diff options
Diffstat (limited to 'old')
| -rw-r--r-- | old/13122-8.txt | 1314 | ||||
| -rw-r--r-- | old/13122-8.zip | bin | 0 -> 27633 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/13122-h.zip | bin | 0 -> 29469 bytes | |||
| -rw-r--r-- | old/13122-h/13122-h.htm | 2163 | ||||
| -rw-r--r-- | old/13122.txt | 1314 | ||||
| -rw-r--r-- | old/13122.zip | bin | 0 -> 27187 bytes |
6 files changed, 4791 insertions, 0 deletions
diff --git a/old/13122-8.txt b/old/13122-8.txt new file mode 100644 index 0000000..27af2d9 --- /dev/null +++ b/old/13122-8.txt @@ -0,0 +1,1314 @@ +Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Trois Héros de la colonie de Montréal + +Author: Paul Dupuy + +Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE *** + + + + +Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + + + + + + +P. DUPUY + +TROIS HÉROS DE LA COLONIE DE MONTRÉAL + + +1887 + + + MM. JACQUES LE MAITRE + ET + GUILLAUME VIGNAL, + _prêtres de Saint-Sulpice_. + + 1659-1661 + + + + +I + +ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE ET VIGNAL EN CANADA. + +MM. Jacques Le Maître et Guillaume Vignal quittèrent la France le 2 +juillet 1659, fête de la Visitation. Sur le vaisseau qui les emportait, +se trouvaient Mlle Mance, revenant après sa guérison miraculeuse et +amenant trois soeurs hospitalières; les soeurs de Brésoles, Macé, +Maillet; la soeur Bourgeoys et les soeurs Aimée Chatel, Catherine Crolo +et Marie Raisin qui avec la soeur Bourgeoys formèrent le noyau de cette +congrégation de Notre-Dame qui a rendu à notre pays des services si +inappréciables, et près de deux cents passagers. + +La traversée fut très pénible; à peine en mer, la peste se déclara +sur le vaisseau, qui depuis deux ans, ayant servi d'hôpital, en était +infecté et un grand nombre de passagers furent violemment atteints de +cette terrible maladie. Ce fut pour les hospitalières une occasion +naturelle d'offrir leurs services pour soigner les pestiférés; dès +qu'elles eurent commencé à donner leurs soins qu'on avait d'abord +refusés, la mortalité diminua, pour cesser bientôt tout à fait, +quoiqu'il y eût encore beaucoup de malades. Les hospitalières ne se +prodiguèrent pas seules pour le soulagement des pestiférés. "La soeur +Bourgeoys, dit M. Dollier de Casson, fut bien celle qui travailla autant +que toutes les autres pendant toute la traversée et que Dieu pourvut +aussi de plus de santé pour cela. Les deux prêtres du séminaire, MM. Le +Maître et Vignal assistaient les malades autant que leurs corps accablés +par la maladie le leur permettaient. Ils soignèrent et assistèrent deux +Huguenots dont ils eurent le bonheur d'obtenir l'abjuration." + +A cette affreuse maladie dont furent plus ou moins atteints presque tous +les passagers, se joignirent de terribles tempêtes et le manque d'eau +douce jusqu'à l'arrivée dans le Saint-Laurent. Enfin MM. Le Maître et +Vignal, après avoir débarqué à Québec le 7 septembre l659, arrivèrent +à Montréal vers la fin du mois et furent reçus avec de grandes +démonstrations de joie par tous les colons, pour qui l'arrivée d'un +prêtre était toujours un grand bonheur. + +Lorsque M. de Maisonneuve, venu en France en l655, demanda à M. Olier +d'envoyer à Montréal quelques-uns de ses prêtres pour y prendre soin +de la colonie, celui-ci après avoir beaucoup prié Dieu, lui promit de +choisir quelques ecclésiastiques de sa compagnie qu'il croirait les +plus propres à cette oeuvre apostolique. Quand ses prêtres connurent ce +dessein, tous briguèrent l'honneur de ce poste périlleux. L'un d'eux M. +Le Maître, en s'offrant, lui dit qu'une fois en Canada, il courrait de +toutes parts pour chercher des sauvages et irait même les trouver +dans leur pays. "Vous n'en aurez pas la peine répondit M. Olier, ils +viendront bien vous chercher eux-mêmes, et vous vous trouverez tellement +entouré par eux que vous ne pourrez vous échapper de leurs mains." + +Ce M. Le Maître auquel M. Olier fit cette réponse prophétique était le +même prêtre dont nous venons de raconter l'arrivée à Montréal. + +Les premières fonctions, celles d'économe, dont il fut chargé, ne +paraissaient pas devoir donner raison à la prédiction de M. Olier; +aussi M. Le Maître, dont le plus grand désir était de se dévouer à la +conversion des sauvages, ne les accepta que par obéissance. Cependant, +espérant toujours qu'il arriverait à se trouver avec les Iroquois et +qu'il pourrait exercer son zèle évangélique, il se mit sans tarder à +apprendre leur langue. Il avait pour eux la plus grande affection, +et, si quelques-uns d'entre eux paraissaient à Montréal, il usait des +facilités que lui donnaient ses fonctions d'économe pour leur faire des +largesses et leur donner à manger. + +M. Le Maître avait une dévotion particulière envers saint Jean-Baptiste, +et Dieu l'appela à lui du milieu de son désert en permettant que les +Iroquois lui coupassent la tête le jour anniversaire de celui où "Hérode +la fit trancher à ce célèbre habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste." + + + + +II + +MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOÛT 1661. + +Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le Maître, après avoir dit sa messe, se +dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, l'esprit préoccupé de la +fête du jour, et désireux "de sacrifier sa tête pour Jésus-Christ comme +son saint Précurseur." En qualité d'économe, il allait surveiller dans +un champ 14 ou 15 ouvriers, chargés d'y retourner du blé mouillé. Chacun +se mit à l'ouvrage de son côté, en laissant les armes dispersées en +plusieurs endroits. Ils étaient d'autant plus imprudents en agissant +ainsi qu'ils avaient dit eux-mêmes à M. Le Maître, quelques instants +avant, qu'il y avait certainement des ennemis cachés non loin, à cause +de quelques indices qu'ils avaient remarqués. Par suite de cet avis, M. +Le Maître regardait de côté et d'autre dans les buissons pour voir s'il +n'y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba +presque dans une de ces embuscades, car récitant alors les petites +heures de la décollation de saint Jean-Baptiste, et, obligé de tenir +fréquemment les yeux sur son bréviaire, il ne put voir les ennemis que +lorsque ceux-ci, après s'être approchés à petit bruit, sortirent du +bois, et s'avancèrent vers lui dans l'intention de le prendre vivant, +pendant que d'autres se mirent à courir sur les travailleurs. + +M. Le Maître, pensant au danger des Français plutôt qu'au sien propre, +résolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux +colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d'un couteau, dont +il se couvrait comme d'un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les +travailleurs, en leur criant d'avoir bon courage et de prendre leurs +armes pour défendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce prêtre leur +barrait le chemin et les empêchait ainsi de tuer les Français, en +conçurent un grand dépit. Ils ne craignaient pas d'être blessés par M. +Le Maître, mais ils étaient curieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient +l'approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti +les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre à la +résidence. + +Aussi pour se venger de M. Le Maître, ils le tuèrent à coups de fusils. +Quoique ayant reçu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maître eut +encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant +de se retirer, puis il expira. + +Les _Relations_ des Jésuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maître +et de sa mort. "C'était trop peu pour notre malheur que tous les états, +toutes les conditions, tous les âges eussent été cette année les +victimes immolées à la fureur de nos ennemis: il fallait pour mettre +le comble à nos infortunes, que l'Eglise eût part à ces sanglants +sacrifices, et qu'elle mêlât son sang avec nos larmes par le massacre +d'un de ses ministres sacrés, M. Le Maître, homme également zélé et +courageux pour le salut des âmes. + +"Ce bon prêtre surveillant des travailleurs, et s'étant un peu retiré +d'eux pour réciter son office plus paisiblement, reçut soudain une +décharge de fusils. Blessé à mort, il alla rendre l'âme aux pieds des +Français qui se trouvèrent incontinent chargés de toutes parts, et +investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme +des lions de leurs cavernes, jetèrent d'abord mort par terre un des +Français, et en prirent un second en vie, bien résolus à n'en laisser +échapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitôt la main à +l'épée, et, animés d'un grand courage, se firent jour à travers de ces +Iroquois et se sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel. Ainsi maîtres +du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares +tournèrent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur +les vivants." + +Ce fut d'abord sur M. Le Maître qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent +la tête, ainsi qu'au travailleur Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. M. +Le Maître, né en Normandie, était âgé de quarante-quatre ans quand il +fut tué. + +Pour bien montrer que dans la guerre qu'ils faisaient aux Français, ils +avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation +parmi eux, les Iroquois, après avoir tué M. Le Maître, poussèrent de +grandes huées de joie pour avoir ainsi mis à mort un ministre de notre +sainte religion, une _robe noire_ comme ils appelaient les prêtres. +Puis, à ce que raconte la soeur Marie de l'Incarnation, "un renégat qui +se trouvait parmi eux enleva la soutane de M. Le Maître, s'en revêtit, +et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la +procession autour du corps, en dérision de ce qu'il avait vu faire aux +obsèques des chrétiens." Cet apostat marchait pompeusement ainsi couvert +de cette précieuse soutane, en vue des Montréalais qu'il bravait avec +insolence. + + + + +III + +CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE MAITRE. + +La mort de M. Le Maître fut accompagnée et suivie de circonstances +merveilleuses dont nous trouvons le récit dans les écrits des +contemporains de ce martyr. + +La soeur Bourgeoys, parlant de cette mort, dit qu'on regardait comme un +fait constant que ce saint prêtre avait parlé après que sa tête avait +été séparée de son corps. Elle ajoute aussi, M. Le Maître eut la +tête coupée par les sauvages, le jour de la décollation de saint +Jean-Baptiste, proche Montréal; et l'on rapporte que l'on avait vu sur +son mouchoir, dans lequel on avait emporté sa tête, les traits de son +visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaître. + +"Quelque temps après, comme je me disposais pour aller en France, j'eus +la pensée de m'assurer de ce fait, afin que, si on me demandait si cela +était véritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver +Lavigne, que l'on avait ramené du pays des Iroquois: car il avait été +pris et les sauvages lui avaient arraché un doigt. Il me dit que cela +était véritable, qu'il en était assuré, non pour l'avoir entendu dire, +mais pour l'avoir vu; qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux +sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait à +Montréal, il ne manquerait pas de les satisfaire: ce que cependant ils +ne voulurent pas accepter disant que ce mouchoir était pour eux un +pavillon pour aller en guerre, et qui les rendrait invincibles." + +Dans les annales des hospitalières de Saint-Joseph nous lisons aussi: +"Après que les Iroquois eurent décapité M. Le Maître, ils mirent sa tête +dans un mouchoir blanc, qu'apparemment ils avaient pris dans la poche du +défunt, et, l'ayant ainsi emportée dans son pays il arriva une merveille +qui mérite d'être décrite, pour votre édification. + +"C'est que la face de ce serviteur de Dieu, et tous les traits de son +visage demeurèrent sur la toile de ce mouchoir, en sorte que ceux qui +avaient eu l'avantage de le connaître pendant sa vie, le reconnaissaient +parfaitement. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne voyait plus de +sang au mouchoir qui était au contraire très blanc; mais il paraissait +dessus comme une cire blanche très fine, qui représentait la face +au serviteur de Dieu: ce qui ne peut pas être arrivé naturellement. +Quelques-uns de nos Français prisonniers dans cette nation le +reconnurent parfaitement. C'est ce que nous ont dit plusieurs fois M. de +Saint-Michel, M. Cuillerier, personnes dignes de foi, ainsi qu'un père +jésuite, qui était prisonnier dans ce temps-là, dans une autre nation +que celle qui avait tué ce saint homme. Il nous a dit en avoir ouï +parler comme d'une chose très vraie, quoique il ne l'ait pas vu +lui-même; et que les sauvages en parlaient les uns aux autres +avec étonnement, comme d'un prodige qu'ils reconnaissaient très +extraordinaire. Ils ajoutaient que cet homme était réellement un grand +démon: ce qui veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit. + +"Ils conçurent même une vive crainte de cette image, dans l'appréhension +où ils étaient que le défunt ne se vengeât et ne fit la guerre à leur +nation. Le père jésuite ajoute: J'ai bien fait mon possible pour avoir +ce mouchoir, mais je n'ai pu y réussir. Les Iroquois se cachaient de +moi, à cause que j'étais une _robe noire_, comme le défunt; c'est +pourquoi, pour se défaire de cette image, ils vendirent le mouchoir aux +Anglais. Le père jésuite s'efforça de l'acheter de ces derniers, mais +sans succès; les sauvages ayant menacé de les détruire s'ils le lui +donnaient." + +Enfin, pour terminer, donnons le récit de M. Dollier de Casson. + +"On raconte, dit-il, une chose bien extraordinaire de M. Le Maître, +c'est que le sauvage qui emportait sa tête, l'ayant enveloppée dans le +mouchoir du défunt, ce linge reçut tellement l'impression de son visage, +que l'image en était parfaitement gravée dessus, et que voyant le +mouchoir, on reconnaissait M. Le Maître. Lavigne, ancien habitant de +ce lieu, homme des plus résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir imprimé +pendant qu'il était prisonnier chez les Iroquois et que ces malheureux y +arrivèrent après avoir fait ce méchant coup. Il assure que le capitaine +de ce parti, ayant tiré le mouchoir de M. Le Maître, à son arrivée, lui, +Lavigne, ayant reconnu ce visage, se mit à crier: "Ah! malheureux, tu as +tué Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois appelaient M. Le Maître), +car je vois sa face sur son mouchoir." + +"Ces sauvages honteux et confus resserrèrent alors ce linge sans que +jamais depuis ils l'aient voulu montrer ni donner à personne, pas même +au R.P. Simon Le Moine, qui sachant la chose fit tout son possible pour +l'avoir." + +Et M. Dollier de Casson ajoute: "Je vous dirai qu'on m'a rapporté bien +d'autres choses assez extraordinaires à l'égard de la même personne, +dont une partie était comme les pronostics de ce qui devait lui arriver +un jour, et l'autre se rapportait à l'état des choses présentes et à +celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientôt. M. Le +Maître a parlé assez ouvertement, durant sa vie, de tout ceci à une +religieuse et à quelques autres, pour que je fusse autorisé à en parler +si j'en voulais dire quelque chose. Mais je laisse le tout entre les +mains de Celui qui est le maître des temps et des événements, et qui en +cache la connaissance ou bien la donne à qui bon lui semble." + +On conçoit la réserve de M. Dollier de Casson, prêtre de Saint-Sulpice, +parlant d'un de ses confrères; cette réserve est bien naturelle et +pleine de délicatesse. + +Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des circonstances merveilleuses qui +accompagnèrent et suivirent la mort de M. Le Maître; que l'on veuille +ou non admettre comme miraculeux les faits que nous venons de raconter, +d'après les écrits des contemporains, on n'en doit pas moins regarder M. +Le Maître comme un martyr. Sa mort a été prompte, il est vrai; il n'a eu +à subir de la part de ses assassins ni supplices, ni tortures; mais ce +qui constitue le martyre ce n'est pas la longueur plus ou moins grande +des souffrances endurées, ce n'est pas la cruauté plus ou moins raffinée +des bourreaux; c'est la volonté de donner sa vie pour sa foi, pour son +Dieu. M. Le Maître avait cette volonté; il brûlait du désir d'être +envoyé au Canada pour travailler à la conversion des sauvages et, dès le +premier jour, il avait fait le sacrifice complet de sa vie pour gagner à +Notre-Seigneur ces barbares idolâtres. + + + + +IV + +MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE 1661. + +Bien peu de temps--deux mois à peine--après que M. Jacques Le Maître eut +reçu la couronne du martyre, la compagnie de Saint-Sulpice et la colonie +furent de nouveau cruellement éprouvées par le massacre de M. Vignal, +prêtre de Saint-Sulpice. + +Comme nous l'avons déjà dit, M. Vignal était arrivé à Montréal en même +temps que M. Le Maître vers la fin de septembre 1659, et, comme lui "il +reçut la mort de la main de ceux pour lesquels il avait voulu souvent +donner sa vie." + +Ayant succédé comme économe à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa de +faire continuer la bâtisse qui devait servir de logement aux Messieurs +de Saint-Sulpice. Ceux-ci, depuis leur arrivée à Montréal, étaient logés +provisoirement à l'Hôtel-Dieu, et en cette année 1661, ils faisaient +bâtir, en face du fleuve, la maison du séminaire. Pour hâter son +achèvement, M. Vignal obtint de M. de Maisonneuve l'autorisation d'aller +avec quelques hommes chercher des pierres dans une petite île appelée +_l'Ile-à-la-Pierre_, située au-dessus de l'île Sainte-Hélène, justement +vis-à-vis le port de Montréal. + +Dès que M. Vignal eut obtenu l'autorisation de M. de Maisonneuve il ne +songea qu'à s'embarquer promptement sans se préoccuper des Iroquois dont +pourtant on avait signalé la présence dans l'île, et, à peine arrivés, +lui et ses compagnons allèrent insouciamment à leur travail qui d'un +côté, qui de l'autre, sans avoir même la précaution de prendre leurs +armes avec eux. "Un d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, qui ne fut +pas le moins surpris, alla vaquer à ses nécessités, se mettant sur le +bord de l'embuscade des ennemis, auxquels il tourna le derrière. Un +Iroquois, indigné de cette insulte, sans dire un mot, le piqua d'un coup +de son épée. Cet homme qui n'avait jamais éprouvé de seringue si vive et +si pointue, fit un bond en recevant cette piqûre, et se mit à courir +à _la voile_ vers ses compagnons. Ceux-ci virent de suite l'ennemi et +l'entendirent faire une grosse huée, ce qui effraya tellement nos gens +dont une partie n'était pas encore débarquée, que tous généralement ne +songèrent qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de leur bravoure ordinaire." + +Malheureusement, le chef de cette petite troupe Claude de Brigeac, jeune +gentilhomme de 30 ans, "venu à Villemarie comme soldat, par pur motif de +religion, dans l'intention d'y sacrifier sa vie pour l'établissement +de l'église catholique," et dont M. de Maisonneuve avait fait son +secrétaire particulier, n'était pas encore débarqué. + +En voyant l'épouvante et la déroute des Français il se jette à terre +en encourageant ses hommes à la résistance. Ces exhortations ne +produisirent aucun effet sur ces soldats épouvantés, gui ne secondèrent +nullement les efforts de leur chef, et laissèrent ainsi la victoire aux +Iroquois. + +Quoique seul, M. de Brigeac par sa fière attitude effraya les sauvages +et les arrêta pendant quelque temps: ce qui permit aux Français de fuir +et les empêcha d'être tous faits prisonniers. Mais bientôt les ennemis +voyant M. de Brigeac tout seul, devinrent plus courageux et se jetèrent +sur lui. Ce brave, conservant tout son sang-froid, ajuste le capitaine +des Iroquois et le tue d'un coup de fusil. Cette mort effraya tellement +les autres sauvages que pendant quelques instants, ils hésitèrent à +affronter le coup de pistolet que M. de Brigeac avait encore à tirer. +Cependant, honteux d'être tenus en échec par un seul homme, ils font sur +lui une décharge qui lui casse le bras droit et fait tomber le pistolet +qu'il tenait à la main. Il parait qu'il eut assez de courage pour le +reprendre, et qu'il ne cessait de le leur présenter quoiqu'il eût le +bras rompu. Mais n'ayant pas la force de le tirer, il se jette à l'eau; +les Iroquois s'y jettent après lui, et, l'ayant pris, le traînent sur +les rochers la tête et le visage en bas presque tout autour de l'île. +D'autres, pendant ce temps, tirent sur un bateau et tuent plusieurs +personnes, entre autres deux braves fils de famille: J.-Bte Moyen, âgé +de 19 ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20 ans, qui, sans faire attention +à ses blessures, exhortait son camarade à bien mourir, quand il tomba +lui-même raide mort dans le bateau. + +M. Vignal, déjà blessé d'un coup d'épée, voyant tout son monde dans une +telle déroute, voulut monter dans le canot d'un des meilleurs colons, +René Cuillérier. Pour s'aider à y embarquer, il saisit le fusil, mais +par un faux mouvement, il le fit tremper dans l'eau, le rendant ainsi +inutile. Les Iroquois qui ont aperçu cet accident si funeste, criblent +de coups de fusil le canot avant qu'il ait pu gagner le large. M. Vignal +tombe couvert de blessures et est fait prisonnier avec Cuillérier. +Il est jeté "comme un sac de blé" dans un canot des Iroquois, et son +compagnon d'infortune est mis dans un autre. + +Malgré les vives souffrances que lui faisaient éprouver ses blessures, +M. Vignal, tout couvert de sang, se levait fréquemment et adressait +aux prisonniers, proches de lui dans d'autres canots, des paroles +d'encouragement et de consolation: "Tout mon regret, au milieu des +souffrances que j'endure, est d'être la cause que vous soyez dans un si +triste état; mes amis, prenez courage, endurez pour l'amour de Dieu." +Ces paroles prononcées par un homme qui était lui-même tant à plaindre, +crevaient le coeur de tous ces pauvres captifs. + +Les Iroquois ayant traversé le fleuve, allèrent débarquer à la prairie +de la Madeleine. Là ils donnèrent des soins aux blessés pour pouvoir les +amener comme des trophées de victoire dans leurs tribus. Mais M. Vignal +avait reçu des blessures si graves que les Iroquois renoncèrent bientôt +à le guérir, et voyant qu'ils ne pourraient l'amener jusques en leur +pays, ils le tuèrent deux jours après, le 27 octobre 1661, puis ayant +fait rôtir son corps sur un bûcher, ils le mangèrent. "Ils lui donnèrent +ainsi, dit M. Dollier de Casson, d'offrir à son créateur, le sacrifice +de son corps en odeur de suavité, étant brûlé sur un bûcher comme le +grain d'encens sur le charbon sans qu'il restât rien de son corps." + +Cette _robe noire_ dont les sauvages voulaient faire leur plus beau +trophée et qui devait être la victime sur laquelle se serait exercée +leur cruauté, venant à leur manquer, ces bourreaux redoublèrent de soins +envers M. de Brigeac pour qu'il pût arriver jusque dans leur pays. Il +fut enfin capable de marcher, mais il ne les suivait qu'avec la plus +grande peine, à cause des blessures qu'il avait reçues au bras droit, à +la tête, aux pieds et par tout le corps. Tout en cheminant, et malgré +ses souffrances, il ne cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils furent enfin +arrivés, ses bourreaux commencèrent à lui faire subir les tortures +auxquelles ils le destinaient, tortures qu'ils voulaient rendre aussi +cruelles que possible pour venger la mort de leur capitaine. Ils lui +arrachèrent les ongles, les bouts des doigts et les fumèrent ensuite; +ils lui coupèrent des lambeaux de chair, tantôt dans un endroit, tantôt +dans un autre; ils l'écorchèrent, le rouèrent de coups de bâton, lui +appuyèrent des charbons ardents et des fers chauds sur sa chair mise à +nu, enfin ils n'épargnèrent rien pendant les vingt-quatre heures que +dura son supplice pour le rendre plus douloureux. Leur rage s'augmentait +de la patience et du courage de ce malheureux "qui, au milieu des plus +atroces tortures, ne faisait que prier Dieu pour la conversion et le +salut de ses bourreaux, ainsi qu'il avait promis à Dieu de le faire, en +se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures." + +Les _Relations_ des Jésuites de 1665 racontent ainsi le supplice de M. +de Brigeac: "Il fut brûlé toute la nuit depuis les pieds jusqu'à la +ceinture, et le lendemain on continua encore à le brûler, après lui +avoir cassé les doigts. Durant cette sanglante et cruelle exécution, il +ne cessa jamais de prier Dieu pour la conversion de ces barbares offrant +pour eux toutes les douleurs qu'ils lui faisaient endurer, faisant à +Dieu cette prière: _Mon Dieu, convertissez-les_, et répétant toujours +ces paroles sans pousser un seul cri de plainte, quelque affreuses que +furent ses tortures." + +Ce courage à supporter les supplices les plus cruels, cette sollicitude +et cette compassion pour les bourreaux étonnent moins quand on réfléchit +à la pureté de la vie de ce gentilhomme, et au dessein qui l'avait fait +venir à Villemarie pour offrir sa vie à Dieu en assistant les habitants +d'une ville si exposée aux coups des sauvages. + + + + +V + +M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS. + +La mort de M. Vignal, arrivant si peu de temps après celle de M. Le +Maître, plongea dans la douleur la plus profonde tous les colons. Ce +digne prêtre, si remarquable par sa charité, son humilité, son esprit de +pénitence et son zèle d'apôtre, avait, quoique arrivé depuis deux ans +seulement à Villemarie, conquis l'estime et l'affection de tous. On +attendait beaucoup de lui, Dieu ne lui laissa pas le temps de produire +tous ses fruits. + +Les contemporains ont rendu à ses vertus les plus éclatants témoignages. + +"La vie de M. Vignal, lit-on dans la _Relation_ des Jésuites de 1662, +était d'une très douce odeur à tous les Français par la pratique de +l'humilité, de la charité, de la pénitence, vertus qui étaient rares en +lui et qui le rendaient aimable à tout le monde; et sa mort a été bien +précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l'a reçue de la main de ceux +pour lesquels il a souvent voulu donner sa vie; il avait des grandes +tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs fois de nous venir +joindre quand nous étions à Onnontaghé, afin de travailler ensemble à +la conversion de ces barbares. Il l'aurait fait si sa complexion et ses +forces eussent correspondu à son courage." + +Ce fut surtout aux hospitalières de Saint-Joseph, dont M. Vignal était +le supérieur et le confesseur, que cette mort fut sensible. Elles en +parlaient ainsi à leurs soeurs de France: "Nous nous flattions de +posséder longtemps M. Vignal, qui nous avait été donné en remplacement +de M. Le Maître; mais Dieu en a disposé autrement et lui a fait éprouver +le même sort qu'à ce dernier. Étant allé avec quelques ouvriers à l'_Ile +à la Pierre_, il fut reçu par les Iroquois qui le prirent et le tuèrent. +Ce sont là des circonstances bien douloureuses pour ses amis, mais +particulièrement pour nous qui en sommes vivement affligées... Il était +très porté pour nos intérêts, et nous affectionnait beaucoup." + +M. Vignal, comme tant d'autres colons qui avaient abandonné positions du +monde, affections de famille, patrie pour venir en Canada conquérir à +Dieu des âmes, s'était consacré au service du divin Maître, service qui, +ainsi qu'il nous l'a appris lui-même, doit être une lutte. + +M. Vignal était un véritable serviteur de Dieu; il aspirait au martyre +qui rend l'homme le plus semblable au divin Maître, et son désir le plus +intense était d'en conquérir la couronne. + +Dieu exauça le désir de ce saint prêtre et, pour prix de ses vertus, +il lui donna la récompense la plus enviable pour toute âme vraiment +chrétienne: le martyre. + + + + +LE MAJOR LAMBERT CLOSSE + +1641-1662 + + + + +I + +DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE LAMBERT CLOSSE. + +"C'était un homme dont la piété ne cédait en rien à la vaillance, et +qui avait une présence d'esprit tout à fait rare dans la chaleur des +combats. Il a tenu ferme, à la tête de vingt-six hommes seulement, +contre deux cents Onnontagherons, combattant depuis le matin jusques à +trois heures de l'après-midi, quoique la partie fût si peu égale... Il +leur a souvent fait lâcher prise, les repoussant des postes avantageux +et même des redoutes dont ils s'étaient emparés, et a justement mérité +la louange d'avoir sauvé Montréal et par son bras et par sa réputation. +Aussi a-t-on jugé à propos de tenir sa mort cachée aux ennemis de peur +qu'ils n'en tirassent un avantage." + +Tel est l'éloge que le R.P. Hierosme Lalemant fait du major Lambert +Closse dans la _Relation_ de 1662 en annonçant sa mort qu'il signale +comme une "perte notable" pour Montréal. "Cet éloge," ajoute le révérend +père, "nous le devions à sa mémoire puisque Montréal lui doit la vie." + +Il est donc de simple justice que nous placions Lambert Closse dans +cette première série "des Illustrations canadiennes," puisque à tous ses +autres mérites s'ajoute le plus grand de tous: avoir sauvé la vie de +Montréal. Sauver Montréal à cette époque de guerres incessantes et +d'attaques furieuses des sauvages, c'était par cela même sauver la +Nouvelle-France tout entière, car Montréal en était le rempart le plus +puissant, En complétant donc l'éloge du R.P. Lalemant nous pouvons dire +en toute vérité que Montréal et la Nouvelle-France doivent leur salut au +brave major Lambert Closse. + +Lambert Closse qui naquit à Saint-Denis de Mourguer, dans le diocèse +de Trèves, avait accompagné M. de Maisonneuve, lors de la fondation +de Villemarie. Son but, comme celui de la plupart de ses compagnons, +n'était pas de conquérir des terres ou d'exploiter les richesses de ces +pays nouveaux, mais de gagner à Dieu les habitants idolâtres, et de +payer de tout son sang l'établissement de la foi catholique dans +ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les plus abjectes +superstitions. + +Cet héroïque chrétien avait bien réellement fait le sacrifice de sa vie +pour son Dieu; ce généreux dessein lui tenait tellement au coeur qu'à +tous ceux qui l'exhortaient à la prudence, et lui disaient qu'il se +ferait tuer, vu la facilité avec laquelle il s'exposait partout pour le +service du pays, il répondait toujours: "Messieurs, je ne suis venu ici +qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes; +_si je n'y croyait mourir_, je quitterais le pays pour aller servir +contre le Turc et n'être pas privé de cette gloire." + +Avec ces admirables dispositions, on ne doit pas s'étonner que Lambert +Closse ait rendu de nombreux et signalés services à la colonie. Il était +partout et partout il faisait des merveilles; il avait l'honneur de +commander en second la garnison de Villemarie. Malheureusement dans ces +temps si troublés, où les périls les plus graves menaçaient incessamment +les colons, on n'avait guère le temps d'écrire l'histoire au jour le +jour; aussi beaucoup de belles actions, accomplies par Lambert Closse et +d'autres de ses compagnons, sont-elles restées ignorées. + +Nous savons cependant par des écrits du temps, soit de M. Dollier de +Casson, soit de la mère Juchereau, que Lambert Closse se montrait +toujours et partout l'ami des braves et le fléau des poltrons, et qu'il +prenait le plus grand soin de ses soldats en les exerçant fréquemment au +maniement des armes. Il voulait ainsi les aguerrir et les rendre plus +confiants en eux-mêmes. Quant à lui, singulièrement habile à manier le +mousquet, il pouvait, par son adresse à se servir de cette arme, être +comparé à ces guerriers dont il est dit dans la Bible, qu'avec leur +fronde, ils auraient atteint jusqu'à un cheveu sans donner ni à droite +ni à gauche. Il paraît même qu'il exerçait ses soldats non seulement à +tirer juste, mais à tirer toujours en face d'eux-mêmes de manière à tuer +le plus d'ennemis, en tirant chacun sur le sien. + + + + +II + +RÉSULTATS DES EXERCICES QUE LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX SOLDATS. + +Ces résultats étaient excellents ainsi que le prouve le trait suivant, +fort surprenant, et peut-être unique dans son genre. C'est la mère Marie +Juchereau qui la rapporte dans son _Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec_. + +"Une fois," dit-elle, "une armée formidable d'Iroquois assiégea une +des redoutes construites par les habitants de Villemarie à la pointe +Saint-Charles. M. de Maisonneuve, s'étant informé où étaient les +quatre hommes qui en avaient la garde, demanda à ceux du fort s'ils +laisseraient périr leurs camarades. Il n'a pas plutôt parlé que vingt +d'entre eux s'offrent pour aller les délivrer de cette multitude +de barbares qui environnent la redoute. _Après avoir tous reçu +l'absolution_, ils partent sous la conduite de M. Closse et prennent un +chemin détourné pour arriver sans être aperçus; mais ils ne purent si +bien faire que les ennemis ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent +aussitôt par des huées et des cris bien propres à effrayer les plus +braves. + +"Sans être alarmés de ces cris, ils s'encouragent à vendre leur vie bien +cher; et, afin de se battre à la manière des sauvages, chacun choisit un +arbre pour se cacher et essuyer le feu des ennemis. Durant ce temps +les Iroquois les voyant à portée du mousquet, font tous ensemble une +décharge et tuent quatre de ces Français. Aussitôt M. Closse exhorte +les seize qui restaient à demeurer fermes et à tirer leur coup si juste +qu'ils jetassent par terre seize Iroquois. Ils tirent et abattent seize +hommes. Incontinent, prenant le pistolet qu'ils avaient à leur ceinture, +ils font une seconde décharge et seize Iroquois tombent à l'instant. +Étonnés de voir trente-deux des leurs tués en si peu de temps, les +Iroquois sont comme déconcertés; et les autres, profitant de cet +avantage, sans donner aux ennemis le temps de recharger leur mousquet, +mettent promptement l'épée à la main et les obligent à prendre la fuite. +Ils les poursuivent jusqu'au fleuve Saint-Laurent où les Iroquois +entrèrent précipitamment dans l'eau et s'y plongèrent jusqu'au cou pour +se sauver. Puis ces seize colons victorieux ramenèrent dans le fort, à +la vue des sauvages tremblants, les quatre soldats de la redoute." + +Dans l'été de 1652, Mlle Mance, anxieuse de savoir des nouvelles de M. +de Maisonneuve alors en France, voulut se rendre à Québec; elle pria +Lambert Closse de l'accompagner jusqu'aux Trois-Rivières "afin de lui +faciliter le voyage." Pendant qu'il était avec elle dans cette ville, +des sauvages, venant de Montréal, annoncèrent que les Iroquois se +montraient plus terribles et plus agressifs que jamais. L'épouvante +régnait dans la place et les habitants ne savaient que devenir. Ayant +entendu ces mauvaises nouvelles, le major Closse laissa Mlle Mance +et remonta au plus vite à Montréal, où son retour fit renaître la +confiance, tant on faisait fond sur sa bravoure et son sang-froid. + +A son arrivée le brave Major fut récréé et affligé en même temps par une +histoire bien plaisante. + +Une femme de vertu qu'on nommait la _bonne femme Primot_, Martine +Messier, femme d'Antoine Primot, fut attaquée, le 29 juillet 1652, par +trois Iroquois qui s'étaient cachés pour la massacrer. Ils n'étaient +qu'à deux portées de fusil du fort lorsqu'ils l'assaillirent. La brave +femme pousse un grand cri, et à ce cri trois bandes d'Iroquois qui +étaient en embuscade, se lèvent et paraissent en armes. Les trois +premiers Iroquois se jetèrent sur elle pour la tuer à coups de haches; +Martine Primot se défend comme une lionne, bien que n'ayant pour seules +armes que ses mains et ses pieds. Au troisième coup de hache, elle tombe +à terre, comme morte; alors un des Iroquois se jette sur elle pour la +scalper, et emporter sa chevelure comme trophée. Mais cette vaillante +femme, se sentant ainsi saisir, reprend tout à coup ses sens, se relève +plus furieuse et plus courageuse encore, et saisit son assassin avec +tant de force par un endroit très sensible qu'il ne peut se dégager de +ses mains. Il lui donnait toujours des coups de hache sur la tête, et +toujours elle le tenait avec autant de force. Elle s'évanouit enfin une +seconde fois et donne ainsi à l'Iroquois la liberté de s'enfuir. C'était +la seule chose à laquelle il pensait à ce moment, car il était sur le +point d'être enveloppé par des colons qui accouraient au secours de la +_bonne femme Primot_. + +Les Français, dès qu'ils furent près d'elle, la trouvèrent baignée +dans son sang et l'aidèrent à se relever; lever; l'un d'eux, touché de +compassion pour ses souffrances, l'embrassa. Mais cette femme, aussi +vertueuse que courageuse, revenant à elle, et se sentant embrassée, +appliqua un vigoureux soufflet à ce charitable auxiliaire, qui n'avait +cependant que les intentions les plus pures. + +"Que faites-vous, dirent à Martine Primot les autres Français? Cet +homme vous témoigne son amitié sans penser à mal, pourquoi le +frappez-vous?"--"_Parmenda_, répondit-elle en son patois, je croyais +qu'il voulait me baiser." Le courage et la vertu de cette femme ont +inspiré à M. Dollier de Casson les réflexions suivantes: "C'est une +chose étonnante que ses profondes racines que jette la vertu dans un +coeur. L'âme de cette héroïne était prête à sortir de son corps, +son sang avait quitté ses veines et la vertu de pureté était encore +inébranlable en son coeur. Dieu bénisse le noble exemple que, dans +cette occasion, cette bonne personne a donné à tout le monde pour +la conservation de cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, est encore +vivante, et on l'appelle communément _Parmenda_, à cause de ce soufflet +qui surprit tellement un chacun que ce nom lui est resté." + + + + +III + +COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE 1652. + +Quelque temps après, le 14 octobre de la même année, le major Closse eut +l'occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bravoure dans un +combat contre les Iroquois dont la présence avait été signalée par les +dogues. + +Les Français avaient amené de France quelques dogues pour veiller, à +leur manière, à la sûreté du fort. "Ces chiens faisaient tous les matins +une grande ronde pour découvrir les ennemis et allaient ainsi sous la +conduite d'une chienne nommée Pilotte. L'expérience de tous les jours +avait fait connaître à tout le monde cet instinct admirable que Dieu +donnait à ces animaux pour nous garantir--c'est M. Dollier de Casson qui +parle--de quantité d'embuscades que les Iroquois nous faisaient partout, +sans qu'il nous fût possible de nous en garantir, si Dieu n'y eut pourvu +par ce moyen." Le P. J. Lalemant, dans la _Relation_ de 1647, parle lui +aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. "Il y +avait dans Montréal, dit-il, une chienne qui jamais ne manquait d'aller, +tous les jours, à la découverte conduisant ses petits avec elle; et si +quelqu'un d'eux faisait le rétif, elle le mordait pour le faire marcher. +Bien plus: si l'un d'eux retournait au milieu de sa course, elle se +jetait sur lui, comme par châtiment au retour. Si elle découvrait dans +ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au +fort en aboyant et donnant à connaître que l'ennemi n'était pas loin." + +Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboiements +signalant la présence de l'ennemi, qui devait se trouver du côté où +regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui était +toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d'être chargé +par M. des Musseaux, d'aller à la découverte. Il partit aussitôt avec +vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les +chiens. Il détacha en avant-garde trois de ses soldats: La Lochetière, +Baston et un autre avec l'ordre de s'arrêter en un lieu qu'il leur +désigne. La Lochetière, emporté par son courage, dépasse ce lieu, et, +pour découvrir plus aisément l'ennemi, monte sur un arbre, afin de voir +si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait +tout près de cet arbre. Dès que La Lochetière y fut monté, ils poussent +d'abord leurs huées ordinaires, puis font une décharge qui tue La +Lochetière, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d'un coup +de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres +éclaireurs, comprenant le danger et craignant d'être enveloppés, se +retirent et subissent de furieuses décharges auxquelles ils échappent +sains et saufs. + +Lambert Closse se prépare à une énergique défense contre cet ennemi, +comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme pendant quelque +temps, mais on allait être investi de toute part par deux cents Iroquois +quand un brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une +petite maison, crie au major de se retirer au plus vite s'il ne veut +être enveloppé. Closse se retourne, et voit le péril extrême dans lequel +on se trouve, car les Iroquois environnent déjà sa petite troupe et même +la maison où se trouve Prudhomme. Le salut, si salut il peut y avoir, +est dans cette maison; à tout prix, il faut s'y réfugier. Il commande +donc à sa petite troupe de forcer les Iroquois et d'arriver à la maison +coûte que coûte. Cet ordre est exécuté avec tant d'audace et d'élan que +les Français, après avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent +gagner ce refuge. Dès qu'ils y sont entrés, ils se mettent tous à percer +des meurtrières, d'où ils dirigent un feu nourri sur les sauvages. +Ceux-ci pressés autour de la maison qu'ils entourent de toute part, +ripostent vigoureusement; leurs balles passent au travers des murs +de cette bicoque, construite très légèrement, et l'une d'elles vient +blesser et mettre hors de combat un des assiégés, Laviolette. Ce fut une +perte sensible pour cette troupe déjà si peu nombreuse, car Laviolette, +un des plus beaux soldats de Montréal, s'était toujours montré très +courageux et invincible. Les assiégés ne sont cependant pas abattus, +ils continuent à faire des décharges meurtrières qui, dès le début, +renversent par terre un grand nombre d'Iroquois, les mettant dans un +grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner +leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi +qui s'approchait était reçu par une terrible décharge. Le feu continue +avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions; mais bientôt +elles viennent à manquer car on ne s'était pas approvisionné pour +soutenir un siège. + +La position de nos braves devient des plus critiques; il faut ou se +rendre à discrétion à ces cruels Iroquois, ou se précipiter au milieu +d'eux et mourir les armes à la main. Le major Closse a la charge +de cette petite armée, et doit tout faire pour la sauver, et ne +s'abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les +expédients auront été épuisés. Il aperçoit une chance de salut, il va +essayer. On peut encore être sauvé si quelqu'un a assez de courage pour +se rendre jusqu'au fort et en ramener des munitions. A peine a-t-il +indiqué cette chance suprême que Baston, excellent coureur, s'offre +à lui pour tenter l'aventure. Le major, transporté de joie d'un tel +dévouement, prodigue à ce brave les témoignages d'amitié; il fait ouvrir +la porte et protège la sortie de cet audacieux soldat par des décharges +bien nourries. + +Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans +recevoir aucune blessure; il arrive bientôt au fort et en revient +immédiatement avec dix hommes, conduisant deux pièces de campagne, +prêtes à tirer, et des cartouches. Pour aller au fort à la maison +assiégée, on profite d'un rideau qui cachait aux Iroquois l'arrivée de +cet inappréciable renfort. Dès qu'on se trouve à découvert, on décharge +sur les Iroquois les deux petites pièces de campagne, et M. Closse ayant +fait au même moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite +maison. Dès qu'il y fut arrivé, le feu éclate avec une nouvelle +intensité pour montrer aux Iroquois "si cette poudre nouvelle valait +bien la précédente." + +Les choses changent alors rapidement de face; les Iroquois comprenant +que ce siège devient trop meurtrier pour eux, se décident à battre en +retraite. Mais pendant cette retraite qui dégénéra bientôt en déroute +complète, ils furent assaillis par de nouvelles décharges qui tuèrent +plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent +dans cette rencontre si meurtrière pour eux, parce que, quoiqu'ils aient +eu beaucoup de morts, ils les emportèrent presque tous et parce que, +selon leur habitude, ils se gardèrent de se vanter des gens qu'ils +avaient perdus. "Il est vrai, dit M. Dollier de Casson, en parlant de ce +combat, que les Iroquois n'ont pu se taire absolument et que exagérant +leurs pertes, ils les ont exprimées en ces termes: _Nous sommes tous +morts._ Quant aux blessés, ils ont avoué dans la suite trente-sept +guerriers complètement estropiés par suite de cette action." + +Au sujet de la coutume des Iroquois d'emporter leurs morts, voici ce que +remarque M. Dollier de Casson: "Quoique ces barbares ne soient pas très +forts, ils ont cependant une force étonnante pour porter des fardeaux, +chacun pouvant avoir sur ses épaules la charge d'un mulet et s'enfuir +ainsi avec un mort ou un blessé, comme s'il ne portait presque rien, +c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, après les combats, on trouve +si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter." + +Quant aux Français, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La +Lochetière, et n'eurent qu'un blessé, Laviolette. + + + + +IV + +LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE MAISONNEUVE.--SON MARIAGE. + +Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve passe en France. Le but principal +de son voyage était de demander à M. Olier, l'illustre fondateur du +séminaire de Saint-Sulpice, quelques-uns de ses prêtres pour prendre +soin de l'île de Montréal. Avant de partir, il nomma pour exercer le +commandement pendant son absence, le brave major Closse Il avait su +assez l'apprécier pour juger qu'il était tout à fait propre à le +remplacer, tant à cause de son expérience dans le métier des armes que +par le grand ascendant que ses vertus et sa bravoure lui avaient acquis +sur les soldats et sur les colons. Lambert Closse exerça ce commandement +pendant toute l'année à la satisfaction générale; il montra clairement à +tous qu'il savait et qu'il méritait de commander. + +En 1657, Lambert Closse épousa Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive de +Mlle Mance, dont les parents avaient été cruellement mis à mort par les +Iroquois le jour de la fête du Saint-Sacrement de l'année 1655. Jean +Moyen, sieur Des Granges, et sa femme Elizabeth le Brest s'étaient +établis avec toute leur famille dans l'île aux Oies, sous Québec. Ils +y résidaient lorsqu'ils furent surpris par les Iroquois. Les gens de +service étant absents, M. et Mme Moyen ne purent être secourus, et +furent mis à mort, ainsi que trois ou quatre travailleurs au service de +M. Denis. Après avoir tué tous ceux qu'ils purent prendre, ils firent +prisonniers et amenèrent dans leur pays les enfants de M. Moyen et +ceux de M. Macart, pendant qu'une partie de leur troupe fut attaquer +Montréal. + +Mais là ils éprouvèrent des échecs et eurent plusieurs des leurs faits +prisonniers, entre autres un de leurs capitaines _la Plume._ Un échange +de prisonniers se fit peu après, entre les Français et les Iroquois, par +lequel les demoiselles Elizabeth et Marie Moyen et les deux filles de M. +Macart furent rendues à la liberté. Mlle Mance les reçut à l'Hôtel-Dieu +et témoigna à ces orphelines l'affection et la sollicitude d'une mère. + +Le 21 novembre 1657, fête de la Présentation, eut lieu à Montréal la +première nomination des marguilliers, à la joie de tous les colons qui +voyaient ainsi le commencement de l'organisation de leur chère paroisse. +Parmi les plus heureux, se trouvait le major Closse qui, à cette +occasion, donna à l'église Notre-Dame deux cent cinquante livres, +et quelques jours après trois cent vingt-cinq pour reconnaître la +protection dont les avait entourés leur puissante patronne. + + + + +V + +MORT DE LAMBERT CLOSSE, 16 FÉVRIER 1662. + +Nous voici arrivé à une date fatale, 16 février 1662, date à laquelle +Lambert Closse perdit la vie. Sa mort fut incontestablement la perte la +plus grande qu'eut faite Montréal depuis sa fondation. Aussi la mort de +ce brave, de ce chrétien qui s'était illustré par tant de beaux faits +d'armes et par de si éclatantes vertus, plongea-t-elle dans le deuil +toute la colonie. + +Ce fut le 16 février que ce malheur arriva. Ce jour-là, le major, +toujours prêt à exposer sa vie pour protéger les colons en danger, était +accouru à la tête de quelques braves au secours de travailleurs attaqués +par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de +domestique. Les Iroquois faisaient contre les Français un feu terrible +qui effraya tellement ce lâche serviteur qu'il se hâta de prendre la +fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nommé +Pigeon, à cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette +rencontre d'un grand courage, et s'avança tellement au milieu des +ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême rapidité de sa course d'échapper +à leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le +courage du _Pigeon_ français qui était son compagnon, M. le major serait +peut-être aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et +s'exposa si avant que s'il n'eût eu de bonnes ailes pour s'en revenir, +il eût été perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la charge." La fuite +du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse, +qui se trouvait ainsi moins entouré. Ne perdant rien de son sang-froid +et de son courage, le major ainsi délaissé, s'apprête à combattre +héroïquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent +raté, l'un après l'autre, il eût probablement changé la fortune du +combat, ou, tout au moins, fait éprouver aux Iroquois de sérieuses +pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse était +atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat +de Jésus-Christ, après avoir mille fois exposé sa vie, sans jamais +craindre de la perdre, n'étant venu dans ce pays que pour la sacrifier à +Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le récit de la +mort du Major qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, était aussi +remarquable par ses qualités privées, par ses vertus chrétiennes, que +par son courage militaire. + +Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth +Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa +mère adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut été sa propre +fille, s'engagea à payer annuellement aux créanciers les sommes qui leur +étaient dues, et Mme Closse détacha pour la même fin dix arpents de son +fief. Plus tard le séminaire remit gratuitement à la veuve du brave +major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en considération +des bons et agréables services que son mari a rendus à l'établissement +de cette colonie, où il a été tué par les Iroquois en la défendant_. La +mort de Lambert Closse, par suite des difficultés des communications, +ne fut connue à Québec qu'à la fin de mars; elle y excita, comme à +Montréal, des regrets universels. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + +MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL + + I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada + II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661 + III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître + IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661 + V. M. Vignal jugé par ses contemporains + + +LE MAJOR LAMBERT CLOSSE. + + I. Des qualités et du courage de Lambert Closse + II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats + III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652 + IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage + V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662 + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE *** + +***** This file should be named 13122-8.txt or 13122-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/3/1/2/13122/ + +Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + diff --git a/old/13122-8.zip b/old/13122-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..7c839a1 --- /dev/null +++ b/old/13122-8.zip diff --git a/old/13122-h.zip b/old/13122-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e67d6cb --- /dev/null +++ b/old/13122-h.zip diff --git a/old/13122-h/13122-h.htm b/old/13122-h/13122-h.htm new file mode 100644 index 0000000..bf18e9b --- /dev/null +++ b/old/13122-h/13122-h.htm @@ -0,0 +1,2163 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg eBook Trois Héros de la colonie de Montréal</title> + <meta name="author" content="P. Dupuy"> + +<style type=text/css> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.dropcap {float: left} + +span.pagenum {font-size: 8pt; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} + +.figure {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figcenter {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figright {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figleft {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figure img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figcenter img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figright img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figleft img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figure p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figcenter p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figright p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figleft p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figcenter {margin: auto} +.figright {float: right} +.figleft {float: left} + +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} + + +</style> + +</head> +<body> + + +<pre> + +Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Trois Héros de la colonie de Montréal + +Author: Paul Dupuy + +Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE *** + + + + +Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + + + + + +</pre> + + + + +<h3>P. DUPUY</h3> + +<br><br> + +<h1>TROIS HÉROS +DE LA<br> +COLONIE DE MONTRÉAL</h1> + + +<h4>1887</h4> +<br><br><br> + + +<h2>MM. JACQUES LE MAITRE<br> +ET +GUILLAUME VIGNAL,</h2> +<h3><i>prêtres de Saint-Sulpice</i>.</h3> + + +<h4>1659-1661</h4> +<br><br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE<br> +ET VIGNAL EN CANADA.</h3> + + +<p>MM. Jacques Le Maître et Guillaume +Vignal quittèrent la France +le 2 juillet 1659, fête de la Visitation. +Sur le vaisseau qui les emportait, +se trouvaient Mlle Mance, +revenant après sa guérison miraculeuse +et amenant trois soeurs +hospitalières; les soeurs de Brésoles, +Macé, Maillet; la soeur Bourgeoys +et les soeurs Aimée Chatel, +Catherine Crolo et Marie Raisin +qui avec la soeur Bourgeoys formèrent +le noyau de cette congrégation +de Notre-Dame qui a rendu +à notre pays des services si inappréciables, +et près de deux cents +passagers.</p> + +<p>La traversée fut très pénible; à +peine en mer, la peste se déclara sur +le vaisseau, qui depuis deux ans, +ayant servi d'hôpital, en était infecté +et un grand nombre de passagers +furent violemment atteints +de cette terrible maladie. Ce fut +pour les hospitalières une occasion +naturelle d'offrir leurs services pour +soigner les pestiférés; dès qu'elles +eurent commencé à donner leurs +soins qu'on avait d'abord refusés, +la mortalité diminua, pour cesser +bientôt tout à fait, quoiqu'il y eût +encore beaucoup de malades. Les +hospitalières ne se prodiguèrent pas +seules pour le soulagement des pestiférés. +"La soeur Bourgeoys, dit +M. Dollier de Casson, fut bien celle +qui travailla autant que toutes les +autres pendant toute la traversée +et que Dieu pourvut aussi de plus +de santé pour cela. Les deux prêtres +du séminaire, MM. Le Maître et +Vignal assistaient les malades autant +que leurs corps accablés par +la maladie le leur permettaient. +Ils soignèrent et assistèrent deux +Huguenots dont ils eurent le bonheur +d'obtenir l'abjuration."</p> + +<p>A cette affreuse maladie dont +furent plus ou moins atteints presque +tous les passagers, se joignirent +de terribles tempêtes et le manque +d'eau douce jusqu'à l'arrivée dans +le Saint-Laurent. Enfin MM. Le +Maître et Vignal, après avoir débarqué +à Québec le 7 septembre l659, +arrivèrent à Montréal vers la fin +du mois et furent reçus avec de +grandes démonstrations de joie par +tous les colons, pour qui l'arrivée +d'un prêtre était toujours un grand +bonheur.</p> + +<p>Lorsque M. de Maisonneuve, +venu en France en l655, demanda +à M. Olier d'envoyer à Montréal +quelques-uns de ses prêtres pour y +prendre soin de la colonie, celui-ci +après avoir beaucoup prié Dieu, lui +promit de choisir quelques ecclésiastiques +de sa compagnie qu'il +croirait les plus propres à cette +oeuvre apostolique. Quand ses +prêtres connurent ce dessein, tous +briguèrent l'honneur de ce poste +périlleux. L'un d'eux M. Le Maître, +en s'offrant, lui dit qu'une fois en +Canada, il courrait de toutes parts +pour chercher des sauvages et irait +même les trouver dans leur pays. +"Vous n'en aurez pas la peine répondit +M. Olier, ils viendront bien +vous chercher eux-mêmes, et vous +vous trouverez tellement entouré +par eux que vous ne pourrez vous +échapper de leurs mains."</p> + +<p>Ce M. Le Maître auquel M. Olier +fit cette réponse prophétique était +le même prêtre dont nous venons +de raconter l'arrivée à Montréal.</p> + +<p>Les premières fonctions, celles +d'économe, dont il fut chargé, ne +paraissaient pas devoir donner raison +à la prédiction de M. Olier; +aussi M. Le Maître, dont le plus +grand désir était de se dévouer à +la conversion des sauvages, ne les +accepta que par obéissance. Cependant, +espérant toujours qu'il arriverait +à se trouver avec les Iroquois +et qu'il pourrait exercer son +zèle évangélique, il se mit sans +tarder à apprendre leur langue. +Il avait pour eux la plus grande +affection, et, si quelques-uns d'entre +eux paraissaient à Montréal, il usait +des facilités que lui donnaient ses +fonctions d'économe pour leur faire +des largesses et leur donner à +manger.</p> + +<p>M. Le Maître avait une dévotion +particulière envers saint Jean-Baptiste, +et Dieu l'appela à lui du milieu +de son désert en permettant +que les Iroquois lui coupassent la +tête le jour anniversaire de celui où +"Hérode la fit trancher à ce célèbre +habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."</p> +<br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>MARTYRE DE M. LE MAITRE, +29 AOÛT 1661.</h3> + + +<p>Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le +Maître, après avoir dit sa messe, se +dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, +l'esprit préoccupé de la +fête du jour, et désireux "de sacrifier +sa tête pour Jésus-Christ +comme son saint Précurseur." En +qualité d'économe, il allait surveiller +dans un champ 14 ou 15 ouvriers, +chargés d'y retourner du blé mouillé. +Chacun se mit à l'ouvrage de son +côté, en laissant les armes dispersées +en plusieurs endroits. Ils +étaient d'autant plus imprudents +en agissant ainsi qu'ils avaient dit +eux-mêmes à M. Le Maître, quelques +instants avant, qu'il y avait +certainement des ennemis cachés +non loin, à cause de quelques indices +qu'ils avaient remarqués. Par +suite de cet avis, M. Le Maître regardait +de côté et d'autre dans les +buissons pour voir s'il n'y avait +pas des Iroquois en embuscade. En +allant et venant il tomba presque +dans une de ces embuscades, car +récitant alors les petites heures de +la décollation de saint Jean-Baptiste, +et, obligé de tenir fréquemment +les yeux sur son bréviaire, il +ne put voir les ennemis que lorsque +ceux-ci, après s'être approchés à +petit bruit, sortirent du bois, et +s'avancèrent vers lui dans l'intention +de le prendre vivant, pendant +que d'autres se mirent à courir sur +les travailleurs.</p> + +<p>M. Le Maître, pensant au danger +des Français plutôt qu'au sien +propre, résolut de disputer le passage +aux Iroquois pour donner le +temps aux colons de prendre leurs +armes. Dans ce but il s'arma d'un +couteau, dont il se couvrait comme +d'un espadon, et se jeta entre les +Iroquois et les travailleurs, en leur +criant d'avoir bon courage et de +prendre leurs armes pour défendre +leur vie. Les Iroquois, voyant que +ce prêtre leur barrait le chemin et +les empêchait ainsi de tuer les Français, +en conçurent un grand dépit. +Ils ne craignaient pas d'être blessés +par M. Le Maître, mais ils étaient +curieux contre lui parce qu'ils ne +pouvaient l'approcher pour le +prendre vivant et surtout parce +qu'il avait averti les travailleurs +et leur donnait le temps de se +rendre en bon ordre à la résidence.</p> + +<p>Aussi pour se venger de M. Le +Maître, ils le tuèrent à coups de +fusils. Quoique ayant reçu plusieurs +blessures mortelles, M. Le +Maître eut encore le courage de +courir vers ses travailleurs en leur +recommandant de se retirer, puis il +expira.</p> + +<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de +1661 parlent comme suit de M. +Le Maître et de sa mort. "C'était +trop peu pour notre malheur que +tous les états, toutes les conditions, +tous les âges eussent été cette +année les victimes immolées à la +fureur de nos ennemis: il fallait +pour mettre le comble à nos infortunes, +que l'Eglise eût part à ces +sanglants sacrifices, et qu'elle mêlât +son sang avec nos larmes par +le massacre d'un de ses ministres +sacrés, M. Le Maître, homme également +zélé et courageux pour le +salut des âmes.</p> + +<p>"Ce bon prêtre surveillant des +travailleurs, et s'étant un peu retiré +d'eux pour réciter son office plus +paisiblement, reçut soudain une +décharge de fusils. Blessé à mort, +il alla rendre l'âme aux pieds des +Français qui se trouvèrent incontinent +chargés de toutes parts, et +investis par cinquante ou soixante +Iroquois, qui, sortant du bois comme +des lions de leurs cavernes, jetèrent +d'abord mort par terre un des Français, +et en prirent un second en vie, +bien résolus à n'en laisser échapper +aucun. Mais les autres qui restaient +mirent aussitôt la main à l'épée, et, +animés d'un grand courage, se firent +jour à travers de ces Iroquois et se +sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel. +Ainsi maîtres du champ +de bataille, qu'on ne leur disputait +pas, ces barbares tournèrent leur +rage contre les morts, n'ayant pu le +faire davantage sur les vivants."</p> + +<p>Ce fut d'abord sur M. Le Maître +qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent +la tête, ainsi qu'au travailleur +Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. +M. Le Maître, né en Normandie, +était âgé de quarante-quatre ans +quand il fut tué.</p> + +<p>Pour bien montrer que dans la +guerre qu'ils faisaient aux Français, +ils avaient surtout en vue de combattre +leur religion et sa propagation +parmi eux, les Iroquois, après +avoir tué M. Le Maître, poussèrent +de grandes huées de joie pour avoir +ainsi mis à mort un ministre de +notre sainte religion, une <i>robe noire</i> +comme ils appelaient les prêtres. +Puis, à ce que raconte la soeur Marie +de l'Incarnation, "un renégat qui +se trouvait parmi eux enleva la +soutane de M. Le Maître, s'en revêtit, +et, ayant mis sa chemise par +dessus pour imiter le surplis, fit la +procession autour du corps, en dérision +de ce qu'il avait vu faire aux +obsèques des chrétiens." Cet apostat +marchait pompeusement ainsi couvert +de cette précieuse soutane, en +vue des Montréalais qu'il bravait +avec insolence.</p> +<br> + +<h3>III</h3> + +<h3>CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES +QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE +MAITRE.</h3> + +<p>La mort de M. Le Maître fut accompagnée +et suivie de circonstances +merveilleuses dont nous +trouvons le récit dans les écrits +des contemporains de ce martyr.</p> + +<p>La soeur Bourgeoys, parlant de +cette mort, dit qu'on regardait +comme un fait constant que ce +saint prêtre avait parlé après que +sa tête avait été séparée de son +corps. Elle ajoute aussi, M. Le +Maître eut la tête coupée par les +sauvages, le jour de la décollation +de saint Jean-Baptiste, proche +Montréal; et l'on rapporte que l'on +avait vu sur son mouchoir, dans +lequel on avait emporté sa tête, les +traits de son visage empreints si fortement +qu'on pouvait le reconnaître.</p> + +<p>"Quelque temps après, comme +je me disposais pour aller en France, +j'eus la pensée de m'assurer de ce +fait, afin que, si on me demandait +si cela était véritable, je susse ce +que je devais en dire. Je fus donc +trouver Lavigne, que l'on avait +ramené du pays des Iroquois: car +il avait été pris et les sauvages lui +avaient arraché un doigt. Il me dit +que cela était véritable, qu'il en +était assuré, non pour l'avoir entendu +dire, mais pour l'avoir vu; qu'il +avait promis tout ce qu'il avait pu +aux sauvages pour avoir ce mouchoir, +les assurant que, quand il +serait à Montréal, il ne manquerait +pas de les satisfaire: ce que cependant +ils ne voulurent pas accepter +disant que ce mouchoir était +pour eux un pavillon pour aller en +guerre, et qui les rendrait invincibles."</p> + +<p>Dans les annales des hospitalières +de Saint-Joseph nous lisons aussi: +"Après que les Iroquois eurent +décapité M. Le Maître, ils mirent +sa tête dans un mouchoir blanc, +qu'apparemment ils avaient pris +dans la poche du défunt, et, l'ayant +ainsi emportée dans son pays il arriva +une merveille qui mérite d'être +décrite, pour votre édification.</p> + +<p>"C'est que la face de ce serviteur +de Dieu, et tous les traits de son +visage demeurèrent sur la toile de +ce mouchoir, en sorte que ceux qui +avaient eu l'avantage de le connaître +pendant sa vie, le reconnaissaient +parfaitement. Ce qu'il +y a de particulier, c'est qu'on ne +voyait plus de sang au mouchoir +qui était au contraire très blanc; +mais il paraissait dessus comme une +cire blanche très fine, qui représentait +la face au serviteur de Dieu: +ce qui ne peut pas être arrivé naturellement. +Quelques-uns de nos +Français prisonniers dans cette nation +le reconnurent parfaitement. +C'est ce que nous ont dit plusieurs +fois M. de Saint-Michel, M. Cuillerier, +personnes dignes de foi, ainsi +qu'un père jésuite, qui était prisonnier +dans ce temps-là, dans une +autre nation que celle qui avait +tué ce saint homme. Il nous a dit +en avoir ouï parler comme d'une +chose très vraie, quoique il ne l'ait +pas vu lui-même; et que les sauvages +en parlaient les uns aux +autres avec étonnement, comme +d'un prodige qu'ils reconnaissaient +très extraordinaire. Ils ajoutaient +que cet homme était réellement un +grand démon: ce qui veut dire +parmi eux un homme excellent et +tout esprit.</p> + +<p>"Ils conçurent même une vive +crainte de cette image, dans l'appréhension +où ils étaient que le +défunt ne se vengeât et ne fit la +guerre à leur nation. Le père jésuite +ajoute: J'ai bien fait mon possible +pour avoir ce mouchoir, mais +je n'ai pu y réussir. Les Iroquois +se cachaient de moi, à cause que +j'étais une <i>robe noire</i>, comme le défunt; +c'est pourquoi, pour se défaire +de cette image, ils vendirent +le mouchoir aux Anglais. Le père +jésuite s'efforça de l'acheter de ces +derniers, mais sans succès; les +sauvages ayant menacé de les détruire +s'ils le lui donnaient."</p> + +<p>Enfin, pour terminer, donnons le +récit de M. Dollier de Casson.</p> + +<p>"On raconte, dit-il, une chose +bien extraordinaire de M. Le Maître, +c'est que le sauvage qui emportait +sa tête, l'ayant enveloppée dans le +mouchoir du défunt, ce linge reçut +tellement l'impression de son visage, +que l'image en était parfaitement +gravée dessus, et que voyant +le mouchoir, on reconnaissait M. +Le Maître. Lavigne, ancien habitant +de ce lieu, homme des plus +résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir +imprimé pendant qu'il était +prisonnier chez les Iroquois et que +ces malheureux y arrivèrent après +avoir fait ce méchant coup. Il assure +que le capitaine de ce parti, +ayant tiré le mouchoir de M. Le +Maître, à son arrivée, lui, Lavigne, +ayant reconnu ce visage, se mit à +crier: "Ah! malheureux, tu as tué +Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois +appelaient M. Le Maître), car +je vois sa face sur son mouchoir."</p> + +<p>"Ces sauvages honteux et confus +resserrèrent alors ce linge sans que +jamais depuis ils l'aient voulu +montrer ni donner à personne, pas +même au R.P. Simon Le Moine, +qui sachant la chose fit tout son +possible pour l'avoir."</p> + +<p>Et M. Dollier de Casson ajoute: +"Je vous dirai qu'on m'a rapporté +bien d'autres choses assez extraordinaires +à l'égard de la même personne, +dont une partie était comme +les pronostics de ce qui devait lui +arriver un jour, et l'autre se rapportait +à l'état des choses présentes +et à celui dans lequel apparemment +toutes les choses seront bientôt. M. +Le Maître a parlé assez ouvertement, +durant sa vie, de tout ceci à +une religieuse et à quelques autres, +pour que je fusse autorisé à en parler +si j'en voulais dire quelque +chose. Mais je laisse le tout entre +les mains de Celui qui est le maître +des temps et des événements, et +qui en cache la connaissance ou +bien la donne à qui bon lui semble."</p> + +<p>On conçoit la réserve de M. Dollier +de Casson, prêtre de Saint-Sulpice, +parlant d'un de ses confrères; +cette réserve est bien naturelle et +pleine de délicatesse.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des +circonstances merveilleuses qui accompagnèrent +et suivirent la mort +de M. Le Maître; que l'on veuille +ou non admettre comme miraculeux +les faits que nous venons de +raconter, d'après les écrits des contemporains, +on n'en doit pas moins +regarder M. Le Maître comme un +martyr. Sa mort a été prompte, il +est vrai; il n'a eu à subir de la +part de ses assassins ni supplices, +ni tortures; mais ce qui constitue +le martyre ce n'est pas la longueur +plus ou moins grande des souffrances +endurées, ce n'est pas la +cruauté plus ou moins raffinée des +bourreaux; c'est la volonté de +donner sa vie pour sa foi, pour son +Dieu. M. Le Maître avait cette +volonté; il brûlait du désir d'être +envoyé au Canada pour travailler à +la conversion des sauvages et, dès +le premier jour, il avait fait le sacrifice +complet de sa vie pour gagner +à Notre-Seigneur ces barbares +idolâtres.</p> +<br> + + + +<h3>IV</h3> + +<h3>MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE +1661.</h3> + + +<p>Bien peu de temps—deux mois +à peine—après que M. Jacques Le +Maître eut reçu la couronne du +martyre, la compagnie de Saint-Sulpice +et la colonie furent de nouveau +cruellement éprouvées par le +massacre de M. Vignal, prêtre de +Saint-Sulpice.</p> + +<p>Comme nous l'avons déjà dit, M. +Vignal était arrivé à Montréal en +même temps que M. Le Maître vers +la fin de septembre 1659, et, comme +lui "il reçut la mort de la main de +ceux pour lesquels il avait voulu +souvent donner sa vie."</p> + +<p>Ayant succédé comme économe +à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa +de faire continuer la bâtisse +qui devait servir de logement aux +Messieurs de Saint-Sulpice. Ceux-ci, +depuis leur arrivée à Montréal, +étaient logés provisoirement à l'Hôtel-Dieu, +et en cette année 1661, +ils faisaient bâtir, en face du fleuve, +la maison du séminaire. Pour hâter +son achèvement, M. Vignal obtint +de M. de Maisonneuve l'autorisation +d'aller avec quelques hommes +chercher des pierres dans une petite +île appelée <i>l'Ile-à-la-Pierre</i>, située +au-dessus de l'île Sainte-Hélène, +justement vis-à-vis le port de Montréal.</p> + +<p>Dès que M. Vignal eut obtenu +l'autorisation de M. de Maisonneuve +il ne songea qu'à s'embarquer promptement +sans se préoccuper des +Iroquois dont pourtant on avait signalé +la présence dans l'île, et, à +peine arrivés, lui et ses compagnons +allèrent insouciamment à leur travail +qui d'un côté, qui de l'autre, +sans avoir même la précaution de +prendre leurs armes avec eux. "Un +d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, +qui ne fut pas le moins surpris, alla +vaquer à ses nécessités, se mettant +sur le bord de l'embuscade des ennemis, +auxquels il tourna le derrière. +Un Iroquois, indigné de cette +insulte, sans dire un mot, le piqua +d'un coup de son épée. Cet homme +qui n'avait jamais éprouvé de seringue +si vive et si pointue, fit un +bond en recevant cette piqûre, et +se mit à courir à <i>la voile</i> vers ses +compagnons. Ceux-ci virent de +suite l'ennemi et l'entendirent faire +une grosse huée, ce qui effraya +tellement nos gens dont une partie +n'était pas encore débarquée, que +tous généralement ne songèrent +qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de +leur bravoure ordinaire."</p> + +<p>Malheureusement, le chef de cette +petite troupe Claude de Brigeac, +jeune gentilhomme de 30 ans, +"venu à Villemarie comme soldat, +par pur motif de religion, dans +l'intention d'y sacrifier sa vie pour +l'établissement de l'église catholique," +et dont M. de Maisonneuve +avait fait son secrétaire particulier, +n'était pas encore débarqué.</p> + +<p>En voyant l'épouvante et la déroute +des Français il se jette à terre +en encourageant ses hommes à la +résistance. Ces exhortations ne produisirent +aucun effet sur ces soldats +épouvantés, gui ne secondèrent nullement +les efforts de leur chef, et +laissèrent ainsi la victoire aux Iroquois.</p> + +<p>Quoique seul, M. de Brigeac par +sa fière attitude effraya les sauvages +et les arrêta pendant quelque +temps: ce qui permit aux Français +de fuir et les empêcha d'être +tous faits prisonniers. Mais bientôt +les ennemis voyant M. de Brigeac +tout seul, devinrent plus courageux +et se jetèrent sur lui. Ce +brave, conservant tout son sang-froid, +ajuste le capitaine des Iroquois +et le tue d'un coup de fusil. +Cette mort effraya tellement les +autres sauvages que pendant quelques +instants, ils hésitèrent à +affronter le coup de pistolet que +M. de Brigeac avait encore à tirer. +Cependant, honteux d'être tenus en +échec par un seul homme, ils font +sur lui une décharge qui lui casse +le bras droit et fait tomber le pistolet +qu'il tenait à la main. Il parait +qu'il eut assez de courage pour le +reprendre, et qu'il ne cessait de le +leur présenter quoiqu'il eût le bras +rompu. Mais n'ayant pas la force +de le tirer, il se jette à l'eau; les +Iroquois s'y jettent après lui, et, +l'ayant pris, le traînent sur les rochers +la tête et le visage en bas presque +tout autour de l'île. D'autres, +pendant ce temps, tirent sur un +bateau et tuent plusieurs personnes, +entre autres deux braves fils de +famille: J.-Bte Moyen, âgé de 19 +ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20 +ans, qui, sans faire attention à ses +blessures, exhortait son camarade à +bien mourir, quand il tomba lui-même +raide mort dans le bateau.</p> + +<p>M. Vignal, déjà blessé d'un coup +d'épée, voyant tout son monde dans +une telle déroute, voulut monter +dans le canot d'un des meilleurs +colons, René Cuillérier. Pour s'aider +à y embarquer, il saisit le fusil, +mais par un faux mouvement, il le +fit tremper dans l'eau, le rendant +ainsi inutile. Les Iroquois qui ont +aperçu cet accident si funeste, +criblent de coups de fusil le canot +avant qu'il ait pu gagner le large. +M. Vignal tombe couvert de blessures +et est fait prisonnier avec +Cuillérier. Il est jeté "comme un +sac de blé" dans un canot des Iroquois, +et son compagnon d'infortune +est mis dans un autre.</p> + +<p>Malgré les vives souffrances que +lui faisaient éprouver ses blessures, +M. Vignal, tout couvert de sang, +se levait fréquemment et adressait +aux prisonniers, proches de lui dans +d'autres canots, des paroles d'encouragement +et de consolation: +"Tout mon regret, au milieu des +souffrances que j'endure, est d'être +la cause que vous soyez dans un +si triste état; mes amis, prenez courage, +endurez pour l'amour de +Dieu." Ces paroles prononcées par +un homme qui était lui-même tant +à plaindre, crevaient le coeur de +tous ces pauvres captifs.</p> + +<p>Les Iroquois ayant traversé le +fleuve, allèrent débarquer à la prairie +de la Madeleine. Là ils donnèrent +des soins aux blessés pour +pouvoir les amener comme des trophées +de victoire dans leurs tribus. +Mais M. Vignal avait reçu des blessures +si graves que les Iroquois +renoncèrent bientôt à le guérir, et +voyant qu'ils ne pourraient l'amener +jusques en leur pays, ils le tuèrent +deux jours après, le 27 octobre 1661, +puis ayant fait rôtir son corps sur +un bûcher, ils le mangèrent. "Ils +lui donnèrent ainsi, dit M. Dollier +de Casson, d'offrir à son créateur, +le sacrifice de son corps en odeur +de suavité, étant brûlé sur un +bûcher comme le grain d'encens sur +le charbon sans qu'il restât rien de +son corps."</p> + +<p>Cette <i>robe noire</i> dont les sauvages +voulaient faire leur plus beau trophée +et qui devait être la victime +sur laquelle se serait exercée leur +cruauté, venant à leur manquer, +ces bourreaux redoublèrent de soins +envers M. de Brigeac pour qu'il +pût arriver jusque dans leur pays. +Il fut enfin capable de marcher, +mais il ne les suivait qu'avec la +plus grande peine, à cause des blessures +qu'il avait reçues au bras +droit, à la tête, aux pieds et par +tout le corps. Tout en cheminant, +et malgré ses souffrances, il ne +cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils +furent enfin arrivés, ses bourreaux +commencèrent à lui faire subir les +tortures auxquelles ils le destinaient, +tortures qu'ils voulaient +rendre aussi cruelles que possible +pour venger la mort de leur capitaine. +Ils lui arrachèrent les ongles, +les bouts des doigts et les fumèrent +ensuite; ils lui coupèrent des lambeaux +de chair, tantôt dans un endroit, +tantôt dans un autre; ils +l'écorchèrent, le rouèrent de coups +de bâton, lui appuyèrent des charbons +ardents et des fers chauds sur +sa chair mise à nu, enfin ils n'épargnèrent +rien pendant les vingt-quatre +heures que dura son supplice +pour le rendre plus douloureux. +Leur rage s'augmentait de la +patience et du courage de ce malheureux +"qui, au milieu des plus +atroces tortures, ne faisait que prier +Dieu pour la conversion et le salut +de ses bourreaux, ainsi qu'il avait +promis à Dieu de le faire, en se +voyant sur le point d'entrer dans +ces tortures."</p> + +<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de +1665 racontent ainsi le supplice de +M. de Brigeac: "Il fut brûlé +toute la nuit depuis les pieds jusqu'à +la ceinture, et le lendemain on +continua encore à le brûler, après +lui avoir cassé les doigts. Durant +cette sanglante et cruelle exécution, +il ne cessa jamais de prier Dieu +pour la conversion de ces barbares +offrant pour eux toutes les douleurs +qu'ils lui faisaient endurer, faisant +à Dieu cette prière: <i>Mon Dieu, +convertissez-les</i>, et répétant toujours +ces paroles sans pousser un seul cri +de plainte, quelque affreuses que +furent ses tortures."</p> + +<p>Ce courage à supporter les supplices +les plus cruels, cette sollicitude +et cette compassion pour les +bourreaux étonnent moins quand on +réfléchit à la pureté de la vie de ce +gentilhomme, et au dessein qui l'avait +fait venir à Villemarie pour +offrir sa vie à Dieu en assistant +les habitants d'une ville si exposée +aux coups des sauvages.</p> +<br> + + + +<h3>V</h3> + +<h3>M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.</h3> + + +<p>La mort de M. Vignal, arrivant +si peu de temps après celle de M. +Le Maître, plongea dans la douleur +la plus profonde tous les colons. +Ce digne prêtre, si remarquable par +sa charité, son humilité, son esprit +de pénitence et son zèle d'apôtre, +avait, quoique arrivé depuis deux +ans seulement à Villemarie, conquis +l'estime et l'affection de tous. +On attendait beaucoup de lui, Dieu +ne lui laissa pas le temps de produire +tous ses fruits.</p> + +<p>Les contemporains ont rendu à +ses vertus les plus éclatants témoignages.</p> + +<p>"La vie de M. Vignal, lit-on +dans la <i>Relation</i> des Jésuites de +1662, était d'une très douce odeur à +tous les Français par la pratique de +l'humilité, de la charité, de la pénitence, +vertus qui étaient rares en lui +et qui le rendaient aimable à tout +le monde; et sa mort a été bien +précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il +l'a reçue de la main de ceux +pour lesquels il a souvent voulu +donner sa vie; il avait des grandes +tendresses pour leur salut, il s'est +offert plusieurs fois de nous venir +joindre quand nous étions à Onnontaghé, +afin de travailler ensemble +à la conversion de ces barbares. +Il l'aurait fait si sa complexion +et ses forces eussent correspondu à +son courage."</p> + +<p>Ce fut surtout aux hospitalières +de Saint-Joseph, dont M. Vignal +était le supérieur et le confesseur, +que cette mort fut sensible. Elles +en parlaient ainsi à leurs soeurs +de France: "Nous nous flattions +de posséder longtemps M. Vignal, +qui nous avait été donné en remplacement +de M. Le Maître; mais +Dieu en a disposé autrement et lui +a fait éprouver le même sort qu'à +ce dernier. Étant allé avec quelques +ouvriers à l'<i>Ile à la Pierre</i>, il +fut reçu par les Iroquois qui le +prirent et le tuèrent. Ce sont là +des circonstances bien douloureuses +pour ses amis, mais particulièrement +pour nous qui en sommes +vivement affligées... Il était +très porté pour nos intérêts, et nous +affectionnait beaucoup."</p> + +<p>M. Vignal, comme tant d'autres +colons qui avaient abandonné positions +du monde, affections de famille, +patrie pour venir en Canada +conquérir à Dieu des âmes, s'était +consacré au service du divin Maître, +service qui, ainsi qu'il nous l'a +appris lui-même, doit être une +lutte.</p> + +<p>M. Vignal était un véritable +serviteur de Dieu; il aspirait au +martyre qui rend l'homme le plus +semblable au divin Maître, et son +désir le plus intense était d'en conquérir +la couronne.</p> + +<p>Dieu exauça le désir de ce saint +prêtre et, pour prix de ses vertus, +il lui donna la récompense la plus +enviable pour toute âme vraiment +chrétienne: le martyre.</p> +<br><br><br> + + + +<h2>LE MAJOR +LAMBERT CLOSSE</h2> + + +<h4>1641-1662</h4> + +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE +LAMBERT CLOSSE.</h3> + + +<p>"C'était un homme dont la piété +ne cédait en rien à la vaillance, +et qui avait une présence d'esprit +tout à fait rare dans la chaleur des +combats. Il a tenu ferme, à la tête +de vingt-six hommes seulement, +contre deux cents Onnontagherons, +combattant depuis le matin jusques +à trois heures de l'après-midi, quoique +la partie fût si peu égale... Il +leur a souvent fait lâcher prise, les +repoussant des postes avantageux +et même des redoutes dont ils s'étaient +emparés, et a justement mérité +la louange d'avoir sauvé Montréal +et par son bras et par sa +réputation. Aussi a-t-on jugé à +propos de tenir sa mort cachée aux +ennemis de peur qu'ils n'en tirassent +un avantage."</p> + +<p>Tel est l'éloge que le R.P. +Hierosme Lalemant fait du major +Lambert Closse dans la <i>Relation</i> de +1662 en annonçant sa mort qu'il +signale comme une "perte notable" +pour Montréal. "Cet éloge," ajoute +le révérend père, "nous le devions +à sa mémoire puisque Montréal lui +doit la vie."</p> + +<p>Il est donc de simple justice que +nous placions Lambert Closse dans +cette première série "des Illustrations +canadiennes," puisque à tous +ses autres mérites s'ajoute le plus +grand de tous: avoir sauvé la vie +de Montréal. Sauver Montréal à +cette époque de guerres incessantes +et d'attaques furieuses des +sauvages, c'était par cela même +sauver la Nouvelle-France tout +entière, car Montréal en était le +rempart le plus puissant, +En complétant donc l'éloge du R.P. +Lalemant nous pouvons dire en +toute vérité que Montréal et la +Nouvelle-France doivent leur salut +au brave major Lambert Closse.</p> + +<p>Lambert Closse qui naquit à +Saint-Denis de Mourguer, dans le +diocèse de Trèves, avait accompagné +M. de Maisonneuve, lors de +la fondation de Villemarie. Son +but, comme celui de la plupart de +ses compagnons, n'était pas de conquérir +des terres ou d'exploiter les +richesses de ces pays nouveaux, +mais de gagner à Dieu les habitants +idolâtres, et de payer de tout son +sang l'établissement de la foi catholique +dans ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les +plus abjectes superstitions.</p> + +<p>Cet héroïque chrétien avait bien +réellement fait le sacrifice de sa vie +pour son Dieu; ce généreux dessein +lui tenait tellement au coeur qu'à +tous ceux qui l'exhortaient à la prudence, +et lui disaient qu'il se ferait +tuer, vu la facilité avec laquelle il +s'exposait partout pour le service du +pays, il répondait toujours: "Messieurs, +je ne suis venu ici qu'afin +d'y mourir pour Dieu en le servant +dans la profession des armes; +<i>si je n'y croyait mourir</i>, je quitterais +le pays pour aller servir +contre le Turc et n'être pas privé +de cette gloire."</p> + +<p>Avec ces admirables dispositions, +on ne doit pas s'étonner que Lambert +Closse ait rendu de nombreux +et signalés services à la colonie. Il +était partout et partout il faisait des +merveilles; il avait l'honneur de +commander en second la garnison +de Villemarie. Malheureusement +dans ces temps si troublés, où les +périls les plus graves menaçaient +incessamment les colons, on n'avait +guère le temps d'écrire l'histoire au +jour le jour; aussi beaucoup de +belles actions, accomplies par Lambert +Closse et d'autres de ses compagnons, +sont-elles restées ignorées.</p> + +<p>Nous savons cependant par des +écrits du temps, soit de M. Dollier +de Casson, soit de la mère Juchereau, +que Lambert Closse se montrait +toujours et partout l'ami des +braves et le fléau des poltrons, et +qu'il prenait le plus grand soin de +ses soldats en les exerçant fréquemment +au maniement des armes. Il +voulait ainsi les aguerrir et les +rendre plus confiants en eux-mêmes. +Quant à lui, singulièrement habile +à manier le mousquet, il pouvait, +par son adresse à se servir de cette +arme, être comparé à ces guerriers +dont il est dit dans la Bible, qu'avec +leur fronde, ils auraient atteint jusqu'à +un cheveu sans donner ni à +droite ni à gauche. Il paraît même +qu'il exerçait ses soldats non seulement +à tirer juste, mais à tirer toujours +en face d'eux-mêmes de manière +à tuer le plus d'ennemis, en +tirant chacun sur le sien.</p> +<br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>RÉSULTATS DES EXERCICES QUE +LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX +SOLDATS.</h3> + + +<p>Ces résultats étaient excellents +ainsi que le prouve le trait suivant, +fort surprenant, et peut-être unique +dans son genre. C'est la mère Marie +Juchereau qui la rapporte dans son +<i>Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec</i>.</p> + +<p>"Une fois," dit-elle, "une armée +formidable d'Iroquois assiégea une +des redoutes construites par les +habitants de Villemarie à la pointe +Saint-Charles. M. de Maisonneuve, +s'étant informé où étaient les quatre +hommes qui en avaient la garde, +demanda à ceux du fort s'ils laisseraient +périr leurs camarades. Il +n'a pas plutôt parlé que vingt d'entre +eux s'offrent pour aller les délivrer +de cette multitude de barbares qui +environnent la redoute. <i>Après avoir +tous reçu l'absolution</i>, ils partent sous +la conduite de M. Closse et prennent +un chemin détourné pour arriver +sans être aperçus; mais ils ne +purent si bien faire que les ennemis +ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent +aussitôt par des huées et des +cris bien propres à effrayer les plus +braves.</p> + +<p>"Sans être alarmés de ces cris, +ils s'encouragent à vendre leur vie +bien cher; et, afin de se battre à la +manière des sauvages, chacun choisit +un arbre pour se cacher et essuyer +le feu des ennemis. Durant +ce temps les Iroquois les voyant à +portée du mousquet, font tous ensemble +une décharge et tuent quatre +de ces Français. Aussitôt M. Closse +exhorte les seize qui restaient à +demeurer fermes et à tirer leur coup +si juste qu'ils jetassent par terre +seize Iroquois. Ils tirent et abattent +seize hommes. Incontinent, prenant +le pistolet qu'ils avaient à leur +ceinture, ils font une seconde décharge +et seize Iroquois tombent à +l'instant. Étonnés de voir trente-deux +des leurs tués en si peu de +temps, les Iroquois sont comme +déconcertés; et les autres, profitant +de cet avantage, sans donner aux +ennemis le temps de recharger leur +mousquet, mettent promptement +l'épée à la main et les obligent à +prendre la fuite. Ils les poursuivent +jusqu'au fleuve Saint-Laurent où +les Iroquois entrèrent précipitamment +dans l'eau et s'y plongèrent +jusqu'au cou pour se sauver. Puis +ces seize colons victorieux ramenèrent +dans le fort, à la vue des +sauvages tremblants, les quatre soldats +de la redoute."</p> + +<p>Dans l'été de 1652, Mlle Mance, +anxieuse de savoir des nouvelles +de M. de Maisonneuve alors en +France, voulut se rendre à Québec; +elle pria Lambert Closse de l'accompagner +jusqu'aux Trois-Rivières +"afin de lui faciliter le voyage." +Pendant qu'il était avec elle dans +cette ville, des sauvages, venant de +Montréal, annoncèrent que les Iroquois +se montraient plus terribles +et plus agressifs que jamais. L'épouvante +régnait dans la place et les +habitants ne savaient que devenir. +Ayant entendu ces mauvaises nouvelles, +le major Closse laissa Mlle +Mance et remonta au plus vite à +Montréal, où son retour fit renaître +la confiance, tant on faisait fond sur +sa bravoure et son sang-froid.</p> + +<p>A son arrivée le brave Major fut +récréé et affligé en même temps +par une histoire bien plaisante.</p> + +<p>Une femme de vertu qu'on nommait +la <i>bonne femme Primot</i>, Martine +Messier, femme d'Antoine Primot, +fut attaquée, le 29 juillet 1652, par +trois Iroquois qui s'étaient cachés +pour la massacrer. Ils n'étaient +qu'à deux portées de fusil du fort +lorsqu'ils l'assaillirent. La brave +femme pousse un grand cri, et à +ce cri trois bandes d'Iroquois qui +étaient en embuscade, se lèvent et +paraissent en armes. Les trois premiers +Iroquois se jetèrent sur elle +pour la tuer à coups de haches; +Martine Primot se défend comme +une lionne, bien que n'ayant pour +seules armes que ses mains et ses +pieds. Au troisième coup de hache, +elle tombe à terre, comme morte; +alors un des Iroquois se jette sur +elle pour la scalper, et emporter +sa chevelure comme trophée. Mais +cette vaillante femme, se sentant +ainsi saisir, reprend tout à coup +ses sens, se relève plus furieuse et +plus courageuse encore, et saisit +son assassin avec tant de force par +un endroit très sensible qu'il ne +peut se dégager de ses mains. Il +lui donnait toujours des coups de +hache sur la tête, et toujours elle +le tenait avec autant de force. Elle +s'évanouit enfin une seconde fois +et donne ainsi à l'Iroquois la liberté +de s'enfuir. C'était la seule chose +à laquelle il pensait à ce moment, +car il était sur le point d'être enveloppé +par des colons qui accouraient +au secours de la <i>bonne femme Primot</i>.</p> + +<p>Les Français, dès qu'ils furent +près d'elle, la trouvèrent baignée +dans son sang et l'aidèrent à se relever; +lever; l'un d'eux, touché de compassion +pour ses souffrances, l'embrassa. +Mais cette femme, aussi +vertueuse que courageuse, revenant +à elle, et se sentant embrassée, +appliqua un vigoureux soufflet à ce +charitable auxiliaire, qui n'avait +cependant que les intentions les +plus pures.</p> + +<p>"Que faites-vous, dirent à Martine +Primot les autres Français? +Cet homme vous témoigne son +amitié sans penser à mal, pourquoi +le frappez-vous?"—"<i>Parmenda</i>, +répondit-elle en son patois, +je croyais qu'il voulait me baiser." +Le courage et la vertu de cette +femme ont inspiré à M. Dollier de +Casson les réflexions suivantes: +"C'est une chose étonnante que +ses profondes racines que jette la +vertu dans un coeur. L'âme de +cette héroïne était prête à sortir +de son corps, son sang avait quitté +ses veines et la vertu de pureté +était encore inébranlable en son +coeur. Dieu bénisse le noble exemple +que, dans cette occasion, +cette bonne personne a donné à tout +le monde pour la conservation de +cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, +est encore vivante, et on l'appelle +communément <i>Parmenda</i>, à +cause de ce soufflet qui surprit +tellement un chacun que ce nom +lui est resté."</p> +<br> + + + +<h3>III</h3> + +<h3>COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, +14 OCTOBRE 1652.</h3> + + +<p>Quelque temps après, le 14 +octobre de la même année, le major +Closse eut l'occasion de montrer de +nouveau son sang-froid et sa bravoure +dans un combat contre les +Iroquois dont la présence avait été +signalée par les dogues.</p> + +<p>Les Français avaient amené de +France quelques dogues pour veiller, +à leur manière, à la sûreté du +fort. "Ces chiens faisaient tous +les matins une grande ronde pour +découvrir les ennemis et allaient +ainsi sous la conduite d'une chienne +nommée Pilotte. L'expérience de +tous les jours avait fait connaître à +tout le monde cet instinct admirable +que Dieu donnait à ces +animaux pour nous garantir—c'est +M. Dollier de Casson qui parle—de +quantité d'embuscades que les Iroquois +nous faisaient partout, sans +qu'il nous fût possible de nous en +garantir, si Dieu n'y eut pourvu +par ce moyen." Le P. J. Lalemant, +dans la <i>Relation</i> de 1647, parle lui +aussi de l'instinct merveilleux et +providentiel de ces dogues. "Il y +avait dans Montréal, dit-il, une +chienne qui jamais ne manquait +d'aller, tous les jours, à la découverte +conduisant ses petits avec +elle; et si quelqu'un d'eux faisait +le rétif, elle le mordait pour le +faire marcher. Bien plus: si l'un +d'eux retournait au milieu de sa +course, elle se jetait sur lui, comme +par châtiment au retour. Si elle +découvrait dans ses recherches quelques +Iroquois, elle tirait court, +tirant droit au fort en aboyant et +donnant à connaître que l'ennemi +n'était pas loin."</p> + +<p>Or le 14 octobre 1652, les chiens +firent entendre de nombreux aboiements +signalant la présence de +l'ennemi, qui devait se trouver du +côté où regardaient ces intelligents +animaux. Le major Lambert Closse, +qui était toujours sur pied dans +toutes les occasions, eut l'honneur +d'être chargé par M. des Musseaux, +d'aller à la découverte. Il partit +aussitôt avec vingt-quatre soldats se +dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient +les chiens. Il détacha en +avant-garde trois de ses soldats: +La Lochetière, Baston et un autre +avec l'ordre de s'arrêter en un lieu +qu'il leur désigne. La Lochetière, +emporté par son courage, dépasse +ce lieu, et, pour découvrir plus +aisément l'ennemi, monte sur un +arbre, afin de voir si les Iroquois +ne se trouvaient pas dans un bas-fond. +Il y en avait tout près de +cet arbre. Dès que La Lochetière +y fut monté, ils poussent d'abord +leurs huées ordinaires, puis font +une décharge qui tue La Lochetière, +mais non pas assez vite pour +qu'il ne puisse d'un coup de son +arquebuse tuer lui aussi un des +Iroquois. Les deux autres éclaireurs, +comprenant le danger et craignant +d'être enveloppés, se retirent et +subissent de furieuses décharges +auxquelles ils échappent sains et +saufs.</p> + +<p>Lambert Closse se prépare à une +énergique défense contre cet ennemi, +comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme +pendant quelque temps, mais on +allait être investi de toute part par +deux cents Iroquois quand un brave +habitant, Louis Prudhomme, qui +se trouvait dans une petite maison, +crie au major de se retirer au plus +vite s'il ne veut être enveloppé. +Closse se retourne, et voit le péril +extrême dans lequel on se trouve, +car les Iroquois environnent déjà sa +petite troupe et même la maison +où se trouve Prudhomme. Le salut, +si salut il peut y avoir, est dans +cette maison; à tout prix, il faut +s'y réfugier. Il commande donc à +sa petite troupe de forcer les Iroquois +et d'arriver à la maison coûte +que coûte. Cet ordre est exécuté +avec tant d'audace et d'élan que les +Français, après avoir rompu les +lignes de leur ennemis, peuvent +gagner ce refuge. Dès qu'ils y +sont entrés, ils se mettent tous à +percer des meurtrières, d'où ils dirigent +un feu nourri sur les sauvages. +Ceux-ci pressés autour de +la maison qu'ils entourent de toute +part, ripostent vigoureusement; +leurs balles passent au travers des +murs de cette bicoque, construite +très légèrement, et l'une d'elles vient +blesser et mettre hors de combat un +des assiégés, Laviolette. Ce fut une +perte sensible pour cette troupe +déjà si peu nombreuse, car Laviolette, +un des plus beaux soldats de +Montréal, s'était toujours montré +très courageux et invincible. Les +assiégés ne sont cependant pas +abattus, ils continuent à faire des +décharges meurtrières qui, dès le +début, renversent par terre un grand +nombre d'Iroquois, les mettant dans +un grand embarras, car selon leur +coutume, ils ne voulaient pas abandonner +leurs morts, et ils ne savaient +comment les enlever, car +chaque ennemi qui s'approchait +était reçu par une terrible décharge. +Le feu continue avec la plus grande +vigueur, tant qu'on a des munitions; +mais bientôt elles viennent +à manquer car on ne s'était pas +approvisionné pour soutenir un +siège.</p> + +<p>La position de nos braves devient +des plus critiques; il faut ou se +rendre à discrétion à ces cruels +Iroquois, ou se précipiter au milieu +d'eux et mourir les armes à la +main. Le major Closse a la charge +de cette petite armée, et doit tout +faire pour la sauver, et ne s'abandonner +lui et les siens que lorsque +tous les moyens, tous les expédients +auront été épuisés. Il aperçoit une +chance de salut, il va essayer. On +peut encore être sauvé si quelqu'un +a assez de courage pour se rendre +jusqu'au fort et en ramener des +munitions. A peine a-t-il indiqué +cette chance suprême que Baston, +excellent coureur, s'offre à lui pour +tenter l'aventure. Le major, transporté +de joie d'un tel dévouement, +prodigue à ce brave les témoignages +d'amitié; il fait ouvrir la porte et +protège la sortie de cet audacieux +soldat par des décharges bien nourries.</p> + +<p>Baston est assez heureux pour +traverser les feux des Iroquois sans +recevoir aucune blessure; il arrive +bientôt au fort et en revient immédiatement +avec dix hommes, conduisant +deux pièces de campagne, +prêtes à tirer, et des cartouches. +Pour aller au fort à la maison assiégée, +on profite d'un rideau qui +cachait aux Iroquois l'arrivée de cet +inappréciable renfort. Dès qu'on se +trouve à découvert, on décharge sur +les Iroquois les deux petites pièces +de campagne, et M. Closse ayant +fait au même moment une sortie, +le renfort put entrer dans la petite +maison. Dès qu'il y fut arrivé, le +feu éclate avec une nouvelle intensité +pour montrer aux Iroquois "si +cette poudre nouvelle valait bien la +précédente."</p> + +<p>Les choses changent alors rapidement +de face; les Iroquois comprenant +que ce siège devient trop +meurtrier pour eux, se décident à +battre en retraite. Mais pendant +cette retraite qui dégénéra bientôt +en déroute complète, ils furent +assaillis par de nouvelles décharges +qui tuèrent plusieurs de ces sauvages. +On ne put savoir les pertes +qu'ils firent dans cette rencontre si +meurtrière pour eux, parce que, +quoiqu'ils aient eu beaucoup de +morts, ils les emportèrent presque +tous et parce que, selon leur habitude, +ils se gardèrent de se vanter +des gens qu'ils avaient perdus. "Il +est vrai, dit M. Dollier de Casson, +en parlant de ce combat, que les +Iroquois n'ont pu se taire absolument +et que exagérant leurs pertes, +ils les ont exprimées en ces termes: +<i>Nous sommes tous morts.</i> Quant aux +blessés, ils ont avoué dans la suite +trente-sept guerriers complètement +estropiés par suite de cette action."</p> + +<p>Au sujet de la coutume des +Iroquois d'emporter leurs morts, +voici ce que remarque M. Dollier +de Casson: "Quoique ces barbares +ne soient pas très forts, ils ont cependant +une force étonnante pour +porter des fardeaux, chacun pouvant +avoir sur ses épaules la charge +d'un mulet et s'enfuir ainsi avec +un mort ou un blessé, comme s'il +ne portait presque rien, c'est pourquoi +il ne faut pas s'étonner si, +après les combats, on trouve si peu +de leurs morts puisqu'ils font tant +d'efforts pour les emporter."</p> + +<p>Quant aux Français, ils ne perdirent +dans ce combat qu'un seul +homme, La Lochetière, et n'eurent +qu'un blessé, Laviolette.</p> + +<br> + + + + + + +<h3>IV</h3> + +<h3>LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE +MAISONNEUVE.—SON MARIAGE.</h3> + + +<p>Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve +passe en France. Le but +principal de son voyage était de +demander à M. Olier, l'illustre fondateur +du séminaire de Saint-Sulpice, +quelques-uns de ses prêtres +pour prendre soin de l'île de Montréal. +Avant de partir, il nomma +pour exercer le commandement pendant +son absence, le brave major +Closse Il avait su assez l'apprécier +pour juger qu'il était tout à fait +propre à le remplacer, tant à cause +de son expérience dans le métier +des armes que par le grand ascendant +que ses vertus et sa bravoure +lui avaient acquis sur les soldats et +sur les colons. Lambert Closse exerça +ce commandement pendant +toute l'année à la satisfaction générale; +il montra clairement à tous +qu'il savait et qu'il méritait de commander.</p> + +<p>En 1657, Lambert Closse épousa +Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive +de Mlle Mance, dont les parents +avaient été cruellement mis à +mort par les Iroquois le jour de la +fête du Saint-Sacrement de l'année +1655. Jean Moyen, sieur Des Granges, +et sa femme Elizabeth le Brest +s'étaient établis avec toute leur +famille dans l'île aux Oies, sous +Québec. Ils y résidaient lorsqu'ils +furent surpris par les Iroquois. Les +gens de service étant absents, M. et +Mme Moyen ne purent être secourus, +et furent mis à mort, ainsi +que trois ou quatre travailleurs au +service de M. Denis. Après avoir +tué tous ceux qu'ils purent prendre, +ils firent prisonniers et amenèrent +dans leur pays les enfants de M. +Moyen et ceux de M. Macart, pendant +qu'une partie de leur troupe +fut attaquer Montréal.</p> + +<p>Mais là ils éprouvèrent des +échecs et eurent plusieurs des leurs +faits prisonniers, entre autres un de +leurs capitaines <i>la Plume.</i> Un +échange de prisonniers se fit peu +après, entre les Français et les Iroquois, +par lequel les demoiselles +Elizabeth et Marie Moyen et les +deux filles de M. Macart furent rendues +à la liberté. Mlle Mance les +reçut à l'Hôtel-Dieu et témoigna +à ces orphelines l'affection et la +sollicitude d'une mère.</p> + +<p>Le 21 novembre 1657, fête de la +Présentation, eut lieu à Montréal la +première nomination des marguilliers, +à la joie de tous les colons +qui voyaient ainsi le commencement +de l'organisation de leur chère +paroisse. Parmi les plus heureux, +se trouvait le major Closse qui, à +cette occasion, donna à l'église +Notre-Dame deux cent cinquante +livres, et quelques jours après +trois cent vingt-cinq pour reconnaître +la protection dont les avait +entourés leur puissante patronne.</p> +<br> + + + +<h3>V</h3> + +<h3>MORT DE LAMBERT CLOSSE,<br> 16 +FÉVRIER 1662.</h3> + + +<p>Nous voici arrivé à une date +fatale, 16 février 1662, date à laquelle +Lambert Closse perdit la vie. +Sa mort fut incontestablement la +perte la plus grande qu'eut faite +Montréal depuis sa fondation. Aussi +la mort de ce brave, de ce chrétien +qui s'était illustré par tant de beaux +faits d'armes et par de si éclatantes +vertus, plongea-t-elle dans le deuil +toute la colonie.</p> + +<p>Ce fut le 16 février que ce malheur +arriva. Ce jour-là, le major, +toujours prêt à exposer sa vie pour +protéger les colons en danger, était +accouru à la tête de quelques braves +au secours de travailleurs attaqués +par des Iroquois. Il se trouvait avec +lui un Flamand qui lui servait de +domestique. Les Iroquois faisaient +contre les Français un feu terrible +qui effraya tellement ce lâche serviteur +qu'il se hâta de prendre la +fuite, abandonnant ainsi Lambert +Closse. Un autre serviteur nommé +Pigeon, à cause de sa petite taille, +fit montre au contraire dans cette +rencontre d'un grand courage, et +s'avança tellement au milieu des +ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême +rapidité de sa course d'échapper à +leurs balles. "Si le Flamand, dit M. +Dollier de Casson, avait eu le courage +du <i>Pigeon</i> français qui était +son compagnon, M. le major serait +peut-être aujourd'hui encore en vie, +car ce Pigeon fit merveille et s'exposa +si avant que s'il n'eût eu de +bonnes ailes pour s'en revenir, il +eût été perdu lui-même et ne fut +jamais revenu à la charge." La +fuite du Flamand donna du courage +aux Iroquois pour attaquer +Lambert Closse, qui se trouvait +ainsi moins entouré. Ne perdant +rien de son sang-froid et de son +courage, le major ainsi délaissé, +s'apprête à combattre héroïquement; +et si Dieu n'eut permis +que ses deux pistolets n'eussent +raté, l'un après l'autre, il eût probablement +changé la fortune du +combat, ou, tout au moins, fait +éprouver aux Iroquois de sérieuses +pertes. Mais avant d'avoir pu recharger +ses armes, Lambert Closse +était atteint et tombait mort. "Il +mourut en cette rencontre, en brave +soldat de Jésus-Christ, après avoir +mille fois exposé sa vie, sans jamais +craindre de la perdre, n'étant venu +dans ce pays que pour la sacrifier à +Dieu." C'est ainsi que M. Dollier +de Casson termine le récit de la +mort du Major qui, comme nous +l'avons déjà fait remarquer, était +aussi remarquable par ses qualités +privées, par ses vertus chrétiennes, +que par son courage militaire.</p> + +<p>Lambert Closse, en mourant, +laissait sa jeune femme de 19 ans, +Elizabeth Moyen, avec une fille de +deux ans et dans des embarras +d'affaires. Sa mère adoptive, Mlle +Mance qui l'aimait comme si elle +eut été sa propre fille, s'engagea à +payer annuellement aux créanciers +les sommes qui leur étaient dues, +et Mme Closse détacha pour la +même fin dix arpents de son fief. +Plus tard le séminaire remit gratuitement +à la veuve du brave +major tous les droits qu'il avait sur +ce fief et cela <i>en considération des +bons et agréables services que son +mari a rendus à l'établissement de +cette colonie, où il a été tué par les +Iroquois en la défendant</i>. La mort +de Lambert Closse, par suite des +difficultés des communications, ne +fut connue à Québec qu'à la fin +de mars; elle y excita, comme à +Montréal, des regrets universels.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p><b>MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL</b></p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada</p> +<p class="i2">II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661</p> +<p class="i2">III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître</p> +<p class="i2">IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661</p> +<p class="i2">V. M. Vignal jugé par ses contemporains</p> + </div><div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p><b>LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.</b></p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">I. Des qualités et du courage de Lambert Closse</p> +<p class="i2">II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats</p> +<p class="i2">III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652</p> +<p class="i2">IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage</p> +<p class="i2">V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<h3>FIN</h3> + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE *** + +***** This file should be named 13122-h.htm or 13122-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/3/1/2/13122/ + +Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/old/13122.txt b/old/13122.txt new file mode 100644 index 0000000..200f2b3 --- /dev/null +++ b/old/13122.txt @@ -0,0 +1,1314 @@ +Project Gutenberg's Trois Heros de la colonie de Montreal, by Paul Dupuy + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Trois Heros de la colonie de Montreal + +Author: Paul Dupuy + +Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122] + +Language: French + +Character set encoding: ASCII + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HEROS DE LA COLONIE *** + + + + +Produced by La Bibliotheque Nationale du Quebec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + + + + + + +P. DUPUY + +TROIS HEROS DE LA COLONIE DE MONTREAL + + +1887 + + + MM. JACQUES LE MAITRE + ET + GUILLAUME VIGNAL, + _pretres de Saint-Sulpice_. + + 1659-1661 + + + + +I + +ARRIVEE DE MM. LE MAITRE ET VIGNAL EN CANADA. + +MM. Jacques Le Maitre et Guillaume Vignal quitterent la France le 2 +juillet 1659, fete de la Visitation. Sur le vaisseau qui les emportait, +se trouvaient Mlle Mance, revenant apres sa guerison miraculeuse et +amenant trois soeurs hospitalieres; les soeurs de Bresoles, Mace, +Maillet; la soeur Bourgeoys et les soeurs Aimee Chatel, Catherine Crolo +et Marie Raisin qui avec la soeur Bourgeoys formerent le noyau de cette +congregation de Notre-Dame qui a rendu a notre pays des services si +inappreciables, et pres de deux cents passagers. + +La traversee fut tres penible; a peine en mer, la peste se declara +sur le vaisseau, qui depuis deux ans, ayant servi d'hopital, en etait +infecte et un grand nombre de passagers furent violemment atteints de +cette terrible maladie. Ce fut pour les hospitalieres une occasion +naturelle d'offrir leurs services pour soigner les pestiferes; des +qu'elles eurent commence a donner leurs soins qu'on avait d'abord +refuses, la mortalite diminua, pour cesser bientot tout a fait, +quoiqu'il y eut encore beaucoup de malades. Les hospitalieres ne se +prodiguerent pas seules pour le soulagement des pestiferes. "La soeur +Bourgeoys, dit M. Dollier de Casson, fut bien celle qui travailla autant +que toutes les autres pendant toute la traversee et que Dieu pourvut +aussi de plus de sante pour cela. Les deux pretres du seminaire, MM. Le +Maitre et Vignal assistaient les malades autant que leurs corps accables +par la maladie le leur permettaient. Ils soignerent et assisterent deux +Huguenots dont ils eurent le bonheur d'obtenir l'abjuration." + +A cette affreuse maladie dont furent plus ou moins atteints presque tous +les passagers, se joignirent de terribles tempetes et le manque d'eau +douce jusqu'a l'arrivee dans le Saint-Laurent. Enfin MM. Le Maitre et +Vignal, apres avoir debarque a Quebec le 7 septembre l659, arriverent +a Montreal vers la fin du mois et furent recus avec de grandes +demonstrations de joie par tous les colons, pour qui l'arrivee d'un +pretre etait toujours un grand bonheur. + +Lorsque M. de Maisonneuve, venu en France en l655, demanda a M. Olier +d'envoyer a Montreal quelques-uns de ses pretres pour y prendre soin +de la colonie, celui-ci apres avoir beaucoup prie Dieu, lui promit de +choisir quelques ecclesiastiques de sa compagnie qu'il croirait les +plus propres a cette oeuvre apostolique. Quand ses pretres connurent ce +dessein, tous briguerent l'honneur de ce poste perilleux. L'un d'eux M. +Le Maitre, en s'offrant, lui dit qu'une fois en Canada, il courrait de +toutes parts pour chercher des sauvages et irait meme les trouver +dans leur pays. "Vous n'en aurez pas la peine repondit M. Olier, ils +viendront bien vous chercher eux-memes, et vous vous trouverez tellement +entoure par eux que vous ne pourrez vous echapper de leurs mains." + +Ce M. Le Maitre auquel M. Olier fit cette reponse prophetique etait le +meme pretre dont nous venons de raconter l'arrivee a Montreal. + +Les premieres fonctions, celles d'econome, dont il fut charge, ne +paraissaient pas devoir donner raison a la prediction de M. Olier; +aussi M. Le Maitre, dont le plus grand desir etait de se devouer a la +conversion des sauvages, ne les accepta que par obeissance. Cependant, +esperant toujours qu'il arriverait a se trouver avec les Iroquois et +qu'il pourrait exercer son zele evangelique, il se mit sans tarder a +apprendre leur langue. Il avait pour eux la plus grande affection, +et, si quelques-uns d'entre eux paraissaient a Montreal, il usait des +facilites que lui donnaient ses fonctions d'econome pour leur faire des +largesses et leur donner a manger. + +M. Le Maitre avait une devotion particuliere envers saint Jean-Baptiste, +et Dieu l'appela a lui du milieu de son desert en permettant que les +Iroquois lui coupassent la tete le jour anniversaire de celui ou "Herode +la fit trancher a ce celebre habitant de la Judee: saint Jean-Baptiste." + + + + +II + +MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOUT 1661. + +Ce jour-la, 29 aout 1661, M. Le Maitre, apres avoir dit sa messe, se +dirigea vers la residence de Saint-Gabriel, l'esprit preoccupe de la +fete du jour, et desireux "de sacrifier sa tete pour Jesus-Christ comme +son saint Precurseur." En qualite d'econome, il allait surveiller dans +un champ 14 ou 15 ouvriers, charges d'y retourner du ble mouille. Chacun +se mit a l'ouvrage de son cote, en laissant les armes dispersees en +plusieurs endroits. Ils etaient d'autant plus imprudents en agissant +ainsi qu'ils avaient dit eux-memes a M. Le Maitre, quelques instants +avant, qu'il y avait certainement des ennemis caches non loin, a cause +de quelques indices qu'ils avaient remarques. Par suite de cet avis, M. +Le Maitre regardait de cote et d'autre dans les buissons pour voir s'il +n'y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba +presque dans une de ces embuscades, car recitant alors les petites +heures de la decollation de saint Jean-Baptiste, et, oblige de tenir +frequemment les yeux sur son breviaire, il ne put voir les ennemis que +lorsque ceux-ci, apres s'etre approches a petit bruit, sortirent du +bois, et s'avancerent vers lui dans l'intention de le prendre vivant, +pendant que d'autres se mirent a courir sur les travailleurs. + +M. Le Maitre, pensant au danger des Francais plutot qu'au sien propre, +resolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux +colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d'un couteau, dont +il se couvrait comme d'un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les +travailleurs, en leur criant d'avoir bon courage et de prendre leurs +armes pour defendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce pretre leur +barrait le chemin et les empechait ainsi de tuer les Francais, en +concurent un grand depit. Ils ne craignaient pas d'etre blesses par M. +Le Maitre, mais ils etaient curieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient +l'approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti +les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre a la +residence. + +Aussi pour se venger de M. Le Maitre, ils le tuerent a coups de fusils. +Quoique ayant recu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maitre eut +encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant +de se retirer, puis il expira. + +Les _Relations_ des Jesuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maitre +et de sa mort. "C'etait trop peu pour notre malheur que tous les etats, +toutes les conditions, tous les ages eussent ete cette annee les +victimes immolees a la fureur de nos ennemis: il fallait pour mettre +le comble a nos infortunes, que l'Eglise eut part a ces sanglants +sacrifices, et qu'elle melat son sang avec nos larmes par le massacre +d'un de ses ministres sacres, M. Le Maitre, homme egalement zele et +courageux pour le salut des ames. + +"Ce bon pretre surveillant des travailleurs, et s'etant un peu retire +d'eux pour reciter son office plus paisiblement, recut soudain une +decharge de fusils. Blesse a mort, il alla rendre l'ame aux pieds des +Francais qui se trouverent incontinent charges de toutes parts, et +investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme +des lions de leurs cavernes, jeterent d'abord mort par terre un des +Francais, et en prirent un second en vie, bien resolus a n'en laisser +echapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitot la main a +l'epee, et, animes d'un grand courage, se firent jour a travers de ces +Iroquois et se sauverent a la residence de Saint-Gabriel. Ainsi maitres +du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares +tournerent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur +les vivants." + +Ce fut d'abord sur M. Le Maitre qu'ils s'en prirent; ils lui couperent +la tete, ainsi qu'au travailleur Gabriel de Rie qu'ils avaient tue. M. +Le Maitre, ne en Normandie, etait age de quarante-quatre ans quand il +fut tue. + +Pour bien montrer que dans la guerre qu'ils faisaient aux Francais, ils +avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation +parmi eux, les Iroquois, apres avoir tue M. Le Maitre, pousserent de +grandes huees de joie pour avoir ainsi mis a mort un ministre de notre +sainte religion, une _robe noire_ comme ils appelaient les pretres. +Puis, a ce que raconte la soeur Marie de l'Incarnation, "un renegat qui +se trouvait parmi eux enleva la soutane de M. Le Maitre, s'en revetit, +et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la +procession autour du corps, en derision de ce qu'il avait vu faire aux +obseques des chretiens." Cet apostat marchait pompeusement ainsi couvert +de cette precieuse soutane, en vue des Montrealais qu'il bravait avec +insolence. + + + + +III + +CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE MAITRE. + +La mort de M. Le Maitre fut accompagnee et suivie de circonstances +merveilleuses dont nous trouvons le recit dans les ecrits des +contemporains de ce martyr. + +La soeur Bourgeoys, parlant de cette mort, dit qu'on regardait comme un +fait constant que ce saint pretre avait parle apres que sa tete avait +ete separee de son corps. Elle ajoute aussi, M. Le Maitre eut la +tete coupee par les sauvages, le jour de la decollation de saint +Jean-Baptiste, proche Montreal; et l'on rapporte que l'on avait vu sur +son mouchoir, dans lequel on avait emporte sa tete, les traits de son +visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaitre. + +"Quelque temps apres, comme je me disposais pour aller en France, j'eus +la pensee de m'assurer de ce fait, afin que, si on me demandait si cela +etait veritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver +Lavigne, que l'on avait ramene du pays des Iroquois: car il avait ete +pris et les sauvages lui avaient arrache un doigt. Il me dit que cela +etait veritable, qu'il en etait assure, non pour l'avoir entendu dire, +mais pour l'avoir vu; qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux +sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait a +Montreal, il ne manquerait pas de les satisfaire: ce que cependant ils +ne voulurent pas accepter disant que ce mouchoir etait pour eux un +pavillon pour aller en guerre, et qui les rendrait invincibles." + +Dans les annales des hospitalieres de Saint-Joseph nous lisons aussi: +"Apres que les Iroquois eurent decapite M. Le Maitre, ils mirent sa tete +dans un mouchoir blanc, qu'apparemment ils avaient pris dans la poche du +defunt, et, l'ayant ainsi emportee dans son pays il arriva une merveille +qui merite d'etre decrite, pour votre edification. + +"C'est que la face de ce serviteur de Dieu, et tous les traits de son +visage demeurerent sur la toile de ce mouchoir, en sorte que ceux qui +avaient eu l'avantage de le connaitre pendant sa vie, le reconnaissaient +parfaitement. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne voyait plus de +sang au mouchoir qui etait au contraire tres blanc; mais il paraissait +dessus comme une cire blanche tres fine, qui representait la face +au serviteur de Dieu: ce qui ne peut pas etre arrive naturellement. +Quelques-uns de nos Francais prisonniers dans cette nation le +reconnurent parfaitement. C'est ce que nous ont dit plusieurs fois M. de +Saint-Michel, M. Cuillerier, personnes dignes de foi, ainsi qu'un pere +jesuite, qui etait prisonnier dans ce temps-la, dans une autre nation +que celle qui avait tue ce saint homme. Il nous a dit en avoir oui +parler comme d'une chose tres vraie, quoique il ne l'ait pas vu +lui-meme; et que les sauvages en parlaient les uns aux autres +avec etonnement, comme d'un prodige qu'ils reconnaissaient tres +extraordinaire. Ils ajoutaient que cet homme etait reellement un grand +demon: ce qui veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit. + +"Ils concurent meme une vive crainte de cette image, dans l'apprehension +ou ils etaient que le defunt ne se vengeat et ne fit la guerre a leur +nation. Le pere jesuite ajoute: J'ai bien fait mon possible pour avoir +ce mouchoir, mais je n'ai pu y reussir. Les Iroquois se cachaient de +moi, a cause que j'etais une _robe noire_, comme le defunt; c'est +pourquoi, pour se defaire de cette image, ils vendirent le mouchoir aux +Anglais. Le pere jesuite s'efforca de l'acheter de ces derniers, mais +sans succes; les sauvages ayant menace de les detruire s'ils le lui +donnaient." + +Enfin, pour terminer, donnons le recit de M. Dollier de Casson. + +"On raconte, dit-il, une chose bien extraordinaire de M. Le Maitre, +c'est que le sauvage qui emportait sa tete, l'ayant enveloppee dans le +mouchoir du defunt, ce linge recut tellement l'impression de son visage, +que l'image en etait parfaitement gravee dessus, et que voyant le +mouchoir, on reconnaissait M. Le Maitre. Lavigne, ancien habitant de +ce lieu, homme des plus resolus, m'a dit avoir vu le mouchoir imprime +pendant qu'il etait prisonnier chez les Iroquois et que ces malheureux y +arriverent apres avoir fait ce mechant coup. Il assure que le capitaine +de ce parti, ayant tire le mouchoir de M. Le Maitre, a son arrivee, lui, +Lavigne, ayant reconnu ce visage, se mit a crier: "Ah! malheureux, tu as +tue Asonandio (c'etait ainsi que les Iroquois appelaient M. Le Maitre), +car je vois sa face sur son mouchoir." + +"Ces sauvages honteux et confus resserrerent alors ce linge sans que +jamais depuis ils l'aient voulu montrer ni donner a personne, pas meme +au R.P. Simon Le Moine, qui sachant la chose fit tout son possible pour +l'avoir." + +Et M. Dollier de Casson ajoute: "Je vous dirai qu'on m'a rapporte bien +d'autres choses assez extraordinaires a l'egard de la meme personne, +dont une partie etait comme les pronostics de ce qui devait lui arriver +un jour, et l'autre se rapportait a l'etat des choses presentes et a +celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientot. M. Le +Maitre a parle assez ouvertement, durant sa vie, de tout ceci a une +religieuse et a quelques autres, pour que je fusse autorise a en parler +si j'en voulais dire quelque chose. Mais je laisse le tout entre les +mains de Celui qui est le maitre des temps et des evenements, et qui en +cache la connaissance ou bien la donne a qui bon lui semble." + +On concoit la reserve de M. Dollier de Casson, pretre de Saint-Sulpice, +parlant d'un de ses confreres; cette reserve est bien naturelle et +pleine de delicatesse. + +Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des circonstances merveilleuses qui +accompagnerent et suivirent la mort de M. Le Maitre; que l'on veuille +ou non admettre comme miraculeux les faits que nous venons de raconter, +d'apres les ecrits des contemporains, on n'en doit pas moins regarder M. +Le Maitre comme un martyr. Sa mort a ete prompte, il est vrai; il n'a eu +a subir de la part de ses assassins ni supplices, ni tortures; mais ce +qui constitue le martyre ce n'est pas la longueur plus ou moins grande +des souffrances endurees, ce n'est pas la cruaute plus ou moins raffinee +des bourreaux; c'est la volonte de donner sa vie pour sa foi, pour son +Dieu. M. Le Maitre avait cette volonte; il brulait du desir d'etre +envoye au Canada pour travailler a la conversion des sauvages et, des le +premier jour, il avait fait le sacrifice complet de sa vie pour gagner a +Notre-Seigneur ces barbares idolatres. + + + + +IV + +MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE 1661. + +Bien peu de temps--deux mois a peine--apres que M. Jacques Le Maitre eut +recu la couronne du martyre, la compagnie de Saint-Sulpice et la colonie +furent de nouveau cruellement eprouvees par le massacre de M. Vignal, +pretre de Saint-Sulpice. + +Comme nous l'avons deja dit, M. Vignal etait arrive a Montreal en meme +temps que M. Le Maitre vers la fin de septembre 1659, et, comme lui "il +recut la mort de la main de ceux pour lesquels il avait voulu souvent +donner sa vie." + +Ayant succede comme econome a M. Le Maitre, M. Vignal s'empressa de +faire continuer la batisse qui devait servir de logement aux Messieurs +de Saint-Sulpice. Ceux-ci, depuis leur arrivee a Montreal, etaient loges +provisoirement a l'Hotel-Dieu, et en cette annee 1661, ils faisaient +batir, en face du fleuve, la maison du seminaire. Pour hater son +achevement, M. Vignal obtint de M. de Maisonneuve l'autorisation d'aller +avec quelques hommes chercher des pierres dans une petite ile appelee +_l'Ile-a-la-Pierre_, situee au-dessus de l'ile Sainte-Helene, justement +vis-a-vis le port de Montreal. + +Des que M. Vignal eut obtenu l'autorisation de M. de Maisonneuve il ne +songea qu'a s'embarquer promptement sans se preoccuper des Iroquois dont +pourtant on avait signale la presence dans l'ile, et, a peine arrives, +lui et ses compagnons allerent insouciamment a leur travail qui d'un +cote, qui de l'autre, sans avoir meme la precaution de prendre leurs +armes avec eux. "Un d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, qui ne fut +pas le moins surpris, alla vaquer a ses necessites, se mettant sur le +bord de l'embuscade des ennemis, auxquels il tourna le derriere. Un +Iroquois, indigne de cette insulte, sans dire un mot, le piqua d'un coup +de son epee. Cet homme qui n'avait jamais eprouve de seringue si vive et +si pointue, fit un bond en recevant cette piqure, et se mit a courir +a _la voile_ vers ses compagnons. Ceux-ci virent de suite l'ennemi et +l'entendirent faire une grosse huee, ce qui effraya tellement nos gens +dont une partie n'etait pas encore debarquee, que tous generalement ne +songerent qu'a s'enfuir, s'oubliant ainsi de leur bravoure ordinaire." + +Malheureusement, le chef de cette petite troupe Claude de Brigeac, jeune +gentilhomme de 30 ans, "venu a Villemarie comme soldat, par pur motif de +religion, dans l'intention d'y sacrifier sa vie pour l'etablissement +de l'eglise catholique," et dont M. de Maisonneuve avait fait son +secretaire particulier, n'etait pas encore debarque. + +En voyant l'epouvante et la deroute des Francais il se jette a terre +en encourageant ses hommes a la resistance. Ces exhortations ne +produisirent aucun effet sur ces soldats epouvantes, gui ne seconderent +nullement les efforts de leur chef, et laisserent ainsi la victoire aux +Iroquois. + +Quoique seul, M. de Brigeac par sa fiere attitude effraya les sauvages +et les arreta pendant quelque temps: ce qui permit aux Francais de fuir +et les empecha d'etre tous faits prisonniers. Mais bientot les ennemis +voyant M. de Brigeac tout seul, devinrent plus courageux et se jeterent +sur lui. Ce brave, conservant tout son sang-froid, ajuste le capitaine +des Iroquois et le tue d'un coup de fusil. Cette mort effraya tellement +les autres sauvages que pendant quelques instants, ils hesiterent a +affronter le coup de pistolet que M. de Brigeac avait encore a tirer. +Cependant, honteux d'etre tenus en echec par un seul homme, ils font sur +lui une decharge qui lui casse le bras droit et fait tomber le pistolet +qu'il tenait a la main. Il parait qu'il eut assez de courage pour le +reprendre, et qu'il ne cessait de le leur presenter quoiqu'il eut le +bras rompu. Mais n'ayant pas la force de le tirer, il se jette a l'eau; +les Iroquois s'y jettent apres lui, et, l'ayant pris, le trainent sur +les rochers la tete et le visage en bas presque tout autour de l'ile. +D'autres, pendant ce temps, tirent sur un bateau et tuent plusieurs +personnes, entre autres deux braves fils de famille: J.-Bte Moyen, age +de 19 ans, et Joseph Duchesne, age de 20 ans, qui, sans faire attention +a ses blessures, exhortait son camarade a bien mourir, quand il tomba +lui-meme raide mort dans le bateau. + +M. Vignal, deja blesse d'un coup d'epee, voyant tout son monde dans une +telle deroute, voulut monter dans le canot d'un des meilleurs colons, +Rene Cuillerier. Pour s'aider a y embarquer, il saisit le fusil, mais +par un faux mouvement, il le fit tremper dans l'eau, le rendant ainsi +inutile. Les Iroquois qui ont apercu cet accident si funeste, criblent +de coups de fusil le canot avant qu'il ait pu gagner le large. M. Vignal +tombe couvert de blessures et est fait prisonnier avec Cuillerier. +Il est jete "comme un sac de ble" dans un canot des Iroquois, et son +compagnon d'infortune est mis dans un autre. + +Malgre les vives souffrances que lui faisaient eprouver ses blessures, +M. Vignal, tout couvert de sang, se levait frequemment et adressait +aux prisonniers, proches de lui dans d'autres canots, des paroles +d'encouragement et de consolation: "Tout mon regret, au milieu des +souffrances que j'endure, est d'etre la cause que vous soyez dans un si +triste etat; mes amis, prenez courage, endurez pour l'amour de Dieu." +Ces paroles prononcees par un homme qui etait lui-meme tant a plaindre, +crevaient le coeur de tous ces pauvres captifs. + +Les Iroquois ayant traverse le fleuve, allerent debarquer a la prairie +de la Madeleine. La ils donnerent des soins aux blesses pour pouvoir les +amener comme des trophees de victoire dans leurs tribus. Mais M. Vignal +avait recu des blessures si graves que les Iroquois renoncerent bientot +a le guerir, et voyant qu'ils ne pourraient l'amener jusques en leur +pays, ils le tuerent deux jours apres, le 27 octobre 1661, puis ayant +fait rotir son corps sur un bucher, ils le mangerent. "Ils lui donnerent +ainsi, dit M. Dollier de Casson, d'offrir a son createur, le sacrifice +de son corps en odeur de suavite, etant brule sur un bucher comme le +grain d'encens sur le charbon sans qu'il restat rien de son corps." + +Cette _robe noire_ dont les sauvages voulaient faire leur plus beau +trophee et qui devait etre la victime sur laquelle se serait exercee +leur cruaute, venant a leur manquer, ces bourreaux redoublerent de soins +envers M. de Brigeac pour qu'il put arriver jusque dans leur pays. Il +fut enfin capable de marcher, mais il ne les suivait qu'avec la plus +grande peine, a cause des blessures qu'il avait recues au bras droit, a +la tete, aux pieds et par tout le corps. Tout en cheminant, et malgre +ses souffrances, il ne cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils furent enfin +arrives, ses bourreaux commencerent a lui faire subir les tortures +auxquelles ils le destinaient, tortures qu'ils voulaient rendre aussi +cruelles que possible pour venger la mort de leur capitaine. Ils lui +arracherent les ongles, les bouts des doigts et les fumerent ensuite; +ils lui couperent des lambeaux de chair, tantot dans un endroit, tantot +dans un autre; ils l'ecorcherent, le rouerent de coups de baton, lui +appuyerent des charbons ardents et des fers chauds sur sa chair mise a +nu, enfin ils n'epargnerent rien pendant les vingt-quatre heures que +dura son supplice pour le rendre plus douloureux. Leur rage s'augmentait +de la patience et du courage de ce malheureux "qui, au milieu des plus +atroces tortures, ne faisait que prier Dieu pour la conversion et le +salut de ses bourreaux, ainsi qu'il avait promis a Dieu de le faire, en +se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures." + +Les _Relations_ des Jesuites de 1665 racontent ainsi le supplice de M. +de Brigeac: "Il fut brule toute la nuit depuis les pieds jusqu'a la +ceinture, et le lendemain on continua encore a le bruler, apres lui +avoir casse les doigts. Durant cette sanglante et cruelle execution, il +ne cessa jamais de prier Dieu pour la conversion de ces barbares offrant +pour eux toutes les douleurs qu'ils lui faisaient endurer, faisant a +Dieu cette priere: _Mon Dieu, convertissez-les_, et repetant toujours +ces paroles sans pousser un seul cri de plainte, quelque affreuses que +furent ses tortures." + +Ce courage a supporter les supplices les plus cruels, cette sollicitude +et cette compassion pour les bourreaux etonnent moins quand on reflechit +a la purete de la vie de ce gentilhomme, et au dessein qui l'avait fait +venir a Villemarie pour offrir sa vie a Dieu en assistant les habitants +d'une ville si exposee aux coups des sauvages. + + + + +V + +M. VIGNAL JUGE PAR SES CONTEMPORAINS. + +La mort de M. Vignal, arrivant si peu de temps apres celle de M. Le +Maitre, plongea dans la douleur la plus profonde tous les colons. Ce +digne pretre, si remarquable par sa charite, son humilite, son esprit de +penitence et son zele d'apotre, avait, quoique arrive depuis deux ans +seulement a Villemarie, conquis l'estime et l'affection de tous. On +attendait beaucoup de lui, Dieu ne lui laissa pas le temps de produire +tous ses fruits. + +Les contemporains ont rendu a ses vertus les plus eclatants temoignages. + +"La vie de M. Vignal, lit-on dans la _Relation_ des Jesuites de 1662, +etait d'une tres douce odeur a tous les Francais par la pratique de +l'humilite, de la charite, de la penitence, vertus qui etaient rares en +lui et qui le rendaient aimable a tout le monde; et sa mort a ete bien +precieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l'a recue de la main de ceux +pour lesquels il a souvent voulu donner sa vie; il avait des grandes +tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs fois de nous venir +joindre quand nous etions a Onnontaghe, afin de travailler ensemble a +la conversion de ces barbares. Il l'aurait fait si sa complexion et ses +forces eussent correspondu a son courage." + +Ce fut surtout aux hospitalieres de Saint-Joseph, dont M. Vignal etait +le superieur et le confesseur, que cette mort fut sensible. Elles en +parlaient ainsi a leurs soeurs de France: "Nous nous flattions de +posseder longtemps M. Vignal, qui nous avait ete donne en remplacement +de M. Le Maitre; mais Dieu en a dispose autrement et lui a fait eprouver +le meme sort qu'a ce dernier. Etant alle avec quelques ouvriers a l'_Ile +a la Pierre_, il fut recu par les Iroquois qui le prirent et le tuerent. +Ce sont la des circonstances bien douloureuses pour ses amis, mais +particulierement pour nous qui en sommes vivement affligees... Il etait +tres porte pour nos interets, et nous affectionnait beaucoup." + +M. Vignal, comme tant d'autres colons qui avaient abandonne positions du +monde, affections de famille, patrie pour venir en Canada conquerir a +Dieu des ames, s'etait consacre au service du divin Maitre, service qui, +ainsi qu'il nous l'a appris lui-meme, doit etre une lutte. + +M. Vignal etait un veritable serviteur de Dieu; il aspirait au martyre +qui rend l'homme le plus semblable au divin Maitre, et son desir le plus +intense etait d'en conquerir la couronne. + +Dieu exauca le desir de ce saint pretre et, pour prix de ses vertus, +il lui donna la recompense la plus enviable pour toute ame vraiment +chretienne: le martyre. + + + + +LE MAJOR LAMBERT CLOSSE + +1641-1662 + + + + +I + +DES QUALITES ET DU COURAGE DE LAMBERT CLOSSE. + +"C'etait un homme dont la piete ne cedait en rien a la vaillance, et +qui avait une presence d'esprit tout a fait rare dans la chaleur des +combats. Il a tenu ferme, a la tete de vingt-six hommes seulement, +contre deux cents Onnontagherons, combattant depuis le matin jusques a +trois heures de l'apres-midi, quoique la partie fut si peu egale... Il +leur a souvent fait lacher prise, les repoussant des postes avantageux +et meme des redoutes dont ils s'etaient empares, et a justement merite +la louange d'avoir sauve Montreal et par son bras et par sa reputation. +Aussi a-t-on juge a propos de tenir sa mort cachee aux ennemis de peur +qu'ils n'en tirassent un avantage." + +Tel est l'eloge que le R.P. Hierosme Lalemant fait du major Lambert +Closse dans la _Relation_ de 1662 en annoncant sa mort qu'il signale +comme une "perte notable" pour Montreal. "Cet eloge," ajoute le reverend +pere, "nous le devions a sa memoire puisque Montreal lui doit la vie." + +Il est donc de simple justice que nous placions Lambert Closse dans +cette premiere serie "des Illustrations canadiennes," puisque a tous ses +autres merites s'ajoute le plus grand de tous: avoir sauve la vie de +Montreal. Sauver Montreal a cette epoque de guerres incessantes et +d'attaques furieuses des sauvages, c'etait par cela meme sauver la +Nouvelle-France tout entiere, car Montreal en etait le rempart le plus +puissant, En completant donc l'eloge du R.P. Lalemant nous pouvons dire +en toute verite que Montreal et la Nouvelle-France doivent leur salut au +brave major Lambert Closse. + +Lambert Closse qui naquit a Saint-Denis de Mourguer, dans le diocese +de Treves, avait accompagne M. de Maisonneuve, lors de la fondation +de Villemarie. Son but, comme celui de la plupart de ses compagnons, +n'etait pas de conquerir des terres ou d'exploiter les richesses de ces +pays nouveaux, mais de gagner a Dieu les habitants idolatres, et de +payer de tout son sang l'etablissement de la foi catholique dans +ces regions ou n'avaient regne jusqu'alors que les plus abjectes +superstitions. + +Cet heroique chretien avait bien reellement fait le sacrifice de sa vie +pour son Dieu; ce genereux dessein lui tenait tellement au coeur qu'a +tous ceux qui l'exhortaient a la prudence, et lui disaient qu'il se +ferait tuer, vu la facilite avec laquelle il s'exposait partout pour le +service du pays, il repondait toujours: "Messieurs, je ne suis venu ici +qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes; +_si je n'y croyait mourir_, je quitterais le pays pour aller servir +contre le Turc et n'etre pas prive de cette gloire." + +Avec ces admirables dispositions, on ne doit pas s'etonner que Lambert +Closse ait rendu de nombreux et signales services a la colonie. Il etait +partout et partout il faisait des merveilles; il avait l'honneur de +commander en second la garnison de Villemarie. Malheureusement dans ces +temps si troubles, ou les perils les plus graves menacaient incessamment +les colons, on n'avait guere le temps d'ecrire l'histoire au jour le +jour; aussi beaucoup de belles actions, accomplies par Lambert Closse et +d'autres de ses compagnons, sont-elles restees ignorees. + +Nous savons cependant par des ecrits du temps, soit de M. Dollier de +Casson, soit de la mere Juchereau, que Lambert Closse se montrait +toujours et partout l'ami des braves et le fleau des poltrons, et qu'il +prenait le plus grand soin de ses soldats en les exercant frequemment au +maniement des armes. Il voulait ainsi les aguerrir et les rendre plus +confiants en eux-memes. Quant a lui, singulierement habile a manier le +mousquet, il pouvait, par son adresse a se servir de cette arme, etre +compare a ces guerriers dont il est dit dans la Bible, qu'avec leur +fronde, ils auraient atteint jusqu'a un cheveu sans donner ni a droite +ni a gauche. Il parait meme qu'il exercait ses soldats non seulement a +tirer juste, mais a tirer toujours en face d'eux-memes de maniere a tuer +le plus d'ennemis, en tirant chacun sur le sien. + + + + +II + +RESULTATS DES EXERCICES QUE LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX SOLDATS. + +Ces resultats etaient excellents ainsi que le prouve le trait suivant, +fort surprenant, et peut-etre unique dans son genre. C'est la mere Marie +Juchereau qui la rapporte dans son _Histoire de l'Hotel-Dieu de Quebec_. + +"Une fois," dit-elle, "une armee formidable d'Iroquois assiegea une +des redoutes construites par les habitants de Villemarie a la pointe +Saint-Charles. M. de Maisonneuve, s'etant informe ou etaient les +quatre hommes qui en avaient la garde, demanda a ceux du fort s'ils +laisseraient perir leurs camarades. Il n'a pas plutot parle que vingt +d'entre eux s'offrent pour aller les delivrer de cette multitude +de barbares qui environnent la redoute. _Apres avoir tous recu +l'absolution_, ils partent sous la conduite de M. Closse et prennent un +chemin detourne pour arriver sans etre apercus; mais ils ne purent si +bien faire que les ennemis ne les decouvrissent; ce qu'ils marquerent +aussitot par des huees et des cris bien propres a effrayer les plus +braves. + +"Sans etre alarmes de ces cris, ils s'encouragent a vendre leur vie bien +cher; et, afin de se battre a la maniere des sauvages, chacun choisit un +arbre pour se cacher et essuyer le feu des ennemis. Durant ce temps +les Iroquois les voyant a portee du mousquet, font tous ensemble une +decharge et tuent quatre de ces Francais. Aussitot M. Closse exhorte +les seize qui restaient a demeurer fermes et a tirer leur coup si juste +qu'ils jetassent par terre seize Iroquois. Ils tirent et abattent seize +hommes. Incontinent, prenant le pistolet qu'ils avaient a leur ceinture, +ils font une seconde decharge et seize Iroquois tombent a l'instant. +Etonnes de voir trente-deux des leurs tues en si peu de temps, les +Iroquois sont comme deconcertes; et les autres, profitant de cet +avantage, sans donner aux ennemis le temps de recharger leur mousquet, +mettent promptement l'epee a la main et les obligent a prendre la fuite. +Ils les poursuivent jusqu'au fleuve Saint-Laurent ou les Iroquois +entrerent precipitamment dans l'eau et s'y plongerent jusqu'au cou pour +se sauver. Puis ces seize colons victorieux ramenerent dans le fort, a +la vue des sauvages tremblants, les quatre soldats de la redoute." + +Dans l'ete de 1652, Mlle Mance, anxieuse de savoir des nouvelles de M. +de Maisonneuve alors en France, voulut se rendre a Quebec; elle pria +Lambert Closse de l'accompagner jusqu'aux Trois-Rivieres "afin de lui +faciliter le voyage." Pendant qu'il etait avec elle dans cette ville, +des sauvages, venant de Montreal, annoncerent que les Iroquois se +montraient plus terribles et plus agressifs que jamais. L'epouvante +regnait dans la place et les habitants ne savaient que devenir. Ayant +entendu ces mauvaises nouvelles, le major Closse laissa Mlle Mance +et remonta au plus vite a Montreal, ou son retour fit renaitre la +confiance, tant on faisait fond sur sa bravoure et son sang-froid. + +A son arrivee le brave Major fut recree et afflige en meme temps par une +histoire bien plaisante. + +Une femme de vertu qu'on nommait la _bonne femme Primot_, Martine +Messier, femme d'Antoine Primot, fut attaquee, le 29 juillet 1652, par +trois Iroquois qui s'etaient caches pour la massacrer. Ils n'etaient +qu'a deux portees de fusil du fort lorsqu'ils l'assaillirent. La brave +femme pousse un grand cri, et a ce cri trois bandes d'Iroquois qui +etaient en embuscade, se levent et paraissent en armes. Les trois +premiers Iroquois se jeterent sur elle pour la tuer a coups de haches; +Martine Primot se defend comme une lionne, bien que n'ayant pour seules +armes que ses mains et ses pieds. Au troisieme coup de hache, elle tombe +a terre, comme morte; alors un des Iroquois se jette sur elle pour la +scalper, et emporter sa chevelure comme trophee. Mais cette vaillante +femme, se sentant ainsi saisir, reprend tout a coup ses sens, se releve +plus furieuse et plus courageuse encore, et saisit son assassin avec +tant de force par un endroit tres sensible qu'il ne peut se degager de +ses mains. Il lui donnait toujours des coups de hache sur la tete, et +toujours elle le tenait avec autant de force. Elle s'evanouit enfin une +seconde fois et donne ainsi a l'Iroquois la liberte de s'enfuir. C'etait +la seule chose a laquelle il pensait a ce moment, car il etait sur le +point d'etre enveloppe par des colons qui accouraient au secours de la +_bonne femme Primot_. + +Les Francais, des qu'ils furent pres d'elle, la trouverent baignee +dans son sang et l'aiderent a se relever; lever; l'un d'eux, touche de +compassion pour ses souffrances, l'embrassa. Mais cette femme, aussi +vertueuse que courageuse, revenant a elle, et se sentant embrassee, +appliqua un vigoureux soufflet a ce charitable auxiliaire, qui n'avait +cependant que les intentions les plus pures. + +"Que faites-vous, dirent a Martine Primot les autres Francais? Cet +homme vous temoigne son amitie sans penser a mal, pourquoi le +frappez-vous?"--"_Parmenda_, repondit-elle en son patois, je croyais +qu'il voulait me baiser." Le courage et la vertu de cette femme ont +inspire a M. Dollier de Casson les reflexions suivantes: "C'est une +chose etonnante que ses profondes racines que jette la vertu dans un +coeur. L'ame de cette heroine etait prete a sortir de son corps, +son sang avait quitte ses veines et la vertu de purete etait encore +inebranlable en son coeur. Dieu benisse le noble exemple que, dans +cette occasion, cette bonne personne a donne a tout le monde pour +la conservation de cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, est encore +vivante, et on l'appelle communement _Parmenda_, a cause de ce soufflet +qui surprit tellement un chacun que ce nom lui est reste." + + + + +III + +COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE 1652. + +Quelque temps apres, le 14 octobre de la meme annee, le major Closse eut +l'occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bravoure dans un +combat contre les Iroquois dont la presence avait ete signalee par les +dogues. + +Les Francais avaient amene de France quelques dogues pour veiller, a +leur maniere, a la surete du fort. "Ces chiens faisaient tous les matins +une grande ronde pour decouvrir les ennemis et allaient ainsi sous la +conduite d'une chienne nommee Pilotte. L'experience de tous les jours +avait fait connaitre a tout le monde cet instinct admirable que Dieu +donnait a ces animaux pour nous garantir--c'est M. Dollier de Casson qui +parle--de quantite d'embuscades que les Iroquois nous faisaient partout, +sans qu'il nous fut possible de nous en garantir, si Dieu n'y eut pourvu +par ce moyen." Le P. J. Lalemant, dans la _Relation_ de 1647, parle lui +aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. "Il y +avait dans Montreal, dit-il, une chienne qui jamais ne manquait d'aller, +tous les jours, a la decouverte conduisant ses petits avec elle; et si +quelqu'un d'eux faisait le retif, elle le mordait pour le faire marcher. +Bien plus: si l'un d'eux retournait au milieu de sa course, elle se +jetait sur lui, comme par chatiment au retour. Si elle decouvrait dans +ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au +fort en aboyant et donnant a connaitre que l'ennemi n'etait pas loin." + +Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboiements +signalant la presence de l'ennemi, qui devait se trouver du cote ou +regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui etait +toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d'etre charge +par M. des Musseaux, d'aller a la decouverte. Il partit aussitot avec +vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les +chiens. Il detacha en avant-garde trois de ses soldats: La Lochetiere, +Baston et un autre avec l'ordre de s'arreter en un lieu qu'il leur +designe. La Lochetiere, emporte par son courage, depasse ce lieu, et, +pour decouvrir plus aisement l'ennemi, monte sur un arbre, afin de voir +si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait +tout pres de cet arbre. Des que La Lochetiere y fut monte, ils poussent +d'abord leurs huees ordinaires, puis font une decharge qui tue La +Lochetiere, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d'un coup +de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres +eclaireurs, comprenant le danger et craignant d'etre enveloppes, se +retirent et subissent de furieuses decharges auxquelles ils echappent +sains et saufs. + +Lambert Closse se prepare a une energique defense contre cet ennemi, +comme toujours tres superieur en nombre. On tient ferme pendant quelque +temps, mais on allait etre investi de toute part par deux cents Iroquois +quand un brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une +petite maison, crie au major de se retirer au plus vite s'il ne veut +etre enveloppe. Closse se retourne, et voit le peril extreme dans lequel +on se trouve, car les Iroquois environnent deja sa petite troupe et meme +la maison ou se trouve Prudhomme. Le salut, si salut il peut y avoir, +est dans cette maison; a tout prix, il faut s'y refugier. Il commande +donc a sa petite troupe de forcer les Iroquois et d'arriver a la maison +coute que coute. Cet ordre est execute avec tant d'audace et d'elan que +les Francais, apres avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent +gagner ce refuge. Des qu'ils y sont entres, ils se mettent tous a percer +des meurtrieres, d'ou ils dirigent un feu nourri sur les sauvages. +Ceux-ci presses autour de la maison qu'ils entourent de toute part, +ripostent vigoureusement; leurs balles passent au travers des murs +de cette bicoque, construite tres legerement, et l'une d'elles vient +blesser et mettre hors de combat un des assieges, Laviolette. Ce fut une +perte sensible pour cette troupe deja si peu nombreuse, car Laviolette, +un des plus beaux soldats de Montreal, s'etait toujours montre tres +courageux et invincible. Les assieges ne sont cependant pas abattus, +ils continuent a faire des decharges meurtrieres qui, des le debut, +renversent par terre un grand nombre d'Iroquois, les mettant dans un +grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner +leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi +qui s'approchait etait recu par une terrible decharge. Le feu continue +avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions; mais bientot +elles viennent a manquer car on ne s'etait pas approvisionne pour +soutenir un siege. + +La position de nos braves devient des plus critiques; il faut ou se +rendre a discretion a ces cruels Iroquois, ou se precipiter au milieu +d'eux et mourir les armes a la main. Le major Closse a la charge +de cette petite armee, et doit tout faire pour la sauver, et ne +s'abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les +expedients auront ete epuises. Il apercoit une chance de salut, il va +essayer. On peut encore etre sauve si quelqu'un a assez de courage pour +se rendre jusqu'au fort et en ramener des munitions. A peine a-t-il +indique cette chance supreme que Baston, excellent coureur, s'offre +a lui pour tenter l'aventure. Le major, transporte de joie d'un tel +devouement, prodigue a ce brave les temoignages d'amitie; il fait ouvrir +la porte et protege la sortie de cet audacieux soldat par des decharges +bien nourries. + +Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans +recevoir aucune blessure; il arrive bientot au fort et en revient +immediatement avec dix hommes, conduisant deux pieces de campagne, +pretes a tirer, et des cartouches. Pour aller au fort a la maison +assiegee, on profite d'un rideau qui cachait aux Iroquois l'arrivee de +cet inappreciable renfort. Des qu'on se trouve a decouvert, on decharge +sur les Iroquois les deux petites pieces de campagne, et M. Closse ayant +fait au meme moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite +maison. Des qu'il y fut arrive, le feu eclate avec une nouvelle +intensite pour montrer aux Iroquois "si cette poudre nouvelle valait +bien la precedente." + +Les choses changent alors rapidement de face; les Iroquois comprenant +que ce siege devient trop meurtrier pour eux, se decident a battre en +retraite. Mais pendant cette retraite qui degenera bientot en deroute +complete, ils furent assaillis par de nouvelles decharges qui tuerent +plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent +dans cette rencontre si meurtriere pour eux, parce que, quoiqu'ils aient +eu beaucoup de morts, ils les emporterent presque tous et parce que, +selon leur habitude, ils se garderent de se vanter des gens qu'ils +avaient perdus. "Il est vrai, dit M. Dollier de Casson, en parlant de ce +combat, que les Iroquois n'ont pu se taire absolument et que exagerant +leurs pertes, ils les ont exprimees en ces termes: _Nous sommes tous +morts._ Quant aux blesses, ils ont avoue dans la suite trente-sept +guerriers completement estropies par suite de cette action." + +Au sujet de la coutume des Iroquois d'emporter leurs morts, voici ce que +remarque M. Dollier de Casson: "Quoique ces barbares ne soient pas tres +forts, ils ont cependant une force etonnante pour porter des fardeaux, +chacun pouvant avoir sur ses epaules la charge d'un mulet et s'enfuir +ainsi avec un mort ou un blesse, comme s'il ne portait presque rien, +c'est pourquoi il ne faut pas s'etonner si, apres les combats, on trouve +si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter." + +Quant aux Francais, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La +Lochetiere, et n'eurent qu'un blesse, Laviolette. + + + + +IV + +LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE MAISONNEUVE.--SON MARIAGE. + +Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve passe en France. Le but principal +de son voyage etait de demander a M. Olier, l'illustre fondateur du +seminaire de Saint-Sulpice, quelques-uns de ses pretres pour prendre +soin de l'ile de Montreal. Avant de partir, il nomma pour exercer le +commandement pendant son absence, le brave major Closse Il avait su +assez l'apprecier pour juger qu'il etait tout a fait propre a le +remplacer, tant a cause de son experience dans le metier des armes que +par le grand ascendant que ses vertus et sa bravoure lui avaient acquis +sur les soldats et sur les colons. Lambert Closse exerca ce commandement +pendant toute l'annee a la satisfaction generale; il montra clairement a +tous qu'il savait et qu'il meritait de commander. + +En 1657, Lambert Closse epousa Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive de +Mlle Mance, dont les parents avaient ete cruellement mis a mort par les +Iroquois le jour de la fete du Saint-Sacrement de l'annee 1655. Jean +Moyen, sieur Des Granges, et sa femme Elizabeth le Brest s'etaient +etablis avec toute leur famille dans l'ile aux Oies, sous Quebec. Ils +y residaient lorsqu'ils furent surpris par les Iroquois. Les gens de +service etant absents, M. et Mme Moyen ne purent etre secourus, et +furent mis a mort, ainsi que trois ou quatre travailleurs au service de +M. Denis. Apres avoir tue tous ceux qu'ils purent prendre, ils firent +prisonniers et amenerent dans leur pays les enfants de M. Moyen et +ceux de M. Macart, pendant qu'une partie de leur troupe fut attaquer +Montreal. + +Mais la ils eprouverent des echecs et eurent plusieurs des leurs faits +prisonniers, entre autres un de leurs capitaines _la Plume._ Un echange +de prisonniers se fit peu apres, entre les Francais et les Iroquois, par +lequel les demoiselles Elizabeth et Marie Moyen et les deux filles de M. +Macart furent rendues a la liberte. Mlle Mance les recut a l'Hotel-Dieu +et temoigna a ces orphelines l'affection et la sollicitude d'une mere. + +Le 21 novembre 1657, fete de la Presentation, eut lieu a Montreal la +premiere nomination des marguilliers, a la joie de tous les colons qui +voyaient ainsi le commencement de l'organisation de leur chere paroisse. +Parmi les plus heureux, se trouvait le major Closse qui, a cette +occasion, donna a l'eglise Notre-Dame deux cent cinquante livres, +et quelques jours apres trois cent vingt-cinq pour reconnaitre la +protection dont les avait entoures leur puissante patronne. + + + + +V + +MORT DE LAMBERT CLOSSE, 16 FEVRIER 1662. + +Nous voici arrive a une date fatale, 16 fevrier 1662, date a laquelle +Lambert Closse perdit la vie. Sa mort fut incontestablement la perte la +plus grande qu'eut faite Montreal depuis sa fondation. Aussi la mort de +ce brave, de ce chretien qui s'etait illustre par tant de beaux faits +d'armes et par de si eclatantes vertus, plongea-t-elle dans le deuil +toute la colonie. + +Ce fut le 16 fevrier que ce malheur arriva. Ce jour-la, le major, +toujours pret a exposer sa vie pour proteger les colons en danger, etait +accouru a la tete de quelques braves au secours de travailleurs attaques +par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de +domestique. Les Iroquois faisaient contre les Francais un feu terrible +qui effraya tellement ce lache serviteur qu'il se hata de prendre la +fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nomme +Pigeon, a cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette +rencontre d'un grand courage, et s'avanca tellement au milieu des +ennemis qu'il ne dut qu'a l'extreme rapidite de sa course d'echapper +a leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le +courage du _Pigeon_ francais qui etait son compagnon, M. le major serait +peut-etre aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et +s'exposa si avant que s'il n'eut eu de bonnes ailes pour s'en revenir, +il eut ete perdu lui-meme et ne fut jamais revenu a la charge." La fuite +du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse, +qui se trouvait ainsi moins entoure. Ne perdant rien de son sang-froid +et de son courage, le major ainsi delaisse, s'apprete a combattre +heroiquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent +rate, l'un apres l'autre, il eut probablement change la fortune du +combat, ou, tout au moins, fait eprouver aux Iroquois de serieuses +pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse etait +atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat +de Jesus-Christ, apres avoir mille fois expose sa vie, sans jamais +craindre de la perdre, n'etant venu dans ce pays que pour la sacrifier a +Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le recit de la +mort du Major qui, comme nous l'avons deja fait remarquer, etait aussi +remarquable par ses qualites privees, par ses vertus chretiennes, que +par son courage militaire. + +Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth +Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa +mere adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut ete sa propre +fille, s'engagea a payer annuellement aux creanciers les sommes qui leur +etaient dues, et Mme Closse detacha pour la meme fin dix arpents de son +fief. Plus tard le seminaire remit gratuitement a la veuve du brave +major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en consideration +des bons et agreables services que son mari a rendus a l'etablissement +de cette colonie, ou il a ete tue par les Iroquois en la defendant_. La +mort de Lambert Closse, par suite des difficultes des communications, +ne fut connue a Quebec qu'a la fin de mars; elle y excita, comme a +Montreal, des regrets universels. + + + + +TABLE DES MATIERES + +MM. J. LE MAITRE ET G. VIGNAL + + I. Arrivee de MM. Le Maitre et Vignal en Canada + II. Martyre de M. Le Maitre, 29 aout 1661 + III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maitre + IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661 + V. M. Vignal juge par ses contemporains + + +LE MAJOR LAMBERT CLOSSE. + + I. Des qualites et du courage de Lambert Closse + II. Resultats des exercices que le major faisait faire aux soldats + III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652 + IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage + V. Mort de Lambert Closse, 16 fevrier 1662 + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Trois Heros de la colonie de Montreal, by Paul Dupuy + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HEROS DE LA COLONIE *** + +***** This file should be named 13122.txt or 13122.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/3/1/2/13122/ + +Produced by La Bibliotheque Nationale du Quebec, Renald Levesque and +the Online Distributed Proofreading Team. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +https://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit https://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + diff --git a/old/13122.zip b/old/13122.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..d639a5f --- /dev/null +++ b/old/13122.zip |
