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+Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Trois Héros de la colonie de Montréal
+
+Author: Paul Dupuy
+
+Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE ***
+
+
+
+
+Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and
+the Online Distributed Proofreading Team.
+
+
+
+
+
+
+
+P. DUPUY
+
+TROIS HÉROS DE LA COLONIE DE MONTRÉAL
+
+
+1887
+
+
+ MM. JACQUES LE MAITRE
+ ET
+ GUILLAUME VIGNAL,
+ _prêtres de Saint-Sulpice_.
+
+ 1659-1661
+
+
+
+
+I
+
+ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE ET VIGNAL EN CANADA.
+
+MM. Jacques Le Maître et Guillaume Vignal quittèrent la France le 2
+juillet 1659, fête de la Visitation. Sur le vaisseau qui les emportait,
+se trouvaient Mlle Mance, revenant après sa guérison miraculeuse et
+amenant trois soeurs hospitalières; les soeurs de Brésoles, Macé,
+Maillet; la soeur Bourgeoys et les soeurs Aimée Chatel, Catherine Crolo
+et Marie Raisin qui avec la soeur Bourgeoys formèrent le noyau de cette
+congrégation de Notre-Dame qui a rendu à notre pays des services si
+inappréciables, et près de deux cents passagers.
+
+La traversée fut très pénible; à peine en mer, la peste se déclara
+sur le vaisseau, qui depuis deux ans, ayant servi d'hôpital, en était
+infecté et un grand nombre de passagers furent violemment atteints de
+cette terrible maladie. Ce fut pour les hospitalières une occasion
+naturelle d'offrir leurs services pour soigner les pestiférés; dès
+qu'elles eurent commencé à donner leurs soins qu'on avait d'abord
+refusés, la mortalité diminua, pour cesser bientôt tout à fait,
+quoiqu'il y eût encore beaucoup de malades. Les hospitalières ne se
+prodiguèrent pas seules pour le soulagement des pestiférés. "La soeur
+Bourgeoys, dit M. Dollier de Casson, fut bien celle qui travailla autant
+que toutes les autres pendant toute la traversée et que Dieu pourvut
+aussi de plus de santé pour cela. Les deux prêtres du séminaire, MM. Le
+Maître et Vignal assistaient les malades autant que leurs corps accablés
+par la maladie le leur permettaient. Ils soignèrent et assistèrent deux
+Huguenots dont ils eurent le bonheur d'obtenir l'abjuration."
+
+A cette affreuse maladie dont furent plus ou moins atteints presque tous
+les passagers, se joignirent de terribles tempêtes et le manque d'eau
+douce jusqu'à l'arrivée dans le Saint-Laurent. Enfin MM. Le Maître et
+Vignal, après avoir débarqué à Québec le 7 septembre l659, arrivèrent
+à Montréal vers la fin du mois et furent reçus avec de grandes
+démonstrations de joie par tous les colons, pour qui l'arrivée d'un
+prêtre était toujours un grand bonheur.
+
+Lorsque M. de Maisonneuve, venu en France en l655, demanda à M. Olier
+d'envoyer à Montréal quelques-uns de ses prêtres pour y prendre soin
+de la colonie, celui-ci après avoir beaucoup prié Dieu, lui promit de
+choisir quelques ecclésiastiques de sa compagnie qu'il croirait les
+plus propres à cette oeuvre apostolique. Quand ses prêtres connurent ce
+dessein, tous briguèrent l'honneur de ce poste périlleux. L'un d'eux M.
+Le Maître, en s'offrant, lui dit qu'une fois en Canada, il courrait de
+toutes parts pour chercher des sauvages et irait même les trouver
+dans leur pays. "Vous n'en aurez pas la peine répondit M. Olier, ils
+viendront bien vous chercher eux-mêmes, et vous vous trouverez tellement
+entouré par eux que vous ne pourrez vous échapper de leurs mains."
+
+Ce M. Le Maître auquel M. Olier fit cette réponse prophétique était le
+même prêtre dont nous venons de raconter l'arrivée à Montréal.
+
+Les premières fonctions, celles d'économe, dont il fut chargé, ne
+paraissaient pas devoir donner raison à la prédiction de M. Olier;
+aussi M. Le Maître, dont le plus grand désir était de se dévouer à la
+conversion des sauvages, ne les accepta que par obéissance. Cependant,
+espérant toujours qu'il arriverait à se trouver avec les Iroquois et
+qu'il pourrait exercer son zèle évangélique, il se mit sans tarder à
+apprendre leur langue. Il avait pour eux la plus grande affection,
+et, si quelques-uns d'entre eux paraissaient à Montréal, il usait des
+facilités que lui donnaient ses fonctions d'économe pour leur faire des
+largesses et leur donner à manger.
+
+M. Le Maître avait une dévotion particulière envers saint Jean-Baptiste,
+et Dieu l'appela à lui du milieu de son désert en permettant que les
+Iroquois lui coupassent la tête le jour anniversaire de celui où "Hérode
+la fit trancher à ce célèbre habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."
+
+
+
+
+II
+
+MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOÛT 1661.
+
+Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le Maître, après avoir dit sa messe, se
+dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, l'esprit préoccupé de la
+fête du jour, et désireux "de sacrifier sa tête pour Jésus-Christ comme
+son saint Précurseur." En qualité d'économe, il allait surveiller dans
+un champ 14 ou 15 ouvriers, chargés d'y retourner du blé mouillé. Chacun
+se mit à l'ouvrage de son côté, en laissant les armes dispersées en
+plusieurs endroits. Ils étaient d'autant plus imprudents en agissant
+ainsi qu'ils avaient dit eux-mêmes à M. Le Maître, quelques instants
+avant, qu'il y avait certainement des ennemis cachés non loin, à cause
+de quelques indices qu'ils avaient remarqués. Par suite de cet avis, M.
+Le Maître regardait de côté et d'autre dans les buissons pour voir s'il
+n'y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba
+presque dans une de ces embuscades, car récitant alors les petites
+heures de la décollation de saint Jean-Baptiste, et, obligé de tenir
+fréquemment les yeux sur son bréviaire, il ne put voir les ennemis que
+lorsque ceux-ci, après s'être approchés à petit bruit, sortirent du
+bois, et s'avancèrent vers lui dans l'intention de le prendre vivant,
+pendant que d'autres se mirent à courir sur les travailleurs.
+
+M. Le Maître, pensant au danger des Français plutôt qu'au sien propre,
+résolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux
+colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d'un couteau, dont
+il se couvrait comme d'un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les
+travailleurs, en leur criant d'avoir bon courage et de prendre leurs
+armes pour défendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce prêtre leur
+barrait le chemin et les empêchait ainsi de tuer les Français, en
+conçurent un grand dépit. Ils ne craignaient pas d'être blessés par M.
+Le Maître, mais ils étaient curieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient
+l'approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti
+les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre à la
+résidence.
+
+Aussi pour se venger de M. Le Maître, ils le tuèrent à coups de fusils.
+Quoique ayant reçu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maître eut
+encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant
+de se retirer, puis il expira.
+
+Les _Relations_ des Jésuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maître
+et de sa mort. "C'était trop peu pour notre malheur que tous les états,
+toutes les conditions, tous les âges eussent été cette année les
+victimes immolées à la fureur de nos ennemis: il fallait pour mettre
+le comble à nos infortunes, que l'Eglise eût part à ces sanglants
+sacrifices, et qu'elle mêlât son sang avec nos larmes par le massacre
+d'un de ses ministres sacrés, M. Le Maître, homme également zélé et
+courageux pour le salut des âmes.
+
+"Ce bon prêtre surveillant des travailleurs, et s'étant un peu retiré
+d'eux pour réciter son office plus paisiblement, reçut soudain une
+décharge de fusils. Blessé à mort, il alla rendre l'âme aux pieds des
+Français qui se trouvèrent incontinent chargés de toutes parts, et
+investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme
+des lions de leurs cavernes, jetèrent d'abord mort par terre un des
+Français, et en prirent un second en vie, bien résolus à n'en laisser
+échapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitôt la main à
+l'épée, et, animés d'un grand courage, se firent jour à travers de ces
+Iroquois et se sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel. Ainsi maîtres
+du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares
+tournèrent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur
+les vivants."
+
+Ce fut d'abord sur M. Le Maître qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent
+la tête, ainsi qu'au travailleur Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. M.
+Le Maître, né en Normandie, était âgé de quarante-quatre ans quand il
+fut tué.
+
+Pour bien montrer que dans la guerre qu'ils faisaient aux Français, ils
+avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation
+parmi eux, les Iroquois, après avoir tué M. Le Maître, poussèrent de
+grandes huées de joie pour avoir ainsi mis à mort un ministre de notre
+sainte religion, une _robe noire_ comme ils appelaient les prêtres.
+Puis, à ce que raconte la soeur Marie de l'Incarnation, "un renégat qui
+se trouvait parmi eux enleva la soutane de M. Le Maître, s'en revêtit,
+et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la
+procession autour du corps, en dérision de ce qu'il avait vu faire aux
+obsèques des chrétiens." Cet apostat marchait pompeusement ainsi couvert
+de cette précieuse soutane, en vue des Montréalais qu'il bravait avec
+insolence.
+
+
+
+
+III
+
+CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE MAITRE.
+
+La mort de M. Le Maître fut accompagnée et suivie de circonstances
+merveilleuses dont nous trouvons le récit dans les écrits des
+contemporains de ce martyr.
+
+La soeur Bourgeoys, parlant de cette mort, dit qu'on regardait comme un
+fait constant que ce saint prêtre avait parlé après que sa tête avait
+été séparée de son corps. Elle ajoute aussi, M. Le Maître eut la
+tête coupée par les sauvages, le jour de la décollation de saint
+Jean-Baptiste, proche Montréal; et l'on rapporte que l'on avait vu sur
+son mouchoir, dans lequel on avait emporté sa tête, les traits de son
+visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaître.
+
+"Quelque temps après, comme je me disposais pour aller en France, j'eus
+la pensée de m'assurer de ce fait, afin que, si on me demandait si cela
+était véritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver
+Lavigne, que l'on avait ramené du pays des Iroquois: car il avait été
+pris et les sauvages lui avaient arraché un doigt. Il me dit que cela
+était véritable, qu'il en était assuré, non pour l'avoir entendu dire,
+mais pour l'avoir vu; qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux
+sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait à
+Montréal, il ne manquerait pas de les satisfaire: ce que cependant ils
+ne voulurent pas accepter disant que ce mouchoir était pour eux un
+pavillon pour aller en guerre, et qui les rendrait invincibles."
+
+Dans les annales des hospitalières de Saint-Joseph nous lisons aussi:
+"Après que les Iroquois eurent décapité M. Le Maître, ils mirent sa tête
+dans un mouchoir blanc, qu'apparemment ils avaient pris dans la poche du
+défunt, et, l'ayant ainsi emportée dans son pays il arriva une merveille
+qui mérite d'être décrite, pour votre édification.
+
+"C'est que la face de ce serviteur de Dieu, et tous les traits de son
+visage demeurèrent sur la toile de ce mouchoir, en sorte que ceux qui
+avaient eu l'avantage de le connaître pendant sa vie, le reconnaissaient
+parfaitement. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne voyait plus de
+sang au mouchoir qui était au contraire très blanc; mais il paraissait
+dessus comme une cire blanche très fine, qui représentait la face
+au serviteur de Dieu: ce qui ne peut pas être arrivé naturellement.
+Quelques-uns de nos Français prisonniers dans cette nation le
+reconnurent parfaitement. C'est ce que nous ont dit plusieurs fois M. de
+Saint-Michel, M. Cuillerier, personnes dignes de foi, ainsi qu'un père
+jésuite, qui était prisonnier dans ce temps-là, dans une autre nation
+que celle qui avait tué ce saint homme. Il nous a dit en avoir ouï
+parler comme d'une chose très vraie, quoique il ne l'ait pas vu
+lui-même; et que les sauvages en parlaient les uns aux autres
+avec étonnement, comme d'un prodige qu'ils reconnaissaient très
+extraordinaire. Ils ajoutaient que cet homme était réellement un grand
+démon: ce qui veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit.
+
+"Ils conçurent même une vive crainte de cette image, dans l'appréhension
+où ils étaient que le défunt ne se vengeât et ne fit la guerre à leur
+nation. Le père jésuite ajoute: J'ai bien fait mon possible pour avoir
+ce mouchoir, mais je n'ai pu y réussir. Les Iroquois se cachaient de
+moi, à cause que j'étais une _robe noire_, comme le défunt; c'est
+pourquoi, pour se défaire de cette image, ils vendirent le mouchoir aux
+Anglais. Le père jésuite s'efforça de l'acheter de ces derniers, mais
+sans succès; les sauvages ayant menacé de les détruire s'ils le lui
+donnaient."
+
+Enfin, pour terminer, donnons le récit de M. Dollier de Casson.
+
+"On raconte, dit-il, une chose bien extraordinaire de M. Le Maître,
+c'est que le sauvage qui emportait sa tête, l'ayant enveloppée dans le
+mouchoir du défunt, ce linge reçut tellement l'impression de son visage,
+que l'image en était parfaitement gravée dessus, et que voyant le
+mouchoir, on reconnaissait M. Le Maître. Lavigne, ancien habitant de
+ce lieu, homme des plus résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir imprimé
+pendant qu'il était prisonnier chez les Iroquois et que ces malheureux y
+arrivèrent après avoir fait ce méchant coup. Il assure que le capitaine
+de ce parti, ayant tiré le mouchoir de M. Le Maître, à son arrivée, lui,
+Lavigne, ayant reconnu ce visage, se mit à crier: "Ah! malheureux, tu as
+tué Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois appelaient M. Le Maître),
+car je vois sa face sur son mouchoir."
+
+"Ces sauvages honteux et confus resserrèrent alors ce linge sans que
+jamais depuis ils l'aient voulu montrer ni donner à personne, pas même
+au R.P. Simon Le Moine, qui sachant la chose fit tout son possible pour
+l'avoir."
+
+Et M. Dollier de Casson ajoute: "Je vous dirai qu'on m'a rapporté bien
+d'autres choses assez extraordinaires à l'égard de la même personne,
+dont une partie était comme les pronostics de ce qui devait lui arriver
+un jour, et l'autre se rapportait à l'état des choses présentes et à
+celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientôt. M. Le
+Maître a parlé assez ouvertement, durant sa vie, de tout ceci à une
+religieuse et à quelques autres, pour que je fusse autorisé à en parler
+si j'en voulais dire quelque chose. Mais je laisse le tout entre les
+mains de Celui qui est le maître des temps et des événements, et qui en
+cache la connaissance ou bien la donne à qui bon lui semble."
+
+On conçoit la réserve de M. Dollier de Casson, prêtre de Saint-Sulpice,
+parlant d'un de ses confrères; cette réserve est bien naturelle et
+pleine de délicatesse.
+
+Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des circonstances merveilleuses qui
+accompagnèrent et suivirent la mort de M. Le Maître; que l'on veuille
+ou non admettre comme miraculeux les faits que nous venons de raconter,
+d'après les écrits des contemporains, on n'en doit pas moins regarder M.
+Le Maître comme un martyr. Sa mort a été prompte, il est vrai; il n'a eu
+à subir de la part de ses assassins ni supplices, ni tortures; mais ce
+qui constitue le martyre ce n'est pas la longueur plus ou moins grande
+des souffrances endurées, ce n'est pas la cruauté plus ou moins raffinée
+des bourreaux; c'est la volonté de donner sa vie pour sa foi, pour son
+Dieu. M. Le Maître avait cette volonté; il brûlait du désir d'être
+envoyé au Canada pour travailler à la conversion des sauvages et, dès le
+premier jour, il avait fait le sacrifice complet de sa vie pour gagner à
+Notre-Seigneur ces barbares idolâtres.
+
+
+
+
+IV
+
+MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE 1661.
+
+Bien peu de temps--deux mois à peine--après que M. Jacques Le Maître eut
+reçu la couronne du martyre, la compagnie de Saint-Sulpice et la colonie
+furent de nouveau cruellement éprouvées par le massacre de M. Vignal,
+prêtre de Saint-Sulpice.
+
+Comme nous l'avons déjà dit, M. Vignal était arrivé à Montréal en même
+temps que M. Le Maître vers la fin de septembre 1659, et, comme lui "il
+reçut la mort de la main de ceux pour lesquels il avait voulu souvent
+donner sa vie."
+
+Ayant succédé comme économe à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa de
+faire continuer la bâtisse qui devait servir de logement aux Messieurs
+de Saint-Sulpice. Ceux-ci, depuis leur arrivée à Montréal, étaient logés
+provisoirement à l'Hôtel-Dieu, et en cette année 1661, ils faisaient
+bâtir, en face du fleuve, la maison du séminaire. Pour hâter son
+achèvement, M. Vignal obtint de M. de Maisonneuve l'autorisation d'aller
+avec quelques hommes chercher des pierres dans une petite île appelée
+_l'Ile-à-la-Pierre_, située au-dessus de l'île Sainte-Hélène, justement
+vis-à-vis le port de Montréal.
+
+Dès que M. Vignal eut obtenu l'autorisation de M. de Maisonneuve il ne
+songea qu'à s'embarquer promptement sans se préoccuper des Iroquois dont
+pourtant on avait signalé la présence dans l'île, et, à peine arrivés,
+lui et ses compagnons allèrent insouciamment à leur travail qui d'un
+côté, qui de l'autre, sans avoir même la précaution de prendre leurs
+armes avec eux. "Un d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, qui ne fut
+pas le moins surpris, alla vaquer à ses nécessités, se mettant sur le
+bord de l'embuscade des ennemis, auxquels il tourna le derrière. Un
+Iroquois, indigné de cette insulte, sans dire un mot, le piqua d'un coup
+de son épée. Cet homme qui n'avait jamais éprouvé de seringue si vive et
+si pointue, fit un bond en recevant cette piqûre, et se mit à courir
+à _la voile_ vers ses compagnons. Ceux-ci virent de suite l'ennemi et
+l'entendirent faire une grosse huée, ce qui effraya tellement nos gens
+dont une partie n'était pas encore débarquée, que tous généralement ne
+songèrent qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de leur bravoure ordinaire."
+
+Malheureusement, le chef de cette petite troupe Claude de Brigeac, jeune
+gentilhomme de 30 ans, "venu à Villemarie comme soldat, par pur motif de
+religion, dans l'intention d'y sacrifier sa vie pour l'établissement
+de l'église catholique," et dont M. de Maisonneuve avait fait son
+secrétaire particulier, n'était pas encore débarqué.
+
+En voyant l'épouvante et la déroute des Français il se jette à terre
+en encourageant ses hommes à la résistance. Ces exhortations ne
+produisirent aucun effet sur ces soldats épouvantés, gui ne secondèrent
+nullement les efforts de leur chef, et laissèrent ainsi la victoire aux
+Iroquois.
+
+Quoique seul, M. de Brigeac par sa fière attitude effraya les sauvages
+et les arrêta pendant quelque temps: ce qui permit aux Français de fuir
+et les empêcha d'être tous faits prisonniers. Mais bientôt les ennemis
+voyant M. de Brigeac tout seul, devinrent plus courageux et se jetèrent
+sur lui. Ce brave, conservant tout son sang-froid, ajuste le capitaine
+des Iroquois et le tue d'un coup de fusil. Cette mort effraya tellement
+les autres sauvages que pendant quelques instants, ils hésitèrent à
+affronter le coup de pistolet que M. de Brigeac avait encore à tirer.
+Cependant, honteux d'être tenus en échec par un seul homme, ils font sur
+lui une décharge qui lui casse le bras droit et fait tomber le pistolet
+qu'il tenait à la main. Il parait qu'il eut assez de courage pour le
+reprendre, et qu'il ne cessait de le leur présenter quoiqu'il eût le
+bras rompu. Mais n'ayant pas la force de le tirer, il se jette à l'eau;
+les Iroquois s'y jettent après lui, et, l'ayant pris, le traînent sur
+les rochers la tête et le visage en bas presque tout autour de l'île.
+D'autres, pendant ce temps, tirent sur un bateau et tuent plusieurs
+personnes, entre autres deux braves fils de famille: J.-Bte Moyen, âgé
+de 19 ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20 ans, qui, sans faire attention
+à ses blessures, exhortait son camarade à bien mourir, quand il tomba
+lui-même raide mort dans le bateau.
+
+M. Vignal, déjà blessé d'un coup d'épée, voyant tout son monde dans une
+telle déroute, voulut monter dans le canot d'un des meilleurs colons,
+René Cuillérier. Pour s'aider à y embarquer, il saisit le fusil, mais
+par un faux mouvement, il le fit tremper dans l'eau, le rendant ainsi
+inutile. Les Iroquois qui ont aperçu cet accident si funeste, criblent
+de coups de fusil le canot avant qu'il ait pu gagner le large. M. Vignal
+tombe couvert de blessures et est fait prisonnier avec Cuillérier.
+Il est jeté "comme un sac de blé" dans un canot des Iroquois, et son
+compagnon d'infortune est mis dans un autre.
+
+Malgré les vives souffrances que lui faisaient éprouver ses blessures,
+M. Vignal, tout couvert de sang, se levait fréquemment et adressait
+aux prisonniers, proches de lui dans d'autres canots, des paroles
+d'encouragement et de consolation: "Tout mon regret, au milieu des
+souffrances que j'endure, est d'être la cause que vous soyez dans un si
+triste état; mes amis, prenez courage, endurez pour l'amour de Dieu."
+Ces paroles prononcées par un homme qui était lui-même tant à plaindre,
+crevaient le coeur de tous ces pauvres captifs.
+
+Les Iroquois ayant traversé le fleuve, allèrent débarquer à la prairie
+de la Madeleine. Là ils donnèrent des soins aux blessés pour pouvoir les
+amener comme des trophées de victoire dans leurs tribus. Mais M. Vignal
+avait reçu des blessures si graves que les Iroquois renoncèrent bientôt
+à le guérir, et voyant qu'ils ne pourraient l'amener jusques en leur
+pays, ils le tuèrent deux jours après, le 27 octobre 1661, puis ayant
+fait rôtir son corps sur un bûcher, ils le mangèrent. "Ils lui donnèrent
+ainsi, dit M. Dollier de Casson, d'offrir à son créateur, le sacrifice
+de son corps en odeur de suavité, étant brûlé sur un bûcher comme le
+grain d'encens sur le charbon sans qu'il restât rien de son corps."
+
+Cette _robe noire_ dont les sauvages voulaient faire leur plus beau
+trophée et qui devait être la victime sur laquelle se serait exercée
+leur cruauté, venant à leur manquer, ces bourreaux redoublèrent de soins
+envers M. de Brigeac pour qu'il pût arriver jusque dans leur pays. Il
+fut enfin capable de marcher, mais il ne les suivait qu'avec la plus
+grande peine, à cause des blessures qu'il avait reçues au bras droit, à
+la tête, aux pieds et par tout le corps. Tout en cheminant, et malgré
+ses souffrances, il ne cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils furent enfin
+arrivés, ses bourreaux commencèrent à lui faire subir les tortures
+auxquelles ils le destinaient, tortures qu'ils voulaient rendre aussi
+cruelles que possible pour venger la mort de leur capitaine. Ils lui
+arrachèrent les ongles, les bouts des doigts et les fumèrent ensuite;
+ils lui coupèrent des lambeaux de chair, tantôt dans un endroit, tantôt
+dans un autre; ils l'écorchèrent, le rouèrent de coups de bâton, lui
+appuyèrent des charbons ardents et des fers chauds sur sa chair mise à
+nu, enfin ils n'épargnèrent rien pendant les vingt-quatre heures que
+dura son supplice pour le rendre plus douloureux. Leur rage s'augmentait
+de la patience et du courage de ce malheureux "qui, au milieu des plus
+atroces tortures, ne faisait que prier Dieu pour la conversion et le
+salut de ses bourreaux, ainsi qu'il avait promis à Dieu de le faire, en
+se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures."
+
+Les _Relations_ des Jésuites de 1665 racontent ainsi le supplice de M.
+de Brigeac: "Il fut brûlé toute la nuit depuis les pieds jusqu'à la
+ceinture, et le lendemain on continua encore à le brûler, après lui
+avoir cassé les doigts. Durant cette sanglante et cruelle exécution, il
+ne cessa jamais de prier Dieu pour la conversion de ces barbares offrant
+pour eux toutes les douleurs qu'ils lui faisaient endurer, faisant à
+Dieu cette prière: _Mon Dieu, convertissez-les_, et répétant toujours
+ces paroles sans pousser un seul cri de plainte, quelque affreuses que
+furent ses tortures."
+
+Ce courage à supporter les supplices les plus cruels, cette sollicitude
+et cette compassion pour les bourreaux étonnent moins quand on réfléchit
+à la pureté de la vie de ce gentilhomme, et au dessein qui l'avait fait
+venir à Villemarie pour offrir sa vie à Dieu en assistant les habitants
+d'une ville si exposée aux coups des sauvages.
+
+
+
+
+V
+
+M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.
+
+La mort de M. Vignal, arrivant si peu de temps après celle de M. Le
+Maître, plongea dans la douleur la plus profonde tous les colons. Ce
+digne prêtre, si remarquable par sa charité, son humilité, son esprit de
+pénitence et son zèle d'apôtre, avait, quoique arrivé depuis deux ans
+seulement à Villemarie, conquis l'estime et l'affection de tous. On
+attendait beaucoup de lui, Dieu ne lui laissa pas le temps de produire
+tous ses fruits.
+
+Les contemporains ont rendu à ses vertus les plus éclatants témoignages.
+
+"La vie de M. Vignal, lit-on dans la _Relation_ des Jésuites de 1662,
+était d'une très douce odeur à tous les Français par la pratique de
+l'humilité, de la charité, de la pénitence, vertus qui étaient rares en
+lui et qui le rendaient aimable à tout le monde; et sa mort a été bien
+précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l'a reçue de la main de ceux
+pour lesquels il a souvent voulu donner sa vie; il avait des grandes
+tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs fois de nous venir
+joindre quand nous étions à Onnontaghé, afin de travailler ensemble à
+la conversion de ces barbares. Il l'aurait fait si sa complexion et ses
+forces eussent correspondu à son courage."
+
+Ce fut surtout aux hospitalières de Saint-Joseph, dont M. Vignal était
+le supérieur et le confesseur, que cette mort fut sensible. Elles en
+parlaient ainsi à leurs soeurs de France: "Nous nous flattions de
+posséder longtemps M. Vignal, qui nous avait été donné en remplacement
+de M. Le Maître; mais Dieu en a disposé autrement et lui a fait éprouver
+le même sort qu'à ce dernier. Étant allé avec quelques ouvriers à l'_Ile
+à la Pierre_, il fut reçu par les Iroquois qui le prirent et le tuèrent.
+Ce sont là des circonstances bien douloureuses pour ses amis, mais
+particulièrement pour nous qui en sommes vivement affligées... Il était
+très porté pour nos intérêts, et nous affectionnait beaucoup."
+
+M. Vignal, comme tant d'autres colons qui avaient abandonné positions du
+monde, affections de famille, patrie pour venir en Canada conquérir à
+Dieu des âmes, s'était consacré au service du divin Maître, service qui,
+ainsi qu'il nous l'a appris lui-même, doit être une lutte.
+
+M. Vignal était un véritable serviteur de Dieu; il aspirait au martyre
+qui rend l'homme le plus semblable au divin Maître, et son désir le plus
+intense était d'en conquérir la couronne.
+
+Dieu exauça le désir de ce saint prêtre et, pour prix de ses vertus,
+il lui donna la récompense la plus enviable pour toute âme vraiment
+chrétienne: le martyre.
+
+
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE
+
+1641-1662
+
+
+
+
+I
+
+DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE LAMBERT CLOSSE.
+
+"C'était un homme dont la piété ne cédait en rien à la vaillance, et
+qui avait une présence d'esprit tout à fait rare dans la chaleur des
+combats. Il a tenu ferme, à la tête de vingt-six hommes seulement,
+contre deux cents Onnontagherons, combattant depuis le matin jusques à
+trois heures de l'après-midi, quoique la partie fût si peu égale... Il
+leur a souvent fait lâcher prise, les repoussant des postes avantageux
+et même des redoutes dont ils s'étaient emparés, et a justement mérité
+la louange d'avoir sauvé Montréal et par son bras et par sa réputation.
+Aussi a-t-on jugé à propos de tenir sa mort cachée aux ennemis de peur
+qu'ils n'en tirassent un avantage."
+
+Tel est l'éloge que le R.P. Hierosme Lalemant fait du major Lambert
+Closse dans la _Relation_ de 1662 en annonçant sa mort qu'il signale
+comme une "perte notable" pour Montréal. "Cet éloge," ajoute le révérend
+père, "nous le devions à sa mémoire puisque Montréal lui doit la vie."
+
+Il est donc de simple justice que nous placions Lambert Closse dans
+cette première série "des Illustrations canadiennes," puisque à tous ses
+autres mérites s'ajoute le plus grand de tous: avoir sauvé la vie de
+Montréal. Sauver Montréal à cette époque de guerres incessantes et
+d'attaques furieuses des sauvages, c'était par cela même sauver la
+Nouvelle-France tout entière, car Montréal en était le rempart le plus
+puissant, En complétant donc l'éloge du R.P. Lalemant nous pouvons dire
+en toute vérité que Montréal et la Nouvelle-France doivent leur salut au
+brave major Lambert Closse.
+
+Lambert Closse qui naquit à Saint-Denis de Mourguer, dans le diocèse
+de Trèves, avait accompagné M. de Maisonneuve, lors de la fondation
+de Villemarie. Son but, comme celui de la plupart de ses compagnons,
+n'était pas de conquérir des terres ou d'exploiter les richesses de ces
+pays nouveaux, mais de gagner à Dieu les habitants idolâtres, et de
+payer de tout son sang l'établissement de la foi catholique dans
+ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les plus abjectes
+superstitions.
+
+Cet héroïque chrétien avait bien réellement fait le sacrifice de sa vie
+pour son Dieu; ce généreux dessein lui tenait tellement au coeur qu'à
+tous ceux qui l'exhortaient à la prudence, et lui disaient qu'il se
+ferait tuer, vu la facilité avec laquelle il s'exposait partout pour le
+service du pays, il répondait toujours: "Messieurs, je ne suis venu ici
+qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes;
+_si je n'y croyait mourir_, je quitterais le pays pour aller servir
+contre le Turc et n'être pas privé de cette gloire."
+
+Avec ces admirables dispositions, on ne doit pas s'étonner que Lambert
+Closse ait rendu de nombreux et signalés services à la colonie. Il était
+partout et partout il faisait des merveilles; il avait l'honneur de
+commander en second la garnison de Villemarie. Malheureusement dans ces
+temps si troublés, où les périls les plus graves menaçaient incessamment
+les colons, on n'avait guère le temps d'écrire l'histoire au jour le
+jour; aussi beaucoup de belles actions, accomplies par Lambert Closse et
+d'autres de ses compagnons, sont-elles restées ignorées.
+
+Nous savons cependant par des écrits du temps, soit de M. Dollier de
+Casson, soit de la mère Juchereau, que Lambert Closse se montrait
+toujours et partout l'ami des braves et le fléau des poltrons, et qu'il
+prenait le plus grand soin de ses soldats en les exerçant fréquemment au
+maniement des armes. Il voulait ainsi les aguerrir et les rendre plus
+confiants en eux-mêmes. Quant à lui, singulièrement habile à manier le
+mousquet, il pouvait, par son adresse à se servir de cette arme, être
+comparé à ces guerriers dont il est dit dans la Bible, qu'avec leur
+fronde, ils auraient atteint jusqu'à un cheveu sans donner ni à droite
+ni à gauche. Il paraît même qu'il exerçait ses soldats non seulement à
+tirer juste, mais à tirer toujours en face d'eux-mêmes de manière à tuer
+le plus d'ennemis, en tirant chacun sur le sien.
+
+
+
+
+II
+
+RÉSULTATS DES EXERCICES QUE LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX SOLDATS.
+
+Ces résultats étaient excellents ainsi que le prouve le trait suivant,
+fort surprenant, et peut-être unique dans son genre. C'est la mère Marie
+Juchereau qui la rapporte dans son _Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec_.
+
+"Une fois," dit-elle, "une armée formidable d'Iroquois assiégea une
+des redoutes construites par les habitants de Villemarie à la pointe
+Saint-Charles. M. de Maisonneuve, s'étant informé où étaient les
+quatre hommes qui en avaient la garde, demanda à ceux du fort s'ils
+laisseraient périr leurs camarades. Il n'a pas plutôt parlé que vingt
+d'entre eux s'offrent pour aller les délivrer de cette multitude
+de barbares qui environnent la redoute. _Après avoir tous reçu
+l'absolution_, ils partent sous la conduite de M. Closse et prennent un
+chemin détourné pour arriver sans être aperçus; mais ils ne purent si
+bien faire que les ennemis ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent
+aussitôt par des huées et des cris bien propres à effrayer les plus
+braves.
+
+"Sans être alarmés de ces cris, ils s'encouragent à vendre leur vie bien
+cher; et, afin de se battre à la manière des sauvages, chacun choisit un
+arbre pour se cacher et essuyer le feu des ennemis. Durant ce temps
+les Iroquois les voyant à portée du mousquet, font tous ensemble une
+décharge et tuent quatre de ces Français. Aussitôt M. Closse exhorte
+les seize qui restaient à demeurer fermes et à tirer leur coup si juste
+qu'ils jetassent par terre seize Iroquois. Ils tirent et abattent seize
+hommes. Incontinent, prenant le pistolet qu'ils avaient à leur ceinture,
+ils font une seconde décharge et seize Iroquois tombent à l'instant.
+Étonnés de voir trente-deux des leurs tués en si peu de temps, les
+Iroquois sont comme déconcertés; et les autres, profitant de cet
+avantage, sans donner aux ennemis le temps de recharger leur mousquet,
+mettent promptement l'épée à la main et les obligent à prendre la fuite.
+Ils les poursuivent jusqu'au fleuve Saint-Laurent où les Iroquois
+entrèrent précipitamment dans l'eau et s'y plongèrent jusqu'au cou pour
+se sauver. Puis ces seize colons victorieux ramenèrent dans le fort, à
+la vue des sauvages tremblants, les quatre soldats de la redoute."
+
+Dans l'été de 1652, Mlle Mance, anxieuse de savoir des nouvelles de M.
+de Maisonneuve alors en France, voulut se rendre à Québec; elle pria
+Lambert Closse de l'accompagner jusqu'aux Trois-Rivières "afin de lui
+faciliter le voyage." Pendant qu'il était avec elle dans cette ville,
+des sauvages, venant de Montréal, annoncèrent que les Iroquois se
+montraient plus terribles et plus agressifs que jamais. L'épouvante
+régnait dans la place et les habitants ne savaient que devenir. Ayant
+entendu ces mauvaises nouvelles, le major Closse laissa Mlle Mance
+et remonta au plus vite à Montréal, où son retour fit renaître la
+confiance, tant on faisait fond sur sa bravoure et son sang-froid.
+
+A son arrivée le brave Major fut récréé et affligé en même temps par une
+histoire bien plaisante.
+
+Une femme de vertu qu'on nommait la _bonne femme Primot_, Martine
+Messier, femme d'Antoine Primot, fut attaquée, le 29 juillet 1652, par
+trois Iroquois qui s'étaient cachés pour la massacrer. Ils n'étaient
+qu'à deux portées de fusil du fort lorsqu'ils l'assaillirent. La brave
+femme pousse un grand cri, et à ce cri trois bandes d'Iroquois qui
+étaient en embuscade, se lèvent et paraissent en armes. Les trois
+premiers Iroquois se jetèrent sur elle pour la tuer à coups de haches;
+Martine Primot se défend comme une lionne, bien que n'ayant pour seules
+armes que ses mains et ses pieds. Au troisième coup de hache, elle tombe
+à terre, comme morte; alors un des Iroquois se jette sur elle pour la
+scalper, et emporter sa chevelure comme trophée. Mais cette vaillante
+femme, se sentant ainsi saisir, reprend tout à coup ses sens, se relève
+plus furieuse et plus courageuse encore, et saisit son assassin avec
+tant de force par un endroit très sensible qu'il ne peut se dégager de
+ses mains. Il lui donnait toujours des coups de hache sur la tête, et
+toujours elle le tenait avec autant de force. Elle s'évanouit enfin une
+seconde fois et donne ainsi à l'Iroquois la liberté de s'enfuir. C'était
+la seule chose à laquelle il pensait à ce moment, car il était sur le
+point d'être enveloppé par des colons qui accouraient au secours de la
+_bonne femme Primot_.
+
+Les Français, dès qu'ils furent près d'elle, la trouvèrent baignée
+dans son sang et l'aidèrent à se relever; lever; l'un d'eux, touché de
+compassion pour ses souffrances, l'embrassa. Mais cette femme, aussi
+vertueuse que courageuse, revenant à elle, et se sentant embrassée,
+appliqua un vigoureux soufflet à ce charitable auxiliaire, qui n'avait
+cependant que les intentions les plus pures.
+
+"Que faites-vous, dirent à Martine Primot les autres Français? Cet
+homme vous témoigne son amitié sans penser à mal, pourquoi le
+frappez-vous?"--"_Parmenda_, répondit-elle en son patois, je croyais
+qu'il voulait me baiser." Le courage et la vertu de cette femme ont
+inspiré à M. Dollier de Casson les réflexions suivantes: "C'est une
+chose étonnante que ses profondes racines que jette la vertu dans un
+coeur. L'âme de cette héroïne était prête à sortir de son corps,
+son sang avait quitté ses veines et la vertu de pureté était encore
+inébranlable en son coeur. Dieu bénisse le noble exemple que, dans
+cette occasion, cette bonne personne a donné à tout le monde pour
+la conservation de cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, est encore
+vivante, et on l'appelle communément _Parmenda_, à cause de ce soufflet
+qui surprit tellement un chacun que ce nom lui est resté."
+
+
+
+
+III
+
+COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE 1652.
+
+Quelque temps après, le 14 octobre de la même année, le major Closse eut
+l'occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bravoure dans un
+combat contre les Iroquois dont la présence avait été signalée par les
+dogues.
+
+Les Français avaient amené de France quelques dogues pour veiller, à
+leur manière, à la sûreté du fort. "Ces chiens faisaient tous les matins
+une grande ronde pour découvrir les ennemis et allaient ainsi sous la
+conduite d'une chienne nommée Pilotte. L'expérience de tous les jours
+avait fait connaître à tout le monde cet instinct admirable que Dieu
+donnait à ces animaux pour nous garantir--c'est M. Dollier de Casson qui
+parle--de quantité d'embuscades que les Iroquois nous faisaient partout,
+sans qu'il nous fût possible de nous en garantir, si Dieu n'y eut pourvu
+par ce moyen." Le P. J. Lalemant, dans la _Relation_ de 1647, parle lui
+aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. "Il y
+avait dans Montréal, dit-il, une chienne qui jamais ne manquait d'aller,
+tous les jours, à la découverte conduisant ses petits avec elle; et si
+quelqu'un d'eux faisait le rétif, elle le mordait pour le faire marcher.
+Bien plus: si l'un d'eux retournait au milieu de sa course, elle se
+jetait sur lui, comme par châtiment au retour. Si elle découvrait dans
+ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au
+fort en aboyant et donnant à connaître que l'ennemi n'était pas loin."
+
+Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboiements
+signalant la présence de l'ennemi, qui devait se trouver du côté où
+regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui était
+toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d'être chargé
+par M. des Musseaux, d'aller à la découverte. Il partit aussitôt avec
+vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les
+chiens. Il détacha en avant-garde trois de ses soldats: La Lochetière,
+Baston et un autre avec l'ordre de s'arrêter en un lieu qu'il leur
+désigne. La Lochetière, emporté par son courage, dépasse ce lieu, et,
+pour découvrir plus aisément l'ennemi, monte sur un arbre, afin de voir
+si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait
+tout près de cet arbre. Dès que La Lochetière y fut monté, ils poussent
+d'abord leurs huées ordinaires, puis font une décharge qui tue La
+Lochetière, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d'un coup
+de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres
+éclaireurs, comprenant le danger et craignant d'être enveloppés, se
+retirent et subissent de furieuses décharges auxquelles ils échappent
+sains et saufs.
+
+Lambert Closse se prépare à une énergique défense contre cet ennemi,
+comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme pendant quelque
+temps, mais on allait être investi de toute part par deux cents Iroquois
+quand un brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une
+petite maison, crie au major de se retirer au plus vite s'il ne veut
+être enveloppé. Closse se retourne, et voit le péril extrême dans lequel
+on se trouve, car les Iroquois environnent déjà sa petite troupe et même
+la maison où se trouve Prudhomme. Le salut, si salut il peut y avoir,
+est dans cette maison; à tout prix, il faut s'y réfugier. Il commande
+donc à sa petite troupe de forcer les Iroquois et d'arriver à la maison
+coûte que coûte. Cet ordre est exécuté avec tant d'audace et d'élan que
+les Français, après avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent
+gagner ce refuge. Dès qu'ils y sont entrés, ils se mettent tous à percer
+des meurtrières, d'où ils dirigent un feu nourri sur les sauvages.
+Ceux-ci pressés autour de la maison qu'ils entourent de toute part,
+ripostent vigoureusement; leurs balles passent au travers des murs
+de cette bicoque, construite très légèrement, et l'une d'elles vient
+blesser et mettre hors de combat un des assiégés, Laviolette. Ce fut une
+perte sensible pour cette troupe déjà si peu nombreuse, car Laviolette,
+un des plus beaux soldats de Montréal, s'était toujours montré très
+courageux et invincible. Les assiégés ne sont cependant pas abattus,
+ils continuent à faire des décharges meurtrières qui, dès le début,
+renversent par terre un grand nombre d'Iroquois, les mettant dans un
+grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner
+leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi
+qui s'approchait était reçu par une terrible décharge. Le feu continue
+avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions; mais bientôt
+elles viennent à manquer car on ne s'était pas approvisionné pour
+soutenir un siège.
+
+La position de nos braves devient des plus critiques; il faut ou se
+rendre à discrétion à ces cruels Iroquois, ou se précipiter au milieu
+d'eux et mourir les armes à la main. Le major Closse a la charge
+de cette petite armée, et doit tout faire pour la sauver, et ne
+s'abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les
+expédients auront été épuisés. Il aperçoit une chance de salut, il va
+essayer. On peut encore être sauvé si quelqu'un a assez de courage pour
+se rendre jusqu'au fort et en ramener des munitions. A peine a-t-il
+indiqué cette chance suprême que Baston, excellent coureur, s'offre
+à lui pour tenter l'aventure. Le major, transporté de joie d'un tel
+dévouement, prodigue à ce brave les témoignages d'amitié; il fait ouvrir
+la porte et protège la sortie de cet audacieux soldat par des décharges
+bien nourries.
+
+Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans
+recevoir aucune blessure; il arrive bientôt au fort et en revient
+immédiatement avec dix hommes, conduisant deux pièces de campagne,
+prêtes à tirer, et des cartouches. Pour aller au fort à la maison
+assiégée, on profite d'un rideau qui cachait aux Iroquois l'arrivée de
+cet inappréciable renfort. Dès qu'on se trouve à découvert, on décharge
+sur les Iroquois les deux petites pièces de campagne, et M. Closse ayant
+fait au même moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite
+maison. Dès qu'il y fut arrivé, le feu éclate avec une nouvelle
+intensité pour montrer aux Iroquois "si cette poudre nouvelle valait
+bien la précédente."
+
+Les choses changent alors rapidement de face; les Iroquois comprenant
+que ce siège devient trop meurtrier pour eux, se décident à battre en
+retraite. Mais pendant cette retraite qui dégénéra bientôt en déroute
+complète, ils furent assaillis par de nouvelles décharges qui tuèrent
+plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent
+dans cette rencontre si meurtrière pour eux, parce que, quoiqu'ils aient
+eu beaucoup de morts, ils les emportèrent presque tous et parce que,
+selon leur habitude, ils se gardèrent de se vanter des gens qu'ils
+avaient perdus. "Il est vrai, dit M. Dollier de Casson, en parlant de ce
+combat, que les Iroquois n'ont pu se taire absolument et que exagérant
+leurs pertes, ils les ont exprimées en ces termes: _Nous sommes tous
+morts._ Quant aux blessés, ils ont avoué dans la suite trente-sept
+guerriers complètement estropiés par suite de cette action."
+
+Au sujet de la coutume des Iroquois d'emporter leurs morts, voici ce que
+remarque M. Dollier de Casson: "Quoique ces barbares ne soient pas très
+forts, ils ont cependant une force étonnante pour porter des fardeaux,
+chacun pouvant avoir sur ses épaules la charge d'un mulet et s'enfuir
+ainsi avec un mort ou un blessé, comme s'il ne portait presque rien,
+c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, après les combats, on trouve
+si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter."
+
+Quant aux Français, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La
+Lochetière, et n'eurent qu'un blessé, Laviolette.
+
+
+
+
+IV
+
+LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE MAISONNEUVE.--SON MARIAGE.
+
+Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve passe en France. Le but principal
+de son voyage était de demander à M. Olier, l'illustre fondateur du
+séminaire de Saint-Sulpice, quelques-uns de ses prêtres pour prendre
+soin de l'île de Montréal. Avant de partir, il nomma pour exercer le
+commandement pendant son absence, le brave major Closse Il avait su
+assez l'apprécier pour juger qu'il était tout à fait propre à le
+remplacer, tant à cause de son expérience dans le métier des armes que
+par le grand ascendant que ses vertus et sa bravoure lui avaient acquis
+sur les soldats et sur les colons. Lambert Closse exerça ce commandement
+pendant toute l'année à la satisfaction générale; il montra clairement à
+tous qu'il savait et qu'il méritait de commander.
+
+En 1657, Lambert Closse épousa Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive de
+Mlle Mance, dont les parents avaient été cruellement mis à mort par les
+Iroquois le jour de la fête du Saint-Sacrement de l'année 1655. Jean
+Moyen, sieur Des Granges, et sa femme Elizabeth le Brest s'étaient
+établis avec toute leur famille dans l'île aux Oies, sous Québec. Ils
+y résidaient lorsqu'ils furent surpris par les Iroquois. Les gens de
+service étant absents, M. et Mme Moyen ne purent être secourus, et
+furent mis à mort, ainsi que trois ou quatre travailleurs au service de
+M. Denis. Après avoir tué tous ceux qu'ils purent prendre, ils firent
+prisonniers et amenèrent dans leur pays les enfants de M. Moyen et
+ceux de M. Macart, pendant qu'une partie de leur troupe fut attaquer
+Montréal.
+
+Mais là ils éprouvèrent des échecs et eurent plusieurs des leurs faits
+prisonniers, entre autres un de leurs capitaines _la Plume._ Un échange
+de prisonniers se fit peu après, entre les Français et les Iroquois, par
+lequel les demoiselles Elizabeth et Marie Moyen et les deux filles de M.
+Macart furent rendues à la liberté. Mlle Mance les reçut à l'Hôtel-Dieu
+et témoigna à ces orphelines l'affection et la sollicitude d'une mère.
+
+Le 21 novembre 1657, fête de la Présentation, eut lieu à Montréal la
+première nomination des marguilliers, à la joie de tous les colons qui
+voyaient ainsi le commencement de l'organisation de leur chère paroisse.
+Parmi les plus heureux, se trouvait le major Closse qui, à cette
+occasion, donna à l'église Notre-Dame deux cent cinquante livres,
+et quelques jours après trois cent vingt-cinq pour reconnaître la
+protection dont les avait entourés leur puissante patronne.
+
+
+
+
+V
+
+MORT DE LAMBERT CLOSSE, 16 FÉVRIER 1662.
+
+Nous voici arrivé à une date fatale, 16 février 1662, date à laquelle
+Lambert Closse perdit la vie. Sa mort fut incontestablement la perte la
+plus grande qu'eut faite Montréal depuis sa fondation. Aussi la mort de
+ce brave, de ce chrétien qui s'était illustré par tant de beaux faits
+d'armes et par de si éclatantes vertus, plongea-t-elle dans le deuil
+toute la colonie.
+
+Ce fut le 16 février que ce malheur arriva. Ce jour-là, le major,
+toujours prêt à exposer sa vie pour protéger les colons en danger, était
+accouru à la tête de quelques braves au secours de travailleurs attaqués
+par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de
+domestique. Les Iroquois faisaient contre les Français un feu terrible
+qui effraya tellement ce lâche serviteur qu'il se hâta de prendre la
+fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nommé
+Pigeon, à cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette
+rencontre d'un grand courage, et s'avança tellement au milieu des
+ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême rapidité de sa course d'échapper
+à leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le
+courage du _Pigeon_ français qui était son compagnon, M. le major serait
+peut-être aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et
+s'exposa si avant que s'il n'eût eu de bonnes ailes pour s'en revenir,
+il eût été perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la charge." La fuite
+du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse,
+qui se trouvait ainsi moins entouré. Ne perdant rien de son sang-froid
+et de son courage, le major ainsi délaissé, s'apprête à combattre
+héroïquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent
+raté, l'un après l'autre, il eût probablement changé la fortune du
+combat, ou, tout au moins, fait éprouver aux Iroquois de sérieuses
+pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse était
+atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat
+de Jésus-Christ, après avoir mille fois exposé sa vie, sans jamais
+craindre de la perdre, n'étant venu dans ce pays que pour la sacrifier à
+Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le récit de la
+mort du Major qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, était aussi
+remarquable par ses qualités privées, par ses vertus chrétiennes, que
+par son courage militaire.
+
+Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth
+Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa
+mère adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut été sa propre
+fille, s'engagea à payer annuellement aux créanciers les sommes qui leur
+étaient dues, et Mme Closse détacha pour la même fin dix arpents de son
+fief. Plus tard le séminaire remit gratuitement à la veuve du brave
+major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en considération
+des bons et agréables services que son mari a rendus à l'établissement
+de cette colonie, où il a été tué par les Iroquois en la défendant_. La
+mort de Lambert Closse, par suite des difficultés des communications,
+ne fut connue à Québec qu'à la fin de mars; elle y excita, comme à
+Montréal, des regrets universels.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL
+
+ I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada
+ II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661
+ III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître
+ IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661
+ V. M. Vignal jugé par ses contemporains
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.
+
+ I. Des qualités et du courage de Lambert Closse
+ II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats
+ III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652
+ IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage
+ V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
+
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+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
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+electronic works
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+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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