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+Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Trois Héros de la colonie de Montréal
+
+Author: Paul Dupuy
+
+Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE ***
+
+
+
+
+Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and
+the Online Distributed Proofreading Team.
+
+
+
+
+
+
+
+P. DUPUY
+
+TROIS HÉROS DE LA COLONIE DE MONTRÉAL
+
+
+1887
+
+
+ MM. JACQUES LE MAITRE
+ ET
+ GUILLAUME VIGNAL,
+ _prêtres de Saint-Sulpice_.
+
+ 1659-1661
+
+
+
+
+I
+
+ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE ET VIGNAL EN CANADA.
+
+MM. Jacques Le Maître et Guillaume Vignal quittèrent la France le 2
+juillet 1659, fête de la Visitation. Sur le vaisseau qui les emportait,
+se trouvaient Mlle Mance, revenant après sa guérison miraculeuse et
+amenant trois soeurs hospitalières; les soeurs de Brésoles, Macé,
+Maillet; la soeur Bourgeoys et les soeurs Aimée Chatel, Catherine Crolo
+et Marie Raisin qui avec la soeur Bourgeoys formèrent le noyau de cette
+congrégation de Notre-Dame qui a rendu à notre pays des services si
+inappréciables, et près de deux cents passagers.
+
+La traversée fut très pénible; à peine en mer, la peste se déclara
+sur le vaisseau, qui depuis deux ans, ayant servi d'hôpital, en était
+infecté et un grand nombre de passagers furent violemment atteints de
+cette terrible maladie. Ce fut pour les hospitalières une occasion
+naturelle d'offrir leurs services pour soigner les pestiférés; dès
+qu'elles eurent commencé à donner leurs soins qu'on avait d'abord
+refusés, la mortalité diminua, pour cesser bientôt tout à fait,
+quoiqu'il y eût encore beaucoup de malades. Les hospitalières ne se
+prodiguèrent pas seules pour le soulagement des pestiférés. "La soeur
+Bourgeoys, dit M. Dollier de Casson, fut bien celle qui travailla autant
+que toutes les autres pendant toute la traversée et que Dieu pourvut
+aussi de plus de santé pour cela. Les deux prêtres du séminaire, MM. Le
+Maître et Vignal assistaient les malades autant que leurs corps accablés
+par la maladie le leur permettaient. Ils soignèrent et assistèrent deux
+Huguenots dont ils eurent le bonheur d'obtenir l'abjuration."
+
+A cette affreuse maladie dont furent plus ou moins atteints presque tous
+les passagers, se joignirent de terribles tempêtes et le manque d'eau
+douce jusqu'à l'arrivée dans le Saint-Laurent. Enfin MM. Le Maître et
+Vignal, après avoir débarqué à Québec le 7 septembre l659, arrivèrent
+à Montréal vers la fin du mois et furent reçus avec de grandes
+démonstrations de joie par tous les colons, pour qui l'arrivée d'un
+prêtre était toujours un grand bonheur.
+
+Lorsque M. de Maisonneuve, venu en France en l655, demanda à M. Olier
+d'envoyer à Montréal quelques-uns de ses prêtres pour y prendre soin
+de la colonie, celui-ci après avoir beaucoup prié Dieu, lui promit de
+choisir quelques ecclésiastiques de sa compagnie qu'il croirait les
+plus propres à cette oeuvre apostolique. Quand ses prêtres connurent ce
+dessein, tous briguèrent l'honneur de ce poste périlleux. L'un d'eux M.
+Le Maître, en s'offrant, lui dit qu'une fois en Canada, il courrait de
+toutes parts pour chercher des sauvages et irait même les trouver
+dans leur pays. "Vous n'en aurez pas la peine répondit M. Olier, ils
+viendront bien vous chercher eux-mêmes, et vous vous trouverez tellement
+entouré par eux que vous ne pourrez vous échapper de leurs mains."
+
+Ce M. Le Maître auquel M. Olier fit cette réponse prophétique était le
+même prêtre dont nous venons de raconter l'arrivée à Montréal.
+
+Les premières fonctions, celles d'économe, dont il fut chargé, ne
+paraissaient pas devoir donner raison à la prédiction de M. Olier;
+aussi M. Le Maître, dont le plus grand désir était de se dévouer à la
+conversion des sauvages, ne les accepta que par obéissance. Cependant,
+espérant toujours qu'il arriverait à se trouver avec les Iroquois et
+qu'il pourrait exercer son zèle évangélique, il se mit sans tarder à
+apprendre leur langue. Il avait pour eux la plus grande affection,
+et, si quelques-uns d'entre eux paraissaient à Montréal, il usait des
+facilités que lui donnaient ses fonctions d'économe pour leur faire des
+largesses et leur donner à manger.
+
+M. Le Maître avait une dévotion particulière envers saint Jean-Baptiste,
+et Dieu l'appela à lui du milieu de son désert en permettant que les
+Iroquois lui coupassent la tête le jour anniversaire de celui où "Hérode
+la fit trancher à ce célèbre habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."
+
+
+
+
+II
+
+MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOÛT 1661.
+
+Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le Maître, après avoir dit sa messe, se
+dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, l'esprit préoccupé de la
+fête du jour, et désireux "de sacrifier sa tête pour Jésus-Christ comme
+son saint Précurseur." En qualité d'économe, il allait surveiller dans
+un champ 14 ou 15 ouvriers, chargés d'y retourner du blé mouillé. Chacun
+se mit à l'ouvrage de son côté, en laissant les armes dispersées en
+plusieurs endroits. Ils étaient d'autant plus imprudents en agissant
+ainsi qu'ils avaient dit eux-mêmes à M. Le Maître, quelques instants
+avant, qu'il y avait certainement des ennemis cachés non loin, à cause
+de quelques indices qu'ils avaient remarqués. Par suite de cet avis, M.
+Le Maître regardait de côté et d'autre dans les buissons pour voir s'il
+n'y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba
+presque dans une de ces embuscades, car récitant alors les petites
+heures de la décollation de saint Jean-Baptiste, et, obligé de tenir
+fréquemment les yeux sur son bréviaire, il ne put voir les ennemis que
+lorsque ceux-ci, après s'être approchés à petit bruit, sortirent du
+bois, et s'avancèrent vers lui dans l'intention de le prendre vivant,
+pendant que d'autres se mirent à courir sur les travailleurs.
+
+M. Le Maître, pensant au danger des Français plutôt qu'au sien propre,
+résolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux
+colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d'un couteau, dont
+il se couvrait comme d'un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les
+travailleurs, en leur criant d'avoir bon courage et de prendre leurs
+armes pour défendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce prêtre leur
+barrait le chemin et les empêchait ainsi de tuer les Français, en
+conçurent un grand dépit. Ils ne craignaient pas d'être blessés par M.
+Le Maître, mais ils étaient curieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient
+l'approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti
+les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre à la
+résidence.
+
+Aussi pour se venger de M. Le Maître, ils le tuèrent à coups de fusils.
+Quoique ayant reçu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maître eut
+encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant
+de se retirer, puis il expira.
+
+Les _Relations_ des Jésuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maître
+et de sa mort. "C'était trop peu pour notre malheur que tous les états,
+toutes les conditions, tous les âges eussent été cette année les
+victimes immolées à la fureur de nos ennemis: il fallait pour mettre
+le comble à nos infortunes, que l'Eglise eût part à ces sanglants
+sacrifices, et qu'elle mêlât son sang avec nos larmes par le massacre
+d'un de ses ministres sacrés, M. Le Maître, homme également zélé et
+courageux pour le salut des âmes.
+
+"Ce bon prêtre surveillant des travailleurs, et s'étant un peu retiré
+d'eux pour réciter son office plus paisiblement, reçut soudain une
+décharge de fusils. Blessé à mort, il alla rendre l'âme aux pieds des
+Français qui se trouvèrent incontinent chargés de toutes parts, et
+investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme
+des lions de leurs cavernes, jetèrent d'abord mort par terre un des
+Français, et en prirent un second en vie, bien résolus à n'en laisser
+échapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitôt la main à
+l'épée, et, animés d'un grand courage, se firent jour à travers de ces
+Iroquois et se sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel. Ainsi maîtres
+du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares
+tournèrent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur
+les vivants."
+
+Ce fut d'abord sur M. Le Maître qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent
+la tête, ainsi qu'au travailleur Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. M.
+Le Maître, né en Normandie, était âgé de quarante-quatre ans quand il
+fut tué.
+
+Pour bien montrer que dans la guerre qu'ils faisaient aux Français, ils
+avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation
+parmi eux, les Iroquois, après avoir tué M. Le Maître, poussèrent de
+grandes huées de joie pour avoir ainsi mis à mort un ministre de notre
+sainte religion, une _robe noire_ comme ils appelaient les prêtres.
+Puis, à ce que raconte la soeur Marie de l'Incarnation, "un renégat qui
+se trouvait parmi eux enleva la soutane de M. Le Maître, s'en revêtit,
+et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la
+procession autour du corps, en dérision de ce qu'il avait vu faire aux
+obsèques des chrétiens." Cet apostat marchait pompeusement ainsi couvert
+de cette précieuse soutane, en vue des Montréalais qu'il bravait avec
+insolence.
+
+
+
+
+III
+
+CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE MAITRE.
+
+La mort de M. Le Maître fut accompagnée et suivie de circonstances
+merveilleuses dont nous trouvons le récit dans les écrits des
+contemporains de ce martyr.
+
+La soeur Bourgeoys, parlant de cette mort, dit qu'on regardait comme un
+fait constant que ce saint prêtre avait parlé après que sa tête avait
+été séparée de son corps. Elle ajoute aussi, M. Le Maître eut la
+tête coupée par les sauvages, le jour de la décollation de saint
+Jean-Baptiste, proche Montréal; et l'on rapporte que l'on avait vu sur
+son mouchoir, dans lequel on avait emporté sa tête, les traits de son
+visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaître.
+
+"Quelque temps après, comme je me disposais pour aller en France, j'eus
+la pensée de m'assurer de ce fait, afin que, si on me demandait si cela
+était véritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver
+Lavigne, que l'on avait ramené du pays des Iroquois: car il avait été
+pris et les sauvages lui avaient arraché un doigt. Il me dit que cela
+était véritable, qu'il en était assuré, non pour l'avoir entendu dire,
+mais pour l'avoir vu; qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux
+sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait à
+Montréal, il ne manquerait pas de les satisfaire: ce que cependant ils
+ne voulurent pas accepter disant que ce mouchoir était pour eux un
+pavillon pour aller en guerre, et qui les rendrait invincibles."
+
+Dans les annales des hospitalières de Saint-Joseph nous lisons aussi:
+"Après que les Iroquois eurent décapité M. Le Maître, ils mirent sa tête
+dans un mouchoir blanc, qu'apparemment ils avaient pris dans la poche du
+défunt, et, l'ayant ainsi emportée dans son pays il arriva une merveille
+qui mérite d'être décrite, pour votre édification.
+
+"C'est que la face de ce serviteur de Dieu, et tous les traits de son
+visage demeurèrent sur la toile de ce mouchoir, en sorte que ceux qui
+avaient eu l'avantage de le connaître pendant sa vie, le reconnaissaient
+parfaitement. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne voyait plus de
+sang au mouchoir qui était au contraire très blanc; mais il paraissait
+dessus comme une cire blanche très fine, qui représentait la face
+au serviteur de Dieu: ce qui ne peut pas être arrivé naturellement.
+Quelques-uns de nos Français prisonniers dans cette nation le
+reconnurent parfaitement. C'est ce que nous ont dit plusieurs fois M. de
+Saint-Michel, M. Cuillerier, personnes dignes de foi, ainsi qu'un père
+jésuite, qui était prisonnier dans ce temps-là, dans une autre nation
+que celle qui avait tué ce saint homme. Il nous a dit en avoir ouï
+parler comme d'une chose très vraie, quoique il ne l'ait pas vu
+lui-même; et que les sauvages en parlaient les uns aux autres
+avec étonnement, comme d'un prodige qu'ils reconnaissaient très
+extraordinaire. Ils ajoutaient que cet homme était réellement un grand
+démon: ce qui veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit.
+
+"Ils conçurent même une vive crainte de cette image, dans l'appréhension
+où ils étaient que le défunt ne se vengeât et ne fit la guerre à leur
+nation. Le père jésuite ajoute: J'ai bien fait mon possible pour avoir
+ce mouchoir, mais je n'ai pu y réussir. Les Iroquois se cachaient de
+moi, à cause que j'étais une _robe noire_, comme le défunt; c'est
+pourquoi, pour se défaire de cette image, ils vendirent le mouchoir aux
+Anglais. Le père jésuite s'efforça de l'acheter de ces derniers, mais
+sans succès; les sauvages ayant menacé de les détruire s'ils le lui
+donnaient."
+
+Enfin, pour terminer, donnons le récit de M. Dollier de Casson.
+
+"On raconte, dit-il, une chose bien extraordinaire de M. Le Maître,
+c'est que le sauvage qui emportait sa tête, l'ayant enveloppée dans le
+mouchoir du défunt, ce linge reçut tellement l'impression de son visage,
+que l'image en était parfaitement gravée dessus, et que voyant le
+mouchoir, on reconnaissait M. Le Maître. Lavigne, ancien habitant de
+ce lieu, homme des plus résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir imprimé
+pendant qu'il était prisonnier chez les Iroquois et que ces malheureux y
+arrivèrent après avoir fait ce méchant coup. Il assure que le capitaine
+de ce parti, ayant tiré le mouchoir de M. Le Maître, à son arrivée, lui,
+Lavigne, ayant reconnu ce visage, se mit à crier: "Ah! malheureux, tu as
+tué Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois appelaient M. Le Maître),
+car je vois sa face sur son mouchoir."
+
+"Ces sauvages honteux et confus resserrèrent alors ce linge sans que
+jamais depuis ils l'aient voulu montrer ni donner à personne, pas même
+au R.P. Simon Le Moine, qui sachant la chose fit tout son possible pour
+l'avoir."
+
+Et M. Dollier de Casson ajoute: "Je vous dirai qu'on m'a rapporté bien
+d'autres choses assez extraordinaires à l'égard de la même personne,
+dont une partie était comme les pronostics de ce qui devait lui arriver
+un jour, et l'autre se rapportait à l'état des choses présentes et à
+celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientôt. M. Le
+Maître a parlé assez ouvertement, durant sa vie, de tout ceci à une
+religieuse et à quelques autres, pour que je fusse autorisé à en parler
+si j'en voulais dire quelque chose. Mais je laisse le tout entre les
+mains de Celui qui est le maître des temps et des événements, et qui en
+cache la connaissance ou bien la donne à qui bon lui semble."
+
+On conçoit la réserve de M. Dollier de Casson, prêtre de Saint-Sulpice,
+parlant d'un de ses confrères; cette réserve est bien naturelle et
+pleine de délicatesse.
+
+Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des circonstances merveilleuses qui
+accompagnèrent et suivirent la mort de M. Le Maître; que l'on veuille
+ou non admettre comme miraculeux les faits que nous venons de raconter,
+d'après les écrits des contemporains, on n'en doit pas moins regarder M.
+Le Maître comme un martyr. Sa mort a été prompte, il est vrai; il n'a eu
+à subir de la part de ses assassins ni supplices, ni tortures; mais ce
+qui constitue le martyre ce n'est pas la longueur plus ou moins grande
+des souffrances endurées, ce n'est pas la cruauté plus ou moins raffinée
+des bourreaux; c'est la volonté de donner sa vie pour sa foi, pour son
+Dieu. M. Le Maître avait cette volonté; il brûlait du désir d'être
+envoyé au Canada pour travailler à la conversion des sauvages et, dès le
+premier jour, il avait fait le sacrifice complet de sa vie pour gagner à
+Notre-Seigneur ces barbares idolâtres.
+
+
+
+
+IV
+
+MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE 1661.
+
+Bien peu de temps--deux mois à peine--après que M. Jacques Le Maître eut
+reçu la couronne du martyre, la compagnie de Saint-Sulpice et la colonie
+furent de nouveau cruellement éprouvées par le massacre de M. Vignal,
+prêtre de Saint-Sulpice.
+
+Comme nous l'avons déjà dit, M. Vignal était arrivé à Montréal en même
+temps que M. Le Maître vers la fin de septembre 1659, et, comme lui "il
+reçut la mort de la main de ceux pour lesquels il avait voulu souvent
+donner sa vie."
+
+Ayant succédé comme économe à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa de
+faire continuer la bâtisse qui devait servir de logement aux Messieurs
+de Saint-Sulpice. Ceux-ci, depuis leur arrivée à Montréal, étaient logés
+provisoirement à l'Hôtel-Dieu, et en cette année 1661, ils faisaient
+bâtir, en face du fleuve, la maison du séminaire. Pour hâter son
+achèvement, M. Vignal obtint de M. de Maisonneuve l'autorisation d'aller
+avec quelques hommes chercher des pierres dans une petite île appelée
+_l'Ile-à-la-Pierre_, située au-dessus de l'île Sainte-Hélène, justement
+vis-à-vis le port de Montréal.
+
+Dès que M. Vignal eut obtenu l'autorisation de M. de Maisonneuve il ne
+songea qu'à s'embarquer promptement sans se préoccuper des Iroquois dont
+pourtant on avait signalé la présence dans l'île, et, à peine arrivés,
+lui et ses compagnons allèrent insouciamment à leur travail qui d'un
+côté, qui de l'autre, sans avoir même la précaution de prendre leurs
+armes avec eux. "Un d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, qui ne fut
+pas le moins surpris, alla vaquer à ses nécessités, se mettant sur le
+bord de l'embuscade des ennemis, auxquels il tourna le derrière. Un
+Iroquois, indigné de cette insulte, sans dire un mot, le piqua d'un coup
+de son épée. Cet homme qui n'avait jamais éprouvé de seringue si vive et
+si pointue, fit un bond en recevant cette piqûre, et se mit à courir
+à _la voile_ vers ses compagnons. Ceux-ci virent de suite l'ennemi et
+l'entendirent faire une grosse huée, ce qui effraya tellement nos gens
+dont une partie n'était pas encore débarquée, que tous généralement ne
+songèrent qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de leur bravoure ordinaire."
+
+Malheureusement, le chef de cette petite troupe Claude de Brigeac, jeune
+gentilhomme de 30 ans, "venu à Villemarie comme soldat, par pur motif de
+religion, dans l'intention d'y sacrifier sa vie pour l'établissement
+de l'église catholique," et dont M. de Maisonneuve avait fait son
+secrétaire particulier, n'était pas encore débarqué.
+
+En voyant l'épouvante et la déroute des Français il se jette à terre
+en encourageant ses hommes à la résistance. Ces exhortations ne
+produisirent aucun effet sur ces soldats épouvantés, gui ne secondèrent
+nullement les efforts de leur chef, et laissèrent ainsi la victoire aux
+Iroquois.
+
+Quoique seul, M. de Brigeac par sa fière attitude effraya les sauvages
+et les arrêta pendant quelque temps: ce qui permit aux Français de fuir
+et les empêcha d'être tous faits prisonniers. Mais bientôt les ennemis
+voyant M. de Brigeac tout seul, devinrent plus courageux et se jetèrent
+sur lui. Ce brave, conservant tout son sang-froid, ajuste le capitaine
+des Iroquois et le tue d'un coup de fusil. Cette mort effraya tellement
+les autres sauvages que pendant quelques instants, ils hésitèrent à
+affronter le coup de pistolet que M. de Brigeac avait encore à tirer.
+Cependant, honteux d'être tenus en échec par un seul homme, ils font sur
+lui une décharge qui lui casse le bras droit et fait tomber le pistolet
+qu'il tenait à la main. Il parait qu'il eut assez de courage pour le
+reprendre, et qu'il ne cessait de le leur présenter quoiqu'il eût le
+bras rompu. Mais n'ayant pas la force de le tirer, il se jette à l'eau;
+les Iroquois s'y jettent après lui, et, l'ayant pris, le traînent sur
+les rochers la tête et le visage en bas presque tout autour de l'île.
+D'autres, pendant ce temps, tirent sur un bateau et tuent plusieurs
+personnes, entre autres deux braves fils de famille: J.-Bte Moyen, âgé
+de 19 ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20 ans, qui, sans faire attention
+à ses blessures, exhortait son camarade à bien mourir, quand il tomba
+lui-même raide mort dans le bateau.
+
+M. Vignal, déjà blessé d'un coup d'épée, voyant tout son monde dans une
+telle déroute, voulut monter dans le canot d'un des meilleurs colons,
+René Cuillérier. Pour s'aider à y embarquer, il saisit le fusil, mais
+par un faux mouvement, il le fit tremper dans l'eau, le rendant ainsi
+inutile. Les Iroquois qui ont aperçu cet accident si funeste, criblent
+de coups de fusil le canot avant qu'il ait pu gagner le large. M. Vignal
+tombe couvert de blessures et est fait prisonnier avec Cuillérier.
+Il est jeté "comme un sac de blé" dans un canot des Iroquois, et son
+compagnon d'infortune est mis dans un autre.
+
+Malgré les vives souffrances que lui faisaient éprouver ses blessures,
+M. Vignal, tout couvert de sang, se levait fréquemment et adressait
+aux prisonniers, proches de lui dans d'autres canots, des paroles
+d'encouragement et de consolation: "Tout mon regret, au milieu des
+souffrances que j'endure, est d'être la cause que vous soyez dans un si
+triste état; mes amis, prenez courage, endurez pour l'amour de Dieu."
+Ces paroles prononcées par un homme qui était lui-même tant à plaindre,
+crevaient le coeur de tous ces pauvres captifs.
+
+Les Iroquois ayant traversé le fleuve, allèrent débarquer à la prairie
+de la Madeleine. Là ils donnèrent des soins aux blessés pour pouvoir les
+amener comme des trophées de victoire dans leurs tribus. Mais M. Vignal
+avait reçu des blessures si graves que les Iroquois renoncèrent bientôt
+à le guérir, et voyant qu'ils ne pourraient l'amener jusques en leur
+pays, ils le tuèrent deux jours après, le 27 octobre 1661, puis ayant
+fait rôtir son corps sur un bûcher, ils le mangèrent. "Ils lui donnèrent
+ainsi, dit M. Dollier de Casson, d'offrir à son créateur, le sacrifice
+de son corps en odeur de suavité, étant brûlé sur un bûcher comme le
+grain d'encens sur le charbon sans qu'il restât rien de son corps."
+
+Cette _robe noire_ dont les sauvages voulaient faire leur plus beau
+trophée et qui devait être la victime sur laquelle se serait exercée
+leur cruauté, venant à leur manquer, ces bourreaux redoublèrent de soins
+envers M. de Brigeac pour qu'il pût arriver jusque dans leur pays. Il
+fut enfin capable de marcher, mais il ne les suivait qu'avec la plus
+grande peine, à cause des blessures qu'il avait reçues au bras droit, à
+la tête, aux pieds et par tout le corps. Tout en cheminant, et malgré
+ses souffrances, il ne cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils furent enfin
+arrivés, ses bourreaux commencèrent à lui faire subir les tortures
+auxquelles ils le destinaient, tortures qu'ils voulaient rendre aussi
+cruelles que possible pour venger la mort de leur capitaine. Ils lui
+arrachèrent les ongles, les bouts des doigts et les fumèrent ensuite;
+ils lui coupèrent des lambeaux de chair, tantôt dans un endroit, tantôt
+dans un autre; ils l'écorchèrent, le rouèrent de coups de bâton, lui
+appuyèrent des charbons ardents et des fers chauds sur sa chair mise à
+nu, enfin ils n'épargnèrent rien pendant les vingt-quatre heures que
+dura son supplice pour le rendre plus douloureux. Leur rage s'augmentait
+de la patience et du courage de ce malheureux "qui, au milieu des plus
+atroces tortures, ne faisait que prier Dieu pour la conversion et le
+salut de ses bourreaux, ainsi qu'il avait promis à Dieu de le faire, en
+se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures."
+
+Les _Relations_ des Jésuites de 1665 racontent ainsi le supplice de M.
+de Brigeac: "Il fut brûlé toute la nuit depuis les pieds jusqu'à la
+ceinture, et le lendemain on continua encore à le brûler, après lui
+avoir cassé les doigts. Durant cette sanglante et cruelle exécution, il
+ne cessa jamais de prier Dieu pour la conversion de ces barbares offrant
+pour eux toutes les douleurs qu'ils lui faisaient endurer, faisant à
+Dieu cette prière: _Mon Dieu, convertissez-les_, et répétant toujours
+ces paroles sans pousser un seul cri de plainte, quelque affreuses que
+furent ses tortures."
+
+Ce courage à supporter les supplices les plus cruels, cette sollicitude
+et cette compassion pour les bourreaux étonnent moins quand on réfléchit
+à la pureté de la vie de ce gentilhomme, et au dessein qui l'avait fait
+venir à Villemarie pour offrir sa vie à Dieu en assistant les habitants
+d'une ville si exposée aux coups des sauvages.
+
+
+
+
+V
+
+M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.
+
+La mort de M. Vignal, arrivant si peu de temps après celle de M. Le
+Maître, plongea dans la douleur la plus profonde tous les colons. Ce
+digne prêtre, si remarquable par sa charité, son humilité, son esprit de
+pénitence et son zèle d'apôtre, avait, quoique arrivé depuis deux ans
+seulement à Villemarie, conquis l'estime et l'affection de tous. On
+attendait beaucoup de lui, Dieu ne lui laissa pas le temps de produire
+tous ses fruits.
+
+Les contemporains ont rendu à ses vertus les plus éclatants témoignages.
+
+"La vie de M. Vignal, lit-on dans la _Relation_ des Jésuites de 1662,
+était d'une très douce odeur à tous les Français par la pratique de
+l'humilité, de la charité, de la pénitence, vertus qui étaient rares en
+lui et qui le rendaient aimable à tout le monde; et sa mort a été bien
+précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l'a reçue de la main de ceux
+pour lesquels il a souvent voulu donner sa vie; il avait des grandes
+tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs fois de nous venir
+joindre quand nous étions à Onnontaghé, afin de travailler ensemble à
+la conversion de ces barbares. Il l'aurait fait si sa complexion et ses
+forces eussent correspondu à son courage."
+
+Ce fut surtout aux hospitalières de Saint-Joseph, dont M. Vignal était
+le supérieur et le confesseur, que cette mort fut sensible. Elles en
+parlaient ainsi à leurs soeurs de France: "Nous nous flattions de
+posséder longtemps M. Vignal, qui nous avait été donné en remplacement
+de M. Le Maître; mais Dieu en a disposé autrement et lui a fait éprouver
+le même sort qu'à ce dernier. Étant allé avec quelques ouvriers à l'_Ile
+à la Pierre_, il fut reçu par les Iroquois qui le prirent et le tuèrent.
+Ce sont là des circonstances bien douloureuses pour ses amis, mais
+particulièrement pour nous qui en sommes vivement affligées... Il était
+très porté pour nos intérêts, et nous affectionnait beaucoup."
+
+M. Vignal, comme tant d'autres colons qui avaient abandonné positions du
+monde, affections de famille, patrie pour venir en Canada conquérir à
+Dieu des âmes, s'était consacré au service du divin Maître, service qui,
+ainsi qu'il nous l'a appris lui-même, doit être une lutte.
+
+M. Vignal était un véritable serviteur de Dieu; il aspirait au martyre
+qui rend l'homme le plus semblable au divin Maître, et son désir le plus
+intense était d'en conquérir la couronne.
+
+Dieu exauça le désir de ce saint prêtre et, pour prix de ses vertus,
+il lui donna la récompense la plus enviable pour toute âme vraiment
+chrétienne: le martyre.
+
+
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE
+
+1641-1662
+
+
+
+
+I
+
+DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE LAMBERT CLOSSE.
+
+"C'était un homme dont la piété ne cédait en rien à la vaillance, et
+qui avait une présence d'esprit tout à fait rare dans la chaleur des
+combats. Il a tenu ferme, à la tête de vingt-six hommes seulement,
+contre deux cents Onnontagherons, combattant depuis le matin jusques à
+trois heures de l'après-midi, quoique la partie fût si peu égale... Il
+leur a souvent fait lâcher prise, les repoussant des postes avantageux
+et même des redoutes dont ils s'étaient emparés, et a justement mérité
+la louange d'avoir sauvé Montréal et par son bras et par sa réputation.
+Aussi a-t-on jugé à propos de tenir sa mort cachée aux ennemis de peur
+qu'ils n'en tirassent un avantage."
+
+Tel est l'éloge que le R.P. Hierosme Lalemant fait du major Lambert
+Closse dans la _Relation_ de 1662 en annonçant sa mort qu'il signale
+comme une "perte notable" pour Montréal. "Cet éloge," ajoute le révérend
+père, "nous le devions à sa mémoire puisque Montréal lui doit la vie."
+
+Il est donc de simple justice que nous placions Lambert Closse dans
+cette première série "des Illustrations canadiennes," puisque à tous ses
+autres mérites s'ajoute le plus grand de tous: avoir sauvé la vie de
+Montréal. Sauver Montréal à cette époque de guerres incessantes et
+d'attaques furieuses des sauvages, c'était par cela même sauver la
+Nouvelle-France tout entière, car Montréal en était le rempart le plus
+puissant, En complétant donc l'éloge du R.P. Lalemant nous pouvons dire
+en toute vérité que Montréal et la Nouvelle-France doivent leur salut au
+brave major Lambert Closse.
+
+Lambert Closse qui naquit à Saint-Denis de Mourguer, dans le diocèse
+de Trèves, avait accompagné M. de Maisonneuve, lors de la fondation
+de Villemarie. Son but, comme celui de la plupart de ses compagnons,
+n'était pas de conquérir des terres ou d'exploiter les richesses de ces
+pays nouveaux, mais de gagner à Dieu les habitants idolâtres, et de
+payer de tout son sang l'établissement de la foi catholique dans
+ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les plus abjectes
+superstitions.
+
+Cet héroïque chrétien avait bien réellement fait le sacrifice de sa vie
+pour son Dieu; ce généreux dessein lui tenait tellement au coeur qu'à
+tous ceux qui l'exhortaient à la prudence, et lui disaient qu'il se
+ferait tuer, vu la facilité avec laquelle il s'exposait partout pour le
+service du pays, il répondait toujours: "Messieurs, je ne suis venu ici
+qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes;
+_si je n'y croyait mourir_, je quitterais le pays pour aller servir
+contre le Turc et n'être pas privé de cette gloire."
+
+Avec ces admirables dispositions, on ne doit pas s'étonner que Lambert
+Closse ait rendu de nombreux et signalés services à la colonie. Il était
+partout et partout il faisait des merveilles; il avait l'honneur de
+commander en second la garnison de Villemarie. Malheureusement dans ces
+temps si troublés, où les périls les plus graves menaçaient incessamment
+les colons, on n'avait guère le temps d'écrire l'histoire au jour le
+jour; aussi beaucoup de belles actions, accomplies par Lambert Closse et
+d'autres de ses compagnons, sont-elles restées ignorées.
+
+Nous savons cependant par des écrits du temps, soit de M. Dollier de
+Casson, soit de la mère Juchereau, que Lambert Closse se montrait
+toujours et partout l'ami des braves et le fléau des poltrons, et qu'il
+prenait le plus grand soin de ses soldats en les exerçant fréquemment au
+maniement des armes. Il voulait ainsi les aguerrir et les rendre plus
+confiants en eux-mêmes. Quant à lui, singulièrement habile à manier le
+mousquet, il pouvait, par son adresse à se servir de cette arme, être
+comparé à ces guerriers dont il est dit dans la Bible, qu'avec leur
+fronde, ils auraient atteint jusqu'à un cheveu sans donner ni à droite
+ni à gauche. Il paraît même qu'il exerçait ses soldats non seulement à
+tirer juste, mais à tirer toujours en face d'eux-mêmes de manière à tuer
+le plus d'ennemis, en tirant chacun sur le sien.
+
+
+
+
+II
+
+RÉSULTATS DES EXERCICES QUE LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX SOLDATS.
+
+Ces résultats étaient excellents ainsi que le prouve le trait suivant,
+fort surprenant, et peut-être unique dans son genre. C'est la mère Marie
+Juchereau qui la rapporte dans son _Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec_.
+
+"Une fois," dit-elle, "une armée formidable d'Iroquois assiégea une
+des redoutes construites par les habitants de Villemarie à la pointe
+Saint-Charles. M. de Maisonneuve, s'étant informé où étaient les
+quatre hommes qui en avaient la garde, demanda à ceux du fort s'ils
+laisseraient périr leurs camarades. Il n'a pas plutôt parlé que vingt
+d'entre eux s'offrent pour aller les délivrer de cette multitude
+de barbares qui environnent la redoute. _Après avoir tous reçu
+l'absolution_, ils partent sous la conduite de M. Closse et prennent un
+chemin détourné pour arriver sans être aperçus; mais ils ne purent si
+bien faire que les ennemis ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent
+aussitôt par des huées et des cris bien propres à effrayer les plus
+braves.
+
+"Sans être alarmés de ces cris, ils s'encouragent à vendre leur vie bien
+cher; et, afin de se battre à la manière des sauvages, chacun choisit un
+arbre pour se cacher et essuyer le feu des ennemis. Durant ce temps
+les Iroquois les voyant à portée du mousquet, font tous ensemble une
+décharge et tuent quatre de ces Français. Aussitôt M. Closse exhorte
+les seize qui restaient à demeurer fermes et à tirer leur coup si juste
+qu'ils jetassent par terre seize Iroquois. Ils tirent et abattent seize
+hommes. Incontinent, prenant le pistolet qu'ils avaient à leur ceinture,
+ils font une seconde décharge et seize Iroquois tombent à l'instant.
+Étonnés de voir trente-deux des leurs tués en si peu de temps, les
+Iroquois sont comme déconcertés; et les autres, profitant de cet
+avantage, sans donner aux ennemis le temps de recharger leur mousquet,
+mettent promptement l'épée à la main et les obligent à prendre la fuite.
+Ils les poursuivent jusqu'au fleuve Saint-Laurent où les Iroquois
+entrèrent précipitamment dans l'eau et s'y plongèrent jusqu'au cou pour
+se sauver. Puis ces seize colons victorieux ramenèrent dans le fort, à
+la vue des sauvages tremblants, les quatre soldats de la redoute."
+
+Dans l'été de 1652, Mlle Mance, anxieuse de savoir des nouvelles de M.
+de Maisonneuve alors en France, voulut se rendre à Québec; elle pria
+Lambert Closse de l'accompagner jusqu'aux Trois-Rivières "afin de lui
+faciliter le voyage." Pendant qu'il était avec elle dans cette ville,
+des sauvages, venant de Montréal, annoncèrent que les Iroquois se
+montraient plus terribles et plus agressifs que jamais. L'épouvante
+régnait dans la place et les habitants ne savaient que devenir. Ayant
+entendu ces mauvaises nouvelles, le major Closse laissa Mlle Mance
+et remonta au plus vite à Montréal, où son retour fit renaître la
+confiance, tant on faisait fond sur sa bravoure et son sang-froid.
+
+A son arrivée le brave Major fut récréé et affligé en même temps par une
+histoire bien plaisante.
+
+Une femme de vertu qu'on nommait la _bonne femme Primot_, Martine
+Messier, femme d'Antoine Primot, fut attaquée, le 29 juillet 1652, par
+trois Iroquois qui s'étaient cachés pour la massacrer. Ils n'étaient
+qu'à deux portées de fusil du fort lorsqu'ils l'assaillirent. La brave
+femme pousse un grand cri, et à ce cri trois bandes d'Iroquois qui
+étaient en embuscade, se lèvent et paraissent en armes. Les trois
+premiers Iroquois se jetèrent sur elle pour la tuer à coups de haches;
+Martine Primot se défend comme une lionne, bien que n'ayant pour seules
+armes que ses mains et ses pieds. Au troisième coup de hache, elle tombe
+à terre, comme morte; alors un des Iroquois se jette sur elle pour la
+scalper, et emporter sa chevelure comme trophée. Mais cette vaillante
+femme, se sentant ainsi saisir, reprend tout à coup ses sens, se relève
+plus furieuse et plus courageuse encore, et saisit son assassin avec
+tant de force par un endroit très sensible qu'il ne peut se dégager de
+ses mains. Il lui donnait toujours des coups de hache sur la tête, et
+toujours elle le tenait avec autant de force. Elle s'évanouit enfin une
+seconde fois et donne ainsi à l'Iroquois la liberté de s'enfuir. C'était
+la seule chose à laquelle il pensait à ce moment, car il était sur le
+point d'être enveloppé par des colons qui accouraient au secours de la
+_bonne femme Primot_.
+
+Les Français, dès qu'ils furent près d'elle, la trouvèrent baignée
+dans son sang et l'aidèrent à se relever; lever; l'un d'eux, touché de
+compassion pour ses souffrances, l'embrassa. Mais cette femme, aussi
+vertueuse que courageuse, revenant à elle, et se sentant embrassée,
+appliqua un vigoureux soufflet à ce charitable auxiliaire, qui n'avait
+cependant que les intentions les plus pures.
+
+"Que faites-vous, dirent à Martine Primot les autres Français? Cet
+homme vous témoigne son amitié sans penser à mal, pourquoi le
+frappez-vous?"--"_Parmenda_, répondit-elle en son patois, je croyais
+qu'il voulait me baiser." Le courage et la vertu de cette femme ont
+inspiré à M. Dollier de Casson les réflexions suivantes: "C'est une
+chose étonnante que ses profondes racines que jette la vertu dans un
+coeur. L'âme de cette héroïne était prête à sortir de son corps,
+son sang avait quitté ses veines et la vertu de pureté était encore
+inébranlable en son coeur. Dieu bénisse le noble exemple que, dans
+cette occasion, cette bonne personne a donné à tout le monde pour
+la conservation de cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, est encore
+vivante, et on l'appelle communément _Parmenda_, à cause de ce soufflet
+qui surprit tellement un chacun que ce nom lui est resté."
+
+
+
+
+III
+
+COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE 1652.
+
+Quelque temps après, le 14 octobre de la même année, le major Closse eut
+l'occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bravoure dans un
+combat contre les Iroquois dont la présence avait été signalée par les
+dogues.
+
+Les Français avaient amené de France quelques dogues pour veiller, à
+leur manière, à la sûreté du fort. "Ces chiens faisaient tous les matins
+une grande ronde pour découvrir les ennemis et allaient ainsi sous la
+conduite d'une chienne nommée Pilotte. L'expérience de tous les jours
+avait fait connaître à tout le monde cet instinct admirable que Dieu
+donnait à ces animaux pour nous garantir--c'est M. Dollier de Casson qui
+parle--de quantité d'embuscades que les Iroquois nous faisaient partout,
+sans qu'il nous fût possible de nous en garantir, si Dieu n'y eut pourvu
+par ce moyen." Le P. J. Lalemant, dans la _Relation_ de 1647, parle lui
+aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. "Il y
+avait dans Montréal, dit-il, une chienne qui jamais ne manquait d'aller,
+tous les jours, à la découverte conduisant ses petits avec elle; et si
+quelqu'un d'eux faisait le rétif, elle le mordait pour le faire marcher.
+Bien plus: si l'un d'eux retournait au milieu de sa course, elle se
+jetait sur lui, comme par châtiment au retour. Si elle découvrait dans
+ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au
+fort en aboyant et donnant à connaître que l'ennemi n'était pas loin."
+
+Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboiements
+signalant la présence de l'ennemi, qui devait se trouver du côté où
+regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui était
+toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d'être chargé
+par M. des Musseaux, d'aller à la découverte. Il partit aussitôt avec
+vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les
+chiens. Il détacha en avant-garde trois de ses soldats: La Lochetière,
+Baston et un autre avec l'ordre de s'arrêter en un lieu qu'il leur
+désigne. La Lochetière, emporté par son courage, dépasse ce lieu, et,
+pour découvrir plus aisément l'ennemi, monte sur un arbre, afin de voir
+si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait
+tout près de cet arbre. Dès que La Lochetière y fut monté, ils poussent
+d'abord leurs huées ordinaires, puis font une décharge qui tue La
+Lochetière, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d'un coup
+de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres
+éclaireurs, comprenant le danger et craignant d'être enveloppés, se
+retirent et subissent de furieuses décharges auxquelles ils échappent
+sains et saufs.
+
+Lambert Closse se prépare à une énergique défense contre cet ennemi,
+comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme pendant quelque
+temps, mais on allait être investi de toute part par deux cents Iroquois
+quand un brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une
+petite maison, crie au major de se retirer au plus vite s'il ne veut
+être enveloppé. Closse se retourne, et voit le péril extrême dans lequel
+on se trouve, car les Iroquois environnent déjà sa petite troupe et même
+la maison où se trouve Prudhomme. Le salut, si salut il peut y avoir,
+est dans cette maison; à tout prix, il faut s'y réfugier. Il commande
+donc à sa petite troupe de forcer les Iroquois et d'arriver à la maison
+coûte que coûte. Cet ordre est exécuté avec tant d'audace et d'élan que
+les Français, après avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent
+gagner ce refuge. Dès qu'ils y sont entrés, ils se mettent tous à percer
+des meurtrières, d'où ils dirigent un feu nourri sur les sauvages.
+Ceux-ci pressés autour de la maison qu'ils entourent de toute part,
+ripostent vigoureusement; leurs balles passent au travers des murs
+de cette bicoque, construite très légèrement, et l'une d'elles vient
+blesser et mettre hors de combat un des assiégés, Laviolette. Ce fut une
+perte sensible pour cette troupe déjà si peu nombreuse, car Laviolette,
+un des plus beaux soldats de Montréal, s'était toujours montré très
+courageux et invincible. Les assiégés ne sont cependant pas abattus,
+ils continuent à faire des décharges meurtrières qui, dès le début,
+renversent par terre un grand nombre d'Iroquois, les mettant dans un
+grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner
+leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi
+qui s'approchait était reçu par une terrible décharge. Le feu continue
+avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions; mais bientôt
+elles viennent à manquer car on ne s'était pas approvisionné pour
+soutenir un siège.
+
+La position de nos braves devient des plus critiques; il faut ou se
+rendre à discrétion à ces cruels Iroquois, ou se précipiter au milieu
+d'eux et mourir les armes à la main. Le major Closse a la charge
+de cette petite armée, et doit tout faire pour la sauver, et ne
+s'abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les
+expédients auront été épuisés. Il aperçoit une chance de salut, il va
+essayer. On peut encore être sauvé si quelqu'un a assez de courage pour
+se rendre jusqu'au fort et en ramener des munitions. A peine a-t-il
+indiqué cette chance suprême que Baston, excellent coureur, s'offre
+à lui pour tenter l'aventure. Le major, transporté de joie d'un tel
+dévouement, prodigue à ce brave les témoignages d'amitié; il fait ouvrir
+la porte et protège la sortie de cet audacieux soldat par des décharges
+bien nourries.
+
+Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans
+recevoir aucune blessure; il arrive bientôt au fort et en revient
+immédiatement avec dix hommes, conduisant deux pièces de campagne,
+prêtes à tirer, et des cartouches. Pour aller au fort à la maison
+assiégée, on profite d'un rideau qui cachait aux Iroquois l'arrivée de
+cet inappréciable renfort. Dès qu'on se trouve à découvert, on décharge
+sur les Iroquois les deux petites pièces de campagne, et M. Closse ayant
+fait au même moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite
+maison. Dès qu'il y fut arrivé, le feu éclate avec une nouvelle
+intensité pour montrer aux Iroquois "si cette poudre nouvelle valait
+bien la précédente."
+
+Les choses changent alors rapidement de face; les Iroquois comprenant
+que ce siège devient trop meurtrier pour eux, se décident à battre en
+retraite. Mais pendant cette retraite qui dégénéra bientôt en déroute
+complète, ils furent assaillis par de nouvelles décharges qui tuèrent
+plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent
+dans cette rencontre si meurtrière pour eux, parce que, quoiqu'ils aient
+eu beaucoup de morts, ils les emportèrent presque tous et parce que,
+selon leur habitude, ils se gardèrent de se vanter des gens qu'ils
+avaient perdus. "Il est vrai, dit M. Dollier de Casson, en parlant de ce
+combat, que les Iroquois n'ont pu se taire absolument et que exagérant
+leurs pertes, ils les ont exprimées en ces termes: _Nous sommes tous
+morts._ Quant aux blessés, ils ont avoué dans la suite trente-sept
+guerriers complètement estropiés par suite de cette action."
+
+Au sujet de la coutume des Iroquois d'emporter leurs morts, voici ce que
+remarque M. Dollier de Casson: "Quoique ces barbares ne soient pas très
+forts, ils ont cependant une force étonnante pour porter des fardeaux,
+chacun pouvant avoir sur ses épaules la charge d'un mulet et s'enfuir
+ainsi avec un mort ou un blessé, comme s'il ne portait presque rien,
+c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si, après les combats, on trouve
+si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter."
+
+Quant aux Français, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La
+Lochetière, et n'eurent qu'un blessé, Laviolette.
+
+
+
+
+IV
+
+LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE MAISONNEUVE.--SON MARIAGE.
+
+Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve passe en France. Le but principal
+de son voyage était de demander à M. Olier, l'illustre fondateur du
+séminaire de Saint-Sulpice, quelques-uns de ses prêtres pour prendre
+soin de l'île de Montréal. Avant de partir, il nomma pour exercer le
+commandement pendant son absence, le brave major Closse Il avait su
+assez l'apprécier pour juger qu'il était tout à fait propre à le
+remplacer, tant à cause de son expérience dans le métier des armes que
+par le grand ascendant que ses vertus et sa bravoure lui avaient acquis
+sur les soldats et sur les colons. Lambert Closse exerça ce commandement
+pendant toute l'année à la satisfaction générale; il montra clairement à
+tous qu'il savait et qu'il méritait de commander.
+
+En 1657, Lambert Closse épousa Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive de
+Mlle Mance, dont les parents avaient été cruellement mis à mort par les
+Iroquois le jour de la fête du Saint-Sacrement de l'année 1655. Jean
+Moyen, sieur Des Granges, et sa femme Elizabeth le Brest s'étaient
+établis avec toute leur famille dans l'île aux Oies, sous Québec. Ils
+y résidaient lorsqu'ils furent surpris par les Iroquois. Les gens de
+service étant absents, M. et Mme Moyen ne purent être secourus, et
+furent mis à mort, ainsi que trois ou quatre travailleurs au service de
+M. Denis. Après avoir tué tous ceux qu'ils purent prendre, ils firent
+prisonniers et amenèrent dans leur pays les enfants de M. Moyen et
+ceux de M. Macart, pendant qu'une partie de leur troupe fut attaquer
+Montréal.
+
+Mais là ils éprouvèrent des échecs et eurent plusieurs des leurs faits
+prisonniers, entre autres un de leurs capitaines _la Plume._ Un échange
+de prisonniers se fit peu après, entre les Français et les Iroquois, par
+lequel les demoiselles Elizabeth et Marie Moyen et les deux filles de M.
+Macart furent rendues à la liberté. Mlle Mance les reçut à l'Hôtel-Dieu
+et témoigna à ces orphelines l'affection et la sollicitude d'une mère.
+
+Le 21 novembre 1657, fête de la Présentation, eut lieu à Montréal la
+première nomination des marguilliers, à la joie de tous les colons qui
+voyaient ainsi le commencement de l'organisation de leur chère paroisse.
+Parmi les plus heureux, se trouvait le major Closse qui, à cette
+occasion, donna à l'église Notre-Dame deux cent cinquante livres,
+et quelques jours après trois cent vingt-cinq pour reconnaître la
+protection dont les avait entourés leur puissante patronne.
+
+
+
+
+V
+
+MORT DE LAMBERT CLOSSE, 16 FÉVRIER 1662.
+
+Nous voici arrivé à une date fatale, 16 février 1662, date à laquelle
+Lambert Closse perdit la vie. Sa mort fut incontestablement la perte la
+plus grande qu'eut faite Montréal depuis sa fondation. Aussi la mort de
+ce brave, de ce chrétien qui s'était illustré par tant de beaux faits
+d'armes et par de si éclatantes vertus, plongea-t-elle dans le deuil
+toute la colonie.
+
+Ce fut le 16 février que ce malheur arriva. Ce jour-là, le major,
+toujours prêt à exposer sa vie pour protéger les colons en danger, était
+accouru à la tête de quelques braves au secours de travailleurs attaqués
+par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de
+domestique. Les Iroquois faisaient contre les Français un feu terrible
+qui effraya tellement ce lâche serviteur qu'il se hâta de prendre la
+fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nommé
+Pigeon, à cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette
+rencontre d'un grand courage, et s'avança tellement au milieu des
+ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême rapidité de sa course d'échapper
+à leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le
+courage du _Pigeon_ français qui était son compagnon, M. le major serait
+peut-être aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et
+s'exposa si avant que s'il n'eût eu de bonnes ailes pour s'en revenir,
+il eût été perdu lui-même et ne fut jamais revenu à la charge." La fuite
+du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse,
+qui se trouvait ainsi moins entouré. Ne perdant rien de son sang-froid
+et de son courage, le major ainsi délaissé, s'apprête à combattre
+héroïquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent
+raté, l'un après l'autre, il eût probablement changé la fortune du
+combat, ou, tout au moins, fait éprouver aux Iroquois de sérieuses
+pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse était
+atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat
+de Jésus-Christ, après avoir mille fois exposé sa vie, sans jamais
+craindre de la perdre, n'étant venu dans ce pays que pour la sacrifier à
+Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le récit de la
+mort du Major qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, était aussi
+remarquable par ses qualités privées, par ses vertus chrétiennes, que
+par son courage militaire.
+
+Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth
+Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa
+mère adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut été sa propre
+fille, s'engagea à payer annuellement aux créanciers les sommes qui leur
+étaient dues, et Mme Closse détacha pour la même fin dix arpents de son
+fief. Plus tard le séminaire remit gratuitement à la veuve du brave
+major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en considération
+des bons et agréables services que son mari a rendus à l'établissement
+de cette colonie, où il a été tué par les Iroquois en la défendant_. La
+mort de Lambert Closse, par suite des difficultés des communications,
+ne fut connue à Québec qu'à la fin de mars; elle y excita, comme à
+Montréal, des regrets universels.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL
+
+ I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada
+ II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661
+ III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître
+ IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661
+ V. M. Vignal jugé par ses contemporains
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.
+
+ I. Des qualités et du courage de Lambert Closse
+ II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats
+ III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652
+ IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage
+ V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE ***
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+
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
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+
+
+Title: Trois Héros de la colonie de Montréal
+
+Author: Paul Dupuy
+
+Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE ***
+
+
+
+
+Produced by La Bibliothèque Nationale du Québec, Renald Levesque and
+the Online Distributed Proofreading Team.
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<h3>P. DUPUY</h3>
+
+<br><br>
+
+<h1>TROIS HÉROS
+DE LA<br>
+COLONIE DE MONTRÉAL</h1>
+
+
+<h4>1887</h4>
+<br><br><br>
+
+
+<h2>MM. JACQUES LE MAITRE<br>
+ET
+GUILLAUME VIGNAL,</h2>
+<h3><i>prêtres de Saint-Sulpice</i>.</h3>
+
+
+<h4>1659-1661</h4>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<h3>ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE<br>
+ET VIGNAL EN CANADA.</h3>
+
+
+<p>MM. Jacques Le Maître et Guillaume
+Vignal quittèrent la France
+le 2 juillet 1659, fête de la Visitation.
+Sur le vaisseau qui les emportait,
+se trouvaient Mlle Mance,
+revenant après sa guérison miraculeuse
+et amenant trois soeurs
+hospitalières; les soeurs de Brésoles,
+Macé, Maillet; la soeur Bourgeoys
+et les soeurs Aimée Chatel,
+Catherine Crolo et Marie Raisin
+qui avec la soeur Bourgeoys formèrent
+le noyau de cette congrégation
+de Notre-Dame qui a rendu
+à notre pays des services si inappréciables,
+et près de deux cents
+passagers.</p>
+
+<p>La traversée fut très pénible; à
+peine en mer, la peste se déclara sur
+le vaisseau, qui depuis deux ans,
+ayant servi d'hôpital, en était infecté
+et un grand nombre de passagers
+furent violemment atteints
+de cette terrible maladie. Ce fut
+pour les hospitalières une occasion
+naturelle d'offrir leurs services pour
+soigner les pestiférés; dès qu'elles
+eurent commencé à donner leurs
+soins qu'on avait d'abord refusés,
+la mortalité diminua, pour cesser
+bientôt tout à fait, quoiqu'il y eût
+encore beaucoup de malades. Les
+hospitalières ne se prodiguèrent pas
+seules pour le soulagement des pestiférés.
+"La soeur Bourgeoys, dit
+M. Dollier de Casson, fut bien celle
+qui travailla autant que toutes les
+autres pendant toute la traversée
+et que Dieu pourvut aussi de plus
+de santé pour cela. Les deux prêtres
+du séminaire, MM. Le Maître et
+Vignal assistaient les malades autant
+que leurs corps accablés par
+la maladie le leur permettaient.
+Ils soignèrent et assistèrent deux
+Huguenots dont ils eurent le bonheur
+d'obtenir l'abjuration."</p>
+
+<p>A cette affreuse maladie dont
+furent plus ou moins atteints presque
+tous les passagers, se joignirent
+de terribles tempêtes et le manque
+d'eau douce jusqu'à l'arrivée dans
+le Saint-Laurent. Enfin MM. Le
+Maître et Vignal, après avoir débarqué
+à Québec le 7 septembre l659,
+arrivèrent à Montréal vers la fin
+du mois et furent reçus avec de
+grandes démonstrations de joie par
+tous les colons, pour qui l'arrivée
+d'un prêtre était toujours un grand
+bonheur.</p>
+
+<p>Lorsque M. de Maisonneuve,
+venu en France en l655, demanda
+à M. Olier d'envoyer à Montréal
+quelques-uns de ses prêtres pour y
+prendre soin de la colonie, celui-ci
+après avoir beaucoup prié Dieu, lui
+promit de choisir quelques ecclésiastiques
+de sa compagnie qu'il
+croirait les plus propres à cette
+oeuvre apostolique. Quand ses
+prêtres connurent ce dessein, tous
+briguèrent l'honneur de ce poste
+périlleux. L'un d'eux M. Le Maître,
+en s'offrant, lui dit qu'une fois en
+Canada, il courrait de toutes parts
+pour chercher des sauvages et irait
+même les trouver dans leur pays.
+"Vous n'en aurez pas la peine répondit
+M. Olier, ils viendront bien
+vous chercher eux-mêmes, et vous
+vous trouverez tellement entouré
+par eux que vous ne pourrez vous
+échapper de leurs mains."</p>
+
+<p>Ce M. Le Maître auquel M. Olier
+fit cette réponse prophétique était
+le même prêtre dont nous venons
+de raconter l'arrivée à Montréal.</p>
+
+<p>Les premières fonctions, celles
+d'économe, dont il fut chargé, ne
+paraissaient pas devoir donner raison
+à la prédiction de M. Olier;
+aussi M. Le Maître, dont le plus
+grand désir était de se dévouer à
+la conversion des sauvages, ne les
+accepta que par obéissance. Cependant,
+espérant toujours qu'il arriverait
+à se trouver avec les Iroquois
+et qu'il pourrait exercer son
+zèle évangélique, il se mit sans
+tarder à apprendre leur langue.
+Il avait pour eux la plus grande
+affection, et, si quelques-uns d'entre
+eux paraissaient à Montréal, il usait
+des facilités que lui donnaient ses
+fonctions d'économe pour leur faire
+des largesses et leur donner à
+manger.</p>
+
+<p>M. Le Maître avait une dévotion
+particulière envers saint Jean-Baptiste,
+et Dieu l'appela à lui du milieu
+de son désert en permettant
+que les Iroquois lui coupassent la
+tête le jour anniversaire de celui où
+"Hérode la fit trancher à ce célèbre
+habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>MARTYRE DE M. LE MAITRE,
+29 AOÛT 1661.</h3>
+
+
+<p>Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le
+Maître, après avoir dit sa messe, se
+dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel,
+l'esprit préoccupé de la
+fête du jour, et désireux "de sacrifier
+sa tête pour Jésus-Christ
+comme son saint Précurseur." En
+qualité d'économe, il allait surveiller
+dans un champ 14 ou 15 ouvriers,
+chargés d'y retourner du blé mouillé.
+Chacun se mit à l'ouvrage de son
+côté, en laissant les armes dispersées
+en plusieurs endroits. Ils
+étaient d'autant plus imprudents
+en agissant ainsi qu'ils avaient dit
+eux-mêmes à M. Le Maître, quelques
+instants avant, qu'il y avait
+certainement des ennemis cachés
+non loin, à cause de quelques indices
+qu'ils avaient remarqués. Par
+suite de cet avis, M. Le Maître regardait
+de côté et d'autre dans les
+buissons pour voir s'il n'y avait
+pas des Iroquois en embuscade. En
+allant et venant il tomba presque
+dans une de ces embuscades, car
+récitant alors les petites heures de
+la décollation de saint Jean-Baptiste,
+et, obligé de tenir fréquemment
+les yeux sur son bréviaire, il
+ne put voir les ennemis que lorsque
+ceux-ci, après s'être approchés à
+petit bruit, sortirent du bois, et
+s'avancèrent vers lui dans l'intention
+de le prendre vivant, pendant
+que d'autres se mirent à courir sur
+les travailleurs.</p>
+
+<p>M. Le Maître, pensant au danger
+des Français plutôt qu'au sien
+propre, résolut de disputer le passage
+aux Iroquois pour donner le
+temps aux colons de prendre leurs
+armes. Dans ce but il s'arma d'un
+couteau, dont il se couvrait comme
+d'un espadon, et se jeta entre les
+Iroquois et les travailleurs, en leur
+criant d'avoir bon courage et de
+prendre leurs armes pour défendre
+leur vie. Les Iroquois, voyant que
+ce prêtre leur barrait le chemin et
+les empêchait ainsi de tuer les Français,
+en conçurent un grand dépit.
+Ils ne craignaient pas d'être blessés
+par M. Le Maître, mais ils étaient
+curieux contre lui parce qu'ils ne
+pouvaient l'approcher pour le
+prendre vivant et surtout parce
+qu'il avait averti les travailleurs
+et leur donnait le temps de se
+rendre en bon ordre à la résidence.</p>
+
+<p>Aussi pour se venger de M. Le
+Maître, ils le tuèrent à coups de
+fusils. Quoique ayant reçu plusieurs
+blessures mortelles, M. Le
+Maître eut encore le courage de
+courir vers ses travailleurs en leur
+recommandant de se retirer, puis il
+expira.</p>
+
+<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de
+1661 parlent comme suit de M.
+Le Maître et de sa mort. "C'était
+trop peu pour notre malheur que
+tous les états, toutes les conditions,
+tous les âges eussent été cette
+année les victimes immolées à la
+fureur de nos ennemis: il fallait
+pour mettre le comble à nos infortunes,
+que l'Eglise eût part à ces
+sanglants sacrifices, et qu'elle mêlât
+son sang avec nos larmes par
+le massacre d'un de ses ministres
+sacrés, M. Le Maître, homme également
+zélé et courageux pour le
+salut des âmes.</p>
+
+<p>"Ce bon prêtre surveillant des
+travailleurs, et s'étant un peu retiré
+d'eux pour réciter son office plus
+paisiblement, reçut soudain une
+décharge de fusils. Blessé à mort,
+il alla rendre l'âme aux pieds des
+Français qui se trouvèrent incontinent
+chargés de toutes parts, et
+investis par cinquante ou soixante
+Iroquois, qui, sortant du bois comme
+des lions de leurs cavernes, jetèrent
+d'abord mort par terre un des Français,
+et en prirent un second en vie,
+bien résolus à n'en laisser échapper
+aucun. Mais les autres qui restaient
+mirent aussitôt la main à l'épée, et,
+animés d'un grand courage, se firent
+jour à travers de ces Iroquois et se
+sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel.
+Ainsi maîtres du champ
+de bataille, qu'on ne leur disputait
+pas, ces barbares tournèrent leur
+rage contre les morts, n'ayant pu le
+faire davantage sur les vivants."</p>
+
+<p>Ce fut d'abord sur M. Le Maître
+qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent
+la tête, ainsi qu'au travailleur
+Gabriel de Rié qu'ils avaient tué.
+M. Le Maître, né en Normandie,
+était âgé de quarante-quatre ans
+quand il fut tué.</p>
+
+<p>Pour bien montrer que dans la
+guerre qu'ils faisaient aux Français,
+ils avaient surtout en vue de combattre
+leur religion et sa propagation
+parmi eux, les Iroquois, après
+avoir tué M. Le Maître, poussèrent
+de grandes huées de joie pour avoir
+ainsi mis à mort un ministre de
+notre sainte religion, une <i>robe noire</i>
+comme ils appelaient les prêtres.
+Puis, à ce que raconte la soeur Marie
+de l'Incarnation, "un renégat qui
+se trouvait parmi eux enleva la
+soutane de M. Le Maître, s'en revêtit,
+et, ayant mis sa chemise par
+dessus pour imiter le surplis, fit la
+procession autour du corps, en dérision
+de ce qu'il avait vu faire aux
+obsèques des chrétiens." Cet apostat
+marchait pompeusement ainsi couvert
+de cette précieuse soutane, en
+vue des Montréalais qu'il bravait
+avec insolence.</p>
+<br>
+
+<h3>III</h3>
+
+<h3>CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES
+QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE
+MAITRE.</h3>
+
+<p>La mort de M. Le Maître fut accompagnée
+et suivie de circonstances
+merveilleuses dont nous
+trouvons le récit dans les écrits
+des contemporains de ce martyr.</p>
+
+<p>La soeur Bourgeoys, parlant de
+cette mort, dit qu'on regardait
+comme un fait constant que ce
+saint prêtre avait parlé après que
+sa tête avait été séparée de son
+corps. Elle ajoute aussi, M. Le
+Maître eut la tête coupée par les
+sauvages, le jour de la décollation
+de saint Jean-Baptiste, proche
+Montréal; et l'on rapporte que l'on
+avait vu sur son mouchoir, dans
+lequel on avait emporté sa tête, les
+traits de son visage empreints si fortement
+qu'on pouvait le reconnaître.</p>
+
+<p>"Quelque temps après, comme
+je me disposais pour aller en France,
+j'eus la pensée de m'assurer de ce
+fait, afin que, si on me demandait
+si cela était véritable, je susse ce
+que je devais en dire. Je fus donc
+trouver Lavigne, que l'on avait
+ramené du pays des Iroquois: car
+il avait été pris et les sauvages lui
+avaient arraché un doigt. Il me dit
+que cela était véritable, qu'il en
+était assuré, non pour l'avoir entendu
+dire, mais pour l'avoir vu; qu'il
+avait promis tout ce qu'il avait pu
+aux sauvages pour avoir ce mouchoir,
+les assurant que, quand il
+serait à Montréal, il ne manquerait
+pas de les satisfaire: ce que cependant
+ils ne voulurent pas accepter
+disant que ce mouchoir était
+pour eux un pavillon pour aller en
+guerre, et qui les rendrait invincibles."</p>
+
+<p>Dans les annales des hospitalières
+de Saint-Joseph nous lisons aussi:
+"Après que les Iroquois eurent
+décapité M. Le Maître, ils mirent
+sa tête dans un mouchoir blanc,
+qu'apparemment ils avaient pris
+dans la poche du défunt, et, l'ayant
+ainsi emportée dans son pays il arriva
+une merveille qui mérite d'être
+décrite, pour votre édification.</p>
+
+<p>"C'est que la face de ce serviteur
+de Dieu, et tous les traits de son
+visage demeurèrent sur la toile de
+ce mouchoir, en sorte que ceux qui
+avaient eu l'avantage de le connaître
+pendant sa vie, le reconnaissaient
+parfaitement. Ce qu'il
+y a de particulier, c'est qu'on ne
+voyait plus de sang au mouchoir
+qui était au contraire très blanc;
+mais il paraissait dessus comme une
+cire blanche très fine, qui représentait
+la face au serviteur de Dieu:
+ce qui ne peut pas être arrivé naturellement.
+Quelques-uns de nos
+Français prisonniers dans cette nation
+le reconnurent parfaitement.
+C'est ce que nous ont dit plusieurs
+fois M. de Saint-Michel, M. Cuillerier,
+personnes dignes de foi, ainsi
+qu'un père jésuite, qui était prisonnier
+dans ce temps-là, dans une
+autre nation que celle qui avait
+tué ce saint homme. Il nous a dit
+en avoir ouï parler comme d'une
+chose très vraie, quoique il ne l'ait
+pas vu lui-même; et que les sauvages
+en parlaient les uns aux
+autres avec étonnement, comme
+d'un prodige qu'ils reconnaissaient
+très extraordinaire. Ils ajoutaient
+que cet homme était réellement un
+grand démon: ce qui veut dire
+parmi eux un homme excellent et
+tout esprit.</p>
+
+<p>"Ils conçurent même une vive
+crainte de cette image, dans l'appréhension
+où ils étaient que le
+défunt ne se vengeât et ne fit la
+guerre à leur nation. Le père jésuite
+ajoute: J'ai bien fait mon possible
+pour avoir ce mouchoir, mais
+je n'ai pu y réussir. Les Iroquois
+se cachaient de moi, à cause que
+j'étais une <i>robe noire</i>, comme le défunt;
+c'est pourquoi, pour se défaire
+de cette image, ils vendirent
+le mouchoir aux Anglais. Le père
+jésuite s'efforça de l'acheter de ces
+derniers, mais sans succès; les
+sauvages ayant menacé de les détruire
+s'ils le lui donnaient."</p>
+
+<p>Enfin, pour terminer, donnons le
+récit de M. Dollier de Casson.</p>
+
+<p>"On raconte, dit-il, une chose
+bien extraordinaire de M. Le Maître,
+c'est que le sauvage qui emportait
+sa tête, l'ayant enveloppée dans le
+mouchoir du défunt, ce linge reçut
+tellement l'impression de son visage,
+que l'image en était parfaitement
+gravée dessus, et que voyant
+le mouchoir, on reconnaissait M.
+Le Maître. Lavigne, ancien habitant
+de ce lieu, homme des plus
+résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir
+imprimé pendant qu'il était
+prisonnier chez les Iroquois et que
+ces malheureux y arrivèrent après
+avoir fait ce méchant coup. Il assure
+que le capitaine de ce parti,
+ayant tiré le mouchoir de M. Le
+Maître, à son arrivée, lui, Lavigne,
+ayant reconnu ce visage, se mit à
+crier: "Ah! malheureux, tu as tué
+Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois
+appelaient M. Le Maître), car
+je vois sa face sur son mouchoir."</p>
+
+<p>"Ces sauvages honteux et confus
+resserrèrent alors ce linge sans que
+jamais depuis ils l'aient voulu
+montrer ni donner à personne, pas
+même au R.P. Simon Le Moine,
+qui sachant la chose fit tout son
+possible pour l'avoir."</p>
+
+<p>Et M. Dollier de Casson ajoute:
+"Je vous dirai qu'on m'a rapporté
+bien d'autres choses assez extraordinaires
+à l'égard de la même personne,
+dont une partie était comme
+les pronostics de ce qui devait lui
+arriver un jour, et l'autre se rapportait
+à l'état des choses présentes
+et à celui dans lequel apparemment
+toutes les choses seront bientôt. M.
+Le Maître a parlé assez ouvertement,
+durant sa vie, de tout ceci à
+une religieuse et à quelques autres,
+pour que je fusse autorisé à en parler
+si j'en voulais dire quelque
+chose. Mais je laisse le tout entre
+les mains de Celui qui est le maître
+des temps et des événements, et
+qui en cache la connaissance ou
+bien la donne à qui bon lui semble."</p>
+
+<p>On conçoit la réserve de M. Dollier
+de Casson, prêtre de Saint-Sulpice,
+parlant d'un de ses confrères;
+cette réserve est bien naturelle et
+pleine de délicatesse.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des
+circonstances merveilleuses qui accompagnèrent
+et suivirent la mort
+de M. Le Maître; que l'on veuille
+ou non admettre comme miraculeux
+les faits que nous venons de
+raconter, d'après les écrits des contemporains,
+on n'en doit pas moins
+regarder M. Le Maître comme un
+martyr. Sa mort a été prompte, il
+est vrai; il n'a eu à subir de la
+part de ses assassins ni supplices,
+ni tortures; mais ce qui constitue
+le martyre ce n'est pas la longueur
+plus ou moins grande des souffrances
+endurées, ce n'est pas la
+cruauté plus ou moins raffinée des
+bourreaux; c'est la volonté de
+donner sa vie pour sa foi, pour son
+Dieu. M. Le Maître avait cette
+volonté; il brûlait du désir d'être
+envoyé au Canada pour travailler à
+la conversion des sauvages et, dès
+le premier jour, il avait fait le sacrifice
+complet de sa vie pour gagner
+à Notre-Seigneur ces barbares
+idolâtres.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>IV</h3>
+
+<h3>MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE
+1661.</h3>
+
+
+<p>Bien peu de temps&mdash;deux mois
+à peine&mdash;après que M. Jacques Le
+Maître eut reçu la couronne du
+martyre, la compagnie de Saint-Sulpice
+et la colonie furent de nouveau
+cruellement éprouvées par le
+massacre de M. Vignal, prêtre de
+Saint-Sulpice.</p>
+
+<p>Comme nous l'avons déjà dit, M.
+Vignal était arrivé à Montréal en
+même temps que M. Le Maître vers
+la fin de septembre 1659, et, comme
+lui "il reçut la mort de la main de
+ceux pour lesquels il avait voulu
+souvent donner sa vie."</p>
+
+<p>Ayant succédé comme économe
+à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa
+de faire continuer la bâtisse
+qui devait servir de logement aux
+Messieurs de Saint-Sulpice. Ceux-ci,
+depuis leur arrivée à Montréal,
+étaient logés provisoirement à l'Hôtel-Dieu,
+et en cette année 1661,
+ils faisaient bâtir, en face du fleuve,
+la maison du séminaire. Pour hâter
+son achèvement, M. Vignal obtint
+de M. de Maisonneuve l'autorisation
+d'aller avec quelques hommes
+chercher des pierres dans une petite
+île appelée <i>l'Ile-à-la-Pierre</i>, située
+au-dessus de l'île Sainte-Hélène,
+justement vis-à-vis le port de Montréal.</p>
+
+<p>Dès que M. Vignal eut obtenu
+l'autorisation de M. de Maisonneuve
+il ne songea qu'à s'embarquer promptement
+sans se préoccuper des
+Iroquois dont pourtant on avait signalé
+la présence dans l'île, et, à
+peine arrivés, lui et ses compagnons
+allèrent insouciamment à leur travail
+qui d'un côté, qui de l'autre,
+sans avoir même la précaution de
+prendre leurs armes avec eux. "Un
+d'entre eux, dit M. Dollier de Casson,
+qui ne fut pas le moins surpris, alla
+vaquer à ses nécessités, se mettant
+sur le bord de l'embuscade des ennemis,
+auxquels il tourna le derrière.
+Un Iroquois, indigné de cette
+insulte, sans dire un mot, le piqua
+d'un coup de son épée. Cet homme
+qui n'avait jamais éprouvé de seringue
+si vive et si pointue, fit un
+bond en recevant cette piqûre, et
+se mit à courir à <i>la voile</i> vers ses
+compagnons. Ceux-ci virent de
+suite l'ennemi et l'entendirent faire
+une grosse huée, ce qui effraya
+tellement nos gens dont une partie
+n'était pas encore débarquée, que
+tous généralement ne songèrent
+qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de
+leur bravoure ordinaire."</p>
+
+<p>Malheureusement, le chef de cette
+petite troupe Claude de Brigeac,
+jeune gentilhomme de 30 ans,
+"venu à Villemarie comme soldat,
+par pur motif de religion, dans
+l'intention d'y sacrifier sa vie pour
+l'établissement de l'église catholique,"
+et dont M. de Maisonneuve
+avait fait son secrétaire particulier,
+n'était pas encore débarqué.</p>
+
+<p>En voyant l'épouvante et la déroute
+des Français il se jette à terre
+en encourageant ses hommes à la
+résistance. Ces exhortations ne produisirent
+aucun effet sur ces soldats
+épouvantés, gui ne secondèrent nullement
+les efforts de leur chef, et
+laissèrent ainsi la victoire aux Iroquois.</p>
+
+<p>Quoique seul, M. de Brigeac par
+sa fière attitude effraya les sauvages
+et les arrêta pendant quelque
+temps: ce qui permit aux Français
+de fuir et les empêcha d'être
+tous faits prisonniers. Mais bientôt
+les ennemis voyant M. de Brigeac
+tout seul, devinrent plus courageux
+et se jetèrent sur lui. Ce
+brave, conservant tout son sang-froid,
+ajuste le capitaine des Iroquois
+et le tue d'un coup de fusil.
+Cette mort effraya tellement les
+autres sauvages que pendant quelques
+instants, ils hésitèrent à
+affronter le coup de pistolet que
+M. de Brigeac avait encore à tirer.
+Cependant, honteux d'être tenus en
+échec par un seul homme, ils font
+sur lui une décharge qui lui casse
+le bras droit et fait tomber le pistolet
+qu'il tenait à la main. Il parait
+qu'il eut assez de courage pour le
+reprendre, et qu'il ne cessait de le
+leur présenter quoiqu'il eût le bras
+rompu. Mais n'ayant pas la force
+de le tirer, il se jette à l'eau; les
+Iroquois s'y jettent après lui, et,
+l'ayant pris, le traînent sur les rochers
+la tête et le visage en bas presque
+tout autour de l'île. D'autres,
+pendant ce temps, tirent sur un
+bateau et tuent plusieurs personnes,
+entre autres deux braves fils de
+famille: J.-Bte Moyen, âgé de 19
+ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20
+ans, qui, sans faire attention à ses
+blessures, exhortait son camarade à
+bien mourir, quand il tomba lui-même
+raide mort dans le bateau.</p>
+
+<p>M. Vignal, déjà blessé d'un coup
+d'épée, voyant tout son monde dans
+une telle déroute, voulut monter
+dans le canot d'un des meilleurs
+colons, René Cuillérier. Pour s'aider
+à y embarquer, il saisit le fusil,
+mais par un faux mouvement, il le
+fit tremper dans l'eau, le rendant
+ainsi inutile. Les Iroquois qui ont
+aperçu cet accident si funeste,
+criblent de coups de fusil le canot
+avant qu'il ait pu gagner le large.
+M. Vignal tombe couvert de blessures
+et est fait prisonnier avec
+Cuillérier. Il est jeté "comme un
+sac de blé" dans un canot des Iroquois,
+et son compagnon d'infortune
+est mis dans un autre.</p>
+
+<p>Malgré les vives souffrances que
+lui faisaient éprouver ses blessures,
+M. Vignal, tout couvert de sang,
+se levait fréquemment et adressait
+aux prisonniers, proches de lui dans
+d'autres canots, des paroles d'encouragement
+et de consolation:
+"Tout mon regret, au milieu des
+souffrances que j'endure, est d'être
+la cause que vous soyez dans un
+si triste état; mes amis, prenez courage,
+endurez pour l'amour de
+Dieu." Ces paroles prononcées par
+un homme qui était lui-même tant
+à plaindre, crevaient le coeur de
+tous ces pauvres captifs.</p>
+
+<p>Les Iroquois ayant traversé le
+fleuve, allèrent débarquer à la prairie
+de la Madeleine. Là ils donnèrent
+des soins aux blessés pour
+pouvoir les amener comme des trophées
+de victoire dans leurs tribus.
+Mais M. Vignal avait reçu des blessures
+si graves que les Iroquois
+renoncèrent bientôt à le guérir, et
+voyant qu'ils ne pourraient l'amener
+jusques en leur pays, ils le tuèrent
+deux jours après, le 27 octobre 1661,
+puis ayant fait rôtir son corps sur
+un bûcher, ils le mangèrent. "Ils
+lui donnèrent ainsi, dit M. Dollier
+de Casson, d'offrir à son créateur,
+le sacrifice de son corps en odeur
+de suavité, étant brûlé sur un
+bûcher comme le grain d'encens sur
+le charbon sans qu'il restât rien de
+son corps."</p>
+
+<p>Cette <i>robe noire</i> dont les sauvages
+voulaient faire leur plus beau trophée
+et qui devait être la victime
+sur laquelle se serait exercée leur
+cruauté, venant à leur manquer,
+ces bourreaux redoublèrent de soins
+envers M. de Brigeac pour qu'il
+pût arriver jusque dans leur pays.
+Il fut enfin capable de marcher,
+mais il ne les suivait qu'avec la
+plus grande peine, à cause des blessures
+qu'il avait reçues au bras
+droit, à la tête, aux pieds et par
+tout le corps. Tout en cheminant,
+et malgré ses souffrances, il ne
+cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils
+furent enfin arrivés, ses bourreaux
+commencèrent à lui faire subir les
+tortures auxquelles ils le destinaient,
+tortures qu'ils voulaient
+rendre aussi cruelles que possible
+pour venger la mort de leur capitaine.
+Ils lui arrachèrent les ongles,
+les bouts des doigts et les fumèrent
+ensuite; ils lui coupèrent des lambeaux
+de chair, tantôt dans un endroit,
+tantôt dans un autre; ils
+l'écorchèrent, le rouèrent de coups
+de bâton, lui appuyèrent des charbons
+ardents et des fers chauds sur
+sa chair mise à nu, enfin ils n'épargnèrent
+rien pendant les vingt-quatre
+heures que dura son supplice
+pour le rendre plus douloureux.
+Leur rage s'augmentait de la
+patience et du courage de ce malheureux
+"qui, au milieu des plus
+atroces tortures, ne faisait que prier
+Dieu pour la conversion et le salut
+de ses bourreaux, ainsi qu'il avait
+promis à Dieu de le faire, en se
+voyant sur le point d'entrer dans
+ces tortures."</p>
+
+<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de
+1665 racontent ainsi le supplice de
+M. de Brigeac: "Il fut brûlé
+toute la nuit depuis les pieds jusqu'à
+la ceinture, et le lendemain on
+continua encore à le brûler, après
+lui avoir cassé les doigts. Durant
+cette sanglante et cruelle exécution,
+il ne cessa jamais de prier Dieu
+pour la conversion de ces barbares
+offrant pour eux toutes les douleurs
+qu'ils lui faisaient endurer, faisant
+à Dieu cette prière: <i>Mon Dieu,
+convertissez-les</i>, et répétant toujours
+ces paroles sans pousser un seul cri
+de plainte, quelque affreuses que
+furent ses tortures."</p>
+
+<p>Ce courage à supporter les supplices
+les plus cruels, cette sollicitude
+et cette compassion pour les
+bourreaux étonnent moins quand on
+réfléchit à la pureté de la vie de ce
+gentilhomme, et au dessein qui l'avait
+fait venir à Villemarie pour
+offrir sa vie à Dieu en assistant
+les habitants d'une ville si exposée
+aux coups des sauvages.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<h3>M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.</h3>
+
+
+<p>La mort de M. Vignal, arrivant
+si peu de temps après celle de M.
+Le Maître, plongea dans la douleur
+la plus profonde tous les colons.
+Ce digne prêtre, si remarquable par
+sa charité, son humilité, son esprit
+de pénitence et son zèle d'apôtre,
+avait, quoique arrivé depuis deux
+ans seulement à Villemarie, conquis
+l'estime et l'affection de tous.
+On attendait beaucoup de lui, Dieu
+ne lui laissa pas le temps de produire
+tous ses fruits.</p>
+
+<p>Les contemporains ont rendu à
+ses vertus les plus éclatants témoignages.</p>
+
+<p>"La vie de M. Vignal, lit-on
+dans la <i>Relation</i> des Jésuites de
+1662, était d'une très douce odeur à
+tous les Français par la pratique de
+l'humilité, de la charité, de la pénitence,
+vertus qui étaient rares en lui
+et qui le rendaient aimable à tout
+le monde; et sa mort a été bien
+précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il
+l'a reçue de la main de ceux
+pour lesquels il a souvent voulu
+donner sa vie; il avait des grandes
+tendresses pour leur salut, il s'est
+offert plusieurs fois de nous venir
+joindre quand nous étions à Onnontaghé,
+afin de travailler ensemble
+à la conversion de ces barbares.
+Il l'aurait fait si sa complexion
+et ses forces eussent correspondu à
+son courage."</p>
+
+<p>Ce fut surtout aux hospitalières
+de Saint-Joseph, dont M. Vignal
+était le supérieur et le confesseur,
+que cette mort fut sensible. Elles
+en parlaient ainsi à leurs soeurs
+de France: "Nous nous flattions
+de posséder longtemps M. Vignal,
+qui nous avait été donné en remplacement
+de M. Le Maître; mais
+Dieu en a disposé autrement et lui
+a fait éprouver le même sort qu'à
+ce dernier. Étant allé avec quelques
+ouvriers à l'<i>Ile à la Pierre</i>, il
+fut reçu par les Iroquois qui le
+prirent et le tuèrent. Ce sont là
+des circonstances bien douloureuses
+pour ses amis, mais particulièrement
+pour nous qui en sommes
+vivement affligées... Il était
+très porté pour nos intérêts, et nous
+affectionnait beaucoup."</p>
+
+<p>M. Vignal, comme tant d'autres
+colons qui avaient abandonné positions
+du monde, affections de famille,
+patrie pour venir en Canada
+conquérir à Dieu des âmes, s'était
+consacré au service du divin Maître,
+service qui, ainsi qu'il nous l'a
+appris lui-même, doit être une
+lutte.</p>
+
+<p>M. Vignal était un véritable
+serviteur de Dieu; il aspirait au
+martyre qui rend l'homme le plus
+semblable au divin Maître, et son
+désir le plus intense était d'en conquérir
+la couronne.</p>
+
+<p>Dieu exauça le désir de ce saint
+prêtre et, pour prix de ses vertus,
+il lui donna la récompense la plus
+enviable pour toute âme vraiment
+chrétienne: le martyre.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>LE MAJOR
+LAMBERT CLOSSE</h2>
+
+
+<h4>1641-1662</h4>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<h3>DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE
+LAMBERT CLOSSE.</h3>
+
+
+<p>"C'était un homme dont la piété
+ne cédait en rien à la vaillance,
+et qui avait une présence d'esprit
+tout à fait rare dans la chaleur des
+combats. Il a tenu ferme, à la tête
+de vingt-six hommes seulement,
+contre deux cents Onnontagherons,
+combattant depuis le matin jusques
+à trois heures de l'après-midi, quoique
+la partie fût si peu égale... Il
+leur a souvent fait lâcher prise, les
+repoussant des postes avantageux
+et même des redoutes dont ils s'étaient
+emparés, et a justement mérité
+la louange d'avoir sauvé Montréal
+et par son bras et par sa
+réputation. Aussi a-t-on jugé à
+propos de tenir sa mort cachée aux
+ennemis de peur qu'ils n'en tirassent
+un avantage."</p>
+
+<p>Tel est l'éloge que le R.P.
+Hierosme Lalemant fait du major
+Lambert Closse dans la <i>Relation</i> de
+1662 en annonçant sa mort qu'il
+signale comme une "perte notable"
+pour Montréal. "Cet éloge," ajoute
+le révérend père, "nous le devions
+à sa mémoire puisque Montréal lui
+doit la vie."</p>
+
+<p>Il est donc de simple justice que
+nous placions Lambert Closse dans
+cette première série "des Illustrations
+canadiennes," puisque à tous
+ses autres mérites s'ajoute le plus
+grand de tous: avoir sauvé la vie
+de Montréal. Sauver Montréal à
+cette époque de guerres incessantes
+et d'attaques furieuses des
+sauvages, c'était par cela même
+sauver la Nouvelle-France tout
+entière, car Montréal en était le
+rempart le plus puissant,
+En complétant donc l'éloge du R.P.
+Lalemant nous pouvons dire en
+toute vérité que Montréal et la
+Nouvelle-France doivent leur salut
+au brave major Lambert Closse.</p>
+
+<p>Lambert Closse qui naquit à
+Saint-Denis de Mourguer, dans le
+diocèse de Trèves, avait accompagné
+M. de Maisonneuve, lors de
+la fondation de Villemarie. Son
+but, comme celui de la plupart de
+ses compagnons, n'était pas de conquérir
+des terres ou d'exploiter les
+richesses de ces pays nouveaux,
+mais de gagner à Dieu les habitants
+idolâtres, et de payer de tout son
+sang l'établissement de la foi catholique
+dans ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les
+plus abjectes superstitions.</p>
+
+<p>Cet héroïque chrétien avait bien
+réellement fait le sacrifice de sa vie
+pour son Dieu; ce généreux dessein
+lui tenait tellement au coeur qu'à
+tous ceux qui l'exhortaient à la prudence,
+et lui disaient qu'il se ferait
+tuer, vu la facilité avec laquelle il
+s'exposait partout pour le service du
+pays, il répondait toujours: "Messieurs,
+je ne suis venu ici qu'afin
+d'y mourir pour Dieu en le servant
+dans la profession des armes;
+<i>si je n'y croyait mourir</i>, je quitterais
+le pays pour aller servir
+contre le Turc et n'être pas privé
+de cette gloire."</p>
+
+<p>Avec ces admirables dispositions,
+on ne doit pas s'étonner que Lambert
+Closse ait rendu de nombreux
+et signalés services à la colonie. Il
+était partout et partout il faisait des
+merveilles; il avait l'honneur de
+commander en second la garnison
+de Villemarie. Malheureusement
+dans ces temps si troublés, où les
+périls les plus graves menaçaient
+incessamment les colons, on n'avait
+guère le temps d'écrire l'histoire au
+jour le jour; aussi beaucoup de
+belles actions, accomplies par Lambert
+Closse et d'autres de ses compagnons,
+sont-elles restées ignorées.</p>
+
+<p>Nous savons cependant par des
+écrits du temps, soit de M. Dollier
+de Casson, soit de la mère Juchereau,
+que Lambert Closse se montrait
+toujours et partout l'ami des
+braves et le fléau des poltrons, et
+qu'il prenait le plus grand soin de
+ses soldats en les exerçant fréquemment
+au maniement des armes. Il
+voulait ainsi les aguerrir et les
+rendre plus confiants en eux-mêmes.
+Quant à lui, singulièrement habile
+à manier le mousquet, il pouvait,
+par son adresse à se servir de cette
+arme, être comparé à ces guerriers
+dont il est dit dans la Bible, qu'avec
+leur fronde, ils auraient atteint jusqu'à
+un cheveu sans donner ni à
+droite ni à gauche. Il paraît même
+qu'il exerçait ses soldats non seulement
+à tirer juste, mais à tirer toujours
+en face d'eux-mêmes de manière
+à tuer le plus d'ennemis, en
+tirant chacun sur le sien.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>RÉSULTATS DES EXERCICES QUE
+LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX
+SOLDATS.</h3>
+
+
+<p>Ces résultats étaient excellents
+ainsi que le prouve le trait suivant,
+fort surprenant, et peut-être unique
+dans son genre. C'est la mère Marie
+Juchereau qui la rapporte dans son
+<i>Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec</i>.</p>
+
+<p>"Une fois," dit-elle, "une armée
+formidable d'Iroquois assiégea une
+des redoutes construites par les
+habitants de Villemarie à la pointe
+Saint-Charles. M. de Maisonneuve,
+s'étant informé où étaient les quatre
+hommes qui en avaient la garde,
+demanda à ceux du fort s'ils laisseraient
+périr leurs camarades. Il
+n'a pas plutôt parlé que vingt d'entre
+eux s'offrent pour aller les délivrer
+de cette multitude de barbares qui
+environnent la redoute. <i>Après avoir
+tous reçu l'absolution</i>, ils partent sous
+la conduite de M. Closse et prennent
+un chemin détourné pour arriver
+sans être aperçus; mais ils ne
+purent si bien faire que les ennemis
+ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent
+aussitôt par des huées et des
+cris bien propres à effrayer les plus
+braves.</p>
+
+<p>"Sans être alarmés de ces cris,
+ils s'encouragent à vendre leur vie
+bien cher; et, afin de se battre à la
+manière des sauvages, chacun choisit
+un arbre pour se cacher et essuyer
+le feu des ennemis. Durant
+ce temps les Iroquois les voyant à
+portée du mousquet, font tous ensemble
+une décharge et tuent quatre
+de ces Français. Aussitôt M. Closse
+exhorte les seize qui restaient à
+demeurer fermes et à tirer leur coup
+si juste qu'ils jetassent par terre
+seize Iroquois. Ils tirent et abattent
+seize hommes. Incontinent, prenant
+le pistolet qu'ils avaient à leur
+ceinture, ils font une seconde décharge
+et seize Iroquois tombent à
+l'instant. Étonnés de voir trente-deux
+des leurs tués en si peu de
+temps, les Iroquois sont comme
+déconcertés; et les autres, profitant
+de cet avantage, sans donner aux
+ennemis le temps de recharger leur
+mousquet, mettent promptement
+l'épée à la main et les obligent à
+prendre la fuite. Ils les poursuivent
+jusqu'au fleuve Saint-Laurent où
+les Iroquois entrèrent précipitamment
+dans l'eau et s'y plongèrent
+jusqu'au cou pour se sauver. Puis
+ces seize colons victorieux ramenèrent
+dans le fort, à la vue des
+sauvages tremblants, les quatre soldats
+de la redoute."</p>
+
+<p>Dans l'été de 1652, Mlle Mance,
+anxieuse de savoir des nouvelles
+de M. de Maisonneuve alors en
+France, voulut se rendre à Québec;
+elle pria Lambert Closse de l'accompagner
+jusqu'aux Trois-Rivières
+"afin de lui faciliter le voyage."
+Pendant qu'il était avec elle dans
+cette ville, des sauvages, venant de
+Montréal, annoncèrent que les Iroquois
+se montraient plus terribles
+et plus agressifs que jamais. L'épouvante
+régnait dans la place et les
+habitants ne savaient que devenir.
+Ayant entendu ces mauvaises nouvelles,
+le major Closse laissa Mlle
+Mance et remonta au plus vite à
+Montréal, où son retour fit renaître
+la confiance, tant on faisait fond sur
+sa bravoure et son sang-froid.</p>
+
+<p>A son arrivée le brave Major fut
+récréé et affligé en même temps
+par une histoire bien plaisante.</p>
+
+<p>Une femme de vertu qu'on nommait
+la <i>bonne femme Primot</i>, Martine
+Messier, femme d'Antoine Primot,
+fut attaquée, le 29 juillet 1652, par
+trois Iroquois qui s'étaient cachés
+pour la massacrer. Ils n'étaient
+qu'à deux portées de fusil du fort
+lorsqu'ils l'assaillirent. La brave
+femme pousse un grand cri, et à
+ce cri trois bandes d'Iroquois qui
+étaient en embuscade, se lèvent et
+paraissent en armes. Les trois premiers
+Iroquois se jetèrent sur elle
+pour la tuer à coups de haches;
+Martine Primot se défend comme
+une lionne, bien que n'ayant pour
+seules armes que ses mains et ses
+pieds. Au troisième coup de hache,
+elle tombe à terre, comme morte;
+alors un des Iroquois se jette sur
+elle pour la scalper, et emporter
+sa chevelure comme trophée. Mais
+cette vaillante femme, se sentant
+ainsi saisir, reprend tout à coup
+ses sens, se relève plus furieuse et
+plus courageuse encore, et saisit
+son assassin avec tant de force par
+un endroit très sensible qu'il ne
+peut se dégager de ses mains. Il
+lui donnait toujours des coups de
+hache sur la tête, et toujours elle
+le tenait avec autant de force. Elle
+s'évanouit enfin une seconde fois
+et donne ainsi à l'Iroquois la liberté
+de s'enfuir. C'était la seule chose
+à laquelle il pensait à ce moment,
+car il était sur le point d'être enveloppé
+par des colons qui accouraient
+au secours de la <i>bonne femme Primot</i>.</p>
+
+<p>Les Français, dès qu'ils furent
+près d'elle, la trouvèrent baignée
+dans son sang et l'aidèrent à se relever;
+lever; l'un d'eux, touché de compassion
+pour ses souffrances, l'embrassa.
+Mais cette femme, aussi
+vertueuse que courageuse, revenant
+à elle, et se sentant embrassée,
+appliqua un vigoureux soufflet à ce
+charitable auxiliaire, qui n'avait
+cependant que les intentions les
+plus pures.</p>
+
+<p>"Que faites-vous, dirent à Martine
+Primot les autres Français?
+Cet homme vous témoigne son
+amitié sans penser à mal, pourquoi
+le frappez-vous?"&mdash;"<i>Parmenda</i>,
+répondit-elle en son patois,
+je croyais qu'il voulait me baiser."
+Le courage et la vertu de cette
+femme ont inspiré à M. Dollier de
+Casson les réflexions suivantes:
+"C'est une chose étonnante que
+ses profondes racines que jette la
+vertu dans un coeur. L'âme de
+cette héroïne était prête à sortir
+de son corps, son sang avait quitté
+ses veines et la vertu de pureté
+était encore inébranlable en son
+coeur. Dieu bénisse le noble exemple
+que, dans cette occasion,
+cette bonne personne a donné à tout
+le monde pour la conservation de
+cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il,
+est encore vivante, et on l'appelle
+communément <i>Parmenda</i>, à
+cause de ce soufflet qui surprit
+tellement un chacun que ce nom
+lui est resté."</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>III</h3>
+
+<h3>COMBAT CONTRE LES IROQUOIS,
+14 OCTOBRE 1652.</h3>
+
+
+<p>Quelque temps après, le 14
+octobre de la même année, le major
+Closse eut l'occasion de montrer de
+nouveau son sang-froid et sa bravoure
+dans un combat contre les
+Iroquois dont la présence avait été
+signalée par les dogues.</p>
+
+<p>Les Français avaient amené de
+France quelques dogues pour veiller,
+à leur manière, à la sûreté du
+fort. "Ces chiens faisaient tous
+les matins une grande ronde pour
+découvrir les ennemis et allaient
+ainsi sous la conduite d'une chienne
+nommée Pilotte. L'expérience de
+tous les jours avait fait connaître à
+tout le monde cet instinct admirable
+que Dieu donnait à ces
+animaux pour nous garantir&mdash;c'est
+M. Dollier de Casson qui parle&mdash;de
+quantité d'embuscades que les Iroquois
+nous faisaient partout, sans
+qu'il nous fût possible de nous en
+garantir, si Dieu n'y eut pourvu
+par ce moyen." Le P. J. Lalemant,
+dans la <i>Relation</i> de 1647, parle lui
+aussi de l'instinct merveilleux et
+providentiel de ces dogues. "Il y
+avait dans Montréal, dit-il, une
+chienne qui jamais ne manquait
+d'aller, tous les jours, à la découverte
+conduisant ses petits avec
+elle; et si quelqu'un d'eux faisait
+le rétif, elle le mordait pour le
+faire marcher. Bien plus: si l'un
+d'eux retournait au milieu de sa
+course, elle se jetait sur lui, comme
+par châtiment au retour. Si elle
+découvrait dans ses recherches quelques
+Iroquois, elle tirait court,
+tirant droit au fort en aboyant et
+donnant à connaître que l'ennemi
+n'était pas loin."</p>
+
+<p>Or le 14 octobre 1652, les chiens
+firent entendre de nombreux aboiements
+signalant la présence de
+l'ennemi, qui devait se trouver du
+côté où regardaient ces intelligents
+animaux. Le major Lambert Closse,
+qui était toujours sur pied dans
+toutes les occasions, eut l'honneur
+d'être chargé par M. des Musseaux,
+d'aller à la découverte. Il partit
+aussitôt avec vingt-quatre soldats se
+dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient
+les chiens. Il détacha en
+avant-garde trois de ses soldats:
+La Lochetière, Baston et un autre
+avec l'ordre de s'arrêter en un lieu
+qu'il leur désigne. La Lochetière,
+emporté par son courage, dépasse
+ce lieu, et, pour découvrir plus
+aisément l'ennemi, monte sur un
+arbre, afin de voir si les Iroquois
+ne se trouvaient pas dans un bas-fond.
+Il y en avait tout près de
+cet arbre. Dès que La Lochetière
+y fut monté, ils poussent d'abord
+leurs huées ordinaires, puis font
+une décharge qui tue La Lochetière,
+mais non pas assez vite pour
+qu'il ne puisse d'un coup de son
+arquebuse tuer lui aussi un des
+Iroquois. Les deux autres éclaireurs,
+comprenant le danger et craignant
+d'être enveloppés, se retirent et
+subissent de furieuses décharges
+auxquelles ils échappent sains et
+saufs.</p>
+
+<p>Lambert Closse se prépare à une
+énergique défense contre cet ennemi,
+comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme
+pendant quelque temps, mais on
+allait être investi de toute part par
+deux cents Iroquois quand un brave
+habitant, Louis Prudhomme, qui
+se trouvait dans une petite maison,
+crie au major de se retirer au plus
+vite s'il ne veut être enveloppé.
+Closse se retourne, et voit le péril
+extrême dans lequel on se trouve,
+car les Iroquois environnent déjà sa
+petite troupe et même la maison
+où se trouve Prudhomme. Le salut,
+si salut il peut y avoir, est dans
+cette maison; à tout prix, il faut
+s'y réfugier. Il commande donc à
+sa petite troupe de forcer les Iroquois
+et d'arriver à la maison coûte
+que coûte. Cet ordre est exécuté
+avec tant d'audace et d'élan que les
+Français, après avoir rompu les
+lignes de leur ennemis, peuvent
+gagner ce refuge. Dès qu'ils y
+sont entrés, ils se mettent tous à
+percer des meurtrières, d'où ils dirigent
+un feu nourri sur les sauvages.
+Ceux-ci pressés autour de
+la maison qu'ils entourent de toute
+part, ripostent vigoureusement;
+leurs balles passent au travers des
+murs de cette bicoque, construite
+très légèrement, et l'une d'elles vient
+blesser et mettre hors de combat un
+des assiégés, Laviolette. Ce fut une
+perte sensible pour cette troupe
+déjà si peu nombreuse, car Laviolette,
+un des plus beaux soldats de
+Montréal, s'était toujours montré
+très courageux et invincible. Les
+assiégés ne sont cependant pas
+abattus, ils continuent à faire des
+décharges meurtrières qui, dès le
+début, renversent par terre un grand
+nombre d'Iroquois, les mettant dans
+un grand embarras, car selon leur
+coutume, ils ne voulaient pas abandonner
+leurs morts, et ils ne savaient
+comment les enlever, car
+chaque ennemi qui s'approchait
+était reçu par une terrible décharge.
+Le feu continue avec la plus grande
+vigueur, tant qu'on a des munitions;
+mais bientôt elles viennent
+à manquer car on ne s'était pas
+approvisionné pour soutenir un
+siège.</p>
+
+<p>La position de nos braves devient
+des plus critiques; il faut ou se
+rendre à discrétion à ces cruels
+Iroquois, ou se précipiter au milieu
+d'eux et mourir les armes à la
+main. Le major Closse a la charge
+de cette petite armée, et doit tout
+faire pour la sauver, et ne s'abandonner
+lui et les siens que lorsque
+tous les moyens, tous les expédients
+auront été épuisés. Il aperçoit une
+chance de salut, il va essayer. On
+peut encore être sauvé si quelqu'un
+a assez de courage pour se rendre
+jusqu'au fort et en ramener des
+munitions. A peine a-t-il indiqué
+cette chance suprême que Baston,
+excellent coureur, s'offre à lui pour
+tenter l'aventure. Le major, transporté
+de joie d'un tel dévouement,
+prodigue à ce brave les témoignages
+d'amitié; il fait ouvrir la porte et
+protège la sortie de cet audacieux
+soldat par des décharges bien nourries.</p>
+
+<p>Baston est assez heureux pour
+traverser les feux des Iroquois sans
+recevoir aucune blessure; il arrive
+bientôt au fort et en revient immédiatement
+avec dix hommes, conduisant
+deux pièces de campagne,
+prêtes à tirer, et des cartouches.
+Pour aller au fort à la maison assiégée,
+on profite d'un rideau qui
+cachait aux Iroquois l'arrivée de cet
+inappréciable renfort. Dès qu'on se
+trouve à découvert, on décharge sur
+les Iroquois les deux petites pièces
+de campagne, et M. Closse ayant
+fait au même moment une sortie,
+le renfort put entrer dans la petite
+maison. Dès qu'il y fut arrivé, le
+feu éclate avec une nouvelle intensité
+pour montrer aux Iroquois "si
+cette poudre nouvelle valait bien la
+précédente."</p>
+
+<p>Les choses changent alors rapidement
+de face; les Iroquois comprenant
+que ce siège devient trop
+meurtrier pour eux, se décident à
+battre en retraite. Mais pendant
+cette retraite qui dégénéra bientôt
+en déroute complète, ils furent
+assaillis par de nouvelles décharges
+qui tuèrent plusieurs de ces sauvages.
+On ne put savoir les pertes
+qu'ils firent dans cette rencontre si
+meurtrière pour eux, parce que,
+quoiqu'ils aient eu beaucoup de
+morts, ils les emportèrent presque
+tous et parce que, selon leur habitude,
+ils se gardèrent de se vanter
+des gens qu'ils avaient perdus. "Il
+est vrai, dit M. Dollier de Casson,
+en parlant de ce combat, que les
+Iroquois n'ont pu se taire absolument
+et que exagérant leurs pertes,
+ils les ont exprimées en ces termes:
+<i>Nous sommes tous morts.</i> Quant aux
+blessés, ils ont avoué dans la suite
+trente-sept guerriers complètement
+estropiés par suite de cette action."</p>
+
+<p>Au sujet de la coutume des
+Iroquois d'emporter leurs morts,
+voici ce que remarque M. Dollier
+de Casson: "Quoique ces barbares
+ne soient pas très forts, ils ont cependant
+une force étonnante pour
+porter des fardeaux, chacun pouvant
+avoir sur ses épaules la charge
+d'un mulet et s'enfuir ainsi avec
+un mort ou un blessé, comme s'il
+ne portait presque rien, c'est pourquoi
+il ne faut pas s'étonner si,
+après les combats, on trouve si peu
+de leurs morts puisqu'ils font tant
+d'efforts pour les emporter."</p>
+
+<p>Quant aux Français, ils ne perdirent
+dans ce combat qu'un seul
+homme, La Lochetière, et n'eurent
+qu'un blessé, Laviolette.</p>
+
+<br>
+
+
+
+
+
+
+<h3>IV</h3>
+
+<h3>LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE
+MAISONNEUVE.&mdash;SON MARIAGE.</h3>
+
+
+<p>Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve
+passe en France. Le but
+principal de son voyage était de
+demander à M. Olier, l'illustre fondateur
+du séminaire de Saint-Sulpice,
+quelques-uns de ses prêtres
+pour prendre soin de l'île de Montréal.
+Avant de partir, il nomma
+pour exercer le commandement pendant
+son absence, le brave major
+Closse Il avait su assez l'apprécier
+pour juger qu'il était tout à fait
+propre à le remplacer, tant à cause
+de son expérience dans le métier
+des armes que par le grand ascendant
+que ses vertus et sa bravoure
+lui avaient acquis sur les soldats et
+sur les colons. Lambert Closse exerça
+ce commandement pendant
+toute l'année à la satisfaction générale;
+il montra clairement à tous
+qu'il savait et qu'il méritait de commander.</p>
+
+<p>En 1657, Lambert Closse épousa
+Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive
+de Mlle Mance, dont les parents
+avaient été cruellement mis à
+mort par les Iroquois le jour de la
+fête du Saint-Sacrement de l'année
+1655. Jean Moyen, sieur Des Granges,
+et sa femme Elizabeth le Brest
+s'étaient établis avec toute leur
+famille dans l'île aux Oies, sous
+Québec. Ils y résidaient lorsqu'ils
+furent surpris par les Iroquois. Les
+gens de service étant absents, M. et
+Mme Moyen ne purent être secourus,
+et furent mis à mort, ainsi
+que trois ou quatre travailleurs au
+service de M. Denis. Après avoir
+tué tous ceux qu'ils purent prendre,
+ils firent prisonniers et amenèrent
+dans leur pays les enfants de M.
+Moyen et ceux de M. Macart, pendant
+qu'une partie de leur troupe
+fut attaquer Montréal.</p>
+
+<p>Mais là ils éprouvèrent des
+échecs et eurent plusieurs des leurs
+faits prisonniers, entre autres un de
+leurs capitaines <i>la Plume.</i> Un
+échange de prisonniers se fit peu
+après, entre les Français et les Iroquois,
+par lequel les demoiselles
+Elizabeth et Marie Moyen et les
+deux filles de M. Macart furent rendues
+à la liberté. Mlle Mance les
+reçut à l'Hôtel-Dieu et témoigna
+à ces orphelines l'affection et la
+sollicitude d'une mère.</p>
+
+<p>Le 21 novembre 1657, fête de la
+Présentation, eut lieu à Montréal la
+première nomination des marguilliers,
+à la joie de tous les colons
+qui voyaient ainsi le commencement
+de l'organisation de leur chère
+paroisse. Parmi les plus heureux,
+se trouvait le major Closse qui, à
+cette occasion, donna à l'église
+Notre-Dame deux cent cinquante
+livres, et quelques jours après
+trois cent vingt-cinq pour reconnaître
+la protection dont les avait
+entourés leur puissante patronne.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<h3>MORT DE LAMBERT CLOSSE,<br> 16
+FÉVRIER 1662.</h3>
+
+
+<p>Nous voici arrivé à une date
+fatale, 16 février 1662, date à laquelle
+Lambert Closse perdit la vie.
+Sa mort fut incontestablement la
+perte la plus grande qu'eut faite
+Montréal depuis sa fondation. Aussi
+la mort de ce brave, de ce chrétien
+qui s'était illustré par tant de beaux
+faits d'armes et par de si éclatantes
+vertus, plongea-t-elle dans le deuil
+toute la colonie.</p>
+
+<p>Ce fut le 16 février que ce malheur
+arriva. Ce jour-là, le major,
+toujours prêt à exposer sa vie pour
+protéger les colons en danger, était
+accouru à la tête de quelques braves
+au secours de travailleurs attaqués
+par des Iroquois. Il se trouvait avec
+lui un Flamand qui lui servait de
+domestique. Les Iroquois faisaient
+contre les Français un feu terrible
+qui effraya tellement ce lâche serviteur
+qu'il se hâta de prendre la
+fuite, abandonnant ainsi Lambert
+Closse. Un autre serviteur nommé
+Pigeon, à cause de sa petite taille,
+fit montre au contraire dans cette
+rencontre d'un grand courage, et
+s'avança tellement au milieu des
+ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême
+rapidité de sa course d'échapper à
+leurs balles. "Si le Flamand, dit M.
+Dollier de Casson, avait eu le courage
+du <i>Pigeon</i> français qui était
+son compagnon, M. le major serait
+peut-être aujourd'hui encore en vie,
+car ce Pigeon fit merveille et s'exposa
+si avant que s'il n'eût eu de
+bonnes ailes pour s'en revenir, il
+eût été perdu lui-même et ne fut
+jamais revenu à la charge." La
+fuite du Flamand donna du courage
+aux Iroquois pour attaquer
+Lambert Closse, qui se trouvait
+ainsi moins entouré. Ne perdant
+rien de son sang-froid et de son
+courage, le major ainsi délaissé,
+s'apprête à combattre héroïquement;
+et si Dieu n'eut permis
+que ses deux pistolets n'eussent
+raté, l'un après l'autre, il eût probablement
+changé la fortune du
+combat, ou, tout au moins, fait
+éprouver aux Iroquois de sérieuses
+pertes. Mais avant d'avoir pu recharger
+ses armes, Lambert Closse
+était atteint et tombait mort. "Il
+mourut en cette rencontre, en brave
+soldat de Jésus-Christ, après avoir
+mille fois exposé sa vie, sans jamais
+craindre de la perdre, n'étant venu
+dans ce pays que pour la sacrifier à
+Dieu." C'est ainsi que M. Dollier
+de Casson termine le récit de la
+mort du Major qui, comme nous
+l'avons déjà fait remarquer, était
+aussi remarquable par ses qualités
+privées, par ses vertus chrétiennes,
+que par son courage militaire.</p>
+
+<p>Lambert Closse, en mourant,
+laissait sa jeune femme de 19 ans,
+Elizabeth Moyen, avec une fille de
+deux ans et dans des embarras
+d'affaires. Sa mère adoptive, Mlle
+Mance qui l'aimait comme si elle
+eut été sa propre fille, s'engagea à
+payer annuellement aux créanciers
+les sommes qui leur étaient dues,
+et Mme Closse détacha pour la
+même fin dix arpents de son fief.
+Plus tard le séminaire remit gratuitement
+à la veuve du brave
+major tous les droits qu'il avait sur
+ce fief et cela <i>en considération des
+bons et agréables services que son
+mari a rendus à l'établissement de
+cette colonie, où il a été tué par les
+Iroquois en la défendant</i>. La mort
+de Lambert Closse, par suite des
+difficultés des communications, ne
+fut connue à Québec qu'à la fin
+de mars; elle y excita, comme à
+Montréal, des regrets universels.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><b>MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL</b></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i2">I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada</p>
+<p class="i2">II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661</p>
+<p class="i2">III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître</p>
+<p class="i2">IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661</p>
+<p class="i2">V. M. Vignal jugé par ses contemporains</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p><b>LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.</b></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i2">I. Des qualités et du courage de Lambert Closse</p>
+<p class="i2">II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats</p>
+<p class="i2">III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652</p>
+<p class="i2">IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage</p>
+<p class="i2">V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662</p>
+ </div> </div>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>FIN</h3>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trois Héros de la colonie de Montréal, by Paul Dupuy
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HÉROS DE LA COLONIE ***
+
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
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+Literary Archive Foundation
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+increasing the number of public domain and licensed works that can be
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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+approach us with offers to donate.
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
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+Project Gutenberg's Trois Heros de la colonie de Montreal, by Paul Dupuy
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Trois Heros de la colonie de Montreal
+
+Author: Paul Dupuy
+
+Release Date: August 6, 2004 [EBook #13122]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ASCII
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HEROS DE LA COLONIE ***
+
+
+
+
+Produced by La Bibliotheque Nationale du Quebec, Renald Levesque and
+the Online Distributed Proofreading Team.
+
+
+
+
+
+
+
+P. DUPUY
+
+TROIS HEROS DE LA COLONIE DE MONTREAL
+
+
+1887
+
+
+ MM. JACQUES LE MAITRE
+ ET
+ GUILLAUME VIGNAL,
+ _pretres de Saint-Sulpice_.
+
+ 1659-1661
+
+
+
+
+I
+
+ARRIVEE DE MM. LE MAITRE ET VIGNAL EN CANADA.
+
+MM. Jacques Le Maitre et Guillaume Vignal quitterent la France le 2
+juillet 1659, fete de la Visitation. Sur le vaisseau qui les emportait,
+se trouvaient Mlle Mance, revenant apres sa guerison miraculeuse et
+amenant trois soeurs hospitalieres; les soeurs de Bresoles, Mace,
+Maillet; la soeur Bourgeoys et les soeurs Aimee Chatel, Catherine Crolo
+et Marie Raisin qui avec la soeur Bourgeoys formerent le noyau de cette
+congregation de Notre-Dame qui a rendu a notre pays des services si
+inappreciables, et pres de deux cents passagers.
+
+La traversee fut tres penible; a peine en mer, la peste se declara
+sur le vaisseau, qui depuis deux ans, ayant servi d'hopital, en etait
+infecte et un grand nombre de passagers furent violemment atteints de
+cette terrible maladie. Ce fut pour les hospitalieres une occasion
+naturelle d'offrir leurs services pour soigner les pestiferes; des
+qu'elles eurent commence a donner leurs soins qu'on avait d'abord
+refuses, la mortalite diminua, pour cesser bientot tout a fait,
+quoiqu'il y eut encore beaucoup de malades. Les hospitalieres ne se
+prodiguerent pas seules pour le soulagement des pestiferes. "La soeur
+Bourgeoys, dit M. Dollier de Casson, fut bien celle qui travailla autant
+que toutes les autres pendant toute la traversee et que Dieu pourvut
+aussi de plus de sante pour cela. Les deux pretres du seminaire, MM. Le
+Maitre et Vignal assistaient les malades autant que leurs corps accables
+par la maladie le leur permettaient. Ils soignerent et assisterent deux
+Huguenots dont ils eurent le bonheur d'obtenir l'abjuration."
+
+A cette affreuse maladie dont furent plus ou moins atteints presque tous
+les passagers, se joignirent de terribles tempetes et le manque d'eau
+douce jusqu'a l'arrivee dans le Saint-Laurent. Enfin MM. Le Maitre et
+Vignal, apres avoir debarque a Quebec le 7 septembre l659, arriverent
+a Montreal vers la fin du mois et furent recus avec de grandes
+demonstrations de joie par tous les colons, pour qui l'arrivee d'un
+pretre etait toujours un grand bonheur.
+
+Lorsque M. de Maisonneuve, venu en France en l655, demanda a M. Olier
+d'envoyer a Montreal quelques-uns de ses pretres pour y prendre soin
+de la colonie, celui-ci apres avoir beaucoup prie Dieu, lui promit de
+choisir quelques ecclesiastiques de sa compagnie qu'il croirait les
+plus propres a cette oeuvre apostolique. Quand ses pretres connurent ce
+dessein, tous briguerent l'honneur de ce poste perilleux. L'un d'eux M.
+Le Maitre, en s'offrant, lui dit qu'une fois en Canada, il courrait de
+toutes parts pour chercher des sauvages et irait meme les trouver
+dans leur pays. "Vous n'en aurez pas la peine repondit M. Olier, ils
+viendront bien vous chercher eux-memes, et vous vous trouverez tellement
+entoure par eux que vous ne pourrez vous echapper de leurs mains."
+
+Ce M. Le Maitre auquel M. Olier fit cette reponse prophetique etait le
+meme pretre dont nous venons de raconter l'arrivee a Montreal.
+
+Les premieres fonctions, celles d'econome, dont il fut charge, ne
+paraissaient pas devoir donner raison a la prediction de M. Olier;
+aussi M. Le Maitre, dont le plus grand desir etait de se devouer a la
+conversion des sauvages, ne les accepta que par obeissance. Cependant,
+esperant toujours qu'il arriverait a se trouver avec les Iroquois et
+qu'il pourrait exercer son zele evangelique, il se mit sans tarder a
+apprendre leur langue. Il avait pour eux la plus grande affection,
+et, si quelques-uns d'entre eux paraissaient a Montreal, il usait des
+facilites que lui donnaient ses fonctions d'econome pour leur faire des
+largesses et leur donner a manger.
+
+M. Le Maitre avait une devotion particuliere envers saint Jean-Baptiste,
+et Dieu l'appela a lui du milieu de son desert en permettant que les
+Iroquois lui coupassent la tete le jour anniversaire de celui ou "Herode
+la fit trancher a ce celebre habitant de la Judee: saint Jean-Baptiste."
+
+
+
+
+II
+
+MARTYRE DE M. LE MAITRE, 29 AOUT 1661.
+
+Ce jour-la, 29 aout 1661, M. Le Maitre, apres avoir dit sa messe, se
+dirigea vers la residence de Saint-Gabriel, l'esprit preoccupe de la
+fete du jour, et desireux "de sacrifier sa tete pour Jesus-Christ comme
+son saint Precurseur." En qualite d'econome, il allait surveiller dans
+un champ 14 ou 15 ouvriers, charges d'y retourner du ble mouille. Chacun
+se mit a l'ouvrage de son cote, en laissant les armes dispersees en
+plusieurs endroits. Ils etaient d'autant plus imprudents en agissant
+ainsi qu'ils avaient dit eux-memes a M. Le Maitre, quelques instants
+avant, qu'il y avait certainement des ennemis caches non loin, a cause
+de quelques indices qu'ils avaient remarques. Par suite de cet avis, M.
+Le Maitre regardait de cote et d'autre dans les buissons pour voir s'il
+n'y avait pas des Iroquois en embuscade. En allant et venant il tomba
+presque dans une de ces embuscades, car recitant alors les petites
+heures de la decollation de saint Jean-Baptiste, et, oblige de tenir
+frequemment les yeux sur son breviaire, il ne put voir les ennemis que
+lorsque ceux-ci, apres s'etre approches a petit bruit, sortirent du
+bois, et s'avancerent vers lui dans l'intention de le prendre vivant,
+pendant que d'autres se mirent a courir sur les travailleurs.
+
+M. Le Maitre, pensant au danger des Francais plutot qu'au sien propre,
+resolut de disputer le passage aux Iroquois pour donner le temps aux
+colons de prendre leurs armes. Dans ce but il s'arma d'un couteau, dont
+il se couvrait comme d'un espadon, et se jeta entre les Iroquois et les
+travailleurs, en leur criant d'avoir bon courage et de prendre leurs
+armes pour defendre leur vie. Les Iroquois, voyant que ce pretre leur
+barrait le chemin et les empechait ainsi de tuer les Francais, en
+concurent un grand depit. Ils ne craignaient pas d'etre blesses par M.
+Le Maitre, mais ils etaient curieux contre lui parce qu'ils ne pouvaient
+l'approcher pour le prendre vivant et surtout parce qu'il avait averti
+les travailleurs et leur donnait le temps de se rendre en bon ordre a la
+residence.
+
+Aussi pour se venger de M. Le Maitre, ils le tuerent a coups de fusils.
+Quoique ayant recu plusieurs blessures mortelles, M. Le Maitre eut
+encore le courage de courir vers ses travailleurs en leur recommandant
+de se retirer, puis il expira.
+
+Les _Relations_ des Jesuites de 1661 parlent comme suit de M. Le Maitre
+et de sa mort. "C'etait trop peu pour notre malheur que tous les etats,
+toutes les conditions, tous les ages eussent ete cette annee les
+victimes immolees a la fureur de nos ennemis: il fallait pour mettre
+le comble a nos infortunes, que l'Eglise eut part a ces sanglants
+sacrifices, et qu'elle melat son sang avec nos larmes par le massacre
+d'un de ses ministres sacres, M. Le Maitre, homme egalement zele et
+courageux pour le salut des ames.
+
+"Ce bon pretre surveillant des travailleurs, et s'etant un peu retire
+d'eux pour reciter son office plus paisiblement, recut soudain une
+decharge de fusils. Blesse a mort, il alla rendre l'ame aux pieds des
+Francais qui se trouverent incontinent charges de toutes parts, et
+investis par cinquante ou soixante Iroquois, qui, sortant du bois comme
+des lions de leurs cavernes, jeterent d'abord mort par terre un des
+Francais, et en prirent un second en vie, bien resolus a n'en laisser
+echapper aucun. Mais les autres qui restaient mirent aussitot la main a
+l'epee, et, animes d'un grand courage, se firent jour a travers de ces
+Iroquois et se sauverent a la residence de Saint-Gabriel. Ainsi maitres
+du champ de bataille, qu'on ne leur disputait pas, ces barbares
+tournerent leur rage contre les morts, n'ayant pu le faire davantage sur
+les vivants."
+
+Ce fut d'abord sur M. Le Maitre qu'ils s'en prirent; ils lui couperent
+la tete, ainsi qu'au travailleur Gabriel de Rie qu'ils avaient tue. M.
+Le Maitre, ne en Normandie, etait age de quarante-quatre ans quand il
+fut tue.
+
+Pour bien montrer que dans la guerre qu'ils faisaient aux Francais, ils
+avaient surtout en vue de combattre leur religion et sa propagation
+parmi eux, les Iroquois, apres avoir tue M. Le Maitre, pousserent de
+grandes huees de joie pour avoir ainsi mis a mort un ministre de notre
+sainte religion, une _robe noire_ comme ils appelaient les pretres.
+Puis, a ce que raconte la soeur Marie de l'Incarnation, "un renegat qui
+se trouvait parmi eux enleva la soutane de M. Le Maitre, s'en revetit,
+et, ayant mis sa chemise par dessus pour imiter le surplis, fit la
+procession autour du corps, en derision de ce qu'il avait vu faire aux
+obseques des chretiens." Cet apostat marchait pompeusement ainsi couvert
+de cette precieuse soutane, en vue des Montrealais qu'il bravait avec
+insolence.
+
+
+
+
+III
+
+CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE MAITRE.
+
+La mort de M. Le Maitre fut accompagnee et suivie de circonstances
+merveilleuses dont nous trouvons le recit dans les ecrits des
+contemporains de ce martyr.
+
+La soeur Bourgeoys, parlant de cette mort, dit qu'on regardait comme un
+fait constant que ce saint pretre avait parle apres que sa tete avait
+ete separee de son corps. Elle ajoute aussi, M. Le Maitre eut la
+tete coupee par les sauvages, le jour de la decollation de saint
+Jean-Baptiste, proche Montreal; et l'on rapporte que l'on avait vu sur
+son mouchoir, dans lequel on avait emporte sa tete, les traits de son
+visage empreints si fortement qu'on pouvait le reconnaitre.
+
+"Quelque temps apres, comme je me disposais pour aller en France, j'eus
+la pensee de m'assurer de ce fait, afin que, si on me demandait si cela
+etait veritable, je susse ce que je devais en dire. Je fus donc trouver
+Lavigne, que l'on avait ramene du pays des Iroquois: car il avait ete
+pris et les sauvages lui avaient arrache un doigt. Il me dit que cela
+etait veritable, qu'il en etait assure, non pour l'avoir entendu dire,
+mais pour l'avoir vu; qu'il avait promis tout ce qu'il avait pu aux
+sauvages pour avoir ce mouchoir, les assurant que, quand il serait a
+Montreal, il ne manquerait pas de les satisfaire: ce que cependant ils
+ne voulurent pas accepter disant que ce mouchoir etait pour eux un
+pavillon pour aller en guerre, et qui les rendrait invincibles."
+
+Dans les annales des hospitalieres de Saint-Joseph nous lisons aussi:
+"Apres que les Iroquois eurent decapite M. Le Maitre, ils mirent sa tete
+dans un mouchoir blanc, qu'apparemment ils avaient pris dans la poche du
+defunt, et, l'ayant ainsi emportee dans son pays il arriva une merveille
+qui merite d'etre decrite, pour votre edification.
+
+"C'est que la face de ce serviteur de Dieu, et tous les traits de son
+visage demeurerent sur la toile de ce mouchoir, en sorte que ceux qui
+avaient eu l'avantage de le connaitre pendant sa vie, le reconnaissaient
+parfaitement. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne voyait plus de
+sang au mouchoir qui etait au contraire tres blanc; mais il paraissait
+dessus comme une cire blanche tres fine, qui representait la face
+au serviteur de Dieu: ce qui ne peut pas etre arrive naturellement.
+Quelques-uns de nos Francais prisonniers dans cette nation le
+reconnurent parfaitement. C'est ce que nous ont dit plusieurs fois M. de
+Saint-Michel, M. Cuillerier, personnes dignes de foi, ainsi qu'un pere
+jesuite, qui etait prisonnier dans ce temps-la, dans une autre nation
+que celle qui avait tue ce saint homme. Il nous a dit en avoir oui
+parler comme d'une chose tres vraie, quoique il ne l'ait pas vu
+lui-meme; et que les sauvages en parlaient les uns aux autres
+avec etonnement, comme d'un prodige qu'ils reconnaissaient tres
+extraordinaire. Ils ajoutaient que cet homme etait reellement un grand
+demon: ce qui veut dire parmi eux un homme excellent et tout esprit.
+
+"Ils concurent meme une vive crainte de cette image, dans l'apprehension
+ou ils etaient que le defunt ne se vengeat et ne fit la guerre a leur
+nation. Le pere jesuite ajoute: J'ai bien fait mon possible pour avoir
+ce mouchoir, mais je n'ai pu y reussir. Les Iroquois se cachaient de
+moi, a cause que j'etais une _robe noire_, comme le defunt; c'est
+pourquoi, pour se defaire de cette image, ils vendirent le mouchoir aux
+Anglais. Le pere jesuite s'efforca de l'acheter de ces derniers, mais
+sans succes; les sauvages ayant menace de les detruire s'ils le lui
+donnaient."
+
+Enfin, pour terminer, donnons le recit de M. Dollier de Casson.
+
+"On raconte, dit-il, une chose bien extraordinaire de M. Le Maitre,
+c'est que le sauvage qui emportait sa tete, l'ayant enveloppee dans le
+mouchoir du defunt, ce linge recut tellement l'impression de son visage,
+que l'image en etait parfaitement gravee dessus, et que voyant le
+mouchoir, on reconnaissait M. Le Maitre. Lavigne, ancien habitant de
+ce lieu, homme des plus resolus, m'a dit avoir vu le mouchoir imprime
+pendant qu'il etait prisonnier chez les Iroquois et que ces malheureux y
+arriverent apres avoir fait ce mechant coup. Il assure que le capitaine
+de ce parti, ayant tire le mouchoir de M. Le Maitre, a son arrivee, lui,
+Lavigne, ayant reconnu ce visage, se mit a crier: "Ah! malheureux, tu as
+tue Asonandio (c'etait ainsi que les Iroquois appelaient M. Le Maitre),
+car je vois sa face sur son mouchoir."
+
+"Ces sauvages honteux et confus resserrerent alors ce linge sans que
+jamais depuis ils l'aient voulu montrer ni donner a personne, pas meme
+au R.P. Simon Le Moine, qui sachant la chose fit tout son possible pour
+l'avoir."
+
+Et M. Dollier de Casson ajoute: "Je vous dirai qu'on m'a rapporte bien
+d'autres choses assez extraordinaires a l'egard de la meme personne,
+dont une partie etait comme les pronostics de ce qui devait lui arriver
+un jour, et l'autre se rapportait a l'etat des choses presentes et a
+celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientot. M. Le
+Maitre a parle assez ouvertement, durant sa vie, de tout ceci a une
+religieuse et a quelques autres, pour que je fusse autorise a en parler
+si j'en voulais dire quelque chose. Mais je laisse le tout entre les
+mains de Celui qui est le maitre des temps et des evenements, et qui en
+cache la connaissance ou bien la donne a qui bon lui semble."
+
+On concoit la reserve de M. Dollier de Casson, pretre de Saint-Sulpice,
+parlant d'un de ses confreres; cette reserve est bien naturelle et
+pleine de delicatesse.
+
+Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des circonstances merveilleuses qui
+accompagnerent et suivirent la mort de M. Le Maitre; que l'on veuille
+ou non admettre comme miraculeux les faits que nous venons de raconter,
+d'apres les ecrits des contemporains, on n'en doit pas moins regarder M.
+Le Maitre comme un martyr. Sa mort a ete prompte, il est vrai; il n'a eu
+a subir de la part de ses assassins ni supplices, ni tortures; mais ce
+qui constitue le martyre ce n'est pas la longueur plus ou moins grande
+des souffrances endurees, ce n'est pas la cruaute plus ou moins raffinee
+des bourreaux; c'est la volonte de donner sa vie pour sa foi, pour son
+Dieu. M. Le Maitre avait cette volonte; il brulait du desir d'etre
+envoye au Canada pour travailler a la conversion des sauvages et, des le
+premier jour, il avait fait le sacrifice complet de sa vie pour gagner a
+Notre-Seigneur ces barbares idolatres.
+
+
+
+
+IV
+
+MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE 1661.
+
+Bien peu de temps--deux mois a peine--apres que M. Jacques Le Maitre eut
+recu la couronne du martyre, la compagnie de Saint-Sulpice et la colonie
+furent de nouveau cruellement eprouvees par le massacre de M. Vignal,
+pretre de Saint-Sulpice.
+
+Comme nous l'avons deja dit, M. Vignal etait arrive a Montreal en meme
+temps que M. Le Maitre vers la fin de septembre 1659, et, comme lui "il
+recut la mort de la main de ceux pour lesquels il avait voulu souvent
+donner sa vie."
+
+Ayant succede comme econome a M. Le Maitre, M. Vignal s'empressa de
+faire continuer la batisse qui devait servir de logement aux Messieurs
+de Saint-Sulpice. Ceux-ci, depuis leur arrivee a Montreal, etaient loges
+provisoirement a l'Hotel-Dieu, et en cette annee 1661, ils faisaient
+batir, en face du fleuve, la maison du seminaire. Pour hater son
+achevement, M. Vignal obtint de M. de Maisonneuve l'autorisation d'aller
+avec quelques hommes chercher des pierres dans une petite ile appelee
+_l'Ile-a-la-Pierre_, situee au-dessus de l'ile Sainte-Helene, justement
+vis-a-vis le port de Montreal.
+
+Des que M. Vignal eut obtenu l'autorisation de M. de Maisonneuve il ne
+songea qu'a s'embarquer promptement sans se preoccuper des Iroquois dont
+pourtant on avait signale la presence dans l'ile, et, a peine arrives,
+lui et ses compagnons allerent insouciamment a leur travail qui d'un
+cote, qui de l'autre, sans avoir meme la precaution de prendre leurs
+armes avec eux. "Un d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, qui ne fut
+pas le moins surpris, alla vaquer a ses necessites, se mettant sur le
+bord de l'embuscade des ennemis, auxquels il tourna le derriere. Un
+Iroquois, indigne de cette insulte, sans dire un mot, le piqua d'un coup
+de son epee. Cet homme qui n'avait jamais eprouve de seringue si vive et
+si pointue, fit un bond en recevant cette piqure, et se mit a courir
+a _la voile_ vers ses compagnons. Ceux-ci virent de suite l'ennemi et
+l'entendirent faire une grosse huee, ce qui effraya tellement nos gens
+dont une partie n'etait pas encore debarquee, que tous generalement ne
+songerent qu'a s'enfuir, s'oubliant ainsi de leur bravoure ordinaire."
+
+Malheureusement, le chef de cette petite troupe Claude de Brigeac, jeune
+gentilhomme de 30 ans, "venu a Villemarie comme soldat, par pur motif de
+religion, dans l'intention d'y sacrifier sa vie pour l'etablissement
+de l'eglise catholique," et dont M. de Maisonneuve avait fait son
+secretaire particulier, n'etait pas encore debarque.
+
+En voyant l'epouvante et la deroute des Francais il se jette a terre
+en encourageant ses hommes a la resistance. Ces exhortations ne
+produisirent aucun effet sur ces soldats epouvantes, gui ne seconderent
+nullement les efforts de leur chef, et laisserent ainsi la victoire aux
+Iroquois.
+
+Quoique seul, M. de Brigeac par sa fiere attitude effraya les sauvages
+et les arreta pendant quelque temps: ce qui permit aux Francais de fuir
+et les empecha d'etre tous faits prisonniers. Mais bientot les ennemis
+voyant M. de Brigeac tout seul, devinrent plus courageux et se jeterent
+sur lui. Ce brave, conservant tout son sang-froid, ajuste le capitaine
+des Iroquois et le tue d'un coup de fusil. Cette mort effraya tellement
+les autres sauvages que pendant quelques instants, ils hesiterent a
+affronter le coup de pistolet que M. de Brigeac avait encore a tirer.
+Cependant, honteux d'etre tenus en echec par un seul homme, ils font sur
+lui une decharge qui lui casse le bras droit et fait tomber le pistolet
+qu'il tenait a la main. Il parait qu'il eut assez de courage pour le
+reprendre, et qu'il ne cessait de le leur presenter quoiqu'il eut le
+bras rompu. Mais n'ayant pas la force de le tirer, il se jette a l'eau;
+les Iroquois s'y jettent apres lui, et, l'ayant pris, le trainent sur
+les rochers la tete et le visage en bas presque tout autour de l'ile.
+D'autres, pendant ce temps, tirent sur un bateau et tuent plusieurs
+personnes, entre autres deux braves fils de famille: J.-Bte Moyen, age
+de 19 ans, et Joseph Duchesne, age de 20 ans, qui, sans faire attention
+a ses blessures, exhortait son camarade a bien mourir, quand il tomba
+lui-meme raide mort dans le bateau.
+
+M. Vignal, deja blesse d'un coup d'epee, voyant tout son monde dans une
+telle deroute, voulut monter dans le canot d'un des meilleurs colons,
+Rene Cuillerier. Pour s'aider a y embarquer, il saisit le fusil, mais
+par un faux mouvement, il le fit tremper dans l'eau, le rendant ainsi
+inutile. Les Iroquois qui ont apercu cet accident si funeste, criblent
+de coups de fusil le canot avant qu'il ait pu gagner le large. M. Vignal
+tombe couvert de blessures et est fait prisonnier avec Cuillerier.
+Il est jete "comme un sac de ble" dans un canot des Iroquois, et son
+compagnon d'infortune est mis dans un autre.
+
+Malgre les vives souffrances que lui faisaient eprouver ses blessures,
+M. Vignal, tout couvert de sang, se levait frequemment et adressait
+aux prisonniers, proches de lui dans d'autres canots, des paroles
+d'encouragement et de consolation: "Tout mon regret, au milieu des
+souffrances que j'endure, est d'etre la cause que vous soyez dans un si
+triste etat; mes amis, prenez courage, endurez pour l'amour de Dieu."
+Ces paroles prononcees par un homme qui etait lui-meme tant a plaindre,
+crevaient le coeur de tous ces pauvres captifs.
+
+Les Iroquois ayant traverse le fleuve, allerent debarquer a la prairie
+de la Madeleine. La ils donnerent des soins aux blesses pour pouvoir les
+amener comme des trophees de victoire dans leurs tribus. Mais M. Vignal
+avait recu des blessures si graves que les Iroquois renoncerent bientot
+a le guerir, et voyant qu'ils ne pourraient l'amener jusques en leur
+pays, ils le tuerent deux jours apres, le 27 octobre 1661, puis ayant
+fait rotir son corps sur un bucher, ils le mangerent. "Ils lui donnerent
+ainsi, dit M. Dollier de Casson, d'offrir a son createur, le sacrifice
+de son corps en odeur de suavite, etant brule sur un bucher comme le
+grain d'encens sur le charbon sans qu'il restat rien de son corps."
+
+Cette _robe noire_ dont les sauvages voulaient faire leur plus beau
+trophee et qui devait etre la victime sur laquelle se serait exercee
+leur cruaute, venant a leur manquer, ces bourreaux redoublerent de soins
+envers M. de Brigeac pour qu'il put arriver jusque dans leur pays. Il
+fut enfin capable de marcher, mais il ne les suivait qu'avec la plus
+grande peine, a cause des blessures qu'il avait recues au bras droit, a
+la tete, aux pieds et par tout le corps. Tout en cheminant, et malgre
+ses souffrances, il ne cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils furent enfin
+arrives, ses bourreaux commencerent a lui faire subir les tortures
+auxquelles ils le destinaient, tortures qu'ils voulaient rendre aussi
+cruelles que possible pour venger la mort de leur capitaine. Ils lui
+arracherent les ongles, les bouts des doigts et les fumerent ensuite;
+ils lui couperent des lambeaux de chair, tantot dans un endroit, tantot
+dans un autre; ils l'ecorcherent, le rouerent de coups de baton, lui
+appuyerent des charbons ardents et des fers chauds sur sa chair mise a
+nu, enfin ils n'epargnerent rien pendant les vingt-quatre heures que
+dura son supplice pour le rendre plus douloureux. Leur rage s'augmentait
+de la patience et du courage de ce malheureux "qui, au milieu des plus
+atroces tortures, ne faisait que prier Dieu pour la conversion et le
+salut de ses bourreaux, ainsi qu'il avait promis a Dieu de le faire, en
+se voyant sur le point d'entrer dans ces tortures."
+
+Les _Relations_ des Jesuites de 1665 racontent ainsi le supplice de M.
+de Brigeac: "Il fut brule toute la nuit depuis les pieds jusqu'a la
+ceinture, et le lendemain on continua encore a le bruler, apres lui
+avoir casse les doigts. Durant cette sanglante et cruelle execution, il
+ne cessa jamais de prier Dieu pour la conversion de ces barbares offrant
+pour eux toutes les douleurs qu'ils lui faisaient endurer, faisant a
+Dieu cette priere: _Mon Dieu, convertissez-les_, et repetant toujours
+ces paroles sans pousser un seul cri de plainte, quelque affreuses que
+furent ses tortures."
+
+Ce courage a supporter les supplices les plus cruels, cette sollicitude
+et cette compassion pour les bourreaux etonnent moins quand on reflechit
+a la purete de la vie de ce gentilhomme, et au dessein qui l'avait fait
+venir a Villemarie pour offrir sa vie a Dieu en assistant les habitants
+d'une ville si exposee aux coups des sauvages.
+
+
+
+
+V
+
+M. VIGNAL JUGE PAR SES CONTEMPORAINS.
+
+La mort de M. Vignal, arrivant si peu de temps apres celle de M. Le
+Maitre, plongea dans la douleur la plus profonde tous les colons. Ce
+digne pretre, si remarquable par sa charite, son humilite, son esprit de
+penitence et son zele d'apotre, avait, quoique arrive depuis deux ans
+seulement a Villemarie, conquis l'estime et l'affection de tous. On
+attendait beaucoup de lui, Dieu ne lui laissa pas le temps de produire
+tous ses fruits.
+
+Les contemporains ont rendu a ses vertus les plus eclatants temoignages.
+
+"La vie de M. Vignal, lit-on dans la _Relation_ des Jesuites de 1662,
+etait d'une tres douce odeur a tous les Francais par la pratique de
+l'humilite, de la charite, de la penitence, vertus qui etaient rares en
+lui et qui le rendaient aimable a tout le monde; et sa mort a ete bien
+precieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il l'a recue de la main de ceux
+pour lesquels il a souvent voulu donner sa vie; il avait des grandes
+tendresses pour leur salut, il s'est offert plusieurs fois de nous venir
+joindre quand nous etions a Onnontaghe, afin de travailler ensemble a
+la conversion de ces barbares. Il l'aurait fait si sa complexion et ses
+forces eussent correspondu a son courage."
+
+Ce fut surtout aux hospitalieres de Saint-Joseph, dont M. Vignal etait
+le superieur et le confesseur, que cette mort fut sensible. Elles en
+parlaient ainsi a leurs soeurs de France: "Nous nous flattions de
+posseder longtemps M. Vignal, qui nous avait ete donne en remplacement
+de M. Le Maitre; mais Dieu en a dispose autrement et lui a fait eprouver
+le meme sort qu'a ce dernier. Etant alle avec quelques ouvriers a l'_Ile
+a la Pierre_, il fut recu par les Iroquois qui le prirent et le tuerent.
+Ce sont la des circonstances bien douloureuses pour ses amis, mais
+particulierement pour nous qui en sommes vivement affligees... Il etait
+tres porte pour nos interets, et nous affectionnait beaucoup."
+
+M. Vignal, comme tant d'autres colons qui avaient abandonne positions du
+monde, affections de famille, patrie pour venir en Canada conquerir a
+Dieu des ames, s'etait consacre au service du divin Maitre, service qui,
+ainsi qu'il nous l'a appris lui-meme, doit etre une lutte.
+
+M. Vignal etait un veritable serviteur de Dieu; il aspirait au martyre
+qui rend l'homme le plus semblable au divin Maitre, et son desir le plus
+intense etait d'en conquerir la couronne.
+
+Dieu exauca le desir de ce saint pretre et, pour prix de ses vertus,
+il lui donna la recompense la plus enviable pour toute ame vraiment
+chretienne: le martyre.
+
+
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE
+
+1641-1662
+
+
+
+
+I
+
+DES QUALITES ET DU COURAGE DE LAMBERT CLOSSE.
+
+"C'etait un homme dont la piete ne cedait en rien a la vaillance, et
+qui avait une presence d'esprit tout a fait rare dans la chaleur des
+combats. Il a tenu ferme, a la tete de vingt-six hommes seulement,
+contre deux cents Onnontagherons, combattant depuis le matin jusques a
+trois heures de l'apres-midi, quoique la partie fut si peu egale... Il
+leur a souvent fait lacher prise, les repoussant des postes avantageux
+et meme des redoutes dont ils s'etaient empares, et a justement merite
+la louange d'avoir sauve Montreal et par son bras et par sa reputation.
+Aussi a-t-on juge a propos de tenir sa mort cachee aux ennemis de peur
+qu'ils n'en tirassent un avantage."
+
+Tel est l'eloge que le R.P. Hierosme Lalemant fait du major Lambert
+Closse dans la _Relation_ de 1662 en annoncant sa mort qu'il signale
+comme une "perte notable" pour Montreal. "Cet eloge," ajoute le reverend
+pere, "nous le devions a sa memoire puisque Montreal lui doit la vie."
+
+Il est donc de simple justice que nous placions Lambert Closse dans
+cette premiere serie "des Illustrations canadiennes," puisque a tous ses
+autres merites s'ajoute le plus grand de tous: avoir sauve la vie de
+Montreal. Sauver Montreal a cette epoque de guerres incessantes et
+d'attaques furieuses des sauvages, c'etait par cela meme sauver la
+Nouvelle-France tout entiere, car Montreal en etait le rempart le plus
+puissant, En completant donc l'eloge du R.P. Lalemant nous pouvons dire
+en toute verite que Montreal et la Nouvelle-France doivent leur salut au
+brave major Lambert Closse.
+
+Lambert Closse qui naquit a Saint-Denis de Mourguer, dans le diocese
+de Treves, avait accompagne M. de Maisonneuve, lors de la fondation
+de Villemarie. Son but, comme celui de la plupart de ses compagnons,
+n'etait pas de conquerir des terres ou d'exploiter les richesses de ces
+pays nouveaux, mais de gagner a Dieu les habitants idolatres, et de
+payer de tout son sang l'etablissement de la foi catholique dans
+ces regions ou n'avaient regne jusqu'alors que les plus abjectes
+superstitions.
+
+Cet heroique chretien avait bien reellement fait le sacrifice de sa vie
+pour son Dieu; ce genereux dessein lui tenait tellement au coeur qu'a
+tous ceux qui l'exhortaient a la prudence, et lui disaient qu'il se
+ferait tuer, vu la facilite avec laquelle il s'exposait partout pour le
+service du pays, il repondait toujours: "Messieurs, je ne suis venu ici
+qu'afin d'y mourir pour Dieu en le servant dans la profession des armes;
+_si je n'y croyait mourir_, je quitterais le pays pour aller servir
+contre le Turc et n'etre pas prive de cette gloire."
+
+Avec ces admirables dispositions, on ne doit pas s'etonner que Lambert
+Closse ait rendu de nombreux et signales services a la colonie. Il etait
+partout et partout il faisait des merveilles; il avait l'honneur de
+commander en second la garnison de Villemarie. Malheureusement dans ces
+temps si troubles, ou les perils les plus graves menacaient incessamment
+les colons, on n'avait guere le temps d'ecrire l'histoire au jour le
+jour; aussi beaucoup de belles actions, accomplies par Lambert Closse et
+d'autres de ses compagnons, sont-elles restees ignorees.
+
+Nous savons cependant par des ecrits du temps, soit de M. Dollier de
+Casson, soit de la mere Juchereau, que Lambert Closse se montrait
+toujours et partout l'ami des braves et le fleau des poltrons, et qu'il
+prenait le plus grand soin de ses soldats en les exercant frequemment au
+maniement des armes. Il voulait ainsi les aguerrir et les rendre plus
+confiants en eux-memes. Quant a lui, singulierement habile a manier le
+mousquet, il pouvait, par son adresse a se servir de cette arme, etre
+compare a ces guerriers dont il est dit dans la Bible, qu'avec leur
+fronde, ils auraient atteint jusqu'a un cheveu sans donner ni a droite
+ni a gauche. Il parait meme qu'il exercait ses soldats non seulement a
+tirer juste, mais a tirer toujours en face d'eux-memes de maniere a tuer
+le plus d'ennemis, en tirant chacun sur le sien.
+
+
+
+
+II
+
+RESULTATS DES EXERCICES QUE LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX SOLDATS.
+
+Ces resultats etaient excellents ainsi que le prouve le trait suivant,
+fort surprenant, et peut-etre unique dans son genre. C'est la mere Marie
+Juchereau qui la rapporte dans son _Histoire de l'Hotel-Dieu de Quebec_.
+
+"Une fois," dit-elle, "une armee formidable d'Iroquois assiegea une
+des redoutes construites par les habitants de Villemarie a la pointe
+Saint-Charles. M. de Maisonneuve, s'etant informe ou etaient les
+quatre hommes qui en avaient la garde, demanda a ceux du fort s'ils
+laisseraient perir leurs camarades. Il n'a pas plutot parle que vingt
+d'entre eux s'offrent pour aller les delivrer de cette multitude
+de barbares qui environnent la redoute. _Apres avoir tous recu
+l'absolution_, ils partent sous la conduite de M. Closse et prennent un
+chemin detourne pour arriver sans etre apercus; mais ils ne purent si
+bien faire que les ennemis ne les decouvrissent; ce qu'ils marquerent
+aussitot par des huees et des cris bien propres a effrayer les plus
+braves.
+
+"Sans etre alarmes de ces cris, ils s'encouragent a vendre leur vie bien
+cher; et, afin de se battre a la maniere des sauvages, chacun choisit un
+arbre pour se cacher et essuyer le feu des ennemis. Durant ce temps
+les Iroquois les voyant a portee du mousquet, font tous ensemble une
+decharge et tuent quatre de ces Francais. Aussitot M. Closse exhorte
+les seize qui restaient a demeurer fermes et a tirer leur coup si juste
+qu'ils jetassent par terre seize Iroquois. Ils tirent et abattent seize
+hommes. Incontinent, prenant le pistolet qu'ils avaient a leur ceinture,
+ils font une seconde decharge et seize Iroquois tombent a l'instant.
+Etonnes de voir trente-deux des leurs tues en si peu de temps, les
+Iroquois sont comme deconcertes; et les autres, profitant de cet
+avantage, sans donner aux ennemis le temps de recharger leur mousquet,
+mettent promptement l'epee a la main et les obligent a prendre la fuite.
+Ils les poursuivent jusqu'au fleuve Saint-Laurent ou les Iroquois
+entrerent precipitamment dans l'eau et s'y plongerent jusqu'au cou pour
+se sauver. Puis ces seize colons victorieux ramenerent dans le fort, a
+la vue des sauvages tremblants, les quatre soldats de la redoute."
+
+Dans l'ete de 1652, Mlle Mance, anxieuse de savoir des nouvelles de M.
+de Maisonneuve alors en France, voulut se rendre a Quebec; elle pria
+Lambert Closse de l'accompagner jusqu'aux Trois-Rivieres "afin de lui
+faciliter le voyage." Pendant qu'il etait avec elle dans cette ville,
+des sauvages, venant de Montreal, annoncerent que les Iroquois se
+montraient plus terribles et plus agressifs que jamais. L'epouvante
+regnait dans la place et les habitants ne savaient que devenir. Ayant
+entendu ces mauvaises nouvelles, le major Closse laissa Mlle Mance
+et remonta au plus vite a Montreal, ou son retour fit renaitre la
+confiance, tant on faisait fond sur sa bravoure et son sang-froid.
+
+A son arrivee le brave Major fut recree et afflige en meme temps par une
+histoire bien plaisante.
+
+Une femme de vertu qu'on nommait la _bonne femme Primot_, Martine
+Messier, femme d'Antoine Primot, fut attaquee, le 29 juillet 1652, par
+trois Iroquois qui s'etaient caches pour la massacrer. Ils n'etaient
+qu'a deux portees de fusil du fort lorsqu'ils l'assaillirent. La brave
+femme pousse un grand cri, et a ce cri trois bandes d'Iroquois qui
+etaient en embuscade, se levent et paraissent en armes. Les trois
+premiers Iroquois se jeterent sur elle pour la tuer a coups de haches;
+Martine Primot se defend comme une lionne, bien que n'ayant pour seules
+armes que ses mains et ses pieds. Au troisieme coup de hache, elle tombe
+a terre, comme morte; alors un des Iroquois se jette sur elle pour la
+scalper, et emporter sa chevelure comme trophee. Mais cette vaillante
+femme, se sentant ainsi saisir, reprend tout a coup ses sens, se releve
+plus furieuse et plus courageuse encore, et saisit son assassin avec
+tant de force par un endroit tres sensible qu'il ne peut se degager de
+ses mains. Il lui donnait toujours des coups de hache sur la tete, et
+toujours elle le tenait avec autant de force. Elle s'evanouit enfin une
+seconde fois et donne ainsi a l'Iroquois la liberte de s'enfuir. C'etait
+la seule chose a laquelle il pensait a ce moment, car il etait sur le
+point d'etre enveloppe par des colons qui accouraient au secours de la
+_bonne femme Primot_.
+
+Les Francais, des qu'ils furent pres d'elle, la trouverent baignee
+dans son sang et l'aiderent a se relever; lever; l'un d'eux, touche de
+compassion pour ses souffrances, l'embrassa. Mais cette femme, aussi
+vertueuse que courageuse, revenant a elle, et se sentant embrassee,
+appliqua un vigoureux soufflet a ce charitable auxiliaire, qui n'avait
+cependant que les intentions les plus pures.
+
+"Que faites-vous, dirent a Martine Primot les autres Francais? Cet
+homme vous temoigne son amitie sans penser a mal, pourquoi le
+frappez-vous?"--"_Parmenda_, repondit-elle en son patois, je croyais
+qu'il voulait me baiser." Le courage et la vertu de cette femme ont
+inspire a M. Dollier de Casson les reflexions suivantes: "C'est une
+chose etonnante que ses profondes racines que jette la vertu dans un
+coeur. L'ame de cette heroine etait prete a sortir de son corps,
+son sang avait quitte ses veines et la vertu de purete etait encore
+inebranlable en son coeur. Dieu benisse le noble exemple que, dans
+cette occasion, cette bonne personne a donne a tout le monde pour
+la conservation de cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, est encore
+vivante, et on l'appelle communement _Parmenda_, a cause de ce soufflet
+qui surprit tellement un chacun que ce nom lui est reste."
+
+
+
+
+III
+
+COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, 14 OCTOBRE 1652.
+
+Quelque temps apres, le 14 octobre de la meme annee, le major Closse eut
+l'occasion de montrer de nouveau son sang-froid et sa bravoure dans un
+combat contre les Iroquois dont la presence avait ete signalee par les
+dogues.
+
+Les Francais avaient amene de France quelques dogues pour veiller, a
+leur maniere, a la surete du fort. "Ces chiens faisaient tous les matins
+une grande ronde pour decouvrir les ennemis et allaient ainsi sous la
+conduite d'une chienne nommee Pilotte. L'experience de tous les jours
+avait fait connaitre a tout le monde cet instinct admirable que Dieu
+donnait a ces animaux pour nous garantir--c'est M. Dollier de Casson qui
+parle--de quantite d'embuscades que les Iroquois nous faisaient partout,
+sans qu'il nous fut possible de nous en garantir, si Dieu n'y eut pourvu
+par ce moyen." Le P. J. Lalemant, dans la _Relation_ de 1647, parle lui
+aussi de l'instinct merveilleux et providentiel de ces dogues. "Il y
+avait dans Montreal, dit-il, une chienne qui jamais ne manquait d'aller,
+tous les jours, a la decouverte conduisant ses petits avec elle; et si
+quelqu'un d'eux faisait le retif, elle le mordait pour le faire marcher.
+Bien plus: si l'un d'eux retournait au milieu de sa course, elle se
+jetait sur lui, comme par chatiment au retour. Si elle decouvrait dans
+ses recherches quelques Iroquois, elle tirait court, tirant droit au
+fort en aboyant et donnant a connaitre que l'ennemi n'etait pas loin."
+
+Or le 14 octobre 1652, les chiens firent entendre de nombreux aboiements
+signalant la presence de l'ennemi, qui devait se trouver du cote ou
+regardaient ces intelligents animaux. Le major Lambert Closse, qui etait
+toujours sur pied dans toutes les occasions, eut l'honneur d'etre charge
+par M. des Musseaux, d'aller a la decouverte. Il partit aussitot avec
+vingt-quatre soldats se dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient les
+chiens. Il detacha en avant-garde trois de ses soldats: La Lochetiere,
+Baston et un autre avec l'ordre de s'arreter en un lieu qu'il leur
+designe. La Lochetiere, emporte par son courage, depasse ce lieu, et,
+pour decouvrir plus aisement l'ennemi, monte sur un arbre, afin de voir
+si les Iroquois ne se trouvaient pas dans un bas-fond. Il y en avait
+tout pres de cet arbre. Des que La Lochetiere y fut monte, ils poussent
+d'abord leurs huees ordinaires, puis font une decharge qui tue La
+Lochetiere, mais non pas assez vite pour qu'il ne puisse d'un coup
+de son arquebuse tuer lui aussi un des Iroquois. Les deux autres
+eclaireurs, comprenant le danger et craignant d'etre enveloppes, se
+retirent et subissent de furieuses decharges auxquelles ils echappent
+sains et saufs.
+
+Lambert Closse se prepare a une energique defense contre cet ennemi,
+comme toujours tres superieur en nombre. On tient ferme pendant quelque
+temps, mais on allait etre investi de toute part par deux cents Iroquois
+quand un brave habitant, Louis Prudhomme, qui se trouvait dans une
+petite maison, crie au major de se retirer au plus vite s'il ne veut
+etre enveloppe. Closse se retourne, et voit le peril extreme dans lequel
+on se trouve, car les Iroquois environnent deja sa petite troupe et meme
+la maison ou se trouve Prudhomme. Le salut, si salut il peut y avoir,
+est dans cette maison; a tout prix, il faut s'y refugier. Il commande
+donc a sa petite troupe de forcer les Iroquois et d'arriver a la maison
+coute que coute. Cet ordre est execute avec tant d'audace et d'elan que
+les Francais, apres avoir rompu les lignes de leur ennemis, peuvent
+gagner ce refuge. Des qu'ils y sont entres, ils se mettent tous a percer
+des meurtrieres, d'ou ils dirigent un feu nourri sur les sauvages.
+Ceux-ci presses autour de la maison qu'ils entourent de toute part,
+ripostent vigoureusement; leurs balles passent au travers des murs
+de cette bicoque, construite tres legerement, et l'une d'elles vient
+blesser et mettre hors de combat un des assieges, Laviolette. Ce fut une
+perte sensible pour cette troupe deja si peu nombreuse, car Laviolette,
+un des plus beaux soldats de Montreal, s'etait toujours montre tres
+courageux et invincible. Les assieges ne sont cependant pas abattus,
+ils continuent a faire des decharges meurtrieres qui, des le debut,
+renversent par terre un grand nombre d'Iroquois, les mettant dans un
+grand embarras, car selon leur coutume, ils ne voulaient pas abandonner
+leurs morts, et ils ne savaient comment les enlever, car chaque ennemi
+qui s'approchait etait recu par une terrible decharge. Le feu continue
+avec la plus grande vigueur, tant qu'on a des munitions; mais bientot
+elles viennent a manquer car on ne s'etait pas approvisionne pour
+soutenir un siege.
+
+La position de nos braves devient des plus critiques; il faut ou se
+rendre a discretion a ces cruels Iroquois, ou se precipiter au milieu
+d'eux et mourir les armes a la main. Le major Closse a la charge
+de cette petite armee, et doit tout faire pour la sauver, et ne
+s'abandonner lui et les siens que lorsque tous les moyens, tous les
+expedients auront ete epuises. Il apercoit une chance de salut, il va
+essayer. On peut encore etre sauve si quelqu'un a assez de courage pour
+se rendre jusqu'au fort et en ramener des munitions. A peine a-t-il
+indique cette chance supreme que Baston, excellent coureur, s'offre
+a lui pour tenter l'aventure. Le major, transporte de joie d'un tel
+devouement, prodigue a ce brave les temoignages d'amitie; il fait ouvrir
+la porte et protege la sortie de cet audacieux soldat par des decharges
+bien nourries.
+
+Baston est assez heureux pour traverser les feux des Iroquois sans
+recevoir aucune blessure; il arrive bientot au fort et en revient
+immediatement avec dix hommes, conduisant deux pieces de campagne,
+pretes a tirer, et des cartouches. Pour aller au fort a la maison
+assiegee, on profite d'un rideau qui cachait aux Iroquois l'arrivee de
+cet inappreciable renfort. Des qu'on se trouve a decouvert, on decharge
+sur les Iroquois les deux petites pieces de campagne, et M. Closse ayant
+fait au meme moment une sortie, le renfort put entrer dans la petite
+maison. Des qu'il y fut arrive, le feu eclate avec une nouvelle
+intensite pour montrer aux Iroquois "si cette poudre nouvelle valait
+bien la precedente."
+
+Les choses changent alors rapidement de face; les Iroquois comprenant
+que ce siege devient trop meurtrier pour eux, se decident a battre en
+retraite. Mais pendant cette retraite qui degenera bientot en deroute
+complete, ils furent assaillis par de nouvelles decharges qui tuerent
+plusieurs de ces sauvages. On ne put savoir les pertes qu'ils firent
+dans cette rencontre si meurtriere pour eux, parce que, quoiqu'ils aient
+eu beaucoup de morts, ils les emporterent presque tous et parce que,
+selon leur habitude, ils se garderent de se vanter des gens qu'ils
+avaient perdus. "Il est vrai, dit M. Dollier de Casson, en parlant de ce
+combat, que les Iroquois n'ont pu se taire absolument et que exagerant
+leurs pertes, ils les ont exprimees en ces termes: _Nous sommes tous
+morts._ Quant aux blesses, ils ont avoue dans la suite trente-sept
+guerriers completement estropies par suite de cette action."
+
+Au sujet de la coutume des Iroquois d'emporter leurs morts, voici ce que
+remarque M. Dollier de Casson: "Quoique ces barbares ne soient pas tres
+forts, ils ont cependant une force etonnante pour porter des fardeaux,
+chacun pouvant avoir sur ses epaules la charge d'un mulet et s'enfuir
+ainsi avec un mort ou un blesse, comme s'il ne portait presque rien,
+c'est pourquoi il ne faut pas s'etonner si, apres les combats, on trouve
+si peu de leurs morts puisqu'ils font tant d'efforts pour les emporter."
+
+Quant aux Francais, ils ne perdirent dans ce combat qu'un seul homme, La
+Lochetiere, et n'eurent qu'un blesse, Laviolette.
+
+
+
+
+IV
+
+LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE MAISONNEUVE.--SON MARIAGE.
+
+Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve passe en France. Le but principal
+de son voyage etait de demander a M. Olier, l'illustre fondateur du
+seminaire de Saint-Sulpice, quelques-uns de ses pretres pour prendre
+soin de l'ile de Montreal. Avant de partir, il nomma pour exercer le
+commandement pendant son absence, le brave major Closse Il avait su
+assez l'apprecier pour juger qu'il etait tout a fait propre a le
+remplacer, tant a cause de son experience dans le metier des armes que
+par le grand ascendant que ses vertus et sa bravoure lui avaient acquis
+sur les soldats et sur les colons. Lambert Closse exerca ce commandement
+pendant toute l'annee a la satisfaction generale; il montra clairement a
+tous qu'il savait et qu'il meritait de commander.
+
+En 1657, Lambert Closse epousa Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive de
+Mlle Mance, dont les parents avaient ete cruellement mis a mort par les
+Iroquois le jour de la fete du Saint-Sacrement de l'annee 1655. Jean
+Moyen, sieur Des Granges, et sa femme Elizabeth le Brest s'etaient
+etablis avec toute leur famille dans l'ile aux Oies, sous Quebec. Ils
+y residaient lorsqu'ils furent surpris par les Iroquois. Les gens de
+service etant absents, M. et Mme Moyen ne purent etre secourus, et
+furent mis a mort, ainsi que trois ou quatre travailleurs au service de
+M. Denis. Apres avoir tue tous ceux qu'ils purent prendre, ils firent
+prisonniers et amenerent dans leur pays les enfants de M. Moyen et
+ceux de M. Macart, pendant qu'une partie de leur troupe fut attaquer
+Montreal.
+
+Mais la ils eprouverent des echecs et eurent plusieurs des leurs faits
+prisonniers, entre autres un de leurs capitaines _la Plume._ Un echange
+de prisonniers se fit peu apres, entre les Francais et les Iroquois, par
+lequel les demoiselles Elizabeth et Marie Moyen et les deux filles de M.
+Macart furent rendues a la liberte. Mlle Mance les recut a l'Hotel-Dieu
+et temoigna a ces orphelines l'affection et la sollicitude d'une mere.
+
+Le 21 novembre 1657, fete de la Presentation, eut lieu a Montreal la
+premiere nomination des marguilliers, a la joie de tous les colons qui
+voyaient ainsi le commencement de l'organisation de leur chere paroisse.
+Parmi les plus heureux, se trouvait le major Closse qui, a cette
+occasion, donna a l'eglise Notre-Dame deux cent cinquante livres,
+et quelques jours apres trois cent vingt-cinq pour reconnaitre la
+protection dont les avait entoures leur puissante patronne.
+
+
+
+
+V
+
+MORT DE LAMBERT CLOSSE, 16 FEVRIER 1662.
+
+Nous voici arrive a une date fatale, 16 fevrier 1662, date a laquelle
+Lambert Closse perdit la vie. Sa mort fut incontestablement la perte la
+plus grande qu'eut faite Montreal depuis sa fondation. Aussi la mort de
+ce brave, de ce chretien qui s'etait illustre par tant de beaux faits
+d'armes et par de si eclatantes vertus, plongea-t-elle dans le deuil
+toute la colonie.
+
+Ce fut le 16 fevrier que ce malheur arriva. Ce jour-la, le major,
+toujours pret a exposer sa vie pour proteger les colons en danger, etait
+accouru a la tete de quelques braves au secours de travailleurs attaques
+par des Iroquois. Il se trouvait avec lui un Flamand qui lui servait de
+domestique. Les Iroquois faisaient contre les Francais un feu terrible
+qui effraya tellement ce lache serviteur qu'il se hata de prendre la
+fuite, abandonnant ainsi Lambert Closse. Un autre serviteur nomme
+Pigeon, a cause de sa petite taille, fit montre au contraire dans cette
+rencontre d'un grand courage, et s'avanca tellement au milieu des
+ennemis qu'il ne dut qu'a l'extreme rapidite de sa course d'echapper
+a leurs balles. "Si le Flamand, dit M. Dollier de Casson, avait eu le
+courage du _Pigeon_ francais qui etait son compagnon, M. le major serait
+peut-etre aujourd'hui encore en vie, car ce Pigeon fit merveille et
+s'exposa si avant que s'il n'eut eu de bonnes ailes pour s'en revenir,
+il eut ete perdu lui-meme et ne fut jamais revenu a la charge." La fuite
+du Flamand donna du courage aux Iroquois pour attaquer Lambert Closse,
+qui se trouvait ainsi moins entoure. Ne perdant rien de son sang-froid
+et de son courage, le major ainsi delaisse, s'apprete a combattre
+heroiquement; et si Dieu n'eut permis que ses deux pistolets n'eussent
+rate, l'un apres l'autre, il eut probablement change la fortune du
+combat, ou, tout au moins, fait eprouver aux Iroquois de serieuses
+pertes. Mais avant d'avoir pu recharger ses armes, Lambert Closse etait
+atteint et tombait mort. "Il mourut en cette rencontre, en brave soldat
+de Jesus-Christ, apres avoir mille fois expose sa vie, sans jamais
+craindre de la perdre, n'etant venu dans ce pays que pour la sacrifier a
+Dieu." C'est ainsi que M. Dollier de Casson termine le recit de la
+mort du Major qui, comme nous l'avons deja fait remarquer, etait aussi
+remarquable par ses qualites privees, par ses vertus chretiennes, que
+par son courage militaire.
+
+Lambert Closse, en mourant, laissait sa jeune femme de 19 ans, Elizabeth
+Moyen, avec une fille de deux ans et dans des embarras d'affaires. Sa
+mere adoptive, Mlle Mance qui l'aimait comme si elle eut ete sa propre
+fille, s'engagea a payer annuellement aux creanciers les sommes qui leur
+etaient dues, et Mme Closse detacha pour la meme fin dix arpents de son
+fief. Plus tard le seminaire remit gratuitement a la veuve du brave
+major tous les droits qu'il avait sur ce fief et cela _en consideration
+des bons et agreables services que son mari a rendus a l'etablissement
+de cette colonie, ou il a ete tue par les Iroquois en la defendant_. La
+mort de Lambert Closse, par suite des difficultes des communications,
+ne fut connue a Quebec qu'a la fin de mars; elle y excita, comme a
+Montreal, des regrets universels.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIERES
+
+MM. J. LE MAITRE ET G. VIGNAL
+
+ I. Arrivee de MM. Le Maitre et Vignal en Canada
+ II. Martyre de M. Le Maitre, 29 aout 1661
+ III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maitre
+ IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661
+ V. M. Vignal juge par ses contemporains
+
+
+LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.
+
+ I. Des qualites et du courage de Lambert Closse
+ II. Resultats des exercices que le major faisait faire aux soldats
+ III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652
+ IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage
+ V. Mort de Lambert Closse, 16 fevrier 1662
+
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Trois Heros de la colonie de Montreal, by Paul Dupuy
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TROIS HEROS DE LA COLONIE ***
+
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+will be renamed.
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
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+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+
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+
+ https://www.gutenberg.org
+
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+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+
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Binary files differ