Le 26, le vice-roi marchant en tête des colonnes, avec la +division Delzons, un combat opiniâtre d'avant-garde de quinze +à vingt mille hommes s'engagea à une lieue au-delà d'Ostrovno. +Les Russes furent chassés de position en position. Les +bois furent enlevés à la baïonnette.</p> + +<p>Le roi de Naples et le vice-roi citent avec éloges les généraux +baron Delzons, Huard et Roussel; le huitième d'infanterie +légère, les quatre-vingt-quatrième et quatre-vingt-douzième +régimens de ligne, et le premier régiment Croates, se +sont fait remarquer.</p> + +<p>Le général Roussel, brave soldat, après s'être trouvé toute +la journée à la tête des bataillons, le soir à dix heures, visitant +les avant-postes, un éclaireur le prit pour ennemi, fit +feu, et la balle lui fracassa le crâne. Il avait mérité de mourir +trois heures plus tôt sur le champ de bataille de la main +de l'ennemi.</p> + +<p>Le 27, à la pointe du jour, le vice-roi fit déboucher en +tête la division Broussier. Le dix-huitième régiment d'infanterie +légère et la brigade de cavalerie légère du baron Piré +tournèrent par la droite. La division Broussier passa par le +grand chemin, et fit réparer un petit pont que l'ennemi avait +détruit. Au soleil levant, on aperçut l'arrière-garde ennemie, +forte de dix mille hommes de cavalerie, échelonnée dans la +plaine: la droite appuyée à la Dwina, et la gauche à un bois +garni d'infanterie et d'artillerie. Le général comte Broussier +prit position sur une éminence avec le cinquante-troisième +régiment, en attendant que toute sa division eût passé le défilé. +Deux compagnies de voltigeurs avaient pris les devants, +seules; elles longèrent la rive du fleuve, marchant sur cette +énorme masse de cavalerie, qui fit un mouvement en avant, +enveloppa ces deux cents hommes, que l'on crut perdus, et +qui devaient l'être. Il en fut autrement; ils se réunirent avec +le plus grand sang-froid, et restèrent, pendant une heure +entière, investis de tous côtés; ayant jeté par terre plus de +trois cents cavaliers ennemis, ces deux compagnies donnèrent +à la cavalerie française le temps de déboucher.</p> + +<p>La division Delzons fila sur la droite. Le roi de Naples dirigea +l'attaque du bois et des batteries ennemies; en moins +d'une heure, toutes les positions de l'ennemi furent emportées, +et il fut rejeté dans la plaine, au-delà d'une petite rivière qui +se jette dans la Dwina sous Witepsk, L'armée prit position sur +les bords de cette rivière, à une lieue de la ville.</p> + +<p>L'ennemi montra dans la plaine quinze mille hommes de cavalerie +et soixante mille hommes d'infanterie. On espérait une +bataille pour le lendemain. Les Russes se vantaient de vouloir +la livrer. L'empereur passa le reste du jour à reconnaître le +champ de bataille et à faire ses dispositions pour le lendemain; +mais, à la pointe du jour, l'armée russe avait battu +en retraite dans toutes les directions, se rendant sur Smolensk.</p> + +<p>L'empereur était sur une hauteur, tout près des deux cents +voltigeurs qui, seuls en plaine, avaient attaqué la droite de +la cavalerie ennemie, frappé de leur belle contenance, il envoya +demander de quel corps ils étaient. Ils répondirent: +"<i>Du neuvième, et les trois-quarts enfans de Paris!—Dites-leur, +dit l'empereur, que ce sont de braves gens; +ils méritent tous la croix!</i>"</p> + +<p>Les résultats des trois combats d'Ostrovno sont: dix pièces +de canon russes attelées, prises; les canonniers sabrés; vingt +caissons de munitions; quinze cents prisonniers; cinq ou six +mille Russes tués ou blessés. Notre perte se monte à deux +cents hommes tués, neuf cents blessés, et une cinquantaine +de prisonniers.</p> + +<p>Le roi de Naples fait un éloge particulier des généraux +Bruyères, Piré et Ornano, du colonel Radziwil, commandant +le neuvième de lanciers polonais, officier d'une rare +intrépidité.</p> + +<p>Les hussards rouges de la garde russe ont été écrasés; ils +ont perdu quatre cents hommes, dont beaucoup de prisonniers. +Les Russes ont eu trois généraux tués ou blessés; +bon nombre de colonels et d'officiers supérieurs de leur armée +sont restés sur le champ de bataille.</p> + +<p>Le 28, à la pointe du jour, nous sommes entrés dans Witepsk, +ville de trente mille habitans. Il y a vingt couvens. +Nous y avons trouvé quelques magasins, entre autres un magasin +de sel évalué quinze millions.</p> + +<p>Pendant que l'armée marchait sur Witepsk, le prince +d'Eckmühl était attaqué à Mohilow.</p> + +<p>Bagration passa la Bérésina à Bobruisk, et marcha sur +Novoi-Bickow. Le 23, à la pointe du jour, trois mille cosaques +attaquèrent le troisième de chasseurs, et lui prirent cent +hommes, au nombre desquels se trouvent le colonel et quatre +officiers, tous blessés. La générale battit: on en vint aux +mains. Le général russe Sieverse, avec deux divisions d'élite, +commença l'attaque: depuis huit heures du matin jusqu'à +cinq heures du soir, le feu fut engagé sur la lisière du bois +et au pont que les Russes voulaient forcer. A cinq heures, le +prince d'Eckmühl fit avancer trois bataillons d'élite, se mit à +leur tête, culbuta les Russes, leur enleva leurs positions, et +les poursuivit pendant une lieue. La perte des Russes est +évaluée à trois mille hommes tués et blessés, et à onze cents +prisonniers. Nous avons perdu sept cents hommes tués ou +blessés. Bagration, repoussé, se rejeta sur Bickow, où il +passa le Borysthène, pour se porter sur Smolensk.</p> + +<p>Les combats de Mohilow et d'Ostrovno ont été brillans +et honorables pour nos armées; nous n'avons eu d'engagé +que la moitié des forces que l'ennemi a présentées; le terrain +ne comportait pas d'autres développemens.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Witepsk, le 4 août 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Onzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les lettres interceptées du camp de Bagration parlent des +pertes qu'a faites ce corps dans le combat de Mohilow, et de +l'énorme désertion qu'il a éprouvée en route. Tout ce qui était +polonais est resté dans le pays; de sorte que ce corps qui, +en y comprenant les cosaques de Platow, était de cinquante +mille hommes, n'est pas actuellement fort de trente mille +hommes. Il se réunira, vers le 7 ou le 8 août, à Smolensk, +à la grande armée.</p> + +<p>La position de l'armée, au 4 août, est la suivante:</p> + +<p>Le quartier-général à Witepsk, avec quatre ponts sur la +Dwina;</p> + +<p>Le quatrième corps à Souraj, occupant Velij, Porietché +et Ousviath;</p> + +<p>Le roi de Naples à Roudina, avec les trois premiers corps +de cavalerie;</p> + +<p>Le premier corps, que commande le maréchal prince d'Eckmühl, +est à l'embouchure de la Bérésina dans le Borysthène, +avec deux ponts sur ce dernier fleuve, un pont sur la Bérésina, +et des doubles têtes de pont;</p> + +<p>Le troisième corps, commandé par le maréchal duc d'Elchingen, +est à Liozna;</p> + +<p>Le huitième corps, que commande le duc d'Abrantès, est +à Orcha, avec deux ponts et des têtes de pont sur le Borysthène;</p> + +<p>Le cinquième corps, commandé par le prince Poniatowski, +est à Mohilow, avec deux ponts et des têtes de pont sur le +Borysthène;</p> + +<p>Le deuxième corps, commandé par le maréchal duc de +Reggio, est sur la Drissa, en avant de Polotsk, sur la route +de Sebej;</p> + +<p>Le prince de Schwartzemberg est avec son corps à Slonim;</p> + +<p>Le septième corps est sur Rozanna;</p> + +<p>Le quatrième corps de cavalerie, avec une division d'infanterie, +commandé par le général comte Latour-Maubourg, +est devant Bobruisk et Mozier;</p> + +<p>Le dixième corps, commandé par le duc de Tarente, est +devant Dunabourg et Riga;</p> + +<p>Le neuvième corps, commandé par le duc de Bellune, se +réunit à Tilsitt;</p> + +<p>Le onzième corps, commandé par le duc de Castiglione, +est à Stettin.</p> + +<p>S. M. a mis l'armée en quartier de rafraîchissement. La +chaleur est excessive, et plus forte qu'en Italie. Le thermomètre +est à vingt-six et vingt-sept degrés: les nuits même +sont chaudes.</p> + +<p>Le général Kamenski, avec deux divisions du corps de +Bagration, ayant été coupé de ce corps, et n'ayant pu le rejoindre, +est rentré en Volhynie, s'est réuni à des divisions +de recrues commandées par le général Tormazow, et a marché +sur le septième corps; il a surpris et cerné le général de +brigade Klengel, saxon, ayant sous ses ordres une avant-garde +de deux bataillons et de deux escadrons du régiment +du prince Clément. Après six heures de résistance, la plus +grande partie de cette avant-garde a été tuée ou prise: le général +comte Reynier n'a pu venir que deux heures après à +son secours. Le prince Schwartzemberg s'est mis le 30 juillet +en marche pour rejoindre le général Reynier et pousser vivement +la guerre contre les divisions ennemies.</p> + +<p>Le 19, le général prussien Grawert a attaqué les Russes à +Ekan en Courlande, les a culbutés, leur a fait deux cents +prisonniers et leur a tué bon nombre d'hommes. Le général +Grawert se loue du major Stiern, qui, avec le premier régiment +de dragons prussiens, a eu une grande part a l'affaire. +Réuni au général Kleist, le général Grawert a poussé vivement +l'ennemi sur le chemin de Riga et a investi la tête de +pont.</p> + +<p>Le 30, le vice-roi a envoyé à Velij une brigade de cavalerie +légère italienne. Deux cents hommes ont chargé quatre +bataillons de dépôt qui se rendaient à Twer, les ont rompus, +ont fait quatre cents prisonniers et pris cent voitures chargées +de munitions de guerre.</p> + +<p>Le 31, l'aide-de-camp Triaire, envoyé avec le régiment de +dragons de la Reine de la garde royale italienne, est arrivé à +Ousviath, a fait prisonniers un capitaine et quarante hommes, +et s'est emparé de deux cents voitures chargées de farine.</p> + +<p>Le 30, le maréchal duc de Reggio a marché de Polotsk sur +Sebej. Il s'est rencontré avec le général Wittgenstein, dont le +corps avait été renforcé de celui du prince Repnin. Un combat +s'est engagé près du château de Jacoubovo. Le vingt-sixième +régiment d'infanterie légère s'est couvert de gloire. +La division Legrand a soutenu glorieusement le feu de tout +le corps ennemi.</p> + +<p>Le 31, l'ennemi s'est porté sur la Drissa pour attaquer le +duc de Reggio par son flanc pendant sa marche. Le maréchal +a pris position derrière la Drissa.</p> + +<p>Le 1er août, l'ennemi a fait la sottise de passer la Drissa, +et de se placer en bataille devant le deuxième corps. Le duc +de Reggio a laissé passer la rivière à la moitié du corps ennemi, +et quand il a vu environ quinze mille hommes et quatorze +pièces de canon au-delà de la rivière, il a démasqué une batterie +de quarante pièces de canon qui ont tiré pendant une +demi-heure à portée de mitraille. En même temps, les divisions +Legrand et Verdier ont marché au pas de charge la +baïonnette en avant, et ont jeté les quinze mille Russes dans +la rivière. Tous les canons et caissons pris, trois mille prisonniers, +parmi lesquels beaucoup d'officiers, et un aide-de-camp +du général Wittgenstein, et trois mille cinq cents +hommes tués ou noyés sont le résultat de cette affaire.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Witepsk, 7 août 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Douzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Au combat de la Drissa, le général russe Koulniew, officier +de troupes légères très-distingué, a été tué. Dix autres généraux +ont été blessés; quatre colonels ont été tués.</p> + +<p>Le général Ricard est entré avec sa brigade dans Dunabourg +le 1er août. Il y a trouvé huit pièces de canon; tout +le reste avait été évacué. Le duc de Tarente a dû s'y porter +le 2. Ainsi Dunabourg, que l'ennemi travaillait à fortifier depuis +cinq ans, où il a dépensé plusieurs millions, qui a coûté +la vie à plus de vingt mille hommes de troupes russes pendant +la durée des travaux, a été abandonné sans tirer un coup +de fusil, et est en notre pouvoir, comme les autres ouvrages +de l'ennemi, et comme le camp retranché qu'il avait fait à +Drissa.</p> + +<p>En conséquence de la prise de Dunabourg, S. M. a ordonné +qu'un équipage de cent bouches à feu qu'il avait fait former +à Magdebourg, et qu'il avait fait avancer sur le Niémen, rétrogradât +sur Dantzick et fût mis en dépôt dans cette place. +Au commencement de la campagne, on avait préparé deux +équipages de siége, l'un contre Dunabourg et l'autre contre +Riga.</p> + +<p>Les magasins de Witepsk s'approvisionnent; les hôpitaux +s'organisent; les manutentions s'élèvent. Ces dix jours de +repos sont extrêmement utiles à l'armée. La chaleur est d'ailleurs +excessive. Nous ayons ici plus chaud que nous ne +l'avons eu en Italie. Les moissons sont superbes; il paraît +que cela s'étend à toute la Russie. L'année dernière avait été +mauvaise partout. On ne commencera à couper les seigles +que dans huit ou dix jours.</p> + +<p>S. M. a fait faire une grande place devant le palais qu'elle +occupe à Witepsk. Ce palais est situé sur le bord de la rive +gauche de la Dwina. Tous les matins a six heures il y a grande +parade, où se trouvent tous les officiers de la garde. Une des +brigades de la garde, en grande tenue, défile alternativement.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Smolensk, 21 août 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Treizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Il paraît qu'au combat de Mohilow gagné par le prince +d'Eckmühl sur le prince Bagration, le 23 juillet, la perte de +l'ennemi a été considérable.</p> + +<p>Le duc de Tarente a trouvé vingt pièces de canon à Dunabourg, +au lieu de huit qui avaient été annoncées. Il a fait +retirer de l'eau plusieurs bâtimens chargés de plus de quarante +mille bombes et autres projectiles. Une immense quantité +de munitions de guerre a été détruite par l'ennemi. L'ignorance +des Russes, en fait de fortifications, se fait voir dans +les ouvrages de Dunabourg et de Drissa.</p> + +<p>S. M. a donné le commandement de sa droite au prince +Schwartzenberg, en mettant sous ses ordres le septième corps. +Ce prince a marché contre le général Tormazow, l'a rencontré +le 12, et l'a battu. Il fait le plus grand éloge des troupes +autrichiennes et saxonnes. Le prince Schwartzenberg a montré +dans cette circonstance autant d'activité que de talent. +L'empereur a fait demander de l'avancement et des récompenses +pour les officiers de son corps d'armée qui se sont distingués.</p> + +<p>Le 8, la grande armée était placée de la manière suivante:</p> + +<p>Le prince vice-roi était à Souraj avec le quatrième corps, +occupant par des avant-gardes Velij, Ousviath et Porietch. +Le roi de Naples était à Nikoulino, avec la cavalerie, occupant +Inkovo.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Elchingen, commandant le troisième +corps, était à Liozna.</p> + +<p>Le maréchal prince d'Eckmülh, commandant le premier +corps, était à Donbrowna.</p> + +<p>Le cinquième corps, commandé par le prince Poniatowski, +était à Mohilow.</p> + +<p>Le quartier-général était à Witepsk.</p> + +<p>Le deuxième corps, commandé par le maréchal duc de +Reggio, était sur la Drissa.</p> + +<p>Le dixième corps, commandé par le duc de Tarente, était +sur Dunabourg et Riga.</p> + +<p>Le 8, douze mille hommes de cavalerie ennemie se portèrent +sur Inkovo et attaquèrent la division du général comte +Sébastiani, qui fut obligé de battre en retraite l'espace d'une +demi-lieue pendant toute la journée, en éprouvant et faisant +éprouver à l'ennemi des pertes à peu près égales. Une compagnie +de voltigeurs du vingt-quatrième régiment d'infanterie +légère, faisant partie d'un bataillon de ce régiment qui avait +été confié à la cavalerie pour tenir position dans le bois, a été +prise. Nous avons eu deux cents hommes, environ, tués et +blessés; l'ennemi peut avoir perdu le même nombre d'hommes.</p> + +<p>Le 12, l'armée ennemie partit de Smolensk, et marcha par +différentes directions, avec autant de lenteur que d'hésitation, +sur Porietch et Nadra.</p> + +<p>Le 10, l'empereur résolut de marcher à l'ennemi, et de +s'emparer de Smolensk en s'y portant par l'autre rive du Borysthène. +Le roi de Naples et le maréchal duc d'Elchingen +partirent de Liozna, et se rendirent sur le Borysthène, près de +l'embouchure de la Bérésina, vis-à-vis Khomino, où, dans +la nuit du 13 au 14, ils jetèrent deux ponts sur le Borysthène. +Le vice-roi partit de Souraj, et se rendit par Janovitski +et Lionvavistchi à Rasasna, où il arriva le 14.</p> + +<p>Le prince d'Eckmülh réunit tout son corps à Donbrowna +le 13.</p> + +<p>Le général comte Grouchy réunit le troisième corps de cavalerie +à Rasasna le 12.</p> + +<p>Le général comte Eblé fit jeter trois ponts à Rasasna le 13.</p> + +<p>Le quartier-général partit de Witepsk, et arriva à Rasasna +le 13.</p> + +<p>Le prince Poniatowski partit de Mohilow et arriva le 13 +à Romanow.</p> + +<p>Le 14, à la pointe du jour, le général Grouchy marcha +sur Liadié; il en chassa deux régimens de cosaques, et s'y +réunit avec le corps de cavalerie du général comte Nansouty.</p> + +<p>Le même jour le roi de Naples, appuyé par le maréchal +duc d'Elchingen, arriva à Krasnoi. La vingt-septième division +ennemie, forte de cinq mille hommes d'infanterie, soutenue +par deux mille chevaux et douze pièces de canon, était +en position devant cette ville. Elle fut attaquée et dépostée +en un moment par le duc d'Elchingen. Le vingt-quatrième +régiment d'infanterie légère attaqua la petite ville de Krasnoi +à la baïonnette avec intrépidité. La cavalerie exécuta des +charges admirables. Le général de brigade baron Bordesoult +et le troisième régiment de chasseurs se distinguèrent. La +prise de huit pièces d'artillerie, dont cinq de 12 et deux licornes, +et de quatorze caissons attelés, quinze cents prisonniers, +un champ de bataille jonché de plus de mille cadavres +russes, tels furent les avantages du combat de Krasnoi, où +la division russe, qui était de cinq mille hommes, perdit la +moitié de son monde.</p> + +<p>S. M. avait, le 15, son quartier-général à la poste de Kovonitza. +Le 16, au matin, les hauteurs de Smolensk furent couronnées; +la ville présenta à nos yeux une enceinte de murailles +de quatre mille toises de tour, épaisses de dix pieds et +hautes de vingt-cinq, entremêlées de tours, dont plusieurs +étaient armées de canons de gros calibre.</p> + +<p>Sur la droite du Borysthène, on apercevait et l'on savait que +les corps ennemis tournés revenaient en grande hâte sur leurs +pas pour défendre Smolensk. On savait que les généraux ennemis +avaient des ordres réitérés de leur maître de livrer la +bataille et de sauver Smolensk. L'empereur reconnut la ville, +et plaça son armée, qui fut en position dans la journée du +16. Le maréchal duc d'Elchingen eut la gauche appuyant au +Borysthène, le maréchal prince d'Eckmühl le centre, le +prince Poniatowski la droite; la garde fut mise en réserve au +centre; le vice-roi en réserve à la droite, et la cavalerie sous +les ordres du roi de Naples à l'extrême droite; le duc d'Abrantès, +avec le huitième corps, s'était égaré et avait fait un +faux mouvement.</p> + +<p>Le 16, et pendant la moitié de la journée du 17, on resta +en observation. La fusillade se soutint sur la ligne. L'ennemi +occupait Smolensk avec trente mille hommes, et le reste de +son armée se formait sur les belles positions de la rive droite +du fleuve, vis-à-vis la ville, communiquant par trois ponts. +Smolensk est considéré par les Russes comme ville forte et +comme le boulevard de Moscou.</p> + +<p>Le 17, à deux heures après midi, voyant que l'ennemi +n'avait pas débouché, qu'il se fortifiait devant Smolensk, et +qu'il refusait la bataille; que, malgré les ordres qu'il avait et +la belle position qu'il pouvait prendre, sa droite à Smolensk, +et sa gauche au cours du Borysthène, le général ennemi manquait +de résolution, l'empereur se porta sur la droite, et ordonna +au prince Poniatowski de faire un changement de +front, la droite en avant, et de placer sa droite au Borysthène, +en occupant un des faubourgs par des postes et des +batteries pour détruire le pont et intercepter la communication +de la ville avec la rive droite. Pendant ce temps, le maréchal +prince d'Eckmühl eut ordre de faire attaquer deux +faubourgs que l'ennemi avait retranchés à deux cents toises +de la place, et qui étaient défendus chacun par sept ou huit +mille hommes d'infanterie et par du gros canon. Le général +comte Friant eut ordre d'achever l'investissement, en appuyant +sa droite au corps du prince Poniatowski, et sa +gauche à la droite de l'attaque que faisait le prince d'Eckmühl.</p> + +<p>A deux heures après midi, la division de cavalerie du +comte Bruyères, ayant chassé les cosaques et la cavalerie ennemie, +occupa le plateau qui se rapproche le plus du pont +en amont. Une batterie de soixante pièces d'artillerie fut établie +sur ce plateau, et tira à mitraille sur la partie de l'armée +ennemie restée sur la rive droite de la rivière, ce qui obligea +bientôt les masses d'infanterie russe à évacuer cette position.</p> + +<p>L'ennemi plaça alors deux batteries de vingt pièces de +canon à un couvent, pour inquiéter la batterie qui le foudroyait +et celles qui tiraient sur le pont. Le prince d'Eckmühl +confia l'attaque du faubourg de droite au général +comte Morand, et celle du faubourg de gauche au général +comte Gudin. À trois heures, la canonnade s'engagea; à +quatre heures et demie commença une vive fusillade, et à +cinq heures, les divisions Morand et Gudin enlevèrent les +faubourgs retranchés de l'ennemi avec une froide et rare intrépidité, +et le poursuivirent jusque sur le chemin couvert, +qui fut jonché de cadavres russes.</p> + +<p>Sur notre gauche, le duc d'Elchingen attaqua la position +que l'ennemi avait hors de la ville, s'empara de cette position, +et poursuivit l'ennemi jusque sur le glacis.</p> + +<p>A cinq heures, la communication de la ville avec la rive +droite devint difficile, et ne se fit plus que par des hommes +isolés.</p> + +<p>Trois batteries de pièces de 12, de brèche, furent placées +contre les murailles, à six heures du soir, l'une par la +division Friant, et les deux autres par les divisions Morand +et Gudin. On déposta l'ennemi des tours qu'il occupait, par +des obus qui y mirent le feu. Le général d'artillerie comte +Sorbier rendit impraticable à l'ennemi l'occupation de ses +chemins couverts, par des batteries d'enfilade.</p> + +<p>Cependant, dès deux heures après midi, le général ennemi, +aussitôt qu'il s'aperçut qu'on avait des projets sérieux +sur la ville, fit passer deux divisions et deux régimens d'infanterie +de la garde pour renforcer les quatre divisions qui +étaient dans la ville. Ces forces réunies composaient la moitié +de l'armée russe. Le combat continua toute la nuit: les trois +batteries de brèche tirèrent avec la plus grande activité. +Deux compagnies de mineurs furent attachées aux remparts.</p> + +<p>Cependant la ville était en feu. Au milieu d'une belle nuit +d'août, Smolensk offrait aux Français le spectacle qu'offre +aux habitans de Naples une éruption du Vésuve.</p> + +<p>A une heure après minuit, l'ennemi abandonna la ville, +et repassa la rivière. A deux heures, les premiers grenadiers +qui montèrent à l'assaut ne trouvèrent plus de résistance; +la place était évacuée; deux cents pièces de canon et mortiers +de gros calibre, et une des plus belles villes de la Russie +étaient en notre pouvoir, et cela à la vue de toute l'armée +ennemie.</p> + +<p>Le combat de Smolensk, qu'on peut à juste titre appeler +bataille, puisque cent mille hommes ont été engagés de part +et d'autre, coûte aux Russes la perte de quatre mille sept +cents hommes restés sur le champ de bataille, de deux mille +prisonniers, la plupart blessés, et de sept a huit mille blessés. +Parmi les morts se trouvent cinq généraux russes. Notre +perte se monte à sept cents morts et à trois mille cent ou trois +mille deux cents blessés. Le général de brigade Grabouski a +été tué; les généraux de brigade Grandeau et Dalton ont été +blessés. Toutes les troupes ont rivalisé d'intrépidité. Le champ +de bataille a offert aux yeux de deux cent mille personnes +qui peuvent l'attester, le spectacle d'un cadavre français sur +sept ou huit cadavres russes. Cependant les Russes ont été, +pendant une partie des journées du 16 et du 17, retranchés +et protégés par la fusillade de leurs créneaux.</p> + +<p>Le 18, on a rétabli les ponts sur le Borysthène que l'ennemi +avait brûlés: on n'est parvenu à maîtriser le feu qui consumait +la ville que dans la journée du 18, les sapeurs français ayant +travaillé avec activité. Les maisons de la ville sont remplies +de Russes morts et mourans.</p> + +<p>Sur douze divisions qui composaient la grande armée russe, +deux divisions ont été entamées et défaites aux combats +d'Ostrowno; deux l'ont été au combat de Mohilow, et six au +combat de Smolensk. Il n'y a que deux divisions et la garde +qui soient restées entières.</p> + +<p>Les traits de courage qui honorent l'armée, et qui ont +distingué tant de soldats au combat de Smolensk, seront +l'objet d'un rapport particulier. Jamais l'armée française n'a +montré plus d'intrépidité que dans cette campagne.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Smolensk, 23 août 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatorzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Smolensk peut être considérée comme une des belles villes +de la Russie. Sans les circonstances de la guerre qui y ont +mis le feu, ce qui a consumé d'immenses magasins de marchandises +coloniales et de denrées de toute espèce, cette +ville eût été d'une grande ressource pour l'armée. Même dans +l'état où elle se trouve, elle sera de la plus grande utilité sous +le point de vue militaire. Il reste de grandes maisons qui offrent +de beaux emplacemens pour les hôpitaux. La province +de Smolensk est très-fertile et très-belle, et fournira de +grandes ressources pour les subsistances et les fourrages.</p> + +<p>Les Russes ont voulu, depuis les événemens de la guerre, +lever une milice d'esclaves-paysans qu'ils ont armés de mauvaises +piques. Il y en avait déjà cinq mille réunis ici; c'était +un objet de dérision et de raillerie pour l'armée russe elle-même. +On avait fait mettre à l'ordre du jour que Smolensk +devait être le tombeau des Français, et que si l'on avait jugé +convenable d'évacuer la Pologne, c'était à Smolensk qu'on +devait se battre pour ne pas laisser tomber ce boulevard de +la Russie entre nos mains.</p> + +<p>La cathédrale de Smolensk est une des plus célèbres églises +grecques de la Russie. Le palais épiscopal forme une espèce +de ville à part.</p> + +<p>La chaleur est excessive: le thermomètre s'élève jusqu'à +vingt-six degrés; il fait plus chaud qu'en Italie.</p> + + +<p class="milieu"><i>Combat de Polotsk.</i></p> + +<p>Après le combat de Drissa, le duc de Reggio, sachant +que le général ennemi Wittgenstein s'était renforcé de douze +troisièmes bataillons de la garnison de Dunabourg, et voulant +l'attirer à un combat en-deçà du défilé sous Polotsk, vint +ranger les deuxième et sixième corps en bataille sous Polotsk. +Le général Wittgenstein le suivit, l'attaqua le 16 et le 17, et +fut vigoureusement repoussé. La division bavaroise de Wrede, +du sixième corps, s'est distinguée. Au moment où le duc de +Reggio faisait ses dispositions pour profiter de la victoire et +acculer l'ennemi sur le défilé, il a été frappé à l'épaule par +un biscayen. Sa blessure, qui est grave, l'a obligé à se faire +transporter à Wilna; mais il ne paraît pas qu'elle doive être +inquiétante pour les suites.</p> + +<p>Le général comte Gouvion-Saint-Cyr a pris le commandement +des deuxième et sixième corps. Le 17 au soir, l'ennemi +s'était retiré au-delà du défilé. Le général Verdier a été blessé. +Le général Maison a été reconnu général de division, et l'a +remplacé dans le commandement de sa division. Notre perte +est évaluée à mille hommes tués ou blessés. La perte des +Russes est triple; on leur a fait cinq cents prisonniers.</p> + +<p>Le 18, à quatre heures après-midi, le général Gouvion-Saint-Cyr, +commandant les deuxième et sixième corps, a +débouché sur l'ennemi, en faisant attaquer sa droite par la division +bavaroise du comte de Wrede. Le combat s'est engagé +sur toute la ligne; l'ennemi a été mis dans une déroute complète +et poursuivi pendant deux lieues, autant que le jour +l'a permis. Vingt pièces de canon et mille prisonniers sont +restés au pouvoir de l'armée française. Le général bavarois +Deroy a été blessé.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Combat de Valontina.</i></p> + +<p>Le 19, à la pointe du jour, le pont étant achevé, le maréchal +duc d'Elchingen déboucha sur la rive droite du Borysthène, +et suivit l'ennemi. À une lieue de la ville, il rencontra +le dernier échelon de l'arrière-garde ennemie; C'était +une division de cinq à six mille hommes placés sur de belles +hauteurs. Il les fit attaquer a la baïonnette par le quatrième +régiment d'infanterie de ligne et par le soixante-douzième de +ligne. La position fut enlevée et nos baïonnettes couvrirent +le champ de bataille de morts. Trois à quatre cents prisonniers +tombèrent en notre pouvoir.</p> + +<p>Les fuyards ennemis se retirèrent sur le second échelon qui +était placé sur les hauteurs de Valontina. La première position +fut enlevée par le dix-huitième de ligne, et, sur les quatre +heures après-midi, la fusillade s'engagea avec toute l'arrière-garde +de l'ennemi qui présentait environ quinze mille +hommes. Le duc d'Abrantès avait passé le Borysthène à deux +lieues sur la droite de Smolensk; il se trouvait déboucher +sur les derrières de l'ennemi; il pouvait, en marchant avec +décision, intercepter la grande route de Moscou, et rendre +difficile la retraite de cette arrière-garde. Cependant les autres +échelons de l'armée ennemie qui étaient à portée, instruits +du succès et de la rapidité de cette première attaque, revinrent +sur leurs pas. Quatre divisions s'avancèrent ainsi pour soutenir +leur arrière-garde, entre autres les divisions de grenadiers +qui jusqu'à présent n'avaient pas donné; cinq à six mille +hommes de cavalerie formaient leur droite, tandis que leur +gauche était couverte par des bois garnis de tirailleurs. L'ennemi +avait le plus grand intérêt à conserver cette position le +plus long-temps possible; elle était très-belle et paraissait +inexpugnable. Nous n'attachions pas moins d'importance à la +lui enlever, afin d'accélérer sa retraite et de faire tomber dans +nos mains tous les chariots de blessés et autres attirails dont +l'arrière-garde protégeait l'évacuation. C'est ce qui a donné +lieu au combat de Valontina, l'un des plus beaux faits d'armes +de notre histoire militaire.</p> + +<p>À six heures du soir, la division Gudin qui avait été envoyée +pour soutenir le troisième corps, dès l'instant qu'on +s'était aperçu du grand secours que l'ennemi avait envoyé à +son arrière-garde, déboucha en colonne sur le centre de la +position ennemie, fut soutenue par la division du général +Ledru, et, après une heure de combat, enleva la position. +Le général comte Gudin, arrivant avec sa division, a été, +dès le commencement de l'action, atteint par un boulet qui +lui a emporté la cuisse; il est mort glorieusement. Cette perte +est sensible. Le général Gudin était un des officiers les plus +distingués de l'armée; il était recommandable par ses qualités +morales, autant que par sa bravoure et son intrépidité. Le +général Gérard a pris le commandement de sa division. On +compte que les ennemis ont eu huit généraux tués ou blessés; +un général a été fait prisonnier.</p> + +<p>Le lendemain, à trois heures du matin, l'empereur distribua +sur le champ de bataille des récompenses à tous les +régimens qui s'étaient distingués; et comme le cent-vingt-septième, +qui est un nouveau régiment, s'était bien comporté, +S. M. lui a accordé le droit d'avoir un aigle, droit que ce +régiment n'avait pas encore, ne s'étant trouvé jusqu'à présent +à aucune bataille. Ces récompenses données sur le champ de +bataille, au milieu des morts, des mourans, des débris et des +trophées de la victoire, offraient un spectacle vraiment militaire +et imposant.</p> + +<p>L'ennemi après ce combat a tellement précipité sa retraite, +que dans la journée du 20, nos troupes ont fait huit lieues +sans pouvoir trouver de cosaques, et ramassant partout des +blessés et des traînards.</p> + +<p>Notre perte au combat de Valontina a été de six cents morts +et deux mille six cents blessés. Celle de l'ennemi, comme l'atteste +le champ de bataille, est triple. Nous avons fait un millier +de prisonniers, la plupart blessés.</p> + +<p>Ainsi, les deux seules divisions russes qui n'eussent pas été +entamées aux combats précédens de Mohilow, d'Ostrowno, +de Krasnoi et de Smolensk, l'ont été au combat de Valontina.</p> + +<p>Tous les renseignemens confirment que l'ennemi court en +toute hâte sur Moscou; que son armée a beaucoup souffert +dans les précédens combats, et qu'elle éprouve en outre une +grande désertion. Les Polonais désertent en disant: vous nous +avez abandonnés sans combattre; quel droit avez-vous maintenant +d'exiger que nous restions sous vos drapeaux? Les soldats +russes des provinces de Mohilow et de Smolensk profitent +également de la proximité de leurs villages pour déserter +et aller se reposer dans leur pays.</p> + +<p>La division Gudin a attaqué avec une telle intrépidité, +que l'ennemi s'était persuadé que c'était la garde impériale. +C'est d'un mot faire le plus bel éloge du septième régiment +d'infanterie légère, douzième, vingt-unième et cent-vingt-septième +de ligne qui composent cette division.</p> + +<p>Le combat de Valontina pourrait aussi s'appeler une bataille, +puisque plus de quatre-vingt mille hommes s'y sont +trouvés engagés. C'est du moins une affaire d'avant-garde du +premier ordre.</p> + +<p>Le général Grouchy, envoyé avec son corps sur la route +de Donkovtchina, a trouvé tous les villages remplis de morts +et de blessés, et a pris trois ambulances contenant neuf cents +blessés.</p> + +<p>Les cosaques ont surpris à Liozna un hôpital de deux cents +malades wurtembergeois, que, par négligence, on n'avait +pas évacués sur Witepsk.</p> + +<p>Du reste, au milieu de tous ces désastres, les Russes ne +cessent de chanter des <i>Te Deum;</i> ils convertissent tout en +victoire; mais malgré l'ignorance et l'abrutissement de ces +peuples, cela commence à leur paraître ridicule et par trop +grossier.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Slawkova, le 27 août 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Quinzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général de division Zayoncheick, commandant une division +polonaise au combat de Smolensk, a été blessé. La conduite +du corps polonais à Smolensk a étonné les Russes, +accoutumé à les mépriser; ils ont été frappés de leur constance +et de la supériorité qu'ils ont déployée sur eux dans +cette circonstance.</p> + +<p>Au combat de Smolensk et à celui de Valontina, l'ennemi +a perdu vingt généraux tués, blessés ou prisonniers, et une +très-grande quantité d'officiers. Le nombre des hommes tués, +pris ou blessés dans ces différentes affaires, peut se monter +à vingt-cinq ou trente mille hommes.</p> + +<p>Le lendemain du combat de Valontina, S. M. a distribué +aux douzième et vingt-unième régimens d'infanterie de ligne, +et septième régiment d'infanterie légère, un certain nombre +de décorations de la légion-d'honneur pour des capitaines, +pour des lieutenans et sous-lieutenans, et pour des sous-officiers +et soldats. Le choix en a été fait sur-le-champ, au +cercle devant l'empereur, et confirmé avec acclamation par +les troupes.</p> + +<p>L'armée ennemie en s'en allant, brûle les ponts, dévaste +les routes, pour retarder autant qu'elle peut la marche de +l'armée française. Le 21, elle avait repassé le Borysthène à +Slob-Pniwa, toujours suivie vivement par notre avant-garde.</p> + +<p>Les établissemens de commerce de Smolensk étaient tout +entiers sur le Borysthène, dans un beau faubourg; les Russes +ont mis le feu à ce faubourg, pour obtenir le simple résultat +de retarder notre marche d'une heure. On n'a jamais fait la +guerre avec tant d'inhumanité. Les Russes traitent leur pays +comme ils traiteraient un pays ennemi. Le pays est beau et +abondamment fourni de tout. Les routes sont superbes.</p> + +<p>Le maréchal duc de Tarente continue à détruire la place +de Dunabourg; des bois de construction, des palissades, des +débris de blockhaus, qui étaient immenses, ont servi à faire +des feux de joie en l'honneur du 15 août.</p> + +<p>Le prince Schwartzenberg mande d'Ossiati, le 17, que +son avant-garde a poursuivi l'ennemi sur la route de Divin, +qu'il lui a fait quelques centaines de prisonniers, et l'a obligé +à brûler ses bagages. Cependant le général Bianchi, commandant +l'avant-garde, est parvenu à saisir luit cents chariots +de bagages que l'ennemi n'a pu ni emmener, ni brûler. +L'armée russe de Tormazow a perdu presque tous ses bagages.</p> + +<p>L'équipage du siège de Riga a commencé son mouvement +de Tilsitt pour se porter sur la Dwina.</p> + +<p>Le général Saint-Cyr a pris position sur la Drissa. La déroute +de l'ennemi a été complète au combat de Polotsk du +18. Le brave général bavarois Deroy a été blessé sur le champ +d'honneur, âgé de soixante-douze ans, et ayant près de +soixante ans de service: S. M. l'a nommé comte de l'empire, +avec une dotation de trente mille francs de revenu. Le corps +bavarois s'étant comporté avec beaucoup de bravoure, S. M. +a accordé des récompenses et des décorations à ce corps +d'armée.</p> + +<p>L'ennemi disait vouloir tenir à Doroghobouj. Il avait, à son +ordinaire, remué de la terre et construit des batteries; l'armée +s'étant montrée en bataille, l'empereur s'y est porté; +mais le général s'est ravisé, a battu en retraite, et a abandonné +la ville de Doroghobouj, forte de dix mille âmes; il +y a huit clochers. Le quartier-général était, le 26, dans cette +ville; le 27, il était à Slawkova. L'avant-garde est sur +Viazma.</p> + +<p>Le vice-roi manoeuvre sur la gauche, à deux lieues de la +grande route; le prince d'Eckmühl sur la grande route; le +prince Poniatowski sur la rive gauche de L'Osma.</p> + +<p>La prise de Smolensk paraît avoir fait un fâcheux effet sur +l'esprit des Russes. C'est <i>Smolensk-la-Sainte, Smolensk-la-Forte,</i> +la <i>clef de Moscou,</i> et mille autres dictons populaires. +<i>Qui a Smolensk, a Moscou,</i> disent les paysans.</p> + +<p>La chaleur est excessive: il n'a pas plu depuis un mois.</p> + +<p>Le duc de Bellune, avec le neuvième corps fort de trente +mille hommes, est parti de Tilsitt pour Wilna, devant former +la réserve.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Viazma, le 31 août 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Seizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était le 37 à Slaskovo, +le 28 près de Semlovo, le 29 à un château à une lieue en arrière +de Viazma, et le 30 à Viazma; l'armée marchant sur +trois colonnes, la gauche formée par le vice-roi, se dirigeant +par Kanouchkino, Znamenskoi, Kostarechkovo et Novoé; le +centre formé par le roi de Naples, les corps du maréchal +prince d'Eckmühl, du maréchal duc d'Elchingen, et la garde, +marchant sur la grande route; et la droite par le prince Poniatowski, +marchant sur la rive gauche de l'Osma, par Volosk, +Louchki, Pokroskoé et Slouchkino.</p> + +<p>Le 27, l'ennemi voulant coucher sur la rivière de l'Osma, +vis-à-vis du village de Riebké, prit position avec son arrière-garde. +Le roi de Naples porta sa cavalerie sur la gauche de +l'ennemi, qui montra sept à huit mille hommes de cavalerie. +Plusieurs charges eurent lieu, toutes à notre avantage. Un bataillon +fut enfoncé par le quatrième régiment de lanciers. Une +centaine de prisonniers fut le résultat de cette petite affaire. +Les positions de l'ennemi furent enlevées, et il fut obligé de +précipiter sa retraite.</p> + +<p>Le 28, l'ennemi fut poursuivi. Les avant-gardes des trois +colonnes françaises rencontrèrent les arrière-gardes de l'ennemi; +elles échangèrent plusieurs coups de canon. L'ennemi +fut poussé partout.</p> + +<p>Le général comte Caulaincourt entra à Viazma, le 29 à la +pointe du jour.</p> + +<p>L'ennemi avait brûlé les ponts et mis le feu à plusieurs +quartiers de la ville. Viazma est une ville de quinze mille habitans; +il y a quatre mille bourgeois, marchands et artisans; +on y compte trente-deux églises. On a trouvé des ressources +assez considérables en farine, en savon, en drogues, etc., et +de grands magasins d'eau-de-vie.</p> + +<p>Les Russes ont brûlé les magasins, et les plus belles maisons +de la ville étaient en feu à notre arrivée. Deux bataillons +du vingt-cinquième se sont employés avec beaucoup d'activité +à l'éteindre. On est parvenu à le dominer et à sauver les +trois quarts de la ville. Les cosaques, avant de partir, ont +exercé le plus affreux pillage, ce qui a fait dire aux habitans +que les Russes pensent que Viazma ne doit plus retourner +sous leur domination, puisqu'ils la traitent d'une manière si +barbare. Toute la population des villes se retire à Moscou. +On dit qu'il y a aujourd'hui un million cinq cent mille âmes +réunies dans cette grande ville; on craint les résultats de ces +rassemblemens. Les habitans disent que le général Kutusow +a été nommé général en chef de l'armée russe, et qu'il a pris +le commandement le 28.</p> + +<p>Le grand-duc Constantin, qui était revenu à l'armée, étant +tombé malade, l'a quittée.</p> + +<p>Il est tombé un peu de pluie qui a abattu la grande poussière +qui incommodait l'armée. Le temps est aujourd'hui très-beau; +il se soutiendra, à ce qu'on croit, jusqu'au 10 octobre; +ce qui donne encore quarante jours de campagne.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Ghjat, le 5 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le quartier-impérial était, le 31 août, à Veritchero; le +1er et le 2 septembre, a Ghjat.</p> + +<p>Le roi de Naples avec l'avant-garde avait, le 1er, son quartier-général +à dix verstes en avant de Ghjat; le vice-roi, à +deux lieues sur la gauche, à la même hauteur; et le prince +Poniatowski, à deux lieues sur la droite. On a échangé partout +quelques coups de canon et des coups de sabre, et l'on +a fait quelques centaines de prisonniers.</p> + +<p>La rivière de Ghjat se jette dans le Volga. Ainsi nous +sommes sur le pendant des eaux qui descendent vers la mer +Caspienne. La Ghjat est navigable jusqu'au Volga.</p> + +<p>La ville de Ghjat a huit ou dix mille âmes de population; +il y a beaucoup de maisons en pierres et en briques, plusieurs +clochers et quelques fabriques de toile. On s'aperçoit +que l'agriculture a fait de grands progrès dans ce pays depuis +quarante ans. Il ne ressemble plus en rien aux descriptions +qu'on en a. Les pommes de terre, les légumes et les choux y +sont en abondance; les granges sont pleines; nous sommes +en automne, et il fait ici le temps qu'on a en France au commencement +d'octobre.</p> + +<p>Les déserteurs, les prisonniers, les habitans, tout le monde +s'accorde à dire que le plus grand désordre règne dans Moscou +et dans l'armée russe, qui est divisée d'opinions et qui +a fait des pertes énormes dans les différens combats. Une partie +des généraux a été changée; il paraît que l'opinion de l'armée +n'est pas favorable aux plans du général Barclay de Tolly; +on l'accuse d'avoir fait battre ses divisions en détail.</p> + +<p>Le prince Schwartzenberg est en Volhynie; les Russes +fuient devant lui.</p> + +<p>Des affaires assez chaudes ont eu lieu devant Riga; les +Prussiens ont toujours eu l'avantage.</p> + +<p>Nous avons trouvé ici deux bulletins russes qui rendent +compte des combats devant Smolensk et du combat de la +Drissa. Il paraît par ces bulletins que le rédacteur a profité +de la leçon qu'il a reçue à Moscou, qu'il ne faut pas dire la +vérité au peuple russe, mais le tromper par des mensonges. +Le feu a été mis à Smolensk par les Russes; ils l'ont mis au +faubourg le lendemain du combat, lorsqu'ils ont vu notre pont +établi sur le Borysthène. Ils ont mis le feu à Doroghobouj, +à Wiazma, a Ghjat; les Français sont parvenus à l'éteindre. +Cela se conçoit facilement. Les Français n'ont pas d'intérêt à +mettre le feu à des villes qui leur appartiennent, et à se priver +des ressources qu'elles leur offrent. Partout on a trouvé +des caves remplies d'eau-de-vie, de cuir et de toutes sortes +d'objets utiles à l'armée.</p> + +<p>Si le pays est dévasté, si l'habitant souffre plus que ne le +comporte la guerre, la faute en est aux Russes.</p> + +<p>L'armée se repose le 2 et le 3 aux environs de Ghjat.</p> + +<p>On assure que l'ennemi travaille à des camps retranchés en +avant de Mojaïsk, et à des lignes en avant de Moscou.</p> + +<p>Au combat de Krasnoi, le colonel Marbeuf, du sixième +de chevau-légers, a été blessé d'un coup de baïonnette à la +tête de son régiment, au milieu d'un carré d'infanterie russe +qu'il avait enfoncé avec une grande intrépidité.</p> + +<p>Nous avons jeté six ponts sur la Ghjat.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Mojaïsk, 12 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 4, l'empereur partit de Ghjat et vint camper près de +la poste de Gritueva.</p> + +<p>Le 5, à six heures du matin, l'armée se mit en mouvement. +A deux heures après midi, on découvrit l'armée russe placée, +la droite du côté de la Moskwa, la gauche sur les hauteurs +de la rive gauche de la Kologha. A douze cents toises en +avant de la gauche, l'ennemi avait commencé à fortifier un +beau mamelon entre deux bois, où il avait placé neuf à dix +mille hommes. L'empereur l'ayant reconnu, résolut de ne +pas différer un moment, et d'enlever cette position. Il ordonna +au roi de Naples de passer la Kologha avec la division Compans +et la cavalerie. Le prince Poniatowski, qui était venu +par la droite, se trouva en mesure de tourner la position. A +quatre heures, l'attaque commença. En une heure de temps, +la redoute ennemie fut prise avec ses canons, le corps ennemi +chassé du bois et mis en déroute, après avoir laissé le tiers +de son monde sur le champ de bataille. A sept heures du soir, +le feu cessa.</p> + +<p>Le 6, à deux heures du matin, l'empereur parcourut les +avant-postes ennemis: on passa la journée à se reconnaître. +L'ennemi avait une position très-resserrée. Sa gauche était +fort affaiblie par la perte de la position de la veille; elle était +appuyée à un grand bois, soutenue par un beau mamelon +couronné d'une redoute armée de vingt-cinq pièces de canon. +Deux autres mamelons couronnés de redoutes, à cent pas l'un +de l'autre, protégeaient sa ligne jusqu'à un grand village +que l'ennemi avait démoli, pour couvrir le plateau d'artillerie +et d'infanterie, et y appuyer son centre. Sa droite passait +derrière la Kologha en arrière du village de Borodino, et +était appuyée à deux beaux mamelons couronnés de redoutes +et armés de batteries. Cette position parut belle et forte. Il était +facile de manoeuvrer et d'obliger l'ennemi a l'évacuer; mais +cela aurait remis la partie, et sa position ne fut pas jugée tellement +forte qu'il fallût éluder le combat. Il fut facile de distinguer +que les redoutes n'étaient qu'ébauchées, le fossé peu +profond, non palissadé ni fraisé. On évaluait les forces de +l'ennemi à cent vingt ou cent trente mille hommes. Nos forces +étaient égales; mais la supériorité de nos troupes n'était +pas douteuse.</p> + +<p>Le 7, à deux heures du matin, l'empereur était entouré +des maréchaux à la position prise l'avant-veille. A cinq heures +et demie, le soleil se leva sans nuages; la veille il avait +plu: «C'est le soleil d'Austerlitz,» dit l'empereur. Quoiqu'au +mois de septembre, il faisait aussi froid qu'en décembre +en Moravie. L'armée en accepta l'augure. On battit un +ban, et on lut l'ordre du jour suivant:</p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>«Voilà la bataille que vous avez tant désirée! Désormais la +victoire dépend de vous: elle nous est nécessaire; elle nous +donnera l'abondance, de bons quartiers d'hiver, et un prompt +retour dans la patrie! Conduisez-vous comme à Austerlitz, +à Friedland, à Witepsk, à Smolensk, et que la postérité la +plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée: +que l'on dise de vous: <i>Il était à cette grande bataille +sous les murs de Moscou!</i></p> + +<p>«Au camp impérial, sur les hauteurs de Borodino, le 7 septembre, +à deux heures du matin.»</p> + +<p>L'armée répondit par des acclamations réitérées. Le plateau +sur lequel était l'armée, était couvert de cadavres russes +du combat de l'avant-veille.</p> + +<p>Le prince Poniatowski, qui formait la droite, se mit en +mouvement pour tourner la forêt sur laquelle l'ennemi appuyait +sa gauche. Le prince d'Eckmühl se mit en marche le +long de la forêt, la division Compans en tête. Deux batteries +de soixante pièces de canon chacune, battant la position de +l'ennemi, avaient été construites pendant la nuit.</p> + +<p>A six heures, le général comte Sorbier, qui avait armé la batterie +droite avec l'artillerie de la réserve de la garde, commença +le feu. Le général Pernetty, avec trente pièces de canon, prit +la tête de la division Compans (quatrième du premier corps), +qui longea le bois, tournant la tête de la position de l'ennemi. +A six heures et demie, le général Compans est blessé. +A sept heures, le prince d'Eckmühl a son cheval tué. L'attaque +avance, la mousqueterie s'engage. Le vice-roi, qui formait +notre gauche, attaque et prend le village de Borodino +que l'ennemi ne pouvait défendre, ce village étant sur la rive +gauche de la Kologha. A sept heures, le maréchal duc d'Elchingen +se met en mouvement, et sous la protection de +soixante pièces de canon que le général Foucher avait placées +la veille contre le centre de l'ennemi, se porte sur le centre. +Mille pièces de canon vomissent de part et d'autre la mort.</p> + +<p>A huit heures, les positions de l'ennemi sont enlevées, +ses redoutes prises, et notre artillerie couronne ses mamelons. +L'avantage de position qu'avaient eu pendant deux heures +les batteries ennemies nous appartient maintenant. Les +parapets qui ont été contre nous pendant l'attaque redeviennent +pour nous. L'ennemi voit la bataille perdue, qu'il ne la +croyait que commencée. Partie de son artillerie est prise, le +reste est évacué sur ses lignes en arrière. Dans cette extrémité, +il prend le parti de rétablir le combat, et d'attaquer +avec toutes ses masses ces fortes positions qu'il n'a pu garder. +Trois cents pièces de canon françaises placées sur ces hauteurs +foudroient ses masses, et ses soldats viennent mourir +au pied de ces parapets qu'ils avaient élevés les jours précédens +avec tant de soin, et comme des abris protecteurs.</p> + +<p>Le roi de Naples, avec la cavalerie, fit diverses charges. +Le duc d'Elchingen se couvrit de gloire, et montra autant +d'intrépidité que de sang-froid. L'empereur ordonne une +charge de front, la droite en avant: ce mouvement nous rend +maîtres des trois parts du champ de bataille. Le prince Poniatowski +se bat dans le bois avec des succès variés.</p> + +<p>Il restait à l'ennemi ses redoutes de droite; le général comte +Morand y marche et les enlève; mais à neuf heures du matin, +attaqué de tous côtés, il ne peut s'y maintenir. L'ennemi, encouragé +par ce succès, fit avancer sa réserve et ses dernières +troupes pour tenter encore la fortune. La garde impériale en +fait partie. Il attaque notre centre sur lequel avait pivoté +notre droite. On craint pendant un moment qu'il n'enlève le +village brûlé; la division Priant s'y porte; quatre vingt pièces +de canon françaises arrêtent d'abord et écrasent ensuite +les colonnes ennemies qui se tiennent pendant deux heures +serrées sous la mitraille, n'osant pas avancer, ne voulant pas +reculer, et renonçant à l'espoir de la victoire. Le roi de Naples +décide leur incertitude; il fait charger le quatrième corps +de cavalerie qui pénètre par les brèches que la mitraille de +nos canons a faites dans les masses serrées des Russes et les +escadrons de leurs cuirassiers; ils se débandent de tous côtés. +Le général de division comte Caulaincourt, gouverneur des +pages de l'empereur, se porte à la tête du cinquième de cuirassiers, +culbute tout, entre dans la redoute de gauche par +la gorge. Dès ce moment, plus d'incertitude, la bataille est +gagnée: il tourne contre les ennemis les vingt-une pièces de +canon qui se trouvent dans la redoute. Le comte Caulaincourt +qui venait de se distinguer par cette belle charge, avait +terminé ses destinées; il tombe mort frappé par un boulet: +mort glorieuse et digne d'envie!</p> + +<p>Il est deux heures après midi, toute espérance abandonne +l'ennemi: la bataille est finie, la canonnade continue encore; +il se bat pour sa retraite et pour son salut, mais non plus +pour la victoire.</p> + +<p>La perte de l'ennemi est énorme: douze à treize mille hommes +et huit à neuf mille chevaux russes ont été comptés sur +le champ de bataille; soixante pièces de canon et cinq mille +prisonniers sont restés en notre pouvoir.</p> + +<p>Nous avons eu deux mille cinq cents hommes tués et le +triple de blessés. Notre perte totale peut être évaluée à dix +mille hommes: celle de l'ennemi à quarante ou cinquante +mille. Jamais on n'a vu pareil champ de bataille. Sur six cadavres, +il y en avait un français et cinq russes. Quarante généraux +russes ont été tués, blessés ou pris: le général Bagration +a été blessé.</p> + +<p>Nous avons perdu le général de division comte Montbrun, +tué d'un coup de canon; le général comte Caulaincourt, qui +avait été envoyé pour le remplacer, tué d'un même coup une +heure après.</p> + +<p>Les généraux de brigade Compère, Plauzonne, Marion, +Huart, ont été tués; sept ou huit généraux ont été blessés, +la plupart légèrement. Le prince d'Eckmühl n'a eu aucun mal. +Les troupes françaises se sont couvertes de gloire et ont montré +leur grande supériorité sur les troupes russes.</p> + +<p>Telle est en peu de mots l'esquisse de la bataille de la Moskwa, +donnée à deux lieues en arrière de Mojaïsk et à vingt-cinq +lieues de Moscou, près de la petite rivière de la Moskwa. +Nous avons tiré soixante mille coups de canon, qui sont déjà +remplacés par l'arrivée de huit cents voitures d'artillerie qui +avaient dépassé Smolensk avant la bataille. Tous les bois et les +villages, depuis le champ de bataille jusqu'ici, sont couverts +de morts et de blessés. On a trouvé ici deux mille morts ou +amputés russes. Plusieurs généraux et colonels sont prisonniers.</p> + +<p>L'empereur n'a jamais été exposé; la garde, ni à pied, +ni à cheval, n'a pas donné et n'a pas perdu un seul homme. +La victoire n'a jamais été incertaine. Si l'ennemi, forcé dans +ses positions, n'avait pas voulu les reprendre, notre perte aurait +été plus forte que la sienne; mais il a détruit son armée +en la tenant depuis huit heures jusqu'à deux sous le feu de +nos batteries, et en s'opiniâtrant à reprendre ce qu'il avait +perdu. C'est la cause de son immense perte.</p> + +<p>Tout le monde s'est distingué: le roi de Naples et le duc +d'Elchingen se sont fait remarquer.</p> + +<p>L'artillerie, et surtout celle de la garde, s'est surpassée. +Des rapports détaillés feront connaître les actions qui ont illustré +cette journée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Mojaïsk, le 10 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux évêques de France.</i></p> + +<p>Monsieur l'évêque de...., le passage du Niémen, de la +Dwina, du Borysthène, les combats de Mohilow, de la Drissa, +de Polotsk, de Smolensk, enfin, la bataille de la <i>Moskwa</i>, +sont autant de motifs pour adresser des actions de grâces au +Dieu des armées. Notre intention est donc qu'à la réception de +la présente, vous vous concertiez avec qui de droit. Réunissez +mon peuple dans les églises pour chanter des prières, conformément +à l'usage et aux règles de l'église en pareille circonstance. +Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous +ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, 16 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Depuis la bataille de la Moskwa, l'armée française a poursuivi +l'ennemi sur les trois routes de Mojaïsk, de Svenigorod +et de Kalouga sur Moscou.</p> + +<p>Le roi de Naples était, le 9, à Koubiuskoë; le vice-roi à +Rouza; le prince Poniatowski à Femiskoë. Le quartier-général +est parti de Mojaïsk le 12; et a été porté à Peselina; le 13, +il était au château de Berwska; le 14, à midi, nous sommes +entrés à Moscou. L'ennemi avait élevé sur la montagne des +Moineaux, à deux werstes de la ville, des redoutes qu'il a +abandonnées.</p> + +<p>La ville de Moscou est aussi grande que Paris; c'est une +ville extrêmement riche, remplie des palais de tous les principaux +de l'empire. Le gouverneur russe, Rostopchin, a voulu +ruiner cette belle ville, lorsqu'il a vu que l'armée russe l'abandonnait. +Il a armé trois mille malfaiteurs qu'il a fait sortir +des cachots; il a appelé également six mille satellites et leur a +fait distribuer des armes de l'arsenal.</p> + +<p>Notre avant-garde, arrivée au milieu de la ville, fut accueillie +par une fusillade partie du Kremlin. Le roi de Naples fit mettre +en batterie quelques pièces de canon, dissipa cette canaille, +et s'empara du Kremlin. Nous avons trouvé à l'arsenal +soixante-mille fusils neufs et cent vingt pièces de canon sur +leurs affûts. La plus complète anarchie régnait dans la ville; +des forcenés ivres couraient dans les quartiers, et mettaient +le feu partout. Le gouverneur Rostopchin avait fait enlever +tous les marchands et négocians, par le moyen desquels on +aurait pu rétablir l'ordre. Plus de quatre cents Français et +Allemands avaient été arrêtés par ses ordres; enfin, il avait +eu la précaution de faire enlever les pompiers avec les pompes: +aussi l'anarchie la plus complète a désolé cette grande +et belle ville, et les flammes la consument. Nous y avions +trouvé des ressources considérables de toute espèce.</p> + +<p>L'empereur est logé au Kremlin, qui est au centre de la +ville, comme une espèce de citadelle entourée de hautes murailles. +Trente mille blessés ou malades russes sont dans les +hôpitaux, abandonnés, sans secours et sans nourriture.</p> + +<p>Les Russes avouent avoir perdu cinquante mille hommes +à la bataille de la Moskwa. Le prince Bagration est blessé à +mort. On a fait le relevé des généraux russes blessés ou tués +à la bataille: il se monte de quarante-cinq à cinquante.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, le 17 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingtième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>On a chanté des <i>Te Deum</i> en Russie pour le combat de +Polotsk; on en a chanté pour les combats de Riga, pour le +combat d'Ostrowno, pour celui de Smolensk; partout, selon +les relations des Russes, ils étaient vainqueurs, et l'on avait +repoussé les Français loin du champ de bataille; c'est donc +au bruit des <i>Te Deum</i> russes que l'armée est arrivée à Moscou. +On s'y croyait vainqueur, du moins la populace; car les +gens instruits savaient ce qui se passait.</p> + +<p>Moscou est l'entrepôt de l'Asie et de l'Europe; ses magasins +étaient immenses; toutes les maisons étaient approvisionnées +de tout pour huit mois. Ce n'était que de la veille et du +jour même de notre entrée, que le danger avait été bien connu. +On a trouvé dans la maison de ce misérable Rostopchin, +des papiers et une lettre à demi-écrite; il s'est sauvé sans +l'achever.</p> + +<p>Moscou, une des plus belles et des plus riches villes du +monde n'existe plus. Dans la journée du 14, le feu a été +mis par les Russes à la bourse, au bazar et a l'hôpital. Le 16, +un vent violent s'est élevé; trois à quatre cents brigands ont +mis le feu dans la ville en cinq cents endroits à la fois, par +l'ordre du gouverneur Rostopchin. Les cinq sixièmes des maisons +sont en bois: le feu a pris avec une prodigieuse rapidité; +c'était un océan de flammes. Des églises, il y en avait seize +cents; des palais, plus de mille; d'immenses magasins: presque +tout a été consumé. On a préservé le Kremlin.</p> + +<p>Cette perte est incalculable pour la Russie, pour son commerce, +pour sa noblesse qui y avait tout laissé. Ce n'est pas +l'évaluer trop haut que de la porter à plusieurs milliards.</p> + +<p>On a arrêté et fusillé une centaine de ces chauffeurs; tous +ont déclaré qu'ils avaient agi par les ordres du gouverneur +Rostopchin, et du directeur de la police.</p> + +<p>Trente mille blessés et malades russes ont été brûlés. Les +plus riches maisons de commerce de la Russie se trouvent +ruinées: la secousse doit être considérable; les effets d'habillement, +magasins et fournitures de l'armée russe ont été +brûlés; elle y a tout perdu. On n'avait rien voulu évacuer, +parce qu'on a toujours voulu penser qu'il était impossible +d'arriver à Moscou, et qu'on a voulu tromper le peuple. +Lorsqu'on a tout vu dans la main des Français, on a conçu +l'horrible projet de brûler cette première capitale, cette ville +sainte, centre de l'empire, et l'on a réduit deux cent mille +bons habitans à la mendicité. C'est le crime de Rostopchin, +exécuté par des scélérats délivrés des prisons.</p> + +<p>Les ressources que l'armée trouvait, sont par-là fort diminuées; +cependant l'on a ramassé, et l'on ramasse beaucoup +de choses. Toutes les caves sont à l'abri du feu, et les habitans, +dans les vingt-quatre dernières heures, avaient enfoui +beaucoup d'objets. On a lutté contre le feu; mais le gouverneur +avait eu l'affreuse précaution d'emmener ou de faire briser +toutes les pompes.</p> + +<p>L'armée se remet de ses fatigues; elle a en abondance du pain, +des pommes de terre, des choux, des légumes, des viandes, +des salaisons, du vin, de l'eau-de-vie, du sucre, du café, enfin +des provisions de toute espèce.</p> + +<p>L'avant-garde est à vingt werstes sur la route de Kasan, +par laquelle se retire l'ennemi. Une autre avant-garde française +est sur la route de Saint-Pétersbourg où l'ennemi n'a +personne.</p> + +<p>La température est encore celle de l'automne: le soldat a +trouvé et trouve beaucoup de pelisses et des fourrures pour +l'hiver. Moscou en est le magasin.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, 20 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Trois cents chauffeurs ont été arrêtés et fusillés. Ils étaient +armés d'une fusée de six pouces, contenue entre deux morceaux +de bois; ils avaient aussi des artifices qu'ils jetaient +sur les toits. Ce misérable Rostopchin avait fait confectionner +ces artifices en faisant croire aux habitans qu'il voulait faire +un ballon qu'il lancerait, plein de matières incendiaires, +sur l'armée française. Il réunissait, sous ce prétexte, les +artifices et autres objets nécessaires à l'exécution de son +projet.</p> + +<p>Dans la journée du 19 et dans celle du 20, les incendies +ont cessé. Les trois quarts de la ville sont brûlés, entre autres +le beau palais de Catherine, meublé à neuf. Il reste au plus +le quart des maisons.</p> + +<p>Pendant que Rostopchin enlevait les pompes de la ville, +il laissait soixante mille fusils, cent cinquante pièces de canon, +plus de cent mille boulets et bombes, quinze cent mille +cartouches, quatre cent milliers de poudre, quatre cent milliers +de salpêtre et de soufre. Ce n'est que le 19 qu'on a découvert +les quatre cent milliers de salpêtre et de soufre, +dans un bel établissement situé à une demi-lieue de la ville; +cela est important. Nous voilà approvisionnés pour deux +campagnes.</p> + +<p>On trouve tous les jours des caves pleines de vin et d'eau-de-vie.</p> + +<p>Les manufactures commençaient à fleurir à Moscou; elles +sont détruites. L'incendie de cette capitale retarde la Russie +de cent ans.</p> + +<p>Le temps paraît tourner à la pluie. La plus grande partie +de l'armée est casernée dans Moscou.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, 27 septembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le consul général Lesseps a été nommé intendant de la +province de Moscou. Il a organisé une municipalité et plusieurs +commissions, toutes composées de gens du pays.</p> + +<p>Les incendies ont entièrement cessé. On découvre tous les +jours des magasins de sucre, de pelleteries, de draps, etc.</p> + +<p>L'armée ennemie paraît se retirer sur Kalouga et Toula. +Toula renferme la plus grande fabrique d'armes qu'ait la +Russie. Notre avant-garde est sur la Pakra.</p> + +<p>L'empereur est logé au palais impérial du Kremlin. On a +trouvé au Kremlin plusieurs ornemens servant au sacre des +empereurs, et tous les drapeaux pris aux Turcs depuis cent +ans.</p> + +<p>Le temps est à peu près comme à la fin d'octobre à Paris. +Il pleut un peu, et l'on a eu quelques gelées blanches. On +assure que la Moskwa et les rivières du pays ne gèlent point +avant la mi-novembre.</p> + +<p>La plus grande partie de l'armée est cantonnée à Moscou, +où elle se remet de ses fatigues.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, 9 octobre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'avant-garde, commandée par le roi de Naples, est sur +la Nara, à vingt lieues de Moscou. L'armée ennemie est sur +Kalouga. Des escarmouches ont lieu tous les jours. Le roi +de Naples a eu dans toutes l'avantage, et a toujours chassé +l'ennemi de ses positions.</p> + +<p>Les cosaques rôdent sur nos flancs. Une patrouille de cent +cinquante dragons de la garde, commandée par le major Marthod, +est tombée dans une embuscade de cosaques, entre +le chemin de Moscou et de Kalouga. Les dragons en ont sabré +trois cents, se sont fait jour, mais ils ont en vingt hommes +restés sur le champ de bataille, qui ont été pris, parmi +lesquels le major, blessé grièvement.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen est à Boghorodock; l'avant-garde du +vice-roi est à Troitsa, sur la route de Dmitrow.</p> + +<p>Les drapeaux pris par les Russes sur les Turcs dans différentes +guerres, et plusieurs choses curieuses trouvées dans la +Kremlin, sont partis pour Paris. On a trouvé une madone +enrichie de diamans; on l'a aussi envoyée à Paris.</p> + +<p>Il paraît que Rostopchin est aliéné. A Voronovo, il a mis +le feu à son château, et a laissé l'écrit suivant attaché à un +poteau:</p> + +<p>«J'ai embelli pendant huit ans cette campagne, et j'y ai +vécu heureux au sein de ma famille. Les habitans de cette +terre, au nombre de dix-sept cent vingt, la quittent à votre +approche, et moi je mets le feu à ma maison pour qu'elle ne +soit pas souillée par votre présence.—Français, je vous ai +abandonné mes deux maisons de Moscou avec un mobilier +d'un demi-million de roubles.—Ici, vous ne trouverez que +des cendres.» Signé comte FEDOR ROSTOPCHIN.</p> + +<p>Le palais du prince Kurakin est un de ceux qu'on est parvenu +à sauver de l'incendie. Le général comte Nansouty y est +logé.</p> + +<p>On est parvenu avec beaucoup de peine à tirer des hôpitaux +et des maisons incendiées une partie des malades russes. +Il reste encore environ quatre mille de ces malheureux. Le +nombre de ceux qui ont péri dans l'incendie est extrêmement +considérable.</p> + +<p>Il a fait depuis huit jours, du soleil, et plus chaud qu'à +Paris dans cette saison. On ne s'aperçoit pas qu'on soit dans +le Nord.</p> + +<p>Le duc de Reggio, qui est à Wilna, est entièrement +rétabli.</p> + +<p>Le général en chef ennemi Bagration est mort des blessures +qu'il a reçues à la bataille de la Moskwa.</p> + +<p>L'armée russe désavoue l'incendie de Moscou. Les auteurs +de cet attentat sont en horreur aux Russes. Ils regardent +Rostopchin comme une espèce de Marat. Il a pu se consoler +dans la société du commissaire anglais Wilson.</p> + +<p>L'état-major fait imprimer les détails du combat de Smolensk +et de la bataille de la Moskwa, et fera connaître ceux +qui se sont distingués.</p> + +<p>On vient d'armer le Kremlin de cinquante pièces de canon, +et l'on a construit des flèches à tous les rentrans. Il forme +une forteresse. Les fours et les magasins y sont établis.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Moscou, 14 octobre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général baron Delzons s'est porté sur Dmitrow. Le roi +de Naples est à l'avant-garde sur la Nara, en présence de l'ennemi, +qui est occupé à refaire son armée, en la complétant +par des milices.</p> + +<p>Le temps est encore beau. La première neige est tombée +hier. Dans vingt jours il faudra être en quartiers d'hiver.</p> + +<p>Les forces que la Russie avait en Moldavie ont rejoint le +général Tormazow. Celles de Finlande ont débarqué à Riga. +Elles sont sorties et ont attaqué le dixième corps. Elles ont +été battues; trois mille hommes ont été faits prisonniers. On +n'a pas encore la relation officielle de ce brillant combat, qui +fait tant d'honneur au général d'Yorck.</p> + +<p>Tous nos blessés sont évacués sur Smolensk, Minsk et +Mohilow. Un grand nombre sont rétablis et ont rejoint leurs +corps.</p> + +<p>Beaucoup de correspondances particulières entre Saint-Pétersbourg +et Moscou font bien connaître la situation de cet +empire. Le projet d'incendier Moscou ayant été tenu secret, +la plupart des seigneurs et des particuliers n'avaient rien +enlevé.</p> + +<p>Les ingénieurs ont levé le plan de la ville, en marquant +les maisons qui ont été sauvées de l'incendie. Il résulte que +l'on n'est parvenu à sauver du feu que la dixième partie de la +ville. Les neuf-dixièmes n'existent plus.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">A Noilskoë, le 20 octobre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Tous les malades qui étaient aux hôpitaux de Moscou, ont +été évacués dans les journées du 15, du 16, du 17 et du 18 +sur Mojaïsk et Smolensk. Les caissons d'artillerie, les munitions +prises, et une grande quantité de choses curieuses, et +des trophées, ont été emballés et sont partis le 15. L'armée +a reçu l'ordre de faire du biscuit pour vingt jours, et de se +tenir prête à partir; effectivement, l'empereur a quitté Moscou +le 19. Le quartier-général était le même jour à Desna.</p> + +<p>D'un côté, on a armé le Kremlin et on l'a fortifié: dans le +même temps, on l'a miné pour le faire sauter. Les uns croient +que l'empereur veut marcher sur Toula et Kalouga pour passer +l'hiver dans ces provinces, en occupant Moscou par une +garnison dans le Kremlin.</p> + +<p>Les autres croient que l'empereur fera sauter le Kremlin +et brûler les établissemens publics qui restent, et qu'il se rapprochera +de cent lieues de la Pologne, pour établir ses quartiers +d'hiver dans un pays ami, et être à portée de recevoir +tout ce qui existe dans les magasins de Dantzick, de Kowno, +de Wilna et Minsk, pour se rétablir des fatigues de la guerre: +ceux-ci font l'observation que Moscou est éloigné de Pétersbourg +de cent quatre-vingt lieues de mauvaise route, tandis +qu'il n'y a de Witepsk à Pétersbourg que cent trente lieues; +qu'il y a de Moscou à Kiow deux cent dix-huit lieues, tandis +qu'il n'y a de Smolensk à Kiow que cent douze lieues, d'où +l'on conclut que Moscou n'est pas une position militaire; or, +Moscou n'a plus d'importance politique, puisque cette ville +est brûlée et ruinée pour cent ans.</p> + +<p>L'ennemi montre beaucoup de cosaques qui inquiètent la +cavalerie: l'avant-garde de la cavalerie, placée en avant de +Vinkovo, a été surprise par une horde de ces cosaques; ils +étaient dans le camp avant qu'on pût être à cheval. Ils ont +pris un parc du général Sébastiani de cent voitures de bagages, +et fait une centaine de prisonniers. Le roi de Naples est +monté à cheval avec les cuirassiers et les carabiniers, et apercevant +une colonne d'infanterie légère de quatre bataillons, +que l'ennemi envoyait pour appuyer les cosaques, il l'a chargée, +rompue et taillée en pièces. Le général Dery, aide-de-camp +du roi, officier brave, a été tué dans cette charge, qui +honore les carabiniers.</p> + +<p>Le vice-roi est arrivé à Fominskoë. Toute l'armée est en +marche.</p> + +<p>Le maréchal duc de Trévise est resté à Moscou avec une +garnison.</p> + +<p>Le temps est très-beau, comme en France en octobre, +peut-être un peu plus chaud. Mais dans les premiers jours +de novembre on aura des froids. Tout indique qu'il faut songer +aux quartiers d'hiver. Notre cavalerie, surtout, en a besoin. +L'infanterie s'est remise à Moscou, et elle est très-bien +portante.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Borowsk, 23 octobre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Après la bataille de la Moskwa, le général Kutusow prit +position à une lieue en avant de Moscou; il avait établi plusieurs +redoutes pour défendre la ville; il s'y tint, espérant +sans doute en imposer jusqu'au dernier moment. Le 14 septembre, +ayant vu l'armée française marcher à lui, il prit son +parti, et évacua la position en passant par Moscou. Il traversa +cette ville avec son quartier-général à neuf heures du +matin. Notre avant-garde la traversa à une heure après midi.</p> + +<p>Le commandant de l'arrière-garde russe fit demander qu'on +le laissât défiler dans la ville sans tirer: on y consentit; mais +au Kremlin, la canaille armée par le gouverneur, fit résistance +et fut sur-le-champ dispersée. Dix mille soldats russes +furent, le lendemain et les jours suivans, ramassés dans la +ville, où ils s'étaient éparpillés par l'appât du pillage: c'étaient +d'anciens et bons soldats; ils ont augmenté le nombre +des prisonniers.</p> + +<p>Les 15, 16 et 17 septembre, le général d'arrière-garde +russe dit que l'on ne tirerait plus, et que l'on ne devait plus +se battre, et parla beaucoup de paix. Il se porta sur la route +de Kolomna, et notre avant-garde se plaça à cinq lieues de +Moscou, au pont de la Moskwa. Pendant ce temps, l'armée +russe quitta la route de Kolomna et prit celle de Kalouga +par la traverse. Elle fit ainsi la moitié du tour de la ville, à six +lieues de distance. Le vent y portait des tourbillons de flammes +et de fumée. Cette marche, au dire des officiers russes, +était sombre et religieuse. La consternation était dans les +âmes: on assure qu'officiers et soldats étaient si pénétrés, que +le plus profond silence régnait dans toute l'armée comme dans +la prière.</p> + +<p>On s'aperçut bientôt de la marche de l'ennemi. Le duc +d'Istrie se porta à Desna avec un corps d'observation.</p> + +<p>Le roi de Naples suivit l'ennemi d'abord sur Podol, et ensuite +se porta sur ses derrières, menaçant de lui couper la +route de Kalouga. Quoique le roi n'eût avec lui que l'avant-garde, +l'ennemi ne se donna que le temps d'évacuer les retranchemens +qu'il avait faits, et se porta six lieues en arrière, +après un combat glorieux pour l'avant-garde. Le prince +Poniatowski prit position derrière la Nara, au confluent de +l'Istia.</p> + +<p>Le général Lauriston ayant dû aller au quartier-général +russe le 5 octobre, les communications se rétablirent entre +nos avant-postes et ceux de l'ennemi, qui convinrent entre +eux de ne pas s'attaquer sans se prévenir trois heures d'avance; +mais le 18, à sept heures du matin, quatre mille cosaques +sortirent d'un bois situé à demi-portée de canon du +général Sébastiani, formant l'extrême gauche de l'avant-garde, +qui n'avait été ni occupé ni éclairé ce jour-là. Ils firent +un houra sur cette cavalerie légère dans le temps qu'elle était +à pied à la distribution de farine. Cette cavalerie légère ne +put se former qu'à un quart de lieue plus loin. Cependant +l'ennemi pénétrant par cette trouée, un parc de douze pièces +de canon et de vingt caissons du général Sébastiani fut pris +dans un ravin, avec des voitures de bagages, au nombre de +trente; en tout soixante-cinq voitures, au lieu de cent que +l'on avait portées dans le dernier bulletin.</p> + +<p>Dans le même temps, la cavalerie régulière de l'ennemi et +deux colonnes d'infanterie pénétraient dans la trouée. Elles +espéraient gagner le bois et le défilé de Voconosvo avant +nous; mais le roi de Naples était là: il était à cheval. Il marcha, +et enfonça la cavalerie de ligne russe dans dix ou douze +charges différentes. Il aperçut la division de six bataillons ennemis +commandée par le lieutenant-général Muller, la chargea +et l'enfonça. Cette division a été massacrée. Le lieutenant-général +Muller a été tué.</p> + +<p>Pendant que ceci se passait, le prince Poniatowski repoussait +une division russe avec succès. Le général polonais Fischer +a été tué d'un boulet.</p> + +<p>L'ennemi a non-seulement éprouvé une perte supérieure à +la nôtre; mais il a la honte d'avoir violé une trêve d'avant-garde, +ce qu'on ne vit presque jamais. Notre perte se monte +à huit cents hommes tués, blessés ou pris; celle de l'ennemi +est double. Plusieurs officiers russes ont été pris: deux de +leurs généraux ont été tués. Le roi de Naples, dans cette +journée, a montré ce que peuvent la présence d'esprit, la +valeur et l'habitude de la guerre. En général, dans toute la +campagne, ce prince s'est montré digne du rang suprême où +il est.</p> + +<p>Cependant, l'empereur voulant obliger l'ennemi à évacuer +son camp retranché, et le rejeter à plusieurs marches en arrière, +pour pouvoir tranquillement se porter sur les pays +choisis pour ses quartiers-d'hiver, et nécessaires à occuper +actuellement pour l'exécution de ses projets ultérieurs, avait +ordonné, le 17, par le général Lauriston, à son avant-garde, +de se placer derrière le défilé de Winkowo, afin que ses mouvemens +ne pussent pas être aperçus. Depuis que Moscou +avait cessé d'exister, l'empereur avait projeté ou d'abandonner +cet amas de décombres, ou d'occuper seulement le +Kremlin avec trois mille hommes; mais le Kremlin, après +quinze jours de travaux, ne fut pas jugé assez fort pour être +abandonné vingt ou trente jours à ses propres forces; il aurait +affaibli et gêné l'armée dans ses mouvemens, sans donner +un grand avantage. Si l'on eût voulu garder Moscou +contre les mendians et les pillards, il fallait vingt mille hommes. +Moscou est aujourd'hui un vrai cloaque malsain et impur. +Une population de deux cent mille âmes, errant dans +les bois voisins, mourant de faim, vient sur ses décombres +chercher quelques débris et quelques légumes de jardins pour +vivre. Il parut inutile de compromettre quoi que ce soit pour +un objet qui n'était d'aucune importance militaire, et qui est +aujourd'hui devenu sans importance politique.</p> + +<p>Tous les magasins qui étaient dans la ville ayant été découverts +avec soin, les autres évacués, l'empereur fit miner +le Kremlin. Le duc de Trévise le fit sauter le 23, à deux +heures du matin: l'arsenal, les casernes, les magasins, tout +a été détruit. Cette ancienne citadelle, qui date de la fondation +de la monarchie, ce premier palais des czars, ont été! +Le duc de Trévise s'est mis en marche pour Vereja. L'aide-de-camp +de l'empereur de Russie, Winzingerode, ayant voulu +percer, le 22, à la tête de cinq cents cosaques, fut repoussé et +fait prisonnier avec un jeune officier russe nommé Nariskin.</p> + +<p>Le quartier-général fut porté le 19 au château de Troitskoe; +il y séjourna le 20: le 21, il était à Ignatiew, le 22, à +Fominskoi, toute l'armée ayant fait deux marches de flanc, +et le 21 à Borowsk.</p> + +<p>L'empereur compte se mettre en marche le 24, pour gagner +la Dwina, et prendre une position qui le rapproche de +quatre-vingts lieues de Pétersbourg et de Wilna, double +avantage, c'est-à-dire plus près de vingt marches des moyens +et du but.</p> + +<p>De quatre mille maisons de pierre qui existaient à Moscou, +il n'en restait plus que deux cents. On a dit qu'il en +restait le quart, parce qu'on y a compris huit cents églises, +encore une partie en est endommagée. De huit mille maisons +de bois, il en restait à peu près cinq cents. On proposa à l'empereur +de faire brûler le reste de la ville pour servir les Russes +comme ils le veulent, et d'étendre cette mesure autour de +Moscou. Il y a deux mille villages et autant de maisons de +campagne ou de châteaux. On proposa de former quatre colonnes +de deux cents hommes chacune, et de les charger d'incendier +tout à vingt lieues à la ronde. Cela apprendra aux +Russes, disait-on, à faire la guerre en règle et non en Tartares. +S'ils brûlent un village, une maison, il faut leur répondre +en leur en brûlant cent.</p> + +<p>L'empereur s'est refusé à ces mesures qui auraient tant aggravé +les malheurs de cette population. Sur neuf mille propriétaires +dont on aurait brûlé les châteaux, cent peut-être +sont des sectateurs du Marat de la Russie; mais huit mille +neuf cents sont de braves gens déjà trop victimes de l'intrigue +de quelques misérables. Pour punir cent coupables, on en +aurait ruiné huit mille neuf cents. Il faut ajouter que l'on aurait +mis absolument sans ressources deux cent mille pauvres +serfs innocens de tout cela. L'empereur s'est donc contenté +d'ordonner la destruction des citadelles et établissemens militaires, +selon les usages de la guerre, sans rien faire perdre +aux particuliers, déjà trop malheureux par les suites de cette +guerre.</p> + +<p>Les habitans de la Russie ne reviennent pas du temps qu'il +fait depuis vingt jours. C'est le soleil et les belles journées du +voyage de Fontainebleau. L'armée est dans un pays extrêmement +riche, et qui peut se comparer aux meilleurs de la +France et de l'Allemagne.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Vereia, le 27 octobre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 22, le prince Poniatowski se porta sur Vereia. Le 23, +l'armée allait suivre ce mouvement, lorsque, dans l'après-midi, +on apprit que l'ennemi avait quitté son camp retranché, +et se portait sur la petite ville de Maloiaroslawetz. On +jugea nécessaire de marcher à lui pour l'en chasser.</p> + +<p>Le vice-roi reçut l'ordre de s'y porter. La division Delzons +arriva le 23, à six heures du soir, sur la rive gauche, +s'empara du pont, et le fit rétablir.</p> + +<p>Dans la nuit du 23 au 24, deux divisions russes arrivèrent +dans la ville et s'emparèrent des hauteurs sur la rive droite, +qui sont extrêmement favorables.</p> + +<p>Le 24, à la pointe du jour, le combat s'engagea. Pendant +ce temps, l'armée ennemie parut tout entière, et vint prendre +position derrière la ville: les divisions Delzons, Broussier +et Pino, et la garde italienne furent successivement engagées. +Ce combat fait le plus grand honneur au vice-roi et +au quatrième corps d'armée. L'ennemi engagea les deux tiers +de son armée pour soutenir la position; ce fut en vain: la +ville fut enlevée, ainsi que les hauteurs. La retraite de l'ennemi +fut si précipitée, qu'il fut obligé de jeter vingt pièces +de canon dans la rivière.</p> + +<p>Vers le soir, le maréchal prince d'Eckmülh déboucha avec +son corps; et toute l'armée se trouva en bataille avec son +artillerie, le 25, sur la position que l'ennemi occupait la +veille.</p> + +<p>L'empereur porta son quartier-général le 24 au village de +Ghorodnia. A sept heures du matin, six mille cosaques, +qui s'étaient glissés dans les bois, firent un houra général sur +les derrières de la position, et enlevèrent six pièces de canon +qui étaient parquées. Le duc d'Istrie se porta au galop avec +toute la garde à cheval: cette horde fut sabrée, ramenée et +jetée dans la rivière; on lui reprit l'artillerie qu'elle avait +prise, et plusieurs voitures qui lui appartenaient; six cents +de ces cosaques ont été tués, blessés ou pris; trente hommes +de la garde ont été blessés, et trois tués. Le général de division +comte Rapp a eu un cheval tué sous lui: l'intrépidité +dont ce général a donné tant de preuves, se montre dans toutes +les occasions. Au commencement de la charge, les officiers +de cosaques appelaient la garde, qu'ils reconnaissaient, <i>muscadins +de Paris</i>. Le major des dragons Letort s'était fait remarquer. +A huit heures, l'ordre était rétabli.</p> + +<p>L'empereur se porta à Maloiaroslawetz, reconnut la position +de l'ennemi, et ordonna l'attaque pour le lendemain; +mais dans la nuit l'ennemi a battu en retraite. Le prince +d'Eckmülh l'a poursuivi pendant six lieues; l'empereur alors +l'a laissé aller, et a ordonné le mouvement sur Vereia.</p> + +<p>Le 26, le quartier-général était à Borowsk, et le 25 à Vereia. +Le prince d'Eckmülh est ce soir à Borowsk; le maréchal +duc d'Elchingen à Mojaïsk.</p> + +<p>Le temps est superbe, les chemins sont beaux: c'est le +reste de l'automne: ce temps durera encore huit jours, et +à cette époque nous serons rendus dans nos nouvelles positions.</p> + +<p>Dans le combat de Maloiaroslawetz, la garde italienne s'est +distinguée; elle a pris la position et s'y est maintenue. Le général +baron Delzons, officier distingué, a été tué de trois +balles. Notre perte est de quinze cents hommes tués ou blessés; +celle des ennemis est de six à sept mille. On a trouvé sur +le champ de bataille dix-sept cents Russes, parmi lesquels +onze cents recrues habillées de vestes grises, ayant à peine +deux mois de service.</p> + +<p>L'ancienne infanterie russe est détruite; l'armée russe n'a +quelque consistance que par les nombreux renforts de cosaques +récemment arrivés du Don. Des gens instruits assurent +qu'il n'y a dans l'infanterie russe que le premier rang composé +de soldats, et que les deuxième et troisième rangs sont remplis +par des recrues et des milices, que, malgré la parole qu'on +leur avait donnée, on y a incorporées. Les Russes ont eu +trois généraux tués. Le général comte Pino a été légèrement +blessé.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Smolensk, le 11 novembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le quartier-général impérial était, le 1er novembre, à +Viazma, et le 9 à Smolensk. Le temps a été très beau jusqu'au +6; mais, le 7, l'hiver a commencé, la terre s'est couverte +de neige. Les chemins sont devenus très-glissans et très-difficiles +pour les chevaux de trait. Nous en avons perdu beaucoup +par le froid et les fatigues; les bivouacs de la nuit leur +nuisent beaucoup.</p> + +<p>Depuis le combat de Maloiaroslawetz, l'avant-garde n'avait +pas vu l'ennemi, si ce n'est les cosaques qui, comme les +Arabes, rôdent sur les flancs et voltigent pour inquiéter.</p> + +<p>Le 2, à deux heures après-midi, douze mille hommes +d'infanterie russe, couverts par une nuée de cosaques, coupèrent +la route, à une lieue de Viasma, entre le prince +d'Eckmülh et le vice-roi. Le prince d'Eckmülh et le vice-roi +firent marcher sur cette colonne, la chassèrent du chemin, la +culbutèrent dans les bois, lui prirent un général-major avec +bon nombre de prisonniers, et lui enlevèrent six pièces de +canon; depuis on n'a plus vu l'infanterie russe, mais seulement +des cosaques.</p> + +<p>Depuis le mauvais temps du 6, nous avons perdu plus de +trois mille chevaux de trait, et près de cent de nos caissons +ont été détruits.</p> + +<p>Le général Wittgenstein ayant été renforcé par les divisions +russes de Finlande et par un grand nombre de troupes +de milice, a attaqua le 18 octobre, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr; +il a été repoussé par ce maréchal et par le général +de Wrede, qui lui ont fait trois mille prisonniers, et ont +couvert le champ de bataille de ses morts.</p> + +<p>Le 20, le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, ayant appris que +le maréchal duc de Bellune, avec le neuvième corps, marchait +pour le renforcer, repassa la Dwina, et se porta à sa +rencontre pour, sa jonction opérée avec lui, battre Wittgenstein +et lui faire repasser la Dwina. Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr +fait le plus grand éloge de ses troupes. La division +suisse s'est fait remarquer par son sang-froid et sa bravoure. +Le colonel Guéhéneuc, du vingt-sixième régiment d'infanterie +légère a été blessé. Le maréchal Saint-Cyr a eu une balle +au pied. Le maréchal duc de Reggio est venu le remplacer, +et a repris le commandement du deuxième corps.</p> + +<p>La santé de l'empereur n'a jamais été meilleure.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Molodetschino, le 3 décembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Jusqu'au 6 novembre, le temps a été parfait, et le +mouvement de l'armée s'est exécuté avec le plus grand succès. +Le froid a commencé le 9; dès ce moment, chaque nuit +nous avons perdu plusieurs centaines de chevaux, qui mouraient +au bivouac. Arrivés à Smolensk, nous avions déjà +perdu bien des chevaux de cavalerie et d'artillerie.</p> + +<p>L'armée russe de Volhynie était opposée à notre droite. +Notre droite quitta la ligne d'opération de Minsk, et prit +pour pivot de ses opérations la ligne de Varsovie. L'empereur +apprit à Smolensk, le 9, ce changement de ligne d'opérations, +et présuma ce que ferait l'ennemi. Quelque dur +qu'il lui parût de se mettre en mouvement dans une si cruelle +saison, le nouvel état des choses le nécessitait; il espérait arriver +à Minsk, ou du moins sur la Bérésina, avant l'ennemi; +il partit le 13 de Smolensk; le 16, il coucha à Krasnoi. Le +froid, qui avait commencé le 7, s'accrut subitement, et, du +14 au 15 et au 16, le thermomètre marqua seize et dix-huit +degrés au-dessous de glace. Les chemins furent couverts de +verglas; les chevaux de cavalerie, d'artillerie, de train périssaient +toutes les nuits, non par centaines, mais par milliers, +surtout les chevaux de France et d'Allemagne: plus de trente +mille chevaux périrent en peu de jours; notre cavalerie se +trouva toute à pied; notre artillerie et nos transports se trouvaient +sans attelage. Il fallut abandonner et détruire une bonne +partie de nos pièces et de nos munitions de guerre et de bouche.</p> + +<p>Cette armée, si belle le 6, était bien différente dès le 14, +presque sans cavalerie, sans artillerie, sans transports. Sans +cavalerie, nous ne pouvions pas nous éclairer à un quart de +lieue; cependant, sans artillerie, nous ne pouvions pas risquer +une bataille et attendre de pied ferme; il fallait marcher +pour ne pas être contraint à une bataille, que le défaut de +munitions nous empêchait de désirer; il fallait occuper un +certain espace pour ne pas être tournés, et cela sans cavalerie +qui éclairât et liât les colonnes. Cette difficulté, jointe à +un froid excessif subitement venu, rendit notre situation fâcheuse. +Les hommes que la nature n'a pas trempés assez fortement +pour être au-dessus de toutes les chances du sort et +de la fortune, parurent ébranlés, perdirent leur gaîté, leur +bonne humeur, et ne révèrent que malheurs et catastrophes; +ceux qu'elle a créés supérieurs à tout, conservèrent leur +gaîté, leurs manières ordinaires, et virent une nouvelle gloire +dans des difficultés différentes à surmonter.</p> + +<p>L'ennemi, qui voyait sur les chemins les traces de cette +affreuse calamité qui frappait l'armée française, chercha à +en profiter. Il enveloppait toutes les colonnes par ses cosaques, +qui enlevaient, comme les Arabes dans les déserts, les +trains et les voitures qui s'écartaient. Cette méprisable cavalerie, +qui ne fait que du bruit, et n'est pas capable d'enfoncer +une compagnie de voltigeurs, se rendit redoutable à la faveur +des circonstances. Cependant l'ennemi eut à se repentir de +toutes les tentatives sérieuses qu'il voulut entreprendre; il +fut culbuté par le vice-roi au-devant duquel il s'était placé, +et y perdit beaucoup de monde.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen qui, avec trois mille hommes, faisait +l'arrière-garde, avait fait sauter les remparts de Smolensk. Il +fut cerné et se trouva dans une position critique: il s'en tira +avec cette intrépidité qui le distingue. Après avoir tenu l'ennemi +éloigné de lui pendant toute la journée du 18, et l'avoir +constamment repoussé, à la nuit, il fit un mouvement +par le flanc droit, passa le Borysthène, et déjoua tous les +calculs de l'ennemi. Le 19, l'armée passa le Borysthène à +Orza, et l'armée russe fatiguée, ayant perdu beaucoup de +monde, cessa là ses tentatives.</p> + +<p>L'armée de Volhynie s'était portée dès le 16 sur Minsk, +et marchait sur Borisow. Le général Dombrowski défendit la +tête de pont de Borisow avec trois mille hommes. Le 23, il +fut forcé, et obligé d'évacuer cette position. L'ennemi passa +alors la Bérésina, marchant sur Bobr; la division Lambert +faisait l'avant-garde. Le deuxième corps, commandé par le +duc de Reggio, qui était à Tscherein, avait reçu l'ordre de +se porter sur Borisow pour assurer à l'armée le passage de +la Bérésina. Le 24, le duc de Reggio rencontra la division +Lambert à quatre lieues de Borisow, l'attaqua, la battit, lui +fit deux mille prisonniers, lui prit six pièces de canon, cinq +cents voitures de bagages de l'armée de Volhynie, et rejeta +l'ennemi sur la rive droite de la Bérésina. Le générai Berkeim, +avec le quatrième de cuirassiers, se distingua par une +belle charge. L'ennemi ne trouva son salut qu'on brûlant le +pont, qui a plus de trois cents toises.</p> + +<p>Cependant l'ennemi occupait tous les passages de la Bérésina; +cette rivière est large de quarante toises; elle charriait +assez de glaces; mais ses bords sont couverts de marais de +trois cents toises de long, ce qui la rend un obstacle difficile +à franchir.</p> + +<p>Le général ennemi avait placé ses quatre divisions dans +différens débouchés où il présumait que l'armée française +voudrait passer.</p> + +<p>Le 26, à la pointe du jour, l'empereur, après avoir +trompé l'ennemi par divers mouvemens faits dans la journée +du 25, se porta sur le village de Studzianca, et fit aussitôt, +malgré une division ennemie, et en sa présence, jeter deux +ponts sur la rivière. Le duc de Reggio passa, attaqua l'ennemi, +et le mena battant deux heures; l'ennemi se retira sur +la tête de pont de Borisow. Le général Legrand, officier du +premier mérite, fut blessé grièvement, mais non dangereusement. +Toute la journée du 26 et du 27 l'armée passa.</p> + +<p>Le duc de Bellune, commandant le neuvième corps, avait +reçu ordre de suivre le mouvement du duc de Reggio, de +faire l'arrière-garde, et de contenir l'armée russe de la Dwina +qui le suivait. La division Partouneaux faisait l'arrière-garde +de ce corps. Le 27 à midi, le duc de Bellune arriva avec +deux divisions au pont de Studzianca.</p> + +<p>La division Partouneaux partit à la nuit de Borisow. Une +brigade de cette division qui formait l'arrière-garde, et qui +était chargée de brûler les ponts, partit à sept heures du +soir; elle arriva entre dix et onze heures; elle chercha sa +première brigade et son général de division qui étaient partis +deux heures avant, et qu'elle n'avait pas rencontrés en route. +Ses recherches furent vaines; on conçut alors des inquiétudes. +Tout ce qu'on a pu connaître depuis, c'est que cette première +brigade, partie à cinq heures, s'est égarée à six, a pris à +droite au lieu de prendre à gauche, et a fait deux ou trois +lieues dans cette direction; que dans la nuit, et transie de +froid, elle s'est ralliée aux feux de l'ennemi, qu'elle a pris +pour ceux de l'armée française; entourée ainsi, elle aura été +enlevée. Cette cruelle méprise doit nous avoir fait perdre +deux mille hommes d'infanterie, trois cents chevaux et trois +pièces d'artillerie. Des bruits couraient que le général de division +n'était pas avec sa colonne, et avait marché isolément.</p> + +<p>Toute l'armée ayant passé le 28 au matin, le duc de Bellune +gardait la tête de pont sur la rive gauche; le duc +de Reggio, et derrière lui toute l'armée, était sur la rive +droite.</p> + +<p>Borisow ayant été évacué, les armées de la Dwina et de +Volhynie communiquèrent; elles concertèrent une attaque. +Le 28, à la pointe du jour, le duc de Reggio fit prévenir +l'empereur qu'il était attaqué; une demi-heure après, le duc +de Bellune le fut sur la rive gauche; l'armée prit les armes. +Le duc d'Elchingen se porta à la suite du duc de Reggio, et +le duc de Trévise derrière le duc d'Elchingen. Le combat +devint vif; l'ennemi voulut déborder notre droite; le général +Doumerc, commandant la cinquième division de cuirassiers, +et qui faisait partie du deuxième corps resté sur la +Dwina, ordonna une charge de cavalerie aux quatrième +et cinquième régimens de cuirassiers, au moment où la légion +de la Vistule s'engageait dans les bois pour percer le +centre de l'ennemi, qui fut culbuté et mis en déroute. Ces +braves cuirassiers enfoncèrent successivement six carrés d'infanterie, +et mirent en déroute la cavalerie ennemie qui venait +au secours de son infanterie: six mille prisonniers, deux drapeaux +et six pièces de canon tombèrent en notre pouvoir.</p> + +<p>De son côté, le duc de Bellune fit charger vigoureusement +l'ennemi, le battit, lui fit cinq à six cents prisonniers, et le +tint hors la portée du canon du pont. Le général Fournier fit +une belle charge de cavalerie.</p> + +<p>Dans le combat de la Bérésina, l'armée de Volhynie a +beaucoup souffert. Le duc de Reggio a été blessé; sa blessure +n'est pas dangereuse; c'est une balle qu'il a reçue dans +le côté.</p> + +<p>Le lendemain 29, nous restâmes sur le champ de bataille. +Nous avions à choisir entre deux routes, celle de Minsk et +celle de Wilna. La route de Minsk passe au milieu d'une +forêt et de marais incultes, et il eût été impossible à l'armée +de s'y nourrir. La route de Wilna, au contraire, passe dans +de très-bons pays; l'armée, sans cavalerie, faible en munitions, +horriblement fatiguée de cinquante jours de marche, +traînant à sa suite ses malades et les blessés de tant de combats, +avait besoin d'arriver à ses magasins. Le 30, le quartier-général +fut à Plechnitsi; le 1er décembre à Slaiki, et le +3 à Molodetschino, où l'armée a reçu les premiers convois de +Wilna.</p> + +<p>Tous les officiers et soldats blessés, et tout ce qui est embarras, +bagages, etc., ont été dirigés sur Wilna.</p> + +<p>Dire que l'armée a besoin de rétablir sa discipline, de +se refaire, de remonter sa cavalerie, son artillerie et son matériel, +c'est le résultat de l'exposé qui vient d'être fait. Le +repos est son premier besoin. Le matériel et les chevaux arrivent. +Le général Bourcier a déjà plus de vingt mille chevaux +de remonte dans différens dépôts. L'artillerie a déjà réparé +ses pertes; les généraux, les officiers et les soldats ont +beaucoup souffert de la fatigue et de la disette. Beaucoup ont +perdu leurs bagages par suite de la perte de leurs chevaux; +quelques-uns par le fait des embuscades des cosaques. Les +cosaques ont pris nombre d'hommes isolés, d'ingénieurs-géographes +qui levaient les positions, et d'officiers blessés qui +marchaient sans précaution, préférant courir des risques plutôt +que de marcher posément et dans les convois.</p> + +<p>Les rapports des officiers-généraux commandant les corps +feront connaître les officiers et soldats qui se sont le plus distingués, +et les détails de tous ces mémorables événemens.</p> + +<p>Dans tous ces mouvemens, l'empereur a toujours marché +au milieu de sa garde, la cavalerie, commandée par le maréchal +duc d'Istrie, et l'infanterie, commandée par le duc de +Dantzick. S. M. a été satisfaite du bon esprit que sa garde a +montré; elle a toujours été prête à se porter partout où les +circonstances l'auraient exigé; mais les circonstances ont +toujours été telles que sa simple présence a suffi, et qu'elle +n'a pas été dans le cas de donner.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel, le grand-maréchal, le grand-écuyer +et tous les aides-de-camp et les officiers militaires de +la maison de l'empereur, ont toujours accompagné sa Majesté.</p> + +<p>Notre cavalerie était tellement démontée, que l'on a dû +réunir les officiers auxquels il restait un cheval, pour en former +quatre compagnies de cent cinquante hommes chacune. +Les généraux y faisaient les fonctions de capitaines, et les +colonels celles de sous-officiers. Cet escadron sacré, commandé +par le général Grouchy, et sous les ordres du roi de +Naples, ne perdait pas de vue l'empereur dans tous ses mouvemens.</p> + +<p>La santé de Sa Majesté n'a jamais été meilleure.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 18 décembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Note publiée dans le Moniteur au retour de l'empereur +à Paris.</i></p> + +<p>Le 5 décembre, l'empereur réunit au quartier-général de +Smorgony, le roi de Naples, le vice-roi, le prince de Neufchâtel, +et les maréchaux ducs d'Elchingen, de Dantzick, de +Trévise, le prince d'Eckmülh, le duc d'Istrie, et leur fit connaître +qu'il avait nommé le roi de Naples son lieutenant-général +pour commander l'armée pendant la rigoureuse saison.</p> + +<p>S. M. passant à Wilna accorda un travail de plusieurs +heures à M. le duc de Bassano.</p> + +<p>S. M. voyagea <i>incognito</i> dans un seul traîneau, avec et sous +le nom du <i>duc de Vicence</i>. Elle visita les fortifications de +Praga, parcourut Varsovie, et y passa plusieurs heures inconnue. +Deux heures avant son départ, elle fit chercher le +comte Potocki et le ministre des finances du grand-duché, +qu'elle entretint long-temps.</p> + +<p>S. M. arriva le 14, à une heure après minuit à Dresde, et +descendit chez le comte Serra, son ministre. Elle s'entretint +long-temps avec le roi de Saxe, et repartit immédiatement, +prenant la route de Leipsick et de Mayence.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 20 décembre 1812.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur aux députations du sénat et du +conseil d'état, envoyées pour le féliciter sur son retour de +Russie.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Au Sénat.</i></p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>«Ce que vous me dites m'est fort agréable. J'ai à coeur la +gloire et la puissance de la France; mais mes premières pensées +sont pour tout ce qui peut perpétuer la tranquillité intérieure, +et mettre à jamais mes peuples à l'abri des déchiremens +des factions et des horreurs de l'anarchie. C'est sur +ces ennemies du bonheur des peuples que j'ai fondé, avec la +volonté et l'amour des Français, ce trône auquel sont attachées +désormais les destinées de la patrie.</p> + +<p>«Des soldats timides et lâches perdent l'indépendance des +nations; mais des magistrats pusillanimes détruisent l'empire +des lois, les droits du trône, et l'ordre social lui-même.</p> + +<p>«La plus belle mort serait celle d'un soldat qui périt au +champ d'honneur, si la mort d'un magistrat périssant en défendant +le souverain, le trône et les lois, n'était plus glorieuse +encore.</p> + +<p>«Lorsque j'ai entrepris la régénération de la France, j'ai +demandé à la Providence un nombre d'années déterminé. On +détruit dans un moment, mais on ne peut réédifier sans le +secours du temps. Le plus grand besoin de l'état est celui de +magistrats courageux.</p> + +<p>«Nos pères avaient pour cri de ralliement: <i>Le roi est +mort, vive le roi!</i> Ce peu de mots contient les principaux +avantages de la monarchie. Je crois avoir bien étudié l'esprit +que mes peuples ont montré dans les différens siècles; j'ai +réfléchi à ce qui a été fait aux différentes époques de notre +histoire: j'y penserai encore.</p> + +<p>«La guerre que je soutiens contre la Russie est une +guerre politique. Je l'ai faite sans animosité: j'eusse voulu +lui épargner les maux qu'elle-même s'est faits. J'aurais pu +armer la plus grande partie de sa population contre elle-même, +en proclamant la liberté des esclaves: un grand nombre +de villages me l'ont demandé; mais lorsque j'ai connu +l'abrutissement de cette classe nombreuse du peuple russe, +je me suis refusé à cette mesure qui aurait voué à la mort et +aux plus horribles supplices bien des familles. Mon armée a +essuyé des pertes, mais c'est par la rigueur prématurée de la +saison.</p> + +<p>«J'agrée les sentimens que vous m'exprimez.»</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>Au conseil d'état.</i></p> + +<p>«Conseillers d'état,</p> + +<p>«Toutes les fois que j'entre en France, mon coeur éprouve +une bien vive satisfaction. Si le peuple montre tant d'amour +pour mon fils, c'est qu'il est convaincu, par sentiment, des +bienfaits de la monarchie.</p> + +<p>«C'est à l'idéologie, à cette ténébreuse métaphysique, qui, +en recherchant avec subtilité les causes premières, veut sur +ses bases fonder la législation des peuples, au lieu d'approprier +les lois à la connaissance du coeur humain et aux leçons +de l'histoire, qu'il faut attribuer tous les malheurs qu'a +éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et ont effectivement +amené le régime des hommes de sang. En effet, +qui a proclamé le principe d'insurrection comme un devoir? +qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté +qu'il était incapable d'exercer? qui a détruit la sainteté et le +respect des lois, en les faisant dépendre, non des principes +sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice +civile, mais seulement de la volonté d'une assemblée composée +d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, +administratives, politiques et militaires? Lorsqu'on +est appelé à régénérer un état, ce sont des principes constamment +opposés qu'il faut suivre. L'histoire peint le coeur +humain; c'est dans l'histoire qu'il faut chercher les avantages +et les inconvéniens des différentes législations. Voilà les principes +que le conseil d'état d'un grand empire ne doit jamais +perdre de vue; il doit y joindre un courage à toute épreuve; +et, à l'exemple des présidens Harlay et Molé, être prêt à périr +en défendant le souverain, le trône et les lois.</p> + +<p>«J'apprécie les preuves d'attachement que le conseil-d'état +m'a données dans toutes les circonstances. J'agrée ses sentimens.»</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, 8 janvier 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur au Sénat.</i></p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>«Nous avons jugé utile de reconnaître par des récompenses +éclatantes les services qui nous ont été rendus, spécialement +dans cette dernière campagne, par notre cousin le maréchal +duc d'Elchingen.</p> + +<p>«Nous avons pensé d'ailleurs qu'il convenait de consacrer +le souvenir honorable pour nos peuples, de ces grandes circonstances +où nos armées nous ont donné tant de preuves signalées +de leur bravoure et de leur dévouement, et que tout +ce qui tendrait à en perpétuer la mémoire dans la postérité +était conforme à la gloire et aux intérêts de notre couronne.</p> + +<p>«Nous avons en conséquence érigé en principauté, sous +le titre de principauté de la Moskwa, le château de Rivoli, +département du Pô, et les terres qui en dépendent, pour +être possédés par notre cousin le maréchal duc d'Elchingen +et ses descendans, aux closes et conditions portées aux lettres patentes +que nous avons ordonné à notre cousin le prince archi-chancelier +de l'empire de faire expédier par le conseil du +sceau des titres.</p> + +<p>«Nous avons pris des mesures pour que les domaines de la-dite +principauté soient augmentés de manière à ce que le titulaire +et ses descendans puissent soutenir dignement le nouveau +titre que nous conférons, et ce, au moyen des dispositions +qui nous sont compétentes.</p> + +<p>«Notre intention est, ainsi qu'il est spécifié dans nos lettres-patentes, +que la principauté que nous avons érigée en +faveur de notre dit cousin le maréchal duc d'Elchingen, ne +donne à lui et à ses descendans d'autres rang et prérogatives +que ceux dont jouissent les ducs parmi lesquels ils prendront +rang selon la date de l'érection du titre.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 14 février 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à l'ouverture du corps-législatif.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des départemens au corps-législatif,</p> + +<p>«La guerre rallumée dans le nord de l'Europe offrait une +occasion favorable aux projets des Anglais sur la péninsule. +Ils ont fait de grands efforts. Toutes leurs espérances ont été +déçues.... Leur armée a échoué devant la citadelle de Burgos, +et a dû, après avoir essuyé de grandes pertes, évacuer +le territoire de toutes les Espagnes.</p> + +<p>«Je suis moi-même entré en Russie. Les armes françaises +ont été constamment victorieuses aux champs d'Ostrowno, +de Polotsk, de Mohilow, de Smolensk, de la Moskwa, de +Maloiaroslawetz. Nulle part les armées russes n'ont pu tenir +devant nos aigles; <i>Moscou est tombé en notre pouvoir.</i></p> + +<p>«Lorsque les barrières de la Russie ont été forcées, et que +l'impuissance de ses armes a été reconnue, un essaim de Tartares +ont tourné leurs mains parricides contre les plus belles +provinces de ce vaste empire qu'ils avaient été appelés à défendre. +Ils ont, en peu de semaines, malgré les larmes et le +désespoir des infortunés Moscovites, incendié plus de quatre +mille de leurs plus beau villages, plus de cinquante de leurs +plus belles villes, assouvissant ainsi leur ancienne haine, et +sous le prétexte de retarder notre marche en nous environnant +d'un désert. <i>Nous avons triomphé de tous ces obstacles!</i> +L'incendie même de Moscou où, en quatre jours, ils ont +anéanti le fruit des travaux et des épargnes de quarante générations, +n'avait rien changé à l'état prospère de mes affaires..... +Mais la rigueur excessive et prématurée de l'hiver +a fait peser sur mon armée une affreuse calamité. <i>En peu de +nuits, j'ai vu tout changer.</i> J'ai fait de grandes pertes. Elles +auraient brisé mon âme si, dans ces grandes circonstances, +j'avais dû être accessible à d'autres sentimens qu'à l'intérêt, +à la gloire et à l'avenir de mes peuples.</p> + +<p>«A la vue des maux qui ont pesé sur nous, la joie de l'Angleterre +a été grande, ses espérances n'ont pas eu de bornes. +Elle offrait nos plus belles provinces pour récompense à la +trahison. Elle mettait pour condition à la paix le déchirement +de ce bel empire: c'était, sous d'autres termes, proclamer +<i>la guerre perpétuelle</i>.</p> + +<p>«L'énergie de mes peuples, dans ces grandes circonstances, +leur attachement à l'intégrité de l'empire, qu'ils m'ont montré, +ont dissipé toutes ces chimères, et ramené nos ennemis à +un sentiment plus juste des choses.</p> + +<p>«Les malheurs qu'a produits la rigueur des climats ont fait +ressortir dans toute leur étendue la grandeur et la solidité de +cet empire, fondé sur les efforts et l'amour de cinquante millions +de citoyens, et sur les ressources territoriales des plus +belles contrées du monde.</p> + +<p>«C'est avec une vive satisfaction que nous avons vu nos +peuples du royaume d'Italie, ceux de l'ancienne Hollande et +des départemens réunis, rivaliser avec les anciens Français, +et sentir qu'il n'y a pour eux d'espérance, d'avenir et de bien, +que dans la consolidation et le triomphe du grand empire.</p> + +<p>«Les agens de l'Angleterre propagent chez tous nos voisins +l'esprit de révolte contre les souverains. L'Angleterre +voudrait voir le continent entier en proie à la guerre civile +et à toutes les fureurs de l'anarchie; mais la Providence l'a +elle-même désignée pour être la première victime de l'anarchie +et de la guerre civile.</p> + +<p>«J'ai signé directement avec le pape un concordat qui +termine tous les différens qui s'étaient malheureusement élevés +dans l'église. La dynastie française règne et régnera en +Espagne. Je suis satisfait de la conduite de tous mes alliés. +Je n'en abandonnerai aucun; je maintiendrai l'intégrité de +leurs états. Les Russes rentreront dans leur affreux climat.</p> + +<p>«Je désire la paix; elle est nécessaire au monde. Quatre +fois, depuis la rupture qui a suivi le traité d'Amiens, je l'ai +proposée dans des démarches solennelles. Je ne ferai jamais +qu'une paix honorable et conforme aux intérêts et à la grandeur +de mon empire. Ma politique n'est point mystérieuse; +j'ai fait connaître les sacrifices que je pouvais faire.</p> + +<p>«Tant que cette guerre maritime durera, mes peuples +doivent se tenir prêts à toute espèce de sacrifices; car une +mauvaise paix ferait tout perdre, jusqu'à l'espérance, et tout +serait compromis, même la prospérité de nos neveux.</p> + +<p>«L'Amérique a recouru aux armes pour faire respecter la +souveraineté de son pavillon; les voeux du monde l'accompagnent +dans cette glorieuse lutte. Si elle la termine en obligeant +les ennemis du continent à reconnaître le principe que le pavillon +couvre la marchandise et l'équipage, et que les neutres +ne doivent pas être soumis à des blocus sur le papier, le tout +conformément aux stipulations du traité d'Utrecht, l'Amérique +aura mérité de tous les peuples. La postérité dira que +l'ancien monde avait perdu ses droits, et que le nouveau les +a reconquis.</p> + +<p>«Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître, dans l'exposé +de la situation de l'empire, l'état prospère de l'agriculture, +des manufactures et de notre commerce intérieur, ainsi +que l'accroissement toujours constant de notre population. +Dans aucun siècle l'agriculture et les manufactures n'ont été +en France à un plus haut degré de prospérité.</p> + +<p>«J'ai besoin de grandes ressources pour faire face à toutes +les dépenses qu'exigent les circonstances; mais moyennant +différentes mesures que vous proposera mon ministre des finances, +je ne devrai imposer aucune nouvelle charge à mes +peuples.»</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">De notre palais de l'Elysée, le 30 mars 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français, roi d'Italie; protecteur de la confédération +du Rhin, médiateur de la confédération suisse, etc., etc;</p> + +<p>A tous ceux qui ces présentes verront, salut.</p> + +<p>Voulant donner à notre bien-aimée épouse l'impératrice +et reine Marie-Louise, des marques de la haute confiance +que nous avons en elle, nous avons résolu de l'investir, comme +nous l'investissons par ces présentes, du droit d'assister aux +conseils du cabinet, lorsqu'il en sera convoqué pendant la durée +de mon règne, pour l'examen des affaires les plus importantes +de l'état; et attendu que nous sommes dans l'intention +d'aller incessamment nous mettre à la tête de nos armées, pour +délivrer le territoire de nos alliés, nous avons également résolu +de conférer, comme nous conférons par ces présentes, +à notre bien-aimée épouse l'impératrice et reine, le titre de +régente, pour en exercer les fonctions, en conformité de nos +intentions et de nos ordres, tels que nous les aurons fait transcrire +sur le livre de l'état; entendant qu'il soit donné connaissance +aux princes grands dignitaires et à nos ministres, desdits +ordres et instructions, et qu'en aucun cas, l'impératrice +ne puisse s'écarter de leur teneur, dans l'exercice des fonctions +de régente.</p> + +<p>Voulons que l'impératrice-régente préside, en notre nom, +le sénat, le conseil-d'état, le conseil des ministres et le conseil +privé, notamment pour l'examen des recours en grâce, +sur lesquels nous l'autorisons à prononcer, après avoir entendu +les membres dudit conseil privé. Toutefois notre intention +n'est point que par suite de la présidence conférée à +l'impératrice-régente, elle puisse autoriser par sa signature, +la présentation d'aucun sénatus-consulte, ou proclamer aucune +loi de l'état; nous référant à cet égard au contenu des +ordres et instructions mentionnées ci-dessus.</p> + +<p>Mandons à notre cousin le prince archi-chancelier de l'empire, +de donner communication des présentes lettres-patentes +au sénat, qui les fera transcrire sur ses registres, et à notre +grand-juge ministre de la justice, de les faire publier au bulletin +des lois, et de les adresser à nos cours impériales, pour +y être lues, publiées et transcrites sur les registres d'icelles.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">En notre palais de l'Elysée-Napoléon, le 3 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de l'empereur et roi au Sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Conformément aux constitutions de l'empire, nous vous +présentons comme candidats pour la place vacante au sénat +par la mort du comte de Bougainville, le baron Lacuée, premier +président de la cour impériale d'Agen, présenté par le +collège électoral du département de Lot-et-Garonne; le baron +d'Haubersaert, premier président de la cour impériale +de Douai, présenté par le collège électoral du département +du Nord; le président Berthereau, présenté par le collège +électoral du département de la Seine.</p> + +<p>Nous sommes bien aise que nos cours impériales voient +dans le choix de ces trois magistrats notre satisfaction de la +manière dont elles remplissent nos voeux pour l'administration +de la justice.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">En notre palais de l'Elysée-Napoléon, le 5 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de l'empereur et roi au Sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Nous avons nommé pour remplir les treize places vacantes +au sénat:</p> + +<p>Le cardinal Bayane, prélat distingué par ses vertus religieuses, +l'étendue de ses lumières et les services qu'il a rendus +à la patrie; il a travaillé au concordat de Fontainebleau, +qui complète les libertés de nos églises; oeuvre commencée +par saint Louis, continuée par Louis XIV, et achevée par +nous; le baron Bourlier, évêque d'Evreux, le doyen de nos +évêques, l'un des docteurs les plus distingués de la Sorbonne +de Paris, société qui a rendu de si importans services à l'état, +en démêlant, au milieu des ténèbres des siècles, les vrais +principes de notre religion, d'avec les prétentions subversives +de l'indépendance des couronnes. Nous désirons que le clergé +de notre empire voie dans ces choix un témoignage de la satisfaction +que nous avons de sa fidélité, de ses lumières et +de son attachement à notre personne.</p> + +<p>Le comte Legrand, général de division, couvert d'honorables +blessures, et auquel nous avons les plus grandes obligations +pour les services qu'il nous a rendus dans les circonstances +les plus importantes.</p> + +<p>Le comte Chasseloup-Laubat, le comte Gassendi, et le +comte Saint-Marsan, conseillers en notre conseil-d'état. Nous +désirons que notre conseil voie dans cette distinction accordée +à trois de ses membres, le contentement que nous avons +de ses services;</p> + +<p>Le comte Barbé-Marnois, premier président de notre cour +des comptes: en peu d'années et par un travail assidu, notre +cour des comptes a liquidé tout l'arriéré, et atteint le but +pour lequel nous l'avions instituée.</p> + +<p>Le comte De Crois, l'un de nos chambellans, présenté par +le collège électoral du département de Sambre et Meuse: les +officiers de notre maison verront dans cette distinction accordée +à l'un d'eux, la satisfaction que nous avons de la fidélité +et de l'attachement qu'ils nous montrent dans toutes les +circonstances.</p> + +<p>Le duc de Cadore, ministre d'état, intendant-général de +notre maison; le duc de Frioul, notre grand-maréchal; le +comte de Montesquiou, notre grand-chambellan; le duc de +Vicence, notre grand-écuyer; le comte de Ségur, notre grand-maître +des cérémonies.</p> + +<p>Nous voyons de l'utilité à faire siéger au sénat les grands-officiers +de notre couronne; nous sommes bien aise de leur +donner cette preuve de notre satisfaction.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<h3>CAMPAGNE DE SAXE.</h3> + +<h3>LIVRE HUITIÈME.</h3> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a></i></p> + +<p class="milieu">SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DARS LE NORD, AU 30 +MARS.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> Dans cette campagne et dans la suivante, Napoléon, +comme s'il eût prévu que la victoire allait l'abandonner pour +toujours, cessa d'envoyer dans sa capitale ces bulletins guerriers, +fidèles témoignages de ses succès sur les champs de bataille. +Les nouvelles des armées étaient adressées à l'impératrice, et +Publiées par extrait dans le Moniteur. Mais la rédaction n'en +appartenait pas moins à l'empereur, et c'est à ce titre que nous +les publions. Il sera curieux de comparer la peinture de nos revers +tracée de la même main qui avait improvisé les brillans bulletins +d'Austerlitz, de Iéna et de Friedland.]</blockquote> + +<p>La garnison de Dantzick avait éloigné l'ennemi de toutes +les hauteurs d'Oliva, dans les premiers jours de mars.</p> + +<p>Les garnisons de Thorn et de Modlin étaient dans le meilleur +état. Le corps qui bloquait Zamosc s'en était éloigné.</p> + +<p>Sur l'Oder, les places de Stettin, Custrin et Glogau n'étaient +pas assiégées. L'ennemi se tenait hors de la portée du +canon de ces forteresses. La garnison de Stettin avait brûlé +tous les faubourgs et préparé tout le terrain autour de la +place.</p> + +<p>La garnison de Spandau avait également brûlé tout ce qui +pouvait gêner la défense de la place.</p> + +<p>Sur l'Elbe, le 17, on avait fait sauter une arche du pont +de Dresde, et le général Durutte avait pris position sur la rive +gauche. Les Saxons s'étaient portés autour de Torgau.</p> + +<p>Le vice-roi était parti de Leipsick, et avait porté, le 21, +son quartier-général à Magdebourg.</p> + +<p>Le général Lapoype commandait à Wittenberg le pont et +la place, qui étaient armés et approvisionnés pour plusieurs +mois. On l'avait remise en bon état.</p> + +<p>Arrivé à Magdebourg, le vice-roi avait envoyé le 22 le +général Lauriston sur la rive droite de l'Elbe. Le général +Maison s'était porté à Mockern et avait poussé des postes +sur Burg et Ziczar; il n'a trouvé que quelques pulks de troupes +légères, qu'il a culbutés et sur lesquels il a pris ou tué +une soixantaine d'hommes.</p> + +<p>Le 12, le général Carra-Saint-Cyr, commandant la trente-deuxième +division militaire, avait jugé convenable de repasser +sur la rive gauche de l'Elbe, et de laisser Hambourg à la +garde des autorités et des gardes nationales. Du 15 au 20, +différentes insurrections se manifestèrent dans les départemens +des Bouches-de-l'Elbe et de l'Ems.</p> + +<p>Le général Morand, qui occupait la Poméranie suédoise, +ayant appris l'évacuation de Berlin, faisait sa retraite sur +Hambourg. Il passa l'Elbe à Zollenpischer, et le 17, il fit sa +jonction avec le général Carra-Saint-Cyr. Deux cents hommes +de troupes légères ennemies ayant atteint son arrière-garde, +il les fit charger et leur tua quelques hommes. Le général +Morand se porta sur la rive gauche, et le général Saint-Cyr +se dirigea sur Brème.</p> + +<p>Le 24, le général Saint-Cyr fit partir deux colonnes mobiles, +pour se porter sur les batteries de Calsbourg et de +Blexen, que des contrebandiers aidés des paysans et de quelques +débarquemens anglais avaient enlevées. Ces colonnes +ont mis les insurgés en déroute et repris les batteries. Les +chefs ont été pris et fusillés. Les Anglais débarqués n'étaient +qu'une centaine; on n'a pu leur faire que quarante prisonniers.</p> + +<p>Le vice-roi avait réuni toute son armée, forte de cent +mille hommes et de trois cents pièces de canon, autour de +Magdebourg, manoeuvrant sur les deux rives.</p> + +<p>Le général de brigade Montbrun, qui, avec une brigade +de cavalerie, occupait Steindal, ayant appris que l'ennemi +avait passé le bas Elbe dans des bateaux près de Werden, +s'y porta le 28, chassa les troupes légères de l'ennemi, et +entra dans Werden au galop. Le quatrième de lanciers exécuta +une charge à fond, dans laquelle il tua une cinquantaine +de cosaques et en prit douze. L'ennemi se hâta de regagner +la rive droite de l'Elbe. Trois gros bateaux furent coulés bas, +et quelques barques chavirèrent; elles pouvaient être chargées +de soixante chevaux et d'un pareil nombre d'hommes. On a +pu sauver dix-sept cavaliers, parmi lesquels se sont trouvés +deux officiers, dont un aide-de-camp du général Dornberg, +qui commandait cette colonne.</p> + +<p>Il paraît qu'un corps de troupes légères, d'un millier de +chevaux, de deux mille hommes d'infanterie et de six pièces +de canon, est parvenu à se diriger du côté de Brunswick, +pour exciter à la révolte le Hanovre et le royaume de Westphalie. +Le roi de Westphalie s'est mis à la poursuite de ce +corps, et d'autres colonnes envoyées par le vice-roi arrivent +sur ses derrières.</p> + +<p>Quinze cents hommes de troupes légères ennemies ont +passé l'Elbe le 27, près de Dresde, sur des batelets. Le général +Durutte marche sur eux. Les Saxons avaient laissé ce +point dégarni, en se groupant autour de Torgau.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa était arrivé le 26 avec son quartier-général +et son corps d'armée à Wurtzbourg; son avant-garde +débouchait des montagnes de la Thuringe.</p> + +<p>Le duc de Raguse a porté le 22 mars son quartier-général +à Hanau; ses divisions s'y réunissaient.</p> + +<p>Au 30 mars, l'avant-garde du corps d'observation d'Italie +était arrivée à Augsbourg. Tout le corps traversait le Tyrol.</p> + +<p>Le 27, le général Vandamme arrivait de sa personne à +Brème. Les divisions Dumonceau et Dufour avaient déjà +dépassé Wesel.</p> + +<p>Indépendamment de l'armée du vice-roi, des armées du +Mein et du corps du roi de Westphalie, il y aura dans la +première quinzaine d'avril, près de cinquante mille hommes +dans la trente-deuxième division militaire, afin de faire +un exemple sévère des insurrections qui ont troublé cette division. +Le comte de Bentink, maire de Varel, a eu l'infamie +de se mettre à la tête des révoltés. Ses propriétés seront confisquées, +et il aura, par sa trahison, consommé à jamais la +ruine de sa famille.</p> + +<p>Pendant tout le mois de mars, il n'y a eu aucune affaire. +Dans toutes les escarmouches, dont celle du 28 (à Werden) +est, de beaucoup, la plus considérable, l'armée française +a toujours eu le dessus.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p class="milieu">SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 5 +AVRIL.</p> + +<p>Les nouvelles de Dantzick étaient satisfaisantes. La nombreuse +garnison a formé des camps en dehors. L'ennemi se +tenait éloigné de la place, et ne paraissait pas en disposition +de rien tenter. Deux frégates anglaises s'étaient fait voir devant +la place.</p> + +<p>A Thorn, il n'y avait rien de nouveau. On y avait mis le +temps à profit pour améliorer les fortifications.</p> + +<p>L'ennemi n'avait que très-peu de forces devant Modlin; le +général Daendels en a profité pour faire une sortie, a repoussé +le corps ennemi, et s'est emparé d'un gros convoi, où il y +avait entre autres cinq cents boeufs.</p> + +<p>La garnison de Zamosc est maîtresse du pays à six lieues à +la ronde, l'ennemi n'observant cette place qu'avec quelque +cavalerie légère.</p> + +<p>Le général Frimont et le prince Poniatowski étaient toujours +dans la même position sur la Pilica.</p> + +<p>Stettin, Custrin et Glogau étaient dans le même état. L'ennemi +paraissait avoir des projets sur Glogau dont le blocus +était resserré.</p> + +<p>Le corps ennemi qui, le 27 mars, a passé l'Elbe à Werden, +et dont l'arrière-garde a été défaite le 28 par le général +Montbrun, et jetée dans la rivière, s'était dirigé sur Luxembourg.</p> + +<p>Le 29, le général Morand partit de Brême, et se porta sur +Lunebourg, où il arriva le premier avril. Les habitans, soutenus +par quelques troupes légères de l'ennemi, voulurent +faire résistance; les portes furent enfoncées à coups de canon, +une trentaine de ces rebelles passés par les armes, et la ville +fut soumise.</p> + +<p>Le 2, le corps ennemi qu'on supposait de trois à quatre +mille hommes, cavalerie, infanterie et artillerie, se présenta +devant Lunebourg. Le général Morand marcha à sa rencontre +avec sa colonne, composée de huit cents Saxons, et de deux +cents Français, avec une trentaine de cavaliers et quatre pièces +de canon. La canonnade s'engagea. L'ennemi avait été +forcé de quitter plusieurs positions, lorsque le général Morand +fut tué par un boulet. Le commandement passa à un +colonel saxon. Les troupes, étonnées de la perte de leur chef, +se replièrent dans la ville; et après s'y être défendues pendant +une demi-journée, elles capitulèrent le soir. L'ennemi +fit ainsi prisonniers sept cents Saxons et deux cents Français. +Une partie des prisonniers ont été repris.</p> + +<p>Le lendemain, le général Montbrun, commandant l'avant-garde +du corps du prince d'Eckmühl, arriva à Lunebourg. +L'ennemi, instruit de son approche, avait évacué la ville +en toute hâte et repassé l'Elbe. Le prince d'Eckmühl, arrivé +le 4, a forcé l'ennemi à retirer tous ses partis de la rive gauche +de l'Elbe, et a fait occuper Stade.</p> + +<p>Le 5, le général Vandamme avait réuni à Brême les divisions +Saint-Cyr et Dufour. Le général Dumonceau, avec sa +division, était à Minden.</p> + +<p>Le vice-roi a rencontré, le 2 avril, une division prussienne +en avant de Magdebourg sur la rive droite de l'Elbe, l'a culbutée, +l'a poursuivie l'espace de plusieurs lieues, et lui a fait +quelques centaines de prisonniers.</p> + +<p>La brigade bavaroise, qui fait partie de la division du général +Durutte, a eu, le 29 mars, une affaire à Coldiz avec +la cavalerie ennemie. Cette infanterie a repoussé toutes les +charges que l'ennemi a tentées sur elle, et lui a tué plus de +cent hommes, parmi lesquels on a reconnu un colonel et plusieurs +officiers. La perte des Bavarois n'a été que de seize +hommes blessés. Depuis lors le général Durutte a continué +son mouvement sans être inquiété, pour se porter sur la Saale +à Bernbourg.</p> + +<p>Un détachement de cavalerie ennemie était entré le 5 dans +Leipsick.</p> + +<p>Le duc de Bellune était en observation à Calbe et Bernbourg +sur la Saale.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p class="milieu">SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU +10 AVRIL</p> + +<p>Le 5, la trente-cinquième division, commandée par le général +Grenier, a eu une affaire d'avant-postes sur la rive droite +de l'Elbe, à quatre lieues de Magdebourg. Quatre bataillons +de cette division seulement ont été engagés. L'infanterie a +montré son intrépidité ordinaire, et l'ennemi a été repoussé.</p> + +<p>Le 7, le vice-roi étant instruit que l'ennemi avait passé +l'Elbe à Dessau, a envoyé le cinquième corps et une partie +du onzième pour appuyer le deuxième corps, commandé par +le duc de Bellune. Lui-même il s'est porté à Stassfurt, où +son quartier-général était le 9, et il a réuni son armée sur la +Saale, la gauche à l'Elbe, la droite appuyée aux montagnes +du Hartz, et la réserve à Magdebourg.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl, qui le 8 avait son quartier-général +à Lunebourg, se mettait en marche pour se rapprocher de +Magdebourg.</p> + +<p>L'artillerie des divisions du général Vandamme arrivait à +Brême et à Minden.</p> + +<p>La tête d'un corps composé de deux divisions, qui doit +prendre position à Wesel, sous les ordres du général Lemarrois, +commençait à arriver.</p> + +<p>Le 10, le général Souham avait envoyé un régiment à +Erfurt, où on n'avait pas encore de nouvelles des troupes légères +de l'ennemi.</p> + +<p>Le duc de Raguse prenait position sur les hauteurs d'Eisenach.</p> + +<p>L'armée française du Mein paraissait en mouvement dans +différentes directions.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel était attendu à Mayence.</p> + +<p>Une partie de l'état-major de l'empereur y était arrivée, ce +qui faisait présumer l'arrivée prochaine de ce souverain.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p class="milieu">SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU +20 AVRIL.</p> + +<p>Dantzick, Thorn, Modlin, Zamosc, étaient dans le même +état.</p> + +<p>Stettin, Custrin, Glogau, Spandau, n'étaient que faiblement +bloqués.</p> + +<p>Magdebourg était le point de réserve du vice-roi.</p> + +<p>Wittemberg et Torgau étaient en bon état. La garnison de +Wittemberg avait repoussé l'attaque de vive force.</p> + +<p>Le général Vandamme était en avant de Brême; le général +Sébastiani entre Celle et le Weser; le vice-roi dans la même +position, la gauche sur l'Elbe, à l'embouchure de la Saale, +et la droite au Hartz, occupant Bernbourg, sa réserve à +Magdebourg.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa était à Erfurt; le duc de Raguse +à Gotha, occupant Langen-Saltza; le duc d'Istrie à Eisenach; +le comte Bertrand à Cobourg.</p> + +<p>Le général Souham était à Weymar. La ville avait été +occupée par trois cents hussards prussiens, qui furent éparpillés +dans la journée du 19 par un escadron du dixième de +hussards, et un escadron badois, sous les ordres du général +Laboissière. On leur a pris soixante hussards et quatre officiers, +parmi lesquels se trouve un aide-de-camp du général +Blucher.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Mayence, le 24 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>S. M. l'empereur a passé, le 22 du mois, la revue de quatre +beaux régimens de la vieille garde; il a témoigné sa satisfaction +du bel état des ces troupes; elles sont arrivées à +Mayence en poste, et n'ont mis que six jours pour faire la +route; elles étaient si peu fatiguées, qu'elles ont passé le Rhin +sur-le-champ. Le général Curial est arrivé à Mayence avec +les cadres des douze nouveaux régimens de la jeune garde +qui s'organisent en cette ville. Toutes les fournitures destinées +à l'équipement de ces troupes sont arrivées à Mayence +par les transports accélérés.</p> + +<p>Le duc de Castiglione a été nommé gouverneur militaire +des grands-duchés de Francfort et de Wurtzbourg. La citadelle +de Wurtzbourg a été armée et approvisionnée.</p> + +<p>Les bruits qui avaient été répandus sur une prétendue défaite +du général Sébastiani et sur la mort de ses aides-de-camp +sont faux et controuvés; au contraire, se proposant +d'attirer l'ennemi à lui, il ordonna au général Maurin d'évacuer +Celle; douze cents cosaques s'y jetèrent sur-le-champ. +Le 28, le général Maurin rentra précipitamment dans Celle, +pêle-mêle avec l'ennemi, qui fut mis dans une déroute complète, +et perdit une cinquantaine de tués, grand nombre de +blessés et une centaine de prisonniers.</p> + +<p>Pendant ce temps, le général Sébastiani se portait sur +Ueltzen; il chassa de Gros-OEsingen un parti de six cents +cosaques, qui se reploya sur Sprakensehl, où l'ennemi avait +réuni quinze cents cavaliers. Le général Sébastiani les fit aussitôt +charger et enfoncer; on leur a tué vingt-cinq hommes, +blessé beaucoup plus, et pris une vingtaine de cosaques; les +fuyards ont été poursuivis jusque près d'Ueltzen.</p> + +<p>Le général Vandamme commande à Brême; il a sous ses +ordres les trois divisions Dufour, Saint-Cyr et Dumonceau.</p> + +<p>L'effervescence des esprits se calme dans la trente-deuxième +division militaire; la quantité de forces qu'on voit arriver de +tous côtés, les exemples sévères qu'on a faits sur les chefs des +complots, mais surtout le peu de monde que l'ennemi a pu +montrer sur ce point, ont comprimé la malveillance.</p> + +<p>Le duc de Reggio est parti le 23 de Mayence pour prendre +le commandement du douzième corps de la grande-armée.</p> + +<p>Au 24, la plus grande partie de l'armée avait passé les +montagnes de la Thuringe.</p> + +<p>Le roi de Saxe ayant jugé convenable de s'approcher le +plus possible de Dresde, s'est porté sur Prague.</p> + +<p>S. M. l'empereur est parti le 24, à huit heures du soir, +de Mayence.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie a repris les fonctions de colonel-général +de la garde. S. M. a envoyé à Wetzlar le duc de Trévise +pour organiser le corps polonais du général Dombrowski, +et en former deux régimens d'infanterie, deux régimens de +cavalerie et deux batteries d'artillerie. S. M. a pris ce corps +à sa solde depuis le premier janvier.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl s'est rendu dans la trente-deuxième +division militaire, pour y exercer, vu les circonstances, les +pouvoirs extraordinaires délégués par le sénatus-consulte du +3 avril.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 25 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>La place de Thorn a capitulé; la garnison retourne en +Bavière; elle était composée de six cents Français et de deux +mille sept cents Bavarois: dans ce nombre de trois mille trois +cents hommes, douze cents étaient aux hôpitaux. Aucun préparatif +n'annonçait encore le commencement du siége de +Dantzick: la garnison était en bon état et maîtresse des dehors. +Modlin et Zamosk n'étaient point sérieusement inquiétés. +A Stettin, un combat très-vif avait eu lieu. L'ennemi, +ayant voulu s'introduire entre Stettin et Dam, avait été culbuté +dans les marais, et quinze cents Prussiens y avaient été +tués ou pris.</p> + +<p>Une lettre reçue de Glogau faisait connaître que cette place, +au 12 avril, était dans le meilleur état. Il n'y avait rien de +nouveau à Custrin. Spandau était assiégé: un magasin à +poudre y avait sauté, et l'ennemi ayant cru pouvoir profiter +de cette circonstance pour donner l'assaut, avait été repoussé +après avoir perdu mille hommes tués ou blessés. On n'a +point fait de prisonniers, parce qu'on était séparé par des +marais.</p> + +<p>Les Russes ont jeté des obus dans Wittenberg, et brûlé +une partie de la ville. Ils ont voulu tenter une attaque de vive +force qui ne leur a point réussi. Ils y ont perdu cinq à six +cents hommes.</p> + +<p>La position de l'armée russe paraissait être la suivante: +un corps de partisans, commandé par un nommé Dornberg +qui, en 1809, était capitaine des gardes du roi de Westphalie, +et qui le trahit lâchement, était à Hambourg et faisait +des courses entre l'Elbe et le Weser. Le général Sébastiani +était parti pour lui couper l'Elbe.</p> + +<p>Les deux corps prussiens des généraux Lecoq et Blucher +paraissaient occuper, le premier, la rive droite de la Basse-Saale; +le second, la rive droite de la Haute-Saale.</p> + +<p>Les généraux russes Wintzingerode et Wittgenstein occupaient +Leipsick; le général Barclay de Tolly était sur la +Vistule, observant Dantzick; le général Saken était devant +le corps autrichien, dans la direction de Cracovie, sur la +Pilica.</p> + +<p>L'empereur Alexandre avec la garde russe, et le général +Kutusow ayant une vingtaine de mille hommes, paraissaient +être sur l'Oder; ils s'étaient fait annoncer à Dresde pour le +12 avril, ils s'y étaient fait depuis annoncer pour le 20: aucune +de ces annonces ne s'est réalisée.</p> + +<p>L'ennemi paraissait vouloir se maintenir sur la Saale.</p> + +<p>Les Saxons étaient dans Torgau.</p> + +<p>Voici la position de l'armée française:</p> + +<p>Le vice-roi avait son quartier-général à Mansfeld, la gauche +appuyée à l'embouchure de la Saale, occupant Calbe et +Bernbourg, où est le duc de Bellune. Le général Lauriston, +avec le cinquième corps, occupait Asleben, Sondersleben et +Gerbstet. La trente-unième division était sur Eisleben, la +trente-sixième et la trente-cinquième étaient en arrière en +réserve. Le prince de la Moskwa avait son corps en avant de +Weymar. Le duc de Raguse était à Gotha; le quatrième +corps, commandé par le général Bertrand, était à Saalfeld; +le douzième corps, sous les ordres du duc de Reggio, arrivant +à Cobourg.</p> + +<p>La garde est à Erfurt, où l'empereur est arrivé le 25 à +onze heures du soir. Le 26, S. M. a passé la revue de la +garde, et a visité les fortifications de la ville et de la citadelle. +Elle a fait désigner des locaux pour y établir des hôpitaux +qui pussent contenir six mille malades ou blessés, +ayant ordonné qu'Erfurt serait la dernière ligne d'évacuation.</p> + +<p>Le 27, l'empereur a passé en revue la division Bonnet, +faisant partie du sixième corps aux ordres du duc de Raguse.</p> + +<p>Toute l'armée paraissait en mouvement: déjà tous les partis +que l'ennemi avait sur la rive gauche de la Saale se sont +déployés. Trois mille hommes de cavalerie s'étaient portés sur +Nordhausen pour pénétrer dans le Hartz, et un autre parti +sur Heiligenstadt pour menacer Cassel: tout cela s'est reployé +avec précipitation, en laissant des malades, des blessés, et +des traînards qui ont été faits prisonniers. Depuis les hauteurs +d'Ebersdorf jusqu'à l'embouchure de la Saale, il n'y a plus +d'ennemis sur la rive gauche.</p> + +<p>La jonction entre l'armée de l'Elbe et l'armée du Mein +doit s'opérer le 27 entre Naumbourg et Mersebourg.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 28 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était le 28 à Naumbourg: +le prince de la Moskwa avait passé la Saale. Le général +Souham avait culbuté une avant-garde de deux mille +hommes qui avait voulu s'opposer au passage de la rivière. +Tout le corps du prince de la Moskwa était en bataille au-delà +de Naumbourg.</p> + +<p>Le général Bertrand occupait Jéna et avait son corps rangé +sur le fameux champ de bataille d'Jéna.</p> + +<p>Le duc de Reggio, avec le douzième corps, arrivait à +Saalfeld.</p> + +<p>Le vice-roi débouchait par Halle et Mersebourg.</p> + +<p>Le général Sébastiani s'était porté, le 24, sur Velzen; il +avait culbuté un corps de quatre mille aventuriers, commandés +par le général russe Czenicheff; il avait dispersé +son infanterie; il avait pris une partie de ses bagages et de +son artillerie, et le poursuivait l'épée dans les reins sur +Lunebourg.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 30 avril 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 29, l'empereur avait porté son quartier général à +Naumbourg.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa s'était porté sur Weissenfels. Son +avant-garde, commandée par le général Souham, arriva près +de cette ville à deux heures après midi, et se trouva en présence +du général russe Lanskoi, commandant une division +de six à sept mille hommes de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie. +Le général Souham n'avait pas de cavalerie; mais, +sans en attendre, il marcha à l'ennemi et le culbuta de ses différentes +positions. L'ennemi démasqua douze pièces de canon; +le général Souham en fit mettre un pareil nombre en batterie. +La canonnade devint vive et fit des ravages dans les rangs russes +qui étaient à cheval et à découvert, tandis que nos pièces +étaient soutenues par des tirailleurs placés dans des ravins +et dans des villages. Le général de brigade Chemineau +s'est fait remarquer. L'ennemi essaya plusieurs charges de +cavalerie: notre infanterie le reçut en carré et par un feu de +file qui couvrit le champ de bataille de cadavres russes et de +chevaux. Le prince de la Moskwa dit qu'il n'a jamais vu à +la fois plus d'enthousiasme et de sang-froid dans l'infanterie. +Nous entrâmes dans Weissenfels; mais voyant que l'ennemi +voulait tenir près de la ville, l'infanterie marcha à lui au pas +de charge, les schakos au bout des fusils et aux cris de <i>vive +l'empereur!</i> La division ennemie se mit en retraite. Notre +perte en tués et blessés a été d'une centaine d'hommes.</p> + +<p>Le 27, le comte Lauriston s'était porté sur Wettin, où +l'ennemi avait un pont. Le général Maison fit placer une batterie +qui obligea l'ennemi à brûler le pont, et il s'empara de +la tête de pont, que l'ennemi avait construite.</p> + +<p>Le 28, le comte Lauriston se porta vis-à-vis Hall, où un +corps prussien occupait une tête de pont, culbuta l'ennemi +et l'obligea d'évacuer cette tête de pont et de couper le pont. +Une canonnade très-vive s'en était suivie d'une rive à l'autre. +Notre perte a été de soixante-sept hommes; celle de l'ennemi +a été bien plus considérable.</p> + +<p>Le vice-roi avait ordonné au maréchal duc de Tarente de +se porter sur Mersebourg. Le 29, à quatre heures après midi, +ce maréchal arriva devant cette ville; il y trouva deux mille +Prussiens qui voulurent s'y défendre; ces Prussiens étaient +du corps d'Yorck, de ceux mêmes que le maréchal commandait +en chef et qui l'avaient abandonné sur le Niémen. Le +maréchal entra de vive force, leur tua du monde, leur fit +deux cents prisonniers, parmi lesquels se trouve un major, +et s'empara de la ville et du pont.</p> + +<p>Le comte Bertrand avait, le 29, son quartier-général à +Dornburg, sur la Saale, occupant par une de ses divisions le +pont d'Jéna.</p> + +<p>Le duc de Raguse avait son quartier-général à Koesen sur +la Saale; le duc de Reggio avait son quartier-général à Saalfeld +sur la Saale.</p> + +<p>Ce combat de Weissenfels est remarquable parce que c'est +une lutte d'infanterie et de cavalerie en égal nombre et en rase +plaine, et que l'avantage y est resté à notre infanterie. On a +vu de jeunes bataillons se comporter avec autant de sang-froid +et d'impétuosité que les vieilles troupes.</p> + +<p>Ainsi, pour le début de cette campagne, l'ennemi est chassé +de tout ce qu'il occupait sur la rive gauche de la Saale; nous +sommes maîtres de tous les débouchés de cette rivière; la +jonction entre les armées de l'Elbe et du Mein est opérée, et +les villes importantes de Naumbourg, de Weissenfels et de +Mersebourg ont été occupées de vive force.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Weymar, le 30 avril 1813.</p> + +<p>S. M. l'empereur et roi a passé ici le 28 à deux heures après +midi. Le duc de Weymar et le prince Bernard avaient été à +sa rencontre jusqu'aux limites du territoire. S. M. est descendue +au palais et s'est entretenue près de deux heures avec +la duchesse; après quoi S. M. est montée à cheval pour se +rendre à six lieues d'ici, à Eckarsberg, où était son quartier-général. +Les princes ayant reconduit S. M. jusque-là, ont eu +l'honneur d'y dîner le soir avec elle à son quartier-général.</p> + +<p>La quantité de troupes qui passe ici est innombrable. Jamais +on n'a vu de plus beaux trains d'artillerie ni de convois +d'équipages militaires en meilleur état.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p class="milieu">SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU +PREMIER MAI.</p> + +<p>L'empereur avait porté son quartier-général à Weissenfels; +le vice-roi avait porté le sien à Mersebourg; le général Maison +était entré à Halle; le duc de Raguse avait son quartier-général +à Naumbourg; le comte Bertrand était à Stohssen; le +duc de Reggio avait son quartier-général à Jéna.</p> + +<p>Il a beaucoup plu dans la journée de 30: le premier mai, +le temps était meilleur.</p> + +<p>Trois ponts avaient été jetés sur la Saale, à Weissenfels: +des ouvrages de campagne avaient été commencés à Naumbourg, +et trois ponts jetés sur la Saale.</p> + +<p>Quinze grenadiers du treizième de ligne se trouvant entre +Saalfeld et Jéna, furent entourés par quatre-vingt-quinze +hussards prussiens. Le commandant, qui était un colonel, s'avança +en disant: <i>Français, rendez-vous!</i> Le sergent l'ajusta +et le jeta par terre roide mort. Les autres grenadiers se pelotonnèrent, +tuèrent sept Prussiens, et les hussards s'en allèrent +plus vite qu'ils n'étaient venus.</p> + +<p>Les différens partis de la vieille garde se sont réunis à +Weissenfels; le général de division Roguet les commande.</p> + +<p>L'empereur a visité tous les avant-postes: malgré le mauvais +temps, S. M. jouit d'une très-bonne santé.</p> + +<p>Le premier coup de sabre qui a été donné à ce renouvellement +de campagne, a coupé l'oreille au fils du général Blucher, +général-major. C'est par un maréchal-des-logis du dixième +de hussards que ce coup de sabre a été donné. Les habitans +de Weymar ont remarqué que le premier coup de sabre donné +dans la campagne de 1806 à Saalfeld, et qui a tué le prince +Louis de Prusse, a été donné aussi par un maréchal-des-logis +de ce même régiment.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 2 mai, à neuf heures du matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A. S. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le premier mai, l'empereur monta à cheval à neuf heures +du matin, avec le prince de la Moskwa et le général Souham. +La division Souham se mit en mouvement vers la belle plaine +qui commence sur les hauteurs de Weissenfels et s'étend jusqu'à +l'Elbe. Cette division se forma en quatre carrés de quatre +bataillons chacun, chaque carré à cinq cents toises l'un de +l'autre, et ayant quatre pièces de canon. Derrière les carrés +se plaça la brigade de cavalerie du général Laboissière, sous +les ordres du comte de Valmy qui venait d'arriver. Les divisions +Gérard et Marchand venaient d'arriver en échelons et +formées de la même manière que la division Souham. Le +maréchal duc d'Istrie tenait la droite avec toute la cavalerie +de la garde.</p> + +<p>A onze heures, ces dispositions faites, le prince de la +Moskwa, en présence d'une nuée de cavalerie ennemie qui +couvrait la plaine, se mit en mouvement sur le défilé de Poserna. +On s'empara de différens villages sans coup férir. L'ennemi +occupait, sur les hauteurs du défilé, une de plus belles +positions qu'on puisse avoir; il avait six pièces de canon, et +présentait trois lignes de cavalerie.</p> + +<p>Le premier carré passa le défilé au pas de charge et aux cris +de <i>vive l'empereur</i> long-temps prolongés sur toute la ligne. +On s'empara de la hauteur. Les quatre carrés de la division +Souham dépassèrent le défilé.</p> + +<p>Deux autres divisions de cavalerie vinrent alors renforcer +l'ennemi avec vingt pièces de canon. La canonnade devint +vive; l'ennemi ploya partout: la division Souham se dirigea +sur Lutzen; la division Gérard prit la direction de la route +de Pegau. L'empereur voulant renforcer les batteries de cette +dernière division, envoya douze pièces de la garde, sous les +ordres de son aide-de-camp le général Drouot, et ce renfort fit +merveille. Les rangs de la cavalerie ennemie furent culbutés +par la mitraille.</p> + +<p>Au même moment, le vice-roi débouchait de Mersebourg, +avec le onzième corps, commandé par le duc de Tarente, et +le cinquième, commandé par le général Lauriston: le corps +du général Lauriston tenait la gauche sur la grande route de +Mersebourg à Leipsick; celui du duc de Tarente, où était le +vice-roi, tenait la droite. Le vice-roi ayant entendu la vive +canonnade qui avait lieu près de Lutzen, fit un mouvement +à droite, et l'empereur se trouva presqu'au même moment +au village de Lutzen.</p> + +<p>La division Marchand, et successivement les divisions Brenier +et Ricard passèrent le défilé; mais l'affaire était décidée +quand elles entrèrent en ligne.</p> + +<p>Quinze mille hommes de cavalerie ont donc été chassés de +ces belles plaines, à peu près par un pareil nombre d'infanterie. +C'est le général Wintzingerode qui commandait ces +trois divisions, dont une était celle du général Lanskoi; l'ennemi +n'a montré qu'une division d'infanterie. Devenu plus +prudent par le combat de Weissenfels, et étonné du bel ordre +et du sang-froid de notre marche, l'ennemi n'a osé aborder +d'aucune part l'infanterie, et il a été écrasé par notre mitraille. +Notre perte se monte à trente-trois hommes tués et cinquante-cinq +blessés, dont un chef de bataillon. Cette perte pourrait +être considérée comme extrêmement légère, en comparaison de +celle de l'ennemi qui a eu trois colonels, trente officiers et +quatre cents hommes tués ou blessés, outre un grand nombre +de chevaux; mais par une de ces fatalités dont l'histoire de la +guerre est pleine, le premier coup de canon qui fut tiré dans +cette journée, coupa le poignet au duc d'Istrie, lui perça la +poitrine, et le jeta roide mort. Il s'était avancé à cinq cents +pas du côté des tirailleurs pour bien reconnaître la plaine. +Ce maréchal qu'on peut à juste titre nommer brave et juste, +était recommandable autant par son coup-d'oeil militaire, par +sa grande expérience de l'arme de la cavalerie, que par ses +qualités civiles et son attachement à l'empereur. Sa mort sur +le champ d'honneur est la plus digne d'envie; elle a été si rapide +qu'elle a dû être sans douleur. Il est peu de pertes qui +pussent être plus sensibles au coeur de l'empereur; l'armée +et la France entière partageront la douleur que S. M. a ressentie.</p> + +<p>Le duc d'Istrie, depuis les premières campagnes d'Italie, +c'est-à-dire, depuis seize ans, avait toujours, dans différens +grades, commandé la garde de l'empereur qu'il avait suivi +dans toutes ses campagnes et à toutes ses batailles.</p> + +<p>Le sang-froid, la bonne volonté et l'intrépidité des jeunes +soldats étonne les vétérans et tous les officiers: c'est le cas de +dire <i>qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le +nombre des années</i>.</p> + +<p>S. M. a eu dans la nuit du 1er au 2 mai son quartier-général +à Lutzen; le vice-roi avait son quartier-général à Markrandstedt; +le général Lauriston était à Kiebersdorf; le prince +de la Moskwa avait son quartier-général à Kaya, et le duc +de Raguse avait le sien à Poserna. Le général Bertrand était +à Stohssen; le duc de Reggio en marche sur Naumbourg.</p> + +<p>A Dantzick la garnison a obtenu de grands avantages et +fait une sortie si heureuse qu'elle a fait prisonnier un corps +de trois mille Russes.</p> + +<p>La garnison de Wittemberg paraît aussi s'être distinguée +et avoir fait, dans une sortie, beaucoup de mal à l'ennemi.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 2 mai 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Les combats de Weissenfels et de Lutzen n'étaient que le +prélude d'événemens de la plus haute importance. L'empereur +Alexandre et le roi de Prusse qui étaient arrivés à Dresde +avec toutes leurs forces dans les derniers jours d'avril, apprenant +que l'armée française avait débouché de la Thuringe, +adoptèrent le plan de lui livrer bataille dans les plaines de +Lutzen, et se mirent en marche pour en occuper la position; +mais ils furent prévenus par la rapidité des mouvemens de +l'armée française; ils persistèrent cependant dans leurs projets, +et résolurent d'attaquer l'armée pour la déposter des +positions qu'elle avait prises.</p> + +<p>La position de l'armée française au 2 mai, à neuf heures +du matin, était la suivante:</p> + +<p>La gauche de l'armée s'appuyait à l'Elster; elle était formée +par le vice-roi, ayant sous ses ordres les cinquième et +onzième corps. Le centre était commandé par le prince de +la Moskwa, au village de Kaia. L'empereur avec la jeune et +la vieille garde était à Lutzen.</p> + +<p>Le duc de Raguse était au défilé de Poserna, et formait la +droite avec ses trois divisions. Enfin le général Bertrand, +commandant le quatrième corps, marchait pour se rendre à +ce défilé. L'ennemi débouchait et passait l'Elster aux ponts +de Zwenkau, Pegau et Zeist. S. M. ayant l'espérance de le +prévenir dans son mouvement, et pensant qu'il ne pourrait +attaquer que le 3, ordonna au général Lauriston, dont le +corps formait l'extrémité de la gauche, de se porter sur Leipsick, +afin de déconcerter les projets de l'ennemi, et de placer +l'armée française, pour la journée du 3, dans une position +toute différente de celle où les ennemis avaient compté la +trouver et où elle était effectivement le 2, et de porter ainsi +de la confusion et du désordre dans leurs colonnes.</p> + +<p>À neuf heures du matin, S. M. ayant entendu une canonnade +du côté de Leipsick, s'y porta au galop. L'ennemi +défendait le petit village de Listenau et les ponts en avant +de Leipsick. S. M. n'attendait que le moment où ces dernières +positions seraient enlevées, pour mettre en mouvement toute +son armée dans cette direction, la faire pivoter sur Leipsick, +passer sur la droite de l'Elster, et prendre l'ennemi à revers; +mais à dix heures, l'armée ennemie déboucha vers +Kaïa, sur plusieurs colonnes d'une noire profondeur; l'horizon +en était obscurci. L'ennemi présentait des forces qui paraissaient +immenses. L'empereur fit sur-le-champ ses dispositions. +Le vice-roi reçut l'ordre de se porter sur la gauche du +prince de la Moskwa; mais il lui fallait trois heures pour +exécuter ce mouvement. Le prince de la Moskwa prit les armes, +et avec ses cinq divisions soutint le combat, qui au bout +d'une demi-heure devint terrible. S. M. se porta elle-même +à la tête de la garde derrière le centre de l'armée, soutenant +la droite du prince de la Moskwa. Le duc de Raguse, avec +ses trois divisions, occupait l'extrême droite. Le général +Bertrand eut ordre de déboucher sur les derrières de l'armée +ennemie, au moment où la ligne se trouverait le plus fortement +engagée. La fortune se plut à couronner du plus brillant +succès toutes ces dispositions. L'ennemi, qui paraissait certain +de la réussite de son entreprise, marchait pour déborder +notre droite et gagner le chemin de Weissenfels. Le général +Compans, général de bataille du premier mérite, à la +tête de la première division du duc de Raguse, l'arrêta tout +court. Les régimens de marine soutinrent plusieurs charges +avec sang-froid, et couvrirent le champ de bataille de l'élite +de la cavalerie ennemie. Mais les grands efforts d'infanterie, +d'artillerie et de cavalerie, étaient sur le centre. Quatre des +cinq divisions du prince de la Moskwa étaient déjà engagées. +Le village de Kaia fut pris et repris plusieurs fois. Ce village +était resté au pouvoir de l'ennemi: le comte de Lobau dirigea +le général Ricard pour reprendre le village; il fut repris.</p> + +<p>La bataille embrassait une ligne de deux lieues couvertes +de feu, de fumée et de tourbillons de poussière. Le prince de +la Moskwa, le général Souham, le général Girard, étaient +partout, faisaient face à tout. Blessé de plusieurs balles, le +général Girard voulut rester sur le champ de bataille. Il déclara +vouloir mourir en commandant et dirigeant ses troupes, +puisque le moment était arrivé pour tous les Français qui +avaient du coeur, de vaincre ou de mourir.</p> + +<p>Cependant, on commençait à apercevoir dans le lointain la +poussière et les premiers feux du corps du général Bertrand. +Au même moment le vice-roi entrait en ligne sur la gauche, +et le duc de Tarente attaquait la réserve de l'ennemi, et abordait +au village où l'ennemi appuyait sa droite. Dans ce moment, +l'ennemi redoubla ses efforts sur le centre; le village +de Kaïa fut emporté de nouveau; notre centre fléchit; quelques +bataillons se débandèrent; mais cette valeureuse jeunesse, +à la vue de l'empereur, se rallia en criant <i>vive l'empereur!</i> +S. M. jugea que le moment de crise qui décide du +gain ou de la perte des batailles était arrivé: il n'y avait plus +un moment à perdre. L'empereur ordonna au duc de Trévise +de se porter avec seize bataillons de la jeune garde au +village de Kaia, de donner tête baissée, de culbuter l'ennemi, +de reprendre le village et de faire main basse sur tout +ce qui s'y trouvait. Au même moment, S. M. ordonna à son +aide-de-camp le général Drouot, officier d'artillerie de la +plus grande distinction, de réunir une batterie de quatre-vingts +pièces, et de la placer en avant de la vieille garde, +qui fut disposée en échelons comme quatre redoutes, pour +soutenir le centre, toute notre cavalerie rangée en bataille +derrière. Les généraux Dulauloy, Drouot et Devaux partirent +au galop avec leurs quatre-vingts bouches à feu placées +en un même groupe. Le feu devint épouvantable. L'ennemi +fléchit de tous côtés. Le duc de Trévise emporta sans coup +férir le village de Kaia, culbuta l'ennemi et continua à se +porter en avant en battant la charge. Cavalerie, infanterie, +artillerie de l'ennemi, tout se mit en retraite.</p> + +<p>Le général Bonnet, commandant une division du duc de +Raguse, reçut ordre de faire un mouvement par sa gauche +sur Kaïa, pour appuyer les succès du centre. Il soutint plusieurs +charges de cavalerie dans lesquelles l'ennemi éprouva +de grandes pertes.</p> + +<p>Cependant le général comte Bertrand s'avançait et entrait +en ligne. C'est en vain que la cavalerie ennemie caracola autour +de ses carrés; sa marche n'en fut pas ralentie. Pour le +rejoindre plus promptement, l'empereur ordonna un changement +de direction en pivotant sur Kaïa. Toute la droite fit +un changement de front, la droite en avant.</p> + +<p>L'ennemi ne fit plus que fuir; nous le poursuivîmes une +lieue et demie. Nous arrivâmes bientôt sur la hauteur que +l'empereur Alexandre, le roi de Prusse et la famille de Brandebourg +occupaient pendant la bataille. Un officier prisonnier +qui se trouvait là, nous apprit cette circonstance.</p> + +<p>Nous avons fait plusieurs milliers de prisonniers. Le nombre +n'en a pu être considérable, vu l'infériorité de notre +cavalerie et le désir que l'empereur avait montré de l'épargner.</p> + +<p>Au commencement de la bataille, l'empereur avait dit aux +troupes: <i>C'est une bataille d'Égypte. Une bonne infanterie +doit savoir se suffire.</i></p> + +<p>Le général Gouré, chef d'état-major du prince de la Moskwa +a été tué, mort digne d'un si bon soldat! Notre perte +se monte à dix mille hommes tués ou blessés; celle de l'ennemi +peut être évaluée de vingt-cinq à trente mille hommes. +La garde royale de Prusse a été détruite. Les gardes de +l'empereur de Russie ont considérablement souffert; les +deux divisions de dix régimens de cuirassiers russes ont été +écrasées.</p> + +<p>S. M. ne saurait trop faire l'éloge de la bonne volonté, du +courage et de l'intrépidité de l'armée. Nos jeunes soldats ne +considéraient pas le danger. Ils ont dans cette circonstance +relevé toute la noblesse du sang français.</p> + +<p>L'état-major-général, dans sa relation, fera connaître les +belles actions qui ont illustré cette brillante journée, qui, +comme un coup de tonnerre, a pulvérisé les chimériques espérances +et tous les calculs de destruction et de démembrement +de l'empire. Les trames ténébreuses ourdies par le cabinet de +Saint-James pendant tout un hiver, se trouvent en un instant +dénouées comme le noeud gordien par l'épée d'Alexandre.</p> + +<p>Le prince de Hesse-Hombourg a été tué. Les prisonniers +disent que le jeune prince royal de Prusse a été blessé, que le +prince de Mecklenbourg-Strelitz a été tué.</p> + +<p>L'infanterie de la vieille garde, dont six bataillons étaient +seulement arrivés, a soutenu par sa présence l'affaire avec ce +sang-froid qui la caractérise. Elle n'a pas tiré un seul coup +de fusil. La moitié de l'armée n'a pas donné, car les quatre +divisions du corps du général Lauriston n'ont fait qu'occuper +Leipsick; les trois divisions du duc de Reggio étaient encore +à deux journées du champ de bataille: le comte Bertrand n'a +donné qu'avec une de ses divisions, et si légèrement, qu'elle +n'a pas perdu cinquante hommes; ses seconde et troisième divisions +n'ont pas donné. La seconde division de la jeune +garde, commandée par le général Barrois, était encore à cinq +journées; il en est de même de la moitié de la vieille garde, +commandée par le général Decouz, qui n'était encore qu'à +Erfurth: des batteries de réserve formant plus de cent bouches +à feu n'avaient pas rejoint, et elles sont encore en marche +depuis Mayence jusqu'à Erfurth: le corps du duc de +Bellune était aussi à trois jours du champ de bataille. Le +corps de cavalerie du général Sébastiani, avec les trois divisions +du prince d'Eckmühl, étaient du côté du Bas-Elbe. +L'armée alliée forte de cent cinquante à deux cent mille hommes, +commandée par les deux souverains, ayant un grand +nombre de princes de la maison de Prusse à sa tête, a donc +été défaite et mise en déroute par moins de la moitié de l'armée +française.</p> + +<p>Les ambulances et le champ de bataille offraient le spectacle +le plus touchant: les jeunes soldats, a la vue de l'empereur, +faisaient trêve à leur douleur, en criant: <i>vive l'empereur!</i>—<i>Il +y a-vingt ans,</i> a dit l'empereur, <i>que je +commande des armées françaises; je n'ai pas encore vu +autant de bravoure et de dévouement.</i></p> + +<p>L'Europe serait enfin tranquille, si les souverains et les +ministres qui dirigent leurs cabinets, pouvaient avoir été +présens sur ce champ de bataille. Ils renonceraient à l'espérance +de faire rétrograder l'étoile de la France; ils verraient +que les conseillers qui veulent démembrer l'empire français +et humilier l'empereur, préparent la perte de leurs souverains.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 3 mai, à neuf heures du soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur, à la pointe du jour du 3, avait parcouru +le champ de bataille. A dix heures, il s'est mis en marche +pour suivre l'ennemi. Son quartier-général, le 3 au soir, +était à Pegau. Le vice-roi avait son quartier-général à Wichstanden, +à mi-chemin de Pegau à Borna. Le comte Lauriston, +dont le corps n'avait pas pris part à la bataille, était +parti de Leipsick, pour se porter sur Zwemkau où il était arrivé. +Le duc de Raguse avait passé l'Elster au village de +Lietzkowitz, et la comte Bertrand l'avait passé au village de +Gredel. Le prince de la Moskwa était resté en position sur le +champ de bataille. Le duc de Reggio, de Naumbourg devait +se porter sur Zeist.</p> + +<p>L'empereur de Russie et le roi de Prusse avaient passé par +Pegau dans la soirée du 2, et étaient arrivés au village de +Loberstedt à onze heures du soir; ils s'y étaient reposés quatre +heures, et en étaient partis le 3, à trois heures du matin, +se dirigeant sur Borna.</p> + +<p>L'ennemi ne revenait pas de son étonnement de se trouver +battu dans une si grande plaine, par une armée ayant une +si grande infériorité de cavalerie. Plusieurs colonels et officiers +supérieurs faits prisonniers, assurent qu'au quartier-général +ennemi, on n'avait appris la présence de l'empereur à +l'armée, que lorsque la bataille était engagée; ils croyaient +tous l'empereur à Erfurt.</p> + +<p>Comme cela arrive toujours dans de pareilles circonstances, +les Prussiens accusent les Russes de ne pas les avoir soutenus; +les Russes accusent les Prussiens de ne s'être pas bien +battus. La plus grande confusion règne dans leur retraite. +Plusieurs de ces prétendus volontaires qu'on lève en Prusse, +ont été faits prisonniers; ils font pitié. Tous déclarent qu'ils +ont été enrôlés de force, et sous peine de voir les biens de +leur famille confisqués.</p> + +<p>Les gens du pays disent que le prince de Hesse-Hombourg +a été tué: que plusieurs généraux russes et prussiens ont été +tués ou blessés; le prince de Mecklenbourg-Strelitz aurait +également été tué; mais toutes ces nouvelles ne sont encore +que des bruits du pays.</p> + +<p>La joie de ces contrées d'être délivrées des cosaques ne peut +se décrire. Les habitans parlent avec mépris de toutes les +proclamations et de toutes les tentatives qu'on a faites pour +les engager à s'insurger.</p> + +<p>L'armée russe et prussienne était composée du corps des +généraux prussiens York, Blucher et Bulow; de ceux des +généraux russes Wittgenstein, Wintzingerode, Miloradowitch +et Tormazow. Les gardes russes et prussiennes y étaient. +L'empereur de Russie, le roi de Prusse, le prince-royal de +Prusse, tous les princes de la maison de Prusse étaient à la +bataille.</p> + +<p>L'armée combinée russe et prussienne est évaluée de cent +cinquante à deux cent mille hommes. Tous les cuirassiers +russes y étaient, et ont beaucoup souffert.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 4 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était le 4 au soir à +Borna;</p> + +<p>Celui du vice-roi à Kolditz;</p> + +<p>Celui du général comte Bertrand à Frohbourg;</p> + +<p>Celui du général comte Lauriston à Moeelbus;</p> + +<p>Celui du prince de la Moskwa à Leipsick;</p> + +<p>Celui du duc de Reggio à Zeitz.</p> + +<p>L'ennemi se retire sur Dresde dans le plus grand désordre +et par toutes les routes.</p> + +<p>Tous les villages qu'on trouve sur la route de l'armée sont +pleins de blessés russes et prussiens.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel, major-général, a ordonné que +l'on enterrât, le 4 au matin, à Pegau, le prince de Mecklenbourg-Strelitz +avec tous les honneurs dus à son grade.</p> + +<p>A la bataille du 2, le général Dumontier, qui commande +la division de la jeune garde, a soutenu la réputation qu'il +avait déjà acquise dans les précédentes campagnes. Il se loue +beaucoup de sa division.</p> + +<p>Le général de division Brenier a été blessé. Les généraux +de brigade Chemineau et Grillot ont été blessés et amputés.</p> + +<p>Recensement fait des coups de canon tirés à la bataille, le +nombre s'en est trouvé moins considérable qu'on avait cru +d'abord: on n'a tiré que trente-neuf mille cinq cents coups +de canon. A la bataille de la Moskwa on en avait tiré cinquante +et quelques mille.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 5 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était à Colditz, celui du +vice-roi à Harta, celui du duc de Raguse derrière Colditz, +celui du général Lauriston à Wurtzen, du prince de la Moskwa +à Leipsick, du duc de Reggio à Altenbourg, et du général +Bertrand à Rochlitz.</p> + +<p>Le vice-roi arriva devant Colditz le 5 à neuf heures du +matin. Le pont était coupé, et des colonnes d'infanterie et de +cavalerie avec de l'artillerie défendaient le passage. Le vice-roi +se porta avec une division à un gué qui est sur la gauche, +passa la rivière, et gagna le village de Komichau, où il fit +placer une batterie de vingt pièces de canon: l'ennemi évacua +alors la ville de Colditz dans le plus grand désordre, et +en défilant sous la mitraille de nos vingt pièces.</p> + +<p>Le vice-roi poursuivit vivement l'ennemi; c'était le reste +de l'armée prussienne, fort de vingt à vingt-cinq mille hommes, +qui se dirigea, partie sur Leissnig, et partie sur +Gersdorff.</p> + +<p>Arrivées à Gersdorff, les troupes prussiennes passèrent à +travers une réserve qui occupait cette position: c'était le +corps russe de Miloradowitch, composé de deux divisions +formant à peu près huit mille hommes sous les armes; les régimens +russes, n'étant que de deux bataillons de quatre compagnies +chaque, et les compagnies n'étant que de cent cinquante +hommes, mais n'ayant que cent hommes présens sous +les armes, ce qui ne fait que sept à huit cents hommes par +régiment: ces deux divisions de Miloradowitch étaient arrivées +à la bataille au moment où elle finissait, et n'avaient pas pu +y prendre part.</p> + +<p>Aussitôt que la trente-sixième division eut rejoint la trente-cinquième, +le vice-roi donna l'ordre au duc de Tarente de +former les deux divisions en trois colonnes, et de déposter +l'ennemi. L'attaque fut vive: nos braves se précipitèrent sur +les Russes, les enfoncèrent et les poussèrent sur Harta. Dans +ce combat nous avons eu cinq à six cents blessés, et nous +avons fait mille prisonniers: l'ennemi a perdu dans cette +journée deux mille hommes.</p> + +<p>Le général Bertrand arrivé à Rochlitz, y a pris quelques +convois de blessés, de malades et de bagages, et a fait des +prisonniers; plus de douze cents voitures de blessés avaient +passé par cette route.</p> + +<p>Le roi de Prusse et l'empereur Alexandre avaient couché à +Rochlitz.</p> + +<p>Un adjudant-sous-officier du dix-septième provisoire, qui +avait été fait prisonnier à la bataille du 2, s'est échappé et a +raconté que l'ennemi a fait de grandes pertes et se retire dans +le plus grand désordre; que pendant la bataille les Russes +et les Prussiens tenaient leur drapeaux en réserve, ce qui +fait que nous n'en avons pas pu prendre; qu'ils nous ont fait +cent deux prisonniers, dont quatre officiers; que ces prisonniers +étaient conduits en arrière sous la garde du détachement +laissé aux drapeaux; que les Prussiens ont fait de +mauvais traitemens aux prisonniers; que deux prisonniers +ne pouvant pas marcher par extrême fatigue, ils leur ont +passé le sabre au travers du corps; que l'étonnement des +Prussiens et des Russes d'avoir trouvé une armée si nombreuse, +aussi bien exercée et munie de tout, était à son +comble; qu'il y avait de la mésintelligence entre eux, et qu'ils +s'accusaient respectivement de leurs pertes.</p> + +<p>Le général comte Lauriston, de Wurtzen, s'est mis en +marche sur la grande route de Dresde.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa s'est porté sur l'Elbe pour débloquer +le général Thielmann qui commande à Torgau, prendre +position sur ce point et débloquer Wittemberg: il paraît +que cette dernière place a fait une belle défense et repoussa +plusieurs attaques qui ont coûté fort cher à l'ennemi.</p> + +<p>Des prisonniers racontent que l'empereur Alexandre, voyant +la bataille perdue, parcourait la ligne russe pour animer le +soldat, en disant: «Courage, Dieu est pour nous.»</p> + +<p>Ils ajoutent que le général prussien Blucher est blessé, et +qu'il y a cinq généraux de division et de brigade prussiens tués +ou blessés.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 6 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de S. M. l'empereur et roi était à Waldheim; +celui du vice-roi, à Ertzdorf; celui du général Lauriston +était à Oschatz; celui du prince de la Moskwa, entre +Leipsick et Torgau; celui du comte Bertrand, à Mittweyda; +celui du duc de Reggio, à Penig.</p> + +<p>L'ennemi avait brûlé à Waldheim un très-beau pont en +bois d'une seule arche; ce qui nous avait retardé de quelques +heures. Son arrière-garde avait voulu défendre le passage, +mais s'était déployée sur Ertzdorf: la position de ce +dernier point est fort belle; l'ennemi a voulu la tenir. Le +pont étant brûlé, le vice-roi fit tourner le village par la +droite et par la gauche. L'ennemi était placé derrière des ravins. +Une fusillade et une canonnade assez vives s'engagèrent; +aussitôt on marcha droit à l'ennemi, et la position fut +enlevée: l'ennemi a laissé deux cents morts sur le champ de +bataille.</p> + +<p>Le général Vandamme avait, le 1er mai, son quartier-général +à Harbourg. Nos troupes ont pris un cutter de guerre +russe armée de vingt pièces de canon. L'ennemi a repassé +l'Elbe avec tant de précipitation, qu'il a laissé sur la rive +gauche une infinité de barques propres au passage et beaucoup +de bagages. Les mouvemens de la grande armée étaient +déjà connus, et causaient une grande consternation à Hambourg. +Les traîtres de Hambourg voyaient que le jour de la +vengeance était près d'arriver.</p> + +<p>Le général Dumonceau était à Lunebourg.</p> + +<p>A la bataille du 2, les officiers d'ordonnance Bérenger et +Pretel ont été blessés, mais peu dangereusement.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">En notre camp impérial de Goldit, le 6 mai 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur à la maréchale duchesse d'Istrie.</i></p> + +<p>«Ma cousine, votre mari est mort au champ d'honneur. +La perte que vous faites et celle de vos enfans est grande +sans doute, mais la mienne l'est davantage encore. Le duc +d'Istrie est mort de la plus belle mort et sans souffrir. Il laisse +une réputation sans tache; c'est le plus bel héritage qu'il ait +pu léguer à ses enfans. Ma protection leur est acquise; ils +hériteront aussi de l'affection que je portais à leur père. +Trouvez dans toutes ces considérations des motifs de consolation +pour alléger vos peines, et ne doutez jamais de mes +sentimens pour vous. Cette lettre n'étant à autre fin, je prie +Dieu qu'il vous ait, ma chère cousine, en sa sainte et digne +garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 9 mai au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 7, le quartier-général de S. M. l'empereur et roi était +à Nossen.</p> + +<p>Entre Nossen et Wilsdruf, le vice-roi a rencontré l'ennemi +placé derrière un torrent et dans une belle position. Il +l'en a déposté, lui a tué un millier d'hommes et fait cinq +cents prisonniers.</p> + +<p>Un cosaque qui a été arrêté, était porteur de l'ordre de brûler +les bagages de l'arrière-garde russe. Effectivement, huit +cents voitures russes ont été brûlées, des bagages et vingt +pièces de canon ont été ramassés par nous sur les routes; +plusieurs colonnes de cosaques sont coupées: on les poursuit.</p> + +<p>Le 8, à midi, le vice-roi est entré à Dresde. L'ennemi, +indépendamment du grand pont qu'il avait rétabli, avait jeté +trois ponts sur l'Elbe. Le vice-roi ayant fait marcher des +troupes dans la direction de ces ponts, l'ennemi y a mis le +feu sur-le-champ; les trois têtes de pont qui les couvraient +ont été enlevées.</p> + +<p>Le même jour 8, à neuf heures du matin, le comte Lauriston +était arrivé à Meissen. Il y a trouvé trois redoutes avec +des blockhaus que les Prussiens y avaient construites: ils +avaient brûlé le pont.</p> + +<p>Toute la rive de l'Elbe est libre de l'ennemi.</p> + +<p>S. M. l'empereur est arrivé à Dresde le 8, à une heure +après-midi. L'empereur, en faisant le tour de la ville, s'est +porté sur-le-champ au chantier de construction à la porte de +Pirna, et de là au village de Prielsnitz, où S. M. a ordonné +qu'on jetât un pont. S. M. est revenue à sept heures du soir +de sa reconnaissance, au palais où elle est logée.</p> + +<p>La vieille garde a fait son entrée à Dresde à huit heures +du soir.</p> + +<p>Le 9, à trois heures du matin, l'empereur a fait placer +lui-même sur un des bastions qui domine la rive droite, une +batterie qui a chassé l'ennemi de la position qu'il occupait de +ce côté.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa marche sur Torgau.</p> + +<p>La relation que l'ennemi a faite de la bataille de Lutzen +n'est qu'une série de faussetés. On assure ici que l'ordre avait +été donné de chanter un <i>Te Deum</i>, mais que des gens du +pays qui leur étaient affidés ont fait sentir que ce serait ridicule; +que ce qui pouvait être bon en Russie, serait par +trop absurde en Allemagne.</p> + +<p>L'empereur de Russie a quitté Dresde hier matin.</p> + +<p>Le fameux Stein est l'objet du mépris de tous les honnêtes +gens. Il voulait révolter la canaille contre les propriétaires. +On ne revenait pas de surprise de voir des souverains comme +le roi de Prusse, et surtout comme l'empereur Alexandre, +que la nature a doués de belles qualités, prêter l'appui de +leurs noms à des menées aussi criminelles qu'atroces.</p> + +<p>Indépendamment des canons et des bagages pris à la poursuite +de l'ennemi, nous avons fait à la bataille cinq mille +prisonniers, et pris dix pièces de canon. L'ennemi ne nous a +pris aucun canon; mais il a fait cent onze prisonniers. +Le général en chef Koutouzow est mort à Bautzen, de la +fièvre nerveuse, il y a quinze jours. Il a été remplacé dans +le commandement en chef par le général Wittgenstein, qui a +débuté par la perte de la bataille de Lutzen.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 10 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 9, le colonel Lasalle, directeur des équipages de pont, +a commencé à faire établir des radeaux pour le pont qu'on +jette au village de Prielsnitz. On y a établi également un <i>va-et-vient</i>. +Trois cents voltigeurs ont été jetés sur la rive droite, +sous la protection de vingt pièces de canon placées sur une +hauteur.</p> + +<p>A dix heures du matin, l'ennemi s'est avancé pour culbuter +ces tirailleurs dans l'eau. Il a pensé qu'une batterie de +douze pièces serait suffisante pour faire taire les nôtres; la +canonnade s'est engagée: les pièces de l'ennemi ont été démontées; +trois bataillons qu'il avait fait avancer en tirailleurs +ont été écrasés sous notre mitraille: l'empereur s'y est porté; +le général Dulauloy s'est placé avec le général Devaux et +dix-huit pièces d'artillerie légère sur la gauche du village de +Prielsnitz, position qui prend à revers toute la plaine de la +rive droite: le général Drouet s'est porté avec seize pièces +sur la droite: l'ennemi a fait avancer quarante pièces de canon; +nous en avons mis jusqu'à quatre-vingts en batterie.</p> + +<p>Pendant ce temps, on traçait un boyau sur la rive droite, +en forme de tête de pont, où nos tirailleurs s'établissaient à +couvert. Après avoir eu douze à quinze pièces démontées, et +quinze à dix-huit cents hommes tués ou blessés, l'ennemi +comprit la folie de son entreprise, et à trois heures de l'après-midi +il s'éloigna.</p> + +<p>On a travaillé toute la nuit au pont; mais l'Elbe a crû; +quelques ancres ont dérivé; le pont ne sera terminé que ce +soir.</p> + +<p>Aujourd'hui 10, l'empereur a fait passer dans la ville +neuve, en profitant du pont de Dresde, la division Charpentier. +Ce soir, ce pont se trouve rétabli; toute l'armée y +passe pour se porter sur la rive droite. Il paraît que l'ennemi +se retire sur l'Oder.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa est à Wittemberg; le général +Lauriston est à Torgau; le général Reynier a repris le commandement +du septième corps, composé du contingent saxon +et de la division Durutte.</p> + +<p>Les quatrième, sixième, onzième et douzième corps passeront +sur le pont de Dresde demain à la pointe du jour. La +garde, jeune et vieille, est autour de Dresde. La deuxième +division de la garde, commandée par le général Barrois, arrive +aujourd'hui à Altenbourg.</p> + +<p>Le roi de Saxe, qui s'était dirigé sur Prague, pour être +plus près de sa capitale, sera rendu à Dresde dans la journée +de demain. L'empereur a envoyé une escorte de cinq cents +hommes de sa garde, avec son aide de camp le général Flahaut +pour le recevoir et l'accompagner.</p> + +<p>Deux mille hommes de cavalerie ennemie ont été coupés +de l'Elbe, ainsi qu'un grand nombre de bagages, de patrouilles +de troupes légères et de cosaques. Il paraît qu'ils se +sont réfugiés en Bohême.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 11 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le vice-roi s'était porté, avec le onzième corps, à Bischoffswerda; +le général Bertrand, avec le quatrième corps, +à Koenigsbruck; le duc de Raguse, avec le sixième corps, à +Reichenbach; le duc de Reggio, à Dresde; la jeune et la +vieille garde, à Dresde.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa est entré le 11 au matin à Torgau, +et a pris position sur la rive droite, à une journée de +cette place; le général Lauriston est arrivé le même jour à +Torgau avec son corps, à trois heures de l'après-midi.</p> + +<p>Le duc de Bellune, avec le deuxième corps, s'est mis en +marche sur Wittemberg, ainsi que le corps de cavalerie du +général Sébastiani.</p> + +<p>Le corps de cavalerie commandé par le général Latour-Maubourg +a passé le 11 sur le pont de Dresde, à trois heures +après-midi.</p> + +<p>Le roi de Saxe a couché à Sedlitz. Toute la cavalerie +saxonne doit rejoindre dans la journée du 13 à Dresde. Le +général Reynier a repris le commandement du septième corps +à Torgau: ce corps est composé de deux divisions saxonnes, +formant douze mille hommes.</p> + +<p>S. M. a passé toute la journée sur le pont, à voir défiler +ses troupes.</p> + +<p>Le colonel du génie Bernard, aide-de-camp de l'empereur, +a mis une grande activité dans la réparation du pont de +Dresde.</p> + +<p>Le général Rogniat, commandant en chef le génie de l'armée, +a tracé les ouvrages qui vont couvrir la ville neuve, et +servir de tête de pont.</p> + +<p>On a intercepté un courrier du comte de Stackelberg, ex-ambassadeur +de Russie à Vienne, au comte de Nesselrode, secrétaire +d'état, accompagnant l'empereur de Russie à Dresde. +On a aussi intercepté plusieurs estafettes venant de Berlin et +de Prague.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 12 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 12, à dix heures du matin, la garde impériale a pris +les armes, et s'est mise en bataille sur le chemin de Pirna +jusqu'au Gross-Garten. L'empereur en a passé la revue. Le +roi de Saxe, qui avait couché la veille à Sedlitz, est arrivé à +midi. Les deux souverains sont descendus de cheval, et se +sont embrassés, et ensuite sont entrés à la tête de la garde, +dans Dresde, aux acclamations d'une immense population. +Cela formait un très-beau spectacle.</p> + +<p>A trois heures, l'empereur a passé la revue de la division +de cavalerie du général Fresia, composée de trois mille chevaux, +venant d'Italie. S. M. a été extrêmement satisfaite de +cette cavalerie, dont la bonne tenue est due aux soins et à +l'activité du ministre de la guerre du royaume d'Italie, Fontanelli, +qui n'a rien épargné pour la mettre en bon état.</p> + +<p>L'empereur a donné ordre au vice-roi de se rendre à Milan +pour y remplir une mission spéciale. S. M. a été extrêmement +satisfaite de la conduite que ce prince a tenue pendant toute +la campagne: cette conduite a acquis au vice-roi un nouveau +titre à la confiance de l'empereur.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>Proclamation de l'empereur à l'armée.</i></p> + +<p>«Soldats,</p> + +<p>Je suis content de vous! vous avez rempli mon attente! +vous avez suppléé à tout par votre bonne volonté et par votre +bravoure. Vous avez, dans la célèbre journée du 2 mai, +défait et mis en déroute l'armée russe et prussienne commandée +par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez +ajouté un nouveau lustre à la gloire de mes aigles; vous avez +montré tout ce dont est capable le sang français. La bataille +de Lutzen sera mise au-dessus des batailles d'Austerlitz, +d'Jéna, de Friedland et de la Moskwa! Dans la campagne +passée, l'ennemi n'a trouvé de refuge contre nos armes qu'en +suivant la méthode féroce des barbares ses ancêtres. Des armées +de Tartares ont incendié ses campagnes, ses villes, la +sainte Moscou elle-même. Aujourd'hui ils arrivaient dans +nos contrées, précédés de tout ce que l'Allemagne, la France +et l'Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher +la révolte, l'anarchie, la guerre civile, le meurtre. Ils +se sont faits les apôtres de tous les crimes. C'est un incendie +moral qu'ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin, +pour, selon l'usage des gouvernemens despotiques, mettre +des déserts entre nous et eux. Les insensés! ils connaissaient +peu l'attachement à leurs souverains, la sagesse, l'esprit d'ordre +et le bon sens des Allemands. Ils connaissaient peu la +puissance et la bravoure des Français!</p> + +<p>«Dans une seule journée, vous avez déjoué tous les complots +parricides ... Nous rejetterons ces Tartares dans +leurs affreux climats qu'ils ne doivent pas franchir. Qu'ils +restent dans leurs déserts glacés, séjour d'esclavage, de barbarie +et de corruption, où l'homme est ravalé à l'égal de la +brute. Vous avez bien mérité de l'Europe civilisée; soldats! +l'Italie, la France, l'Allemagne vous rendent des actions de +grâces!</p> + +<p>«De notre camp impérial de Lutzen, le 3 mai 1813.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 13 mai au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>La place de Spandau a capitulé. Cet événement étonne +tous les militaires. S. M. a ordonné que le général Bruny, le +commandant de l'artillerie et le commandant du génie de +la place, ainsi que les membres du conseil de défense qui +n'auraient pas protesté, fussent arrêtés et traduits devant +une commission de maréchaux, présidée par le prince vice-connétable.</p> + +<p>S. M. a également ordonné que la capitulation de Thorn +fût l'objet d'une enquête.</p> + +<p>Si la garnison de Spandau a rendu sans siège une place +forte environnée de marais, et a souscrit à une capitulation +qui doit être l'objet d'une enquête et d'un jugement, la conduite +qu'a tenue la garnison de Wittemberg a été bien différente. +Le général Lapoype s'est parfaitement conduit, et a +soutenu l'honneur des armes dans la défense de ce point important, +qui du reste est une mauvaise place, n'ayant qu'une +enceinte à moitié détruite, et qui ne pouvait devoir sa resistance +qu'au courage de ses défenseurs.</p> + +<p>Le baron de Montaran, écuyer de l'empereur, suivi d'un +homme des écuries, s'était égaré le 6 mai, deux jours avant +d'arriver à Dresde. Il est tombé dans une patrouille de cavalerie +légère de trente hommes, et a été pris par l'ennemi.</p> + +<p>Un nouveau courrier adressé de Vienne par M. de Stackelberg +à M. de Nesselrode à Dresde, vient d'être intercepté. +Ce qui est singulier, c'est que les dépêches sont datées du 8 +au soir, et que pourtant elles contiennent des félicitations de +M. Stackelberg à l'empereur Alexandre sur la victoire éclatante +qu'il vient de remporter, et sur la retraite des Français +au-delà de la Saale.</p> + +<p>La grande-duchesse Catherine a reçu à Toeplitz une lettre +de son frère l'empereur Alexandre, qui lui apprend cette +grande victoire du 2. La grande duchesse, comme de raison, +a donné lecture, de cette lettre à tous les buveurs d'eau de +Toeplitz. Cependant le lendemain elle a appris que l'empereur +Alexandre était revenu sur Dresde, et qu'elle-même devait +se rendre à Prague. Tout cela a paru extrêmement ridicule +en Bohême. On y a vu le nom d'un souverain compromis sans +aucun motif que la politique pût justifier. Tout cela ne peut +s'expliquer que comme une habitude russe, résultant de la +nécessité qu'il y a en Russie d'en imposer à une populace ignorante, +et de la facilité qu'on trouve à lui faire tout accroire. +On aurait bien dû adopter un autre usage dans un pays civilisé +comme l'Allemagne.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 14 mai au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'armée de l'Elbe a été dissoute, et les deux armées de +l'Elbe et du Mein n'en font plus qu'une seule.</p> + +<p>Le duc de Bellune était le 13 au soir sur Wittemberg.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa partait de Torgau pour se porter +sur Lukau.</p> + +<p>Le comte Lauriston marchait de Torgau sur Dobrilugk.</p> + +<p>Le comte Bertrand était à Koenigsbruck.</p> + +<p>Le duc de Tarente, avec le onzième corps, était campé +entre Bischoffswerda et Bautzen. Il avait dans les journées du +11 et du 12, poursuivi vivement l'armée ennemie. Le général +Miloradowitch avec une arrière-garde de vingt mille hommes +et quarante pièces de canon, a voulu, le 12, tenir les positions +de Fischbach, de Capellenberg, et celle de Bischoffswerda, +ce qui a donné lieu à trois combats successifs, dans +lesquels nos troupes se sont conduites avec la plus grande intrépidité; +la division Charpentier s'est distinguée à l'attaque +de droite; l'ennemi a été tourné dans ses positions et débusqué +sur tous les points; une de ses colonnes a été coupée. +Nous lui avons fait cinq cents prisonniers. Il a eu plus de +quinze cents hommes tués ou blessés. L'artillerie du onzième +corps a tiré deux mille coups de canon dans ce combat.</p> + +<p>Les débris de l'armée prussienne, conduite par le roi de +Prusse, qui avaient passé à Meissen, se sont dirigés par +Koenigsbruck sur Bautzen pour se réunir à l'armée russe.</p> + +<p>Le corps du duc de Reggio a passé hier à midi le pont de +Dresde.</p> + +<p>L'empereur a passé la revue du corps de cavalerie et des +beaux cuirassiers du général Latour-Maubourg.</p> + +<p>On dit que les Russes conseillent aux Prussiens de brûler +Potsdam et Berlin, et de dévaster toute la Prusse. Ils commencent +eux-mêmes à donner l'exemple; ils ont brûlé de +gaîté de coeur la petite ville de Bischoffswerda.</p> + +<p>Le roi de Saxe a dîné le 13 chez l'empereur.</p> + +<p>La deuxième division de la jeune garde, commandée par +le général Barrois, est attendue demain 15 à Dresde.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 16 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 15, S. M. l'empereur et S. M. le roi de Saxe ont passé +la revue de quatre régimens de cavalerie saxons (un de hussards, +un de lanciers, et deux régimens de cuirassiers), qui +font partie du corps du général Latour-Maubourg. Ensuite +LL. MM. ont visité le champ de bataille et la tête de pont +de Prielnitz.</p> + +<p>Le duc de Tarente s'était mis en mouvement le 15, à cinq +heures du matin, pour se porter vis-à-vis Bautzen.</p> + +<p>Il a rencontré au débouché du bois l'arrière-garde ennemie; +quelques charges de cavalerie ont été essayées contre +notre infanterie, mais sans succès. L'ennemi ayant voulu tenir +dans cette position, la fusillade s'est engagée, et il a été +déposté.</p> + +<p>Nous avons eu deux cent cinquante hommes tués ou blessés +dans cette affaire d'arrière-garde. On estime la perte de +l'ennemi de sept à huit cents hommes, dont deux cents prisonniers.</p> + +<p>La deuxième division de la jeune garde, commandée par +le général Barrois, est arrivée hier à Dresde.</p> + +<p>Toute l'armée a passé l'Elbe.</p> + +<p>Indépendamment du grand pont de Dresde, il a été établi +un pont de bateaux en aval, et un autre en amont de la ville. +Trois mille ouvriers travaillent à couvrir la nouvelle ville +par une tête de pont.</p> + +<p>La gazette de Berlin, du 8 mai, contenait le règlement de +la <i>landsturm.</i> On ne peut pousser la folie plus loin; mais il +est à prévoir que les habitans de la Prusse ont trop de sens, +et sont trop attachés aux vrais principes de la propriété, +pour imiter des barbares qui n'ont rien de sacré.</p> + +<p>A la bataille de Lutzen, un régiment composé de l'élite +de la noblesse prussienne, et qui se faisait appeler <i>cosaques +prussiens,</i> a été presque entièrement détruit; il n'en reste pas +quinze hommes; ce qui a mis en deuil toutes les familles.</p> + +<p>Ces cosaques singeaient réellement les cosaques du Don. +De pauvres jeunes gens délicats avaient à la main la lance, +qu'ils soutenaient à peine, et étaient costumés comme de +vrais cosaques.</p> + +<p>Que dirait Frédéric, dont les ouvrages sont pleins d'expressions +de mépris pour ces hideuses milices, s'il voyait que +son petit-neveu y cherche aujourd'hui des modèles d'uniforme +et de tenue!</p> + +<p>Les cosaques sont mal vêtus; ils sont sur de petits chevaux +presque sans selle et sans harnachement, parce que ce +sont des milices irrégulières que les peuplades du Don fournissent, +et qui s'établissent à leurs frais. Aller chercher là +un modèle pour la noblesse de Prusse, c'est montrer à quel +point est porté l'esprit de déraison et d'inconséquence qui +dirige les affaires de ce royaume.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 18 mai 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur était toujours à Dresde. Le 15, le duc de Trévise +était parti avec le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg +et la division d'infanterie de la jeune garde du +général Dumoutier.</p> + +<p>Le 16, la division de la jeune garde commandée par le +général Barrois partait également de Dresde.</p> + +<p>Le duc de Reggio, le duc de Tarente, le duc de Raguse +et le comte Bertrand étaient en ligne vis-à-vis Bautzen.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa et le général Lauriston arrivaient +à Hoyers-Verda.</p> + +<p>Le duc de Bellune, le général Sébastiani et le général Reynier +marchaient sur Berlin. Ce qu'on avait prévu est arrivé: +à l'approche du danger, les Prussiens se sont moqués du +règlement du <i>landsturm;</i> une proclamation a fait connaître +aux habitans de Berlin qu'ils étaient couverts par le corps de +Bulow; mais que, dans tous les cas, si les Français arrivaient, +il ne fallait pas prendre les armes, mais les recevoir suivant +les principes de la guerre. Il n'est aucun Allemand qui veuille +brûler ses maisons ou qui veuille assassiner personne. Cette +circonstance fait l'éloge du peuple allemand. Lorsque des furibonds, +sans honneur et sans principes, prêchent le désordre +et l'assassinat, le caractère de ce bon peuple les repousse avec +indignation. Les Schlegel, les Kotzbue et autres folliculaires +aussi coupables, voudraient transformer en empoisonneurs et +en assassins les loyaux Germains; mais la postérité remarquera +qu'ils n'ont pu entraîner un seul individu, une seule +autorité, hors de la ligne du devoir et de la probité.</p> + +<p>Le comte Bubna est arrivé le 16 à Dresde. Il était porteur +d'une lettre de l'empereur d'Autriche pour l'empereur Napoléon. +Il est reparti le 17 pour Vienne.</p> + +<p>L'empereur Napoléon a offert la réunion d'un congrès à +Prague, pour une paix générale. Du côté de la France, arriveraient +à ce congrès les plénipotentiaires de la France, +ceux des États-Unis d'Amérique, du Danemarck, du roi +d'Espagne, et de tous les princes alliés; et du côté opposé, +ceux de l'Angleterre, de la Russie, de la Prusse, des insurgés +espagnols et des autres alliés de cette masse belligérante. +Dans ce congrès seraient posées les bases d'une longue paix. +Mais il est douteux que l'Angleterre veuille soumettre ses principes +égoïstes et injustes à la censure et à l'opinion de l'univers; +car il n'est aucune puissance, si petite qu'elle soit, qui ne réclame +au préalable les privilèges adhérens à sa souveraineté, +et qui sont consacrés par les articles du traité d'Utrecht, sur +la navigation maritime.</p> + +<p>Si l'Angleterre, par ce sentiment d'égoïsme sur lequel est +fondée sa politique, refuse de coopérer à ce grand oeuvre +de la paix du monde, parce qu'elle veut exclure l'univers de +l'élément qui forme les trois quarts de notre globe, l'empereur +n'en propose pas moins la réunion à Prague de tous les plénipotentiaires +des puissances belligérantes, pour régler la +paix du continent. S. M. offre même de stipuler, au moment +où le congrès sera formé, un armistice entre les différentes +armées, afin de faire cesser l'effusion du sang humain.</p> + +<p>Ces principes sont conformes aux vues de l'Autriche. Reste +à voir actuellement ce que feront les cours d'Angleterre, de +Russie et de Prusse.</p> + +<p>L'éloignement des États-Unis d'Amérique ne doit pas être +une raison pour les exclure; le congrès pourrait toujours +s'ouvrir, et les députés des États-Unis auraient le temps d'arriver +avant la conclusion des affaires, peur stipuler leurs +droits et leurs intérêts.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 22 mai 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur Alexandre et le roi de Prusse attribuaient la +perte de la bataille de Lutzen à des fautes que leurs généraux +avaient commises dans la direction des forces combinées, +et surtout aux difficultés attachées à un mouvement offensif de +cent cinquante à cent quatre-vingt mille hommes. Ils résolurent +de prendre la position de Bautzen et de Hochkirch, déjà célèbre +dans l'histoire de la guerre de sept ans; d'y réunir tous les +renforts qu'ils attendaient de la Vistule et d'autres points en +arrière; d'ajouter à celle position tout ce que l'art pourrait +fournir de moyens, et là, de courir les chances d'une nouvelle +bataille, dont toutes les probabilités paraissaient être en leur +faveur.</p> + +<p>Le duc de Tarente, commandant le onzième corps, était +parti de Bischoffswerda, le 15, et se trouvait, le 15 au soir, +à une portée de canon de Bautzen, où il reconnut toute l'armée +ennemie. Il prit position.</p> + +<p>Dès ce moment, les corps de l'armée française furent dirigés +sur champ de Bautzen.</p> + +<p>L'empereur partit de Dresde le 18; il coucha à Harta, et +le 19, il arriva, à dix heures du matin, devant Bautzen. Il +employa toute la journée à reconnaître les positions de l'ennemi.</p> + +<p>On apprit que les corps russes de Barclai de Tolly, de Langeron +et de Sass, et le corps prussien de Kleist avaient rejoint +l'armée combinée, et que sa force pouvait être évaluée de +cent cinquante à cent soixante mille hommes.</p> + +<p>Le 19 au soir, la position de l'ennemi était la suivante: +sa gauche était appuyée à des montagnes couvertes de bois, +et perpendiculaires au cours de la Sprée, à peu près à une +lieue de Bautzen. Bautzen soutenait son centre. Cette ville +avait été crénelée, retranchée et couverte par des redoutes. +La droite de l'ennemi s'appuyait sur des mamelons fortifiés +qui défendent les débouchés de la Sprée, du côté du village +de Nimschütz: tout son front était couvert sur la Sprée. +Cette position très-forte n'était qu'une première position.</p> + +<p>On apercevait distinctement, à trois mille toises en arrière, +de la terre fraîchement remuée, et des travaux qui marquaient +leur seconde position. La gauche était encore appuyée, aux +mêmes montagnes, à deux mille toises en arrière de celles de +la première position, et fort en avant du village de Hochkirch. +Le centre était appuyé à trois villages retranchés, où l'on +avait fait tant de travaux, qu'on pouvait les considérer comme +des places fortes. Un terrain marécageux et difficile couvrait +les trois quarts du centre. Enfin leur droite s'appuyait en arrière +de la première position, à des villages et à des mamelons +également retranchés.</p> + +<p>Le front de l'armée ennemie, soit dans la première, soit +dans la seconde position, pouvait avoir une lieue et demie.</p> + +<p>D'après cette reconnaissance, il était facile de concevoir +comment, malgré une bataille perdue comme celle de Lutzen, +et huit jours de retraite, l'ennemi pouvait encore avoir des +espérances dans les chances de la fortune. Selon l'expression +d'un officier russe à qui on demandait ce qu'ils voulaient faire: +<i>Nous ne voulons</i>, disait-il, <i>ni avancer, ni reculer.</i>—<i>Vous +êtes maîtres du premier point</i>, répondit un officier français; +<i>dans peu de jours, l'événement prouvera si vous êtes maîtres +de l'autre.</i> Le quartier-général des deux souverains +était au village de Natchen.</p> + +<p>Au 19, la position de l'armée française était la suivante:</p> + +<p>Sur la droite était le duc de Reggio, s'appuyant aux montagnes +sur la rive gauche de la Sprée, et séparé de la gauche +de l'ennemi par cette vallée. Le duc de Tarente était devant +Bautzen, à cheval sur la route de Dresde. Le duc de Raguse +était sur la gauche de Bautzen, vis-à-vis le village de Niemenschütz. +Le général Bertrand était sur la gauche du duc +de Raguse, appuyé à un moulin à vent et à un bois, et faisant +mine de déboucher de Jaselitz sur la droite de l'ennemi.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa, le général Lauriston et le général +Reynier étaient à Hoyerswerda, sur la route de Berlin, +hors de ligne et en arrière de notre gauche.</p> + +<p>L'ennemi ayant appris qu'un corps considérable arrivait +par Hoyerswerda, se douta que les projets de l'empereur +étaient de tourner la position par la droite, de changer le +champ de bataille, de faire tomber tous ses retranchemens +élevés avec tant de peine, et l'objet de tant d'espérances. +N'étant encore instruits que de l'arrivée du général Lauriston, +il ne supposait pas que cette colonne fût de plus de dix-huit +à vingt mille hommes. Il détacha donc contre elle, le 19 à +quatre heures du matin, le général York, avec douze mille +Prussiens, et le général Barclay de Tolly, avec dix-huit +mille Russes. Les Russes se placèrent au village de Klix, et +les Prussiens au village de Weissig.</p> + +<p>Cependant le comte Bertrand avait envoyé le général Pery, +avec la division italienne, à Koenigswartha, pour maintenir +notre communication avec les corps détachés. Arrivé à midi, +le général Pery fit de mauvaises dispositions; il ne fit pas +fouiller la forêt voisine. Il plaça mal ses postes, et à quatre +heures il fut assailli par un <i>hourra</i> qui mit du désordre dans +quelques bataillons. Il perdit six cents hommes, parmi +lesquels se trouve le général de brigade italien Balathier, +blessé; deux canons et trois caissons; mais la division ayant +pris les armes, s'appuya au bois, et fit face à l'ennemi.</p> + +<p>Le comte de Valmy étant arrivé avec de la cavalerie, se +mit à tête de la division italienne, et reprit le village de Koenigswartha. +Dans ce même moment, le corps du comte Lauriston, +qui marchait en tête du prince de la Moskwa pour +tourner la position de l'ennemi, parti de Hoyerswerda, arriva +sur Weissig. Le combat s'engagea, et le corps d'York aurait +été écrasé, sans la circonstance d'un défilé à passer, qui fit +que nos troupes ne purent arriver que successivement. Après +trois heures de combat, le village de Weissig fut emporté, +le corps d'York, culbuté fut rejeté sur l'autre côté de la Sprée.</p> + +<p>Le combat de Weissig serait seul un événement important. +Un rapport détaillé en fera connaître les circonstances.</p> + +<p>Le 19, le comte Lauriston coucha donc sur la position +de Weissig; le prince de la Moskwa à Mankersdorf, et le +comte Reynier à une lieue en arrière. La droite de la position +de l'ennemi se trouvait évidemment débordée.</p> + +<p>Le 20, à huit heures de matin l'empereur se porta sur la hauteur +en arrière de Bautzen. Il donna ordre au duc de Reggio +de passer la Sprée, et d'attaquer les montagnes qui appuyaient +la gauche de l'ennemi; au duc de Tarente de jeter un pont +sur chevalets sur la Sprée, entre Bautzen et les montagnes; +au duc de Raguse de jeter un autre pont sur chevalets sur +la Sprée, dans l'enfoncement que ferme cette rivière sur la +gauche, à une demi-lieue de Bautzen; au duc de Dalmatie, +auquel S. M. avait donné le commandement supérieur du centre, +de passer la Sprée pour inquiéter la droite de l'ennemi; +enfin, au prince de la Moskwa, sous les ordres duquel +étaient le troisième corps, le comte Lauriston et le général +Reynier, de s'approcher sur Klix, de passer la Sprée, de +tourner la droite de l'ennemi, et de se porter sur son quartier-général +de Wurtchen, et de là sur Weissemberg.</p> + +<p>A midi, la canonnade s'engagea. Le duc de Tarente n'eut +pas besoin de jeter son pont sur chevalets: il trouva devant +lui un pont de pierre, dont il força le passage. Le duc de +Raguse jeta son pont; tout son corps d'armée passa sur l'autre +rive de la Sprée. Après six heures d'une vive canonnade et +plusieurs charges que l'ennemi fit sans succès, le général Compans +fit occuper Bautzen; le général Bonnet fit occuper le village +de Niedkayn, et enleva au pas de charge un plateau qui +le rendit maître de tout le centre de la position de l'ennemi; +le duc de Reggio s'empara des hauteurs, et à sept heures du +soir, l'ennemi fut rejeté sur sa seconde position. Le général +Bertrand passa un des bras de la Sprée; mais l'ennemi conserva +les hauteurs qui appuyaient sa droite, et par ce moyen +se maintint entre le corps du prince de la Moskwa et notre +armée.</p> + +<p>L'empereur entra à huit heures du soir à Bautzen, et fut +accueilli par les habitans et les autorités avec les sentimens +que devaient avoir des alliés, heureux de se voir délivrés des +Stein, des Kotzbue et des cosaques. Cette journée qu'on pourrait +appeler, si elle était isolée, <i>la bataille de Bautzen,</i> +n'était que le prélude de la bataille de Wurtchen.</p> + +<p>Cependant l'ennemi commençait à comprendre la possibilité +d'être forcé dans sa position. Ses espérances n'étaient plus +les mêmes, et il devait avoir dès ce moment le présage de sa +défaite. Déjà toutes ses dispositions étaient changées. Le destin +de la bataille ne devait plus se décider derrière ses retranchemens. +Ses immenses travaux, et trois cents redoutes devenaient +inutiles. La droite de sa position, qui était opposée +au quatrième corps, devenait son centre, et il était obligé de +jeter sa droite, qui formait une bonne partie de son armée, +pour l'opposer au prince de la Moskwa, dans un lieu qu'il +n'avait pas étudié et qu'il croyait hors de sa position.</p> + +<p>Le 21, à cinq heures du matin, l'empereur se porta sur +les hauteurs, à trois quarts de lieue en avant de Bautzen.</p> + +<p>Le duc de Reggio soutenait une vive fusillade sur les hauteurs +que défendait la gauche de l'ennemi. Les Russes qui +sentaient l'importance de cette position, avaient placé là une +forte partie de leur armée, afin que leur gauche ne fût pas +tournée. L'empereur ordonna aux ducs de Reggio et de Tarente +d'entretenir le combat, afin d'empêcher la gauche de +l'ennemi de se dégarnir et de lui masquer la véritable attaque +dont le résultat ne pouvait pas se faire sentir avant midi ou +une heure.</p> + +<p>A onze heures, le duc de Raguse marcha à mille toises en +avant de sa position, et engagea une épouvantable canonnade +devant les redoutes et tous les retranchemens ennemis.</p> + +<p>La garde et la réserve de l'armée, infanterie et cavalerie, +masqués par un rideau, avaient des débouchés faciles pour +se porter en avant par la gauche ou par la droite, selon les +vicissitudes que présenterait la journée. L'ennemi fut tenu +ainsi incertain sur le véritable point d'attaque.</p> + +<p>Pendant ce temps, le prince de la Moskwa culbutait l'ennemi +au village de Klix, passait la Sprée, et menait battant +ce qu'il avait devant lui jusqu'au village de Preilitz. A dix +heures il enleva le village; mais les réserves de l'ennemi s'étant +avancées pour couvrit le quartier-général, le prince de +la Moskwa fut ramené et perdit le village de Preilitz. Le duc +de Dalmatie commença à déboucher à une heure après-midi. +L'ennemi qui avait compris tout le danger dont il était menacé +par la direction qu'avait prise la bataille, sentit que le +seul moyen de soutenir avec avantage le combat contre le +prince de la Moskwa, était de nous empêcher de déboucher. +Il voulut s'opposer à l'attaque du duc de Dalmatie. Le moment +de décider la bataille se trouvait dès-lors bien indiqué. +L'empereur, par un mouvement à gauche, se porta, en vingt +minutes, avec la garde, les quatre divisions du général Latour-Maubourg +et une grande quantité d'artillerie, sur le +flanc de la droite de la position de l'ennemi, qui était devenue +le centre de l'armée russe.</p> + +<p>La division Morand et la division wurtembergeoise enlevèrent +le mamelon dont l'ennemi avait fait son point d'appui. +Le général Devaux établit une batterie dont il dirigea le +feu sur les masses qui voulaient reprendre la position. Les +généraux Dulauloy et Drouot, avec soixante pièces de batterie +de réserve, se portèrent en avant. Enfin, le duc de Trévise, +avec les divisions Dumoutier et Barrois de la jeune garde, se +dirigea sur l'auberge de Klein-Baschwitz, coupant le chemin +de Wurtchen à Baugen.</p> + +<p>L'ennemi fut obligé de dégarnir sa droite pour parer à +cette nouvelle attaque. Le prince de la Moskwa en profita et +marcha en avant. Il prit le village de Preisig, et s'avança, +ayant débordé l'armée ennemie, sur Wurtchen. Il était trois +heures après midi, et lorsque l'armée était dans la plus grande +incertitude du succès, et qu'un feu épouvantable se faisait entendre +sur une ligne de trois lieues, l'empereur annonça que +la bataille était gagnée.</p> + +<p>L'ennemi voyant sa droite tournée se mit en retraite, et +bientôt sa retraite devint une fuite.</p> + +<p>A sept heures du soir, le prince de la Moskwa et le général +Lauriston arrivèrent à Wurtchen. Le duc de Raguse reçut +alors l'ordre de faire un mouvement inverse de celui que +venait de faire la garde, occupa tous les villages retranchés, +et toutes les redoutes que l'ennemi était obligé d'évacuer, s'avança +dans la direction d'Hochkirch, et prit ainsi en flanc +toute la gauche de l'ennemi, qui se mit alors dans une épouvantable +déroute. Le duc de Tarente, de son côté, poussa +vivement cette gauche et lui fit beaucoup de mal.</p> + +<p>L'empereur coucha sur la route au milieu de sa garde à +l'auberge de Klein-Baschwitz. Ainsi, l'ennemi, forcé dans +toutes ses positions, laissa en notre pouvoir le champ de bataille +couvert de ses morts et de ses blessés, et plusieurs milliers +de prisonniers.</p> + +<p>Le 22, à quatre heures du matin, l'armée française se mit +en mouvement. L'ennemi avait fui toute la nuit par tous les +chemins et par toutes les directions. On ne trouva ses premiers +postes qu'au-delà de Weissemberg, et il n'opposa de +résistance que sur les hauteurs en arrière de Reichenbach. +L'ennemi n'avait pas encore vu notre cavalerie.</p> + +<p>Le général Lefèvre-Desnouettes, à la tête de quinze cents +chevaux lanciers polonais et des lanciers rouges de la garde, +chargea, dans la plaine de Reichenbach, la cavalerie ennemie, +et la culbuta. L'ennemi, croyant qu'ils étaient seuls, fit +avancer une division de cavalerie, et plusieurs divisions s'engagèrent +successivement. Le général Latour-Maubourg, avec +ses quatorze mille chevaux et les cuirassiers français et saxons, +arriva à leur secours, et plusieurs charges de cavalerie eurent +lieu. L'ennemi, tout surpris de trouver devant lui quinze à +seize mille hommes de cavalerie, quand il nous en croyait +dépourvus, se retira en désordre. Les lanciers rouges de la +garde se composent en grande partie des volontaires de Paris +et des environs. Le général Lefèvre-Desnouettes et le général +Colbert, leur colonel, en font le plus grand éloge.</p> + +<p>Dans cette affaire de cavalerie, le général Bruyères, général +de cavalerie légère de la plus haute distinction, a eu la +jambe emportée par un boulet.</p> + +<p>Le général Reynier se porta avec le corps saxon sur les hauteurs +au-delà de la Reichenbach, et poursuivit l'ennemi jusqu'au +village de Hotterndorf. La nuit nous prit à une lieue de +Goerlitz. Quoique la journée eût été extrêmement longue, +puisque nous nous trouvions à huit lieues du champ de bataille, +et que les troupes eussent éprouvé tant de fatigues, +l'armée française aurait couché à Goerlitz; mais l'ennemi avait +placé un corps d'arrière-garde sur la hauteur en avant de +cette ville, et il aurait fallu une demi-heure de jour de plus +pour la tourner par la gauche. L'empereur ordonna donc qu'on +prît position.</p> + +<p>Dans les batailles des 20 et 21, le général wurtembergeois +Franquemont et le général Lorencez ont été blessés. Notre +perte dans ces journées peut s'évaluer à onze ou douze mille +hommes tués ou blessés. Le soir de la journée du 22, à sept +heures, le grand-maréchal duc de Frioul, étant sur une petite +éminence à causer avec le duc de Trévise et le général Kirgener, +tous les trois pied à terre et assez éloignés du feu, un +des derniers boulets de l'ennemi rasa de près le duc de Trévise, +ouvrit le bas-ventre au grand-maréchal, et jeta roide +mort le général Kirgener. Le duc de Frioul se sentit aussitôt +frappé à mort; il expira douze heures après.</p> + +<p>Dès que les postes furent placés et que l'armée eut pris ses +bivouacs, l'empereur alla voir le duc de Frioul. Il le trouva +avec toute sa connaissance, et montrant le plus grand sang-froid. +Le duc serra la main de l'empereur, qu'il porta sur +ses lèvres. <i>Toute ma vie</i>, lui dit-il, <i>a été consacrée à votre +service, et je ne la regrette que par l'utilité dont elle pouvait +vous être encore!</i>—<i>Duroc,</i> lui dit l'empereur, <i>il est une +autre vie! C'est là que vous irez m'attendre, et que nous +nous retrouverons un jour!</i>—<i>Oui, sire; mais ce sera dans +trente ans, quand vous aurez triomphé de vos ennemis, et +réalisé toutes les espérances de notre patrie.......J'ai vécu +en honnête homme; je ne me reproche rien. Je laisse une +fille, V. M. lui servira de père.</i></p> + +<p>L'empereur serrant de la main droite le grand-maréchal, +resta un quart-d'heure la tête appuyée sur la main gauche +dans le plus profond silence. Le grand-maréchal rompit le +premier ce silence. <i>Ah! sire, allez-vous-en! ce spectacle vous +peine!</i> L'empereur, s'appuyant sur le duc de Dalmatie et sur +le grand-écuyer, quitta le duc de Frioul sans pouvoir lui dire +autre chose que ces mots, <i>adieu donc, mon ami!</i> S. M. rentra +dans sa tente, et ne reçut personne pendant toute la nuit.</p> + +<p>Le 23, à neuf heures du matin, le général Régnier entra +dans Goerlitz. Des ponts furent jetés sur la Neiss, et l'armée +se porta au-delà de cette rivière.</p> + +<p>Au 23, au soir, le duc de Bellune était sur Botzemberg; +le comte Lauriston avait son quartier-général à Hochkirch, +le comte Reynier en avant de Trotskendorf sur le chemin de +Lauban, et le comte Bertrand en arrière du même village; le +duc de Tarente était sur Schoenberg; l'empereur était à +Goerlitz.</p> + +<p>Un parlementaire, envoyé par l'ennemi, portait plusieurs +lettres, où l'on croit qu'il est question de négocier un armistice.</p> + +<p>L'armée ennemie s'est retirée, par Banalau et Laubau, en +Silésie. Toute la Saxe est délivrée de ses ennemis, et dès demain +24, l'armée française sera en Silésie.</p> + +<p>L'ennemi a brûlé beaucoup de bagages, fait sauter beaucoup +de parcs, disséminé dans les villages une grande quantité +de blessés. Ceux qu'il a pu emmener sur des charrettes n'étaient +pas pansés; les habitans en portent le nombre à dix-huit +mille. Il en est resté plus de dix mille en notre pouvoir.</p> + +<p>La ville de Goerlitz, qui compte huit à dix mille habitans, +a reçu les Français comme des libérateurs.</p> + +<p>La ville de Dresde et le ministère saxon ont mis la plus +grande activité à approvisionner l'armée, qui jamais n'a été +dans une plus grande abondance.</p> + +<p>Quoiqu'une grande quantité de munitions ait été consommée, +les ateliers de Torgau et de Dresde, et les convois qui +arrivent, par les soins du général Sorbier, tiennent notre +artillerie bien approvisionnée.</p> + +<p>On a des nouvelles de Glogau, Custrin et Stettin. Toutes +ces places étaient dans un bon état.</p> + +<p>Ce récit de la bataille de Wurtchen ne peut être considéré +que comme une esquisse. L'état-major-général recueillera les +rapports qui feront connaître les officiers, soldats et les corps +qui se sont distingués.</p> + +<p>Dans le petit combat du 22, à Reichenbach, nous avons +acquis la certitude que notre jeune cavalerie est, à nombre +égal, supérieure à celle de l'ennemi.</p> + +<p>Nous n'avons pu prendre de drapeaux; l'ennemi les retire +toujours du champ de bataille. Nous n'avons pris que dix-neuf +canons, l'ennemi ayant fait sauter ses parcs et ses caissons. +D'ailleurs l'empereur tient sa cavalerie en réserve; et jusqu'à +ce qu'elle soit assez nombreuse, il veut la ménager.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 25 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le prince de la Moskwa, ayant sous ses ordres les corps du +général Lauriston et du général Reynier, avait forcé, le 24 +mai, le passage de la Neiss, et le 25 au matin, le passage de +la Queiss, et était arrivé à Buntzlau. Le général Lauriston +avait son quartier-général à mi-chemin de Buntzlau à Haynau.</p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était, le 25 au soir, à +Buntzlau.</p> + +<p>Le duc de Bellune était à Wehrau, sur la Queiss.</p> + +<p>Le général Bertrand était entré, le 24, à Lauban, et le 25 +il avait suivi l'ennemi.</p> + +<p>Le duc de Tarente, après avoir passé la Queiss, avait eu +un combat avec l'arrière-garde ennemie. L'ennemi, encombré +de charrettes de blessés et de bagages, voulut tenir. Le duc +de Tarente eut ses trois divisions engagées. Le combat fut +vif; l'ennemi souffrit beaucoup. Le duc de Tarente avait, le +25 au soir, son quartier-général à Stegkigt.</p> + +<p>Le duc de Raguse était à Ottendorf.</p> + +<p>Le duc de Reggio était parti de Bautzen, marchant sur +Berlin par la route de Luckau.</p> + +<p>Nos avant-postes n'étaient plus qu'à une marche de Glogau.</p> + +<p>C'est à Buntzlau que le général russe Koutouzow est mort, +il y a six semaines. Nos armées n'ont trouvé dans ce pays aucune +exaltation. Les esprits y sont comme à l'ordinaire. La +<i>landwehr</i>, la <i>landsturm</i> n'ont existé que dans les journaux, du +moins dans ce pays-ci; et les habitans sont bien loin d'adhérer +au conseil des Russes, de brûler leurs maisons et de dévaster +leur pays.</p> + +<p>Le général Durosnel est resté en qualité de gouverneur à +Dresde. Il commande toutes les troupes et garnisons françaises +en Saxe.</p> + +<p>Plusieurs corps français se dirigent sur Berlin, où il paraît +que l'on déménage, et où l'on s'attend depuis quelques jours +à voir arriver l'armée.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 27 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 26, le quartier-général du comte Lauriston était à +Haynau. Un bataillon du général Maison a été chargé inopinément, +à cinq heures du soir, par trois mille chevaux, et a +été obligé de se reployer sur un village. Il a perdu deux pièces +de canon et trois caissons qui étaient sous sa garde. La division +a pris les armes. L'ennemi a voulu charger sur le cent +cinquante-troisième régiment; mais il a été chassé du champ +de bataille, qu'il a laissé couvert de morts. Parmi les tués, +se trouvent le colonel et une douzaine d'officiers des gardes-du-corps +de Prusse, dont on a apporté les décorations.</p> + +<p>Le 27, le quartier-général de l'empereur était à Liegnitz, +où se trouvaient la jeune et la vieille garde, et les corps du +général Lauriston et du général Reynier. Le corps du prince +de la Moskwa était à Haynau; celui du duc de Bellune manoeuvrait +sur Glogau. Le duc de Tarente était à Goldberg. Le +duc de Raguse et le comte Bertrand étaient sur la route de +Goldberg à Liegnitz.</p> + +<p>Il paraît que toute l'armée ennemie a pris la direction de +Jauer et de Schweidnitz.</p> + +<p>On ramasse bon nombre de prisonniers. Les villages sont +pleins de blessés ennemis.</p> + +<p>Liegnitz est une assez jolie ville, de dix mille habitans. Les +autorités l'avaient quittée par ordres exprès; ce qui mécontente +fort les habitans et les paysans du cercle. Le comte Daru +a été en conséquence chargé de former de nouvelles magistratures.</p> + +<p>Tous les gens de la cour et toute la noblesse qui avaient +évacué Berlin, s'étaient retirés à Breslau; aujourd'hui ils +évacuent Breslau, et une partie se retire en Bohême.</p> + +<p>Les lettres interceptées ne parlent que de la consternation +de l'ennemi et des pertes énormes qu'il a faites à la bataille +de Wurtchen.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 29 mai au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Bellune s'est porté sur Glogau. Le général Sébastiani +a rencontré près de Sprottau un convoi ennemi, l'a +chargé, lui a pris vingt-deux pièces de canon, quatre-vingts +caissons et cinq cents prisonniers.</p> + +<p>Le duc de Raguse est arrivé le 28 au soir à Jauer, poussant +l'arrière-garde ennemie, dont il avait tourné la position +sur ce point. Il lui a fait trois cents prisonniers. Le duc de +Tarente et le comte Bertrand étaient arrivés à la hauteur de +cette ville.</p> + +<p>Le 28, à la pointe du jour, le prince de la Moskwa, +avec les corps du comte Lauriston et du général Reynier, +s'était porté sur Neumarck. Ainsi, notre avant-garde n'est +plus qu'à sept lieues de Breslau.</p> + +<p>Le 29 mai, à dix heures du matin, le comte Schouvaloff, +aide-de-camp de l'empereur de Russie, et le général Kleist, +général de division prussien, se sont présentés aux avant-postes. +Le duc de Vicence a été parlementer avec eux. On +croit que cette entrevue est relative à la négociation de l'armistice.</p> + +<p>On a des nouvelles de nos places, qui sont toutes dans la +meilleure situation.</p> + +<p>Les ouvrages qui défendaient le champ de bataille de +Wurtchen sont très-considérables; aussi l'ennemi avait-il +dans ses retranchemens la plus grande confiance. On peut +s'en faire une idée, quand on saura que c'était le travail de +dix mille ouvriers pendant trois mois; car c'est depuis le +mois de février que les Russes travaillaient à cette position +qu'ils considéraient comme inexpugnable.</p> + +<p>Il paraît que le général Wittgenstein a quitté le commandement +de l'armée combinée: c'est le général Barclay de +Tolly qui la commande.</p> + +<p>L'armée est ici dans le plus beau pays possible; la Silésie +est un jardin continu, où l'armée se trouve dans la plus +grande abondance de tout.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 30 mai 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Un convoi d'artillerie d'une cinquantaine de voitures, +parti d'Augsbourg, s'est éloigné de la route de l'armée, et +s'est dirigé d'Augsbourg sur Bayreuth; les partisans ennemis +ont attaqué ce convoi entre Zwickau et Chemnitz, ce +qui a occasionné la perte de deux cents hommes et de trois +cents chevaux qui ont été pris; de sept à huit pièces de canon, +et de plusieurs voitures qui ont été détruites; les pièces ont +été reprises. S. M. a ordonné de faire une enquête pour savoir +qui a pris sur soi de changer la route de l'armée. Que ce soit +un général ou un commissaire des guerres, il doit être puni +selon la rigueur des lois militaires, la route de l'armée ayant +été ordonnée d'Augsbourg par Wurtzbourg et Fulde.</p> + +<p>Le général Poinsot, venant de Brunswick avec un régiment +de marche de cavalerie, fort de quatre cents hommes, +a été attaqué par sept à huit cents hommes de cavalerie ennemie +près Halle; il a été fait prisonnier avec une centaine +d'hommes; deux cents hommes sont revenus à Leipsick.</p> + +<p>Le duc de Padoue est arrivé à Leipsick, où il réunit sa +cavalerie pour balayer toute la rive gauche de l'Elbe.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 31 mai au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Vicence, le comte de Schouvaloff et le général +Kleist ont eu une conférence de dix-huit heures, au couvent +de Watelstadt, près de Liegnitz. Ils se sont séparés hier 30, +à cinq heures après-midi. Le résultat n'est pas encore connu. +On est convenu, dit-on, du principe d'un armistice, mais on +ne paraît pas d'accord sur les limites qui doivent former la +ligne de démarcation. Le 31, à six heures du soir, les conférences +ont recommencé du côté de Striegau.</p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était à Neumarck; +celui du prince de la Moskwa, ayant sous ses ordres +le général Lauriston et le général Reynier, était à Lissa. +Le duc de Tarente et le comte Bertrand étaient entre +Jauer et Striegau. Le duc de Raguse était entre Moys et +Neumarkt. Le duc de Bellune était à Steinau sur l'Oder. +Glogau était entièrement débloqué. La garnison a eu constamment +du succès dans ses sorties. Cette place a encore +pour sept mois de vivres.</p> + +<p>Le 28, le duc de Reggio ayant pris position à Hoyerswerda, +fut attaqué par le corps du général Bulow, fort de +quinze à dix-huit mille hommes. Le combat s'engagea; l'ennemi +fut repoussé sur tous les points et poursuivi l'espace de +deux lieues.</p> + +<p>Le 22 mai, le lieutenant-général Vandamme s'est emparé +de Wilhelmsburg, devant Hambourg.</p> + +<p>Le 24, le quartier-général du prince d'Eckmülh était à +Harbourg. Plusieurs bombes étaient tombées dans Hambourg, +et les troupes russes paraissant évacuer cette ville, les négociations +s'étaient ouvertes pour la reddition de cette place; les +troupes danoises faisaient cause commune avec les troupes +françaises.</p> + +<p>Il devait y avoir, le 25, une conférence avec les généraux +danois, pour régler le plan d'opérations. M. le comte de Kaas, +ministre de l'intérieur du roi de Danemarck, et chargé d'une +mission auprès de l'empereur, était parti pour se rendre au +quartier-général.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 2 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était toujours à Neumarkt; +celui du prince de la Moskwa était à Lissa; le duc de +Tarente et le comte Bertrand étaient entre Jauer et Striegau; +le duc de Raguse au village d'Eisendorf; le troisième corps, +au village de Titersdorf; le duc de Bellune entre Glogau et +Liegnitz.</p> + +<p>Le comte de Bubna était arrivé à Liegnitz, et avait des conférences +avec le duc de Bassano.</p> + +<p>Le général Lauriston est entré à Breslau le 1er juin, à six +heures du matin. Une division prussienne de six à sept mille +hommes qui couvrait cette ville en défendant le passage de la +Lohe, a été enfoncée au village de Neukirchen.</p> + +<p>Le bourgmestre et quatre députés de la ville de Breslau +ont été présentés à l'empereur, à Neumarkt, le 1er juin, à +deux heures après-midi.</p> + +<p>S. M. leur a dit qu'ils pouvaient rassurer les habitans; que +quelque chose qu'ils eussent faite pour seconder l'esprit d'anarchie +que les Stein et les Scharnhorss voulaient exciter, elle +pardonnait à tous.</p> + +<p>La ville est parfaitement tranquille, et tous les habitans y +sont restés. Breslau offre de très-grandes ressources.</p> + +<p>Le duc de Vicence et les plénipotentiaires russe et prussien, +le comte Schouvaloff et le général de Kleist, avaient échangé +leurs pleins-pouvoirs, et avaient neutralisé le village de Peicherwitz. +Quarante hommes d'infanterie et vingt hommes de +cavalerie, fournis par l'armée française, et le même nombre +d'hommes fournis par l'armée alliée, occupaient respectivement +les deux entrées du village. Le 2 au matin, les plénipotentiaires +étaient en conférence pour convenir de la ligne +qui, pendant l'armistice, doit déterminer la position des deux +armées. En attendant, des ordres ont été donnés des deux +quartiers-généraux afin qu'aucunes hostilités n'eussent lieu. +Ainsi, depuis le 1er juin, à deux heures de l'après-midi, il +n'a été commis aucune hostilité de part ni d'autre.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 4 juin au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'armistice a été signé le 4, à deux heures après midi.</p> + +<p>S. M. l'empereur part le 5, à la pointe du jour, pour se +rendre à Liegnitz. On croit que pendant la durée de l'armistice, +S. M. se tiendra une partie du temps à Glogau, et la +plus grande partie à Dresde, afin d'être plus près de ses états.</p> + +<p>Glogau est approvisionné pour un an.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 6 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A. S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était, le 6, à Liegnitz.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa était toujours à Breslau.</p> + +<p>Les commissaires nommés par l'empereur de Russie, pour +l'exécution de l'armistice, étaient le comte de Schouvaloff, +aide-de-camp de l'empereur, et M. de Koutousoff, major-général, +aide-de-camp de l'empereur. Les commissaires nommés +de la part de la France, sont le général de division Dumoutier, +commandant une division de la garde, et le général +de brigade Flahaut, aide-de-camp de l'empereur.—Ces +commissaires se tiennent à Neumarkt.</p> + +<p>Le duc de Trévise porte son quartier-général à Glogau, +avec la jeune garde. La vieille garde retourne à Dresde, où +l'on croit que S. M. va porter son quartier-général.</p> + +<p>Les différens corps d'armée se sont mis en marche, pour +former des camps dans les différentes positions de Goldberg, +de Loewenberg, de Buntzlau, de Liegnitz, de Sprottau, de +Sagan, etc.</p> + +<p>Le corps polonais du prince Poniatowski, qui traverse la +Bohême, est attendu à Zittau le 10 juin.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 7 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de S. M. l'empereur était à Buntzlau. +Tous les corps d'armée étaient en marche pour se rendre dans +leurs cantonnemens. L'Oder était couvert de bateaux qui descendaient +de Breslau à Glogau, chargés d'artillerie, d'outils, +de farine et d'objets de toute espèce pris à l'ennemi.</p> + +<p>La ville de Hambourg a été reprise le 30 mai, de vive +force. Le prince d'Eckmülh se loue spécialement de la conduite +du général Vandamme. Hambourg avait été perdu, +pendant la campagne précédente, par la pusillanimité du général +Saint-Cyr: c'est à la vigueur qu'a déployée le générai +Vandamme, du moment de son arrivée dans la trente-deuxième +division militaire, qu'on doit la conservation de Brême, et +aujourd'hui la prise de Hambourg. On y a fait plusieurs +centaines de prisonniers. On a trouvé dans la ville deux ou +trois cents pièces de canon, dont quatre-vingts sur les remparts. +On avait fait des travaux pour mettre la ville en état +de défense.</p> + +<p>Le Danemarck marche avec nous: le prince d'Eckmülh +avait le projet de se porter sur Lubeck. Ainsi, la trente-deuxième +division militaire et tout le territoire de l'empire +sont entièrement délivrés de l'ennemi.</p> + +<p>Des ordres ont été donnés pour faire de Hambourg une +place forte: elle est environnée d'un rempart bastionné, ayant +un large fossé plein d'eau, et pouvant être couvert en partie +par des inondations. Les travaux sont dirigés de manière que +la communication avec Hambourg se fasse par les îles, en tout +temps.</p> + +<p>L'empereur a ordonné la construction d'une autre place +sur l'Elbe, à l'embouchure du Havel. Koenigstein, Torgau, +Wittemberg, Magdebourg, la place du Havel et Hambourg, +compléteront la défense de la ligne de l'Elbe.</p> + +<p>Les ducs de Cambridge et de Brunswick, princes de la +maison d'Angleterre, sont arrivés à temps à Hambourg, pour +donner plus de relief au succès des Français. Leur voyage se +réduit à ceci: ils sont arrivés, et se sont sauvés.</p> + +<p>Les derniers bataillons des cinq divisions du prince d'Eckmülh, +lesquelles sont composées de soixante-douze bataillons +au grand complet, sont partis de Wesel.</p> + +<p>Depuis le commencement de la campagne, l'armée française +a délivré la Saxe, conquis la moitié de la Silésie, réoccupé +la trente-deuxième division militaire, confondu les espérances +de nos ennemis.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 10 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur était arrivé le 10, à quatre heures du matin, +à Dresde. La garde à cheval y était arrivée à midi. La garde +à pied y était attendue le lendemain 11.</p> + +<p>S. M., arrivée au moment où on s'y attendait le moins, +avait ainsi rendu inutiles les préparatifs faits pour sa réception.</p> + +<p>A midi, le roi de Saxe est venu voir l'empereur, qu'on a +logé au faubourg, dans la belle maison Marcolini, où il y a +un grand appartement au rez-de-chaussée et un beau parc; le +palais du roi, qu'habitait précédemment l'empereur, n'ayant +pas de jardin.</p> + +<p>A sept heures du soir, l'empereur a reçu M. de Kaas, +ministre de l'intérieur et de la justice du roi de Danemarck.</p> + +<p>Une brigade danoise de la division auxiliaire mise sous les +ordres du prince d'Eckmülh, avait pris, le 2 juin, possession +de Lubeck.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa était, le 10, à Breslau; le duc +de Trévise, à Glogau; le duc de Bellune, à Crossen; le duc +de Reggio, sur les frontières de la Prusse, du côté de Berlin. +L'armistice avait été publié partout. Les troupes faisaient des +préparatifs pour asseoir leurs baraques et camper dans leurs +positions respectives, depuis Glogau et Liegnitz, jusqu'aux +frontières de la Bohême et à Goerlitz.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 14 juin au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Toutes les troupes sont arrivées dans leurs cantonnemens. +On élève des baraques et l'on forme les camps.</p> + +<p>L'empereur a paradé tous les jours à dix heures.</p> + +<p>Quelques partisans ennemis sont encore sur les derrières. +Il y en a qui font la guerre pour leur compte, à la manière +de Schill, et qui refusent de reconnaître l'armistice. Plusieurs +colonnes sont en mouvement pour les détruire.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 15 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le baron de Kaas, ministre de l'intérieur de Danemarck, +et envoyé avec des lettres du roi, a été présenté à l'empereur.</p> + +<p>Après les affaires de Copenhague, un traité d'alliance fut +conclu entre la France et le Danemarck: par ce traité, l'empereur +garantissait l'intégrité du Danemarck.</p> + +<p>Dans le courant de 1811, la cour de Suède fit connaître +à Paris le désir qu'elle avait de réunir la Norwège à la Suède, +et demanda l'assistance de la France. L'on répondit que, +quelque désir qu'eût la France de faire une chose agréable +à la Suède, un traité d'alliance ayant été conclu avec le Danemarck, +et garantissant l'intégrité de cette puissance, S. M. +ne pouvait jamais donner son consentement au démembrement +du territoire de son allié.</p> + +<p>Dès ce moment, la Suède s'éloigna de la France, et entra +en négociation avec ses ennemis.</p> + +<p>Depuis, la guerre devint imminente entre la France et la +Russie. La cour de Suède proposa de faire cause commune +avec la France, mais en renouvelant sa proposition relative +à la Norwège. C'est en vain que la Suède fit entrevoir que +des ports de Norwège une descente en Écosse était facile; c'est +en vain que l'on fit valoir toutes les garanties que l'ancienne +alliance de la Suède donnerait à la France de la conduite +qu'on tiendrait avec l'Angleterre. La conduite du cabinet des +Tuileries fut la même: on avait les mains liées par le traité +avec le Danemarck.</p> + +<p>Dès ce moment, la Suède ne garda plus de mesures; elle +contracta une alliance avec l'Angleterre et la Russie; et la +première stipulation de ce traité fut l'engagement commun +de contraindre le Danemarck à céder la Norwège à la Suède.</p> + +<p>Les batailles de Smolensk et de la Moskwa enchaînèrent +l'activité de la Suède; elle reçut quelques subsides, fit quelques +préparatifs, mais ne commença aucune hostilité. Les +événemens de l'hiver de 1812 arrivèrent, les troupes françaises +évacuèrent Hambourg. La situation du Danemarck devint périlleuse; +en guerre avec l'Angleterre, menacée par la Suède +et par la Russie, la France paraissait impuissante pour le soutenir. +Le roi de Danemarck, avec cette loyauté qui le caractérise, +s'adressa à l'empereur pour sortir de cette situation. +L'empereur, qui veut que sa politique ne soit jamais à charge +à ses alliés, répondit que le Danemarck était maître de traiter +avec l'Angleterre pour sauver l'intégrité de son territoire, et +que son estime et son amitié pour le roi ne recevraient aucun +refroidissement des nouvelles liaisons que la force des circonstances +obligeait le Danemarck à contracter. Le roi témoigna +toute sa reconnaissance de ce procédé.</p> + +<p>Quatre équipages de très-bons matelots avaient été fournis +par le Danemarck, et montaient quatre vaisseaux de notre +flotte de l'Escaut. Le roi de Danemarck ayant témoigné, sur +ces entrefaites, le désir que ces marins lui fussent rendus, +l'empereur les lui renvoya avec la plus scrupuleuse exactitude, +en témoignant aux officiers et aux matelots la satisfaction +qu'il avait de leurs bons services.</p> + +<p>Cependant les événemens marchaient.</p> + +<p>Les alliés pensaient que le rêve de Burke était réalisé. +L'empire français, dans leur imagination, était déjà effacé du +globe, et il faut que cette idée ait prédominé à un étrange +point, puisqu'ils offraient au Danemarck, en indemnité de la +Norwège, nos départemens de la trente-deuxième division +militaire, et même toute la Hollande, afin de recomposer +dans le Nord une puissance maritime qui fît système avec la +Russie.</p> + +<p>Le roi de Danemarck, loin de se laisser surprendre à ces +appâts trompeurs, leur dit: «Vous voulez donc me donner +des colonies en Europe, et cela au détriment de la France?»</p> + +<p>Dans l'impossibilité de faire partager au roi de Danemarck +une idée aussi folle, le prince Dolgorouki fut envoyé à Copenhague +pour demander qu'on fit cause commune avec les +alliés, et moyennant ce, les alliés garantissaient l'intégrité du +Danemarck et même de la Norwège.</p> + +<p>L'urgence des circonstances, les dangers imminens que +courait le Danemarck, l'éloignement des armées françaises, +son propre salut firent fléchir la politique du Danemarck. Le roi +consentit, moyennant la garantie de l'intégrité de ses états, +à couvrir Hambourg, et à tenir cette ville à l'abri même des +armées françaises, pendant toute la guerre. Il comprit tout +ce que cette stipulation pouvait avoir de désagréable pour +l'empereur; il y fit toutes les modifications de rédaction qu'il +était possible d'y faire, et même ne la signa qu'en cédant +aux instances de tous ceux dont il était entouré, qui lui représentaient +la nécessité de sauver ses états; mais il était loin +dépenser que c'était un piège qu'on venait là de lui tendre. +On voulait le mettre ainsi en guerre avec la France, et après +lui avoir fait perdre de cette façon son appui naturel dans +cette circonstance, on voulait lui manquer de parole; et l'obliger +de souscrire à toutes les conditions honteuses qu'on +voudrait lui imposer.</p> + +<p>M. de Bernstorf se rendit à Londres; il croyait y être reçu +avec empressement et n'avoir plus qu'à renouveler le traité +consenti avec le prince Dolgorouki: mais quel fut son étonnement, +lorsque le prince régent refusa de recevoir la lettre +du roi, et que lord Castlereagh lui fit connaître qu'il ne pouvait +y avoir de traité entre le Danemarck et l'Angleterre, si, +au préalable, la Norwège n'était cédée à la Suède. Peu de +jours après, le comte de Bernstorf reçut ordre de retourner +en Danemarck.</p> + +<p>Au même moment, on tint le même langage au comte de +Moltke, envoyé de Danemarck auprès de l'empereur Alexandre. +Le prince Dolgorouki fut désavoué comme ayant dépassé +ses pouvoirs, et pendant ce temps les Danois faisaient +leur notification à l'armée française, et quelques hostilités +avaient lieu!</p> + +<p>C'est en vain qu'on ouvrirait les annales des nations pour +y voir une politique plus immorale. C'est au moment que le +Danemarck se trouve ainsi engagé dans un état de guerre +avec la France, que le traité auquel il croit se conformer est +à la fois désavoué à Londres et en Russie, et qu'on profite de +l'embarras où cette puissance est placée, pour lui présenter +comme <i>ultimatum,</i> un traité qui l'engageait à reconnaître la +cession de la Norwège!</p> + +<p>Dans ces circonstances difficiles le roi montra la plus grande +confiance dans l'empereur; il déclara le traité nul. Il rappela +ses troupes de Hambourg, Il ordonna que son armée marcherait +avec l'armée française, et enfin il déclara qu'il se considérait +toujours comme allié de la France, et qu'il s'en reposait +sur la magnanimité de l'empereur.</p> + +<p>Le président de Kaas fut envoyé au quartier-général français +avec des lettres du roi.</p> + +<p>En même temps le roi fit partir pour la Norwège le prince +héréditaire de Danemarck, jeune prince de la plus grande +espérance, et particulièrement aimé des Norvégiens. Il partit +déguisé en matelot, se jeta dans une barque de pêcheur et +arriva en Norwège le 22 mai.</p> + +<p>Le 30 mai les troupes françaises entrèrent à Hambourg, +et une division danoise, qui marchait avec nos troupes, entra +à Lubeck.</p> + +<p>Le baron de Kaas se trouvant à Altona, eut à essuyer une +autre scène de perfidie égale à la première.</p> + +<p>Les envoyés des alliés vinrent à son logement et lui firent +connaître que l'on renonçait à la cession de la Norwège, et +que sous la condition que le Danemarck fit cause commune +avec les alliés, il n'en serait plus question; qu'ils le conjuraient +de retarder son départ. La réponse de M. de Kaas fut +simple: «J'ai mes ordres, je dois les exécuter.» On lui dit +que les armées françaises étaient défaites; cela ne l'ébranla +pas davantage, et il continua sa route.</p> + +<p>Cependant, le 31 mai une flotte anglaise parut dans la +rade de Copenhague; un des vaisseaux de guerre mouilla devant +la ville, et M. Thornton se présenta. Il fit connaître que +les alliés allaient commencer les hostilités, si, dans quarante-huit +heures, le Danemarck ne souscrivait à un traité, dont +les principales conditions étaient de céder la Norwège à la +Suède, en remettant sur-le-champ en dépôt la province de +Drontheim, et de fournir vingt-cinq mille hommes pour +marcher avec les alliés contre la France, et conquérir les indemnités +qui devaient être la part du Danemarck. On déclarait +en même temps que les ouvertures faites à M. de Kaas, +à son passage à Altona, étaient désavouées et ne pouvaient +être considérées que comme des pourparlers militaires. +Le roi rejeta avec indignation cette injurieuse sommation.</p> + +<p>Cependant le prince royal arrivé en Norvège, y avait publié +la proclamation suivante:</p> + +<p>«Norwégiens!</p> + +<p>«Votre roi connaît et apprécié votre fidélité inébranlable +pour lui et la dynastie des rois de Norwège et de Danemarck, +qui, depuis des siècles, règne sur vos pères et sur vous. Son +désir paternel est de resserrer encore davantage le lien indissoluble +de l'amitié <i>fraternelle</i> et de l'union qui lie les peuples +des deux royaumes. Le coeur de Frédéric VI est toujours avec +vous, mais ses soins pour toutes les branches de l'administration +de l'état le privent de se voir entouré de son peuple +norwégien. C'est pour cela qu'il m'envoie près de vous, +comme gouverneur, pour exécuter ses volontés comme s'il +était présent; ses ordres seront mes lois. Mes efforts seront +de gagner votre confiance. Votre estime et votre amitié seront +ma récompense. Peut-être que des épreuves plus dures nous +menacent ... Mais ayant confiance dans la Providence, j'irai +sans crainte au-devant d'elles, et avec votre aide, fidèles Norwégiens; +je vaincrai tous les obstacles. Je sais que je puis +compter sur votre fidélité pour le roi, que vous voulez conserver +l'ancienne indépendance de la Norwège, et que la devise +qui nous réunit est: <i>Pour Dieu, le roi et la patrie!</i></p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> CHRISTIAN-FRÉDÉRIC.</p> + +<br><br><br> + +<p>La confiance que le roi de Danemarck a eue dans l'empereur +se trouve entièrement justifiée, et tous les liens entre les +deux peuples ont été rétablis et resserrés.</p> + +<p>L'armée française est à Hambourg: une division danoise +en suit les mouvements, pour la soutenir. Les Anglais ne retirent +de leur politique que honte et confusion; les voeux de +tous les gens de bien accompagnent le prince héréditaire de +Danemarck en Norwège. Ce qui rend critique la position de +la Norwège, c'est le manque de subsistances; mais la Norwège +restera danoise; l'intégrité du Danemarck est garantie par la +France.</p> + +<p>Le bombardement de Copenhague, pendant qu'un ministre +anglais était encore auprès du roi, l'incendie de cette capitale +et de la flotte sans déclaration de guerre, sans aucune hostilité +préalable, paraissaient devoir être la scène la plus +odieuse de l'histoire moderne; mais la politique tortueuse +qui porte les Anglais à demander la cession d'une province, +heureuse depuis tant d'années sous le sceptre de la maison de +Holstein, et la série d'intrigues dans laquelle ils descendent +pour arriver à cet odieux résultat, seront considérées comme +plus immorales et plus outrageantes encore que l'incendie de +Copenhague. Ou y reconnaîtra la politique dont les maisons +de <i>Timor</i> et de <i>Sicile</i> ont été victimes, et qui les a dépouillées +de leurs états. Les Anglais se sont accoutumés dans l'Inde +à n'être jamais arrêtés par aucune idée de justice. Ils suivent +cette politique en Europe.</p> + +<p>Il paraît que dans tous les pourparlers que les alliés ont +eus avec l'Angleterre, les puissances les plus ennemies de la +France ont été soulevées par l'exagération des prétentions du +gouvernement anglais. Les bases même de la paix de Lunéville, +les Anglais les déclaraient inadmissibles comme trop favorables +à la France. Les insensés! ils se trompent de latitude, +et prennent les Français pour des Hindous!</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 21 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le huitième corps commandé par le prince Poniatowski, +qui a traversé la Bohême, est arrivé à Zittau en Lusace. +Ce corps est fort de dix-huit mille hommes, dont six mille +de cavalerie. Tous les ordres ont été donnés pour compléter +son habillement, et pour lui fournir tout ce qui pourrait lui +manquer.</p> + +<p>S. M. a été le 20 à Pirna et à Koenigstein.</p> + +<p>Le président de Kaas, envoyé par le roi de Danemarck, a +reçu son audience de congé, et est parti de Dresde.</p> + +<p>Les corps francs prussiens levés à l'instar de celui de +Schill, ont continué, depuis l'armistice, à mettre des contributions, +et à arrêter les hommes isolés. On leur a fait signifier +l'armistice dès le 8; mais ils ont déclaré faire la guerre pour +leur compte; et comme ils continuaient la même conduite, +on a fait marcher contre eux plusieurs colonnes. Le capitaine +Lutzow, qui commandait une de ces bandes, a été tué; +quatre cents des siens ont été tués ou pris, et le reste dispersé. +On ne croit pas que cent de ces brigands soient parvenus à +repasser l'Elbe. Une autre bande, commandée par un capitaine +Colombe, est entièrement cernée, et on a l'espoir que +sous peu de jours la rive gauche de l'Elbe sera tout-à-fait +purgée de la présence de ces bandes, qui se portaient à toute +espèce d'excès envers les malheureux habitans.</p> + +<p>L'officier envoyé à Custrin est de retour. La garnison de +cette place est d'environ cinq mille hommes, et n'a que cent +cinquante malades. La place est dans le meilleur état, et est +approvisionnée pour six mois en blé, riz, légume, viandes +fraîches, et tous les objets nécessaires.</p> + +<p>La garnison a toujours été maîtresse des dehors de la place +jusqu'à mille toises. Pendant ces quatre mois, le commandant +n'a pas cessé de travailler à augmenter les moyens de son artillerie +et les fortifications de la place.</p> + +<p>Toute l'armée est campée; ce repos fait le plus grand bien +à nos troupes. Les distributions régulières de riz contribuent +beaucoup à entretenir la santé du soldat.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 25 juin 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 24, l'empereur a dîné chez le roi de Saxe. Le soir, la +comédie française a donné sur le théâtre de la cour une représentation +d'une pièce de Molière, à laquelle LL. MM. +ont assisté.</p> + +<p>Le roi de Westphalie est venu à Dresde, voir l'empereur.</p> + +<p>Le 25, l'empereur a parcouru les différens débouchés des +forêts de Dresde, et a fait une vingtaine de lieues. S. M., +partie à cinq heures après midi, était de retour à dix heures +du soir.</p> + +<p>Deux ponts ont été jetés sur l'Elbe, vis-à-vis la forteresse +de Koenigstein. Le rocher de Silienstein, qui est sur la rive +droite, à une demi-portée de canon de Koenigstein, a été occupé +et fortifié. Des magasins et autres établissemens militaires +sont préparés dans cette intéressante position. Un camp +de soixante mille hommes, appuyé ainsi à la forteresse de +Koenigstein, et pouvant manoeuvrer sur les deux rives, serait +inattaquable par quelque force que ce fût.</p> + +<p>Le roi de Bavière a établi autour de Nymphenbourg, près +de Munich, un camp de vingt-cinq mille hommes.</p> + +<p>L'empereur a donné au duc de Castiglione le commandement +du corps d'observation de Bavière. Cette armée se réunit +à Wurtzbourg. Elle est composée de six divisions d'infanterie +et de deux de cavalerie.</p> + +<p>Le vice-roi réunit entre la Piave et l'Adige l'armée d'Italie, +composée de trois corps. Le général Grenier en commande +un.</p> + +<p>Le nouveau corps qui vient d'être formé à Magdebourg, +sous le commandement du général Vandamme, compte déjà +quarante bataillons et quatre-vingt pièces d'artillerie.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl est à Hambourg. Son corps a été renforcé +par des troupes venant de France et de Hollande, de +sorte que sur ce point il y plus de troupes qu'il n'y en a jamais +eu. La division danoise qui est réunie au corps du prince +d'Eckmühl est de quinze mille hommes.</p> + +<p>Le deuxième corps, que commande le duc de Bellune, n'avait +qu'une division pendant la campagne qui vient de finir; +ce corps a été complété, et le duc de Bellune commande aujourd'hui +les trois divisions.</p> + +<p>Les circonstances étaient si urgentes au commencement de +la campagne, que les bataillons d'un même régiment se trouvaient +disséminés dans différens corps. Tout a été régularisé, +et chaque régiment a réuni ses bataillons. Chaque jour il arrive +une grande quantité de bataillons de marche qui passent +l'Elbe à Magdebourg, à Wittemberg, à Torgau, à +Dresde. S. M. passe tous les jours la revue de ceux qui arrivent +par Dresde.</p> + +<p>Les équipages militaires de l'armée ont aujourd'hui, soit +en caissons d'ancien modèle, soit en caissons du nouveau +modèle (dit no. 2), soit en voitures à la comtoise, de quoi +transporter des vivres pour toute l'armée pour un mois. S. M. +a reconnu que les voitures à la comtoise, ainsi que les caissons +d'ancien modèle, ont des inconvéniens, et elle a prescrit +que désormais les équipages, au fur et à mesure des remplacemens, +fussent établis sur les modèles des caissons no. 2, +attelés de quatre chevaux et qui portent facilement vingt +quintaux.</p> + +<p>L'armée est pourvue de moulins portatifs pesant seize livres, +et faisant chaque jour cinq quintaux de farine. On a +distribué trois de ces moulins par bataillon.</p> + +<p>On travaille avec la plus grande activité à augmenter les +fortifications de Glogau.</p> + +<p>On travaille également à augmenter les fortifications de +Wittemberg. S. M. veut faire de cette ville une place régulière; +et comme le tracé en est défectueux, elle a ordonné +qu'on la fit couvrir par trois couronnes en suivant à peu près +la même méthode que le sénateur Chasseloup Laubat a mise +en pratique à Alexandrie.</p> + +<p>Torgau est en bon état.</p> + +<p>On travaille aussi avec une grande activité à fortifier Hambourg. +Le général du génie Haxo s'y est rendu pour tracer +la citadelle et les ouvrages à établir dans les îles pour lier +Harbourg avec Hambourg. Les ingénieurs des ponts et chaussées +y construisent deux ponts volans dans le même système +que ceux d'Anvers, un pour la marée montante, l'autre pour +la marée descendante.</p> + +<p>Une nouvelle place sur l'Elbe a été tracée par le général +Haxo du côté de Verden, à l'embouchure de la Havel.</p> + +<p>Les forts de Cuxhaven, qui étaient en état de soutenir un +siége, mais qu'on avait abandonnés sans raison, et que l'ennemi +avait rasés, se rétablissent. On y travaille avec activité; +ce ne seront plus de simples batteries fermées, mais un fort +qui, comme le fort impérial de l'Escaut, protégera l'arsenal +de construction et le bassin, dont l'établissement est projeté +sur l'Elbe, depuis que l'ingénieur Beaupré, qui a employé +deux ans à sonder ce fleuve, a reconnu qu'il avait les mêmes +propriétés que l'Escaut, et que les plus grandes escadres pouvaient +y être construits et réunies dans ses rades.</p> + +<p>La troisième division de la jeune garde, que commande le +général Laborde, officier d'un mérite consommé, est campée +dans les bois en avant de Dresde, sur la rive droite de l'Elbe.</p> + +<p>La quatrième division de la jeune garde, que commande +le général Friant, débouche par Wurtzbourg. Des régimens +de cette division ont déjà dépassé cette ville, et se portent +sur Dresde.</p> + +<p>La cavalerie de la garde compte déjà plus de neuf mille +chevaux. L'artillerie a déjà plus de deux cents pièces de canon. +L'infanterie forme cinq divisions, dont quatre de la jeune +garde et une de la vieille.</p> + +<p>Le septième corps, que commande le général Reynier, +composé de la division Durutte, qui est une division française, +et de deux divisions saxonnes, reçoit son complément. +Ce corps est campé en avant de Goerlitz. Toute la cavalerie +légère saxonne y est réunie, et va être également complétée. +Le roi de Saxe porte aussi ses deux beaux régimens de cuirassiers +à leur complet.</p> + +<p>S. M. a été extrêmement satisfaite des rois et des grands-ducs +de la confédération. Le roi de Wurtemberg s'est particulièrement +distingué. Il a fait, proportion gardée, des efforts +égaux à ceux de la France, et son armée, infanterie, cavalerie +et artillerie, a été portée au grand complet. Le prince +Émile de Hesse-Darmstadt, qui commande le contingent de +Hesse-Darmstadt, s'est constamment fait distinguer dans la +campagne passée et dans celle-ci par beaucoup de sang-froid +et beaucoup d'intrépidité. C'est un jeune prince d'espérance, +que l'empereur, affectionne Beaucoup. Les seuls princes de +Saxe sont en arrière pour le contingent.</p> + +<p>Non-seulement la citadelle d'Erfurt est en bon état et parfaitement +approvisionnée, mais les fortifications ont été relevées; +elles sont couvertes par des ouvrages avancés, et +désormais Erfurt sera une place forte de première importance.</p> + +<p>Le congrès n'est pas encore réuni: on espère pourtant +qu'il le sera sous quelques jours. Si on a perdu un mois, la +faute n'en est pas a la France.</p> + +<p>L'Angleterre, qui n'a pas d'argent, n'a pu en fournir aux +coalisés; mais elle vient d'imaginer un expédient nouveau. +Un traité a été conclu entre l'Angleterre, la Russie et la +Prusse, moyenant lequel il sera créé pour plusieurs centaines +de millions d'un nouveau papier garanti par les trois puissances. +C'est sur cette ressource que l'on compte pour faire +face aux frais de la guerre.</p> + +<p>Dans les articles séparés, l'Angleterre garantit le tiers de +ce papier, de sorte qu'en réalité, c'est une nouvelle dette +ajoutée à la dette anglaise. Il reste à savoir dans quel pays +on émettra ce nouveau papier. Lorsque cette idée lumineuse +a été conçue, on espérait probablement que cette émission +aurait lieu aux dépens de la confédération du Rhin et même +de la France, notamment dans la Hollande, dans la Belgique +et dans les départemens du Rhin. Cependant le traité n'en a +pas moins été ratifié depuis l'armistice. La Russie fait la dépense +de son armée avec du papier, que les habitans de la +Prusse sont obligés de recevoir; la Prusse elle-même fait son +service avec du papier: l'Angleterre aussi a son papier. Il +paraît que chacun de ces papiers isolé n'a plus le crédit suffisant, +puisque ces puissances prennent le parti d'en créer un +en commun. C'est aux négocians et aux banquiers à nous +faire connaître s'il faut multiplier le crédit du nouveau papier +par le crédit des trois puissances, ou bien si ce crédit +doit être le quotient.</p> + +<p>La Suède seule paraît avoir reçu de l'argent de l'Angleterre, +à peu près cinq à six cent mille livres sterling.</p> + +<p>La garnison de Modlin est en bon état; les fortifications +sont augmentées. On déchiffrait au quartier-général les rapports +des gouverneurs de Modlin et de Zamosc. Les garnisons +de ces deux places sont restées maîtresses du pays à une lieue +autour d'elles, les troupes qui les bloquaient n'étant que des +milices mal armées et mal équipées.</p> + +<p>L'empereur a pris à sa solde l'armée du prince Poniatowski, +et lui a donné une nouvelle organisation. Des ateliers sont +établis pour fournir à ses besoins. Avant vingt jours, elle +sera équipée à neuf et remise en bon état.</p> + +<p>Quelque brillante que soit cette situation, et quoique S. M. +ait réellement plus de puissance militaire que jamais, elle +n'en désire la paix qu'avec plus d'ardeur.</p> + +<p>L'administration a fait acheter une grande quantité de riz, +afin que pendant toute la grande chaleur cette denrée entre +pour un quart dans les rations du soldat.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le comte de Metternich, ministre d'état et des conférences +de S. M. l'empereur d'Autriche, est arrivé à Dresde, et a +déjà eu plusieurs conférences avec le duc de Bassano.</p> + +<p>La Russie vient d'obtenir du roi de Prusse que le papier +russe ait un cours forcé dans les états prussiens, et comme le +papier prussien perd déjà soixante-dix pour cent, cette ordonnance +ne semble pas propre à relever le crédit de la +Prusse.</p> + +<p>La ville de Berlin est tourmentée de toutes les manières, +et chaque jour les vexations s'y font sentir davantage. Cette +capitale compare déjà sa situation à celle de plusieurs villes +de France en 1793.</p> + +<p>S. M. l'empereur a fait le 28 une course de huit à dix +heures aux environs de Dresde.</p> + +<p>On a reçu des nouvelles de Modlin et de Zamosc. Ces places +sont dans la meilleure situation, soit pour les vivres et +les munitions de guerre, soit pour les fortifications.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Magdebourg, le 12 juillet 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur est arrivé aujourd'hui ici à sept heures du matin. +S. M. est aussitôt montée à cheval, et a visité les fortifications, +qui rendent Magdebourg une des plus fortes places +de l'Europe.</p> + +<p>S. M. est partie de Dresde le 10, à trois heures du matin. +Elle a déjeuné à Torgau, a visité les fortifications de cette +place, et y a vu la brigade de troupes saxonnes commandée +par le général Lecocq. A six du soir, elle est arrivée à Wittemberg, +et en a visité les fortifications.</p> + +<p>Le 11, à cinq heures du matin, S. M. a passé en revue +trois divisions (les cinquième, sixième et sixième <i>bis</i>) arrivant +de France; elle a nommé aux emplois vacans, et a accordé +des récompenses à plusieurs officiers et soldats.</p> + +<p>Parti de Wittemberg à trois heures après-midi, l'empereur +est arrivé à six heures à Dessau, où S. M. a vu la division +du général Philippon.</p> + +<p>S. M. a quitté Dessau à deux heures du matin, et dès cinq +heures elle se trouvait à Magdebourg, où sont campées les +trois divisions du corps du général comte Vandamme.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Dresde, le 15 juillet 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur est parti de Magdebourg le 13, après avoir +vu les divisions du corps du général Vandamme, et s'est +rendu à Leipsick.</p> + +<p>Le 14, à cinq heures du matin, S. M. a vu le troisième +corps de cavalerie, que commande le duc de Padoue.</p> + +<p>Dans l'après-midi, S. M. a vu sur la grande place de Leipsick +le reste des troupes du duc de Padoue, qu'elle n'avait pas +pu voir le matin. Elle est montée ensuite en voiture, à cinq +heures du soir, pour Dresde, où elle est arrivée à une heure +après minuit.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Vicence, grand-écuyer, et le comte de Narbonne, +ambassadeur de France à Vienne, ont été nommés par l'empereur +ses ministres plénipotentiaires à Prague.</p> + +<p>Le comte de Narbonne était parti le 9.</p> + +<p>On croit que le duc de Vicence partira le 18.</p> + +<p>Le conseiller intime d'Anstett, plénipotentiaire de l'empereur +de Russie, était arrivé le 12 juillet à Prague.</p> + +<p>Une convention avait été signée à Neumarkt pour la prolongation +de l'armistice jusqu'à la mi-août.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Dresde, le 14 août 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur au duc de Massa, grand-juge ministre +de la justice.</i></p> + +<p>«Monsieur le duc de Massa, notre grand-juge ministre de +la justice,</p> + +<p>«Nous avons appris avec la plus grande peine la scène +scandaleuse qui vient de se passer à Bruxelles, aux assises de +la cour impériale. Notre bonne ville d'Anvers, après avoir +perdu plusieurs millions par la déprédation publique et +avouée des agens de l'octroi, a perdu son procès et a été +condamnée aux dépens. Le jury, dans cette circonstance, n'a +pas répondu à la confiance de la loi, et plusieurs jurés, trahissant +leur serment, se sont livrés publiquement à la plus +honteuse corruption. Dans cette circonstance, quoiqu'il soit +dans nos principes et dans notre volonté que nos tribunaux +administrent la justice avec la plus grande indépendance, cependant, +comme ils l'administrent en notre nom et à la décharge +de notre conscience, nous ne pouvons pas ignorer et tolérer +un pareil scandale, ni permettre que la corruption triomphe +et marche tête levée dans nos bonnes villes de Bruxelles +et d'Anvers.</p> + +<p>«Notre intention est qu'à la réception de la présente lettre, +vous ayez à ordonner à notre procureur impérial près la cour +de Bruxelles de réunir les juges qui ont présidé la session des +assises, et de dresser procès-verbal en forme d'enquête de ce +qui est à leur connaissance, et de ce qu'ils pensent relativement +à la scandaleuse déclaration du jury dans l'affaire dont il s'agit. +Notre intention est que vous fassiez connaître à notre procureur +impérial près la cour de Bruxelles, que le jugement de la +cour rendu en conséquence de ladite déclaration du jury, doit +être regardé comme suspendu; qu'en conséquence les prévenus +doivent être remis sous la main de la justice, et le séquestre +réapposé sur leurs biens. Enfin notre intention est +qu'en vertu du paragraphe 4 de l'article 55 du titre 5 des +constitutions de l'empire, vous nous présentiez, dans un conseil +privé que nous autorisons à cet effet la régente, notre +chère et bien-aimée épouse, à présider, un projet de sénatus-consulte +pour annuler le jugement de la cour d'assises de +Bruxelles y et envoyer cette affaire à notre cour de cassation +qui désignera une cour impériale pardevant laquelle la procédure +sera recommencée et jugée, les chambres réunies et +sans jury. Nous désirons que si la corruption est active à éluder +l'effet des lois, les corrupteurs sachent que les lois, dans +leur sagesse, ont su pourvoir à tout. Notre intention est aussi +que vous donniez des instructions à notre procureur impérial, +qui sera à cet effet autorisé par un article du sénatus-consulte, +pour qu'il poursuive ceux des jurés que la clameur publique +accuse d'avoir cédé à la corruption dans cette affaire. Nous +espérons que notre bonne ville d'Anvers sera consolée par +cette juste décision souveraine, et qu'elle y verra la sollicitude +que nous portons à nos peuples, même au milieu des +camps et des circonstances de la guerre.</p> + +<p>«Sur ce, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte +garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 20 août 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Les ennemis ont dénoncé l'armistice le 11, à midi, et ont +fait connaître que les hostilités commenceraient le 19 après +minuit.</p> + +<p>En même temps, une note de M. le comte de Metternich, +ministre des relations extérieures d'Autriche, adressée à M. le +comte de Narbonne, lui fait connaître que l'Autriche déclarait +la guerre à la France.</p> + +<p>Le 17 au matin, les dispositions des deux armées étaient +les suivantes:</p> + +<p>Les quatrième, douzième et septième corps, sous les ordres +du duc de Reggio, étaient à Dahme.</p> + +<p>Le prince d'Eckmühl, avec son corps, auquel les Danois +étaient réunis, campait devant Hambourg, son quartier-général +étant à Bergedorf.</p> + +<p>Le troisième corps était à Liegnitz, sous les ordres du +prince de la Moskwa.</p> + +<p>Le cinquième corps était à Goldberg, sous les ordres du +général Lauriston.</p> + +<p>Le onzième corps était à Loewenberg, sous les ordres du +duc de Tarente.</p> + +<p>Le sixième corps, commandé par le duc de Raguse, était à +Bunzlau.</p> + +<p>Le huitième corps, aux ordres du prince Poniatowski, +était à Zittau.</p> + +<p>Le maréchal Saint-Cyr était, avec le quatorzième corps, +la gauche appuyée à l'Elbe, au camp de Koenigstein et à cheval +sur la grande chaussée de Prague à Dresde, poussant des +corps d'observation jusqu'aux débouchés de Marienberg.</p> + +<p>Le premier corps arrivait à Dresde, et le deuxième corps +à Zittau.</p> + +<p>Dresde, Torgau, Wittemberg, Magdebourg et Hambourg +avaient chacun leur garnison, et étaient armés et approvisionnés.</p> + +<p>L'armée ennemie était, autant qu'on en peut juger, dans +la position suivante:</p> + +<p>Quatre-vingt mille Russes et Prussiens étaient entrés, dès +le 10 au matin, en Bohême, et devaient arriver vers le 21 +sur l'Elbe. Cette armée est commandée par l'empereur Alexandre +et le roi de Prusse, les généraux russes Barclay de Tolly, +Wittgenstein et Miloradowitch, et le général prussien Kleist. +Les gardes russe et prussienne en font partie; ce qui, joint +à l'armée du prince Schwartzenberg, formait la grande armée +et une force de deux cent mille hommes. Cette armée devait +opérer sur la rive gauche de l'Elbe, en passant ce fleuve en +Bohême.</p> + +<p>L'armée de Silésie, commandée par les généraux prussiens +Blucher et Yorck, et par les généraux russes Sacken et Langeron, +paraissait se réunir à Breslau; elle était forte de cent +mille hommes.</p> + +<p>Plusieurs corps prussiens, suédois et des troupes d'insurrection +couvraient Berlin, et étaient opposés à Hambourg +et au duc de Reggio. L'on portait la force de ces armées qui +couvraient Berlin, à cent dix mille hommes.</p> + +<p>Toutes les opérations de l'ennemi étaient faites dans l'idée +que l'empereur repasserait sur la rive gauche de l'Elbe.</p> + +<p>La garde impériale partie de Dresde, se porta le 15 à Bautzen, +et le 18 à Goerlitz.</p> + +<p>Le 19, l'empereur se porta à Zittau, fit marcher sur-le-champ +les troupes du prince Poniatowski, força les débouchés de +la Bohême, passa la grande chaîne des montagnes qui séparent +la Bohême de la Lusace, et entra à Gobel, pendant le temps +que le général Lefèvre-Desnouettes, avec une division d'infanterie +et de cavalerie de la garde, s'emparait de Hambourg, +franchissait le col des montagnes à Georgenthal, et que le +général polonais Reminski s'emparait de Friedland et de Reichenberg.</p> + +<p>Cette opération avait pour but d'inquiéter les alliés sur +Prague, et d'acquérir des notions certaines sur leurs projets. +On apprit là ce que nos espions avaient déjà fait connaître, +que l'élite de l'armée russe et prussienne traversait la Bohême, +se réunissant sur la rive gauche de l'Elbe.</p> + +<p>Nos coureurs poussèrent jusqu'à seize lieues de Prague.</p> + +<p>L'empereur était de retour de Bohême à Zittau le 20 à une +heure du matin; il laissa le duc de Bellune avec le deuxième +corps à Zittau, pour appuyer le corps du prince Poniatowski; +il plaça le général Vandamme, avec le premier corps, à Rumbourg, +pour appuyer le général Lefèvre-Desnouettes, ces +deux généraux occupant en force le col, et faisant construire +des redoutes sur le mamelon qui domine sur le col. L'empereur +se porta par Lauban en Silésie, où il arriva le 20 avant +sept heures du soir.</p> + +<p>L'armée ennemie de Silésie avait violé l'armistice, traversé +le territoire neutre dès le 12. Ils avaient le 15 insulté tous +nos avant-postes, et enlevé quelques vedettes.</p> + +<p>Le 16, un corps russe se plaça entre le Bober et le poste +de Spiller, occupé par deux cents hommes de la division Charpentier. +Ces braves qui se reposaient sur la foi des traités, +coururent aux armes, passèrent sur le ventre des ennemis +et les dispersèrent. Le chef de bataillon la Guillermie les +commandait.</p> + +<p>Le 18, le duc de Tarente donna l'ordre au général Zucchi +de prendre la petite ville de Lahn; il s'y porta avec une brigade +italienne; il exécuta bravement son ordre, et fit perdre +à l'ennemi plus de cinq cents hommes: le général Zucchi est +un officier d'un mérite distingué. Les troupes italiennes ont +attaqué, à la baïonnette, les Russes, qui étaient en nombre +supérieur.</p> + +<p>Le 19, l'ennemi est venu camper à Zobten. Un corps de +douze mille Russes a passé le Bober et a attaqué le poste de +Siebenicken, défendu par trois compagnies légères. Le général +Lauriston fait prendre les armes à une partie de son +corps, part de Loewenberg, marche à l'ennemi et le culbute +dans le Bober. La brigade du général Lafitte, de la division +Rochambeau, s'est distinguée.</p> + +<p>Cependant, l'empereur, arrivé le 20 à Lauban, était, le +21, à la pointe du jour, à Loewenberg, et faisait jeter des +ponts sur le Bober. Le corps du général Lauriston passa à +midi. Le général Maison culbuta, avec sa valeur accoutumée, +tout ce qui voulut s'opposer à son passage, s'empara de toutes +les positions, et mena l'ennemi battant jusqu'auprès de Goldberg. +Le cinquième et le onzième corps l'appuyèrent. Sur la +gauche, le prince de la Moskwa faisait attaquer le général +Saken par le troisième corps, en avant de Bunzlau, le culbutait, +le mettait en déroute, et lui faisait des prisonniers.</p> + +<p>L'ennemi se mit en retraite.</p> + +<p>Un combat eut lieu le 23 août devant Goldberg. Le général +Lauriston s'y trouvait à la tête des cinquième et onzième +corps. Il avait devant lui les Russes qui couvraient la position +de Flensberg, et les Prussiens qui s'étendaient à droite sur +la route de Liegnitz. Au moment où le général Gérard débouchait +par la gauche sur <i>Nieder-au</i>, une colonne de vingt-cinq +mille Prussiens parut sur ce point; il la fit attaquer au +milieu des baraques de l'ancien camp; elle fut enfoncée de +toutes parts; les Prussiens essayèrent plusieurs charges de +cavalerie qui furent repoussées à bout-portant; ils furent chassés +de toutes leurs positions, et laissèrent sur le champ de +bataille près de cinq mille morts, des prisonniers, etc. A la +droite, <i>le Flensberg</i> fut pris et repris plusieurs fois; enfin, +le cent trente-cinquième régiment s'élança sur l'ennemi et le +culbuta entièrement. L'ennemi a perdu sur ce point mille +morts et quatre mille blessés.</p> + +<p>L'armée des alliés se retira en désordre et en toute hâte sur +Jauer.</p> + +<p>L'ennemi ainsi battu en Silésie, l'empereur prit avec lui +le prince de la Moskwa, laissa le commandement de l'armée +de Silésie au duc de Tarente, et arriva le 25 à Stolpen. La +garde vieille et jeune, infanterie, cavalerie et artillerie, fit +ces quarante lieues en quatre jours.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 28 août 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 26, à huit heures du matin, l'empereur entra dans +Dresde. La grande armée russe, prussienne et autrichienne, +commandée par les souverains, était en présence; elle couronnait +toutes les collines qui environnent Dresde, à la distance +d'une petite lieue par la rive gauche. Le maréchal +Saint-Cyr, avec le quatorzième corps et la garnison de Dresde, +occupait le camp retranché et bordait de tirailleurs les palanques +qui environnaient les faubourgs. Tout était calme à midi; +mais, pour l'oeil exercé, ce calme était le précurseur de l'orage: +une attaque paraissait imminente.</p> + +<p>A quatre heures après-midi, au signal de trois coups de +canon, six colonnes ennemies, précédées chacune de cinquante +bouches à feu, se formèrent, et peu de momens après descendirent +dans la plaine; elles se dirigèrent sur les redoutes. +En moins d'un quart-d'heure la canonnade devint terrible. +Le feu d'une redoute étant éteint, les assiégeans l'avaient +tournée et faisaient des efforts au pied de la palanque des faubourgs, +où un bon nombre trouvèrent la mort.</p> + +<p>Il était près de cinq heures: une partie des réserves du +quatorzième corps était engagée. Quelques obus tombaient +dans la ville; le moment paraissait pressant. L'empereur ordonna +au roi de Naples de se porter avec le corps de cavalerie +du général Latour-Maubourg sur le flanc droit de l'ennemi, +et au duc de Trévise de se porter sur le flanc gauche. Les +quatre divisions de la jeune garde, commandées par les généraux +Dumoutier, Barrois, Decouz et Roguet, débouchèrent +alors, deux par la porte de Pirna et deux par la porte +de Plauen. Le prince de la Moskwa déboucha à la tête de la +division Barrois. Ces divisions culbutèrent tout devant elles; +le feu s'éloigna sur-le-champ du centre à la circonférence, +et bientôt fut rejeté sur les collines. Le champ de bataille +resta couvert de morts, de canons et de débris. Le général Dumoutier +est blessé, ainsi que les généraux Boyeldieu, Tindal +et Combelles. L'officier d'ordonnance Béranger est blessé +à mort; c'était un jeune homme d'espérance. Le général Gros, +de la garde, s'est jeté le premier dans le fossé d'une redoute +où les sapeurs ennemis travaillaient déjà à couper des palissades: +il est blessé d'un coup de baïonnette.</p> + +<p>La nuit devint obscure et le feu cessa, l'ennemi ayant échoué +dans son attaque et laissé plus de deux mille prisonniers sur +le champ de bataille, couvert de blessés et de morts.</p> + +<p>Le 27, le temps était affreux; la pluie tombait par torrens. +Le soldat avait passé la nuit dans la boue et dans l'eau. A +neuf heures du matin, l'on vit distinctement l'ennemi prolonger +sa gauche et couvrir les collines qui étaient séparées +de son centre par le vallon de Plauen.</p> + +<p>Le roi de Naples partit avec le corps du duc de Bellune et +les divisions de cuirassiers, et déboucha sur la route de Freyberg +pour attaquer cette gauche. Il le fit avec le plus grand +succès. Les six divisions qui composaient cette aile furent +culbutées et éparpillées. La moitié, avec les drapeaux et les +canons, fut faite prisonnière, et dans le nombre se trouvent +plusieurs généraux.</p> + +<p>Au centre, une vive canonnade soutenait l'attention de +l'ennemi, et des colonnes se montraient prêtes à l'attaquer +sur la gauche.</p> + +<p>Le duc de Trévise, avec le général Nansouty, manoeuvrait +dans la plaine, la gauche à la rivière et la droite aux +collines.</p> + +<p>Le maréchal Saint-Cyr liait notre gauche au centre, qui +était formé par le corps du duc de Raguse.</p> + +<p>Sur les deux heures après midi, l'ennemi se décida à la +retraite, il avait perdu sa grande communication de Bohême +par sa gauche et par sa droite.</p> + +<p>Les résultats de cette journée sont vingt-cinq à trente mille +prisonniers, quarante drapeaux et soixante pièces de canon.</p> + +<p>On peut compter que l'ennemi a soixante mille hommes de +moins. Notre perte se monte, en blessés, tués ou pris, à +quatre mille hommes.</p> + +<p>La cavalerie s'est couverte de gloire. L'état-major de la +cavalerie fera connaître les détails et ceux qui se sont distingués.</p> + +<p>La jeune garde a mérité les éloges de toute l'armée. La +vieille garde a eu deux bataillons engagés; ses autres bataillons +étaient dans la ville, disponibles en réserve. Les deux +bataillons qui ont donné ont tout culbuté à l'arme blanche.</p> + +<p>La ville de Dresde a été épouvantée et a couru de grands +dangers.</p> + +<p>La conduite des habitans a été ce qu'on devait attendre +d'un peuple allié. Le roi de Saxe et sa famille sont restés à +Dresde, et ont donné l'exemple de la confiance. +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 30 août 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 28, le 29 et le 30, nous avons poursuivi nos succès. +Les généraux Gustex, Doumerc et d'Audenarde, du corps du +général Latour-Maubourg, ont pris plus de mille caissons +ou voitures de munitions, et ramassé beaucoup de prisonniers. +Les villages sont pleins de blessés ennemis; on en +compte plus de dix mille.</p> + +<p>L'ennemi a perdu, suivant les rapports des prisonniers, +huit généraux tués ou blessés.</p> + +<p>Le duc de Raguse a eu plusieurs affaires d'avant-garde +qui attestent l'intrépidité de ses troupes.</p> + +<p>Le général Vandamme, commandant le premier corps, a +débouché le 25 par Koenigstein, et s'est emparé, le 26, du +camp de Pirna, de la ville et de Hohendorf. Il a intercepté +la grande communication de Prague à Dresde. Le duc de +Wurtemberg, avec quinze mille Russes, avait été chargé +d'observer ce débouché. Le 28, le général Vandamme l'a +attaqué, battu, lui a fait deux mille prisonniers, lui a pris +six pièces de canon, et l'a poussé en Bohême. Le prince de +Reuss, général de brigade, officier de mérite, a été tué.</p> + +<p>Dans la journée du 29, le général Vandamme s'est placé +sur les hauteurs de la Bohême, et s'y est établi. Il fait battre +le pays par des coureurs et des partis, pour avoir des nouvelles +de l'ennemi, l'inquiéter et s'emparer de ses magasins.</p> + +<p>Le prince d'Eckmülh était, le 24, à Schwerin. Il n'avait +encore eu aucune affaire majeure. Les Danois s'étaient distingués +dans plusieurs petites affaires.</p> + +<p>Ce début de la campagne est des plus brillans, et fait concevoir +de grandes espérances. La qualité de notre infanterie +est de beaucoup supérieure à celle de l'ennemi.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 1er septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 28 août, le roi de Naples a couché à Freyberg avec le +duc de Bellune; le 29, à Lichtenberg; le 30, à Zetau; le +31, à Seyda.</p> + +<p>Le duc de Raguse, avec le sixième corps, a couché le 28, +à Dippoldiswalda, où l'ennemi a abandonné douze cents blessés; +le 29, à Falkenhain; le 30, à Altenberg, et le 31, à +Zinnwald.</p> + +<p>Le quatorzième corps, sous les ordres du maréchal Saint-Cyr, +était le 28 à Maxen; le 29, à Reinhards-Grimma; le +30, à Dittersdorff, et le 31, à Liebenau.</p> + +<p>Le premier corps, sous les ordres du général Vandamme, +était le 28 à Hollendorff, et le 29, à Peterswalde, occupant +les montagnes.</p> + +<p>Le duc de Trévise était en position, le 28 et le 29, à Pirna.</p> + +<p>Le général Pajol, commandant la cavalerie du quatorzième +corps, a fait des prisonniers.</p> + +<p>L'ennemi se retira dans la position de Dippoldiswalda et +Altenberg. Sa gauche suivit la route de Plauen, et se replia +par Tharandt sur Dippoldiswalda, ne pouvant faire sa retraite +par la route de Freyberg. Sa droite ne pouvant se retirer +par la chaussée de Pirna, ni par celle de Dohna, se retira +sur Maxen, et de là sur Dippoldiswalda. Tout ce qui +était en partisan et détaché de Meissen, se trouva coupé. Les +bagages russes, prussiens, autrichiens, s'étaient entassés sur +la chaussée de Freyberg; on y prit plusieurs milliers de voitures.</p> + +<p>Arrivé à Altenberg, où le chemin de Toeplitz à Dippoldiswalda +devient impraticable, l'ennemi prit le parti de laisser +plus de mille voitures de munitions et de bagages. Cette grande +armée rentra en Bohême après avoir perdu partie de son artillerie +et de ses bagages.</p> + +<p>Le 29, le général Vandamme passa avec huit ou dix bataillons +le col de la grande chaîne et se porta sur Kulm: il y +rencontra l'ennemi, fort de huit à dix mille hommes; il s'engagea: +ne se trouvant plus assez fort, il fit descendre tout son +corps d'armée: il eut bientôt culbuté l'ennemi. Au lieu de rentrer +et de se replacer sur la hauteur, il resta et prit position à +Kulm, sans garder la montagne; cette montagne commande +la seule chaussée; elle est haute. Ce n'était que le 30 au soir +que le maréchal Saint-Cyr et le duc de Raguse arrivaient au +débouché de Toeplitz. Le général Vandamme ne pensa qu'au +résultat de barrer le chemin de l'ennemi, et de tout prendre. +A une armée qui fuit, il faut <i>faire un pont d'or, ou opposer +une barrière d'acier:</i> il n'était pas assez fort pour former +cette barrière d'acier.</p> + +<p>Cependant l'ennemi voyant que ce corps d'armée de dix-huit +mille hommes, était seul en Bohème, séparé par de hautes +montagnes, et que tout le reste était encore au pied en-deçà +des monts, se vit perdu s'il ne le culbutait. Il conçut +l'espoir de l'attaquer avec succès, sa position étant mauvaise. +Les gardes russes étaient en tête de l'armée qui battait en retraite: +on y joignit deux divisions autrichiennes fraîches; le +reste de l'armée ennemie s'y réunit à mesure qu'elle débouchait, +suivie par les deuxième, sixième et quatorzième corps. +Ces troupes débordèrent le premier corps. Le général Vandamme +fit bonne contenance, repoussa toutes les attaques, +enfonça tout ce qui se présentait, et couvrit de morts le champ +de bataille. Le désordre gagna l'armée ennemie, et l'on voyait +avec admiration ce que peut un petit nombre de braves contre +une multitude dont le moral est affaibli.</p> + +<p>A deux heures après-midi, la colonne prussienne du général +Kleist, coupée dans sa retraite, déboucha par Peterswalde +pour tâcher de pénétrer en Bohême; elle ne rencontra +aucun ennemi, arriva sur le haut de la montagne sans résistance, +s'y plaça, et là, vit l'affaire qui était engagée. +L'effet de cette colonne sur les derrières de l'armée, décida +l'affaire.</p> + +<p>Le général Vandamme se porta sur-le-champ contre cette +colonne, qu'il repoussa: il fut obligé d'affaiblir sa ligne dans +ce moment délicat. La chance tourna: il réussit cependant à +culbuter la colonne du général Kleist, qui fut tué; les soldats +prussiens jetaient leurs armes et se précipitaient dans les +fossés et les bois. Dans cette bagarre, le général Vandamme a +disparu; on le croit frappé à mort.</p> + +<p>Les généraux Corbineau, Dumonceau et Philippon se déterminèrent +à profiter du moment, et à se retirer partie par +la grande route, et partie par d'es chemins de traverse, avec +leur division, en abandonnant tout le matériel, qui consistait +en trente pièces de canon et trois cents voitures de toute espèce, +mais en ramenant tous les attelages. Dans la position +où étaient les affaires, ils ne pouvaient pas prendre un meilleur +parti. Les tués, blessés et prisonniers doivent porter notre +perte dans cette affaire à six mille hommes. L'on croit que +la perte de l'ennemi ne peut être moindre que de quatre à cinq +mille hommes.</p> + +<p>Le premier corps se rallia, à une lieue du champ de bataille, +au quatorzième corps. On dresse l'état des pertes éprouvées +dans cette catastrophe, due à une ardeur guerrière mal +calculée.</p> + +<p>Le général Vandamme mérite des regrets: il était d'une +rare intrépidité. Il est mort sur le champ d'honneur, mort +digne d'envie pour tout brave.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 2 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 21 août, l'armée russe, prussienne et autrichienne, +commandée par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, +était entrée en Saxe, et s'était portée le 22 sur Dresde, forte +de cent quatre-vingt à deux cent mille hommes, ayant un +matériel immense, et pleine de l'espérance non-seulement de +nous chasser de la rive droite de l'Elbe, mais encore de se +porter sur le Rhin, et de nourrir la guerre entre le Rhin et +l'Elbe. En cinq jours de temps, elle a vu ses espérances confondues: +trente mille prisonniers, dix mille blessés tombés +en notre pouvoir, ce qui fait quarante mille; vingt mille tués +ou blessés, et autant de malades par l'effet de la fatigue et du +défaut de vivres (elle a été cinq à six jours sans pain), l'ont +affaiblie de près de quatre-vingt mille-hommes.</p> + +<p>Elle ne compte pas aujourd'hui cent mille hommes sous +les armes; elle a perdu plus de cent pièces canon, des parcs +entiers, quinze cents charrettes de munitions d'artillerie, +qu'elle a fait sauter ou qui sont tombées en notre pouvoir; +plus de trois mille voitures de bagages, qu'elle a brûlées ou +que nous avons prises. On avait quarante drapeaux ou étendards. +Parmi les prisonniers, il y a quatre mille Russes. L'ardeur +de l'armée française et le courage de l'infanterie fixent +l'attention.</p> + +<p>Le premier coup de canon tiré des batteries de la garde +impériale dans la journée du 27 août, a blessé mortellement +le général Moreau qui était revenu d'Amérique pour prendre +du service en Russie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Le 6 septembre au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 2 septembre, l'empereur a passé, à Dresde, la revue +du premier corps, et en a conféré le commandement au +comte de Lobau. Ce corps se compose des trois divisions +Dumonceau, Philippon et Teste. Ce corps a moins perdu +qu'on ne l'avait cru d'abord, beaucoup d'hommes étant +rentrés.</p> + +<p>Le général Vandamme n'a pas été tué; il a été fait prisonnier. +Le général du génie Haxo, qui avait été envoyé en mission +auprès du général Vandamme, se trouvant dans ce moment +avec ce général, a été fait également prisonnier. L'élite +de la garde russe a été tuée dans cette affaire.</p> + +<p>Le 3, l'empereur a été coucher au château de Harta, sur +la route de Silésie; et le 4, au village de Hochkirch (au-delà +de Bautzen). Depuis le départ de S. M. de Loevenberg, des +événemens importans s'étaient passés en Silésie.</p> + +<p>Le duc de Tarente, à qui l'empereur avait laissé le commandement +de l'armée de Silésie, avait fait de bonnes dispositions +pour poursuivre les alliés, et les chasser de Jauer: +l'ennemi était poussé de toutes ses positions; ses colonnes +étaient en pleine retraite: le 26, le duc de Tarente avait +pris toutes ses mesures pour le faire tourner; mais dans la +nuit du 26 au 27, le Bober et tous les torrens qui y affluent +débordèrent; en moins de sept à huit heures, les chemins furent +couverts de trois à quatre pieds d'eau et tous les ponts +emportés. Nos colonnes se trouvèrent isolées entre elles. Celle +qui devait tourner l'ennemi ne put arriver. Les alliés s'aperçurent +bientôt de ce changement de circonstances.</p> + +<p>Le duc de Tarente employa les journées du 28 et du 29 +à réunir ses colonnes séparées par l'inondation. Elles parvinrent +à regagner Bunzlau, où se trouvait le seul pont qui +n'eût pas été emporté par les eaux du Bober. Mais une brigade +de la division Puthod ne put pas y arriver. Au lieu de +chercher à se jeter du côté des montagnes, le général voulut +revenir sur Loewenberg. Là, se trouvant entouré d'ennemis +et la rivière à dos, après s'être défendu de tous ses moyens, +il a dû céder au nombre. Tout ce qui savait nager dans ses +deux régimens se sauva; on en compte environ sept à huit +cents: le reste fut pris.</p> + +<p>L'ennemi nous a fait dans ces différentes affaires trois à +quatre mille prisonniers, et nous a pris deux aigles de deux +régimens, avec les canons de la brigade.</p> + +<p>Après ces circonstances qui avaient fatigué l'armée, elle +repassa successivement le Bober, la Queiss et la Neiss. +L'empereur la trouva le 4 sur les hauteurs de Hochkirch. Il +fit, le soir même, réattaquer l'ennemi, le fit débusquer des +hauteurs du Wohlenberg, et le poursuivit pendant toute la +journée du 5, l'épée dans les reins, jusqu'à Goerlitz. Le général +Sébastiani exécuta des charges de cavalerie a Reichenbach, +et fit des prisonniers.</p> + +<p>L'ennemi repassa en toute hâte la Neiss et la Queiss, et +notre armée prit position sur les hauteurs de Goerlitz, au-delà +de la Neiss.</p> + +<p>Le 6, à sept heures du soir, l'empereur était de retour à +Dresde.</p> + +<p>Le conseil de guerre du troisième corps d'armée a condamné +à la peine de mort le général de brigade Jomini, chef +d'état-major de ce corps, qui, du quartier-général de Liegnitz, +a déserté à l'ennemi au moment de la rupture de l'armistice.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 7 septembre 1813</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Reggio, avec les douzième, septième et quatrième +corps, s'est porté le 23 août sur Berlin. Il a fait attaquer +le village de Trebbin, défendu par l'armée ennemie, +et l'a forcé. Il a continué son mouvement.</p> + +<p>Le 24 août, le septième corps n'ayant pas réussi dans le +combat de Gross-Beeren, le duc de Reggio s'est reporté sur +Wittemberg.</p> + +<p>Le 3 septembre, le prince de la Moskwa a pris le commandement +de l'armée, et s'est porté sur Interbock. Le 5, +il a attaqué et battu le général Tauensien; mais le 6, il a +été attaqué en marche par l'armée ennemie, commandée par +le général Bulow. Des charges de cavalerie sur ses derrières +ont mis le désordre dans ses parcs. Il a dû se retirer sur Torgau. +Il a perdu huit mille hommes tués, blessés ou prisonniers, +et douze pièces de canon. La perte de l'ennemi doit +avoir été aussi très forte.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 11 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>La grande armée ennemie, battue à Dresde, s'était réfugiée +en Bohême. Instruits que l'empereur s'était porté en Silésie, +les alliés ont réuni un corps de quatre-vingt mille +hommes, composé de Russes, de Prussiens et d'Autrichiens, +et se sont portés, le 5, sur Hottendorf; le 6, sur Gieshubel, +et le 7, sur Pirna.</p> + +<p>Le 9, l'armée française marcha sur Borna et Furstenwalde. +Le quartier-général de l'empereur fut à Liebstadt.</p> + +<p>Le 10, le maréchal Saint-Cyr se porta du village de Furstenwalde +sur le Geyersberg, qui domine la plaine de la Bohême. +Le général Bonnet, avec la quarante-troisième division, +descendit dans la plaine près de Toeplitz. L'on aperçut +l'armée ennemie qui cherchait à se rallier après avoir rappelé +tous ses détachemens de la Saxe. Si le débouché du +Geyersberg avait été praticable pour l'artillerie, cette armée +aurait été attaquée en flanc pendant sa marche; mais tous les +efforts faits pour descendre du canon furent inutiles.</p> + +<p>Le général Ornano déboucha sur les hauteurs de Peterswalde, +pendant que le général Dumonceau y arrivait par +Hollendorff.</p> + +<p>Nous avons fait quelques centaines de prisonniers, dont +plusieurs officiers. L'ennemi a constamment évité la bataille, +et s'est retiré précipitamment dans toutes les directions.</p> + +<p>Le 11, l'empereur est retourné à Dresde.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 13 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était à Dresde.</p> + +<p>Le duc de Tarente, avec les cinquième, onzième et troisième +corps, s'était placé sur la rive gauche de la Sprée. Le +prince Poniatowski, avec le huitième corps, était à Stolpen. +Toutes ces forces étaient ainsi concentrées à une journée de +Dresde, sur la rive droite de l'Elbe.</p> + +<p>Le comte de Lobau, avec le premier corps, était à Hollendorff, +en avant de Peterswalde; le duc de Trévise, à +Pirna; le maréchal Saint-Cyr, sur les hauteurs de Borna, +occupant les débouchés de Furstenwalde et du Geyersberg; +le duc de Bellune, à Altenberg.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa était à Torgau avec les quatrième, +septième et douzième corps.</p> + +<p>Le duc de Raguse et le roi de Naples, avec la cavalerie du +général Latour-Maubourg, se portaient sur Grossen-Hayn.</p> + +<p>Le prince d'Eckmülh était sur Ratzeburg.</p> + +<p>L'armée ennemie de Silésie était sur la droite de la Sprée. +Celle de la Bohême était: les Russes et les Prussiens, dans +la plaine de Toeplitz, et un corps autrichien à Marienberg. +L'armée ennemie de Berlin était à Interbock.</p> + +<p>Le général français Margaron, avec un corps d'observation, +occupait Leipsick.</p> + +<p>Le château de Sonnenstein, au-dessus de Pirna, avait été +occupé, fortifié et armé.</p> + +<p>S. M. avait donné le commandement de Torgau au comte +de Narbonne.</p> + +<p>Les quatre régimens des gardes-d'honneur avaient été attachés, +le premier, aux chasseurs à cheval de la garde; le +deuxième, aux dragons; le troisième, aux grenadiers à cheval; +et le quatrième, au premier régiment de lanciers. Ces +régimens de la garde leur fournissaient des instructeurs, et +toutes les fois qu'on marchait au combat, y joignaient de +vieux soldats pour renforcer leurs cadres et les guider. Un escadron +de chaque régiment des gardes-d'honneur était toujours +de service auprès de l'empereur, avec l'escadron que +fournit chaque régiment de la garde; ce qui portait à huit +le nombre des escadrons de service.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 17 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 14, l'ennemi déboucha de Toeplitz sur Nollendorf, et +menaça de tourner la division Dumonceau, qui était sur la +hauteur. Cette division se retira en bon ordre sur Gushabel, +où le comte de Lobau réunit son corps. L'ennemi ayant voulu +attaquer le camp de Gushabel, fut repoussé et perdit beaucoup +de monde.</p> + +<p>Le 15, l'empereur partit de Dresde, et se porta au camp +de Pirna. Il dirigea le général Mouton-Duvernet, commandant +la quarante-deuxième division, par les villages de Langenhenersdorf +et de Bera, tournant ainsi la droite de l'ennemi. +En même temps, le comte de Lobau l'attaqua de front. +L'ennemi fut mené l'épée dans les reins tout le reste de la +journée.</p> + +<p>Le 16, il occupait encore les hauteurs au-delà de Peterswalde. +A midi, on se mit à sa poursuite, et il fut délogé de +sa position. Le général Ornano fit faire de belles charges à sa +division de cavalerie de la garde et à la brigade de chevau-légers +polonais du prince Poniatowski. L'ennemi fut poussé +et jeté en Bohême dans le plus grand désordre. Il a fait sa +retraite avec tant d'activité, qu'on n'a pu lui prendre que +quelques prisonniers, parmi lesquels se trouve le général +Blucher, commandant l'avant-garde, et fils du général en +chef prussien Blucher.</p> + +<p>Notre perte a été peu considérable.</p> + +<p>Le 16, l'empereur a couché à Péterswalde, et le 17, +S. M. était de retour à Pirna.</p> + +<p>Thielmann, général transfuge du service de Saxe, avec +un corps de partisans et de transfuges, s'est porté sur la Saale. +Un colonel autrichien s'est aussi porté en partisan sur Colditz.</p> + +<p>Les généraux Margaron, Lefèvre-Desnouettes et Piré se +sont mis avec des colonnes de cavalerie et d'infanterie à la +poursuite de ces partis, espérant en avoir bon compte.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 19 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente</i></p> + +<p>Le 17, à deux heures après-midi, l'empereur est monté à +cheval, et au lieu de se rendre à Pirna, est allé aux avant-postes. +Ayant aperçu que l'ennemi avait fait une grande +quantité d'abattis pour défendre la descente de la montagne, +S. M. le fit attaquer par le général Duvernet, qui, avec la +quarante-deuxième division, s'empara du village d'Abessau +et repoussa l'ennemi dans la plaine de Toeplitz. Il était chargé +de manoeuvrer de manière à bien reconnaître la position de +l'ennemi, et à l'obliger de démasquer ses forces. Ce général +réussit parfaitement à exécuter ses instructions. Il s'engagea +une vive canonnade hors de portée, et qui fit peu de mal; +mais une batterie autrichienne de 24 pièces ayant quitté sa +position pour se rapprocher de la division Duvernet, le général +Ornano l'a fait charger par les lanciers rouges de la +garde: ils ont enlevé ces vingt-quatre pièces, et sabré tous +les canonniers, mais on n'a pu ramener que les chevaux, deux +pièces de canon et un avant-train.</p> + +<p>Le 18, le comte de Lobau était resté dans la même position, +occupant le village d'Arbessau et tous les débouchés de +la plaine. A quatre heures après-midi, l'ennemi envoya une +division pour tâcher de surprendre la hauteur au village de +Keinitz. Cette division fut repoussée l'épée dans les reins, et +mitraillée pendant une heure.</p> + +<p>Le 18, à neuf heures du soir, S. M. est arrivée à Pirna, +et le 19, le comte de Lobau a repris ses positions en avant +de Nollendorf et au camp de Gushabel.</p> + +<p>La pluie tombait par torrent.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel est un peu incommodé d'un accès +de fièvre.</p> + +<p>S. M. se porte très-bien.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 26 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur a passé les journées du 19 et du 20 à Pirna, +S. M. y a fait jeter un pont, et établir une tête de pont sur +la rive droite.</p> + +<p>Le 21, l'empereur est venu coucher à Dresde, et le 22, il +s'est porté à Hartau: il a sur-le-champ fait déboucher au-delà +de la forêt de Bischoffswerda, le onzième corps, commandé +par le duc de Tarente, le cinquième corps, commandé +par le général Lauriston, et le troisième corps, commandé +par le général Souham.</p> + +<p>L'armée ennemie de Silésie qui s'était portée, la droite, +commandée par Sacken, sur Kamenz, la gauche, commandée +par Langeron, sur Neustadt aux débouchés de Bohême, +et le centre, commandé par Yorck, sur Bischoffswerda, se +mit sur le champ en retraite de tous côtés. Le général Gérard, +commandant notre avant-garde, la poussa vivement, +et lui fit quelques prisonniers. L'ennemi fut mené battant +jusqu'à la Sprée. Le général Lauriston entra dans Neustadt.</p> + +<p>L'ennemi refusant ainsi la bataille, l'empereur est revenu +le 24 à Dresde, et a ordonné au duc de Tarente de prendre +position sur les hauteurs de Weissig.</p> + +<p>Le huitième corps, commandé par le prince Poniatowski, +a repassé sur la rive gauche.</p> + +<p>Le comte de Lobau, avec le premier corps, occupe toujours +Gushabel.</p> + +<p>Le maréchal Saint-Cyr occupe Pirna et la position de +Borna.</p> + +<p>Le duc de Bellune occupe la position de Freyberg.</p> + +<p>Le duc de Raguse, avec le sixième corps et la cavalerie du +général Latour-Maubourg, était au-delà de Grossenhayn. Il +avait repoussé l'ennemi sur la rive droite au-delà de Torgau, +pour faciliter le passage d'un convoi de vingt mille quintaux +de farine qui remontait l'Elbe sur des bateaux, et qui est +arrivé à Dresde.</p> + +<p>Le duc de Padoue est à Leipsick; le prince de la Moskwa +entre Wittenberg et Torgau.</p> + +<p>Le général comte Lefèvre-Desnouettes était, avec quatre +mille chevaux, à la suite du transfuge Thielmann. Ce Thielmann +est Saxon, et comblé des bienfaits du roi. Pour prix +de tant de bienfaits, il s'est montré l'ennemi le plus irréconciliable +de son roi et de son pays. A la tête de trois mille +coureurs, partie Prussiens, partie cosaques et Autrichiens, +il a pillé les haras du roi, levé partout des contributions à +son profit, et traité ses compatriotes avec toute la haine d'un +homme qui est tourmenté par le crime. Ce transfuge, décoré +de l'uniforme de lieutenant-général russe, s'était porté à +Naumbourg, où il n'y avait ni commandant ni garnison, +mais où il avait surpris trois à quatre cents malades. Cependant +le général Lefèvre-Desnouettes l'avait rencontré à Freybourg +le 19, lui avait repris les trois ou quatre cents malades +que ce misérable avait arrachés de leurs lits pour s'en +faire un trophée; lui avait fait quelques centaines de prisonniers, +pris quelques bagages, et repris quelques voitures dont +il s'était emparé. Thielmann s'était alors réfugié sur Zeitz, +où le colonel Munsdorff, partisan autrichien qui parcourait +le pays, s'était réuni à lui: le général comte Lefèvre-Desnouettes +les a attaqués le 24, à Altenbourg, les a rejetés en +Bohême, leur a tué beaucoup de monde, entre autres un +prince de Hohenzollernn et un colonel.</p> + +<p>La marche de Thielmann avait apporté quelques retards +dans les communications d'Erfurth et de Leipsick.</p> + +<p>L'armée ennemie de Berlin paraissait faire des préparatifs +pour jeter un pont à Dessau.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel est malade d'une fièvre bilieuse; +il garde le lit depuis plusieurs jours.</p> + +<p>S. M. ne s'est jamais mieux portée.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 29 septembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur a donné le commandement d'un corps de la +jeune garde au duc de Reggio.</p> + +<p>Le duc de Castiglione s'est mis en marche avec son corps +pour venir prendre position sur les débouchés de la Saale.</p> + +<p>Le prince Poniatowski s'est porté avec son corps sur +Penig.</p> + +<p>Le général comte Bertrand a attaqué, le 26, le corps de +l'armée ennemie de Berlin qui couvrait le pont jeté sur Wartenbourg, +l'a forcé, lui a fait des prisonniers, et l'a mené +battant jusque sur la tête de pont. L'ennemi a évacué la rive +gauche et a coupé son pont. Le général Bertrand a sur-le-champ +fait détruire la tête de pont.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa s'est porté sur Oranienbaum, +et le septième corps sur Dessau. Une division suédoise qui +était à Dessau s'est empressée de repasser sur la rive droite. +L'ennemi a été également obligé de couper son pont, et on +a rasé sa tête de pont.</p> + +<p>L'ennemi a jeté des obus sur Wittenberg par la rive +droite.</p> + +<p>Dans la journée du 28, l'empereur a passé la revue du +deuxième corps de cavalerie sur les hauteurs de Weissig.</p> + +<p>Le mois de septembre a été très-mauvais, très-pluvieux, +contre l'ordinaire de ce pays. On espère que le mois d'octobre +sera meilleur.</p> + +<p>La fièvre bilieuse du prince de Neufchâtel a cessé: le +prince est en convalescence.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 4 octobre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le général comte Lefèvre-Desnouettes a été attaqué le 28 +septembre, à sept heures du matin, à Altenbourg par dix +mille hommes de cavalerie et trois mille hommes d'infanterie. +Il a fait sa retraite devant des forces aussi supérieures; il a +opéré de belles charges, et a fait beaucoup de mal à l'ennemi. +Il a perdu trois cents hommes de son infanterie; il est arrivé +sur la Saale. L'ennemi était commandé par l'hetman Platow +et le général Thielmann. Le prince Poniatowski s'est porté +le 2 sur Altenbourg, par Nossan, Waldheim et Colditz. Il a +culbuté l'ennemi, lui a fait plus de quatre cents prisonniers +et l'a chassé en Bohême.</p> + +<p>Le 27, le prince de la Moskwa s'est emparé de Dessau, +qu'occupait une division, et a rejeté cette division sur sa tête +de pont. Le lendemain, les Suédois sont arrivés pour reprendre +la ville. Le général Guilleminot les a laissés avancer à portée +de mitraille, a démasqué alors ses batteries, et les a repoussés +en leur faisant beaucoup de mal.</p> + +<p>Le 3 octobre, l'armée ennemie de Silésie s'est portée par +Koenigsbruck et Elterswerda, sur Elster, a jeté un pont au +coude que forme l'Elbe à Wartembourg, et a passé le fleuve. +Le général Bertrand était placé sur l'isthme, dans une fort +belle position, environnée de digues et de marais. Depuis neuf +heures du matin, jusqu'à cinq heures du soir, l'ennemi a +faits sept attaques et a toujours été repoussé. Il a laissé six +mille morts sur le champ de bataille; notre perte a été de +cinq cents hommes tués ou blessés. Cette grande différence +est due à la bonne position que les divisions Morand et Fontanelli +occupaient. Le soir, le général Bertrand voyant déboucher +de nouvelles forces, jugea devoir opérer sa retraite, +et prit position sur la Mulde avec le prince de la Moskwa.</p> + +<p>Le 4 le prince de la Moskwa était sur la rive gauche de la +Mulde à Dalitzch. Le duc de Raguse et le corps de cavalerie +du général Latour-Maubourg étaient à Eulenbourg, le +troisième corps était sur Torgau.</p> + +<p>Deux cent cinquante partisans commandés par un général-major +russe, se sont portés sur Mulhausen, et apprenant +que Cassel était dégarni de troupes, ils ont tenté une surprise +sur les portes de Cassel. Ils ont été repoussés; mais le +lendemain les troupes westphaliennes s'étant dissoutes, les +partisans entrèrent dans Cassel, ils livrèrent au pillage tout +ce qui leur tomba sous la main, et peu de jours après en sortirent. +Le roi de Westphalie s'était retiré sur le Rhin.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 7 octobre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'impératrice au sénat</i><a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>»Les principales puissances de l'Europe, révoltées des +prétentions de l'Angleterre, avaient, l'année dernière, réuni +leurs armées aux nôtres pour obtenir la paix du monde et le +rétablissement des droits de tous les peuples. Aux premières +chances de la guerre, des passions assoupies se réveillèrent. +L'Angleterre et la Russie ont entraîné la Prusse et l'Autriche +dans leur cause. Nos ennemis veulent détruire nos +alliés, pour les punir de leur fidélité. Ils veulent porter la +guerre au sein de notre belle patrie, pour se venger des +triomphes qui ont conduit nos aigles victorieuses au milieu de +leurs états. Je connais, mieux que personne, ce que nos +peuples auraient à redouter, s'ils se laissaient jamais vaincre.</p> + +<p>Avant de monter sur le trône où m'ont appelée le choix de +mon auguste époux et la volonté de mon père, j'avais la plus +grande opinion du courage et de l'énergie de ce grand peuple. +Cette opinion s'est accrue tous les jours par tout ce que j'ai +vu se passer sous mes yeux. Associée depuis quatre ans aux +pensées les plus intimes de mon époux, je sais de quels sentimens +il serait agité sur un trône flétri et sous une couronne +sans gloire.</p> + +<p>«Français! votre empereur, la patrie et l'honneur vous +appellent!»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Nous insérons ce discours de Marie-Louise parce que +personne n'ignore qu'il fut dicté par Napoléon.</blockquote> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 15 octobre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 7, l'empereur est parti de Dresde. Le 8, il a couché à +Wurzen; le 9, à Eulenbourg, et le 10, à Duben.</p> + +<p>L'armée ennemie de Silésie, qui se portait sur Wurzen, +a sur-le-champ battu en retraite et repassé sur la rive gauche +de la Mulde; elle a eu quelques engagemens où nous lui avons +fait des prisonniers et pris plusieurs centaines de voitures de +bagages.</p> + +<p>Le général Reynier s'est porté sur Wittenberg, a passé +l'Elbe, a marché sur Roslau, a tourné le pont de Dessau, +s'en est emparé, s'est ensuite porté sur Aken et s'est emparé +du pont. Le général Bertrand s'est porté sur les ponts de +Wartenbourg et s'en est emparé. Le prince de la Moskwa +s'est porté sur la ville de Dessau; il a rencontré une division +prussienne; le général Delmas l'a culbutée, et lui a pris trois +mille hommes et six pièces de canon.</p> + +<p>Plusieurs courriers du cabinet, entr'autres le sieur Kraft, +avec des dépêches de haute importance, ont été pris.</p> + +<p>Après s'être ainsi emparé de tous les ponts de l'ennemi, le +projet de l'empereur était de passer l'Elbe, de manoeuvrer +sur la rive droite, depuis Hambourg jusqu'à Dresde; de menacer +Potsdam et Berlin, et de prendre pour centre d'opération +Magdebourg, qui, dans ce dessein, avait été approvisionné +en munitions de guerre et de bouche. Mais le 13, +l'empereur apprit à Deiben que l'armée bavaroise était réunie +à l'armée autrichienne et menaçait le Bas-Rhin. Cette inconcevable +défection fit prévoir la défection d'autres princes, et +fit prendre à l'empereur le parti de retourner sur le Rhin; +changement fâcheux, puisque tout avait été préparé pour +opérer sur Magdebourg; mais il aurait fallu rester séparé et +sans communication avec la France pendant un mois; ce n'avait +pas d'inconvénient au moment où l'empereur avait arrêté ses +projets; il n'en était plus de même lorsque l'Autriche allait +se trouver avoir deux nouvelles armées disponibles: l'armée +bavaroise et l'armée opposée à la Bavière. L'empereur changea +donc avec ces circonstances imprévues, et porta son quartier-général +à Leipsick.</p> + +<p>Cependant le roi de Naples, qui était resté en observation +à Freyberg, avait reçu le 7 l'ordre de faire un changement de +front, et de se porter sur Gernig et Frohbourg, opérant sur +Wurzen et Vittenberg. Une division autrichienne, qui occupait +Angustusbourg, rendant difficile ce mouvement, le roi +reçut l'ordre de l'attaquer, la défit, lui prit plusieurs bataillons, +et après cela opéra sa conversion à droite. Cependant la +droite de l'armée ennemie de Bohème, composée du corps +russe de Wittgenstein, s'était portée sur Altenbourg, à la +nouvelle du changement de front du roi de Naples. Elle se +porta sur Frohbourg, et ensuite par la gauche sur Borna, +se plaçant entre le roi de Naples et Leipsick. Le roi n'hésita +pas sur la manoeuvre qu'il devait faire; il fit volte face, marcha +sur l'ennemi, le culbuta, lui prit neuf pièces de canon, +un millier de prisonniers, et le jeta au-delà de l'Elster, après +lui avoir fait éprouver une perte de quatre à cinq mille hommes. +Le 15, la position de l'armée était la suivante:</p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur était à Reidnitz, à une +demi-lieue de Leipsick.</p> + +<p>Le quatrième corps, commandé par le général Bertrand, +était au village de Lindenau.</p> + +<p>Le sixième corps était à Libenthal.</p> + +<p>Le roi de Naples, avec les deuxième, huitième et cinquième +corps, avait sa droite à Doelitz et sa gauche à Liberwolkowitz.</p> + +<p>Les troisième et septième corps étaient en marche d'Eulenbourg +pour flanquer le sixième corps.</p> + +<p>La grande armée autrichienne de Bohême avait le corps de +Giulay vis-à-vis Lindenau; un corps à Zwenckau, et le reste +de l'armée, la gauche appuyée à Grobern, et la droite à +Neuendorf.</p> + +<p>Les ponts de Wurzen et d'Eulenbourg sur la Mulde, et +la position de Taucha sur la Partha, étaient occupés par nos +troupes. Tout annonçait une grande bataille.</p> + +<p>Le résultat de nos divers mouvemens dans ces six jours, +a été cinq mille prisonniers, plusieurs pièces de canon, et +beaucoup de mal fait à l'ennemi. Le prince Poniatowski s'est +dans ces circonstances couvert de gloire.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 16 octobre au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 15, le prince de Schwartzenberg, commandant l'armée +ennemie, annonça à l'ordre du jour, que le lendemain 16, il +y aurait une bataille générale et décisive.</p> + +<p>Effectivement le 16, à neuf heures du matin, la grande +armée alliée déboucha sur nous. Elle opérait constamment +pour s'étendre sur sa droite. On vit d'abord trois grosses colonnes +se porter, l'une le long de la rivière de l'Elster, contre +le village de Doelitz; la seconde contre le village de Wachau, +et la troisième contre celui de Liberwolkowitz. Ces trois colonnes +étaient précédées par deux cents pièces de canon.</p> + +<p>L'empereur fit aussitôt ses dispositions.</p> + +<p>A dix heures, la canonnade était des plus fortes, et à onze +heures les deux armées étaient engagées aux villages de Doelitz, +Wachau et Liberwolkowitz. Ces villages furent attaqués +six à sept fois; l'ennemi fut constamment repoussé et +couvrit les avenues de ses cadavres. Le comte Lauriston, avec +le cinquième corps, défendait le village de gauche (Liberwolkowitz); +le prince Poniatowski, avec ses braves Polonais, +défendait le village de droite (Doelitz), et le duc de +Bellune défendait Wachau.</p> + +<p>A midi, la sixième attaque de l'ennemi avait été repoussée, +nous étions maîtres des trois villages, et nous avions fait +deux mille prisonniers.</p> + +<p>A peu près au même moment, le duc de Tarente débouchait +par Holzhausen, se portant sur une redoute de l'ennemi, +que le général Charpentier enleva au pas de charge, +en s'emparant de l'artillerie et faisant quelques prisonniers.</p> + +<p>Le moment parut décisif.</p> + +<p>L'empereur ordonna au duc de Reggio de se porter sur +Wachau avec deux divisions de la jeune garde. Il ordonna +également au duc de Trévise de se porter sur Liberwolkowitz +avec deux autres divisions de la jeune garde, et de s'emparer +d'un grand bois qui est sur la gauche du village. En +même temps, il fit avancer sur le centre une batterie de cent +cinquante pièces de canon, que dirigea le général Drouot.</p> + +<p>L'ensemble de ces dispositions eut le succès qu'on en attendait. +L'artillerie ennemie s'éloigna. L'ennemi se retira, et le +champ de bataille nous resta en entier.</p> + +<p>Il était trois heures après midi. Toutes les troupes de l'ennemi +avaient été engagées. Il eut recours à sa réserve. Le +comte de Merfeld qui commandait en chef la réserve autrichienne, +releva avec six divisions toutes les troupes sur toutes +les attaques, et la garde impériale russe, qui formait la réserve +de l'armée russe, les releva au centre.</p> + +<p>La cavalerie de la garde russe et les cuirassiers autrichiens +se précipitèrent par leur gauche sur notre droite, s'emparèrent +de Doelitz et vinrent caracoler autour des carrés du duc +de Bellune.</p> + +<p>Le roi de Naples marcha avec les cuirassiers de Latour-Maubourg, +et chargea la cavalerie ennemie par la gauche de +Wachau, dans le temps que la cavalerie polonaise et les dragons +de la garde, commandés par le général Letort, chargeaient +par la droite. La cavalerie ennemie fut défaite; deux +régimens entiers restèrent sur le champ de bataille. Le général +Letort fit trois cents prisonniers russes et autrichiens. Le +général Latour-Maubourg prit quelques centaines d'hommes +de la garde russe.</p> + +<p>L'empereur fit sur-le-champ avancer la division Curial de +la garde, pour renforcer le prince Poniatowski. Le général +Curial se porta au village de Doelitz, l'attaqua à la baïonnette, +le prit sans coup férir, et fit douze cents prisonniers, parmi +lesquels s'est trouvé le général en chef Merfeld.</p> + +<p>Les affaires ainsi rétablis à notre droite, l'ennemi se mit +en retraite, et le champ de bataille ne nous fut pas disputé.</p> + +<p>Les pièces de la réserve de la garde, que commandait le +général Drouot, étaient avec les tirailleurs; la cavalerie ennemi +vint les charger. Les canonniers rangèrent en carré leurs +pièces, qu'ils avaient eu la précaution de charger à mitraille, +et tirèrent avec tant d'agilité, qu'en un instant l'ennemi fut +repoussé. Sur ces entrefaites, la cavalerie française s'avança +pour soutenir ces batteries.</p> + +<p>Le général Maison, commandant une division du cinquième +corps, officier de la plus grande distinction, fut blessé. Le +général Latour-Maubourg, commandant la cavalerie, eut la +cuisse emportée d'un boulet. Notre perte, dans cette journée, +a été de deux mille cinq cents hommes, tant tués que blessés. +Ce n'est pas exagérer que de porter celle de l'ennemi à vingt-cinq +mille hommes.</p> + +<p>On ne saurait trop faire l'éloge de la conduite du comte +Lauriston et du prince Poniatowski dans cette journée. Pour +donner à ce dernier une preuve de sa satisfaction, l'empereur +l'a nommé sur le champ de bataille maréchal de France, et +a accordé un grand nombre de décorations aux régimens de +son corps.</p> + +<p>Le général Bertrand était en même temps attaqué au village +de Lindenau par les généraux Giulay, Thielmann et +Liechtenstein. On déploya de part et d'autre une cinquantaine +de pièces de canon. Le combat dura six heures, sans +que l'ennemi pût gagner un pouce de terrain. A cinq heures +du soir, le général Bertrand décida la victoire en faisant une +charge avec sa réserve, et non-seulement il rendit vains les +projets de l'ennemi, qui voulait s'emparer des ponts de Lindenau +et des faubourgs de Leipsick, mais encore il le contraignit +à évacuer son champ de bataille.</p> + +<p>Sur la droite de la Partha, à une lieue de Leipsick, et à +peu près à quatre lieues du champ de bataille, où se trouvait +l'empereur, le duc de Raguse fut engagé. Par une de ces circonstances +fatales, qui influent souvent sur les affaires les +plus importantes, le troisième corps, qui devait soutenir le +duc de Raguse, n'entendant rien de ce côté, à dix heures du +matin, et entendant au contraire une effroyable canonnade +du côté où se trouvait l'empereur, crut bien faire de s'y porter, +et perdit ainsi sa journée on marches. Le duc de Raguse, +livré à ses propres forces, défendit Leipsick et soutint sa position +pendant toute la journée, mais il éprouva des pertes +qui n'ont point été compensées par celles qu'il a fait éprouver +à l'ennemi, quelque grandes qu'elles fussent. Des bataillons +de canonniers de la marine se sont faiblement comportés. Les +généraux Compans et Frederichs ont été blessés. Le soir, le +duc de Raguse, légèrement blessé lui-même, a été obligé de +resserrer sa position sur la Partha. Il a dû abandonner dans +ce mouvement plusieurs pièces démontées et plusieurs voitures.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 24 octobre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>La bataille de Wachau avait déconcerté tous les projets de +l'ennemi; mais son armée était tellement nombreuse, qu'il +avait encore des ressources. Il rappela en toute hâte, dans la +nuit, les corps qu'il avait laissés sur sa ligne d'opération et +les divisions restées sur la Saale; et il pressa la marche du +général Benigsen, gui arrivait avec quarante mille hommes.</p> + +<p>Après le mouvement de retraite qu'il avait fait le 16 au +soir et pendant la nuit, l'ennemi occupa une belle position à +deux lieues en arrière. Il fallut employer la journée du 17 à +le reconnaître et à bien déterminer le point d'attaque. Cette +journée était d'ailleurs nécessaire pour faire venir les parcs de +réserve et remplacer les quatre-vingt mille coups de canon +qui avaient été consommés dans la bataille. L'ennemi eut donc +le temps de rassembler ses troupes qu'il avait disséminées lorsqu'il +se livrait à des projets chimériques, et de recevoir les +renforts qu'il attendait.</p> + +<p>Ayant eu avis de l'arrivée de ces renforts, et ayant reconnu +que la position de l'ennemi était très-forte, l'empereur résolut +de l'attirer sur un autre terrain. Le 18, à deux heures du +matin, il se rapprocha de Leipsick de deux lieues, et plaça +son armée, la droite à Connewitz, le centre à Probstheide, +la gauche à Staetteritz, en se plaçant de sa personne au moulin +de Ta. +De son côté, le prince de la Moskwa avait placé ses troupes +vis-à-vis l'armée de Silésie, sur la Partha; le sixième corps +à Schoenfeld, et le troisième et le septième le long de la Partha +à Neutsch et à Teckla. Le duc de Padoue avec le général +Dombrowski, gardait la position et le faubourg de Leipsick, +sur la route de Halle.</p> + +<p>A trois heures du matin, l'empereur était au village de +Lindenau. Il ordonna au général Bertrand de se porter sur +Lutzen et Weissenfels, de balayer la plaine et de s'assurer +des débouchés sur la Saale et de la communication avec Erfurt. +Les troupes légères de l'ennemi se dispersèrent; et à +midi, le général Bertrand était maître de Weissenfels et du +pont sur la Saale.</p> + +<p>Ayant ainsi assuré ses communications, l'empereur attendit +de pied ferme l'ennemi.</p> + +<p>A neuf heures, les coureurs annoncèrent qu'il marchait +sur toute la ligne. A dix heures, la canonnade s'engagea.</p> + +<p>Le prince Poniatowski et le général Lefol défendaient le +pont de Connewitz. Le roi de Naples, avec le deuxième +corps, était à Probstheide, et le duc de Tarente à Holzhausen.</p> + +<p>Tous tes efforts de l'ennemi, pendant la journée, contre +Connewitz et Probstheide, échouèrent. Le duc de Tarente +fut débordé à Holzhausen. L'empereur ordonna qu'il se plaçât +au village de Staetteritz. La canonnade fut terrible. Le duc +de Castiglione qui défendait un bois sur le centre, s'y soutint +toute la journée.</p> + +<p>La vieille garde était rangée en réserve sur une élévation, +formant quatre grosses colonnes dirigées sur les quatre principaux +points d'attaque.</p> + +<p>Le duc de Reggio fut envoyé pour soutenir le prince Poniatowski, +et le duc de Trévise pour garder les débouchés +de la ville de Leipsick.</p> + +<p>Le succès de la bataille était dans le village de Probstheide. +L'ennemi l'attaqua quatre fois avec des forces considérables, +quatre fois il fut repoussé avec une grande perte.</p> + +<p>A cinq heures du soir, l'empereur fit avancer ses réserves +d'artillerie, et reploya tout le feu de l'ennemi, qui s'éloigna +à une lieue du champ de bataille.</p> + +<p>Pendant ce temps, l'armée de Silésie attaqua le faubourg +de Halle. Ses attaques, renouvelées un grand nombre de fois +dans la journée, échouèrent toutes. Elle essaya, avec la plus +grande partie de ses forces, de passer la Partha à Schoenfeld +et à Saint-Teekla. Trois fois elle parvint, à se placer sur la +rive gauche, et trois fois le prince de la Moskwa la chassa et +la culbuta à la baïonnette.</p> + +<p>A trois heures après-midi, la victoire était pour nous de +ce côté contre l'armée de Silésie, comme du côté où était +l'empereur contre la grande armée. Mais en ce moment l'armée +saxonne, infanterie, cavalerie et artillerie, et la cavalerie +wurtembergeoise, passèrent toutes entières à l'ennemi. +Il ne resta de l'armée saxonne que le général Zeschau, qui +la commandait en chef, et cinq cents hommes. Cette trahison, +non-seulement, mit le vide dans nos lignes, mais livra à l'ennemi +le débouché important confié à l'armée saxonne, qui +poussa l'infamie au point de tourner sur-le-champ ses quarante +pièces de canon rentre la division Durutte. Un moment +de désordre s'ensuivit; l'ennemi passa la Partha et marcha +sur Reidnitz, dont il s'empara: il ne se trouvait plus qu'à +une demi-lieue de Leipsick.</p> + +<p>L'empereur envoya sa garde à cheval, commandée par le +général Nansouty, avec vingt pièces d'artillerie, afin de prendre +en flanc les troupes qui s'avançaient le long de la Partha +pour attaquer Leipsick. Il se porta lui-même avec une division +de la garde, au village de Reidnitz. La promptitude de +ces mouvemens rétablit l'ordre, le village fut repris, et l'ennemi +poussé fort loin.</p> + +<p>Le champ de bataille resta en entier en notre pouvoir, et +l'armée française resta victorieuse aux champs de Leipsick, +comme elle l'avait été aux champs de Wachau.</p> + +<p>A la nuit, le feu de nos canons avait, sur tous les points, +repoussé à une lieue du champ de bataille le feu de l'ennemi.</p> + +<p>Les généraux de division Vial et Rochambeau sont morts +glorieusement. Notre perte dans cette journée peut s'évaluer +à quatre mille tués ou blessés; celle de l'ennemi doit avoir +été extrêmement considérable. Il ne nous a fait aucun prisonnier, +et nous lui avons pris cinq cents hommes.</p> + +<p>A six heures du soir, l'empereur ordonna les dispositions +pour la journée du lendemain. Mais à sept heures, les généraux +Sorbier et Dulauloy, commandant l'artillerie de l'armée +et de la garde, vinrent à son bivouac lui rendre compte +des consommations de la journée: on avait tiré quatre-vingt-quinze +mille coups de canon: ils dirent que les réserves +étaient épuisées, qu'il ne restait pas plus de seize mille coups +de canon; que cela suffisait à peine pour entretenir le feu +pendant deux heures, et qu'en suite on serait sans munitions +pour les événemens ultérieurs; que l'armée, depuis cinq +jours, avait tiré plus de deux cent vingt mille coups de canon, +et qu'on ne pourrait se réapprovisionner qu'à Magdebourg +ou à Erfurt.</p> + +<p>Cet état de choses rendait nécessaire un prompt mouvement +sur un de nos deux grands dépôts: l'empereur se décida pour +Erfurt, par la même raison qui l'avait décidé à venir sur +Leipsick, pour être à portée d'apprécier l'influence de la défection +de la Bavière.</p> + +<p>L'empereur donna sur-le-champ les ordres pour que les +bagages, les parcs, l'artillerie, passassent les défilés de Lindenau; +il donna le même ordre à la cavalerie et à différens +corps d'armée; et il vint dans les faubourgs de Leipsick, à +l'hôtel de Prusse, où il arriva à neuf heures du soir.</p> + +<p>Cette circonstance obligea l'armée française à renoncer aux +fruits des deux victoires où elle avait; avec tant de gloire, +battu des troupes de beaucoup supérieures en nombre et les +armées de tout le continent.</p> + +<p>Mais ce mouvement n'était pas sans difficulté. De Leipsick +à Lindenau, il y a un défilé de deux lieues, traversé par cinq +ou six ponts. On proposa de mettre six mille hommes et +soixante pièces de canon dans la ville de Leipsick, qui a des +remparts, d'occuper cette ville comme tête de défilé, et d'incendier +ses vastes faubourgs, afin d'empêcher l'ennemi de +s'y loger, et de donner jeu à noire artillerie placée sur les +remparts.</p> + +<p>Quelque odieuse que fût la trahison de l'armée saxonne, +l'empereur ne put se résoudre à détruire une des belles villes +de l'Allemagne, à la livrer à tous les genres de désordre inséparables +d'une telle défense, et cela sous les yeux du roi, +qui, depuis Dresde, avait voulu accompagner l'empereur, +et qui était si vivement affligé de la conduite de son armée. +L'empereur aima mieux s'exposer à perdre quelques centaines +de voitures que d'adopter ce parti barbare.</p> + +<p>A la pointe du jour, tous les parcs, les bagages, toute +l'artillerie, la cavalerie, la garde et les deux tiers de l'armée +avaient passé le défilé.</p> + +<p>Le duc de Tarente et le prince Poniatowski furent chargés +de garder les faubourgs, de les défendre assez de temps pour +laisser tout déboucher, et d'exécuter eux-mêmes le passage +du défilé vers onze heures.</p> + +<p>Le magistrat de Leipsick envoya, à six heures du matin, +une députation au prince de Schwartzenberg, pour lui demander +de ne pas rendre la ville le théâtre d'un combat qui +entraînerait sa ruine.</p> + +<p>A neuf heures, l'empereur monta à cheval, entra dans +Leipsick et alla voir le roi. Il a laissé ce prince maître de +faire ce qu'il voudrait, et de ne pas quitter ses états, en +les laissant exposés à cet esprit de sédition qu'on avait fomenté +parmi les soldats. Un bataillon saxon avait été formé +à Dresde, et joint à la jeune garde. L'empereur le fit ranger +à Leipsick, devant le palais du roi, pour lui servir de garde, +et pour le mettre à l'abri du premier mouvement de l'ennemi.</p> + +<p>Une demi-heure après, l'empereur se rendit à Lindenau, +pour y attendre l'évacuation de Leipsick, et voir les dernières +troupes passer les ponts avant de se mettre en marche.</p> + +<p>Cependant l'ennemi ne tarda pas à apprendre que la plus +grande partie de l'armée avait évacué Leipsick, et qu'il n'y +restait qu'une forte arrière-garde. Il attaqua vivement le duc +de Tarente et le prince Poniatowski; il fut plusieurs fois repoussé; +et, tout en défendant les faubourgs, notre arrière-garde +opéra sa retraite. Mais les Saxons restés dans la ville +tirèrent sur nos troupes de dessus les remparts; ce qui obligea +d'accélérer la retraite et mit un peu de désordre.</p> + +<p>L'empereur avait ordonné au génie de pratiquer des fougasses +sous le grand pont qui est entre Leipsick et Lindenau, +afin de le faire sauter au dernier moment; de retarder ainsi +la marche de l'ennemi, et de laisser le temps aux bagages de +filer. Le général Dulauloy avait chargé le colonel Monfort +de cette opération. Ce colonel, au lieu de rester sur les lieux +pour la diriger et pour donner le signal, ordonna à un caporal +et à quatre sapeurs de faire sauter le pont aussitôt que +l'ennemi se présenterait. Le caporal, homme sans intelligence, +et comprenant mal sa mission, entendant les premiers coups +de fusil tirés des remparts de la ville, mit le feu aux fougasses, +et fit sauter le pont: une partie de l'armée était encore +de l'autre côté, avec un parc de quatre-vingt bouches à feu +et de quelques centaines de voitures.</p> + +<p>La tête de cette partie de l'armée, qui arrivait au pont, +le voyant sauter, crut qu'il était au pouvoir de l'ennemi. Un +cri d'épouvante se propagea de rang en rang: <i>L'ennemi est +sur nos derrières, et les ponts sont coupés!</i>—Ces malheureux +se débandèrent et cherchèrent à se sauver. Le duc de +Tarente passa la rivière à la nage; le comte Lauriston moins +heureux, se noya; le prince Poniatowski monté sur un cheval +fougueux, s'élança dans l'eau et n'a plus reparu. L'empereur +n'apprit ce désastre que lorsqu'il n'était plus temps d'y +remédier; aucun remède même n'eût été possible. Le colonel +Monfort et le caporal de sapeurs sont traduits à un conseil +de guerre.</p> + +<p>On ne peut encore évaluer les pertes occasionnées par ce +malheureux événement; mais on les porte, par approximation, +à douze mille hommes, et à plusieurs centaines de voitures. +Les désordres qu'il a portés dans l'armée ont changé +la situation des choses: l'armée française victorieuse arrive à +Erfurt comme y arriverait une armée battue. Il est impossible +de peindre les regrets que l'armée a donnés au prince +Poniatowski, au comte Lauriston et à tous les braves qui ont +péri par la suite de ce funeste événement.</p> + +<p>On n'a pas de nouvelles du général Reynier; on ignore s'il +a été pris ou tué. On se figurera facilement la profonde douleur +de l'empereur, qui voit, par un oubli de ses prudentes +dispositions, s'évanouir les résultats de tant de fatigues et +de travaux.</p> + +<p>Le 19, l'empereur a couché à Markraustaed; le duc de +Reggio était resté à Lindenau.</p> + +<p>Le 20, l'empereur a passé la Saale à Weissenfels.</p> + +<p>Le 21, l'armée a passé l'Unstrut à Frybourg; le général +Bertrand a pris position sur les hauteurs de Coesen.</p> + +<p>Le 22, l'empereur a couché au village d'Ollendorf.</p> + +<p>Le 23, il est arrivé à Erfurt.</p> + +<p>L'ennemi, qui avait été consterné des batailles du 16 et +du 18, a repris, par le désastre du 19, du courage et l'ascendant +de la victoire. L'armée française, après de si brillans +succès, a perdu son attitude victorieuse.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Erfurt, en vivres, munitions, habits, +souliers, tout ce dont l'armée pouvait avoir besoin.</p> + +<p>L'état-major publiera les rapports des différens chefs d'armée +sur les officiers qui se sont distingués dans les grandes +journées de Wachau et de Leipsick.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 31 octobre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Les deux régimens de cuirassiers du roi de Saxe, faisant +partie du premier corps de cavalerie, étaient restés avec l'armée +française. Lorsque l'empereur eut quitté Leipsick, il +leur fit écrire par le duc de Vicence, et les renvoya à Leipsick, +pour servir de garde au roi.</p> + +<p>Lorsqu'on fut certain de la défection de la Bavière, un bataillon +bavarois était encore avec l'armée: S. M. a fait écrire +au commandant de ce bataillon par le major-général.</p> + +<p>L'empereur est parti d'Erfurt le 25.</p> + +<p>Notre armée a opéré tranquillement son mouvement sur +le Mein. Arrivé le 29 à Gelnhausen, on aperçut un corps +ennemi de cinq à six mille hommes, cavalerie, infanterie et +artillerie, qu'on sut par les prisonniers être l'avant-garde de +l'armée autrichienne et bavaroise. Cette avant-garde fut poussée +et obligée de se retirer. On rétablit promptement le pont +que l'ennemi avait coupé. On apprit aussi par les prisonniers +que l'armée autrichienne et bavaroise, annoncée forte de +soixante à soixante-dix mille hommes, venant de Braunau, +était arrivée à Hanau, et prétendait barrer le chemin à l'armée +française.</p> + +<p>Le 29 au soir, les tirailleurs de l'avant-garde ennemie furent +poussés au-delà du village de Langensebolde; et à sept +heures du soir, l'empereur et son quartier-général étaient +dans ce village au château d'Issenbourg.</p> + +<p>Le lendemain 30, à neuf heures du matin, l'empereur monta +à cheval. Le duc de Tarente se porta en avant avec 5,000 tirailleurs +sous les ordres du général Charpentier. La cavalerie +du général Sébastiani, la division de la garde, commandée +par le général Friant, et la cavalerie de la vieille garde, suivirent; +le reste de l'armée était en arrière d'une marche.</p> + +<p>L'ennemi avait placé six bataillons au village de Ruchingen, +afin de couper toutes les routes qui pouvaient conduire +sur le Rhin. Quelques coups de mitraille et une charge de +cavalerie firent reculer précipitamment ces bataillons.</p> + +<p>Arrivés sur la lisières du bois, à deux lieues de Hanau, +les tirailleurs ne tardèrent pas à s'engager. L'ennemi fut acculé +dans le bois jusqu'au point de jonction de la vieille et +de la nouvelle route. Ne pouvant rien opposer à la supériorité +de notre infanterie, il essaya de tirer parti de son grand +nombre; il étendit le feu sur sa droite. Une brigade de deux +mille tirailleurs du deuxième corps, commandée par le général +Dubreton, fut engagée pour le contenir, et le général +Sébastiani fit exécuter avec succès, dans l'éclairci du bois, +plusieurs charges sur les tirailleurs ennemis. Nos cinq mille +tirailleurs continrent ainsi toute l'armée ennemie, en gagnant +insensiblement du temps, jusqu'à trois heures de l'après-midi.</p> + +<p>L'artillerie étant arrivée, l'empereur ordonna au général +Curial de se porter au pas de charge sur l'ennemi avec deux +bataillons de chasseurs de la vieille garde, et de le culbuter +au-delà du débouché; au général Drouot de déboucher sur-le-champ +avec cinquante pièces de canon; au général Nansouty, +avec tout le corps du général Sébastiani et la cavalerie +de la vieille garde, décharger vigoureusement l'ennemi +dans la plaine.</p> + +<p>Toutes ces dispositions furent exécutées exactement.</p> + +<p>Le général Curial culbuta plusieurs bataillons ennemis.</p> + +<p>Au seul aspect de la vieille garde, les Autrichiens et les Bavarois +fuirent épouvantés.</p> + +<p>Quinze pièces de canon, et successivement jusqu'à cinquante, +furent placées en batterie avec l'activité et l'intrépide +sang-froid qui distinguent le général Drouot. Le général +Nansouty se porta sur la droite de ces batteries et fit charger +dix mille hommes de cavalerie ennemie par le général Levêque, +major de la vieille garde, par la division de cuirassiers +Saint-Germain, et successivement par les grenadiers et les +dragons de la cavalerie de la garde. Toutes ces charges eurent +le plus heureux résultat. La cavalerie ennemie fut culbutée +et sabrée; plusieurs carrés d'infanterie furent enfoncés; +le régiment autrichien Jordis et les hulans du prince de +Schwartzenberg ont été entièrement détruits. L'ennemi abandonna +précipitamment le chemin de Francfort qu'il barrait, +et tout le terrain qu'occupait sa gauche. Il se mit en retraite +et bientôt après en complète déroute.</p> + +<p>Il était cinq heures. Les ennemis firent un effort sur leur +droite pour dégager leur gauche et donner le temps à celle-ci +de se reployer. Le général Friant envoya deux bataillons +de la vieille garde à une ferme située sur le vieux chemin de +Hanau. L'ennemi en fut promptement débusqué et sa droite fut +obligée de plier et de se mettre en retraite. Avant six heures +du soir, il repassa en déroute la petite rivière de la Kintzig.</p> + +<p>La victoire fut complète.</p> + +<p>L'ennemi, qui prétendait barrer tout le pays, fut obligé +d'évacuer le chemin de Francfort et de Hanau.</p> + +<p>Nous avons fait six mille prisonniers et pris plusieurs drapeaux +et plusieurs pièces de canon. L'ennemi a eu six généraux +tués ou blessés. Sa perte a été d'environ dix mille hommes +tués, blessés ou prisonniers. La nôtre n'est que de quatre à +cinq cents hommes tués ou blessés. Nous n'avons eu d'engagés +que cinq mille tirailleurs, quatre bataillons de la +vieille garde, et à peu près quatre-vingts escadrons de cavalerie +et cent vingt pièces de canon.</p> + +<p>A la pointe du jour, le 31, l'ennemi s'est retiré, se dirigeant +sur Aschaffenbourg. L'empereur a continué son mouvement, +et à trois heures après-midi, S. M. était à Francfort.</p> + +<p>Les drapeaux pris à cette bataille et ceux qui ont été +pris aux batailles de Wachau et de Leipsick, sont partis pour +Paris.</p> + +<p>Les cuirassiers, les grenadiers à cheval, les dragons ont fait +de brillantes charges. Deux escadrons de gardes-d'honneur +du troisième régiment, commandés par le major Saluces, se +sont spécialement distingués, et font présumer ce qu'on doit +attendre de ce corps au printemps prochain, lorsqu'il sera +parfaitement organisé et instruit.</p> + +<p>Le général d'artillerie de l'armée Nourrit, et le général +Devaux, major d'artillerie de la garde, ont mérité d'être distingués; +le général Letort, major des dragons de la garde, +quoique blessé à la bataille de Wachau, a voulu charger à la +tête de son régiment, et a eu son cheval tué.</p> + +<p>Le 31 au soir, le grand quartier-général était à Francfort.</p> + +<p>Le duc de Trévise, avec deux divisions de la jeune garde +et le premier corps de cavalerie, était à Gelnhaussen. Le +duc de Reggio arrivait à Francfort.</p> + +<p>Le comte Bertrand et le duc de Raguse étaient à Hanau.</p> + +<p>Le général Sébastiani était sur la Nida.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Francfort, le 1er novembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Extrait d'une lettre de l'empereur à l'impératrice.</i></p> + +<p>«Madame et très-chère épouse, je vous envoie vingt drapeaux +pris par mes armes aux batailles de Wachau, de Leipsick +et de Hanau; c'est un hommage que j'aime à vous rendre. Je +désire que vous y voyiez une marque de ma grande satisfaction +de votre conduite pendant la régence que je vous ai +confiée.»</p> + +<p>NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 3 novembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 30 octobre, dans le moment où se livrait la bataille de +Hanau, le général Lefèvre-Desnouettes, à la tête de sa division +de cavalerie et du cinquième corps de cavalerie commandé +par le générât Milhaud, flanquait toute la droite de +l'armée, du côté de Bruckoebel et de Nieder-Issengheim. Il +se trouvait en présence d'un corps de cavalerie russe et alliée, +de six à sept mille hommes: le combat s'engagea; plusieurs +charges eurent lieu, toutes à notre avantage; et ce corps ennemi +formé par la réunion de deux ou trois partisans, fut +rompu et vivement poursuivi. Nous lui avons fait cent cinquante +prisonniers montés. Notre perte est d'une soixantaine +d'hommes blessés.</p> + +<p>Le lendemain de la bataille de Hanau, l'ennemi était en +pleine retraite; l'empereur ne voulut point le poursuivre, l'armée +se trouvant fatiguée, et S. M., bien loin d'y attacher quelque +importance, ne pouvant voir qu'avec regret la destruction de +quatre à cinq mille Bavarois, qui aurait été le résultat de +cette poursuite. S. M. se contenta donc de faire poursuivre légèrement +l'arrière-garde ennemie, et laissa le général Bertrand +sur la rive droite de la Kintzig.</p> + +<p>Vers les trois heures de l'après-midi, l'ennemi sachant que +l'armée avait filé, revint sur ses pas, espérant avoir quelque +avantage sur le corps du général Bertrand. Les divisions Morand +et Guilleminot lui laissèrent faite ses préparatifs pour +le passage de la Kintzig; et quand il l'eut passée, marchèrent +à lui à la baïonnette, et le culbutèrent dans la rivière, où la +plus grande partie de ses gens se noyèrent. L'ennemi a perdu +trois mille hommes dans cette circonstance.</p> + +<p>Le général bavarois de Wrede, commandant en chef de +cette armée, a été mortellement blessé, et on a remarqué que +tous les parens qu'il avait dans l'armée ont péri dans la bataille +de Hanau, entre autres son gendre le prince d'Oettingen.</p> + +<p>Une division bavaroise-autrichienne est entrée le 30 octobre +à midi à Francfort; mais à l'approche des coureurs de +l'armée française, elle s'est retirée sur la rive gauche du Mein, +après avoir coupé le pont.</p> + +<p>Le 2 novembre, l'arrière-garde française a évacué Francfort, +et s'est portée sur la Nidda.</p> + +<p>Le même jour à cinq heures du matin l'empereur est entré +à Mayence.</p> + +<p>On suppose, dans le public, que le général de Wrede a +été l'auteur et l'agent principal de la défection de la Bavière. +Ce général avait été comblé des bienfaits de l'empereur.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 7 novembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Tarente était à Cologne, où il organise une armée +pour la défense du Bas-Rhin.</p> + +<p>Le duc de Raguse était à Mayence.</p> + +<p>Le duc de Bellune était à Strasbourg.</p> + +<p>Le duc de Valmi était allé prendre à Metz le commandement +de toutes les réserves.</p> + +<p>Le comte Bertrand, avec le quatrième corps, composé de +quatre divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, et +fort de quarante mille hommes, occupait la rive droite en +avant de Cassel. Son quartier-général était à Hocheim. Depuis +quatre jours, on travaillait à un camp retranché sur les +hauteurs à une lieue en avant de Cassel. Plusieurs ouvrages +étaient tracés et fort avancés.</p> + +<p>Tout le reste de l'armée avait passé le Rhin.</p> + +<p>S. M. avait signé, le 7, la réorganisation de l'armée et la +nomination à toutes les places vacantes.</p> + +<p>L'avant-garde commandée par le comte Bertrand, n'avait +pas encore vu d'infanterie ennemie, mais seulement quelques +troupes de cavalerie légère.</p> + +<p>Toutes les places du Rhin s'armaient et s'approvisionnaient +avec la plus grande activité.</p> + +<p>Les gardes nationales récemment levées se rendaient de tous +côtés dans les places pour en former la garnison et laisser l'armée +disponible.</p> + +<p>Le général Dulauloy avait réorganisé les deux cents bouches +à feu de la garde. Le général Sorbier était occupé à réorganiser +cent batteries à pied et à cheval, et à réparer la perte +des chevaux qu'avait éprouvée l'artillerie de l'armée.</p> + +<p>On croyait que S. M. ne tarderait pas à se rendre à Paris.</p> + +<p>S. M. l'empereur est arrivée le 9, à cinq heures après-midi, +à Saint-Cloud.</p> + +<p>S. M. avait quitté Mayence le 8, à une heure du matin.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 14 novembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du sénat.</i></p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>«J'agrée les sentimens que vous m'exprimez.</p> + +<p>«Toute l'Europe marchait avec nous il y a un an; toute +l'Europe marche aujourd'hui contre nous: c'est que l'opinion +du monde est faite par la France ou par l'Angleterre. Nous +aurions donc tout à redouter sans l'énergie et la puissance de +la nation.</p> + +<p>«La postérité dira que si de grandes et critiques circonstances +se sont présentées, elles n'étaient pas au-dessus de la +France et de moi.»</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, 14 décembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur à S. Exc. M. Reinhard, landamman +de la Suisse.</i></p> + +<p>«Monsieur le landamman, j'ai lu avec plaisir la lettre que +vous avez chargé MM. de Ruttimann et Vieland, envoyés extraordinaires +de la confédération, de me rendre. J'ai appris, +avec une particulière satisfaction, l'union qui a régné entre +tous les cantons et entre toutes les classes de citoyens. La neutralité +que la diète a proclamée à l'unanimité est à la fois conforme +aux obligations de vos traités et à vos plus chers intérêts. +Je connais cette neutralité, et j'ai donné les ordres nécessaires +pour qu'elle soit respectée. Faites connaître aux +dix-neuf cantons qu'en toute occasion ils peuvent compter sur +le vif intérêt que je leur porte, et que je serai toujours disposé +à leur donner des preuves de ma protection et de mon +amitié.</p> + +<p>«Sur ce, je prie Dieu, monsieur le landamman, qu'il vous +ait en sa sainte et digne garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 19 décembre 18l3.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à l'ouverture extraordinaire du +corps-législatif.</i></p> + +<p>«Sénateurs, conseillers-d'état, députés des départemens +au corps-législatif,</p> + +<p>«D'éclatantes victoires ont illustré les armes françaises +dans cette campagne. Des défections sans exemple ont rendu +ces victoires inutiles. Tout a tourné contre nous. La France +même serait en danger sans l'énergie et l'union des Français. +«Dans ces grandes circonstances, ma première pensée a +été de vous appeler près de moi. Mon coeur a besoin de la +présence et de l'affection de mes sujets.</p> + +<p>«Je n'ai jamais été séduit par la prospérité: l'adversité me +trouverait au-dessus de ses atteintes.</p> + +<p>«J'ai plusieurs fois donné la paix aux nations, lorsqu'elles +avaient tout perdu. D'une part de mes conquêtes, j'ai élevé +des trônes pour des rois qui m'ont abandonné.</p> + +<p>«J'avais conçu et exécuté de grands desseins pour la prospérité +et le bonheur du monde! ... Monarque et père, je +sens que la paix ajoute à la sécurité des trônes et à celle des +familles. Des négociations ont été entamées avec les puissances +coalisées. J'ai adhéré aux bases préliminaires qu'elles ont présentées. +J'avais donc l'espoir qu'avant l'ouverture de cette +session, le congrès de Manheim serait réuni; mais de nouveaux +retards, qui ne sont pas attribués à la France, ont différé +ce moment que presse le voeu du monde.</p> + +<p>«J'ai ordonné qu'on vous communiquât toutes les pièces +originales qui se trouvent au portefeuille de mon département +des affaires étrangères. Vous en prendrez connaissance par +l'intermédiaire d'une commission. Les orateurs de mon conseil +vous feront connaître ma volonté sur cet objet.</p> + +<p>«Rien ne s'oppose de ma part au rétablissement de la +paix. Je connais et je partage tous les sentimens des Français: +je dis des Français, parce qu'il n'en est aucun qui désirât la +paix au prix de l'honneur.</p> + +<p>«C'est à regret que je demande à ce peuple généreux de nouveaux +sacrifices; mais ils sont commandés par ses plus nobles +et ses plus chers intérêts. J'ai dû renforcer mes armées par +de nombreuses levées: les nations ne traitent avec sécurité +qu'en déployant toutes leurs forces. Un accroissement dans +les recettes devient indispensable. Ce que mon ministre des +finances vous proposera, est conforme au système de finances +que j'ai établi. Nous ferons face à tout sans emprunt qui consomme +l'avenir, et sans papier-monnaie qui est le plus grand +ennemi de l'ordre social.</p> + +<p>«Je suis satisfait des sentimens que m'ont montrés dans +cette circonstance mes peuples d'Italie.</p> + +<p>«Le Danemarck et Naples sont seuls restés fidèles à mon +alliance.</p> + +<p>«La république des États-Unis d'Amérique continue avec +succès sa guerre contre l'Angleterre.</p> + +<p>«J'ai reconnu la neutralité des dix-neuf cantons suisses.</p> + +<p>«Sénateurs, conseillers-d'état, députés des départemens +au corps-législatif,</p> + +<p>«Vous êtes les organes naturels de ce trône: c'est à vous +de donner l'exemple d'une énergie qui recommande notre génération +aux générations futures. Qu'elles ne disent pas de +nous: «Ils ont sacrifié les premiers intérêts du pays! ils ont +reconnu les lois que l'Angleterre a cherché en vain, pendant +quatre siècles, à imposer à la France!»</p> + +<p>«Mes peuples ne peuvent pas craindre que la politique de +leur empereur trahisse jamais la gloire nationale. De mon côté, +j'ai la confiance que les Français seront constamment dignes +d'eux et de moi!»</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 23 décembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur au président du corps-législatif.</i></p> + +<p>«Monsieur le duc de Massa, président du corps-législatif, +nous vous adressons la présente lettre close pour vous faire +connaître que notre intention est que vous vous rendiez demain, +24 du courant, heure de midi, chez notre cousin le +prince archi-chancelier de l'empire, avec la commission nommée +hier par le corps-législatif, en exécution de notre décret +du 20 de ce mois, laquelle est composée des sieurs Raynouard, +Lainé, Gallois, Flaugergue et Biran; et ce, à l'effet de prendre +connaissance des pièces relatives à la négociation, ainsi que +de la déclaration des puissances coalisées, qui seront communiquées +par le comte Regnaud, ministre d'état, et le comte +d'Hauterive, conseiller d'état, attaché à l'office des relations +extérieures, lequel sera porteur desdites pièces et déclaration.</p> + +<p>«Notre intention est aussi que notre dit cousin préside la +commission.</p> + +<p>«La présente n'étant à d'autres fins, je prie Dieu qu'il +vous ait, monsieur le duc de Massa, en sa sainte garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 30 décembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du sénat.</i></p> + +<p>«Je suis sensible aux sentimens que vous m'exprimez.</p> + +<p>«Vous avez vu, par les pièces que je vous ait fait communiquer, +ce que je fais pour la paix. Les sacrifices que comportent +les bases préliminaires que m'ont proposées les ennemis, +et que j'ai acceptées, je les ferais sans regret; ma vie +n'a qu'un but, le bonheur des français.</p> + +<p>«Cependant, le Béarn, l'Alsace, la Franche-Comté, le +Brabant, sont entamés. Les cris de cette partie de ma famille +me déchirent l'ame! J'appelle les Français au secours des +Français! J'appelle les Français de Paris, de la Bretagne, +de la Normandie, de la Champagne, de la Bourgogne et +d'autres départemens, au secours de leurs frères! Les abandonnerons-nous +dans leur malheur? Paix et délivrance de +notre territoire, doit être notre cri de ralliement. A l'aspect +de tout ce peuple en armes, l'étranger fuira ou signera la paix +sur les bases qu'il a lui-même proposées. Il n'est plus question +de recouvrer les conquêtes que nous avions faites.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 31 décembre 1813.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation envoyée par le +corps législatif</i><a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> <p>Cette députation était chargée de présenter à l'empereur le rapport fait par +la commission nommée par le corps législatif pour examiner les actes officiels +relatifs aux négociations entamées jusqu'alors pour la paix. On doit se rappeler +combien ce rapport irrita l'empereur. Aussi sa réponse indique toute son indignation. +Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en mettant sous leurs yeux +cette pièce importante. La voici telle quelle fut prononcée dans le corps législatif +par M. Raynouard, membre de la commission:</p> + +<p>«Nous avons examiné avec une scrupuleuse attention les pièces officielles que +l'empereur a daigné mettre sous nos yeux. Nous nous sommes regardés alors +comme les représentans de la nation elle-même, parlant avec effusion à un père +qui les écoute avec bonté. Pénétrés de ce sentiment si propre à élever nos ames +et à les dégager de toute considération personnelle, nous avons osé apporter la +vérité au pied du trône; notre auguste souverain ne saurait souffrir un autre +langage.</p> + +<p>«Des troubles politiques dont les causes furent inconnues rompirent la bonne +intelligence qui régnait entre l'empereur des Français et l'empereur de toutes les +Russes; la guerre fut sans doute nécessaire, mais elle fut entreprise dans un +temps où nos expéditions devenaient périlleuses. Nos armées marchèrent avec +celles de tous les souverains du Nord contre le plus puissant de tous. +Nos victoires furent rapides, mais nous les payâmes cher. Les horreurs +d'un hiver inconnu dans nos climats changèrent en défaites toutes nos victoires, +et le souffle du Nord dévora l'élite des armées françaises. Nos désastres +parurent des crimes à nos alliés. Les plaintes publiques de la Prusse, les sourds +murmures du cabinet autrichien, les inquiétudes des princes de la confédération, +tout dès-lors dut faire présager à la France les malheurs qui ne tardèrent +pas à fondre sur elle. Les armes de l'empereur de Russie avaient traversé la +Prusse et menaçaient l'Allemagne chancelante. L'Autriche offrit sa médiation +aux deux souverains et s'affranchit elle-même par un traité secret des craintes +d'un envahissement. Les funestes conséquences de nos premiers désastres ne +tardèrent pas à se manifester par des désastres nouveaux. Dantzick et Torgau +avaient été l'asyle de nos soldats vaincus; cette ressource nous fut enlevée par la +déclaration de la Prusse; ces places furent enveloppées, et nous fûmes privés par +la force des choses de quarante mille hommes en état de défendre la patrie. Le +mouvement simultané de la Prusse devint pour l'Europe le signal d'une défection +solennelle.</p> + +<p>«En vain l'armistice de juillet semblait porter les puissances à un accord que +tous les peuples désiraient. Les plaines de Lutzen et de Bautzen furent +signalées par de nouveaux exploits; il semble dans ces mémorables journées que +le soleil éclaira le dernier de nos triomphes. Un prince fidèle à son alliance appela +dans le coeur de ses états l'armée française et son auguste chef; Dresde devint +le centre des opérations militaires. Mais tandis que la cour de Saxe se distinguait +par sa fidélité généreuse, une opinion contraire fermentait au milieu des +Saxons et préparait l'inexcusable trahison qu'une inimitié mal placée aurait dû +laisser prévoir.</p> + +<p>«La Bavière avait, depuis la retraite de Moscou, séparé sa cause de la nôtre; le +régime de notre administration avait déplu à un peuple dès long-temps accoutumé +à une grande indépendance dans la répartition de ses contributions et dans la +perception des impôts. Mais il y avait loin de la froideur à l'agression; le prince +bavarois crut devoir prendre ce dernier parti aussitôt qu'il jugea les Français hors +d'état de résister à l'attaque générale dont nos ennemis avaient donné le signal. +Un guerrier né parmi nous, qui avait osé préférer un trône à la dignité de citoyen +français, voulut asseoir sa puissance par une éclatante protestation contre la +main bienfaisante à laquelle il devait son titre. Ne scrutons point la cause d'un +si étrange abandon, respectons sa conduite, que la politique doit tôt ou tard +légitimer, mais déplorons des talens funestes à la patrie. Quelques journées de +gloire furent suivies de désastres plus affreux peut-être que ceux qui avaient +anéanti notre première armée. La France vit alors contre elle l'Europe soulevée, +et tandis que le héros de la Suède guidait ses phalanges victorieuses au milieu +des confédérés, la Hollande brisait les liens qui l'attachaient à nous; l'Europe +enfin cherchait à embraser la France du feu dont elle était dévorée. Nous n'avons, +messieurs, à vous offrir aucune image consolante dans le tableau de tant de +malheurs. Une armée nombreuse emportée par les frimats du Nord fut remplacée +par une armée dont les soldats ont été arrachés à la gloire, aux arts et au commerce; +celle-ci engraissé les plaines maudites de Leipsick, et les flots de l'Elster +ont entraîné des bataillons de nos concitoyens. Ici messieurs, nous devons l'avouer, +l'ennemi porté par la victoire jusque sur les bords du Rhin, a offert à +notre auguste monarque une paix qu'un héros accoutume à tant de succès a pu +trouver bien étrange. Mais si un sentiment mâle et héroïque lui a dicté un refus +avant que l'état déplorable de la France eût été jugé, ce refus ne peut plus être +réitéré sans imprudence lorsque l'ennemi franchit déjà les frontières de notre +territoire. S'il s'agissait de discuter ici des conditions flétrissantes, Sa Majesté +n'eût daigné répondre qu'en faisant connaître à ses peuples les projets de l'étranger; +mais on veut non pas nous humilier, mais nous renfermer dans nos +limites et réprimer l'élan d'une activité ambitieuse si fatale depuis vingt ans à +tous les peuples de l'Europe.</p> + +<p>«De telles propositions nous paraissent honorables pour la nation, puisqu'elles +prouvent que l'étranger nous craint et nous respecte. Ce n'est pas lui +qui assigne des bornes à notre puissance, c'est le monde effrayé qui invoque le +droit commun des nations. Les Pyrénées, les Alpes et le Rhin renferment un +vaste territoire dont plusieurs provinces ne relevaient pas de l'empire des lis, et +cependant la royale couronne de France était brillante de gloire et de majesté +entre tous les diadèmes. (Ici le président interrompt l'orateur en ces termes: +«Orateur, ce que vous dites-lá est inconstitutionnel.» M. Raynouard a répondu: +il n'y a ici d'inconstitutionnel que votre présence, et a continué.)</p> + +<p>«D'ailleurs, le protectorat du Rhin cesse d'être un titre d'honneur pour une +couronne, dès le moment que les peuples de cette confédération dédaignent +cette protection.</p> + +<p>«Il est évident qu'il ne s'agit point ici d'un droit de conquête, mais d'un titre +d'alliance utile seulement aux Germains. Une main puissante les assurait de son +secours; ils voulent se dérober à ce bienfait comme à un fardeau insupportable, +il est de la dignité de S. M. d'abandonner à eux-mêmes ces peuples qui courent +se ranger sous le joug de l'Autriche. Quant au Brabant, puisque les coalisés +proposent de s'en tenir aux bases du traité de Lunéville, il nous a paru que la +France pouvait sacrifier sans perte des provinces difficiles à conserver, où l'esprit +anglais domine presque exclusivement, et pour lesquelles enfin le commerce +avec l'Angleterre est d'une necessité si indispensable que ces contrées ont été languissantes +et appauvries tant qu'a duré notre domination. N'avous-nous pas vu +les familles patriciennes s'exiler du sol hollandais, comme si les flêaux dévastateurs +les avaient poursuivies, et aller porter chez l'ennemi les richesses et l'industrie +de leur patrie? Il n'est pas besoin sans doute de courage pour faire entendre +la vérité au coeur de notre monarque; mais dussions-nous nous exposer à tous les +périls, nous aimerions mieux encourir sa disgrâce que de trahir sa confiance, et +exposer notre vie même, que le salut du la nation que nous représentons.</p> + +<p>«Ne dissimulons rien; nos maux sont à leur comble; la patrie est menacée +sur tous les points de ses frontières; le commerce est anéanti, l'agriculture languit, +l'industrie expire, et il n'est point de Français qui n'ait dans sa famille ou dans +sa fortune une plaie cruelle à guérir. Ne nous appesantissons pas sur ces faits: +l'agriculteur, depuis cinq ans, ne jouit pas, il vit à peine, et les fruits de ses travaux servent à grossir le trésor qui se dissipe annuellement par des secours que réclament +des armées sans cesse ruinées et affamées. La conscription est devenue +pour toute la France un odieux fléau, parce que cette mesure a toujours été outrée +dans l'exécution. Depuis deux ans on moissonne trois fois l'année; une guerre +barbare et sans but engloutit périodiquement une jeunesse arrachée à l'éducation, +à l'agriculture, au commerce, et aux arts. Les larmes des mères et les sueurs des +peuples sont-elles donc le patrimoine des rois? Il est temps que les nations respirent; +il est temps que les puissances cessent de s'entrechoquer et de se déchirer les +entrailles; il est temps que les trônes s'affermissent, et que l'on cesse de reprocher +à la France de vouloir porter dans tout le monde les torches révolutionnaires. +Notre auguste monarque, qui partage le zèle qui nous anime, et qui brûle de +consolider le bonheur de ses peuples, est le seul digne d'achever ce grand ouvrage. +L'amour de l'honneur militaire et des conquêtes peut séduire un coeur +magnanime; mais le génie d'un héros véritable qui méprise une gloire achetée +au dépens du sang et du repos des peuples, trouve sa véritable grandeur dans la +félicité publique qui est son ouvrage. Les monarques français se sont toujours +glorifiés de tenir leur couronne de Dieu, du peuple et de leur épée, parce que la +paix, la morale et la force sont, avec la liberté, le plus ferme soutien des empires.»</p></blockquote> + + +<p>Le corps législatif ayant ensuite de ce rapport présenté une +adresse à l'empereur, en a reçu une réponse où on remarque +ces passage:</p> + +<p>J'ai supprimé l'impression de votre adresse; elle était incendiaire. +Les onze douzièmes du corps législatif sont composés +de bons citoyens, je les reconnais et j'aurai des égards +pour eux; mais une autre douzième renferme des factieux, et +votre commission est de ce nombre (cette commission était +composée de messieurs Lainé, Raynouard, Maine de Biran et +Flaugergue). Le nommé Laine est un traître qui correspond +avec le prince régent par l'intermédiaire de Desèze; je le sais, +j'en ai la preuve; les quatre autres sont des factieux. Ce +douzième est composé de gens qui veulent l'anarchie et qui +sont comme les Girondins. Où une pareille conduite a-t-elle +mené Vergneau et les autres chefs? à l'échafaud. Ce n'est pas +dans le moment où l'on doit chasser l'ennemi de nos frontières +que l'on doit exiger de moi un changement dans la constitution; +il faut suivre l'exemple de l'Alsace, de la Franche-Comté +et des Vosges. Les habitans s'adressent à moi pour +avoir des armes et que je leur donne des partisans; aussi +j'ai fait partir des aides-de-camp. Vous n'êtes point les représentans +de la nation, mais les députés des départemens. Je +vous ai rassemblés pour avoir des consolations; ce n'est pas que +je manque de courage; mais j'espérais que le corps législatif +m'en donnerait; au lieu de cela, il m'a trompé; au lieu du +bien que j'attendais il a fait du mal, peu de mal cependant, +parce qu'il n'en pouvait beaucoup faire. Vous cherchez dans +votre adresse à séparer le souverain de la nation. Moi seul je +suis le représentant du peuple. Et qui de vous pourrait se +charger d'un pareil fardeau? Le trône n'est que du bois recouvert +de velours. Si je voulais vous croire, je céderais à +l'ennemi plus qu'il ne me demande: vous aurez la paix dans +trois mois ou je périrai. C'est ici qu'il faut montrer de l'énergie; +j'irai chercher les ennemis et nous les renverrons. Ce +n'est pas au moment où Huningue est bombardé, Béfort attaqué +qu'il faut se plaindre de la constitution de l'état et de +l'abus du pouvoir. Le corps législatif n'est qu'une partie de +l'état qui ne peut pas même entrer en comparaison avec le +sénat et le conseil d'état; au reste je ne suis à la tête de cette +nation que parce que la constitution de l'état me convient. +Si la France exigeait une autre constitution et qu'elle ne me +convînt pas, je lui dirais de chercher un autre souverain.</p> + +<p>C'est contre moi que les ennemis s'acharnent plus encore +que contre les Français; mais pour cela seul faut-il qu'il me +soit permis de démembrer l'état?</p> + +<p>Est-ce que je ne sacrifie pas mon orgueil et ma fierté pour +obtenir la paix? Oui, je suis fier parce que je suis courageux; +je suis fier parce que j'ai fait de grandes choses pour la France. +L'adresse était indigne de moi et du corps législatif; un jour +je la ferai imprimer, mais ce sera pour faire honte au corps +législatif et à la nation.</p> + +<p>Retournez dans vos foyers....... En supposant même +que j'eusse des torts, vous ne deviez pas me faire des reproches +publics; c'est en famille qu'il faut laver son linge sale. Au +reste, la France a plus besoin de moi que je n'ai besoin de la +France.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 23 janvier 1814</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes signées au palais des Tuileries le 23 janvier +1814, et par lesquelles l'empereur confère à S. M. +l'impératrice et reine Marie-Louise le titre de régente.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération +suisse, etc.</p> + +<p>A tous ceux qui ces présentes verront, salut:</p> + +<p>Voulant donner à notre bien-aimée épouse l'impératrice et +reine Marie-Louise des marques de la haute confiance que +nous avons en elle, attendu que nous sommes dans l'intention +d'aller incessamment nous mettre à la tête de nos armées +pour délivrer notre territoire de la présence de nos ennemis, +nous avons résolu de conférer, comme nous conférons par +ces présentes, à notre Bien-aimée épouse l'impératrice et +reine, le titre de régente pour en exercer les fonctions en +conformité de nos intentions et de nos ordres, tels que nous +les aurons fait transcrire sur le livre de l'état; entendant qu'il +soit donné connaissance aux princes grands dignitaires et à +nos ministres desdits ordres et instructions, et qu'en aucun +cas l'impératrice ne puisse s'écarter de leur teneur dans l'exercice +des fonctions de régente. Voulons que l'impératrice-régente +préside, en notre nom, le sénat, le conseil d'état, le +conseil des ministres et le conseil-privé, notamment pour +l'examen des recours en grâce, sur lesquels nous l'autorisons +à prononcer, après avoir entendu les membres dudit conseil-privé. +Toutefois, notre intention n'est point que, par suite +de la présidence conférée à l'impératrice-régente, elle puisse +autoriser par sa signature la présentation d'aucun sénatus-consulte, +ou proclamer aucune loi de l'état, nous référant, +à cet égard, au contenu des ordres et intentions mentionnés +ci-dessus.</p> + +<p>Mandons à notre cousin le prince archichancelier de l'empire, +de donner communication des présentes lettres-patentes +au sénat, qui les transcrira sur ses registres, et à notre grand-juge +ministre de la justice de les faire publier au Bulletin +des lois, et de les adresser à nos cours impériales pour y être +lues, publiées et transcrites sur les registres d'icelles.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 24 janvier 1814.</p> + +<p>S. M. l'empereur et roi devant partir incessamment pour se +mettre à la tête de ses armées, a conféré pour le temps de son +absence, la régence à S. M. l'impératrice-reine, par lettres-patentes +datées d'hier 23.</p> + +<p>Le même jour, S. M. l'impératrice-reine a prêté serment, +comme régente, entre les mains de l'empereur, et dans un +conseil composé des princes français, des grands-dignitaires, +des ministres du cabinet et des ministres d'état.</p> + +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 25 janvier 1814.</p> + +<p>Ce matin, à sept heures, S. M. l'empereur et roi est parti +pour se mettre à la tête de ses armées.</p> +<br><br><br> + + + + + +<h3>CAMPAGNE DE FRANCE.</h3> + +<h3>LIVRE NEUVIÈME.</h3> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Saint-Dizier, 28 janvier 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'ennemi était ici depuis deux jours, y commettant les +plus affreuses vexations: il ne respectait ni l'âge ni le sexe; +les femmes et les vieillards étaient en butte à ses violences et +à ses outrages. La femme du sieur Canard, riche fermier, âgée +de cinquante ans, est morte des mauvais traitemens qu'elle a +éprouvés: son mari, plus que septuagénaire, est à la mort. +Il serait trop douloureux de rapporter ici la liste des autres +victimes. L'arrivée des troupes françaises entrées hier dans +notre ville a mis un terme à nos malheurs. L'ennemi ayant +voulu opposer quelque résistance, a été bientôt mis en déroute +avec une perte considérable. L'entrée de S. M. l'empereur +a donné lieu aux scènes les plus touchantes. Toute la +population se pressait autour de lui; tous les maux paraissaient +oubliés. Il nous rendait la sécurité pour tout ce que +nous avons de plus cher. Un vieux colonel, M. Bouland, +âgé de soixante-dix ans, s'est jeté à ses pieds, qu'il baignait +de larmes de joie. Il exprimait tout à la fois la douleur qu'un +brave soldat avait ressentie en voyant les ennemis souiller +le sol natal, et le bonheur de les voir fuir devant les aigles +impériales.</p> + +<p>Nous apprenons que le même enthousiasme qui a éclaté ici +s'est manifesté à Bar, à l'arrivée de nos troupes. L'ennemi +avait déjà pris la fuite.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Après la prise de Saint-Dizier, l'empereur s'est porté sur +les derrières de l'ennemi à Brienne, l'a battu le 29, et s'est +emparé de la ville et du château après une affaire d'arrière-garde +assez vive.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Brienne, 31 janvier 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S.M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Ce n'est pas seulement une arrière-garde, c'est l'armée du +général Blücher, forte de quarante mille hommes, qui était +ici lorsqu'elle a été attaquée le 29 par notre armée. Le combat +a été très-vif. L'ennemi a laissé la grande avenue qui +mène au château, les rues, les places et les vergers encombrés +de ses morts. Sa perte est au moins de quatre mille hommes, +non compris beaucoup de prisonniers.</p> + +<p>Le général Blücher ne savait pas que l'empereur était à +l'armée.</p> + +<p>M. de Hardenberg, neveu du chancelier de Prusse, et +commandant le quartier-général, a été pris au bas de la +montée du château. Le général Blücher descendait alors du +château, à pied, avec son état-major. Il a été lui-même au +moment d'être fait prisonnier.</p> + +<p>L'ennemi, pour embarrasser la poursuite des Français, a +mis le feu aux maisons de la grande rue, qui étaient les plus +belles de la ville. Il y a bien peu de nos citoyens qui n'aient +éprouvé des violences personnelles pendant le court séjour +de l'ennemi; il n'en est aucun qui n'ait été dépouillé de +tout ce qu'il possédait.</p> + +<p>Notre armée a poursuivi l'ennemi jusqu'à trois lieues de +Bar-sur-Aube. Elle est belle, nombreuse et pleine d'ardeur. +On est occupé à rétablir les différent ponts sur l'Aube.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 3 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S.M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur est entré à Vitry le 26 janvier.</p> + +<p>Le général Blücher, avec l'armée de Silésie, avait passé +la Marne et marchait sur Troyes. Le 27, l'ennemi entra à +Brienne, et continua sa marche; mais il dut perdre du temps +pour rétablir le pont de Lesmont sur l'Aube.</p> + +<p>Le 27, l'empereur fit attaquer Saint-Dizier. Le duc de +Bellune se présenta devant cette ville; le général Duhesme +culbuta l'arrière-garde ennemie qui y était encore, et fit quelques +centaines de prisonniers. A huit heures du matin, l'empereur +arriva à Saint-Dizier; il est difficile de se peindre +l'ivresse et la joie des habitans dans ce moment. Les vexations +de toutes espèces que commettent les ennemis, et +surtout les cosaques, sont au-dessus de tout ce que l'on +peut dire.</p> + +<p>Le 28, l'empereur se porta sur Montierender.</p> + +<p>Le 29, à huit heures du matin, le général Grouchy, qui +commande la cavalerie, fit prévenir que le général Milhaud, +avec la cinquième corps de cavalerie, était en présence, entre +Maizières et Brienne, de l'armée ennemie commandée par le +général Blücher, et qu'on évaluait à quarante mille Russes +et Prussiens, les Russes commandés par le général Sacken.</p> + +<p>A quatre heures, la petite ville de Brienne fut attaquée. +Le général Lefèvre-Desnouettes, commandant une division +de cavalerie de la garde, et les généraux Grouchy et Milhaud, +exécutèrent plusieurs belles charges, sur la droite +de la route, et s'emparèrent de la hauteur de Perthe.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa se mit à la tête de six bataillons +en colonne serrée, et se porta sur la ville par le chemin de +Maizières. Le général Château, chef d'état-major du duc de +Bellune, à la tête de deux bataillons, tourna par la droite, +et s'introduisit dans le château de Brienne par le parc.</p> + +<p>Dans ce moment l'empereur dirigea une colonne sur la +route de Bar-sur-Aube, qui paraissait être la retraite de +l'ennemi; l'attaque fut vive et la résistance opiniâtre. L'ennemi +ne s'attendait pas à une attaque aussi brusque, et n'avait +eu que le temps de faire revenir ses parcs du pont de Lesmont, +où il comptait passer l'Aube pour marcher en avant. Cette +contre-marche l'avait fort encombré.</p> + +<p>La nuit ne mit pas fin au combat. La division Decouz, de +la jeune garde, et une brigade de la division Meusnier furent +engagées. La grande quantité de forces de l'ennemi et la belle +situation de Brienne lui donnaient bien des avantages, mais +la prise du château, qu'il avait négligé de garder en force, les +lui fit perdre.</p> + +<p>Vers les huit heures, voyant qu'il ne pouvait plus se maintenir, +il mit le feu à la ville, et l'incendie se propagea avec +rapidité, toutes les maisons étant de bois.</p> + +<p>Profitant de cet événement, il chercha à reprendre le château, +que le brave chef de bataillon Henders, du cinquante-sixième +régiment, défendit avec intrépidité. Il joncha de +morts toutes les approches du château, et spécialement les +escaliers du côté du parc. Ce dernier échec décida la retraite +de l'ennemi, que favorisait l'incendie de la ville.</p> + +<p>Le 30, à onze heures du matin, le général Grouchy et le +duc de Bellune le poursuivirent jusqu'au-delà du village de +la Rothière, où ils prirent position.</p> + +<p>La journée du 31 fut employée par nous à réparer le pont +de Lesmont-sur-Aube, l'empereur voulant se porter sur +Troyes pour opérer sur les colonnes qui se dirigeaient par +Bar-sur-Aube et par la route d'Auxerre sur Sens.</p> + +<p>Le pont de Lesmont ne put être rétabli que le premier +février au matin. On fît filer sur-le-champ une partie des +troupes.</p> + +<p>A trois heures après-midi, l'ennemi ayant été renforcé de +toute son armée, déboucha sur la Rothière et Dienville que +nous occupions encore. Notre arrière-garde fit bonne contenance. +Le général Duhesme s'est fait remarquer en conservant +la Rothière, et le général Gérard en conservant Dienville. +Le corps autrichien du général Giulay, qui voulait passer de +la rive gauche sur la droite et forcer le pont, a eu plusieurs +de ses bataillons détruits. Le duc de Bellune tint toute la +journée au hameau de la Giberie, malgré l'énorme disproportion +de son corps avec les forces qui l'attaquaient.</p> + +<p>Cette journée, où notre arrière-garde tint dans une vaste +plaine centre toute l'armée ennemie et des forces quintuples, +est un des beaux faits d'armes de l'armée française.</p> + +<p>Au milieu de l'obscurité de la nuit, une batterie d'artillerie +de la garde suivant le mouvement d'une colonne de cavalerie +qui se portait en avant pour repousser une charge +de l'ennemi, s'égara et fut prise. Lorsque les canonnières s'aperçurent +de l'embuscade dans laquelle ils étaient tombés, +et virent qu'ils n'avaient pas le temps de se mettre en batterie, +ils se fermèrent aussitôt en escadron, attaquèrent l'ennemi +et sauvèrent leurs chevaux et leurs attelages. Ils ont perdu +quinze hommes tués ou faits prisonniers.</p> + +<p>A dix heures du soir, le prince de Neufchâtel visitant les +postes, trouva les deux armées si près l'une de l'autre, qu'il +prit plusieurs fois les postes de l'ennemi pour les nôtres. Un de +ses aides-de-camp se trouvant à dix pas d'une vedette, fut fait +prisonnier. Le même accident est arrivé à plusieurs officiers +russes qui portaient le mot d'ordre et qui se jetèrent dans nos +postes croyant arriver sur les leurs.</p> + +<p>Il y a eu peu de prisonniers de part et d'autre. Nous en +avons fait deux cent cinquante.</p> + +<p>Le 2 février, à la pointe du jour, toute l'arrière-garde de +l'armée était en bataille devant Brienne. Elle prit successivement +des positions pour achever de passer le pont de Lesmont +et de rejoindre le reste de l'armée.</p> + +<p>Le duc de Raguse, qui était en position sur le pont de +Rosnay, fut attaqué par un corps autrichien qui avait passé +derrière les bois. Il le repoussa, fit trois cents prisonniers et +chassa l'ennemi au-delà de la petite rivière de Voire.</p> + +<p>Le 3 février, à midi, l'empereur est entré dans Troyes.</p> + +<p>Nous avons perdu au combat de Brienne le brave général +Baste. Le général Lefêvre-Desnouettes a été blessé d'un coup +de baïonnette. Le général Forestier a été grièvement blessé. +Notre perte dans ces deux journées peut s'élever de deux à +trois mille hommes tués ou blessés. Celle de l'ennemi est au +moins du double.</p> + +<p>Une division tirée du corps d'armée ennemi qui observe +Metz, Thionville et Luxembourg, et forte de douze bataillons, +s'est portée sur Vitry. L'ennemi a voulu entrer dans cette +ville que le général Montmarie et les habitans ont défendue. +Il a jeté en vain des obus pour intimider les habitans; il a +été reçu à coups de canon et repoussé à une lieue et demie. +Le duc de Tarente arrivait à Châlons et marchait sur cette +division.</p> + +<p>Le 4 au matin, le comte de Stadion, le comte Razumowski, +lord Castlereagh et le baron de Humboldt sont arrivés +à Châtillon-sur-Seine où était déjà le duc de Vicence. Les +premières visites ont été faites de part et d'autre, et le soir +du même jour la première conférence des plénipotentiaires +devait avoir lieu.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur a attaqué, hier, à Champaubert, l'ennemi +fort de douze régimens, et ayant quarante pièces de canon.</p> + +<p>Le général en chef Ousouwieff a été pris avec tous ses généraux, +tous ses colonels, officiers, canons, caissons et +bagages.</p> + +<p>On avait fait six mille prisonniers; le reste avait été jeté +dans un étang, ou tué sur le champ de bataille.</p> + +<p>L'empereur suit vivement le général Sacken, qui se trouve +séparé d'avec le général Blücher.</p> + +<p>Notre perte a été extrêmement légère; nous n'avons pas +deux cents hommes à regretter.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 11 février, au point du jour, l'empereur, parti de +Champaubert après la journée du 10, a poussé un corps sur +Châlons, pour contenir les colonnes ennemies qui s'étaient +rejetées de ce côté.</p> + +<p>Avec le reste de son armée, il a pris la route de Montmirail.</p> + +<p>A une lieue au-delà, il a rencontré le corps du général +Blücher, et, après deux heures de combat, toute l'armée +ennemie a été culbutée.</p> + +<p>Jamais nos troupes n'ont montré plus d'ardeur.</p> + +<p>L'ennemi, enfoncé de toutes parts, est dans une déroute +complète: infanterie, artillerie, munitions, tout est en notre +pouvoir ou culbuté.</p> + +<p>Les résultats sont immenses; l'armée russe est détruite.</p> + +<p>L'empereur se porte à merveille, et nous n'avons perdu personne +de marque.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 12 février l'empereur a poursuivi ses succès. Blücher +cherchait à gagner Château-Thierry. Ses troupes ont été culbutées +de position en position.</p> + +<p>Un corps entier qui était resté réuni, et qui protégeait sa +retraite, a été enlevé.</p> + +<p>Cette arrière-garde était composée de quatre bataillons russes, +trois bataillons prussiens, et de trois pièces de canon. +Le général qui la commandait aussi été pris.</p> + +<p>Nos troupes sont entrées pêle-mêle avec l'ennemi dans +Château-Thierry, et suivent, sur la route de Soissons, les +débris de cette armée, qui est dans une horrible confusion.</p> + +<p>Les résultats de la journée d'aujourd'hui sont trente pièces +de canon, et une quantité innombrable de voitures de bagages.</p> + +<p>On comptait déjà trois mille prisonniers: il en arrive à +chaque instant. Nous avons encore deux heures de jour.</p> + +<p>On compte parmi les prisonniers cinq à six généraux, qui +sont dirigés sur Paris.</p> + +<p>On croit le général en chef Saken tué.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 7 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 3 février, deux heures après son entrée à Troyes, S. M. +a fait partir le duc de Trévise pour les Maisons-Blanches. +Une division autrichienne, commandée par le prince Liechtenstein, +s'était portée sur ce point, qui est à deux lieues +de la ville; elle a été vivement repoussée et rejetée à deux +lieues plus loin.</p> + +<p>Le 4 au soir, le quartier-général de l'empereur de Russie +était à Lusigny près Vandoeuvre, à deux lieues de Troyes, +où se trouvaient la garde russe et l'armée ennemie. L'ennemi +voulait entrer le soir dans Troyes. Il marcha sur +le pont de la Guillotière; il y éprouva une vive résistance. +Sa première attaque fut repoussé. Des cavaliers prisonniers +lui apprirent que l'empereur était à Troyes. Il jugea alors devoir +faire d'autres dispositions. Au même moment, le duc +de Trévise faisait attaquer le pont de Clérey, qu'occupait la +division du général Bianchi. L'ennemi fut chassé. Le général +de division Briche, avec ses dragons, fit une charge dans +laquelle il prit cent soixante hommes, et en tua une centaine +à l'ennemi.</p> + +<p>Le lendemain 5, l'empereur se disposait à passer le pont +de la Guillotière et à attaquer l'ennemi, lorsque S. M. apprit +qu'il avait battu en retraite et rétrogradé d'une marche sur +Vandoeuvre.</p> + +<p>Le 6, les dispositions furent faites pour menacer Bar-sur-Seine. +Quelques attaques eurent lieu sur cette route. On prit +à l'ennemi une trentaine d'hommes, une pièce de canon et +un caisson.</p> + +<p>Pendant ce temps, l'armée se mettait en marche pour Nogent, +afin de tomber sur les colonnes ennemies qui ont occupé +Châlons et Vitry, et qui menaçaient Paris par la Ferté-sous-Jouarre +et Meaux.</p> + +<p>Le 7 au matin, le duc de Tarente avait son quartier-général +près de Chaville, entre Épernay et Châlons.</p> + +<p>Les divisions de gardes nationales d'élite venues à Montereau +de Normandie et de Bretagne, se sont mises en mouvement, +sous le commandement du général Pajol.</p> + +<p>La division de l'armée d'Espagne, commandée par le général +Leval, est arrivée à Provins; les autres suivent. Ces troupes +sont composées de soldats qui ont fait les campagnes +d'Autriche et de Pologne. Elles sont remplacées à l'armée +d'Espagne par les cinq divisions de réserve.</p> + +<p>Aujourd'hui 7, à midi, l'empereur est arrivé à Nogent.</p> + +<p>Tout est en mouvement pour manoeuvrer.</p> + +<p>L'exaspération des habitans est à son comble. L'ennemi +commet partout les plus horribles vexations.</p> + +<p>Toutes les mesures sont prises pour qu'au premier mouvement +rétrograde il soit enveloppé de tous côtés.</p> + +<p>Des millions de bras n'attendent que ce moment pour se +lever. La terre sacrée que l'ennemi a violée, sera pour lui une +terre de feu qui le dévorera.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 12 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 10, l'empereur avait son quartier-général à Sézanne.</p> + +<p>Le duc de Tarente était à Meaux, ayant fait couper les +ponts de la Ferté et de Tréport.</p> + +<p>Le général Sacken et le général Yorck étaient à la Ferté; +le général Blücher à Vertus, et le général Alsuffiew à Champ-Aubert. +L'armée de Silésie ne se trouvait plus qu'à trois marches +de Paris. Cette armée, sous le commandement en chef +du général Blücher, se composait des corps de Sacken et de +Langeron, formant soixante régimens d'infanterie russe, et de +l'élite de l'armée prussienne.</p> + +<p>Le 10, à la pointe du jour, l'empereur se porta sur les +hauteurs de Saint-Prix, pour couper en deux l'armée du général +Blücher. A dix heures, le duc de Raguse passa les étangs +de Saint-Gond, et attaqua le village de Baye. Le neuvième +corps russe, sous le commandement du général Alsuffiew, et +fort de douze régimens, se déploya et présenta une batterie +de vingt-quatre pièces de canon. Les divisions Lagrange et +Ricart, avec la cavalerie du premier corps, tournèrent les positions +de l'ennemi par sa droite. A une heure après-midi, nous +fûmes maîtres du village de Baye.</p> + +<p>A deux heures, la garde impériale se déploya dans les belles +plaines qui sont entre Baye et Champ-Aubert. L'ennemi se +reployait et exécutait sa retraite. L'empereur ordonna au général +Girardin de prendre, avec deux escadrons de la garde +de service, la tête du premier corps de cavalerie, et de tourner +l'ennemi, afin de lui couper le chemin de Châlons. L'ennemi, +qui s'aperçut de ce mouvement, se mit en désordre. +Le duc de Raguse fit enlever le village de Champ-Aubert. +Au même instant, les cuirassiers chargèrent à la droite, et +acculèrent les Russes à un bois et à un lac entre la route d'Épernay +et celle de Châlons. L'ennemi avait peu de cavalerie; +se voyant sans retraite, ses masses se mêlèrent. Artillerie, +infanterie, cavalerie, tout s'enfuit pêle-mêle dans les bois; +deux mille se noyèrent dans le lac. Trente pièces de canon +et deux cents voitures furent prises. Le général en chef, les +généraux, les colonels, plus de cent officiers et quatre cents +hommes furent faits prisonniers.</p> + +<p>Ce corps de deux divisions et douze régimens devait présenter +une force de dix-huit mille hommes: mais les maladies, +les longues marches, les combats, l'avaient réduit à +huit mille hommes: quinze cents à peine sont parvenus à s'échapper +à la faveur des bois et de l'obscurité. Le général +Blücher était resté à son quartier-général des Vertus, où il +a été témoin des désastres de cette partie de son armée sans +pouvoir y porter remède.</p> + +<p>Aucun homme de la garde n'a été engagé, à l'exception de +deux des quatre escadrons de service, qui se sont vaillamment +comportés. Les cuirassiers du premier corps de cavalerie ont +montré la plus rare intrépidité.</p> + +<p>A huit heures du soir, le général Nansouty ayant débouché +sur la chaussée, se porta sur Montmirail avec les divisions +de cavalerie de la garde des généraux Colbert et Laferrière, +s'empara de la ville et de six cents cosaques qui l'occupaient.</p> + +<p>Le 11, à cinq heures du matin, la division de cavalerie +du général Guyot se porta également sur Montmirail. Différentes +divisions d'infanterie furent retardées dans leur mouvement +par la nécessité d'attendre leur artillerie. Les chemins +de Sézanne à Champ-Aubert sont affreux. Notre artillerie n'a +pu s'en tirer que par la constance des canonnières et qu'au +moyen des secours fournis avec empressement par les habitans, +qui ont amené leurs chevaux.</p> + +<p>Le combat de Champ-Aubert, où une partie de l'armée +russe a été détruite, ne nous a pas conté plus de deux cents +hommes tués ou blessés. Le général de division comte Lagrange +est du nombre de ces derniers; il a été légèrement +blessé à la tête.</p> + +<p>L'empereur arriva le 11, à dix heures du matin, à une +demi-lieue en avant de Montmirail. Le général Nansouty +était en position avec la cavalerie de la garde, et contenait +l'armée de Sacken, qui commençait à se présenter. Instruit +du désastre d'une partie de l'armée russe, ce général avait +quitté la Ferté-sous-Jouarre le 10 à neuf heures du soir, et +marché toute la nuit. Le général Yorck avait également quitté +Château-Thierry. A onze heures du matin, le 11, il commençait +à se former, et tout présageait la bataille de Montmirail, +dont l'issue était d'une si haute importance. Le duc +de Raguse, avec son corps et le premier corps de cavalerie, +avait porté son quartier-général à Étoges, sur la route de +Châlons.</p> + +<p>La division Ricart et la vieille garde arrivèrent sur les dix +heures du matin. L'empereur ordonna au prince de la Moskwa +de garnir le village de Marchais, par où l'ennemi paraissait +vouloir déboucher. Ce village fut défendu par la brave +division du général Ricart avec une rare constance; il fut pris +et repris plusieurs fois dans la journée.</p> + +<p>A midi, l'empereur ordonna au général Nansouty de se +porter sur la droite, coupant la route de Château-Thierry, +et forma les seize bataillons de la première division de la +vieille garde sous le commandement du général Friant en une +seule colonne le long de la route, chaque colonne de bataillon +étant éloignée de cent pas.</p> + +<p>Pendant ce temps, nos batteries d'artillerie arrivaient successivement. +A trois heures, le duc de Trévise, avec les seize +bataillons de la deuxième division de la vieille garde, qui +étaient partis le matin de Sézanne, déboucha sur Montmirail.</p> + +<p>L'empereur aurait voulu attendre l'arrivée des autres divisions; +mais la nuit approchait. Il ordonna au général Friant +de marcher avec quatre bataillons de la vieille garde, dont +deux du deuxième régiment de grenadiers et deux du +deuxième régiment de chasseurs, sur la ferme de l'Épine-aux-Bois, +qui était la clef de la position, et de l'enlever. Le +duc de Trévise se porta avec six bataillons de la deuxième +division de la vieille garde sur la droite de l'attaque du général +Friant.</p> + +<p>De la position de la ferme de l'Épine-aux-Bois dépendait +le succès de la journée. L'ennemi le sentait. Il y avait placé +quarante pièces de canon; il avait garni les haies d'un triple +rang de tirailleurs, et formé en arrière des masses d'infanterie.</p> + +<p>Cependant, pour rendre cette attaque plus facile, l'empereur +ordonna au général Nansouty de s'étendre sur la droite, +ce qui donna à l'ennemi l'inquiétude d'être coupé et le força +de dégarnir une partie de son centre pour soutenir sa droite. +Au même moment, il ordonna au général Ricart de céder +une partie du village de Marchais, ce qui porta aussi l'ennemi +à dégarnir son centre pour renforcer cette attaque, +dans la réussite de laquelle il supposait qu'était le gain de la +bataille.</p> + +<p>Aussitôt que le général Friant eut commencé son mouvement, +et que l'ennemi eut dégarni son centre pour profiter de +l'apparence d'un succès qu'il croyait réel, le général Friant +s'élança sur la ferme de la Haute-Epine avec les quatre bataillons +de la vieille garde. Ils abordèrent l'ennemi au pas de +course, et firent sur lui l'effet de la tête de Méduse. Le prince +de la Moskwa marchait le premier, et leur montrait le chemin +de l'honneur. Les tirailleurs se retirèrent épouvantés sur les +masses qui furent attaquées. L'artillerie ne put plus jouer; la +fusillade devint alors effroyable, et le succès était balancé; +mais au même moment, le général Guyot, à la tête du premier +de lanciers, des vieux dragons et des vieux grenadiers +de la garde impériale, qui défilaient sur la grande route au +grand trot et au cris de <i>vive l'empereur</i>, passa à la droite +de la Haute-Epine; ils se jetèrent sur les derrières des masses +d'infanterie, les rompirent, les mirent en désordre, et tuèrent +tout ce qui ne fut pas fait prisonnier. Le duc de Trévise, +avec six bataillons de la division du général Michel, secondait +alors l'attaque de la vieille garde, arrivait au bois, +enlevait le village de Fontenelle, et prenait tout un parc +ennemi.</p> + +<p>La division des gardes d'honneur défila après la vieille +garde sur la grande route, et arrivée à la hauteur de l'Epine-aux-Bois, +fit un à gauche pour enlever ce qui s'était avancé +sur le village de Marchais. Le général Bertrand, grand-maréchal +du palais, et le maréchal duc de Dantzick, à la tête +de deux bataillons de la vieille garde, marchèrent en avant +sur le village et le mirent entre deux feux. Tout ce qui s'y +trouvait fut pris ou tué.</p> + +<p>En moins d'un quart d'heure, un profond silence succéda +au bruit du canon et d'une épouvantable fusillade. L'ennemi +ne chercha plus son salut que dans la fuite: généraux, officiers, +soldats, infanterie, cavalerie, artillerie, tout s'enfuit +pêle-mêle.</p> + +<p>A huit heures du soir, la nuit étant obscure, il fallut +prendre position. L'empereur prit son quartier-général à la +ferme de l'Épine-aux-Bois.</p> + +<p>Le général Michel, de la garde, a été blessé d'une balle +au bras. Notre perte s'élève au plus à mille hommes tués ou +blessés. Celle de l'ennemi est au moins de huit mille tués ou +prisonniers; on lui a pris beaucoup de canons et six drapeaux. +Cette mémorable journée, qui confond l'orgueil et la jactance +de l'ennemi, a anéanti l'élite de l'armée russe. Le quart de +notre armée n'a pas été engagé.</p> + +<p>Le lendemain 12, à neuf heures du matin, le duc de Trévise +suivit l'ennemi sur la route de Château-Thierry. L'empereur, +avec deux divisions de cavalerie de la garde et quelques +bataillons, se rendit à Vieux-Maisons, et de là prit la +route qui va droit à Château-Thierry. L'ennemi soutenait sa +retraite avec huit bataillons qui étaient arrivés tard la veille +et qui n'avaient pas donné. Il les appuyait de quelques escadrons +et de trois pièces de canon. Arrivé au petit village des +Carquerets, il parut vouloir défendre la position qui est +derrière le ruisseau, et couvrir le chemin de Château-Thierry.</p> + +<p>Une compagnie de la vieille garde se porta sur la Petite-Noue, +culbuta les tirailleurs de l'ennemi, qui fut poursuivi +jusqu'à sa dernière position. Six bataillons de la vieille garde +à toute distance de déploiement, occupaient la plaine, à cheval +sur la grande route.</p> + +<p>Le général Nansouty, avec les divisions de cavalerie des +généraux Laferrière et Defrance, eut ordre de faire un mouvement +à droite et de se porter entre Château-Thierry et l'arrière-garde +ennemie. Ce mouvement fut exécuté avec autant +d'habileté que d'intrépidité. +La cavalerie ennemie se porta de tous les points sur sa +gauche pour s'opposer à la cavalerie française; elle fut culbutée +et forcée de disparaître du champ de bataille.</p> + +<p>Le brave général Letort, avec les dragons de la seconde +division de la garde, après avoir repoussé la cavalerie de +l'ennemi, s'élança sur les flancs et les derrières de huit masses +d'infanterie qui formaient l'arrière-garde ennemie. Cette division +brûlait d'égaler ce que les chevaux-légers, les dragons et +les grenadiers à cheval du général Guyot avaient fait la veille. +Elle enveloppa de tous côtés ces masses, et en fit un horrible +carnage. Les trois pièces de canon, le général russe Freudenreich, +qui commandait cette arrière-garde, ont été pris. Tout +ce qui composait ses bataillons a été tué ou fait prisonnier. +Le nombre de prisonniers faits dans cette brillante affaire s'élève +à plus de deux mille hommes. Le colonel Carely, du +dixième de hussards, s'est fait remarquer. Nous arrivâmes +alors sur les hauteurs de Château-Thierry, d'où nous vîmes +les restes de cette armée fuyant dans le plus grand désordre, +et gagnant en toute hâte ses ponts. Les grandes routes leur +étaient coupées; ils cherchèrent leur salut sur la rive droite +de la Marne. Le prince Guillaume de Prusse, qui était resté +à Château-Thierry avec une réserve de deux mille hommes, +s'avança à la tête des faubourgs pour protéger la fuite de cette +masse désorganisée. Deux bataillons de la garde arrivèrent +alors au pas de course. A leur aspect, le faubourg et la rive +gauche furent nettoyés; l'ennemi brûla ses ponts, et démasqua +sur la rive droite une batterie de douze pièces de canon: +cinq cents hommes de la réserve du prince Guillaume ont +été pris.</p> + +<p>Le 12 au soir, l'empereur a pris son quartier-général au +petit château de Nesle.</p> + +<p>Le 13, dès la pointe du jour, on s'est occupé à réparer les +ponts de Château-Thierry.</p> + +<p>L'ennemi ne pouvant se retirer ni sur la route d'Épernay, +qui lui était coupée, ni sur celle qui passe par la ville de +Soissons, que nous occupons, a pris la traverse dans la direction +de Reims. Les habitans assurent que de toute cette +armée il n'est pas passé à Château-Thierry dix mille hommes, +dans le plus grand désordre. Peu de jours auparavant, ils +l'avaient vue florissante et pleine de jactance. Le général +d'Yorck disait que dix obusiers suffiraient pour se rendre +maître de Paris. En allant, ces troupes ne parlaient que de +Paris; en revenant, c'est la paix qu'elles invoquaient.</p> + +<p>On ne peut se faire une idée des excès auxquels se livrent +les cosaques; il n'est point de vexations, de cruautés, de +crimes que ces hordes de barbares n'aient commis. Les paysans +les poursuivent, les attaquent dans les bois comme des +bêtes féroces, s'en saisissent et les mènent partout où il y a +des troupes françaises. Hier, ils en ont conduit plus de trois +cents à Vieux-Maisons. Tous ceux qui se sont cachés dans +les bois pour échapper aux vainqueurs, tombent dans leurs +mains, et augmentent à chaque instant le nombre des prisonniers.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 15 février au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice reine et régente.</i></p> + +<p>Le 13, à trois heures après midi, le pont de Château-Thierry +fut raccommodé. Le duc de Trévise passa la Marne, +et se mit à la suite de l'ennemi, qui, dans un épouvantable +désordre, paraît s'être retiré sur Soissons et sur Reims, par +la route de traverse de la Fère en Tardenois.</p> + +<p>Le général Blücher, commandant en chef toute l'armée de +Silésie, était constamment resté à Vertus pendant les trois +jours qui ont anéanti son armée. Il recueillit douze cents +hommes des débris du corps du général Alsuffiew battu à +Champ-Aubert, qu'il réunit à une division russe du corps +de Langeron, arrivée de Mayence et commandée par le lieutenant-général +Ouroussoff. Il était trop faible pour entreprendre +quelque chose; mais le 13 il fut joint par un corps prussien +du général Kleist, composé de quatre brigades. Il se mit +alors à la tête de ces vingt mille hommes et marcha contre +le duc de Raguse, qui occupait toujours Étoges. Dans la nuit +du 13 au 14, ne jugeant pas ses forces suffisantes pour se +mesurer contre l'ennemi, le duc de Raguse se mit en retraite +et s'appuya sur Montmirail, où il était de sa personne le 14 à +sept heures du matin.</p> + +<p>L'empereur partit le même jour de Château-Thierry à +quatre heures du matin, et arriva à huit heures à Montmirail. +Il fit sur-le-champ attaquer l'ennemi, qui venait de +prendre position avec le corps de ses troupes au village de +Vauchamp. Le duc de Raguse attaqua ce village. Le général +Grouchy, à la tête de la cavalerie, tourna la droite de l'ennemi +par les villages et par les bois, et se porta à une lieue +au-delà de la position de l'ennemi. Pendant que le village de +Vauchamp était attaqué vigoureusement, défendu de même, +pris et repris plusieurs fois, le général Grouchy arriva sur +les derrières de l'ennemi, entoura, et sabra trois carrés, et +accula le reste dans les bois. Au même instant, l'empereur +fit charger par notre droite ses quatre escadrons de service, +commandés par le chef d'escadron de la garde La Biffe. Cette +charge fut aussi brillante qu'heureuse. Un carré de deux mille +hommes fut enfoncé et pris. Toute la cavalerie de la garde +arriva alors au grand trot, et l'ennemi fut poussé l'épée dans +les reins. A deux heures, nous étions au village de Fromentières; +l'ennemi avait perdu six mille hommes faits prisonniers, +dix drapeaux et trois pièces de canon.</p> + +<p>L'empereur ordonna au général Grouchy de se porter sur +Champ-Aubert à une lieue sur les derrières de l'ennemi. En +effet, l'ennemi continuant sa retraite, arriva sur ce point à la +nuit. Il était entouré de tous côtés, et tout aurait été pris si +le mauvais état des chemins avait permis à douze pièces d'artillerie +légère de suivre la cavalerie du général Grouchy. +Toutefois, et quoique la nuit fût obscure, trois carrés de cette +infanterie furent enfoncés, tués ou pris, et les autres poursuivis +vivement jusqu'à Étoges; la cavalerie s'empara aussi +de trois pièces de canon. L'arrière-garde ennemie était faite +par la division russe; elle fut attaquée par le premier régiment +de marine du duc de Raguse, abordée à la baïonnette, +rompue, et on lui fit mille prisonniers, avec le lieutenant-général +Ouroussoff qui la commandait, et plusieurs colonels.</p> + +<p>Les résultats de cette brillante journée sont dix mille prisonniers, +dix pièces de canon, dix drapeaux et un grand nombre +d'hommes tués à l'ennemi.</p> + +<p>Notre perte n'excède pas trois ou quatre cents hommes +tués ou blessés; ce qui est dû à la manière franche dont les +troupes ont abordé l'ennemi et à la supériorité de notre cavalerie +qui le décida, aussitôt qu'il s'en aperçut, à mettre son +artillerie en retraite; de sorte qu'il a marché constamment +sous la mitraille de soixante bouches à feu, et que des soixante +pièces de canon qu'il avait, il ne nous en a opposé que deux +ou trois.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel, le grand-maréchal du palais, +comte Bertrand, le duc de Dantzick et le prince de la Moskwa, +ont constamment été à la tête des troupes.</p> + +<p>Le général Grouchy fait le plus grand éloge des divisions +de cavalerie Saint-Germain et Doumerc. La cavalerie de la +garde s'est couverte de gloire; rien n'égale son intrépidité. +Le général Lion, de la garde, a été légèrement blessé. Le duc +de Raguse fait une mention particulière du premier régiment +de marine; le reste de l'infanterie, soit de la garde, soit de +la ligne, n'a pas tiré un coup de fusil.</p> + +<p>Ainsi, cette armée de Silésie, composée des corps russes +de Sacken et de Langeron, des corps prussiens d'Yorck et +de Kleist, et forte de près de quatre-vingt mille hommes, a +été, en quatre jours, battue, dispersée, anéantie, sans affaire +générale, et sans occasionner aucune perte proportionnée à +de si grands résultats.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 17 février au matin.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur, en partant de Nogent le 9, pour manoeuvrer +sur les corps ennemis qui s'avançaient par la Ferté et Meaux +sur Paris, laissa les corps du duc de Bellune et du général +Gérard en avant de Nogent; le septième corps du duc de +Reggio, à Provins, chargé de la défense des ponts de Bray +et de Montereau, et le général Pajol sur Montereau et +Melun.</p> + +<p>Le duc de Bellune, ayant eu avis que plusieurs divisions +de l'armée autrichienne avaient marché de Troyes dans la +journée du 10, pour s'avancer sur Nogent, fit repasser la +Seine à son corps de l'armée, laissant le général Bourmont avec +douze cents hommes à Nogent pour la défense de la ville.</p> + +<p>L'ennemi se présenta le 11 pour entrer dans Nogent. Il renouvela +ses attaques toute la journée, et toujours en vain; il +fut vivement repoussé, avec perte de quinze cent hommes +tués ou blessés.</p> + +<p>Le général Bourmont avait barricadé les rues, crénelé les +maisons, et pris toutes ses mesures pour une vigoureuse défense. +Ce général, qui est un officier de distinction, fut blessé +au genou; le colonel Ravier le remplaça. L'ennemi renouvela +l'attaque le 12, mais toujours infructueusement. Nos jeunes +troupes se sont couvertes de gloire.</p> + +<p>Ces deux journées ont coûté à l'ennemi plus de deux mille +hommes.</p> + +<p>Le duc de Bellune, ayant appris que l'ennemi avait passé +à Bray, jugea convenable de faire couper le pont de Nogent, +et se porta sur Nangis. Le duc de Reggio ordonna de faire +sauter les ponts de Montereau et de Melun, et se retira sur +la rivière d'Yères.</p> + +<p>Le 16, l'empereur est arrivé sur l'Yères, et a porté son +quartier-général à Guignes.</p> + +<p>Le soir de la bataille de Vauchamp (le 14), le duc de +Raguse fit attaquer l'ennemi à huit heures sur Etoges; il lui +a pris neuf pièces de canon, et il a achevé la destruction de +la division russe: on a compté sur ce seul point, au champ +de bataille, treize cents morts.</p> + +<p>Les succès obtenus à la bataille de Vauchamp ont été beaucoup +plus considérables qu'on ne l'a annoncé.</p> + +<p>L'exaspération des habitans de la campagne est à son comble. +Les atrocités commises par les cosaques surpassent tout ce +que l'on peut imaginer. Dans leur féroce ivresse, ils ont porté +leurs attentats sur des femmes de soixante ans et sur des jeunes +filles de douze; ils ont ravagé et détruit les habitations. Les +paysans, ne respirant que la vengeance, conduits par des +vieux militaires réformés, et armés avec des fusils de l'ennemi +ramassés sur le champ de bataille, battent les bois, et font +main-basse sur tout ce qu'ils rencontrent: on estime déjà à +plus de deux mille hommes ceux qu'ils ont pris; ils en ont +tué plusieurs centaines. Les Russes épouvantés se rendent à +nos colonnes de prisonniers, pour y trouver un asile. Les +mêmes causes produiront les mêmes effets dans tout l'empire; +et ces armées, qui entraient, disaient-elles, sur notre territoire +pour y porter la paix, le bonheur, les sciences et les +arts, y trouveront leur anéantissement.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>A. S. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur a fait marcher, le 18 au matin, sur les ponts +de Bray et de Montereau.</p> + +<p>Le duc de Reggio s'est porté sur Provins.</p> + +<p>S. M. étant informée que le corps du général de Wrede et +des Wurtembergeois était en position à Montereau, s'y est +porté avec les corps du duc de Bellune et du général Gérard, +la garde à pied et à cheval.</p> + +<p>De son côté, le général Pajol marchait de Melun sur Montereau.</p> + +<p>L'ennemi a défendu la position.</p> + +<p>Il a été culbuté et si vivement, que la ville et les ponts +sur l'Yonne et la Seine ont été enlevés de vive force; de sorte +que ces ponts sont intacts, et nous les passons pour suivre +l'ennemi.</p> + +<p>Nous avons dans ce moment environ trois mille prisonniers +bavarois et wurtembergeois, dont un général et cinq pièces +de canon.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 19 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le duc de Raguse marchait sur Châlons lorsqu'il apprit +qu'une colonne de la garde impériale russe, composée de +deux divisions de grenadiers, se portait sur Montmirail. Il +fit volte-face, marcha à l'ennemi, lui prit trois cents hommes, +le repoussa sur Sézanne, d'où les mouvemens de l'empereur +ont obligé ce corps à se porter à marches forcées sur Troyes.</p> + +<p>Le comte Grouchy, avec la division d'infanterie du général +Leval et trois divisions du deuxième corps de cavalerie, +passait à la Ferté-sous-Jouarre.</p> + +<p>Les avant postes du duc de Trévise étaient entrés à Soissons.</p> + +<p>Le 17, à la pointe du jour, l'empereur a marché de Guignes +sur Nangis. Le combat de Nangis a été des plus brillans.</p> + +<p>Le général en chef russe Wittgenstein était à Nangis avec +trois divisions qui formaient son corps d'armée.</p> + +<p>Le général Pahlen, commandant les troisième et quatorzième +divisions russes et beaucoup de cavalerie, était à Mormant.</p> + +<p>Le général de division Gérard, officier de la plus haute +espérance, déboucha au village de Mormant sur l'ennemi. +Un bataillon du trente-deuxième régiment d'infanterie, toujours +digne de son ancienne réputation, qui le fit distinguer +il y a vingt ans par l'empereur aux batailles de Castiglione, +entra dans le village au pas de charge. Le comte de Valmy, à +la tête des dragons du général Treilhard venant d'Espagne, +et qui arrivaient à l'armée, tourna le village par sa gauche. +Le comte Milhaud, avec le cinquième corps de cavalerie, le +tourna par sa droite. Le comte Drouot s'avança avec de nombreuses +batteries. Dans un instant tout fut décidé. Les carrés +formés par les divisions russes furent enfoncés. Tout fut pris, +généraux et officiers: six mille prisonniers, dix mille fusils, +seize pièces de canon et quarante caissons sont tombés en +notre pouvoir. Le général Wittgenstein a manqué d'être pris: +il s'est sauvé en toute hâte sur Nogent. Il avait annoncé au +sieur Billy, chez lequel il logeait à Provins, qu'il serait le 18 +à Paris. En retournant, il ne s'arrêta qu'un quart d'heure, et +eut la franchise de dire à son hôte: «J'ai été bien battu; +deux de mes divisions ont été prises; dans deux heures vous +verrez les Français.»</p> + +<p>Le comte de Valmy se porta sur Provins, avec le duc de +Reggio; le duc de Tarente sur Donnemarie.</p> + +<p>Le duc de Bellune marcha sur Villeneuve-le-Comte. Le général +de Wrede, avec ses deux divisions bavaroises, y était +en position. Le général Gérard les attaqua et les mit en déroute. +Les huit ou dix mille hommes qui composaient le corps +bavarois étaient perdus, si le général L'héritier, qui commande +une division de dragons, avait chargé comme il le devait; +mais ce général, qui s'est distingué dans tant d'occasions, a +manqué celle qui s'offrait à lui. L'empereur lui en a fait témoigner +son mécontentement. Il ne l'a pas fait traduire à un +conseil d'enquête, certain que, comme à Hoff en Prusse et à +Znaïm en Moravie, où il commandait le dixième régiment +de cuirassiers, il méritera des éloges, et réparera sa faute.</p> + +<p>S. M. a témoigné sa satisfaction au comte de Valmy, au +général Treilhard et à sa division, au général Gérard et à +son corps d'armée.</p> + +<p>L'empereur a passé la nuit du 17 au 18 au château de +Nangis.</p> + +<p>Le 18, à la pointe du jour, le général Château s'est porté +sur Montereau. Le duc de Bellune devait y arriver le 17 au +soir. Il s'est arrêté à Salins: c'est une faute grave. L'occupation +des ponts de Montereau aurait fait gagner à l'empereur +un jour, et permis de prendre l'armée autrichienne en flagrant +délit.</p> + +<p>Le général Château arriva devant Montereau à dix heures +du matin; mais dès neuf heures le général Bianchi, commandant +le premier corps autrichien, avait pris position avec +deux divisions autrichiennes et la division wurtembergeoise, +sur les hauteurs en avant de Montereau, couvrant les ponts +et la ville. Le général Château l'attaqua; n'étant pas soutenu +par les autres divisons du corps d'armée, il fut repoussé. Le +sieur Lecouteulx, qui avait été envoyé le matin en reconnaissance, +ayant eu son cheval tué, a été pris. C'est un intrépide +jeune homme.</p> + +<p>Le général Gérard soutint le combat pendant toute la matinée. +L'empereur s'y porta au galop. A deux heures après-midi, +il fit attaquer le plateau. Le général Pajol, qui marchait +par la route de Melun, arriva sur ces entrefaites, exécuta +une belle charge, culbuta l'ennemi et le jeta dans la Seine +et dans l'Yonne. Les braves chasseurs du septième débouchèrent +sur les ponts, que la mitraille de plus de soixante +pièces de canon empêcha de faire sauter, et nous obtînmes le +double résultat de pouvoir passer les ponts au pas de charge, +de prendre quatre mille hommes, quatre drapeaux, six pièces +de canon, et de tuer quatre à cinq mille hommes à l'ennemi.</p> + +<p>Les escadrons de service de la garde débouchèrent dans la +plaine. Le général Duhesme, officier d'une rare intrépidité +et d'une longue expérience, déboucha sur le chemin de Sens; +l'ennemi fut poussé dans toutes les directions, et notre armée +défila sur les ponts. La vieille garde n'eut qu'à se montrer: +l'ardeur des troupes du général Gérard et du général Pajol +l'empêcha de participer à l'affaire.</p> + +<p>Les habitans de Montereau n'étaient pas restés oisifs; des +coups de fusil tirés par les fenêtres augmentèrent les embarras +de l'ennemi. Les Autrichiens et les Wurtembergeois jetèrent +leurs armes. Un général wurtembergeois a été tué. Un général +autrichien a été pris, ainsi que plusieurs colonels, parmi +lesquels se trouve le colonel du régiment de Collorédo, pris +avec son état-major et son drapeau.</p> + +<p>Dans la même journée, les généraux Charpentier et Alix +débouchèrent de Melun, traversèrent la forêt de Fontainebleau +et en chassèrent les cosaques et une brigade autrichienne. +Le général Alix arriva à Moret.</p> + +<p>Le duc de Tarente arriva devant Bray.</p> + +<p>Le duc de Reggio poursuivit les partis ennemis de Provins +sur Nogent.</p> + +<p>Le général de brigade Montbrun, qui avait été chargé avec +dix-huit cents hommes, de défendre Moret et Fontainebleau, +les avait abandonnés et s'était retiré sur Essonne. Cependant +la forêt de Fontainebleau pouvait être disputée pied à pied.</p> + +<p>Le major-général a ordonné la suspension du général Montbrun +et l'a envoyé devant un conseil d'enquête.</p> + +<p>Une perte qui a sensiblement affecté l'empereur est celle +du général Château. Ce jeune officier, qui donnait les plus +grandes espérances, a été blessé mortellement sur le pont de +Montereau, où il était avec les tirailleurs. S'il meurt, et le +rapport des chirurgiens donne peu d'espoir, il mourra du +moins accompagné des regrets de toute l'armée, mort digne +d'envie et bien préférable à l'existence, pour tout militaire +qui ne la conserverait qu'en survivant à sa réputation, et en +étouffant les sentimens que doivent lui inspirer dans ces +grandes circonstances la défense de la patrie et l'honneur du +nom français.</p> + +<p>Le palais de Fontainebleau a été conservé. La général autrichien +Hardeck, qui est entré dans la ville, y avait placé +des sentinelles pour le défendre des excès des cosaques, qui +sont cependant parvenus à piller des portiers et à enlever des +couvertures dans les écuries. Les habitans ne se plaignent +point des Autrichiens, mais de ces Tartares, monstres qui déshonorent +le souverain qui les emploie et les armées qui les +protègent. Ces brigands sont couverts d'or et de bijoux. On +a trouvé jusqu'à huit et dix montres sur ceux que les soldats +et les paysans ont tués: ce sont de véritables voleurs de grands +chemins.</p> + +<p>L'empereur a rencontré dans sa marche les gardes nationales +de Brest et du Poitou. Il les a passées en revue: «Montrez, +leur dit-il, de quoi sont capables les hommes de l'Ouest; +ils furent de tout temps les fidèles défenseurs de leur pays, +et les plus fermes appuis de la monarchie.»</p> + +<p>S. M. a passé la nuit du 19 au château de Surville, situé +sur les hauteurs de Montereau.</p> + +<p>Les habitans se plaignent beaucoup des vexations du prince +royal de Wurtemberg.</p> + +<p>Ainsi, l'armée de Schwartzenberg se trouve entamée par la +défaite de Kleist, ce corps en ayant toujours fait partie, par la +défaite de Wittgenstein, par celle du corps bavarois, de la +division wurtembergeoise et du corps du général Bianchi.</p> + +<p>L'empereur a accordé aux trois divisions de la vieille garde à +cheval cinq cents décorations de la légion-d'honneur; il en a +accordé également à la vieille garde à pied. Il en a donné cent +à la cavalerie du général Treilhard, et un pareil nombre à +celle du général Milhaud.</p> + +<p>On a recueilli une grande quantité de décorations de Saint-Georges, +de Saint-Wladimir, de Sainte-Anne, prises sur les +hommes qui couvrent les différens champs de bataille.</p> + +<p>Notre perte dans les combats de Nangis et de Montereau +ne s'élève pas à plus quatre cents hommes tués ou blessés, +ce qui, quoique invraisemblable, est pourtant l'exacte vérité.</p> + +<p>La ville d'Épernay ayant eu connaissance des succès de +notre armée, a sonné le tocsin, barricadé ses rues, refusé le +passage à une colonne de deux mille hommes et fait des prisonniers. +Que cet exemple soit imité partout, et il est à présumer +que bien peu d'hommes des armées ennemies repasseront +le Rhin.</p> + +<p>Les villes de Guise et de Saint-Quentin ont aussi fermé +leurs portes et déclaré qu'elles ne les ouvriraient que s'il se +présentait devant elles des forces suffisantes et de l'infanterie. +Elles n'ont pas fait comme Reims, qui a eu la faiblesse d'ouvrir +ses portes à cent cinquante cosaques, et qui, pendant +huit jours, les a complimentés et bien traités. Nos annales +conserveront le souvenir des populations qui ont manqué à +ce qu'elles devaient à elles-mêmes et à l'honneur. Elles exalteront, +au contraire, celles qui, comme Lyon, Chalons-sur-Saône, +Tournus, Sens, Saint-Jean-de-Losne, Vitry, Châlons-sur-Marne, +ont payé leurs dettes envers la patrie, et se +sont souvenues de ce qu'exigeait la gloire du nom français. +La Franche-Comté, les Vosges et l'Alsace ne l'oublieront pas +au moment du mouvement rétrograde des alliés. Le duc de +Castiglione, qui a réuni à Lyon une armée d'élite, marche +pour fermer la retraite aux ennemis.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 21 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le baron Marulaz, commandant à Besançon, écrit ce qui +suit:</p> + +<p>Le 31 janvier, l'ennemi a fait une attaque du côté de Bréguille, +dans la nuit; il a fait jouer sur la ville deux batteries +d'obusiers et de canons, et il a tenté une attaque sur le fort +de Chandonne: il a partout été repoussé, aux cris de <i>vive +l'empereur</i>. Il a perdu plus de douze cents hommes. Quelque +part que l'ennemi se présente, nous sommes en mesure de le +bien recevoir.</p> + +<p>Tous les cosaques qui s'étaient répandus jusqu'à Orléans, +se reploient en toute hâte. Partout les paysans les poursuivent, +et prennent et tuent un grand nombre. A Nogent, ces +Tartares, qui n'ont rien d'humain, ont incendié des granges, +auxquelles ils mettaient le feu à la main. Les habitans étant +sortis pour venir l'éteindre, les cosaques les ont chargés et +ont rallumé le feu. Dans un village de l'Yonne, les cosaques +s'amusant à incendier une belle ferme, le tocsin sonna, et les +habitans en jetèrent une trentaine dans les flammes.</p> + +<p>L'empereur Alexandre a couché le 17 à Bray; il avait fait +marquer son quartier-général pour le jour suivant à Fontainebleau. +L'empereur d'Autriche n'a pas quitté Troyes.</p> + +<p>L'empereur Napoléon a eu le 20 au soir son quartier-général à +Nogent.</p> + +<p>Toute l'armée entière se dirige sur Troyes.</p> + +<p>Le général Gérard est arrivé avec son corps et la division de +cavalerie du général Roussel, à Sens; il a son avant-garde à +Villeneuve-l'Archevêque. L'avant-garde du duc de Reggio +est à moitié chemin de Nogent à Troyes, à Châtres et à Mesgrigny; +celle du duc de Tarente est à Pavillon. Le duc de Raguse +est à Sézanne, observant les mouvemens du général Wintzingerode, +qui, ayant quitté Soissons, s'est porté par Reims +sur Châlons, pour se réunir au débris de général Blücher. +Le duc de Raguse tomberait sur son flanc gauche s'il s'engageait +de nouveau.</p> + +<p>Soissons est une place à l'abri d'un coup de main. Le général +Wintzingerode, à la tête de quatre à cinq mille hommes +de troupes légères, la somma de se rendre. Le général Rusca +répondit comme il devait. Wintzingerode mit ses douze pièces +de canon en batterie; malheureusement le premier coup +tua le général Rusca. Mille hommes de gardes nationales étaient +la seule garnison qu'il y eût dans la place; ils s'épouvantèrent, +et l'ennemi entra à Soissons, où il commit toutes les +horreurs imaginables. Les généraux qui se trouvaient dans la +place, et qui devaient prendre le commandement à la mort +du général Rusca, seront traduits à un conseil d'enquête; car +cette ville ne devait pas être prise.</p> + +<p>Le duc de Trévise à réoccupé Soissons le 19, et en a réorganisé +la défense.</p> + +<p>Le général Vincent écrit de Château-Thierry que deux +cent cinquante coureurs ennemis étant revenus à Fère-en-Tardenoy, +M. d'Arbaud-Missun s'est porté contre eux, avec +soixante chevaux du troisième régiment des gardes-d'honneur +qu'il a réunis, et avec le secours des gardes nationaux des villages, +il a battu ces coureurs, en a tué plusieurs, et a chassé +le reste.</p> + +<p>Le général Milhaud a rencontré l'ennemi à Saint-Martin-le Bosnay, +sur la vieille route de Nogent à Troyes. L'ennemi +avait huit cents chevaux environ. Il l'a fait attaquer par trois +cents hommes, qui l'ont culbuté, lui ont fait cent soixante +prisonniers, tué une vingtaine d'hommes et pris une centaine +de chevaux. Il a poursuivi l'ennemi et le poursuit encore l'épée +dans les reins.</p> + +<p>Le duc de Castiglione part de Lyon avec un corps d'armée +considérable, composé de troupes d'élite, pour se porter en +Franche-Comté et en Suisse.</p> + +<p>Le congrès de Châtillon continue toujours, mais l'ennemi +y porte toute espèce d'entraves. Les cosaques arrêtent à chaque +pas les courriers, et leur font faire des détours tels, que, +quoiqu'on ne soit qu'à trente lieues de Châtillon en ligne +droite, les courriers n'arrivent qu'après quatre à cinq jours +de course. C'est la première fois qu'on viole ainsi le droit des +gens. Chez les nations les moins civilisées, les courriers des +ambassadeurs sont respectés, et aucun empêchement n'est mis +aux communications des négociateurs avec leur gouvernement.</p> + +<p>Les habitans de Paris devaient s'attendre aux plus grands +malheurs, si, l'ennemi parvenant à leurs portes, ils lui eussent +livré leur ville sans défense. Le pillage, la dévastation et +l'incendie auraient fini les destinées de cette belle capitale.</p> + +<p>Le froid est extrêmement vif. Cette circonstance a été favorables +à nos ennemis, puisqu'elle leur a permis d'évacuer +leur artillerie et leurs bagages par tous les chemins. Sans cela, +plus de la moitié de leurs voitures seraient tombées en notre +pouvoir.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 24 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'empereur s'est rendu le 22, à deux heures après midi, +dans la petite ville de Mery-sur-Seine.</p> + +<p>Le général Boyer a attaqué à Mery les débris des corps des +généraux Blücher, Sacken et Yorck, qui avaient passé l'Aube +pour rejoindre l'armée du prince de Schwartzenberg à Troyes. +Le général Boyer a poussé l'ennemi au pas de charge, l'a culbuté +et s'est emparé de la ville. L'ennemi, dans sa rage, y +a mis le feu avec tant de rapidité, qu'il a été impossible de traverser +l'incendie pour le poursuivre. Nous avons fait une centaine +de prisonniers.</p> + +<p>Du 22 au 23, l'empereur a eu son quartier-général au petit +bourg de Châtres.</p> + +<p>Le 23, le prince Wenzel-Lichtenstein est arrivé au quartier-général. +Ce nouveau parlementaire était envoyé par le +prince Schwartzenberg pour proposer un armistice.</p> + +<p>Le général Milhaud, commandant la cavalerie du cinquième +corps, a fait prisonniers deux cents hommes à cheval, +entre Pavillon et Troyes.</p> + +<p>Le général Gérard, parti de Sens et marchant par Ville-neuve-l'Archevêque, +Villemont et Saint-Liebaut, a rencontré +l'arrière-garde du prince Maurice de Lichtenstein, lui a +pris six pièces de canon et six cents hommes montés, qui +ont été entourés par la brave division de cavalerie du général +Roussel.</p> + +<p>Le 23, nos troupes investissaient Troyes de tous côtés. Un +aide-de-camp russe est venu aux avant-postes, pour demander +le temps d'évacuer la ville, sans quoi elle serait brûlée. +Cette considération a arrêté les mouvemens de l'empereur.</p> + +<p>La ville a été évacuée dans la nuit, et nous y sommes entrés +ce matin.</p> + +<p>Il est impossible de se faire une idée des vexations auxquelles +les habitans ont été en proie pendant les dix-sept +jours de l'occupation de l'ennemi. On se peindrait aussi difficilement +l'enthousiasme et l'exaltation des sentimens qu'ils +ont montrés à l'arrivée de l'empereur. Une mère qui voit ses +enfans arrachés à la mort, des esclaves qui voient briser leurs +fers après la captivité la plus cruelle, n'éprouvent pas une +joie plus vive que celle que les habitans de Troyes ont manifestée. +Leur conduite a été honorable et digne d'éloges. Le +théâtre a été ouvert tous les soirs, mais aucun homme, aucune +femme, même des classes inférieures, n'a voulu y paraître.</p> + +<p>Le sieur Gau, ancien émigré, et le sieur Viderange, ancien +garde-du-corps, se sont prononcés en faveur de l'ennemi, +et ont porté la croix de Saint-Louis. Ils ont été traduits devant +une commission prévôtale et condamnés à mort. Le premier +a subi son jugement; le deuxième a été condamné par +contumace.</p> + +<p>La population entière demande à marcher. «Vous aviez +bien raison, s'écriaient les habitans, en entourant l'empereur, +de nous dire de nous lever en masse. La mort est préférable +aux vexations, aux mauvais traitemens, aux cruautés que +nous avons éprouvés pendant dix-sept jours.»</p> + +<p>Dans tous les villages, les habitans sont en armes; ils font +partout main-basse sur les ennemis qu'ils rencontrent. Les +hommes isolés, les prisonniers se présentent d'eux-mêmes +aux gendarmes, qu'ils ne regardant plus comme des gardiens, +mais comme des protecteurs.</p> + +<p>Le général Vincent écrit de Château-Thierry, le 22, que +l'ennemi ayant voulu frapper des réquisitions sur les communes +de Bazzy, Passi et Vincelle, les gardes nationaux se +sont réunis et ont repoussé l'ennemi, après lui avoir pris et +blessé plusieurs hommes. Le même général écrit à la même +date, qu'un parti de cavalerie russe et prussienne s'étant approché +de Château-Thierry, il l'a fait attaquer par un détachement +du troisième régiment des gardes-d'honneur, commandé +par le chef d'escadron d'Andlaw, et soutenu par les +gardes nationales de Château-Thierry, et des communes de +Blesmes et Cruzensi. L'ennemi a été chassé et mis en déroute; +douze cosaques et quatorze chevaux ont été pris. Les gardes +nationaux étaient à la recherche du reste de cette troupe, qui +s'est sauvée dans les bois. S. M. a accordé trois décorations +de la légion-d'honneur au détachement du troisième régiment +des gardes-d'honneur, et un pareil nombre aux gardes nationaux.</p> + +<p>Le comte de Valmy s'est dirigé, aujourd'hui 24, sur Bar-sur-Seine. +Arrivé à Saint-Paar, il a trouvé l'arrière-garde +du général Giulay, l'a fait charger, l'a mise en déroute et +lui a fait douze cents prisonniers. Il est probable que le comte +de Valmy sera ce soir à Bar-sur-Seine.</p> + +<p>Le général Gérard est parti du pont de la Guillotière, soutenu +par le duc de Reggio; il s'est porté sur Lusigny, et a +passé la Barce. Le général Duhesme a pris position à Montieramey, +près Vandoeuvre.</p> + +<p>Le comte Flahaut, aide-de-camp de l'empereur Napoléon, +le comte Ducca, aide-de-camp de l'empereur d'Autriche, le +comte Schouvaloff, aide-de-camp de l'empereur de Russie, +et le général de Rauch, chef du corps du génie du roi de +Prusse, sont réunis à Lusigny, pour traiter des conditions +d'une suspension d'armes.</p> + +<p>Ainsi, dans la journée du 24, la capitale de la Champagne +a été délivrée, et nous avons fait environ deux mille prisonniers, +dont un bon nombre d'officiers. On a de plus trouvé +dans les hôpitaux de la ville un millier de blessés, officiers +et soldats, abandonnés par l'ennemi.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 27 février 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 26, le quartier-général était à Troyes.</p> + +<p>Le duc de Reggio était à Bar-sur-Aube, avec le général +Gérard, et le second corps de cavalerie, commandé par le +comte de Valmy.</p> + +<p>Le duc de Tarente avait son quartier-général à Mussy-l'Evêque, +et ses avant-postes à Châtillon; il marchait sur l'Aube +et sur Clairvaux.</p> + +<p>Le duc de Castiglione, qui a sous ses ordres une armée de +quarante mille hommes, dont une grande partie se compose +de troupes d'élite, était en mouvement.</p> + +<p>Le général Marchand était à Chambéry, le général Dessaix +sous les murs de Genève, et le général Meusnier était entré à +Mâcon.</p> + +<p>Bourg et Nantua étaient également en notre pouvoir; le +général autrichien Bubna, qui avait menacé Lyon, était en +retraite de tous côtés; dès le 20, on évaluait sa perte, sur +différens points, à quinze cents hommes, dont six cents prisonniers.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa est à Arcis-sur-Aube, le duc de +Bellune à Plancy, le duc de Padoue à Nogent; on marchait +sur les derrières des corps de Blücher, Sacken, Yorck et +Kleist, qui avaient reçu des renforts de Soissons, et qui manoeuvraient +sur le corps du duc de Raguse, qui se trouvait à +la Ferté-Gaucher.</p> + +<p>Le général Duhesme a enlevé Bar-sur-Aube à la baïonnette, +et en faisant des prisonniers, parmi lesquels sont plusieurs +officiers bavarois.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 5 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S.M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>S.M. l'empereur et roi avait, le 5, son quartier-général à +Bery-le-Bac, sur l'Aisne.</p> + +<p>L'armée ennemie de Blücher, Sacken, Yorck, Winzingerode +et de Bulow était en retraite; sans la trahison du commandant +de la ville de Soissons, qui a livré ses portes, cette +armée était perdue.</p> + +<p>Le général Corbineau est entré, le 5, à Reims, à quatre +heures du matin.</p> + +<p>Nous avons battu l'ennemi aux combats de Lisy-sur-Ourcq +et de May.</p> + +<p>Le résultat des diverses affaires, est: quatre mille prisonniers, +six cents voitures de bagages, plusieurs pièces de canon, +et la délivrance de la ville de Reims.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Craonne, le 7 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Il y a eu aujourd'hui ici une bataille très-glorieuse pour +les armées françaises.</p> + +<p>S. M. l'empereur et roi a battu les corps des généraux ennemis +Witzingerode, Woronzoff et Langeron, réunis aux +débris du corps du général Sacken.</p> + +<p>Nous avons déjà deux mille prisonniers et plusieurs pièces +de canon.</p> + +<p>Notre armée est à la poursuite de l'ennemi sur la route de +Laon.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 9 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>L'armée du général Blücher, composée des débris des corps +des généraux Sacken, Kleist et Yorck, se retira, après les batailles +de Montmirail et de Vauchamp, par Reims, sur Châlons. +Elle y reçut les deux dernières divisions du corps du +général Langeron, qui étaient encore restées devant Mayence, +et elle y reforma ses cadres. Sa perte avait été telle, qu'elle +fut obligée de les réduire à moitié, quoiqu'il lui fût arrivé +plusieurs convois de recrues de ses réserves.</p> + +<p>L'armée dite du nord, composée de quatre divisions russes, +sous les ordres des généraux Witzingerode, Woronzoff et +Strogonow, et d'une division prussienne sous les ordres du +général Bulow, remplaçait, à Châlons et à Reims, l'armée de +Silésie.</p> + +<p>Celle-ci passa l'Aube à Arcis, pendant que le prince de +Schwartzenberg bordait la droite de la Seine, et, par suite des +combats de Nangis et de Montereau, évacuait tout le pays +entre la Seine et l'Yonne.</p> + +<p>Le 22 février, le général Blücher se présenta devant Méry. +Il avait déjà passé le pont lorsque le général de division +Boyer marcha sur lui à la baïonnette, le culbuta et le rejeta +de l'autre côté de la rivière; mais l'ennemi mit le feu au pont +et à la petite ville de Méry, et l'incendie fut si violent, que +pendant quarante-huit heures il fut impossible de passer.</p> + +<p>Le 24, le corps du duc de Reggio se porta sur Vandoeuvre, +et celui du duc de Tarente sur Bar-sur-Seine.</p> + +<p>Il paraît que l'armée de Silésie s'était portée sur la gauche +de l'Aube, pour se réunir à l'armée autrichienne et donner +une bataille générale; mais l'ennemi ayant renoncé à ce projet, +le général Blücher repassa l'Aube le 24, et se porta sur +Sézanne.</p> + +<p>Le duc de Raguse observa ce corps, retarda sa marche, et +se retira devant lui sans éprouver aucune perte. Il arriva le +25 à la Ferté-Gaucher, et fit le 26, à la Ferté-sous-Jouarre, +sa jonction avec le duc de Trévise, qui observait la droite de +la Marne et les corps de l'armée dite du nord qui étaient à +Châlons et à Reims.</p> + +<p>Le 27, le général Sacken se porta sur Meaux, et se présenta +au pont placé à la sortie de Meaux sur le chemin de +Nangis, qui avait été coupé. Il fut reçu avec de la mitraille. +Quelques-uns de ses coureurs s'avancèrent jusqu'au pont de +Lagny.</p> + +<p>Cependant l'empereur partit de Troyes le 27, coucha le +même jour au village d'Herbisse, le 28 au château d'Esternay, +et le 1er mars à Jouarre.</p> + +<p>L'armée de Silésie se trouvait ainsi fortement compromise; +Elle n'eut d'autre parti à prendre que de passer la Marne. Elle +jeta trois ponts, et se porta sur l'Ourcq.</p> + +<p>Le général Kleist passa l'Ourcq et se portait sur Meaux +par Varède. Le duc de Trévise le rencontra le 28 en position +au village de Gué-à-Trême, sur la rive gauche de la Térouenne. +Il l'aborda franchement. Le général Christiani, +commandant une division de vieille garde, s'est couvert de +gloire. L'ennemi a été poussé l'épée dans les reins pendant +plusieurs lieues. On lui a pris quelques centaines d'hommes, +et un grand nombre est resté sur le champ de bataille.</p> + +<p>Dans le même temps, l'ennemi avait passé l'Ourcq à Lisy. +Le duc de Raguse le rejeta sur l'autre rive.</p> + +<p>Le mouvement de retraite de l'armée de Blücher fut prononcé. +Tout filait sur la Ferté-Milon et Soissons.</p> + +<p>L'empereur partit de la Ferté-sous-Jouarre le 3; son avant-garde +fut le même jour à Rocourt.</p> + +<p>Les ducs de Raguse et de Trévise poussaient l'arrière-garde +ennemie; ils l'attaquèrent vivement le 3 à Neuilly-Saint-Front.</p> + +<p>L'empereur arriva de bonne heure le 4 à Fismes. On fit +des prisonniers et l'on prit beaucoup de voitures de bagages.</p> + +<p>La ville de Soissons était armée de vingt pièces de canon +et en état de se défendre. Le duc de Raguse et le duc de Trévise +se portèrent sur cette ville pour y passer l'Aisne, tandis +que l'empereur marchait sur Mezy. L'armée ennemie était +dans la position la plus dangereuse; mais le général qui commandait +à Soissons, par une lâcheté qu'on ne saurait définir, +abandonna la place le 3, à quatre heures après midi, par une +capitulation soi-disant honorable, en ce que l'ennemi lui permettait +de sortir de la ville avec ses troupes et son artillerie, +et se retira avec la garnison et son artillerie sur Villers-Cotterets. +Au moment où l'armée ennemie se croyait perdue, +elle apprit que le pont de Soissons lui appartenait et n'avait +pas même été coupé. Le général qui commandait dans cette +place et les membres du conseil de défense sont traduits à une +commission d'enquête. Ils paraissent d'autant plus coupables, +que pendant toutes les journées du 2 et du 3, on avait entendu +de la ville la canonnade de notre armée qui se rapprochait +de Soissons, et qu'un bataillon de la Vistule qui était +dans la place, et qui ne la quitta qu'en pleurant, donnait les +plus grands témoignages d'intrépidité.</p> + +<p>Le général Corbineau, aide-de-camp de l'empereur, et le +général de cavalerie Laferrière s'étaient portés sur Reims, où +ils entrèrent le 5 à quatre heures du matin, en tournant un +corps ennemi de quatre bataillons qui couvrait la ville, et +dont les troupes furent faites prisonnières. Tout ce qui se +trouvait dans Reims fut pris.</p> + +<p>Le 5, l'empereur coucha à Bery-au-Bac. Le général Nansouty +passa de vive force le pont de Bery, mit en déroute une +division de cavalerie qui le couvrait, s'empara de ses deux +pièces de canon, et prit trois cents cavaliers, parmi lesquels +s'est trouvé le colonel prince Gagarin, qui commandait une +brigade.</p> + +<p>L'armée ennemie s'était divisée en deux parties. Les huit +divisions russes de Sacken et de Witzingerode avaient pris +position sur les hauteurs de Craonne, et les corps prussiens +sur les hauteurs de Laon.</p> + +<p>L'empereur vint coucher le 6 à Corbeni. Les hauteurs de +Craonne furent attaquées et enlevées par deux bataillons de +la garde. L'officier d'ordonnance Caraman, jeune officier +d'espérance, à la tête d'un bataillon, tourna la droite. Le +prince de la Moskowa marcha sur la ferme d'Urtubie. L'ennemi +se retira, et prit position sur une hauteur, qu'on reconnut +le 7 à la pointe du jour. C'est ce qui donna lieu à la bataille +de Craonne.</p> + +<p>Cette position était très-belle, l'ennemi ayant sa droite et +sa gauche appuyées à deux ravins, et un troisième ravin devant +lui. Il défendait le seul passage, d'une centaine de toises +de largeur, qui joignait sa position au plateau de Craonne.</p> + +<p>Le duc de Bellune se porta, avec deux divisions de la jeune +garde, à l'abbaye de Vauclerc, où l'ennemi avait mis le feu. Il +l'en chassa, et passa le défilé que l'ennemi défendait avec +soixante pièces de canon. Le général Drouot le franchit avec +plusieurs batteries. Au même instant, le prince de la Moskowa +passa le ravin de gauche et débouchait sur la droite de l'ennemi. +Pendant une heure, la canonnade fut très-forte. Le général +Grouchy, avec sa cavalerie, déboucha. Le général Nansouty, +avec deux divisions de cavalerie, passa le ravin sur la +droite de l'ennemi. Une fois le défilé franchi et l'ennemi forcé +dans sa position, il fut poursuivi pendant quatre lieues, et +canonné par quatre-vingts pièces de canon à mitraille; ce qui +lui a causé une très-grande perte. Le plateau par lequel il se +retirait ayant toujours des ravins à droite et à gauche, la cavalerie +ne put le déborder et l'entamer.</p> + +<p>L'empereur porta son quartier-général à Bray.</p> + +<p>Le lendemain 8, nous avons poursuivi l'ennemi jusqu'au +delà du défilé d'Urcel, et le jour même nous sommes entrés +à Soissons, où il a laissé un équipage de pont.</p> + +<p>La bataille de Craonne est extrêmement glorieuse pour nos +armes. L'ennemi y a perdu six généraux; il évalue sa perte +de cinq à six mille hommes. La nôtre a été de huit cents +hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Le duc de Bellune a été blessé d'une balle. Le général +Grouchy, ainsi que le général Laferrière, officier de cavalerie +d'une grande distinction, ont également été blessés en +débouchant à la tête de leurs troupes.</p> + +<p>Le général Belliard a pris le commandement de la cavalerie.</p> + +<p>Le résultat de toutes ces opérations est une perte pour +l'ennemi de dix à douze mille hommes, et d'une trentaine de +pièces de canon.</p> + +<p>L'intention de l'empereur est de manoeuvrer avec l'armée +sur l'Aisne.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 12 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le lendemain de la bataille de Craonne (le 8), l'ennemi +fut poursuivi par le prince de la Moskowa jusqu'au village +d'Étouvelles. Le général Voronzoff, avec sept ou huit mille +hommes, gardait cette position, qui était très-difficile à aborder, +parce que la route qui y conduit chemine, pendant une +lieue, entre deux marais impraticables.</p> + +<p>Le baron Gourgault, premier officier d'ordonnance de +S. M., et officier d'un mérite distingué, partit à onze heures +du soir de Chavignon avec deux bataillons de la vieille garde, +tourna la position, et se porta par Challevois sur Chivi. Il +arriva à une heure du matin sur l'ennemi, qu'il aborda à la +baïonnette. Les Russes furent réveillés par les cris de <i>vive +l'empereur!</i> et poursuivis jusqu'à Laon. Le prince de la Moskowa +déboucha par le défilé.</p> + +<p>Le lendemain 9, à la pointe du jour, on reconnut l'ennemi, +qui s'était réuni aux corps prussiens. La position qu'il +occupait était telle, qu'on la jugea inattaquable. On prit position.</p> + +<p>Le duc de Raguse, qui avait couché le 8 à Corbeni, parut +à deux heures après midi à Veslud, culbuta l'avant-garde +ennemie, attaqua le village d'Athies, qu'il enleva, et eut des +succès pendant toute la journée. A six heures et demie, il +prit position. A sept heures, l'ennemi fit un <i>houra</i> de cavalerie +à une lieue sur les derrières, où le duc de Raguse avait +un parc de réserve. Le duc de Raguse s'y porta vivement; +mais l'ennemi avait eu le temps d'enlever dans ce parc quinze +pièces de canon. Une grande partie du personnel s'est sauvée.</p> + +<p>Le même jour, le général Charpentier, avec sa division de +jeune garde, enleva le village de Clacy. Le lendemain, l'ennemi +attaqua sept fois ce village, et sept fois il fut repoussé. +Le général Charpentier fit quatre cents prisonniers. L'ennemi +laissa les avenues couvertes de ses morts. Le quartier-général +de l'empereur a été, le 9 et le 10, à Chavignon.</p> + +<p>S. M. jugeant qu'il était impossible d'attaquer les hauteurs +de Laon, a porté le 11 son quartier-général à Soissons. Le +duc de Raguse a occupé le même jour Bery-au-Bac.</p> + +<p>Le général Corbineau se louait à Reims du bon esprit de +ses habitans.</p> + +<p>Le 7, à onze heures du matin, le général Saint-Priest, +commandant une division russe, s'est présenté devant la ville +de Reims, et l'a sommée de se rendre. Le général Corbineau +lui a répondu avec du canon. Le général Defrance arrivait +alors avec sa division de gardes-d'honneur. Il fit une belle +charge et chassa l'ennemi. Le général Saint-Priest a fait mettre +le feu à deux grandes manufactures et à cinquante maisons +de la ville qui se trouvent hors de son enceinte, conduite +digne d'un transfuge; de tout temps, les transfuges furent les +plus cruels ennemis de leur patrie.</p> + +<p>Soissons a beaucoup souffert; les habitans se sont conduits +de la manière la plus honorable. Il n'est point d'éloges qu'ils +ne donnent au régiment de la Vistule, qui formait leur garnison; +il n'est pas d'éloges que le régiment de la Vistule ne +fasse des habitans. S. M. a accordé à ce brave corps trente +décorations de la légion-d'honneur.</p> + +<p>Le plan de campagne de l'ennemi paraît avoir été une espèce +de <i>houra</i> général sur Paris. Négligeant toutes les places +de Flandres, et n'observant Berg-op-Zoom et Anvers qu'avec +des troupes inférieures en nombre de moitié aux garnisons de +ces villes, l'ennemi a pénétré sur Avesnes. Négligeant les places +des Ardennes, Mézières, Rocroy, Philippeville, Givet, Charlemont, +Montmédy, Maestricht, Venloo, Juliers, il a passé +par des chemins impraticables, pour arriver sur Avesnes et +Rethel. Ces places communiquent ensemble, ne sont pas observées, +et leurs garnisons inquiètent fortement les derrières +de l'ennemi. Au même instant où le général Saint-Priest brûlait +Reims, son frère était arrêté par les habitans et conduit prisonnier +à Charlemont. Négligeant toutes les places de la +Meuse, l'ennemi s'était avancé par Bar et Saint-Dizier. La +garnison de Verdun est venue jusqu'à Saint-Mihiel. Auprès +de Bar, un général russe resté quelques momens, avec une +quinzaine d'hommes, après le départ de sa troupe, a été tué, +ainsi que son escorte, par les paysans, en représailles des +atrocités qu'il avait ordonnées. Metz pousse ses sorties jusqu'à +Nancy. Strasbourg et les autres places de l'Alsace n'étant observées +que par quelques partis, on y entre, on en sort librement, +et les vivres y arrivent en abondance. Les troupes de +la garnison de Mayence vont jusqu'à Spire. Les départemens +s'étant empressés de compléter les cadres des bataillons qui +sont dans toutes ces places, où on les a armés, équipés et +exercés, on peut dire qu'il y a plusieurs armées sur les derrières +de l'ennemi. Sa position ne peut que devenir tous les +jours plus dangereuse. On voit, par les rapports que l'on a +interceptés, que les régimens de cosaques dont la force était +de deux cent cinquante hommes, en ont perdu plus de cent +vingt, sans avoir été à aucune action, mais par la guerre que +leur ont faite les paysans.</p> + +<p>Le duc de Castiglione manoeuvre sur le Rhône, dans le +département de l'Ain et dans la Franche-Comté. Les généraux +Dessaix et Marchand ont chassé l'ennemi de la Savoie. Quinze +mille hommes passent les Alpes pour venir renforcer le duc +de Castiglione.</p> + +<p>Le vice-roi a obtenu de grands succès a Borghetto, et a +repoussé l'ennemi sur l'Adige.</p> + +<p>Le général Grenier, parti de Plaisance le 2 mars, a battu +l'ennemi sur Parme, et l'a jeté au-delà du Taro.</p> + +<p>Les troupes françaises qui occupaient Rome, Civita-Vecchia, +la Toscane, entrent en Piémont pour passer les Alpes.</p> + +<p>L'exaspération des populations entières s'accroît chaque +jour dans la proportion des atrocités que commettent ces +hordes, plus barbares encore que leurs climats, qui déshonoreraient +l'espèce humaine, et dont l'existence militaire a +pour mobile, au lieu de l'honneur, le pillage et tous les crimes.</p> + +<p>Les conférences de Lusigny, pour la suspension d'armes, +ont échoué. On n'a pu s'arranger sur la ligne de démarcation. +On était d'accord sur les points d'occupation au nord et à +l'est; mais l'ennemi a voulu, non-seulement étendre sa ligne +sur la Saône et le Rhône, mais en envelopper la Savoie. On +a répondu à cette injuste prétention, en proposant d'adopter +pour cette partie le <i>statu quo,</i> et de laisser le duc de Castiglione +et le comte Bubna se régler sur la ligne de leurs avant-postes. +Cette proposition a été rejetée. Il a donc fallu renoncer +à une suspension d'armes de quinze jours, qui offrait plus +d'inconvéniens que d'avantages. L'empereur n'a pas cru, d'ailleurs, +avoir le droit de remettre de nombreuses populations +sous le joug de fer dont elles avaient été délivrées. Il n'a pu +consentir à abandonner nos communications avec l'Italie, que +l'ennemi avait essayé tant de fois et vainement d'intercepter, +lorsque nos troupes n'étaient pas encore réunies.</p> + +<p>Le temps a été constamment très-froid. Les bivouacs sont +fort durs dans cette saison; mais on en a ressenti également +les souffrances de part et d'autre. Il parait même que les maladies +font des ravages dans l'armée ennemie, tandis qu'il y +eu a fort peu dans la nôtre.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 14 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le général Saint-Priest, commandant en chef le huitième +corps russe, était depuis plusieurs jours en position à Châlons-sur-Marne, +ayant une avant-garde à Sillery. Ce corps, +composé de trois divisions qui devaient former dix-huit régimens +et trente-six bataillons, n'était réellement que de huit +régimens ou seize bataillons, faisant cinq à six mille hommes.</p> + +<p>Le général Jagow, commandant la dernière colonne de la +réserve prussienne, et ayant sous ses ordres quatre régimens +de la landwehr de la Poméranie prussienne et des Marches, +formant seize bataillons ou sept mille hommes qui avaient été +employés au siége de Torgau et de Wittemberg, se réunit au +corps du général Saint-Priest, dont les forces se trouvèrent +être de quinze à seize mille hommes, cavalerie et artillerie +comprises.</p> + +<p>Le général Saint-Priest résolut de surprendre la ville de +Reims, où était le général Corbineau, à la tête de la garde +nationale et de trois bataillons de levée en masse, avec cent +hommes de cavalerie et huit pièces de canon. Le général Corbineau +avait placé la division de cavalerie du général Defrance +à Châlons-sur-Vesle, à deux lieues de la ville.</p> + +<p>Le 12, à cinq heures du matin, le général Saint-Priest se +présenta aux différentes portes. Il fit sa principale attaque sur +la porte de Laon, que la supériorité de son nombre lui donna +le moyen de forcer. Le général Corbineau opéra sa retraite +avec les trois bataillons de la levée en masse et ses cent hommes +de cavalerie, et se replia sur Châlons-sur-Vesle. La garde +nationale et les habitans se sont très-bien comportés dans cette +circonstance.</p> + +<p>Le 13, à quatre heures du soir, l'empereur était sur les +hauteurs du Moulin-à-Vent, à une lieue de Reims. Le duc +de Raguse formait l'avant-garde. Le général de division Merlin +attaqua, cerna et prit plusieurs bataillons de landwehr +prussienne. Le général Sébastiani, commandant deux divisions +de cavalerie, se porta sur la ville. Une centaine de +pièces de canon furent engagées, tant d'un côté que de l'autre. +L'ennemi couronnait les hauteurs en avant de Reims. Pendant +qu'elles étaient attaquées, on réparait les ponts de Saint-Brice, +pour tourner la ville. Le général Defrance fit une superbe +charge avec les gardes d'honneur, qui se sont couverts +de gloire, notamment le général comte de Ségur, commandant +le troisième régiment. Ils chargèrent entre la ville et +l'ennemi, qu'ils jetèrent dans le faubourg, et auquel ils prirent +mille cavaliers et son artillerie.</p> + +<p>Sur ces entrefaites, le général comte Krasinski ayant coupé +la route de Reims à Bery-au-Bac, l'ennemi abandonna la +ville, en fuyant en désordre de tous côtés. Vingt-deux pièces +de canon, cinq mille prisonniers, cent voitures d'artillerie et +de bagages, sont les résultats de cette journée, qui ne nous +a pas coûté cent hommes.</p> + +<p>La même batterie d'artillerie légère qui a frappé de mort +le général Moreau devant Dresde, a blessé mortellement le +général Saint-Priest, qui venait à la tête des Tartares du désert, +ravager notre belle patrie.</p> + +<p>L'empereur est entré à Reims à une heure du matin, aux +acclamations des habitans de cette grande ville, et y a placé +son quartier-général. L'ennemi s'est retiré, partie sur Châlons, +partie sur Rethel, partie sur Laon. Il est poursuivi dans +toutes ces directions.</p> + +<p>Le dixième régiment de hussards s'est, ainsi que le troisième +régiment des gardes-d'honneur, particulièrement distingué.</p> + +<p>Le général comte de Ségur a été blessé grièvement, mais +sans danger pour sa vie.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 20 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le général Wittgenstein, avec son corps d'armée, était à +Villenoxe. Il avait jeté des ponts à Pont, où il avait passé la +Seine, et il marchait sur Provins.</p> + +<p>Le duc de Tarente avait réuni ses troupes sur cette ville. +Le 16, l'ennemi manoeuvrait pour déborder sa gauche. Le +duc de Reggio engagea son artillerie, et toute la journée se +passa en canonnade. Le mouvement de l'ennemi paraissait se +prononcer sur Provins et sur Nangis.</p> + +<p>D'un autre côté, le prince Schwartzenberg, l'empereur +Alexandre et le roi de Prusse étaient à Arcis-sur-Aube.</p> + +<p>Le corps du prince-royal de Wurtemberg s'était porté sur +Villers-aux-Corneilles.</p> + +<p>Le général Platow, avec trois mille barbares, s'était jeté +sur Fère-Champenoise et Sézanne.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche venait d'arriver de Chaumont à +Troyes.</p> + +<p>Le prince de la Moskwa est entré le 16 a Châlons-sur-Marne.</p> + +<p>L'empereur a couché le 17 à Épernay; le 18, à Fère-Champenoise, +et le 19, à Plancy.</p> + +<p>Le général Sébastiani, à la tête de sa cavalerie, a rencontré +à Fère-Champenoise le général Platow, l'a culbuté et l'a poursuivi +jusqu'à l'Aube, en lui faisant des prisonniers.</p> + +<p>Le 19, après-midi, l'empereur a passé l'Aube à Plancy. +A cinq heures du soir, il a passé la Seine à un gué, et a fait +tourner Méry, qui a été occupé.</p> + +<p>A sept heures du soir, le général Letort, avec les chasseurs +de la garde, est arrivé au village de Châtre, coudant la route +de Nogent à Troyes; mais l'ennemi était déjà partout en retraite. +Cependant le général Letort a pu atteindre son parc +de pontons, qui avait servi à faire le pont de Pont-sur-Seine; +il s'est emparé de tous les pontons sur leurs haquets attelés, +et d'une centaine de voitures de bagages; il a fait des prisonniers.</p> + +<p>Dans la journée du 17, le général de Wrede avait rétrogradé +rapidement sur Arcis-sur-Aube. Dans la nuit du 17 au +18, l'empereur de Russie s'était retiré sur Troyes. Le 18 +les souverains alliés ont évacué Troyes, et se sont portés en +toute hâte sur Bar-sur-Aube.</p> + +<p>S. M. l'empereur est arrivé à Arcis-sur-Aube le 20 au matin.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Boulevent, le 25 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S. M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur est ici. L'armée française +occupe Chaumont, Brienne; elle est en communication +avec Troyes, et ses patrouilles vont jusqu'à Langres. De tout +côté, on ramène des prisonniers.</p> + +<p>La santé de S. M. est très-bonne.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Le 29 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S.M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le 26 de ce mois, S.M. l'empereur a battu à Saint-Dizier, +le général Witzingerode, lui a fait deux mille prisonniers, +lui a pris des canons et beaucoup de voitures de bagages. +Ce corps a été poursuivi très-loin.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 31 mars 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>A S.M. l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Le général de division Béré est entré à Chaumont le 25, +et a ainsi coupé la ligne d'opération de l'ennemi; il a intercepté +beaucoup de courriers et d'estafettes, et enlevé à l'ennemi +des bagages, plusieurs pièces de canon, des magasins +d'habillement et une grande partie des hôpitaux. Il a été parfaitement +secondé par les habitans de la campagne, qui sont +partout en armes et montrent la plus grande ardeur. M. le +baron de Wissemberg, ministre d'Autriche en Angleterre, +revenant de Londres avec le comte de Pulsy, son secrétaire +de légation; le lieutenant-général suédois Sessiole de Brand, +ministre de Suède auprès de l'empereur de Russie, avec un +major suédois; le conseiller de guerre prussien, Peguilhen; +MM. de Tolstoï et de Marcof, et deux autres officiers d'ordonnance +russes, allant tous en mission aux différens quartiers-généraux +des alliés, ont été arrêtés par les levées en +masse, et conduits au quartier-général. L'enlèvement de ces +personnages, et de leurs papiers, qui ont tous été pris, est +d'une grande importance.</p> + +<p>Le parc de l'armée russe et tous ses équipages étaient à +Bar-sur-Aube. A la première nouvelle des mouvemens de +l'armée, ils ont été évacués sur Bedfort; ce qui prive l'ennemi +de ses munitions d'artillerie, de ses transports de vivres +de réserve, et de beaucoup d'autres objets qui lui étaient nécessaires.</p> + +<p>L'armée ennemie ayant pris le parti d'opérer entre l'Aube +et la Marne, avait laissé le général russe Witzingerode à +Saint-Dizier, avec huit mille hommes de cavalerie et deux +divisions d'infanterie, afin de maintenir la ligne d'opérations, +et faciliter l'arrivée de l'artillerie, des munitions et des vivres +dont l'ennemi a le plus grand besoin.</p> + +<p>La division de dragons du général Milhaud, et la cavalerie +de la garde, commandée par le général Sébastiani, ont passé +le gué de Valcoeur le 22 mars, ont marché sur cette cavalerie, +et, après de belles charges, l'ont mise en déroute. Trois mille +hommes de cavalerie russe; dont beaucoup de la garde impériale, +ont été tués ou pris. Les dix-huit pièces de canon qu'avait +l'ennemi, lui ont été enlevées, ainsi que ses bagages. +L'ennemi, a laissé les bois et les prairies jonchés de ses morts. +Tous les corps de cavalerie se sont distingués à l'envi les uns +des autres. Le duc de Reggio a poursuivi l'ennemi jusqu'à +Bar-sur-Ornain, où il est entré le 27. Le 29, le quartier-général +de l'empereur était à Troyes. Deux convois de prisonniers, +dont le nombre s'élève à plus de six mille hommes, +suivent l'armée.</p> + +<p>Dans tous les villages, les habitans sont sous les armes; +exaspérés par la violence, les crimes et les ravages de l'ennemi, +ils lui font une guerre acharnée, qui est pour lui du plus +grand danger.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 1er avril 1814.</p> + +<p>L'empereur qui avait porté son quartier-général à Troyes +le 29, s'est dirigé à marches forcées par Sens sur la capitale. +S. M. était le 31 à Fontainebleau; elle a appris que l'ennemi, +arrivé vingt-quatre heures avant l'armée française, occupait +Paris, après avoir éprouvé une forte résistance, qui lui a +coûté beaucoup de monde.</p> + +<p>Les corps des ducs de Trévise, de Raguse et celui du général +Compans, qui ont concouru à la défense de la capitale, +se sont réunis entre Essonne et Paris, où S.M. a pris position +avec toute l'armée qui arrive de Troyes.</p> + +<p>L'occupation de la capitale par l'ennemi est un malheur +qui afflige profondément le coeur de S.M., mais dont il ne +faut pas concevoir d'alarmes; la présence de l'empereur avec +son armée, aux portes de Paris, empêchera l'ennemi de se +porter à ses excès accoutumés, dans une ville si populeuse, +qu'il ne saurait garder sans rendre sa position très-dangereuse.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>L'empereur se porte bien et veille pour le salut de tous.</p> + +<p>S.M. l'impératrice et le roi de Rome sont en sûreté.</p> + +<p>Les rois frères de l'empereur, les grands dignitaires, les +ministres, le sénat et le conseil d'état, se sont portés sur les +rives de la Loire, où le centre du gouvernement s'établit +provisoirement.</p> + +<p>Ainsi l'action du gouvernement ne sera pas paralysée; les +bons citoyens, les vrais Français, peuvent être affligés de +l'occupation de la capitale; mais ils n'en doivent pas concevoir +de trop vives alarmes; qu'ils se reposent sur l'activité de +l'empereur, et sur son génie, du soin de notre délivrance! +Mais qu'ils sentent bien que c'est dans ces grandes circonstances +que l'honneur national, et nos intérêts bien entendus, +nous commandent plus que jamais de nous rallier autour de +notre souverain! Secondons ses efforts, et ne regrettons aucun +sacrifice pour terminer enfin cette lutte terrible contre +des ennemis qui, non contens de combattre nos armées, viennent +encore frapper chaque citoyen dans ce qu'il a de plus +cher, et ravager ce beau pays dont la gloire et la prospérité +furent, dans tous les temps, l'objet de leur haine jalouse.</p> + +<p>Malgré les succès que l'armée coalisée vient d'obtenir et +dont elle ne s'enorgueillira pas long-temps, le théâtre de la +guerre est encore loin de nous; mais si quelques coureurs, +attirés par l'espoir du pillage, osaient se répandre dans vos +campagnes, ils vous trouveraient armés pour défendre <i>vos +femmes, vos enfans, vos propriétés</i>.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Blois, 3 avril 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation de l'impératrice-reine et régente.</i></p> + +<p>Français,</p> + +<p>Les événemens de la guerre ont mis la capitale au pouvoir +de l'étranger.</p> + +<p>L'empereur, accouru pour la défendre, est à la tête de +ses armées si souvent victorieuses.</p> + +<p>Elles sont en présence de l'ennemi, sous les murs de Paris. +C'est de la résidence que j'ai choisie, et des ministres de l'empereur, +qu'émaneront les seuls ordres que vous puissiez reconnaître.</p> + +<p>Toute ville au pouvoir de l'ennemi cesse d'être libre; toute +direction qui en émane est le langage de l'étranger, ou celui +qu'il convient à ses vues hostiles de propager.</p> + +<p>Vous serez fidèles à vos sermens, vous écouterez la voix +d'une princesse qui fut remise à votre foi, qui fait sa gloire +d'être Française, d'être associée aux destinées du souverain +que vous avez librement choisi.</p> + +<p>Mon fils était moins sûr de vos coeurs au temps de nos prospérités.</p> + +<p>Ses droits et sa personne sont sous votre sauve-garde.</p> + +<p class="droite">MARIE-LOUISE.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Discours de Napoléon à sa garde lorsqu'il apprit l'entrée +des alliés à Paris.</i></p> + +<p>«Officiers, sous-officiers et soldats de la vieille garde! +l'ennemi nous a dérobé trois marches, il est entré dans Paris. +J'ai fait offrir à l'empereur Alexandre une paix achetée par +de grands sacrifices: la France avec ses anciennes limites, +en renonçant à ses conquêtes, et perdant tout ce que nous +avons gagné depuis la révolution. Non-seulement il a refusé, +il a fait plus encore; par les suggestions perfides d'hommes à +qui j'ai accordé la vie, que j'ai comblés de bienfaits, il les +autorise à porter la cocarde blanche, et bientôt il voudra la +substituer à notre cocarde nationale.... Dans peu de jours, +j'irai l'attaquer dans Paris. Je compte sur vous.... Ai-je raison? +(Ici s'élevèrent des cris nombreux: <i>vive l'empereur</i>, +oui, à Paris, à Paris).... Nous irons leur prouver que la nation +française sait être maîtresse chez elle; que si elle l'a été +souvent chez les autres, elle le sera toujours sur son sol, et +qu'enfin elle est capable de défendre sa cocarde, son indépendance +et l'intégrité de son territoire. Allez communiquer ces +sentimens à vos soldats.»</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Fontainebleau, 4 avril 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>L'empereur remercie l'armée pour l'attachement qu'elle lui +témoigne, et principalement parce qu'elle reconnaît que la +France est en lui, et non pas dans le peuple de la capitale. +Le soldat suit la fortune et l'infortune de son général, son +honneur et sa religion. Le duc de Raguse n'a pas inspiré ces +sentimens à ses compagnons d'armes; il est passé aux alliés. +L'empereur ne peut approuver la condition sous laquelle il a +fait cette démarche; il ne peut accepter la vie ni la liberté de +la merci d'un sujet. Le sénat s'est permis de disposer du gouvernement +français; il a oublié qu'il doit à l'empereur le pouvoir +dont il abuse maintenant; que c'est lui qui a sauvé une +partie de ses membres de l'orage de la révolution, tiré de +l'obscurité et protégé l'autre contre la haine de la nation. Le +sénat se fonde sur les articles de la constitution, pour la renverser; +il ne rougit pas de faire des reproches à l'empereur, +sans remarquer que, comme le premier corps de l'état, il a +pris part à tous les événemens. Il est allé si loin qu'il a osé +accuser l'empereur d'avoir changé des actes dans la publication; +le monde entier sait qu'il n'avait pas besoin de tels artifices: +un signe était un ordre pour le sénat, qui toujours +faisait plus qu'on ne désirait de lui. L'empereur a toujours +été accessible aux sages remontrances de ses ministres, et il attendait +d'eux dans cette circonstance, une justification la plus +indéfinie des mesures qu'il avait prises. Si l'enthousiasme s'est +mêlé dans les adresses et discours publics, alors l'empereur +a été trompé; mais ceux qui ont tenu ce langage, doivent +s'attribuer à eux-mêmes la suite funeste de leurs flatteries. +Le sénat ne rougit pas de parler des libelles publiés contre +les gouvernemens étrangers; il oublie qu'ils furent rédigés +dans son sein. Si long-temps que la fortune s'est montrée +fidèle à leur souverain, ces hommes sont restés fidèles, +et nulle plainte n'a été entendue sur les abus du pouvoir. +Si l'empereur avait méprisé les hommes, comme on le lui +a reproché, alors le monde reconnaîtrait aujourd'hui qu'il a +eu des raisons qui motivaient son mépris. Il tenait sa dignité +de Dieu et de la nation; eux seuls pouvaient l'en priver: il +l'a toujours considérée comme un fardeau, et lorsqu'il l'accepta, +c'était dans la conviction que lui seul était à même de +la porter dignement. Son bonheur paraissait être sa destination: +aujourd'hui, que la fortune s'est décidée contre lui, +la volonté de la nation seule pourrait le persuader de rester +plus long-temps sur le trône. S'il se doit considérer comme le +seul obstacle à la paix, il fait ce dernier sacrifice à la France: +il a, en conséquence, envoyé le prince de la Moskwa et les +ducs de Vicence et de Tarente à Paris, pour entamer les négociations. +L'armée peut être certaine que son bonheur ne +sera jamais en contradiction avec le bonheur de la France.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Au palais de Fontainebleau, le 11 avril 1814.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte d'abdication de l'empereur Napoléon.</i></p> + +<p>Les puissances alliées ayant proclamé que l'empereur Napoléon +était le seul obstacle au rétablissement de la paix en +Europe, l'empereur Napoléon, fidèle à son serment, déclare +qu'il renonce, pour lui et ses héritiers, aux trônes de France +et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, même +celui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de la +France.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="milieu"><i>Dernière allocution de Napoléon à sa garde.</i></p> + +<p>«Généraux, officiers, sous-officiers et soldats de ma vieille +garde, je vous fais mes adieux: depuis vingt ans, je suis content +de vous; je vous ai toujours trouvés sur le chemin de +la gloire.</p> + +<p>«Les puissances alliées ont armé toute l'Europe contre +moi; une partie de l'armée a trahi ses devoirs, et la France +elle-même a voulu d'autres destinées.</p> + +<p>«Avec vous et les braves qui me sont restés fidèles, j'aurais +pu entretenir la guerre civile pendant trois ans; mais la +France eût été malheureuse, ce qui était contraire au but que +je me suis proposé.</p> + +<p>«Soyez fidèles au nouveau roi que la France s'est choisi; +n'abandonnez pas notre chère patrie, trop long-temps malheureuse! +Aimez-la toujours, aimez-la bien cette chère patrie.</p> + +<p>«Ne plaignez pas mon sort; je serai toujours heureux, +lorsque je saurai que vous l'êtes.</p> + +<p>«J'aurais pu mourir; rien ne m'eût été plus facile; mais je +suivrai sans cesse le chemin de l'honneur. J'ai encore à écrire +ce que nous avons fait.</p> + +<p>«Je ne puis vous embrasser tous; mais j'embrasserai votre +général.... Venez, général.... (Il serre le général Petit dans +ses bras.) Qu'on m'apporte l'aigle.... (Il la baise.) Chère +aigle! que ces baisers retentissent dans le coeur de tous les +braves!... Adieu, mes enfans!... Mes voeux vous accompagneront +toujours; conservez mon souvenir....»</p> +<br><br><br> + + + + +<h3>LIVRE DIXIÈME.</h3> + +<h3>1815.</h3> + +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au golfe Juan, le 1er mars 1815.</p> + +<p class="milieu">PROCLAMATION.</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple français.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'État, +empereur des Français, etc., etc., etc.</p> + +<p>«Français, la défection du duc de Castiglione livra Lyon +sans défense à nos ennemis, l'armée dont je lui avais confié +le commandement était, par le nombre de ses bataillons, la +bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, à +même de battre le corps d'armée autrichien qui lui était opposé, +et d'arriver sur les derrières du flanc gauche de l'armée +ennemie qui menaçait Paris.</p> + +<p>Les victoires de Champ-Aubert, de Montmirail, de Château-Thierry, +de Vauchamp, de Mormans, de Montereau, +de Craone, de Reims, d'Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier; +l'insurrection des braves paysans de la Lorraine, de la Champagne, +de l'Alsace, de la Franche-Comté et de la Bourgogne, +et la position que j'avais prise sur les derrières de l'armée +ennemie, en la séparant de ses magasins, de ses parcs de réserve, +de ses convois et de tous ses équipages, l'avaient placée +dans une situation désespérée. Les Français ne furent jamais +sur le point d'être plus puissans, et l'élite de l'armée +ennemie était perdue sans ressource; elle eût trouvé son tombeau +dans ces vastes contrées qu'elle avait si impitoyablement +saccagées, lorsque la trahison du duc de Raguse livra la capitale +et désorganisa l'armée. La conduite inattendue de ces +deux généraux qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince +et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation +désastreuse de l'ennemi était telle, qu'à la fin de l'affaire +qui eut lieu devant Paris, il était sans munitions par sa séparation +de ses parcs de réserve.</p> + +<p>Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon coeur fut +déchiré, mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que +l'intérêt de la patrie; je m'exilai sur un rocher au milieu des +mers. Ma vie vous était et devait encore vous être utile. Je ne +permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient +m'accompagner partageassent mon sort, je crus leur présence +utile à la France, et je n'emmenai avec moi qu'une poignée +de braves nécessaires à ma garde.</p> + +<p>Élevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans +vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans la France a de nouveaux +intérêts, de nouvelles institutions, une nouvelle gloire, +qui ne peuvent être garantis que par un gouvernement national +et par une dynastie née dans ces nouvelles circonstances. +Un prince qui régnerait sur vous, qui serait assis sur mon +trône par la force des mêmes armes qui ont ravagé notre territoire, +chercherait en vain à s'étayer des principes du droit +féodal; il ne pourrait assurer l'honneur et les droits que d'un +petit nombre d'individus ennemis du peuple, qui, depuis +vingt-cingt ans, les a condamnés dans toutes nos assemblées +nationales. Votre tranquillité intérieure et votre considération +extérieure seraient perdues à jamais.</p> + +<p>Français! dans mon exil j'ai entendu vos plaintes et vos +voeux; vous réclamez ce gouvernement de votre choix, qui +seul est légitime. Vous accusiez mon long sommeil; vous me +reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la +patrie.</p> + +<p>J'ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce; +j'arrive parmi vous reprendre mes droits qui sont les vôtres. +Tout ce que les individus ont fait, écrit ou dit depuis la +prise de Paris, je l'ignorerai toujours: cela n'influera en rien +sur le souvenir que je conserve des services importans qu'ils +ont rendus; car il est des événemens d'une telle nature, qu'ils +sont au-dessus de l'organisation humaine.</p> + +<p>Français! il n'est aucune nation, quelque petite qu'elle +soit, qui n'ait eu le droit, et ne se soit soustraite au déshonneur +d'obéir à un prince imposé par un ennemi momentanément +victorieux. Lorsque Charles VII rentra à Paris et renversa +le trône éphémère de Henri V, il reconnut tenir son +trône de la vaillance de ses braves, et non d'un prince régent +d'Angleterre.</p> + +<p>C'est aussi à vous seuls et aux braves de l'armée, que je +fais et ferai toujours gloire de tout devoir.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Gap, le 6 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans des départements des Hautes et Basses-Alpes.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'empire, +empereur des Français, etc., etc., etc.</p> + + +<p>Citoyens,</p> + +<p>J'ai été vivement touché de tous les sentimens que vous +m'avez montrés; vos voeux seront exaucés; la cause de la +nation triomphera encore! Vous avez raison de m'appeler +votre père; je ne vis que pour l'honneur et le bonheur de la +France. Mon retour dissipe toutes vos inquiétudes; il garantit +la conservation de toutes les propriétés; l'égalité entre +toutes les classes, et les droits dont vous jouissiez depuis +vingt-cinq ans, et après lesquels nos pères ont tous soupiré, +forment aujourd'hui une partie de votre existence.</p> + +<p>Dans toutes les circonstances où je pourrai me trouver, je +me rappellerai toujours avec un vif intérêt tout ce que j'ai vu +en traversant votre pays.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Grenoble, 9 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans du département de l'Isère.</i></p> + +<p>Citoyens,</p> + +<p>Lorsque, dans mon exil, j'appris tous les malheurs qui pesaient +sur la nation, que tous les droits du peuple étaient +méconnus, et qu'il me reprochait le repos dans lequel je vivais, +je ne perdis pas un moment. Je m'embarquai sur un +frêle navire; je traversai les mers au milieu des vaisseaux de +guerre de différentes nations; je débarquai sur le sol de la +patrie, et je n'eus en vue que d'arriver avec la rapidité de +l'aigle dans cette bonne ville de Grenoble, dont le patriotisme +et l'attachement à ma personne m'étaient particulièrement +connus.</p> + +<p>Dauphinois, vous avez rempli mon attente.</p> + +<p>J'ai supporté, non sans déchirement de coeur, mais sans +abattement, les malheurs auxquels j'ai été en proie il y a un +an; le spectacle que m'a offert le peuple sur mon passage, +m'a vivement ému. Si quelques nuages avaient pu arrêter la +grande opinion que j'avais du peuple français, ce que j'ai vu +m'a convaincu qu'il était toujours digne de ce nom de grand +peuple, dont je le saluai il y a plus de vingt ans.</p> + +<p>Dauphinois! sur le point de quitter vos contrées pour me +rendre dans ma bonne ville de Lyon, j'ai senti le besoin de +vous exprimer toute l'estime que m'ont inspirée vos sentimens +élevés. Mon coeur est tout plein des émotions que vous y +avez fait naître; j'en conserverai toujours le souvenir.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Lyon, 13 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans de la ville de Lyon.</i></p> + +<p>Lyonnais!</p> + +<p>Au moment de quitter votre ville pour me rendre dans ma +capitale, j'éprouve le besoin de vous faire connaître les sentimens +que vous m'avez inspirés. Vous avez toujours été au +premier rang dans mon affection. Sur le trône ou dans l'exil, +vous m'avez toujours montré les mêmes sentimens. Ce caractère +élevé qui vous distingue spécialement vous a mérité +toute mon estime. Dans des momens plus tranquilles, je reviendrai +pour m'occuper de vos besoins et de la prospérité de +vos manufactures et de votre ville.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Lyon, 13 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Décret.</i></p> + +<p>Napoléon, etc., etc., etc.</p> + +<p>Considérant que la chambre des pairs est composée en +partie de personnes qui ont porté les armes contre la France, +et qui ont intérêt au rétablissement des droits féodaux, à la +destruction de l'égalité entre les différentes classes, à l'annullation +des ventes des domaines nationaux, et enfin à priver +le peuple des droits qu'il a acquis par vingt-cinq ans de combats +contre les ennemis de la gloire nationale;</p> + +<p>Considérant que les pouvoirs des députés au corps législatif +étaient expirés, et que dès-lors, la chambre des communes +n'a plus aucun caractère national; qu'une partie de cette +chambre s'est rendue indigne de la confiance de la nation, en +adhérant au rétablissement de la noblesse féodale, abolie +par les constitutions acceptées par le peuple, en faisant payer +par la France des dettes contractées à l'étranger pour tramer +des coalitions et soudoyer des armées contre le peuple français; +en donnant aux Bourbons le titre de roi légitime, ce qui +était déclarer rebelles le peuple français et les armées, proclamer +seuls bons Français les émigrés qui ont déchiré, pendant +vingt-cinq ans, le sein de la patrie, et violé tous les +droits du peuple en consacrant le principe que la nation était +faite pour le trône, et non le trône pour la nation.</p> + +<p>Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. La chambre des pairs est dissoute.</p> + +<p>2. La chambre des communes est dissoute; il est ordonné à +chacun des membres convoqué, et arrivé à Paris depuis le 7 +mars dernier, de retourner sans délai dans son domicile.</p> + +<p>3. Les collèges électoraux des départemens de l'empire seront +réunis à Paris, dans le courant du mois de mai prochain, +en <i>Assemblée extraordinaire du Champ-de-Mai,</i> afin de +prendre les mesures convenables pour corriger et modifier +nos constitutions selon l'intérêt et la volonté de la Nation, +et en même temps pour assister au couronnement de l'impératrice, +notre très-chère et bien-aimée épouse, et à celui de +notre cher et bien-aimé fils.</p> + +<p>4. Notre grand-maréchal, faisant fonctions de major-général +de la grande armée, est chargé de prendre les mesures +nécessaires pour la publication du présent décret.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 26 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse de ses ministres.</i></p> + +<p>Les sentimens que vous m'exprimez sont les miens. <i>Tout +à la nation et tout pour la France!</i> voilà ma devise.</p> + +<p>Moi et ma famille, que ce grand peuple a élevés sur le +trône des Français, et qu'il y a maintenus malgré les vicissitudes +et les tempêtes politiques, nous ne voulons, nous ne +devons, et nous ne pouvons jamais réclamer d'autres titres.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse du conseil d'état.</i></p> + +<p>Les princes sont les premiers citoyens de l'état. Leur autorité +est plus ou moins étendue, selon l'intérêt des nations +qu'ils gouvernent. La souveraineté elle-même n'est héréditaire +que parce que l'intérêt des peuples l'exige. Hors de +ces principes, je ne connais pas de légitimité.</p> + +<p>J'ai renoncé aux idées du grand empire, dont depuis +quinze ans je n'avais encore que posé les bases. Désormais le +bonheur et la consolidation de l'empire français seront l'objet +de toutes mes pensées.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse de la cour de cassation.</i></p> + +<p>Dans les premiers âges de la monarchie française, des peuplades +guerrières s'emparèrent des Gaules. La souveraineté, +sans doute, ne fut pas organisée dans l'intérêt des Gaulois, +qui furent esclaves ou n'eurent aucuns droits politiques; mais +elle le fut dans l'intérêt de la peuplade conquérante. Il n'a +donc jamais été vrai de dire, dans aucune période de l'histoire, +dans aucune nation, même en Orient, que les peuples existassent +pour les rois; partout il a été consacré que les rois +n'existaient que pour les peuples. Une dynastie, <i>créée</i> dans +les circonstances qui ont <i>créé</i> tant de nouveaux <i>intérêts</i>, +ayant <i>intérêt</i> au maintien de tous les droits et de toutes les +propriétés, peut seule être naturelle et légitime, et avoir la +confiance et la force, ces deux premiers caractères de tout +gouvernement.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse de la cour des comptes.</i></p> + +<p>Ce qui distingue spécialement le trône impérial, c'est +qu'il est élevé par la nation, qu'il est par conséquent <i>naturel</i>, +et qu'il garantit tous les intérêts: c'est là le vrai caractère de +la légitimité. L'intérêt impérial est de consolider tout ce qui +existe et tout ce qui a été fait en France dans vingt-cinq années +de révolution; il comprend tous les intérêts, et surtout l'intérêt +de la gloire et de la nation, qui n'est pas le moindre +de tous.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse de la cour impériale de +Paris.</i></p> + +<p>Tout ce qui est revenu avec les armées étrangères, tout ce +qui a été fait sans consulter la nation est nul. Les cours de +Grenoble et de Lyon, et tous les tribunaux de l'ordre judiciaire +que j'ai rencontrés, lorsque le succès des événemens +était encore incertain, m'ont montré que ces principes étaient +gravés dans le coeur de tous les Français.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une adresse du conseil municipal +de la ville de Paris.</i></p> + +<p>J'agrée les sentimens de ma bonne ville de Paris. J'ai mis +du prix à entrer dans ces murs à l'époque anniversaire du +jour où, il y a quatre ans, tout le peuple de cette capitale +me donna des témoignages si touchans de l'intérêt qu'il portait +aux affections qui sont le plus près de mon coeur. J'ai dû +pour cela devancer mon armée, et venir seul me confier à +cette garde nationale que j'ai créée, et qui a si parfaitement +atteint le but de sa création. J'ambitionne de m'en conserver +à moi-même le commandement. J'ai ordonné la cessation des +grands travaux de Versailles, dans l'intention de faire tout ce +que les circonstances permettront pour achever les établissemens +commencés à Paris, qui doit être constamment le lieu +de ma demeure et la capitale de l'empire; dans des temps +plus tranquilles, j'achèverai Versailles, ce beau monument +des arts, mais devenu aujourd'hui un objet accessoire. Remerciez +en mon nom le peuple de Paris de tous les témoignages +d'affection qu'il me donne.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 25 mars 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Décrets impériaux.</i></p> + +<p>Napoléon, empereur des Français, etc., etc., etc.</p> + +<p>Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. Les biens rendus aux émigrés par le dernier gouvernement +depuis le 1er avril 1814, et qu'ils auraient aliénés +en forme légale et authentique avant nos décrets du 13 du +présent mois, ne sont pas compris dans les mesures de séquestres +ordonnées par lesdits décrets, sauf aux agens de l'enregistrement +à poursuivre, sur les tiers-acquéreurs, le paiement +de ce qui pourra être dû sur le prix des aliénations.</p> + +<p>2. Si quelques-unes de ces aliénations, bien qu'antérieures +à nos décrets du 13 mars présent mois, portaient le caractère +de la fraude et de la simulation, la régie de l'enregistrement +devra en poursuivre l'annulation devant les tribunaux ordinaires, +après avoir rassemblé tous les documens propres à +établir la fraude.</p> + +<p>3. Les ventes faites par les émigrés désignés aux articles +précédens, depuis nos décrets du 13 mars, sont déclarées +nulles, sauf aux acquéreurs à prouver devant nos tribunaux +qu'elles ont été faites de bonne foi.</p> + +<p>4. Les biens que des émigrés rentrés avec la famille des +Bourbons auraient acquis depuis le 1er avril 1814 ne seront +point soumis au séquestre. Néanmoins, lesdit émigrés seront +tenus de vendre, ou mettre hors de leurs mains ces biens, +dans le délai de deux ans.</p> + +<p>5. Nos décrets du 13 mars, présent mois, seront exécutés +dans le surplus de leurs dispositions non contraires aux présentes.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 11 avril 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Grouchy.</i></p> + +<p>«Monsieur le comte Grouchy, l'ordonnance du roi en date +du 6 mars, et la déclaration signée le 13 à Vienne par ses ministres, +pouvaient m'autoriser à traiter le duc d'Angoulême +comme cette ordonnance et cette déclaration voulaient qu'on +traitât moi et ma famille; mais constant dans les dispositions +qui m'avaient porté à ordonner que les membres de la famille +des Bourbons pussent sortir librement de France, mon intention +est que vous donniez les ordres pour que le duc d'Angoulême +soit conduit à Cette, où il sera embarqué, et que +vous veilliez à sa sûreté et à écarter de lui tout mauvais traitement. +Vous aurez soin seulement de retirer les fonds qui +ont été enlevés des caisses publiques, et de demander au duc +d'Angoulême qu'il s'oblige à la restitution des diamans de la +couronne qui sont la propriété de la nation. Vous lui ferez +connaître en même temps les dispositions des lois des assemblées +nationales, qui ont été renouvelées, et qui s'appliquent +aux membres de la famille des Bourbons qui entreraient sur +le territoire français. Vous remercierez en mon nom les +gardes nationales du patriotisme et du zèle qu'elles ont fait +éclater et de l'attachement qu'elles m'ont montré dans ces +circonstances importantes.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, le 22 avril 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte additionnel aux constitutions de l'empire.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français, à tous présens et à venir, salut.</p> + +<p>Depuis que nous avons été appelés, il y a quinze années, +par le voeu de la France, au gouvernement de l'état, nous +avons cherché á perfectionner, à diverses époques, les formes +constitutionnelles, suivant les besoins et les désirs de la nation, +et en profitant des leçons de l'expérience. Les constitutions +de l'empire se sont ainsi formées d'une série d'actes +qui ont été revêtus de l'acceptation du peuple. Nous avions +alors pour but d'organiser un grand système fédératif européen, +que nous avions adopté comme conforme à l'esprit du +siècle, et favorable aux progrès de la civilisation. Pour parvenir +à le compléter et à lui donner toute l'étendue et toute +la stabilité dont il était susceptible, nous avions ajourné +l'établissement de plusieurs institutions intérieures, plus +spécialement destinées à protéger la liberté des citoyens. +Notre but n'est plus désormais que d'accroître la prospérité +de la France par l'affermissement de la liberté publique. De +là résulte la nécessité de plusieurs modifications importantes +dans les constitutions, sénatus-consultes et autres actes qui +régissent cet empire. A ces causes, voulant, d'un côté, conserver +du passé ce qu'il y a de bon et de salutaire, et de +l'autre, rendre les constitutions de notre empire conformes +en tout aux voeux et aux besoins nationaux, ainsi qu'à l'état +de paix que nous désirons maintenir avec l'Europe, nous +avons résolu de proposer au peuple une suite de dispositions +tendantes à modifier et perfectionner ses actes constitutionnels, +à entourer les droits des citoyens de toutes leurs garanties, +à donner au système représentatif toute son extension, à investir +les corps intermédiaires de la considération et du pouvoir +désirables, en un mot, à combiner le plus haut point de +liberté publique et de sûreté individuelle avec la force et la +neutralisation nécessaire pour faire respecter par l'étranger +l'indépendance du peuple français, et la dignité de notre couronne. +En conséquence, les articles suivans, formant un acte +supplémentaire aux constitutions de l'empire, seront soumis +à l'acceptation libre et solennelle de tous les citoyens, dans +l'étendue de la France.</p> + +<p>Titre 1er—<i>Dispositions générales.</i></p> + +<p>Art 1er. Les constitutions de l'empire, nommément l'acte +constitutionnel du 23 frimaire an 8, les sénatus-consultes des +14 et 16 thermidor an 10, et celui du 28 floréal an 12, seront +modifiés par les dispositions qui suivent. Toutes les autres +dispositions sont confirmées et maintenues.</p> + +<p>2. Le pouvoir législatif est exercé par l'empereur et deux +chambres.</p> + +<p>3. La première chambre, nommée chambre des pairs, est +héréditaire.</p> + +<p>4. L'empereur en nomme les membres, qui sont irrévocables, +eux et leurs descendans mâles, d'aîné en aîné en ligne +directe. Le nombre des pairs est illimité. L'adoption ne transmet +point la dignité de pair à celui qui en est l'objet. Les +pairs prennent séance à vingt-un ans, mais n'ont voix délibérative +qu'à vingt-cinq.</p> + +<p>5. La chambre des pairs est présidée par l'archi-chancelier +de l'empire, ou, dans le cas prévu par l'article 51 du sénatus-consulte +du 18 floréal an 12, par un des membres de cette +chambre désigné spécialement par l'empereur.</p> + +<p>6. Les membres de la famille impériale, dans l'ordre de +l'hérédité, sont pairs de droit. Ils siègent après le président. +Ils prennent séance à dix-huit ans, mais n'ont voix délibérative +qu'à vingt-un.</p> + +<p>7. La seconde chambre, nommée chambre des représentans, +est élue par le peuple.</p> + +<p>8. Les membres de cette chambre sont au nombre de six +cent vingt-neuf. Ils doivent être âgés de vingt-cinq ans au +moins.</p> + +<p>9. Le président de la chambre des représentans est nommé +par la chambre, à l'ouverture de la première session. Il reste +en fonctions jusqu'au renouvellement de la chambre. Sa nomination +est soumise à l'approbation de l'empereur.</p> + +<p>10. La chambre des représentans vérifie les pouvoirs de +ses membres et prononce sur la validité des élections contestées.</p> + +<p>11. Les membres de la chambre des représentans reçoivent, +pour frais de voyage, et durant la session, l'indemnité décrétée +par l'assemblée constituante.</p> + +<p>12. Ils sont indéfiniment rééligibles.</p> + +<p>13. La chambre des représentans est renouvelée de droit +en entier tous les cinq ans.</p> + +<p>14. Aucun membre de l'une ou de l'autre chambre ne peut +être arrêté, sauf le cas de flagrant délit, ni poursuivi en matière +criminelle ou correctionnelle, pendant les sessions, qu'en +vertu d'une résolution de la chambre dont il fait partie.</p> + +<p>15. Aucun ne peut être arrêté ni détenu pour dettes, à +partir de la convocation, ni quarante jours après la session.</p> + +<p>16. Les pairs sont jugés par leur chambre, en matière +criminelle ou correctionnelle, dans les formes qui seront réglées +par la loi.</p> + +<p>17. La qualité de pair et de représentant est compatible +avec toutes fonctions publiques, hors celles de comptables. +Toutefois les préfets et sous-préfets ne sont pas éligibles par +le collège électoral du département ou de l'arrondissement +qu'ils administrent.</p> + +<p>18. L'empereur envoie dans les chambres des ministres +d'état et des conseillers d'état qui y siègent et prennent +part aux discussions, mais qui n'ont voix délibérative que +dans le cas où ils sont membres de la chambre comme pair ou +élu du peuple.</p> + +<p>19. Les ministres qui sont membres de la chambre des +pairs ou de celle des représentans, ou qui siègent par mission +du gouvernement, donnent aux chambres les éclaircissemens +qui sont jugés nécessaires, quand leur publicité ne compromet +pas l'intérêt de l'état.</p> + +<p>20. Les séances des deux chambres sont publiques. Elles +peuvent néanmoins se former en comité secret; la chambre +des pairs, sur la demande de dix membres, celle des représentans +sur la demande de vingt-cinq. Le gouvernement peut +également requérir des comités secrets pour des communications +à faire. Dans tous les cas, les délibérations et les votes +ne peuvent avoir lieu qu'en séance publique.</p> + +<p>21. L'empereur peut proroger, ajourner et dissoudre la +chambre des représentans. La proclamation qui prononce la +dissolution, convoque les collèges électoraux pour une élection +nouvelle, et indique la réunion des représentans dans six +mois au plus tard.</p> + +<p>22. Durant l'intervalle des sessions de la chambre des représentans, +ou en cas de dissolution de cette chambre, la +chambre des pairs ne peut s'assembler.</p> + +<p>23. Le gouvernement a la proposition de la loi; les chambres +peuvent proposer des amendemens. Si ces amendemens ne +sont pas adoptés par le gouvernement, les chambres sont tenues +de voter sur la loi, telle qu'elle a été proposée.</p> + +<p>24. Les chambres ont la faculté d'inviter le gouvernement +à proposer une loi sur un objet déterminé, et de rédiger ce +qui leur paraît convenable d'insérer dans la loi. Cette demande +peut être faite par chacune des deux chambres.</p> + +<p>25. Lorsqu'une rédaction est adoptée dans l'une des deux +chambres, elle est portée à l'autre, et si elle y est approuvée, +elle est portée à l'empereur.</p> + +<p>26. Aucun discours écrit, excepté les rapports des commissions, +les rapports des ministres sur les lois qui sont présentées +et les comptes qui sont rendus, ne peut être lu dans +l'une ou l'autre des chambres.</p> + +<p>Titre II.—<i>Des collèges électoraux et du mode d'élection.</i></p> + +<p>27. Les collèges électoraux de département et d'arrondissement +sont maintenus, conformément au sénatus-consulte +du 16 thermidor an 10, sauf les modifications qui suivent.</p> + +<p>28. Les assemblées de canton rempliront chaque année, par +des élections annuelles, toutes les vacances dans les collèges +électoraux.</p> + +<p>29. A dater de l'an 1816, un membre de la chambre des +pairs, désigné par l'empereur, sera président à vie et inamovible +de chaque collège électoral de département.</p> + +<p>30. A dater de la même époque, le collège électoral de chaque +département nommera, parmi les membres de chaque +collège d'arrondissement, le président et deux vice-prèsidens. +A cet effet, l'assemblée du collège de département précédera +de quinze jours celle du collège d'arrondissement.</p> + +<p>31. Les collèges de département et d'arrondissement nommeront +le nombre de représentans établi pour chacun par l'acte et le tableau.</p> + +<p>32. Les représentans peuvent être choisis indifféremment +dans toute l'étendue de la France. Chaque collége de département +ou d'arrondissement qui choisira un représentant hors +du département ou de l'arrondissement, nommera un suppléant +qui sera pris nécessairement dans le département ou +l'arrondissement.</p> + +<p>33. L'industrie et la propriété manufacturière et commerciale +auront une représentation spéciale. L'élection des représentans +commerciaux et manufacturiers sera faite par le collége +électoral de département, sur une liste d'éligibles dressée +par les chambres de commerce et les chambres consultatives +réunies suivant l'acte et le tableau.</p> + +<p>Titre III.—<i>De la loi de l'impôt.</i></p> + +<p>34. L'impôt général direct, soit foncier, soit mobilier, +n'est voté que pour un an; les impôts indirects peuvent être +votés pour plusieurs années.</p> + +<p>Dans le cas de la dissolution de la chambre des représentans, +les impositions votées dans la session précédente sont +continuées jusqu'à la nouvelle réunion de la chambre.</p> + +<p>35. Aucun impôt direct ou indirect en argent ou en nature +ne peut être perçu, aucun emprunt ne peut avoir lieu, aucune +inscription de créance au grand-livre de la dette publique ne +peut être faite, aucun domaine ne peut être aliéné ni échangé, +aucune levée d'hommes pour l'armée ne peut être ordonnée, +aucune portion du territoire ne peut être échangée qu'en vertu +d'une loi.</p> + +<p>36. Toute proposition d'impôt, d'emprunt ou de levée +d'hommes, ne peut être faite qu'à la chambre des représentans.</p> + +<p>37. C'est aussi à la chambre des représentans qu'est porté +d'abord, 1º budget général de l'état, contenant l'aperçu +des recettes et la proposition des fonds assignés pour l'année +à chaque département du ministère; 2º le compte des recettes +et dépenses de l'année ou des années précédentes.</p> + +<p>Titre IV.—<i>Des ministres et de la responsabilité.</i></p> + +<p>38. Tous les actes du gouvernement doivent être contre-signés +par un ministre ayant département.</p> + +<p>39. Les ministres sont responsables des actes du gouvernement +signés par eux, ainsi que de l'exécution des lois.</p> + +<p>40. Ils peuvent être accusés par la chambre des représentans, +et sont jugés par celle des pairs.</p> + +<p>41. Tout ministre, tout commandant d'armée de terre ou +de mer peut être accusé par la chambre des représentans, et +jugé par la chambre des pairs, pour avoir compromis la sûreté +ou l'honneur de la nation.</p> + +<p>42. La chambre des pairs, en ce cas, exerce, soit pour caractériser +le délit, soit pour infliger la peine, un pouvoir discrétionnaire.</p> + +<p>43. Avant de prononcer la mise en accusation d'un ministre, +la chambre des représentans doit déclarer qu'il y a +lieu à examiner la proposition d'accusation.</p> + +<p>44. Cette déclaration ne peut se faire qu'après le rapport +d'une commission de soixante membres tirés au sort. Cette +commission ne fait son rapport que dix jours au plus tôt après +sa nomination.</p> + +<p>45. Quand la chambre a déclaré qu'il a lieu à examen, +elle peut appeler le ministre dans son sein pour lui demander +des explications. Cet appel ne peut avoir lieu que dix jours +après le rapport de la commission.</p> + +<p>46. Dans tout autre cas, les ministres ayant département +ne peuvent être appelés ni mandés par les chambres.</p> + +<p>47. Lorsque la chambre des représentans a déclaré qu'il y +a lieu à examen contre un ministre, il est formé une nouvelle +commission de soixante membres tirés au sort, comme la première, +et il est fait, par cette commission, un nouveau rapport +sur la mise en accusation. Cette commission ne fait son +rapport que dix jours après sa nomination.</p> + +<p>48. La mise en accusation ne peut être prononcée que dix +jours après la lecture et la distribution du rapport.</p> + +<p>49. L'accusation étant prononcée, la chambre des représentans +nomme cinq commissaires pris dans son sein, pour +poursuivre l'accusation devant la chambre des pairs.</p> + +<p>50. L'article 75 du titre VIII de l'acte constitutionnel du +22 frimaire an 8, portant que les agens du gouvernement ne +peuvent être poursuivis qu'en vertu d'une décision du conseil-d'état, +sera modifié par une loi.</p> + +<p>Titre V.—<i>Du pouvoir judiciaire.</i></p> + +<p>51. L'empereur nomme tous les juges. Ils sont inamovibles +et à vie, dès l'instant de leur nomination, sauf la nomination +des juges de paix et des juges de commerce, qui aura lieu +comme par le passé.</p> + +<p>Les juges actuels nommés par l'empereur aux termes du +sénatus-consulte du 12 octobre 1807, et qu'il jugera convenable +de conserver, recevront des provisions à vie avant le +1er janvier prochain.</p> + +<p>52. L'institution des jurés est maintenue.</p> + +<p>53. Les débats en matière criminelle sont publics.</p> + +<p>54. Les délits militaires seuls sont du ressort des tribunaux +militaires.</p> + +<p>55. Tous les autres délits, même commis par les militaires, +sont de la compétence des tribunaux civils.</p> + +<p>56. Tous les crimes et délits qui étaient attribués à la haute +cour impériale, et dont le jugement n'est pas réservé par le +présent acte à la chambre des pairs, seront portés devant les +tribunaux ordinaires.</p> + +<p>67. L'empereur a le droit de faire grâce, même en matière +correctionnelle, et d'accorder des amnisties.</p> + +<p>58. Les interprétations des lois demandées par la cour de +cassation, seront données dans la forme d'une loi.</p> + +<p>Titre VI—<i>Droit des citoyens.</i></p> + +<p>59. Les Français sont égaux devant la loi, soit pour la +contribution aux impôts et charges publiques, soit pour l'admission +aux emplois civils et militaires.</p> + +<p>60. Nul ne peut, sous aucun prétexte, être distrait des +juges qui lui sont assignés par la loi.</p> + +<p>61. Nul ne peut être poursuivi, arrêté, détenu, ni exilé que +dans les cas prévus par la loi et suivant les formes prescrites.</p> + +<p>62. La liberté des cultes est garantie à tous.</p> + +<p>63. Toutes les propriétés possédées ou acquises en vertu +des lois, et toutes les créances sur l'état, sont inviolables.</p> + +<p>64. Tout citoyen a le droit d'imprimer et de publier ses +pensées, en les signant, sans aucune censure préalable, sauf +la responsabilité légale, après la publication, par jugement +par jurés, quand même il n'y aurait lieu qu'à l'application +d'une peine correctionnelle.</p> + +<p>65. Le droit de pétition est assuré à tous les citoyens. +Toute pétition est individuelle. Les pétitions peuvent être +adressées, soit au gouvernement, soit aux deux chambres: +néanmoins, ces dernières mêmes doivent porter l'intitulé: à +S. M. l'Empereur. Elles seront présentées aux chambres sous +la garantie d'un membre qui recommande la pétition. Elles +sont lues publiquement, et si la chambre les prend en considération, +elles sont portées à l'Empereur par le président.</p> + +<p>66. Aucune place, aucune partie du territoire ne peut +être déclarée en état de siége que dans le cas d'invasion de la +part d'une force étrangère, ou de troubles civils. Dans le +premier cas, la déclaration est faite par un acte du gouvernement. +Dans le second cas, elle ne peut l'être que par la +loi. Toutefois, si, le cas arrivant, les chambres ne sont pas +assemblées, l'acte du gouvernement déclarant l'état de siége +doit être converti en une proposition de loi, dans les quinze +premiers jours de la réunion des chambres.</p> + +<p>67. Le peuple français déclare en outre que, dans la délégation +qu'il a faite et qu'il fait de ses pouvoirs, il n'a pas entendu +et n'entend pas donner le droit de proposer le rétablissement +des Bourbons ou d'aucun prince de cette famille sur +le trône, même en cas d'extinction de la dynastie impériale, +ni le droit de rétablir, soit l'ancienne noblesse féodale, soit +les droits féodaux et seigneuriaux, soit les dîmes, soit aucun +culte privilégié et dominant, ni la faculté de porter aucune +atteinte à l'irrévocabilité de la vente des domaines nationaux; +il interdit formellement au gouvernement, aux chambres et +aux citoyens, toute proposition à cet égard.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 30 avril 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Décret.</i></p> + +<p>En convoquant les électeurs des collèges en assemblée du +Champ-de-Mai, nous comptions constituer chaque assemblée +électorale de département en bureaux séparés, composer ensuite +une commission commune à toutes, et, dans l'espace +de quelques mois, arriver au grand but, objet de nos pensées.</p> + +<p>Nous croyions alors en avoir le temps et le loisir, puisque +notre intention étant de maintenir la paix avec nos voisins, +nous étions résigné à souscrire à tous les sacrifices qui déjà +avaient pesé sur la France.</p> + +<p>La guerre civile du midi à peine terminée, nous acquîmes +la certitude des dispositions hostiles des puissances étrangères, +et dès-lors il fallut prévoir la guerre, et s'y préparer.</p> + +<p>Dans ces nouvelles occurrences, nous n'avions que l'alternative +de prolonger la dictature dont nous nous trouvons investi +par les circonstances et par la confiance du peuple, où +d'abréger les formes que nous nous étions proposé de suivre +pour la rédaction de l'acte constitutionnel. L'intérêt de la +France nous a prescrit d'adopter ce second parti. Nous avons +présenté à l'acceptation du peuple un acte qui à la fois garantit +ses libertés et ses droits, et met la monarchie à l'abri +de tout danger de subversion. Cet acte détermine le mode de +la formation de la loi, et dès-lors contient en lui-même le +principe de toute amélioration qui serait conforme aux voeux +de la nation, interdisant cependant toute discussion sur un +certain nombre de points fondamentaux déterminés qui sont +irrévocablement fixés.</p> + +<p>Nous aurions voulu aussi attendre l'acceptation du peuple +avant d'ordonner la réunion des collèges, et de faire procéder +à la nomination des députés; mais également maîtrisé par les +circonstances, le plus haut intérêt de l'état nous fait la loi de +nous environner, le plus promptement possible, des corps +nationaux.</p> + +<p>A ces causes, nous avons décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. Quatre jours après la publication du présent décret +au chef-lieu du département, les électeurs des collèges +de département et d'arrondissement se réuniront en assemblées +électorales au chef-lieu de chaque département et de chaque +arrondissement; le préfet pour le département, les sous-préfets +pour les arrondissemens, indiqueront le jour précis, +l'heure et le lieu de l'assemblée, par des circulaires et par +une proclamation qui sera répandue avec la plus grande célérité +dans tous les cantons et communes.</p> + +<p>2. Pour cette année, à l'ouverture de l'assemblée, le plus +ancien d'âge présidera, le plus jeune fera les fonctions de +secrétaire, les trois plus âgés après le président seront scrutateurs. +Chaque assemblée ainsi organisée provisoirement +nommera son président; elle nommera aussi deux secrétaires +et trois scrutateurs; ces choix se feront à la majorité absolue.</p> + +<p>3. On procédera ensuite aux élections des députés à la +chambre des représentans, conformément à l'acte envoyé pour +être présenté à l'acceptation du peuple, et inséré au Bulletin +des lois, nº 19, le 22 avril présent mois.</p> + +<p>4. Les préfets des villes, chefs-lieux d'arrondissemens +commerciaux, convoqueront, à la réception du présent, la +chambre de commerce et les chambres consultatives pour faire +former les listes de candidats sur lesquelles les représentans +de l'industrie commerciale et manufacturière doivent être +élus par les collèges électoraux, appelés à les nommer, conformément +à l'acte joint à celui énoncé en l'article précédent.</p> + +<p>5. Les députés nommés par les assemblées électorales se +rendront à Paris pour assister à l'assemblée du Champ-de-Mai, +et pouvoir composer la chambre des représentans, que +nous nous proposons de convoquer après la proclamation de +*de l'acceptation de l'acte constitutionnel.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 24 mai 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation des fédérés de +Paris.</i></p> + +<p>Soldats fédérés des faubourgs St.-Antoine et St.-Marceau,</p> + +<p>Je suis revenu seul, parce que je comptais sur le peuple +des villes, les habitans des campagnes et les soldats de l'armée, +dont je connaissais l'attachement à l'honneur national. +Vous avez tous justifié ma confiance. J'accepte votre offre. Je +vous donnerai des armes; je vous donnerai pour vous guider +des officiers couverts d'honorables blessures et accoutumés à +voir fuir l'ennemi devant eux. Vos bras robustes et faits aux +pénibles travaux, sont plus propres que tous autres au maniement +des armes. Quant au courage, vous êtes Français; vous +serez les éclaireurs de la garde nationale. Je serai sans inquiétude +pour la capitale, lorsque la garde nationale et vous vous +serez chargés de sa défense; et s'il est vrai que les étrangers +persistent dans le projet impie d'attenter à notre indépendance +et à notre honneur, je pourrai profiter de la victoire sans être +arrêté par aucune sollicitude.</p> + +<p>Soldats fédérés, s'il est des hommes dans les hautes classes +de la société, qui aient déshonoré le nom français, l'amour de +la patrie et le sentiment d'honneur national se sont conservés +tout entiers dans le peuple des villes, les habitans des campagnes +et les soldats de l'armée. Je suis content de vous voir. +J'ai confiance en vous: <i>Vive la Nation!</i></p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 1er juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur au Champ-de-Mai.</i></p> + +<p>Messieurs les électeurs des collèges de département et d'arrondissement,</p> + +<p>Messieurs les députés de l'armée de terre et de mer au +Champ-de-Mai,</p> + +<p>Empereur, consul, soldat, je tiens tout du peuple. Dans +la prospérité, dans l'adversité, sur le champ de bataille, au +conseil, sur le trône, dans l'exil, la France a été l'objet unique +et constant de mes pensées et de mes actions.</p> + +<p>Comme ce roi d'Athènes, je me suis sacrifié pour mon +peuple dans l'espoir de voir se réaliser la promesse donnée de +conserver à la France son intégrité naturelle, ses honneurs et +ses droits.</p> + +<p>L'indignation de voir ces droits sacrés, acquis par vingt-cinq +années de victoires, méconnus et perdus à jamais, le cri +de l'honneur français flétri, les voeux de la nation m'ont ramené +sur ce trône qui m'est cher parce qu'il est le <i>palladium</i> +de l'indépendance, de l'honneur et des droits du peuple.</p> + +<p>Français, en traversant au milieu de l'allégresse publique +les diverses provinces de l'empire pour arriver dans ma capitale, +j'ai dû compter sur une longue paix; les nations sont +liées par les traités conclus par leurs gouvernemens, quels +qu'ils soient.</p> + +<p>Ma pensée se portait alors toute entière sur les moyens de +fonder notre liberté par une constitution conforme à la volonté +et à l'intérêt du peuple. J'ai convoqué le Champ-de-Mai.</p> + +<p>Je ne tardai pas à apprendre que les princes qui ont méconnu +tous les principes, froissé l'opinion et les plus chers intérêts +de tant de peuples, veulent nous faire la guerre. Ils méditent +d'accroître le royaume des Pays-Bas, de lui donner pour barrières +toutes nos places frontières du nord, et de concilier les +différens qui les divisent encore, en se partageant la Lorraine +et l'Alsace.</p> + +<p>Il a fallu se préparer à la guerre.</p> + +<p>Cependant, devant courir personnellement les hasards des +combats, ma première sollicitude a dû être de constituer sans +retard la nation. Le peuple a accepté l'acte que je lui ai +présenté.</p> + +<p>Français, lorsque nous aurons repoussé ces injustes agressions, +et que l'Europe sera convaincue de ce qu'on doit aux +droits et à l'indépendance de vingt-huit millions de Français, +une loi solennelle, faite dans les formes voulues par l'acte +constitutionnel, réunira les différentes dispositions de nos +constitutions aujourd'hui éparses.</p> + +<p>Français, vous allez retourner dans vos départemens. Dites +aux citoyens que les circonstances sont grandes!!! Qu'avec +de l'union, de l'énergie et de la persévérance, nous sortirons +victorieux de cette lutte d'un grand peuple contre ses oppresseurs; +que les générations à venir scruteront sévèrement +notre conduite; qu'une nation a tout perdu quand elle a perdu +l'indépendance. Dites-leur que les rois étrangers que j'ai +élevés sur le trône, ou qui me doivent la conservation de leur +couronne, qui, tous, au temps de ma prospérité, ont brigué +mon alliance et la protection du peuple français, dirigent aujourd'hui +tous leurs coups contre ma personne. Si je ne voyais +que c'est à la patrie qu'ils en veulent, je mettrais à leur merci +cette existence contre laquelle ils se montrent si acharnés. +Mais dites aussi aux citoyens, que tant que les Français me +conserveront les sentimens d'amour dont ils me donnent tant +de preuves, cette rage de nos ennemis sera impuissante.</p> + +<p>Français, ma volonté est celle du peuple; mes droits sont +les siens; mon honneur, ma gloire, mon bonheur, ne peuvent +être autres que l'honneur, la gloire et le bonheur de la +France.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 7 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à l'ouverture de la chambre des +représentans.</i></p> + +<p>Messieurs de la chambre des pairs et de la chambre des +représentans, depuis trois mois les circonstances et la confiance +du peuple m'ont investi d'un pouvoir illimité, et je viens +aujourd'hui remplir le premier désir et le besoin le plus pressant +de mon coeur en ouvrant votre session et en commençant +ainsi la monarchie constitutionnelle.</p> + +<p>Les hommes sont impuissans pour fixer les destinées des +nations; ce n'est que par des institutions sages que leur prospérité +peut être établie sur des bases solides. La monarchie +est nécessaire à la France pour assurer sa liberté et son indépendance. +Nos constitutions sont encore éparses, et un de +nos premiers soins sera de les réunir et d'en coordonner les +différentes parties en un seul corps de loi. Ce travail recommandera +l'époque actuelle à la postérité. J'ambitionne de voir +la France jouir de toute la liberté possible, je dis possible, +parce que l'anarchie conduit les peuples au despotisme.</p> + +<p>Une coalition formidable d'empereurs et de rois en veut à +notre indépendance; la frégate <i>la Melpomène</i> a été prise, +après un combat sanglant, par un vaisseau anglais de 74; +ainsi le sang a coulé pendant la paix. Nos ennemis comptent +sur nos dissensions intestines, et cherchent à en profiter; on +communique aujourd'hui avec Gand comme on communiquait +en 1789 avec Coblentz.</p> + +<p>Des mesures législatives seront nécessaires pour réprimer +ces complots; je confie à vos lumières et à votre patriotisme +les destinées de la France et la sûreté de ma personne. La +liberté de la presse est inhérente à nos institutions; on n'y +peut rien changer sans porter atteinte à la liberté civile, mais +des lois sages seront nécessaires pour en prévenir les abus: +je recommande à votre attention cet objet important.</p> + +<p>Mes ministres vous feront connaître successivement la +situation de nos affaires: nos finances offriraient de plus +grandes ressources sans les sacrifices indispensables qu'ont +exigés les circonstances, et si les sommes portées dans le +budget rentraient aux époques déterminées. Il est possible +que le premier devoir des princes m'appelle à la tête des enfans +de la patrie. L'armée et moi nous ferons notre devoir. +Vous, pairs, et vous, représentans, secondez nos efforts en +entretenant la confiance par votre attachement au prince et +à la patrie, et la cause sainte du peuple triomphera. +Paris, 11 juin 1815.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation de la chambre des +pairs.</i></p> + +<p>Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre +des pairs,</p> + +<p>La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse. +L'entraînement de la prospérité n'est pas le danger qui nous +menace aujourd'hui. C'est sous les Fourches Caudines que les +étrangers veulent nous faire passer!</p> + +<p>La justice de notre cause, l'esprit public de la nation et le +courage de l'armée, sont de puissans motifs pour espérer des +succès; mais si nous avions des revers, c'est alors surtout que +j'aimerais à voir déployer toute l'énergie de ce grand peuple; +c'est alors que je trouverais dans la chambre des pairs des +preuves d'attachement à la patrie et à moi.</p> + +<p>C'est dans les temps difficiles que les grandes nations, +comme les grands hommes, déploient toute l'énergie de leur +caractère, et deviennent un objet d'admiration pour la postérité.</p> + +<p>Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre +des pairs, je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez +au nom de la chambre.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Paris, 11 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation de la chambre des +représentans.</i></p> + +<p>Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre +des représentans,</p> + +<p>Je retrouve avec satisfaction mes propres sentimens dans +ceux que vous m'exprimez. Dans ces graves circonstances, +ma pensée est absorbée par la guerre imminente, au succès de +laquelle sont attachés l'indépendance et l'honneur de la +France.</p> + +<p>Je partirai cette nuit pour me rendre à la tête de mes armées; +les mouvemens des différens corps ennemis y rendent +ma présence indispensable. Pendant mon absence, je verrais +avec plaisir qu'une commission nommée par chaque chambre +méditât sur nos constitutions.</p> + +<p>La constitution est notre point de ralliement; elle doit +être notre étoile polaire dans ces momens d'orage. Toute discussion +publique qui tendrait à diminuer directement ou indirectement +la confiance qu'on doit avoir dans ses dispositions, +serait un malheur pour l'état; nous nous trouverions +au milieu des écueils, sans boussole et sans direction. La +crise où nous sommes engagés est forte. N'imitons pas l'exemple +du Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés par les Barbares, +se rendit la risée de la postérité en s'occupant de discussions +abstraites, au moment où le bélier brisait les portes +de la ville.</p> + +<p>Indépendamment des mesures législatives qu'exigent les +circonstances de l'intérieur, vous jugerez peut être utile de +vous occuper des lois organiques destinées à faire marcher la +constitution. Elles peuvent être l'objet de vos travaux publics +sans avoir aucun inconvénient.</p> + +<p>Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre +des représentons, les sentimens exprimés dans votre adresse +me démontrent assez l'attachement de la chambre à ma personne, +et tout le patriotisme dont elle est animée. Dans toutes +les affaires, ma marche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi +à sauver la patrie. Premier représentant du peuple, +j'ai contracté l'obligation que je renouvelle, d'employer dans +des temps plus tranquilles toutes les prérogatives de la couronne +et le peu d'expérience que j'ai acquis, à vous seconder +dans l'amélioration de nos institutions.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Charleroy, le 15 juin, à neuf heures du soir.</p> + +<p class="milieu">NOUVELLES DE L'ARMÉE EN 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>(Extrait du Moniteur.)</i></p> + +<p>L'armée a forcé la Sambre, pris Charleroy, et poussé des +avant-gardes à moitié chemin de Charleroy à Namur, et de +Charleroy à Bruxelles. Nous avons fait quinze cents prisonniers, +et enlevé six pièces de canon. Quatre régimens prussiens +ont été écrasés. L'empereur a perdu peu de monde, +mais il a fait une perte qui lui est très-sensible, c'est celle de +son aide-de-camp, le général Letort, qui a été tué sur le plateau +de Fleurus, en commandant une charge de cavalerie.</p> + +<p>L'enthousiasme des habitans de Charleroy, et de tous les +pays que nous traversons, ne peut se décrire.</p> + +<p>Dès le 13, l'empereur était arrivé à Beaumont. Sur toute +la route, des arcs de triomphe étaient élevés dans toutes les +villes, dans les moindres villages. Le 14, S. M. avait passé +l'armée en revue, et porté son enthousiasme au comble par +la proclamation suivante, datée d'Avesnes le même jour.</p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland, +qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, +comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes +trop généreux; nous crûmes aux protestations et aux sermens +des princes que nous laissâmes sur le trône. Aujourd'hui cependant, +coalisés entre eux, ils en veulent à l'indépendance +et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont commencé la +plus injuste des agressions; marchons à leur rencontre: eux +et nous, ne sommes-nous plus les mêmes hommes!</p> + +<p>Soldats, à Jéna, contre ces mêmes Prussiens aujourd'hui +si arrogans, vous étiez un contre trois, et à Montmirail un +contre six. Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des +Anglais, vous fassent le récit de leurs pontons et des maux +affreux qu'ils y ont soufferts.</p> + +<p>Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la +confédération du Rhin gémissent d'être obligés de prêter +leurs bras à la cause de princes ennemis de la justice et des +droits de tous les peuples. Ils savent que cette coalition est +insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais, +douze millions d'Italiens, un million de Saxons, six millions +de Belges, elle devra dévorer les états du second ordre de +l'Allemagne.</p> + +<p>Les insensés! un moment de prospérité les aveugle; l'oppression +et l'humiliation du peuple français sont hors de leur +pouvoir.</p> + +<p>S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.</p> + +<p>Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles +à livrer, des périls à courir; mais, avec de la constance, +la victoire sera à nous; les droits de l'homme et le +bonheur de la patrie seront reconquis. Pour tout Français +qui a du coeur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Charleroi, le 15 juin au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>(Extrait du Moniteur.)</i></p> + +<p>Le 14, l'armée était placée de la manière suivante.</p> + +<p>Le quartier impérial à Beaumont.</p> + +<p>Le premier corps, commandé par le général d'Erlon, était +à Solre, sur la Sambre.</p> + +<p>Le deuxième corps, commandé par le général Reille, était +à Ham-sur-Heure.</p> + +<p>Le troisième corps, commandé par le général Vandamme, +était sur la droite de Beaumont.</p> + +<p>Le quatrième corps, commandé par le général Gérard, arrivait +à Philippeville.</p> + +<p>Le 15, à trois heures du matin, le général Reille attaqua +l'ennemi et se porta sur Marchiennes-au-Pont. Il eût différens +engagemens, dans lesquels sa cavalerie chargea un bataillon +prussien et fit trois cents prisonniers.</p> + +<p>A une heure du matin, l'empereur était à Jamignan-sur-Heure.</p> + +<p>La division de cavalerie légère du général Daumont sabra +deux bataillons prussiens et fit quatre cents prisonniers.</p> + +<p>Le général Pajol entra à Charleroi à midi. Les sapeurs et +les marins de la garde étaient à l'avant-garde, pour réparer les +ponts. Ils pénétrèrent les premiers en tirailleurs dans la ville.</p> + +<p>Le général Clari, avec le premier de hussards, se porta +sur Gosselines, sur la route de Bruxelles, et le général Pajol +sur Gilly, sur la roule de Namur.</p> + +<p>A trois heures après midi, le général Vandamme déboucha +avec son corps sur Gilly.</p> + +<p>Le maréchal Grouchy arriva avec la cavalerie du général +Excelmans.</p> + +<p>L'ennemi occupait la gauche de la position de Fleurus; à +cinq heures après-midi, l'empereur ordonna l'attaque. La position +fut tournée et enlevée. Les quatre escadrons de service +de la garde, commandés par le général Letort, aide-de-camp +de l'empereur, enfoncèrent trois carrés; les vingt-sixième, +vingt-septième et vingt-huitième régimens prussiens furent +mis en déroute. Nos escadrons sabrèrent quatre à cinq cents +hommes et firent cent cinquante prisonniers.</p> + +<p>Pendant ce temps, le général Reille passait la Sambre à +Marchiennes-au-Pont, pour se porter sur Gosselies avec les +divisions du prince Jérôme et du général Bachelu, attaquait +l'ennemi, lui faisait deux cent cinquante prisonniers, et le +poursuivait sur la route de Bruxelles.</p> + +<p>Nous devînmes ainsi maîtres de toute la position de Fleurus.</p> + +<p>A huit heures du soir, l'empereur rentra à son quartier-général +à Charleroi.</p> + +<p>Cette journée coûte à l'ennemi cinq pièces de canon et deux +mille hommes, dont mille prisonniers. Notre perte est de dix +hommes tués et de quatre-vingt blessés, la plupart des escadrons +de service qui ont fait les charges, et des trois escadrons du +vingtième de dragons, qui ont aussi chargé un carré +avec la plus grande intrépidité. Notre perte, légère quant au +nombre, a été sensible à l'empereur, par la blessure grave +qu'a reçue le général Letort, son aide-de-camp, en chargeant +à la tête des escadrons de service. Cet officier est de la +plus grande distinction; il a été frappé d'une balle au bas-ventre, +et le chirurgien fait craindre que sa blessure ne soit +mortelle.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Charleroi quelques magasins. La joie +des Belges ne saurait se décrire. Il y a des villages qui, à la +vue de leurs libérateurs, ont formé des danses, et partout +c'est un élan qui part du coeur.</p> + +<p>Dans le rapport de l'état-major-général on insérera les noms +des officiers et soldats qui se sont distingués.</p> + +<p>L'empereur a donné le commandement de la gauche au +prince de la Moskowa, qui a eu le soir son quartier-général +aux Quatre-Chemins, sur la route de Bruxelles.</p> + +<p>Le duc de Trévise, à qui l'empereur avait donné le commandement +de la jeune garde, est resté à Beaumont, malade +d'une sciatique qui l'a forcé de se mettre au lit.</p> + +<p>Le quatrième corps, commandé par le général Gérard, +arrive ce soir au Châtelet. Le général Gérard a rendu compte +que le lieutenant-général Bourmont, le colonel Clouet et le +chef d'escadron Villoutreys ont passé à l'ennemi.</p> + +<p>Un lieutenant du onzième de chasseurs a également passé +à l'ennemi.</p> + +<p>Le major-général a ordonné que ces déserteurs fussent sur-le-champ +jugés conformément aux lois.</p> + +<p>Rien ne peut peindre le bon esprit et l'ardeur de l'armée. +Elle regarde comme un événement heureux la désertion de +ce petit nombre de traîtres qui se démasquent ainsi.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Philippeville, le 19 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>(Extrait du Moniteur.)</i></p> + +<p>Le 17, à dix heures du soir, l'armée anglaise occupa +Mont-Saint-Jean par son centre, se trouva en position en +avant de la forêt de Soignes: il aurait fallu pouvoir disposer +de trois heures pour l'attaquer, on fut donc obligé de remettre +au lendemain.</p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur fut établi à la ferme de +Caillou près Planchenois. La pluie tombait par torrens.</p> + +<p><i>Bataille de Mont-Saint-Jean.</i></p> + +<p>A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminué, +le premier corps se mit en mouvement, et se plaça, la gauche +à la route de Bruxelles, et vis-à-vis le village de Mont-Saint-Jean, +qui paraissait le centre de la position de l'ennemi. Le +second corps appuya sa droite à la route de Bruxelles, et sa +gauche à un petit bois à portée de canon de l'armée anglaise. +Les cuirassiers se portèrent en réserve derrière, et la garde +en réserve sur les hauteurs. Le sixième corps avec la cavalerie +du général d'Aumont, sous les ordres du comte Lobau, fut +destiné à se porter en arrière de notre droite, pour s'opposer +à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal +Grouchy, et être dans l'intention de tomber sur notre flanc +droit, intention qui nous avait été connue par nos rapports, +et par une lettre d'un général prussien, que portait une ordonnance +prise par nos coureurs.</p> + +<p>Les troupes étaient pleines d'ardeur. On estimait les forces +de l'armée anglaise à quatre-vingt mille hommes; on supposait +qu'un corps prussien qui pouvait être en mesure vers le +soir, pouvait être de quinze mille hommes. Les forces ennemies +étaient donc de plus de quatre-vingt-dix mille hommes, +les nôtres moins nombreuses.</p> + +<p>A midi, tous les préparatifs étant terminés, le prince +Jérôme, commandant une division du deuxième corps, et +destiné à en former l'extrême gauche, se porta sur le bois dont +l'ennemi occupait une partie. La canonnade s'engagea; l'ennemi +soutint par trente pièces de canon les troupes qu'il avait +envoyées pour garder le bois. Nous fîmes aussi de notre côté +des dispositions d'artillerie. A une heure, le prince Jérôme +fut maître de tout le bois, et toute l'armée anglaise se replia +derrière un rideau. Le comte d'Erlon attaqua alors le village +de Mont-Saint-Jean, et fit appuyer son attaque par quatre-vingts +pièces de canon. Il s'engagea là une épouvantable canonnade, +qui dut beaucoup faire souffrir l'armée anglaise. +Tous les coups portaient sur le plateau. Une brigade de la +première division du comte d'Erlon s'empara du village de +Mont-Saint-Jean; une seconde brigade fut chargée par un +corps de cavalerie anglaise, qui lui fit éprouver beaucoup de +perte. Au même moment, une division de cavalerie anglaise +chargea la batterie du comte d'Erlon par sa droite, et désorganisa +plusieurs pièces; mais les cuirassiers du général Milbaud +chargèrent cette division, dont trois régimens furent +rompus et écharpés.</p> + +<p>Il était trois heures après midi. L'empereur fit avancer la +garde pour la placer dans la plaine, sur le terrain qu'avait +occupé le premiers corps au commencement de l'action, ce +corps se trouvant déjà en avant. La division prussienne, dont +on avait prévu le mouvement, s'engagea alors avec les tirailleurs +du comte Lobau, en prolongeant son feu sur tout notre +flanc droit. 11 était convenable, avant de rien entreprendre +ailleurs, d'attendre l'issue qu'aurait cette attaque. A cet effet, +tous les moyens de la réserve étaient prêts à se porter au secours +du comte Lobau, et à écraser le corps prussien lorsqu'il +se serait avancé.</p> + +<p>Cela fait, l'empereur avait le projet de mener une attaque +par le village de Mont-Saint-Jean, dont on espérait un succès +décisif; mais par un mouvement d'impatience, si fréquent +dans nos annales militaires, et qui nous a été souvent si funeste, +la cavalerie de réserve s'étant aperçue d'un mouvement +rétrograde que faisaient les Anglais pour se mettre à l'abri de +nos batteries, dont ils avaient déjà tant souffert, couronna les +hauteurs de Mont-Saint-Jean et chargea l'infanterie. Ce mouvement, +qui, fait à temps, et soutenu par les réserves, devait +décider de la journée, fait isolément et avant que les affaires +de la droite ne fussent terminées, devint funeste.</p> + +<p>N'y ayant aucun moyen de le contremander, l'ennemi montrant +beaucoup de masses d'infanterie et de cavalerie, et les +deux divisions de cuirassiers étant engagées, toute notre cavalerie +courut au même moment pour soutenir ses camarades.</p> + +<p>Là, pendant trois heures, se firent de nombreuses charges +gui nous valurent l'enfoncement de plusieurs carrés et six +drapeaux de l'infanterie anglaise, avantage hors de proportion +avec les pertes qu'éprouvait notre cavalerie par la mitraille +et les fusillades.</p> + +<p>Il était impossible de disposer de nos réserves d'infanterie +jusqu'à ce qu'on eût repoussé l'attaque de flanc du corps +prussien. Cette attaque se prolongeait toujours et perpendiculairement +sur notre flanc droit; l'empereur y envoya le général +Duhesme avec la jeune garde et plusieurs batteries de +réserve. L'ennemi fut contenu, fut repoussé, et recula: il +avait épuisé ses forces, et l'on n'en avait plus rien à craindre. +C'est ce moment qui était celui indiqué pour une attaque sur +le centre de l'ennemi. Comme les cuirassiers souffraient par +la mitraille, on envoya quatre bataillons de la moyenne garde +pour protéger les cuirassiers, soutenir la position, et, si cela +était possible, dégager et faire reculer dans la plaine une partie +de notre cavalerie.</p> + +<p>On envoya deux autres bataillons pour se tenir en potence +sur l'extrême gauche de la division qui avait manoeuvré sur +nos flancs, afin de n'avoir de ce côté aucune inquiétude; le +reste fut disposé en réserve, partie pour occuper la potence +en arrière de Mont-Saint-Jean, partie sur le plateau en arrière +du champ de bataille qui formait notre position en retraite.</p> + +<p>Dans cet état de choses, la bataille était gagnée; nous occupions +toutes les positions que l'ennemi occupait au commencement +de l'action; notre cavalerie ayant été trop tôt et +mal employée, nous ne pouvions plus espérer de succès décisifs. +Mais le maréchal Grouchy ayant appris le mouvement +du corps prussien, marchait sur le derrière de ce corps, ce +qui nous assurait un succès éclatant pour la journée du lendemain. +Après huit heures de feu et de charges d'infanterie +et de cavalerie, toute l'armée voyait avec satisfaction la bataille +gagnée et le champ de bataille en notre pouvoir.</p> + +<p>Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la +moyenne garde qui avaient été envoyés sur le plateau au-delà +de Mont-Saint-Jean pour soutenir les cuirassiers, étant +gênés par la mitraille, marchèrent à la baïonnette pour enlever +les batteries. Le jour finissait; une charge faite sur leur +flanc par plusieurs escadrons anglais les mit en désordre; +les fuyards repassèrent le ravin; les régimens voisins qui virent +quelques troupes appartenant à la garde à la débandade, +crurent que c'était de la vieille garde et s'ébranlèrent: les +cris <i>tout est perdu, la garde est repoussée</i>, se firent entendre; +les soldats prétendent même que sur plusieurs points, des +malveillans apostés ont crié <i>sauve qui peut!</i> Quoi qu'il en +soit, une terreur panique se répandit tout à la fois sur tout +le champ de bataille; on se précipita dans le plus grand désordre +sur la ligne de communication; les soldats, les canonniers, +les caissons se pressaient pour y arriver; la vieille garde, +qui était en réserve, en fut assaillie, et fut elle-même entraînée.</p> + +<p>Dans un instant, l'armée ne fut plus qu'une masse confuse; +toutes les armes étaient mêlées, et il était impossible de reformer +un corps. L'ennemi, qui s'aperçut de cette étonnante +confusion, fit déboucher des colonnes de cavalerie; le désordre +augmenta; la confusion de la nuit empêcha de rallier les troupes +et de leur montrer leur erreur.</p> + +<p>Ainsi une bataille terminée, une journée de fausses mesures +réparées, de plus grands succès assurés pour le lendemain, +tout fut perdu par un moment de terreur panique. +Les escadrons même de service, rangés à côté de l'empereur, +furent culbutés et désorganisés par ces flots tumultueux, et +il n'y eut plus d'autre chose à faire que de suivre le torrent. +Les parcs de réserve, les bagages qui n'avaient point repassé +la Sambre, et tout ce qui était sur le champ de bataille sont +restés au pouvoir de l'ennemi. Il n'y a eu même aucun moyen +d'attendre les troupes de notre droite; on sait ce que c'est que +la plus brave armée du monde, lorsqu'elle est mêlée et que +son organisation n'existe plus.</p> + +<p>L'empereur a passé la Sambre à Charleroi le 19, à cinq +heures du matin; Philippeville et Avesne ont été donnés pour +points de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand et les +autres généraux y ont déjà rallié une partie de l'armée. Le +maréchal Grouchy, avec le corps de la droite, opère son mouvement +sur la Basse-Sambre.</p> + +<p>La perte de l'ennemi doit avoir été très-grande, à en juger +par les drapeaux que nous lui avons pris, et par les pas rétrogrades +qu'il avait faits. La nôtre ne pourra se calculer +qu'après le ralliement des troupes. Avant que le désordre +éclatât, nous avions déjà éprouvé des pertes considérables, +surtout dans notre cavalerie, si funestement et pourtant si +bravement engagée. Malgré ces pertes, cette valeureuse cavalerie +a constamment gardé la position qu'elle avait prise +aux Anglais, et ne l'a abandonnée que quand le tumulte et le +désordre du champ de bataille l'y ont forcée. Au milieu de +la nuit et des obstacles qui encombraient la route, elle n'a pu +elle-même conserver son organisation.</p> + +<p>L'artillerie, comme à son ordinaire, s'est couverte de gloire. +Les voitures du quartier-général étaient restées dans leur position +ordinaire, aucun mouvement rétrograde n'ayant été +jugé nécessaire. Dans le cours de la nuit, elles sont tombées +entre les mains de l'ennemi.</p> + +<p>Telle a été l'issue de la bataille de Mont-Saint-Jean, glorieuse +pour les armées françaises, et pourtant si funeste.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Philipeville, 19 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Extrait d'une lettre de l'empereur à son frère Joseph.</i></p> + +<p>..... Tout n'est point perdu; je suppose qu'il me restera, +en réunissant mes forces, cent cinquante mille hommes. Les +fédérés et les gardes nationaux qui ont du coeur, me fourniront +cent mille hommes; les bataillons de dépôt cinquante +mille. J'aurai donc trois cents mille soldats à opposer de suite +à l'ennemi; j'attellerai l'artillerie avec des chevaux de luxe; je +lèverai cent mille conscrits; je les armerai avec les fusils des +royalistes et des mauvaises gardes nationales; je ferai lever en +masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, +la Champagne; j'accablerai l'ennemi; mais il faut qu'on +m'aide et qu'on ne m'étourdisse point. Je vais à Laon; j'y +trouverai sans doute du monde. Je n'ai point entendu parler +de Grouchy. S'il n'est point pris (comme je le crains), je +puis avoir dans trois jours cinquante mille hommes; avec cela +j'occuperai l'ennemi et je donnerai le temps à Paris et à la +France de faire leur devoir. Les Autrichiens marchent lentement; +les Prussiens craignent les paysans et n'osent pas trop +s'avancer. Tout peut se réparer encore; écrivez-moi l'effet que +cette horrible échauffourée aura produit dans la chambre. Je +crois que les députés se pénétreront que leur devoir, dans +cette grande circonstance, est de se réunir à moi pour sauver +la France. Préparez-les à me seconder dignement; surtout du +courage et de la fermeté.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Le 20 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Fragment d'un discours de l'empereur dans une séance du +conseil d'état, tenue à l'Elysée.</i></p> + +<p>.... Je n'ai plus d'armée, je n'ai plus que des fuyards. Je +retrouverai des hommes, mais comment les armer? Je n'ai +plus de fusils. Cependant avec de l'union, tout pourrait se +réparer. J'espère que les députés me seconderont, qu'ils sentiront +la responsabilité qui va peser sur eux; vous avez mal +jugé, je crois, de leur esprit; la majorité est bonne, est française. +Je n'ai contre moi que Lafayette, Lanjuinais, Flaugergues +et quelques autres. Ils ne veulent pas de moi, je le +sais, je les gêne. Ils voudraient travailler pour eux..... Je ne +les laisserai pas faire. Ma présence ici les contiendra.....</p> + +<p>..... Nos malheurs sont grands. Je suis venu pour les réparer, +pour imprimer à la nation, à l'armée, un grand et noble +mouvement. Si la nation se lève, l'ennemi sera écrasé; si, au +lieu de levée, de mesures extraordinaires, on dispute, tout +est perdu. L'ennemi est en France. J'ai besoin, pour sauver +la patrie, d'un grand pouvoir, d'une dictature temporaire. +Dans l'intérêt de la nation, je pourrais me saisir de ce pouvoir, +mais il serait utile et plus national qu'il me fût donné +par les chambres....</p> + +<p>.....La présence de l'ennemi sur le sol national rendra, je +l'espère, aux députés, le sentiment de leurs devoirs. La nation +ne les a pas envoyés pour me renverser, mais pour me +soutenir. Je ne les crains point. Quelque chose qu'ils fassent, +je serai toujours l'idole du peuple et de l'armée. Si je disais +un mot, ils seraient tous assommés. Mais en ne craignant rien +pour moi, je crains tout pour la France. Si nous nous querellons +entre nous au lieu de nous entendre, nous aurons le +sort du Bas-Empire, tout sera perdu. Le patriotisme de la +nation, son attachement à ma personne, nous offrent encore +d'immenses ressources, notre cause n'est point désespérée.....</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Au palais de l'Elysée, le 22 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Déclaration au peuple français.</i></p> + +<p>Français! en commençant la guerre pour soutenir l'indépendance +nationale, je comptais sur la réunion de tous les +efforts, de toutes les volontés, et le concours de toutes les autorités +nationales. J'étais fondé à en espérer le succès, et j'avais +bravé toutes les déclarations des puissances contre moi. Les +circonstances paraissent changées. Je m'offre en sacrifice à la +haine des ennemis de la France. Puissent-ils être sincères +dans leurs déclarations, et n'en avoir jamais voulu qu'à ma +personne! Ma vie politique est terminée, et je proclame mon +fils sous le titre de Napoléon II, empereur des Français. Les +ministres actuels formeront provisoirement le conseil de gouvernement. +L'intérêt que je porte à mon fils m'engage à inviter +les chambres à organiser sans délai la régence par une loi. +Unissez-vous tous pour le salut public et pour rester une nation +indépendante.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 22 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation de la chambre +des représentans, envoyée pour le féliciter sur sa seconde +abdication.</i></p> + +<p>Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez; je +désire que mon abdication puisse faire le bonheur de la +France, <i>mais je ne l'espère point</i>; elle laisse l'état sans chef, +sans existence politique. Le temps perdu à renverser la monarchie +aurait pu être employé à mettre la France en état +d'écraser l'ennemi. Je recommande à la chambre de renforcer +promptement les armées; qui veut la paix doit se préparer à +la guerre. Ne mettez pas cette grande nation à la merci des +étrangers. Craignez d'être déçus dans vos espérances. <i>C'est +là qu'est le danger.</i> Dans quelque position que je me trouve, +je serai toujours bien si la France est heureuse.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 23 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de Napoléon aux ministres, en apprenant que la +chambre des représentans venait de nommer une commission +de gouvernement composée de cinq membres.</i></p> + +<p>Je n'ai point abdiqué en faveur d'un nouveau directoire; +j'ai abdiqué en faveur de mon fils. Si on le proclame point, +mon abdication est nulle et non avenue. Les chambres savent +bien que le peuple, l'armée, l'opinion, le désirent, le veulent, +mais l'étranger les retient. Ce n'est point en se présentant devant +les alliés, l'oreille basse et le genou à terre, qu'elles les +forceront à reconnaître l'indépendance nationale. Si elles +avaient eu le sentiment de leur position, elles auraient proclamé +spontanément Napoléon II. Les étrangers auraient vu +alors que vous saviez avoir une volonté, un but, un point de +ralliement; ils auraient vu que le 20 mars n'était point une +affaire de parti, un coup de factieux, mais le résultat de l'attachement +des Français à ma personne et à ma dynastie. L'unanimité +nationale auraient plus agi sur eux que toutes vos +basses et honteuses déférences.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">La Malmaison, le 25 juin 1815.</p> + +<p class="milieu">PROCLAMATION.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux braves soldats de l'armée devant Paris.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Quand je cède à la nécessité qui me force de m'éloigner de +la brave armée française, j'emporte avec moi l'heureuse certitude +qu'elle justifiera par les services éminens que la patrie +attend d'elle, les éloges que nos ennemis eux-mêmes ne peuvent +pas lui refuser.</p> + +<p>Soldats! je suivrai vos pas, quoiqu'absent. Je connais tous +les corps, et aucun d'eux ne remportera un avantage signalé +sur l'ennemi, que je ne rende justice au courage qu'il aura +déployé. Vous et moi nous avons été calomniés. Des hommes +indignes d'apprécier vos travaux ont vu, dans les marques +d'attachement que vous m'avez données, un zèle dont j'étais +le seul objet; que vos succès futurs leur apprennent que c'était +la patrie pardessus tout que vous serviez en m'obéissant; +et que si j'ai quelque part à votre affection, je la dois à mon +ardent amour pour la France, notre mère commune.</p> + +<p>Soldats! encore quelques efforts et la coalition est dissoute. +Napoléon vous reconnaîtra aux coups que vous allez porter.</p> + +<p>Sauvez l'honneur, l'indépendance des Français; soyez jusqu'à +la fin, tels que je vous ai connus depuis vingt ans, et +vous serez invincibles!</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + + +<p class="droite">Paris, 25 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à un membre de la chambre des +représentans, en apprenant que MM. de Lafayette, de +Pontécoulant, de Laforêt, d'Argenson, Sébastiani et +Benjamin Constant (ce dernier en qualité de secrétaire), +étaient nommés par le gouvernement provisoire pour se +rendre auprès des souverains alliés.</i></p> + +<p>...........Lafayette, Sébastiani, Pontécoulant, Benjamin +Constant ont conspiré contre moi; ils sont mes ennemis, et +les ennemis du père ne seront jamais les amis du fils. Les +chambres, d'ailleurs, n'ont point assez d'énergie pour avoir +une volonté indépendante; elles obéissent à Fouché. Si +elles m'eussent donné tout ce qu'elles lui jettent à la tête, +j'aurais sauvé la France; ma présence seule à la tête de l'armée +aurait plus fait que toutes vos négociations; j'aurais obtenu +mon fils pour prix de mon abdication; vous ne l'obtiendrez +pas. Fouché n'est point de bonne foi. Il jouera les chambres, +et les alliés le joueront. Il se croit en état de tout conduire +à sa guise; il se trompe: il verra qu'il faut une main autrement +trempée que la sienne, pour tenir les rênes d'une +nation, surtout lorsque l'ennemi est chez elle.... La chambre +des pairs n'a point fait son devoir; elle s'est conduite comme +une poule mouillée. Elle a laissé insulter Lucien et détrôner +mon fils; si elle eût tenu bon, elle aurait eu l'armée pour +elle, les généraux la lui auraient donnée. Son ordre du +jour a tout perdu. Moi seul je pourrais tout réparer, mais +vos meneurs n'y consentiront jamais; ils aimeraient mieux +s'engloutir dans l'abîme que de s'unir avec moi pour le +fermer.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">La Malmaison, 27 juin 1815.</p> + +<p>En abdiquant le pouvoir, je n'ai point renoncé au plus +noble droit de citoyen, au droit de défendre mon pays.</p> + +<p>L'approche des ennemis de la capitale ne laisse plus de +doutes sur leurs intentions, sur leur mauvaise foi.</p> + +<p>Dans ces graves circonstances, j'offre mes services comme +général, me regardant encore comme le premier soldat de la +patrie.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">La Malmaison, 27 juin 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Plaintes de Napoléon à ses amis, en apprenant que les +membres du gouvernement provisoire refusaient d'acquiescer +à sa demande de servir sa patrie en qualité de +général.</i></p> + +<p>Ces gens-là sont aveuglés par l'envie de jouir du pouvoir +et de continuer de faire les souverains; ils sentent que s'ils me +replaçaient à la tête de l'armée, ils ne seraient plus que mon +ombre, et ils nous sacrifient, moi et la patrie, à leur orgueil, +à leur vanité. Ils perdront tout.... Mais pourquoi les laisserais-je +régner? J'ai abdiqué pour sauver la France, pour sauver +le trône de mon fils. Si ce trône doit être perdu, j'aime +mieux le perdre sur le champ de bataille qu'ici. Je n'ai rien +de mieux à faire pour vous tous, pour mon fils et pour moi, +que de me jeter dans les bras de mes soldats. Mon apparition +électrisera l'armée; elle foudroiera les étrangers; ils sauront +que je ne suis revenu sur le terrain que pour leur marcher sur +le corps, ou me faire tuer; et ils vous accorderaient, pour se +délivrer de moi, tout ce que vous leur demanderez. Si, au +contraire, vous me laissez ici ronger mon épée, ils se moqueront +de vous. Il faut en finir: si vos cinq empereurs ne +veulent pas de moi pour sauver la France, je me passerai de +leur consentement. Il me suffira de me montrer, et Paris et +l'armée me recevront une seconde fois en libérateur....</p> + +<p><i>(Le duc de Bassano lui représentant que les chambres +ne seraient pas pour lui)</i>... Allons, je le vois bien, il faut +toujours céder... Vous avez raison, je ne dois pas prendre sur +moi la responsabilité d'un tel événement. Je dois attendre que +la voix du peuple, des soldats et des chambres me rappelle. +Mais comment Paris ne me demande-t-il pas? On ne s'aperçoit +donc pas que les alliés ne vous tiennent aucun compte de +mon abdication? <i>(Bassano repart qu'on paraît se fier à la +générosité des souverains alliés.)</i> Cet infâme Fouché vous +trompe. La commission se laisse conduire par lui; elle aura +de grands reproches à se faire. Il n'y a là que Caulincourt et +Carnot qui vaillent quelque chose, mais ils sont mal appareillés. +Que peuvent-ils faire avec un traître (Fouché), deux +niais (Quinette et Grenier) et deux chambres qui ne savent +ce qu'elles veulent? Vous croyez tous, comme des imbéciles, +aux belles promesses des étrangers. Vous croyez qu'ils vous +mettront la poule au pot, et vous donneront un prince de +leur façon, n'est-ce pas? Vous vous abusez: Alexandre, +malgré ses grands sentimens, se laissera influencer par les +Anglais; il les craint; et l'empereur d'Autriche fera, comme +en 1814, ce que les autres voudront.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Rochefort, le 13 juillet 1815.</p> + +<p class="milieu"><i>Au prince-régent d'Angleterre.</i></p> + +<p>Altesse royale,</p> + +<p>En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié +des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière +politique, et je viens, comme Témistocle, m'asseoir +aux foyers du peuple britannique. Je me mets sous la protection +de ses lois, que je réclame de votre altesse royale, comme +le plus puissant, le plus constant et le plus généreux de mes +ennemis.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>DIVERSES PIÈCES COMMUNIQUÉES APRÈS L'IMPRESSION.</h3> +<br><br><br> + +<p class="droite">Passeriano, le 4 vendémiaire an 6.</p> + +<p class="milieu"><i>A Barcas.</i></p> + +<p>Citoyen,</p> + +<p>Je suis malade et j'ai besoin de repos; je demande ma démission, +donnes-là si tu es mon ami; deux ans dans une campagne +près de Paris rétabliraient ma santé, et redonneraient +à mon caractère la popularité que la continuité du pouvoir +ôte nécessairement... Je suis esclave de ma manière de sentir +et d'agir, et j'estime le coeur bien plus que la tête.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Du camp impérial de Boulogne, le 10 fructidor an 13.</p> + +<p class="milieu"><i>Copie d'une lettre de Napoléon à M. Dejean.</i></p> + +<p>Monsieur Dejean, le ministre de la guerre a dû vous faire +passer différens ordres, pour mettre en état de faire la guerre, +une armée d'Italie et du Rhin; vous pouvez la regarder +comme certaine. «J'ai donné des ordres pour pourvoir aux +capotes et souliers nécessaires à l'armée; faites-moi connaître +si vous avez quelque chose de disponible à Paris.» J'ai besoin +que vous donniez des ordres à tous les régimens de cavalerie +de se remonter à toute force. Je ne vois pas d'inconvénient à +leur distribuer pour cela un million. J'ai mis à votre disposition +une somme extraordinaire de deux millions deux cent +mille francs, dont un million pour l'achat de chevaux de train +et d'artillerie, et un million deux cent mille francs pour les +capotes et souliers. Occupez-vous du charrois; faites construire +à Sampigny; il y a un marché pour des transports ici; +voyez à lui donner une plus grande extension. J'imagine que +vous avez pourvu à ce que j'aie du biscuit à Mayence et +Strasbourg; j'en ai ici beaucoup. Il faut faire manger la partie +faite depuis vingt mois; il restera ici plus de vingt mille +bouches; la partie qui est faite depuis douze mois pourra être +conservée. Il se peut que les affaires s'arrangent après quelques +batailles, et que je revienne sur la côte. Faites hâter la +fourniture de draps de l'an 14, c'est de la plus grande urgence.</p> + +<p>Vous allez avoir, dans toute la cinquième division militaire, +depuis Mayence jusqu'à Schelestatt, cinq à six mille +chevaux d'artillerie, neuf mille chevaux de dragons, huit ou +neuf mille de chasseurs et de hussards, quatre à cinq mille +de grosse cavalerie, et quinze cents de la garde, indépendamment +de tous ceux de l'état-major. Je désire que le service +soit fait par la même administration qu'à Boulogne, surtout +pour le pain et la viande. Ne perdez pas un moment à faire +accaparer des vins et des eaux-de-vie à Landau, Strasbourg +et Spire. Landau sera un des principaux points de rassemblement.</p> + +<p>J'imagine que Vanderberghe envoie à Strasbourg les mêmes +individus qu'à Boulogne. Les premières divisions sont parties; +voyez-les pour cela. «Je vous ai demandé cinq cent mille +rations de biscuit à Strasbourg, je ne verrais pas d'inconvénient +à les diviser ainsi: deux cent mille à Strasbourg, deux +cent mille à Landau, et cent mille à Spire. J'attends de vous +deux états, dont le premier me fasse connaître le nombre +existant des chevaux propres au service de chaque régiment +de cavalerie; ce qui existe en caisse de leur masse, et l'état +des chevaux qu'ils peuvent se procurer: le second état me fera +connaître la situation de l'habillement de tous les corps de la +grande armée, et le temps où ils auront l'habillement de +l'an 14.» Le ministre de la guerre vous aura envoyé l'organisation +de la grande armée partagée en sept corps. Pensez +aux ambulances, et occupez-vous sans délai des détails de +l'organisation de cette immense armée. Je vous dirai, mais +pour vous seul, que je compte passer le Rhin le 5 vendémiaire; +organisez tout en conséquence. Il me reste à vous +ajouter que cette lettre doit être pour vous seul, et qu'elle +ne doit être lue par personne. Dissimulez, dîtes que je fais +seulement marcher trente mille hommes pour garantir mes +frontières du Rhin. Avec les chefs de service auxquels on ne +peut rien dissimuler, vous leur ferez sentir l'importance de +dire la même chose que vous. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous +ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Ingolstadt, le 18 avril 1809, à cinq heures du soir.</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction.</i></p> + +<p>Le capitaine Galbois retournera sur-le-champ près du maréchal +Davoust; il passera par Vohbourg et Neustadt, et de +là à Ratisbonne: aussitôt qu'il aura causé avec le maréchal +Davoust, il reviendra me rendre compte.</p> + +<p>Il fera connaître au maréchal Davoust qu'il apprendra ce +qui s'est passé dans la journée au corps du duc de Dantzick; +que je n'en ai aucune connaissance, mais que je suppose que +le corps du duc de Dantzick, fort de trente mille hommes, a +battu la plaine jusqu'à l'Isère, et l'a secouru si cela a été nécessaire.</p> + +<p>Le général Demont est à Vohbourg avec sa division, huit +mille hommes de cavalerie.</p> + +<p>La division Nansouty et la cavalerie wurtembergeoise sont +en colonne sur la route d'ici à Vohbourg.</p> + +<p>Le général Vandamme, avec douze mille Wurtembergeois, +couche ce soir à Ingolstadt.</p> + +<p>Le duc de Rivoli, avec le général Oudinot et quatre-vingt +mille hommes, doivent arriver à Pfaffenhoffen.</p> + +<p>L'empereur, à une heure du matin, se décidera à se porter +de sa personne à Neustadt, après qu'il aura reçu le rapport +de la journée; il lui importe donc bien de connaître la situation +du duc d'Auerstaedt et des différens corps de l'ennemi.</p> + +<p>Si cela ne détourne pas cet officier, il verra le général +Wrede ou le duc de Dantzick, pour causer avec eux et leur +donner connaissance de ces détails.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<p><i>P.S.</i> Cet officier engagera celui qui commande à Vohbourg, +celui qui commande à Neustadt et les généraux de division +bavarois, de m'envoyer des officiers et les rapports de ce qui +se serait passé ou de ce qu'ils apprendraient.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="milieu"><i>Commission et pleins-pouvoirs donnés aux commandans de +place en juin 1815.</i></p> + +<p>NAPOLEON, par la grâce de Dieu et les constitutions, +empereur des Français, etc., etc.</p> + +<p>La place de Vitry étant en état de siège, armée, bien approvisionnée, +à l'abri de toute attaque, pouvant soutenir un +siège, nous avons résolu de nommer pour commandant supérieur +de cette place un officier d'une bravoure distinguée, +dont nous aurions éprouvé le zèle et la fidélité dans maints +combats; nous avons pris en considération les services du +sieur Baron, adjudant-commandant de nos armées, et nous +l'avons nommé et nommons, par ces présentes signées de +notre main, commandant supérieur de la place de Vitry en +état de siège. Nous lui enjoignons de ne plus sortir des remparts +de ladite place, au moins au-delà d'une portée de fusil +de ses ouvrages avancés, sous quelque prétexte que ce soit; +d'inspecter et de visiter fréquemment les approvisionnemens +de siège et les magasins d'artillerie, d'avoir soin qu'ils soient +abondamment fournis et conservés à l'abri des attaques de +l'ennemi et de l'intempérie des saisons. Nous lui enjoignons +de prendre toutes les précautions pour accroître lesdits approvisionnemens +et pour que les babilans aient pour six mois +de vivres, faisant sortir de la ville tous ceux qui n'auraient +pas ledit approvisionnement. Nous lui ordonnons de nous +conserver cette place et de ne jamais la rendre sous aucun +prétexte. Dans le cas où elle serait investie et bloquée, il doit +être sourd a tous les bruits répandus par l'ennemi, ou aux +nouvelles qu'il lui ferait parvenir, lors même qu'il voudrait +lui persuader que l'armée française a été battue, que la capitale +est envahie, etc. Il n'en résistera pas moins à ses insinuations, +comme à ses attaques, et ne laissera point ébranler son +courage. Sa règle constante doit être d'avoir le moins de communications +que possible avec l'ennemi. Il aura toujours devant +les yeux les conséquences inévitables d'une contravention +à nos ordres ou d'une négligence à remplir les devoirs +qui lui sont imposés. Il n'oubliera jamais qu'une conduite +différente lui ferait perdre notre estime et encourir toute la +sévérité des lois militaires, qui condamnent à mort tout commandant +et son état-major, s'il livre la place sans avoir fixé +l'impossibilité de soutenir un second assaut, et s'il n'a satisfait +à toutes les obligations qui lui sont imposées par notre décret +du 24 décembre 1811. Enfin, nous voulons et entendons +qu'il coure les hasards d'un assaut, pour prolonger la défense +et augmenter la perte de l'ennemi. Il songera qu'un Français +doit compter sa vie pour rien, si elle doit être mise en balance +avec son honneur, et que cette idée doit être le mobile de +toutes ses actions; la reddition de la place ne devant être que +le dernier terme de tous ses efforts, et le résultat d'une impossibilité +absolue de résister, nous lui défendons d'avancer +cet événement malheureux par son consentement, ne fût-ce +que d'une heure, et sous le prétexte d'obtenir par là une capitulation +plus honorable.</p> + +<p>Nous voulons que toutes les fois que le conseil de défense +sera réuni pour consulter sur les opérations, il y soit fait lecture +desdites lettres-patentes, à haute et intelligible voix.</p> + +<p>Donné au palais de l'Elysée, le neuvième jour du mois de +juin de l'an de grâce mil huit cent quinze.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<p class="droite">Par l'empereur,</p> + +<p class="droite">Le ministre secrétaire-d'état.</p> + +<p class="droite">H. B. MARET.</p> +<br><br><br> + +<br><br><br> + +<p>L'Éditeur poursuivra, suivant toute la rigueur +des lois, les contrefacteurs et vendeurs +des oeuvres qu'il publie.</p> + +<br><br><br> + +<p>Afin de satisfaire l'impatience des nombreux +souscripteurs des Oeuvres de Napoléon Bonaparte, +nous joignons au tome troisième de la collection +deux pièces originales qui appartiennent au +tome premier, et qu'il faudra plus tard faire relier +à la fin de ce premier volume.</p> + +<p>Les plus habiles bibliographes savaient très-bien +que Bonaparte avait publié au commencement de +la révolution les deux brochures que nous plaçons +ici; mais on croyait impossible de se procurer ces +deux écrits de la jeunesse d'un sous-lieutenant +d'artillerie, devenu depuis le souverain maître de +l'Europe. Le style et les idées du jeune soldat à +la naissance de la révolution, comparés aux discours +de l'empereur, offriront sans doute des rapprochemens +intéressans; on y trouvera peut-être +déjà quelques points de départ de cette carrière +où la fortune, après avoir comblé un mortel de +tous ses dons les plus brillans, semble s'être plu à +les lui ravir en un instant, pour le frapper, à la fin +de sa carrière, de ses coups les plus déchirans. +Après beaucoup de recherches que nous avions +même cru désormais infructueuses, nous sommes +parvenus à ces découvertes importantes dans la +collection des <i>oeuvres</i> d'un homme aussi extraordinaire.</p> + +<p>La lettre à M. Buttafoco, député de la Corse à +l'Assemblée nationale, nous a été communiquée +par l'imprimeur même de cette brochure, qui en +conservait un exemplaire précieusement: nous en +devons la communication à M. J. B, Joly, imprimeur +à Dôle<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Nous avons depuis eu connaissance d'un autre exemplaire de la +lettre à M. Buttafoco, qui se trouve dans la bibliothèque d'un de +nos jurisconsultes les plus distingués: une faute d'impression y est +corrigée de la main même de Bonaparte.</blockquote> + +<p>Bonaparte était alors lieutenant d'artillerie à +Auxonne. Il vint trouver M. Joly avec son frère +Louis, auquel il enseignait les mathématiques: +l'ouvrage fut imprimé à ses frais au nombre de +cent exemplaires, et il les fit passer dans la Corse.</p> + +<p>Bonaparte avait aussi composé un ouvrage qui +aurait pu former deux volumes, sur l'histoire +politique, civile et militaire de la Corse. Il engagea +M. Joly à aller le voir à Auxonne pour traiter de +l'impression de cet ouvrage. M. Joly s'y rendit en +effet. Bonaparte occupait, au pavillon, une chambre +presque nue, ayant pour tous meubles un +mauvais lit sans rideaux, une table placée dans +l'embrasure d'une fenêtre, et chargée de livres et +de papiers, et deux chaises: son frère couchait sur +un mauvais matelas, dans un cabinet voisin. On +fut d'accord sur le prix d'impression; mais il attendait +d'un moment à l'autre une décision pour quitter +Auxonne ou pour y rester. Cet ordre arriva en +effet quelques jours après: il partit pour Toulon, +et l'ouvrage ne fut pas imprimé. Il est douteux +que l'on puisse jamais retrouver cet écrit dont +il ne reste aucune trace. On lui avait confié le dépôt +des ornemens d'église de l'aumônier du régiment, +qui venait d'être supprimé. Il les fit voir à +M. Joly, et ne parla des cérémonies de la religion +qu'avec décence: <i>Si vous n'avez pas entendu la +messe</i>, ajoutât-il, <i>je puis vous la dire.</i></p> + +<p>Pour constater davantage l'authenticité de cette +lettre, nous citerons le passage suivant du Journal +de Dijon, du 4 août 1821.</p> + +<p>«L'exemplaire que nous possédons nous a été +donné, il y a environ dix-neuf ans, par une personne +d'Auxonne, qui le tenait elle-même <i>ex autoris dono</i>.</p> + +<p>«Deux fautes d'impression, l'une à la première +ligne de la page 8, et l'autre à la fin de la sixième +ligne de la page 9, sont corrigées de la main de +l'auteur.</p> + +<p>«Il n'y avait pas long-temps que nous étions +en possession de notre exemplaire, lorsque dans +un voyage à Dôle (Jura) nous eûmes occasion de +visiter M. Joly (Jos.-Fr.-Xav.), imprimeur en +cette ville, possesseur d'une bibliothèque qui atteste +ses connaissances et son bon goût. Nos yeux +se promenaient avec complaisance sur les richesses +bibliographiques de son cabinet; ils s'arrêtèrent sur +un volume fort mince, qui se faisait distinguer, au +milieu d'une quantité de reliures de luxe, par la +recherche qui avait été mise à la sienne: c'était la +<i>Lettre de M. Buonaparte à M. Matteo-Buttafoco</i>. +Nous apprîmes alors, de la bouche de M. Joly, +que cette brochure était sortie de ses presses, +en 1790; que Bonaparte, qui était alors lieutenant +au régiment de la Fère, artillerie, en garnison +à Auxonne, en avait revu lui-même les dernières +épreuves; qu'à cet effet il se rendait à pied à Dôle, +en partant d'Auxonne à quatre heures du matin; +qu'après avoir vu les épreuves il prenait, chez +M. Joly, un déjeuner extrêmement frugal, et se +remettait bientôt en route pour rentrer dans sa +garnison, où il arrivait avant midi, ayant déjà +parcouru dans la matinée huit lieues de poste.»</p> + +<p>«Bonaparte entra dans le corps royal de l'artillerie +en 1785. Du régiment de la Fère, où il fit +ses premières armes, il passa dans celui de Grenoble, +en garnison à Valence, où il était en 1791, +le quatrième des premiers lieutenans de première +classe (Voyez l'<i>État militaire du corps de l'artillerie +de France pour l'année 1791</i>, imprimé chez +Firmin Didot, petit in-12 de 166 pages). Nous +remarquons que le nom de Bonaparte qui est employé +trois fois dans l'<i>État militaire</i> cité, y est +écrit, page 60, <i>Buonaparté</i>, tandis qu'on lit, +pages 94 et 139, <i>Buona parté</i>.»</p> + +<br><br><br> + +<p>La petite brochure intitulée: <i>Le souper de +Beaucaire</i>, semblait devoir ne pas échapper à +l'oubli. Bonaparte passait, en 1793, à Beaucaire; +il s'y trouva à souper dans une auberge le +29 juillet, avec plusieurs commerçans de Montpellier, +de Nîmes et de Marseille. Une discussion +s'engagea sur la situation politique de la France: +chacun des convives avait une opinion différente.</p> + +<p>Bonaparte, de retour à Avignon, profita de +quelques momens de repos pour consigner ce dialogue +dans une brochure qu'il intitula: <i>Le souper +de Beaucaire</i>. Il fit imprimer cet opuscule chez +Sabin Tournal, rédacteur et imprimeur du Courier +d'Avignon.</p> + +<p>L'ouvrage ne fit alors aucune sensation; ce ne +fut que lorsque Bonaparte devint général en chef, +que M. Loubet, secrétaire du feu M. Tournal, qui +en avait conservé un exemplaire, y attacha quelque +prix, parce que cet exemplaire était signé de la +main de son auteur. Il le montra alors à plusieurs +personnes d'Avignon. M. Loubet étant mort, +on s'est adressé à son fils par l'intermédiaire de +M. M...., et on a obtenu la copie exacte de cet +opuscule, dont il n'existe plus sans doute que ce +seul exemplaire.</p> +<br><br><br> + + +<h3>GALERIE MILITAIRE</h3> + +<h3>DE NAPOLÉON BONAPARTE</h3> + +<h4>RECUEIL DE TOUS LES TABLEAUX ET MONUMENS</h4> + +<h4>OU SONT REPRÉSENTÉS</h4> + +<h4>LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENS DE SA CARRIÈRE MILITAIRE;</h4> + +<h4>PAR DAVID, GÉRARD, GIRODET, GROS, GUÉRIN, LBJEUNE, LETHIERS, +GAUTHEROT, TAUNAY, (Carle et Horace) VERNET, VINCENT, BACLER +D'ALBE, BERTBON, BOURGEOIS, CALLET, CARTELLIER, CLODION, +DEBRET, DESEVE, ESPERCIEUX, MEYNIER, MONGIN, PAJOU, PONCE +CAMUS, RHOEN, THÉVENIN, etc., etc.</h4> + +<h4>(FAISANT SUITE AUX OEUVRES DE NAPOLÉON.)</h4> + +<p>Gravés par G. NORMANT père et fils.</p> + +<p>C.L.F. PANCKOUCKE, ÉDITEUR,</p> + + + +<p>L'ouvrage contient QUARANTE planches in-folio sur papier +vélin superfin.</p> + +<p>Il paraîtra en CINQ livraisons de chacune HUIT planches.</p> + +<p>Le prix de chaque livraison est de SIX FRANCS, et de tout +l'ouvrage TRENTE FRANCS.</p> + +<p>Il faut ajouter trente centimes pour recevoir chaque livraison +franc de port.</p> + +<p>Lorsque la victoire, qui avait guidé nos phalanges en Italie +et en Égypte sous la conduite de Napoléon, l'eut élevé sur +les débris d'un gouvernement éphémère, il sembla, pendant +quelque temps, vouloir suivre l'exemple qu'il avait donné lui-même, +d'ériger des monumens à la gloire nationale. C'était +en effet à la patrie qu'avaient été consacrés les chefs-d'oeuvre +des arts, les plus beaux prix de nos conquêtes, par l'armée +d'Italie, dont les triomphes avaient peuplé ce Musée, devenu +le point de réunion des plus magnifiques productions de l'art +antique et moderne. Ce fut alors que le ciseau de nos plus +habiles statuaires, que le pinceau des disciples de Raphaël +et de Michel-Ange s'empressèrent de perpétuer les nombreux +exploits de nos plus grands guerriers. Quelque jaloux que +fût Napoléon d'occuper seul les cent voix de la renommée, +pour entretenir cette ardeur belliqueuse, il fallut que sa +gloire se confondît avec la gloire nationale, qu'elles fussent +toutes deux réunies dans des monumens consacrés à l'utilité +publique, aux hommes éminens par la bravoure et le mérite, +qui avaient bien servi la patrie, ou qui étaient morts pour +elle dans les combats.</p> + +<p>Dans cette collection, nous avons placé les tableaux qui +retracent la carrière militaire de Napoléon Bonaparte, parce +qu'il y est représenté entouré des guerriers qui ont parcouru +avec lui cette longue et brillante période. En réunissant +ces tableaux, le lecteur suivra, avec les progrès de notre +gloire militaire, ceux des efforts de tous les arts pour l'immortaliser: +chaque dessin rappellera à la mémoire le souvenir +de plusieurs événemens.</p> + +<p>En célébrant ainsi de nouveau cette suite de hauts faits, +nous rendrons en même temps hommage au génie de nos +grands artistes, aux David, Gérard, Girodet, Gros, Guérin, +Lejeune, Taunay, Vernet, etc., etc.</p> + +<p>La galerie fondée par le prince Berthier contient huit tableaux, +sujets de batailles, par nos premiers artistes; nous +avons obtenu de les faire dessiner.</p> + +<p>Nous avons cru devoir aussi nous réduire à un simple trait, +suffisant pour donner exactement le dessin des objets, et révéler +toute la pensée de l'artiste.</p> + +<p><i>Voici la liste et tordre dans lequel nous présenterons ce +Recueil.</i></p> + + + +<blockquote><p> +Les gravures sont classées dans l'ordre chronologique, et forment une +suite de tableaux historiques de la vie de Napoléon Bonaparte. +</p></blockquote> + +<br><br> + +<p>PREMIÈRE LIVRAISON.</p> + +<p>(10 mai 1796.) Passage du pont de Lodi, peint par Taunay: +salon de 1818.—(15 novembre 1796.) Bataille d'Arcole, +peint par Bacler d'Albe: salon de 1804.—(13 janvier 1797.) +Bataille de Rivoli, peint par Lafitte: salon de 1804.—(14 janvier +1797.) Bataille de Rivoli, peint par C. Vernet: salon +de 1810.—(18 avril 1797.) Préliminaires de la paix de Léoben, +peint par Lethiers: salon de 1806,—(8 octobre 1797.) Établissement +de la république cisalpine, peint par Lafitte: salon +de 1804.—(13 juillet 1798.) Harangue aux Pyramides, peint +par Gros: salon de 1810.—(25 juillet 1798.) Bataille des +Pyramides, peint par Vincent: salon de 1810.</p> + + +<p>DEUXIÈME LIVRAISON.</p> + +<p>(21 octobre 1798.) Révolte du Kaire, peint par Girodet: +salon de 1810.—(29 octobre 1798.) Pardon accordé aux révoltés +du Kaire, peint par Guérin: salon de 1808.—(3 mars +1799.) Les pestiférés de Jaffa, peint par Gros: salon de 1804.—(15 +juillet 1799.) Bataille d'Aboukir, peint par Lejeune: salon +de 1804.—(15 juillet 1799.) Bataille d'Aboukir, peint par +Gros: salon de 1806.—(mai 1800.) Passage de l'armée de +réserve dans le défilé d'Albarède, peint par Mongin: salon +de 1812.—(mai 1800.) Passage du Mont-Saint-Bernard, peint +par Thévenin: salon de 1806.—(17 mai 1800.) Bonaparte +au sommet du Saint-Bernard, peint par David: salon de 1806.</p> + + +<p>TROISIÈME LIVRAISON.</p> + +<p>(14 juin 1800.) Bataille de Marengo, peint par Lejeune.—(15 +juin 1800.) Mort de Dessaix, peint par Broc: salon +de 1806—(12 octobre 1805.) Harangue de Napoléon à l'armée, +peint par Gautherot: salon de 1808.—(octobre 1805) Napoléon +honorant le malheur des blessés ennemis, peint par +Debret: salon de 1806.—(octobre 1806.) Napoléon au tombeau +du Grand-Frédéric, peint par Ponce-Camus: salon +de 1800.—(novembre 1806.) Napoléon recevant à Berlin +les députés du sénat, peint par Berthon: salon de 1810.—(17 +octobre 1805.) Capitulation devant Ulm (quatrième bas-relief +de l'arc du Carrousel), par Cartelier.—(24 octobre +1805.) Entrée à Munich (deuxième bas-relief de l'arc du Carrousel), +par Clodion.</p> + + +<p>QUATRIÈME LIVRAISON.</p> + +<p>(13 novembre 1805.) Napoléon recevant les clefs de Vienne +peint par Girodet: salon de 1808.—(13 novembre 1805.) Entrée +dans Vienne (troisième bas-relief de l'arc du Carrousel), par +Desenne.—(2 décembre 1805.) Le matin de la bataille d'Austerlitz, +peint par Carle Vernet: salon de 1808.—(2 décembre +1805.) Bataille d'Austerlitz, peint par Gérard: salon +de 1810.—(2 décembre 1805.) Victoire d'Austerlitz (cinquième +bas-relief de l'arc du Carrousel), par Espercieux: salon +de 1810.—(2 janvier 1805.) Fin de la bataille d'Austerlitz, +peint par Meynier: salon de 1810.—(5 décembre 1805.) +Entrevue des deux empereurs, peint par Gros: salon de +1812.—(décembre 1806.) Napoléon à Osterode, peint par Ponce-Camus: +salon de 1810.</p> + + +<p>CINQUIÈME LIVRAISON.</p> + +<p>(19 décembre 1806.) Entrée à Varsovie, peint par Callet.—(8 +février 1807.) Champ de bataille d'Eylau, peint par +Gros: salon de 1808.—(juillet 1807.) Distribution des décorations +de la légion-d'honneur, aux braves de l'armée russe, +peint par Debret: salon de 1808.—(4 septembre 1808.) Prise +de Madrid, peint par Gros: salon de 1810.—(23 avril 1809.) +Prise de Ratisbonne, peint par Thévenin.—(22 mai 1809.) +Rentrée dans l'île de Lobau, peint par Meynier: salon de 1812.—(31 +mai 1809.) Napoléon aux derniers momens du duc de +Montebello, peint par Bourgeois: salon de 1810.—(6 juillet +1809.) Bataille de Wagram, peint par Gros: salon de 1810.</p> + +<p><i>Ces planches sont gravés avec la perfection reconnue de</i> +Mr. C. Normant. +<br><br> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13475 ***</div> +</body> +</html> |
