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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:41:20 -0700 |
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David "> + +<style type=text/css> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + + + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} + + + +</style> + +</head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13096 ***</div> + +<h1>LE HÉROS<br> +DE CHATEAUGUAY</h1> +<br><br> + +<h4>PAR</h4> +<h3>L. O. DAVID</h3> +<h4>1883</h4><br> + + +<p style="text-align: center;"><img src="images/fig1.png" alt=""></p> +<h4>LA BATAILLE DE CHATEAUGUAY</H4> + +<br><br><br> + + + + + + + +<h2>C.-M. DE SALABERRY.</h2> + + +<p>La plus populaire de nos gloires militaires.</p> + +<p>Une belle et imposante figure taillée +dans le marbre; les traits réguliers, +fièrement dessinés; le front hardi, agressif; +un teint riche, rosé et blanc; des yeux +brillants, limpides, pétillants de verve,—des +rayons de soleil dans un ciel bleu;—des +épaules larges, solides comme des +bastions; une poitrine où les boulets, il +semble, devaient rebondir; un bras qui +frappait comme Charles Martel ou Richard +Coeur-de-Lion; des muscles forts et +souples comme l'acier; un magnifique ensemble +de force, de distinction, de vigueur +et de beauté, une puissante organisation +débordant de vie et de sève.</p> + +<p>Un coeur de lion, une intrépidité à tout +oser, à tout braver. Type accompli de ces +preux chevaliers qui, de la pointe de leur +épée, ont écrit l'histoire de France. Au +temps des croisades, il aurait monté à +l'assaut de Jérusalem à côté de Godefroy +de Bouillon; plus tard, il eût été l'émule +des Gaston, des Bayard et des Duguesclin.</p> + +<p>Si le Canada eût appartenu à la France, +en mil huit cent, il eût peut-être conquis +le bâton de maréchal en se battant comme +Lannes et Masséna. Dans la guerre d'Afrique, +guerre de surprises, d'embuscades +et de glorieuses aventures, il eût été à côté +de Lamoricière sur les murs de Constantine, +et eût couvert sa vaillante épée de +gloire depuis la pointe jusqu'au pommeau.</p> + +<p>Vif, brusque, impétueux, toujours prêt +à venger une injure d'un coup de poing +ou d'un coup de sabre.</p> + +<p>Le baron de Rottenburg l'appelait, dans +ses lettres: "Mon cher marquis de la +poudre à canon."</p> + +<p>Bon, cependant, généreux et affectueux, +n'attaquant jamais le premier, et pardonnant +facilement, une fois l'explosion +faite.</p> + +<p>Nature de soldat, pleine d'élan et de vivacité +aimant autant à chanter, rire et +danse qu'à se battre, aussi vaillant à la +table que sur le champ de bataille.</p> + +<p>Sévère en fait de discipline, et ne ménageant +point les jurons et les punitions à +ses voltigeurs qui chantaient;</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i2">C'est notre major</p> +<p class="i2">Qu'a le diable au corps,</p> +<p class="i2">Qui nous don'ra la mort</p> +<p class="i2">Va pas de loup ni tigre</p> +<p class="i2">Qui soit si rustique;</p> +<p class="i2">Sous la rondeur du ciel</p> +<p class="i2">Y'a pas son pareil.</p> + </div> </div> + +<p>Aimé pourtant, de ses officiers et soldats +à cause de son impartialité.</p> + +<p>Tel est le portrait du lieutenant-colonel +de Salaberry, cet illustre guerrier dont les +Canadiens-Français ont raison d'être fiers.</p> + +<p>Après avoir loué le mérite et le talent +de ceux qui, depuis la conquête, ont soutenu +l'honneur et les droits de leurs compatriotes +par la plume et la parole, il est +juste que je rende hommage à celui dont +la vaillante épée a su nous faire craindre +et respecter.</p> + +<p>Le héros de Châteauguay avait reçu en +héritage des traditions glorieuses.</p> + +<p>La famille d'Irumberry de Salaberry, +originaire du pays de Basque, dans le +royaume de Navarre, avait conquis ses +titres de noblesse sur les champs de bataille. +L'un des ancêtres de notre héros +était au combat de Coutras, où il frappa +dru et fort. Henri de Navarre, depuis roi +de France sous le nom d'Henri IV, aperçut +le terrible chevalier au moment où, après +avoir terrassé de nombreux et vaillants +adversaires, il accordait la vie à un gendarme +qu'il venait de blesser.—"<i>Force à +superbe! merci à faible</i>, lui cria le galant +Béarnais, c'est ta devise."</p> + +<p>Noble devise! que les de Salaberry ont +raison de porter avec orgueil sur leur +écusson, car ils y ont toujours été fidèles +et l'ont illustrée par maintes actions éclatantes.</p> + +<p>Le grand-père, Michel de Salaberry, vint +en Canada dans l'année mil sept cent +trente-cinq, en qualité de capitaine de +frégate.</p> + +<p>Il avait une grande réputation de force +et de bravoure. Il épousa, en mil sept cent +cinquante, mademoiselle Juchereau Duchesnay, +fille du seigneur de Beauport. Il +prit part aux luttes héroïques qui se terminèrent +par la cession du Canada à l'Angleterre.</p> + +<p>Le père, Louis-Ignace de Salaberry, fut +remarquable par ses vertus, son intelligence, +sa haute et belle taille, la franchise +de son caractère et cette force corporelle +qui se transmet dans la famille de +père en fils. Il combattit vaillamment +dans les rangs de l'armée anglaise en mil +sept cent soixante et seize, et reçut trois +blessures sérieuses dans le cours de la +guerre. Le gouvernement anglais le récompensa +de ses services en lui accordant +une demi-pension et plusieurs charges.</p> + +<p>Mais la reconnaissance qu'il devait au +duc de Kent et au roi d'Angleterre ne +purent jamais lui faire trahir les droits de +ses compatriotes. Lorsque Craig voulut, +en mil huit cent-neuf, unir les deux Canadas +dans le but de mettre les Canadiens-Français +sous l'empire d'une minorité anglaise, +il fut un de ceux qui s'opposèrent +la plus énergiquement à ce projet. Et +lorsque le gouverneur le menaça de lui +enlever ses moyens d'existence s'il ne se +rendait pas à ses désirs, il lui fit cette +belle réponse:—"Vous pouvez, Sir James, +m'enlever mon pain et celui de ma famille +mais mon honneur...... jamais!"</p> + +<p>Devenu seigneur de Beauport, son +manoir fut pendant vingt ans l'aimable +rendez-vous où gentilshommes français et +anglais, réunis par la conquête, apprirent +à s'estimer après s'être battus; les plus +hauts personnages d'Angleterre y trouvaient +une hospitalité pleine de charme et +de distinction. Le noble seigneur avait +épousé, en mil sept cent soixante et dix-huit, +la belle et distinguée demoiselle +Hertel, et de ce mariage étaient nés sept +enfants, tous beaux et bien faits, trois filles +et quatre garçons, dont l'aîné fut le héros +de Châteauguay.</p> + +<p>Les Canadiens-Français étaient fiers de +l'éclat qui environnait cette belle et bonne +famille et des hommages qu'elle recevait +de leurs fiers conquérants.</p> + +<p>De toutes les sympathies qui l'honorèrent, +la plus illustre et la plus bienveillante +fut sans doute, celle du duc de Kent, +père de notre Souveraine, la reine Victoria.</p> + +<p>On sait que ce prince vint en Canada en +mil sept cent quatre-vingt-onze, à la tête +de son régiment, et qu'il fut, pendant son +séjour au milieu de nous, l'idole de la population. +C'était un bon prince, aussi, que +le duc de Kent, généreux, affable et loyal, +aussi noble par le coeur que par la naissance. +Il n'eut pas mis le pied, une fois, +dans le manoir de Beauport qu'il fut épris +d'admiration et d'amitié pour ses aimables +hôtes. Les heures les plus agréables de +sa vie étaient celles qu'il passait au sein +de cette famille, dont il fut toujours l'ami +fidèle et le protecteur puissant. Une correspondance +de vingt-trois ans, depuis mil +sept cent quatre-vingt-onze à mil huit +cent-quatorze, démontre toute la profondeur +et la sincérité de cette honorable +amitié qui se manifeste, à chaque ligne, +par les sentiments les plus délicats, les +épanchements les plus gracieux.</p> + +<p>C'est par son influence que les quatre +fils du seigneur de Salaberry, Michel, +Maurice, Louis et Edouard, son filleul, +purent satisfaire leurs inclinations militaires +en entrant dans l'armée anglaise, où +ils se firent tous en peu d'années, à la +pointe de leur épée, une belle position.</p> + +<p>De ces quatre frères si beaux, si vaillants, +qui faisaient l'orgueil de leur famille, de +leur protecteur et de leurs compatriotes, il +ne resta bientôt que l'aîné. Les trois autres +moururent au service de l'Angleterre, de +mil huit cent-neuf à mil huit cent-douze, +à quelques mois d'intervalle. Maurice et +Louis périrent de la fièvre sous ce ciel +empesté des Indes dont la conquête et la +conservation ont coûté à l'Angleterre des +flots de sang.</p> + +<p>Le plus jeune, Edouard, fut tué à la +tête de sa compagnie sous les murs de +Badajoz; il n'avait que dix-neuf ans. Quelques +heures avant l'assaut, sous l'empire +d'un noir pressentiment, il avait écrit une +lettre à son protecteur le duc de Kent, +pour le remercier de toutes les bontés qu'il +avait eues pour sa famille et pour lui.</p> + +<p>Ils étaient tous trois lieutenants, aimés +de leurs chefs et de leurs compagnons +d'armes pour leur bravoure, leurs talents +et la bonté de leur caractère.</p> + +<p>Une humble tombe fut élevée en l'honneur +de Maurice par les officiers et soldats +de son régiment près de l'endroit où il +avait été tué.</p> + +<p>Puisse le temps respecter cette glorieuse +tombe! afin que partout il y ait des témoignages +éclatants de la loyauté et de la +bravoure du peuple canadien.</p> + +<p>La tradition parle des sympathies que +la famille de Salaberry trouva dans sa +douleur; ce fut un deuil universel.</p> + +<p>Le duc de Kent ne fut pas le moins +affecté; il manifesta son chagrin dans des +lettres touchantes où il parle du sort de +ces pauvres enfants avec une tendresse +toute paternelle.</p> + +<p>Pendant ce temps-là, l'aîné des de Salaberry +faisait vaillamment son chemin +dans l'année anglaise à travers les balles +et les boulets; la mort craignait de briser +une si belle destinée. Soldat à quatorze +ans, il partait, à seize, pour les Indes Occidentales, +en qualité d'enseigne, devenait +rapidement lieutenant et capitaine, grâce +à la protection incessante du duc et à +l'admiration que sa belle conduite inspirait +dans l'armée.</p> + +<p>On était fier, au pays, lorsque l'écho y +apportait la nouvelle des succès et de la +gloire du jeune Canadien. On applaudissait, +lorsque la rumeur apprenait comment +il savait soutenir l'honneur de sa +famille et de sa patrie. Il avait montré, +en arrivant aux Indes, que, malgré sa jeunesse, +il ne se laisserait pas insulter impunément. +Voici comment M. de Gaspé +raconte ce fait:</p> + +<p>"Les officiers du soixantième régiment, +dans lequel Salaberry était lieutenant, +appartenaient à différentes nationalités. +Il y avait des Anglais, des Prussiens, des +Suisses, des hanovriens et deux Canadiens-Français, +les lieutenants de Salaberry +et Des Rivières. C'était chose +assez difficile de maintenir la paix +parmi eux; les Allemands surtout étaient +portés à la querelle; excellents duellistes, +ils étaient de dangereux antagonistes. +Un matin, Salaberry était à déjeuner +avec quelques-uns de ses frères +d'armes, quand entre l'un des Allemands +qui le regarde et lui dit d'un air de +Mépris:—Je viens justement d'expédier +un Canadien-Français dans l'autre +monde,—faisant par là allusion à Des +Rivières qu'il venait de tuer en duel."</p> + +<p>"Salaberry bondit sur son siège; mais, +reprenant son sang-froid, il dit:—Nous +allons finir le déjeuner, et alors vous +aurez le plaisir d'en expédier un autre."</p> + +<p>"Ils se battirent, comme c'était alors la +coutume, à l'arme blanche. Tous deux +firent preuve d'une grande adresse, et le +combat fut long et obstiné. Salaberry +était très jeune.; son adversaire, plus +âgé, était un rude champion. Le premier +reçut une blessure au front dont la cicatrice +ne s'est jamais effacée. Comme il +saignait abondamment et que le sang +lui interceptait la vue, ses amis voulurent +faire cesser lu combat; mais il +refusa. S'étant attaché un mouchoir +autour de la tête, le combat recommença +avec encore plus d'acharnement, A la +fin, son adversaire tomba mortellement +blessé, et la plupart dirent qu'il n'avait +eu que ce qu'il méritait."</p> + +<p>Ce duel mit pour toujours de Salaberry +a l'abri des insultes; il avait fait ses +preuves.</p> + +<p>La guerre des Indes se faisait alors +entre l'Angleterre et la France; la possession +de la Martinique et de la Guadeloupe +devait être le prix de la victoire. Il +devait en coûter ou jeune de Salaberry, si +français par l'origine et le caractère, de se +battre contre la France; il devait lui répugner +de combattre le drapeau pour +lequel ses ancêtres avaient versé leur sang. +Mais la loyauté était pour lui un devoir +et la carrière militaire une vocation.</p> + +<p>La lutte fut vive, les batailles acharnées, +les dangers continuels; les maladies dévoraient +ceux que les balles épargnaient.</p> + +<p>Il vint un jour où de son régiment il ne +resta plus que deux cents hommes. Il apprenait +cela à son père dans une lettre où +parlant des milliers d'hommes qu'il avait +vus tomber autour de lui, il ajoutait: "Je +crois que je serai aussi heureux que mon +grand-père."</p> + +<p>Lorsque le général Prescott se décida à +abandonner la dernière place forte de la +Guadeloupe, le fort Mathilde, c'est à de +Salaberry, alors âgé de seize ou dix-sept +ans, qu'il confia le soin de protéger la retraite +de l'année. Le jeune lieutenant se +montra digne de la confiance de son chef. +Il était fait capitaine peu de temps après.</p> + +<p>En mil huit cent-huit, on le trouve en +Irlande, major de brigade, et faisant la cour +à une blonde et belle jeune fille qui aurait +enchaîné le jeune officier pour la vie sans +l'intervention du duc de Kent. Celui-ci +écrivit à son protégé une longue lettre +pour lui démontrer que chez les militaires +le coeur doit céder à la raison, lorsqu'ils +n'ont pas de fortune.</p> + +<p>En mil huit cent-neuf, il prenait part à +la malheureuse expédition de Wolcheren, +qui coûta cher et rapporta peu de gloire A +l'Angleterre.</p> + +<p>L'année suivante, il devenait aide-de-camp +du général de Rottenburg et partait +pour le Canada, où des parents et amis dévoués +l'accueillirent avec des transports +de joie.</p> + +<p>Les Canadiens-Français se montraient +avec enthousiasme le jeune officier, qui, +parti enfant de son pays, revenait plein +de force, dans tout l'éclat de la gloire et +de la beauté.</p> + +<p>On était alors aux mauvais jours de +Craig, époque de fanatisme et de persécution, +mais époque aussi de grandeur +morale et nationale. La lutte devenait +difficile; l'énergie des Bédard et des Papineau +n'en pouvait plus.</p> + +<p>Mais bientôt un cri d'alarme retentit +partout; les États-Unis venaient de déclarer +la guerre à l'Angleterre et se préparaient +à envahir le Canada. On comprit, +en face du danger, la nécessité de se +gagner les sympathies de la population; +on lui fit force caresses et concessions. Et +pour exciter son enthousiasme et lui faire +prendre les armes, on nomma Charles-Michel +de Salaberry lieutenant-colonel, et +on lui confia la mission d'organiser les +voltigeurs canadiens.</p> + +<p>Les Canadiens-Français répondirent à +l'appel de l'Angleterre et s'enrôlèrent sous +le drapeau de leur jeune chef.</p> + +<p>Il était temps, les Américains traversaient +la frontière, au mois de juin mil huit +cent-douze, à trois endroits différents.</p> + +<p>Pendant que Brock et Sheaffe repoussaient +les deux armées de l'ouest et du +centre dans des combats glorieux, le général +Dearborn marchait sur Montréal +avec dix mille hommes, par le chemin de +Saint-Jean et d'Odeltown. De Salaberry +courut à sa rencontre, à la tête de quatre +cents voltigeurs, et n'eut pas même besoin +des milices du district de Montréal, qui +s'avançaient à la hâte sous les ordres du +colonel Deschambault. Ayant trouvé l'ennemi +campé sur la rive droite du la rivière +Lacolle, il résolut de le déloger. La rapidité +de ses mouvements et l'initelligence +avec laquelle il avait préparé ses travaux +de défense déconcertèrent le général +américain, qui repassa la frontière après +une attaque malheureuse où quatorze +cents de ses hommes furent mis en fuite +par un avant-poste composé d'une poignée +de voltigeurs.</p> + +<p>La campagne de mil huit cent-douze +était finie.</p> + +<p>Sir George Prévost félicita le lieutenant-colonel +de Salaberry de son succès, dans +un ordre général, et rendit hommage à la +loyauté et au courage de la milice. Les +Canadiens-Français durent être surpris; +c'était la première fois qu'ils s'entendaient +dire des choses agréables par les représentants +de la couronne anglaise.</p> + +<p>La campagne de mil huit cent-treize fut +plus sérieuse; les Américains, honteux de +leur échec, s'étaient préparés à frapper un +grand coup sur Montréal, qu'ils considéraient +comme la clef du pays. La défaite +de Proctor, en Haut-Canada, par le général +Harrison, exalta leur enthousiasme et jeta +avec raison le Bas-Canada dans l'effroi.</p> + +<p>La situation devenait critique.</p> + +<p>Deux armées, fortes chacune de sept à +huit mille hommes, marchaient sur Montréal, +l'une, sous les ordres de Hampton, +par le lac Champlain, et l'autre, commandée +par Dearborn et Wilkinson, descendait +de Kingston. A ces dix-sept mille +hommes le Bas-Canada ne pouvait opposer +que trois mille soldats et miliciens.</p> + +<p>La lutte parut un instant impossible.</p> + +<p>Il fallait un homme assez habile pour +empêcher la jonction des deux armées +américaines et capable de suppléer au +nombre par la prudence et la valeur, d'accomplir +un prodige, s'il le fallait. La patrie +en danger avait besoin enfin d'un sauveur, +d'un héros, elle le trouva:—c'était le lieutenant-colonel +de Salaberry. Il accourt, +prend le devant avec quatre cents voltigeurs, +rencontre Hampton, culbute ses +avant-postes à Odeltown. et le poursuit +jusqu'à Four-Corners, tombe sur lui avec +une poignée d'hommes et le remplit de +terreur.</p> + +<p>Après plusieurs jours de marches et de +contre-marches, Hampton reprenait, le +vingt et un octobre, sa course en avant +sur les bords de la rivière Châteauguay, +que de Salaberry immortalisait, le vingt-six, +par une victoire à jamais mémorable.</p> + +<p>Inutile de donner des détails de cette +bataille si souvent racontée et célébrée par +l'histoire, l'éloquence et la poésie. Qui +n'a senti battre son coeur au récit de cette +lutte glorieuse où trois cents Canadiens-Français +défirent sept mille Américains? +Qui ne sait que tout l'honneur de cette +victoire appartient au brave colonel de +Salaberry, que le succès de nos armes en +ce jour célèbre fut le résultat de l'habileté +avec laquelle il sut disposer ses forces et +fortifier sa position, et de la bravoure qu'il +déploya pendant la bataille? Avec quel +enthousiasme les derniers survivants de +la poignée de braves qui partage avec lui +l'honneur de ce triomphe, racontent les +faits éclatants de leur héroïque colonel!</p> + +<p>Ils le représentent, avant la bataille, cherchant, +exploitant toutes les ressources que +le terrain, la rivière et la forêt pouvaient +lui offrir, faisant de chaque arbre, de +chaque pierre un retranchement, un abri +pour ses troupes, frappant du pied la terre +pour en faire jaillir des éléments de victoire. +Et lorsque la bataille est commencée, +ils le montrent entraînant ses +braves voltigeurs à sa suite; dominant le +bruit de la bataille des éclats de sa voix +présent sur tous les points à la fois; multipliant +le nombre de ses soldats par la +rapidité et la précision de ses mouvements; +dispersant un instant ses forces et les ralliant +soudain pour tomber sur un point +où on ne l'attendait pas; faisant, faire un +bruit de trompettes et pousser des cris +effrayants; employant mille ruses pour +étourdir, surprendre l'ennemi, et lui faire +croire qu'il avait à combattre des milliers +d'hommes; donnant, enfin l'exemple d'un +courage, d'une bravoure que le danger +semblait grandir, bravant les balles avec +cette héroïque insouciance qui l'avait illustré +sur les champs de bataille de la +Martinique, et de la Guadeloupe.</p> + +<p>La bataille dura quatre heures, Hampton, +croyant avoir affaire à une armée de +dix mille hommes, se retira après avoir eu +une centaine d'hommes tués et blessés, et +reprit à la hâte le chemin des États-Unis; +et lorsque Wilkinson, qui attendait au pied +du Long-Sault le résultat de la bataille +apprit la fatale nouvelle, il jugea à propos +de se retirer.</p> + +<p>Le Bas-Canada était sauvé. Les Américains, +découragés, ne tentèrent plus sérieusement +de l'envahir pendant cette +guerre, qui se termina l'année suivante +par le traité de Gand.</p> + +<p>Oui, le Bas-Canada était sauvé et conservé +à l'Angleterre par la bravoure des +Canadiens-Français. Quel démenti jeté +à la face de ceux qui avaient reproché à +cette noble population d'être déloyale, +parce qu'elle avait du coeur et ne voulait +pas laisser fouler aux pieds ses droits et +ses libertés! Ils tentèrent bien un instant, +les insensés! deo lui ravir sa gloire, d'arracher +du front de Salaberry des lauriers +si noblement conquis; mais les applaudissements +de tout un peuple étouffèrent +les cris de la jalousie et du fanatisme. +L'Angleterre elle-même déclara, par la +bouche du prince régent et du due de +Kent, que Salaberry et ses braves voltigeurs +étaient les sauveurs du pays, les héros +de Châteauguay.</p> + +<p>Salaberry fut fait compagnon du Bain, +et les chambres provinciales lui votèrent +des remercîments; plus tard, en mil huit +cent dix-sept, il fut fait conseiller législatif.</p> + +<p>Mais ce fut là toute la récompense accordée +au brave colonel et à ses compagnons +d'armes; on trouva que c'était assez +pour des Canadiens-Français. On a vu de +ces braves dont la loyauté avait conservé +à l'Angleterre une riche colonie, mendier +leur pain, la médaille de Châteauguay sur +la poitrine. Et après un demi-siècle, pas +une pierre ne marque encore le glorieux +champ de bataille où ils ont illustré son +drapeau; seule, une tombe dans un cimetière +ignoré indique l'endroit où reposent +les cendres du héros de Châteauguay.</p> + +<p>On a quelquefois contesté l'importance +de cette bataille en donnant pour raison, +ou plutôt pour prétexte, le petit nombre +de tués et de blessés; mais depuis quand +mesure-t-on la grandeur d'une victoire à +la quantité de sang versé? Salaberry +aurait-il plus de mérite, s'il eut fait tuer ses +hommes inutilement? N'est-ce pas plutôt +un titre de gloire incomparable d'avoir +pu accomplir un si beau fait d'armes sans +une plus grande effusion de sang, d'avoir +su ménager par des mesures prudentes, +la vie de ses braves soldats?</p> + +<p>De Salaberry n'eut plus l'occasion de se +signaler. Il avait conquis tous les grades +que l'Angleterre pouvait accorder à un +soldat catholique et Canadien-Français; la +protection même du duc de Kent n'aurait +pu le le faire sortir des rangs accessibles aux +médiocrités. Une telle position ne devait +pas convenir à notre immortel compatriote. +Il avait assez fait, d'ailleurs, pour +un gouvernement qui avait eu l'ingratitude +d'enlever à son illustre père la +demi-pension qu'il avait si noblement. +gagnée en combattant pour l'Angleterre. +Il renonça à la carrière militaire et vécut +ensuite pour sa famille, s'occupant d'administrer +la seigneurie que mademoiselle +Hertel de Rouville lui avait apportée +sous forme de dot. Il avait épousé cette +noble demoiselle quelques mois avant la +bataille de Châteauguay. Belle alliance! +dont le duc de Kent le félicita.</p> + +<p>C'est à Chambly qu'il fixa sa résidence, +an milieu de la population témoin de sa +valeur et de sa gloire pendant la guerre. +Sur la rivière Chambly, qu'on appelait le +grenier du Bas-Canada, vivaient alors des +familles remarquables par leur origine ou +leurs talents, qui se disputaient la palme +des belles manières, de la libéralité et de +la fidélité aux traditions du passé. On y +menait joyeuse vie; c'était pendant l'hiver +une succession de fêtes, de promenades et +de fricots légendaires. On luttait à qui +ferait le plus et le mieux.</p> + +<p>On partait le matin; on dînait chez le +seigneur Jacob; on prenait les amis en +passant, et on allait passer la soirée chez +M. Cartier, de Saint-Antoine, ou chez les +messieurs Drolet, Franchère et autres. +Quel bruit! quel entrain! On se séparait +à regret, avec la promesse de se revoir +bientôt.</p> + +<p>C'était une grande joie dans la tribu, +lorsqu'on voyait arriver le brave colonel, +car il n'était pas le moins bruyant, et +lorsque venait son tour de chanter ou de +prendre part à un cotillon emporté, à un +reel favori, il ne tirait pas en arrière. Tout +le monde l'admirait pour sa gloire et +l'aimait pour la gaieté et l'affabilité de +son caractère.</p> + +<p>C'est dans une de ces joyeuses réunions, +chez M. Hatte de Chambly, qu'il fut soudain +frappé d'apoplexie, le vingt-six février +mil huit cent vingt-neuf. Il mourut +le lendemain sans avoir pu recouvrer +l'usage de la parole, mais en pleine possession +de ses facultés mentales et en paix +avec Dieu, entouré de ses enfants qu'il fit +venir pour les bénir.</p> + +<p>Comme son père, il avait eu quatre fils +et trois filles dont voici les noms: Alphonse-Melchior, +ancien aide-de-camp provincial +et député adjudant-général de +milice pour le Bas-Canada, mort il y a +quatre on cinq ans; Louis-Michel, mort; +Maurice qui se tua à l'âge de douze ans, par +accident; Charles-René-Léonidase, mort; +Hermine, dame Dr Galen, décédée; Charlotte, +mariée a M. Hatte de Sorel, et une +autre, morte enfant; tous grands et robustes, +héritiers du type remarquable des +de Salaberry. Plusieurs petits-enfants +existent pour perpétuer le nom de cette +belle famille.</p> + +<br><br><br> + + +<h2>HOMMAGES DE LA PATRIE<br> AU HÉROS +DE CHÂTEAUGUAY.</h2> + + +<p>Plusieurs personnes avaient parfois exprimé +l'opinion qu'un monument devrait +être élevé à la mémoire du héros de Châteauguay, +Mais c'est à M. J. O. Dion, de +Chambly que revient l'honneur d'avoir +forcé la nation à accomplir un grand acte +de réparation et de reconnaissance. Dès +mil huit cent soixante-dix, il avait parlé +de ce projet et exprimé l'espoir et la volonté +de le mettre bientôt à exécution. Son +rêve était de tout préparer pour le centenaire +du général de Salaberry, en 1878, +ou au moins pour le cinquantième anniversaire +de sa mort. Mais il ne put se +mettre sérieusement à l'oeuvre que dans +le mois de janvier 1879. Un comité fut +nommé alors à Chambly, et il tut décidé +qu'on lancerait l'idée par la célébration +d'une fête destinée à commémorer +en même temps le centenaire du héros de +Châteauguay et le cinquantième anniversaire +de sa mort.</p> + +<p>Cette fête eut lieu le vingt-cinq février +mil huit cent soixante et dix-neuf, et elle +fut magnifique. Elle commença par une +procession dans laquelle figurèrent des députations +militaires d'un grand nombre +de corps de milice et de volontaires de +Montréal et des paroisses environnantes, +des membres du clergé, les élèves du +collège et des écoles des Frères et plusieurs +corps de musique. Après avoir +parcouru le village, la procession se rendit +à l'église qu'on avait pavoisée de draperies +noires et jaunes. Au milieu de +la nef, s'élevaient un catafalque et un obélisque +imposant couvert d'inscriptions patriotiques. +Une messe de requiem fut +chantée avec beaucoup d'effet par un +choeur puissant; le comité énergiquement +aidé par Messire Thibault, curé de la paroisse +avait tout fait pour rendre la cérémonie +imposante.</p> + +<p>L'obélisque se trouvait à gauche de +l'autel, au-dessus de l'endroit même où +reposent les cendres du héros. M. Globenski, +seigneur de Saint-Eustache, y +avait déposé une couronne d'immortelles +avec l'inscription suivante: "Hommage +du fils d'un voltigeur au héros de Châteauguay."</p> + +<p>Dans l'après-midi, à une réunion du +comité général, il fut décidé d'élever un +monument à de Salaberry au moyen d'une +souscription générale d'une piastre par +tête. Le soir, il y eut concert et banquet, +et des discours patriotiques furent prononcés +par l'honorable Boucherville, M. +Globenski, M. Bernier, de Saint-Jean, M. +le colonel D'Orsennens, et l'auteur de cette +biographie.</p> + +<p>M Sulte avait composé pour la circonstance +les couplets suivants, qui furent +chantés avec effet par les élèves du collège:</p> + + +<p class="i6">S A L A B E R R Y!</p> + +<p>Couplets à chanter pour la fête du 25 février 1879.</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p class="i4">Fils de soldats, vaillante race,</p> +<p class="i4">Rappelons-nous les jours passés,</p> +<p class="i4">Que l'histoire en garde la trace:</p> +<p class="i4">Aimons ceux qui nous ont sauvés.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> CHOEUR:</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">Chantons les combats de nos pères,</p> +<p class="i2">Ils marchaient droit à l'ennemi! (bis.)</p> +<p class="i4">Vivent nos militaires,</p> +<p class="i4">Gloire à Salaberry!</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i4">Oui! que chacun de nous s'apprête</p> +<p class="i4">A transmettre le souvenir</p> +<p class="i4">Des récits qu'en ces jours de fête</p> +<p class="i4">Nous recueillons pour l'avenir.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">Chantons, etc.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i4">Aux favoris se la victoire,</p> +<p class="i4">Ces vétérans restés debout</p> +<p class="i4">Comme les piliers de la gloire.</p> +<p class="i4">rendons des hommages partout.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">Chantons, etc.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i4">S'il lui fallait prendre les armes.</p> +<p class="i4">Le Canadien sous les drapeaux.</p> +<p class="i4">Retrouvait encor des charmes</p> +<p class="i4">Et l'exemple de ses héros.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">Chantons, etc.</p> + </div> </div> + +<p>A partir de ce jour, M. Dion se multiplia +pour assurer le succès de l'oeuvre; il +écrivit à droite et à gauche, alla de ville +en ville, de village en village, de porte en +porte, mendier pour le monument du héros +de Châteauguay. Il eut à lutter péniblement +contre ceux qui voulaient que ce +monument fut érigé à Montréal, dans une +ville, où il aurait nécessairement produit +plus d'effet. Ses adversaires avaient peut-être +les meilleures raisons de leur côte, +mais comme il n'y avait personne pour le +suivre, pour déployer autant de dévouement +et d'activité, il l'emporta naturellement +et il n'y eut bientôt qu'une voix +pour répéter après lui que Chambly devait +avoir l'honneur de posséder le monument +comme les cendres du héros.</p> + +<p>Mais la souscription marchait lentement.</p> + +<p>M. Dion vit avec regret que le monument +ne pourrait pas être inauguré en +mil huit cent quatre-vingt. En attendant, +pour stimuler le zèle de la population +dans le district de Québec, il entreprit de +faire poser une tablette commémorative A +Beauport sur la maison même ou naquit +de Salaberry. La population de Québec +répondit à son appel, et le vingt-huit juin +mil huit cent quatre-vingt, la cérémonie +eut lieu. Son Honneur le lieutenant-gouverneur +présidait, entouré de personnages +marquants et d'une foule enthousiaste. +Une immense acclamation remplit l'air +quand le lieutenant-gouverneur écarta le +voile qui couvrait le marbre commémoratif. +Ce marbre a la forme d'un écusson +et porte l'inscription suivante:</p> + +<br><br> +<h3> Force à superbe et mercy à faible.</h3> + +<h4>ICI<br> + +NAQUIT, LE 18 NOVEMBRE 1778</h4> + +<h3>CHARLES M. DE SALABERRY</h3> + +<h5>C. B.</h5> + +<h3>LE HÉROS DE CHATEAUGUAY</h3> + +<h4> COMITÉ DE CHAMBLY</h4> + +<h4>27 juin 1880.</h4> +<br><br> + +<p>Enfin le quatre août de la même année, +(1880) le comité de Chambly autorisait +M. Dion à confier à notre jeune et distingué +sculpteur Canadien, M. Hébert, l'exécution +du monument projeté, et à lui +payer la somme de quatorze cents piastres, +à la condition que l'ouvrage fût terminé +dans le mois de mars mil huit cent quatre +vingt-un.</p> + +<p>On ne pouvait faire un meilleur choix.</p> + +<p>M. Hébert a fait ses preuves; c'est lui qui +a exécuté sous la direction de son maître +distingué, M. Bourassa, la magnifique +statue de Notre-Dame de Lourdes. Il se +mit à l'oeuvre et remplit les conditions de +son contrat. Dans le mois de mars mil +huit cent quatre vingt-un, la statue, exposée +dans une vitrine sur la rue Notre-Dame, +attirait l'admiration générale. Voici +la description que la <i>Minerve</i> en faisait à +cette époque. "La statue est en bronze. +Elle est en pied et mesure six pieds et +demi, y compris le socle. Le héros est +debout, appuyé sur la jambe gauche. La +position est celle du militaire au repos. +Attitude calme et noble, assurée, sans +jactance, tel qu'il convient à un héros. +La tête est droite, le regard porté en +avant, comme contemplant le champ de +bataille."</p> + +<p>"Ses deux mains se croisent sur la +poignée du sabre, dont la pointe repose +sur le socle. Le manteau militaire, attaché +sur les épaules et rejeté en arrière, +vient se replier sur la bouche d'un canon +place à la gauche."</p> + +<p>"La base est d'une grande simplicité +mais très élégante dans la forme. Elle +appartient au style dorique, arec écusson +portant les armes de la famille du +héros, celles de Chambly et de la province +de Québec. Sur la face principale +est inscrit:—Au héros de Châteauguay, +26 Octobre 1818.—"</p> + +<p>"Au bas de cette inscription est un +trophée composé du drapeau des Voltigeurs +d'une branche de laurier et d'une +couronne. Le monument, statue et piédestal +compris, aura une hauteur de +vingt-sept pieds."</p> + +<p>Enfin, le sept juin mil huit cent quatre +vingt-un, l'inauguration du monument +avait lieu à Chambly. Jamais ce village +n'avait vu et ne verra probablement réunion +plus imposante, spectacle plus grandiose. +Le gouverneur-général, le marquis +de Lorne, le lieutenant-gouverneur, T. +Robitaille, plusieurs membres du gouvernement, +grand nombre de militaires, de +prêtres et de députés, des représentants de +nos sociétés nationales, les hommes les +plus marquants de notre société s'étaient +donné rendez-vous à cette belle fête.</p> + +<p>Chambly, de loin, ressemblait à un immense +pavillon couvert de drapeaux de +verdure et de fleurs.</p> + +<p>Le 65° bataillon, sous le commandement +du lieutenant-colonel Ouimet, fut naturellement +le premier rendu sur les lieux +avec sa belle musique et les officiers de la +Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Presqu'en +même temps, arrivaient son Honneur +le lieutenant-gouverneur de Québec et +madame Robitaille qui passèrent une +partie de l'avant-midi à visiter les principaux +établissements de l'endroit, l'hôpital, +le collège et le couvent (les Dames de +la Congrégation) où une adresse charmante +fut présentée à madame Robitaille qui +répondit en termes non moins charmants.</p> + +<p>Vers midi et demi un superbe goûter, +ordonné par les officiers du 65°, fut servi, +dans une des salles des casernes, à tout le +bataillon et à bon nombre d'invités, au +nombre desquels étaient sir Hector Langevin, +les honorables MM. Caron, Mousseau, +MM. Mercier, M. P. P., Coursol, M. +P., Ryan, M. P., Bergeron, M. P., Préfontaine, +M. P. P., Benoît, M. P., M. Dr +Mount, vice-président de la Société-Saint +Jean-Baptiste de Montréal, le colonel Brosseau, +du 88°, le colonel Doherty, du 81° +le colonel Houde, du 86°, les lieutenants +Thibeaudeau et Garneau, de la batterie de +campagne de Québec, le lieutenant Hudon, +de l'artillerie de garnison de Québec, le +colonel Crawford, les capitaines Lyman, +Caverhill et McCorkill, et les lieutenants +Hood, Crawford et Lithgow, du 5° Royaux +Écossais, le capitaine Blackrock, et le +lieutenant Patterson, du 6° Fusiliers, les +capitaines Henshaw et Davies, des Carabiniers +Victoria, et d'autres dont les noms +nous échappent.</p> + +<p>Le <i>Sorelois</i> arrivait, ayant à son bord Son +Excellence le gouverneur-général et sa +suite, qui se composait du colonel de Salaberry +et de Mme de Salaberry, de Mme +Hatt, de Mme Smyth, de Mme Lindsay, +de M. et Mme G. Bossé, de Mlle de Salaberry, +du colonel Duchesnay, député-adjudant +général du 7° district, du capitaine +Chater, aide-de-camp de son Excellence, +de MM. O. et H. de Salaberry, du capitaine +Campbell et de Mme Campbell, de M. et +Mme Russell Stephenson.</p> + +<p>M. Willett, maire de Chambly, lut une +adresse à Son Excellence, puis le gouverneur, +escorte du 65e, etc., fît le tour +du village, et rendu au Carré Fréchette, +le marquis de Lorne prit place sur une +estrade élevée à côté du monument, avec +bon nombre de dames et d'autres invités. +Le Dr Martel lui lut une adresse à laquelle +Son Excellence fit l'éloquente réponse qui +suit:</p> +<br><br><br> + +<p>"Agréez, mes remerciements pour votre +adresse qui exprime éloquemment le désir +patriotique que vous avez d'honorer d'une +manière convenable la mémoire d'un patriote."</p> + +<p>"Je suis heureux de m'unir à vous dans +cette commémoration des services rendus +à la patrie par un vaillant soldat."</p> + +<p>"Nous sommes rassemblés pour inaugurer +un monument consacré à la mémoire d'un +homme qui représente dignement le noble +esprit de son temps. Ce même esprit +existe encore de nos jours, et si l'occasion +s'en présentait, une foule de Canadiens imiteraient +l'exemple de ce grand homme et +s'efforceraient même de réaliser ses exploits."</p> + +<p>Cette statue nous rappelle le trait caractéristique +de nos compatriotes. Content +de peu pour lui-même, la grandeur seule +pouvait le satisfaire quand il s'agissait de +sa patrie. Tel était le caractère de Salaberry; +tel est celui du Canadien de nos +jours.</p> + +<p>C'est à Chambly, c'est près du champ de +bataille où il eut la bonne fortune de pouvoir +faire éclater cette bravoure, glorieuse +tradition de sa race, que nous plaçons +cette statue.</p> + +<p>Ce n'est pas dans un esprit de vaine +gloire que nous élevons ce monument; +mais c'est dans l'espérance que les vertus +antiques conservées dans le souvenir de +tous, pourront guider et éclairer les générations +futures.</p> + +<p>Ces vertus brillaient d'un vif éclat dans +cet homme distingué que ses talents militaires +rendaient apte à accomplir son +devoir à la gloire de nos armes.</p> + +<p>N'oublions pas en lui élevant ce monument, +de rendre, en même temps, à ses +frères, le tribut d'hommage qu'ils méritent.</p> + +<p>Ils se livrèrent, eux aussi, à l'heure du +danger, à cette profession des armes qui, +en quelque sorte, était innée chez eux. +Trois d'entre eux succombèrent en défendant +l'honneur de ce drapeau, qui est +aujourd'hui le symbole de notre union et +de nos libertés.</p> + +<p>Dans ce beau pays, autrefois son séjour, +il existe entre notre époque et celle où il +vécut, un contraste qui s'impose forcément +à nos réflexions. Où nous voyons +maintenant de vastes et fertiles campagnes, +un pays traversé par nos voies +ferrées et où nos rivières permettent à nos +bateaux à vapeur d'aborder; on ne voyait, +quand cette lutte héroïque était soutenue +par de Salaberry, Perrault, Mailloux, Daly, +et Duchesnay, que quelques arpents cultivés +au milieu de vastes forêts. Trop +souvent, hélas! ces forêts abritaient même +des armées ennemies.</p> + +<p>Maintenant que nous nous réjouissons +au souvenir des hauts faits accomplis à +l'endroit où les Canadiens, Anglais et +Français, se sont également illustrés, il +n'est pas nécessaire de m'arrêter sur les +tristes événements de ces jours. Nous +sommes en paix, et nous vivons avec le +peuple grand et généreux qui nous avoisine, +dans les douceurs d'une amitié et +d'une alliance qui, nous l'espérons, seront +durables.</p> + +<p>Alors ils essayèrent de nous vaincre, +mais la bravoure des Canadiens sut leur +inspirer ce sentiment de respect profond +qui est le fondement solide d'une amitié +durable.</p> + +<p>Nous devons être heureux et nous réjouir +de ce que nos rivalités avec eux +n'existent maintenant que dans l'arène +féconde du commerce.</p> + +<p>Grâce à cette ère pacifique, l'accroissement +journalier de nos ressources et le développement +des forces vives de la nation +rendraient toute guerre entreprise contre +le Canada longue et difficile; aussi ne +désirent-ils aucunement envahir notre territoire, +et, nous! l'espérons, un tel désir ne +se manifestera plus jamais, car les nations, +à moins que la division ne provoque intervention, +ne s'interposent pas aujourd'hui +aussi souvent qu'autrefois dans les +affaires de leurs voisins.</p> + +<p>Si en 1812 le Canada fut si cher aux +Canadiens, combien plus ne doit-il pas +l'être aujourd'hui! Alors, en effet, sa population +peu nombreuse goûtait les douceurs +de la liberté sous l'égide d'une constitution +peu libérale; maintenant, il renferme +dans son sein un grand peuple, se +développant sans cesse, se gouvernant par +lui-même à l'intérieur, jouissant avec fierté +de la forme de constitution la plus libre, +et ayant la faculté, par l'entremise de sa +propre représentation, de bénéficier de +l'influence diplomatique d'un grand empire +pour l'avantage de son commerce avec +les nations étrangères. Chez nous, aucun +parti ne voudrait provoquer des révolutions +ou un changement quelconque de +gouvernement. Personne n'a de chance +de succès dans la vie publique, en Canada, +personne ne reçoit l'appui de notre peuple, +s'il n'aime avant tout nos libres institutions.</p> + +<p>Le gouverneur-général qui, grâce à +votre invitation, se trouve en ce moment +au milieu de vous, n'est, en tant que chef +de gouvernement fédéral, que le premier +et continuel représentant du peuple.</p> + +<p>Cependant ce n'est pas seulement comme +personnage officiel que je me réjouis +d'être avec vous aujourd'hui; c'est pour +moi une satisfaction personnelle, ce sont +de joyeux instants que ceux où il m'est +donné de visiter, en compagnie des +membres de la famille de Salaberry, le +théâtre de tant de grandeur et de courage.</p> + +<p>La Princesse et moi, nous ne pourrons +jamais oublier les relations d'amitié intime +qui ont existé entre le prince Edouard, +duc de Kent, et le colonel de Salaberry, +amitié de famille qui, j'ose l'espérer, ne +sera pas restreinte à nos aïeux. La Princesse +m'a prié de vous exprimer le profond +intérêt qu'elle porte à cette solennité; elle +désire que je vous fasse part du regret +qu'elle a de ne pouvoir se trouver avec +vous aujourd'hui. Elle espère cependant, +pouvoir admirer ce monument où, pour +la première fois, l'art d'un de nos sculpteurs +a si bien commémoré la loyauté, le +courage, et le génie d'un guerrier canadien.</p> + +<p>Ce beau discours prononcé en français +par Son Excellence fut applaudi comme il +méritait de l'être. Il est bon de transmettre +à la postérité les paroles éloquentes +tombées en cette circonstance solennelle +de la bouche du représentant de sa majesté, +de conserver ce témoignage précieux +de la valeur et de la loyauté des Canadiens-Français.</p> + +<p>Ayant fini de parler, Son Excellence découvrit +la statue au milieu des acclamations +de la foule, des détonations du +canon, des fanfares retentissantes, de la +musique et des feux de joie tirés par le +65° bataillon.</p> + +<br><br><br> + +<p>Le colonel de Lotbinière Harwood fit; +alors le discours de circonstance. Sa voix +forte, vibrante, sa belle prestance et l'énergie +avec laquelle il exprima ses sentiments +et ses pensées produisirent le +meilleur effet sur la foule, M. Harwood +commença comme suit,:</p> + +<p>Qu'il plaise à Votre Excellence,</p> + +<p>Messieurs,</p> + +<p>Il est des circonstances dans la vie où +le coeur semble, nager comme dans un +océan de délices. Telle est pour moi, +Messieurs, chers compatriotes et compagnons +d'armes, la circonstance actuelle; +tel est pour moi ce moment à jamais béni +où le grand peuple canadien, sortant pour +ainsi dire de son long assoupissement, se +lève enfin noble et fier pour rendre aux +cendres d'un mort illustre, que dis-je, au +sauveur de son pays, les honneurs qui lui +étaient dus depuis trop longtemps, et dont +le souvenir, par une pénible indifférence, +avait été presque rejeté au fond du lugubre +et triste gouffre de l'oubli, de ce +rapide oubli que le poète nomme "le +second linceul des morts." Hélas! depuis +longtemps le héros de Châteauguay dort +au fond de sa tombe... pas une pierre... +pas un mausolée... pas la moindre trace +de l'endroit où la froide poussière de cet +homme illustre attend le grand jour de la +résurrection... (On comprend que je ne +veux parler ici que du monument public, +du monument élevé par la nation; je +ne parle pas du modeste mausolée que la, +piété filiale érigea, il y a quelques années, +dans le champ du long repos, le paisible +et modeste cimetière de Chambly.)</p> + +<p>Que du fois les étrangers au pays, cherchant +partout de l'oeil quelque souvenir +du héros de Châteauguay et ne voyant +rien, absolument rien qui leur révélât +d'une manière tangible le passé glorieux +de cet homme illustre, s'écriaient dans +leur indignation: "Canadiens ingrats..... +que faites-vous? C'est à vous qu'on peut +dire: il est donc bien vrai que l'ingratitude +est un vent brûlant qui dessèche le +coeur." Peuple canadien, vous avez une +tache au front! Vous ne serez jamais un +grand peuple que vous n'ayez effacé cette +tache..... Permettrez-vous plus longtemps +à l'univers étonné de répéter à votre +adresse:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i2">On ne voit que regrets en ce monde,</p> +<p class="i2">L'injure se grave en métal</p> +<p class="i2">Et le bienfait s'écrit sur l'onde.</p> + </div> </div> + +<p>Mais non, non... mille fois non. Ceci +se ne dira pas de mes compatriotes. Voici +le jour venu où le peuple canadien peut +reprendre son rang parmi les peuples de +la terre... car il a payé la première, la +plus sacrée des dettes... sa dette d'honneur...... +sa dette de reconnaissance...... +Cette mémoire du coeur—il s'est souvenu +du passé, les mânes de Salaberry +sont apparus,—Justice leur est enfin +rendue, et grâces au ciel, maintenant plus +que jamais, je suis fier et heureux de me +dire: Je suis Canadien.</p> + +<p>Que le spectacle qui s'offre à mes yeux +en ce moment est donc beau! De tous les +coins du pays, de l'étranger même, des +personnes de la plus haute distinction +sont venues orner de leur présence cette +splendide et brillante fête de famille: cette +fête de la jeune nation canadienne, de cette +nation que le ciel, dans sa sagesse infinie, +a destinée indubitablement à jouer un si +grand rôle dans l'avenir de la grande confédération +canadienne. Ici, ce sont les +sommités de la judicature, du pouvoir +législatif et exécutif. Là, le représentant de +notre Souveraine et le lieutenant-gouverneur +de Québec, Plus loin, les défenseurs +de la patrie, ces vaillants jeunes gens, au +coeur chevaleresque qui n'attendent que +l'occasion de prouver que l'ardeur martiale +de leurs ancêtres n'est pas éteinte +dans l'âme de leurs descendants.</p> + +<p>Voyez, là-bas, ce groupe de femmes aussi +belles que spirituelles, ne nous semblent-elles +pas encourager du regard ces jeunes +guerriers et leur dire: "Soyez braves, soyez +grands, soyez généreux, soyez magnanimes, +soyez de bons et de fidèles patriotes +puis vous aurez notre coeur à jamais."</p> + +<p>Oui, Messieurs, nous assistons à une +grande, belle et noble fête. Ce n'est pas +la fête d'une secte, d'un parti politique, +c'est une fête nationale, dans toute la force +du mot......</p> + +<p>Aussi, un éminent écrivain a-t-il dit à +propos de ces sortes de fêtes: "Il y a des +fêtes nationales qui attirent autour du +même souvenir ou de la même espérance +les pensées, les amours et les joies de tout +un peuple, et qui en font comme une seule +famille liée par un même sentiment et +perdue dans une commune allégresse. +Toute fête qui se rattache à un souvenir +bien compris, à une idée profondément +sentie, toute fête qui a un sens pour +l'esprit, et qui se produit à l'extérieur +qu'après avoir passé par l'âme, est sainte, +auguste et digne d'une nation......"</p> + +<p>M. Harwood lit ensuite l'histoire du +héros de Châteauguay et termina son discours +par les paroles suivantes:</p> + +<p>En contemplant cette statue, le vieillard +dira à son petit-fils les exploits du héros +de Châteauguay!! Fasse le ciel que ce +moment ne cesse jamais de proclamer +A toutes les classes, à toutes les conditions, +à tous les âges, la grandeur et l'importance +des évènements qu'il est destiné à +rappeler. Puisse l'enfance y venir apprendre, +des lèvres maternelles, le but et +l'objet de son érection... Puisse l'homme +découragé et abattu, l'homme aux prises +avec les luttes, les déboires et les chagrins +de la vie, y venir remonter son courage +aux grands souvenirs que ce monument +réveille...... Puisse l'artisan, fatigué des +rudes travaux du jour, y jeter un simple +regard en passant...... Ah! comme il se +sentira soulagé...... et si jamais la patrie +est en danger, puisse le citoyen y venir +retremper son patriotisme en contemplant +les nobles traits de cet homme qui a si +bien mérité de la patrie, de ce patriote par +excellence.</p> + +<p>Puisse cette statue être le dernier objet +qui frappe le regard du jeune homme de +Chambly en laissant le sol natal pour l'étranger, +et puisse cette statue être encore +le premier objet sur lequel ses yeux se +porteront à son heureux retour...... Oui, +cette statue... toujours cette statue, avec +son glorieux souvenir.</p> + +<p>Et pour nous, Messieurs, que venons +nous apprendre au pied de cette statue? +l'amour de la patrie... car, comme a dit +un grand écrivain français: c'est Dieu +qui a mis l'amour de la patrie dans le +coeur des hommes, un jour où il leur à +commandé d'honorer le tombeau des ancêtres, +de suivre les lois donnée à leurs +pères, de défendre l'autel, le temple, ou le +tabernacle, où ils avaient prié!... Ce jour +là, il leur a fait un commandement d'aimer +la patrie; car la patrie, c'est le passé, +gardé par le présent et légué à l'avenir... +c'est la génération vivante veillant sur +les cendres de la génération morte, et +disant à celles qui vont suivre: "aimez ce +que nous avons aimé, honorez ce que nous +avons honoré, et que notre Dieu soit à +jamais votre Dieu."</p> + +<p>Oui, Messieurs, nous sommes venus içi pour +y apprendre le patriotisme.</p> + +<p>Permettez-moi, Messieurs, en terminant. +de m'écrier ici, comme jadis un grand orateur +français:—Avez-vous réfléchi, Messieurs, +à ce qu'était le patriotisme?</p> + +<p>Écoutez! Sans doute, pour l'homme religieux, +pour le philosophe, pour l'homme +d'État, la patrie ce compose d'abstractions +sublimes: la patrie, c'est la succession +continue d'une race humaine possédant +le même sol, parlant la même langue, +vivant sous les mêmes lois, et qui, ne +mourant jamais, se perfectionne en se renouvelant +toujours, comme un être immortel +qui n'a que Dieu avant lui et Dieu +après lui... Mais, pour l'homme des +champs, la patrie est quelque chose de +plus sensuel, de plus réel, de plus près +du coeur. Ce qu'il aime dans la patrie, +c'est ce petit nombre d'objets auxquels son +âme est attachée toute sa vie; c'est la +maison, c'est la famille, ce sont toutes ces +images sensibles devenues des sentiments +pour lui. Riche ou pauvre, peu importe, +c'est le toit et l'espoir de sa vie. Il y a +autant de patriotisme dans le petit champ +que dans le grand domaine; il y a autant +de patriotisme dans la masure dégradée +et couverte de chaume et de mousse que +dans la demeure élevée et resplendissante +au soleil. C'est pour cela qu'on vit, +c'est pour cela qu'on meurt avec joie +quand il faut les défendre contre la profanation +du pied étranger.</p> + +<br><br><br> + +<p>M. Dion, invité à prendre la parole, parla +des sacrifices et du travail qu'avait coûté +l'oeuvre du monument de Salaberry. Il +aurait pu ajouter que sans lui ce monument +n'existerait pas.</p> + +<p>Le marquis de Lorne s'avançant alors +sur le devant de l'estrade proposa trois +hourras pour la famille Salaberry. Inutile +de dire que la foule fit un accueil favorable +à cette proposition.</p> + +<p>L'assemblée se dispersa ensuite. +Le gouverneur-général et sa suite ainsi +que Sir Hector Langevin, et l'honorable +M. Caron, quittèrent Chambly vers quatre +heures.</p> + +<p>A six heures avait lieu le banquet. Le +Dr Martel présidait, ayant à sa droite le +lieutenant-gouverneur Robitaille et à sa +gauche, l'honorable M. Mousseau. Plusieurs +toasts furent portés et des discours +patriotiques furent prononcés par le lieutenant-gouverneur, +l'honorable M. Mousseau, +l'honorable M. H. Mercier, député +de Saint-Hyacinthe, M. R, Préfontaine, +M. Brisson et M. Benoît, député de +Chambly.</p> + +<br><br><br> + +<p>Au toast porté au lieutenant-gouverneur +de la province, Son Honneur M. Robitaille +répondit par l'excellent discours qui suit:</p> + +<p>Messieurs</p> + +<p>Comme représentant de la Reine dans +la province de Québec, je vous remercie +de la santé que vous venez de boire. Elle +est une nouvelle preuve de cette loyauté +inaltérable que les Canadiens-Français +ont manifestée en tant de circonstances.</p> + +<p>Cette province est peuplée en grande +partie de Canadiens-Français, et je suis +fier de pouvoir proclamer hautement que +Sa Majesté la reine Victoria ne compte +pas une province plus fidèle, au drapeau. +anglais. Et ce n'est pas par oubli du +passé, par déchéance nationale, par faiblesse, +qu'il en est ainsi. C'est au contraire +par réflexion, par raison, par expérience, +par sagacité politique, que nous +en sommes arrivés à ce résultat.</p> + +<p>Lors de la chute du gouvernement +français en ce pays, il y eut parmi la population +un sentiment de malaise et de +regret entièrement incontrôlables. La +vieille France, le drapeau blanc, les +exploits accomplis dans la lutte suprême, +tous ces souvenirs glorieux et chers faisaient +battre les coeurs et maintenaient +les esprits dans un état de défiance et de +désaffection pour le pouvoir nouveau. Les +tracasseries administratives ne firent +d'abord qu'augmenter ce sentiment. Mais +à mesure que le gouvernement se départit +de ses rigueurs et fit des concessions +plus larges, la confiance naquit, les +rancunes s'apaisèrent, et petit à petit on +vit s'établir un nouvel ordre de choses +où l'Angleterre se montra plus sagement +libérale et le peuple de cette province +plus sympathique. Les progrès furent +lents, mais n'en furent pas moins réels. +Il y eut bien des pas en arrière; mais, +enfin, graduellement les principes fondamentaux +du gouvernement anglais s'introduisirent +dans notre constitution politique.</p> + +<p>Cette constitution britannique qui a +peut-être été à un certain moment la plus +parfaite du monde, on nous l'a accordée, +pour ainsi dire pièce par pièce. L'édifice +n'a été parachevé qu'après bien +des années de travail, et cependant les +garanties qu'on nous a accordées dès le +commencement, les droits politiques et +sociaux dont on nous a mis successivement +en possession ont suffi pour gagner +notre affection à la couronne à laquelle +nous avions été cédés.</p> + +<p>Nous sommes restés fidèles au nouveau +drapeau comme nous l'avions été à l'ancien, +comptant que l'avenir et notre persévérance +nous apporteraient; les droits et +les légitimes libertés qui nous manquaient +encore.</p> + +<p>Nous avons eu raison, Messieurs, d'agir +ainsi; ce qui se passe sous nos yeux, de +nos jours, en est une preuve. Aujourd'hui, +en effet, nous sommes presque entièrement +les arbitres de nos propres destinées. +Nous jouissons d'institutions libres, et +d'une sécurité sociale malheureusement +inconnue à d'autres pays. Nous grandissons +à l'ombre protectrice de l'étendard +d'Angleterre et nous n'avons à craindre, au +moins pour le présent, ni les révolutions, +ni les bouleversements, ni les discordes intérieures +qui tourmentent notre ancienne +patrie. La province de Québec est en +possession du "self-government" et aucun +pays au monde n'a plus de libertés +civiles que le nôtre. Il n'est donc pas +surprenant que nous soyons des sujets +fidèles de la couronne anglaise.</p> + +<p>Cette loyauté des Canadiens-Français a +été mise plus d'une fois à l'épreuve. Au +lendemain de la cession, en 1773, les Américains +rencontrèrent un obstacle invincible +dans le respect des habitants de ce +pays pour le serment de leur allégeance. +Il suffit pour s'en convaincre de se rappeler +le siège de Québec par l'armée du +Congrès. Mais c'est surtout en 1812 que +se sont manifestées avec plus d'éclat la +fidélité et la valeur de notre peuple. C'est +alors qu'on a vu les enfants du Canada +français se lever spontanément pour la +défense d'une colonie anglaise; c'est alors +que nos braves miliciens, dont nous pourrons +encore quelquefois saluer dans nos +rues les débris glorieux, se sont précipités +vers la frontière à l'appel d'un gouverneur +Anglais, pour repousser les envahisseurs; +c'est alors que l'impétuosité +française et la calme valeur anglaise se +sont complétées l'une par l'autre, comme +elles firent plus tard sous les murs de Sébastopol; +c'est alors que nous donnâmes +à la journée de Carillon, une soeur immortelle +dans la bataille de Châteauguay, et +que le nom du soldat dont nous célébrons +aujourd'hui la mémoire, de l'héroïque de +Salaberry, entra soudain dans l'histoire +comme la plus éclatante personnification +du courage et de la gloire militaire de +notre race. Messieurs, le nom de Salaberry +est pour nous plus qu'un souvenir de +triomphe, c'est un symbole, un symbole +de ce nouvel état de choses qui, cinquante-deux +ans après la bataille des plaines +d'Abraham, faisait remporter à des soldats +d'origine française une victoire anglaise.</p> + +<p>Depuis cette époque, comme je le disais +tout à l'heure, ce mouvement de transformation +s'est accéléré, s'est accentué. Nous +formons maintenant une grande nation +composée de nationalités diverses, mais +unies dans un même sentiment: l'amour +de la patrie commune. C'est ce sentiment +qui animait les soldats de 1812, c'est ce +sentiment qui doit nous rallier lorsqu'il +s'agit des intérêts et de la renommée de +notre pays. Et si jamais la guerre nous +appelait de nouveau aux frontières, si +jamais une armée ennemie s'avançait dans +nos campagnes et menaçait nos villes, je +suis sûr qu'il se trouverait encore parmi +nous un autre de Salaberry pour nous conduire +à un autre Châteauguay.</p> + +<p>La démonstration d'aujourd'hui, cette +statue qu'on a élevée au héros canadien, +ces honneurs rendus à la mémoire d'un +vaillant soldat, sont en même temps qu'un +acte de justice et de reconnaissance un +haut enseignement pour les générations +actuelles. Ils proclament quel est le prix +des vertus guerrières et du dévouement à +la patrie, et ne peuvent manquer d'être, +dans un moment donné, un puissant encouragement +pour tous qui parcourent la +carrière des armes. Depuis quelques années +on s'est sérieusement occupé de l'organisation +et du mouvement militaire en +ce pays.</p> + +<p>Eh bien, je crois qu'une démonstration +comme celle à laquelle nous avons assisté +aujourd'hui est de nature à produire dans +ce sens les meilleurs résultats et à jeter +dans l'esprit du peuple de cette province +des germes qui ne resteront pas sans fruits +pour l'avenir. Je considère donc qu'il est +de mon devoir de profiter de cette circonstance +pour féliciter cordialement les +organisateurs et les promoteurs de cette +oeuvre de reconnaissance nationale. C'est +en glorifiant les grands hommes qu'une +nation se grandit elle-même; et l'expérience +de tous les peuples est là pour démontrer +cette vérité historique: que les +honneurs rendus aux morts illustres sont +une semence féconde de vertus civiques, +de dévouement et d'héroïsme.</p> +<br><br><br> + +<p>DISCOURS DE L'HONORABLE M. MOUSSEAU</p> + +<p>Monsieur le Président.</p> + +<p>Messieurs,</p> + +<p>Avant de répondre au toast qui m'a été +dévolu, mon devoir est de faire remarquer +le caractère particulier et grand de la démonstration. +Il y a cent-vingt ans que +nous sommes passés sous la domination +anglaise. Nous fêtons aujourd'hui la +gloire d'un Canadien-Français qui s'est +immortalisé dans la défense du pavillon +anglais en 1813. La fête est présidée par +Son Excellence le gouverneur-général, le +marquis de Lorne, le représentant direct de +Sa Majesté la reine Victoria. Son discours +généreux et noble, nous a profondément +émus. Le lieutenant-colonel Harwood, +représentant les deux races appartenant +au département de la milice du Canada +a démontré le principe de la vitalité de la +race française. Son excellence le lieutenant-gouverneur +de la province de +Québec, mon ami, l'honorable M. Théodore +Robitaille, aussi représentant de Sa Majesté, +vous a fait un discours marqué au +même coin du patriotisme le plus pur; +et tout Cela, Monsieur le président et +Messieurs, se fait à l'ombre du glorieux +drapeau de l'Angleterre, qui nous a toujours +couverte de sa protection généreuse +et efficace, et qui porte dans ses plis la +plus grande liberté que le monde a jamais +possédée et qu'il prodigue à toutes ses +colonies.</p> + +<p>J'ai été appelé à répondre à la santé du +Canada, c'est-à-dire à sa grandeur, à sa +prospérité futures. Je remercie infiniment +le comité du centenaire de Salaberry de +m'avoir confié cette tâche; seulement je +suis tenu de dire sans modestie que je me +crois au-dessous du devoir qui m'a été +imposé. Je ne fais pas de fausse modestie,—il +parait reçu dans les cercles les +mieux informés que la modestie n'est pas +le fort des hommes politiques—; mais +comme je suis au début de ma carrière +ministérielle, je n'aimerais pas dévier de +la règle. Cependant, on a beau se croire +fort, on a beau se croire puissant, on a +beau se croire grand, il y a des situations, +des tableaux, des paysages qui éblouissent, +qui vous empoignent et qui vous surpassent; +c'est alors le temps, pour l'homme +qui comprend la fragilité humaine, de +crier miséricorde. C'est ce que je vais +faire en ce moment et cela sans faire +preuve ni d'excès de modestie, ni d'excès +de vanité.</p> + +<p>Tout ici parle histoire et patriotisme. +D'un coté, le monument du grand homme, +ce nouveau héros des nouvelles Thermopyles, +dont nous venons de célébrer la +gloire en nous inclinant devant le bronze +qui l'éternisera moins que la bataille de +Châteauguay.</p> + +<p>De l'autre, la rivière Chambly, le Richelieu, +auquel se rattachent tant de souvenirs +historiques, le Richelieu, témoin +de luttes si héroïques; de l'autre, ces +belles et riches campagnes peuplées de +gens paisibles et d'une race forte, qui a +déjà fait sa prospérité en s'attachant aux +grands principes sans lesquels tout dans +le monde n'est, comme disait un grand +prédicateur, que vanité et mensonge, et +qui sont renfermés dans ces deux mots +sacrés: religion et patrie.</p> + +<p>Je désire parler de notre grandeur +future, mais auparavant permettez-moi +de dire quelques mots de notre passé.</p> + +<p>L'histoire du passé est le soleil qui +éclaire et guide l'avenir. Nous sommes +à Chambly, ce poétique village qui a +aujourd'hui convié les belles campagnes +environnantes à la fête du héros de Châteauguay.</p> + +<p>Chambly a bien souvent entendu le +bruit des armes et vu les couleurs de +maints drapeaux. Placé sur la première +route entre les États-Unis et le Canada, +Chambly a vu tour à tour défiler les +hordes sauvages et les soldats de la +vieille France; il a vu les grandes +guerres contre les colonies anglaises et +plus tard les soldats de la Grande Bretagne +et les miliciens de 1776 et de 1812. +C'est l'endroit où nous sommes qui a vu +passer les vainqueurs de Carillon.</p> + +<p>Les lieux, les monuments qui ont vu +passer les grands hommes semblent +avoir retenu quelque chose de leur présence, +tellement leur souvenir s'y présente +avec force à l'imagination. Je ne +puis donc voir Chambly sans songer à +ces hommes qui ont payé de leur vie +l'établissement de notre pays et arrosé +de leur sang les racines de la nationalité +canadienne-française.</p> + +<p>En ce jour de fête nationale, à la mémoire +d'un homme qui s'est couvert de +gloire dans la défense du pays, je ne puis +m'empêcher de rendre hommage an courage +de ces héroïques soldats qui, malgré +les périls de ces jours tristes mais glorieux, +malgré les tristes perspectives de l'avenir +qui s'offrait à eux sous les plus +sombres couleurs, malgré l'indifférence +de la mère-patrie, donnaient gaiement +leur vie pour une cause qu'ils pouvaient +croire perdue.</p> + +<p>C'est là l'enseignement pour nous. Que +de fois ne sommes-nous pas témoin de défaillances +dans les rangs de ceux qui +luttent pour conserver l'héritage conquis +au prix de tant de sacrifices et d'héroïsme! +Ces gens de peu de foi se mettent +quelquefois à douter de l'avenir et +pensent que la lutte est inutile.</p> + +<p>Messiers, franchement, je n'ai jamais +compris et j'espère ne jamais comprendre +ces désespoirs, et je devrais le dire, ces +lâchetés. Ce qui s'est fait dans le passé +se répétera dans l'avenir. Heureusement +ces âmes auxquelles répugne la lutte deviennent +de plus en plus rares parmi +nous. Le sang des héros est comme celui +des martyrs: c'est une semence féconde +qui produit des coeurs plus généreux, des +caractères plus virils, des caractères qui +ont foi dans l'avenir et qui ont la noble +ambition de remplir une mission civilisatrice +en Amérique.</p> + +<p>Où est le secret de cette force, de cette +confiance, de cette foi dans l'avenir? Dans +le principe religieux, dans la foi catholique, +dans l'alliance intime entre le +peuple et le clergé. Qu'on me permette +de répéter ce que j'écrivais, il y a onze +ans: C'est le catholicisme qui a sauvé la +Nouvelle-France.</p> + +<p>Ils n'ont pas désespéré de l'avenir de +leur pays cette poignée de Canadiens qui, +abandonnés par les plus riches d'entr'eux, +écrasés par la défaite, seuls en face de +leurs vainqueurs, entreprirent de continuer, +sans la France ingrate, l'oeuvre de +la Nouvelle-France. Et quelle tâche?</p> + +<p>Et quelle perspective ne fut jamais plus +sombre? Aux yeux des gens froids qui +calculent tout, quelle chance d'avenir et +de succès avaient-ils? Aucune? Mais ces +héroïques vaincus avaient foi dans leur +destinée, voulaient être quelque chose; +en dépit de la défaite et de la pauvreté, de +l'isolement, ils furent quelque chose. +Pourquoi? parce qu'ils avaient de leur +côté cette grande force morale sans laquelle +on ne fait rien de grand en ce +monde, la foi dans leur mission, la foi +en eux-mêmes, la volonté énergique +d'exister, de conquérir comme nation +leur place sous le soleil qui luit pour +tous.</p> + +<p>Et nous qui sommes aujourd'hui un +million, nous serait-il permis du douter +lorsque nos ancêtres au nombre de 60,000 +seulement étaient pleins d'espoir? Nous +serait-il permis de douter de l'avenir +lorsque la politique qui voulait exterminer +cette poignée de braves a reconnu +depuis 50 ans le néant de ses désirs? Désespérer +aujourd'hui de notre avenir, ce +serait presque trahir; ce serait au moins +de la lâcheté.</p> + +<p>Pour préparer l'avenir qui est notre +présent, quels combats de géants nos ancêtres +n'ont-ils pas eus à soutenir! Vous +savez les luttes héroïques des premiers +temps de notre histoire; guerres contre la +barbarie—les sauvages; guerres contre la +civilisation—les colonies anglaises de +l'Angleterre. Depuis, la lutte a continué. +Nous avons lutté pour l'existence nationale +en 1776 et en 1812 lorsque les Américains +voulaient nous absorber; des Canadiens +aussi fidèles à l'Angleterre qu'ils +l'avaient été à la France. des soldats +braves et intelligents comme le héros +dont le nom nous unit ici, firent de +leur poitrine un rempart à la puissance +britannique en Amérique.</p> + +<p>On l'a déjà dit, mais il est bon de le répéter +de temps en temps, c'est aux héros +de 1776 et de 1812, à Salaberry, et à ses +braves compagnons que l'Angleterre doit +l'avantage et l'honneur d'avoir son drapeau +dans le nord de l'Amérique. Il est +inutile d'insister la-dessus.</p> + +<p>Si les Canadiens avaient écouté les +Américains et les Français en 1776 et en +1812, c'en était fini de la puissance anglaise +en Amérique.</p> + +<p>Et nos braves ancêtres en cela se trouvaient +dans une singulière position; ils +luttaient pour leurs sentiments de fidélité +à l'Angleterre et dans le but de préparer +un avenir à leurs descendants; ils luttaient +sur les champs de bataille pour +l'honneur et le prestige de leurs vainqueurs +de 1759. Les Canadiens d'alors, comme +ceux d'aujourd'hui, comprenaient que +leur intérêt était de rester sujets britanniques, +de même qu'ils comprenaient que +faire cause commune avec les Américains, +c'était pour leur nationalité naissante, +l'absorption et le néant.</p> + +<p>Cet avenir, que vous me demandez de +vous peindre, nos ancêtres ne l'ont pas +préparé, conquis sur les champs de bataille +seulement: mais aussi dans les +combats politiques. Descendants d'un +peuple où les institutions démocratiques +sont encore à peine comprises, nos hommes +d'état ont su voir quelles ressources ils +pourraient tirer de la constitution anglaise +et ils ont été les vrais fondateurs +du régime parlementaire en Amérique, +Aussi, après avoir consenti le nord de +l'Amérique à l'Angleterre, les Canadiens +d'autrefois out arraché à la mère-patrie +la liberté politique, et lui out prouvé +—contre la volonté des gouverneurs +d'autrefois—que nous étions à la hauteur +des circonstances et que, puisque nous +étions sujets anglais, nous devions jouir +de tous les privilèges que ce titre comporte.</p> + +<p>Nos ancêtres ont soutenu des combats +de géants, et sur les champs de bataille, +et sur le terrain de la politique. Les +Lafontaine, les Morin, les Cartier, les +Dorion ont été les Salaberry du la politique; +les uns et les autres ont assis sur +des bases inébranlables l'édifice de notre +nationalité.</p> + +<p>Qu'étions-nous en 1760, en 1791, en +1812 et en 1837? Que sommes-nous aujourd'hui? +Une nationalité vivace, forte +et en pleine possession de tous ses droits. +Nous sommes inattaquables à Québec. +Nous sommes forts à Ottawa.</p> + +<p>Que faut-il maintenant pour conserver +le terrain conquis et contribuer de nouvelles +pages à notre histoire?</p> + +<p>Notre estimé et regretté gouverneur, +lord Dufferin, dans un discours qu'il prononçait +à Londres en 1876 ou 1877, a déclaré +que "de toutes les colonies anglaises +l'Amérique britannique du Nord, le Canada +français se pliait le mieux au maniement +des institutions représentatives." +Il a dit plus que cela, et je sais que nos +compatriotes d'origine anglaise n'en seront +pas froissés, il a dit que les Canadiens-Français +paraissaient mieux comprendre +et pratiquer que les Anglais eux-mêmes +le rouage, le maniement de ces institutions. +Voilà ce qu'un gouverneur anglais a pu +dire de nous.</p> + +<p>Vous connaissez aussi bien que moi un +vieux proverbe qui dit: "Quand on se +juge, on ne s'estime pas grand chose. +Quand on se compare, on est plus fier..."</p> + +<p>Mais, Messieurs, ce n'est pas tout de +dire que nous avons accompli de grandes +choses dans le passé, que nous avons +eu nos héros et nos jours de triomphe; +il ne faut pas pour cela se croiser les bras +et s'endormir dans une fausse sécurité.</p> + +<p>A l'heure qu'il est si nous nous jugeons, +nous n'avons pas lieu d'être trop fiers. Le +principe de notre liberté, la condition indispensable +de la conservation de notre +religion et de notre race, c'est le combat, +la lutte de tous les jours et de tous les +instants. C'est là la condition <i>sine qua +non</i> de notre existence comme nationalité, +du maintien de nos privilèges, de notre +développement dans l'avenir.</p> + +<p>Car, tout n'est pas couleur de rosé, et il +nous reste encore à nous emparer de plusieurs +éléments avant de devenir le grand +peuple dont nous pouvons ambitionner +les destinées. Quand on se compare à +d'autres populations, on s'apperçoit que, +sous certains rapports, il nous manque +une foule de choses.</p> + +<p>Ce serait ici le temps de parler de la +belle réponse, de l'admirable discours fait +par Son Excellence le gouverneur-général +en réponse à l'adresse de Chambly. Il a +parlé comme un homme d'état anglais, +comme un coeur noble et plein de sympathie +pour les Canadiens-Français. Il a, +par là, écrit son nom dans l'histoire de +nos meilleurs gouverneurs anglais et a +droit à notre estime, à notre amitié et à +notre reconnaissance. On a eu raison de +l'acclamer, de le féliciter et de le remercier +cordialement.</p> + +<p>Revenons aux conditions de notre salut, +si nous voulons être dignes de notre passé +et nous faire un avenir digne de nous.</p> + +<p>La première condition, c'est la fidélité +aux traditions, c'est la patience et la persévérance +dans le travail et les épreuves, +c'est le patriotisme des représentants du +peuple.</p> + +<p>La deuxième condition, c'est la foi. Il +y en a deux; l'une que je puis appeler la +foi nationale, la foi politique. Il faut que +nous croyions à la nation, que nous croyions +de cette foi ferme, vivante, convaincue, +qui surmonte tous les obstacles +pour assurer le présent et préparer l'avenir. +Et, en nous rappelant de notre +glorieux passé, de ce passé héroïque qu'a +immortalisé de Salaberry, nous pouvons, +certes, avoir foi dans notre avenir.</p> + +<p>Mais il ne faut pas que notre foi à nous +soit une foi aveugle, inactive. Il faut travailler +à imiter ces grands hommes de +notre passé, si nous ne voulons pas dégénérer. +Il faut que nous nous inspirions +de la même foi dont ils s'inspiraient +quand ils faisaient les grandes choses, +quand ils établissaient les nobles traditions +qu'ils nous ont laissées.</p> + +<p>Il en est une antre, et celle-là est plus +délicate. Mais, Messieurs, si nous voulons +nous maintenir comme race distincte, il +faut conserver, dans toute sa force, l'alliance +intime du peuple et du clergé, la +développer, la soutenir. C'est la chose +importante. N'oublions pas, Messieurs, +que c'est cette alliance qui, au plus fort +des dangers, an milieu des périls de toutes +sortes, a sauvé la province de Québec, l'a +gardée française et catholique. La continuation +de cette alliance, qui nous fut +d'un si grand secours dans le passé, est +aussi la condition essentielle, la garantie +de notre Avenir.</p> + +<p>Ce n'est pas ici le lieu de développer +ces idées bien longuement. Mais, comme +homme public, laissez-moi vous dire ce +que d'autres hommes publics éminents, +des hommes d'état d'une grande science +et d'une grande autorité en pensaient. En +1878, Disraeli, le grand chef politique +dont l'Angleterre déplore encore la perte, +et à qui elle rendait, il n'y a pas longtemps, +un hommage mérité, Disraeli +donnait une fête à ses fermiers. De quoi +leur parla-t-il? On s'imagine sans doute +qu'il leur parla des affaires du pays, des +grandes mesures politiques qu'il voulait +mettre à exécution. Eh bien! Messieurs, +à la fin d'un discours qu'il leur adressait, +il leur parla de religion. "La base du +bonheur du peuple, leur dit-il, c'est le +sentiment religieux, c'est le sentiment +chrétien." Eh bien! Messieurs, je vous ^ +dis la même chose. Notre salut, c'est de +rester catholiques, en restant unis au +clergé.</p> + +<p>La troisième condition, c'est le travail +sans relâche. L'illustre évêque d'Orléans, +qui n'était pas seulement un homme de +génie, mais aussi un grand et saint +évêque, et un grand homme d'état, disait: +"Montrez-moi un peuple qui travaille +huit heures par jour, et je vous montrerai +le premier peuple du monde."</p> + +<p>Le travail est une nécessité. C'est une +loi dont l'application doit s'exercer sans +interruption.</p> + +<p>Comment travailler? Il y a mille manières +de travailler; il faut apprendre à +travailler, à se tenir au courant des progrès +nouveaux. Une culture améliorée produit +plus de grain, et on a eu raison de dire +qu'il faudrait ranger parmi les bienfaiteurs +de l'humanité l'homme qui trouverait le +moyen de faire pousser deux brins d'herbe +où il n'en pousse qu'un.</p> + +<p>Les hommes publics, les hommes de +profession sont ceux qui ont plus besoin. +de travailler, afin de se mettre en mesure +de donner satisfaction aux aspirations, aux +besoins de notre peuple, et de le maintenir +sur un pied d'égalité avec les autres +peuples.</p> + +<p>Une autre cause d'agrandissement pour +notre province, c'est la colonisation. Mais +pour parler de ce sujet avec l'éloquence +qui lui convient, il nous faudrait ici un +curé Labelle, cet homme qui a passé sa +vie à développer, à promouvoir cette +grande cause de la colonisation, qui est +d'une importance majeure pour nous. Il +est inutile de parler longuement de ce +sujet. Tous les jours, vous êtes à même +de lire des articles de journaux, des brochures, +etc., sur cette matière. Laissez-moi +vous dire seulement que la colonisation, +c'est l'oeuvre qui sauvera le pays.</p> + +<p>Je m'aperçois, un peu tard il est vrai, +puisque j'ai fini, que le toast auquel je +devais répondre n'est pas celui auquel j'ai +répondu.</p> + +<p>La santé qu'a proposée le président +était "A la prospérité, à la grandeur et +à l'avenir du Canada" et je n'ai parlé que +de la prospérité, de la grandeur et de l'avenir +de la province de Québec. Cependant, +je ne suis pas si loin de mon sujet +que j'en ai l'air. Ce n'est pas un défaut +de mémoire qui me l'a fait oublier. Mais, +dans le système fédéral, toute province +forme un membre inséparable du tronc +ou du corps. Si, un membre souffre, tout +le corp souffre. Si au contraire, chaque +province est heureuse et prospère, tout le +corps fédéral s'en ressent.</p> + +<p>En travaillant donc à améliorer la situation +de la province de Québec, en améliorant +les conditions de son progrès, de +sa prospérité future, nous travaillons pour +le bien général de tout le pays.</p> + +<p>La province de Québec commence à +aller mieux, et comme je pense qu'elle va +continuer à aller mieux, j'ai répondu à la +santé du Canada.</p> + +<br><br><br> + +<p>M. Mercier répondit au toast "À la +mémoire du héros de Châteauguay" et +termina une éloquente harangue en lisant +la pièce de poésie suivante faite pour +la circonstance par M. L. H. Fréchette:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i10"> I.</p> +<p class="i2">Vous fûtes glorieux, jours de dix-huit cent douze,</p> +<p class="i2">Quand nos pères, grands coeurs qui battaient sous la blouse,</p> +<p class="i6">Oubliant d'immortels affronts,</p> +<p class="i2">Sous les drapeaux anglais, en cohortes altières,</p> +<p class="i2">La carabine au poing, se ruaient aux frontières</p> +<p class="i6">En chantant avec les clairons!</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> II</p> +<p class="i2">Gars à la joue imberbe, hommes aux mains robustes,</p> +<p class="i2">Toujours prêts à venger toutes les causes justes</p> +<p class="i4">Comme à braver tous les pouvoirs?</p> +<p class="i2">Toujours prêts, ces héros, au premier cri d'alerte,</p> +<p class="i2">A répondre, arme au bras et la poitrine ouverte,</p> +<p class="i4">A l'appel de tous les devoirs!</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> III</p> +<p class="i2">Regardez-les passer, ces guerriers d'un autre âge,</p> +<p class="i2">Conscrits dont le sang-froid, la gaieté, le courage.</p> +<p class="i4"> Font honte an soldat aguerri!</p> +<p class="i2">Où vont-ils? Au combat! D'où viennent-ils? De France!</p> +<p class="i2">Comment s'appellent-ils? Ils s'appellent vaillance!</p> +<p class="i4"> Demandez à Salaberry.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> IV.</p> +<p class="i2">Ce sont les Voltigeurs! Ils sont trois cents à peine;</p> +<p class="i2">Mais, vainqueurs d'une lutte ardente, surhumaine,</p> +<p class="i4">Ils vont, de leur sang prodigues,</p> +<p class="i2">Sons des trombes de feu, riant des projectiles,</p> +<p class="i2">Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles,</p> +<p class="i4">Le nom rival de Châteauguay.</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> V.</p> +<p class="i2">Avenir, saluez! saluez tous ces braves.</p> +<p class="i2">Leur héroïsme a su, repoussant les entraves,</p> +<p class="i4">Qu'on forgeait pour nos conquérants,</p> +<p class="i2">Rajeunir sur nos bords la légende de gloire,</p> +<p class="i2">Qui dit que lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire,</p> +<p class="i4">C'est toujours par la main des Francs.</p> + </div> </div> + + +<br><br><br> +<p>Il y aurait d'autres discours à citer, +mais ce serait trop long.</p> + +<p>Cette belle démonstration se termina +par une brillante illumination et les milliers +de personnes venues à Chambly le +matin s'en retournèrent vivement impressionnées +de ce qu'elles avaient vu et entendu.</p> +<br><br><br> + +<p><i>Résolutions adoptées par les deux Chambres + à Québec.</i></p> + +<p>Les deux Chambres siégeant à Québec +le 7 juin 1881, eurent la bonne pensée +d'interrompre leurs travaux pour rendre +hommage à la mémoire de Salaberry.</p> +<br><br><br> + + +<p>CONSEIL LÉGISLATIF DE QUÉBEC.</p> + +<p>Présidence de l'honorable M. Ross.</p> + +<p>La séance est ouverte à trois heures.</p> + +<p>Après la présentation et l'adoption, de +plusieurs rapports.</p> + +<p>L'honorable M. ROSS dit qu'hier il a lu +à la Chambre une lettre d'invitation du +secrétaire du comité du monument de Salaberry +priant les membres du conseil +d'assister à la grande démonstration qui +a lieu aujourd'hui à Chambly., Il ne douta +pas qu'un grand nombre de membres de +cette Chambre aient désiré ardemment +pouvoir assister a cette belle cérémonie +faite en l'honneur du grand patriote +canadien dont la mémoire est chère à +tous; cependant nos devoirs parlementaires +nous empêchent d'y prendre part +et de nous procurer ce plaisir. Dans ces +circonstances il a cru convenable d'exprimer +les sentiments des membres du +conseil à cette occasion; pour cela il a rédigé +une dépêche qu'il se propose de soumettre +à l'approbation de la Chambre. Il +croit qu'il est inutile de relater l'histoire +du héros de Châteauguay, chacun la +connaît. Il croit que la Chambre sera +unanime à adopter la proposition qui +suit:—Il propose que la dépêche suivante +soit expédiée immédiatement à M. Dion, +secrétaire du comité du monument de +Salaberry:</p> + +<p>Adopté.</p> + +<p>"Que les membres du Conseil Législatif +désirent participer de coeur à la belle +démonstration de Chambly, qu'ils ne sauraient +être indifférents à cette manifestation +de notre patriotisme, célébrant le +patriotisme d'une autre époque; que la +foule d'élite qui se réunit aujourd'hui +autour du monument de Salaberry prouve +que les grandes âmes dominent le temps +et l'espace et se confondent dans un même +sentiment de loyauté et de courageuses +aspirations."</p> + +<p>L'honorable M. FERRIER appuie avec +beaucoup de plaisir la proposition de +l'honorable M. Ross. Il croit qu'il est +très convenable que le Conseil Législatif +fasse connaître les vives sympathies qu'il +a pour le héros de Châteauguay. Sans +doute, que si les membres de cette +chambre avaient pu assister à la démonstration +qui a eu lieu aujourd'hui à Chambly, +à la mémoire du colonel Salaberry, +ils l'auraient fait avec le plus grand plaisir.</p> + +<p>La motion est adoptée à l'unanimité et +l'Orateur du Conseil est chargé de la communiquer +au secrétaire, à Chambly, par +télégraphe.</p> + +<p>La séance est levée.</p> + +<br><br><br> + +<p>ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.</p> + +<p><i>Réponse de l'Assemblée Législative à l'invitation +qui avait été adressée à la Chambre +pour lui demander d'assister à la fête de +l'inauguration du monument élevé à la mémoire +de Salaberry.</i></p> + +<p>Salle du président de l'Assemblée Législative. +Québec, 7 juin 1881.</p> + +<p>A M. J. O. Dion. Secrétaire de la commission +du monument de Salaberry. Bassin +de Chambly.</p> + +<p>L'Assemblée Législative de la province +de Québec accuse réception de l'invitation +que lui fait le comité de Salaberry +pour la fête d'inauguration du monument +élevé à la mémoire du glorieux vainqueur +de Châteauguay.</p> + +<p>Elle est en séance et se joint unanimement +à ceux qui prennent part à cette +fête de patriotisme Canadien. L'assemblée +Législative de Québec ne saurait oublier +qu'en cette circonstance, le pays tout +entier s'incline non seulement devant le +soldat heureux qui fit triompher les armes +britanniques, mais encore devant le Canadien-Français +qui a su personnifier sur le +champ de bataille, la loyauté à l'Angleterre.</p> + +<p>Arthur Turcotte, +Président de l'Assemblée +Législative de la Province de Québec.</p> + +<br><br><br> + +<p>L'honorable M. CHAPLEAU—Je dois +remercier la Chambre de la réponse qui +vient d'être adressée à M. Dion. Au milieu +de nos luttes, au milieu de nos discussions, +il est rafraîchissant de saluer les +gloires du passé. Français par le coeur, +Salaberry a été la plus grande personnification +de la loyauté des Français au Canada. +On a redit sans doute, aujourd'hui, +à Chambly. sa bravoure, sa valeur. Nous +vous félicitons, M. le président, de nous +avoir précédés. Au milieu du choc des +opinions nous nous divisons, mais rappelons-nous +nos ancêtres, car au fond de +toutes nos luttes, malgré nos divisions +apparentes, nous poursuivons le même +but: le bien du pays: nous partageons +le même sentiment: l'amour de notre +patrie. La patrie a le droit d'être fière +de ceux qui nous ont précédés, leur souvenir +est cher à nos coeurs.</p> + +<p>Pour résumer ma pensée je dirai que le +culte des aïeux est juste, que les honneurs +que nous leur rendons sont bien mérités +et qu'il est beau de nous rappeler les exploits +de nos héros.</p> + +<p>Permettez-moi de réciter les vers suivants +qui m'ont été passés par un ami +qui réunit à la qualité de poète celle d'un +bon patriote:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">Après tout, ce n'est pas un vain mot que la gloire,</p> +<p class="i2">Ceux qui sont morts, pour nous revivent dans l'histoire,</p> +<p class="i2">L'histoire ouvre au mérite un vaste Panthéon.</p> +<p class="i2">Les hommes dévoués dont on garde les noms,</p> +<p class="i2">Sur le marbre ou l'airain, même sur une page,</p> +<p class="i2">Restent toujours vivants et sont un héritage,</p> +<p class="i2">Pour tout peuple qui croit à de grands avenirs.</p> +<p class="i2">Seulement, nous devons, parmi nos souvenirs,</p> +<p class="i2">Recueillir les bons noms, les poser comme exemple;</p> +<p class="i2">Pour les grandir encore, les loger dans un temple;</p> +<p class="i2">Y sacrifier tout, l'or et l'art, et le talent,</p> +<p class="i2">Pour que l'esprit du peuple y voie un monument.</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<p>M. JOLY.—Je me joins à la Chambre +pour vous remercier, M. le Président, de +ce que vous vous êtes fait l'interprète des +sentiments de la Chambre en cette circonstance. +Le nom de Salaberry réveille +de profondes sympathies. Le peuple est +heureux qu'on lui rappelle le souvenir +des exploits de ce héros. L'histoire du +Canadien se résume par ces deux mots: +"Loyauté et Fidélité." Fidèles à la, +France, fidèles à l'Angleterre, nous avons +le droit d'inscrire ces deux mots sur +notre bannière comme étant la devise du +peuple canadien.</p> +<br><br><br> + + +<p>M. LYNCH—J'espère qu'à l'avenir, les +Canadiens-Français continueront à marcher +côte à côte avec leurs concitoyens d'origine +britannique pour la défense du +pays. J'espère que le sol canadien ne sera +jamais profané par l'invasion de l'étranger.</p> + +<br><br><br> + +<p>M. ROSS—Nous ferons à l'avenir ce +nous avons fait par le passé, et nous +prenons dans ce qui a été fait par le brave +Salaberry la gloire qui lui appartient et la +gloire qui nous appartient à chacun de +nous. Il est beau de consulter notre histoire +et prendre exemple des hauts faits +accomplis par nos prédécesseurs.</p> +<br><br><br> + +<p><i>Dans le mois d'août 1879, on lisait dans le +Journal de Québec sous la signature de M. +T. P. Bédard:</i></p> + +<p>LE COLONEL DE SALABERRY ET LES + HURONS DE LORETTE.</p> + +<p>Le mouvement populaire en faveur de +l'érection d'un monument au héros de +Châteauguay donne de l'actualité au fait +suivant, qui m'a été raconté, il y a quelques +jours, par le chef des Hurons de la +Petite-Lorette:</p> + +<p>C'était en 1812; la jeunesse canadienne +était appelée sous les armes pour défendre +la patrie. Mue par un sentiment de patriotisme +et docile à la voix des autorités +ecclésiastiques, elle s'était empressée de +se rendre à l'appel du gouvernement +anglais; de plus, on avait décidé de demander +le concours des sauvages, encore +en assez grand nombre à cette époque.</p> + +<p>Le colonel de Salaberry se chargea lui-même +d'aller à Lorette pour recruter les +Hurons, et, dans ce but, une grande assemblée +fut convoquée, et le colonel leur +annonça alors que leurs services étaient +requis; tous s'empressèrent à l'envi de +donner leurs noms pour aller combattre +sous le drapeau anglais.</p> + +<p>Après s'être consulté avec les autorités +militaires, M. de Salaberry revint au village, +quelques jours après, annoncer aux +Hurons que le gouvernement avait décidé +de les garder comme réserve, au cas où +Québec serait attaqué et où les Américains +envahiraient le pays par le chemin +de Kennébec.</p> + +<p>Nonobstant cette déclaration, six Hurons +parmi lesquels Joseph et Stanislas +Vincent, réclamèrent à grands cris l'honneur +d'aller servir dans les rangs des voltigeurs +canadiens.</p> + +<p>A la bataille de Châteauguay, où 800 +Canadiens accomplirent ce fait d'armes +étonnant de mettre en déroute un corps +d'arme de sept ou huit mille hommes, +les frères Vincent traversèrent la rivière à +la nage pour faire prisonniers les fuyards +qui refusaient de se rendre.</p> + +<p>Mais ces deux héros, très braves et très +déterminés pendant l'action, n'étaient pas +très forts sur la discipline, en sorte que +quelques jours après la bataille, se croyant +parfaitement libres, ils laissèrent le service +et abandonnèrent leur compagnie pour +retourner dans leurs foyers. C'était un +cas de désertion flagrante, et, d'après le +code militaire, qui est inexorable à ce +sujet, ils devaient être passés par les +armes; il fallait une grande influence +pour obtenir leur grâce, et, à ce sujet, +voici ce qu'écrivait M. de Salaberry, père, +au colonel son fils:</p> + +<p>A Beauport, le 4 décembre 1818</p> + +<p>"Mon cher fils,</p> + +<p>"Joseph et Stanislas Vincent, de ton +régiment, sont arrivés à Lorette, le 2 décembre, +et sont venus tout de suite se +rendre à moi. Ils témoignent un vrai repentir +et un grand regret de ce qu'ils ont +fait. Ils disent qu'ils savent bien qu'il n'y +a pas de bonnes excuses pour une telle +folie; mais que cependant ils peuvent +dire avec vérité qu'ils ne l'ont faite que +par de mauvais conseils et qu'ils ne l'auraient +pas faite sans cela. Les autres sauvages +leur ont dit que les hommes des +nations, c'est-à-dire les nations indiennes, +ne devraient servir que comme des sauvages +et non comme des soldats engagés."</p> + +<p>"Ils ajoutent qu'ils n'auraient pas dû +écouter ces mauvais conseils; mais que +les jeunes n'ont pas l'expérience des anciens. +Ils disent que comme je suis le +père des Hurons et du plus grand guerrier +qu'ait le roi, ils s'adressent à moi, avec +confiance pour obtenir leur grâce. Je leur +ai répondu que j'allais te la demander +tout de suite, et j'étais persuadé que tu +me l'accorderais parce qu'en effet, les vrais +braves sont toujours miséricordieux envers +ceux qui se soumettent et se +repentent. Je te prie donc, mon cher fils, +de leur pardonner de bonne grâce à cause +de leur repentir et de leur confiance en +toi et en moi."</p> + +<p>"Je pense bien que je serai pour beaucoup +en ce pardon; mais encore une autre +raison: le grand chef est survenu en disant +que tu sais bien qu'il t'estime beaucoup +comme font aussi tous les autres +chefs, qu'ils l'ont chargé de te demander +(en leurs noms et au sien) pardon pour +leurs jeunes gens."</p> + +<p>"Cette nation et ses chefs t'aiment beaucoup +et admirent fort <i>le grand guerrier</i>!"</p> + +<p>Ls. SALABERRY.</p> + +<br><br><br> + +<p>Les Hurons reconnaissants ont voulu +prouver leur gratitude en souscrivant au +monument de Salaberry.</p> + +<br><br><br> + +<h3>FIN.</h3> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13096 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/13096-h/images/fig1.png b/13096-h/images/fig1.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..fcbee52 --- /dev/null +++ b/13096-h/images/fig1.png |
