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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:40:43 -0700 |
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This file was produced from images generously +made available by gallica (Bibliothèque nationale de France) at +http://gallica.bnf.fr + + + + + + +OEUVRES + +DE + +NAPOLÉON BONAPARTE. + +TOME DEUXIÈME. + +MDCCCXXI. + + + +PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE. + +(Suite). + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5 (1er septembre +1797.) + +_Au directoire exécutif._ + +Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois mois qu'ils +doivent prendre leur service, ne sont pas encore arrivés: ce retard a +tellement bouleversé ce service, malgré le soin qu'on y a apporté, que +les malades s'en ressentent, et que le nombre des morts aux hôpitaux +s'en accroîtra considérablement. + +L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine et de +soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, et est, +aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a pas coûté un sou à +l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit lui en être revenu des pots +de vin de la part de ses agens en Italie: nous avons tout acheté avec +l'argent de la république. + +Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé, et +qu'aucune autre ne la remplace. L'équipage d'artillerie périt déjà si +sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur et moi, devoir prendre +des mesures promptes pour que ce service n'éprouvât aucun choc, et que +les hommes qui en ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en +répondre. + +L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché que je vous +envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul moyen pour que nos +six mille chevaux ne soient pas gaspillés en peu de temps, et que se +service, si essentiel maintenant, ne soit pas entièrement bouleversé. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797.) + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris au ministre des +finances, je vous prie d'en prendre lecture. + +Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que chacun connût +quelle peut être la source de ces mille et un propos qui se répandent +dans le public, et dont on trouve l'origine dans les impostures de la +trésorerie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Au citoyen Carnot._ + +Le ministre de la guerre me demande des renseignemens sur les opérations +que l'on pourrait entreprendre si la guerre recommençait. Je pense qu'il +faudrait avoir sur le Rhin une armée de douze mille hommes de cavalerie +et quatre-vingt mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le +siége de Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir en +Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie. + +La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait perdue. + +Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de quatre-vingt +mille hommes on peut toujours avoir soixante mille hommes en ligne de +bataille, et vingt mille en deçà en détachemens, pour se maintenir et +rester maîtres de ses derrières. + +Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix mille sans +difficulté, à chance égale de bonheur. + +Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille hommes +d'infanterie. + +Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie présens +sous les armes. + +Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer en Allemagne, +que de soixante mille hommes d'infanterie; on aura huit mille +Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui faudrait encore dix mille +Français. + +Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes. + +Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie. + +Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées à nous +entendre. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Au ministre des finances._ + +J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée par le +dernier courrier. + +Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a dit sur les +principes qui avaient été posés pour la marche de la comptabilité des +finances de l'armée d'Italie est faux. Il n'y a jamais eu à l'armée +d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de commissaire du gouvernement, +qu'une seule caisse, qui est celle du payeur de l'armée; elle se divise +naturellement en deux branches, en caisse recevante, que nous avons +appelée _caisse centrale_, et qui est destinée à recevoir les +contributions, et en _caisse dépensante_: celle-ci sert à payer les +dépenses de l'armée. + +Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère +d'ineptie et de fausseté qui ne peut être expliqué que par la plus +grande malveillance. + +La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: elle dit un +mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine à faire son service, et +l'on suffit difficilement au prêt. + +On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par mois, autre +inexactitude: le prêt de l'armée monte à 3,000,000 par mois. + +On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à l'armée du Rhin, +autre fausseté; elle lui a envoyé un million l'année dernière, et un +autre million cette année: il y a près de trois mois que ce dernier est +arrivé. + +Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses de l'état et +les autres armées de la république sont faits avec la même bonne foi, je +ne suis plus étonné que les comptes de la trésorerie soient en si grande +dissonance avec la réalité. + +Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de l'armée que +pour ne pas souffrir qu'une trésorerie mal intentionnée vienne nous ôter +la subsistance que le soldat s'est gagnée, et nous fasse périr de faim. + +Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors nous nous +embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera. + +Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé pour +les matelots de Toulon, qu'elle a retiré à Paris, quoique la paye des +matelots se trouvât arriérée de trois mois, et par le million que +j'avais envoyé à Brest, qu'elle a retenu à Paris, quoique les matelots +de Brest se trouvassent sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu +du bien du soldat, pourvu qu'elle conclue des marchés comme ceux de la +compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. pour le +transport d'un million à Paris. Un million en espèces pèse à peu près +dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, qui, rendues en +poste et en cinq jours à Paris, occasionneraient une dépense de trois +à quatre cents louis; si vous ajoutez à cela la faculté de pouvoir +le transporter en or et en lettres de change, il est facile de vous +convaincre quelle est la friponnerie qui dirige toutes les opérations de +la trésorerie. + +Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette lettre aux +commissaires de la trésorerie, et de les prier, lorsqu'ils auront des +assertions à publier sur les finances de l'armée d'Italie, de vouloir +bien être un peu mieux instruits, et de s'occuper franchement des +besoins de l'état. + +L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions à la +république, indépendamment de l'équipement, de l'habillement, de +la solde et de tout l'entretien d'une des premières armées de la +république. Mais la postérité, en feuilletant l'histoire des siècles qui +nous ont précédés, observera qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on +ne s'imagine pas que cela ait pu se faire sans imposer des privations +à l'armée d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les +autres armées, que notre marine, que le gouvernement avaient de plus +grands besoins encore. + +L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais envoyé un +million à Toulon, la trésorerie s'en est emparée, et il nous faut +aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir acquitter six mois de +l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement de la flotte et à +l'habillement et équipement des matelots et garnisons des vaisseaux. +Sans doute que la trésorerie dénoncera encore le commissaire +ordonnateur, parce qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne +sache pas qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et +l'impudence. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie, aux citoyens de la +huitième division militaire._ + +Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement militaire. + +Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux; des +hommes ennemis de la liberté ont en vain cherché à vous égarer. + +Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées le bonheur et la +paix. + +Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur à la commune +qui ne vous protégera pas! malheur aux corps constitués qui couvriraient +de l'indulgence le crime et l'assassinat! + +Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats, vous êtes +dignes de vos frères d'armes d'Italie! protégez les républicains, et ne +souffrez pas que des hommes couverts de crime, qui ont livré Toulon aux +Anglais, qui nous ont obligés à un siége long, et pénible, qui ont en un +seul jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous fassent +la loi. + +Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez dans votre +conscience: êtes-vous amis de la république, de la gloire nationale? +êtes-vous dignes d'être les magistrats de la grande nation? Faites +exécuter les lois avec exactitude, et sachez que vous serez responsables +du sang versé sous vos yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la +constitution et à la liberté; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes +que les agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5 (6 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise. Elle est nue et +arriérée de quatre mois de paye: cela ne laisse pas de nous embarrasser +beaucoup, puisqu'elle nous coûtera deux millions. + +L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque mois pour +entretenir une armée nombreuse, et qui se nourrit déjà depuis deux ans +dans cette contrée, ne donnent de l'inquiétude pour l'avenir. + +Le ministre des relations extérieures vous rendra compte que les +négociations vont assez mal; cependant je ne doute pas que la cour de +Vienne n'y pense à deux fois avant de s'exposer à une rupture, qui +aurait pour elle des conséquences incalculables. + +Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus nous +reconnaissons de la part de Thugut, qui a rédigé les instructions, une +mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée. Tout le manége d'Udine me +paraît avoir pour but d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans +une position effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation +topographique: neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien +revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents pièces de +canon et approvisionnée pour huit mois à six mille hommes. Ce serait +pour eux un siège du premier ordre à entreprendre; ils seraient obligés +de faire venir leur artillerie de Vienne. Depuis quatre mois que nous +possédons cette place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus +grande activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans +le plus grand désordre. Cette place seule change la nature de notre +position en Italie. + +Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité +d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se décider promptement et +rapidement. Si la campagne ne commence point dans les premiers jours +d'octobre, vous ne devez pas compter que je puisse entrer en Allemagne +avant la fin de mars. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 21 fructidor an 5 (7 septembre +1797). + +_À MM. Vurtemberger et Schmidt, représentans de la confédération +helvétique._ + +Je ne reçois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datée du 29 août. +Je vous prie d'être persuadés du plaisir que j'aurais eu à pouvoir +de nouveau vous témoigner de vive voix les sentimens que vous m'avez +inspirés, et vous remercier moi-même de la sagesse avec laquelle vous +avez, pendant votre gouvernement, contribué à la tranquillité de nos +frontières. + +La nation que vous représentez a une réputation de sagesse, que l'on +aime à voir confirmée par la conduite de ses représentans. + +Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours comme un des +momens les plus heureux celui où il me sera possible de faire quelque +chose qui puisse convaincre les treize cantons de l'estime et de la +considération toute particulière que les Français ont pour eux. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier général à Passeriano, le 24 fructidor an 5 (10 septembre +1797). + +_À l'archevêque de Gênes._ + +Je reçois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. J'ai +cru entendre un des douze apôtres: c'est ainsi que parlait saint Paul. +Que la religion est respectable quand elle a des ministres comme vous! +Véritable apôtre de l'Evangile, vous inspirez le respect, vous obligez +vos ennemis à vous estimer et a vous admirer; vous convertissez même +l'incrédule. + +Pourquoi faut-il qu'une église qui a un chef comme vous ait de +misérables subalternes, qui ne sont pas animés par l'esprit de charité +et de paix? Leurs discours démentent l'Evangile. Jésus-Christ mourut +plutôt que de confondre ses ennemis autrement que par la foi. Le prêtre +réprouvé, au contraire, a l'oeil hagard; il prêche la révolte, le +meurtre, le sang; il est payé par l'or du riche; il a vendu, comme +Judas, le pauvre peuple. Purgez-en votre église, et faites tomber sur +eux l'anathème et la malédiction du ciel..... + +La souveraineté du peuple, la liberté, c'est le code de l'Evangile. + +J'espère sous peu être à Gênes: mon plus grand plaisir sera de vous y +voir. Un prélat comme Fénélon, l'archevêque de Milan, l'archevêque +de Ravenne, rend la religion aimable en pratiquant toutes les vertus +qu'elle enseigne; et c'est le plus beau présent que le ciel puisse faire +à une grande ville et à un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux +sentimens, etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 25 fructidor an 5 (11 septembre +1797). + +_Au gouvernement de Gênes._ + +Le citoyen Ruggieri m'a communiqué les différentes proclamations qui +contestent ce que vous avez fait dans les journées difficiles où vous +vous êtes trouvé. Agissez avec force; faites désarmer les villages +rebelles; faites arrêter les principaux coupables; faites remplacer +les mauvais prêtres, ces lâches qui, au lieu de prêcher la morale de +l'Evangile, prêchent la tyrannie. Chassez les curés, ces scélérats qui +ont ameuté le peuple et armé le bon paysan contre sa propre cause; que +l'archevêque vous fournisse des prêtres qui, comme lui, retracent les +vertus des pères de l'Evangile. + +Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, votre troupe de +ligne, et, s'il en était besoin, faites connaître aux ennemis de la +liberté que j'ai cent mille hommes pour rejoindre avec votre nombreuse +garde nationale, et effacer jusqu'aux traces des ennemis de votre +liberté. + +Désormais la liberté ne peut plus périr à Gênes: malheur à ceux qui ne +se contenteraient pas du titre de simple citoyen, qui chercheraient à +reprendre un pouvoir que leur tyrannie leur a fait perdre! le moment de +leur exaltation deviendrait celui de leur perte. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys._ + +Camarades, les émigrés s'étaient emparés de la tribune nationale. + +Le directoire exécutif, les représentans restés fidèles à la patrie, les +républicains de toutes les classes, les soldats, se sont ralliés autour +de l'arbre de la liberté: ils ont invoqué les destins de la république, +et les partisans de la tyrannie sont aux fers. + +Camarades, dès que nous aurons purifié le continent, nous nous réunirons +à vous pour conquérir la liberté des mers: chacun de vous aura présent à +sa pensée le spectacle horrible de Toulon en cendre, de notre arsenal, +de treize vaisseaux de guerre en feu; et la victoire secondera nos +efforts. + +Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom français que dans +un petit coin du continent; avec vous, nous traverserons les mers, et la +gloire nationale verra les régions les plus éloignées. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Proclamation à l'armée._ + +Soldats, + +Nous allons célébrer le premier vendémiaire, l'époque la plus chère aux +Français; elle sera un jour bien célèbre dans les annales du monde. + +C'est de ce jour que datent la fondation de la république, +l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelée par +le destin à étonner et consoler le monde. + +Soldats! éloignés de votre patrie, et triomphant de l'Europe, on vous +préparait des chaînes; vous l'avez su, vous avez parlé: le peuple s'est +réveillé, a fixé les traîtres, et déjà ils sont aux fers. + +Vous apprendrez, par la proclamation du directoire exécutif, ce que +tramaient les ennemis particuliers du soldat, et spécialement des +divisions de l'armée d'Italie. + +Cette préférence nous honore: la haine des traîtres, des tyrans et des +esclaves sera dans l'histoire notre plus beau titre à la gloire et à +l'immortalité. + +Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la république, +aux armées de Sambre-et-Meuse et de l'intérieur, aux patriotes, aux +représentans restés fidèles au destin de la France; ils viennent de nous +rendre, d'un seul coup, ce que nous avons fait depuis six ans pour la +patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous envoie ma proclamation à l'armée, en lui faisant part de votre +proclamation et des événemens qui sont arrivés le 18 à Paris. + +Je ne sais par quelle fatalité le ministre de la guerre ne m'a pas +encore envoyé votre arrêté qui incorpore l'armée des Alpes dans l'armée +d'Italie. Un de ces arrêtés, qui est du 4 fructidor, vient de m'arriver +aujourd'hui, encore est-ce un envoi que vous m'avez fait des bureaux du +directoire même. + +J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquième demi-brigade de ligne, +commandée par le général de brigade Bon, et une cinquantaine d'hommes +à cheval: ces troupes se trouveront à peu près à Turin lorsque vous +recevrez cette lettre. + +J'ai fait partir le général de brigade Lannes avec la vingtième +d'infanterie légère, et la neuvième de ligne, pour Marseille: elle se +trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, à peu près à la hauteur de +Gênes. + +J'ai envoyé dans les départemens du Midi la proclamation que je vous +fais passer. + +Je vais également m'occuper de faire une proclamation pour les habitans +de Lyon, dès que je saurai à peu près ce qui s'y sera passé; dès +l'instant que j'apprendrai qu'il y a le moindre trouble, je m'y porterai +avec rapidité. + +L'état-major a envoyé copie de votre arrêté au général Kellermann. +Comptez que vous avez ici cent mille hommes qui, seuls, sauraient faire +respecter les mesures que vous prendrez pour asseoir la liberté sur des +bases solides. + +Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous sommes honnis +dans notre patrie? On peut dire de Paris ce que Cassius disait de Rome: +Qu'importe qu'on l'appelle reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la +Seine, esclave de l'or de Pitt? + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Le général Clarke vous écrit en grand détail, citoyen ministre, pour +vous faire connaître notre situation; vous trouverez également dans sa +correspondance la copie des procès-verbaux; toutes ces négociations ne +sont que des plaisanteries, les vraies négociations se feront à Paris. +Si le gouvernement prend une bonne fois la stabilité qu'il doit avoir; +si cette poignée d'hommes évidemment vendus à l'Angleterre, ou séduits +par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve une fois dans +l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez la paix, et telle que +vous la voudrez, quarante-huit heures après. + +On se figurerait difficilement l'imbécillité et la mauvaise foi de la +cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos négociations sont suspendues, +parce que les plénipotentiaires de S.M. ont envoyé un courrier à Vienne +pour connaître l'_ultimatum_ de l'empereur. + +Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment, +dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spécifiées dans nos +observations sur l'article 4 des préliminaires, seraient pour nous +Mayence, etc. + +Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. Corfou, etc., à nous. + +Le reste de l'Italie libre, à la Cisalpine. + +Nous donnerions Palma-Nova le même jour qu'ils nous donneraient Mayence. + +Je vous le répète, que la république ne soit pas chancelante; que cette +nuée de journaux qui corrompent l'esprit public et font avoir de nous +une très mauvaise opinion à l'étranger, soit étouffée; que le corps +législatif soit pur et ne soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la +France les émigrés, et que l'on ôte de toutes les administrations les +partisans de la royauté, que solde l'or de l'Angleterre, et la grande +nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout cela n'existera +pas, ne comptez sur rien. Tous les étrangers nous menacent de l'opinion +de la France: que l'on ait de l'énergie sans fanatisme, des principes +sans démagogie, et de la sévérité sans cruauté; que l'on cesse d'être +faible, tremblant; que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'être +républicain; que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves +conjurés contre nous, et le sort de l'Europe est décidé. + +Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de la république +n'écoutent que la voix de la postérité. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples._ + +Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: M. le marquis +de Gallo m'a effectivement parlé du projet qu'avait S.M. le roi des +Deux-Siciles, soit sur les îles du Levant, soit sur les nouvelles +frontières du côté du pape. + +La république française saisira toutes les occasions de donner à S.M. +le roi des Deux-Siciles une marque du désir qu'elle a de faire quelque +chose qui lui soit agréable. M. le marquis de Gallo, qui a toujours été +l'interprète des sentimens de la cour de Naples à la cour de Vienne, +pour porter cette cour à une paix si nécessaire pour les deux états et +si ardemment désirée par le gouvernement français, est plus propre que +personne à suivre des négociations si intéressantes pour S. M. le roi +des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances l'eussent permis, nous +aurions déjà ouvert des négociations à cet effet; mais nous avons pensé +que dans un moment où l'on traitait des négociations qui doivent servir +à la France de base dans le système du midi de l'Europe, il était +impossible de rien décider. J'espère cependant que, d'un moment à +l'autre, les négociations d'Udine prendront un caractère plus décidé, et +assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que la république française fera +tout ce qui dépendra d'elle pour répondre à ses désirs. + +Quant à moi, la cour de Naples connaît l'empressement que j'ai toujours +eu de faire quelque chose qui pût lui être agréable. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le département du Liamone, en Corse, n'est pas content d'avoir pour chef +d'escadron de la gendarmerie de ce département le citoyen Gentilli: je +vous prie de confirmer la nomination du citoyen Caura, qui remplit déjà +cette place; il a rendu des services essentiels dans la reprise de +l'île, et joint à une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes, +un grand courage et un patriotisme éprouvé. + +Ce département se plaint aussi de ce qu'on a ôté les bons patriotes et +anciens officiers qui remplissaient les places de lieutenans, pour y +mettre trois cousins du citoyen Salicetti, dont l'un est un jeune homme +qui n'a jamais servi. + +Il y a entre les deux départemens qui divisent la Corse une certaine +rivalité, qu'il est d'une bonne politique de laisser subsister, et qui +serait d'ailleurs extrêmement difficile à détruire. + +Le département du Liamone aime mieux avoir un Français du continent +employé dans sa garde qu'un Corse du département du Golo. Vous sentez +combien il est avantageux que ces deux extrémités de l'île s'attachent +entièrement à la métropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer +les citoyens Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre de la marine._ + +L'amiral Brueys est arrivé à Venise, comme j'ai eu l'honneur de vous +écrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour ses matelots et ses +soldats, trois mois de vivres, et toute la solde arriérée: cela nous +coûte deux millions, et met le prêt de l'armée en danger de manquer. +Nous avions déjà envoyé un million à Toulon à cet effet. + +L'amiral Brueys ne tardera pas à partir prendre à Corfou une partie des +vaisseaux vénitiens qu'il y a laissés, et à retourner à Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai eu l'honneur de vous prévenir, dans le temps, que j'avais fait +prendre, à Livourne, trente mille fusils appartenant au roi d'Espagne: +c'est avec ces fusils que nous avons fait toute la campagne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_À M. le marquis de Manfredini._ + +Je reçois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre avec un +extrait de la réponse de M. de Corsini. Vous attachez peut-être trop +d'importance au dire de certains folliculaires aussi méprisables +qu'universellement méprisés. Au reste, je crois que vous ferez très-bien +d'engager M. Corsini à ne plus se mêler des intrigues de France: c'est +un pays difficile à connaître, et les ministres étrangers ne doivent pas +se mêler des affaires intérieures. + +J'ai été fâché de voir, dans les papiers qui sont tombés entre mes +mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart et autres intrigans, +gagnés par les guinées de l'Angleterre, et qui sont une source de +dissensions et de désordres. Ici, les choses ne vont pas aussi bien +qu'elles devraient aller: heureux les princes qui ont des ministres +comme vous! + +Un jour, le protocole de nos séances sera publié, et vous serez +étonné de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles on joue les +intentions de l'empereur et peut-être la sûreté de sa couronne. Au +reste, rien n'est encore désespéré. Croyez que, quels que soient les +événemens, rien n'altérera l'estime et la considération que j'ai pour +votre personne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797) + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je vous envoie la lettre que j'écris au citoyen Canclaux, ministre à +Naples, en réponse aux ouvertures qui lui ont été faites par M. Acton, +et dont il vous aura sûrement rendu compte. + +La cour de Naples ne rêve plus qu'accroissement et grandeur; elle +voudrait, d'un côté, Corfou, Zante, Céphalonie, etc.; de l'autre, la +moitié des états du pape, et spécialement Ancône. Ces prétentions sont +trop plaisantes: je crois qu'elle veut en échange nous céder l'île +d'Elbe. Je pense que désormais la grande maxime de la république doit +être de ne jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au +contraire, nous y établir solidement. Nous y trouverons des ressources +pour notre commerce, elles seront d'un grand intérêt pour nous et les +événemens futurs de l'Europe. + +Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? L'amiral Brueys +pourrait très-bien mouiller là et s'en emparer: quatre cents chevaliers, +et au plus un régiment de cinq cents hommes, sont la seule garde qu'ait +la ville de la Valette. Les habitans, qui montent à plus de cent mille, +sont très-portés pour nous, et fort dégoûtés de leurs chevaliers qui ne +peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait exprès confisquer +tous leurs biens en Italie. Avec l'île de Saint-Pierre, que nous a cédée +le roi de Sardaigne, Malte, Corfou, nous serons maîtres de toute la +Méditerranée. + +S'il arrivait qu'à notre paix avec l'Angleterre nous fussions obligés +de céder le cap de Bonne-Espérance, il faudrait alors nous emparer de +l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu à une nation européenne, les +Vénitiens seuls y ont une prépondérance précaire. On pourrait partir +d'ici avec vingt-cinq mille hommes escortés par huit ou dix bâtimens de +ligne ou frégates vénitiennes, et s'en emparer. + +_L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur_. + +Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris quelques +renseignemens, et me fissiez connaître quelle réaction aurait sur la +Porte notre expédition d'Egypte. + +Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes religions sont égales, +mahométane, cophte, arabe, etc., tout cela nous est indifférent: nous +respecterons les unes comme les autres. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures_. + +Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reçois du citoyen +Arnault. La cour de Naples est gouvernée par Acton. Acton a appris l'art +de gouverner sous Léopold à Florence, et Léopold avait pour principe +d'envoyer des espions dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y +passait. + +Je crois qu'une petite lettre de vous à Canclaux pour l'engager à +montrer un peu plus de dignité, et une plainte à Acton sur ce que les +négocians français ne sont pas traités avec égard, ne ferait pas un +mauvais effet. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au général Augereau._ + +J'ai reçu, citoyen général, par votre aide-de-camp, la lettre que vous +m'avez écrite. + +J'avais précédemment reçu celle par laquelle vous m'annonciez les +événemens mémorables du 18 fructidor. Toute l'armée a applaudi à la +sagesse et à l'énergie que vous avez montrées dans cette circonstance +essentielle, et elle a pris part au succès de la patrie avec cet +enthousiasme et cette énergie qui la caractérisent. + +Il est à souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule et +que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est qu'avec +la sagesse, et une modération de pensée, que l'on peut assurer d'une +manière stable le bonheur de la patrie. Quant à moi, c'est le voeu le +plus ardent de mon coeur. + +Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous faites à Paris. + +Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voués. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le général +Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour décider cette cour à nous +faire promptement une réponse catégorique et à culbuter Thugut ou le +forcer, malgré lui, à faire la paix; qu'il avait écrit à cet effet à +l'impératrice et dressé leur petit manége de cour. + +Nous sommes convenus que, si l'empereur, en exécution de l'article 4 des +préliminaires, nous reconnaissait les limites constitutionnelles, qui, +à peu de choses près, sont celles du Rhin; si, avec notre bonne foi, il +faisait tous ses efforts pour nous mettre en possession de Mayence, +nous le mettrions à notre tour en possession de Venise et de la rive de +l'Adige. Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., que +lorsqu'au préalable nous serions dans les remparts de Mayence. Pendant +les dix ou douze jours que l'on attendra la réponse de Vienne, les +négociations vont à peu près languir. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Les commissaires du gouvernement pour la recherche des objets de +sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission. + +Je retiens auprès de moi les citoyens Monge et Berthollet. Les citoyens +Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens Moitte et Thouin +sont partis avec les convois venus de Rome et sont déjà arrivés à +Marseille. + +Ces hommes distingués par leurs talens ont servi la république avec +un zèle, une activité, une modestie et un désintéressement sans égal; +uniquement occupés de l'objet de leur mission, ils se sont acquis +l'estime de toute l'armée; ils ont donné à l'Italie, dans la mission +délicate qu'ils étaient chargés de remplir, l'exemple des vertus qui +accompagnent presque toujours les talens distingués. + +Le citoyen Tinet désirerait avoir un logement à Paris. + +Si vous formiez une académie à Rome, le citoyen Berthollet serait digne +d'en avoir la présidence. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17 +septembre 1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +J'ai reçu, dans le temps, citoyen général, vos différentes lettres: il +est indispensable, pour les opérations de l'armée d'Italie, que je sois +absolument maître de l'Adriatique. + +J'estime que, pour être maître de l'Adriatique dans toutes les +circonstances et dans toutes les opérations que je voudrai entreprendre, +j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, quatre frégates, 4 corvettes, +tous commandés et montés par des équipages de garnison française. + +Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre. + +Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont à Corfou; je +prendrai deux frégates vénitiennes et deux françaises, deux corvettes +vénitiennes et deux françaises. + +Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-général +auquel vous remettrez le commandement de cette escadre. J'accepte avec +plaisir le citoyen Perrée ou tout autre que vous voudrez me donner. + +Le commissaire ordonnateur Roubaud et le général Berthier, ou, si +celui-ci était parti, le général Baraguay d'Hilliers, m'enverront, par +le retour de mon courrier, l'état nominatif des vaisseaux, des officiers +marins et la quantité des matelots français que vous destinez à monter +sur chacun d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reçu cet état, il me sera +possible de vous autoriser à retourner sur-le-champ à Corfou, et de là à +Toulon; et je vous ferai passer différentes instructions sur les objets +que vous aurez à remplir tout en faisant route. + +Profitez de ce temps-là pour achever vos approvisionnemens. Comme il +est impossible que je me rende à Venise, si vous pouviez vous absenter +pendant trente-six heures, vous pourriez vous-même vous rendre à +Passeriano. J'aurai a renouveler votre connaissance et à vous convaincre +des sentimens d'estime que vous m'avez inspirés. + +Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je vous prie de la +communiquer à l'ordre; assurez-les que tout est tranquille en France, et +qu'il n'a pas été répandu une seule goutte de sang. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17 +septembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai envoyé par un courrier extraordinaire l'ordre au général Sahuguet +de retourner à l'armée d'Italie. Ce général, qui était le seul +qui pouvait être utile pour calmer un peuple furieux et +contre-révolutionnaire dont Villot était le représentant, et lorsque +Dumolard présidait les cinq-cents, est aujourd'hui plus utile a l'armée. + +J'ai envoyé l'ordre au général Lanusse, qui est chez lui pour se guérir +d'une blessure qu'il a reçue à l'armée d'Italie, et dont il ne se +remettra jamais au point de pouvoir servir dans une armée active, de +se rendre à Toulon pour y prendre le commandement de cette place. +J'ai donné l'ordre au général Mailly d'aller prendre le commandement +d'Avignon. + +J'ai rappelé à l'armée le général commandant à Avignon, le général +Parat, l'adjudant-général Léopold Stabeurath, l'adjudant-général Boyer +et d'autres officiers de la huitième division, qui sont depuis trop +long-temps dans leurs places, et que j'ai cru nécessaire de faire +revenir, pour respirer l'air pur et républicain des camps. + +J'ai envoyé le chef de brigade Berthollet, blessé a Arcole, commander la +place d'Avignon. + +Le chef de brigade à la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvième, +commande l'arrondissement d'Antibes. + +J'ai envoyé dans la huitième division, pour être reportés comme +adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont été blessés dans la +campagne et qui tous étaient à la suite. + +Dès l'instant qu'un officier que j'ai envoyé à Lyon sera de retour, et +que j'aurai un état de situation exact de cette division, je ferai la +même chose pour Lyon. + +Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et tous les +subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, sans quoi +un général s'y trouve impuissant. J'ai donc lieu d'espérer qu'avec les +mêmes troupes qui existent dans ce moment-ci dans le midi, elles seront +suffisantes pour comprimer les malveillans, rétablir l'ordre, surtout si +vous destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous les +remplaciez par des hommes attachés à la liberté. + +J'ai envoyé l'ordre pour faire venir a l'armée d'Italie l'état-major +d'artillerie qui était à l'armée des Alpes, ainsi que tous les +détachemens des demi-brigades de l'armée d'Italie qu'on avait mal à +propos retenus. + +J'ai également envoyé l'ordre à deux bataillons de la vingt-troisième +demi-brigade d'infanterie légère, qui ne faisaient rien à Chambéry et +dans le Mont-Blanc, et dont en général l'esprit est bon, de rejoindre +l'armée. + +La quarante-cinquième demi-brigade est en marche pour Lyon. + +La vingtième demi-brigade va à Marseille. + +Il y a cependant à Lyon plus de monde qu'il n'en faut pour contenir +cette ville, si ceux qui les commandent veulent les faire agir, et que +les autorités et le gouvernement n'aient qu'une action. + +Il y a également dans la huitième division plus de troupes qu'il n'en +faut. + +Je crois qu'au moment où les nouvelles autorités constituées seront +organisées dans la huitième division militaire et à Lyon, et dès +l'instant où j'aurai pu également renouveler tous les états-majors +subalternes de ces départemens, qu'alors vous jugerez nécessaire de +m'ôter un commandement qui se trouve trop éloigné de moi, et qui n'est +qu'un surcroît aux occupations déjà trop considérables que j'ai. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 2e jour complémentaire an 5 (18 +septembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le congrès +d'Udine. + +M. de Meerveldt est parti pour Vienne. + +Vous aurez vu, dans la seconde séance du protocole, que nous avons +déclaré aux plénipotentiaires de S.M.I. que si au premier octobre la +paix n'était pas signée, nous ne négocierions plus sur la base des +préliminaires, mais sur la base respective de la puissance des deux +états. + +Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt revînt +avec des instructions de signer la paix aux conditions suivantes: + +1°. La ligne de l'Adige à l'empereur, y compris la ville de Venise. + +2°. La ligne de l'Adige à la république cisalpine, et dès lors Mantoue. + +3°. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spécifiées dans +le protocole de la cinquième séance, y compris Mayence. + +4°. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie que lorsque +nous entrerions dans les remparts de Mayence. + +5°. Corfou et les autres îles à nous. + +6°. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du Rhin pourrait +être arrangé dans la paix avec l'Empire. + +Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non ces +propositions. + +Si votre _ultimatum_ était de ne pas comprendre la ville de Venise dans +la part de l'empereur, je doute que la paix se fasse (cependant Venise +est la ville la plus digne de la liberté de toute l'Italie); et les +hostilités recommenceraient dans le courant d'octobre. + +L'ennemi est en position de guerre vis-à-vis de moi: il a sur les +frontières de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole et le Tyrol dix +mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix mille d'infanterie. + +Il y a dans l'intérieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit mille +hommes de cavalerie Hongroise levés en masse, et qui s'exercent depuis +trois mois. + +L'armée française en Italie a un pays immense et un grand nombre +de places fortes à garder, ce qui fait que je ne pourrai prendre +l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie et quarante-cinq +mille hommes d'infanterie sous les armes. Ajoutez à cela à peu près deux +mille Polonais, et tout au plus mille Italiens devant rester en Italie +pour maintenir la police et prêter main forte à leur gouvernement qui +sera tourmenté par toute espèce de factions et de fanatisme, quelles que +soient les mesures que je compte prendre pour assurer la tranquillité +pendant mon absence. + +Je crois donc que si votre _ultimatum_ est de garder Venise, vous devez +regarder la guerre comme probable, et: + +1°. M'envoyer l'ordre d'arrêter la marche de cinq cents hommes qui vont +dans l'intérieur, pour que je les fasse revenir à l'armée. + +2°. Faire ratifier par les conseils le traité d'alliance avec le roi de +Sardaigne; ce qui mettrait à peu près huit mille hommes de plus à ma +disposition. + +Malgré ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi. + +Si je le préviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et je suis, +quinze jours après le premier coup de fusil tiré, sous les murs de +Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient très-douteux. + +Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que je vous +indique afin d'augmenter l'armée, vous sentez que le jour où je serais +près de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes sur les bras. + +J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que la nation a +le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens n'acceptent +pas les propositions de paix supposées plus haut, il faut que je sois +renforcé de quatre mille hommes de cavalerie, entre autres de deux +régimens de cuirassiers et de douze mille hommes d'infanterie. + +Je pense également que du restant vous ne devez former sur le Rhin +qu'une seule armée, qu'elle doit avoir pour but d'entrer en Bavière, de +manière qu'en pressant l'ennemi entre ces deux masses, nous l'obligions +à nous céder tout le pays en-deçà du Danube. + +Faites attention que je suis ici plus près de Vienne, que ne l'est +Ratisbonne de l'armée du Rhin, et qu'il faut vingt jours de marche à +celle-ci pour arriver à cette dernière ville. + +Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes les forces +de la maison d'Autriche sont contre l'armée d'Italie, et toutes ces +forces sont disposées en échelons de manière à accourir promptement au +point où j'aurais percé. + +Si votre _ultimatum_ est que Venise ne soit pas donnée à l'empereur, +je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures que je vous ai +indiquées: à la fin d'octobre, les renforts que je demande peuvent être +arrivés à Milan, et en supposant que nous rompions le 15 octobre, les +quinze jours dont nous conviendrons pour en prévenir nos gouvernemens +et les armées, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai de +manière, dès l'instant que je saurai que ces renforts auront passé les +Alpes, à m'en servir comme s'ils étaient déjà sur l'Isonzo. + +Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande attention à +toutes les dispositions contenues dans la présente lettre, de surveiller +et de vous assurer de l'exécution des différens ordres que vous +donnerez, car la destinée de l'Europe sera indubitablement attachée aux +mesures que vous prendrez. + +Je vous fais passer une note sur la situation de mon armée, calculée +sur sa force actuelle, pour vous mettre à même de juger de la vérité de +l'exposé que je vous fais. + +BONAPARTE. + + + +An quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (18 +septembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je reçois à l'instant votre arrêté du 18 fructidor, relatif au général +Clarke: votre lettre a été quatorze jours en route. Je me suis déjà +aperçu du même retard dans les arrêtés que vous m'avez envoyés +relativement à la huitième division militaire et à l'armée des Alpes. + +Je dois rendre au général Clarke un témoignage de sa bonne conduite. +Soit dans les négociations, soit dans ses Conversations, il m'a paru +toujours animé par un patriotisme pur et gémir sur les progrès que +faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intérieurs de la +république. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (19 +Septembre 1797) + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Les plénipotentiaires de l'empereur ont reçu un courrier de Vienne; +ils sont venus nous trouver et voulaient insérer, au protocole, des +observations sur le congrès qui doit se tenir à Rastadt pour la paix +avec l'Empire; ils voulaient que ce congrès se tînt sur-le-champ et +allât de pair avec les négociations d'Udine. La mauvaise foi de Thugut +est égale à la bêtise de ses négociateurs. + +Je leur ai fait sentir que c'était représenter le congrès de Berne sous +un autre nom; je leur ai fait voir la réponse que nous ferions à leur +note, et j'ai fini par leur dire que le directoire exécutif était +indigné des menées ridicules du cabinet de Vienne; qu'il fallait enfin +qu'ils se souvinssent que cette paix avait été accordée par le vainqueur +aux vaincus; et s'ils avaient trouvé à Léoben un refuge dans notre +modération, il était temps de les faire souvenir de la posture humble et +suppliante qu'ils avaient alors; qu'à force de vouloir analyser sur des +choses de forme, et en elles-mêmes étrangères au grand résultat de la +négociation, ils m'obligeraient de leur dire que la fortune s'était +prononcée, que désormais non-seulement le ton de la supériorité était +ridicule, mais même le ton de l'égalité inconvenant; que s'ils n'avaient +pas voulu reconnaître la république française à Léoben, ils avaient été +obligés de reconnaître la république italienne. _Prenez garde,_ leur +ai-je dit, _que l'Europe ne voie la république de Vienne._ Tout cela les +a portés à ne pas faire leur déclaration pour le congrès de Rastadt. +Vous sentez facilement quel piège grossier Thugut prétendait nous +tendre, en voulant nous conduire à un congrès, tandis que nos +arrangemens ne sont pas faits avec l'empereur, et nous mettre par là +dans une position délicate avec plusieurs princes germains avec lesquels +nous sommes en paix. + +Nous leur avons déclaré que si l'empereur convoquait le congrès de +l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous obligerait à +déclarer, par une contre-note, à plusieurs princes que cela est sans +notre consentement, et que par là S. M. impériale se trouverait avoir +fait une école. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 3e. jour complémentaire an 5 (19 +septembre 1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, du 22 +fructidor, relativement à la mission que vous désirez donner à Sieyes en +Italie. Je crois effectivement comme vous, que sa présence serait aussi +nécessaire à Milan, qu'elle aurait pu l'être en Hollande, et qu'elle +l'est à Paris. + +Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues à perte +de vue et très-bavardes, nous sommes très-ignorans dans la science +politique morale. Nous n'avons pas encore défini ce que l'on entend par +pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Montesquieu nous a donné +de fausses définitions, non pas que cet homme célèbre n'eût été +véritablement à même de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit +lui-même, n'est qu'une espèce d'analyse de ce qui a existé ou existait: +c'est un résumé de notes faites dans ses voyages ou dans ses lectures. + +Il a fixé les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a défini, en +général, le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. + +Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution du pouvoir +législatif le droit de guerre et de paix, le droit de fixer la quantité +et la nature des impositions? + +La constitution anglaise a confié avec raison, une de ces attributions +à la chambre des communes, et elle a très-bien fait, parce que la +constitution anglaise n'est qu'une charte de privilèges: _c'est un +plafond tout en noir, mais bordé en or._ + +Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien que mal, +représente la nation, seule elle a dû avoir le droit de l'imposer; c'est +l'unique digue que l'on a pu trouver pour modifier le despotisme et +l'insolence des courtisans. + +Mais dans un gouvernement où toutes les autorités émanent de la nation, +où le souverain est le peuple, pourquoi classer dans les attributions du +pouvoir législatif des choses qui lui sont étrangères? + +Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous avons bien +définie, c'est la souveraineté du peuple; mais nous n'avons pas été +plus heureux dans la fixation de ce qui est constitutionnel, que dans +l'attribution des différens pouvoirs. + +L'organisation du peuple français n'est donc véritablement encore +qu'ébauchée. + +Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je lui donne, +devrait être considéré comme le vrai représentant de la nation, lequel +devrait gouverner en conséquence de la charte constitutionnelle et des +lois organiques; il se divise, il me semble, naturellement en deux +magistratures bien distinctes: + +Dans une qui surveille et n'agit pas, à laquelle ce que nous appelons +aujourd'hui pouvoir exécutif serait obligé de soumettre les grandes +mesures, si je puis parler ainsi, la législation de l'exécution: cette +grande magistrature serait véritablement le grand conseil de la nation; +il aurait toute la partie de l'administration ou de l'exécution, qui +est, par notre constitution, confiée au pouvoir législatif. + +Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait dans deux +magistratures, nommées par le peuple, dont une très-nombreuse, où +ne pourraient être admis que des hommes qui auraient déjà rempli +quelques-unes des fonctions qui donnent aux hommes de la maturité, sur +les objets du gouvernement. + +Le pouvoir législatif ferait d'abord toutes les lois organiques, les +changerait, mais pas en deux ou trois jours, comme l'on fait; car une +fois qu'une loi organique serait en exécution, je ne crois pas qu'on pût +la changer avant quatre ou cinq mois de discussion. + +Ce pouvoir législatif, sans rang dans la république, impassible, sans +yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, n'aurait pas d'ambition et +ne nous inonderait plus de mille lois de circonstances qui s'annulent +toutes seules par leur absurdité, et qui nous constituent une nation +sans lois avec trois cents in-folio de lois. + +Voilà, je crois, un code complet de politique, que les circonstances +dans lesquelles nous nous sommes trouvés rendent pardonnable. C'est un +si grand malheur pour une nation de trente millions d'habitans, et au +dix-huitième siècle, d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour +sauver la patrie! Les remèdes violens accusent le législateur; car une +constitution qui est donnée aux hommes, doit être calculée pour des +hommes. + +Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette lettre. +Je l'engage à m'écrire que j'ai tort; et croyez que vous me ferez un +sensible plaisir si vous pouvez contribuer à faire venir en Italie un +homme dont j'estime les talens, et pour qui j'ai une amitié tout à fait +particulière. Je le seconderai de tous mes moyens, et je désire +que, réunissant aux efforts, nous puissions donner à l'Italie une +constitution plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances +locales, et peut-être même aux vrais principes, que celle que nous lui +avons donnée. Pour ne pas faire une nouveauté, au milieu du tracas de la +guerre et des passions, il a été difficile de faire autrement. + +Je me résume, + +Non-seulement je vous réponds confidentiellement que je désire +que Sieyes vienne en Italie, mais je pense même, et cela +très-officiellement, que si nous ne donnons pas à Gênes et à la +république cisalpine une constitution qui leur convienne, la France n'en +tirera aucun avantage: leurs corps législatifs, achetés par l'or de +l'étranger, seront tout entiers à la disposition de la maison d'Autriche +et de Rome. Il en sera, en dernière analyse, comme de la Hollande. + +Comme la présente lettre n'est pas un objet de tactique; ni un plan de +campagne, je vous prie de la garder pour vous et pour Sieyes, et de ne +faire usage, si vous le jugez à propos, que de ce que je viens de vous +dire sur l'inconvenance des constitutions que nous avons données en +Italie. + +Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance entière +que j'ai en vous, et une réponse à votre dernière. + +Je vous salue. + +BONAPARTE. + + + +Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (19 septembre 1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous prie de +remettre au directoire, parce qu'elle renferme des dispositions +politiques et militaires. Je vous prie de la lire avec attention, et +d'avoir soin que dans le cas où l'_ultimatum_ serait que Venise restât +à la république cisalpine, l'on prît toutes les dispositions militaires +que j'indique dans ma lettre. + +Le parti qu'on doit prendre dépend absolument de l'intérieur. Peut-on +y rétablir la tranquillité sans armées? Peut-on se passer de la plus +grande partie des troupes qui y sont dans ce moment-ci? Alors il peut +être avantageux de faire encore une campagne. + +Ce n'est pas que, peut-être, lorsque l'empereur verra les armées du Rhin +et de Sambre-et-Meuse organisées dans une seule masse, l'armée du Nord +se rappuyant sur les armées du Rhin, les troupes de l'intérieur marchant +pour renforcer les armées; peut-être alors consentira-t-il lui-même à +renoncer à Venise. Mais, je vous le répète, il ne faut pas y compter. + +Toutes leurs positions sur leurs frontières sont telles que, s'ils +devaient se battre d'un instant à l'autre, leurs troupes sont campées et +prêtes à entrer eu campagne. + +BONAPARTE. + + + +Passeriano, le 5e. jour complémentaire an 5 (21 septembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs avec le +général Clarke: pour la règle, il faudrait que vous m'en envoyassiez de +nouveaux. + +Si j'ai accepté dans le temps la réunion de plusieurs fonctions dans ma +personne, j'ai voulu répondre à votre confiance, et j'ai pensé que les +circonstances de la patrie m'en faisaient un devoir. + +Aujourd'hui je pense que vous devez les séparer, je demande: + +1°. Que vous nommiez des plénipotentiaires pour le congrès d'Udine, et +que je n'y sois plus compris. + +2°. Que vous nommiez une commission de trois membres choisis parmi +les meilleurs publicistes, pour organiser la république d'Italie. La +constitution que nous lui avons donnée ne lui convient pas; il y faut de +grands changemens, que la religion, les moeurs de ces peuples et leur +situation locale recommandent. + +3°. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armée, elle a besoin de +tous mes soins. + +Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, une +nouvelle preuve du désir ardent que j'ai pour la gloire nationale. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 1er. vendémiaire an 6 (22 septembre +1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +J'ai reçu, citoyen, vos différentes lettres; j'ai examiné avec attention +les observations que vous me faites: je vais vous tracer la conduite que +vous avez à tenir, qui conciliera à la fois les intentions du ministre +de la marine, qui vous appelle à Toulon, et les intérêts de la +république dans les mers où vous vous trouverez. + +Les bâtimens vénitiens que vous devez conduire en France sont à Corfou; +il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de +station dans ce port pour pouvoir lever des matelots et vous mettre à +même de conduire en France les vaisseaux vénitiens. + +Je crois donc nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ l'ordre à +l'officier de marine qui commande le sixième vaisseau vénitien à Corfou, +de faire toute la diligence nécessaire pour lever des marins, afin que, +lorsque vous y serez arrivé, votre séjour soit le moins long possible. + +Vous partirez avec votre escadre, dès l'instant que le temps vous le +permettra, pour vous rendre à Corfou. + +Vous passerez par Raguse; vous ferez connaître à cette république +l'intérêt que prend à elle le directoire exécutif de la république +française, et la volonté qu'il a de la protéger contre quelque +ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier, et de garantir son +indépendance. + +Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle des bouches du +Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens s'en soient emparés, vous +déclarerez à l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper +sans violer un des articles préliminaires de paix qui existent entre S. +M. I. et la république française; vous le sommerez dès-lors d'évacuer +sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaçant, s'il s'y refusait, de +vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, et d'agir hostilement +contre les troupes de S. M. I. + +S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer des +bàtimens qui servent au transport de leurs vivres, ainsi que de +quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant soin de ne pas y +toucher et de mener tous les bâtimens autrichiens en séquestre à Corfou. +Vous préviendrez dans ce cas le commandant autrichien que vous tiendrez +en séquestre les-dits bâtimens jusqu'à ce qu'il ait évacué un territoire +qu'il n'a pas dû occuper. + +Vous pourrez demander à Raguse un rafraîchissement en vivres pour votre +équipage, moyennant cependant quelques procédés. + +Arrivé à Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux vénitiens dès +l'instant qu'ils seront montés par un assez grand nombre de matelots +albanais. + +En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord la troisième +légion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit où vous la +conduirez; vous vous concerterez à cet effet avec le général Baraguey +d'Hilliers: vous devez également faire courir le bruit que vous +embarquez un bien plus grand nombre de troupes, et qu'il s'est embarqué +à Ancône, sous l'escorte de vos frégates, plusieurs bataillons de +troupes. + +Vous aurez soin également de continuer à laisser entrevoir que vos +opérations vont se combiner avec celles de l'armée d'Italie. + +Vous vous concerterez à Venise avec l'ordonnateur de la marine et le +citoyen Forfait, pour embarquer à votre bord les caisses de tableaux et +d'objets d'art destinés pour Paris. + +Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de Goro, ou même +dans le port d'Ancône, les frégates _la Junon_ et _la Diane_, et les +bricks _l'Alceste_ et _le Jason_, qui seront sous les ordres du chef de +division Perrée. + +Vous laisserez à Corfou les frégates _l'Arthémise_ et _la Sibylle_, et +les bricks _le Mondovi_ et _la Cybèle_, qui seront également sous les +ordres du chef de division Perrée, et qui devront se tenir à Corfou +prêts à partir immédiatement après l'ordre qu'ils en recevront, pour +concerter leurs opérations avec celles de _la Junon_ et de _la Diane_. + +Je fais connaître au directoire exécutif, par un courrier +extraordinaire, le présent ordre, et je lui demande son autorisation +pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, afin de +concerter vos opérations avec celles de l'armée d'Italie. Je vous ferai +passer la réponse du gouvernement par un aviso, qui nécessairement vous +trouvera encore à Corfou. + +Je vous envoie: + +1º. Une lettre pour le général Gentili, par laquelle j'approuve toutes +les mesures qu'il a prises pour nourrir votre escadre à Corfou, où je +prescris que le reçu des sommes qu'il a déboursées sera accepté en +paiement dans la caisse du payeur de Corfou, approuvant également +l'emploi des treize cents sacs de farine que vous avez pris. + +2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armée d'Italie +fournisse à l'escadre, partout où elle pourrait se trouver, les vivres +journaliers comme aux troupes de terre, et, d'après les envois qui ont +été faits en subsistances à Corfou, à Ancône, à Constantinople et à +Messine, vous ne devez avoir aucune inquiétude sur la subsistance de +votre escadre pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages. + +3°. Je vous autorise à prendre dans les magasins de Corfou tout ce que +vous croirez nécessaire à l'approvisionnement de nos arsenaux et au +ravitaillement de notre marine; + +4°. À embarquer à Corfou cent pièces de canon de fonte, en conséquence +cependant d'un procès-verbal dressé chez le général Gentili par un +conseil composé de vous, du général Gentili, du commandant du génie, du +chef de l'état-major, des commissaires des guerres: ce procès-verbal +devra constater: 1°. la quantité de pièces nécessaires pour la défense +de la citadelle et celle de la rade de Corfou; 2°. la quantité hors de +service; 3°. la quantité existante: et ce ne sera que dans le cas où +ledit conseil ne trouverait aucun inconvénient à vous délivrer les cent +pièces, que le présent ordre sera exécuté. + +5°. Je vous envoie également un ordre pour que le général Sugny vous +remette à Venise les ustensiles pour chauffer à boulets rouges six +pièces de canon, et dont le général Gentili se servirait à Corfou, si +jamais les circonstances l'exigeaient. + +6°. Un ordre pour que le général Gentili mette à votre disposition +quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison aux vaisseaux +vénitiens. + +7°. Vous garderez et menerez avec vous à Toulon les officiers vénitiens +qui désirent servir dans la marine française, jusqu'à ce que le ministre +vous ait envoyé des ordres. + +8°. Quant aux objets trouvés à bord des vaisseaux vénitiens et +appartenant aux capitaines, vous en ferez des reçus qui seront valables +pour leur liquidation par le gouvernement de Venise. + +9°. Je vous envoie un ordre pour que le général Gentili vous remette +50,000 fr. pour la solde des marins vénitiens destinés à l'armement des +vaisseaux vénitiens. + +10°. L'ordre pour qu'on vous fournisse les blés, riz et vins pour deux +mois, pour deux mille hommes; la nourriture journalière pour votre +escadre vous sera fournie à Corfou. + +11°. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre pour un mois, +dès l'instant que la caisse de l'armée le permettra, et que la solde de +fructidor sera payée à l'armée. + +12°. Quant aux dépenses qu'auraient faites les équipages à Corfou, vous +aurez soin de les liquider, de vérifier toutes les pièces et de les +envoyer au commissaire ordonnateur de la marine à Venise, qui y +pourvoira. + +13°. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que le +citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinée à vos frais +extraordinaires et qui vous sont particuliers. + +14°. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller mettra à +votre disposition entre les mains de votre payeur, pour les dépenses +extraordinaires de votre escadre, pour servir à compenser aux matelots +l'incomplet des fournitures que vous pourriez ne pas recevoir des +magasins de Corfou. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 (22 septembre +1797). + +_Au général Kellermann._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 2 fructidor; J'avais déjà +reçu précédemment quelques exemplaires de votre lettre imprimée au +directoire. + +Puisque vous vous êtes donné la peine de répondre à des calomnies +auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient prêter l'oreille, +vous avez dû le faire, sans doute, d'une manière aussi convaincante. Les +personnes qui connaissent les services distingués que vous avez rendus à +la liberté par vos victoires, sont indignées de penser que vous avez pu +croire votre justification nécessaire. Cependant vous avez bien fait +de le faire, sans doute, en pensant à ce grand nombre d'hommes qui ne +désirent que le mal. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 (22 Septembre +1797). + +_Au commissaire ordonnateur de la marine à Toulon._ + +Je reçois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. J'apprends +avec plaisir que vous reprenez vos fonctions importantes et que +vous avez déjà gérées avec distinction. Je vous remercie des choses +extrêmement obligeantes contenues dans votre lettre: je les mérite par +la sollicitude que j'ai toujours eue de faire quelque chose qui pût être +avantageux à notre marine. + +L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reçu son approvisionnement +de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, 600,000 francs pour +la solde, ainsi que des câbles, des cordages et autres objets qui lui +étaient nécessaires. Il me paraît que l'amiral Brueys et son équipage +sont très-satisfaits. Il part, demain ou après, pour se rendre à Corfou, +où il prendra six vaisseaux vénitiens qu'il vous amènera. Le citoyen +Roubaud, votre préposé à Venise, vous aura sans doute donné sur tout +cela des détails plus circonstanciés. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (13 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne au +contre-amiral Brueys; vous verrez que par là il se trouvera à même +d'exécuter vos ordres, quels qu'ils soient. + +Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre français; 2º. six +frégates, _id_.; 3º. six corvettes, _id_. parfaitement équipées: j'ai +fait habiller à neuf les équipages et les garnisons; je lui ai fait +payer plusieurs mois de solde, et les arsenaux de Corfou et de Venise +ont fourni toutes les pièces de rechange et les câbles dont il peut +avoir besoin. + +Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys sera bien près +de Corfou, où j'ai fait établir des batteries à boulets rouges pour +défendre la rade, et où il est parfaitement en sûreté. + +Il y a à Corfou six bâtimens de guerre vénitiens et six frégates +qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont déjà montés par des +officiers mariniers et des garnisons françaises. + +À Corfou, Zante, Céphalonie, il trouvera les 2,000 matelots qui lui +sont nécessaires, tant pour l'équipement desdits vaisseaux, que pour le +complément des siens. + +Les frégates _la Muiron_ et _la Carrère_, ainsi que les trois autres +bâtimens de guerre qui sont en armement à Venise, pourront également +augmenter son escadre d'ici à deux mois. + +Je pense donc que, si vous m'autorisez à garder l'escadre de l'amiral +Brueys à Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au 1er frimaire, 1º. +de six vaisseaux de guerre français parfaitement bien en équipages, +approvisionnés pour quatre mois et abondamment pourvus de tous les +objets nécessaires, même de cordages; 2º. six frégates françaises; 3º. +six bricks français; 4º. huit vaisseaux de guerre vénitiens; 5º. huit +frégates, _id_.; 6º. huit bricks, _id_.: tous approvisionnés pour quatre +mois. + +Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans l'Océan, il +partira de Corfou en meilleur état qu'il ne partirait de Toulon; il +partira de Corfou plus vite que de Toulon, car ses équipages seront +toujours complets et exercés, ce qui ne sera jamais à Toulon. + +Vous pourrez même, à mesure qu'un vaisseau de guerre sera armé à Toulon, +faire ramasser les équipages et les faire partir pour Corfou. + +Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vénitiens? Ils seront tout prêts +à seconder notre escadre. + +Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vénitiens soient +sur-le-champ armés en flûte et envoyés à Toulon? Le contre-amiral Brueys +les fera filer en les escortant jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à +craindre. + +Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, devienne +manoeuvrière et se prépare à faire de grandes choses, tenez-la loin de +Toulon: sans quoi, les équipages ne se formeront jamais et vous n'aurez +jamais de marine. + +Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller partout où vous +voudrez, et vous devez la laisser à Toulon: elle sera beaucoup plus +utile dans l'Adriatique, parce que, 1º. ne se trouvant qu'à vingt lieues +de la côte de Naples, elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me +servira à boucher entièrement tout l'Adriatique à nos ennemis; 3º. +enfin, elle prendra les îles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la +Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, très-utile à +l'armée. + +Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera plus de dix +millions, et fera une bonne diversion à l'avantage de l'armée d'Italie. +Quand vous voudrez la faire aller dans un point quelconque, elle sera, à +Corfou, à portée d'exécuter vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y +rendre. + +Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant ces mers et +en s'en retournant en France, pourra prendre quelques troupes, et, en +passant, mettre 2,000 hommes de garnison à Malte: île qui, tôt ou tard, +sera aux Anglais si nous avons la sottise de ne pas les prévenir. + +Quant à la sûreté, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient dans +l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre notre escadre, qui est +aussi sûre dans le golfe de Corfou qu'à Toulon. + +Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine de faire +armer tous les vaisseaux qu'il a à Toulon, et de les envoyer, un à un, +à Corfou; 2º. un ordre au ministre de la marine de faire partir une +trentaine d'officiers et encore soixante ou quatre-vingts officiers +mariniers, pour être distribués sur les vaisseaux vénitiens; 3º. que +vous m'autorisiez à garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'à +nouvel ordre; 4º. que vous preniez un arrêté qui m'autorise à cultiver +les intelligences que j'ai déjà à Malte, et, au moment où je le jugerai +propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison. + +Répondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible à ces différens +articles, afin que je sache à quoi m'en tenir; mais je vous préviens +que, dans tous les cas, l'escadre ne peut partir de Corfou avec les +vaisseaux vénitiens, même armés en flûte, que vers la fin de brumaire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général a Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Perrée, chef de division de l'armée navale._ + +J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres dans lesquelles vous me +témoignez le désir de reprendre vos fonctions à la mer: la place de +commandant des armes que vous occupez, n'offre pas un assez grand +aliment à votre activité. En rendant justice à votre zèle, je consens à +ce que vous repreniez le commandement de la frégate _la Diane_, que vous +n'avez quitté que momentanément, et j'envoie l'ordre au citoyen Roubaud +de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez sous les ordres du +contre-amiral Brueys jusqu'à son départ pour France, et vous commanderez +ensuite la division qui restera dans l'Adriatique. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Roubaud._ + +Le citoyen Perrée devant commander une flotte, vous remplirez les +fonctions de commandant des armes, et vous aurez une autorité entière +pour l'armement des trois vaisseaux et des deux frégates. + +Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez nécessaire +au bien du service. + +Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick _le James_; vous +ferez armer les deux frégates _la Muiron_ et _la Carrère_, afin qu'elles +puissent se joindre le plus tôt possible à Corfou, et augmenter +l'escadre du contre-amiral Brueys. + +Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr. à votre +disposition pour commencer la levée des matelots pour l'armement de ces +deux frégates. + +Vous ferez fabriquer un câble pour chacun des vaisseaux français de +l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres de rechange qui +sont les plus nécessaires. Ces objets seront pris à compte des trois +millions que doit nous payer la république de Venise. + +La division Bourdé se trouvant à l'escadre de l'amiral Brueys, les +hardes qui lui sont destinées seront envoyées au contre-amiral Brueys, +pour qu'il puisse les lui remettre. + +BONAPARTE. + + + +_Note._ + +Le plénipotentiaire de la république française soussigné a l'honneur de +faire connaître à leurs excellences MM. les plénipotentiaires de S.M. +l'empereur et roi la douleur qu'il a éprouvée en apprenant que les +troupes de S. M. l'empereur venaient de prendre possession de la +province d'Albanie, vulgairement appelée Bouches du Cattaro. + +Par l'article 1er des préliminaires secrets, S.M. l'empereur devait +entrer, à la paix définitive, en possession de la Dalmatie et de +l'Istrie vénitiennes. Lors donc que les troupes de S.M. ont occupé +lesdites provinces, cela a été une violation des formes, mais non du +fond des préliminaires. + +Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, de l'Albanie +vénitienne, dite Bouches du Cattaro, est une violation réelle et +est contraire au texte comme à la nature des préliminaires. Le +plénipotentiaire français soussigné ne peut donc regarder, dans les +circonstances présentes, l'occupation par elles des Bouches du Cattaro +que comme un acte d'hostilité. + +La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs excellences +messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur et roi, ne lui permet +pas de douter qu'ils ne prennent des mesures expéditives, dont l'effet +soit d'ordonner aux troupes de S.M. l'empereur l'évacuation des Bouches +du Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire à la bonne foi +et aux traités. Le plénipotentiaire français assure leurs excellences +messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur et roi de sa haute +considération. + +Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre 1797). + +_Le général en chef, plénipotentiaire de la république française_. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen François de Neufchâteau, membre du directoire exécutif._ + +Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaître personnellement, je +vous prie de recevoir mon compliment sur la place éminente à laquelle +vous venez d'être nommé; je me souviens avec reconnaissance de ce que +vous avez écrit dans le temps contre les apologistes des inquisiteurs de +Venise. + +Le sort de l'Europe est désormais dans l'union, la sagesse et la force +du gouvernement. + +Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon +gouvernement. + +Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porté la gloire du nom français +plus loin qu'elle ne l'avait jamais été: c'est à vous, premiers +magistrats de la république, d'étouffer toutes les factions, et à être +aussi respectés au dedans que vous l'êtes au dehors. Un arrêté du +directoire exécutif écroule les trônes; faites que des écrivains +stipendiés, ou d'ambitieux fanatiques, déguisés sous toute espèce de +masque, ne nous replongent pas dans le torrent révolutionnaire. + +Croyez que, quant à moi, mon attachement pour la patrie égale le désir +que j'ai de mériter votre estime. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Merlin, membre du directoire._ + +J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, la nouvelle +de votre nomination à la place que vous occupez. + +On ne pouvait pas choisir un homme qui eût rendu constamment plus de +services à la liberté: en mon particulier, je m'en félicite. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 4 vendémiaire an 6 (25 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie: il a +répandu dans l'armée qu'il était parti de Paris le 25, qu'on y était +inquiet de la manière dont j'aurais pris les événemens du 18; il était +porteur d'une espèce de circulaire du général Augereau à tous les +généraux de division de l'armée. + +Il avait une lettre du ministre de la guerre à l'ordonnateur en chef, +qui l'autorisait à prendre tout l'argent dont il aurait besoin pour sa +route: je vous en envoie la copie. + +Il est constant, d'après tous ces faits, que le gouvernement en agit +envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire. + +Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de m'accorder ma +démission. Aucune puissance sur la terre ne sera capable de me faire +continuer de servir après cette marque horrible de l'ingratitude du +gouvernement, à laquelle j'étais bien loin de m'attendre. + +Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement du repos et +de la tranquillité. + +La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper dans la masse des +citoyens. Depuis trop long-temps un grand pouvoir est confié dans mes +mains, je m'en suis servi dans toutes les circonstances pour le bien de +la patrie: tant pis pour ceux qui ne croient point à la vertu, et +qui pourraient avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma +conscience et dans l'opinion de la postérité. + +Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et à l'abri des +dangers qui l'ont menacée, quitter sans inconvénient le poste où je suis +placé. + +Croyez que s'il y avait un moment de péril, je serais au premier rang +pour défendre la liberté et la constitution de l'an 3. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 (26 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 fructidor. + +Je ne puis tirer aucune ressource de Gênes, pas plus de la république +cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se maintenir maîtres +chez eux. Ces peuples-là ne sont point guerriers, et il faut quelques +années d'un bon gouvernement pour changer leurs inclinations. + +L'armée du Rhin se trouve très-loin de Vienne, pendant que j'en suis +très-près. Toutes les forces de la maison d'Autriche sont contre moi, on +a très-tort de ne pas m'envoyer dix ou douze mille hommes. Ce n'est que +par ici que l'on peut faire trembler la maison d'Autriche. + +Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, il faut au +moins que les armées du Rhin commencent leurs opérations quinze jours +avant nous, afin que nous puissions nous trouver à peu près dans le même +temps dans le coeur de l'Allemagne. Dès l'instant que j'aurai battu +l'ennemi, il est indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me +conduit dans le coeur de la Carinthie, où l'ennemi n'aura pas manqué, +comme il s'y prépare déjà, de réunir toutes les divisions qu'il a en +échelons sur l'armée du Rhin, qu'il peut éviter pendant plus de vingt +jours; et je me trouverais avoir encore en tête toute les forces qui, +dans l'ordre de bataille naturel, devraient être opposées à l'armée du +Rhin. Il ne faut pas être capitaine pour comprendre tout cela: un seul +coup d'oeil sur une carte, avec un compas, convaincra, à l'évidence, +de ce que je vous dis là. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que +faire. + +Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traité d'alliance qu'on a +fait avec lui, se trouve à l'instant même notre ennemi, puisque, dès cet +instant, il comprend que nous avons médité sa perte. + +Pendant mon absence, il se chicanera nécessairement avec la république +cisalpine, qui n'est pas dans le cas de résister à un seul de ses +régimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve alors obligé de +calculer, en regardant comme suspectes les intentions du roi de +Sardaigne: dès-lors il faut que je mette deux mille hommes à Coni, deux +mille à Tortone, autant à Alexandrie. + +Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, on +m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on m'oblige à mettre dans +la garnison des places que j'ai chez lui, et de cinq à six mille +hommes qu'il faut que je laisse pour protéger le Milanais, et, à tout +événement, la citadelle de Milan, le château de Pavie et la place de +Pizzigithone. + +Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traité avec le roi de +Sardaigne: + +1º. Dix mille hommes de très-bonnes troupes qu'il nous fournit; + +2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est obligé de laisser sur nos +derrières, et, outre cela, de très-grandes inquiétudes en cas de défaite +et d'événemens malheureux. + +Quel inconvénient y a-t-il à laisser subsister une chose déjà faite? + +Est-ce le scrupule d'être allié d'un roi? Nous le sommes bien du roi +d'Espagne et peut-être du roi de Prusse! + +Est-ce le désir de révolutionner le Piémont et de l'incorporer à la +Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, sans manquer au traité, +sans même manquer à la bienséance, c'est de mêler à nos troupes +et d'allier à nos succès un corps de dix mille Piémontais, qui, +nécessairement, sont l'élite de la nation: six mois après, le roi de +Piémont se trouve détrôné. + +C'est un géant qui embrasse un pygmée, le serre dans ses bras et +l'étouffe sans qu'il puisse être accusé de crime. C'est le résultat de +la difficulté extrême de leur organisation. Si l'on ne comprend pas +cela, je ne sais qu'y faire non plus; et si à la politique sage et vraie +qui convient à une grande nation, qui a de grandes destinées à remplir, +des ennemis très-puissans devant elle, on substitue la démagogie d'un +club, l'on ne fera rien de bon. + +Que l'on ne s'exagère pas l'influence des prétendus patriotes cisalpins +et génois, et que l'on se convainque bien que, si nous retirions d'un +coup de sifflet notre influence morale et militaire, tous ces prétendus +patriotes seraient égorgés par le peuple. Il s'éclaire tous les jours et +s'éclairera bien davantage; mais il faut le temps et un long temps. + +Je ne conçois pas, lorsque, par une bonne politique, on s'était conduit +de manière que ce temps est toujours en notre faveur, qu'en tirant tout +le parti possible du moment présent, nous ne faisons qu'accélérer la +marche du temps en assurant et épurant l'esprit public, je ne conçois +pas comment l'on peut hésiter. + +Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrière soi, d'un +peuple foncièrement ennemi des Français par préjugés, par l'habitude des +siècles et par caractère, que l'on doit rien négliger. + +Il me paraît que l'on voit très-mal l'Italie, et qu'on la connaît +très-mal. Quant à moi, j'ai toujours mis tous mes soins à faire aller +les choses selon l'intérêt de la république: si l'on ne me croit pas, je +ne sais que faire. + +Tous les grands événemens ne tiennent jamais qu'à un cheveu. L'homme +habile profite de tout, ne néglige rien de ce qui peut lui donner +quelques chances de plus. L'homme moins habile, quelquefois en en +méprisant une seule, fait tout manquer. + +J'attends le général Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont je suis +capable des événemens qui viennent d'arriver en France, des dispositions +formidables où se trouve notre armée, et je vous ferai connaître la +véritable position des choses, afin que le gouvernement puisse décider +et prendre le parti qu'il jugera à propos. + +Il ne faut pas que l'on méprise l'Autrichien comme on paraît le faire; +ils ont recruté leurs armées et les ont organisées mieux que jamais. + +Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation à la république +cisalpine, du Brescian et du Mantouan. + +Je vais aussi m'occuper à organiser la république de Venise. Je ferai +tout arranger de manière que la république, en apparence, ne se mêle de +rien. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 (26 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du général Clarke, que +vous-même m'en eussiez écrit. Je ne cherche pas s'il est vrai que ce +général ait été envoyé dans l'origine pour me servir d'espion: si cela +était, moi seul aurais le droit de m'en offenser, et je déclare que je +lui pardonne. + +Je l'ai vu, dans sa conduite passée, gémir le premier sur la malheureuse +réaction qui menaçait d'engloutir la liberté avec la France. Sa conduite +dans la négociation a été bonne et loyale: il n'y a pas déployé de +grands talens, mais il y a mis beaucoup de volonté, de zèle et même une +sorte de caractère. On l'ôte de la négociation, peut-être fait-on bien; +mais, sous peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas +le perdre. Il a été porté principalement par Carnot. Auprès d'un homme +raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis près d'un an à trois cents +lieues de lui, cela ne peut pas être une raison de proscription. Je vous +demande donc avec instance pour lui une place diplomatique du second +ordre, et je garantis que le gouvernement n'aura jamais à s'en repentir. +Il est chargé d'une très-grande mission; il connaît tous les secrets +comme toutes les relations de la république, il ne convient pas à notre +dignité qu'il tombe dans la misère et se trouve proscrit et disgracié. + +J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir écrit ce qu'il pensait des +généraux de l'armée d'Italie. Si cela est vrai, je n'y vois aucun crime: +depuis quand un agent du gouvernement serait-il accusé d'avoir fait +connaître à son gouvernement ce qu'il pensait des généraux auprès +desquels il se trouvait? + +On dit qu'il a écrit beaucoup de mal de moi. Si cela est vrai, il l'a +également écrit au gouvernement: dès-lors il avait droit de le faire; +cela pouvait même être nécessaire, et je ne pense pas que ce puisse être +un sujet de proscription. + +La morale publique est fondée sur la justice, qui, bien loin d'exclure +l'énergie, n'en est au contraire que le résultat. + +Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le général Clarke +auprès du gouvernement: on pourrait lui donner une place de ministre +auprès de quelque cour secondaire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 7 vendémiaire an 6 (28 septembre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrivé de Vienne avec le +général Meerweldt; il m'a remis la lettre dont je vous envoie copie, et +à laquelle je ne répondrai que dans trois ou quatre jours, lorsque je +verrai la tournure que prendra la négociation. + +Pour ma première visite, j'ai eu une prise très-vive avec M. de +Cobentzel, qui, à ce qu'il m'a paru, n'est pas très-accoutumé à +discuter, mais bien à vouloir toujours avoir raison. + +Nous sommés entrés en congrès. + +Je vous ferai passer: 1º. Copie des pleins pouvoirs donnés à M. le comte +de Cobentzel; + +2º. Copie du protocole d'hier; + +3º. Copie de la réponse que je vais faire insérer au protocole +d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure. + +Il est indispensable que le directoire exécutif donne les ordres qu'on +se tienne prêt sur le Rhin: ces gens-ci ont de grandes prétentions. Au +reste, il paraît, par la lettre de l'empereur, par la contexture des +pleins-pouvoirs de M. de Cobentzel, même par son arrivée, que l'empereur +accéderait au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de +nous donner Mayence et les limites constitutionnelles. + +Je dis il paraît, parce qu'en réalité notre conversation avec M. le +comte de Cobentzel n'a été, de son côté, qu'une extravagance. + +C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. Je vous fais +grâce de ma réponse là-dessus comme de notre discussion, qui vous ferait +connaître ce que ces gens-ci appellent diplomatie. + +_À minuit._ + +Le courrier devait partir à midi, il n'est pas parti. Ces messieurs +sortent à l'instant même d'ici. Nous avons été à peu près quatre ou cinq +heures en conférences réglées. M. de Cobentzel et nous avons beaucoup +argumenté, beaucoup rabâché les mêmes choses. + +Il n'a été question dans le protocole que des deux notes annoncées dans +ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs répondront demain. + +Après le dîner, moment où les Allemands parlent volontiers, j'ai causé +quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; il a laissé entrevoir, +au milieu d'un très-grand bavardage, qu'il désire fort que S.M. +l'empereur réunisse son système politique au nôtre, afin de nous opposer +aux projets ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne +adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour nous +les limites à peu près comme elles sont portées dans notre note et +spécialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait dit qu'il lui paraissait +tout simple que nous donnions à S.M. l'empereur les Légations. + +Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement français venait de +reconnaître le ministre de la république de Venise, et que dès-lors je +me trouvais dans l'impossibilité de pouvoir, sous aucun prétexte et dans +aucune circonstance, consentir à ce que S.M. devînt maîtresse de Venise, +je me suis aperçu d'un mouvement de surprise qui décèle assez la +frayeur, à laquelle a succédé un assez long silence, interrompu à +peu près par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment +voulez-vous qu'on puisse négocier? Je me tiendrai dans cette ligne +jusqu'à la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise jusqu'à ce que +j'aie reçu de nouvelles lettres du gouvernement. + +Demain, à midi, nous nous verrons de nouveau, et je vous expédierai +demain au soir un autre courrier. Je n'entre pas dans d'autres détails +sur les propositions réciproques que nous nous faisons; mais il y a la +négociation officielle, qui est, comme vous l'avez vu par le protocole, +une suite d'extravagances de leur part, et la confidentielle qui, +quoiqu'elle n'ait pas été mise clairement en discussion avec M. de +Cobentzel, est basée cependant sur le projet que M. de Meerweldt apporté +de Vienne. Vous vous apercevrez, par la note que je vais leur présenter +aujourd'hui, que je veux les conduire à dire dans le protocole qu'on ne +peut pas exécuter les préliminaires, et regarder, si le gouvernement le +juge à propos, ces préliminaires comme nuls. J'ai pensé qu'il n'y avait +pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur faire dire +d'eux-mêmes que les préliminaires sont impossibles: ce qui nous est +très-facile. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_Au citoyen Canelaux, ministre de la république à Naples._ + +J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens sur les frontières +de Naples, en même temps qu'un général autrichien vient commander +à Rome. Je ne saurais penser que, si cela était, vous ne soyez pas +instruit des mouvemens et des desseins que pourrait avoir la cour +de Naples, et vous me les auriez fait connaître par un courrier +extraordinaire. L'intention du directoire exécutif de la république +française n'est point que la cour de Naples empiète sur le territoire +romain. Soit que le pape continue à vivre, soit qu'il meure au qu'il +soit remplacé par un autre pape ou par une république, vous devez +déclarer, lorsque vous serez assuré que la cour de Naples a intention +de faire des mouvemens, que le directoire exécutif de la république +française ne restera pas tranquille spectateur de la conduite hostile +du roi de Naples, et que, quelque événement qu'il arrive, la république +française s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire +obtenir ce qu'elle désire, mais non pour autoriser le roi de Naples à +agir hostilement. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_À l'ambassadeur de la république française à Rome._ + +Je reçois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendémiaire. Vous +signifierez sur-le-champ à la cour de Rome, que si le général Provera +n'est pas renvoyé de suite de Rome, la république française regardera +cela de la part de Sa Sainteté comme un commencement d'hostilités. +Faites sentir combien il est indécent, lorsque le sort de Rome a dépendu +de nous, qu'elle n'a dû son existence qu'à notre générosité, de voir le +pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des couleurs qui ne +peuvent être agréables à la république française. Dites même dans vos +conversations avec le secrétaire d'état, et, s'il le faut, même dans +votre note: La république française a été généreuse à Tolentino, elle ne +le sera plus si les circonstances recommencent. + +Je fais renforcer la garnison d'Ancône d'un bataillon de Polonais. +L'escadre de l'amiral Brueys me répond de la conduite de la cour de +Naples. + +Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude, ou, si elle agit, je +détruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral Brueys, et, lorsque +les circonstances le permettront, je ferai marcher une colonne pour leur +répondre. Je verrai dans une heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec +vous en termes si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la +volonté de faire marcher des troupes sur Rome. + +Enfin, s'il n'y a encore aucun changement à Rome, ne souffrez pas qu'un +général aussi connu que M. Provera prenne le commandement des troupes de +Rome. L'intention du directoire exécutif n'est pas de laisser renouer +les petites intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien +les Italiens, j'attache la plus grande importance à ce que les troupes +romaines ne soient pas commandées par un général autrichien. + +Dans la circonstance, vous devez dire au secrétaire d'état: «La +république française, continuant ses sentimens de bienveillance au pape, +était peut-être sur le point de lui restituer Ancône: vous gâtez toutes +vos affaires, vous en serez responsable. Les provinces de Macerata et le +duché d'Urbin se révolteront, vous demanderez le secours des Français, +ils ne vous répondront pas.» + +Effectivement, plutôt que de donner le temps à la cour de Rome d'ourdir +de nouvelles trames, je la préviendrai. + +Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point général des +troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre heures, il soit hors de +Rome. Développez un grand caractère; ce n'est qu'avec la plus grande +fermeté, la plus grande expression dans vos paroles, que vous vous ferez +respecter de ces gens-là: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils +sont fiers lorsqu'on a trop de ménagemens pour eux. + +Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a été deux fois mon +prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne tardera pas à l'être une +troisième fois: s'il vient vous voir, refusez de le recevoir. Je connais +bien la cour de Rome, et cela seul, si c'est bien joué, perd cette cour. + +L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de continuer +jusqu'à Naples pour voir le citoyen Canclaux; il s'assurera par lui-même +des mouvemens des troupes napolitaines, auxquels je ne peux pas croire, +quoique je m'aperçoive qu'il y a depuis quelque temps une espèce de +coalition entre les cours de Naples, de Rome, et même celle de Florence; +mais c'est la ligue des rats contre les chats. + +Si vous le jugez à propos, mon aide-de-camp présentera une lettre, que +vous trouverez ci-jointe, au secrétaire d'état, et lui dira, d'un ton +qui convient aux vainqueurs de l'Italie, que si, sous vingt-quatre +heures, M. Provera n'est point hors de Rome, ils nous obligeront à une +visite. + +Si le pape était mort, vous devez faire tout ce qu'il vous est possible +pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y ait une révolution. +Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: s'il en faisait lorsque la +révolution serait faite, vous déclareriez au roi de Naples, à l'instant +où il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la +protection de la république française; ensuite, en vous rendant de votre +personne auprès du général napolitain, vous lui diriez que la république +française ne voit point d'inconvénient à entamer une négociation avec +la cour de Naples sur les différentes demandes qu'elle a faites, et +spécialement sur celle qu'a faite à Paris M. Balbo, et auprès de moi M. +de Gallo, mais qu'il ne faut pas qu'elle prenne les armes, la république +regardant cela comme une hostilité. + +Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de fierté extérieure +pour que le roi de Naples n'entre pas dans Rome, et beaucoup de +souplesse pour lui faire comprendre que c'est son intérêt; et si le roi +de Naples, malgré tout ce que vous pourriez faire, ce que je ne saurais +penser, entrait dans Rome, vous devez continuer à y rester, et affecter +de ne reconnaître en aucune manière l'autorité qu'y exercerait le roi +de Naples, de protéger le peuple de Rome, et faire publiquement +les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel qu'il convient a un +représentant de la première nation du monde. + +Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite dans ce cas les +mesures qui seraient nécessaires pour vous mettre à même de soutenir la +déclaration, que vous auriez faite de vous opposer à l'invasion du roi +de Naples. + +Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à Rome, de sorte +qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape d'étre nommé, ne souffrez +pas que le cardinal Albani soit nommé; vous devez employer non-seulement +l'exclusion, mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en +déclarant qu'à l'instant même je marcherai sur Rome, ne nous opposant +pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a assassiné +Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne lui donne aussi +l'exclusion, je ne vois pas de possibilité à ce qu'il réussisse. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le pape est très-malade et peut-être mort à l'heure qu'il est. + +Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens. + +Je vous enverrai copie des lettres que j'ai écrites à nos ministres à +Rome et à Naples. + +Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une espèce de +coalition entre le pape, le roi de Naples, et même la Toscane. Le pape +n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le commandement de ses troupes au +général autrichien Provera! + +Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que vous ratifiez +le traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le général Berthier, que +j'ai envoyé à Novare pour passer la revue des troupes piémontaises, +m'écrit que ce corps est dans une situation superbe. Je vous ferai +passer copie de la lettre que m'écrit M. Priocca. + +Vous m'aviez écrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le roi de Naples +se rendît à Rome, de l'y laisser aller: quant à moi, je crois que ce +serait une grande sottise. Quand il sera à Rome, il fera emprisonner une +soixantaine de personnes, il fera prêcher les prêtres, se prosternera +devant un pape dont il aura en vérité la puissance, et nous aurons tout +perdu. Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la république a +Rome et à Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je vous prie +de me faire connaître positivement vos instructions sur ce point. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Messieurs les plénipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; nos +différentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: c'est toujours la +même exagération de prétentions. + +Je les renverrai demain, et vous ferai connaître le projet qu'ils +doivent me remettre avec ma réponse. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général a Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre de la marine._ + +Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; j'ai fait +passer à l'amiral Brueys celle qui était pour lui. J'ai écrit, il y +a quelques jours, au directoire exécutif pour lui demander une +autorisation pour garder la flotte dans ces mers, d'où vous pourrez lui +donner la destination qu'il vous plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral +Brueys vous a écrit par le même courrier. L'escadre se trouve bien +approvisionnée et ses équipages fort contens. J'espère que, si nous +rompons, elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens +pour les choses honnêtes renfermées dans votre lettre, et croyez que mon +plus grand plaisir sera de mériter votre estime. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_À S.A.R. le duc de Parme._ + +La caisse de l'armée d'Italie aurait besoin du crédit de votre A.R., +afin de ne pas retarder le prêt du soldat, et pour subvenir aux dépenses +les plus indispensables à l'armée. Comme je connais les sentimens de +bienveillance que votre A.R. a pour l'armée française, je la prie +d'ordonner à son ministre de seconder l'opération que lui proposera le +citoyen Haller, administrateur des finances de l'armée, pour assurer les +comptes. + +Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre de la police générale._ + +J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. Je vous +remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite à messieurs les +royalistes de ne pouvoir faire plus de mal à la république que celui +qu'ils feraient en tuant un de ses citoyens; d'ailleurs il est plus +facile d'en faire le projet que de l'exécuter. + +Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire mon compliment +sur votre nomination au ministère, que vous avez déjà signalée par un +rehaussement de l'esprit public. + +Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considération que +j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Vous verrez, par la lettre que j'écris au directoire exécutif, les +nouvelles de Rome: la santé du pape chancelle de nouveau. J'ai eu une +conversation avec M. de Gallo, et je lui ai fait connaître que le +directoire exécutif de la république française ne souffrirait jamais que +le roi de Naples se mêlât des affaires de Rome sans sa participation. +Nous avons eu hier une conférence: je vous envoie la copie du protocole, +et vous vous convaincrez que les choses continuent à prendre mauvaise +tournure. + +J'ai eu, après le dîner, une conférence avec M. le comte de Cobentzel; +il m'a dit que l'empereur pourrait nous céder le Rhin, si nous lui +faisions de grands avantages en Italie: ce qu'il articulait est +extravagant. Il me remettra demain un projet confidentiel; je vous +l'enverrai, et j'y ferai une réponse qui sera en moins ce que lui aura +fait en plus. + +Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'établir la manière dont l'un +ou l'autre gouvernement se signifierait la rupture, afin que les deux +armées ne pussent pas être surprises, et que les deux nations continuent +a être liées par le droit des gens. + +Comme les grandes opérations dépendent ici de ce que fera l'armée du +Rhin, et de l'époque où l'on entrera en campagne, je ne précipiterai +rien ici; mais je mettrai le gouvernement à même de prendre le parti +qu'il voudra, et de pouvoir mettre en mouvement en même temps les armées +du Rhin et d'Italie. + +La position de l'armée française d'Italie est superbe. Le Brescian et le +Mantouan seront bientôt réunis à la république cisalpine. Je m'occupe à +réunir les différentes parties de l'état de Venise dans un seul et même +état, afin d'organiser robustement les derrières de l'armée, qui seront +tranquilles pendant ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera +à donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armée pendant ses grandes +opérations. + +Toutes les places fortes sont approvisionnées pour un an. Palma et +Osoppo, qui doivent être les pivots des armées, contiennent des dépôts +pour nourrir l'armée pendant un long temps. + +L'artillerie se trouve également dans une position satisfaisante. + +De grandes choses pourront être faites avec cette armée. + +Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends dans ce +moment-ci, c'est le dernier service que je puisse rendre à la patrie. + +Ma santé est entièrement délabrée; et la santé est indispensable et ne +peut être substituée par rien, à la guerre. Le gouvernement aura sans +doute, en conséquence de la demande que je lui ai faite il y a huit +jours, nommé une commission de publicistes pour organiser l'Italie +libre; + +De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations ou les +renouer, si la guerre avait lieu, au moment où les événemens de la +guerre seraient les plus propices; + +Et, enfin, un général qui ait sa confiance pour commander l'armée: car +je ne connais personne qui puisse me remplacer dans l'ensemble de ces +trois missions, toutes trois également intéressantes. + +Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, soit sur les +hommes, sur les moeurs, caractères, positions et les projets qui leur +seront utiles, s'ils veulent en profiter. + +Quant à moi, je me trouve sérieusement affecté de me voir obligé de +m'arrêter dans un moment où, peut-être, il n'y a plus que des fruits à +cueillir; mais la loi de la nécessité maîtrise l'inclination, la volonté +et la raison. + +Je puis à peine monter à cheval: j'ai besoin de deux ans de repos. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 15 vendémiaire an 6 (8 octobre +1797). + +_Au président du gouvernement provisoire de Gênes._ + +J'apprends avec peine que vous êtes divisés entre vous, et que par là +vous donnez un champ libre à la malveillance et aux ennemis de votre +liberté. Etouffez toutes vos haines, réunissez tous vos efforts, si vous +voulez éviter de grands malheurs à votre patrie et à vos familles. Les +rois voient avec plaisir et fomentent peut-être une dissension dans +votre gouvernement, qui ruine votre commerce, dégoûte la masse de la +nation de l'égalité, et établit les privilèges et les préjugés. + +Les hostilités peuvent recommencer d'un moment à l'autre, vous devez +vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir à la cause commune: +comment croyez-vous le faire lorsque vous avez même besoin des Français +pour vous garder? + +Si vous en croyez un homme qui prend un vif intérêt à votre bonheur, +remettez en termes plus clairs dans votre constitution ce qui a +pu alarmer les ministres de la religion: je dirai même plus, la +superstition aux prises avec la liberté; la première l'emportera dans +l'esprit du peuple. + +Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui pourraient alarmer +la masse des citoyens. + +Vous ne devez pas vous gouverner par des excès, comme vous ne devez vous +laisser périr par faiblesse. Éclairez le peuple, concertez-vous avec +l'archevêque pour leur donner de bons curés; acquérez des titres à +l'amour de vos concitoyens et à l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et +croyez qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intérêt à +tout ce qui vous concerne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 16 vendémiaire an 6 (7 octobre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel que m'a remis +M. le comte de Cobentzel; je lui ai témoigné toute l'indignation que +vous sentirez en le lisant. Je lui répondrai par la note ci-jointe. Sous +trois ou quatre jours, tout sera terminé, la paix ou la guerre, Je vous +avoue que je ferai tout pour la paix, vu la saison très-avancée et le +peu d'espérance de faire de grandes choses. + +Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne méritent pas que l'on fasse +tuer 40,000 Français pour eux. + +Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une fausse hypothèse: +vous vous imaginez que la liberté fait faire de grandes choses à un +peuple mou, superstitieux, pantalon et lâche. + +Ce que vous désireriez que je fisse sont des miracles: je n'en sais pas +faire. + +Je n'ai pas à mon armée un seul Italien, excepté 1500 polissons ramassés +dans les rues des différentes villes de l'Italie, qui pillent et ne sont +bons à rien, + +Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, peut-être +par quelque ministre même, qui vous diront qu'il y a 80,000 hommes +italiens sous les armes; car, depuis quelque temps, je n'aperçois pas +les journaux, et ce qui me revient de l'opinion publique en France +s'égare étrangement sur les Italiens. + +Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples sévères, +donnent seuls à ces peuples un grand respect pour la nation, et un +intérêt, quoique extrêmement faible, pour la cause que nous défendons. + +Je désire que vous appeliez chez vous les différents ministres cisalpins +qui se trouvent à Paris, que vous leur demandiez d'un ton sévère ....., +qu'ils vous déclarent sur-le-champ, par écrit, le nombre de troupes qu'a +la république cisalpine à l'armée; et, s'ils vous disent que j'ai plus +de 1500 hommes cisalpins et à peu près 2000 à Milan, employés à la +police de leur pays, ils vous en imposeront, et réprimandez-les comme +ils le méritent; car telle chose est bonne à dire dans un café ou dans +un discours, mais non au gouvernement, puisque ces fausses idées peuvent +le mettre dans le cas de prendre un parti différent de celui qui +convient, et produire des malheurs incalculables. + +J'ai l'honneur de vous le répéter, peu à peu le peuple de la république +cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté, peu à peu cette république +s'organisera, et peut-être dans quatre ou cinq ans pourra-t-elle avoir +30,000 hommes de troupes passables, surtout s'ils prennent quelques +Suisses; car il faudrait être un législateur habile pour leur faire +venir le goût des armes: c'est une nation bien énervée et bien lâche. + +Si les négociations ne prennent pas une bonne tournure, la France se +repentirait à jamais du parti qu'elle a pris avec le roi de Sardaigne. +Ce prince, avec un de ses bataillons et un de ses escadrons de +cavalerie, est plus fort que toute la Cisalpine réunie. Si je n'ai +jamais écrit au gouvernement avec cette précision, c'est que je ne +pensais pas qu'on pût se former des Italiens l'idée que je vois, par vos +dernières lettres, que vous en avez. J'emploie tout mon talent à les +échauffer et à les aguerrir, et je ne réussis tout juste qu'à contenir +et à disposer ces peuples dans de bonnes intentions. + +Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, l'amour +des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du moins cela a été un +auxiliaire très-faible; mais la bonne discipline de l'armée, le grand +respect que nous avons tous eu pour la république, que nous avons porté +jusqu'à la cajolerie pour les ministres de la justice, surtout une +grande activité et une grande promptitude à réprimer les malintentionnés +et à punir ceux qui se déclaraient contre nous, tel a été le véritable +auxiliaire de l'armée d'Italie: voilà l'historique. Tout ce qui n'est +bon qu'à dire dans des proclamations, des discours imprimés, sont des +romans. + +Comme j'espère que les négociations iront bien, je n'entrerai pas dans +de plus grands détails pour vous déclarer beaucoup de choses qu'il me +paraît qu'on saisit mal. Ce n'est qu'avec de la prudence, de la sagesse, +beaucoup de dextérité, que l'on parvient à de grands buts, et que +l'on surmonte tous les obstacles: autrement on ne réussit en rien. Du +triomphe à la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les plus grandes +circonstances, qu'un rien a toujours décidé des plus grands événemens. + +S'il arrivait que nous adoptassions la politique extérieure que nous +avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, que nous nous sommes +bien trouvés de la politique contraire, et que nous n'avons plus +ces grandes masses, ces moyens de recrutement, et ce premier élan +d'enthousiasme qui n'a qu'un temps. + +Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup trop vif +dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes les opérations la +vraie politique, qui n'est que le résultat du calcul, des combinaisons +et des chances, nous serons pour long-temps la grande nation et +l'arbitre de l'Europe; je dis plus, nous tenons la balance, nous la +ferons pencher comme nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du +destin, je ne vois pas d'impossibilité à ce que l'on arrive en peu +d'années à ces grands résultats que l'imagination échauffée et +enthousiaste entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant et +raisonné, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je vous prie, dans +la présente lettre, que le désir de contribuer autant qu'il est en moi +au succès de la patrie. + +Je vous écris comme je pense, c'est la plus grande marque d'estime que +je puisse vous donner. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 (10 octobre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Les négociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. La paix +définitive sera signée cette nuit, ou la négociation rompue. + +En voici les conditions principales: + +1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracée sur la carte que je vous +envoie, c'est-à-dire la Nethe jusqu'à Kerpen, et passe de là à Juliers, +Venloo; + +2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est; + +3º. Les îles de Corfou, Zante, Céphalonie, etc., et l'Albanie +vénitienne; + +4º. La Cisalpine sera composée de la Lombardie, du Bergamasque, +du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de Peschiera, avec les +fortifications, jusqu'à la rive droite de l'Adige et du Pô; du Modenais, +du Ferrarais, du Bolonais, de la Romagne: + +Cela fait à peu près trois millions cinq à six cent mille habitans. + +5º. Gênes aura les fiefs impériaux; + +6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les états de Venise jusqu'à +l'Adige et le Pô, la ville de Venise; + +7º. Le prince d'Orange, conformément au traité secret avec la Prusse, +obtiendra une indemnité. Le duc de Modène sera indemnisé par le Brisgaw, +et en place l'Autriche prendra Salzburg et une partie de la Bavière +comprise entre la rivière d'Inn, la rivière de Salza, l'évêché de +Salzburg, faisant cinquante mille habitans; + +8º. Nous ne céderons les pays que doit occuper l'empereur que trois +semaines après l'échange des ratifications et lorsqu'il aura évacué +Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et tout l'Empire; + +9º. La France aura ce que la république de Venise avait de meilleur, +etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne manquera que deux cent +mille habitans que l'on pourra avoir à la paix de l'Empire. Elle gagnera +de ce côté quatre millions de population; + +10º. La république cisalpine aura de très-belles limites militaires, +puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare. + +11º. La liberté gagne donc: république cisalpine, trois millions cinq +cent mille habitans; nouvelles limites de la France, quatre millions: en +tout sept millions cinq cent mille habitans; + +12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent mille habitans: + +Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille; à Modène, +trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq cent mille: en tout +quatre millions trois cent mille habitans; sa perte sera donc encore +assez sensible. + +J'ai profité des pouvoirs que vous m'avez donnés et de la confiance dont +vous m'avez revêtu pour conclure ladite paix; j'y ai été conduit: + +1º. Par la saison avancée, contraire à la guerre offensive, surtout +de ce côté-ci, où il faut repasser les Alpes et entrer dans des pays +très-froids; + +2º. La faiblesse de mon armée, qui cependant a toutes les forces de +l'empereur contre elle; + +3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'opérations adopté; + +4º. L'éloignement des armées du Rhin des états héréditaires de la maison +d'Autriche; + +5º. La nullité des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que quinze cents +Italiens qui sont le ramassis des polissons dans les grandes villes; + +6º. La rupture qui vient d'éclater avec l'Angleterre; + +7º. L'impossibilité où je me trouve, par la non ratification du traité +d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des troupes sardes, et +la nécessité d'augmenter de six mille hommes de troupes françaises les +garnisons du Piémont et de la Lombardie; + +8º. L'envie de la paix qu'a toute la république, envie qui se manifeste +même dans les soldats, qui se battraient, mais qui verront avec plus +de plaisir encore leurs foyers, dont ils sont absens depuis bien +des années, et dont l'éloignement ne serait bon que pour établir le +gouvernement militaire; + +9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le sang français +pour des peuples peu dignes et peu amans de la liberté, qui, par +caractère, habitude et religion, nous haïssent profondément. La ville +de Venise renferme, il est vrai, trois cents patriotes: leurs intérêts +seront stipulés dans le traité, et ils seront accueillis dans la +Cisalpine. Le désir de quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort +de vingt mille Français; + +10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un champ plus +vaste, plus essentiel et plus beau d'activité. Le peuple anglais vaut +mieux que le peuple vénitien, et sa libération consolidera à jamais +la liberté et le bonheur de la France, ou, si nous obligeons ce +gouvernement à la paix, notre commerce, les avantages que nous +lui procurerons dans les deux mondes, seront un grand pas vers la +consolidation de la liberté et le bonheur public. + +Si, dans tous ces calculs, je me suis trompé, mon coeur est pur, mes +intentions sont droites: j'ai fait taire l'intérêt de ma gloire, de ma +vanité, de mon ambition; je n'ai vu que la patrie et le gouvernement; +j'ai répondu d'une manière digne de moi à la confiance illimitée que le +directoire a bien voulu m'accorder depuis deux ans. + +Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eût fait en ma +place. + +J'ai mérité par mes services l'approbation du gouvernement et de la +nation; j'ai reçu des marques réitérées de son estime. «Il ne me reste +plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre le soc de Cincinnatus, et +donner l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversion pour le +régime militaire, qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs +états.» + +Croyez à mon dévouement et à mon désir de tout faire pour la liberté de +la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 (10 octobre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour complémentaire; +il m'a dit, en conséquence, de votre part, de révolutionner l'Italie: je +lui ai demandé comment cela se devait entendre; si le duc de Parme, +par exemple, était compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune +explication. Je vous prie de me faire connaître vos ordres plus +clairement. + +J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il pût +s'assurer par lui-même de l'esprit qui anime mon état-major et tout +ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en fit autant dans +les différentes divisions de l'armée, il y trouverait un esprit de +patriotisme qui distingue ces braves soldats. + +Ma santé considérablement affaiblie, mon moral non moins affecté, ont +besoin de repos et me rendent incapable de remplir les grandes choses +qui restent à faire. Je vous ai déjà demandé un successeur: si vous +n'avez pas obtempéré à ma demande, je vous prie, citoyens directeurs, de +le faire. Je ne suis plus en état de commander. Il ne me reste qu'un +vif intérêt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prospérité de la +république et la liberté de la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 22 vendémiaire an 6 (13 octobre +1797). + +_Au directoire exécutif de la république cisalpine._ + +J'ai reçu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez envoyé pour +la formation du département de Mantoue. Faites faire une loi par les +comités réunis, pour joindre Mantoue, la partie du Véronais que vous +désirez dans votre plan, et le Brescian à la république cisalpine. Si +vous le croyez nécessaire, envoyez-la moi, je la signerai: surtout que +chaque département n'excède pas cent quatre-vingt mille habitans. +Je crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le +départemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne limite. La ville de +Mantoue continuera cependant à être en état de siége, et immédiatement +sous les ordres du général commandant la place. + +Les fortifications de Mantoue seront désormais aux frais de votre +gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et de Peschiera. Il est +indispensable que vous envoyiez un de vos officiers du génie à Mantoue, +lequel se concertera avec l'officier français, et prendra des mesures +pour augmenter, autant que possible, les fortifications de cette place. +J'ordonne au général Chasseloup de faire faire des projets en grand pour +des fortifications permanentes. + +Il est également indispensable que l'on commence à travailler à un bon +fort à la roche d'Anfous, entre Brescia et le Tyrol. Ce poste est des +plus importans pour la république cisalpine, et il demande toute votre +sollicitude. Envoyez un officier du génie à Brescia. + +Je donne l'ordre au général Chasseloup d'en envoyer également un pour se +concerter avec le vôtre, et présenter un projet pour établir une bonne +forteresse dans cette position. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 (18 octobre +1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le traité de paix +définitif qui vient d'être signé entre l'empereur et nous. + +Le général Berthier, dont les talens distingués égalent le courage et le +patriotisme, est une des colonnes de la république, comme un des plus +zélés défenseurs de la liberté. Il n'est pas une victoire de l'armée +d'Italie à laquelle il n'ait contribué. Je ne craindrai pas que l'amitié +me rende partial en retraçant ici les services que ce brave général a +rendus à la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de +toute l'armée fondera le témoignage de l'histoire. + +Le citoyen Monge, un des membres de la commission des sciences et arts, +est célèbre par ses connaissances et son patriotisme. Il a fait estimer +les Français par sa conduite en Italie. Il a acquis une part distinguée +dans mon amitié. Les sciences, qui nous ont révélé tant de secrets, +détruit tant de préjugés, sont appellées à nous rendre de plus grands +services encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes nous +révéleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des hommes; +mais il faut que nous aimions les savans et que nous protégions les +sciences. + +Accueillez, je vous prie, avec une égale distinction, le général +distingué et le savant physicien: tous les deux illustrent la patrie et +rendent célèbre le nom français. Il m'est impossible de vous envoyer le +traité de paix par deux hommes plus distingués dans un genre différent. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 (18 octobre +1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +La paix a été signée hier après minuit. J'ai fait partir, à deux heures, +le général Berthier et le citoyen Monge pour vous porter le traité +en original. Je me suis référé à vous en écrire ce matin, et je vous +expédie, à cet effet, un courrier extraordinaire qui vous arrivera en +même temps, et peut-être avant le général Berthier: c'est pourquoi j'y +inclus une copie collationnée de ce traité. + +1°. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à déprécier +le traité que je viens de signer. Tous ceux cependant qui connaissent +l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront bien convaincus qu'il +était impossible d'arriver à un meilleur traité sans commencer par se +battre, et sans conquérir encore deux ou trois provinces de la maison +d'Autriche. Cela était-il possible? oui. Préférable? non. + +En effet, l'empereur avait placé toutes ses troupes contre l'armée +d'Italie, et, nous, nous avons laissé toute la force de nos troupes sur +le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche à l'armée d'Allemagne +pour pouvoir arriver sur les lisières des états héréditaires de la +maison d'Autriche, et pendant ce temps-là j'aurais eu contre moi les +trois quarts de ses forces. Je ne devais pas avoir les probabilités de +les vaincre, et, les eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie +des braves soldats qui ont à seuls vaincu toute la maison d'Autriche et +changé le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille hommes sur +le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie. + +2°. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes contre moi, +quarante mille en réserve, et au plus quarante mille au-delà du Rhin. + +3°. Le refus de ratifier le traité du roi de Sardaigne me privait de dix +mille hommes et me donnait des inquiétudes réelles sur mes derrières, +qui s'affaiblissaient par les armemens extraordinaires de Naples. + +4°. Les cimes des montagnes sont déjà couvertes de neige: je ne pouvais +pas, avant un mois, commencer les opérations militaires, puisque, par +une lettre que je reçois du général qui commande l'armée d'Allemagne, il +m'instruit du mauvais état de son armée, et me fait part que l'armistice +de quinze jours qui existait entre les armées n'est pas encore rompu. +Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine à l'armée +d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilités ne pouvaient donc en +réalité commencer que vingt-cinq jours après la rupture, et alors nous +nous trouvions dans les grandes neiges. + +5°. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de passer tout +l'hiver à organiser les armées et à concerter un plan de campagne, qui +était, pour le dire entre nous, on ne peut pas plus mal combiné; mais ce +parti ne convenait pas à la situation intérieure de la république, de +nos finances et de l'armée d'Allemagne. + +6°. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est assez +considérable. + +Si l'empereur répare ses pertes dans quelques années de paix, la +république cisalpine s'organisera de son côté, et l'occupation de +Mayence et la destruction de l'Angleterre nous compenseront de reste et +empêcheront bien ce prince de penser à se mesurer avec nous. + +7°. Jamais, depuis plusieurs siècles, on n'a fait une paix plus +brillante que celle que nous faisons. Nous acquérons la partie de la +république de Venise la plus précieuse pour nous. Une autre partie du +territoire de cette république est acquise à la Cisalpine, et le reste à +l'empereur. + +8°. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La guerre, qui +a été nationale et populaire lorsque l'ennemi était sur nos frontières, +semble aujourd'hui étrangère au peuple, et n'est devenue qu'une guerre +de gouvernement. Dans l'ordre naturel des choses, nous aurions fini par +y succomber. + +9°. Lorsque la Cisalpine a les frontières les plus militaires de +l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a dans le Levant +Corfou, place extraordinairement bien fortifiée, et les autres îles, que +veut-on davantage? Diverger nos forces, pour que l'Angleterre continue à +enlever à nous, a l'Espagne, à la Hollande leurs colonies, et éloigner +encore pour long-temps le rétablissement de notre commerce et de notre +marine? + +10°. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple moins intrigant +et moins dangereux pour nos affaires militaires qu'eux; l'Anglais, au +contraire, est généreux, intrigant, entreprenant. Il faut que notre +gouvernement détruise la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre +lui-même à être détruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs +insulaires. Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute +notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre: cela +fait, l'Europe est à nos pieds. + +BONAPARTE + + + +Au quartier-général à Trévise, le 5 brumaire an 6 (26 octobre 1797). + +_Au citoyen Villetard._ + +J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien compris à +son contenu; il faut que je ne me sois pas bien expliqué avec vous. + +La république française n'est liée avec la municipalité de Venise par +aucun traité qui nous oblige à sacrifier nos intérêts et nos avantages à +celui du comité du salut public ou de tout autre individu de Venise. + +Jamais la république française n'a adopté pour maxime de faire la guerre +pour les autres peuples. Je voudrais connaître quel serait le principe +de philosophie ou de morale qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000 +Français contre le voeu bien prononcé de la nation et l'intérêt bien +entendu de la république. + +Je sais bien qu'il n'en coûte rien à une poignée de bavards, que je +caractériserais bien en les appelant fous, de vouloir la république +universelle; je voudrais que ces messieurs pussent faite une campagne +d'hiver: d'ailleurs, la nation vénitienne n'existait pas. Divisés en +autant d'intérêts qu'il y a de villes, efféminés et corrompus, aussi +lâches qu'hypocrites, les peuples de l'Italie, et spécialement le peuple +vénitien, n'est pas fait pour la liberté. S'il était dans le cas de +l'apprécier, et s'il avait les vertus nécessaires pour l'acquérir, eh +bien! la circonstance actuelle lui est très-avantageuse pour le prouver: +qu'il la défende! Il n'a pas eu le courage de la conquérir, même contre +quelques misérables oligarques; il n'a pas pu même se défendre quelque +temps dans la ville de Zara, et peut-être même que, si l'armée fût +entrée en Allemagne, nous eussions vu se renouveler, sinon les scènes +de Verone, du moins des assassinats particuliers, multipliés, qui +produisent le même effet sinistre pour l'armée. + +Au reste, la république française ne peut pas donner, comme on pourrait +le croire, les états de Venise. Ce n'est pas que, dans la réalité, ces +états n'appartiennent à la France par droit de conquête; mais c'est +parce qu'il n'est point dans les principes du gouvernement de donner +aucun peuple. Lors donc que l'armée française évacue ces pays-ci, les +différens gouvernemens sont maîtres de prendre toutes les mesures qu'ils +pourraient juger avantageuses à leur pays. + +Si je vous avais chargé de conférer avec le comité de salut public sur +l'évacuation qu'il est possible que l'armée française exécute, c'est +pour le mettre à même de prendre toutes les mesures, soit pour leur +pays, soit pour les individus qui voudraient se retirer dans les pays +qui, réunis à la république cisalpine, sont reconnus et garantis par la +république française. + +Vous avez dû également faire connaître au comité de salut public que les +individus qui voudraient suivre l'armée française auraient tout le temps +nécessaire pour vendre leurs biens, quel que soit le sort de ces pays, +et que même je savais qu'il était dans l'intention de la république +cisalpine de leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se +borner là; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur en +avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'était pas perdu, que +tout ce qui arrivait était la suite d'un grand plan. Si les armes de la +république française continuaient à être heureuses contre une puissance +qui a été le nerf et le coffre-fort de toute la coalition, peut-être +Venise aurait pu, par la suite, se trouver réunie avec la Cisalpine; +mais je vois que ce sont des lâches. Ils ne savent que faire, eh bien! +qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux. + +Le général Serrurier vous communiquera les différens ordres que je +lui ai envoyés. Je vous prie, dans l'absence du citoyen Lallemant, de +coopérer de tout votre pouvoir à leur exécution. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 10 brumaire an 6 (31 octobre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le contre-amiral Brueys a mouillé, le 8 brumaire, dans la rade de +Raguse. Conformément aux instructions que je lui avais données, il +annonça à cette république l'intérêt que le directoire exécutif prend +à son indépendance, et le désir qu'il avait de faire tout ce qui était +nécessaire pour la maintenir; il a été accueilli, de la manière la plus +amicale, par les habitons de Raguse. + +Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du +contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de satisfaction +aux équipages pour leur bonne conduite et la dextérité qu'ils ont mise +dans les différentes manoeuvres que le contre-amiral Brueys leur a fait +exécuter, en leur accordant, en gratification, un habillement neuf. J'ai +fait également solder tout ce qui était dû aux équipages. + +Le contre-amiral Brueys est un officier distingué par sel connaissances, +autant que par la fermeté de son caractère. Un capitaine de son escadre +ne se refuserait pas deux fois de suite à l'exécution de ses signaux. Il +a l'art et le caractère pour se faire obéir. Je lui ai fait présent de +la meilleure lunette d'Italie, avec l'inscription suivante: «Donné par +le général B......... au contre-amiral Brueys, de la part du directoire +exécutif.» + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 12 brumaire an 6 (2 novembre 1797). + +_À M. de Cobentzel, ambassadeur._ + +Je reçois à l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier de Paris, qui +m'apporte la ratification du directoire exécutif du traité de paix +que nous avons signé. Je me fais en conséquence un devoir de vous en +prévenir. + +Les citoyens Treilhard, Bonnières et moi, nous avons été nommés pour +assister au congrès de Rastadt. + +Le gouvernement m'a également nommé pour être l'officier-général chargé +de prendre toutes les mesures pour l'exécution du traité de paix, +conformément à notre convention additionnelle. J'attends, monsieur le +comte, avec intérêt le courrier que vous m'avez promis de m'envoyer. + +Je l'attendrai à Milan. + +Je suis charmé que cette occasion me mette à même de me rappeler à votre +souvenir, ainsi qu'à celui de MM. de Gallo, de Merweeldt et Dengelmann. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 5 brumaire an 6 (5 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai envoyé à Vienne, par le courrier Moustache, l'avis à M. le comte de +Cobentzel que vous aviez ratifié le traité de paix de Passeriano. + +J'attends à chaque instant l'avis que l'empereur a ratifié, je suis +surpris de ne l'avoir pas encore reçu. + +J'envoie à Corfou la sixième demi-brigade de ligne pour renforcer la +garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens considérables. + +J'ai expédié un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il se tînt prêt à +partir de Corfou avec l'escadre vénitienne. + +J'ai renforcé la garnison d'Ancône de la trente-neuvième demi-brigade. + +Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, en mener +trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le reste à Nice, à +Chambery et en Corse. + +Je me rendrai à Rastadt dès l'instant que j'aurai des nouvelles de +Vienne. + +Je prépare tout pour les différens mouvemens des troupes, qui ne +pourront plus avoir lieu avant que nous occupions Mayence. + +Pour faire avec quelques probabilités l'expédition d'Angleterre, il +faudrait: + +1°. De bons officiers de marine; + +2°. Beaucoup de troupes bien commandées, pour pouvoir menacer sur +plusieurs points et ravitailler la descente; + +3°. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le meilleur; + +4°. Trente millions d'argent comptant; + +5°. Le général Hoche avait de très-bonnes cartes d'Angleterre, qu'il +faudrait redemander à ses héritiers. + +Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingué que le +général Desaix. + +Quoique véritablement j'aurais besoin de repos, je ne me refuserai +jamais à payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut à la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 17 brumaire au 6 (7 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner aux Iles du +Levant dans la mer Ionienne. + +J'ai écrit à Venise que l'on réunisse tous les mémoires géographiques +et tous les ouvrages relatifs à ces établissemens, pour les envoyer au +ministre de l'intérieur. + +Je m'occupe à force à mettre la dernière main à l'organisation de la +république cisalpine. + +Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22. + +Je ne pourrai pas être avant le 30 à Rastadt[1]: je compte passer par +Chambéry et Genève; mais je vais faire partir demain matin un de mes +aides-de-camp, qui y arrivera avant le 27. + +BONAPARTE. + +[Footnote 1: Bonaparte venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de +la république française auprès du congrès de Rastadt.] + + + + +Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 6 (8 novembre 1797). + +_À M. le marquis de Chasteler, quartier-maître général de l'armée +autrichienne._ + +Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification de Vienne, +pour vous engager à terminer le travail dont vous êtes chargé. + +J'écris par le même courrier au général Chasseloup pour qu'il se rende +à Verone: je le prie de m'expédier par un courrier extraordinaire la +première partie de votre travail depuis la Lizza jusqu'à San-Giacomo. + +Je désire, si vous tombez d'accord, comme je l'espère, que vous me +l'expédiiez par un courrier extraordinaire, afin que je le reçoive +avant mon départ pour Rastadt, et que cela n'apporte aucun obstacle à +l'échange des ratifications. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_À M. le marquis de Manfredini._ + +Le citoyen Cacault, ministre de la république, s'adressera à vous, +monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour l'armée. + +Je désirerais que S.A.R. facilitât la négociation de 2,000,000 de +lettres de change que la caisse de l'armée a sur la république +cisalpine. + +Vous trouverez ci-joint une note détaillée sur cet objet de +l'administrateur général des finances de l'armée. + +Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens d'estime et à +la haute considération, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_ À M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur._ + +Le courrier que vous m'avez envoyé, monsieur l'ambassadeur, s'est croisé +avec celui que je vous avais expédié. Je pars dans deux ou trois jours +pour me rendre à Rastadt. Les conseils ont également ratifié le traité +de paix. Je ne doute pas que j'aurai le plaisir de vous voir à Rastadt +pour l'échange des ratifications. + +J'ai donné les ordres pour que les séquestres mis à Venise sur les +effets appartenans à S.M. l'empereur soient levés. + +Croyez, je vous prie, à l'estime et à la haute considération que j'ai +pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le chevalier de Gallo, +le comte de Meerweldt et le baron de Degelmann. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_Au général Gentili._ + +Vous avez très-bien fait, citoyen général, de vous refuser aux +prétentions d'Ali-Pacha: tout en l'empêchant d'empiéter sur ce qui nous +appartient, vous devez cependant le favoriser autant qu'il sera en vous. +Il est de l'intérêt de la république que ce pacha acquière un grand +accroissement, batte tous ses rivaux, afin qu'il puisse devenir un +prince assez puissant pour pouvoir rendre des services à la république. +Les établissemens que nous avons sont si près de lui, qu'il n'est jamais +possible qu'il puisse cesser d'avoir intérêt d'être notre ami. + +Envoyez des officiers du génie et d'état-major auprès de lui, afin de +vous rendre un état de la situation, de la population et des coutumes +de toute l'Albanie; faites faire des descriptions géographiques, +topographiques de toute cette partie si intéressante aujourd'hui pour +nous depuis l'Albanie jusqu'à la Morée, et faites en sorte d'être bien +instruit de toutes les intrigues qui divisent ces peuples. + +Il est nécessaire, citoyen général, que vous caressiez toutes les +peuplades qui environnent Prevesa, et en général celles qui touchent nos +possessions, et qui paraissent déjà si bien disposées en notre faveur. + +Je vous fais passer l'organisation des îles en trois départemens, je +vous prie de la mettre sur-le-champ à exécution. + +J'ai nommé au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797). + +_Au gouvernement provisoire de la république ligurienne._ + +Je vais répondre, citoyens, à la confiance que vous m'avez montrée, en +vous faisant connaître une partie des modifications dont votre projet de +constitution peut être susceptible. + +Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, pour ne +pas être obligés de surcharger le peuple, et de détruire l'esprit de +localité fomenté par votre ancien gouvernement. Cinq directeurs, trente +membres du conseil des anciens, et soixante des jeunes, vous forment une +représentation suffisante. + +La suppression de vos administrations de district me parait essentielle. + +Que le corps législatif partage votre territoire en quinze ou vingt +juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, ou municipalités +centrales. + +Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal composé de trois juges; +dans chaque canton un, deux et même trois juges de paix, selon leur +population et leurs localités. + +Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nommé par le directoire +exécutif, qui soit à la fois commissaire près le tribunal et +spécialement chargé de faire passer aux différentes municipalités les +ordres du gouvernement et de l'instruire des événemens qui pourraient +survenir dans chaque municipalité. + +Que la municipalité centrale du canton soit composée de la réunion d'un +député de chacune des communes qui composent le canton; qu'elle soit +présidée par le juge de paix du chef-lieu du canton, et qu'elle ne se +rassemble momentanément qu'en conséquence des ordres du gouvernement. + +Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; que +chacune soit commandée par un officier de troupes de ligne: vous aurez +par là une justice qui pourra être bien administrée, et une organisation +extrêmement simple, tant pour la répartition des impositions, que pour +le maintien de la tranquillité publique. + +Plusieurs questions particulières sont également intéressantes: ce n'est +pas assez de ne rien faire contre la religion, il faut encore ne donner +aucun sujet d'inquiétude aux consciences les plus timorées, ni aucune +arme aux hommes mal-intentionnés. + +Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une injustice +révoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant les nobles qui ont +exercé les places dans les colléges, qui s'étaient attribué tous +les pouvoirs, qui ont tant de fois méconnu les formes mêmes de leur +gouvernement, et ont sans cesse cherché à river davantage les chaînes +du peuple, et à organiser une oligarchie au détriment même de +l'aristocratie, ces hommes ne peuvent plus être appelés aux fonctions de +l'état; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout comme l'une +et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des droits de citoyen ce +grand nombre d'hommes qui sont si utiles à votre patrie. + +Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetée au milieu +de vous. Autant il est absurde que tous les points de la république +prétendent à la franchise du port, autant il pourrait être inconvenant +et paraître un privilége d'acquisition de laisser la franchise du port à +la ville de Gênes seule. + +Le corps législatif doit avoir le droit de déclarer la franchise pour +deux points de la république; la ville de Gênes ne doit tenir la +franchise de son port que de la volonté du corps législatif, mais le +corps législatif doit la lui donner. + +Pourquoi le peuple ligurien est-il déjà si changé? À ces premiers élans +de fraternité et d'enthousiasme ont succédé la crainte et la terreur: +les prêtres s'étaient, les premiers, ralliés autour de l'arbre de la +liberté; les premiers, ils vous avaient dit que la morale de l'Evangile +est toute démocratique; mais des hommes payés par vos ennemis, dans les +révolutions de tous les pays, auxiliaires immédiats de la tyrannie, ont +profité des écarts, même des crimes de quelques prêtres, pour écrire +contre la religion, et les prêtres se sont éloignés. + +Une partie de la noblesse a été la première à donner l'éveil au peuple +et à proclamer les droits de l'homme; l'on a profité des écarts, des +préjugés ou de la tyrannie passée de quelques nobles; l'on a proscrit en +masse, et le nombre de vos ennemis s'est accru. + +Après avoir ainsi fait planer les soupçons sur une partie des citoyens, +et les avoir armés les uns contre les autres, on a fait plus, on a +divisé les villes contre les villes. On vous a dit que Gênes voulait +tout avoir, et tous les villages ont prétendu avoir le port franc; ce +qui détruirait les douanes, et rendrait impossible la conservation de +l'état. + +La situation alarmante où vous vous trouvez est l'effet des sourdes +menées des ennemis de la liberté et du peuple; méfiez-vous de tout homme +qui veut exclusivement concentrer l'amour de la patrie dans ceux de +sa cotterie. Si son langage a l'air de défendre le peuple, c'est pour +l'exaspérer et le diviser. Il dénonce sans cesse, lui seul est pur. Ce +sont des hommes payés par les tyrans, dont ils secondent si bien les +vues. + +Quand, dans un état (surtout dans un petit), l'on s'accoutume à +condamner sans entendre, à applaudir d'autant plus à un discours, qu'il +est plus furieux; quand on appelle vertu l'exagération et la fureur, et +crime la modération, cet état-là est près de sa ruine. + +Il en est des états comme d'un bâtiment qui navigue, et comme d'une +armée; il faut de la froideur, de la modération, de la sagesse, de +la raison dans la conception des ordres, commandemens ou lois, et de +l'énergie et de la vigueur dans leur exécution. + +Si la modération est un défaut, et un défaut très-dangereux pour les +républiques, c'est d'en mettre dans l'exécution des lois sages; si +les lois sont injustes, furibondes, l'homme de bien devient alors +l'exécuteur modéré; c'est le soldat qui est plus sage que le général: +cet état-là est perdu. + +Dans un moment où vous allez vous constituer en un gouvernement stable, +ralliez-vous; faites trêve à vos méfiances, oubliez les raisons que vous +croiriez avoir pour vous désunir, et, tous d'accord, organisez votre +gouvernement. + +J'avais toujours désiré pouvoir aller à Gênes, et vous dire moi-même +ce que je ne puis ici que vous écrire: c'est le fruit de l'expérience +acquise au milieu des orages de la révolution du grand peuple, et que +confirment l'histoire de tous les temps et votre propre exemple. + +Croyez que dans tous les lieux où mon devoir et le service de ma patrie +m'appelleront, je regarderai comme un des momens les plus précieux celui +où je pourrai être utile à votre république, et comme ma plus grande +satisfaction d'apprendre que vous vivez heureux, unis, et que vous +pouvez, dans tous les événemens, être, par votre alliance, utiles à +la grande nation, à qui vous devez la liberté et un accroissement de +population de près de cent mille ames. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797). + +_Au peuple cisalpin._ + +Citoyens, + +À compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera en pleine +activité. + +Votre directoire, votre corps législatif, votre tribunal de cassation, +les autres administrations subalternes se trouveront organisés. + +Vous êtes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple qui devient +libre sans factions, sans révolutions et sans déchiremens. + +Nous vous avons donné la liberté, sachez la conserver. Vous êtes, +après la France, la république la plus populeuse, la plus riche. Votre +position vous appelle à jouer un grand rôle dans les affaires de +l'Europe. + +Pour être dignes de votre destinée, ne faites que des lois sages et +modérées. + +Faites-les exécuter avec force et énergie. + +Favorisez la propagation des lumières, et respectez la religion. + +Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais de citoyens qui +se nourrissent des principes de la république, et soient immédiatement +attachés à sa prospérité. + +Tous avez en général besoin de vous pénétrer du sentiment de votre force +et de la dignité qui convient a l'homme libre. + +Divisés et pliés depuis tant d'années à la tyrannie, vous n'eussiez pas +conquis votre liberté; mais sous peu d'années, fussiez-vous abandonnés à +vous-mêmes, aucune puissance de la terre ne sera assez forte pour vous +l'ôter. + +Jusqu'alors la grande nation vous protégera contre les attaques de vos +voisins. Son système politique sera réuni au vôtre. + +Si le peuple romain eût fait le même usage de sa force que le peuple +français, les aigles romaines seraient encore sur le Capitole, et +dix-huit siècles d'esclavage et de tyrannie n'auraient pas déshonoré +l'espèce humaine. + +J'ai fait, pour consolider la liberté et en seule vue de votre bonheur, +un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir ont seuls fait faire +jusqu'ici. + +J'ai nommé à un grand nombre de places, je me suis exposé à avoir oublié +l'homme probe et avoir donné la préférence à l'intrigant; mais il y +avait des inconvéniens majeurs à vous laisser faire ces premières +nominations: vous n'étiez pas encore organisés. + +Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, et un +danger imminent que courrait la république cisalpine, me rappelleront +seuls au milieu de vous. + +Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, je +prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur et à la gloire de +votre république. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 11 brumaire an 6 (12 novembre 1797). + +_Au chef des trois ligues._ + +Le citoyen Comeyras, résident de la république française, vous a fait +passer la décision que j'ai prise, au nom de la république, le 10 +octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, Chiavene et Bormio +sont libres de pouvoir se réunir avec la république cisalpine, laquelle +réunion a effectivement eu lieu. + +Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicité la médiation de la +république française. Je l'avais acceptée avec répugnance, parce qu'il +est dans nos principes de nous mêler le moins possible dans les affaires +des autres peuples; mais j'ai dû céder à vos vives instances, j'ai +dû céder même à la voix du devoir, étant garant de l'exécution des +capitulats qui vous liaient avec les peuples de la Valteline, de +Chiavene et de Bormio. + +De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir pour vous +aveugler sur vos intérêts, et pour vous faire substituer à la conduite +franche et loyale qui distingue votre brave nation, une conduite +tortueuse, contraire a la bonne foi et spécialement aux égards que vous +devez à la grande nation que vous avez choisie pour médiatrice? + +Depuis quatre mois que j'ai accepté la médiation, quoique le citoyen +Comeyras vous eût continuellement sollicités, ce n'est qu'aujourd'hui, +lorsque vous avez dû savoir la décision que j'avais prise, que vous avez +envoyé des députés. Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal +conseillée, les intrigans substituent la voix de leurs passions et de +leurs préjugés à celle de l'intérêt de leur patrie et aux principes de +la démocratie. + +La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrévocablement réunis à la +république cisalpine. Du reste, cela n'altérera d'aucune manière +la bonne amitié et la protection que la république française vous +accordera, toutes les fois que vous vous conduirez envers elle avec les +égards qui sont dus au plus puissant peuple du monde. + +Croyez au sentiment d'estime et à la haute considération que j'ai pour +vous, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 22 brumaire an 6 (12 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous ferai passer la distribution de l'armée d'Italie en armée +d'Angleterre. + +J'ai fait toutes les dispositions et donné tous les ordres en +conséquence, afin que, dès l'instant que l'échange des ratifications +aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on puisse commencer à +mettre les colonnes en marche pour l'Océan. + +Je ferai partir demain le citoyen Andréossy, chef de brigade +d'artillerie, pour se rendre à Paris, afin de faire fondre des canons +du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et faire faire des +caissons plus légers et plus propres à l'embarquement que les nôtres. Il +est nécessaire d'avoir des canons du calibre de ceux des Anglais, afin +qu'une fois dans le pays on puisse se servir de leurs boulets. + +Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la république +cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armée, de manière que mon +absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun inconvénient. + +Je ne pourrai pas partir avant le 29. + +Je me suis fait précéder à Rastadt du général de brigade Murat. Je ne +suis pas fâché de ne m'y trouver que le 4 ou 5 frimaire, cela me donne +d'autant plus de temps pour achever les cinq bâtimens de guerre qui nous +reviennent à Venise, et les mettre dans le cas de tenir la mer. + +Le ministre des relations extérieures vous rendra compte des opérations +que je viens de faire dans la Cisalpine et à Gênes. + +Une grande partie des Génois désirent être Français. C'est une +acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut pas perdre +de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils ont acceptée, quoique +j'y aie fait quelques changemens pour l'améliorer, puisse leur convenir, +et, si nous aidons un peu, avant deux ou trois ans ils viendront se +jeter à nos genoux pour que nous les recevions comme citoyens français. + +J'ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous le prétexte d'inspecter +toutes les Echelles du Levant mais, à la vérité, pour mettre la dernière +main au projet que nous avons sur cette île. + +Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donné pour régler les affaires de +Venise. + +La république cisalpine s'est emparée de quelques villages qui sont sur +la rive gauche du Pô, qui depuis long-temps sont en controverse avec le +duc de Parme, et dès lors les gênaient beaucoup. + +Elle s'empare également de la forteresse de Saint-Leo, enclavée dans la +Romagne, où le pape est entré. Je ne sais trop pourquoi elle aura cette +forteresse, extrêmement intéressante, en donnant quelque argent aux +soldats du pape qui la défendent, et en faisant quelques dispositions. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 23 brumaire an 6 (13 novembre 1797). + +_Au consul de la république française à Malte._ + +De nouvelles relations, citoyen, vont résulter de la réunion à la +république française des îles de Corfou, Zante, Céphalonie et Cerigo. +Je charge le citoyen Poussielgue, premier secrétaire de la légation de +France à Gênes, qui a la confiance du gouvernement et toute la mienne, +de se transporter dans les différentes échelles du Levant, à l'effet +d'y recueillir les observations et d'y prendre tous les renseignemens +nécessaires pour mettre le gouvernement en état de faire les changemens +et modifications à apporter dans nos relations commerciales et +politiques dans cette partie, et d'établir, de la manière la plus sûre, +la correspondance et les communications régulières entre le continent de +la république française et ses îles de l'Adriatique. + +Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances et +de vos lumières dans tout ce qui concerne sa mission, et de le faire +connaître auprès du gouvernement du pays où vous résidez. + +L'intention du gouvernement de la république française est de consolider +toujours ses intérêts avec ceux des gouvernemens étrangers, dans les +relations qu'il peut avoir à établir chez eux. + +BONAPARTE. + + + +_Commission d'inspecteur général des échelles du Levant._ + +La réunion à la république française des îles de Corfou, Zante, +Céphalonie et Cerigo, allant procurer à la France de nouvelles relations +politiques et commerciales dans la Méditerranée et principalement dans +le Levant; et le gouvernement voulant, le plus tôt possible, établir ses +rapports d'une manière régulière et avantageuse, le général en chef de +l'armée d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, premier +secrétaire de la légation de la république française à Gênes de se +transporter immédiatement, en qualité d'inspecteur général des échelles +du Levant auprès des différens consuls et agens de la république dans le +Levant, et en général de visiter tous les établissemens français situés +dans cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle +de notre commerce et de nos relations; observera les changemens éprouvés +depuis la révolution; recherchera les moyens les plus prompts de +rétablir l'ancienne prospérité de notre commerce, et de l'accroître en +proportion des avantages de notre nouvelle position; il examinera sous +quels rapports il conviendrait d'étendre ou de modifier nos relations +politiques; il prendra enfin des renseignemens sur la manière la plus +sûre d'établir notre correspondance et nos communications régulières et +périodiques entre le continent de la France et nos îles de l'Adriatique, +en fixant les points intermédiaires en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou +à Malte, ou en les établissant sur le continent de l'Italie par Ancône. +Au retour de cette mission, qu'il accélérera autant qu'il sera possible, +il remettra au général en chef de l'armée d'Italie son rapport général +sur tous les objets dont il est chargé par la présente commission. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission que j'ai +donnée au citoyen Poussielgue et de ma lettre au consul à Malte. + +Le but réel de la mission du citoyen Poussielgue est de mettre la +dernière main aux projets que nous avons sur Malte. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au cardinal Mattei._ + +J'ai reçu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. Je pars +demain pour le congrès de Rastadt. + +La cour de Rome commence à se mal conduire. + +Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, et la +promesse qu'avait donnée le secrétaire de l'état, elle vient de donner +le commandement des troupes papales au général Provera. + +Je crains bien que les maux que vous avez en partie épargnés à votre +patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, monsieur le cardinal, des +conseils que vous avez donnés au pape à votre départ de Ferrare. + +Faites donc entendre à Sa Sainteté, que, si elle continue à se laisser +mener par le cardinal Busca et autres intrigans, cela finira mal pour +vous. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la république française à +Rome._ + +J'ai partagé votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque vous m'avez +appris l'arrivée du général Provera. Vous pouvez déclarer présentement à +la cour de Rome que, si elle reçoit à son service aucun officier +connu pour être on avoir été au service de l'empereur, toute bonne +intelligence entre la France et la cour de Rome cesserait à l'heure +même, et la guerre se trouverait déclarée. + +Vous ferez connaître, par une note spéciale au pape, que vous adresserez +à lui-même en personne, que quoique la paix soit faite avec S.M. +l'empereur, la république française ne consentira pas à ce que le pape +accepte dans ses troupes aucun officier ni aucun agent, sous quelque +dénomination que ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques +d'usage. + +Vous exigerez que M. le général Provera, vingt-quatre heures après la +présentation d'une note que vous ferez à ce sujet, quitte le territoire +de Sa Sainteté, sans quoi vous déclarerez que vous allez quitter Rome. + +Vous ferez connaître, dans la conversation, au pape que je viens +d'envoyer trois autres mille hommes à Ancône, lesquels ne rétrograderont +que lorsque vous leur ferez connaître que M. Provera et tous les autres +officiers autrichiens auront quitté le territoire de Sa Sainteté. + +Vous ferez connaître au secrétaire-d'état que si Sa Sainteté se porte +à faire exécuter aucun des détenus, de ceux que vous avez réclamés, la +république française, par représailles, fera arrêter les attenans du +cardinal Busca et des autres cardinaux qui égarent la cour de Rome. +Enfin, je vous invite à prendre dans vos notes un style concis et ferme, +et, si le cas arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre à Florence +ou à Ancône. + +Vous ne manquerez pas de faire connaître à Sa Sainteté et au +secrétaire-d'état, qu'à peine vous aurez quitté le territoire de Sa +Sainteté, vous déclarerez la réunion d'Ancône à la Cisalpine. Vous +sentez que cette phrase doit se dire et non pas s'écrire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au général Kilmaine._ + +Je pars, citoyen général, pour me rendre au congrès de Rastadt. Vous +prendrez le commandement de l'armée jusqu'à l'arrivée du général +Berthier. + +Le général de brigade Leclerc remplira les fonctions de chef de +l'état-major. + +Le chef de l'état-major vous fera connaître les mouvemens que j'ai +ordonnés pour mettre l'armée en état de faire son mouvement rétrograde, +dès l'instant que je vous en enverrai l'ordre par un de mes +aides-de-camp. + +Si le bataillon de la soixante-dix-neuvième, qui était dans la huitième +division militaire arrive, vous l'enverrez à Ancône, où il s'embarquera +pour Corfou, ainsi que tous les détachemens des sixième et +soixante-dix-neuvième demi-brigades. + +Vous laisserez a Ancône la trente-neuvième demi-brigade de ligne. + +Les généraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra à Corfou. + +Le général Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez par les ordres que +j'ai donnés, doit faire l'arrière-garde de l'armée. + +Jusqu'à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi de Rastadt, le +général Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, les gorges de Cividale +et Monte-Falcone, indépendamment de quoi il y aura une demi-brigade, +comme j'en ai spécialement donné l'ordre, pour la garnison de +Palma-Nova, et un bataillon pour celle d'Osopo. + +Si des événemens quelconques vous faisaient penser nécessaire de +renforcer le général Baraguey d'Hilliers, vous le feriez avec la onzième +demi-brigade de ligne, qui doit être à Bassano, et avec la division +du général Guieux, qui se trouvera à Padoue et composée des onzième, +vingt-troisième et vingt-neuvième d'infanterie légère; et enfin, si cela +ne suffisait pas, par toute la division du général Serrurier, qui est à +Venise, et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrième de chasseurs, +le septième de hussards, et, s'il le fallait, par toute la division de +cavalerie aux ordres du général Rey. + +Par ce moyen, la partie de l'armée qui est destinée à faire partie de +l'armée d'Angleterre, resterait toujours placée en deçà de la Brenta. + +Je ne prévois pas le cas où vous vous trouverez en rupture ouverte avec +l'ennemi, alors même il faudrait marcher avec toutes vos divisions, et +employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir. + +Vous devez prendre les mesures, même celles de rigueur, des +arrestations, des contributions forcées, pour que les ordres que j'ai +donnés à Venise pour l'achèvement de nos vaisseaux et l'évacuation +de cette place soient terminés. Le chef de l'état-major, le général +Serrurier et le citoyen Villetard vous donneront des renseignemens sur +cette place. J'ai donné tous les ordres nécessaires, il ne s'agit plus +que de les exécuter avec vigueur. + +Il faut laisser le gouvernement cisalpin livré à lui-même, s'essayer; +cependant, s'il demandait votre secours, vous devez lui accorder celui +de votre influence morale et des troupes qui sont à vos ordres, pour le +soutenir. + +Tous les princes d'Italie étant accoutumés, pour le moindre événement, à +recourir à moi, vous devez, pour ce qui regarde la république cisalpine, +les renvoyer au ministre des affaires étrangères, disant que cela +ne vous regarde point. Pour ce qui est de nos troupes, veillez à ce +qu'elles vivent en bonne intelligence et sous la plus sévère discipline, +à ce qu'elles soient bien logées et bien nourries, excepté dans la +république cisalpine, où nous en sommes empêchés par nos traités. + +Vous pouvez favoriser tous les élans de la ville d'Ancône pour la +liberté, notre intention étant de la considérer comme une république +indépendante. + +La neuvième demi-brigade de bataille doit être toute réunie à Gênes. +Vous devez également prêter le secours de votre influence morale et de +vos troupes, pour soutenir le gouvernement démocratique à Gênes. + +Vous me ferez passer à Rastadt, par des courriers extraordinaires, +toutes les dépêches que vous recevrez de Corfou et de l'amiral Brueys. + +La cour de Rome commence à se mal conduire: vous devez soutenir par +votre influence morale, et, dans l'occasion, en faisant concourir le +mouvement de quelques troupes, les démarches que ferait l'ambassadeur de +la république de Rome, et surtout avoir bien soin que le roi de Naples +ne sorte point de ses frontières. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +Je vous ai écrit, général, par mon aide-de-camp Eugène Beauharnais, pour +vous donner des nouvelles de la paix. Je vous instruis aujourd'hui que +la paix ayant été ratifiée par les deux conseils, je me rends à Rastadt +pour suivre différentes négociations diplomatiques. + +Je vous ai déjà écrit de vous préparer avec vos vaisseaux vénitiens, +afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux îles Saint-Pierre, et, de là, +prendre votre vol pour la grande expédition. J'ai été nommé pour +commander l'armée d'Angleterre, j'ai demandé que Truguet commandât: +vous sentez combien il serait nécessaire de vous avoir là avec vos six +vaisseaux, vos frégates et vos corvettes. + +Je viens d'envoyer un agent diplomatique à Malte. La sixième +demi-brigade, forte de seize cents hommes, part demain pour se rendre à +Corfou: cela vous mettra à même de pouvoir embarquer trois mille hommes +pour la petite expédition, et je vous enverrai des ordres pour l'une et +pour l'autre par un de mes aides-de-camp. + +Vous aurez avec vous _la Diane_ et _la Junon_. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Le général Clarke, qui se rend à Paris, est employé en Italie depuis +plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui ont été adressées et qui +ont été interceptées, et qui me sont parvenues, je n'ai jamais rien vu +que de conforme aux principes de la république. + +Il s'est conduit dans les mêmes principes aux négociations. Le général +Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses liaisons avec Carnot +le rendent suspect dans la diplomatie, je crois qu'il peut être utile +dans le militaire, et surtout à l'expédition d'Angleterre. + +S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de lui en +accorder un peu. En dernière analyse, le général Clarke est un bon +homme: je l'ai retenu à Passeriano jusqu'au 30 vendémiaire, et depuis il +a été malade. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux à la république +cisalpine et à l'armée: je compte partir décidément demain. + +Le citoyen Cerbelloni m'a demandé sa démission. Je vous fais passer +copie de sa lettre et de l'arrêté du directoire. + +Le citoyen Savaldi, patriote prononcé, un des chefs du gouvernement de +Brescia, a été nommé pour le remplacer. + +La cour de Rome n'a pas reconnu la république cisalpine. Je vous envoie +copie du message du directoire exécutif aux comités réunis, faisant +fonctions de corps législatif, et de la résolution qu'ils ont prise en +conséquence. + +Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et finira par +l'avilir, en l'obligeant à reconnaître de force une puissance qu'il eût +dû, comme les autres puissances, reconnaître de bonne volonté. + +Notre ambassadeur à Rome instruit, je crois, le ministre des relations +extérieures de la conduite de cette imbécile cour de Rome; je vous +envoie copie de la lettre que j'écris à notre ambassadeur. J'ai lieu de +penser qu'à l'heure qu'il est Provera aura été chassé. + +Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle d'Ancône, et +laisser cette ville se déclarer indépendante. + +Dans cet intervalle, le temps s'écoulera, et nous aurons toujours un +point extrêmement intéressant pour notre commerce, pour observer le pape +et brider Naples. + +Il faudra, je pense, garder Ancône, en disant toujours que nous y +attachons peu de prix, et que, dès que le pape se conduira envers nous +comme il convient, nous n'aurons point de difficulté à le lui rendre. + +Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, que l'on +a trouvée dans les papiers des inquisiteurs de Venise. Vous y verrez +qu'elle compromet beaucoup un adjudant-général nommé Landrieux, qui, +depuis long-temps, a quitté l'armée pour se rendre en France. Ce +misérable, a ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque +à l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le même temps qu'il +prévenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-être +jugerez-vous à propos de faire un exemple de ce coquin-là; mais, dans +tous les cas, j'ai pensé qu'il fallait que vous fussiez instruits, afin +qu'il ne vint pas à demander à être employé. + +J'ai destitué un nommé Gérard, chef de brigade, qui a été sept ou huit +mois commandant à Brescia; il parait, par la correspondance également +prise à Venise, qu'il avait avec le provéditeur ou gouverneur de la +république de Venise des relations d'intimité que l'intérêt de l'armée +aurait dû lui prohiber. + +Dans quelques autres lettres trouvées également à Venise, de légers +indices de soupçons planent sur des officiers d'ailleurs estimables. Ces +malheureux inquisiteurs répandaient l'argent partout, et cherchaient par +ce moyen à connaître et à avoir des indices sur tout. + +J'ai envoyé a Corfou le citoyen Rolhières, homme instruit, pour remplir +les fonctions de commissaire près le département de la mer Egée. Je +n'ai point trouvé de sujets pour envoyer comme commissaires dans les +départemens de Corcyre et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et +extrêmement désintéressés. Ces peuples aiment beaucoup les Français. Je +vous fais passer copie d'une lettre de la municipalité de Zante. + +Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler à la +fonderie et à l'organisation d'un petit équipage d'un calibre anglais. +J'envoie à Paris le citoyen Andréossy, chef de brigade d'artillerie, +pour faire exécuter ledit travail. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen Carbini, +m'ayant demandé à être commissaires dans les départemens de Corcyre et +d'Ithaque, je les y ai envoyés. Cela vous donnera le temps d'envoyer +dans ces départemens des hommes qui aient votre confiance, en même temps +que cela épargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici. + +Le citoyen Comeyras, président de la république à Coire, désirerait être +votre commissaire pour l'organisation de ces îles. Comme cette place est +très-importante, et que le citoyen Comeyras est employé comme agent, je +n'ai pas voulu prendre sur moi de le nommer. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-général à Milan, le 26 brumaire an 6 (16 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous envoie le drapeau dont la convention fit présent à l'armée +d'Italie par un des généraux qui ont le plus contribué aux différens +succès des dernières campagnes, et par un des officiers d'artillerie +les plus instruits de deux corps savans qui jouissent d'une réputation +distinguée dans l'Europe. + +Le général Joubert, qui a commandé à la bataille de Rivoli, a reçu de +la nature les qualités qui distinguent les guerriers. Grenadier par le +courage, il est général par le sang-froid et les talens militaires: il +s'est trouvé souvent dans ces circonstances où les connaissances et les +talens d'un homme influent tant sur le succès. C'est de lui qu'on a dit +avant le 18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgré plusieurs blessures +et mille dangers, il a échappé aux périls de la guerre; il vivra +long-temps, j'espère, pour la gloire de nos armes, le triomphe de la +constitution de l'an III et le bonheur de ses amis! + +Le chef de brigade d'artillerie Andréossy a dirigé dans les deux +campagnes la partie la plus essentielle comme la plus difficile en +Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a rendu de grands +services à tous les passages. À celui de l'Izonzo, il trouva plus +expéditif, pour répondre à la demande qu'on lui fit si la rivière était +guéable, de s'y jeter le premier devant l'ennemi pour la sonder. + +Un état n'acquiert des officiers comme le citoyen Andréossy, qu'en +soignant l'éducation et en protégeant les sciences dont le résultat +s'applique à la marine, a la guerre comme aux arts, à la culture des +terres, à la conservation des hommes et des êtres vivans. + +BONAPARTE. + + + +Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797). + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai reçu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. Conformément +à vos intentions, je partirai demain au soir ou après-demain. + +Nous avons aujourd'hui échangé les ratifications. M. le comte de +Cobentzel et le général Meerweldt ont été chargés de cette opération +du côté de l'empereur. Demain nous achèverons tout ce qui nous reste +à faire pour l'exécution de la convention secrète. Si cela est achevé +demain, je partirai le soir même. + +BONAPARTE. + + + +Paris, 21 frimaire an 6 (17 décembre 1797). + +_Discours de Bonaparte en présentant au directoire la ratification du +traité de Campo-Formio._ + +«Citoyens directeurs, «Le peuple français, pour être libre, avait des +rois à combattre. + +«Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il avait dix-huit +siècles de préjugés à vaincre. + +«La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphé de tous ces +obstacles. + +«La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, depuis +vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la paix que vous venez de +conclure, date l'ère des gouvernemens représentatifs. + +«Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le vaste +territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en a posé +elle-même les limites. + +«Vous ayez fait plus. + +«Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres par les +arts, les sciences et les grands hommes dont elles furent le berceau, +voient avec les plus grandes espérances le génie de la liberté sortir +des tombeaux de leurs ancêtres. + +«Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont placer deux +puissantes nations. + +«J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio, et +ratifié par S.M. l'empereur. + +«La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la république. + +«Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les meilleures +lois organiques, l'Europe entière deviendra libre.» + +Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +Je reçois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau et le sabre +que vous m'avez envoyés. + +C'est l'armée d'Italie que le gouvernement honore dans son général. +Agréez en particulier mes remercimens sur la belle lettre qui accompagne +votre envoi. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798). + +_Au général de brigade Lannes._ + +Le corps législatif, citoyen général, me donne un drapeau en mémoire +de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armée d'Italie dans +son général. Il fut, aux champs d'Arcole, un instant où la victoire +incertaine eut besoin de l'audace des chefs: plein de sang et couvert +de trois blessures, vous quittâtes l'ambulance, résolu de mourir ou de +vaincre. Je vous vis constamment, dans cette journée, au premier rang +des braves; c'est vous également qui, a la tête de la colonne infernale, +arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pó et l'Adda: c'est à vous à +être le dépositaire de cet honorable drapeau, qui couvre de gloire les +grenadiers que vous avez constamment commandés. Vous ne le déploierez +désormais que lorsque tout mouvement en arrière sera inutile, et que la +victoire consistera à rester maître du champ de bataille. + +BONAPARTE. + + + +_Au directoire exécutif de la république cisalpine._ + +Le pays de Vaud et les différens cantons de la Suisse, animés d'un même +esprit de liberté, adoptent les principes de liberté, d'égalité et +d'indivisibilité sur lesquels est fondé le gouvernement représentatif. + +Nous savons que les bailliages italiens sont animés du même esprit; nous +croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils imitent le pays vaudois et +manifestent le voeu de se réunir à la république helvétique. + +Nous désirons, en conséquence, que vous vous serviez de tous les moyens +que vous pouvez avoir pour répandre chez ces peuples, vos voisins, +l'esprit de liberté; faites répandre des imprimés libéraux; excitez-y un +mouvement qui accélère le mouvement général de la Suisse. + +Nous donnons l'ordre au général de brigade Monnier de se porter sur les +confins des bailliages suisses avec des troupes, afin d'encourager et de +soutenir les mouvemens que pourraient opérer les insurgés. Il a ordre de +se concerter avec vous pour parvenir à ce but, qui intéresse également +les deux républiques. + +_Note._ + +Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous fait une loi de +nous tenir prêts sur nos différentes frontières à pouvoir, au premier +signal des autres puissances, faire la guerre. + +Nous avons en Italie seize mille Français et cinq mille Polonais contre +le roi de Naples, ce qui, joint à deux mille hommes de débarquement que +le gouvernement a ordonné de préparer à Toulon, suffit pour n'avoir rien +à craindre de ce monarque. + +Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille hommes, qui, +joints aux quatre mille que le gouvernement vient de mettre à la +disposition de cette armée, forment vingt-cinq mille hommes. + +On peut compter à peu près sur dix mille Cisalpins de mauvaises +troupes, ce qui porterait nos forces à trente-cinq mille hommes, nombre +insuffisant pour garnir les places et former un corps d'observation, +en comparaison de quatre-vingt mille hommes que l'empereur a sur cette +frontière. + +Mais toutes les forces de la république peuvent se réunir en Allemagne +pour bien vite dégager l'Italie, et empêcher les places fortes d'être +prises. + +Il nous serait bien facile de porter à quatre-vingt ou quatre-vingt-dix +mille-hommes l'armée de Mayence, et d'avoir quarante ou cinquante +mille hommes sur le lac de Constance, renforcés d'un certain nombre de +Suisses. + +Ces deux armées se réuniraient bien vite pour attaquer la maison +d'Autriche dans le coeur de ses états héréditaires. + +Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armée de Mayence et +celle de Hollande se jetteraient bien vite dans l'évêché de Munster, +pour entrer dans le Hanovre. + +Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1°. de faire travailler à +l'armement et à l'approvisionnement de Dusseldorf et à celui de Mayence; +2°. De suspendre le licenciement de nos équipages d'artillerie, afin +de ne pas être obligé de faire des achats pressés, qui nécessiteraient +beaucoup d'argent et perdraient un temps précieux, car si la guerre a +lieu, ceux qui frapperont les premiers coups auront, par leur position, +de grands avantages. + + + + +_Au général Bernadote._ + +Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre. Le directoire +exécutif, à ce qu'il m'a assuré, s'empressera de saisir toutes les +occasions de faire ce qui pourrait vous convenir. + +Il a décidé qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement +des îles ioniennes; de prendre une division de l'armée d'Angleterre, +laquelle sera augmentée des anciennes troupes que vous aviez à l'armée +de Sambre-et-Meuse, ou même de prendre une division territoriale, la +dix-septième, par exemple. + +Personne ne fait plus de cas que moi de la pureté de vos principes, de +la loyauté de votre caractère, et des talens militaires que vous avez +développés pendant le temps que nous avons servi ensemble. Vous seriez +injuste si vous pouviez en douter un instant. + +Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime et sur +votre amitié. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 8 ventose an 6 (26 février 1798). + +_Au général Dufalga._ + +Le résultat à obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais est +celui-ci: + +Travailler à ces ports de manière à obtenir que le plus grand nombre de +bateaux possible pût sortir dans une seule marée. + +Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls être comptés, et +encore n'est-ce qu'avec réserve, de sorte que je me trouverais obligé de +calculer sur Calais pour porter les premiers trente mille hommes. + +Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au port de +Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un plus grand nombre de +bateaux qu'il n'en peut sortir dans une marée. + +Ainsi, il est bien prouvé que l'on ne peut sortir du port de Boulogne +que cent à cent cinquante bateaux dans une marée; il ne faut travailler +au port que pour le mettre à même de contenir ce nombre de bateaux. + +À Calais, même raisonnement. + +Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le mettre à même +de contenir autant de bateaux qu'il serait possible d'en faire sortir +dans une marée. + +Je vous prie de me faire connaître le parti que l'on peut tirer +d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que sur sa +position géographique. + +Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports étaient +parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtimens, recevant +l'eau de la marée au même instant, pourraient sortir sur-le-champ: c'est +donc sur la partie des ports qui est la plus proche de la mer, qu'il +faut travailler. + +Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser partout les travaux +qu'il sera possible de faire pour la prompte sortie d'une grande +quantité de bateaux. + +Tous les petits bateaux ne portant que quarante à cinquante hommes ne +pourraient-ils pas être échoués sur la plage, et ne pourrait-on pas +favoriser cet échouage eu faisant quelques travaux sur la plage? + +Tous les bâtimens hollandais, et même ceux de Dieppe, ne pourraient-ils +pas être échoués sur la plage? + +Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux de +Boulogne dans une marée, nous y mettrons de préférence les écuries, les +bâtimens chargés et les grosses chaloupes canonnières. + +Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins[2], qui ne tirent +que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse. + +Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les échouerons sur la plage +de la rade de Saint-Jean: ces bâtimens ne doivent porter que des hommes +et deux ou trois sacs de biscuit, et ne se trouveront chargés de rien. + +Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1°. le local de la +plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le plus favorable pour cet +échouement; 2°. voir les travaux que l'on pourrait faire à ladite plage +pour rendre cette opération plus facile et moins fatigante pour les +bateaux. + +Quant à Calais et à Dunkerque, on s'en servirait pour le complément de +l'armée, le reste des denrées, les bagages, les approvisionnemens, etc. + +BONAPARTE. + +[Footnote 2: Espèce de prâme ou chaloupe cannonière, de l'invention du +capitaine de vaisseau Muskins.] + + + +Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'Empire a enfin +consenti à prendre pour base du traité de Rastadt la rive gauche du +Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achèveront sans difficulté ce +qu'ils viennent de commencer si heureusement. Mon intervention désormais +devient superflue; je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser à faire +revenir de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissée, ma +présence à Paris étant nécessaire pour différens ordres et différentes +expéditions. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Les papiers publics répandent que vous avez fait arrêter plusieurs +membres des conseils de la république cisalpine, et qu'il est dans ce +moment-ci question de faire arrêter Moscati et Paradisi, deux membres du +directoire exécutif de ladite république. + +Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque +connaissance des personnes et des événement qui se sont passés en +Italie, de vous faire connaître que la France et la liberté n'ont point +d'amis plus vrais que ces deux directeurs. + +Le citoyen Paradisi, qui était professeur renommé à Reggio, est le seul +Italien qui ait rendu quelques services aux armées françaises, tandis +que Mantoue était encore au pouvoir des Autrichiens, et, vers le milieu +de la première campagne, il osa, les armes à la main, à la tête de douze +cents hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un détachement de +deux cents Autrichiens qui s'étaient retirés dans un château, et les +fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de Reggio ont été depuis +spécialement menacés par les Autrichiens, qui leur ont conservé un +ressentiment très-vif de cet événement. + +Le citoyen Moscati était connu pour un des plus célèbres médecins de +l'Europe, ayant de grandes connaissances dans les sciences morales et +politiques. Il s'abandonna tout entier au service de l'armée, et c'est à +lui et à ses conseils que nous devons peut-être vingt mille hommes, qui +eussent péri dans nos hôpitaux en Italie. + +L'avilissement du gouvernement cisalpin dès sa naissance et la perte de +ses meilleurs citoyens seraient un malheur réel pour la France, et un +sujet de triomphe pour l'empereur et ses partisans. + +Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le désir constant qui m'a +toujours animé, d'employer toutes mes connaissances au service de la +patrie. + +BONAPARTE. + + + + +EXPÉDITION D'ÉGYPTE. + +LIVRE DEUXIEME. + + + +Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798). + +_Note remise par le général Bonaparte au directoire exécutif._ + +Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de vingt à +vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux à trois mille hommes de +cavalerie sans chevaux. + +L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manière suivante, +en Italie et en France: + +À Civita-Vecchia, la vingt-unième d'infanterie légère, deux mille; la +soixante-unième de ligne, seize cents; la quatre-vingt-huitième, _id._, +seize cents; le vingtième de dragons, de quatre cents; et le septième de +hussards, de quatre cents: en tout six mille hommes, commandés par les +généraux Belliard, Friant et Muireur. + +À Gènes, la vingt-deuxième d'infanterie légère, deux mille; la treizième +de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvième _id._, seize cents; +quatorzième de dragons, quatre cents; deux escadrons du dix-huitième de +dragons qui sont en Italie, deux cents; en tout cinq mille cinq cents +hommes, commandés par les généraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et +Murat. + +En Corse, la quatrième d'infanterie légère, douze cents hommes, +commandés par le général Ménars. + +À Marseille, la neuvième de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquième +_id._, deux mille; vingt-deuxième de chasseurs, quatre cents; deux +escadrons du dix-huitième dragons qui sont dans le midi, deux cents; en +tout quatre mille quatre cents hommes, commandés par les généraux Bon +et -------. + +À Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitième de ligne, deux +mille; vingt-cinquième _id._, deux mille; trente-deuxième _id._, deux +mille; soixante-quinzième _id._, deux mille; troisième dragons, quatre +cents; quinzième _id._, quatre cents; en tout huit mille huit cents +hommes, commandés par les généraux Brune, Rampon, Pigeon et Leclerc. + +À Nice et à Antibes, la deuxième d'infanterie légère, quinze cents +hommes. + +Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents hommes +d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie. + +Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers. + +La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque cavalier armé +d'un fusil. Tous les corps avec leur dépôt, cent cartouches par homme; +de l'eau pour les bâtimens, pour un mois; des vivres pour deux. + +Il faudrait que ces troupes fussent embarquées dans ces différens ports, +et prêtes à partir au commencement de floréal, pour se rendre dans le +golfe d'Ajaccio, et réunies et prêtes à partir de ce golfe avant la fin +de floréal. + +Il faudrait joindre à ces troupes soixante pièces d'artillerie de +campagne, quarante grosses bouches à feu de siége, deux compagnies de +mineurs, un bataillon d'artillerie, deux compagnies d'ouvriers, un +bataillon de pontonniers, qui seraient embarqués dans les ports d'Italie +et de France de la manière suivante: + +À Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pièces de 12, trois +cents coups à tirer par pièce, deux compagnies d'artillerie à pied. + +À Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux pièces de 8, deux +pièces de 12, trois cents coups par pièce; une compagnie d'artillerie à +cheval, une compagnie d'artillerie de ligne, commandés par le général +Sugny. + +À Gênes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pièces de 8, quatre pièces +de 12, douze pièces de 3, cinq cents coups à tirer par pièce; deux +compagnies d'artillerie à chenal, deux _id._ d'artillerie de ligne. + +À Nice et Antibes, vingt pièces de 24, six mortiers à la Gomère, de 12 +pouces, cinq cents coups à tirer par pièce, deux compagnies d'artillerie +de ligne, commandées par le général Dommartin. + +À Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, +quatre mortiers à la Gomère de 12 pouces, quatre _id._ de 6, cinq cents +coups à tirer par pièce, quatre compagnies d'artillerie à pied, deux +compagnies d'artillerie à cheval. + +À Civita-Vecchia, le général Masséna peut être chargé de noliser les +bâtimens les plus grands qu'il trouvera dans ce port, d'y embarquer les +troupes et ladite artillerie, et les faire partir sur-le-champ pour se +rendre et rester jusqu'à nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut +prendre, sur les contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de +cet embarquement. On doit spécialement y affecter les galères du pape +qui seraient dans le cas de tenir la mer. + +Le général qui commande dans la Cisalpine peut exécuter le même ordre à +Gênes, et le général Baraguey d'Hilliers peut s'y rendre à cet effet; il +faut, au préalable, envoyer l'argent nécessaire. + +On demandera au directoire exécutif de la république cisalpine deux +galères, qui serviront à aider, à transporter les troupes et à escorter +le convoi. + +Quant à Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre de la +marine: + +1°. Frête les plus gros bâtimens de commerce, suffisamment pour porter +les troupes et l'artillerie désignées ci-dessus; + +2°. Travaille aux approvisionnement nécessaires; + +3°. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire passer les +troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens. + +Nous avons à Toulon six vaisseaux de guerre, des frégates, des +corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnières. + +Tous ces bâtimens réunis seraient dans le cas de porter la partie des +troupes qui doit être embarquée à Toulon. + +Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, sera, sous +quinze jours, prête à partir; mais elle manque entièrement de matelots. +Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre l'embargo sur les bâtimens +nécessaires au transport de l'artillerie. + +Pour réussir dans cette expédition, on doit calculer sur une dépense +extraordinaire de cinq millions, sans compter les dépenses ordinaires +tant pour l'approvisionnement, armement et solde de l'escadre, que pour +la solde, nourriture et habillement des troupes, que pour les dépenses +de l'artillerie et du génie, auxquelles il est indispensable de pourvoir +en effectif; ce qui forme donc une somme de huit à neuf millions qu'il +faudrait que le gouvernement déboursât d'ici au 20 germinal. + +Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798). + +_Instruction pour la commission chargée de l'inspection de la côte de la +Méditerranée_ (proposée par Bonaparte au directoire exécutif). + +Le premier soin de la commission doit être de conférer à Toulon avec +les chefs du port, et de prendre toutes les mesures pour que les six +vaisseaux de guerre, les quatre frégates qui s'y trouvent, les quatre +frégates que le citoyen Perrée amène avec lui d'Ancône, six corvettes, +six chaloupes canonnières, six tartanes canonnières et quatre bombardes +portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant à bord pour trois mois de +vivres, soient prêts a partir de la rade de Toulon au 15, ou au plus +tard au 20 germinal. + +On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnière, indépendamment de +ces pièces, un mortier de 4 a 5 pouces. + +2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens pour deux +mois soient embarqués sur lesdits vaisseaux, à raison de six cents +hommes par vaisseau de guerre, deux cent dix par frégate, et cent par +corvette. + +3°. Faire préparer la solde et les vivres, également pour trois mois, +pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manière que cette escadre puisse, +le 15 germinal, sortir de quarantaine pour reprendre la mer. + +4°. Faire armer _le Conquérant,_ les gabares, les vieilles frégates, +etc., en flûte, de manière à pouvoir porter le supplément de dix mille +hommes que doit embarquer le port de Toulon, dans le cas où l'amiral +Brueys ne rejoindrait pas à temps. + +5°. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ à bord des six +vaisseaux de guerre et des six frégates ou gabares, vingt pièces de 24 +en bronze, avec deux affûts, un porte-voix, cinq ou six cents coups à +tirer par pièce. + +Dix mortiers à la Gomère, de 12 pouces; dix _id._, de 8 pouces, avec +cinq cents coups à tirer par mortier; double crapaud et les camions +nécessaires pour transporter les mortiers; six forges pour rougir les +boulets, avec leurs soufflets et leurs ustensiles; quatre millions de +cartouches avec les pierres à feu, en proportion; vingt mille fusils; +trente mortiers de 4 à 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer, +et tous les ustensiles et approvisionnemens nécessaires à un équipage +de siège de quarante bouches à feu; spécialement une grande quantité +d'objets pour artifices. + +_Nota_. Une partie de ces objets est portée sur le tableau joint aux +instructions du gouvernement, comme devant être embarqués à Nice ou à +Antibes; mais il sera possible de les faire embarquer sur les vaisseaux +de guerre, si cela ne les obstrue pas trop. + +6°. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frégates six obusiers +de campagne, six pièces de 8, six pièces de 12; cinq cents coups à tirer +par pièce. + +7°. Faire transformer en écuries deux ou trois gabares ou autres +bâtimens de transport, de manière a pouvoir transporter deux cent +cinquante chevaux. + +8°. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs sur chaque +bâtiment de guerre, avec les harnois et les hommes nécessaires, afin de +pouvoir s'en servir pour le transport de l'artillerie. + +9°. La commission fera charger à Antibes ou à Nice, sur deux ou trois +très-gros bâtimens, des approvisionnemens, de manière à ce que toutes +les pièces de campagne de l'équipage qui s'embarque à Civita-Vecchia, +à Gênes, à Nice, à Toulon et à Marseille, et qui se trouve composé de +seize pièces de campagne, seize pièces de 12, seize pièces de 8, seize +pièces de 3, ait sur ces bâtimens un approvisionnement de réserve de +trois cents coups par pièce. + +L'on pourra également faire embarquer à Nice ou à Antibes un supplément +extraordinaire d'artifices, d'outils et autres objets nécessaires au +gros parc de l'armée, indépendamment des onze cents hommes que l'on doit +faire embarquer dans ce port. + +Le général Dommartin donnera les ordres pour toute la partie de +l'artillerie, et fournira les états nécessaires. + +10°. La commission fera mettre l'embargo et nolisera à Marseille de gros +bâtimens en suffisance pour embarquer de quatre à cinq mille hommes, et +des écuries pour deux cents chevaux, et fera en sorte que ces bâtimens +soient approvisionnés d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et que ce +convoi soit prêt à partir de Marseille le 15 germinal. + +11°. La commission correspondra avec le consul de Gênes; elle enverra de +suite, à Gênes, un officier de marine intelligent, qui puisse lui rendre +compte de tout. Indépendamment des 200,000 fr. que le payeur y fait +passer, il y fera passer tous les fonds qui seraient nécessaires. + +12°. La commission ne correspondra qu'avec moi. + +13°. Si l'amiral Brueys arrivait à temps pour pouvoir partir le 20 +germinal, la commission ferait sur-le-champ armer en flûte les six +vaisseaux vénitiens qu'il amène avec lui, ce qui diminuerait d'autant le +convoi. + +14°. La commission correspondra avec le général Vaubois en Corse, pour +l'embarquement des deux mille hommes que ce général a reçu l'ordre du +gouvernement de faire embarquer. Indépendamment des 200,000 fr. que +l'on a envoyés dans cette île, elle y fera passer ce qui pourrait être +nécessaire pour l'établissement d'un hôpital de cinq cents lits et un +magasin de rafraîchissemens que l'ordonnateur de la division de Corse a +reçu ordre d'établir à Ajaccio. + +15°. Indépendamment de tous ces objets, la commission formera à Toulon +et à Marseille un magasin de seize mille paires de souliers, mille +paires de bottes, seize mille chemises, huit mille gibernes, six mille +chapeaux, seize mille paires de bas pour pouvoir être distribués aux +troupes. + +16°. Elle fera également acheter un million de pintes de vin, cent vingt +mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger sur de gros bâtimens, +auxquels elle donnera ordre de se rendre dans le port d'Ajaccio, où ils +resteront sans décharger, jusqu'à nouvel ordre; les équipages ayant de +l'eau pour un mois et des vivres pour deux. + +17°. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes les dépenses +relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, celles relatives +au fret des bâtimens et en général à la marine, et l'on mettra à la +disposition des directeurs d'artillerie les sommes nécessaires pour les +dépenses de l'artillerie. + +18°. Les dix mille hommes qui s'embarqueront à Toulon, les cinq mille +autres qui s'embarqueront à Marseille, et ceux qui s'embarquent à Gênes, +doivent avoir chacun une ambulance avec les chirurgiens, médecins et +approvisionnemens nécessaires. + +19°. Indépendamment du million que le payeur de la commission recevra +demain, la commission recevra, chaque décade, à commencer du 20 ventose, +500,000 fr. jusqu'au 30 germinal. Elle aura soin de garder en réserve, +et pour être employés sur un ordre exprès de moi, 200,000 fr. sur le +million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million +qu'elle touchera chaque décade; ce qui fera, au 30 germinal, qu'il y +aura dans la caisse du payeur un million en réserve. + +Lorsque la commission fera des marchés, elle réservera une partie des +paiemens desdits marchés pour être faits en floréal. + +20°. La commission m'enverra, le plus tôt possible, l'état des sommes +présumées nécessaires pour l'exécution du présent ordre. + +21°. La commission formera une compagnie de vingt-cinq armuriers, avec +leurs outils; deux compagnies d'ouvriers bourgeois de la même formation +que celles de l'artillerie, avec leurs outils, destinées également à +être embarquées. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Aux commissaires de la trésorerie nationale._ + +J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrêté du directoire, +relatif à la commission de la Méditerranée, et que vous m'avez paru +désirer. + +Je joins également l'état des demi-brigades qui se trouvent en ce moment +à Gênes et en Corse. Je désirerais savoir si la solde des troupes est +assurée pour les mois de ventose et germinal. + +BONAPARTE. + + + +_Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en Corse._ + +Dix-neuvième demi-brigade de ligne, deux mille hommes; premier bataillon +de la quatre-vingt-sixième, neuf cents; quatrième d'infanterie légère, +quinze cents; vingt-troisième id., deux mille cent; artillerie, deux +cents: en tout, six mille sept cents hommes. + +_État des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se rendre à +Gênes._ + +Vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; treizième de +ligne, deux mille; soixante-neuvième id., dix-sept cents; quatorzième +de dragons, cinq cents; dix-huitième id., deux cents; artillerie, trois +cents: en tout, six mille deux cents hommes. + + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_À la commission de l'armement de la Méditerranée._ + +Le citoyen Estève, nommé payeur près de la commission, part ce soir. Il +a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. à Toulon. Il a touché ici, et a +fait partir pour Gênes, par un courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce +qui fait les 1,500,000 f. que vous deviez toucher dans ce mois. + +J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer 500,000 autres +francs. + +Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, par une +frégate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intérêt votre première +dépêche. Mettez la plus grande activité dans tous vos travaux. + +Les troupes qui doivent s'embarquer à Toulon sont en marche, et +arriveront vers le 15 germinal. Faites préparer les casernes et les +subsistances. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Instruction pour le général Dommartin._ + +L'équipage d'artillerie pour la Méditerranée est composé d'un équipage +de campagne et d'un de siége. + +Il a été ordonné au général Masséna, par un courrier qui est parti le 15 +ventose, de faire embarquer à Civita-Vecchia deux obusiers de 6 pouces, +deux pièces de 8, deux pièces de 12; trois cents coups à tirer par +pièce; une compagnie d'artillerie à cheval, une id. de ligne, un +capitaine faisant fonctions de directeur du parc. + +Il a été ordonné au général Berthier, par un courrier parti le même +soir, de faire embarquer à Gênes le général Sugny, un chef de brigade +d'artillerie, deux compagnies d'artillerie à cheval, deux id. de ligne, +le commissaire des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs +d'équipages, deux cents charretiers, cinq cents harnois de chevaux +de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de +pontonniers, un bataillon de sapeurs, douze pièces de 3 approvisionnées +à cinq cents coups, quatre obusiers de 6 pouces approvisionnés à trois +cents coups, quatre pièces de 8 id., quatre pièces de 12 approvisionnées +à trois cents coups, deux mortiers à la Gomère de 12 pouces, deux id. +de 6 pouces approvisionnés à cinq cents coups, deux cents outils de +pionniers, un million de cartouches. Vous devez faire embarquer à +Marseille deux obusiers de 6 pouces, quatre pièces de 12, trois cents +coups à tirer par pièce, deux compagnies de ligne; à Toulon, six +obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, approvisionnées +à trois cents coups par pièce. + +Vous devez faire embarquer à Nice ou à Antibes un double +approvisionnement pour tout l'équipage. + +Vous devez faire également embarquer à Toulon ou à Marseille trois ou +quatre millions de cartouches, avec tout ce qui est nécessaire pour un +équipage de campagne de cette importance. + +Vous devez également faire embarquer un équipage de siége de vingt +pièces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix id. de 8 pouces, vingt ou +trente mortiers de 3 ou 4 pouces; le tout approvisionné à six cents +coups. + +Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de leurs outils, +qu'il vous sera possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Au général Berthier._ + +Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher général, porte au +consul de Gênes des lettres de change pour 200,000 fr., afin de subvenir +aux dépenses extraordinaires de l'embarquement, tant pour la marine que +pour l'artillerie et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois. + +Il serait nécessaire de faire arranger trois des plus gros bâtimens de +transport, pour servir d'écuries, de manière qu'ils pussent porter, à +eux trois, une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine +d'artillerie. Vous feriez alors choisir les chevaux les plus forts et en +meilleur état. + +Si l'on peut trouver à Civita-Vecchia, également pour embarquer, une +centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie, +donnez-en l'ordre; si on ne le peut pas, on s'en passera. + +Envoyez à Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui prendra l'état de +situation des troupes qui s'embarquent, de l'artillerie; le nombre, le +nom et le tonnelage des bâtimens. + +Donnez l'ordre, tant à Gênes qu'à Civita-Vecchia, pour que le général de +division ne puisse pas embarquer plus de trois chevaux, le général de +brigade, plus de deux, le chef de brigade plus d'un: vous sentez combien +il est nécessaire de n'avoir que ce qui est strictement nécessaire et +indispensable; mais vous pouvez engager les officiers à embarquer leurs +selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent avoir. + +Je vous ai déjà écrit, je crois, pour que vous teniez tous vos chevaux, +ceux de Leclerc, et cinq à six autres bons chevaux, prêts à partir. + +Vous enverrez également à Gênes, pour être embarquée, la compagnie des +guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi que les douze gardes à cheval +que vous avez gardés avec vous. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Je désirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre à la +frégate qui est à Cadix de se rendre à Ajaccio en Corse, où elle +attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, et que vous en +prévinssiez à Toulon, pour qu'on y fît passer la solde et les vivres +dont elle doit avoir besoin. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-généraux +Grésieux et Clauzel. Vous pourrez donner des lettres de service au +citoyen Clauzel pour l'armée d'Angleterre, et envoyer le citoyen +Grésieux à Toulon, où il serait employé sur les côtes de la +Méditerranée. + +Je vous demanderai également d'employer l'adjudant-général Jullien à +Marseille, sous les ordres du général Bon. Cet adjudant-général est +actuellement employé à l'armée d'Angleterre. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798). + +_Aux commissaires du gouvernement, à Rome._ + +Le directoire exécutif, attachant la plus grande importance à la bonne +organisation et au prompt départ de la division qui doit s'embarquer à +Civita-Vecchia, a jugé à propos d'en confier le commandement au général +Desaix, qui part ce soir même pour s'y rendre en toute diligence. + +Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir besoin, et +tous les officiers d'état-major, d'artillerie, du génie, commissaires +des guerres qu'il demandera. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798). + +_Note au directoire exécutif._ + +Le général commandant à Berne fera faire le prêt de la deuxième +demi-brigade d'infanterie légère, de la dix-huitième de ligne, de la +vingt-cinquième idem, du troisième régiment de dragons, du quinzième +idem, ainsi que des canonniers attachés à cette division, jusqu'au 13 +germinal. + +Il fera compléter leur armement, leur buffleterie, et, autant qu'il sera +possible, leur habillement. + +Il donnera l'ordre au troisième et au quinzième régimens de dragons, +avec toute l'artillerie de campagne qui est attachée à la division qui +est venue de l'armée d'Italie, de se rendre, par le chemin le plus +court, à Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général de brigade de +cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ à Lyon pour prendre le +commandement de ces deux régimens, et les conduire lui-même à Toulon. + +Le général commandant l'armée d'Helvétie incorporera dans la seconde +d'infanterie légère les éclaireurs de la vingt-troisième d'infanterie +légère; après quoi, il donnera l'ordre au général Pigeon de partir +avec la deuxième demi-brigade d'infanterie légère, les dix-huitième +et vingt-cinquième de ligne, pour se rendre à Lyon, où ces corps +s'embarqueront sur le Rhône jusqu'à Avignon, d'où ils se rendront par +terre à Toulon. + +Deux jours après, il donnera l'ordre au général Rampon de partir avec +la trente-deuxième et la soixante-quinzième pour se rendre également à +Lyon, s'y embarquer sur le Rhône jusqu'à Avignon, et se rendre de là par +terre à Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général Lannes de +partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre à Lyon avec +l'adjudant-général Lagrange, et prendre toutes les mesures, en se +concertant avec le commandant de cette place, le commissaire-ordonnateur +et celui du directoire exécutif, pour qu'il y ait dans cette ville la +quantité de bateaux et tout ce qui est nécessaire pour embarquer les +troupes ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; après quoi, le +général Lannes et le citoyen Lagrange se rendront à Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera également les ordres pour qu'il y ait +à Lyon: dix mille paires de souliers, six mille paires de culottes, six +mille chapeaux, quatre mille vestes, dix mille paires de bas, dix mille +chemises, trois mille sacs de peau, trois mille habits, quatorze mille +paires de bottes, pour pouvoir être distribués auxdites troupes, à leur +passage. + +Le général Lannes aura soin de veiller aux distributions, pour qu'elles +se fassent conformément aux besoins de chaque corps. + +Le général commandant l'armée d'Helvétie fera mettre à l'ordre des +demi-brigades ci-dessus désignées, qu'elles vont se rendre à Toulon, +d'où elles partiront pour une opération extrêmement essentielle, et +qu'elles trouveront à Toulon le général Bonaparte, sous les ordres +duquel elles continueront d'être. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventôse an 6 (17 mars 1798). + +_Au président du directoire exécutif._ + +Je vous ferai passer, citoyen président, la réponse de la trésorerie à +la demande que je lui avais faite si la solde était assurée pour les +troupes qui se rendent en Corse et à Gênes. + +La caisse de l'armée d'Italie a bien de la peine à subvenir aux dépenses +des corps qui sont dans ce pays. + +Je crois qu'il serait nécessaire que le directoire prit l'arrêté +ci-joint: + +ARRÊTÉ. + +ART. 1er. La trésorerie nationale fera sur-le-champ passer à son payeur, +en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, pour les mois de nivose, +pluviose et ventose. + +2. L'ordonnateur de la marine à Toulon fera partir une corvette pour +porter lesdits fonds. + +Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la marine à +Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso. + +3. La trésorerie nationale fera solder a Gênes, dons le plus court +délai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois de ventose et +germinal. + + + +_Etat des troupes qui sont en Corse._ + +La quatrième d'infanterie légère, quinze cents hommes; la +vingt-troisième _id._, deux mille cent; la dix-neuvième de ligne, +dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixième _id._, huit +cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille cinq, cents hommes. + + + +_Etat des troupes qui sont à Gênes, sous les ordres du général Baraguey +d'Hilliers._ + +La vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; la treizième +de ligne, deux mille; la soixante-neuvième _id._, dix-huit cents; le +quatorzième de dragons, cinq cents; le dix-huitième _id._, deux cents; +artillerie, deux cents: en tout, six mille deux cents hommes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798). + +_Au ministre des finances._ + +La commission chargée de l'armement de la côte de la Méditerranée doit +recevoir 500,000 fr. cette décade-ci. Je désirerais, citoyen ministre, +être informé si la trésorerie a donné des ordres pour cet objet. + +Je vous prierais de faire réserver sur cette somme 50,000 f., pour être +mis à la disposition du général Dufalga, commandant l'arme du génie, +attaché à ladite commission, lesquels 50,000 fr. doivent être soldés à +Paris. + +Je vous prie également de donner des ordres pour que la trésorerie +fasse passer des fonds pour solder les troupes qui sont dans les deux +départemens de Liamone et du Golo, qui sont arriérées de trois mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général de brigade +Gardane, qui est à Paris, de se rendre à Toulon, où il s'adressera au +général Dommartin, chez lequel il trouvera de nouveaux ordres. + +Je vous prie de donner les mêmes ordres au général Verdier, qui est à +Toulouse; au général de brigade Davoust, qui est dans ce moment-ci a +Paris, de se rendre à Marseille, pour y prendre le commandement de la +cavalerie qui se réunit dans cette ville, où il sera sous les ordres du +général Bon; et au général de division Dumas de se rendre à Toulon, où +il recevra de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798). + +_À la commission chargée de l'approvisionnement de la Méditerranée._ + +J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyée par un courrier +extraordinaire. + +J'ai vu avec plaisir l'état satisfaisant de l'escadre. J'aurais désiré +avoir également l'état des galères ou bâtimens de transport que vous +avez arrêtés à Toulon, pour l'embarquement de dix mille hommes. + +Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est nécessaire que tout +soit prêt à partir le 20. + +Si le contre-amiral Brueys n'est point arrivé lorsque vous aurez reçu +cette lettre, vous ferez vos préparatifs pour vous en passer. + +Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: _le Conquérant,_ les +frégates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement six mille +hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a chercher, à Toulon, des bâtimens +de transport pour quatre mille hommes. + +Si l'escadre du contre-amiral Brueys était arrivée, ou si vous aviez des +nouvelles du jour où elle arrivera, vous n'auriez plus alors besoin de +transports à Toulon. + +Le général Dommartin doit être arrivé. Vous avez déjà, sans doute, +commencé à embarquer l'artillerie. + +Si le citoyen Sucy n'était pas arrivé, cela ne doit pas vous empêcher +de faire tout ce dont il est chargé, appelant auprès de vous un +commissaire-ordonnateur le plus à portée. + +Le payeur, qui doit être arrivé, vous aura apporté l'argent qui vous +était nécessaire; la trésorerie prend ses dispositions pour vous faire +toucher 500,000 fr. cette décade. + +J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir si tout est +prêt, et si les troupes pourront être embarquées le 20 de ce mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_Aux commissaires de la trésorerie nationale._ + +Le ministre des finances, citoyens commissaires, a dû vous prévenir +que, sur les 500,000 fr. de cette décade que vous devez mettre à la +disposition de la commission de la Méditerranée, 50,000 fr. devaient +être soldés, à Paris, au général Dufalga. + +Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire solder +lesdits 50,000 fr. au général Dufalga, et de donner son reçu en paiement +au payeur de la commission, qui le recevra pour comptant. Le revirement +est tout simple: la lettre du ministre des finances et celle que j'ai +l'honneur de vous écrire, cette commission se trouvant sous mes ordres, +vous y autorisent suffisamment. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre des relations extérieures._ + +Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions du +gouvernement, des citoyens Royer et Belletête, deux jeunes gens qui sont +partis, il y a quelques jours, pour Constantinople, et qui doivent être +actuellement à Toulon, je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester à +Toulon. + +Je désirerais également que vous donnassiez l'ordre aux citoyens +Jaubert, Chéry, Lapone, trois jeunes gens les plus avancés à l'école des +langues orientales à Paris, de se rendre à Constantinople, et de leur +envoyer contre-ordre à Toulon, pour qu'ils y attendent de nouveaux +ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre de l'intérieur._ + +Le directeur de l'imprimerie de la république et le citoyen Langlès, +citoyen ministre, sont animés de la plus mauvaise volonté. Je vous prie +de donner l'ordre positif que tous les caractères arabes actuellement +existans, hormis les matrices, soient sur-le-champ emballés, et au +citoyen Langlès l'ordre de les suivre. + +Le citoyen Langlès m'a paru, dans la première conférence que j'ai eue +avec lui, très-disposé à venir; d'ailleurs la république, qui a fait son +éducation et qui l'entretient depuis long-temps, a le droit d'exiger +qu'il obéisse. + +Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe également les caractères +grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce moment Xénophon, et ce +n'est pas un grand mal que le Xénophon soit retardé de trois mois, +pendant lequel temps on fera d'autres caractères, les matrices restant. + +Je vous prie de donner également l'ordre positif d'emballer les +caractères pour trois presses françaises. Il nous suffit d'avoir des +caractères ordinaires. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre de l'intérieur._ + +J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre du +directoire pour vous. + +Je vous prie en conséquence de vouloir bien donner l'ordre aux citoyens +dont la liste est ci-jointe[3] de se tenir prêts à partir, au premier +ordre qu'ils recevront, pour se rendre à Bordeaux. + +Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les appointemens +en seront payés à leur famille. Ils recevront en outre un traitement +extraordinaire et les frais de poste pour la route. + +Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est +ci-jointe[4] de se tenir prêts à partir, au premier ordre, pour +Flessingue. Les ingénieurs jouiront d'un traitement pour leurs travaux +extraordinaires. Leur mission n'étant que temporaire, leurs places +doivent leur être conservées. + +BONAPARTE. + +[Footnote 3: Dangés, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier, +Monge, Molard, géomètres; Conté, chef de bataillon des aérostiers; +Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minéralogiste; +Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.] + +[Footnote 4: Isnard, Lepère, Lepère (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chézy, +ingénieur des ponts et chaussées; Panuson, interprète.] + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_À la commission chargée de l'inspection des côtes de la Méditerranée._ + +Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral Brueys. +Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six vaisseaux de guerre +français, six frégates _idem_, cinq vaisseaux de guerre vénitiens, trois +frégates _idem_, deux cutters pris sur les Anglais. + +Le chef de brigade Perrée est parti d'Ancône le 12, avec deux frégates +françaises et deux vénitiennes. + +Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, l'un et +l'autre soient déjà arrivés, et j'espère que, moyennant votre activité +et les mesures que vous avez prises avec l'ordonnateur Najac, ces +vaisseaux pourront repartir quinze jours après leur arrivée. _Le +Mercure_ est le seul vaisseau, je crois, qui ait besoin de réparation. + +Quant aux vaisseaux vénitiens, s'ils peuvent être armés en guerre tous +les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il fallait trop de +temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: ainsi, vous n'auriez besoin +d'aucun secours de bâtimens de transport pour porter les dix mille +bommes que vous devez embarquer à Toulon, avec l'artillerie; et, je vous +le répète, le 25 ou même le 20 germinal, tout doit être prêt à partir. + +Plusieurs médecins et officiers généraux ont eu ordre de se rendre à +Toulon: ils s'adresseront à vous, vous leur ferez fournir le logement +et tout ce dont ils auront besoin, et vous leur direz d'attendre de +nouveaux ordres. + +La quatre-vingt-cinquième demi-brigade s'est embarquée le 3 à Lyon, +pour se rendre à Marseille. Le deuxième bataillon du quatrième régiment +d'artillerie s'est embarqué le 5 pour se rendre à Toulon. + +Cinq demi-brigades doivent être, à l'heure qu'il est, embarquées à Lyon, +pour aller par le Rhône jusqu'à Avignon, et de là se rendre à Toulon. + +Conférez avec le commissaire ordonnateur et le général de division +Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les cantonnemens de ces +troupes sont assurés. + +Les dix-huitième et trente-deuxième demi-brigades, commandées par le +général Rampon, feront cantonnées au fort Lamalgue, à Lavalette, à +Solier, à Hières et autres villages dans ces environs. + +Les vingt-cinquième et soixante-quinzième, commandées par le général +Gardanne, seront cantonnées à Ollioules, au Bausset, Laseine, +Saint-Lazaire et autres villages environnans. + +La deuxième demi-brigade d'infanterie légère sera cantonnée dans Toulon. +Le général Pigeon aura le commandement de la deuxième demi-brigade +d'infanterie légère. Le général Gardanne commandera la vingt-cinquième +et la soixante-quinzième. Vous placerez les troisième et quinzième +régimens de dragons dans les endroits où il y aura le plus de fourrages. + +Je vous recommande de veiller à ce que les troupes aient tous les jours +du vin ou de l'eau-de-vie, et à ce que les subsistances leur soient +assurées. + +Il me tarde d'avoir un compte détaillé sur tous les ordres contenus dans +les instructions que je vous ai données, ainsi que d'apprendre l'arrivée +et l'état dans lequel se trouve le contre-amiral Brueys. + +Pour n'être pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, vous devez +compter, pour l'embarquement de Toulon, sur douze à treize mille hommes, +compris l'artillerie, les charretiers et les domestiques, et cinq mille +à Marseille. + +Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrivé, il sera bon que +vous ménagiez à Toulon de quoi embarquer plutôt mille hommes de plus que +de moins. + +Je vous envoie: + +1°. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton qui ne doit +pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez mettre sur-le-champ +trente en construction, avec les poutrelles et ce qui est nécessaire +pour établir le pont. + +2°. L'esquisse d'un petit bateau portant une pièce de 12, et dont la +simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: vous en ferez +mettre sur-le-champ deux en construction. + +3°. Le mémoire et le projet d'une petite corvette portant une pièce de +24 et plusieurs pièces de 6, laquelle doit se diviser en parties, pour +pouvoir être transportées par terre sur huit diables. Vous en ferez +mettre une sur-le-champ en construction. + +Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux soient +en état de partir le plus tôt possible. Il les faudrait avoir pour les +premiers jours de floréal. + +Quant à la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle sera +finie, nous nous en servirons. Je sais bien que cela ne peut pas être +avant le milieu de prairial: ce serait un grand bien, s'il était +possible que cela fût plus tôt. + +En vous envoyant ces plans et les mémoires qui les expliquent, je n'ai +pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun changement dans le détail. +Le véritable point de vue est de tout sacrifier à la légèreté, afin de +les rendre transportables par terre. + +Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral Brueys, du +moment qu'il arrivera. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +Je présume, citoyen général, que vous êtes arrivé à Toulon, puisque +vos dernières dépêches m'apprennent que vous êtes parti de Corfou le 7 +ventose. + +L'on est ici extrêmement satisfait de votre conduite. Il faut que les +bâtimens qui vous ont plusieurs fois porté les ordres du gouvernement +aient été pris. + +Maintenez une sévère quarantaine parmi vos équipages: c'est le plus sûr +moyen d'empêcher la désertion. Tous les ordres ont été donnés pour que +la solde et les vivres leur soient fournis. + +Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres qui soient +sorties depuis long-temps de Toulon. + +Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dépêcherez de faire faire les +réparations dont _le Mercure_ pourrait avoir besoin; ce qui, joint aux +six vaisseaux qui sont en ce moment en rade; aux treize frégates, au +_Conquérant_ armé en flûte, et au plus grand nombre des vaisseaux +vénitiens qui seront susceptibles d'être promptement armés, vous mettra +à même de remplir la mission brillante qui vous est destinée. + +Je serai fort aise de vous revoir: j'espère que ce sera dans très-peu de +temps. + +Casabianca partira bientôt pour servir sous vos ordres. Il faut +absolument que vous vous arrangiez de manière à ce que vous puissiez +partir le premier floréal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au général Lannes._ + +Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre de Lyon, du 3 du +courant. J'aurais désiré que vous m'eussiez envoyé l'état de situation +de la quatre-vingt-cinquième, celui des effets qui lui ont été délivrés, +et des notes sur l'esprit qui anime les troupes. + +Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tôt possible, ainsi que celui des +demi-brigades qui viennent de Suisse. + +Prévenez le général Dugua à Marseille, et le commissaire ordonnateur +Sucy à Toulon, des mouvemens des troupes, afin qu'ils fassent préparer +tout ce qui leur est nécessaire sur les routes d'Avignon à Marseille et +Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au général Dugua._ + +Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de ligne, ainsi que +le vingt-deuxième de chasseurs et le deuxième escadron du dix-huitième +régiment de dragons, se rendent à Marseille, où ils doivent s'embarquer. +Je vous prie, mon cher général, de veiller à ce qu'ils ne manquent de +rien. Le général Bon et le général Davoust sont partis pour commander, +le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et l'adjudant-général +Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'état-major de cette +division. + +La deuxième d'infanterie légère, les dix-huitième, vingt-cinquième, +trente-deuxième et soixante-quinzième arriveront également sous peu de +jours à Avignon par le Rhône. + +Elles ont ordre de se rendre à Toulon. + +Vous enverrez l'ordre au général Rampon avec, les dix-huitième et +trente-deuxième, de tenir garnison au fort Lamalgue, Solliers, Lavalette +et Hières; à la vingt-cinquième et soixante-quinzième de tenir garnison +à Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans. +Cette brigade sera commandée par le général Gardanne. + +Vous enverrez l'ordre à la deuxième d'infanterie légère, qui sera +commandée par le général Pigeon, de tenir garnison à Toulon. + +Vous placerez le général Leclerc et deux régimens de dragons qu'il +commande, dans l'endroit le plus favorable pour la subsistance de la +cavalerie, mais de manière à ce qu'ils soient dans un cercle de trois ou +quatre lieues de Toulon. + +Donnez les ordres à votre commissaire-ordonnateur pour que ces troupes +ne manquent de rien, et prévenez le payeur de votre division pour +qu'elles aient leur prêt avec exactitude, qu'elles aient le vin ou +l'eau-de-vie tous les jours. Voyez aussi l'ordonnateur Sucy, le général +Dommartin, l'amiral Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la +commission de la Méditerranée. + +Prévenez vos étapiers d'Avignon à Toulon, afin que ces troupes aient +leur subsistance assurée pendant la route. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au citoyen Sucy._ + +Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité de membre de +la commission, vous remplissez plus spécialement les fonctions de +l'ordonnateur en chef de l'armée qui va s'embarquer. + +Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part de suite de la +composition de toute l'armée dont vous êtes chargé, en vous enjoignant +surtout de garder le plus profond silence. + +L'armée sera composée de cinq divisions: + +1°. Les trois demi-brigades qui s'embarquent à Civita-Vecchia, qui ont +ordre d'embarquer avec elles deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois. + +2°. La division qui s'embarque à Gênes, composée de trois demi-brigades, +et qui a ordre d'embarquer deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois. + +3°. Une division qui s'embarque à Toulon, composée de la quatrième +d'infanterie légère, de la dix-huitième et de la trente-deuxième de +ligne; vous y attacherez deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance. + +4°. Une division qui s'embarquera à Marseille, composée des neuvième et +quatre-vingt-cinquième de ligne, à laquelle vous attacherez également +un chef de chaque administration, deux commissaires des guerres et une +ambulance. + +Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je viens de +classer les divisions, n'est point par les numéros qu'elles doivent +garder; j'ai suivi leur position géographique; ainsi vous désignerez les +deux divisions qui sont à Toulon, l'une sous le nom de Solliers, l'autre +sous celui de Laseine, sans leur donner aucun numéro. + +Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie à +proportion, doivent être réunies sur un seul point pour concourir à une +même opération. Il est donc nécessaire que vous ayez avec vous, pour +les employer selon les circonstances, sept à huit bons commissaires des +guerres, un chef d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus, +pour pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger des +différens services de l'armée, sans cependant leur désigner encore +aucune fonction. + +Le général Dommartin commande l'artillerie de ladite armée; vous vous +entendrez avec lui pour tous les détails. + +Le citoyen Desgenettes est médecin en chef; le citoyen Larrey, +chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et médecins doivent être +partis, et, a l'heure qu'il est, être rendus à Toulon. Indépendamment +de cela, vous prendrez le plus de chirurgiens et de médecins que vous +pourrez, soit en en faisant venir de l'armée d'Italie, soit en prenant +ceux de quelque mérite, que vous pourriez trouver dans le pays où vous +êtes: vous n'en aurez jamais de trop. + +Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez dans les +hôpitaux de Marseille et de Toulon. + +Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit avoir sa +pharmacie pour les malades qui pourraient survenir pendant le passage, +et vous devez aussi embarquer une quantité de médicamens proportionnée à +la force de l'armée, qui se trouve être de trente mille hommes. + +Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix bons +directeurs d'hôpitaux, un bon architecte, douze ou quinze maçons, cinq +ou six garde-magasins, et un agent en chef des hôpitaux. Vous avez là +dessus liberté toute entière. Dans les instructions de la commission, +j'ai demandé beaucoup de souliers; indépendamment des besoins qu'aura la +troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y suppléer jusqu'à +ce que nous ayons pu faire des établissemens dans le pays où nous +allons. + +Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu'il y ait autant +de payeurs qu'il y a de divisions, indépendamment des bureaux et des +payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires. + +N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires. + +Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux, le général +de brigade deux, et tous les officiers qui eut le droit d'avoir des +chevaux, un; le commissaire ordonnateur, trois, et les commissaires des +guerres en chef, un; les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la +liberté d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi lui +accorde. + +Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement où +vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait les faire mettre en +état: je désirerais en avoir un millier. + +Le deuxième bataillon du quatrième régiment s'est embarqué le 5 à Lyon, +pour Avignon. Ainsi, il sera déjà rendu à Toulon quand vous recevrez +cette lettre. + +J'ai donné ordre que l'on embarque cinquante chevaux d'artillerie à +Civita-Vecchia, cinquante à Gênes. Nous en embarquerons le plus que nous +pourrons à Toulon et à Marseille. Dans les instructions que j'ai données +à la commission, cet article de l'artillerie est spécialement détaillé. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798). + +_Au ministre des finances._ + +Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette décade, 500,000 fr. à +la disposition de la commission chargée de l'inspection des côtes de la +Méditerranée. Je désirerais que la trésorerie pût faire partir demain +des lettres de change pour 200,000 francs sur Gênes, et faire passer +300,000 francs à Toulon. + +La solde des troupes qui s'embarquent à Gênes est arriérée. Il serait +nécessaire que la trésorerie fit passer au payeur de la division du +général Baraguey-d'Hilliers à Gênes 400,000 fr., pour payer cette +division jusqu'au premier germinal. + +J'ai un courrier tout prêt, qui porterait les lettres de change pour +ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel à nos opérations que cela pût +partir demain. + +Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse passer de +l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. Il faudrait au +moins 300,000 fr. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798). _Au général +Baraguey-d'Hilliers._ Le consul recevra, citoyen général, par un +courrier que j'expédierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000 +fr. que j'ai déjà fait passer, fournira les sommes nécessaires a +l'embarquement. + +Faites-moi passer, par le retour de mon courrier: + +1°. L'état de situation des bâtimens, le nombre des tonneaux et de +l'équipage de chaque bâtiment, avec le nombre d'hommes et le nombre de +chaque corps que chaque bâtiment transporte. + +2°. L'état de situation de votre division, le nom de votre payeur, de +vos deux commissaires des guerres, de vos deux adjudans généraux, et +des officiers d'artillerie et de génie attachés à l'état-major de la +division. + +Tâchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de médecins que +vous pourrez, français ou italiens; quatre médecins, douze chirurgiens, +indépendamment des chirurgiens des corps et de l'ambulance, ne seraient +pas trop. + +Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, français ou italiens, +et des calfats, charrons, serruriers, le plus que vous pourrez vous en +procurer. + +J'écris au général Berthier de vous faire passer trois mille fusils, +s'il peut se les procurer. + +Ne partez pas sans de nouveaux, ordres. + +Faites en sorte d'avoir plutôt trois ou quatre jours de vivres de plus +que de moins. Tenez la main à ce que l'on n'embarque rien d'inutile. +Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois chevaux, les généraux de +brigade deux, et les autres officiers qui ont le droit d'avoir des +chevaux, un; mais chacun embarquera ses selles et ses palfreniers. + +Laissez à Gênes un officier supérieur par corps composant votre +division, afin de réunir dans cette ville tous vos hommes sortant des +hôpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, on leur donnera +des ordres pour vous rejoindre. Les officiers peuvent également donner +rendez-vous à Gênes à leurs domestiques, et gros bagages, qu'ils ne +pourraient pas embarquer avec eux. + +Embarquez tous les dépôts actuellement existans. + +J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'écris à Berthier de +vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-général. + +Faites-moi connaître, par le retour du courrier, l'état exact et par +corps de tout ce qui serait dû aux soldats. + +Ayez avec vous trois bons directeurs d'hôpitaux et une centaine de bons +infirmiers. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798). + +_Au général Lannes._ + +Je vous envoie, citoyen général, des lettres pour le payeur de la +division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon et de deux autres +départemens. + +Vous ferez donner à Lyon la solde aux troupes jusqu'au 15 de ce mois. +Si la division n'avait point à Lyon de payeur, vous chargeriez un des +quartiers-maîtres d'en faire les fonctions et de recevoir l'argent que +la trésorerie donne ordre de remettre entre ses mains pour subvenir aux +dépenses ultérieures du prêt. + +Ayez soin, en m'envoyant l'état de situation de chaque corps, de +m'instruire jusqu'à quel jour les soldats ont été payés, ainsi que de la +quantité d'effets qui a été distribuée a chaque corps et ce qui pourrait +leur manquer encore. Surtout ayez bien soin de completter l'armement. + +Voyez le commandant de l'artillerie à Lyon, pour vous informer quand +partiront les différens objets que le général Dommartin doit lui avoir +demandés, et pressez-le le plus que vous pourrez. Voyez les salles +d'armes. Faites partir le plus tôt possible dix ou douze mille bons +fusils avec autant de sabres, et deux mille selles et brides de hussards +et même de dragons. + +Il faut que tous ces différens objets soient à Avignon le 25 de ce mois. +Vous préviendrez le général Dommartin de tout ce qui partira, afin qu'il +prenne ses mesures pour que, d'Avignon, le tout se rende de suite à +Toulon. + +Instruisez moi de tout dans le plus grand détail. + +Envoyez l'adjudant-général Lagrange à Grenoble, pour connaître le jour +où les différens objets que le général Dommartin a dû demander, seront +arrivés a Avignon et pressez le départ du tout. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au général Brune._ + +Je profite du départ de Suchet pour vous écrire deux mots. J'ai expédié +à Rome un courrier extraordinaire il y a trois heures: il était chargé +d'une lettre pour Berthier ou vous. + +J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement de l'armée, +vous communiquera les renseignemens sur les embarcations qui se font à +Civita-Vecchia et à Gênes. Comme il est extrêmement essentiel que +ces embarquemens n'éprouvent aucun retard, je vous les recommande +spécialement. Il paraît que celui de Gênes va assez bien, mais celui de +Civita-Vecchia est bien arriéré. + +Aidez Dessaix, à qui le directoire a confié le commandement des troupes +qui s'embarquent a Civita-Vecchia. + +Vous avez beaucoup à faire dans le pays où vous êtes. J'espère que ce +sera le passage d'où vous viendrez me rejoindre pour donner le dernier +coup de main à la plus grande entreprise qui ait encore été exécutée +parmi les hommes. + +Entourez-vous d'hommes à talens et forts. + +Je vous recommande de protéger l'observatoire de Milan, et, entre +autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que l'on tient à son égard: +c'est le meilleur géomètre qu'il y ait eu. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au général Schawenbourg._ + +La trésorerie donne ordre, citoyen général, à son payeur à Berne, de +faire passer 3,000,000 à Lyon. J'expédie l'ordre de la trésorerie par un +courrier extraordinaire. + +Comme ces 3,000,000 sont destinés à l'armée d'Angleterre, je vous serai +obligé de me faire connaître le jour où ils pourront arriver à Lyon, et +en quelle monnaie. Il serait nécessaire que, le plus possible, ce fût en +monnaie de France. + +La trésorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. Je +vous prierai d'activer par tous les moyens possibles leur arrivée à Lyon +avant le 20 de ce mois. + +Je suis fort aise, citoyen général, que cette circonstance m'ait fourni +l'occasion de correspondre avec vous et de vous témoigner l'estime et la +considération distinguée avec laquelle je suis, + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +J'ai reçu, citoyen, vos dernières lettres. Je ferai partir, par un +courrier extraordinaire, des lettres de change pour 600,000 fr. Elles +ne sont payables que dans un mois; mais vous vous arrangerez pour avoir +tout de suite de l'argent comptant. + +Quatre cent mille fr. sont destinés pour la solde des troupes, et +200,000 pour l'extraordinaire de l'expédition. Le payeur de la division +du général Baraguey-d'Hilliers rendra compte des 400,000 fr. à la +trésorerie, et vous rendrez compte à la commission à Toulon des autres +200,000. + +J'espère que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir à toutes les +dépenses de l'opération, puisque vous ne paierez que quinze jours de +nolis aux bâtimens. Vous savez qu'il est avantageux qu'il ne soit payé +en définitif qu'à la fin de l'expédition. Vous avez parfaitement fait de +noliser par mois. + +J'ai trouvé que 16 fr. par tonneau était excessivement cher. Vous devez +trouver quelques biscuits à Tortone ou à Milan: j'en ai fait faire une +très-grande quantité; cela économiserait d'autant. + +Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez retenir une +décade, laquelle ne doit être donnée que lorsqu'on sera embarqué. + +J'écris à Berthier qu'il vous fasse remettre le présent que j'ai destiné +au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; vous le vendrez; mais +faites en sorte que l'on ne sache pas que c'était ce que l'on destinait +à M. de Gallo, afin que cela ne fasse pas un mauvais effet. L'argent +provenant de ces diamans sera mis dans la caisse du payeur de cette +division, pour les événement extraordinaires, et on n'en disposera que +pour subvenir aux dépenses que pourrait nécessiter un nouveau relâche +dans quelque port, et sur mon ordre. + +Le convoi ne partira que d'après de nouveaux ordres; mais je vous +conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les premiers jours de +floréal, et que les deux mois de vivres soient bien complets, et qu'il y +ait plutôt pour quatre ou cinq jours de plus que de moins. + +Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que dans tous les cas leur +subsistance soit assurée pour deux mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au général Berthier._ + +Vous ferez remettre, mon cher général, à Belleville, le présent que +j'avais destiné pour M. de Gallo. Il s'en servira pour faire de +l'argent. Les circonstances présentes et le besoin que nous en avons +pour l'expédition de la Méditerranée, sont d'une importance majeure. +Gardez le plus profond secret, afin que cela ne produise pas un mauvais +effet. + +Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et à tous les ingénieurs +des ponts et chaussées, ou géographes qui sont à l'armée, de se rendre +à Gênes, pour y être embarqués sous les ordres du général +Baraguey-d'Hilliers. + +Faites-lui passer trois bons directeurs d'hôpital, une centaine +d'infirmiers, et les médecins et chirurgiens qu'il vous demandera. + +Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de faire passer, +de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour être embarqués à Gênes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au général Desaix._ + +Par la lettre que je reçois de Monge, citoyen général, du 30 ventose, je +vois qu'il sera impossible que vous soyez prêt pour le 30 germinal. Dans +ce cas-là, continuez toujours vos préparatifs, et tâchez d'être-prêt +pour le 20 floréal époque à laquelle je vous Enverrai de nouveaux +ordres. + +Je préfère, si cela est possible, que vous vous embarquiez sur les plus +gros bâtimens, ayant les vivres et tout ce qui vous est nécessaire, et +retardiez d'une ou deux décades pour vous les procurer, à vous voir +passer en Corse sur de petits bateaux. + +Ou je viendrai vous prendre à Civita-Vecchia, ou je vous enverrai des +frégates pour vous escorter et vous conduire à l'endroit où il sera +nécessaire. + +Tâchez de vous procurer à Rome deux ou trois mille fusils; faites-les +transporter à Civita-Vecchia; embarquez-les sur votre convoi, ou, si +cela vous encombre et exige de nouveaux moyens de transport, nous l'es +ferons venir après. + +Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il leur faut pour +commencer l'opération. On leur soldera tous les mois le nolis de leurs +bâtimens. + +Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que, dans tous les cas, +leur subsistance leur soit assurée pour deux mois. + +Le contre-amiral Brueys est arrivé à Toulon; là, à Marseille et à Gênes, +les affaires vont parfaitement. + +Je compte partir de Paris le 26 de ce mois. + +Si vous envoyez des courriers, il sera nécessaire qu'ils s'adressent, à +Lyon, au général Lannes, ou, dans le cas qu'il n'y soit plus, au général +commandant, qui saura seul si je suis passé, afin de se diriger sur +Toulon ou sur Paris. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798). + +_Au citoyen Monge._ + +J'ai reçu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. Desaix doit être +arrivé. Je vous prie de lui remettre la lettre ci-jointe. Je ne compte +que sur vous et sur lui pour l'embarquement de Civita-Vecchia. J'ai +envoyé d'ici de l'argent, afin de vous décharger entièrement de +l'embarquement à Gênes. + +Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur vous, dussé-je +remonter le Tibre avec l'escadre pour vous prendre. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au même._ + +J'apprends à l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je vous écris +deux mots: j'ai reçu votre lettre du 8. J'ai appris avec plaisir que +l'embarquement de Civita-Vecchia avançait. + +J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, à Toulon, a une +frégate armée en flûte, de se tendre a Civita-Vecchia; elle pourra +embarquer quatre cents hommes et servira à embarquer Desaix, auquel vous +direz de m'envoyer un courrier extraordinaire pour m'instruire de sa +position au 1er floréal. + +Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens de +toute espèce. Je vous recommande spécialement l'imprimerie arabe de la +Propagande. + +Si Faypoult voulait être des nôtres, il pourrait nous être bien utile +là-bas. Les choses sont ici assez tranquilles. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_À la commission chargée de l'inspection des côtes de la Méditerranée._ + +Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du courrier, 1°. +l'état des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et de leurs équipages +qui se trouvent en rade et prêts à partir au 1er floréal, avec le nombre +d'hommes que chacun peut porter; + +2°. Les bâtimens de guerre armés en flûte, le nombre d'hommes, +d'équipages, et la quantité de monde que chacun peut embarquer; + +3°. L'état de l'artillerie, ou embarquée, ou qui pourra être embarquée +pour le 1er floréal; + +4°. La situation des vivres et des approvisionnemens pour la troupe de +passage, pendant deux mois, qui se trouvera embarquée au 1er floréal; + +5°. La quantité d'eau que chaque bâtiment aura à bord au 1er floréal; + +6°. Le transport, avec le nombre d'équipages, le nombre d'hommes que +chacun doit porter, qui seront prêts à partir au 1er. floréal, tant a +Marseille qu'à Toulon, et la quantité de vivres et d'eau que chacun aura +à bord; + +7°. Le nom des officiers de génie, d'artillerie, commissaires des +guerres, généraux, troupes d'artillerie, demi-brigades qui seront +arrivés à Marseille ou à Toulon, au jour où ledit état sera fait, ainsi +que les sommes qui seront dues à ces différens corps. + +Le courrier part aujourd'hui 16 à dix heures du soir; il arrivera le 20, +avant minuit, à Toulon. Je vous prie de le faire partir dans la journée +du 21, afin qu'il soit de retour, au plus tard, le 25. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +La division du général Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque à Gênes, ne +se monte pas à plus de six mille hommes, et cependant le convoi composé +de soixante-six bâtimens, dont vous m'avez envoyé l'état, porte de douze +à treize mille tonneaux. Un bâtiment peut porter un homme par tonneau, +sans aucune espèce d'inconvénient. Je vous prie de faire l'essai et de +vous assurer du nombre d'hommes que chaque bâtiment peut porter: car si +c'est un inconvénient de trop resserrer les hommes, c'en serait un aussi +de trop les diviser et d'employer plus de transports qu'il ne faut. Je +m'en rapporte là-dessus à votre expérience. + +S'il arrivait que ces bâtimens ne pussent pas porter davantage d'hommes, +mais pussent porter davantage d'artillerie, je vous prierais d'y faire +embarquer, sans augmenter le convoi, un second million de cartouches, +et jusqu'à la concurrence de dix mortiers de 12 pouces, dix _id._ de 8 +pouces, dix pièces de 24, approvisionnés tous à cinq cents coups, avec +double affût. + +Vous ne manquez pas a Gênes de ces différens objets d'artillerie, qui, +en tout cas, seraient bien vite arrivés de Tortone. Vous aurez soin de +m'instruire de ce que vous pourrez faire là-dessus, et d'en envoyer +l'état circonstancié au général Dommartin. Ce que vous embarquerez de +ces objets diminuera d'autant l'embarquement que nous sommes obligés de +faire de notre équipage de siége. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_À la commission chargée de inspection des côtes de la Méditerranée._ + +La trésorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent qui vous +est destiné: vous devez n'avoir aucune inquiétude sur cet objet, et +pousser vos travaux avec la plus grande activité. Il est indispensable +que l'escadre du contre-amiral Brueys et celle qui est en rade avec tous +les transports soient prêtes à partir au 1er floréal. + +La frégate armée en flûte reçoit l'ordre, par le courrier, de se rendre +à Civita-Vecchia, pour embarquer du monde dans ce port. Il est urgent +qu'elle parte le plus promptement possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au général Dommartin._ + +Je vois avec peine, citoyen général, que tous les préparatifs que vous +faites, pour vous procurer de l'artillerie, traîneront en longueur. +Voyez à prendre à Toulon, Antibes, Marseille et Nice, ce qui vous serait +nécessaire. Il y a, à Nice, toutes les pièces de 24 que vous pourrez +désirer. Il y a sur la côte de la Méditerranée plus de soixante mortiers +à la Gomère. Il faut être prêt à partir dans les premiers jours de +floréal: vous sentez bien que les bombes que vous faites faire dans les +foyers du Forez, ne peuvent être prêtes pour cette époque. + +Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, dans le plus grand +détail, dans quelle situation vous vous trouverez au moment où vous +m'écrirez, quelles sont les pièces ou autres effets qui sont embarqués, +et où se trouvent les objets qui ne le sont pas. + +J'ai écrit au général Lannes pour qu'il ait à activer, de Lyon et +Grenoble, les demandes que vous avez faites. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Vous avez ordonné, citoyen ministre, il y a un mois, à l'ordonnateur +Najac d'armer en flûte une vieille frégate pour servir au transport des +troupes: je vous prie de faire donner l'ordre à cette frégate de se +rendre à Civita-Vecchia, où elle servira à embarquer une partie des +troupes qui ont ordre de s'y embarquer. Elle servira en même temps pour +l'escorte du convoi. Elle embarquera le général qui commande cette +expédition, duquel elle recevra des ordres pour toute la destination +du convoi. Il serait nécessaire que cette frégate partît le plus tôt +possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au Ministre de la guerre._ + +Il serait nécessaire, citoyen ministre, d'avoir à Toulon vingt mille +fusils pour l'opération qu'y a commandée le gouvernement. Comme il n'y +en a pas dans cette place, ni à Marseille, je vous prie de les faire +partir le plus tôt possible de Lyon ou de Saint-Etienne. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au général Brune._ + +Je vous prie, général, de faire partir, par un courrier extraordinaire, +la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. Je désirerais que +le citoyen Belleville fit embarquer à Gênes dix pièces de 2, vingt +mortiers, à cinq cents coups par pièce, si les bâtimens du convoi y +peuvent suffire. + +Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou même de Gênes, les +effets d'artillerie dont il peut avoir besoin. + +Je vous recommande, mon cher général, d'accélérer de tous vos +moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne faudrait pas que cet +embarquement retardât nos opérations. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous écrit la trésorerie, +avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit mille piastres; +sous trois jours je vous enverrai le reste, jusqu'au complément de +600,000 fr. + +Je vous ai écrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour de mon +courrier, de m'instruire dans le plus grand détail de la situation dans +laquelle vous vous trouverez au 1er. floréal, et de me l'expédier de +suite. Je lui donne l'ordre de ne pas rester plus de vingt-quatre heures +à Gênes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798). + +_Au général Berthier._ + +Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, mon cher général; mais les +dernières nouvelles que j'ai reçues de Monge, le 8 germinal, étaient +assez satisfaisantes. + +Le général de division ne peut embarquer que trois chevaux, le général +de brigade, deux, et les deux autres officiers qui ont droit à des +chevaux, un. Il faut tenir la main a l'exécution du dit ordre. + +Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie et cent +chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer les cent meilleurs chevaux du +septième régiment de hussards, ayant soin de les donner tous à un même +escadron, et tenir la main à ce que, sous ce prétexte, les officiers +de cavalerie ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au +commencement du débarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie à +mettre à terre. + +Les chevaux restans du septième régiment de hussards et du vingtième +de dragons, seront donnés aux autres corps de cavalerie de l'armée; en +embarquant le harnachement, vous aurez soin que, sous quelque prétexte +que ce soit, il ne reste aucun homme du septième et du vingtième en +Italie. Faites compléter la musique de vos différentes demi-brigades. +Donnez-en une à la vingt-unième d'infanterie légère, s'il n'y en a pas. + +Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela était, vous +pourriez vous en faire donner dans les corps qui restent à Rome. + +Faites donner un drapeau à chaque bataillon de la vingt-unième +d'infanterie légère. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers +d'infanterie légère soient armés de fusils, ainsi que les sous-officiers +de ligne. Faites armer de fusils les canonniers. + +J'avais ordonné, dans le temps, que chaque corps eût un certain nombre +de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous que cet ordre +est exécuté. + +_La Courageuse_, frégate armée en flûte, qui peut porter six cents +hommes, doit être partie de Toulon, pour se rendre à Civita-Vecchia. +Cela servira à vous embarquer. + +Tout étant prêt à Toulon, Marseille et Gênes, je compte partir dans six +jours. J'y serai dans les premiers jours de floréal. Envoyez-moi un +courrier pour Lyon. Il s'informera chez le général commandant où je +suis. + +Je désirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite ligne à +Toulon, qui me fît connaître la situation dans laquelle vous vous +trouverez au 1er floréal, pour que je vous envoie des ordres en +conséquence. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798). + +_Au général Brune._ + +Il était resté en Italie, citoyen général, vingt-cinq hommes de mes +guides à cheval, soit aux hôpitaux, soit en détachement avec le général +Berthier; je vous prie de leur donner l'ordre de se rendre à Gênes, où +ils s'embarqueront avec le général Baraguey-d'Hilliers. + +Je vous prie aussi de faire partir pour Gênes tous les hommes qui +resteraient des demi-brigades suivantes: deuxième d'infanterie légère, +vingt-deuxième _id._; dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième, +soixante-quinzième, neuvième, quatre-vingt-cinquième, treizième, +soixante-neuvième de ligne; quatorzième, quinzième, dix-huitième +régimens de dragons; vingt-deuxième de chasseurs. + +Et de faire rendre à Civita-Vecchia ceux des vingt-unième d'infanterie +légère, soixante-unième, quatre-vingt-huitième de ligne; septième +régiment de hussards, vingtième _idem_ de dragons. + +Ces hommes s'embarqueront à la suite des divisions qui s'embarquent à +Gênes et à Civita-Vecchia; et quand même ces divisions seraient parties, +leurs dépôts resteront à Gênes et à Civita-Vecchia, de manière que +lorsqu'il y aura cent hommes réunis, on pourra les faire partir pour +rejoindre au lieu où se rend ledit embarquement. + +Les quatorzième et dix-huitième de dragons et le septième de hussards +laissent leurs chevaux sans hommes à Gênes et à Civita-Vecchia. Envoyer +des détachemens des différens corps de cavalerie qui ont le plus +d'hommes à pied. Vous trouverez dans les régimens de dragons, des +chevaux qui pourront remonter votre grosse cavalerie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798) + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +J'imagine, citoyen général, qu'à l'heure qu'il est, l'embarquement de +Gênes doit être prêt. + +J'avais écrit au général Berthier, en date du 25 ventose, pour qu'il +fît préparer des bâtimens capables de porter cent cinquante chevaux, +indépendamment de ceux des états-majors. + +Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie et cent +des meilleurs chevaux du quatorzième de dragons. Vous aurez surtout bien +soin que ces chevaux montent les hommes d'un même escadron, et que les +officiers de cavalerie n'en profitent point pour faire passer leurs +chevaux, de manière qu'au moment du débarquement, vous ayez un escadron +tout monté pour votre service. + +Vous ferez préparer en outre des bâtimens pour porter les chevaux de +l'état-major, si vous ne croyez pas plus convenable de les embarquer +dans les mêmes bâtimens où s'embarquent les officiers. Au reste, ce ne +doit pas être un objet, puisque je ne calcule pas que cela puisse passer +vingt ou vingt-cinq chevaux. + +Les chevaux restans des quatorzième et dix-huitième de dragons seront +donnés à des détachemens de différens régimens qui sont en Italie, +auxquels ils seront distribués; bien entendu que vous aurez soin de +faire embarquer les selles et tout le harnachement. + +Vous aurez soin que le quatorzième et le dix-huitième de dragons ne +laissent aucun homme en Italie, et que tout soit embarqué. Faites +completter la musique de vos différentes demi-brigades. Donnez-en une à +la vingt-deuxième d'infanterie légère, si elle n'en a pas. + +Donnez trois drapeaux à la vingt-deuxième d'infanterie légère. Ayez soin +que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie légère aient des +fusils, ainsi que les sous-officiers des demi-brigades de bataille. +Faites donner à l'artillerie à pied des fusils. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798). + +_Au général Regnier._ + +Le général de division Regnier se rendra à Lyon; il y verra le général +de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, qui ont +été demandés par le général Dommartin, sont partis de Lyon. + +Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des transports, +pour activer le départ des objets demandés. + +Il m'écrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce qu'il aura fait. + +Il se rendra à Grenoble pour activer également le départ des objets +d'artillerie qui auraient été demandés par le général Dommartin. + +Arrivé à Avignon, il fera faire toutes les dispositions nécessaires pour +que tous les objets d'artillerie qui arriveraient dans cette ville, +soient sur-le-champ mis en route pour Toulon. + +Avant de partir pour Paris, il verra le général Dufalga, pour avoir de +lui la note de tous les effets qui sont partis ou doivent partir de +Paris, et le jour où ils passent à Lyon ou à Avignon. + +Il préviendra les directeurs des transports de ces deux villes, afin que +ces objets n'éprouvent aucun retard. + +De là il se rendra à Marseille, où il attendra de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798). + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 11, avec les états qui y +étaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville le restant +des sommes pour completter 800,000 fr., y compris le premier envoi de +200,000 fr. + +Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille hommes, c'est +trop. Dans les embarquemens que nous faisons à Toulon et à Brest, l'on +ne compte qu'un tonneau par homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore +trop cher: nous ne payons que la moitié sur l'Océan et à Marseille. +Une décade d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera payé lors de +l'arrivée. + +Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens me +paraissent aussi trop cher. + +Pourvu que le prêt soit payé à jour, à l'instant qu'on s'embarque, l'on +pourra se passer de deux mois d'avance. + +Il résulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchés doivent faire +votre embarquement, puisque vous en portez la valeur à 1,500,000 fr., +et que vous y comprenez 260,000 fr. pour deux mois de prêt d'avance, +400,000 fr. pour le nolis de deux mois; en tout 660,000 fr. +d'économisés. + +Il sera facile d'économiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. S'il vous est +possible d'avoir deux décades de prêt au moment de votre embarquement, +ce sera un grand bien. S'il reste une queue de 100,000 fr. à devoir aux +fournisseurs, cela serait payé à Paris. + +J'espère donc qu'au 1er floréal vous serez prêt à partir. Dans quatre +jours, je vous expédierai un courrier, avec l'ordre, qui devra être +exécuté, quelle que soit la position où vous vous trouverez. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798) + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trésorerie nationale +avec des lettres de change pour 20,000 piastres. Ainsi, voilà 800,000 +fr. que vous avez reçus pour l'embarquement. Cela doit vous suffire: +d'ailleurs les diamans que vous vendez vous mettront peut-être à même de +pouvoir prendre 200,000 fr., s'il est nécessaire, et enfin s'il y avait +un reste de compte de 100,000 francs dû aux fournisseurs, cela serait +payé à Paris. + +Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le départ du convoi: il faut +que tout soit prêt à partir le 1er floréal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798). + +_Au général Lannes._ + +J'ai reçu, citoyen général, la lettre que m'a remise votre aide-de-camp. +3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce mois, de Berne pour Lyon. +Vous trouverez ci-joint l'ordre de la trésorerie à son payeur de Lyon, +de les faire passer sur-le-champ à Toulon. + +Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhône; vous vous rendrez avec lui +à Avignon, d'où vous le ferez partir en toute diligence, de Lyon pour +Toulon. Vous m'instruirez du jour de votre départ de Lyon, et des +différentes espèces qui composent le convoi de 3,000,000. + +Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous aurez pris toutes +les mesures nécessaires pour la sûreté de son transport, vous vous +rendrez à Marseille, où vous attendrez de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre des finances._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la trésorerie +nationale un contrôleur auprès du payeur de la commission de la +Méditerranée. Je vous recommanderai, pour cette place, le citoyen +Poussielgue, qui est actuellement à Paris, et qui a été long-temps +employé dans votre ministère. + +Je désirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez mettre, cette +décade, à la disposition de la commission de la Méditerranée, vous +fissiez remettre, à Paris, au général Dufalga, commandant le génie de +l'armement de la Méditerranée, 500,000 fr. pour dépenses de ce corps, +instrumens, etc.; et 100,000 fr. à ma disposition à toucher à Paris. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre des relations étrangères._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner l'ordre +au citoyen Magallou, consul de la république au Caire, de partir +sur-le-champ pour se rendre le 3 floréal à Marseille, où il recevra de +nouveaux ordres. + +Ce consul réclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre département, +dont les comptes ne sont pas encore apurés. Je désirerais que vous lui +fissiez donner un à-compte de moitié. + +Je vous prie de donner également l'ordre au citoyen Venture de partir +sur-le-champ pour Toulon, où il recevra de nouveaux ordres. Je +désirerais que vous lui fissiez donner les frais de poste, et que vous +lui assurassiez la place qu'il a dans votre département, en faisant +toucher à sa famille les appointemens qu'il a. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Je désirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez à une de nos +bonnes frégates de partir de Toulon pour se rendre à Gênes, et prendre +sous son escorte le convoi qui est prêt à partir de cette ville. Elle +prendra à son bord le général de division qui commande le convoi, de qui +elle recevra des ordres pour sa destination. + +Je vous prie également de donner l'ordre pour qu'on fasse partir pour +Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros bâtimens de transport qui sont à +Toulon, pour embarquer les troupes qui doivent partir d'Ajaccio. Ils +y attendront de nouveaux ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte +d'une corvette. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +Le directoire exécutif, citoyen général, voulant récompenser les +services que vous lui avez rendus dans la Méditerranée, où vous naviguez +depuis quinze mois, vous a nommé au grade de vice-amiral. Vous recevrez +incessamment votre nomination ainsi que votre brevet. + +Une frégate reçoit ordre de partir pour Gênes, pour escorter le convoi +qui doit partir de cette ville; il est nécessaire qu'elle soit commandée +par un homme de tête. + +Les chefs de division Decrés et Thevenard doivent être arrivés. Le +citoyen Ganteaume et deux autres officiers de marine partent après +demain de Paris. Nous organiserons l'escadre avant de partir, de manière +à ce qu'elle puisse être digne de la grande mission qu'elle va remplir. + +Je ne doute pas que, grâce à votre activité, tout ne soit prêt à partir +dans les premiers jours de floréal. J'imagine qu'à l'heure qu'il est +vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau à bord, et qu'il n'y a plus +qu'à y mettre les hommes. + +Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes et +d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les corvettes et tous +les avisos qui étaient de l'armée d'Italie et sous vos ordres, sont dans +ce moment à Livourne ou à Gênes. Envoyez par la frégate qui part l'ordre +à tous ceux qui sont à Gênes, de partir pour escorter le convoi, à tous +ceux qui sont à Livourne ou ailleurs, de se rendre à Civita-Vecchia, où +ils seront sous les ordres de la frégate qui s'y rendra de Toulon, et +serviront à escorter le convoi. + +Faites rallier à Toulon toutes les corvettes qui seraient disséminées +dans nos différens ports. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798). + +_Note remise au directoire._ + +Dans notre position, nous devons faire à l'Angleterre une guerre sûre, +et nous le pouvons. + +Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante ou cinquante +millions pour réorganiser notre marine. + +Notre armée de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au lieu que la +guerre oblige l'Angleterre à faire des préparatifs immenses qui ruinent +ses finances, détruisent l'esprit de commerce et changent absolument la +constitution et les moeurs de ce peuple. + +Nous devons employer tout l'été à armer notre escadre de Brest, à faire +exercer nos matelots dans la rade, à achever les vaisseaux qui sont en +construction à Rochefort, à Lorient et à Brest. + +Si l'on met quelque activité dans ces travaux, nous pouvons espérer +d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux à Brest, y compris +les quatre ou cinq nouveaux que l'on peut construire à Lorient et à +Rochefort. + +Nous aurons, vers la fin du mois, dans les différens ports de la +Manche, près de deux cents chaloupes canonnières. Il faut les placer à +Cherbourg, au Havre, à Boulogne, à Dunkerque et à Ostende, et employer +tout l'été à emmariner nos soldats. + +En continuant à donner à la commission des côtes de la Manche 300,000 +fr. par décade, nous pouvons faire construire deux cents autres +chaloupes d'une dimension plus forte et propre à transporter des +chevaux. + +Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents chaloupes +canonnières à Boulogne, et trente-cinq vaisseaux de guerre à Brest. + +Les Hollandais peuvent également avoir dans cet intervalle douze +vaisseaux de guerre au Texel. + +Nous avons dans la Méditerranée deux espèces de vaisseaux: + +Douze vaisseaux de construction française qui peuvent, d'ici au mois de +septembre, être augmentés de deux nouveaux; + +Neuf vaisseaux de construction vénitienne. + +Il serait possible, après l'expédition, que le gouvernement projetât +dans la Méditerranée de faire passer les quatorze vaisseaux à Brest et +de garder dans la Méditerranée, simplement les neuf vaisseaux vénitiens; +ce qui nous ferait, dans le courant des mois d'octobre ou de novembre, +cinquante vaisseaux de guerre français à Brest, et presque autant de +frégates. + +Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes sur le +point de l'Angleterre que l'on voudrait, en évitant même un combat +naval, si l'ennemi était plus fort, dans le temps que quarante mille +hommes menaceraient de partir sur les quatre cents chaloupes canonnières +et autant de bateaux pêcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise +et dix mille hommes de transport menaceraient de se porter en Écosse. + +L'invasion en Angleterre, exécutée de cette manière, et dans les mois de +novembre et de décembre, serait presque certaine. + +L'Angleterre s'épuiserait par un effort immense et qui ne la garantirait +pas de notre invasion. + +En effet, l'expédition dans l'Orient obligera l'ennemi à envoyer six +vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-être le double de +frégates a l'embouchure de la mer Rouge. Elle serait obligée d'avoir de +vingt-deux à vingt-cinq vaisseaux à l'embouchure de la Méditerranée, +soixante vaisseaux devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait +un total de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle +a aujourd'hui en Amérique et aux Indes, sans compter dix ou douze +vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de frégates, qu'elle +serait obligée d'avoir pour s'opposer à l'invasion de Boulogne. + +Nous nous conserverions toujours maîtres de la Méditerranée, puisque +nous y aurions neuf vaisseaux de construction vénitienne. + +Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans cette mer; ce +serait de faire céder par l'Espagne trois vaisseaux de guerre et trois +frégates à la république ligurienne: cette république ne peut plus être +aujourd'hui qu'un département de la France. Elle a plus de vingt mille +excellens marins. + +Il est d'une très-bonne politique de la part de la France de favoriser +et d'exiger même que la république ligurienne ait quelques vaisseaux de +guerre. + +Si l'on prévoit des difficultés à ce que l'Espagne cède à nous ou à la +république ligurienne trois vaisseaux de guerre, je croirais utile que +nous-mêmes nous rendissions à la république ligurienne trois des neuf +vaisseaux que nous avons pris aux Vénitiens, et que nous exigeassions +qu'ils en construisissent trois autres. C'est une bonne escadre, montée +par de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnée. Avec l'argent +que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire à Toulon trois bons +vaisseaux de notre construction, car les vaisseaux de construction +vénitienne exigent autant de matelots qu'un bon vaisseau de 74; et des +matelots, voilà notre partie faible. + +Dans les événemens futurs qui peuvent arriver, il nous est extrêmement +avantageux que les trois républiques d'Italie qui doivent balancer les +forces du roi de Naples et du grand-duc de Toscane, aient une marine +plus forte que celle du roi de Naples. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Je ne mène avec moi, citoyens directeurs, dans l'expédition de la +Méditerranée, que deux mille cinq cents hommes de cavalerie sans +chevaux. Cela fait donc deux mille cinq cents chevaux qui seront +distribués aux autres régimens de cavalerie de la république. + +Mais, dans le pays où nous allons, on peut compter facilement sur dix ou +douze mille très-bons chevaux. + +Je crois donc qu'il serait nécessaire de faire embarquer quatre ou cinq +régimens de cavalerie sans chevaux, et remonter avec les chevaux desdits +régimens les hommes que nous avons à pied dans les différens dépôts. + +Je désirerais que le gouvernement ordonnât au premier régiment de +cavalerie de se rendre à Gênes pour y être embarqué avec ses selles et +sans chevaux; au vingt-quatrième régiment de chasseurs, de s'embarquer à +Civita-Vecchia avec ses selles et sans chevaux; au onzième de hussards, +de se rendre à Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans chevaux; +aux deux régimens de chasseurs qui ont le plus d'hommes à pied, de se +rendre à Toulon pour s'y embarquer. + +Faire distribuer les chevaux: 1°. du vingt-quatrième régiment de +chasseurs, du neuvième d'hussards, du vingtième de dragons, qui +s'embarquent à Civita-Vecchia; 2°. du quatorzième de dragons, du +premier de cavalerie, de deux escadrons du dix-huitième de dragons qui +s'embarquent a Gênes, ces six régimens faisant ensemble à peu près +dix-huit cents chevaux; aux cinquième et onzième régimens de cavalerie, +premier d'hussards, quinzième, dix-neuvième, vingt-cinquième régimens de +chasseurs; et comme ces régimens n'ont pas plus de douze cents hommes à +pied, il serait nécessaire d'envoyer en Italie des régimens de chasseurs +et d'hussards de ceux qui ont le plus d'hommes à pied. Cela servirait +d'ailleurs à renouveler les régimens qui sont en Italie depuis +long-temps et qui s'ennuient d'y être. + +Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxième régiment de +chasseurs, des deux escadrons du dix-huitième de dragons, du troisième +et quinzième de dragons, du onzième d'hussards, formant seize cents +chevaux, et de deux régimens de chasseurs que je demande, aux régimens +de la république qui en ont le plus besoin, et dès-lors envoyer dans la +huitième division des détachemens d'hommes à pied des régimens auxquels +on veut les donner, pour les prendre. + +Je crois qu'il serait nécessaire d'envoyer en Italie un officier général +inspecteur de cavalerie, uniquement chargé de la distribution desdits +chevaux, afin qu'il n'y ait point de perte pour la république. + +Je crois qu'il serait également nécessaire d'en envoyer un dans la +huitième division, uniquement chargé de la même opération: sans quoi, je +prévois que les trois quarts des chevaux seront dilapidés. + +En prenant toutes ces précautions, nous nous trouverons avoir très-peu +d'hommes à pied, à nos dépôts. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +J'ai reçu, citoyen président, le dernier arrêté que le directoire a +pris, relatif à l'armement de la Méditerranée. + +Je désirerais: + +1°. Une lettre du directoire qui autorisât le citoyen Monge, commissaire +du gouvernement à Rome, à s'embarquer avec le général Desaix, comme +savant attaché à l'expédition. + +2°. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a été longtemps employé auprès +de Tippoo Sultan, en qualité d'agent du roi. On essaierait de le faire +passer aux Indes pour renouveler nos intelligences dans ce pays. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Le général d'artillerie Andréossi, citoyen président, qui était +directeur de l'équipage des ponts de l'armée d'Italie, serait nécessaire +à l'expédition de la Méditerranée. Il est, dans ce moment, employé dans +la commission des côtes de l'Océan. Vous pourriez le remplacer dans +cette commission par un autre général du génie ou d'artillerie, soit par +le général Debelle, soit par le général Dulanloy, soit par les généraux +Marescot ou Sorbier. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au général Lannes._ + +D'après les renseignemens que j'ai reçus de Berne, citoyen général, les +3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de ce mois à Lyon. Il est +indispensable qu'ils ne s'y arrêtent que douze heures, pour en faire la +vérification, et que vous ne vous couchiez pas qu'ils ne soient partis. + +Dès l'instant que les 3,000,000 seront arrivés, vous m'en expédierez la +nouvelle par un courrier extraordinaire. + +Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne en toute +diligence, faites préparer des bateaux en toute diligence pour le +transport. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._ + +Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivés hier, et mon courrier, +Lesimple, est arrivé ce matin. + +Les différens états de situation que vous m'avez envoyés sont +satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres pour +l'embarquement. + +Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour l'argent, les dispositions +sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive dix millions dans les +caisses du payeur de la marine à Toulon: 2,500,000 fr. existans dans la +caisse, du 20 ventose; 683,000 fr. qu'il a dû recevoir depuis, dont les +ordres étaient envoyés par la trésorerie précédemment à cette époque; +655,000 fr. que la trésorerie a fait des dispositions, au 29 ventose, +pour faire passer à Toulon. + +Le 5 germinal, on a envoyé des ordres pour faire passer 941,525 fr. + +Le 15 germinal, 670,000 fr. + +Le 25 germinal, 1,050,000 fr. + +La trésorerie a donné des ordres pour que 3,000,000 se rendissent à +Toulon; ils doivent être arrivés dans cette ville, à l'heure qu'il est. + +Vous ne devez donc avoir aucune espèce d'inquiétude; vous voyez que les +200,000 fr. qui sont nécessaires à la solde de l'amiral Brueys; + +Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, germinal et +floréal; + +Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et 1,500,000 fr. +pour les dépenses extraordinaires de l'ordonnateur, et spécialement +les deux mois d'avance aux matelots; Les 600,000 fr. pour la solde des +troupes de terre, et 600,000 pour la Corse, sont assurés. + +Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez aucune +inquiétude. + +Je viens moi-même de me rendre à la trésorerie avec le ministre des +finances, et j'ai vérifié que tous ces fonds sont en pleine marche pour +Toulon. + +Faites connaître la présente lettre a l'ordonnateur Najac, dont les +services et le zèle sont appréciés par le gouvernement. + +Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la caisse d'Estève, +soit dans celle du payeur de la marine, doivent être employés à lever +tous les obstacles qui s'opposeraient à vos approvisionnemens. + +Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront soldés avant le +départ et à l'instant où les trois millions de Berne seront arrivés; ce +qui sera avant le 5 floréal. + +Il faut que le général Dommartin fasse embarquer sur-le-champ son +artillerie, de manière qu'au 5 floréal, il n'y ait plus aucun chariot à +embarquer. + +Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; qu'il fasse +embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et les fasse distribuer +par chaque vaisseau de guerre. + +Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se tenir prêt +à partir. + +Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au 15 floréal; +qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, et que l'on prenne +toutes les mesures pour qu'il soit prêt le 6. + +Si l'on n'a pas tout le biscuit nécessaire, et que l'on ne puisse pas se +le procurer, l'on embarquera de la farine pour l'équivalent. + +Si tous les bâtimens pour les chevaux ne sont pas prêts à partir, il +suffit d'en avoir pour cent cinquante, à Marseille, et l'on continuera +toujours pour les autres qui viendront après. + +Vous ferez prévenir les généraux commandans à Marseille et à Toulon de +se tenir prêts à s'embarquer le 5 floréal. + +Vous enverrez l'ordre par un courrier à Nice et à Antibes, pour que tous +les bâtimens que vous y avez fait préparer se rendent sur-le-champ à +Toulon, où il serait à désirer qu'ils fussent arrivés avant le 5 ou le 6 +floréal. + +Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, de faire +embarquer à Marseille et à Toulon, le 5 floréal, et de se trouver prêt à +partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. Tout ce qui ne sera pas prêt +sera l'objet d'un second convoi. + +Je vous promets qu'avant cette époque, tout l'argent ci-dessus désigné +sera en caisse à Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +J'ai reçu, citoyen général, les différentes lettres que vous m'avez +écrites. + +Le gouvernement a une entière confiance en vous, et ce ne seront pas +quelques têtes folles, payées peut-être par nos ennemis pour semer le +trouble dans nos escadres et nos armées, qui pourront le faire changer +d'opinion. Maintenez une sévère discipline. + +Dans la première décade de floréal, je serai à votre bord. Faites-moi +préparer un bon lit comme pour un homme qui sera malade toute la +traversée. + +Le général Berthier, chef de l'état-major; le général Dufalga, +commandant du génie; le général Dommartin, commandant l'artillerie; +le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur de la marine Leroy; le +payeur général de l'armée (Estève); le médecin et le chirurgien en chef +(Desgenettes et Larrey) seront a votre bord. + +J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp. + +Berthier aura deux ou trois adjudans-généraux et cinq ou six adjoints à +l'état-major. + +Faites de bonnes provisions. + +Faites mettre à l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant de partir les +matelots seront satisfaits. + +Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prêt à lever l'ancre +le 8 floréal. + +J'imagine que vous avez des avisos au détroit de Gibraltar et aux îles +Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en sur-le-champ, avec +ordre de venir vous instruire de ce qu'il y aurait de nouveau aux îles +Saint-Pierre; où ils apprendront si vous êtes passé, et dans le cas où +vous ne le seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important à +vous faire connaître, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le cas où +vous ne seriez pas arrivé, ils feront route sur Toulon. Si vous étiez +passé aux îles Saint-Pierre, ils trouveront là des nouvelles de la route +qu'ils devront faire pour vous trouver. + +Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. Je crois +qu'une douzaine ne serait pas trop. + +Comme vous êtes le seul auquel, j'ai écrit que je dois me rendre à +Toulon, il est inutile de le dire. + +Je crois indispensable que nous montions _l'Orient_, qui est le vaisseau +à trois ponts. Vous donnerez vos ordres en conséquence. + +J'écris à l'ordonnateur de faire entrer dans la grande rade les treize +bâtimens de guerre, les frégates et les avisos, et de les mettre sous +votre commandement immédiat. + +Je lui donne l'ordre également de faire mettre le vaisseau _l'Orient_ +en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et d'y mettre pour +garnison tous ceux des hommes de la sixième demi-brigade que vous avez +amenés de Corfou. + +Vous répartirez sur le vaisseau _l'Orient_ une partie de l'équipage du +_Guillaume Tell_ ou des autres vaisseaux. + +Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit pas le +plus mal équipagé. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Je vous fais passer un arrêté du directoire, que vous ne devez +communiquer à personne. + +Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre heures, +différens ordres pour l'organisation de l'escadre. Je vous le répète, il +faut que tout soit prêt à partir du 6 au 7 floréal. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au commissaire ordonnateur Najac._ + +Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrêté du directoire exécutif; +le général Brueys seul en a connaissance. Vous devez garder le plus +grand secret. Répandez le bruit que le ministre de la marine va se +rendre à Toulon, et faites en conséquence préparer un logement qui sera +pour moi. + +Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'état est ci-joint, se +rendent sur-le-champ dans la grande rade, où ils seront sous les ordres +immédiats du général Brueys. + +Mettez le vaisseau _l'Orient_ en quarantaine, afin que le vice-amiral +Brueys puisse le monter de suite. + +Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les répartir sur les autres +bâtimens. + +Prenez vos mesures pour que les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_ +soient armés en flûtes, et que les frégates _la Muiron, la Carrère, la +Léoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible_ soient également armées +en flûtes. + +Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que sur les +vaisseaux armés en flûtes, les vivres, savoir: + +Trois mois pour les équipages. + +Deux mois pour les hommes de passage. + +Deux mois d'eau pour tout le monde. + +Un mois d'eau suffira pour les frégates armées en flûtes, s'il n'est pas +possible de faire autrement. + +Tâchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, à Toulon, trois ou +quatre cents chevaux. + +Je vous recommande spécialement, citoyen ordonnateur, d'employer tous +vos soins pour que l'escadre soit prête à partir et à lever l'ancre le 6 +ou le 7 floréal. + +La flotte qui va partir de Toulon est due au zèle que vous avez montré +dans toutes les circonstances. Je renouvellerai votre connaissance avec +un plaisir particulier, et je me ferai un devoir de faire connaître au +gouvernement les obligations que l'on vous a. + +Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floréal vous aurez reçu cinq +ou six millions. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.) + +_Au général Dufalga._ + +Vous voudrez bien, général, donner l'ordre à tous les savans, ouvriers, +artistes, et officiers du génie, de partir le plus tôt possible pour +se rendre à Lyon, où il est indispensable qu'ils soient arrivés le 4 +floréal. + +Vous vous adresserez au général Berthier, chef de l'état-major de +l'armée d'Angleterre, qui vous donnera des passeports pour chacun d'eux. +Vous partirez vous-même, de manière à être arrivé à Lyon avant cette +époque. + +Vous ferez partir sur-le-champ un officier de génie, qui louera une +diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait pas, il louera un +bateau, afin de faciliter l'arrivée de toutes ces personnes à Avignon. + +Vous leur donnerez à Lyon un rendez-vous, soit chez vous, soit chez +l'officier de génie que vous y enverrez, où ils trouveront leurs ordres +pour se rendre à Toulon. Il est indispensable qu'ils soient arrivés le 8 +au soir. + +Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur écrirez, qu'ils +doivent se préparer à faire le voyage de Rome. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738). + +_Aux commissaires de la trésorerie nationale._ + +Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la promesse que +vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de change sur vous ou vos +payeurs. J'aurai soin de les employer de manière à ce qu'elles nous +valent de l'argent. Je charge le citoyen Poussielgue, votre contrôleur +auprès de la commission de la Méditerranée, de prendre lesdites lettres +de change que je désire avoir le 1er. floréal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au général Brune._ + +Je vous fais passer, citoyen général, un arrêté du directoire exécutif. + +J'envoie, par le même courrier, des ordres pour leur départ aux généraux +de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix. + +Je vous recommande la formation des dépôts pour les hommes qui +rentreront après notre départ, et de les faire rejoindre à mesure, dès +l'instant qu'on connaîtra la destination. + +Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin de rejoindre +en poste la demi-brigade à Toulon, et au chef de bataillon Dupas de +se rendre à Gênes, où il sera sous les ordres du général +Baraguey-d'Hilliers. + +Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, je vous +enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de faire en sorte +qu'il y ait deux bons commissaires des guerres à la division du général +Baraguey-d'Hilliers. + +L'ordonnateur Sucy a demandé au citoyen Aubernon plusieurs objets qu'il +lui a refusés. Je vous prie d'ordonner à cet ordonnateur d'accéder aux +demandes du citoyen Sucy. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._ + +Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, l'état des +fonds que la trésorerie a faits pour l'armement de Toulon. + +Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier d'hier, que vous +ne devez avoir aucune inquiétude. Allez hardiment, l'argent ne manquera +point. + +Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus de tous les +calculs établis, des lettres de change à tirer sur les différens +payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque la trésorerie les a +données, elle s'est assurée que les fonds existaient dans la caisse de +ces différens payeurs. J'ai préféré ces lettres de change à des mandats +ordinaires, parce que l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver à +Toulon avant quinze jours. + +Vos collègues sont partis, ils arriveront vingt-quatre heures après ce +courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 floréal, tout ne soit prêt à +mettre à la voile. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au citoyen Peyrusse, payeur._ + +Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour 600,000 fr. tirées +sur différens payeurs, que la trésorerie vous envoie. + +J'ai préféré ces traites à la mesure ordinaire. Par ce moyen, vous +pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le service. Ces +traites ne doivent rien perdre. S'il était nécessaire, vous pouvez les +garantir personnellement. + +Comme ce qui se fait à Toulon exige la plus grande célérité, et que +c'est une des opérations les plus importantes de l'armée d'Angleterre, +je vous serai particulièrement obligé de ce que vous voudrez bien faire +pour sa réussite. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au même._ + +J'écris à l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ un aviso pour +la Corse. Il est indispensable que vous fassiez passer 100,000 fr. des +600,000 que la trésorerie à destinés pour la Corse. + +La célérité des opérations qui doivent s'exécuter dans cette île dépend +du prompt envoi de cet argent. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798) + +_Au citoyen Najac._ + +J'écris à la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer 100,000 fr. à +Ajaccio en Corse, à la disposition de l'ordonnateur de cette division +pour le service de l'extraordinaire de l'expédition. + +J'écris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des 600,000 que la +trésorerie a destinés pour la Corse. Faites partir ces deux sommes par +un aviso qui mouillera dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers +intelligens, un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port, +l'autre pour y prendre note de la situation positive où se trouve +ledit embarquement, et venir m'en rendre compte à Toulon. Il serait +nécessaire, si le temps le permet, que l'aviso ne restât pas plus de +vingt-quatre heures mouillé à Ajaccio. + +Si les neuf bâtimens de transport que le ministre de la marine vous a +ordonnés par sa dépêche du 23, n'étaient pas encore partis, la corvette +qui doit escorter ce convoi pourrait être chargée de cette mission. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +Le général Villeneuve part demain pour se rendre à Toulon, et servir +sous vos ordres. + +La frégate qui est à Cadix a reçu ordre, il y a un mois, de se rendre à +Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sûreté. Envoyez-lui, par +le même aviso, l'ordre de completter son eau à Ajaccio, et de se tenir +prête à partir avec tout le couvois qui est dans cette rade, pour +joindre l'escadre, lorsque vous en ferez parvenir l'ordre. + +Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au général Vaubois._ + +Je vous ai mandé précédemment, citoyen général, de réunir à Ajaccio +la quatrième légère et la dix-neuvième de ligne, avec les bateaux +nécessaires pour les faire embarquer, de l'eau pour un mois et des +vivres pour deux. + +Craignant que vous ne fussiez embarrassé, je vous ai prévenu que j'avais +donné l'ordre, à Toulon, à neuf bâtimens de transport, de se rendre a +Ajaccio pour aider à l'embarquement desdites troupes. + +Je vous prie aujourd'hui de réunir également à Ajaccio deux bataillons +de la vingt-troisième d'infanterie légère. Toutes ces troupes seront +commandées par le général de division Mesnard, et sous ses ordres, par +le général de brigade Casalta et l'adjudant-général Brouard. + +Vous y attacherez un officier de génie, et, comme je vous l'ai déjà +prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pièces de 3, si vous en +avez. Ce convoi doit être prêt à lever l'ancre au premier signal que lui +donnera un aviso que lui enverra l'escadre, du 12 au 15 floréal. + +Je donne l'ordre à la commission de vous faire passer 200,000 fr.; +ces 400,000 doivent suffire pour les dépenses de l'embarquement. +Indépendamment de cette somme, vous recevrez sous peu de l'argent pour +completter la solde de vos troupes. + +Je vous prie de me faire connaître, par le retour de l'aviso, la +situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 au 15 floréal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de lever l'ancre de Gênes, +si le temps le permet, le 6 floréal, ou au plus tard le 7, et se diriger +sur Toulon avec toute sa division. Il m'expédiera, au moment de son +départ, un courrier à Toulon avec l'état exact de sa situation. + +Il m'expédiera un courrier extraordinaire de tous les endroits où il +sera possible de relâcher. + +Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre de Toulon +mettra à la voile, au plus tard le 10 floréal. Il doit être accordé aux +officiers un mois de gratification pour les mettre à même de faire leurs +petites emplettes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le départ du général +Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi mette à la voile +au plus tard le 7 floréal. + +Vous emploierez toute votre activité pour que cet ordre soit promptement +exécuté, et si cela vous fait prendre de nouveaux engagemens de finance, +j'y ferai faire honneur. + +Les frégates, briks et galères de la république de Gênes doivent partir +avec le convoi. + +Il sera formé à Gênes un dépôt pour tous les hommes des deuxième, +vingt-deuxième d'infanterie légère; treizième, dix-huitième, +vingt-cinquième, trente-deuxième, soixante-quinzième, soixante-neuvième, +quatre-vingt-cinquième de bataille; troisième, quatorzième, quinzième et +dix-huitième régimens de dragons. + +Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces différens +corps à Gênes, vous les ferez partir pour une destination qui vous sera +désignée. + +Vous me renverrez le présent courrier en toute diligence à Toulon, où +je serai le 6 floréal, et vous correspondrez avec moi dans cette ville, +jusqu'à ce que je vous aie envoyé un courrier extraordinaire pour vous +instruire de mon départ. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au général Desaix._ + +Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher général; je pars +demain pour Toulon. L'escadre mettra à la voile le 10 floréal et se +dirigera droit sur les îles Saint-Pierre. Le convoi qui est à Gênes part +le 7 floréal pour se rendre dans les mers de Toulon. + +Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. Côtoyez toutes +les côtes de Naples; passez le phare de Messine et mouillez à Syracuse, +ou dans toute autre rade, dans les environs. + +Vous devez avoir une frégate, deux briks, deux avisos et deux galères +du pape. Il serait à désirer que vous pussiez vous procurer deux autres +avisos, bons voiliers, soit en arrêtant deux corsaires français et +mettant des officiers et des hommes intelligens à bord, soit en se +servant de deux bons voiliers du pays. + +Notre point de réunion sera sur Malte, + +Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient passé ou +veuillent passer le détroit, cependant la nécessité de ne pas vous +aventurer, me fait préférer de vous faire filer côte à côte. Il sera +cependant nécessaire que vous expédiiez un aviso aux îles Saint-Pierre, +pour croiser entre la Sardaigne et l'Afrique, afin que, si les Anglais +arrivaient aux îles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en être +prévenu et régler vos mouvemens en conséquence. Soit que vous soyez dans +un port du continent, soit dans un de ceux de la Sicile, vous n'avez +rien à craindre des Anglais; mais la prudence veut que vous préveniez ce +cas, et vous ferez donc embarquer quatre pièces de 24, deux mortiers, +deux grils à boulets rouges, deux ou trois cents coups par pièce, afin +de pouvoir établir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs des pièces +qui, arrivées dans l'endroit principal, nous serviront. + +Vous devez organiser votre dépôt à Civita-Vecchia, afin que tous les +hommes malades, ou en arrière des corps que vous commandez, puissent se +réunir et filer à fur et mesure. + +Je vous enverrai, d'ici à quatre jours, des ordres positifs pour votre +départ. Ce que je vous en dis là, c'est pour vous préparer et que vous +preniez d'avance, dans le secret, les renseignements qui vous seront +nécessaires. + +Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous les hommes qui +servent à l'organisation du port de Civita-Vecchia et dont vous pourrez +avoir besoin; on les remplacera de Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798). + +_Aux commissaires de la trésorerie nationale._ + +Vous avez donné l'ordre, citoyens commissaires, au payeur de Lyon de ne +faire passer à Toulon que la partie des trois millions qui serait en +espèces françaises ou en piastres; il serait cependant nécessaire d'être +assuré d'avoir à Toulon ces trois millions. Je désirerais que vous +m'envoyassiez l'ordre pour votre payeur à Lyon, de faire passer à Toulon +ces trois millions, quelles que soient les espèces qui les composent; on +aura soin de se servir des monnaies étrangères, de manière à ce que la +trésorerie n'y perde rien. + +Je vous prie aussi d'expédier la commission que vous avez l'intention +d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrôleur près du payeur de la +Méditerranée, désirant que ce citoyen parte de suite. Je vous prierais +également de le faire porteur d'une commission de payeur pour le citoyen +Estève, qui n'est que payeur de département, et de lui donner l'ordre de +s'embarquer, et, dès l'instant que toutes les divisions seront réunies +et formeront une armée, il jouira du traitement de payeur général +d'armée. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798). + +_Au général Desaix._ + +Je vous ai écrit hier, citoyen général, par un courrier extraordinaire +que j'ai expédié à Milan, en priant le général Brune de vous faire +parvenir ma dépêche par un autre courrier. + +Je reçois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec une vive +satisfaction que vous serez prêt à partir le 15, comme je l'espérais +hier. + +_La Courageuse_, frégate armée en flûte, et capable de porter six cents +hommes, doit être arrivée à Civita-Vecchia. Cela nous servira d'autant. + +Je réunis à Toulon le convoi de Gênes, et si les vents contrariaient son +arrivée à Toulon, l'escadre attendrait à la cape, entre Toulon et les +îles Saint-Pierre, mais sans relâcher dans un fort de Corse. J'ai +considéré que tout relâche dans un port de la Corse nous donnerait des +retards très-considérables. La saison est déjà avancée, puisque nous ne +pouvons espérer d'être hors de Toulon que vers le 1er de mai. + +Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia à Syracuse, +et vous n'avez pas plus de chemin à faire que si vous vous rendiez à +Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a possibilité à ce que vous soyez +le 20 au point désigné, et il serait difficile, même favorisés autant +qu'on peut l'être, que nous fussions à la même époque sur Malte. + +Je préfère de vous voir aller à Syracuse plutôt qu'à Trepano, parce que +je crois que vous côtoierez toujours l'Italie et profiterez du vent de +terre. + +Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires et +s'opposent à votre passage au détroit et vous permettent de vous rendre +promptement à Trepano, je ne verrai aucun inconvénient à cela; mais dans +ce cas, il faudrait doubler le cap Trepano et vous mettre dans une rade +d'où vous pussiez sortir avec le même vent qui nous est nécessaire pour +nous rendre des îles Saint-Pierre à Malte. + +Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans le premier, +il serait nécessaire que vous fissiez croiser un aviso entre la +Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir à temps des nouvelles des +Anglais, si jamais ils paraissaient. + +Dans tous les cas, dès l'instant que nous aurons passé les îles +Saint-Pierre, j'enverrai à Trepano un aviso, pour avoir de vos +nouvelles. De votre côté, il sera bon que vous envoyiez dans la petite +île de Pentellaria, où j'enverrai prendre de vos nouvelles. + +Je vous ai déjà mandé d'embarquer six pièces de 3 autrichiennes. Ce sont +les plus commodes dans le pays où nous allons, puisqu'une bête de somme +peut en porter une. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798). + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +Par la lettre que je vous ai écrite le 22 germinal, citoyen général, +je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez l'ordre de vous +embarquer, et que cet ordre devra être exécuté de suite. Vous avez +dû recevoir cette lettre le 28, vous aurez fait dès-lors toutes vos +dispositions. Ainsi, j'espère que mon courrier, qui est parti d'ici le +30 germinal, avec l'ordre positif du départ pour le 7, arrivera à Gênes +le 4, et que mon ordre pourra être ponctuellement exécuté. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798). + +_Au général Dufalga._ + +Le général Dufalga, commandant le génie de l'expédition de la +Méditerranée, nommera deux officiers ou adjoints du génie par chacune +des divisions, de Regnier, qui est réunie à Marseille, et qui est +composée des neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de ligne; +de Kléber, qui est à la droite de Toulon, à Laseine et villages voisins, +et qui est composée des vingt-cinquième et soixante-quinzième de ligne, +de la deuxième d'infanterie légère; enfin la division Mesnard, qui +est composée de la quatrième d'infanterie légère, la dix-huitième, la +trente-deuxième de ligne. + +Le général Dufalga ira droit à Marseille, et il verra l'ordonnateur de +la marine dans ce port, les commissaires des guerres chargés du service +de cette division, et le citoyen Perrier, commandant l'artillerie de +Marseille. + +Il se fera remettre les états de la situation et du nombre d'hommes +que peut porter chaque bâtiment de transport et de la distribution de +rembarquement. + +Il chargera l'officier de génie commandant la division, de lui rendre +compte, tous les jours, au quartier-général, de la situation dudit +embarquement. + +Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'état de +l'embarquement et la situation morale des individus qu'il aura vus. + +Arrivé à Toulon, il fera prendre de suite connaissance, par les +officiers du génie, du cantonnement des troupes, de la situation des +vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, et me tiendra également +prêtes des notes sur la situation matérielle et personnelle. + +Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur de la +marine, auquel il aura soin de dire que je fais grand cas de lui; le +vice-amiral Brueys et le contre-amiral Décrès. + +Il cherchera à voir également le commandant de la place de Toulon, les +généraux Gardanne et Rampon. + +Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens pour les +savans. + +Dans l'organisation générale de l'armée, il restera chargé +de transmettre à tous les savans et artistes des ordres pour +l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, à son état-major, la note de +leurs logemens et des détails de l'embarquement. + +Il dira au vice-amiral Brueys et à l'ordonnateur qu'ils fassent faire +sur le vaisseau _l'Orient_ tous les préparatifs nécessaires pour qu'il y +ait le plus de logemens possible, vu que tous les chefs de l'état-major +seront sur ce vaisseau. + +Il fera préparer à Avignon tous les transports nécessaires pour que tout +ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans éprouver de retard. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798). + +_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._ + +Le citoyen Poussielgue, contrôleur de la trésorerie nationale auprès de +votre payeur, part cette nuit, portant avec lui 300,000 fr. en or, et +200,000 fr. en lettres de change sur Marseille. J'espère que le 9 ou le +10 tout sera prêt et qu'on pourra lever l'ancre. + +Le citoyen Leroi doit se tenir prêt à s'embarquer. Le général Blanquet +doit s'embarquer en sa qualité de contre-amiral sur l'escadre, et le +général Dommartin, en qualité de commandant d'artillerie; le citoyen +Sucy, commissaire ordonnateur, en qualité de commissaire ordonnateur en +chef; et le citoyen Estève comme payeur général de l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798). + +_Au citoyen Najac._ + +J'expédie l'ordre par le présent courrier, citoyen ordonnateur, au +vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer le citoyen +Ganteaume pour faire les fonctions de chef de l'état-major, et de +distribuer les chefs de division, et autres officiers sur les différens +vaisseaux, afin qu'ils soient promptement prêts à mettre à la voile. Il +faudrait que tout fût prêt à lever l'ancre sans aucune espèce de retard, +le 9 ou le 10 au matin. + +Je vous prie de tenir la main à ce que, pour cette époque, l'eau, les +vivres et les autres approvisionnemens soient embarqués. + +Je pars demain dans la nuit, et je compte être le 8 à Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798). + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de rester à Gênes jusqu'à +nouvel ordre; de débarquer ses troupes, si elles étaient embarquées; +de rentrer dans le port, s'il avait mis à la voile, de cantonner ses +troupes tant à Gênes que dans les environs, de manière à pouvoir les +rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront à la disposition +du général commandant en Italie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798). + +_Au général Desaix._ + +Il est ordonné au général de division Desaix de débarquer ses troupes +s'il les a embarquées, et de les cantonner tant à Civita-Vecchia que +dans les environs, de manière à pouvoir les rassembler en quarante-huit +heures. Ces troupes seront à la disposition du général commandant en +Italie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798). + +_Au général Brune._ + +Je donne ordre, citoyen général, au général Baraguey-d'Hilliers de +débarquer ses troupes, si elles sont embarquées, et de retourner, +s'il est parti. Les troupes resteront cantonnées à Gênes et dans les +environs, et seront à votre disposition, ainsi que celles qui sont à +Civita-Vecchia, où j'ai donné le même ordre, si des indices vous font +penser avoir besoin de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du +gouvernement, vous voyez l'effet des événemens qui viennent d'arriver +à Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a encore rien de +positif. + +Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux +efforts des Autrichiens seraient tournés de votre côté, et, dans ce cas, +je sens bien que vous avez besoin de beaucoup de troupes, de beaucoup de +moyens, et surtout de beaucoup d'argent. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798). + +_Au général Dufalga_. + +Vous avez appris, citoyen général, l'événement arrivé à Vienne. Cela est +arrivé au moment où j'allais partir, et a dû nécessairement occasionner +un retard; j'espère cependant que cela ne dérangera rien. Peut-être +serai-je obligé d'aller à Rastadt pour avoir une entrevue avec le comte +de Cobentzel, et, si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour +Toulon. + +Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre à l'escadre de +partir avec le convoi pour se rendre à Gênes, où je serai moi-même le 26 +de ce mois. + +Je donne, par le présent courrier, l'ordre au convoi de Marseille de se +rendre à Toulon. + +Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets nécessaires à +notre expédition soient embarqués comme il faut qu'ils le soient. + +Le convoi de Gênes a reçu contre-ordre, puisque c'est nous, au +contraire, qui allons à Gênes et à Civita-Vecchia. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798). + +_Au général Kléber_. + +Il est ordonné au général Kléber de prendre le commandement des troupes +de terre composant la division du général Réguier, la division du +général Mesnard et celle du général Kléber; de transmettre au général +Regnier l'ordre ci-joint, et de tout disposer pour l'embarquement des +deux autres divisions sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de +guerre armés en flûtes, afin d'être prêt à partir au premier ordre qu'il +recevra. + +Il se concertera avec le général Dufalga, qui lui donnera tous les +renseignemens relatifs au nombre des savans et des artistes qui doivent +s'embarquer. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys_. + +Quelques troubles arrivés à Vienne, citoyen général, ont nécessité ma +présence quelques jours à Paris: cela ne changera rien à l'expédition. +Je donne l'ordre par le présent courrier aux troupes qui sont à +Marseille de s'embarquer et de se rendre à Toulon. + +Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur ordre qu'il +vous sera possible. + +Je vous expédierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre d'embarquer +et de partir avec l'escadre et le convoi pour Gênes, où je vous +rejoindrai. + +Le retard que ce nouvel incident a apporté dans l'expédition aura été, +j'imagine, nécessaire pour vous mettre plus en mesure. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798). + +_Au général Regnier_. + +Il est ordonné au général Regnier de faire embarquer ses troupes à +Marseille, le 16 floréal, sur les bâtimens de transport qui sont +préparés, et de partir le 17, si le temps le permet, pour se rendre à +Toulon, où son convoi se rangera sous les ordres du vice-amiral Brueys. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798). + +_À l'ordonnateur Najac_. + +L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille d'embarquer +les troupes du général Regnier le 16 floréal, et de partir le 17 pour se +rendre à Toulon. Il se concertera avec le vice-amiral Brueys, pour faire +sortir, s'il est nécessaire, une frégate pour l'escorte dudit convoi. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798). + +_Au général Baraguey-d'Hilliers._ + +Je vous ai donné l'ordre, citoyen général, par ma lettre du 30 germinal, +de vous rendre à Toulon. Je vous ai donné l'ordre, par ma lettre du 4 +floréal, de débarquer et de cantonner vos troupes aux environs de Gènes +jusqu'à nouvel ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tôt +possible, et de vous diriger sur Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798). + +_Au même._ + +Il est ordonné au général Baraguey d'Hilliers d'embarquer sa division +le 20, et de mettre à la voile le 21, pour se rendre à Toulon. S'il +rencontrait sur sa route l'escadre française, composé de 14 vaisseaux de +guerre et de douze ou quinze frégates, il enverrait un aviso à l'amiral +pour prendre des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie +de Toulon, il enverra prendre des ordres auprès du vice-amiral Brueys, +pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me préviendra par un +courrier extraordinaire à Toulon, de son départ. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798). + +_Au général Desaix._ + +Je vous avais donné l'ordre, citoyen général, par une lettre du 4 +floréal, de cantonner vos troupes à Civita-Vecchia et aux environs, et +d'attendre de nouveaux ordres. C'était l'effet des nouveaux événemens +arrivés à Vienne. + +Vous devez vous préparer à partir au premier ordre. Le même courrier +porte ordre au général Baraguey-d'Hilliers de partir pour Toulon. Là je +verrai si j'irai vous prendre à Civita-Vecchia, où je vous donnerai des +ordres pour vous rendre sur les côtes de Syracuse, comme je vous en ai +déjà entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir prêt +à lever l'ancre vingt-quatre heures après l'arrivée de mon courrier ou +aviso. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréa| an 6 (2 mai 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +J'espère, citoyen général, que le 20 vous pourrez embarquer les troupes, +pour mettre à la voile incessamment après. Je compte être à bord le 19. + +Je viens de faire partir un courrier pour Gênes, avec ordre au général +Baraguey d'Hilliers de se rendre à Toulon. L'un et l'autre seront sous +vos ordres, dès qu'ils seront arrivés. Vous les placerez convenablement +dans la rade. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798). + +_Au général Brune._ + +Par ma lettre du 4 floréal, je vous ai instruit, citoyen général, que +les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix étaient à votre disposition. +Le premier bruit des événemens survenus à Vienne avait fait penser que +cette mesure était nécessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une +autre détermination. + +Je donne l'ordre aux généraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix de +s'embarquer sur-le-champ. + +L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades, +indépendamment des deux autres qui avaient déjà reçu les ordres +antérieurement, et deux autres régimens de cavalerie. + +Je tous prie, citoyen général, de surveiller autant qu'il vous sera +possible, lesdits embarquemens. + +J'ai reçu votre lettre de Gênes et j'ai vu le zèle et l'activité que +vous y avez montrés. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798). + +_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._ + +Par ma dernière lettre datée du 9 floréal, j'ai envoyé l'ordre au +convoi de Marseille de se rendre à Toulon, et de se tenir tout prêt à +embarquer, au premier instant, a Toulon. + +Je pars dans la journée de demain pour cette ville, et j'espère que tout +sera prêt à mettre à la voile le 20. Noubliez rien pour atteindre ce +but. + +BONAPARTE. + + + +Châlons, le 16 floréal an 6 (5 mai 1798). + +_À l'ordonnateur Najac._ + +Je reçois à Châlons votre courrier du 12, par lequel vous m'annoncez que +le convoi de Gênes était sur le point d'arriver, lorsque vous lui avez +expédié l'aviso, avec mou contre-ordre. + +J'ai donné à ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gênes pour Toulon. + +Je lui ai expédié un contre-ordre le 4; cela était relatif aux événemens +de Vienne. + +Je lui ai expédié le 13, l'ordre de partir de Gênes au plus tard le 18. + +Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se rendre en +grande rade ou tenez-le a Hyères, en lui faisant completter ses vivres +et son eau. + +Je serai, douze heures après mon courrier, à Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798). + +_À la commission chargée de l'armement de la Méditerranée._ + +Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhône près Valence, m'a +remis vos dernières dépêches. Vous devez exécuter l'ordre relatif à +l'embarquement, tel que je l'ai donné, c'est-à-dire les généraux de +division doivent embarquer trois chevaux; les généraux de brigade, deux, +les adjudans généraux, aides-de-camp et chefs de brigade des corps, un. + +Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers, +conformément au nombre de chevaux que la loi lui accorde. + +Vous ferez embarquer à Marseille cent chevaux d'artillerie et deux cents +de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer davantage, vous ferez toujours +les embarquemens dans cette proportion. + +Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, et vous +aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, en les faisant +donner aux premier et deuxième escadrons, et en prenant de préférence +les chevaux de chasseurs. + +Le restant des chevaux sera donné aux détachemens de cavalerie des +autres régimens qui se trouvent à Marseille. + +Je vous prié de m'expédier un courrier extraordinaire, qui m'attendra à +mon passage à Aix, qui ne sera pas plus de huit heures après celui de +Lesimple, pour m'instruire si le convoi de Marseille est parti, afin que +je me décide à aller à Marseille ou droit à Toulon. Je serais même fort +aise, si cela ne dérangeait rien à vos opérations, qu'un de vous se +transportât à Aix, car je ne compte pas m'y arrêter du tout, mon +intention étant d'aller droit a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798). + +_Au général commandant à Lyon._ + +Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides à cheval. Je vous +envoie l'ordre pour qu'ils se rendent à Toulon. Je vous prie de les +faire embarquer sur le Rhône. S'il passe par Lyon des courriers pour +moi, je vous prie de les diriger sur Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 18 floréal an 6 (7 mai 1798). + +_Aux guides._ + +J'ordonne à la compagnie de mes guides qui arrive à Lyon le 20, de +partir le 2, pour se rendre en toute diligence à Toulon. + +BONAPARTE + + + +Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798). + +_Au général Mesnard._ + +Il est ordonné au général Mesnard de s'embarquer immédiatement après la +réception du présent ordre, avec la quatrième d'infanterie légère, la +dix-neuvième de bataille, et de partir au premier beau temps. Il se +rendra dans les îles de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, où il +recevra des ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera +exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui envoie un +officier de marine intelligent pour diriger tous ses mouvemens. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798). + +_Au général Vaubois_. + +Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour le général Mesnard. +Si ce général n'y était pas, ou s'il était malade, vous feriez commander +ledit convoi par l'officier le plus ancien. + +Sur les représentations que vous m'avez faites du besoin que vous avez +de garder la vingt-troisième d'infanterie légère, je renonce à l'idée +que j'avais de la faire partir, et je la laisse en Corse jusqu'à ce que +le gouvernement vous ait renvoyé son remplacement. + +N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre pièces de canon +de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de canonniers. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798). + +_Au commandant de la place_. + +Je vous prie, citoyen général, de faire embarquer tout ce qui reste de +la sixième demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux de l'escadre, +pour suppléer au manque de matelots. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798). + +_Au commandant des armes_. + +Je vous prie, citoyen général, de faire armer dans la journée de demain, +s'il est possible, les deux felouques nouvellement construites. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798). + +_Au général Vaubois_. + +Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen général, que vous +aviez formés, deviennent à peu près inutiles. Vous pouvez donc prendre +dans ces magasins tout ce qui sera nécessaire pour approvisionner le +convoi qui va partir. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798). + +_Au général Dugua_. + +Je vous fais passer, citoyen général, l'ordre que vous enverrez au chef +de brigade Lucotte, pour se rendre avec les troupes de la demi-brigade +qui sont à Aix, à Toulon. + +J'emmène avec moi les trois compagnies de carabiniers de la septième +demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la demi-brigade, +lorsqu'elle sera remplacée; j'écris a Paris pour cela. + +Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit à Toulon ou à +Marseille, afin qu'elles soient à portée. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798). + +_Au même_. + +Je vous prie, mon cher général, de faire mettre l'embargo sur tous les +bâtimens qui sont dans le port de Marseille. Aucun ne pourra sortir, à +moins que ce ne soit un bâtiment pour l'expédition, que cinq jours après +le départ de l'escadre. + +Je vous prie aussi de faire ramasser à Marseille, à la petite pointe du +soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, et de les envoyer à +Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798). + +_Au commandant des armes à Toulon._ + +Je vous prie, citoyen général, de donner les ordres pour qu'il ne sorte +aucun bâtiment de Toulon, à dater d'aujourd'hui, jusqu'à dix jours après +le départ de l'escadre. + +BONAPARTE. + +Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798). + +_Au général Desaix._ + +Je suis à Toulon, mon cher général, depuis hier. + +La division du général Regnier est partie hier au soir de Marseille, +je l'attends à chaque instant de là rade de Toulon. Je partirai +sur-le-champ pour aller à la rencontre du général Baraguey-d'Hilliers, +et de là passer entre l'île d'Elbe et la Corse, faisant route vers la +Sicile et la Sardaigne. Nous vous enverrons prévenir par un aviso, afin +que vous veniez nous joindre. + +Il faut donc que vous soyez en rade, embarqués, afin qu'au premier +jour vous puissiez mettre à la voile. Si vous avez des avisos à votre +disposition, vous pouvez envoyer reconnaître. Si le temps est bon, il +est probable que le 28 ou le 29, nous passerons à votre hauteur. Vous +ne recevrez cette lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guère que +vingt-quatre heures pour vous préparer. + +Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est en très +bonnes dispositions. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1738). + +_À l'ordonnateur Najac_. + +Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire solder aux +officiers subalternes, tant de marine que de terre, embarqués sur +l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, 3 fr. par jour, +pour la table. Il suffira que vous fassiez les fonds pour quatre +décades. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 22 floréal an 6 (11 mai 1798). + +_Au général Dugua_. + +Je vous prie, mon cher général, de faire partir dans la matinée de +demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq bâtimens neutres, soit +danois, soit suédois, espagnols, etc.; vous mettrez à bord de chaque +bâtiment une garnison suffisante pour être sûr que ces bâtimens sortis +de Marseille arrivent à Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe +canonnière, vous les ferez escorter. + +Vous prendrez les plus gros bâtimens possible; cela doit servir à +embarquer des troupes. + +Il y a à Marseille cinq ou six bâtimens que l'ordonnateur Leroy avait +frétés. S'il y en avait un ou deux qui fussent prêts, faites-les partir +de suite. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 23 floréal an 6 (12 mai 1798). + +_Ordre_. + +En vertu de l'autorisation qu'il a reçue du directoire exécutif, le +général en chef ordonne: + +ART. 1er. Les deux vaisseaux vénitiens qui sont en ce moment-ci dans +le port de Toulon, seront armés en guerre et en état de partir au 20 +prairial, avec deux mois de vivres. + +2. Les deux vieilles frégates seront armées en flûte et prêtes à partir +pour la même époque, ayant également pour deux mois de vivres. Sur les +deux vaisseaux et sur les deux frégates, l'on embarquera les soldats qui +seront rendus au dépôt le 20 prairial; on peut calculer sur un millier +d'hommes. Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et +vingt jours d'eau. + +3. Il sera armé extraordinairement douze avisos bons voiliers, portant +au moins une pièce de 8, et commandés par de bons officiers, pour servir +à la communication de l'expédition. Il devra en partir au moins deux +fois par décade. On embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armée, +et des officiers et soldats, autant que le bâtiment pourra en porter. + +4. Les bâtimens frétés à Marseille recevront ordre de se rendre à +Toulon. Ils seront approvisionnés pour vingt jours d'eau et trente +jours de vivres. L'on embarquera dessus le restant de l'artillerie, +les habillemens, le vin et les soldats qni pourraient arriver. On doit +calculer sur un millier d'hommes, indépendamment de mille autres qui se +trouveront au dépôt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront +également approvisionnées pour un mois de vivres et vingt jours d'eau. + +5. La frégate _la Badine_ va recevoir ordre de se rendre à Toulon, et +escortera ce convoi, qui devra être prêt à partir du 10 au 15 prairial. +Je remettrai une instruction particulière au commandant de _la Badine_, +pour la route qu'elle devra tenir et le lieu où il devra se rendre avec +ledit convoi. + +6. Il y aura à Toulon un commissaire des guerres qui aura les ordres de +l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront être embarqués, un +officier d'artillerie qui aura les ordres du général Dommartin, et enfin +un général ou un officier supérieur commandant les dépôts, qui aura les +ordres de l'état-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent +l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour tous les +objets qui doivent être embarqués. + +7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira +quarante-huit heures après l'escadre; il portera le courrier de l'armée, +s'il est arrivé, les officiers ou les savans qui sont en retard; et le +second partira soixante-douze heures après le premier. Il escortera un +bâtiment portant soixante guides, s'ils sont arrivés le 29. Il est donc +indispensable que l'ordonnateur se procure un bâtiment pour porter ces +soixante guides. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 23 floréal An 6 (12 mai 1798). + +Au citoyen Najac. + +Le départ de l'escadre est invariablement fixé dans la nuit du 24 au 25. + +Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans la matinée +de demain. J'ai, en partant, trois choses à vous recommander: + +1°. De me faire passer, avec la plus grande célérité, les courriers qui +m'arment, de Paris; + +2°. De faire exécuter avec la plus grande exactitude l'ordre ci-joint; + +3°. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; nous en +aurons le plus grand besoin. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798). + +Promotion. + +En conséquence de l'autorisation spéciale que j'en ai reçue du +directoire exécutif, et voulant reconnaître les services que les +citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-François +Bourdé, capitaine de frégate.; Pierre-Philippe Altimont, lieutenant de +vaisseau; Serval, aspirant de première classe, ont rendus depuis quinze +mois sur l'escadre qui était attachée à l'armée d'Italie, dans le golfe +Adriatique: je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les +citoyens Bourdé, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine de frégate; +et Serval, enseigne de vaisseau. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798). + +À l'administration municipale de Toulon, + +Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que la partie de +la garde nationale qui sera requise pour faire le service, soit payée +conformément aux lois. J'ai cependant pourvu à une augmentation de +garnison. Dans tous les cas, la république ne doit avoir aucune +sollicitude, les habitans de Toulon ayant toujours donné des preuves de +leur attachement à la liberté. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798). + +À l'administration centrale du Var. + +Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la députation que vous +m'avez envoyée, et des choses extrêmement flatteuses qu'elle m'a dites +de votre part. + +L'opération que nous allons entreprendre, sera spécialement avantageuse +à votre département et à celui des Bouches-du-Rhône. Il y aura une +grande activité sur les routes et dans les postes, qui sont absolument +désorganisées. Je vous prie de prendre des mesures pour réorganiser ce +service essentiel, afin que les courriers et autres officiers portant +des ordres, puissent aller à Paris et en revenir facilement. Croyez au +désir que j'aurai toujours de mériter l'estime de mes concitoyens. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floréal an 6 (i3 mai 1798). + +Ordre. + +Ordonne que tous les maîtres, contre-maîtres, matelots, novices, +ouvriers de l'arsenal qui ont été mis en surveillance par ordre du +gouvernement, seront embarqués et répartis sur l'escadre. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798). + +Au vice-roi de Sardaigne. + +J'envoie, monsieur, à Cagliari, pour y résider en qualité de consul, le +citoyen Augier, officier de marine. + +Je vous prie de le reconnaître en cette qualité, et d'agréer les +sentimens d'estime et de considération que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798). + +Au citoyen Augier, consul à Cagliari. + +Vous vous rendrez, citoyen, à Cagliari, en qualité de consul; vous +remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne ou à celui qui en +fait les fonctions. + +Vous interrogerez tous les bâtimens pour avoir des nouvelles des +Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouillé dans la Méditerranée, +vous expédieriez un bâtiment que vous fréteriez, à la suite de l'amiral +Brueys, pour l'en informer. + +Vous dirigerez ce bâtiment du côté de Malte. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798). + +À l'ordonnateur Najac. + +Le service de l'expédition qui va avoir lieu a exigé, de la part des +principaux employés de l'administration, des efforts où ils ont été à +même de faire connaître leur zèle pour la prospérité des armes de la +république. + +Je vous prie de témoigner aux directeurs des constructions, +de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des +approvisionnemens, et en général à tous les contrôleurs, commissaires et +sous-commissaires, une satisfaction particulière sur leurs services dans +cette circonstance essentielle. + +Je vous autorise à nommer à la place de chef des mouvemens les citoyens +Aycard et Giroudreux; à la place de commissaire de première classe, +les citoyens Bugerin, Pigeon et Gobert; à celle de deuxième classe, le +citoyen Desanit; à élever au grade de commissaires de la marine les +citoyens Gasquet, Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; à la place +de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui remplissent +les fonctions de sous-commissaires à la Ciotat; à la place de commis +principal, le citoyen Cappel, et de commis en deuxième, le citoyen +Ollivault. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. Ier. Tout marin qui, étant embarqué, aura resté a terre après le +départ de l'armée navale, sera traduit en prison jusqu'au départ d'un +bâtiment de guerre quelconque, à l'effet de rejoindre celui dont il a +déserté. + +2. Tout maître chargé qui aura manqué le départ, sera cassé et réduit à +la basse paie de deuxième maître. + +3. Les maîtres non chargés subiront la même punition. + +4. Les deuxièmes maîtres de toutes classes et les contre-maîtres de la +manoeuvre, restés à terre, seront mis à la basse paie de quartier-maître +ou d'aide de leur profession respective. + +5. Les aides de toute classe et les quartiers-maîtres déserteurs seront +réduits à la paie des matelots à vingt-sept sous. + +6. Les matelots de première et deuxième classe, également déserteurs, +descendront à la paie de 12 sous, ceux de troisième et quatrième classe +seront réduits à celle de novice, à huit sous. + +7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, qui auront subi +les réductions prescrites par les articles précédens, ne pourront être +réintégrés dans leurs grades primitifs que par un avancement progressif +d'une paie à l'autre, et de six mois en six mois sur la demande motivée +des commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude et +leur bonne conduite. + +8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur la signature +de la majorité des membres composant le conseil de salubrité navale. Il +est défendu formellement aux commissaires de marine préposés aux +détails des armemens, d'en admettre d'autres, sous leur responsabilité +personnelle. + +9. Il sera établi garnison chez toutes les familles des marins embarqués +qui seront restés à terre après le départ de l'armée; et les garnisaires +n'en seront retirés que lorsque ces déserteurs se seront présentés au +bureau des armemens pour y recevoir une nouvelle destination. + +10. Dans le temps que l'armée navale de la république, de concert avec +l'armée de terre, se prépare à relever la gloire de la marine française, +les marins, dans le cas de servir et qui restent chez eux, méritent +d'être traités sans aucun ménagement. Avant de sévir contre eux, +le général en chef leur ordonne de se rendre à bord de la deuxième +flottille qui est en armement. Ceux qui, quinze jours après la +publication du présent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire +partie dudit armement, seront regardés comme des lâches. En conséquence +l'ordonnateur de la marine leur fera signifier individuellement l'ordre +de se rendre au port de Toulon, et si, cinq jours après, ils n'ont point +comparu, ils seront traités comme des déserteurs. + +L'ordonnateur de la marine tiendra la main à l'exécution du présent +règlement. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798). + +_Réglement pour la répression des délits commis à bord de l'armée +navale._ + +Vu que les lois existantes sur la manière de procéder aux jugemens des +délits militaires n'ont pas prévu le cas où se trouve l'armée par sa +composition actuelle; qu'il est juste et urgent que les troupes de +terre et de mer, les soldats, matelots et autres employés à la suite de +l'armée, réunis sur les vaisseaux, ne soient pas, pour le même délit, +soumis à des lois différentes, soit pour la procédure, soit pour la +forme des jugemens, ordonne: + +ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui règle la manière de procéder aux +jugemens militaires, sera ponctuellement et exclusivement suivie à bord +des vaisseaux composant l'armée navale. + +2. Chaque vaisseau ou frégate sera considéré comme une division +militaire. + +3. Il y aura en conséquence, par chaque vaisseau ou frégate, un conseil +de guerre composé de sept membres, pris dans les grades désignés par +l'article 2 de la loi du 13 brumaire, ou dans les grades correspondans +de l'armée de mer. + +4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et l'officier chargé +des fonctions de commissaire du pouvoir exécutif, seront nommés par +le contre-amiral, dans chaque division de l'armée navale; en cas +d'empêchement légitime de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu à son +remplacement par le commandant du vaisseau. + +5. À défaut d'officier dans quelqu'un des grades désignés par l'art. 2 +de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans dans la marine, il +y sera suppléé par des officiers du rang immédiatement inférieur. + +6. Les jugemens prononcés par le conseil de guerre seront sujets à +révision. + +7. Il sera établi à cet effet, a bord de chaque vaisseau ou frégate de +l'armée navale, un conseil permanent de révision, dans la forme indiquée +par la loi du 18 vendémiaire an 6. + +8. Ce conseil sera composé de cinq membres du grade désigné en l'article +21 de ladite loi, ou du grade correspondant dans la marine; et à défaut +d'officiers supérieurs, il y sera suppléé, ainsi qu'il est dit à +l'article 5, pour la formation du conseil de guerre. + +9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de révision, celui-ci +renverra le fond du procès, pour être jugé de nouveau par-devant le +conseil de guerre de tel autre vaisseau qu'il désignera. Ce conseil de +guerre remplira dès lors les fonctions et aura toutes les attributions +du deuxième conseil de guerre établi par l'article 9 de la loi du 18 +vendémiaire an 6. + +10. Les fonctions du commissaire du pouvoir exécutif seront remplies par +un commissaire d'escadre ou par un commissaire ordonnateur des guerres, +et à leur défaut, par un sous-commissaire de marine ou commissaire +ordinaire des guerres. + +11. Le commandant de l'armée navale nommera les membres du conseil +permanent de révision. En cas d'empêchement d'aucun de ses membres, il +sera pourvu à son remplacement par le commandant du vaisseau à bord +duquel le conseil devra se tenir. + +12. Les délits commis sur les bâtimens de transport et autres, faisant +partie du convoi, seront jugés par le conseil de guerre du vaisseau ou +frégate sous le commandement desquels ils se trouveront naviguer. En cas +d'empêchement, les prévenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour +être jugés au premier mouillage ou à la première occasion favorable. + +13. Les peines portées par la loi du 21 brumaire an 5, notamment celles +contre la désertion, sont applicables aux marins, et réciproquement +celles portées par la loi du 22 août 1790 sont déclarées communes aux +troupes de terre et à tous individus embarqués, dans les cas non prévus +par la loi du 21 brumaire. + +14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de révision, le +cas échéant, tous individus faisant partie de l'armée de terre et de +mer, et autres embarqués sur les vaisseaux. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 30 floréal an 6 (19 mai 1798). + +PROCLAMATION. + +_Aux soldats de terre et de mer de l'armée de la Méditerranée._ + +Soldats, + +Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. + +Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de siéges; il vous +reste à faire la guerre maritime. + +Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas encore +égalées, combattaient Carthage tour-à-tour sur cette même mer, et +aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que +constamment elles furent braves, patientes à supporter la fatigue, +disciplinées et unies entre elles. + +Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes destinées à +remplir, des batailles à livrer, des dangers, des fatigues à vaincre; +vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le +bonheur des hommes et votre propre gloire. + +Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; +souvenez-vous que, le jour d'une bataille, vous avez besoin les uns des +autres. + +Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui la plus +grande sollicitude de la république est pour vous: vous serez dignes de +l'armée dont vous faites partie. + +Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance, la république +l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les +plus lointaines. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798). + +_Convention arrêtée entre la république française et l'ordre des +chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous la médiation de Sa Majesté +Catholique le roi d'Espagne._ + +ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +remettront à l'armée française la ville et les forts de Malte. Ils +renoncent, en faveur de la république française, aux droits de +souveraineté et de propriété qu'ils ont tant sur cette ville que sur les +îles de Malte, du Gozo et de Cumino. + +2. La république française emploiera son influence au congrès de Rastadt +pour faire avoir au grand-maître, sa vie durant, une principauté +équivalente à celle qu'il perd, et, en attendant, elle s'engage à lui +faire une pension annuelle de 300,000 fr. Il lui sera donné en outre la +valeur de deux années de ladite pension, à titre d'indemnité, pour son +mobilier. Il conservera, pendant le temps qu'il restera à Malte, les +honneurs militaires dont il jouissait. + +3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui sont +Français, actuellement à Malte, et dont l'état sera arrêté par le +général en chef, pourront rentrer dans leur patrie; et leur résidence à +Malte leur sera comptée comme une résidence en France. + +La république française emploiera ses bons offices auprès des +républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, pour que le +présent article soit déclaré commun aux chevaliers de ces différentes +nations. + +4. La république française fera une pension de 700 fr. aux chevaliers +français actuellement à Malte, leur vie durant. Cette pension sera de +1,000 fr. pour les chevaliers sexagénaires et au-dessus. + +La république française emploiera ses bons offices auprès des +républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, pour qu'elles +accordent la même pension aux chevaliers de ces différentes nations. + +5. La république française emploiera ses bons offices auprès des autres +puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent aux chevaliers de leur +nation l'exercice de leurs droits sur les biens de l'ordre de Malte +situés dans leurs états. + +6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'ils possèdent dans les +îles de Malte et du Gozo, à titre de propriété particulière. + +7. Les habitans des îles de Malte et du Gozo continueront à jouir, comme +par le passé, du libre exercice de la religion catholique, apostolique +et romaine. Ils conserveront les privilèges qu'ils possèdent: il ne sera +mis aucune contribution extraordinaire. + +8. Tous les actes civils, passés sous le gouvernement de l'ordre, seront +valables, et auront leur exécution. + +Fait double, à bord du vaisseau l'_Orient_, devant Malte, le 24 prairial +an 6 de la république française (12 juin 1798.) + +BONAPARTE, etc. + + + +En exécution des articles conclus le 24 prairial, entre la république +française et l'ordre de Malte, ont été arrêtées les dispositions +suivantes: + +ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoël, le fort Timer, le +château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, de la Cottonnere, et de +la Cité Victorieuse, seront remis, à midi, aux troupes françaises. + +2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le château Saint-Elme, les +ouvrages de la Cité Valette, ceux de la Florianne, et tous les autres, +seront remis, à midi, aux troupes françaises. + +3. Des officiers français se rendront aujourd'hui, à dix heures du +matin, chez le grand-maître, pour y prendre les ordres pour les +gouverneurs qui commandent dans les différens ports et ouvrages qui +doivent être mis au pouvoir des Français. Ils seront accompagnés d'un +officier maltais. Il y aura autant d'officiers qu'il sera remis de +forts. + +4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus pour les forts +et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25 +prairial. + +5. En même temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications, +l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers du génie. + +6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les casernes +qu'elles occupent jusqu'à ce qu'il y soit autrement pourvu. + +7. L'amiral commandant la flotte française nommera un officier pour +prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, galères, bâtimens, +magasins, et autres effets de marine appartenans à l'ordre de Malte. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798). + +_À l'évêque de Malte._ + +J'ai appris avec un véritable plaisir, monsieur l'évêque, la bonne +conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous avez fait aux troupes +françaises. + +Vous pouvez assurer vos diocésains que la religion catholique, +apostolique et romaine, sera non-seulement respectée, mais ses ministres +spécialement protégés. + +Je ne connais pas de caractère plus respectable et plus digne de la +vénération des hommes, qu'un prêtre qui, plein du véritable esprit +de l'évangile, est persuadé que ses devoirs lui ordonnent de prêter +obéissance au pouvoir temporel, et de maintenir la paix, la tranquillité +et l'union au milieu d'un diocèse. + +Je désire, monsieur l'évêque, que vous vous rendiez sur-le-champ dans la +ville de Malte, et que, par votre influence, vous mainteniez le calme +et la tranquillité parmi le peuple. Je m'y rendrai moi-même ce soir. Je +désire que, dès mon arrivée, vous me présentiez tous les curés et autres +chefs d'ordre de Malte et villages environnans. + +Soyez persuadé, monsieur l'évêque, du désir que j'ai de vous donner des +preuves de l'estime et de la considération que j'ai pour votre personne. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrôleur de l'armée, et un +commis du payeur, enlèveront l'or, l'argent et les pierres précieuses +qui se trouvent dans l'église de St.-Jean, et autres endroits dépendans +de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maître. + +2. Ils feront fondre dans la journée de demain tout l'or en lingots, +pour être transporté dans la caisse du payeur à la suite de l'armée. + +3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres précieuses qui seront +mises sous le scellé dans la caisse de l'armée. + +4. Ils vendront pour 250 à 300,000 fr. d'argenterie à des négocians du +pays pour de la monnaie d'or et d'argent, qui sera également remise dans +la caisse de l'armée. + +5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du payeur, qui la +laissera à la monnaie de Malte, pour être fabriquée, et l'argent remis +au payeur de la division, pour la subsistance de cette division. On +spécifiera ce que cela doit produire, afin que le payeur puisse en être +comptable. + +6. Ils laisseront, tant à l'église St.-Jean qu'aux autres églises, ce +qui sera nécessaire pour l'exercice du culte. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +_Au citoyen Garat, ministre à Naples._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expédie à Paris. Je +vous prie de lui fournir les passe-ports nécessaires, et de l'expédier +en toute diligence. + +Je vous prie de donner à la cour de Naples une connaissance pure et +simple de l'occupation de Malte par les troupes françaises, et de la +souveraineté et propriété que nous venons d'y acquérir. Vous devez en +même temps faire connaître à S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous +comptons conserver les même relations que par le passé pour notre +approvisionnement, et que si elle en agissait avec nous autrement +qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins qu'amical. + +Quant à la suzeraineté que le royaume de Sicile a sur Malte, nous ne +devons pas nous y refuser, toutes les fois que Naples reconnaîtra la +suzeraineté de la république romaine. + +Je m'arrête ici deux jours pour faire de l'eau, après lesquels je pars +pour l'Orient. + +Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps à Naples; je vous prie +de me faire connaître ce que vous comptez faire, et de me donner, le +plus souvent que vous pourrez, des nouvelles de l'Europe. + +Vous connaissez l'estime et la considération particulière que j'ai pour +vous. + +BONAPARTE. + +P.S. Pour épargner le temps, je mets ma lettre au directoire, sous +cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les chevaliers qui n'étaient pas profès et qui se seraient +mariés à Malte; + +2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulières dans l'île +de Malte; + +3. Ceux qui auraient établi des manufactures ou des maisons de commerce; + +4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, connus par les +sentimens qu'ils ont pour la république, seront regardés comme citoyens +de Malte et pourront y rester tant qu'ils désireront. Ils seront +exceptés de l'ordre donné aujourd'hui. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les îles de Malte et du Gozo seront administrées par une +commission de gouvernement composée de neuf personnes, qui seront à la +nomination du général en chef. + +2. Chaque membre de la commission la présidera à son tour pendant six +mois. Elle choisira un secrétaire et un trésorier hors de son sein. + +3. Il y aura, près de la commission, un commissaire français. + +4. Cette commission sera spécialement chargée de toute l'administration +des îles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des +contributions directes et indirectes. Elle prendra des mesures relatives +à l'approvisionnement de l'île. L'administration de santé sera +spécialement sous ses ordres. + +5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement avec la +commission pour établir ce qu'elle doit donner par mois à la caisse de +l'armée. + +6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment de +l'organisation des tribunaux pour la justice civile et criminelle, en le +rapprochant le plus possible de l'organisation qui existe actuellement +en France. La nomination des membres aura besoin de l'approbation du +général de division commandant à Malte. En attendant que ces tribunaux +soient organisés, la justice continuera d'être administrée comme par le +passé. + +7. Les îles de Malte et du Gozo seront divisées en cantons dont le +moindre aura trois mille ames de population. Il y aura à Malte deux +municipalités. + +8. Chaque canton sera administré par un corps municipal de cinq membres. + +9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix. + +10. Les juges de paix, les différentes magistratures seront nommés par +la commission de gouvernement, avec l'approbation du général de division +commandant à Malte. + +11. Tous les biens du grand-maître de l'ordre de Malte et des différens +couvens des chevaliers appartiennent à la république française. + +12. Il y aura une commission, composée de trois membres, chargée +de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle +correspondra avec l'ordonnateur en chef. + +13. La police sera toute entière sous les ordres du général de division +commandant et des différens officiers sous ses ordres. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalité de la ville de Malte, un +bataillon de garde nationale composé de neuf cents hommes, qui portera +l'uniforme habit vert, paremens et collet rouges, et passe-poil blanc. +Cette garde nationale sera choisie parmi les hommes les plus riches, les +marchands, et ceux qui sont intéressés à la tranquillité publique. + +2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles +nécessaires pour la police. Elle ne sera jamais de garde aux forts. + +3. L'institution du corps des chasseurs sera conservée. + +4. Le général de division fera un réglement tant pour l'organisation et +le service de la garde nationale que pour l'organisation et le service +des chasseurs. On donnera aux uns et aux autres la quantité d'armes +nécessaire pour le service. + +5. On formera quatre compagnies de vétérans de tous les vieux soldats +qui auraient été au service de l'ordre de Malte, et qui sont incapables +d'un service actif. + +Les deux premières, dès l'instant qu'elles seront organisées, seront +envoyées pour tenir garnison dans le fort de Corfou. On exécutera le +présent article, quelques difficultés que l'on puisse rencontrer, mon +intention n'étant pas que cette grande quantité d'hommes, habitués à +l'ordre de Malte, continue à y rester. + +6. On formera quatre compagnies de canonniers, à peu près sur le même +pied que celles qui existaient ci-devant, qui seront employées dans +les batteries de la côte. Il y aura, dans chacune de ces compagnies de +canonniers, un officier et un sous-officier français. + +7. Tous les individus qui voudront former une compagnie de cent +chasseurs seront maîtres de la former. Eux et les officiers de ces +compagnies seront conservés, et, dès l'instant qu'elles seront +organisées, le général de division les fera partir pour rejoindre +l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Aux commissaires du gouvernement à Corcyre, Ithaque, et près le +département de la mer Egée._ + +Je vous préviens, citoyens, que le pavillon de la république flotte sur +tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem est +détruit. + +Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra l'armée. + +Apprenez aux habitans de votre département ce que nous faisons dans ce +moment-ci; ils en tireront tout l'avantage. + +N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaître à tous les Grecs de la +Morée et des autres pays. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger._ + +Je vous préviens, citoyens, que l'armée de la république est en +possession depuis deux jours de la ville et des deux îles de Malte et du +Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur tous les forts. + +Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction de l'ordre de +Malte et de cette nouvelle possession de la république au bey, près +duquel vous vous trouvez, et lui faire connaître que, désormais, il doit +respecter les Maltais, puisqu'ils se trouvent sujets de la France. + +Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté les différens +esclaves maltais qu'il avait; j'ai donné l'ordre pour que l'on mit en +liberté plus de deux mille esclaves barbaresques et turcs, que l'ordre +de Saint-Jean de Jérusalem tenait aux galères. + +Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte en deux ou +trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il s'écartait un moment +des égards qu'il doit à la république. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Au général Chabot._ + +Nous sommes entrés, citoyen général, depuis trois jours dans Malte. +La république vient, par-là, d'acquérir une place aussi forte que +favorablement située pour le commerce. + +Les habitans des trois départemens qui composent votre division, doivent +en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur cette bonne +nouvelle. + +Je laisse le général Vaubois pour commander ici. Vous pourrez +correspondre avec lui pour tous les objets dont vous pourriez avoir +besoin. + +Votre division fait partie de l'armée que je commande. Je vous prie de +m'envoyer par le brick l'état de situation exacte de vos troupes, de +votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, soit de vivres. + +Faites-moi connaître aussi ce qui est dû à la troupe, et s'il vous +serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, d'armer en flûte +le vaisseau et la frégate qui sont à Corfou, et de me les envoyer dans +l'endroit que je vous désignerai. + +Je vous prie d'expédier à notre ministre à Constantipople, la nouvelle +de l'occupation de Malte par l'armée française, et de la destruction de +l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Annoncez également cette nouvelle à +Ali-Pacha, au pacha de Scutari et au pacha de la Morée. + +Je désire que vous n'envoyiez à Constantinople qu'un bateau de commerce. +Le chebeck _le Fortunatus_ a ordre de venir joindre l'armée: faites-le +accompagner par un de vos meilleurs bricks, afin que je puisse vous le +renvoyer avec de nouveaux ordres. + +Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est inutile que +vous fassiez connaître la destination que prend l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les habitans des îles de Malte et du Gozo sont tenus de +porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de Malte ne pourra porter +l'habit national français, à moins qu'il n'en ait obtenu la permission +spéciale du général en chef. Le général en chef accordera la qualité +de citoyen français et la permission de porter l'habit national aux +habitans de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement à +la république, par quelque action d'éclat, trait de bienfaisance ou de +bravoure. + +2. Tous les habitans de Malte sont désormais égaux en droits. Leurs +talens, leur mérite, leur patriotisme, et leur attachement à la +république française, établissent seuls la différence entre eux. + +3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le nom de +_bonnivagli_ seront mis en liberté, et le contrat déshonorant pour +l'espèce humaine qu'ils ont fait est détruit. + +4. En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs qui sont +esclaves de quelque particulier seront remis entre les mains du général +commandant, pour être traités comme prisonniers de guerre; et, vu +l'amitié qui existe entre la république française et la Porte ottomane, +ils seront envoyés chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et +lorsqu'il aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte +tous les esclaves français ou maltais qu'ils auraient. + +5. Dix jours après la publication du présent ordre, il est défendu +d'avoir des armoiries soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des +maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, ni de prendre des +titres féodaux. + +6. L'ordre de Malte étant dissous, il est expressément défendu à qui que +ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, ou chevaliers. + +7. On mettra dans chaque église, à la place où étaient les armes du +grand-maître, celles de la république. + +8. Dix jours après la publication du présent ordre, il est défendu, +sous quelque prétexte que ce soit, de porter des uniformes des corps de +l'ancien ordre de Malte. + +9. L'île de Malte appartenant à la république française, la mission des +différens ministres plénipotentiaires a cessé. + +10. Tous les consuls étrangers cesseront leurs fonctions, et ôteront +les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'à ce qu'ils aient reçu des +lettres de créance de leur gouvernement pour continuer leurs fonctions +dans la ville de Malte, devenue port de la république française. + +11. Tous les étrangers venant et vivant à Malte seront obligés de se +conformer au présent ordre, quels que soient leur grade et le rang +qu'ils auraient chez eux. + +12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront condamnés, pour +la première fois, à une amende du tiers de leurs revenus; la seconde, à +trois mois de prison; la troisième, à un an de prison; la quatrième, à +la déportation de l'île de Malte, et à la confiscation de la moitié de +leurs biens. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il sera fait un désarmement général de tous les habitans des +îles de Malte et du Gozo. Il ne sera accordé des armes que par une +permission du général commandant, et à des hommes dont le patriotisme +sera reconnu. + +2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les îles de Malte et du +Gozo sera continuée; mais ce corps ne sera composé que d'hommes sur les +services desquels on peut compter. On aura soin surtout d'avoir des +officiers patriotes. + +3. Les signaux seront rétablis depuis la pointe du Gozo à Malte. + +4. Les lois de la santé à Malte ne seront ni plus ni moins rigoureuses +que les lois de la santé à Marseille. + +5. Il sera formé une compagnie de trente volontaires, composée de jeunes +gens de quinze à trente ans, et pris dans les familles les plus riches. + +6. Le général de division désignera, dans l'espace de dix jours, à +la commission de gouvernement les hommes qui doivent composer ladite +compagnie. La commission de gouvernement le leur fera signifier; et, +vingt jours après, ils seront obligés d'être armés d'un sabre. Ils +auront le même uniforme que les guides de l'armée, à l'exception qu'ils +porteront l'aiguillette et le bouton blanc. + +7. Ceux qui ne se trouveraient pas à la revue que passera le général de +division dix jours après seront condamnés, les jeunes gens à un an de +prison, et les parens, jouissant du bien de la famille, à mille écus +d'amende. + +8. La commission de gouvernement désignera les jeunes gens de neuf à +quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, lesquels seront +envoyés a Paris pour être élevés dans les écoles de la république. Les +parens seront tenus de leur faire 800 fr. de pension, et de leur donner +600 fr. pour leur voyage. Le passage leur sera accordé sur les vaisseaux +de guerre. + +9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces jeunes gens, au +plus tard dans vingt jours, au général en chef, et ils partiront au plus +tard dans un mois. + +10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et revers +rouges, liseré blanc. Ils seront débarqués à Marseille, où le ministre +de l'intérieur donnera des ordres pour les faire passer dans les écoles +nationales. + +11. Le commissaire-ordonnateur de la marine désignera à la commission de +gouvernement les jeunes gens maltais appartenans aux familles les plus +riches, pour pouvoir être placés comme aspirans, et pouvoir s'instruire +et parvenir à tous les grades. + +12. Comme l'éducation intéresse principalement la prospérité et la +sûreté publiques, les parens dont les enfans seront désignés, et qui s'y +refuseraient, seront condamnés à payer mille écus d'amende. + +13. Les classes pour les matelots seront rétablies comme dans les ports +de France. Lorsque l'escadre aura besoin de matelots, et qu'il n'y aura +pas assez de gens de bonne volonté, on prendra de préférence les jeunes +gens de quinze à vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra +ceux de vingt-cinq à trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq à +quarante-cinq. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les prêtres, religieux et religieuses, de quelque ordre +que ce soit, qui ne sont pas natifs des îles de Malte et du Gnzo, seront +tenus d'évacuer l'île au plus tard dix jours après la publication du +présent ordre: l'évêque, vu ses qualités pastorales, sera seul excepté +du présent ordre. + +2. Toutes les cures, bénéfices, qui, en vertu du présent ordre, seraient +vacans, seront donnés à des naturels des îles de Malte et du Gozo, +n'étant point juste que des étrangers jouissent désavantages du pays. + +3. On ne pourra pas désormais faire de voeux religieux avant l'âge de +trente ans. Il est défendu de faire de nouveaux prêtres, jusqu'à ce que +les prêtres actuellement existans soient tous employés. + +4. Il ne pourra pas y avoir à Malte et au Gozo plus d'un couvent de +chaque ordre. + +5. La commission de gouvernement, de concert avec l'évêque, désignera +les maisons où les individus d'un même ordre doivent se réunir. Tous les +biens qui deviendraient inutiles à la subsistance desdits couvens seront +employés à soulager les pauvres. + +6. Toutes les fondations particulières, tous les couvens d'ordre +séculier et corporations de pénitens, toutes les collégiales, sont +supprimés. La cathédrale seule aura quinze chanoines résidans à Malte, +et cinq résidans à Civita-Vecchia. + +7. Il est expressément défendu à tout séculier, qui n'est pas au moins +sous-diacre, de porter le collet ou la soutane. + +8. L'évêque sera tenu de remettre, dix jours après la publication du +présent ordre, l'état des prêtres et le certificat qu'ils sont naturels +des îles de Malte et du Gozo, et l'état de ceux qui, en vertu du présent +ordre, doivent évacuer le territoire. + +Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil état au commissaire +du gouvernement. Tout individu qui n'aurait pas obtempéré au présent +ordre sera condamné à six mois de prison. + +9. La commission de gouvernement, le commissaire près elle, le général +de division, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution +du présent ordre. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798). + +_À l'ordonnateur Najac._ + +Il y a déjà long-temps que vous n'avez reçu de nos nouvelles. Vous devez +cependant avoir reçu deux avisos que je vous ai envoyés. Je n'ai reçu +de Toulon, depuis mon départ, que le brick qui est parti quarante-huit +heures après nous. + +Après deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons obtenu la +ville de Malte et tous ses forts: nous y avons trouvé deux vaisseaux de +guerre, une frégate, quatre galères, quinze à dix-huit cents pièces de +canon, et quarante mille fusils. + +Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionné. + +_La Sensible_ que je vous expédie, conduira l'ambassadeur de la +république à Constantinople. + +J'espère que les trois vaisseaux vénitiens, grâce à vos soins, seront a +présent en état, et que toutes les troupes restées en arrière, pourront +partir sous leur escorte. + +Adressez tout ce qui nous serait destiné, à Malte qui nécessairement +doit être notre première échelle. + +Je désirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte toutes les +troupes que le consul de Gènes a à nous envoyer. + +Je vous prie d'expédier, deux fois par décade, un aviso pour Malte, d'où +il retournera à Toulon: le commissaire de la marine, qui est à Malte, +nous expédiera nos courriers là où nous serons. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_Au citoyen Lavalette._ + +_L'Arthémise_, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur la côte +d'Albanie, pour vous mettre à même de conférer avec Ali-Pacha. La lettre +ci-jointe que vous devrez lui remettre, ne contient rien autre chose que +d'ajouter foi à ce que vous lui direz, et de l'inviter à vous donner un +truchement sûr pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez +vous-même ladite lettre, afin d'être assuré qu'il en prenne lui-même +lecture. + +Après quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de Malte, et me +trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et cinquante mille hommes, +j'aurai des relations avec lui, et que je désire savoir si je peux +compter sur lui; que je désirerais aussi qu'il envoyât près de moi, en +l'embarquant sur la frégate, un homme de marque et qui eût sa confiance; +que sur les services qu'il a rendus aux Français, et sur sa bravoure +et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il veuille me +seconder, je peux accroître de beaucoup sa gloire et sa destinée. + +Vous prendrez en général note de tout ce que vous dira Ali-Pacha, et +vous vous rembarquerez sur la frégate pour venir me joindre et me rendre +compte de tout ce que vous aurez fait. + +En passant à Corfou, vous direz au général Chabot, qu'il nous envoie des +bâtimens chargés de bois, et qu'il fasse une proclamation aux habitans +des différentes îles pour qu'ils envoient à l'escadre, du vin, des +raisins secs, et qu'ils en seront bien payés. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_À Ali-Pacha._ + +Mon très-respectable ami, après vous avoir offert les voeux que je fais +pour votre prospérité et la conservation de vos jours, j'ai l'honneur de +vous informer que depuis long-temps je connais l'attachement que vous +avez pour la république française, ce qui me ferait désirer de trouver +le moyen de vous donner des preuves de l'estime que je vous porte. +L'occasion me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empressé +de vous écrire cette lettre amicale, et j'ai chargé un de mes +aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre en mains +propres. Je l'ai chargé aussi de vous faire certaines ouvertures de ma +part, et comme il ne sait point votre langue, veuillez bien faire choix +d'un interprète fidèle et sûr pour les entretiens qu'il aura avec vous. +Je vous prie d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, et de +me le renvoyer promptement avec une réponse écrite en turc de votre +propre main. Veuillez-bien agréer mes voeux et l'assurance de mon +sincère dévouement. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_Au roi d'Espagne._ + +La république française a accepté la médiation de V.M. pour la +capitulation de la ville de Malte. + +M. le chevalier d'Amatti, votre résident dans cette ville, a su être à +la fois agréable à la république française et au grand-maître. Mais par +l'occupation du port de Malte par la république, la place de M. d'Amatti +se trouve supprimée. Je le recommande à Votre Majesté, pour qu'elle +veuille bien ne pas l'oublier dans la distribution de ses grâces. + +Je prie Votre Majesté de croire aux sentimens d'estime et à la +très-haute considération que j'ai pour elle. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les prêtres latins ne pourront pas officier dans l'église qui +appartient aux Grecs. + +2. Les messes que les prêtres latins ont coutume de dire dans les +églises grecques seront dites dans les autres églises de la place. + +3. Il sera accordé protection aux Juifs qui voudront établir une +synagogue. + +4. Le général commandant remerciera les Grecs établis à Malte de la +bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siège. + +5. Tous les Grecs des îles de Malte et du Gozo, et des départemens +d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egée, qui conserveront des relations +quelconques avec les Russes, seront condamnés à mort. + +6. Tous les bâtimens grecs qui naviguent sous pavillon russe, s'ils sont +pris par des bâtimens français, seront coulés bas. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la garde du +grand-maître et du régiment de Malte, qui partent avec la flotte +française, recevront: + +Les femmes, vingt sous par décade; les enfans au-dessous de dix ans, dix +sous par décade. + +2. Tous les garçons au-dessus de dix ans seront embarqués sur les +bâtimens de la république, comme mousses. + +3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime sur la paie de +chaque grenadier ou soldat, du régiment de Malte, qui a des enfans. + +4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par décade, et les +enfans au-dessous de dix ans, quinze sous. + +5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur mois. + +6. La commission du gouvernement de Malte est chargée de l'exécution du +présent ordre. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en bureau et en +conseil. + +2. Le bureau sera composé de trois membres; y compris le président. + +3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres qui doivent +composer le bureau. + +4. Le bureau sera en activité constante de service; chacun des membres +aura 4,000 fr. d'appointemens. + +5. Le conseil ne se réunira qu'une fois par décade, pour prendre +connaissance de ce qu'aura fait le bureau. + +6. Il leur sera accordé à chacun un traitement de 1,000 fr. par an. + +7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le citoyen N---- pour +six mois, et le citoyen N---- pour un an. + +8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: outre +ses frais de bureau, il lui sera accordé, sur l'extraordinaire, une +gratification pour son établissement. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Le général de division commandant à la police générale de +l'île et du port; aucun bâtiment ne peut ni entrer ni sortir qu'en +conséquence de son réglement. + +2. La commission du gouvernement est chargée de l'organisation civile, +judiciaire et administrative. + +3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, ou après +avoir ouï son rapport; les conclusions du commissaire devront être mises +dans toutes les délibérations de la commission. + +4. Tout ce qui est réglement ne peut être publié, ni avoir son effet, +que visé par le commandant et le général de division. + +5. La commission des domaines est chargée de faire l'inventaire de tous +les meubles et immeubles appartenans à la république; ainsi que de +l'administration de tous les biens nationaux. + +6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura faits et le +bordereau de ce qu'elle aura reçu au commissaire du gouvernement. + +7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en conséquence d'un ordre du +général en chef, et, s'il survenait des circonstances extraordinaires +qui exigeassent des fonds, le général de division, le commissaire +du gouvernement, le commissaire des guerres, et la commission, se +réuniraient et prendraient un arrêté, en conséquence duquel on serait +autorisé a vendre jusqu'à la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire +du gouvernement serait alors chargé de faire un réglement, et d'en +suivre tous les détails. + +8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur que celui de la +division militaire, qui aura un registre et une caisse particulière pour +les objets y relatifs. + +10. Le général commandant l'île aura seul le droit de contrôler et de se +mêler de l'administration du pays. Les généraux commandant sous lui, +les commandans de place, et autres agens militaires, ne se mêleront +en aucune manière des objets administratifs. Le général-commandant ne +pourra jamais être représenté par un de ses subordonnés. + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Les impôts établis seront provisoirement maintenus. Le +commissaire du gouvernement et la commission administrative en +assureront la perception. + +2. Dans le plus court délai, il sera établi un système d'impositions +nouvelles, de manière que le produit total, pris sur les douanes, le +vin, l'enregistrement, le timbre, le tabac, le sel, les loyers de +maisons et les domestiques, s'élève à 720,000 fr. + +3. De cette somme, il sera versé chaque mois 50,000 fr. dans la caisse +du payeur de l'armée. Ce versement n'aura lieu cependant que dans trois +mois, et jusque-là la caisse des domaines nationaux y suppléera. + +4. Les 120,000 fr. restans seront laissés pour fournir aux frais +d'administration, justice, etc., selon l'état par aperçu ci-joint. + +5. Cet état sera arrêté définitivement par la commission du gouvernement +avec le commissaire de la république française, lors de l'organisation +des tribunaux, et des diverses parties du service administratif. + +6. Le pavé des villes, et l'entretien pour la propreté et le» lumières, +sera payé par les habitans. + +7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera établi sur les +bâtimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des employés attachés à +ce service. + +8. Il sera établi un droit de passe pour l'entretien des routes. + +9. L'instruction publique sera payée avec les biens qui y sont déjà +affectés; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des fondations et couvens +supprimés, suivant l'ordre précédent du général en chef. + +10. Les gages des magistrats de santé et frais y relatifs seront payés +par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs. + +11. Le mont-de-piété sera maintenu, et le commissaire du gouvernement +pour voira à son organisation nouvelle. + +12. L'établissement dit de l'Université, pour l'approvisionnement en +grains de l'île, sera maintenu, en séparant l'administration ancienne à +compter du premier messidor; et le commissaire du gouvernement sera tenu +de l'organiser de manière à ne laisser aucune inquiétude à la république +sur l'approvisionnement de l'île. + +13. Les hôpitaux seront organisés sur des bases nouvelles, et il +sera pourvu à leurs besoins par des biens des couvens ou fondations +supprimés; ceux qui y sont déjà affectés leur seront conservés. + +14. La poste aux lettres sera organisée de manière à couvrir, par la +taxe des lettres, la dépense qu'elle occasionnera. + +15. Les dépenses relatives au passage de l'armée, aux fournitures faites +pour elle, à l'état du nouveau gouvernement, seront prises sur les fonds +qui resteront disponibles pendant les trois mois où le gouvernement ne +paiera rien à l'armée. + +16. Le commissaire du gouvernement est autorisé à régler, +provisoirement, les cas non prévus, en rendant compte de la +détermination au général en chef. + + +_Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)_ + +ÉCOLES PRIMAIRES. + +ART. 1er. Il sera établi dans les îles de Malte et du Gozo quinze écoles +primaires. + +2. Les instituteurs des écoles enseigneront aux élèves à lire et écrire +en français, les élémens de calcul et du pilotage, et les principes de +la morale et de la constitution française. + +3. Les instituteurs seront nommés par le commissaire du gouvernement. + +4. Ils seront logés dans une maison nationale à laquelle sera attaché un +jardin. + +5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les villes et de 800 +fr. dans les casals. + +6. Il sera affecté au paiement de chaque instituteur une portion +suffisante des biens des couvens supprimés. + +7. La distribution des écoles et les réglemens sur leurs administration +et régime seront confiés à la commission de gouvernement. + + +ÉCOLE CENTRALE. + +ART. 1er. Il sera établi à Malte une école centrale qui remplacera +l'université et les autres chaires. + +2. Elle sera composé: + +1°. D'un professeur d'arithmétique, et de stéréotomie, aux appointemens +de 1,800 f.; 2°. d'un professeur d'algèbre et de stéréotomie, aux +appointemens de 2,000 fr.; 3°. d'un professeur de géométrie et +d'astronomie, aux appointemens de 2,400 fr.; 4°. d'un professeur de +mécanique et de physique, aux appointemens de 5,000 fr.; 5°. d'un +professeur de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6°. d'un +professeur de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7°. d'un professeur +de langues orientales, aux appointemens de 1,200 francs; 8°. d'un +bibliothécaire, chargé des cours de géographie, aux appointemens de +1,000 fr. + +3. À l'école centrale seront attachés: + +1°. La bibliothèque et le cabinet d'antiquités; 2°. un muséum d'histoire +naturelle; 3°. un jardin de botanique; 4°. l'observatoire. + +Une somme de 3,000 fr. sera affectée à l'entretien du matériel de +l'école centrale. + +5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la fondation de +l'approvisionnement. + +6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le commissaire des +domaines pour la vente desdits biens. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crédit sur le payeur de la place, +de 3,000 fr. par mois pour le commandant de l'artillerie; 4,000 fr. par +mois pour le commandant du génie; 25,000 fr. par mois pour la marine; +3,000 fr. par mois pour l'extraordinaire, à la disposition du +général-commandant. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront chacun 4,000 +fr. d'appointemens par an. + +2. Ceux qui ne sont pas établis dans le pays auront six mois +d'appointemens en forme de gratification pour leur établissement. + +3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accordé également +une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement pour son +établissement, dont 3,000 fr. seront payés sur les premiers fonds, et +3,00 fr. dans six mois. + +4. les frais de logement et de bureau de la commission ne pourront pas +excéder la somme de 12 à 1,500 fr. par an. + +5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera des +moyens de perfectionner l'instruction, et proposera à la commission de +gouvernement les mesures d'administration qu'il jugera nécessaires. + +6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employés, dont +l'état aura été arrêté par la commission de gouvernement, et les +dépenses nécessaires pour l'entretien des divers établissemens, seront +payés sur les fonds ci-devant affectés à l'entretien de l'université et +de la chaire des langues orientales. + +7. Il sera affecté au jardin de botanique un terrain de trente arpens, +que la commission de gouvernement désignera sans délai parmi les +terrains les plus fertiles et les plus près de la ville. + +8. Il sera fait à l'hôpital de la ville de Malte des leçons d'anatomie, +de médecine et d'accouchement, par les officiers qui y sont attachés. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +ART. 1. On affectera pour l'hôpital, des fonds des couvens ou dotations +supprimées, jusqu'à la concurrence de 40,000 fr. de rentes. On prendra +de préférence toutes les dotations qui existent déjà affectées aux +hospices, quelques dénominations qu'elles aient. + +2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., pour les +créanciers du grand-maître. + +3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour subvenir aux +besoins de la garnison et de la marine. + +Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.) + +ART. 1er. L'évêque n'exercera d'autre justice qu'une police sur les +ecclésiastiques; toutes procédures relatives au mariages seront du +ressort de la justice civile et criminelle. + +Il est expressément défendu à l'évêque, aux ecclésiastiques et aux +habitans de l'île, de rien recevoir pour l'administration des sacremens, +le devoir de leur état étant de les administrer gratis. Ainsi les droits +d'étole, et autres pareils, restent abolis. + +3. Aucun prince étranger ne pourra avoir d'influence ni dans +l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. Ainsi +aucun ecclésiastique ni habitant ne pourra avoir recours au pape ni à +aucun métropolitain. + +BONAPARTE. + + + +Le 30 prairial (18 juin 1798). + +Au directoire exécutif. + +Je vous envoie, citoyens directeurs, + +1°. Un réglement pour la répression des délits à bord de l'escadre. + +2°. Copie d'une lettre écrite au citoyen Najac, pour les différens +avancemens dans l'arsenal. + +Le citoyen Najac a mis autant d'activité que de zèle dans l'exécution +de vos ordres pour l'expédition; c'est un homme de mérite, qui entend +parfaitement sa besogne. + +3°. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient débarqués de +dessus l'escadre. + + (Cette lettre a été écrite a différentes reprises, tant à bord + De la flotte qu'à Malte. Nous la classons à sa dernière date.) + +Le 8 prairial (27 mai 1798). + +Nous sommes depuis deux jours en calme, à dix lieues au large du détroit +de Bonifaccio. + +Le convoi de Corse vient de se réunir à nous; les troupes de ce convoi +sont commandées par le général Vaubois. J'attends à chaque instant le +convoi de Civita-Vecchia. + +Un brick anglais a été poursuivi par l'aviso _le Corcyre_, commandé par +le citoyen Renould, et obligé de se jeter sur les côtes de Sardaigne, +où il s'est brûlé. L'équipage de ce bâtiment nous parle toujours d'une +escadre anglaise. + +Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espèce d'avaries ni de +maladies; tout continue à fort bien aller. Nos soldats travaillent +nuit et jour, soit pour apprendre à grimper sur les mâtures, soit à +l'exercice du canon. + + + +Le 9, à huit heures du soir. + +Le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième, auquel vous aviez +depuis long-temps donné l'ordre de passer à Corfou, est encore à Ancône. +J'écris a Brune pour qu'il ne perde pas un instant pour l'y faire +passer. Il est bien essentiel que nos îles soient suffisamment gardées, +surtout dans le premier moment. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue de l'île de +Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y était arrivé depuis trois jours. + +Le 21 au soir, j'ai envoyé un de mes aides-de-camp pour demander au +grand-maître la faculté de faire de l'eau dans différens mouillages de +l'île. Le consul de la république à Malte vint me porter sa réponse, qui +était un refus absolu, ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de +deux bâtimens de transport à la fois: ce qui, calcul fait, aurait exigé +plus de trois cents jours pour faire de l'eau. + +Le besoin de l'armée était urgent et me faisait un devoir d'employer la +force pour m'en procurer. + +J'ordonnai à l'amiral Brueys de faire des préparatifs pour la descente. +Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre et le convoi de +Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la calle de Marsa-Siroco. Le +convoi de Gênes débarqua à la calle Saint-Paul, celui de Marseille à +l'île de Gozo. + +Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, descendirent +à la portée du canon de la place. Le général Desaix fit débarquer +le général Belliard avec la vingt-unième. Il s'empara de toutes les +batteries et de tous les forts qui défendaient la rade et le mouillage +de Marsa-Siroco. + +Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur tous les +points, malgré l'obstacle d'une canonnade vive, mais extrêmement mal +exécutée. + +Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et le reste de +l'île était soumis. + +Le général Reynier venait de s'emparer de l'île de Gozo; le général +Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'île de Malte, après avoir fait +plusieurs chevaliers et deux cents hommes prisonniers. Le général Desaix +était à une portée de pistolet du glacis de la Cottonère et du fort +Riccazoli: il avait aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers. + +Les malheureux habitans, effrayés au-delà de ce qu'on peut imaginer, +s'étaient réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva par ce moyen +suffisamment garnie de monde. + +Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus grande +activité. Les assiégés voulurent faire une sortie; mais le chef de +brigade Marmont, à la tête de la dix-neuvième, leur enleva le drapeau de +l'ordre. + +Le 22, je commençai à faire débarquer l'artillerie. Nous avons peu de +places en Europe aussi fortes et aussi soignées que celle de Malte. Je +ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, et j'entamai différentes +négociations: le résultat en a été heureux. + +Le grand-maître m'envoya demander, le 22 au matin, une suspension +d'armes. + +J'ai envoyé mon aide-de-camp chef de brigade Junot au grand-maître, +avec la faculté de signer une suspension d'armes, s'il consentait, pour +préliminaires, à négocier de la reddition de la place. + +J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder les +intentions du grand-maître. + +Le 22 à minuit, les chargés de pouvoir du grand-maître vinrent à bord +de l'Orient, où ils conclurent dans la nuit la convention dont je vous +envoie les articles. + +À la tête de la députation du grand-maître était le commandeur +Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue d'Auvergne, qui, du +moment où il vit que l'on prenait les armes contre nous, a sur-le-champ +écrit au grand-maître que son devoir, comme chevalier de Malte, était +de faire la guerre aux Turcs, et non à sa patrie; qu'en conséquence +il déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite de +l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ mis en prison, et +il n'en sortit que pour être chargé de venir négocier. + +Hier, 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons pris +possession de tous les forts. Aujourd'hui, à midi, l'escadre y est venue +mouiller. + +Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l'amiral Brueys, de +l'harmonie et de l'ensemble qui régnent dans toute l'escadre. J'ai +beaucoup à me louer du zèle et de l'activité du citoyen Gantheaume, chef +de division de l'état-major de l'escadre. + +Le citoyen Motard, capitaine de frégate, a commandé les chaloupes de +débarquement. C'est un jeune officier d'espérance. + +Nous avons trouvé à Malte deux vaisseaux de guerre, une frégate, quatre +galères, douze cents pièces de canon, quinze cents milliers de poudre, +quarante mille fusils, etc. On vous en enverra incessamment l'état. + +Je vous envoie copie des différens ordres que j'ai donnés pour +l'établissement du gouvernement dans cette île. + +Je vous envoie la liste des Français résidant à Malte, dont la plupart +chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont fait des dons pour la +descente en Angleterre. + +Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au citoyen +Marmont. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +L'escadre commence à sortir du port; et, le 30, nous comptons être tous +à la voile pour suivre notre destination. + +J'ai laissé, pour commander l'île, le général de division Vaubois; c'est +lui qui a commandé le débarquement, et il s'est concilié les habitans de +l'île par sa sagesse et sa douceur. + +Le grand-maître part demain pour se rendre à Trieste. Sur les six cent +mille francs que nous lui avons accordés, il laisse ici trois cent mille +francs pour payer ses dettes. Je ferai prévaloir ces trois cent mille +francs sur les terres que nous avons appartenant à l'Ordre. + +Je lui ai donné cent mille francs comptant, et le payeur lui a remis +quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante mille francs +chacune, faisant les deux cent mille francs. Je vous prie d'ordonner +qu'elles soient acquittées. + +Toute l'argenterie d'ici, y compris le trésor de Saint-Jean, ne nous +donnera pas un million. Je laisse cet argent pour subvenir aux dépenses +de la garnison et à l'achèvement du vaisseau _le Saint-Jean_. + +Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnés aux deux vaisseaux, à +la frégate et aux galères que nous avons trouvés ici. + +Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnés. Je n'ai rien +oublié de ce qui pouvait nous assurer cette île. + +Je vous prie d'y envoyer le reste de la septième demi-brigade +d'infanterie légère, de la quatre-vingtième et de la vingt-troisième. +Cette dernière est en Corse. + +Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'égale +l'importance de cette place. Elle est soignée et dans le meilleur état; +mais les fortifications sont très-étendues. + +Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos demi-brigades qui +sont restés en arrière: cela se monte à plusieurs milliers. Malte aurait +besoin aussi de quatre compagnies d'artillerie à pied. + +J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs qui étaient +ici: ils nous seront utiles. + +Le nombre des chevaliers de Malte français se monte à trois cents. Une +partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. J'emmène avec moi +tout ce qui avait moins de trente ans. Le reste se rend à Antibes, +afin que ceux qui n'ont pas porté les armes contre la France puissent +rentrer, conformément à l'article 3 de la capitulation. + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, j'ai été +instruit que les ordres que vous aviez donnés pour arrêter les +instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas été exécutés, et que +tous les officiers avaient donné leur parole d'honneur de ne pas +souffrir leur arrestation; ce qui avait obligé le général Saint-Cyr à se +relâcher de l'exécution de vos ordres. J'ai sur-le-champ fait +arrêter quatre officiers du septième de hussards, et quatre de la +soixante-unième, qui sont désignés par les chefs comme les principaux +meneurs. Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de +servir dans les troupes de la république. N'ayant pas le temps de faire +faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort Lamalgue, jusqu'à +ce qu'on ait reçu vos ordres. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Je vous envoie l'original du traité que venait de conclure l'ordre de +Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours qu'il était ratifié, +et le courrier, qui est le même que celui que j'ai arrêté, il y a deux +ans, à Ancône, n'était pas encore parti. Ainsi, sa majesté l'empereur de +Russie nous doit des remercimens, puisque l'occupation de Malte épargne +à son trésor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu que +lui-même les intérêts de sa nation. + +Cependant, si son but avait été de préparer les voies pour s'établir +dans le port de Malte, sa majesté aurait dû, ce me semble, faire les +choses un peu plus en secret, et ne pas mettre ses projets tant à +découvert. Mais enfin, quoi qu'il en soit, nous avons, dans le centre de +la Méditerranée, la place la plus forte de l'Europe, et il en coûtera +cher à ceux qui nous en délogeront. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Le général Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau de l'Ordre et +ceux de plusieurs des régimens de Malte. + +La santé de cet officier l'obligeait de retourner à Paris. + +Le général Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec distinction à +l'armée d'Italie, et s'est fort bien acquitté des différentes missions +que je lui ai confiées. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation de l'île. +Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction publique. + +Je vous prie d'envoyer ici trois élèves de l'école polytechnique, qui +pourront vous être désignés par le citoyen Guyton. + +Le premier montrera l'arithmétique et la géométrie descriptive; le +second l'algèbre; le troisième la mécanique et la physique. Ils seront +logés et bien payés. + +Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues de l'île de +Malte. + +Je vous envoie une galère en argent. Cest le modèle de la première +galère qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux par son +ancienneté. + +Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait au +grand-maître dans les grandes cérémonies; il est assez bien travaillé. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Le général Vaubois fera déporter à Rome, sous quarante-huit +heures, les consuls d'Angleterre et de Russie. + +2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la déportation sera d'une +année, au bout de laquelle ils pourront rentrer, si la république +française n'a pas a se plaindre d'eux. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1. Tout individu de l'armée qui aura pillé ou violé, sera fusillé. + +2. Tout individu de l'armée qui, de son chef, mettra des contributions +sur les villes, villages, sur les individus, ou commettra des extorsions +de quelque genre que ce soit, sera fusillé. + +3. Lorsque des individus d'une division auront commis du désordre dans +une contrée, la division entière en sera responsable; si les coupables +sont connus, le général de division les fera fusiller; s'ils sont +inconnus, le général de division préviendra à l'ordre que l'on ait à +lui faire connaître les coupables, et, s'ils restent inconnus, il sera +retenu, sur le prêt de la division, la somme nécessaire pour indemniser +les habitans de la perte qu'ils auront soufferte. + +4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du désordre dans une +contrée, le corps entier en sera responsable; si le chef a connaissance +des coupables, il les dénoncera au général de division qui les fera +fusiller; s'ils sont inconnus, le chef fera battre à l'ordre pour qu'on +les lui fasse connaître; et s'ils continuent à être inconnus, il sera +retenu sur le prêt du corps, la somme nécessaire pour indemniser les +habitans de la perte qu'ils auront soufferte. + +5. Aucun individu de l'armée n'est autorisé à faire des réquisitions +ni lever des contributions, que muni d'une instruction du commissaire +ordonateur en chef, en conséquence d'un ordre du général en chef. + +6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent à la guerre, si le +général en chef et le commissaire ordonnateur en chef se trouvaient +éloignés d'une division, le général de division enverra sur-le-champ +copie au général en chef de l'autorisation qu'il aura donnée, et le +commissaire des guerres enverra une copie au commissaire ordonnateur en +chef des objets qu'il aura requis. + +7. Il ne pourra être requis que des choses nécessaires aux soldats, aux +hôpitaux, aux transports et à l'artillerie. + +8. Une fois la réquisition frappée, les objets requis doivent être remis +aux agens des différentes administrations qui doivent en donner des +reçus, et en recevoir de ceux à qui ils les distribueront, afin d'avoir +leur comptabilité en matière, en règle. Ainsi, dans aucun cas, les +officiers et soldats ne doivent recevoir directement des objets requis. + +9. Tout l'argent et matières d'or et d'argent provenant des +réquisitions, des contributions et de tout autre événement, doit, sous +douze heures, se trouver dans la caisse du payeur de la division, et +dans le cas que celui-ci soit éloigné, il sera versé dans la caisse du +quartier-maître du corps. + +10. Dans les places où il y aura un commandant, aucune réquisition ne +pourra être faite sans qu'auparavant, le commissaire des guerres n'ait +fait connaître au commandant de la place, en vertu de quel ordre cette +réquisition est frappée; le commandant de la place devra sur-le-champ en +instruire l'état-major général. + +11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 et 10, seront +destitués et condamnés à deux années de fers. + +12. Le général en chef ordonne au général chef de l'état-major, aux +généraux, au commissaire-ordonnateur en chef, de tenir la main à +l'exécution du présent ordre, son intention n'étant pas que les fonds de +l'armée deviennent le profit de quelques individus; ils doivent tourner +à l'avantage de tous. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et côtes des pays occupés +par l'armée. Tous les réglemens qu'il fera, et ordres qu'il donnera, +auront leur exécution. + +2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organisés conformément aux +réglemens que fera l'amiral, ainsi que ceux de Corfou et de Damiette. + +3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur à Alexandrie; +le citoyen Vavasseur, celles de directeur de l'artillerie. + +4. Les agens de l'administration des ports et rades des pays occupés par +l'armée, correspondront avec l'ordonnateur Leroy de qui ils recevront +directement des ordres. + +5. Toutes les munitions navales qui seront trouvées dans les pays +conquis par l'armée, seront mises dans les magasins des ports. + +6. Les classes pour les matelots seront établies à Malte, en Egypte et +dans les îles de la mer Ionienne. + +Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis pour +l'escadre. + +7. La marine n'aura aucun hôpital particulier; elle se servira des +hôpitaux de l'armée de terre. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il ne sera rien débarqué des bâtimens de transports et des +convois que sur l'ordre de l'amiral, et en conséquence des réglemens +qu'il fera. + +2. Les bâtimens seront réduits au frêt de 18 fr. le tonneau par mois, +pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux au-dessus. + +3. Les bâtimens hors de service, et qui ne seront pas jugés capables +de retourner en Europe, seront évalués et dépecés pour le service de +l'escadre. + +4. Il sera fait trois états des bâtimens du convoi. + +1°. De ceux au-dessus de cent tonneaux. + +2°. De ceux au-dessus de deux cents. + +3°. De ceux au-dessus. + +On spécifiera la nation dont ils sont. + +5. Tous les matelots français qui sont à bord des bâtimens du convoi, +seront pris pour la flotte. + +Il sera pris des matelots égyptiens pour les convois. + +6. Tout bâtiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra avoir que le +nombre de matelots qui lui est nécessaire, de quelque nation qu'il soit. +Le surplus sera mis à bord de l'escadre. + +7. Les bâtimens du convoi, les équipages sont sous les ordres de +l'amiral. Il fera tous les réglemens qu'il jugera nécessaires pour le +bien de l'armée. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798). + +Bonaparte, général en chef. + +En conséquence de l'autorisation spéciale du Directoire exécutif, et +voulant reconnaître les services du citoyen Mesnard, commissaire de la +marine: + +Le nomme contrôleur de la marine pour prendre rang avec ceux des grands +ports. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +PROCLAMATION. + +Soldats! + +Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la civilisation +et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez à l'Angleterre +le coup le plus sûr et le plus sensible, en attendant que vous puissiez +lui donner le coup de mort. + +Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons plusieurs +combats; nous réussirons dans toutes nos entreprises; les destins sont +pour nous. Les beys mameloucks, qui favorisent exclusivement le commerce +anglais, qui ont couvert d'avanies nos négocians, et qui tyrannisent +les malheureux habitans des bords du Nil, quelques jours après notre +arrivée, n'existeront plus. + +Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; leur +premier article de foi est celui-ci: «il n'y a pas d'autre Dieu que +Dieu, et Mahomet est son prophète». Ne les contredisez pas; agissez avec +eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les Italiens; ayez les +égards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les +rabbins et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit l'alcoran, +pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les couvens, +pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de Jésus-Christ. + +Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous trouverez +ici des usages différens de ceux de l'Europe: il faut vous y accoutumer. + +Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes +différemment que nous; mais, dans tous les pays, celui qui viole est un +monstre. + +Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous déshonore; il +détruit nos ressources; il nous rend ennemis des peuples qu'il est de +notre intérêt d'avoir pour amis. + +La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre: +nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter +l'émulation des Français. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +Au pacha d'Egypte. + +Le directoire exécutif de la république française s'est adressé +plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le châtiment des beys +d'Egypte, qui accablaient d'avanies les commerçans français. + +Mais la sublime Porte a déclaré que les beys, gens capricieux et avides, +n'écoutaient pas les principes de la justice, et que non-seulement elle +n'autorisait pas les outrages qu'ils faisaient à ses bons et anciens +amis les Français, mais que même elle leur ôtait sa protection. + +La république française s'est décidée à envoyer une puissante armée +pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, ainsi qu'elle a été +obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle, contre les beys de +Tunis et d'Alger. + +Toi qui devrais être le maître des beys, et que cependant ils tiennent +au Caire sans autorité et sans pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec +plaisir. + +Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour rien faire +contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation française est la +seule et unique alliée que le sultan ait en Europe. + +Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys. + +BONAPARTE. + + + +À bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +_Au commandant de la Caravelle._ + +Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens en demander +réparation. + +Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune inquiétude; +vous appartenez à notre grand ami le sultan: conduisez-vous en +conséquence; mais si vous commettez la moindre hostilité contre l'armée +française, je vous traiterai en ennemi, et vous en serez cause, car cela +est loin de mon intention et de mon coeur. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798). + +PROCLAMATION. + +Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte insultent à la +nation française, et couvrent ses négocians d'avanies: l'heure de leur +châtiment est arrivée. + +Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetés dans le Caucase et +la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui +dépend tout, a ordonné que leur empire finît. + +Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire votre +religion; ne le croyez pas: répondez que je viens vous restituer +vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les +mameloucks, Dieu, son prophète, et le Koran. + +Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu: la sagesse, les +talens et les vertus mettent seuls de la différence entre eux. + +Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les +mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie +aimable et douce? + +Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y a-t-il une +belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux +mameloucks. + +Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a +fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple; tous les +Egyptiens sont appelés à gérer toutes les places: que les plus sages, +les plus instruits, les plus vertueux gouvernent; et le peuple sera +heureux. + +Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux, +un grand commerce: qui a tout détruit, si ce n'est l'avarice, les +injustices et la tyrannie des mameloucks? + +Qadhys, cheykhs, Imâms, thcorbâdjys, dites au peuple que nous sommes +aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le pape, +qui disait qu'il fallait faire la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas +nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces insensés +croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans? +N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis du +grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et l'ennemi de ses +ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils pas toujours révoltés +contre l'autorité du grand-seigneur, qu'ils méconnaissent encore? Ils ne +font que leurs caprices. + +Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront dans leur +fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le +temps de nous connaître, et ils se rangeront avec nous. + +Mais malheur, trois fois malheur, à ceux qui s'armeront pour les +mameloucks, et combattront contre nous: il n'y aura pas d'espérance pour +eux; ils périront. + +ART. 1er. Tous les villages, situés dans un rayon de trois lieues +des endroits où passera l'armée, enverront une députation au général +commandant les troupes, pour le prévenir qu'ils sont dans l'obéissance, +et qu'ils ont arboré le drapeau de l'armée (blanc, bleu et rouge.) + +2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armée seront +brûlés. + +3. Tous les villages qui se seront soumis à l'armée mettront, avec le +pavillon du grand-seigneur notre ami, celui de l'armé. + +4. Les cheykhs feront mettre les scellés sur les biens, maisons, +propriétés qui appartiennent aux mameloueks, et auront soin que rien ne +soit détourné. + +5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront les fonctions +de leurs places; chaque habitant restera chez lui et les prières +continueront comme à l'ordinaire. Chacun remerciera Dieu de la +destruction des mameloucks, et criera: gloire au sultan, gloire à +l'armée française, son amie! malédiction aux mameloucks et bonheur au +peuple d'Egypte! + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Dans la circonstance où se trouve l'armée, il est indispensable de +prendre des dispositions telles que l'escadre puisse manoeuvrer selon +les événemens qui peuvent survenir, et se trouver à l'abri des forces +supérieures que pourraient avoir les Anglais dans ces mers; le général +en chef ordonne, en conséquence, les dispositions suivantes: + +ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journée de demain, son +escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le temps le permet et s'il y +a le fond nécessaire. + +2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond nécessaire pour mouiller, +il prendra des mesures telles, que dans la journée de demain, il ait +débarqué l'artillerie et autres effets de terre, ainsi que tous les +individus composant l'armée de terre, en gardant seulement cent hommes +par vaisseau de guerre et quarante par frégate, ayant soin qu'il ne se +trouve parmi les troupes ni grenadiers ni carabiniers. + +3. Il enverra à terre le citoyen Ganteaume, chef de l'état-major de +l'escadre, pour présider et vérifier lui-même l'opération de la sonde du +port, et, dans le cas où il n'y aurait pas le fond nécessaire pour que +l'escadre puisse mouiller, pour accélérer le débarquement des individus +et objets qui sont à bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource +qu'il y a dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les +embarcations. + +4. _Le Dubois_ et _le Causse_ entreront dans le port. + +5. Le citoyen Perrée, chef de division, avec les deux galères, les +bombardes et les différentes chaloupes canonnières et avisos se rendra +dans le port d'Alexandrie; le général en chef lui fera passer des +instructions pour seconder avec ses forces, les opérations de l'armée de +terre. + +6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employés, +officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre pourra +fournir, se rendront également à Alexandrie pour y former un +établissement maritime. + +7. L'amiral fera, dans la journée de demain, connaître au général +en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans le port +d'Alexandrie, ou si elle peut se défendre, embossée dans la rade +d'Aboukir, contre une escadre ennemie supérieure; et dans le cas où ni +l'un ni l'autre ne pourraient s'exécuter, il devra partir pour Corfou, +l'artillerie débarquée, laissant à Alexandrie _le Dubois_, _le Causse_, +tous les effets nécessaires pour les armer en guerre; _la Diane_, _la +Junon_, _l'Alceste_, _l'Arthémise_, toute la flottille légère, et toutes +les frégates armées en flûte, avec ce qui est nécessaire, pour leur +armement. + +8. Si l'ennemi paraissait avec des forces très-supérieures, dans le cas +où l'amiral ne pût entrer, ni à Alexandrie, ni au Beckier, la flotte se +retirerait également à Corfou où l'amiral prendrait toutes les mesures +pour exécuter les dispositions de l'article septième. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les blés et autres comestibles et bois nécessaires à +l'armée, qui se trouvent sur les bâtimens qui sont dans l'un ou l'autre +port, seront sur-le-champ débarqués. L'inventaire en sera fait, et +lesdits vivres seront achetés à des particuliers des nations qui ne +seront pas ennemies de la France. + +2. Tous les bâtimens de guerre qui appartiendraient aux mameloucks ou à +des nations ennemies de la France, seront confisqués. + +3. Le scellé sera mis sur toutes les maisons et autres propriétés des +mameloucks. + +4. Toutes les marchandises qui sont à la Douane, appartenant aux +mameloucks ou à des sujets des nations ennemies de la France, qui sont +la Russie, l'Angleterre et le Portugal, seront confisquées. + +L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois personnes +spécialement chargées de faire les recherches, les inventaires, et +même les évaluations. Elle remettra aux commissaires des guerres les +différens objets à la disposition des diverses administrations. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Demain à midi, il se tiendra un conseil chez le général +du génie, composé du commissaire-ordonnateur en chef, du général +d'artillerie, du commandant de la place, du citoyen Dumanoir, commandant +du port, et de l'ordonnateur Leroy: l'officier du génie, chargé du +casernement, fera les fonctions de secrétaire. + +2. On établira dans ce conseil les emplacemens qui doivent être donnés +pour les différens services. + +3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins à poudre, +le parc, le logement du personnel. Il faudrait que tout cela fût à peu +près réuni dans un même endroit. + +4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction et +quelques magasins pour les outils. + +5. Pour le service de l'ordonnateur: différens magasins pour les vivres +et autres parties de l'administration, au moins douze fours, des +hôpitaux. + +6. Pour la place et le service des troupes: le logement des officiers de +l'état-major, un cachot, deux prisons, une pour les gens du pays, une +pour les militaires. + +Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du personnel. + +8. On fera une organisation particulière pour les différentes parties. + +Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, pour le +fort d'Aboukir, pour le Marabou. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à Malte et qui ont +été mis en liberté, et qui sont de Syrie, des îles de l'Archipel ou du +Bey de Tripoli, seront sur-le-champ mis en liberté. + +2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où l'état-major +leur donnera des passeports pour se rendre chez eux, et des +proclamations en arabe. + +BONAPARTE. + + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +_À l'ordonnateur Najac._ + +Nous sommes arrivés, citoyen ordonnateur, à Alexandrie, après +différentes opérations militaires. Nous avons déjà fait divers +établissemens militaires. Nous sommes maîtres d'Alexandrie, de Rosette +et de Damanhour, qui sont trois grandes villes éloignées de douze +lieues. + +Nous avons bien besoin que le second convoi que vous préparez nous +arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer un écrit dans nos +différens ports de la Provence et du Languedoc, et même au consul de +Gênes, pour engager tous les négocians à nous envoyer à Alexandrie des +chargemens de vin et d'eau-de-vie qui seront payés, soit en marchés +d'échange, soit en argent comptant. Les négocians ne doivent avoir +désormais aucune inquiétude, puisque le port de Malte leur offre une +retraite aussi sûre que commode. + +Notre premier soin a été d'établir ici un lazaret auquel nous avons +donné la même organisation qu'à celui de Marseille. Ainsi, dès ce +moment, il n'y a plus rien à craindre de la peste qui, heureusement dans +ce moment-ci, n'existe plus ni à Alexandrie, ni à Rosette, ni dans aucun +endroit de l'Égypte. + +Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement tout ce qui +est de la suite de l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont été +tués a la prise d'Alexandrie, seront gravés sur la colonne de Pompée. + +2. Ils seront enterrés au pied de la colonne. Les citoyens Costas et +Dutertre feront un plan qu'ils me présenteront pour l'exécution du +présent ordre. + +3. Cela sera mis à l'ordre de l'armée. + +4. L'état-major remettra à cette commission l'état des noms des hommes +tués à la prise d'Alexandrie. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798). + +_Au citoyen Ferrée._ + +Vous ferez partir de suite tous les bâtimens de votre flottille qui ne +tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en donnerez le commandement +à l'officier qui aura votre confiance. Il se rendra à Aboukir; il +mettra embargo sur tous les bâtimens qui pourraient s'y trouver. Il +correspondra avec le commandant du fort, pour savoir si la division +Dugua est passée, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au +bord du Nil par la Barre, et se portera à Rosette. + +Un de ces bâtimens fera sonder l'embouchure, et y restera pour la +désigner aux bâtimens qui arriveront après. + +Les bâtimens arrivés de Rosette seront à la disposition du général +Dugua. + +Vous partirez le plus tôt possible avec le reste de votre flottille. +Vous laisserez deux avisos ici, à la disposition du général Dumanoir. + +Quand vous serez à l'embouchure du Nil, vous ferez entrer tous les +bâtimens que vous pourrez, en vous servant de tous les moyens que vous +suggéreront vos connaissances et votre expérience. + +Vous laisserez cependant deux de vos plus grands bâtimens en dehors, +que vous enverrez croiser au canal de Damiette, avec ordre d'amener à +l'escadre, mouillée au Beckier, tous les bâtimens qui voudraient sortir +du Nil. Vous leur recommanderez de respecter les pêcheurs et les +djermes, de leur faire beaucoup d'honnêtetés, et leur donner des +proclamations dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798) + +_Au directoire exécutif._ + +L'armée est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivée le 13, à la +pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre anglaise que l'on dit être +très-forte, s'y était présentée trois jours avant et avait remis un +paquet pour les Indes. + +Le vent était grand frais, et la mer très-houleuse. Cependant je crus +devoir débarquer de suite; la journée se passa à faire les préparatifs +du débarquement. Le général Menou, à la tête de sa division, débarqua le +premier près du Marabou, à une lieue et demie d'Alexandrie. + +Je débarquai avec le général Kléber, et une autre partie des troupes, à +onze heures du soir. Nous nous mîmes sur-le-champ en marche pour nous +porter sur Alexandrie; nous aperçûmes à la pointe du jour la colonne de +Pompée. Un corps de mameloucks et arabes commençait à escarmoucher avec +nos avant-postes; mais nous nous portâmes rapidement, la division du +général Bon à la droite, celle du général Kléber au centre, et celle +du général Menou à la gauche, sur les différens points d'Alexandrie. +L'enceinte de la ville des Arabes était garnie de monde; le général +Kléber partit de la colonne de Pompée, pour escalader la muraille; dans +le temps que le général Bon forçait la porte de Rosette, le général +Menou bloquait le château triangulaire avec une partie de sa division, +se portait avec le reste sur une autre partie de l'enceinte, et la +forçait. Il entra le premier dans la place; il y reçut six blessures +dont heureusement aucune n'est dangereuse. + +Le général Kléber, au pied de la muraille, désignait l'endroit où il +voulait que ses grenadiers montassent; mais il reçut une balle au front +qui le jeta par terre; sa blessure, quoique très-grave, n'est pas +mortelle; les grenadiers de sa division en doublèrent de courage et +entrèrent dans la place. La quatrième demi-brigade, commandée par le +général Marmont, enfonça à coups de hache la porte de Rosette, et toute +la division du général Bon entra dans l'enceinte des Arabes. + +Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxième, a été +tué, et l'adjudant général l'Escalle dangereusement blessé. + +Maîtres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se réfugièrent dans le +fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle ville. Chaque +maison était pour eux une citadelle; mais avant la fin de la journée la +ville fut calme, les deux châteaux capitulèrent, et nous nous +trouvâmes entièrement maîtres de la ville, des forts et des deux ports +d'Alexandrie. + +Pendant ce temps-là les Arabes du désert étant accourus par pelotons de +30 à 50 hommes, inondaient nos derrières et tombaient sur nos traînards. +Ils n'ont cessé de nous harceler pendant deux jours; mais hier je suis +parvenu à conclure avec eux un traité, non-seulement d'amitié, mais même +d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez moi; je +m'assis au milieu d'eux et nous eûmes une très-longue conversation. +Après être convenus de nos articles, nous nous sommes réunis autour +d'une table et nous avons voué au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux +qui violerait nos conventions, consistantes: + +Eux à ne plus harceler nos derrières, à me donner tous les secours qui +dépendraient d'eux, et à me fournir le nombre d'hommes que je leur +demanderais pour marcher contre les mameloucks. + +Moi à leur restituer, quand je serai maître de l'Égypte, les terres qui +leur avaient appartenu jadis. + +Les prières se font, dans les Mosquées, comme à l'ordinaire, et ma +maison est toujours pleine des imans ou cadis, des scheicks, des +principaux du pays, des muphtis ou chefs de la religion. + +Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les voyageurs +et les faiseurs de relations, elle est calme, fière et brave. + +Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi nombreuse +qu'elle soit; mais il y a un point de la passe où il n'y a que cinq +brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins qu'il n'est pas possible +que les vaisseaux de 74 y entrent. + +Cette circonstance contrarie singulièrement mes projets; les vaisseaux +de construction Vénitienne pourront y entrer, et déjà _le Dubois_ et _le +Causse_ y sont. + +L'escadre sera aujourd'hui à Aboukir, pour achever de débarquer +l'artillerie qu'elle a à nous. + +La division du général Desaix est arrivée à Damanhour après avoir +traversé quatorze lieues dans un désert aride, où elle a été bien +fatiguée; celle du général Reynier doit y arriver ce soir. + +La division du général Dugua est à Rosette; le chef de division Ferrée +commande notre flottille légère, et va chercher à faire remonter le Nil +par une partie de ses bâtimens. + +Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen Gantheaume, +chef de l'état-major de l'escadre, officier du plus grand mérite, aussi +distingué par son zèle que par son expérience et ses connaissances. + +J'ai nommé le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine à Alexandrie. + +J'ai fait dans l'armée différens avancemens dont je vous enverrai l'état +dès que l'armée aura pris un peu d'assiette. + +Nous avons eu à la prise d'Alexandrie trente ou quarante hommes tués, et +quatre-vingts à cent blessés. + +Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen Sulkowski, +qui est un officier du plus grand mérite, et qui a été deux fois culbuté +de la brèche. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798). + +_Au chargé d'affaires à Constantinople._ + +Je vous envoie une dépêche que je vous ai écrite à bord de _l'Orient_. + +L'armée est arrivée: elle a débarqué près d'Alexandrie et s'est emparée +de cette ville après quelques fusillades. + +Nous sommes en pleine marche sur le Caire. + +Vous devez convaincre la Porte de notre ferme résolution de continuer à +vivre en bonne intelligence avec elle. + +Un ambassadeur vient d'être nommé pour s'y rendre, et il ne tardera pas +à y arriver. + +Je désire que vous répondiez le plus tôt possible à ces différentes +lettres et que vous m'en accusiez la réception. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Au pacha d'Égypte._ + +Je suis très-fâché de la violence que vous a faite Ibrahim, en vous +forçant à quitter le Caire pour le suivre. Si vous en êtes le maître, +revenez dans cette ville; vous y jouirez de la considération et du rang +dus au représentant de notre ami le sultan. + +Je vous ai écrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date du ...), et +j'ai chargé le commandant de la caravelle de vous la faire remettre, et +je suis assuré que vous ne l'avez pas reçue. Par la Grâce de Dieu, de +qui tout dépend, les mameloucks ont été détruits. Soyez assuré que les +mêmes armes que nous avons rendues victorieuses, seront toujours à la +disposition du sultan. Que le ciel comble ses désirs contre ses ennemis! + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Aux scheicks et notables du Caire._ + +Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens qui m'animent. + +Hier, les mameloucks ont été pour la plupart tués ou faits prisonniers, +et je suis à la poursuite du peu qui reste encore. + +Faites passer de mon côté les bateaux qui sont sur votre rive, +envoyez-moi une députation pour faire connaître votre soumission. + +Faites préparer du pain, de la viande, de la paille et de l'orge pour +mon armée, et soyez sans inquiétude, car personne ne désire plus +contribuer à votre bonheur que moi. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Proclamation jointe à la précédente._ + +Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous avez bien fait +de ne pas prendre parti contre moi; je suis venu pour détruire la race +des mameloucks, protéger le commerce et les naturels du pays. Que tous +ceux qui ont peur se tranquillisent; que ceux qui se sont éloignés +rentrent dans leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l'ordinaire, +comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos +familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout pour la religion du +prophète, que j'aime. Comme il est urgent qu'il y ait des hommes chargés +de la police, afin que la tranquillité ne soit pas troublée, il y aura +un divan composé de sept personnes qui se réuniront à la mosquée de Ver. +Il y en aura toujours deux près du commandant de la place, et quatre +seront occupées à maintenir la tranquillité publique et à veiller à la +police. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Au général Desaix._ + +L'état-major a dû vous donner l'ordre, citoyen général, de vous porter +avec votre division à deux lieues en avant de Giza, en suivant les bords +du Nil. Vous emploierez la journée de demain, 6 thermidor, à choisir un +emplacement qui ne soit pas, lors de la crue du Nil, inondé, et qui, +cependant, soit près du Nil. + +Mon intention est que ce point soit retranché par trois redoutes formant +le triangle, et se flanquant entre elles. + +Chacune de ces redoutes devra pouvoir être défendue par quatre-vingt-dix +hommes, deux canonniers, et deux petites pièces de canon. + +Lorsque ces redoutes seront achevées, elles seront réunies entre elles +par trois bons fossés, qui formeront les courtines, et de manière à ce +que ce triangle puisse contenir toute votre division et lui servir de +camp retranché. + +Le général du génie a ordre d'envoyer un officier supérieur du génie +pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un officier du génie de +votre division et tous vos sapeurs, et vous prendrez même à la journée +le plus de paysans que vous pourrez pour pousser vivement la confection +desdits travaux. + +Le général d'artillerie a ordre d'y envoyer six pièces de canon pour les +trois redoutes, et deux pièces de 24 pour faire une batterie qui domine +la navigation du Nil. + +Vous donnerez l'ordre au général Belliard d'envoyer des espions, et de +pousser souvent des reconnaissances au loin pour connaître ce que font +les mameloucks, et d'envoyer des lettres jusqu'à cinq et six lieues en +remontant le Nil, en répandant des proclamations, et en exigeant que les +villages envoient des députés pour prêter le serment d'obéissance. + +Le 8 à la pointe du jour, si toutes ces opérations sont finies, vous +vous en retournerez avec le reste de votre division à Giza, où vous +recevrez de nouveaux ordres. + +Vous ferez connaître au général Belliard que, dès l'instant que les +trois redoutes seront susceptibles de quelque défense, et qu'il croira +suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en fera part et je lui +enverrai l'ordre de rejoindre sa division. + +Vous ordonnerez à l'autre officier du génie de votre division de faire +un croquis à la main de tout le pays, depuis Giza jusqu'à la position +que vous choisirez, et aux Pyramides, où est l'avant-garde du général +Dugua. Il aura soin de bien placer les villages, et de spécifier +particulièrement ceux qui sont habités par les Arabes. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au pacha du Caire._ + +L'intention de la république française en occupant l'Égypte a été d'en +chasser les mameloucks, qui étaient à la fois rebelles à la Porte et +ennemis du gouvernement français. + +Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maîtresse par la victoire signalée +que son armée a remportée, son intention est de conserver au pacha du +grand-seigneur ses revenus et son existence. + +Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'éprouvera aucune espèce +de perte, et que je veillerai à ce qu'elle continue à percevoir le même +tribut qui lui était ci-devant payé. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au général du génie._ + +Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer un officier supérieur du +génie avec l'avant-garde de la division du général Dugua, qui part +demain pour se rendre aux Pyramides, et un autre avec la division du +général Desaix, qui part ce soir pour prendre position à deux lieues, en +remontant le Nil. + +Ils seront chargés de tracer des ouvrages dans la position qu'occupe le +général Desaix, trois redoutes ou bastions retranchés se flanquant entre +eux, et capables d'être défendus chacun par quatre-vingt-dix hommes, +deux pièces de canon et dix canonniers. + +Ces trois redoutes se lieront par un grand fossé, ce qui formera un +retranchement, dans lequel la division du général Desaix devra pouvoir +se camper. + +Le profil de ces redoutes doit être respectable, elles doivent surtout +avoir un fossé très-profond, et sur toutes les parties les plus faibles, +vous pouvez ordonner que l'on fasse une grande quantité de trous de +loup. + +L'officier du génie qui ira aux Pyramides devra tracer un fort à étoile, +ou redoute brisée, capable de contenir deux cent cinquante à trois cents +hommes, et pouvant être défendue par cent hommes et deux pièces de +canon: le but de cette redoute est de contenir les Arabes. + +L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent être à l'abri de +l'inondation du Nil. Celui que vous ferez établir à la position du +général Desaix, aura une batterie de deux pièces de 24, qui doivent être +placées de manière à être maître de la navigation du Nil. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au général Dugua._ + +Vous voudrez bien, général, faire partir demain, à la pointe du jour, +votre avant-garde avec une pièce de 3 et trente hommes à cheval, le tout +commandé par le général Verdier; elle se rendra aux Pyramides. Il fera +connaître par une circulaire à tous les Arabes qui sont établis dans +les environs, qu'ils seront responsables si les Arabes continuent à +assassiner les Français et à nous faire la guerre; que je leur donne +quarante-huit heures pour prévenir leurs compatriotes desdites +dispositions: après quoi, si l'on continue, je sévirai contre eux. + +Vous enverrez également avec cette avant-garde tous vos sapeurs et un +officier du génie. + +Le général du génie a ordre d'y envoyer un officier supérieur de cette +arme, lequel se concertera avec le général Verdier pour y tracer une +redoute à étoile capable de contenir cent hommes et deux pièces de +canon, et de la mettre à l'abri de toute attaque de la part des Arabes. +Vous ordonnerez au général Verdier de fournir des sapeurs travailleurs +de la demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans +pour travailler. + +Dès l'instant que cette redoute sera achevée, le général Verdier m'en +préviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre sa division. + +Le général d'artillerie a ordre de fournir deux pièces de canon pour +ladite redoute. + +Vous ordonnerez à cette division de nettoyer demain ses armes, pour +pouvoir après demain occuper la position qui lui sera désignée de +l'autre côté du Nil. + +Cherchez à vous procurer le plus de bateaux que vous pourrez, afin de +passer promptement. J'ai ordonné qu'on vous en envoyât du Caire le plus +que l'on pourra. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Le 19 messidor, l'armée partit d'Alexandrie. Elle arriva à Damanhour le +20, souffrant beaucoup à travers ce désert de l'excessive chaleur et du +manque d'eau. + +_Combat de Rahmanieh._ + +Le 22 nous rencontrâmes le Nil à Rahmanieh, et nous nous rejoignîmes +avec la division du général Dugua, qui était venue par Rosette en +faisant plusieurs marches forcées. + +La division du général Desaix fut attaquée par un corps de sept à huit +cents mameloucks, qui après une canonnade assez vive, et la perte de +quelques hommes, se retirèrent. + +_Bataille de Chebrheis._ + +Cependant j'appris que Mourad-Bey, à la tête de son armée composée +d'une grande quantité de cavalerie, ayant huit ou dix grosses chaloupes +canonnières, et plusieurs batteries sur le Nil, nous attendait au +village de Chebrheis. Le 24 au soir, nous nous mîmes en marche pour +nous en approcher. Le 25, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en +présence. + +Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie éclopés et harassés +encore de la traversée; les mameloucks avaient un magnifique corps de +cavalerie, couvert d'or et d'argent, armés des meilleures carabines +et pistolets de Londres, des meilleurs sabres de l'Orient, et montés +peut-être sur les meilleurs chevaux du continent. + +L'armée était rangée, chaque division formant un bataillon carré, +ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles des +bataillons. Les bataillons rangés, les deuxième et quatrième divisions +derrière les première et troisième. Les cinq divisions de l'armée +étaient placées en échelons, se flanquant entre elles, et flanquées par +deux villages que nous occupions. + +Le citoyen Perrée, chef de division de la marine, avec trois chaloupes +canonnières, un chébec et une demi-galère, se porta pour attaquer la +flottille ennemie. Le combat fut extrêmement opiniâtre. Il se tira de +part et d'autre plus de quinze cents coups de canon. Le chef de division +Perrée a été blessé au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes +dispositions et son intrépidité, est parvenu à reprendre trois chaloupes +canonnières, et la demi-galère, que les mameloucks avaient prises, et +à mettre le feu à leur amiral. Les citoyens Monge et Berthollet, qui +étaient sur le chébec, ont montré dans des momens difficiles beaucoup +de courage. Le général Andréossy, qui commandait les troupes de +débarquement, s'est parfaitement conduit. + +La cavalerie des mameloucks inonda bientôt toute la plaine, déborda +toutes nos ailes, et chercha de tous côtés sur nos flancs et nos +derrières le point faible pour pénétrer; mais partout elle trouva que la +ligne était également formidable, et lui opposait un double feu de flanc +et de front. Ils essayèrent plusieurs fois de charger, mais sans s'y +déterminer. Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reçus par +des feux de pelotons de carabiniers placés en avant des intervalles +des bataillons. Enfin, après être restés une partie de la journée à +demi-portée de canon, ils opérèrent leur retraite, et disparurent. On +peut évaluer leur perte à trois cents hommes tués ou blessés. + +Nous avons marché pendant huit jours, privés de tout, et dans un des +climats les plus brûlans du monde. + +Le 2 thermidor au matin, nous aperçûmes les pyramides. + +Le 2 au soir, nous nous trouvions à six lieues du Caire; et j'appris que +les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, s'étaient retranchés à +Embabeh, qu'ils avaient garni leurs retranchemens de plus de soixante +pièces de canon. + +_Bataille des Pyramides._ + +Le 3, à la pointe du jour, nous rencontrâmes les avant-gardes, que nous +repoussâmes de village en village. + +À deux heures après midi, nous nous trouvâmes en présence des +retranchemens et de l'armée ennemie. + +J'ordonnai aux divisions des généraux Desaix et Reynier de prendre +position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, de manière à couper à +l'ennemi la communication de la Haute-Égypte, qui était sa retraite +naturelle. L'armée était rangée de la même manière qu'à la bataille de +Chebrheis. + +Dès l'instant que Mourad Bey s'aperçut du mouvement du général Desaix, +il se résolut à le charger, et il envoya un de ses beys les plus braves +avec un corps d'élite qui, avec la rapidité de l'éclair, chargea les +deux divisions. On le laissa approcher jusqu'à cinquante pas, et on +l'accueillit par une grêle de balles et de mitraille, qui en fit +tomber un grand nombre sur le champ de bataille. Ils se jetèrent dans +l'intervalle que formaient les deux divisions, où ils furent reçus par +un double feu qui acheva leur défaite. + +Je saisis l'instant, et j'ordonnai à la division du général Bon, qui +était sur le Nil, de se porter à l'attaque des retranchemens, et au +général Vial, qui commande la division du général Menou, de se porter +entre le corps qui venait de le charger et les retranchemens, de manière +à remplir le triple but, + +D'empêcher le corps d'y rentrer; + +De couper la retraite à celui qui les occupait; + +Et enfin, s'il était nécessaire, d'attaquer ces retranchemens par la +gauche. + +Dès l'instant que les généraux Vial et Bon furent à portée, ils +ordonnèrent aux premières et troisièmes divisions de chaque bataillon de +se ranger en colonnes d'attaque, tandis que les deuxièmes et quatrièmes +conservaient leur même position, formant toujours le bataillon carré, +qui ne se trouvait plus que sur trois de hauteur, et s'avançait pour +soutenir les colonnes d'attaque. + +Les colonnes d'attaque du général Bon, commandées par le brave général +Rampon, se jetèrent sur les retranchemens avec leur impétuosité +ordinaire, malgré le feu d'une assez grande quantité d'artillerie, +lorsque les mameloucks firent une charge. Ils sortirent des +retranchemens au grand galop. Nos colonnes eurent le temps de faire +halte, de faire front de tous côtés, et de les recevoir la baïonnette au +bout du fusil, et par une grêle de balles. À l'instant même le champ +de bataille en fut jonché. Nos troupes eurent bientôt enlevé les +retranchemens. Les mameloucks en fuite se précipitèrent aussitôt en +foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, sous le feu +duquel ils furent obligés de passer à cinq pas, en fît une boucherie +effroyable. Un très-grand nombre se jeta dans le Nil, et s'y noya. + +Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante pièces +d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir. J'évalue la perte des +mameloucks à deux mille hommes de cavalerie d'élite. Une grande partie +des beys a été blessée ou tuée. Mourad Bey a été blessé à la joue. Notre +perte se monte à vingt ou trente hommes tués et à cent vingt blessés. +Dans la nuit même, la ville du Caire a été évacuée. Toutes leurs +chaloupes canonnières, corvettes, bricks, et même une frégate, ont été +brûlées, et le 4, nos troupes sont entrées au Caire. Pendant la nuit, +la populace a brûlé les maisons des beys, et commis plusieurs excès. +Le Caire, qui a plus de trois cent mille habitans, a la plus vilaine +populace du monde. + +Après le grand nombre de combats et de batailles que les troupes que je +commande ont livrés contre des forces supérieures, je ne m'aviserais +point de louer leur contenance et leur sang-froid dans cette occasion, +si véritablement ce genre tout nouveau n'avait exigé de leur part une +patience qui contraste avec l'impétuosité française. S'ils se fussent +livrés à leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne +pouvait s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience. + +La cavalerie des mameloucks a montré une grande bravoure. Ils +défendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux sur lequel nos +soldats n'aient trouvé trois, quatre, et cinq cents louis d'or. + +Tout le luxe de ces gens-ci était dans leurs chevaux et leur armement. +Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de voir une terre plus +fertile et un peuple plus misérable, plus ignorant et plus abruti. Ils +préfèrent un bouton de nos soldats à un écu de six francs; dans les +villages ils ne connaissent pas même une paire de ciseaux. Leurs maisons +sont d'un peu de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille +et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en général +fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des moulins, de +sorte que nous avons bivouaqué sur des tas immenses de blé, sans +pouvoir avoir de farine. Nous ne nous nourrissions que de légumes et de +bestiaux. Le peu de grains qu'ils convertissent en farine, ils le fout +avec des pierres; et, dans quelques gros villages, il y a des moulins +que font tourner des boeufs. + +Nous avons été continuellement harcelés par des nuées d'Arabes, qui +sont les plus grands voleurs et les plus grands scélérats de la terre, +assassinant les Turcs comme les Français, tout ce qui leur tombe +dans les mains. Le général de brigade Muireur et plusieurs autres +aides-de-camp et officiers de l'état-major ont été assassinés par ces +misérables. Embusqués derrière des dignes et dans des fossés, sur leurs +excellens petits chevaux, malheur à celui qui s'éloigne à cent pas des +colonnes. Le général Muireur, malgré les représentations de la grande +garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarqué accompagner +ceux qui sont arrivés à leur dernière heure, a voulu se porter sur un +monticule à deux cents pas du camp; derrière étaient trois bédouins qui +l'ont assassiné. La république fait une perte réelle: c'était un des +généraux les plus braves que je connusse. + +La république ne peut pas avoir une colonie plus à sa portée et d'un sol +plus riche que l'Égypte. Le climat est très-sain, parce que les nuits +sont fraîches. Malgré quinze jours de marche, de fatigues de toute +espèce, la privation du vin, et même de tout ce qui peut alléger la +fatigue, nous n'avons point de malades. Le soldat a trouvé une grande +ressource dans les pastèques, espèce de melons d'eau qui sont en +très-grande quantité. + +L'artillerie s'est spécialement distinguée. Je vous demande le grade de +général de division pour le général de brigade Dommartin. J'ai promu au +grade de général de brigade le chef de brigade Destaing, commandant la +quatrième demi-brigade; le général Zayonschek s'est fort bien conduit +dans plusieurs missions importantes que je lui ai confiées. + +L'ordonnateur Sucy s'était embarqué sur notre flotille du Nil, pour être +plus à portée de nous faire passer des vivres du Delta. Voyant que je +redoublais de marche, et désirant être à mes côtés lors de la bataille, +il se jeta dans une chaloupe canonnière, et, malgré les périls qu'il +avait à courir, il se sépara de la flottille. Sa chaloupe échoua; il +fut assailli par une grande quantité d'ennemis. Il montra le plus +grand courage; blessé très-dangereusement au bras, il parvint, par son +exemple, à ranimer l'équipage, et à tirer la chaloupe du mauvais pas où +elle s'était engagée. + +Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis notre départ. + +Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les renseignemens +sur la situation économique, morale et politique de ce pays-ci. + +Je vous ferai connaître également, dans le plus grand détail, tous ceux +qui se sont distingués, et les avancemens que j'ai faits. + +Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen Perrée, +chef de division, un des officiers de marine les plus distingués par son +intrépidité. + +Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr. à la femme +du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armée. Il nous a rendu, au +milieu du désert, les plus grands services par son activité et son zèle. +C'est l'officier de santé que je connaisse le plus fait pour être à la +tête des ambulances d'une armée. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Le Caire sera gouverné par un divan composé de neuf personnes, +savoir: le scheick El-Sadat, le scheick El-Cherkaouï, le scheick +El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le scheick El-Fayoumiy, le scheick +Chiarichi, le scheick Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf +Seid-Omar, le scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir à cinq +heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et nommeront un +d'entre eux pour président; ils choisiront un secrétaire pris hors de +leur sein, et deux secrétaires interprètes, sachant le français et +l'arabe. + +Ils nommeront deux agas pour la police, une commission de trois pour +surveiller les marchés et la propreté de la ville, et une autre +également de trois, qui sera chargée de faire enterrer les morts qui se +trouveraient au Caire, ou à deux lieues aux environs. + +2. Le divan sera assemblé tous les jours à midi, et il y aura +perpétuellement trois membres qui seront en permanence. + +3. Il y aura à la porte du divan une garde française et une garde +turque. + +4. Le général Berthier et le commandant de la place se rendront le soir +au divan, à cinq heures, pour les installer et leur faire prêter le +serment de ne rien faire contre les intérêts de l'armée. + +BONAPARTE. + +_Noms des familles les plus anciennes._ + +La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du nakib +El-Aschraf, la maison du scheick Yuani. + + + + +Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798). + +_Au général Vial._ + +Vous devez avoir reçu, citoyen général, l'ordre de l'état-major pour +votre départ à Damiette. + +Le général Zayonscheck est à Menouf. + +Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous répandrez sur +la route; vous vous arrêterez dans les plus grands endroits pour faire +prêter le serment aux scheicks et rassurer les habitans; vous ferez +mettre, par les scheicks, les scellés sur les biens des mameloucks, et +vous veillerez à ce que rien ne soit volé. + +Arrivé à Damiette, vous préviendrez le citoyen Blanc, directeur général +de la santé à Alexandrie, pour qu'il y fasse établir sur-le-champ un +lazaret. Vous ne laisserez rien sortir du port. + +Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions directes +et indirectes soient prises comme à l'ordinaire. Vous ferez faire +l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks. + +Vous ferez réparer les forts situés à l'embouchure du Nil, de manière à +les mettre à l'abri d'un coup de main. + +Vous ferez désarmer tout le pays. + +Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe à Acre et en +Syrie et de m'en prévenir. + +Vous vous mettrez en correspondance avec la frégate qui croise à +l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, afin de vous en servir +et de les faire avancer jusqu'au Caire, à mesure que le Nil s'accroîtra. + +Votre commandement s'étendra non-seulement dans toute la province de +Damiette, mais encore dans celle de Mansoura. + +Je vous envoie l'organisation donnée à ce pays. + +Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, et un pour celle de +Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires. + +Vous vous empresserez également de nommer les deux compagnies. + +Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et l'administration +des finances nommera l'agent français. + +Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons des mameloucks, +vous nommerez une commission de trois personnes; vous pouvez les prendre +parmi les négocians français établis à Damiette, tant pour la province +de Damiette, que pour celle de Mansoura. + +Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et de requérir +des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. Vous pouvez demander à +Rosette deux pièces de canon de campagne, et vous trouverez dans le pays +les moyens de les atteler. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798). + +Le général en chef Bonaparte, considérant que les femmes des beys et des +mameloucks, errantes aux environs de la ville, deviennent la proie des +Arabes, et mu par la compassion, premier sentiment qui doit animer +l'homme, autorise toutes les femmes des beys et des mameloucks à rentrer +en ville dans les maisons qui sont leur propriété, et leur promet +sûreté. + +Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur arrivée, de se +faire connaître au citoyen Magallon, et de déclarer leur demeure. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798). + +_À l'amiral Brueys._ + +Après des marches fatigantes et quelques combats, nous sommes enfin +arrivés au Caire. + +J'ai été spécialement content du chef de division Perrée, et je l'ai +nommé contre-amiral. + +Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouvé une passe telle +qu'on pouvait la désirer, et qu'à l'heure qu'il est vous êtes dans le +port avec votre escadre. + +Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur les vivres nécessaires à votre +armée. + +J'imagine que demain, ou après, je recevrai de vos nouvelles et des +nouvelles de France; je n'en ai point reçu depuis mon départ. + +Dès que j'aurai reçu une lettre de vous, qui me fasse connaître ce que +vous aurez fait et la position où vous êtes, je vous ferai passer des +ordres sur ce que nous aurons encore à faire. L'état-major vous aura +sans doute envoyé le détail de notre affaire des Pyramides. + +Je pense que vous avez une frégate sur Damiette: comme j'envoie prendre +possession de cette ville, je vous prie de dire à l'officier qui +commande cette frégate de s'approcher le plus possible et d'entrer en +communication avec nos troupes qui y seront lorsque vous aurez reçu +cette lettre. + +Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre terre à +l'endroit qui vous paraîtra le plus convenable, selon les nouvelles que +vous avez des ennemis et selon les vents qui règnent dans cette saison. + +Je désire que vous puissiez envoyer une frégate qui aurait ordre de +partir quarante-huit heures après son arrivée, dans les ports, soit de +Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant de nous apporter les gazettes +et nouvelles qu'elle recevrait des agens français. + +J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantité de denrées, pour +solder le nolis des bâtimens de transport. + +Mille choses à Ganteaume et à Casa-Bianca. + +Faites bien garder Coraïm; c'est un coquin qui nous a trompés: s'il ne +nous donne pas les cent mille écus que je lui ai demandés, je lui ferai +couper la tête. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au commissaire ordonnateur._ + +Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, différentes impositions que je +viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et Damiette. Le tiers de ces +impositions sera affecté au service de ces places; donnez vos ordres aux +commissaires des guerres pour leur répartition; le deuxième tiers sera +affecté à la solde des troupes, et enfin l'autre tiers à l'ordonnateur +Leroi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au citoyen Leroi._ + +Je donne l'ordre au général Kléber de percevoir différentes +contributions à Alexandrie, montant à 600,000 fr. + +Le tiers sera à votre disposition pour le service de la marine, le +deuxième tiers est destiné à la solde de l'armée, et le troisième +tiers est à la disposition de l'ordonnateur en chef pour les frais +d'administration d'armée. + +Je donne ordre au général Vial de percevoir à Damiette une contribution +de 150, + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_À l'amiral Brueys._ + +D'après tous les relevés, il me paraît que l'escadre anglaise a passé le +détroit le 12 prairial, est arrivée devant Toulon le 23, devant Naples +le 29, devant Alexandrie le 9 messidor. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au général Kléber._ + +Je vous prie, citoyen général, d'organiser la place d'Alexandrie: dès +l'instant que tous les officiers seront organisés et que vos blessures +seront cicatrisées, vous pourrez rejoindre l'armée. + +Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans cette place +une quinzaine de jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au même._ + +Je viens de recevoir tout à la fois vos lettres depuis le 22 messidor +jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez tenue est celle qu'il +fallait tenir. + +Je vous ai envoyé, avant-hier, l'ordre pour l'organisation de la +province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le divan, l'aga et +les commissaires, les hommes les plus attachés aux Français et les plus +ennemis des beys. Non-seulement j'approuve l'arrestation de Coraïm, mais +vous verrez par l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs +autres individus. + +La chose que nous avions le plus à craindre, c'était d'être précédés par +la terreur qui n'existait déjà que trop et qui nous aurait exposés dans +chaque bicoque, à des scènes pareilles à celles d'Alexandrie. Tous +ces gens-ci pouvaient penser que nous venions dans le même esprit que +Saint-Louis, et qu'ils portent eux-mêmes lorsqu'il entrent dans les +états chrétiens; mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposées. +Ce n'est plus ce que nous ferons à Alexandrie qui fixera notre +réputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs répandus sur +tous les points, nous sommes parfaitement connus. + +Il paraît que vous êtes peu satisfait de la soixante-neuvième +demi-brigade: faites connaître au chef que si sa demi-brigade ne va pas +mieux, on le destituera. + +Vous trouverez ci-joint différens ordres; vous les ferez publier l'un +après l'autre, et vous veillerez surtout à leur exécution. Ce n'est que +par ces moyens-là que nous avons pu trouver quelque chose au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_À l'amiral Brueys._ + +Je reçois à l'instant et tout à la fois vos lettres depuis le 25 +messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reçois d'Alexandrie +sur le succès des sondes, me font espérer qu'à l'heure qu'il est, vous +serez entré dans le port. Je pense aussi que _le Causse_ et _le Dubois_ +sont armés en guerre de manière à pouvoir se trouver en ligne, si +vous étiez attaqué; car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point à +négliger. + +Le contre-amiral Perrée sera pour long-temps nécessaire sur le Nil, +qu'il commence à connaître. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que vous +donniez le commandement de son vaisseau au citoyen ... Faites là-dessus +ce qu'il convient. + +Je vous ai écrit le 9, je vous ai envoyé copie de tous les ordres que +j'ai donnés pour l'approvisionnement de l'escadre; j'imagine qu'à +l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargés de vivres sont arrivés. +Nous avons ici une besogne immense; c'est un chaos à débrouiller et +à organiser qui n'eut jamais d'égal. Nous avons du blé, du riz, des +légumes en abondance. Nous cherchons et nous commençons à trouver de +l'argent; mais tout cela est environné de travail, de peines et de +difficultés. + +Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le par un aviso, +qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes y sont. Elles sont +parties pour s'y rendre il y a trois jours, en barques sur le Nil: ainsi +elles seront arrivées lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y +un des sous-commissaires de l'escadre pour surveiller l'exécution de +l'ordre. + +Je vais encore faire partir une trentaine de bâtimens chargés de blé +pour votre escadre. + +Toute la conduite des Anglais porte à croire qu'ils sont inférieurs +en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte et d'empêcher les +subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit il faut bien vite entrer +dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner promptement de riz, de +blé, que je vous envoie, et vous transporter dans le port de Corfou; car +il est indispensable que jusqu'à ce que tout ceci se décide, vous vous +trouviez dans une position à portée d'en imposer à la Porte. Dans le +second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, frégates vénitiennes +et françaises qui peuvent nous servir, restent à Alexandrie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au commissaire ordonnateur en chef._ + +Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation du +Nil, parce qu'alors le transport devient très-facile. + +Les provinces les plus riches de l'Égypte sont dans ce moment occupées +par nos troupes; je crois que vous avez un commissaire dans la province +de Menoufié où commande le général Zayonscheck. Envoyez-en un dans la +province de Kélioubeh où commande le général Murat, un dans la province +de Giza où commande le général Bélijard, et un dans la province de +Mansoura et Damiette, où commande le général Vial, et un dans la +province de Bahhiré, où commande le général Dumuy. + +Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant français, une +commission administrative du pays ou divan, un intendant cophte, un +agent français près l'intendant, et enfin une commission, pour faire +dans chaque province l'inventaire des biens des mameloucks. En envoyant +des commissaires de guerre dans ces différentes provinces, il vous sera +facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays. + +Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnés, soit pour les +approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai aussi ordonné +à l'état-major général de vous envoyer une carte avec les divisions des +différentes provinces. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ayant des preuves de trahison de Sidi +Mohamed-el-Coraïm qu'il avait comblé de bienfaits, ordonne: + +ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraïm paiera une contribution de 300,000 fr. + +2. À défaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq jours après la +publication du présent ordre, il aura la tête tranchée. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au général Menou._ + +Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour lever une +contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. Le tiers de +cette contribution sera destiné à l'ordonnateur en chef, pour les +dépenses de l'administration, et les deux autres tiers à la solde des +troupes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au général Zayonscheck._ + +Je donne ordre, citoyen général, pour qu'on établisse à Menouf un +hôpital de cinquante lits, et qu'on y construise deux fours. Voyez à +faire tout ce qui sera possible pour activer cette opération. + +Vous avez dû recevoir hier les ordres pour l'organisation de votre +province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec la plus grande +sévérité; tous les jours ici je fais couper trois têtes et les promener +dans le Caire: c'est le seul moyen de venir a bout de ces gens-ci. + +Veillez surtout a l'entier désarmement du pays. + +Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major, un +croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous les +villages, et des renseignemens généraux sur leur population, et ce que +produisaient le miri, le seddan et autres impositions. + +Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec les chevaux, +prenez les selles, et faites faire par vos commissions, un inventaire +exact et prompt de tous les biens appartenans aux mameloucks. + +Faites-moi connaître quelles sont les ressources pécuniaires que nous +offre votre province. + +Je vous envoie une grande quantité de proclamations que vous répandrez +dans la province; je désire que vous vous mettiez en correspondance avec +le général Murat, qui commande la province de Kelioubeh. + +Il me serait facile de vous procurer deux pièces de canon, si vous +trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je vous les enverrais +sur des bateaux jusqu'au point de débarquement où vous les feriez +prendre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les propriétaires de l'Égypte sont confirmés dans leurs +propriétés. + +2. Les fondations pieuses affectées aux mosquées, et spécialement à +celles de Médine et de la Mecque, sont confirmées comme par le passé. + +3. Toutes les transactions civiles continueront à avoir lieu comme par +le passé. + +4. La justice civile sera administrée comme par le passé. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798). + +_Au général Menou._ + +Votre présence est encore nécessaire, citoyen général, à Rosette pendant +quelques jours, pour l'organisation de cette province; les Turcs ne +peuvent se conduire que par la plus grande sévérité; tous les jours je +fais couper cinq ou six têtes dans les rues du Caire. Nous avons dû les +ménager jusqu'à présent pour détruire cette réputation de terreur qui +nous précédait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton qui +convient pour que ces peuples obéissent; et obéir, pour eux, c'est +craindre. + +Je vous ai envoyé, par mon dernier courrier, des ordres pour +l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de soixante hommes +turcs pour la police. + +Il serait nécessaire que la commission chargée de faire l'inventaire des +biens des mameloucks envoyât ses états à l'ordonnateur. + +Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des nouvelles de +l'amiral et de l'escadre. + +Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre à Alexandrie deux +ou trois grosses pièces d'artillerie, pour les placer à l'embouchure du +Nil, et empêcher les chaloupes anglaises de nous insulter. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans à la femme de +Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient sa maison, leur +seront laissés en pleine propriété. + +2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du payeur de l'armée +600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et le restant 50,000 fr. par jour. + +3. À défaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves et biens +appartenans aux femmes des mameloucks de la maison de Mourad-Bey, seront +regardés comme propriétés nationales; il sera seulement laissé à la +femme de Mourad-Bey les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six +esclaves pour la servir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +_Au citoyen Rosetti._ + +Vous vous rendrez secrètement, citoyen, auprès de Mourad-Bey: vous lui +direz que vous m'avez présenté l'homme qu'il avait envoyé; que cet +homme, par des paroles indiscrètes, des discours verbeux et faux, +n'était parvenu qu'à m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai +compris que le moment pouvait venir où il fût de mon intérêt de me +servir de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais à +ce qu'il conservât la province de Girgé, dans laquelle il devrait se +retirer dans l'espace de cinq jours, et que, de mon côté, je n'y ferais +point entrer de troupes; vous lui direz que, ce premier arrangement +fait, il sera possible, en le connaissant mieux, que je lui fasse de +plus grands avantages, et vous signerez de suite un traité en français +et en arabe, conçu à peu près en ces termes: + +ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six cents hommes à +cheval, avec lesquels il gouvernera la province de Girgé, depuis les +cataractes jusqu'à une demi-lieue plus bas que Girgé, et la maintiendra +à l'abri des Arabes. + +2. Il se reconnaîtra dans le gouvernement de ladite province, dépendant +de la France. Il paiera à l'administration de l'armée le miri que cette +province payait. + +3. Le général s'engage de son côté à ne faire entrer aucune troupe dans +la province de Girgé, et à en laisser le gouvernement à Mourad-Bey. + +4. Mourad-Bey sera rendu au-delà de Girgé, dans l'espace de cinq jours. +Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer dans les limites d'une +autre province sans une permission du général. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +_Pouvoirs au citoyen Rosetti._ + +Le général en chef, mu par les sentimens d'humanité qui l'ont toujours +animé, donne au citoyen Rosetti les pleins pouvoirs pour négocier avec +Mourad-Bey, conclure et signer avec lui une convention qui mette fin aux +hostilités. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Ceux qui m'ont donné des preuves de la trahison de Coraïm, m'ont assuré +que son argent est dans une citerne; qu'il a un registre particulier +où est le détail de toutes ses affaires; qu'il y a plusieurs de ses +domestiques qui sont au fait de tout. + +J'ordonne en conséquence à l'amiral Brueys de faire arrêter tous les +domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; faites également +arrêter tous ceux qu'il a dans sa maison, et faites-y mettre les scellés +par la commission, ainsi que sur tous ses biens. + +Faites interroger séparément avec de fortes menaces ses domestiques. + +S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention est qu'on +le retienne comme prisonnier à bord d'un des bâtimens de l'escadre, de +manière qu'il ne puisse s'échapper, désirant le faire passer en France +par une occasion sûre. S'il n'a pas, dans les cinq jours, payé au moins +le tiers de la contribution à laquelle il est imposé, vous donnerez +l'ordre qu'on le fasse fusiller. + +Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'amiral Brueys. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +_À l'amiral Brueys._ + +Depuis que je vous ai écrit, j'ai acquis de nouvelles preuves de la +trahison de Coraïm: vous voudrez bien le faire mettre aux fers et +prendre toutes les précautions pour qu'il ne vous échappe pas. + +Vous ferez arrêter tous les domestiques et autres individus qu'il aurait +avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte à Alexandrie, à la +disposition du général Kléber. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798). + +Bonaparte, général en chef, + +Voyant avec déplaisir que le versement d'argent que doivent faire les +Cophtes et les négocians de café et de Damas ne s'effectue qu'avec la +plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon de leur déclarer que les +60,000 talaris que doivent payer les Cophtes, seront livrés dans six +jours, à raison de 10,000 talaris par jour. + +Les 130,000 mille talaris que doivent les négocians de café, seront +payés à raison de 22,000 par jour; les 35,275 que doivent les négocians +de Damas, seront également payés en six jours, à raison de 5,878 par +jour. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_À l'ordonnateur en chef._ + +Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la poste. + +Les individus de l'armée paieront leurs ports de lettres conformément à +l'usage établi en France; mais le directeur de la poste versera, toutes +les décades, l'état des sommes qu'il aura reçues; nous en serons +responsables, s'il est nécessaire, à l'administration des postes, et +cela sera un revenu pour l'armée. + +Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser les bureaux +du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de Damiette. + +Dès que ceux-là seront établis, vous formerez les quatre autres. +Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions avec +Menouf, lorsque le bateau qui va à Rosette sera arrivé au village de +Genid, il remettra le paquet qui sera pour Menouf. Il y aura à ce +village un détachement qui sera chargé de le porter à Menouf. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 août 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le général du génie se +concerteront pour choisir une maison dans laquelle on puisse établir une +imprimerie française et arabe, un laboratoire de chimie, un cabinet de +physique, et, s'il est possible, un observatoire. + +Il y aura une salle pour l'Institut. + +2. Ils me présenteront un projet pour l'organisation de ladite maison +avec un état de dépenses. + +3. Je désirerais que cette maison fût située sur la place Elbekieh ou le +plus près possible. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_Au général Chabot, gouverneur de Corfou et des îles de la mer +Ionienne._ + +C'est avec le plus grand plaisir, citoyen général, que j'ai appris de +vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmés sur votre sûreté. + +L'état-major vous aura fait part des événemens militaires qui ont eu +lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maîtres de toute l'Égypte. + +Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout les moyens +possibles, la plus grande quantité de vins, eau-de-vie, raisins secs +et bois. Ce sont des objets dont vous savez que l'Égypte manque +entièrement; les négocians porteront en retour, du café, du sucre, de +l'indigo, du blé, du riz et toute espèce de marchandises des Indes. + +Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez des affaires +des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou. + +Le premier bataillon de la soixante-neuvième demi-brigade a reçu un +ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; je ne doute donc pas +qu'en ce moment il ne soit arrivé. + +Dès l'instant que ce pays sera organisé et les impositions assises, je +vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent nécessaires pour votre solde; +mais comme il me sera beaucoup plus facile de vous envoyer des blés, +du riz, etc., je vous prie de former une compagnie de dix ou douze +négocians des plus riches; qu'ils chargent plusieurs bâtimens, qu'ils +m'expédient des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront payés en +échange avec des marchandises du pays. Ils enverront un commissaire avec +une lettre de vous, et je leur donnerai en surplus pour 3 ou 400,000 fr. +de marchandises qu'il vous solderont. + +Je vous envoie un ordre qu'il est bien nécessaire d'exécuter +ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme ici nous +manquons de bois, je désire que vous fassiez beaucoup de biscuit à +Corfou, afin que nous ayons toujours un point où nous puissions puiser +et ravitailler notre escadre toutes les fois que nous en aurons besoin: +je compte sur votre zèle. Vous pouvez tirer, pour la confection, pour +50,000 fr. de lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront +soldées, soit en marchandises, soit en argent, comme le négociant le +désirera. Incessamment je vous enverrai, par la première occasion, du +blé et du riz pour votre approvisionnement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_Au citoyen Rhullières, commissaire du directoire exécutif français à +Corfou et dans les îles Ioniennes._ + +J'ai reçu à Paris les différentes lettres que vous m'avez écrites +à votre arrivée à Zante. Je viens d'en recevoir une, en date du 13 +messidor, de Corfou. L'état-major vous aura instruit des différentes +batailles que nous avons livrées aux mameloucks et des succès complets +qu'a obtenus l'armée de la république. À la bataille des Pyramides, nous +leurs avons pris soixante ou quatre-vingt pièces de canon, et tué plus +de dix mille hommes de cavalerie d'élite; nous sommes au Caire depuis +une douzaine de jours et en possession de presque toute l'Égypte. Il +nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et le bois à brûler. +Faites faire, avec la plus grande quantité que vous aurez de raisins +secs, de l'eau-de-vie; les négocians porteront en retour le blé, le +sucre, l'indigo, le riz, les marchandises des Indes et le café. C'est un +vrai service à rendre à la république, que d'employer l'influence que +vous avez par votre place, à activer le commerce de Zante avec l'Égypte. +Continuez à bien mériter de ces peuples par votre conduite sage et +philantrophique, et croyez au désir vrai que j'ai de vous donner des +preuves de l'estime et de l'amitié que vous savez que je vous porte. +Soit en Égypte, soit en France, soit ailleurs, vous pouvez compter sur +moi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_À l'amiral Brueys._ + +Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reçois de Corfou; je +vous prie de me faire connaître quand le bâtiment chargé de bois sera +arrivé. + +Peut-être jugez-vous également nécessaire d'envoyer deux ou trois +bâtimens de transport pour continuer lesdits chargemens de bois, tant +pour la flotte que pour Alexandrie. + +Le général Chabot me mande que _le Fortunatus_ escorte plusieurs +bâtimens chargés de bois; moyennant cela, vous serez dans le cas de ne +pas prendre les quinze cents quintaux de bois que je vous ai accordés à +Rosette et dont nous avons plus grand besoin au Caire. + +Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement de +l'escadre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_À l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)_ + +Tous les renseignemens qui me sont donnés sur la conduite de votre +département, font l'éloge de ses administrateurs. Les nouveaux +établissemens de la France doivent d'autant plus accroître votre +commerce, et vous ouvrir une nouvelle source de richesse et de +prospérité. + +Faites connaître aux négocians qu'ils trouveront ici des blés, du riz, +du café, des marchandises des Indes, du sucre en abondance, et que je +désire qu'en échange, ils portent à Alexandrie du bois à brûler, des +bois de construction, des vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales +choses qui manquent à ce beau pays. + +Croyez au désir que j'ai de vous donner des preuves du vif intérêt que +je prends à votre tranquillité. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_À Georgio Gioari, intendant général de l'Égypte._ + +Vos fonctions doivent se borner à l'organisation des revenus de +l'Égypte, à une correspondance suivie avec les intendans particuliers +des provinces, avec le général en chef et l'ordonnateur en chef de +l'armée. Vous vous ferez aider dans ces travaux par le moalleim Fretaou. +Ainsi donc, vous chargerez, de ma part, les moalleims Malati, Anfourni, +Hanin et Faudus, de la recette de la somme que j'ai demandée à la nation +cophte. Je vois avec déplaisir qu'il reste encore en arrière 50,000 +talaris, je veux qu'ils soient rentrés, dans cinq jours, dans la caisse +du payeur de l'armée. Vous pouvez assurer les Cophtes que je les +placerai d'une manière convenable lorsque les circonstances le +permettront. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +ART. 1. L'or ou l'argent monnoyé, tous les objets d'or et d'argent, +tous les lingots, les schals de valeur, les tapis brodés en or qui se +trouvent dans les magasins généraux, seront enfermés dans des caisses +sur lesquelles seront apposés les scellés du payeur de l'armée, de +l'état-major général et de la commission chargée de l'inventaire. +Lesdites caisses seront transportées dans le logement du payeur +de l'armée; l'inventaire sera remis à l'ordonnateur en chef et à +l'administrateur des finances. + +2. Tous les objets nécessaires à la subsistance de l'armée seront remis +de suite à la disposition de l'ordonnateur en chef; la commission tirera +un reçu du garde-magasin auquel elle remettra lesdites denrées. + +3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assisté d'un officier +de l'état-major, de l'administrateur des finances ou d'un membre de la +commission provisoire, et des agens en chef de chaque service, feront +une tournée dans les magasins généraux et affecteront aux hôpitaux, aux +transports, à l'habillement, tout ce qui peut leur être utile; mais les +garde-magasins des magasins généraux ne livreront rien qu'après avoir +dressé un inventaire circonstancié, et tiré un reçu des garde-magasins +d'administration auxquels ils livreront lesdits objets. + +4. Il sera formé une compagnie de commerce, à laquelle seront vendus +tous les effets qui se trouveraient dans les magasins généraux, et qui +ne seraient pas essentiels au service de l'armée. + +L'ordonnateur en chef me remettra un règlement sur la manière de former +cette compagnie et de procéder avec elle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_Au commandant de la place du Caire._ + +Vous requerrez, citoyen général, deux moines de Terre-Sainte pour être +toujours de planton à l'hôpital, afin de servir d'interprètes et de +soigner les malades. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_Aux généraux de l'artillerie et du génie._ + +Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien me faire connaître +combien de temps il vous faudrait pour faire abattre toutes les portes +qui barricadent les différens quartiers de la ville et en faire +transporter le bois pour le service de votre arme; vous pourriez +partager la besogne avec le génie, l'artillerie; je désirerais qu'on pût +commencer dès demain: j'en donnerai l'ordre aussitôt que j'aurai reçu +votre réponse. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_À l'ordonnateur en chef._ + +L'hôpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et de toute espèce +de médicamens. Je vous prie de vouloir bien me rendre compte si le +pharmacien en chef a trouvé au Caire de quoi l'approvisionner. + +Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans des chambres +séparées, et qu'il leur soit fourni tout ce qui leur est nécessaire. +Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel dans un pays où tout +homme malade est obligé d'aller à l'hôpital. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798). + +_Au général Berthier._ + +Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien faire vérifier en +présence d'un officier de l'état-major, combien un chameau porte d'eau +dans les outres ordinaires. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798). + +_Au consul de la république à Tripoli._ + +Je profite du passage de la caravane pour vous faire part du succès de +la république à la bataille des Pyramides, où nous avons tué plus de +deux mille mameloucks. Je désire que vous fassiez connaître au bey de +cette régence, que la république française continuera à vivre en bonne +intelligence avec lui, comme elle l'a fait par le passé. Tous les sujets +du bey seront également protégés en Égypte; j'espère que de son côté, +il se comportera envers la république avec tous les égards qui lui sont +dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles que vous pourriez avoir +dans la Méditerranée. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798). + +_Au général Zaionscheck._ + +Vous avez bien fait, citoyen général, de faire fusiller cinq hommes des +villages qui s'étaient révoltés: je désire fort apprendre que vous avez +monté notre cavalerie. Le moyen le plus court, je crois, est celui-ci: +ordonnez que chaque village vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut +pas en recevoir de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la +proclamation de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront condamnés +à payer mille talaris d'amende. C'est un moyen infaillible, expéditif, +d'avoir les six cents chevaux qui vous seront nécessaires. En requérant +les chevaux, requérez les brides et selles, afin d'avoir tout de suite +un corps de cavalerie à votre disposition: c'est le seul moyen d'être +maître de ce pays. + +Vous pouvez garder sans inconvéniens le chef de bataillon du génie +Lazowski, qui vous est nécessaire. + +Le général Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième, part demain +ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kélioubé, et il se rendra +à Menouf, où il arrivera probablement le 21: j'ai donné l'ordre qu'on +embarquât sur une djerme, du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq +jours; il se rendra jusqu'à ..., d'où l'officier qui escorte ces djermes +fera partir ce pain à Menouf. Cependant, si vos fours sont achevés, il +serait essentiel que vous fissiez préparer du pain pour ce bataillon. +J'ai donné ordre à ce bataillon de séjourner deux jours à Menouf. Vous +en profiterez pour opérer le désarmement et tous les actes difficiles. + +À mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux différens +détachemens de dragons qui sont sous vos ordres, en tirant des reçus des +officiers. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798). + +_Au général Dupuis._ + +Je viens d'écrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution de +blé pour les pauvres de la grande mosquée. + +Il faudra se servir des magasins qui sont à Boulac et à Gizeh, +appartenans à ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait pas pour +contenir tous les effets provenant des maisons des mameloucks. J'ai +ordonné qu'un magasin servirait à deux commissions, tout comme une +commission doit faire la visite dans deux arrondissemens. + +Une grande vigilance est plus nécessaire pour la tranquillité de la +place, qu'une grande dissémination de troupes; quelques officiers +de service qui courent la ville, quelques sergens de planton qui se +croisent sur des ânes, quelques adjudans-majors qui visitent les +endroits les plus essentiels, quelques Francs qui se faufilent dans les +marchés et les différens quartiers, et quelques compagnies de réserve +pour pouvoir envoyer dans les endroits où il y aurait quelque trouble, +sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes fixées sur des places +et dans les carrefours. Si ce n'était la surveillance à exercer sur les +maisons de mameloucks, quatre cents hommes d'infanterie et cinquante +de cavalerie suffiraient pour le service de la place: en mettant trois +cents hommes pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents +hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont suffisans ici; +faites-moi remettre l'état des postes que vous occupez, et de tout le +service en détail. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798). + +_Au commissaire ordonnateur en chef._ + +Il m'a été présenté plusieurs états signés par des commissaires des +guerres, où ils paraissent légaliser des abus évidens et des prétentions +peu fondées. + +Je vous prie de leur écrire pour leur faire sentir combien ils sont +coupables, lorsqu'ils s'éloignent de ce que la loi prescrit. J'ai vu +un état où le commissaire des guerres demande une indemnité pour non +fourniture de vin. + +Je vous prie de faire un réglement pour ce qui est accordé par mois aux +demi-brigades et aux régimens, pour leur entretien. + +Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent pour +l'entretien pendant le temps qu'ils ont été embarqués. + +Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquième des hommes montés, +doivent-ils toucher une somme qui est jugée nécessaire pour un régiment +de huit cents chevaux? + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798). + +_Au général Reynier._ + +Vous partirez, citoyen général, avec le restant de votre division +pour vous rendre au village de El-Hanka, où se trouve déjà le général +Leclerc. + +L'état-major a dû vous donner l'ordre de partir avec six jours de +vivres, mais ils ne seront probablement pas prêts, et, si vous les +attendez, ils retarderaient considérablement votre marche. Laissez votre +commissaire des guerres et le troisième bataillon de la neuvième, afin +qu'ils vous conduisent des vivres dès l'instant qu'ils seront livrés. Ne +partez pas au moins avant que la division n'ait son pain pour la journée +de demain. + +Le général Leclerc a déjà fait construire un four, faites-en construire +deux autres. + +Les villages environnans, qui sont extrêmement riches, vous fourniront +de la farine, de la viande et des légumes pour votre division; +indépendamment de cela, j'ordonne qu'on vous complette vos six jours de +vivres et qu'on vous en fasse passer une plus grande quantité. + +Plusieurs scheicks sont réunis à Belbeis, avec Ibrahim-Bey, et l'on +pense que demain la caravane y sera arrivée; c'est ce qui m'a fait juger +votre présence nécessaire à El-Hanka, où, selon le rapport que l'on m'a +fait, vous vous trouverez juste à un jour de chemin du Caire à Belbeis. + +Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité de chameaux +pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il les renvoie, ainsi +que tous ceux qui vous porteront des vivres, afin de pouvoir continuer. + +Vous vous trouverez à El-Hanka au milieu de plusieurs tribus d'Arabes. +Faites ce qu'il vous sera possible pour leur faire entendre qu'ils n'ont +rien à gagner à nous faire la guerre, pour qu'ils nous envoient des +députations, et pour qu'ils vivent tranquilles sans nous attaquer; vous +leur enverrez de mes proclamations. + +Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous pourrait faire +Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le village de manière à être à +l'abri de toute insulte, et une heure avant le jour, vous ferez faire +des reconnaissances, afin d'être prévenu et de pouvoir me prévenir aussi +avant que la cavalerie ne soit sur vous. + +Vous interrogerez en détail tous les hommes qui viendraient de Belbeis +ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. Si la caravane se +présentait pour venir, vous l'accueillerez de votre mieux; mais vous +ne dissimulerez pas au boy qui l'escorte, s'il y était encore, que mon +intention est, comme je le lui ai fait écrire, qu'arrivés à la Coubé, +les mameloucks livrent leurs armes et leurs chevaux, excepté lui et les +siens. + +Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter à Belbeis, que la +construction de vos trois fours, et l'établissement d'une boulangerie à +El-Hanka; je vous recommande de veiller spécialement à la formation de +vos magasins de subsistances à El-Hanka, d'y faire réunir le plus de +légumes, blé et riz, qu'il vous sera possible. + +Je désire aussi que vous employiez les deux ou trois jours que vous +resterez à El-Hanka, à vous retrancher en crénelant quelques maisons, en +creusant quelques fossés. Mon intention est de faire occuper toujours ce +village par un bataillon. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798). + +_Au général Dugua._ + +Le général Murat me mande de Médié, qu'il a entendu quelque canonnade à +une lieue en avant de lui, et qu'il est parti avec le bataillon qu'il +commande pour connaître ce que c'était. + +Je désire que vous me fassiez partir un bataillon de la +soixante-quinzième, qui se rendra avec une pièce de canon jusqu'à +Kélioubeh, où est le général Murat. Si, en route, il apprenait que le +général Murat est rentré à son poste, et qu'il n'y a rien de nouveau, +il rentrera au camp; s'il n'apprend rien en route, il se rendra à +Kélioubeh, où il restera pendant la journée, et reviendra le lendemain +matin, à moins que le général Murat ne croie avoir des raisons pour le +retenir. + +Si le bataillon apprenait en route que le général Murat est aux mains +avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides porteur de la +présente, pour me faire part des renseignement qu'il aurait recueillis. + +Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. En +partant exactement à deux heures après minuit, elle arrivera à cinq +heures à Kélioubeh. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Le kyaya du pacha d'Egypte expédie à Constantinople un exprès: je vous +prie, citoyen général, de lui donner toutes les facilités nécessaires +pour son passage. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798). + +_À l'ordonnateur en chef._ + +Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter à vingt-cinq lieues +d'ici vers la Syrie. + +Moyennant les différens envois de farine que je vous ai demandés, +et ceux que l'état-major ordonne, nous serons en mesure pour les +subsistances; mais je vous prie de veiller à ce qu'on nous fasse les +envois demain, comme je le demande, de cinquante quintaux de riz, et +autant après-demain, ainsi que de dix-huit cents rations de pain. + +La police de la ville exigerait que le blé y fût maintenu à un bon prix. +Un moyen nécessaire serait que vous fissiez vendre tous les jours une +certaine quantité de blé au tarif. Cela nous procurerait de l'argent et +ferait un grand bien à la ville. + +Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en magasin la plus +grande quantité de farine que vous pourrez, et de faire faire, tant à +Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, la plus grande quantité possible +de biscuit: les mameloucks en faisaient faire dans la ville de fort +beau. Je désirerais que vous pussiez passer un marché avec les +boulangers de la ville, car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici +à dix jours, trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen +d'assurer les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de faim +dans nos opérations. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798). + +_Au général Desaix._ + +Je vais m'absenter, citoyen général, pour quelques jours de la ville du +Caire. + +Je donne ordre au général commandant de vous instruire de tous les +mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. Votre +division, dans la position où elle se trouve, a le double but: 1°. de +garantir la province de Gizeh; 2°. de former une réserve pour le Caire. + +La commission provisoire, composée des citoyens Monge, Berthollet et +Magallon, s'adressera à vous pour avoir tous les sauf-conduits qu'elle +jugera à propos d'accorder aux femmes des mameloucks, et moyennant les +traités particuliers qu'elle conclura avec elles. + +Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre commissions +chargées de faire les inventaires et de dépouiller les maisons des beys. +Ces officiers me rendront compte tous les jours de la manière dont s'est +faite l'opération; ils doivent d'ailleurs laisser faire entièrement les +commissaires. S'ils apercevaient des abus, ils vous les dénonceraient et +vous y apporteriez remède. + +Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous les jours de la +séance du divan. + +Je donne ordre au commandant de la place de faire partir tous les jours +cinquante ou soixante hommes avec un officier pour me porter de vos +dépêches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de +l'adjudant-général qui reste à l'état-major. + +Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position des esprits au +Caire, et vous ferez faire à votre division et à la garnison tous les +mouvemens que les circonstances exigeront. + +Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de ne me +l'expédier que fortement escorté. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 août 1798). + +_À Ibrahim-Bey._ + +La supériorité des forces que je commande ne peut plus être contestée: +vous voilà hors de l'Egypte et obligé de passer le désert. + +Vous pouvez trouver dans ma générosité la fortune et le bonheur que le +sort vient de vous ôter. + +Faites-moi de suite connaître votre intention. + +Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi porteur de +votre réponse; je l'accepte volontiers comme médiateur. + +BONAPARTE. + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798). + + [5]Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national, + général en chef de l'armée d'Orient, et de plusieurs + muphtis et imans, dans l'intérieur de la grande pyramide, + dite pyramide de Chéaps. + +Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la république française, une et +indivisible, répondant au 28 de la lune de Mucharem, l'an de l'hégire +1213, le général en chef, accompagné de plusieurs officiers de +l'état-major de l'armée et de plusieurs membres de l'Institut national, +s'est transporté à la grande pyramide, dite de Chéaps, dans l'intérieur +de laquelle il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés de +lui en montrer la construction intérieure. À neuf heures du matin, il +est arrivé avec sa suite, sur la croupe des montagnes de Gizeh, +au nord-ouest de Memphis. Après avoir visité les cinq pyramides +inférieures, il s'est arrêté avec une attention particulière à la +pyramide de Chéaps, dont les membres de l'Institut ont à l'instant +déterminé, par des figures trigonométriques, la hauteur perpendiculaire. + +Cette hauteur s'est trouvée être d'environ cent cinquante-cinq mètres +(près de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui est près du double de +celle des monumens les plus élevés de l'Europe[6]. + +Le général et sa suite ayant pénétré dans l'intérieur de la pyramide, +ont trouvé d'abord un canal de cent pieds de long et de trois pieds de +large, qui les a conduits, par une pente rapide, vers les vallées qui +servaient de tombeau au Pharaon qui érigea ce monument. Un second canal +fort dégradé, et remontant vers le sommet de la pyramide, les a menés +successivement sur deux plates-formes, et de là, à une galerie voûtée, +de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant au vestibule du +tombeau. C'est une vallée voûtée, d'environ dix-sept pieds de long sur +quinze de large, dans un des murs de laquelle on remarque la place d'une +momie que l'on croit avoir été l'épouse du Pharaon. + +On voit dans cette vallée la trace des fouilles faites avec violence par +les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la pyramide, et qui croyait +que ces lieux recelaient un trésor. L'effet des mêmes tentatives se +remarqua dans une seconde salle, perpendiculaire à la première, et plus +haute de cent pieds, où l'on croit qu'était le corps du Pharaon. + +Cette dernière salle, à laquelle le général en chef est enfin parvenu, +est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur seize de large et +dix-neuf de haut. On ignore ce que les Arabes spoliateurs découvrirent +dans ce sanctuaire de la pyramide; le général n'y a trouvé qu'une caisse +de granit, d'environ huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui +renfermait sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le bloc +de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et imans, Suleiman, +Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en présence de sa suite, la +conversation suivante: + +_Bonaparte._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Voici +un grand ouvrage de main d'hommes! Quel était le but de celui qui fit +construire cette pyramide? + +_Suleiman._ C'était un puissant roi d'Egypte, dont on croit que le +nom était Chéaps. Il voulait empêcher que des sacriléges ne vinssent +troubler le repos de sa cendre. + +_B._ Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que son corps +retournât aux élémens. Penses-tu qu'il ne fit pas mieux? le penses-tu? + +_S._ (s'inclinant): Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due. + +_B._ Honneur à Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir cette +pyramide et troubler la cendre des morts? + +_Muhamed._ On croit que c'est le commandeur des croyans Mahmoud, qui +régnait il y a plusieurs siècles à Bagdad; d'autres disent le renommé +Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse paix!) qui croyait y trouver des +trésors; mais quand on fut entré par ses ordres dans cette salle, la +tradition porte qu'on n'y trouva que des momies, et sur le mur cette +inscription en lettres d'or: _l'impie commettra l'iniquité sans fruit, +mais non sans remords._ + +_B._ Le pain dérobé par le méchant remplit sa bouche de gravier. + +_M._ (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse. + +_B._ Gloire à Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; Mohamed est +son prophète, et je suis de ses amis. + +_S._ Salut de paix sur l'envoyé de Dieu. Salut aussi sur toi, invincible +général, favori de Mohamed. + +_B._ Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les délices de mon +esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophète et je compte, +avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son tombeau dans la ville +sacrée; mais ma mission est auparavant d'exterminer les mameloucks. + +_Ibrahim._ Que les anges de la victoire balayent la poussière sur ton +chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a mérité la mort. + +_B._ Il a été frappé et livré aux anges noirs Moukir et Quarkir. Dieu, +de qui tout dépend, a ordonné que sa domination fût détruite. + +_S._ Il étendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, les +chevaux de l'Egypte. + +_B._ Et sur les esclaves les plus belles, très-saint muphti. Allah a +desséché sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il montré le bail que +Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux pour le peuple. + +_Ib._ O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa[7], Allah t'a fait +suivre de l'ange exterminateur pour délivrer sa terre d'Egypte. + +_B._ Cette terre était livrée à vingt-quatre oppresseurs rebelles au +grand sultan notre allié (que Dieu l'entoure de gloire), et à dix mille +esclaves venus du Caucase et de la Géorgie. Adriel, ange de la mort, a +soufflé sur eux; nous sommes venus, et ils ont disparu. + +_M._ Noble successeur de Scander[8], honneur à tes armes invincibles et +à la foudre inattendue qui sort du milieu de tes guerriers à cheval[8]. + +_B._ Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des hommes? le +crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par le génie de la guerre._ + +_Ib._ Nous reconnaissons à tes oeuvres, Allah qui t'envoie. Serais-tu +vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et tous les pays voisins +retentissent de tes miracles. + +_B._ Un char céleste montera par mes ordres jusqu'au séjour des nuées[10] +et la foudre descendra vers la terre le long d'un fil de métal[11] dès +que je l'aurai commandé. + +_S._ Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompée, le jour +de ton entrée triomphale à Scanderieh[12], et qui est resté desséché sur +le socle de la colonne, n'est-ce pas encore un prodige opéré par ta +main? + +_B._ Lumière des fidèles, vous êtes destinés à voir, encore de plus +grandes merveilles; car les jours de la régénération sont venus. + +_Ib._ La divine unité te regarde d'un oeil de prédilection, adorateur +d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophète. + +_B._ Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu et qui fait de +bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera sauvé? + +_Suleiman, Muhamed, Ibrahim_ (ensemble en s'inclinant): Il l'a dit. + +_B._ Et si j'ai tempéré par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire d'Issa, +en diminuant ses possessions terrestres pour lui amasser des trésors +célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre gloire à Dieu, dont la +miséricorde est infinie? + +_M._ (d'un air interdit): Le muphti de Rome était riche et puissant; +mais nous ne sommes que de pauvres muphtis. + +_B._ Je le sais: soyez sans crainte; vous avez été pesés dans la +balance de Balthazar et vous avez été trouvés légers. Cette pyramide ne +renfermait donc aucun trésor qui vous fût connu? + +_S._ (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons par la +cité sainte de la Mecque. + +_B._ Malheur, et trois fois malheur à ceux qui recherchent les richesses +périssables, et qui convoitent l'or et l'argent, semblables à la Loue! + +_S._ Tu as épargné le vicaire d'Issa et tu l'as traité avec clémence et +bonté. + +_B._ C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse ses désirs +quand ils seront réglés par la raison et la vérité); mais il a tort de +condamner au feu éternel tous les Musulmans, et Allah défend à tous +l'intolérance. + +_Ib._ Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au milieu de nous +pour réchauffer la foi des faibles et rouvrir aux fidèles les portes du +septième ciel. + +_B._ Vous l'avez dit, très-zélés muphtis, soyez fidèles à Allah, le +souverain maître des sept d'eux merveilleux, à Mohamed son vizir, qui +parcourut tous ces cieux dans une nuit. Soyez amis des Francs, et Allah, +Mohamed et les Francs vous récompenseront. + +_Ib._ Que le prophète lui-même te fasse asseoir à sa gauche le jour de +la résurrection, après le troisième sou de la trompette. + +_B._ Que celui-là écoute, qui a des oreilles pour entendre. L'heure +de la résurrection politique est arrivée pour tous les peuples qui +gémissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, mullahs, derviches, +kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. Encouragez-le à se joindre à +nous pour achever d'anéantir les beys et les mameloucks. Favorisez +le commerce des Francs dans vos contrées, et leurs entreprises pour +parvenir d'ici à l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepôts dans +vos ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite entre +les enfans d'Issa; telle est la volonté de Mohamed. Les trésors, +l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage, en attendant +que vous montiez au septième ciel, et qu'assis aux côtés des houris aux +yeux noirs, toujours jeunes et toujours pucelles, vous vous reposiez à +l'ombre du laba, dont les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais +Musulmans tout ce qu'ils pourront désirer. + +_S._ (s'inclinant): Tu as parlé comme le plus docte des mullahs. Nous +ajoutons foi à tes paroles, nous servirons ta cause, et Dieu nous +entend. + +_B._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut de paix sur +vous, très-saints muphtis! + +Le général est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide de Chéaps, +et il est retourné au Caire, laissant les autres membres de l'institut +national occupés à terminer leurs Observations. + + +[Footnote 5: Ce morceau a été publié dans le no. LXVII du Moniteur, le +7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticité ait été +discutée, nous n'avons pas cru devoir omettre une pièce aussi curieuse +et qui donne une si juste idée du caractère de Bonaparte et des moyens +qu'il employait avec tant d'habileté pour rapper l'imagination déjà si +irritable des habitans de l'Egypte.] + +[Footnote 6: Cette assertion n'est pas exacte. La flèche de Strasbourg, +qui est le monument le plus élevé de l'Europe, a quatre cent vingt-huit +pieds quatre pouces, on à peu près cent trente-huit mètres de hauteur, y +compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, à quatre +cent vingt-un pieds d'élévation, ou à peu près cent trente-six mètres. +On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mètres de différence entre la +pyramide de Chéaps et la flèche de Strasbourg. Voyez à ce sujet les +mesures des principaux édifices de l'Europe, consignées dans le +_Voyage d'Italie_, par Lalande; édition de 1769, tome IV, pages 62 et +suivantes.] + +[Footnote 7: Jésus-Christ.] + +[Footnote 8: Alexandre.] + +[Footnote 9: L'artillerie volante, qui a beaucoup étonné les +mameloucks.] + +[Footnote 10: Les aérostats, inconnus en Egypte.] + +[Footnote 11: Les phénomènes de l'électricité, les paratonnerres.] + +[Footnote 12: Alexandrie.] + + + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798). + +_Au général Leclerc._ + +Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien témoigner aux septième de +hussards, vingt-deuxième de chasseurs, troisième et cinquième de dragons +ma satisfaction de la conduite qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse +qu'ils ont faite sur l'arrière-garde des mameloucks[13], auxquels ils ont +tué et blessé beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et pris +deux pièces de canon. + +Je donne l'ordre à l'état-major pour qu'on fasse reconnaître comme chef +de brigade le citoyen d'Estrées, comme chef d'escadron le capitaine +Renaud, comme capitaine le citoyen Leclerc, lieutenant du septième de +hussards, et comme lieutenant le sous-lieutenant des guides, Dallemagne. + +Je vous prie de me faire passer dans la journée la liste des officiers +et des soldats des quatre corps qui se sont distingués et qui méritent +un avancement particulier. + +BONAPARTE. + +[Footnote 13: Il est question du combat de Salchich.] + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798). + +_Au citoyen Leturq._ + +Le général Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure que vous +avez montrée et de la conduite que vous avez tenue dans la journée +d'hier. Vous vous êtes souvent distingué dans la campagne d'Italie, et +je vous donnerai incessamment l'avancement que vous méritez. + +BONAPARTE. + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798). + +_À la commission de commerce._ + +Je vous autorise, citoyens, à conclure définitivement et à signer les +arrangemens que vous ferez avec les différentes femmes des beys et des +autres mameloucks pour le rachat de leurs effets: vous délivrerez des +sauf-conduits à celles qui consentiront à un accommodement. + +BONAPARTE. + + + +Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798). + +_Au général du génie._ + +Mon intention est, citoyen général, de réunir à Salehieh des magasins de +bouche et de guerre suffisans pour pourvoir aux besoins d'une armée de +trois cent mille hommes pendant un mois. + +Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi précieux +soient contenus dans une forteresse qui les mette à l'abri d'être +enlevés par une attaque de vive force, et qui fasse que les sept ou huit +cents hommes de garnison obligent l'ennemi à un siége d'autant plus +pénible, qu'il ne peut charrier son artillerie qu'après un passage de +neuf jours dans le désert. + +Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le juge +nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir pendant +long-temps les corps de l'ennemi éloignés, soit pour pouvoir protéger un +corps d'armée inférieur, mais trop considérable pour y tenir garnison. + +Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manière à +ce que, d'ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse eût déjà +l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec une garnison plus +nombreuse que celle que l'on sera obligé d'y tenir, lorsqu'elle sera +achevée, les magasins pussent déjà être à l'abri d'une attaque de vive +force. + +Vous laisserez à Salehieh assez d'ingénieurs pour confectionner lesdits +travaux avec promptitude, et pour pouvoir suffire aux reconnaissances +qui serviront à déterminer la position précise de Salehieh par rapport à +la mer, à Mansoura, a Damiette, à l'inondation du Nil, et aux canaux du +Nil qui peuvent porter bateau. + +Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-général qui +est à Salehieh, de verser 10,000 fr. à la disposition de l'officier +supérieur du génie que vous laisserez à Salehieh pour le commencement +desdits travaux. + +BONAPARTE. + + + +Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798). + +_Au général de l'artillerie._ + +Mon intention, citoyen général, est d'établir une forteresse à Salehieh +qui puisse mettre à l'abri de toute insulte les magasins de bouche et de +guerre que j'ai l'intention d'y réunir: vous vous concerterez avec +le général du génie pour tous les établissemens d'artillerie, +indépendamment des magasins nécessaires à l'approvisionnement pour trois +ou quatre pièces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches. + +Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez à la +disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez dudit +établissement, pour commencer à travailler de suite. + +BONAPARTE. + + + +Le 16 thermidor an 6 (13 août 1798). + +_Au général Reynier._ + +Mon intention est, citoyen général, que le génie et l'artillerie +travaillent à la construction d'une forteresse qui mette les magasins +que j'ai l'intention de réunir à Salehieh à l'abri d'une attaque de vive +force, et dans le cas d'être gardés par moins de mille hommes. + +Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous occupiez en +force le point désigné, et que vous envoyiez des espions en Syrie pour +vous tenir au fait de tous les mouvemens que l'on pourrait faire de ce +côté-là. + +Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, qui est plus +à même d'en recevoir par mer, et vous reconnaîtrez bien la position de +Salehieh par rapport à la mer et aux différens canaux du Nil. + +Le général Dugua, avec sa division, va à Mansoura, et le général Vial va +à Damiette. Quand vous aurez reconnu la route qui de la mer conduit à +Salehieh, on pourra ordonner à une frégate et à un ou plusieurs avisos +de se tenir toujours à portée de ce point, et l'on pourra par là vous +faire passer du vin, du canon, des outils, que nous avons à Alexandrie, +ainsi que les bagages de votre division. + +Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, le plus de mes +proclamations que vous pourrez, et vous prendrez des mesures pour que +tous les voyageurs qui arrivent de Syrie vous soient amenés, afin que +vous puissiez les interroger. + +Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez encore +d'administratives à remplir, en organisant la province de Salehieh dont +le chef-lieu est à Belbeis. + +Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec toutes les +tribus arabes, afin de connaître les camps qu'ils occupent, les champs +qu'ils cultivent, et dès lors le mal que vous pourrez leur faire +lorsqu'ils désobéiront à vos ordres. + +Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur ôter le plus +de chevaux possible; le second de les désarmer. + +Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ôter leurs chevaux +que peu à peu, en en demandant d'abord une certaine quantité pour +remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, il sera possible de prendre +d'autres mesures; mais auparavant il faut que vous vous occupiez de +connaître les intérêts qui les lient à nous; ce qui seul vous fera +connaître les menaces et le mal que vous pouvez leur faire. + +Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir subvenir aux +dépenses extraordinaires d'espions à envoyer en Syrie. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Dupuy._ + +Vous voudrez bien, citoyen général, prendre de nouvelles précautions +pour vous assurer que Coraïm ne vous échappera pas: après quoi vous lui +ferez subir un interrogatoire, dans lequel vous lui demanderez qu'il +réponde positivement: 1°. a-t-il écrit à Mourad-Bey depuis qu'il nous a +juré fidélité? 2°. à quels mameloucks a-t-il écrit depuis qu'il nous a +juré fidélité? 3°. quelle espèce de correspondance a-t-il eue avec les +Arabes de Bahiré? + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Dupuy._ + +Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître ce qu'a produit le +désarmement. + +Je désirerais également connaître les mesures efficaces que vous pensez +qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: vous pourrez faire +prendre tous les chevaux, armes et chameaux qui pourraient se trouver +dans les maisons des femmes avec lesquelles nous avons traité. Ces trois +objets sont objets de guerre. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Ganteaume._ + +Le tableau de la situation dans laquelle vous vous êtes trouvé, +citoyen général, est horrible. Quand vous n'avez point péri dans cette +circonstance, c'est que le sort vous destine à venger un jour notre +marine et nos amis; recevez-en mes félicitations: c'est le seul +sentiment agréable que j'aie éprouvé depuis avant-hier. J'ai reçu, à +mon avant-garde, à trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a été +apporté par l'aide-de-camp du général Kléber. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous prendrez, citoyen général, le commandement de tout ce qui reste de +notre marine, et vous vous concerterez avec l'ordonnateur Leroy pour +l'armement et l'approvisionnement des frégates _l'Alceste_, _la Junon_, +_la Carrère_, _la Muiron_, les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_, et +toutes les autres frégates, bricks ou avisos qui nous restent. + +Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce qu'il vous sera +possible pour retirer de la rade d'Aboukir les débris qui peuvent y +rester. + +Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de là pour +Ancolie, les dépêches que porte le courrier que j'ai expédié il y a +quinze jours du Caire, et que l'on m'assure être encore à Rosette. Vous +adresserez au ministre de la marine une relation de l'affaire, telle +qu'elle a eu lieu. + +Je brûle du désir de conférer avec vous; mais, avant de vous donner +l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques jours, mon intention +étant, s'il est possible, de me porter moi-même à Alexandrie. + +Envoyez-moi l'état des officiers, des matelots et des bâtimens qui nous +restent. + +Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prévenir de suite Malte +et Corfou de ce qu'aura fait le général Villeneuve, afin que ces îles se +tiennent en surveillance et à l'abri d'une surprise. + +Je pense bien qu'à l'heure qu'il est, les Anglais se seront retirés avec +leur proie. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798) + +_Au citoyen Leroy,_ + +Je vous envoie par une chaloupe canonnière 100,000 fr. pour servir aux +travaux les plus pressans de la marine. Il est indispensable que vous +vous concertiez avec le contre-amiral Ganteaume pour armer en guerre _le +Dubois_, le _Causse_, _la Carrère_, _la Muiron_; il faudra doubler +en cuivre les deux dernières, qui doivent avoir le doublage. Le +contre-amiral Ganteaume nommera au commandement de ces différens +bâtimens. Vous ne devez pas être embarrassé d'en organiser les équipages +avec les débris de l'escadre. + +J'imagine que _l'Alceste_ n'a besoin de rien. Vous aurez déjà sans doute +fait travailler à _la Junon_. Dès l'instant que vous aurez des nouvelles +de la route qu'aura tenue le contre-amiral Villeneuve, vous me la ferez +connaître. Envoyez-moi aussi l'état de tous les bâtimens et de tous les +matelots échappés, soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent à +Rosette. + +Indépendamment des sommes que le général Kléber vous fera remettre des +contributions d'Alexandrie et de celles qui nous reviendront de la +contribution frappée à Damiette, je vous ferai toucher toutes les +décades 100,000 fr. Il est arrivé à Rosette cinquante djermes chargées +de blés et de légumes, que, dès mon arrivée au Caire, j'avais envoyées à +l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre au général +Menou de les tenir à votre disposition, et de faire tout ce qu'il pourra +pour les faire passer à Alexandrie. Faites de votre côté tout ce qui +sera possible pour favoriser ce passage, afin que vous ayez à Alexandrie +les approvisionnemens nécessaires pour cette grande quantité d'hommes. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Vous devez sans doute, à l'heure qu'il est, avoir reçu la réponse a +toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp Julien, qui est +parti d'ici, il y a douze jours. + +J'ai appris la journée du 14, avant-hier 26, par votre aide-de-camp, qui +m'a trouvé à Salehieh, à trente-trois lieues du Caire. Je n'ai pas perdu +un instant à m'y rendre. + +Je vous ai écrit souvent, et comme la plupart de vos lettres me sont +parvenues toutes à la fois, j'espère qu'il en aura été de même des +miennes. + +J'ai envoyé l'adjudant-général Brives à Rahmanieh avec un bataillon. + +Vous devez avoir reçu une grande quantité de monde aujourd'hui à +Alexandrie. + +J'envoie 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy pour les premiers besoins de +l'armement. + +J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les vivres que l'on +y avait envoyés pour l'approvisionnement de l'escadre. + +Après cinq ou six marches, nous avons poussé Ibrahim-Bey dans les +déserts de Syrie; nous avons dégagé une partie de la caravane qu'il +avait retenue, et lui-même avec tous ses trésors et ses femmes a failli +tomber en notre pouvoir. + +Il nous reste encore à détruire Mourad-Bey, qui occupe la Haute-Égypte, +et à soumettre l'intérieur du Delta, où plusieurs partisans des beys se +trouvent encore les armes à la main. + +L'argent est extrêmement rare dans ce pays, et j'ai ordonné à +l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume de pousser le plus +vivement qu'ils pourront l'armement des vaisseaux _le Dubois_ et _le +Causse_, et celui des avisos, bricks ou frégates qui nous restent +encore. + +L'adjudant-général Brives et sa colonne sont à vos ordres: si les +Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent nos +communications avec Rosette, il devient indispensable d'occuper les +villages d'Aboukir en force, afin que vous puissiez communiquer avec +Rosette par terre. + +Le général Manscourt se rend à Alexandrie: c'est un général d'artillerie +qui pourra vous servir pour l'armement de la côte; il pourra d'ailleurs +prendre des renseignemens sur le pays, pour vous remplacer lorsque les +circonstances permettront que vous nous rejoigniez. + +Je ferai filer des troupes dès l'instant que cela sera possible, du +côté de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais vous devez, d'ici à +plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi tirez parti de vos propres +forces. + +Je n'ai point reçu de vos lettres depuis celles que m'a remises votre +aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'à quel point les Anglais ont été +maltraités, et quelle est la quantité de troupes et d'équipages qui +s'est réfugiée à Alexandrie. + +J'ai écrit à Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous les détails +de cette affaire, afin que ces îles restent en surveillance. L'on +m'apprend que le courrier que j'ai expédié d'ici, il y a quinze jours, +est encore à Rosette. J'ai écrit au contre-amiral de l'expédier le plus +tôt possible pour Corfou, d'où il passera en Italie. Coraïm est arrivé +ici; je l'ai fait enfermer. Vous ne devez pas avoir eu de difficulté +à avoir les 300,000 fr auxquels j'ai imposé Alexandrie; il faudra +cependant soustraire de cette somme 100,000 fr. que vous avez déjà +touchés. + +Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et chaque jour +y porte une amélioration considérable. Je suis fondé à penser que, +quelques jours encore, nous commencerons à être maîtres du pays. + +L'expédition que nous avons entreprise exige du courage de plus d'un +genre. Le général de brigade Vial occupe Damiette. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Menou._ + +Vous ferez partir, citoyen général, pour Alexandrie tous les blés et +autres approvisionnemens qui étaient chargés sur les djermes, et qui +étaient destinés pour l'escadre. + +Vous devez avoir reçu plusieurs de mes lettres par mon aide-de-camp +Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours. + +Dans une, je vous disais de percevoir une contribution de 100,000 fr. +sur le commerce de Rosette, pour subvenir à nos besoins. + +La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de vos lettres: +veillez, je vous prie, à ce qu'aucun courrier ne parte de Rosette sans +aller vous demander vos ordres, et qu'il y ait toujours un billet de +vous ou d'un officier de votre état-major. + +L'aide-de-camp du général Kléber ne m'a appris que le 26, à Salehieh, où +je me trouvais, la nouvelle de la journée du 14. + +Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espère cette nuit recevoir de vos +lettres qui m'instruisent de la perte réelle des Anglais. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Je vous préviens, citoyen général, que j'ai donné ordre de vous envoyer +15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui dans la même caisse que les +100,000 fr. de l'ordonnateur Leroy. + +Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux officiers de +l'armée navale qui auraient le plus de besoins. Vous garderez 3,000 fr. +pour vos besoins particuliers. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798). + +_Au général Menou._ + +Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour distribuer +aux individus de l'escadre qui auraient le plus de besoins et qui se +seraient réfugiés à Rosette, et pour activer l'arrivée au Caire de tous +les objets nécessaires à l'armée, et à Alexandrie, de tous les objets +nécessaires à son approvisionnement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798). + +_Au général Zayonscheck._ + +J'ai reçu, citoyen général, à mon retour de Salehieh, votre lettre. +J'espère qu'après les avantages que nous avons remportés sur +Ibrahim-Bey, que nous avons poussé à plus de quarante lieues, et obligé +de passer le désert de Syrie, après l'avoir blessé et après avoir tué +Aly-Bey, les habitans de votre province deviendront plus traitables. + +Le général Dugua, qui doit être arrivé à Mansoura, se rendra lui-même +à Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province de Garbié. Le général +Fugières s'y rendra dès l'instant qu'il saura que le général Dugua est +en marche; cela nécessitera quelques jours encore sa présence à Menouf. + +Je n'ai pas vu avec plaisir la manière avec laquelle vous vous êtes +conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on ménage ces gens-là et +qu'on ait des égards pour eux. Prononcez les sujets de plainte que vous +avez contre lui, je le ferai remplacer. + +Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter le divan sans +avoir approfondi s'il était coupable ou non; il a fallu le relâcher +douze heures après: ce n'est pas le moyen de se concilier un parti. +Étudiez les peuples chez lesquels vous êtes, distinguez ceux qui sont +les plus susceptibles d'être employés; faites quelquefois des exemples +justes et sévères, mais jamais rien qui approche du caprice et de la +légèreté. Je sens que votre position est souvent embarrassante, et je +suis plein de confiance dans votre bonne volonté et votre connaissance +du coeur humain; croyez que je vous rends la justice qui vous est due. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798). + +_Au général Rampon._ + +Je vous envoie, citoyen général, des souliers et du biscuit; on vous a +envoyé des cartouches. + +Le général Desaix, avec sa division, s'embarque dans la nuit de demain +pour se rendre à Benecouef: par-là vous vous trouverez couvert, et +reprendrez sans inconvénient la position d'Alfieli, et punirez le +scheick de la conduite perfide qu'il a tenue. + +Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que vous +commandez, pour douter qu'ils ne fussent fâchés que je donnasse à +d'autres le soin de les venger de la trahison infâme des habitans +d'Alfieli. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 août 1798) + +_Au général Chabot._ + +Je reçois, citoyen général, votre lettre du 25 messidor: j'y vois que +_le Fortunatus_ est arrivé avec deux bâtimens chargés de bois; je vous +prie de continuer à nous en envoyer. + +Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, est arrivé à +Corfou. + +Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours et +approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, félicitez-le, de +ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette circonstance, en +conservant à la république un aussi bon officier et d'aussi bons +bâtimens. + +Vous lui direz que je désire qu'il fasse armer le plus tôt possible le +bâtiment de guerre qui est à Corfou, et qu'il envoie l'ordre a Ancône +pour que les trois bâtimens de guerre et les frégates qui y sont, +se rendent également à Corfou, afin de pouvoir ainsi commencer à +réorganiser une escadre. Nous faisons armer les vaisseaux et les +frégates qui se trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux +de guerre et frégates, partis de Toulon, vont arriver à Malte, où il y a +également quelques vaisseaux de guerre et frégates: mon intention est de +réunir tous ces vaisseaux à Corfou. + +Écrivez de ma part au général Brune, pour qu'il fasse mettre, sur +nos vaisseaux d'Ancône, de bonnes garnisons de troupes, et mettez-en +vous-même sur ceux qu'a amenés le contre-amiral Villeneuve. Je ne lui +écris pas à lui-même, parce que je ne suis pas assuré qu'il se trouve à +Corfou; mais s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici +va parfaitement bien, et commence même à s'organiser: notre conquête se +consolide tous les jours. + +Faites-moi connaître, le plus souvent que vous pourrez, ce qui se passe +en Turquie, et surtout du côté de Passwan-Oglou. En général, quand vous +m'écrirez, envoyez-moi les journaux que vous aurez, et une note de ce +que vous aurez appris, car ici nous sommes très-souvent sans nouvelles +de France. + +J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre division. Les +troupes qui vous sont arrivées, sont un renfort bien précieux dans ce +moment-ci. + +Faites faire la plus grande quantité de biscuit que vous pourrez; je +vous enverrai des blés le plus tôt qu'il me sera possible; d'ailleurs, +je vois par votre état de situation, que vous en avez sept cents +quintaux, en approvisionnement de siège. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798). + +_Au général Marmont._ + +Vous vous rendrez, citoyen général, le plus tôt possible à Rosette. + +En passant à Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-général +Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, soit de la +province de Damanhour. + +Si l'expédition que j'ai ordonnée sur le Damanhour n'avait pas réussi, +vous débarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez le commandement de +toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez les attroupemens de toute +la province de Damanhour, et puniriez les habitans de cette ville pour +la manière dont ils se sont conduits avec le général Dumuy. + +Si, comme je dois le présumer, il n'y a rien de nouveau à Rahmanieh, et +que l'adjudant-général Brives soit à Damanhour ou à Rahmanieh, vous lui +donnerez de vos nouvelles en l'instruisant que le but de votre mission +est d'entretenir la communication du canal de Rahmanieh à Alexandrie, +afin que les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette à +Alexandrie. + +Arrivé a Rosette, votre premier soin sera de visiter la barre du Nil, et +de vous assurer si l'on y a placé les batteries et chaloupes nécessaires +pour le mettre à l'abri des corsaires et chaloupes anglaises. + +Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou pour les opérations +qu'il jugera à propos de faire, soit pour la sûreté de la ville, soit +pour celle des villages environnans: de là vous vous rendrez à Aboukir; +vous verrez s'il y a quelque chose à faire pour perfectionner les +retranchemens du fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir à +Rosette. + +De là vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous trouverez sous les +ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans cette ville, soit +pour les mesures qu'il voudrait prendre dans la ville, soit pour quelque +opération contre les Arabes, soit pour quelque opération le long du +canal qui va à Rahmanieh. Mon intention est que, de retour à Aboukir +et à Rosette, vous restiez dans cette dernière ville, jusqu'à ce que +l'escadre anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit à +peu près rétablie. + +Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne mobile propre +à observer les mouvemens de l'escadre anglaise, et à assurer la bouche +du Nil de la branche de Rosette, d'empêcher toute communication entre +les Anglais et les Arabes par Aboukir, de rendre facile la communication +de Rosette à Aboukir, d'offrir une réserve pour dissiper les +rassemblemens qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir +la ville de Damanhour, et enfin de protéger l'écoulement des eaux le +long du canal, le seul qui procure de l'eau à Alexandrie. + +Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mémoire sur le temps où les eaux +entrent dans ce canal, sur les obstacles que les Arabes pourraient +mettre à l'écoulement des eaux, et sur la situation de la province de +Rahmanieh. + +J'ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui se trouvent +à Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. Vous me ferez +connaître spécialement si le canal qui va de Rahmanieh à Alexandrie peut +porter des djermes. + +Je vous ordonne, à votre retour à Alexandrie, de rester à Rosette de +préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous pussiez vous porter +entre les deux branches du Nil, et vous opposer aux incursions que +pourraient faire les Anglais pour tenter de s'approvisionner de Rosette, +d'Aboukir et d'Alexandrie. + +Vous m'écrirez, dans le plus grand détail, pour me faire connaître la +situation des Anglais, et la manière dont notre escadre s'est comportée +dans le combat. + +En parlant, soit aux généraux, soit aux marins, soit aux soldats, vous +aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut encourager. + +Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral +Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu'il pense que feront les +Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, ce qu'il pense de la +conduite de notre escadre et de celle des Anglais. Témoignez-lui +l'estime que j'ai pour lui et le plaisir que j'ai eu à apprendre qu'il +était sauvé. + +Vous direz à Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il pourra à +Damanhour et à Rosette, en y envoyant soit du blé, soit de la viande. + +Je m'en rapporte à votre zèle et à vos talens pour la conduite que vous +tiendrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 août 1798). + +_Au général Perrée._ + +Vous partirez, citoyen général, cette nuit, avec deux bâtimens armés, +et la quantité de djermes nécessaires pour porter la colonne du général +Marmont. + +Arrivé à Rosette, vous me rendrez compte si les batteries que l'on y +a établies, sont suffisantes pour empêcher les avisos et chaloupes +anglaises de venir nous troubler. + +Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont à Rosette, tous les +détails sur le combat de l'escadre, et vous me les ferez connaître; vous +irez à Aboukir avec le général Marmont, afin de prendre une connaissance +exacte sur la position qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui +sont brûlés, de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou +de ce qu'ils ont l'air de faire. + +Vous ferez partir de Rosette _la Cisalpine_, que vous enverrez en +Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, que s'il me +rapporte la réponse de Paris à ce courrier, je lui donnerai mille louis. + +Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit tenir. + +Vous resterez, jusqu'à nouvel ordre, à Rosette, afin de faciliter autant +qu'il sera possible la communication par mer d'Alexandrie à Rosette, +celle de Rosette au Caire, et de me faire parvenir promptement les +nouvelles intéressantes qu'il pourrait y avoir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798). + +_Au général Menait._ + +Ce soir, le général de brigade Marmont, avec la quatrième demi-brigade, +part pour se rendre à Rosette et y observer les mouvemens des Anglais. + +Le contre-amiral Perrée se rend à Rosette avec deux avisos; j'espère que +dès l'instant que le général Marmont sera arrivé à Rosette, on pourra +empêcher les Anglais d'avoir aucune communication avec les Arabes. + +J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers avait +été arrêté par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu l'esprit de jeter +ses paquets à la mer. J'ai appris également indirectement que deux cents +hommes étaient arrivés d'Alexandrie à Rosette, J'en vous veux un peu de +mal de ce que ce n'est pas vous ou votre état-major qui m'ayez fait +part de ces nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les +moindres choses sont essentielles. + +L'adjudant-général Jullien et l'aide-de-camp du général Kléber, avec +une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie est destinée pour le +citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, sont partis avant-hier, sur un +aviso; ils doivent être arrivés à l'heure qu'il est. + +Écrivez-moi, je vous prie, citoyen général, souvent et longuement; +faites passer à Alexandrie la plus grande quantité de riz qu'il vous +sera possible. + +Je n'ai pas encore reçu le plan que j'avais tant recommandé que l'on +m'envoyât promptement, de Rosette à la mer. + +Tout ici va parfaitement bien. La fête que l'on y a célébrée pour +l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798). + +_Au général Reynier._ + +Je reçois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez +qu'Ibrahim-Bey était, le 27, à plusieurs journées de Salehieh. + +Je vous ai envoyé du riz, de la farine et quatre mille rations de bon +biscuit; j'imagine qu'à l'heure qu'il est, vos fours sont faits, et que +vous ne manquez point de pain. + +Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquée est extrêmement +sage; vous avez dû recevoir six pièces de canon turques qui vous +serviront à cet objet. + +Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce que cela vous +priverait des moyens de vous approvisionner. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 août 1798). + +_Au consul français à Tripoli._ + +J'ai reçu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis la prise +de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu les mameloucks, pris le +Caire, et nous nous sommes emparés de toute l'Égypte. + +Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment la supériorité +dans ces mers, ce qui m'engage à vous prier d'expédier un courrier pour +se rendre, soit à Malte, soit à Civita-Vecchia, soit à Cagliari, d'où il +regagnera facilement Toulon. + +Je vous envoie une copie de la lettre à faire partir; vous direz que +l'armée de terre est victorieuse et bien établie en Égypte, sans +maladies et sans perte de monde, que je me porte bien, et qu'on n'ajoute +pas foi en France aux bruits que l'on fait courir. Expédiez-moi de +Tripoli un courrier pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez +de France, et écrivez à Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que +l'on y reçoit et que vous me ferez parvenir. + +Il est indispensable que vous nous expédiiez, au moins une fois toutes +les décades, un courrier qui ira par mer jusqu'à Derne, et de là +traversera le désert. Je vous ferai rembourser tous les frais que cela +vous occasionera. Je n'ose aventurer de l'argent au travers du désert; +mais si vous trouvez un négociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir +6,000 fr. au Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de +change sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui +m'apporteront des nouvelles intéressantes. + +Faites connaître au bey que demain nous célébrons la fête du prophète +avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli part également demain; +je l'ai protégée, et elle a eu à se louer de nous. + +Engagez le bey à envoyer beaucoup de vivres à Malte, des moutons à +Alexandrie, et à faire savoir aux fidèles que les caravanes sont +protégées par nous, et que l'émir-aga est nommé. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Le 18 thermidor, j'ordonnai à la division du général Reynier de se +porter à Elkhankah, pour soutenir le général de cavalerie Leclerc, +qui se battait avec une nuée d'Arabes à cheval, et de paysans du pays +qu'Ibrahim-Bey était parvenu à soulever. Il tua une cinquantaine de +paysans, quelques Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je +fis partir également la division commandée par le général Lannes et +celle du général Dugua. + +Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie, poussant toujours devant +nous Ibrahim-Bey et l'armée qu'il commandait. + +Avant d'arriver à Belbeis, nous délivrâmes une partie de la caravane +de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée et conduisaient dans le +désert, où ils étaient déjà enfoncés de deux lieues. Je l'ai fait +conduire au Caire sous bonne escorte. Nous trouvâmes à Qouréyn une autre +partie de la caravane, toute composée de marchands qui avaient été +arrêtés d'abord par Ibrahim-Bey, ensuite relâchés et pillés par les +Arabes. J'en fis réunir les débris et je la fis également conduire au +Caire. Le pillage des Arabes à dû être considérable; un seul négociant +m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises des Indes, pour +deux cent mille écus. Le négociant avait avec lui, suivant l'usage du +pays, toutes ses femmes. Je leur donnai à souper, et leur procurai les +chameaux nécessaires pour leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient +avoir une assez bonne tournure; mais le visage était couvert, selon +l'usage du pays, usage auquel l'armée s'accoutume le plus difficilement, + +Nous arrivâmes à Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit habité de +l'Égypte où il y ait de bonne eau. Là commence le désert qui sépare la +Syrie de l'Égypte. + +Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses femmes, venait de partir +de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de cavalerie que j'avais. +Nous vîmes défiler devant nous ses immenses bagages. Un parti d'Arabes +de cent cinquante hommes, qui étaient avec eux, nous proposa de charger +avec nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux +étaient éreintés, l'infanterie très-éloignée; nous leur enlevâmes les +deux pièces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine de chameaux +chargés de tentes et de différens effets. Les mameloucks soutinrent la +charge avec le plus grand courage. Le chef d'escadron d'Estrées, +du septième régiment de hussards, a été mortellement blessé; mon +aide-de-camp Shulkouski a été blessé de sept à huit coups de sabre et de +plusieurs coups de feu. L'escadron monté du septième de hussards et du +vingt-deuxième de chasseurs, ceux des troisième et quinzième de dragons, +se sont parfaitement conduits. Les mameloucks sont extrêmement braves et +formeraient un excellent corps de cavalerie légère; ils sont richement +habillés, armés avec le plus grand soin, et montés sur des chevaux de +la meilleure qualité. Chaque officier d'état-major, chaque hussard +a soutenu un combat particulier. Lasalle, chef de brigade du +vingt-deuxième, laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il fut +assez adroit et assez heureux pour mettre pied à terre et se trouver +à cheval pour se défendre et attaquer un des mameloucks les plus +intrépides. Le général Murat, le chef de bataillon, mon aide-de-camp +Duroc, le citoyen Leturcq, le citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi, +engagés trop avant par leur ardeur dans le plus fort de la mêlée, ont +couru les plus grands dangers. + +Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de Syrie; il a été +blessé dans ce combat. + +Je laissai à Salehieh la division du général Reynier et des officiers du +génie, pour y construire une forteresse, et je partis le 26 thermidor +pour revenir au Caire. Je n'étais pas éloigné de deux lieues de +Salehieh, que l'aide-de-camp du général Kléber arriva et m'apporta +la nouvelle de la bataille qu'avait soutenue notre escadre, le 14 +thermidor. Les communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze +jours pour venir. + +Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral Ganteaume. Je +lui écris, par le même courrier, à Alexandrie, de vous en faire un plus +détaillé. + +Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'écrivis à l'amiral +d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port d'Alexandrie, et, +si son escadre ne pouvait pas y entrer, de décharger promptement toute +l'artillerie et tous les effets appartenans à l'armée de terre, et de se +rendre a Corfou. + +L'amiral ne crut pas pouvoir achever le débarquement dans la position où +il était, étant mouillé dans le port d'Alexandrie sur des rochers, et +plusieurs vaisseaux ayant déjà perdu leurs ancres; il alla mouiller à +Aboukir, qui offrait un bon mouillage. J'envoyai des officiers du génie +et d'artillerie qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui +donner aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient pendant +les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restât à Aboukir, soit +pour décharger notre artillerie, soit pour sonder et marquer la passe +d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre parti à prendre que de couper ses +câbles, et qu'il était urgent de séjourner le moins possible à Aboukir. + +Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, sous trois jours, +l'escadre serait entrée dans le port d'Alexandrie, ou aurait appareillé +pour Corfou. Depuis le 18 messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reçu +aucune nouvelle ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre. +Une nuée d'Arabes, accourus de tous les points du désert, étaient +constamment à cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le bruit de nos +victoires et différentes dispositions rouvrirent nos communications. Je +reçus plusieurs lettres de l'amiral, où je vis avec étonnement qu'il se +trouvait encore à Aboukir. Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire +sentir qu'il ne devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à +se rendre à Corfou. + +L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que plusieurs +vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et qu'il se fortifiait +pour attendre l'ennemi, embossé à Aboukir. Cette étrange résolution me +remplit des plus vives alarmes; mais déjà il n'était plus temps, car la +lettre que l'amiral écrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je +lui expédiai le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas +partir d'Aboukir qu'il n'eût vu l'escadre à la voile. Parti le 12 il +n'aurait jamais pu arriver à temps; cet aide-de-camp a été tué en chemin +par un parti arabe qui a arrêté sa barque sur le Nil, et l'a égorgé avec +son escorte. + +Le 8 thermidor, l'amiral m'écrivit que les Anglais s'étaient éloignés; +ce qu'il attribuait au défaut de vivres. Je reçus cette lettre par le +même courrier, le 12. + +Le 11, il m'écrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire des +Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait trouvé une passe pour +entrer dans le port d'Alexandrie; je reçus cette lettre le 18. + +Le 14, au soir, les Anglais l'attaquèrent; il m'expédia, au moment où +il aperçut l'escadre anglaise, un officier pour me faire part de ses +dispositions et de ses projets: cet officier a péri en route. + +Il me paraît que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre à Corfou, avant +qu'il eût été certain de ne pouvoir entrer dans le port d'Alexandrie, et +que l'armée dont il n'avait pas de nouvelles depuis long-temps, fût +dans une position à ne pas avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste +événement il a fait des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse. + +Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, +prouver que, s'ils nous accordent une grande prépondérance sur le +continent, ils ont donné l'empire des mers à nos rivaux. Mais ce revers +ne peut être attribué à l'inconstance de notre fortune; elle ne nous +abandonne pas encore: loin de là, elle nous a servis dans toute cette +opération au-delà de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai +devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que les Anglais y +étaient passés en force supérieure quelques jours avant; malgré la +tempête affreuse qui régnait, au risque de me naufrager, je me jetai à +terre. Je me souvins qu'à l'instant où les préparatifs du débarquement +se faisaient, on signala dans l'éloignement, au vent, une voile de +guerre: c'était _la Justice_. Je m'écriai: «Fortune, m'abandonneras-tu? +quoi, seulement cinq jours!» Je débarquai dans la journée; je marchai +toute la nuit; j'attaquai Alexandrie à la pointe du jour avec trois +mille hommes harrassés, sans canons et presque pas de cartouches; +et, dans les cinq jours, j'étais maître de Rosette, de Damanhour, +c'est-à-dire déjà établi en Égypte. Dans ces cinq jours, l'escadre +devait se trouver à l'abri des forces des Anglais, quel que fût leur +nombre. Bien loin de là elle reste exposée pendant tout le reste de +messidor. Elle reçoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor, +un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais se laissent voir +en nombre supérieur pendant dix jours dans ces parages. Le 11 thermidor, +elle apprend la nouvelle de l'entière possession de l'Égypte et de notre +entrée au Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses +faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte à son destin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798). + +_À la citoyenne Brueys._ + +Votre mari a été tué d'un coup de canon, en combattant à son bord. Il +est mort sans souffrir, et de la mort la plus douce, la plus enviée par +les militaires. + +Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare de l'objet que +nous aimons est terrible; il nous isole de la terre; il fait éprouver au +corps les convulsions de l'agonie. Les facultés de l'âme sont anéanties, +elle ne conserve de relation avec l'univers, qu'au travers d'un +cauchemar qui altère tout. Les hommes paraissent plus froids, plus +égoïstes qu'ils ne le sont réellement. L'on sent dans cette situation +que si rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beaucoup mieux +mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée, l'on presse ses enfans +sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres raniment la nature, +et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, voyez dès ce premier moment +qu'ils ouvrent votre coeur à la mélancolie: vous pleurerez avec eux, +vous éléverez leur enfance, cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez +de leur père, de votre douleur, de la perte qu'eux et la république ont +faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour filial et +l'amour maternel, appréciez pour quelque chose l'amitié et le vif +intérêt que je prendrai toujours à la femme de mon ami. Persuadez-vous +qu'il est des hommes, en petit nombre, qui méritent d'être l'espoir de +la douleur, parce qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798). + +_Au général Vial._ + +Vous avez mal fait de laisser cent hommes à Mansoura, c'était évidemment +les compromettre. + +La division du général Dugua aura sans doute dissipé les attroupemens et +puni sévèrement les chefs d'attroupemens. + +Je donne ordre à l'artillerie de vous faire passer six pièces de gros +calibre et deux mortiers pour placer à l'embouchure du Nil. Organisez +votre province le plus tôt possible; tenez toujours vos troupes réunies; +vous pouvez laisser libre le commerce de Damiette à la Syrie, mais ayant +soin qu'on n'y transporte pas les riz qui sont nécessaires à l'armée. +Écrivez a Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai chargé +de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore moins aux +musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser et vivre en +repos, et que j'espère qu'ils protégeront le commerce d'Égypte en Syrie, +comme mon intention est de le protéger de mon côté: envoyez-leur ces +lettres par des occasions sûres. + +J'imagine que vous aurez eu soin que l'on célèbre avec plus de pompe +encore la fête du prophète, qui est dans quatre ou cinq jours. La fête +du Nil a été très-belle ici, celle du prophète le sera encore davantage. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy sont membres de +l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes et Andréossi. +Ils se réuniront demain dans la salle de l'institut pour arrêter un +règlement pour l'organisation de l'institut du Caire et désigner les +personnes qui doivent le composer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au contre-amiral Villeneuve à Malte._ + +J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite en mer, à +... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait vous faire un reproche, +ce serait de n'avoir pas mis a la voile immédiatement après que +_l'Orient_ a sauté, puisque, depuis trois heures, la position que +l'amiral avait prise, avait été forcée et entourée de tous côtés par +l'ennemi. + +Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, un +service essentiel à la république eu suivant une partie de l'escadre. + +Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont à Alexandrie, ainsi que +tous les matelots, canonniers, soldats de l'escadre, soit blessés, soit +bien portans, tous les prisonniers ayant été rendus. + +Les deux vaisseaux _le Causse_ et _le Dubois_ sont armés, ainsi que les +frégates _l'Alceste_, _la Junon_, _la Muiron_, _la Carrère_, et les +autres frégates vénitiennes. + +Vous trouverez à Malte deux vaisseaux et une frégate; vous y attendrez +l'arrivée de trois bâtimens de guerre vénitiens et de deux frégates, qui +doivent venir de Toulon avec le convoi; vous ferez tous vos efforts et +tout ce que vous croyez nécessaire pour nous le faire passer. + +Mon projet est de réunir trois vaisseaux neufs que nous avons à Ancône, +celui que nous avons à Corfou, et les deux que nous avons à Alexandrie +dans le port, afin de pouvoir contenir, à tout événement, l'escadre +turque, de chercher ensuite à les joindre avec les sept vaisseaux que +vous vous trouverez avoir alors sous vos ordres, et dont la principale +destination est dans ce moment de favoriser le passage des convois qui +nous arrivent de France. + +Je donne ordre au général Vaubois de vous fournir cent Français par +vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec ce renfort mieux +contenir votre équipage, que vous completterez de tous les matelots +maltais que vous trouverez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 août 1798). + +_Au général Vaubois._ + +Il est indispensable, citoyen général, que vous fournissiez à l'amiral +Villeneuve tout ce qui lui sera nécessaire, soit en approvisionnemens, +soit en garnison, soit en matelots pour pouvoir ravitailler sa division. + +Les communications sont extrêmement difficiles. Je n'ai point reçu de +lettres de vous et fort peu de France; mais je compte assez sur votre +zèle, pour ne pas douter que la place de Malte se trouve dans le +meilleur état, et que vous employez tous vos moyens à captiver le peuple +et à nous faire passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de +France. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au général Ganteaume._ + +Je vous envoie, citoyen général, une lettre pour le contre-amiral +Villeneuve, qui m'a écrit, à la hauteur du cap de Celidonia, qu'il se +rendait à Malte. Je vous prie de la lui faire passer. Je vous prie de me +faire connaître dans quel port _la Marguerite_ a eu ordre de relâcher, +et si vous pensez qu'elle soit arrivée. + +Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun état, de sorte que j'ignore +absolument le nombre des matelots qui se trouvent dans le port +d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais ont rendu tous les +prisonniers de guerre: dès-lors, il devrait y avoir cinq ou six mille +personnes de l'escadre à Alexandrie; je vous prie de me rendre un compte +très-détaillé de l'événement qui a eu lieu, afin que je puisse en +instruire le gouvernement. De tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent, je +n'ai pas de quoi faire la moindre relation. Quelle était la force +des Anglais? avaient-ils des vaisseaux à trois ponts? combien de +quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? À l'heure qu'il est, +j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les vaisseaux qui +ont été emmenés ou brûlés? qui sont ceux de nos principaux officiers +qui se sont sauvés, qui sont tués ou qui sont prisonniers? Pourquoi _le +Franklin_ s'est-il rendu presque sans se battre? + +_Le Généreux_, que le contre-amiral a emmené avec lui, est-il un bon +vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il décidément entrer dans +le port d'Alexandrie? L'amiral m'écrivait, le 11, qu'il croyait qu'il +pouvait y entrer. + +J'ai envoyé le citoyen Perrée à Rosette pour observer la position des +Anglais et me rendre compte de son côté de ce qu'il verra. + +Lorsque les Anglais auront quitté ces parages, s'ils n'y laissent pas +une forte croisière, comme je pense qu'ils ne pourront le faire, ayant +besoin de leur monde pour emmener tous nos vaisseaux, j'enverrai trois +à quatre cents matelots à Ancône pour augmenter l'équipage des trois +vaisseaux vénitiens qui s'y trouvent, et les conduire à Corfou et +ensuite à Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier +intelligent, et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il +devra suivre. + +Nous avons un vaisseau à Corfou, envoyez-y une trentaine de matelots +pour augmenter les équipages, et donnez-lui des ordres pour, s'il y a +possibilité, le faire réunir aux trois autres et le faire venir ici. + +J'ai écrit au général Villeneuve de tâcher de réunir à Malte les trois +vaisseaux vénitiens et les deux frégates que nous avons à Toulon, ce +qui, joint aux deux vaisseaux, à la frégate maltaise, et à ce qu'il a +avec lui, fera cinq vaisseaux de guerre et cinq frégates. Nos forces +de la Méditerranée étant dans ces deux masses, nous verrons, dans le +courant de l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur +réunion et pour seconder l'opération ultérieure de l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_À l'ordonnateur Leroy._ + +Je suis extrêmement mécontent, citoyen ordonnateur, de votre +correspondance; deux ou trois lettres que je reçois de vous ne +m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'état approximatif des blessés, +des morts, ni celui des prisonniers que nous ont rendus les Anglais; +j'ignore absolument le nombre d'hommes réfugiés de notre escadre qui se +trouvent dans ce moment à Alexandrie. + +J'ignore également ce qui a été fait pour l'armement des deux bâtimens +vénitiens, pour l'armement des deux frégates, et dans quelle situation +se trouve le convoi. + +Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces états dans le plus court +délai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Dès l'instant que vous aurez, citoyen général, expédié les ordres pour +Corfou, et que vous aurez pris les états de situation du personnel et du +matériel dans les ports d'Alexandrie, vous vous rendrez au Caire: avant +de partir, conférez avec le citoyen Dumanoir. + +Vous aurez soin d'écrire par toutes les occasions en France, et de +rendre compte au directoire du combat naval qui a eu lieu. Notre +position au Caire est extrêmement satisfaisante puisque nous avons perdu +peu de monde, et que nos prisonniers nous sont tous rendus. Cet échec, +si considérable qu'il soit, se réparera. Croyez à l'estime et à l'amitié +que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au même._ + +Vous ferez partir, citoyen, aussitôt que cela sera possible., +d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du _Cerf_, du _Pluvier_, +pour remonter le Nil à Rosette, et se rendre au Caire; vous y ferez +embarquer deux cents matelots de surplus, pour pouvoir armer quelques +bricks qui se trouvent ici. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au général Menou._ + +Ni moi ni l'état-major, nous ne recevons aucun compte de vous; vous ne +dites rien de ce qui se passe à Aboukir et à Rosette: cela en mérite +pourtant bien la peine; et je ne suis instruis que par les oui-dire. + +Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'état-major un état de situation +des corps qui composent la garnison, les hôpitaux; de m'instruire des +mouvemens que feraient l'escadre à Aboukir ou les bâtimens anglais au +Bogaz. Je n'ai aucun détail sur la communication de Rosette à Aboukir, +quoique je sache d'un autre côté qu'elle est ouverte. + +Je vous prie également de me faire connaître ce que sont devenues les +lettres à l'amiral Brueys, que vous avez dû avoir dans les mains, et qui +ne sont arrivées à Rosette que lorsque l'amiral n'y était plus. + +Le citoyen Croizier a porté des lettres pour le général Kléber: +ont-elles été remises au courrier? ce courrier avait aussi des lettres à +l'amiral Brueys, les a-t-il emportées avec lui? + +J'aurais dû être instruit dans le plus grand détail de tout ce qui se +disait et se faisait d'essentiel. Dès l'instant que les Anglais seront +partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela n'est pas déjà fait, +favorisez autant qu'il vous sera possible l'arrivée de quelques pièces +de 24 pour les mettre au Bogaz. Rosette est le seul point de l'armée sur +lequel je n'aie aucune espèce de détails. + +Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de la commission +des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour quitter Rosette, que +lorsque la province sera organisée et que l'embouchure du Nil pourra ne +pas craindre d'insulte de quelque corsaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au général Dommartin._ + +Je crois nécessaire, citoyen général, que votre partiez ce soir pour +vous rendre à Rosette et de là à Alexandrie. Vous profiterez du +moment où les Anglais laisseront libre la communication de Rosette +à Alexandrie, pour faire passer une pièce de gros calibre et quatre +mortiers à établir à l'embouchure de cette rivière, et enfin faire +passer, indépendamment de ce que vous avez, du Caire à Damiette, huit +autres pièces de gros calibre et quatre mortiers; pour faire également +armer le fort d'Aboukir avec une très-bonne batterie de côte, et enfin +augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, en +ayant soin qu'on occupe le poste de l'île du Marabou. Votre présence +sera d'ailleurs utile pour détruire beaucoup de faux bruits que l'on +fait courir sur l'armée et sa position, et pour ranimer autant qu'il +vous sera possible, les espérances et le courage de ceux qui en auront +besoin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_À l'ordonnateur de la marine à Toulon._ + +L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen ordonnateur, +de l'événement arrivé à l'escadre. Le général Villeneuve est allé, avec +tout ce qu'il a sauvé, à Malte. L'ordonnateur Leroy vous rendra sans +doute un compte détaillé du nombre des blessés et morts, et vous enverra +l'état des marins qui sont à Alexandrie. + +Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous prie de la lui +remettre avec tous les ménagemens possibles. L'armée de terre est dans +la plus brillante position, nous sommes maîtres de toute l'Égypte, +et dès l'instant que nous aurons reçu le convoi que vous devez nous +envoyer, il ne nous restera plus rien à désirer. J'ordonne au général +Villeneuve de réunir dans le port de Malte et sous son commandement les +deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vénitiens et les frégates +que nous avons à Toulon. + +Je réunirai les vaisseaux vénitiens que nous avons à Ancône et celui que +nous avons à Corfou, ainsi que les deux vaisseaux et les six frégates +qui sont dans le port d'Alexandrie. Il n'y a eu que fort peu de blessés: +ceux-ci ne montent qu'à huit cents. Tous les équipages qui ont été pris +par les Anglais, sont presque tous rendus et existans à Alexandrie. +Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyés sont arrivés +également. + +Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaître à ma femme, dans +quelque lieu qu'elle se trouve, et à ma mère en Corse, que je me porte +fort bien. J'imagine bien que l'on m'aura dit, en Europe, tué une +douzaine de fois. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au citoyen Menars, commissaire de la marine à Malte._ + +Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre du 5 +thermidor, que _le Dego_ et _la Carthaginoise_ sont prêts à partir. À +l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura mouillé dans le port +de Malte avec son escadre. J'espère aussi que vous travaillerez avec la +plus grande activité à l'armement du troisième vaisseau, et qu'avant un +mois il pourra augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie +de mettre dans cette circonstance plus de zèle et d'activité que dans +toutes les autres. J'ai écrit en France pour qu'on vous fît passer +600,000 fr. et j'écris au général Vaubois pour qu'il vous aide de tous +ses moyens. J'espère que vous serez bientôt joint par le reste de nos +vaisseaux qui sont à Toulon. + +Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles de France; +les petits bateaux qui côtoient la côte d'Afrique doivent pouvoir +arriver sans difficultés. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Je vous remercie, citoyen général, de votre sollicitude sur ma santé: +elle n'a jamais, je vous assure, été meilleure. Les affaires ici vont +parfaitement bien, et le pays commence à se soumettre. + +J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours après l'événement, et +dès-lors ma présence n'y pouvait plus rien. Quant à Alexandrie, je n'ai +jamais eu la moindre inquiétude; il n'y aurait personne que les Anglais +n'y entreraient pas. Ils ont bien assez à faire de garder leurs +vaisseaux, et sont trop empressés à profiter de la bonne saison pour +regagner Gibraltar. + +J'ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à six lieues du cap de +Celidonia: il va à Malte. J'ai reçu des lettres de cette île. Les deux +bâtimens et la frégate sont prêts; les trois bâtimens sont aussi prêts +à Toulon: ainsi j'espère que, dans le courant de septembre, nous aurons +sept bâtimens de guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme +nous aurons six, sept à huit frégates à Alexandrie. J'espère que les +quatre d'Ancône nous y joindront. + +Je n'ai pas encore reçu la revue, au moins approximative, des matelots +qui se trouvent à Alexandrie. Je voudrais qu'au lieu de trois, vous y +gardassiez pour six mois de riz. Ne vous sachant pas si bien pourvu, +j'avais ordonné que l'on en achetât cinq mille quintaux à Damiette et +cinq mille à Rosette, pour faire passer à Alexandrie. + +J'ai envoyé le général Marmont avec la quatrième demi-brigade +d'infanterie légère et deux pièces de canon pour soumettre la province +de Bahiré, maintenir libre la communication de Rosette à Alexandrie, et +rester sur la côte pour empêcher la communication de l'escadre avec la +terre. + +Je ferai partir cette nuit le général Dommartin pour profiter du moment +favorable et accélérer le départ de l'artillerie de campagne pour +l'armée: avec six pièces de 24 à boulets rouges et deux mortiers, toutes +les escadres de la terre n'approcheraient pas. Il faut, dans ce cas, +recommander qu'on tire lentement et très-peu; il faut avoir quelques +gargousses de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement +possible mettre en état le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou, +où nous avons descendu: occupez-la avec un poste et quelques pièces de +canon. + +Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs y penseront +à deux fois avant de faire un mouvement contre nous: au reste ils +trouveront à s'en repentir. Tous les mois, tous les jours, notre +position s'améliore par les établissemens propres à nourrir l'armée, par +les fortifications que nous établissons sur différens points; et dès +l'instant que nos approvisionnemens de campagne qui sont à Alexandrie, +seront en état d'être transportés au Caire, je vous assure que je ne +crains pas cent mille Turcs. + +Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et continuent à +inonder la Méditerranée, ils nous obligeront peut-être à faire de plus +grandes choses que nous n'en voulions faire. Au milieu de ce tracas, je +vois avec plaisir que votre santé se rétablit, que votre blessure est +guérie. Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans le +poste où vous êtes; vous voyez que la blessure que vous avez reçue a +tourné à bien pour l'armée. Faites-moi passer de suite tous les hommes +qui viendraient de Malte ou de France, quand même ils n'auraient pas +de dépêches. Vous me ferez connaître quels sont les bâtimens que vous +m'envoyez. Je vous fais passer l'ordre pour le commerce; il faut +rependant prendre garde qu'aucun négociant d'Alexandrie ne profite de +cette liberté de commerce pour faire transporter ses richesses, et de +ne le mettre à exécution que lorsque la plus grande partie de l'escadre +anglaise sera partie. + +Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques de Tripoli qui +transportent des moutons à Alexandrie. J'ai écrit à ce bey et au consul +français, par le désert; écrivez lui de votre côté par mer, et surtout +au bey de Bengazé. Quant aux bâtimens de guerre turcs, il faut +nous tenir dans la position où nous sommes jusqu'aux nouvelles de +Constantinople, afin qu'aux premières hostilités du capitan pacha, nous +puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours dans nos mains à +une de leurs caravelles. + +J'imagine qu'à l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise sera +partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi souvent +et faites-moi envoyer exactement les états de situation. J'espère que +l'arrêté du conseil pour couler les soixante bâtimens de transport +n'aura pas eu lieu. Avec six pièces de 24, deux grils à boulets rouges +et quarante canonniers, j'ai lutté pendant quatre jours contre l'escadre +anglaise et espagnole au siège de Toulon, et après lui avoir brûlé une +frégate et plusieurs bombardes, je l'ai forcée à prendre le large. Si le +génie de l'armée voulait qu'ils tentassent de se frotter contre notre +port, ils pourraient, par ce qui leur arriverait, nous consoler un peu +de l'événement arrivé à notre flotte. Le parti que vous avez pris +de renforcer la batterie des Figuiers et du fort triangulaire est +extrêmement sage. + +J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, une assez forte somme à +l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaître ce que l'opinion dit sur la +conduite _du Francklin_: il paraît qu'il ne s'est pas battu. + +Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous avez reçues +de moi, afin que je vous envoie copie de toutes celles qui ne vous +seraient point parvenues. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798). + +_Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon +d'état-major, commissaire près le divan du Caire._ + +Le citoyen Beauvoisin se rendra à Damiette; de là il s'embarquera sur un +vaisseau turc ou grec; il se rendra à Jaffa; il portera la lettre que je +vous envoie à Achmet-Pacha; il demandera à se présenter devant lui, et +il réitérera de vive voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis +en Europe que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait en +Syrie que j'avais dessein de prendre Jérusalem et de détruire la +religion mahométane; que ce projet est aussi loin de notre coeur que de +notre esprit; qu'il peut vivre en toute sûreté, que je le connais de +réputation comme un homme de mérite; qu'il peut être assuré que, s'il +veut se comporter comme il le doit envers les hommes qui ne lui font +rien, je serai son ami, et bien loin que notre arrivée en Égypte soit +contraire à sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je sais que +les mameloucks que j'ai détruits étaient ses ennemis, et qu'il ne doit +pas nous confondre avec le reste des Européens, puisque, au lieu de +rendre les musulmans esclaves, nous les délivrons; et enfin il lui +racontera ce qui s'est passé en Égypte et ce qui peut être propre à lui +ôter l'envie d'armer et de se mêler de cette querelle. Si Achmet-Pacha +n'est pas à Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra à Saint-Jean-d'Acre; +mais il aura soin auparavant de voir les familles européennes, +et principalement le vice-consul français, pour se procurer des +renseignemens sur ce qui se passe à Constantinople et sur ce qui se fait +en Syrie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 août 1798). + +_À Achmet-Pacha[14], gouverneur de Séid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)_ + +En venant en Égypte faire la guerre aux beys, j'ai fait une chose juste +et conforme à tes intérêts, puisqu'ils étaient tes ennemis; je ne suis +point venu faire la guerre aux musulmans. Tu dois savoir que mon premier +soin, en entrant à Malte, a été de faire mettre en liberté deux mille +Turcs, qui, depuis plusieurs années, gémissaient dans l'esclavage. En +arrivant en Égypte, j'ai rassuré le peuple, protégé les muphtis, les +imans et les mosquées; les pèlerins de la Mecque n'ont jamais été +accueillis avec plus de soin et d'amitié que je ne l'ai fait, et la fête +du prophète vient d'être célébrée avec plus de splendeur que jamais. + +Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaître de vive +voix mon intention de vivre en bonne intelligence avec toi, en nous +rendant réciproquement tous les services que peuvent exiger le commerce +et le bien des états: car les musulmans n'ont pas de plus grands amis +que les Français. + +BONAPARTE. + +[Footnote 14: Le même que le célèbre Djessar pacha.] + + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798). + +_Au grand-visir._ + +L'armée française que j'ai l'honneur de commander est entrée en Égypte +pour punir les beys mameloucks des insultes qu'ils n'ont cessé de faire +au commerce français. + +Le citoyen Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures +à Paris, a été nommé, de la part de la France, ambassadeur à +Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, et il est +muni des pouvoirs et instructions nécessaires de la part du directoire +exécutif pour négocier, conclure et signer tout ce qui est nécessaire +pour lever les difficultés provenant de l'occupation de l'Égypte par +l'armée française, et consolider l'ancienne et nécessaire amitié qui +doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il pourrait se +faire qu'il ne fût pas encore arrivé à Constantinople, je m'empresse +de faire connaître à votre excellence l'intention où est la république +française, non-seulement de continuer l'ancienne bonne intelligence, +mais encore de procurer à la Porte l'appui dont elle pourrait avoir +besoins contre ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se +liguer contre elle. + +L'ambassadeur Talleyrand-Périgord doit être arrivé. Si, par quelque +accident, il ne l'était pas, je prie votre excellence d'envoyer ici +(au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance et qui soit muni de vos +instructions et pleins-pouvoirs, ou de m'envoyer un firman, afin que je +puisse envoyer moi-même un agent, pour fixer invariablement le sort de +ce pays, et arranger le tout à la plus grande gloire du sultan et de +la république française, son alliée la plus fidèle, et à l'éternelle +confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs. + +Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitié et de haute +considération, etc. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 août 1798). + +_Au schérif de la Mecque._ + +En vous faisant connaître l'entrée de l'armée française en Égypte, je +crois devoir vous assurer de la ferme intention où je suis de protéger +de tous mes moyens le voyage de pélerins de la Mecque: les mosquées +et toutes les fondations que la Mecque et Médine possèdent en Égypte, +continueront à leur appartenir comme par le passé. Nous sommes amis des +musulmans et de la religion du prophète; nous désirons faire tout ce qui +pourra vous plaire et être favorable à la religion. + +Je désire que vous fassiez connaître partout que la caravane des +pèlerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle n'aura rien à +craindre des Arabes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798). + +_Au même._ + +Je m'empresse de vous faire connaître mon arrivée, à la tête de l'armée +française, au Caire, ainsi que les mesures que j'ai prises pour +conserver aux saintes mosquées de la Mecque et de Médine les revenus qui +leur étaient affectés. Par les lettres que vous écriront le divan et les +différens négocians de ce pays, vous verrez avec quel soin je protège +les imans, les schérifs et tous les hommes de loi; vous y verrez +également que j'ai nommé pour emir-adji Mustapha-Bey, kiaya de +Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il escortera la +caravane avec des forces qui la mettront à l'abri des incursions des +Arabes. + +Je désire beaucoup que, par votre réponse, vous me fassiez connaître si +vous souhaitez que je fasse escorter la caravane par mes troupes, ou +seulement par un corps de cavalerie de gens du pays; mais, dans tous les +cas, faites connaître à tous les négocians et fidèles que les musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous, de même que les schérifs et tous +les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens à instruire les +peuples n'ont pas de plus zélés protecteurs, et que le commerce +non-seulement n'a rien à craindre, mais sera spécialement protégé. + +J'attends votre réponse par le retour de ce courrier. + +Vous me ferez connaître également les besoins que vous pourriez avoir, +soit en blé, soit en riz, et je veillerai à ce que tout vous soit +envoyé. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798). + +_Aux négocians français à Jaffa._ + +Je n'ai reçu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du 7 thermidor. Je +vois avec peine la position dans laquelle vous vous trouvez; mais les +nouvelles ultérieures que l'on aura eues de nos principes, auront, j'en +suis persuadé, dissipé toutes les alarmes qui vous entouraient. + +Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur de la ville: +les bonnes actions trouvent leur récompense, et celle-là aura la sienne. + +Malheur, au reste, à qui se conduira mal envers vous! Conformément à vos +désirs, le divan, composé des principaux schérifs du Caire, le kiaya +du pacha, le mollah d'Égypte, et celui de Damas, qui se trouvent ici, +écrivent en Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798). + +_Au général Menou._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 6 fructidor. Il sera fait +incessamment un règlement général pour le traitement à accorder au +divan et à la compagnie des janissaires, ainsi qu'à l'aga dans chaque +province. + +Faites arrêter tous les Français arrivant du Caire, qui n'auraient pas +de passeports de l'état-major. + +Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous ayez +trois cents hommes de garde à Rosette, lorsque nous n'en avons que +quatre-vingts, au Caire? + +Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires aux +principaux magasins, et tout le reste en réserve, cela ne fait que +vingt-cinq ou trente hommes de service. + +L'officier du génie et l'ingénieur des ponts et chaussées doivent +travailler sans instrumens: on ne demande que des croquis. Si vous +pouviez nous envoyer un croquis de votre province, fait à la main, avec +tous les noms des villages, cela nous serait fort utile. + +Je ne puis trop vous louer d'avoir donné à dîner aux scheiks du pays. +Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une pompe et une ferveur +qui m'ont presque mérité le titre de saint. Je n'approuve pas la mesure +de donner du blé aux pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et +il faut nous garder de les gâter. + +J'imagine que vous avez opéré le désarmement de la ville, et que vous +avez profité des sabres pour armer votre cavalerie. Vous aurez vu, dans +l'ordre du jour, que vous devez lever dans votre province trois cents +chevaux. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Vous avez très-bien fait, citoyen général, de faire arrêter le négociant +Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves qu'il était avec les +mameloucks. En général, confisquez les propriétés et les biens de tous +ceux qui se trouvent avec eux. Je vous envoie un ordre pour un autre +habitant d'Alexandrie, qui est un des _factotum_ de Mourad-Bey, et qui, +dans ce moment-ci, est avec lui. + +J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient pris les +Anglais, ont écrites à El-Messiri. C'est une plate bêtise; cependant +j'aurais assez aimé que vous eussiez fait couper le cou au reis de la +djerme. + +Il va incessamment y avoir un règlement à l'ordre pour la solde du +divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; employez surtout +cette compagnie à protéger l'arrivage des eaux. Ménagez bien vos armes, +nous en avons grand besoin; nous devons peu compter sur le second +convoi: vous savez combien nos troupes en dépendent. + +J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy; +j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne sommes pas ici, comme +vous pourriez vous l'imaginer, au milieu des trésors, et, jusqu'à la +perception, nous éprouverons toujours une certaine pénurie. + +Les ressources que vous trouverez chez les différentes personnes +arrêtées; la contribution que vous devez percevoir, à titre de prêt, +sur les négocians; les fonds que les généraux d'artillerie et du génie +envoient pour leurs services, ceux que j'envoie pour la marine, +vous mettront, j'espère, à même d'aller, et vous éviteront le grand +inconvénient de vendre du riz, que nous aurions tant de peine à +transporter à Alexandrie, et où la prudence veut que nous en ayons pour +toute l'armée pendant un an ou deux. Le général du génie a envoyé de +l'argent à Rahmanieh, pour les travaux du canal. + +Vous devez déclarer positivement au commandant de la caravelle, qu'il +ait à vous remettre tout l'argent, tous les effets qui n'appartiennent +ni à lui, ni à son équipage, sous peine d'être puni exemplairement. + +J'espère que si le citoyen Delisle est à Alexandrie, vous aurez fait +mettre la main dessus, et surtout que vous aurez fait prendre sa +vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver de l'argent, et dans +un bois de fripons. + +Quant à l'administration de la justice, c'est une affaire +très-embrouillée chez les musulmans; il faut encore attendre que nous +soyons un peu plus mêlés avec eux. Laissez faire le divan à peu près ce +qu'il veut. + +J'espère que vous aurez fait célébrer la fête du Prophète avec le même +éclat que nous l'avons fait au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798). + +_Au scheick El-Messiri[15]._ + +Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et j'en suis +satisfait. + +Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous an premier +moment que je vous ai connu, j'espère que le moment ne tardera pas où je +pourrai réunir tous les hommes sages et instruits du pays, et établir +un régime uniforme, fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les +seuls vrais, et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes. + +Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui. + +BONAPARTE. + +[Footnote 15: Un des notables de la ville d'Alexandrie.] + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798). + +_Ordre du jour._ + +Le général en chef ordonne que le 1er. vendémiaire, époque de la +fondation de la république, sera célébré dans tous les différens points +où se trouve l'armée, par une fête civique. + +La garnison d'Alexandrie célébrera sa fête autour de la colonne de +Pompée. + +Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont été tués à la +prise d'Alexandrie, seront en conséquence gravés sur cette même colonne. + +L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne. + +L'aiguille de Cléopâtre sera illuminée. + +L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, une pyramide +de sept faces dont chacune sera destinée à contenir les noms des hommes +des cinq divisions qui sont morts à la conquête de l'Égypte; + +La sixième sera pour la marine; + +La septième pour l'état-major, la cavalerie, l'artillerie et le génie. + +La partie de l'armée qui se trouvera au Caire s'y réunira à sept heures +du matin, et après différentes manoeuvres et avoir chanté des couplets +patriotiques, une députation de chaque bataillon partira pour aller +planter au haut de la plus grande pyramide le drapeau tricolore. + +La pince d'Esbeckieh sera disposée de manière à ce que le soir, à quatre +heures, il puisse y avoir course de chevaux autour de la place, et +course à pied. + +À ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui voudront s'y +présenter; il y aura des prix assignés pour le vainqueur. + +Le soir, la pyramide sera toute illuminée; il y aura un feu d'artifice. + +Les troupes qui sont dans la Haute-Égypte célébreront leur fête sur les +ruines de Thèbes. + +Le général du génie, le général d'artillerie et le commandant de la +place du Caire se réuniront chez le général en chef de l'état-major +général pour se concerter et faire un programme plus détaillé de la +fête, chacun en ce qui concerne son arme. + +Le général en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armée qu'un seul +pain; toutes les rations, soit à l'état-major, soit aux administrations, +seront de pain de munition. + +Il sera fait un pain plus soigné pour les hôpitaux; mais il est +défendu, sous quelque prétexte que ce soit, aux administrateurs et aux +garde-magasins, de donner de ce pain au général en chef, ni à aucun +général, ni au munitionnaire général; à la visite que l'officier de +service fait tous les jours des hôpitaux, le directeur fera connaître la +quantité de pain d'hôpitaux qu'il aura reçue. Il lui est défendu, sous +les peines les plus sévères, de donner de ce pain à tout autre. + +Le général en chef est instruit que des employés et administrateurs +s'embarquent sur les diligences du Caire à Rosette et Damiette, sans +être munis d'ordres, ainsi qu'il a été ordonné. Le général en chef +défend expressément de laisser embarquer aucun Français, soit à Boulac, +soit au Vieux-Caire, ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un +passeport, soit du général chef de l'état-major général, soit de +l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placés de manière à +s'assurer, soit au départ, soit à l'arrivée des bateaux, de l'exécution +du présent ordre. Tous les Français trouvés sur des barques sans être +munis de passeports ou d'ordres, seront arrêtés. + +Le conseil militaire de la division du général Bon a condamné à cinq +années de fers le citoyen Vaultre, domestique du citoyen Thieriot, +adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxième de chasseurs à cheval, +convaincu de vol. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au général Zayonscheck._ + +Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dénonciation +que l'on m'avait faite sur la contribution que vous aviez imposée, est +fausse. Vous devez m'envoyer les noms des villages qui ont tiré sur nos +troupes lors de notre marche au Caire; vous ne devez leur accorder le +pardon qu'à condition: + +1°. De vous rendre les armes; + +2° De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils peuvent +fournir; + +3°. De vous remettre chacun deux ôtages pour garantir leur conduite à +l'avenir. Vous m'enverrez un ôtage au Caire. Conformément à la demande +que vous avez faite de revenir au Caire, j'ai nommé le général Lanusse +pour vous remplacer; vous mènerez avec vous la plus grande partie de vos +troupes, conformément à l'ordre que vous aura donné l'état-major. + +Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de tous les +villages qui composent la province de Menoufié. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +Je n'approuve pas, citoyen général, la mesure que vous avez prise de +retenir les 15,000 fr. que j'avais destinés au contre-amiral Ganteaume. +Je vous prie, s'il est à Alexandrie, de les lui remettre: beaucoup +d'officiers de marine sont dangereusement blessés, et doivent +nécessairement avoir des besoins. Les officiers qui faisaient partie +des garnisons, qui doivent être peu nombreux, se trouvent naturellement +compris dans cette répartition. Vous devez avoir reçu l'ordre de faire +partir tous les détachemens qui faisaient partie des garnisons des +vaisseaux, et j'aurai soin, à leur arrivée au Caire, de les indemniser +autant qu'il me sera possible. + +Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, les +185,000 fr., pour compléter la contribution de 300,000 fr. Il n'y a pas +d'autre moyen de subvenir à nos besoins. Le général Menou, qui croyait +trouver de grands obstacles à lever sa contribution de 100,000 fr., me +mande, par le dernier courrier, qu'elle est déjà levée. + +Il faut construire une batterie à Aboukir; il faudrait également +défendre par deux redoutes et quelques pièces d'artillerie, l'entrée du +lac, afin que les chaloupes anglaises ne viennent pas vous y inquiéter. +Je crois très-nécessaire d'y travailler, ainsi que de compléter la +batterie d'Aboukir, et la mettre dans une situation respectable. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au général Menou._ + +J'ai reçu, citoyen général, par toutes les diligences, toutes vos +lettres, que je lis avec d'autant plus d'intérêt, que j'approuve +davantage vos vues et vos manières de voir. Je vous remercie des +honneurs que vous avez rendus à notre prophète. + +Vous devez, à l'heure qu'il est, avoir reçu l'ordre pour les limites de +la province de Rosette. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine._ + +Il y a à Damiette, citoyen, une corvette portant vingt pièces de canon, +laquelle n'est pas encore achevée. Il est indispensable que vous y +envoyiez un ingénieur constructeur pour la faire terminer. Cela est +extrêmement essentiel. Envoyez également reconnaître les ressources que +pourra vous fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup +de fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au général Kléber._ + +J'ai déjà répondu, citoyen général, à toutes les questions contenues +dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me résumer, je réponds ici +à vos sept questions. + +1°. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les bâtimens neutres, +et les laisser sortir malgré la présence de l'ennemi, pourvu qu'ils ne +portent aucuns vivres, et spécialement du riz. + +2°. Même réponse pour les bâtimens de commerce turcs. + +3°. Cela ne s'étend pas jusqu'à la caravelle et aux bâtimens de guerre +turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, et attendre, pour +prendre une décision, que nous ayons des renseignemens ultérieurs. + +4°. Les bâtimens auxquels on a fait des réquisitions, si les denrées +qu'ils avaient appartenaient à des particuliers, doivent être soldés. +Envoyez-moi l'état de tous ces bâtimens, ainsi que la valeur de leurs +chargemens. Que les patrons fassent une assemblée, et qu'ils envoient +ici des fondés de procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la +valeur de leurs marchandises. Ceux qui, après cette opération faite, +voudraient s'en aller, en seront les maîtres. Vous leur ferez connaître +qu'à leur retour, cette commission aura obtenu de moi cette demande; et +qu'ils seront soldés. Voue les engagerez à nous apporter du bois et du +vin. + +5°. Les bâtimens neutres attachés à notre convoi ne pourront pas sortir +jusqu'à nouvel ordre: j'attends un état sur leur nombre et sur ce qui +leur est dû, pour prendre un parti à leur égard. + +6°. Les esclaves mameloucks seront regardés comme marchandise ordinaire; +vous exigerez seulement qu'ils évacuent Alexandrie, et se rendent au +Caire. Cependant il faut, avant, vérifier si les beys ne les avaient pas +déjà payés. L'artillerie fera des reçus des armes, estimera leur valeur, +et les marchands viendront au Caire, où je les ferai solder. Si les +armes sont ordinaires, elles resteront à la disposition de l'artillerie; +si ce sont des armes qui passent le prix des armes ordinaires, +l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en disposera pas jusqu'à +nouvel ordre. + +7°. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront partir, +dès l'instant qu'ils ont juré de ne pas servir de cette guerre; vous +excepterez du nombre quatre ou cinq, qui, par leur activité, pourraient +nous être utiles sur le Nil. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798). + +_Au citoyen Dubois[16]._ + +Je reçois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par le +même courrier, le général Kléber m'apprend qu'il n'a plus besoin de +pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je vous prie de partir le +plus tôt possible pour vous y rendre: l'air du Nil vous sera favorable. +Les circonstances, d'ailleurs, ne rendent pas le passage assez sûr pour +que j'expose un homme aussi utile. Vous serez content de voir de près +cette grande ville du Caire; vous trouverez à l'Institut un logement +passable, et une société d'amis[17]. + +BONAPARTE. + +[Footnote 16: C'est le célèbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les +plus habiles de l'Europe.] + +[Footnote 17: La santé du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en +Égypte.] + + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798). + +_Au général Dugua._ + +J'ai reçu votre lettre, citoyen général, du 11 fructidor. Je savais bien +que ce n'était pas à Mehal-el-Kebir que l'on s'était battu; mais l'on +m'avait supposé que c'était le chef-lieu de tous les rassemblemens. Je +désire que vous y envoyiez un bataillon, afin d'assister le général +Fugières dans ses opérations, et spécialement dans le désarmement. + +Il serait extrêmement dangereux de lever des contributions par village: +cela serait capable dans ce moment-ci de décider les paysans à +abandonner la culture; j'ai cependant ordonné la levée de quelques +contributions sur quelques villages; je les ai mises à la disposition de +l'ordonnateur eu chef. Je vous envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous +recevrez incessamment les instructions pour les contributions à lever +dans votre province, L'intendant cophte a dû recevoir des ordres de son +intendant général pour la manière dont elles doivent être soldées. D'ici +à quelque temps, il ne sera pas possible au général Dommartin de vous +procurer l'artillerie qu'il vous avait promise; l'événement arrivé à la +flotte a apporté dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens; +faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera possible. + +Je ne pense pas que le général Cafarelli puisse vous envoyer un autre +officier du génie: il y en a beaucoup de malades. + +Vous trouverez ci-joint l'ordre au général Vial de mettre trente djermes +à votre disposition. Il est indispensable que vous soyez toujours en +mesure pour que, vingt-quatre heures après la réception d'un ordre, vous +puissiez vous porter où le besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci, +je sens que cela ne peut s'exécuter qu'avec des bateaux. J'approuve que +vous accordiez à la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes les +mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur faire reprendre +le commerce. Je désire que vous écriviez aux trois ou quatre villages +qui se sont le plus mal comportés dans l'affaire de Mansoura, pour +qu'ils reviennent à l'obéissance. Dans ce cas, vous ferez sentir aux +députés les dangers qu'ils courent, et, s'ils ne veulent pas voir brûler +leurs villages, qu'ils doivent faire arrêter les plus coupables et vous +les livrer. + +Il faut absolument que vous profitiez du moment où les circonstances +me permettent de laisser votre division à Mansoura, pour soumettre +définitivement tous les villages de votre province, prendre des otages +des sept ou huit qui se sont mal comportés, et livrer aux flammes celui +de tous qui s'est le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une +maison, Sans cet exemple, dès l'instant que votre division aurait quitté +Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez facilement de +petits bateaux pour vous transporter au village que vous voudrez brûler; +enfin faites l'impossible pour cela. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798). + +_Au pacha de Damas._ + +Je vous ai déjà écrit plusieurs lettres pour vous faire connaître que +nous n'étions pas ennemis des musulmans, et que la seule raison qui nous +avait conduits en Égypte, était pour y punir les beys et venger les +outrages qu'ils avaient faits au commerce français. Je désire donc que +vous restiez persuadé du désir où je suis de vivre en bonne intelligence +avec vous, et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitié. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798). + +_Au pacha du Grand-Seigneur en Égypte._ + +Lorsque les troupes françaises obligèrent Ibrahim à évacuer la province +de Scharkieh, je lui écrivis que je vous acceptais pour médiateur, et +qu'il vous envoyât vers moi. Je vous réitère aujourd'hui le désir que +j'aurais que vous revinssiez au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne +doutez pas de la considération que l'on aura pour vous, et du plaisir +que j'aurai à faire votre connaissance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798). + +_Au général Kléber._ + +Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions que j'avais faites +pour la marine sont annulées, par le parti que vous avez pris d'affecter +à d'autres services les 100,000 liv. que je lui avais envoyées. Vous +voudrez bien, après la réception du présent ordre, remettre les 100,000 +liv. à la marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et +qui tiennent à des rapports que vous ne devez pas connaître, n'étant pas +au centre. + +L'administration d'Alexandrie a coûté le double que le reste de l'armée. +Les hôpitaux, quoique vous n'ayez que trois mille malades, coûtent, et +ont coûté beaucoup plus que tous les hôpitaux de l'armée. + +Je ne crois pas, dans les différens ordres que je vous ai donnés, vous +avoir laissé maître de lever ou non la contribution à titre d'emprunt, +sur les négocians d'Alexandrie: ainsi, si vous en avez suspendu +l'exécution, je vous prie de vouloir bien prendre les mesures, +sur-le-champ, pour la faire rentrer, quels que soient les inconvéniens +qui doivent en résulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre +manière d'exister. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +_Au général Desaix._ + +Votre état-major doit correspondre avec le chef de l'état-major +de l'armée. Il n'est pas d'usage que je reçoive des lettres des +adjudans-généraux, à moins que ce ne soit pour des réclamations qui leur +soient particulières. Votre commissaire, et surtout votre agent des +subsistances, sont extrêmement coupables. Les biscuits ont resté cinq ou +six jours embarqués, et ils avaient bien le temps de les vérifier. Il +faut avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations qu'il +ne leur en revient. + +_La Cisalpine_ part ce soir avec le troisième bataillon de la +vingt-unième, quarante mille rations de biscuit, deux pièces de canon et +cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirgé. On m'assure qu'il +y a à Abugirgé un canal qui conduit à Benhecé, et j'espère que vous +trouverez moyen de vous porter directement à cette position et +d'atteindre Mourad-Bey. C'est le projet qui me paraît le plus simple: +s'il n'était pas exécutable, je désire que vous remontiez jusqu'à +Melaoni, pour descendre par le canal de Joseph. + +Vous savez qu'en général je n'aime pas les attaques combinées; arrivez +devant Mourad-Bey par où vous pourrez et avec toutes les forces: là, sur +le champ de bataille, vous ferez vos dispositions pour lui causer le +plus de mal possible. + +Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'état-major, que je vous +autorise à traiter avec les anciens beys. + +Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'à ce que je sache +définitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne peux pas y +envoyer de grandes forces, et pour y envoyer cinq ou six cents hommes, +il faut que je connaisse les opérations ultérieures de Mourad-Bey. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +Le général en chef Bonaparte ordonne: + +ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la journée du 20, vingt +mille talaris, à compte de sa contribution. + +2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldés, elle +paiera un vingtième par jour en sus, jusqu'à ce que les vingt mille +talaris soient entièrement versés. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +_Au vice-amiral Thévenard._ + +Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de quart: je +remplis, citoyen général, un triste devoir en vous l'annonçant; mais il +est mort sans souffrir et avec honneur. C'est la seule consolation qui +puisse adoucir la douleur d'un père. Nous sommes tous dévoués à la mort: +quelques jours de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays? +compensent-ils la douleur de se voir sur un lit environné de l'égoïsme +d'une nouvelle génération? valent-ils les dégoûts, les souffrances d'une +longue maladie? Heureux ceux qui meurent sur le champ de bataille! ils +vivent éternellement dans le souvenir de la postérité. Ils n'ont jamais +inspiré la compassion ni la pitié que nous inspire la vieillesse +caduque, ou l'homme tourmenté par des maladies aiguës. Vous avez +blanchi, citoyen général, dans la carrière des armes; vous regretterez +un fils digne de vous et de la patrie: en accordant avec nous quelques +larmes à sa mémoire, vous direz que sa mort glorieuse est digue d'envie. + +Croyez à la part que je prends à votre douleur, et ne doutez pas de +l'estime que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798). + +_Au général Dugua._ + +À l'heure qu'il est, vous devez avoir reçu les cartouches: ainsi +j'espère que vous aurez mis à la raison les maudits Arabes des villages +de Soubat. Faites un exemple terrible, brûlez ce village et ne permettez +plus aux Arabes de venir l'habiter, qu'ils n'aient livré dix otages des +principaux, que vous m'enverrez pour les tenir à la citadelle du Caire. + +Faites reconnaître par vos officiers de génie, d'artillerie et de +l'état-major, tous vos différens canaux, et surtout faites-moi connaître +quelle route vous devriez prendre si vous étiez forcé de marcher sur +Salahieh. + +J'ai donné les ordres pour que tous les individus de votre division qui +sont au Caire, rejoignissent. + +Vous devez avoir des officiers de santé, qui étaient à votre ambulance, +et ceux des différens corps. L'ordonnateur en chef va vous envoyer +d'ailleurs tout ce qui peut être nécessaire à votre hôpital. + +On se plaint du pillage de vos troupes à Mansoura: c'est le seul point +de l'armée sur lequel j'aie en ce moment des plaintes; on se plaint même +des vexations que commettent plusieurs officiers d'état-major. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798). + +_Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely._ + +J'ai reçu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres du 14 +thermidor et du 8 fructidor. + +C'est avec un véritable plaisir que j'apprends la bonne conduite que +vous tenez à Malte, et les services que vous rendez à la république en +lui organisant ce poste important. + +Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, notre +établissement se consolide; la richesse de ce pays en blé, riz, légumes, +coton, sucre, indigo, est égale à la barbarie du peuple qui l'habite. +Mais il s'opère déjà un changement dans leurs moeurs, et deux ou trois +ans ne seront pas passés, que tout aura pris une face bien différente. + +Vous avez sans doute reçu les différentes lettres que je vous ai +écrites, et les relations des différens événemens militaires qui se sont +passés; ne négligez rien pour faire passer en France, par des spronades, +toutes les nouvelles que vous avez de nous, ne fût-ce même que les +rapports des neutres, pour détruire les mille et un faux bruits que les +curieux d'une grande ville accueillent avec tant d'imbécillité. + +BONAPARTE. + + + + +Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798). + +_Au général Kléber._ + +Un vaisseau comme _le Franklin_, citoyen général, qui portait l'amiral, +puisque _l'Orient_ avait sauté, ne devait pas se rendre à onze heures +du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est +extrêmement coupable, puisqu'il est constaté par son procès-verbal qu'il +n'a rien fait pour l'échouer et pour le mettre hors d'état d'être amené: +voilà ce qui fera à jamais la honte de la marine française. Il ne +fallait pas être grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tête pour +couper un câble et échouer un bâtiment; cette conduite est d'ailleurs +spécialement ordonnée dans les instructions et ordonnances que l'on +donne aux capitaines de vaisseau. Quant à la conduite du contre-amiral +Duchaila, il eût été beau pour lui de mourir sur son banc de quart, +comme du Petit-Thouars. + +Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, c'est sa lâche +conduite avec les Anglais depuis qu'il a été prisonnier. Il y a des +hommes qui n'ont pas de sang dans les veines. Il entendra donc tous les +soirs les Anglais, en se soûlant de punch, boire à la honte de la marine +française! Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour les +lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester à Alexandrie ou à +bord des vaisseaux comme prisonnier, sans jamais souhaiter ni demander +rien. Ohara, qui d'ailleurs était un homme très-commun, lorsqu'il fut +fait prisonnier à Toulon, sur ce que je lui demandais de la part du +général Dugommier ce qu'il désirait, répondit: _être seul, et ne rien +devoir à la pitié_. La gentillesse et les traitemens honnêtes n'honorent +que le vainqueur, ils déshonorent le vaincu, qui doit avoir de la +réserve et de la fierté. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798). + +_Instruction pour le citoyen Mailly._ + +Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera fournie à +Damiette, directement pour Lataquie; la première attention qu'il doit +avoir, c'est d'éviter les croisières anglaises. Il engagera le patron à +changer de route lorsqu'il s'en verra menacé; il ne s'approchera même +qu'avec précaution des petits bâtimens venant de la côte, et ne les +hélera que lorsqu'il sera sûr que ce ne sont pas des corsaires. Les +patrons de la barque reconnaissent facilement au large les djermes de +leur pays. + +Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et fera en pareil +cas ce que la prudence lui dictera. Son habit oriental pourra lui être +utile dans cette occasion, et il aura soin de ne parler qu'en langue +turque avec son interprète arabe, lors d'une visite. + +Arrive à la marine de Lataquie, il demandera à parler à +Codja-Hanna-Coubbé, intendant du gouverneur, et noligataire du brigantin +français _la Marie_, arrivé à bon port à la rade de Damiette le 11 +fructidor de cette année. Il lui fera valoir la permission qu'a donnée +le général en chef à son correspondant, de faire son retour en riz, pour +alimenter son échelle et la ville d'Alep. + +Il demandera de suite la permission de communiquer avec le citoyen +Geoffroi, proconsul de la république française à Lataquie, distant d'un +demi-quart de lieue de la marine. Assisté de cet officier, il se rendra +chez le gouverneur, à qui il remettra la lettre du général en chef. + +Le citoyen Mailly devra bien prévoir qu'il y a des espions anglais à +Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expédition de son paquet pour +Constantinople, il aura soin de dire au gouverneur et de répandre dans +le public, que le général en chef a envoyé sur toute la côte divers +officiers pour engager les pachas à laisser toute liberté de commerce +avec l'Égypte, et que sa mission particulière se borne à Lataquie et +Alep. + +Cette ouverture donnera au proconsul la facilité d'expédier sur-le-champ +un messager qui se rendra en deux jours a Alep. Le citoyen Chos-de-Clos, +notre consul, le gardera un jour ou deux tout au plus, pendant lequel +temps il donnera au général en chef les nouvelles les plus authentiques +qu'il aura pu recueillir de la légation de Constantinople, soit aussi de +diverses lettres particulières sur la situation de cette capitale, de +même que les mouvemens en Romélie, Syrie, etc., et en général tout ce +qui peut intéresser le général en chef. + +Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la république, le retour +du message; il se tiendra très-réservé sur les nouvelles de l'Égypte, +autant qu'elles pourront entraver sa mission, et, dans le cas qu'il +trouve le peuple de Lataquie en fermentation, il pourra dire comme de +lui-même: «Le bruit constant au Caire est que l'expédition des Français +est terminée, et, sans l'échec arrivé à notre escadre, notre armée se +serait déjà retirée; mais qu'en attendant de nouvelles forces maritimes, +les ports de l'Égypte sont ouverts aux négocians musulmans, et que ceux +de Lataquie peuvent en toute sûreté y envoyer leur tabac, qui fait toute +leur richesse.» + +Le messager étant de retour d'Alep, le citoyen Mailly mettra +sur-le-champ à la voile, tâchera de n'aborder aucune terre et de s'en +retourner en droiture à Damiette, d'où il se rendra sur-le-champ près du +général en chef. + +Il mettra la même prudence à cacher ses dépêches pour le général en +chef, et, dans le cas où il se verrait forcé de les jeter à la mer ou +qu'elles seraient interceptées par les Anglais, son voyage ne sera +pas inutile sous le rapport des nouvelles, en prenant à Lataquie la +précaution de faire écrire en Arabe les nouvelles les plus saillantes, +et de les confier à son interprète ou de les cacher dans un ballot de +tabac. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798). + +_Au général Murat._ + +Si les Arabes que vous avez attaqués sont les mêmes qui ont assassiné +nos gens à Mansoura, mon intention est de les détruire. Faites-moi +connaître les forces qui vous seraient nécessaires à cet effet, et +étudiez la position qu'ils occupent; afin de pouvoir les attaquer, les +envelopper, et donner un exemple terrible au pays. + +J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement avec eux, vous +aurez exigé des otages, des chevaux et des armes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798). + +_Au général Fugières._ + +J'espère qu'à l'heure qu'il est, citoyen général, vous aurez, de concert +avec le général Dugua, soumis le village de Soubat et exterminé ces +coquins d'Arabes. + +J'attends toujours des nouvelles de la réquisition des chevaux, qui +n'avance pas dans votre province. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798). + +_Au général Murat._ + +Je vous répète que mon intention est de détruire les Arabes que vous +avez attaqués; c'est le fléau des provinces de Mansoura, de Kelioubeh et +de Garbieh. + +Le général Dugua doit, de concert avec le général Fugières, avoir +attaqué la partie de ces Arabes qui se trouve au village de Soubat; +envoyez reconnaître où se trouvent les Arabes que vous avez attaqués; +faites-moi connaître les forces dont vous aurez besoin, et l'endroit +d'où vous pourrez partir pour les attaquer avec succès, en tuer une +partie et prendre des otages, afin de s'assurer de leur fidélité. + +Faites reconnaître la route de Met-Kamao à Belbeys: vous ne devez pas, à +Met-Kamao, vous en trouver éloigné. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798). + +_À l'adjudant-général Bribes._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25 fructidor, où vous +me rendez compte de l'attaque qu'a essuyée le convoi d'Alexandrie à +Damanhour. Le commandant du convoi ne mérite aucun éloge, puisqu'il a +laissé prendre plusieurs bêtes chargées; il devait faire assez de haltes +pour ne rien laisser en arrière: le commandant du convoi eût mérité des +éloges, s'il l'eût amené sans avoir rien laissé prendre. + +Donnez la chasse à ces brigands; écrivez au général Marmont à Rosette. +Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec sa demi-brigade. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798). + +_À l'ordonnateur Leroy._ + +Il est extrêmement ridicule, citoyen ordonnateur, que vous vous amusiez +à payer le traitement de table, quand la solde des matelots et le +matériel sont dans une si grande souffrance. Je vous prie de vous +conformer strictement à mon ordre, d'employer au matériel les trois +quarts de l'argent que je vous ai envoyé, et le quart seulement au +personnel de la marine. En faisant de si grands sacrifices pour la +marine, mon intention a été de mettre les trois frégates à même de +sortir le plus tôt possible, ainsi que les deux vaisseaux. + +Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les deux neutres, +_l'Aimable Mariette_ et _l'Alexandre_ sont rentrés, ou non, dans le +port. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798). + +_Au conseil d'administration de la soixante-neuvième demi-brigade._ + +J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais faire un +rapport sur la solde qui vous est due. + +L'armée, depuis son entrée en Égypte, a été soldée des mois de floréal, +prairial et messidor: elle se trouve encore arriérée des mois de +thermidor et fructidor. + +La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un arriéré +antérieur à floréal: conformément à ce qui a été mis à l'ordre du jour, +il y a près d'un mois, il faut que vous vous adressiez, pour tout ce qui +est antérieur à floréal, à l'ordonnateur en chef. + +Si, dans le rapport que le payeur général me fera, il est constaté que +vous ayez touché moins de paye que le reste de l'armée, je donnerai +sur-le-champ les ordres et je prendrai les mesures pour que vous soyez +mis au courant de paye de l'armée. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798). + +_À l'ordonnateur en chef._ + +J'avais ordonné qu'on payât quarante mille rations de biscuit au général +Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, compté que trente mille, +et, lorsque le biscuit est arrivé, il ne s'en est trouvé que vingt +mille. + +L'agent à Boulac doit avoir le reçu de celui qui a accompagné le convoi, +faites-le moi présenter: si vous ne mettez point d'ordre à cet abus, il +est impossible que l'armée existe. + +Si l'on continue cette friponnerie malgré la plus grande surveillance, +que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y aura des envois +multipliés à faire? + +Les envoyés ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur donne l'ordre en +quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de soixante livres; mais ils ne +peuvent avoir cette pitoyable excuse par mon ordre, puisque je demandé +toujours par rations. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798). + +_Au général Kléber._ + +Un officier du génie, chargé des ordres du général Caffarelli, se rend à +Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible les travaux de cette +place, surtout du côté de terre. + +Mourad Dey a été battu par Desaix, qui lui a pris cent cinquante barques +chargées de blé, d'effets, douze pièces de canon et quelques mameloucks: +nous sommes maîtres de toute l'Égypte. Mourad Bey, avec cinq à six cents +mameloucks et quelques Arabes, est entre le Fayoum et le désert: il va +se rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il ne +passerait pas loin de la province du Bahhiré. + +J'ai donné ordre au général Marmont de se rendre à Rhamanieh, d'y +prendre le commandement des troupes de toute la province, pour être à +même, dans tous les cas, de protéger la navigation du Nil, celle du +canal, et la campagne d'Alexandrie. + +Ibrahim Bey est toujours à Gaza, d'où il promet et écrit beaucoup à ses +partisans. + +Notre fête ici sera fort belle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2e. jour complémentaire an 6 (18 septembre 1798). + +_Au même._ + +Je reçois, citoyen général, votre lettre du 26. Il est extrêmement +urgent de débarrasser Alexandrie de cette grande quantité de pèlerins: +qu'ils s'en aillent par terre à Derne, où ils pourront s'embarquer, ou +faites-les embarquer sur trois bons bâtimens et partir de suite. + +Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la saison où +nous nous trouvons, où il ne fait grand jour qu'a six heures du matin, +tous les bâtimens peuvent sortir à la barbe des Anglais. Forcez ceux qui +seront chargés des hommes dont vous voulez débarrasser votre place, à +sortir. + +Moyennant l'expédition que vous avez faite sur le village qui +s'était révolté, les choses changeront. Le général Marmont, avec +l'adjudant-général Bribes, se trouve avoir près de quinze cents hommes; +ce qui forme une colonne respectable, qui protégera l'arrivée des eaux à +Alexandrie. + +Ou me mande de Rosette qu'on a envoyé à Rahmanieh trois mille quintaux +de blé pour Alexandrie; j'en ai envoyé une grande quantité du Caire: si +la navigation était commode, il serait facile de pouvoir payer en blé ce +que nous devons à une grande partie du convoi. + +Le sévère blocus que veulent établir les Anglais ne produira aucun +résultat; les vents de l'équinoxe nous en feront bonne raison. J'imagine +que M. Hood veut tout bonnement se faire payer pour la sortie et pour +l'entrée, comme cela est arrivé quarante fois sur les côtes de Provence. +Je désirerais qu'il n'y eût plus de parlementaires, et que le commandant +des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire des +lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort peu important +que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, ou non: ces gens-là +me paraissent déjà assez orgueilleux de leur victoire, sans les enfler +encore davantage. Quand les circonstances vous feront croire nécessaire +de leur envoyer un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez. + +Mourad-Bey est toujours dans la même position entre le Fayoum et le +désert. Je me suis porté à Gizeh pour surveiller ses mouvemens. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er vendémiaire an 7 (22 septembre 1798). + +_À l'armée._ + +Soldats! + +Nous célébrons le premier jour de l'an 7 de la république. + +Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée: mais +vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de nos ennemis. + +Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego. + +L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes. + +Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez la +célèbre victoire de Saint-George. + +L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, de retour +de l'Allemagne. + +Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au +centre de l'ancien continent? + +Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux +et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde. + +Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce que +vous avez fait et de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez avec +honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide, +ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de +l'admiration de tous les peuples. + +Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été +l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce +jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens +représentatifs; quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous +disent: c'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devrons la paix +générale, le repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la +liberté civile. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798). + +_Au général Dugua._ + +Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon de la +soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon aide-de-camp Duroc, +sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisième bataillon de la seconde +d'infanterie légère, qui sont partis avant-hier, doivent être arrivés. + +J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération du général +Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, il est un peu faible. + +À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures du matin, on a +égorgé quinze Français qui étaient sur un bateau qui venait de Damiette. +Les cinq villages qui sont immédiatement après Mit-el-Kouli, se sont +réunis pour cette opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou +quatre mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, aura été de vous +emparer de ces canons, détruire ces retranchemens et désarmer ces +villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils. +J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous êtes arrivé à Damiette. Il faut +demander des otages dans tous les villages qui se sont mal comportés, et +avoir sur le lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de +3. + +Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons été +l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce +jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens +représentatifs; quarante millions de citoyens pensent à vous. Tous +disent: c'est à leurs travaux, à leur sang, que nous devrons la paix +générale, le repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la +liberté civile. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798). + +_Au général Dugua._ + +Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon de la +soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon aide-de-camp Duroc, +sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisième bataillon de la seconde +d'infanterie légère, qui sont partis avant-hier, doivent être arrivés. + +J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération du général +Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, il est un peu faible. + +À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures du matin, on a +égorgé quinze Français qui étaient sur un bateau qui venait de Damiette. +Les cinq villages qui sont immédiatement après Mit-el-Kouli, se sont +réunis pour cette opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou +quatre mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, aura été de vous +emparer de ces canons, détruire ces retranchemens et désarmer ces +villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils. +J'imagine qu'à l'heure qu'il est, vous êtes arrivé à Damiette. Il faut +demander des ôtages dans tous les villages qui se sont mal comportés, et +avoir sur le lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3 +naître les canaux et pris des mesures pour soumettre la province. + +Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, différentes mesures que je vous ai +prescrites concernant le désarmement, et pour prendre des ôtages dans +les différens villages révoltés. + +Faites passer dans le lac Menzalé quatre où cinq djermes armées de +canon, que vous avez à Damiette, et, si vous pouvez, une chaloupe +canonnière; enfin, armez le plus de bateaux que vous pourrez, pour être +entièrement maître du lac. Tâchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains, +et pour cela faire, employez la ruse s'il le faut. + +Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer +d'El-Menzalé; faites-en partir une autre pour accompagner le général +Andréossi, et s'emparer de toutes les îles du lac. J'imagine que vous +aurez donné une leçon sévère au gros village de Mit-el-Kouli. Mon +intention est qu'on fasse tout ce qui est nécessaire pour être +souverainement maître du lac de Menzalé, et dussiez-vous y faire marcher +toute votre division, il faut que le général Andréossi arrive à Peluse. + +Je vous ai écrit, dans une de mes lettres, de faire une proclamation; +faites-la répandre avec profusion dans le pays. + +Il faut faire des exemples sévères, et comme votre division ne peut pas +être destinée à rester dans les provinces de Damiette et de Mansoura, il +faut profiter du moment pour les soumettre entièrement, et pour cela il +faut le désarmement, des têtes coupées et des ôtages. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798). + +_Au général Dupuy._ + +Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continué d'avoir avec le +camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent qu'elle y a fait, et voulait +encore y faire passer, j'ordonne que la femme d'Osman-Bey restera en +prison jusqu'à ce qu'elle ait versé dans la caisse du payeur de l'armée +dix mille talaris. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je vous prie d'envoyer chez les marchands de café, les Cophtes et les +marchands de Damas, des gardes, si dans la journée de demain ils n'ont +pas payé ce qu'ils doivent de leur contribution. + +Si la femme de Mourad-Bey n'a pas versé dans la journée de demain les +huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution sera portée a dix mille +talaris. + +Sur les quinze mille talaris imposés sur le Saga, il n'en a encore été +perçu que mille cinquante-cinq; il en reste treize mille neuf cent +quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq seront versés dans la +journée de demain, et les dix mille restant, mille par jour. + +Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journée d'aujourd'hui, +l'argent que vous auriez des cotons, café, des morts sans héritiers ou +de tout autre objet. Le Caire se trouve absolument dépourvu de fonds, et +l'armée a déjà de grands besoins. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 vendémiaire an 7 (26 septembre 1798). + +_Au général Dugua._ + +Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen général, +parvenir à Menzalé; faites-y marcher votre avant-garde en la renforçant +de ce que vous jugerez nécessaire; je désire qu'elle prenne position à +Menzalé. En réunissant la quantité de bateaux nécessaires pour pouvoir +se porter rapidement soit à Damiette, soit à Salahieh, soit à Mansoura, +essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais vous le +tenez, envoyez-le moi au Caire. Désarmez le plus que vous pourrez; +n'écoutez point ce qu'ils pourraient vous dire, que, par le désarmement, +vous les exposez aux incursions des Arabes: tous ces gens-là +s'entendent; surtout il faut que le village de Mit-el-Kouli vous +fournisse au moins cent armes et des pièces de canon: ils les ont +cachées; mais je suis sûr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le général +Vial pour faire désarmer Damiette et faire arrêter les hommes suspects. + +Prenez des ôtages, exigez que les villages vous remettent leurs fusils, +tâchez d'avoir leurs canons, et faites entrer dans le lac de Menzalé des +djermes armées ou armées de leurs bateaux. + +Envoyez un officier de génie à Menzalé, afin de bien établir sa position +par rapport a Damiette, à Mansoura et surtout à Salahieh. + +Faites faire des reconnaissances le long de la mer à droite et à gauche +jusqu'au cap Bourlos d'un côté, et aussi loin que vous pourrez de +l'autre. + +Ordonnez aussi que les troupes soient désarmées. Je vous ai envoyé une +djerme armée, _la Carniole_; vous devez en avoir deux à Damiette. Je +vous ai envoyé deux avisos; il y avait une chaloupe canonnière; et cela +fait six bâtimens armés. BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 vendémiaire an 7 (27 septembre 1798). + +_Au général Dupuis._ + +Faites couper la tête aux deux espions et faites-les promener dans la +ville avec un écriteau pour faire connaître que ce sont des espions du +pays. Faites connaître à l'aga que je suis très-mécontent des propos que +l'on tient dans la ville contre les chrétiens. Il doit y avoir en ce +moment des ôtages de Menouf à la citadelle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 vendémiaire an 7 (2 octobre 1798). + +_Au commandant de la Caravelle._ + +J'ai reçu la lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire. +J'ai appris avec peine que vous aviez éprouvé à Alexandrie quelques +désagrémens. J'ai donné les ordres au Caire pour que tout votre monde +vous rejoignît. Tenez-vous prêt a partir a l'époque à laquelle vous +aviez l'habitude de quitter Alexandrie. Faites-moi connaître le temps où +vous comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dépêches pour +la Porte. + +Croyez aux sentimens d'estime, et au désir que j'ai de vous être +agréable. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 vendémiaire an 7 (4 octobre 1798). + +_Au général Kléber._ + +Le général Caffarelli, citoyen général, m'a fait connaître votre désir. + +Je suis extrêmement fâché de votre indisposition: j'espère que l'air +du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables d'Alexandrie, vous +trouverez peut-être notre Égypte moins mauvaise qu'on peut le croire +d'abord. Nous avons eu différentes affaires avec les Arabes de Scharkieh +et du lac Menzalé: ils'ont été battus à Damette et avant-hier à +Mit-Kamar. + +Desaix a été jusqu'à Syouth: il a poussé les mameloucks dans le désert; +une partie d'eux a gagné les oasis. + +Ibrahim-Bey est à Gaza: il nous menace d'une invasion; il n'en fera +rien; mais nous qui ne menaçons pas, nous pourrons bien le déloger de +là. + +Croyez au désir que j'ai devons voir promptement rétabli, et au prix que +j'attache à votre estime et à votre amitié. Je crains que nous ne soyons +un peu brouillés: vous seriez injuste si vous doutiez de la peine que +j'en éprouverais. + +Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent dans six +heures; de mon côté, s'il y en avait, ils seraient passés dans trois: +l'estime que j'ai pour vous est au moins égale à celle que vous m'avez +témoignée quelquefois. + +J'espère vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous le mande le +général Caffarelli. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798). + +_Au général Fugières._ + +Il est nécessaire, citoyen général, que vous portiez le plus grand +respect au village de Tenta, qui est un objet de vénération pour les +Mahométans. Il faut surtout éviter de faire tout ce qui pourrait leur +donner lieu de se plaindre que nous ne respectons pas leur religion et +leurs moeurs. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798). + +_Au même._ + +J'ai appris avec peine, citoyen général, ce qui est arrivé à Tenta: je +désire que l'on respecte cette ville, et je regarderais comme le plus +grand malheur qui pût arriver, que de voir ravager ce lieu saint aux +yeux de tout l'Orient. J'écris aux habitans de Tenta, et je vais faire +écrire par le divan général: je désire que tout se termine par la +négociation. + +Quant aux Arabes, tâchez de les faire se soumettre et qu'ils vous +donnent des ôtages: écrivez leur à cet effet, et, s'ils ne se soumettent +pas, tâchez de leur faire le plus de mal que vous pourrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail de quelques combats +qui ont eu lieu à différentes époques et en différens lieux contre les +mameloucks, diverses tribus d'Arabes, et quelques villages révoltés. + +_Combat de Rémeryeh._ + +Le général de brigade Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième +demi-brigade, est arrivé à Menouf dans le Delta, le 28 thermidor, pour +se rendre à Mehalleh-el-kébyr, capitale de la Gharbyéh. Le village de +Rémeryeh lui refusa le passage. Après une heure de combat, il repoussa +les ennemis dans le village, les investit, les força, en tua deux cents, +et s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques blessés. +Le citoyen Chênet, sous-lieutenant de la dix-huitième, s'est distingué. + +_Combat de Djémyleh._ + +Le général Dugua envoya, le premier jour complémentaire, le général +Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzième, reconnaître le canal +d'Achmoun, et soumettre les villages qui refusaient obéissance. Arrivé +au village de Djémyleh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou +habitans, attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites, +et les ennemis repoussés. Le chef de bataillon du génie, Cazalès, s'est +spécialement distingué. + +_Combat de Myt-Qamar._ + +Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; environnés +de tous côtés par l'inondation, ils se croyaient inexpugnables, et +infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs brigandages. Les +généraux de brigade, Murat et Lanusse, eurent ordre d'y marcher, et +arrivèrent le 7 vendémiaire. Les Arabes furent dispersés après une +légère fusillade. Nos troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant +de l'eau jusqu'à la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont +tombés en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misérables ont été +tués ou noyés. Le citoyen Niderwood, adjoint à l'état-major, s'est +distingué dans ce combat. + +Les Arabes sont à l'Égypte ce que les Barbets sont au comté de Nice; +avec cette grande différence qu'au lieu de vivre dans les montagnes +ils sont tous à cheval, et vivent au milieu des déserts. Ils pillent +également les Turcs, les Égyptiens et les Européens. Leur férocité est +égale à la vie misérable qu'ils mènent, exposés des jours entiers, dans +des sables brûlans, à l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils +sont sans pitié et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage le +plus hideux qu'il soit possible de se figurer. + +Le général Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour se rendre dans +la Haute-Égypte, avec une flottille de deux demi-galères, et six avisos. +Il a remonté le Nil, et est arrivé à Benéçouef le 14 fructidor. Il mit +pied à terre, et se porta par une marche forcée à Behnéce, sur le canal +de Joseph. Mourad-Bey évacua à son approche. Le général Desaix prit +quatorze barques chargées de bagage, de tentes, et quatre pièces de +canon. + +Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva à Acyouth le 29 +fructidor, se trouvant alors à plus de cent lieues du Caire, poussant +devant lui la flottille des beys, qui se réfugia du côté de la +cataracte. + +Le cinquième jour complémentaire, il retourna à l'embouchure du canal +de Joseph. Après une navigation difficile et pénible, il arriva le 12 +vendémiaire à Behnéce. + +Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui préludèrent à la +journée de Sédyman. + +_Bataille de Sédyman._ + +Le 16, à la pointe du jour, la division du général Desaix se mit en +marche, et se trouva bientôt en présence de l'armée de Mourad-Bey, forte +de cinq à six mille chevaux, la plus grande partie Arabes, et un corps +d'infanterie qui gardait les retranchements de Sédyman, où il avait +quatre pièces de canon. + +Le général Desaix forma sa division, toute composée d'infanterie, en +bataillon carré qu'il fit éclairer par deux petits carrés de deux cents +hommes chacun. + +Les mameloucks, après avoir longtemps hésité, se décidèrent, et +chargèrent, avec d'horribles cris et la plus grande valeur, le petit +peloton de droite que commandait le capitaine de la vingt-unième, +Valette. Dans le même temps, ils chargèrent la queue du carré de +la division, où était la quatre-vingt-huitième, bonne et intrépide +demi-brigade. + +Les ennemis sont reçus partout avec le même sang-froid. Les chasseurs +de la vingt-unième ne tirèrent qu'à dix pas, et croisèrent leurs +baïonnettes. Les braves de cette intrépide cavalerie vinrent mourir +dans, le rang, après avoir jeté masses et haches d'armes, fusils, +pistolets, à la tête de nos gens. Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux +tués, se glissèrent le ventre contre terre pour passer sous les +baïonnettes, et couper les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils +durent fuir. Nos troupes s'avancèrent sur Sédyman, malgré quatre pièces +de canon, dont le feu était d'autant plus dangereux que notre ordre +était profond; mais le pas de charge fut comme l'éclair, et les +retranchemens, les canons et les bagages, nous restèrent. + +Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés, et quatre cents hommes +d'élite sur le champ de bataille; notre perte se monte à trente-six +hommes tués et quatre-vingt-dix blessés. + +Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats ont fait un butin +considérable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait trouvé quatre ou cinq +cents louis. + +Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unième, a été blessé; les +citoyens Rapp, aide-de-camp du général Desaix, Valette, et Sacro, +capitaines de la vingt-unième, Geoffroy, de la soixante-unième, +Géromme, sergent de la quatre-vingt-huitième, se sont particulièrement +distingués. + +Le général Friant a soutenu dans cette journée la réputation qu'il avait +acquise en Italie et en Allemagne. + +Je vous demande le grade de général de brigade pour le citoyen Robin, +chef de la vingt-unième demi-brigade. J'ai avancé les différens +officiers et soldats qui se sont distingués. Je vous en enverrai l'état +par la première occasion. + +BONAPARTE. + + + + +Le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1798). + +_Au citoyen Barré, capitaine de frégate._ + +J'ai reçu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, que vous +m'avez envoyé. Vous avez dû depuis vous confirmer davantage dans les +sondes que vous aviez faites. Je vous prie de me répondre à la question +suivante: + +Si un bâtiment de soixante-quatorze se présente devant le port +d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer? + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798). + +_Au général Marmont._ + +L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passé il y a trois +jours à Chouara avec trente Arabes; on croit qu'il se rend dans les +environs d'Alexandrie: je désirerais que vous pussiez le faire prendre; +je donnerais bien 1,000 écus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les +vaille; mais ce serait pour l'exemple: c'est le même qui était à bord +de l'amiral anglais. Si l'on pouvait parler à des Arabes, ces gens-là +feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798). + +_Au même._ + +Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: mais tout est +aujourd'hui tranquille. Le général Dupuy a été tué dans une rue, au +premier moment de la révolte; Sullowski a été tué hier matin: j'ai été +obligé de faire tirer des bombes et des obus sur la grande mosquée, +pour soumettre un quartier qui s'était barricadé: cela a fait un effet +très-considérable. Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée. Nous +avons eu en différens points quarante ou cinquante hommes de tués. La +ville a eu une bonne leçon, dont elle se souviendra long-temps, je +crois. + +J'ai reçu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus d'artillerie +que vous pourrez: je vous ai demandé quelques pièces de 24 et quelques +mortiers; il serait bien essentiel qu'il nous en arrivât. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798). + +_Au général Reynier._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 4 brumaire, avec différens +extraits des lettres du général Lagrange. Vous devez avoir reçu un +convoi avec des cartouches et quatre pièces de canon, dont deux pour +votre équipage de campagne, deux pour Salahieh, dans le cas que +l'équipage par eau tardât à y arriver. La tranquillité est parfaitement +rétablie au Caire. Notre perte se monte exactement à huit hommes tués +dans les différens combats, vingt-cinq hommes malades qui, revenant de +votre division, ont été assassinés en route, et une vingtaine d'autres +personnes de différentes administrations et de différens corps, +assassinées isolément. Les révoltés ont perdu un couple de milliers +d'hommes. Toutes les nuits nous faisons couper une trentaine de têtes et +beaucoup de celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne +leçon. + +Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, à se jeter dans le désert. Si +quelques Arabes ont été le joindre, cela a été pour lui porter du blé +et autres provisions. Il paraît qu'il y a à Gaza une grande disette. +Au reste, si nous pouvions être prévenus à temps, il n'échapperait que +difficilement. + +Pour le moment, tenez-vous concentré à Salahieh et à Belbeis; punissez +les différentes tribus arabes qui se sont révoltées contre vous; tâchez +d'en obtenir des chevaux et des ôtages; faites activer, par tous les +moyens possibles, les travaux de Belbeis, afin que l'on puisse +y confier, d'ici à quelques jours, quelques pièces de canon; +approvisionnez Salahieh le plus qu'il vous sera possible. La meilleure +manière de punir les villages qui se sont révoltés, c'est de prendre le +scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de lui que +tout dépend. + +Le général Andréossi est reparti de Peluse le 28; il y a trouvé de +très-belles colonnes et quelques camées. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se manifesta quelques +rassemblemens dans la ville du Caire. + +À sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla à la porte du +cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme respectable par son caractère et ses +moeurs. Une députation de vingt personnes des plus marquantes se rendit +chez lui, et l'obligea à monter à cheval, pour, tous ensemble, se rendre +chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa au cadhi que +le rassemblement était trop nombreux et trop mal composé pour des +hommes qui ne voulaient que présenter une pétition. Il fut frappé de +l'observation, descendit de cheval, et rentra chez lui. La populace +mécontente tomba sur lui et sur ses gens à coups de pierre et de bâton +et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison. + +Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur ces entrefaites; +toutes les rues étaient obstruées. + +Un chef de bataillon turc, attaché à la police, qui venait deux cents +pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité de le faire cesser +par douceur, tira un coup de tromblon. La populace devint furieuse; le +général Dupuy la chargea avec son escorte, culbuta tout ce qui était +devant lui, s'ouvrit un passage. Il reçut sous l'aisselle un coup de +lance qui lui coupa l'artère: il ne vécut que huit minutes. + +Le général Bon prit le commandement. Les coups de canon d'alarme furent +tirés; la fusillade s'engagea dans toutes les rues; la populace se mit +à piller les maisons des riches. Sur le soir, toute la ville se trouva +à-peu-près tranquille, hormis le quartier de la grande mosquée, où se +tenait le conseil des révoltés, qui en avaient barricadé les avenues. + +À minuit, le général Dommartin se rendit avec quatre bouches à feu +sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, qui domine à cent +cinquante toises la grande mosquée. Les Arabes et les paysans marchaient +pour secourir les révoltés. Le général Lannes fit attaquer par le +général Vaux quatre à cinq mille paysans qui se sauvèrent plus vite +qu'ils n'auraient voulu; beaucoup se noyèrent dans l'inondation. + +À huit heures du matin, j'envoyai le général Dumas avec de la cavalerie +battre la plaine. Il chassa les Arabes au-delà de la qoubbeh. + +À deux heures après midi, tout était tranquille hors des murs de la +ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs de la loi, +s'étant présentés aux barricades du quartier de la grande mosquée, les +révoltés leur en refusèrent l'entrée; on les accueillit à coups de +fusil. Je leurs fis répondre à quatre heures par les batteries de +mortiers de la citadelle, et les batteries d'obusiers du général +Dommartin. En moins de vingt minutes de bombardement, les barricades +furent levées, le quartier évacué, la mosquée entre les mains de nos +troupes, et la tranquillité fut parfaitement rétablie. + +On évalue la perte des révoltés de deux mille à deux mille cinq cents +hommes; la nôtre se monte à seize hommes tués en combattant, un convoi +de vingt-un malades revenant de l'armée, égorgés dans une rue, et à +vingt hommes de différens corps et de différens états. + +L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que les hasards de la +guerre avaient respecté dans cent occasions. + +Mon aide-de-camp Sullowsky allant, à la pointe du jour, le premier +brumaire, reconnaître les mouvemens qui se manifestaient hors la ville, +a été à son retour attaqué par toute la populace d'un faubourg; son +cheval ayant glissé, il a été assommé. Les blessures qu'il avait reçues +au combat de Salahieh n'étaient pas encore cicatrisées; c'était un +officier de la plus grande espérance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798). + +_Au citoyen Braswich, chancelier interprète._ + +Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous vous rendrez +avec lui à bord de la caravelle. Vous tâcherez de prendre tous les +renseignemens possibles sur notre situation avec la Porte, et sur celle +de notre ambassadeur à Constantinople et de l'ambassadeur ottoman à +Paris. + +Vous ferez connaître à l'officier qui commande la flottille turque le +désir que j'aurais qu'il m'envoyât au Caire un officier distingué, pour +conférer avec lui d'objets importans; que si les Anglais ne les laissent +pas entrer à Alexandrie, ni à Rosette, il peut envoyer une frégate à +Damiette, et que j'en profiterai pour écrire à Constantinople des choses +également avantageuses aux deux puissances. + +Je compte, pour cette mission importante, sur votre zèle et sur votre +capacité. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798). + +_Au général commandant à Alexandrie._ + +Vous ferez sortir, citoyen général, deux parlementaires, l'un sera le +canot de la caravelle, sur lequel seront embarqués le turc Ibrahim Aga +et le citoyen Braswich, qui s'habillera à la turque, s'il ne l'est pas. + +Le second portera un officier de terre. + +Vous ferez commander le canot par un officier intelligent qui puisse +tout observer sans se mêler de rien. + +Ces deux parlementaires sortiront en même temps du port: l'un portera +pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon turc et pavillon +blanc. + +Sortis du port, le parlementaire français ira aborder l'amiral anglais; +le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc. + +Vous écrirez à l'amiral anglais une lettre, dans laquelle vous lui direz +que vous vous êtes empressé d'envoyer au Caire la lettre qu'il vous a +écrite le 19 octobre; que la caravelle qui est à Alexandrie étant à la +disposition du pacha d'Égypte, elle suivra les ordres que lui donnera +ledit pacha; que celui-ci ayant jugé à propos d'envoyer un de ses +officiers a bord de l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous +avez autorisé la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la +caravelle. + +Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque sur son +parlementaire, hormis les rameurs, qui devront être matelots. + +L'officier de terre que vous enverrez à bord de l'amiral anglais se +comportera avec la plus grande honnêteté: il remettra à l'amiral, comme +par hasard, quelques journaux d'Égypte, et cherchera à tirer toutes les +nouvelles possibles du continent. Il lui dira que je l'ai spécialement +chargé de lui offrir tous les rafraîchissemens dont il pourrait avoir +besoin. + +Dans la nuit, le général Murat partira avec une partie de la +soixante-quinzième; il se rendra à Rahmanieh, de là à Rosette, et de +là à Aboukir ou à Alexandrie. Je juge cet accroissement de forces +nécessaire pour vous mettre à même de vous opposer à toutes les +entreprises que pourraient former les ennemis. Je fais disposer d'autres +bâtimens pour vous envoyer d'autres troupes, et m'y transporter +moi-même, si les nouvelles que je recevrai demain me le font penser +nécessaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +Je reçois, citoyen général, vos lettres des 6 et 7. Puisque les Anglais +ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine de chaloupes, il était +évident qu'ils ne pouvaient débarquer que huit ou neuf cents hommes: +c'eût donc été une bonne affaire de les laisser débarquer, vous nous +auriez envoyé quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait donné +quelques nouvelles du continent. + +Il est bien évident que les Anglais ne veulent tenter leur débarquement +à Aboukir qu'en conséquence de quelque projet mal ourdi, où Mourad-Bey, +ou de nombreuses cohortes d'Arabes, ou peut-être même des habitans, +devaient combiner leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout +cela n'est arrivé et que cependant ils tentaient de débarquer, c'était +une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espère toujours que si le +9 ils ont voulu descendre, vous aurez eu le temps de vous préparer: vous +pourrez les attirer dans quelque embuscade et leur faire un bon nombre +de prisonniers. + +Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fossé, il est à +l'abri d'un coup de main, quand même les Anglais auraient effectué leur +débarquement: cent hommes s'y renfermeraient dans le temps que l'on +marcherait d'Alexandrie et de Rosette pour écraser les Anglais. + +J'ai reçu des nouvelles de Constantinople: la Porte se trouve dans une +position très-critique, et il s'en faut beaucoup qu'elle soit contre +nous. L'escadre russe a demandé le passage par le détroit; la Porte le +lui a refusé avec beaucoup de décision. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798). + +_À son excellence le grand-visir._ + +J'ai eu l'honneur d'écrire à votre excellence le 13 messidor, à mon +arrivée à Alexandrie; je lui ai écrit également le 5 fructidor par +un bâtiment que j'ai expédié exprès de Damiette; je n'ai reçu aucune +réponse à ces différentes lettres. + +Je réitère cette troisième lettre pour faire connaître à votre +excellence l'intention de la république française de vivre en bonne +intelligence avec la sublime Porte. La nécessité de punir les mameloucks +des insultes qu'ils n'ont cessé de faire au commerce français, nous a +conduits en Égypte, tout comme, à différentes époques, la France a dû +faire la même chose pour punir Alger et Tunis. + +La république française est, par inclination comme par intérêt, amie +du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; elle s'est +positivement refusée à entrer dans la coalition qui a été faite avec les +deux empereurs contre la Sublime Porte: les puissances qui se sont déjà +précédemment partagé la Pologne ont le même projet contre la Turquie. +Dans les circonstances actuelles la Sublime Porte doit voir l'armée +française comme une amie qui lui est dévouée et qui est toute prête à +agir contre ses ennemis. + +Je prie votre excellence de croire que personnellement je désire +concourir et employer mes moyens et mes forces à faire quelque chose qui +soit utile au sultan, et puisse prouver à votre excellence l'estime et +la considération avec laquelle je suis, + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798). + +_Au général Menou._ + +S'il se présentait, citoyen général, une ou deux frégates turques pour +entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez les laisser entrer. S'il se +présentait plusieurs bâtimens de guerre turcs pour entrer dans le port +d'Alexandrie, vous ferez connaître à celui qui les commande qu'il est +nécessaire que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez même +l'engager à envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, vous +emploierez la force pour l'empêcher d'entrer. + +Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle communique +directement avec vous, vous serez à même de prendre toute espèce +d'information: vous lui ferez toute sorte d'honnêtetés. + +Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires anglais, vous +ferez connaître à celui qui la commande combien cela est indécent et +contraire au respect que l'on doit à la dignité du sultan, et vous +l'engagerez à communiquer avec vous directement sans parlementaire +anglais, lui faisant connaître que vous regarderez comme nulles toutes +les lettres qui vous viendront par les parlementaires anglais. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798). + +_Au citoyen Guibert, lieutenant des guides._ + +Vous vous rendrez, citoyen, à Rosette, en vous embarquant de suite sur +_la Diligence_. Vous remettrez les lettres ci-jointes, au général Menou; +vous aurez avec vous un Turc nommé Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la +caravelle qui est à Alexandrie. + +Vous vous embarquerez à Rosette sur un canot parlementaire, que le +contre-amiral Perrée vous fournira. Vous vous rendrez à bord de l'amiral +anglais avec votre Turc, qui remettra une lettre dont il est porteur à +l'officier qui commande la flottille turque. + +Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous lui remettrez +sans prétention les différens journaux égyptiens et les numéros de la +décade; vous tâcherez qu'il vous remette les journaux qu'il pourrait +avoir reçus d'Europe; vous laisserez échapper dans la conversation que +je reçois souvent des nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous +parle de l'escadre russe qui assiége Corfou, vous lui laisserez d'abord +dire tout ce qu'il voudra, après quoi vous lui direz que j'ai des +nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez sentir que +vous ne croyez pas à la présence de l'escadre russe devant Corfou, parce +que, si les Russes avaient des forces dans ces mers, ils ne seraient pas +assez dupes de ne pas être devant Alexandrie; vous lui direz, comme par +inadvertance, qu'il attribuera facilement à votre jeunesse, que, depuis +les premiers jours de septembre, tous les jours, je fais partir un +officier pour la France; que plusieurs de mes aides-de-camp ont été +expédiés, et entre autres, mon frère, que vous direz parti depuis +vingt-cinq jours. S'il vous demande d'où ils partent, vous direz que +vous ne savez pas d'où tous sont partis; mais que, pour mon frère, il +est parti d'Alexandrie. + +Vous leur demanderez des nouvelles de la frégate _la Justice_, sur +laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez où elle se trouve: +s'il ne la connaissait pas, vous la lui désigneriez comme une de celles +qui s'en sont allées avec l'amiral Villeneuve. + +Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci à Suez et que vous croyez +que vous me trouverez de retour; vous lui direz, mais très-légèrement, +que vous croyez qu'il est arrivé un très-grand nombre de bâtimens à +Suez, venant de l'Île de France. + +Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait à m'envoyer, je +désirerais qu'il vînt à Rosette, et que j'avais donné l'ordre qu'il vînt +au Caire, et que, dans ce cas, je désirerais qu'il nommât quelqu'un qui +eût sa confiance et qui fût intelligent. + +Vous lui direz également que, s'ils ont de la difficulté à faire de +l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent leur être +agréables, vous savez que mon intention est de les leur faire fournir; +vous leur raconterez que devant Mantoue, sachant que le maréchal de +Wurmser avait une grande quantité de malades, je lui avais envoyé +beaucoup de médicamens, générosité qui avait beaucoup étonné le vieux +maréchal; que je lui faisais passer tous les jours six paires de boeufs +et toutes sortes de rafraîchissemens; que j'avais été très-satisfait de +la manière dont ils avaient traité nos prisonniers. + +Enfin, vous rentrerez à Rosette avec votre Turc sans toucher Alexandrie. +Si le contre-amiral Perrée préférait vous faire partir d'Aboukir sur la +chaloupe de _l'Orient_, vous vous y rendriez. + +Vous reviendriez à Aboukir, et de là à Rosette, et descendrez avec votre +Turc au quartier-général. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu à différentes +époques et sur différens points de l'armée. + +Les Arabes du désert de la Lybie harcelaient la garnison d'Alexandrie. +Le général Kléber leur fit tendre une embuscade; le chef d'escadron +Rabasse, à la tête de cinquante hommes du quatorzième de dragons, les +surprit le 5 thermidor et leur tua quarante-trois hommes. + +À la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes s'étaient +réunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, pour empêcher +les eaux d'y arriver. Le chef de brigade Barthélémy, à la tête de six +cents hommes de la soixante-neuvième, cerna le village de Birk et +Glathas, la nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla +et brûla le village. Ces exemples nécessaires rendirent les Arabes +plus sages, et, grâces aux peines et à l'activité de la quatrième +d'infanterie légère, les eaux sont arrivées, le 14 brumaire, à +Alexandrie en plus grande abondance que jamais. Il y en a pour deux ans. +Le canal nous a servi à approvisionner de blé Alexandrie, et à faire +venir nos équipages d'artillerie à Djyzéh. + +Le général Andréossi, après différens combats sur le lac Menzaléh, est +arrivé, le 29 vendémiaire, sur les ruines de Peluse. Il y a trouvé +plusieurs antiques, entre autres un fort beau camée; il y a dressé la +carte de ce lac et de ses sondes avec la plus grande exactitude. Nous +avons dans ce moment beaucoup de bâtimens armés dans ce lac. Il ne reste +plus que deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybéh, peu de +traces de celle de Peluse. + +Deux jours après que la populace du Caire se fut révoltée, les Arabes +accoururent de différens points du désert, et se réunirent devant +Belbeis. Le général Reynier les repoussa partout; un seul coup de canon +à mitraille en tua sept: après différens petits combats ils disparurent, +et quelque temps après se sont soumis. + +Quelques djermes, chargées de chevaux nous appartenant, ont été pillées +par les habitans du village de Ramleh, et deux dragons ont été tués. Le +général Murat s'y est porté, a cerné le village, et a tué une centaine +d'hommes. + +Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abouché'ir, un des +principaux brigands du Delta, était à Kafr-Khaïr, l'a surpris la nuit du +29 vendémiaire, a cerné sa maison, l'a tué, lui a pris trois pièces de +canon, quarante fusils, cinquante chevaux, et beaucoup de subsistances. + +Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques petits +bâtimens, se sont approchés du fort d'Aboukir, les 3, 4, 6 et 7 +brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes coulées bas: l'ordre était +donné de les laisser débarquer; ils ne l'ont pas osé faire. Ils doivent +avoir perdu quelques hommes; nous en avons eu deux blessés et un de tué: +le citoyen Martinet, commandant la légion nubique, s'est distingué. + +Depuis la bataille de Sédyman, le général Desaix était dans le Faïoum. +Dans cette saison, on ne peut en Égypte aller ni par eau, il n'y en a +pas assez dans les canaux; ni par terre, elle est marécageuse et pas +encore sèche: ne pouvant donc poursuivre Mourad-Bey, le général Desaix +s'occupa à organiser le Faïoum. + +Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le bruit qu'Alexandrie +était pris, et qu'il fallait exterminer tous les Français. Les villages +se refusèrent à rien fournir au général Desaix, qui se porta, le 19 +brumaire, pour punir le village de Céruni (Chérùnéh) qui était soutenu +par deux cents mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en +déroute. Le village a été pris, pillé et brûlé; l'ennemi a perdu quinze +à seize hommes. + +Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, et un grand +nombre de paysans, se portaient à Faïoum pour enlever l'ambulance. +Le chef de bataillon de la vingt-unième, Epler, sortit au devant +des ennemis, les culbuta par une bonne fusillade, et les poussa la +baïonnette dans les reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés +dans les maisons pour piller, ont été tués; nous n'avons eu, dans ces +différens combats, que trois hommes tués et dix de blessés. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798). + +_À l'ordonnateur Leroy._ + +Le capitaine du navire le _Santa-Maria_, qui a acheté ou volé quatre +pièces de canon de 2, un câble et un grappin, de concert avec un matelot +français, sera condamné a payer 6,000 fr. d'amende, qui seront versés +dans la caisse du payeur. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798). + +_À Djezzar-Pacha._ + +Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'êtes pas mon ennemi; mais +il est temps que vous vous expliquiez. Si vous continuez à donner refuge +et à garder sur les frontières de l'Égypte Ibrahim-Bey, je regarderai +cela comme une marque d'hostilité, et j'irai à Acre. + +Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous éloignerez Ibrahim-Bey à +quarante lieues des frontières de l'Égypte, et vous laisserez libre le +commerce entre Damiette et la Syrie. + +Alors, je vous promets de respecter vos états, de laisser la liberté +entière au commerce entre l'Égypte et la Syrie, soit par terre, soit par +mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798). + +_Au général Menou._ + +Faites sentir, citoyen général, au conseil militaire combien il est +essentiel d'être sévère contre les dilapidateurs qui vendent la +subsistance des soldats. C'est par ce manège-là qu'ils nous ont vendu +tout le vin que nous avons apporté de France. Par la seule raison qu'il +ne surveille pas des dilapidations aussi publiques, le commissaire des +guerres est coupable, et mérite une punition exemplaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798). + +_Au scheick El-Messiri._ + +J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivée à Alexandrie; cela +contribuera à y maintenir la tranquillité et le bon ordre. Il serait +essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez des moyens +pour détruire les Arabes et les forcer à une manière de vivre +plus conforme à la vertu. Je vous prie aussi de faire veiller les +malintentionnés qui débarquent à deux ou trois lieues d'Alexandrie, se +glissent dans la ville et y répandent des faux bruits qui ne tendent +qu'à troubler la tranquillité. + +Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espère +qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps. + +Quant à la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas long-temps à +la disposition de nos ennemis. Alexandrie réacquerra son ancienne +splendeur, et deviendra le centre du commerce de tout l'Orient; mais +vous savez qu'il faut quelque temps. Dieu même n'a pas fait le monde en +un seul jour. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armée, un +duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 1er. frimaire, et que je +vous ai expédiée par un de mes courriers, et le quadruplicata de celle +que je vous ai écrite le 30 vendémiaire, et que je vous ai également +expédiée par un de mes courriers, et enfin tous les journaux, ordres du +jour et relations que je vous ai fait passer par mille et une occasions. + +L'ordonnateur Sucy est obligé de se rendre en France pour y prendre les +eaux, par suite de la blessure qu'il a reçue dans les premiers jours de +notre arrivée en Égypte. Je l'engage à se rendre à Paris, où il pourra +vous donner tous les renseignemens que vous pourrez désirer sur la +situation politique, administrative et militaire de ce pays. + +Nous attendons toujours avec une vive impatience des courriers d'Europe. + +L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions d'ordonnateur en +chef. + +Comme nos lazarets sont établis à Alexandrie, Rosette et Damiette, je +vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de quarantaine pour les +bâtimens qui viennent d'Égypte, dès l'instant qu'ils auront une patente +en règle. Vous pouvez être sûrs que nous serons extrêmement prudens, +et que nous ne donnerons point de patente, dès qu'il y aura le moindre +soupçon. + +Nous sommes, au printemps, comme en France au mois de mai. + +Je me réfère, sur la situation politique et militaire de ce pays, aux +lettres que je vous ai précédemment écrites. + +J'envoie en France une quarantaine de militaires estropiés ou aveugles: +ils débarqueront en Italie ou en France: je vous prie de les recommander +à nos généraux et à nos ambassadeurs en Italie, en cas qu'ils débarquent +dans un port neutre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +L'état-major vous ordonne, citoyen général, de prendre le commandement +de la place d'Alexandrie. Je fais venir le général Manscourt au Caire, +parce que j'ai appris que le 24 il a envoyé un parlementaire aux Anglais +sans m'en rendre compte, et que d'ailleurs sa lettre à l'amiral anglais +n'était pas digne de la nation. Je vous répète ici l'ordre que j'ai +donné, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans mon ordre. +Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutumé les officiers qui sont sous +mes ordres, à accorder des grâces et non à en recevoir. + +J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers à la +quatrième d'infanterie légère; il est extrêmement surprenant que je n'en +aie rien su. + +Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette grande +garnison, et faites que l'on s'aperçoive du changement de commandant. + +Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais depuis +trois jours la nouvelle que vous m'avez écrite, des lettres venues de +Saint-Jean d'Acre. + +Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isolés qui devraient être à +l'armée. Ayez soin que personne ne s'en aille qu'il n'ait son passeport +en règle; que ceux qui s'en vont n'emmènent point de domestiques avec +eux, surtout d'hommes ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent +point de fusils. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798). + +_Au général Ganteaume._ + +Je vous prie, citoyen général, de faire expédier d'Alexandrie à Malte +un bon marcheur du convoi, avec des dépêches pour le contre-amiral +Villeneuve. Vous lui ferez connaître le désir que j'aurais qu'il pût, +par le moyen de ses frégates, nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les +frégates pourraient venir à Damiette où les ennemis ne croisent pas. + +Vous lui ferez connaître que depuis Alexandrie jusqu'à la bouche d'Orum +Faredge, à vingt heures est de Damiette, toute la côte est à nous, et +qu'en reconnaissant un point quelconque de cette côte, et mettant un +canot à la mer avec cinquante hommes armés dedans, les dépêches nous +parviendront très-certainement. + +Vous lui direz que nous ne sommes bloqués ici que par deux vaisseaux et +une ou deux frégates: s'il pouvait paraître ici avec trois ou quatre +vaisseaux qu'il a à Malte, et deux ou trois frégates, il pourrait +enlever la croisière anglaise; que nos bâtimens de guerre qu'il sait que +nous avons à Alexandrie, sont organisés et pourraient sortir pour lui +donner des secours. + +Vous donnerez pour instructions à ce bâtiment de ne point se présenter +devant le port de Malte, mais dans la cale de Massa-Sirocco. + +Expédiez un autre bâtiment grec ou du convoi à Corfou pour faire +connaître à celui qui commande les forces navales dans ce port, combien +il est nécessaire qu'il nous expédie un aviso avec toutes les nouvelles +qu'il pourrait avoir à Corfou, d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie, +et de tout ce qui s'est passé de nouveau dans ces mers. Donnez-lui +également une instruction du point où il doit aborder. + +Expédiez un troisième bâtiment du convoi, si vous pouvez, un bâtiment +impérial, au commandant des bâtimens de guerre à Ancône. Vous lui direz +que je désire qu'il m'expédie un aviso pour me faire connaître la +situation de ses bâtimens, et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et +entre autres toutes les gazettes françaises et italiennes depuis notre +départ. + +Vous lui donnerez également une instruction sur la marche que doit tenir +l'aviso. + +Vous expédierez un quatrième bâtiment du convoi, bon voilier, pour se +rendre à Toulon, avec une lettre pour le commandant des armes, dans +laquelle vous lui ferez connaître notre situation dans ce pays, et la +nécessité où nous nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles +de France et les ordres du gouvernement, en évitant Alexandrie, et +en venant aborder, soit à Bourlas, soit à Damiette, soit à la bouche +d'Orum-Faredge. + +Vous ordonnerez au bâtiment de Toulon de passer entre le cap Bon et +Malte, d'éviter l'un et l'autre, de doubler les îles Saint-Pierre, et +de passer entre la Corse et les îles Minorques. Si les vents le +contrariaient ou qu'il apprît la présence des ennemis, il pourrait +aborder en Corse ou dans un port d'Espagne. + +Sur chacun de ces trois ou quatre bâtimens, vous mettrez un aspirant de +la marine ou un officier marinier, qui sera porteur de vos dépêches, +et qui devra en rapporter la réponse. Vous leur donnerez toutes les +instructions nécessaires à cet égard, et vous leur ferez bien connaître +la manière dont ils doivent se conduire à leur retour. Il sera promis +une gratification aux patrons des navires qui retourneront et nous +rapporteront des nouvelles du continent. + +Je vous enverrai, dans la matinée de demain, quatre paquets, dont seront +porteurs ces quatre officiers. Vous leur ordonnerez de les garder, en +les cachant; s'ils étaient pris par les Anglais, je préfère qu'ils +soient pris, plutôt que de les jeter à la mer. + +Il n'y a que des imprimés dans ces paquets. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798). + +_Au général Menou._ + +Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen général, une +colonne mobile dans toute la province de Rosette, village par village, +avec l'intendant, l'agent français et un officier intelligent; à mesure +qu'ils passeront dans un village, ils exigeront les chevaux et la +contribution. + +Vous verrez qu'elle rentrera très-promptement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er décembre 1798). + +_Au général Bon._ + +Vous vous rendrez, citoyen général, demain à Birket-el-Adji. Vous +partirez après-demain avant le jour de cet endroit pour vous rendre, +avec la plus grande diligence possible à Suez. Il serait à désirer que +vous pussiez y arriver le 14 au soir, ou le 15 avant midi. + +Vous m'enverrez un exprès arabe, tous les jours, auquel vous ferez +connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils me remettront +vos lettres. + +Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que le chef de +l'état-major vous a annoncées, le citoyen Collot, enseigne de vaisseau +avec dix matelots et le moallem ... qui aura aussi huit ou dix de ses +gens avec lui. + +Vous trouverez, à Suez, toutes les citernes, que j'ai fait remplir. + +Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier pour +commander la place. Le citoyen Collot remplira les fonctions de +commandant des armes du port, et les officiers du génie et d'artillerie +qu'y envoient les généraux Caffarelli et Dommartin, commanderont ces +armes dans cette place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir +ou inspecteur des douanes. + +Votre première opération sera de remplir toutes les citernes qui ne sont +pas pleines, et de faire un accord avec les Arabes de Thor, pour qu'ils +continuent à vous fournir toute l'eau existant dans les citernes, en +réserve. + +Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le Suez ou une +partie de Suez, de manière à être à l'abri des attaques des Arabes, et +avoir une batterie de gros canons qui battent la mer. + +Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les patrons des +bâtimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous leur écrirez, pour les +assurer qu'ils peuvent en toute sûreté continuer le commerce, qu'ils +seront spécialement protégés. + +Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtimens qui vont à Suez, une +ou deux felouques des meilleures qui se trouvent dans ce port, que vous +ferez armer en guerre. + +Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez toujours, par +des Arabes et par duplicata, un mémoire sur votre situation militaire, +sur celle des citernes et sur la situation du pays et le nombre des +bâtimens. + +Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le commerce et rien +pour l'alarmer. + +Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai un second +convoi de biscuit. + +Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires pour mettre +tout le Suez ou une partie de Suez à l'abri des attaques des Arabes, et +si vous ne trouvez pas dans cette place un assez grand nombre de pièces +pour mettre en batterie, indépendamment des deux que vous emmènerez avec +vous, je vous en ferai passer d'autres. + +Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour +faire des fortifications, afin que la compagnie Omar, les marins et les +canonniers suffisent pour la défense contre les entreprises des Arabes, +et si ces forces n'étaient pas suffisantes, vous me le manderez: alors +je les renforcerai de quelques troupes grecques. + +Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux fois par jour. + +Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, soit +sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 décembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +Vous ferez réunir chez vous, citoyen général, dans le plus grand secret, +le contre-amiral Perrée, le chef de division Dumanoir, le capitaine +Barré. + +Vous dresserez un procès-verbal de la réponse qu'ils feront aux +questions suivantes, que vous signerez avec eux. + +_Première question_. Si la première division de l'escadre sortait, +pourrait-elle, après une croisière, rentrer dans le port neuf ou dans le +port vieux, malgré la croisière actuelle des Anglais? + +_Seconde question_. Si _le Guillaume-Tell_ paraissait avec _le +Généreux_, _le Dégo_, _l'Arthémise_, et les trois vaisseaux vénitiens +que nous avons laissés à Toulon et qui sont actuellement réunis à Malte, +la croisière anglaise serait obligée de se sauver: se charge-t-on de +faire entrer l'amiral Villeneuve dans le port? + +_Troisième question_. Si la première division sortait pour favoriser +sa rentrée, malgré la croisière anglaise, ne serait-il pas utile, +indépendamment du fanal que j'ai ordonné qu'on allumât au phare, +d'établir un nouveau fanal sur la tour du Marabou? Y aurait-il quelques +autres précautions à prendre? + +Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait différence +d'opinions, vous ferez mettre dans le procès-verbal l'opinion de chacun. + +Je vous ordonne qu'il n'y ait à cette conférence que vous quatre. Vous +commencerez par leur ordonner le plus grand secret. + +Après que le conseil aura répondu à ces trois questions et que le +procès-verbal sera clos, vous poserez cette question: + +Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire de +Malte, de quelle manière s'apercevrait-on de son arrivée à la hauteur +de la croisière? Quels secours les forces navales actuelles du port +pourraient elles lui procurer? et de quel ordre aurait besoin le +contre-amiral Perrée pour se croire suffisamment autorisé à sortir? + +Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouées pour désigner la +passe? + +Les frégates _la Carrère_, _la Muiron_ et le vaisseau _le Causse_ +seraient-ils dans le cas de sortir? + +Après quoi vous poserez cette question: + +Les frégates _la Junon_, _l'Alceste_, _la Carrère_, _la Courageuse_, _la +Muiron_, les vaisseaux _le Causse_, _le Dubois_, renforcés chacun par +une bonne garnison de l'armée de terre et de tous les matelots européens +qui existent à Alexandrie, seraient-ils dans le cas d'attaquer la +croisière anglaise, si elle était composée de deux vaisseaux et d'une +frégate? + +Vous me ferez passer le procès-verbal de cette séance dans le plus court +délai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 décembre 1798). + +_Au même._ + +J'ai donné, citoyen général, plusieurs ordres pour que tous les matelots +existant à bord du convoi et ayant moins de vingt-cinq ans, de quelque +nation qu'ils soient, fussent envoyés au Caire, ainsi que tous les +matelots napolitains provenant des bâtimens brûlés par les Anglais. L'un +et l'autre de ces ordres ont été mal exécutés, puisque les Napolitains +étaient seuls plus de trois cents, et qu'il était impossible que tout le +convoi ne contînt au moins cinq ou six cents personnes dans le cas de la +réquisition que je fais. + +Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la position où est +l'armée, qu'elle trouve dans les convois qui sont sur le point de +passer en Europe, de quoi se recruter des pertes que peut lui avoir +occasionnées, en différons événemens, la conquête de l'Égypte. + +Indépendamment de cette raison, j'attachais une grande importance à +intéresser à notre opération un grand nombre de marins de nations +différentes, lesquelles, par-là, se trouveraient plus à portée de nous +donner des nouvelles, et ce que nous avons besoin de France. Je vous +prie donc, citoyen général, de vous concerter avec le citoyen Dumanoir, +commandant des armes, et de prendre des mesures efficaces pour que, dans +le plus court délai, tous les jeunes matelots, italiens, espagnols, +français, etc., évacuent Alexandrie et soient envoyés a Boulac. + +Veillez à ce qu'aucun bâtiment, en sortant du port, n'emmène avec lui de +jeunes matelots qui pourraient nous servir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798). + +_Au général Leclerc._ + +Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen général, faites verser +dans la caisse du payeur général les 30,000 fr. que vous avez dans votre +caisse. + +Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois pour votre +pièce. + +Occupez-vous sans relâche à vous procurer des chevaux: vous savez le +besoin que nous en avons. + +Douze cents hommes de cavalerie bien montés et bien armés partent demain +pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. J'espère, moyennant les +chevaux que toutes les provinces envoient, en avoir bientôt encore +autant. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +Je vous ai fait connaître, par mes dernières lettres, l'importance +extrême qu'il y avait à retenir tous les matelots napolitains, génois, +espagnols, etc.: cette mesure a été exécutée en partie par le citoyen +Dumanoir; mais elle est bien loin de l'être entièrement, puisque les +Napolitains seuls étaient trois cent quatre-vingt. Les états que l'on +m'a remis de la force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept +bâtimens et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je pense +qu'aujourd'hui il sera réduit à deux mille. Il est indispensable que +vous parveniez à me procurer encore huit cents hommes. + +Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des jeunes gens +ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, pour trouver ce nombre +vous aurez recours à une réquisition, d'un quart de chaque équipage, +ayant soin de prendre les plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous +les bâtimens du convoi, soit français ou étrangers. + +Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen Dumanoir, et +concertez-vous avec lui pour nous procurer huit cents hommes. Ce ne sera +qu'après l'exécution préalable de cet ordre, que je lèverai l'embargo +mis sur une partie du convoi. + +Visez vous-même tous les passeports de ceux qui s'en vont, et ne laissez +partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux qui s'en vont n'ont pas +besoin de domestiques, à moins qu'ils n'aient plus de vingt-cinq ans. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798). + +_Au même._ + +Je vous envoie, citoyen général, un ordre que je vous prie d'exécuter +avec la plus grande exactitude. Après que vous aurez fait arrêter ce +citoyen, faites venir chez vous tous les administrateurs de la marine, +et lisez-leur mon ordre. Vous leur direz que je reçois des plaintes de +tous côtés sur leur conduite, et qu'ils ne secondent en rien le citoyen +Leroy; que je punirai les lâches avec la dernière sévérité, et avec +d'autant moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage n'est pas +français. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798). + +_À l'intendant-général de l'Égypte._ + +J'ai reçu, citoyen, la lettre que m'a écrite la nation cophte. Je me +ferai toujours un plaisir de la protéger: désormais elle ne sera plus +avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, ce que je prévois +n'être pas éloigné, je lui accorderai le droit d'exercer son culte +publiquement, comme il est d'usage en Europe, en suivant chacun sa +croyance. Je punirai sévèrement les villages qui, dans les différentes +révoltes, ont assassiné des cophtes. Dès aujourd'hui, vous pourrez leur +annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter sur des +mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et de s'habiller de la +manière qui peut leur convenir. Mais si tous les jours seront marqués de +ma part par des bienfaits; si j'ai à restituer à la nation cophte une +dignité et des droits inséparables de l'homme, qu'elle avait perdus, +j'ai le droit d'exiger sans doute des individus qui la composent +beaucoup de zèle et de fidélité au service de la république. Je ne peux +pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement à me plaindre du peu de +zèle que plusieurs y ont mis. Comment en effet, lorsque tous les jours +des principaux scheicks me découvrent les trésors des mameloucks, ceux +qui étaient leurs principaux agens ne me font-ils rien découvrir? + +Je rends justice à votre zèle et a celui de vos collaborateurs, ainsi +qu'à votre patriarche, dont les vertus et les intentions me sont +connues, et j'espère que, dans la suite, je n'aurai qu'à me louer de +toute la nation cophte. + +Je donne l'ordre pour que vous soyez remboursé, dans le courant du mois, +des avances que vous avez faites. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Vu les pertes que nous avons éprouvées sur les diamans, la femme de +Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du payeur 8,000 talaris +dans l'espace de cinq jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 décembre 1798). + +_Au général Rampon._ + +Vous devez avoir reçu, citoyen général, du pain pour quatre jours. + +Si cette lettre vous arrive à temps, vous partirez demain avec la plus +grande partie de votre monde pour aller reconnaître la position de +Géziré-Bili, qui est à quatre lieues de l'endroit que vous occupez. +Quand vous serez à une demi-lieue de ladite position, vous ferez +connaître à ladite tribu de Bili qu'elle n'a rien à craindre; qu'elle +peut rester dans son camp, parce que vous avez été prévenu que le +scheick était venu me voir et avait obtenu grâce. + +Vous tiendrez note de tous les villages par où vous passerez pour +arriver à Géziré, et vous observerez les différentes positions +qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances exigent que vous +deviez y marcher, vous sachiez comment faire. + +Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et après vous +être promené en différens sens, avoir demandé s'il y a des mameloucks à +El-Mansoura, qui est un village près de Géziré, avoir recommandé à +tous les villages de payer exactement le miri au général commandant la +province, et à ne pas cacher les mameloucks, à les déclarer s'il y en a, +vous retournerez, s'il est possible, coucher à Birket-el-Hadji. + +Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez la +partie à après-demain. + +BONAPARTE. + + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798). + +_Au général Menou._ + +Je reçois votre lettre du 14, citoyen général: je venais d'ordonner la +mesure que vous me proposez, de vendre soixante-quatre mille pintes de +vin. Veillez autant qu'il vous sera possible à ce que ces fonds rentrent +dans la caisse du payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus +grande quantité pour masquer leurs vols. Écrivez au général Marmont +pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les plus près de se +gâter, et que l'on profite de cette circonstance pour vérifier ce qu'il +y a en magasin. + +J'ai reçu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez que +messieurs les Anglais ont évacué Aboukir. Profitez-en pour faire passer +à Alexandrie la plus grande quantité de blé possible. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798). + +_Au général Ganteaume._ + +Vous voudrez bien, citoyen général, faire partir d'Alexandrie le brick +_le Lodi_ pour se rendre à Derne. Il prendra tous les renseignemens +qu'il pourrait acquérir sur les nouvelles de France et d'Europe. + +Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expédiées par le +gouvernement, y sont arrivées dans le courant de brumaire, et n'y ont +séjourné que vingt-quatre heures, après avoir pris des renseignemens sur +les Anglais et sur notre position. Comme il est extrêmement intéressant +que la mission de ce brick soit ignorée, vous lui donnerez ses +instructions à ouvrir en mer. + +Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, connaissant la +côte depuis Alexandrie jusqu'à Saint Jean-d'Acre et depuis Alexandrie +jusqu'à Tripoli. + +J'imagine que la tartane que j'avais ordonné d'envoyer depuis long-temps +à Derne, sera partie: si elle ne l'était pas, vous ordonneriez, au +préalable, au citoyen Dumanoir de n'expédier _le Lodi_ que vingt-quatre +heures après la tartane, en ayant bien soin que la tartane ignore que ce +brick devait partir. + +Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement la langue, +et ayant eu des relations avec Derne, pourra plus facilement prendre +tous les renseignemens nécessaires. + +Vous spécifierez bien au commandant du brick que le citoyen Arnaud n'est +rien sur son bord, et n'a point d'ordre à lui donner, et que lui seul +est responsable de la manière dont sa mission sera remplie. + +Vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il retourne le plus tôt possible +à Alexandrie. + +Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; que, sous +quelque prétexte que ce soit, il ne doit point cingler vers l'Europe; +que cela serait regardé par le gouvernement comme une lâcheté et une +trahison, dont un Français ne peut être soupçonné. + +Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1°. de partir et +d'ouvrir ses instructions à telle hauteur, et d'embarquer, au moment du +départ, un homme qui lui sera remis par le général Marmont, commandant +de la place; + +2°. Son instruction à ouvrir en mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798). + +_Instructions pour le citoyen Arnaud._ + +Le brick sur lequel vous êtes embarqué, citoyen, vous conduira à Derne. + +Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de Derne; vous +prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles d'Europe et de +Tripoli. + +Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce que vous aurez vu +et appris en mer, en expédiant de Derne deux Arabes. + +Le brick vous ramènera à Alexandrie, et, à peine débarqué, vous viendrez +au Caire sans communiquer à personne les nouvelles que vous aurez pu +apprendre. + +Je compte sur votre zèle et sur vos lumières. Je saurai vous tenir +compte du service que vous aurez rendu dans cette occasion à la +république. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798). + +_Au bey de Tripoli._ + +Je profite d'un bâtiment qui va à Derne pour vous renouveler l'assurance +de vivre avec vous en bonne intelligence et amitié. + +Dans plusieurs lettres que je vous ai écrites, je vous ai témoigné le +désir que j'ai de vous être utile ainsi qu'à ceux qui dépendent de vous. + +Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, de me les +envoyer par des exprès. + +Croyez aux sentimens d'estime et à la considération que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 décembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue,_ + +Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au citoyen +Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti à Terraneh, de verser dans +la caisse du payeur, la valeur de deux mille moutons et de cinquante +chameaux, que le général Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait +restituer en disant que c'était mon intention. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 décembre 1798). + +_Au commissaire du gouvernement, à Zante._ + +Je vous expédie le brick _le Rivoli_ pour avoir de vos nouvelles et de +celles de Corfou. + +Faites-moi passer toutes les gazettes françaises, italiennes ou +allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, ainsi que les +nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de France, et de tous les +bâtimens anglais, russes ou turcs qui auraient paru sur vos côtes depuis +ledit mois de messidor. + +Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir sur +Passwan-Oglou et sur Constantinople. + +Envoyez-nous ici un Français intelligent qui puisse me donner de vive +voix toutes les petites nouvelles que vous pourriez avoir oubliées. + +Expédiez des bâtimens à Corfou et en Italie pour faire connaître au +commandant de cette place et au gouvernement français que tout va au +mieux ici. + +Expédiez-moi souvent des bâtimens sur Damiette. + +Les journaux et les imprimés que je vous fais passer vous mettront à +même de connaître notre position. + +Je vous, recommande de ne pas retenir le _Rivoli_ plus de trois ou +quatre heures, et de le faire repartir tout de suite, car je suis +impatient d'avoir de vos nouvelles. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +Cette lettre, citoyen général, vous sera remise par le citoyen +Beauchamp. + +Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui direz que je +consens à ce que son bâtiment parte pour Constantinople aux conditions +suivantes: + +1°. Qu'il laissera en ôtages ses deux enfans et l'officier de la +caravelle, son plus proche parent, pour me répondre du citoyen +Beauchamp, qui va s'embarquer à son bord pour se rendis à +Constantinople. + +2°. Qu'il passera devant l'île de Chypre; qu'il fera entendre au pacha +que nous ne sommes pas en guerre avec la Porte; qu'il nous renvoie le +consul et les Français qui sont à Chypre; qu'il les fera embarquer +devant lui sur une djerme pour se rendre à Damiette; qu'en conséquence +vous allez tenir en arrestation un officier et dix hommes de la +caravelle pour répondre du consul et des Français à Chypre, lesquels +seront envoyés à Damiette et renvoyés sur le même bâtiment qui amènera +les Fiançais de Chypre à Damiette. + +3°. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'échapper à la +croisière anglaise; qu'il évitera Rhodes, afin d'échapper aux Anglais. + +4°. Qu'après que le citoyen Beauchamp aura causé avec le grand-visir à +Constantinople, il sera chargé de le faire revenir à Damiette, et que, +sur le même bâtiment qui ramènera le citoyen Beauchamp, je ferai placer +ses enfans et l'officier qu'il aura laissés en ôtages. + +5°. Que du reste il peut compter que, dans tous les événemens, je serai +fort aise de lui être utile. + +Vous dresserez de votre séance avec lui un procès-verbal en turc et en +français, qu'il signera avec vous, et dont vous et lui garderez une +copie, en me faisant passer l'original. + +Cette conversation devra avoir lieu à neuf heures du matin: vous lui +mènerez le citoyen Beauchamp à bord. Vous aurez soin auparavant que l'on +tienne tout prêts sur un bâtiment les affûts et tous les objets qu'on +aurait à lui rendre. + +Dès l'instant que le procès-verbal sera signé et que les ôtages seront +remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la nuit, si le temps est +beau, il devra partir, ayant bien soin: + +1°. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp soient +parfaitement secrets; + +2°. Que le commandant de la caravelle, en arrivant à la conférence, ait +avec lui ses enfans et les personnes que vous voulez garder pour ôtages, +que vous lui désignerez pour qu'ils se rendent à la conférence, et que +vous laisserez dans un autre appartement. + +3°. Qu'il n'ait plus, le reste de la journée, aucune espèce de +communication avec la terre sous quelque prétexte que ce soit, afin +que personne ne sache le départ de la caravelle: sans quoi ces gens-là +embarqueraient beaucoup de marchandises et beaucoup de monde. + +Il faut que le lendemain à la pointe du jour, les Français et les gens +du pays soient tout étonnés de ne plus voir la caravelle. + +Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous déclarerez que, s'il +ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux ordres pour le +laisser partir. + +Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant des armes, +deux ou trois heures avant l'exécution. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798). + +_Instruction pour le citoyen Beauchamp._ + +Vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous embarquerez sur la caravelle; +vous aborderez à Chypre, vous demanderez au pacha, de concert avec le +commandant de la caravelle, qu'on envoie à Damiette le consul et les +Français qu'on a arrêtes dans cette île. + +Vous prendrez à Chypre tous les renseignemens possibles sur la situation +actuelle de la Syrie, sur une escadre russe qui serait dans la +Méditerranée, sur les bâtimens anglais qui auraient paru ou qui y +seraient constamment en croisière, sur Corfou, sur Constantinople, +sur Passwan-Oglou, sur l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes, +commandée par Hassan-Bey, qui a été pendant un mois devant Aboukir, sur +les raisons qui empêchent qu'on apporte du vin à Damiette, enfin sur les +bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-là sur l'Europe. + +Vous m'expédierez toutes ces nouvelles avec les Français, si on les +relâche, sur un petit bâtiment qui viendrait à Damiette; ou, lorsque +vous verrez l'impossibilité de porter ces gens-là à relâcher les +Français, vous expédieriez un petit bateau avec un homme de la caravelle +pour me porter vos lettres, et sous le prétexte de me mander que le +capitaine de la caravelle, ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse +relâcher les matelots de la caravelle. + +À toutes les stations que le temps ou les circonstances vous feraient +faire dans les différentes échelles du Levant, vous m'expédierez des +nouvelles par de petits bâtimens envoyés exprès à Damiette, et qui +seront largement récompensés. + +Arrivé à Constantinople, vous ferez connaître à notre ministre notre +situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, vous demanderez que les +Français qui ont été arrêtés en Syrie soient mis en liberté, et vous +ferez connaître le contraste de cette conduite avec la nôtre. + +Vous ferez connaître à la Porte que nous voulons être ses amis; que +notre expédition d'Égypte a eu pour but de punir les mameloucks, les +Anglais, et empêcher le partage de l'empire ottoman que les deux +empereurs, ont arrêté; que nous lui prêterons secours contre eux, si +elle le croit nécessaire, et vous demanderez impérieusement et avec +beaucoup de fierté qu'on relâche tous les Français qu'on a arrêtés; +qu'autrement cela serait regardé comme une déclaration de guerre; que +j'ai écrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une réponse, et +qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un ami capable de la +faire triompher de tous ses ennemis, ou un ennemi aussi redoutable que +tous ses ennemis. + +Si notre ministre est arrêté, vous ferez ce qu'il vous sera possible +pour pouvoir causer avec des Européens: vous reviendrez en apportant +toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir sur la position +actuelle politique de cet empire. + +Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en quelque langue +qu'ils soient depuis messidor. + +Si jamais on vous faisait la question: Les Français consentiront-ils à +quitter l'Égypte? Pourquoi pas, pourvu que les deux empereurs fassent +finir la révolte de Passwan-Oglou et abandonnent le projet de partager +la Turquie européenne? Que, quant à nous, nous ferons tout ce qui +pourrait être favorable à l'Empire ottoman et le mettre à l'abri de ses +ennemis: mais que le préliminaire à toute négociation, comme à tout +accommodement, est un firman qui fasse relâcher les Français partout où +on les a arrêtés, surtout en Syrie. + +Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir cet +élargissement; vous déclarerez que vous ne répondez pas que je +n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberté tous les Français +qu'on a arrêtés; et, dans le cas où on voudrait vous retenir, que si, +sous tant jours, je ne vous voyais pas revenir, je pourrais me porter à +une invasion. + +Enfin le but de votre mission est d'arriver à Constantinople, d'y +demeurer, de voir nos ministres sept à huit jours, et de retourner avec +des notions exactes sur la position actuelle de la politique et de la +guerre de l'empire ottoman. + +Profitez de toutes les occasions pour m'écrire et pour m'expédier des +bâtimens à Damiette. + +De Constantinople, expédiez une estafette à Paris par Vienne avec tous +les renseignemens qui pourraient être nécessaires au gouvernement: vous +lui ferez passer les relations et imprimés que je joins ici à cet effet. + +Ainsi, si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, vous paraîtrez à +Constantinople comme pour demander qu'on relâche le consul français et +qu'on laisse libre le commerce entre l'Égypte et le reste de l'empire +ottoman. + +Si la Porte nous avait déclaré la guerre et avait fait arrêter nos +ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle comme une +preuve du désir qu'a le gouvernement français de voir se renouveler +la bonne intelligence entre les deux états, et en même temps +vous demanderez notre ministre et les autres Français qui sont à +Constantinople. + +Vous lui ferez plusieurs notes pour détruire tout ce que l'Angleterre et +la Russie pourraient avoir imaginé contre nous, et vous reviendrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798). + +_Au grand-visir._ + +J'ai écrit plusieurs fois à votre excellence pour lui faire connaître +les intentions du gouvernement français, de continuer à vivre en bonne +intelligence avec la Sublime Porte. Je prends aujourd'hui le parti de +vous en donner une nouvelle preuve en vous expédiant la caravelle du +grand-seigneur et le citoyen Beauchamp, consul de la république, homme +d'un grand mérite, et qui a entièrement ma confiance. + +Il fera connaître à votre excellence que la Porte n'a point de plus +véritable amie que la république française, comme elle n'aurait pas +d'ennemie plus redoutable, si les intrigues des ennemis de la France +parvenaient à avoir le dessus à Constantinople: ce que je ne pense pas, +connaissant la sagesse et les lumières de votre excellence. + +Je désire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp à +Constantinople le moins de temps possible, et me le renvoie pour me +faire connaître les intentions de la Porte. + +Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime et à la haute +considération que j'ai pour elle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798). + +_Au citoyen Talleyrand, ambassadeur à Constantinople._ + +Je vous ai écrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore si mes +lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reçu de vous. + +J'expédie à Constantinople le citoyen Beauchamp, consul à Mascate, pour +vous faire connaître notre position, qui est extrêmement satisfaisante, +et pour, de concert avec vous, demander qu'on mette en liberté tous les +Français arrêtés dans les échelles du levant et détruire les intrigues +de la Russie et de l'Angleterre. + +Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous les détails et +toutes les nouvelles qui pourraient vous intéresser. + +Je désire qu'il ne reste à Constantinople que sept à huit jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798). + +_Au général Reynier._ + +Je désirerais, citoyen général, qu'avant de faire un tour à Salahieh, +vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles dans les différens points +de votre province. + +Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont pas +comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, de faire lever le miri et +les chevaux. Votre province est celle qui est le plus en retard. + +Le général Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention serait que +vous lui procurassiez une quinzaine de chameaux; et, après qu'il aura +passé quelques jours a Salahieh pour y organiser son service et rendre +des visites aux villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation, +je désire qu'on aille occuper Catieh, où mon intention est de faire +construire un fort. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 14. + +Il est toujours plus intéressant de rendre compte d'une mauvaise +nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une faute que vous avez +faite, d'oublier de rendre compte des neuf prisonniers qu'ont faits les +Anglais à la quatrième demi-brigade. + +L'état-major donne l'ordre à la légion nautique de se rendre à Foua, +d'où je la ferai venir au Caire pour l'habiller et l'organiser, afin +qu'elle puisse retourner, si les circonstances l'exigeaient, et servir +utilement. + +Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonné le +désarmement de la galère, qui a quatre ou cinq cents hommes qui mangent +beaucoup et ne nous rendraient pas un service utile les armes à la main. + +Dès l'instant que vous aurez envoyé ici beaucoup d'hommes du convoi, +et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des hommes inutiles, j'en +ferai partir la plus grande partie. + +Vous devez avoir beaucoup de pèlerins; débarrassez-vous-en le plus tôt +possible, ou par terre ou par mer. + +Envoyez aussi des Arabes à Derne pour avoir des nouvelles; il y arrive +souvent des tartanes de Marseille. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798). + +_Au général Bon._ + +J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 20 et 21. + +Il est parti hier un convoi. + +Vous avez dû recevoir, par le premier convoi, du riz, du biscuit, de +l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute espèce, des outils et +des sapeurs. + +Je vous ai mandé hier de faire venir tous les chameaux qui vous ont +porté du biscuit; joignez-y les chameaux qui ont porté notre artillerie. +Ne gardez que les chameaux qui doivent porter l'eau à votre troupe. Ayez +soin surtout que les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il +faut faire ce que ces gens-là veulent. Laissez passer les lettres pour +Djedda sans les décacheter, et laissez aller et venir chacun librement. +Le commerce est souvent fondé sur l'imagination. La moindre chose est un +monstre pour ces gens-ci, qui ne connaissent pas nos moeurs. + +Je vous recommande de faire mettre une corde au puits d'Adjeroud, de +manière que l'on puisse s'en servir. On dit que l'eau est bonne pour les +chevaux. + +Gardez spécialement les matelots, les sapeurs et les Turcs d'Omar, une +partie de la trente-deuxième, et renvoyez l'autre partie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798). + +_Au général Leclerc._ + +Je vous préviens, citoyen général, que j'ai fait arrêter Cheraïbi: si +vous êtes encore à Nay, vous vous rendrez à Kélioubé pour mettre le +scellé sur tous ses biens. Vous écrirez au divan de la province et aux +scheicks des Arabes que Cheraïbi a été arrêté, parce qu'il m'a trahi, +parce qu'il a, malgré ses sermens de fidélité, correspondu avec les +mameloucks, et, le jour de la révolte du Caire, appelé les habitans +des différens villages qui environnent cette ville, à se joindre +aux révoltés; qu'ils doivent d'autant plus sentir la justice de +l'arrestation de Cheraïbi, qu'ils ont été témoins de ses crimes, et que +je l'avais comblé de bienfaits. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798). + +_Au commandant de la place du Caire._ + +Je vous envoie, citoyen général, Cheraïbi, chef de la province de +Kélioubé. Vous le ferez mettre en prison à la citadelle et au secret, +afin qu'il n'ait de communication avec qui que ce soit. Vous prendrez +toutes les mesures nécessaires pour qu'il ne puisse pas s'échapper. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 décembre 1798). + +_Au général Bon._ + +L'adjudant-général Valentin, citoyen général, est parti hier de +Berket-el-Hadji. J'ai reçu votre lettre du 22. + +Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; mais il doit être +avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti immédiatement après votre +colonne. Si, à l'heure qu'il est, il n'est pas à Suez, je crains fort +qu'il n'ait été assassiné. Au reste, je vais prendre des renseignemens. + +L'adjudant-général Valentin doit être arrivé, et vous allez vous trouver +approvisionné pour long-temps. + +On enverra, par la première occasion, de l'argent pour les Turcs et pour +les fortifications. + +Envoyez-nous les chameaux qui ont porté vos pièces. Comme elles doivent +rester à Suez, ils vous sont inutiles, et serviront à vous en porter +d'autres. + +Si vos rhumatismes, au lieu de se guérir, continuaient à empirer, vous +laisseriez le commandement à l'adjudant-général Valentin, et vous vous +rendriez au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 décembre 1798). + +_Au contre-amiral Perrée._ + +Je vous envoie, citoyen général, un sabre en remplacement de celui que +vous avez perdu à la bataille de Chebreisse. Recevez-le, je vous prie, +comme un témoignage de la reconnaissance que j'ai pour les services que +vous avez rendus à l'armée dans la conquête de l'Égypte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au général Dugua._ + +Je reçois, citoyen général, votre lettre du 20 frimaire, de Mansoura, +relative au commerce de Damiette avec la Syrie. Mon intention est que le +commerce soit entièrement libre. L'inconvénient d'aider à la subsistance +de nos ennemis est compensé par d'autres avantages. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au même._ + +J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen général, que l'on +employait l'argent du miri à acheter du blé. Ce doit être une coquinerie +des intendans; je vais m'en faire rendre compte. Mais je vous prie de +tenir la main à ce que le produit de toutes les impositions entre dans +la caisse des préposés du payeur général, et n'en sorte plus sans +l'ordre du payeur. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au contre-amiral Villeneuve._ + +Je n'ai point reçu de vos lettres, citoyen général; je vous envoie un +aviso. Faites-moi connaître par son retour quelle est votre position et +ce que vous pourriez avoir appris des mouvemens et du nombre des ennemis +dans la Méditerranée. + +Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux frégates devant +Alexandrie. + +Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et trois ou +quatre frégates de Malte. Nous désirons bien vous voir arriver ici. + +Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en un millier +sur l'aviso que je vous expédie, et envoyez-nous le reste sur des +bâtimens qui viendraient aborder à Damiette. + +Vous devez avoir reçu du contre-amiral Ganteaume des lettres qui ont +dû vous faire connaître le besoin où nous sommes d'avoir des nouvelles +d'Europe, et de recevoir notre second convoi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au directoire exécutif._ + +Je vous ai expédié un officier de l'armée, avec ordre de ne rester que +sept à huit jours à Paris, et de retourner au Caire. + +Je vous envoie différentes relations de petits événemens et différens +imprimés. + +L'Égypte commence à s'organiser. + +Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait une lettre pour le +commandant des forces françaises en Égypte: cette lettre s'est perdue. +Il paraît que notre arrivée en Égypte a donné une grande idée de notre +puissance aux Indes, et a produit un effet très-défavorable aux Anglais: +on s'y bat. + +Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un courrier depuis +messidor. Cela est sans exemple dans les colonies même. + +Mon frère, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que je vous ai +expédiés, doivent être arrivés. + +Expédiez-nous des bâtimens sur Damiette. + +Les Anglais avaient réuni une trentaine de petits bâtimens, et étaient +à Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux de guerre et deux +frégates devant Alexandrie. + +Le général Desaix est dans la Haute-Égypte, poursuivant Mourad-Bey, qui, +avec un corps de mameloucks, s'échappe et fuit devant lui. + +Le général Bon est à Suez. + +On travaille avec la plus grande activité aux fortifications +d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez et du Caire. + +L'armée est dans le meilleur état et a peu de malades. Il y a en Syrie +quelques rassemblemens de forces turques. Si sept jours de désert ne +m'en séparaient, j'aurais été les faire expliquer. + +Nous avons des denrées en abondance, mais l'argent est très-rare, et la +présence des Anglais rend le commerce nul. + +Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est un besoin vif +pour nos âmes: car si la gloire nationale avait besoin de nous, nous +serions inconsolables de ne pas y être. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au chef de division Dumanoir._ + +Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement possible, +un bâtiment pareil à celui dans lequel s'est embarqué le citoyen Louis +Bonaparte: il sera approvisionné pour un mois d'eau et deux de vivres. +Il prendra à son bord le citoyen ... chargé d'une mission. + +Vous remettrez au commandant du bâtiment que vous expédierez, l'ordre +que je vous envoie qu'il ouvrira à trois lieues en mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798). + +_Au citoyen ... officier, chargé de dépêches._ + +Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez, vous conduira à Malte. +Vous remettrez les lettres que je vous envoie à l'amiral Villeneuve et +au général commandant de Malte. + +Le commandant de la marine, à Malte, vous donnera sur-le-champ un +bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie qu'il jugera le plus +sûr, d'où vous prendrez la poste pour vous rendre en toute diligence à +Paris et remettre les dépêches que je vous fais passer au gouvernement. + +Vous resterez huit à dix jours à Paris: après quoi vous reviendrez en +toute diligence, en venant vous embarquer dans un port du royaume de +Naples ou à Ancône. + +Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment à Damiette. + +Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères, membre du +corps législatif; il vous remettra tous les papiers et imprimés qui +auraient paru depuis messidor. + +Je compte, dans tous les événemens imprévus qui pourraient survenir dans +votre mission, sur votre zèle, qui est de faire parvenir vos dépêches au +gouvernement, et d'en apporter les réponses. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 décembre 1798). + +_Au citoyen ..._ + +Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de vue de toute +terre. Si vous apprenez que le port soit bloqué, vous aborderez de +préférence à la cale de Massa-Sirocco, où il y a des batteries qui vous +mettront à l'abri de toute insulte. + +Là, vous débarquerez l'officier que vous avez à votre bord. + +Vous instruirez le Commandant de la marine à Malte et le contre-amiral +Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en mer, et du nombre des +vaisseaux qui sont devant Alexandrie, et vous demanderez les ordres du +commandant de la marine. + +Vous reviendrez m'apporter les dépêches du général commandant à Malte, +et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous ne pouvez pas aborder à +Alexandrie, vous aborderez à Damiette ou sur tout autre point de +la côte, depuis le Marabou jusqu'à Orum-Faregge à trente lieues de +Damiette. + +Vous ne resterez que vingt-quatre heures à Malte. + +Je compte sur votre zèle dans une mission aussi importante, qui, +indépendamment des nouvelles qu'elle doit nous faire avoir de l'Europe, +doit nous faire venir des objets essentiels pour l'armée. + +Vous chargerez sur votre bâtiment les armes que le commandant de Malte +vous remettra. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798). + +_Au général Bon._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25. J'ai lu avec le plus +vif intérêt ce que vous m'avez dit relativement à l'Indien des états de +Tippoo Saïb. + +Il serait nécessaire que vous fissiez sonder la rade pour savoir si des +frégates de l'île de France que j'attends, pourraient, étant arrivées +à Suez, s'approcher de la côte jusqu'à deux cents toises, de manière à +être protégées par les batteries de la côte. + +Le chef de bataillon Say est arrivé. La caravelle que je vous ai +envoyée, chargée de riz et d'avoine pour les chevaux, sera sans doute +arrivée également. + +J'ai ordonné au kiaka des Arabes de me faire venir deux bouteilles d'eau +de la source chaude qui se trouve à deux journées de Suez, sur la côte +de la mer Rouge. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798). + +_Au général Marmont._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 19 frimaire. La +correspondance commence à être bien lente par le Nil. + +Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, doivent être +arrivés. + +Si un bâtiment, dans la principale passe, peut favoriser l'entrée des +bâtimens qui vous viendraient de France, il est nécessaire, je crois, +que vous vous concertiez avec le commandant des armes pour en faire +mettre un. + +Envoyez à Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits bâtimens qui +peuvent passer la barre, afin de charger à Rosette pour Alexandrie des +riz, du biscuit, du blé, de l'orge et autres objets. Je vais faire filer +sur Rosette jusqu'à cent mille quintaux de blé; mais prenez toutes les +mesures pour qu'il ne soit pas dilapidé. + +Tâchez d'envoyer des Arabes à Derne. Faites écrire par un habitant +d'Alexandrie à un habitant de Derne, afin de lui faire connaître que si, +toutes les fois qu'il arrive des nouvelles de France, il nous les fait +passer, ses courriers seront bien payés, et que lui aura une bonne +récompense. + +Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, et deux mille +quintaux de farine. + + + +Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 décembre 1798). + +Bonaparte, général en chef, voulant favoriser le couvent du mont Sinaï: + +1°. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de notre +conquête; + +2°. Par respect pour Moïse et la nation juive, dont la cosmogonie nous +retrace les âges les plus reculés; + +3°. Parce que le couvent du mont Sinaï est habité par des hommes +instruits et policés, au milieu de la barbarie des déserts où ils +vivent; + +Ordonne: + +ART 1er. Les Arabes bédouins, se faisant la guerre entre eux, ne +peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'établir ou demander asile +dans le couvent, ni aucune subsistance ou autres objets. + +2. Dans quelque lieu que résident les religieux, il leur sera permis +d'officier, et le gouvernement empêchera qu'ils ne soient troublés dans +l'exercice de leur culte. + +3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, comme ils +ont été exemptés suivant les différens titres qu'ils en conservent. + +4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises et +autres objets qu'ils importeront et exporteront pour l'usage du couvent, +et principalement pour les soieries, les satins et les produits des +fondations pieuses, des jardins, des potagers qu'ils possèdent dans les +îles de Scio et de Chypre. + +5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont été assignés dans +diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur les immeubles, soit +sur leurs produits. + +6. Ils ne paieront aucune épice, rétribution et autres droits attribués +aux juges dans les procès qu'ils pourront avoir en justice. + +7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation et +d'achat de grains pour la subsistance de leur couvent. + +8. Aucun patriarche, évêque ou autre ecclésiastique supérieur, étranger +à leur ordre, ne pourra exercer d'autorité sur eux ou dans leur couvent; +cette autorité étant exclusivement remise à leurs évêques et au corps +des religieux du mont Sinaï. + +Les autorités civiles et militaires veilleront à ce que les religieux du +mont Sinaï ne soient pas troublés dans la jouissance desdits privilèges. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 décembre 1798). + +_Aux habitans du Caire._ + +Des hommes pervers avaient égaré une partie d'entre vous: ils ont péri. +Dieu m'a ordonné d'être clément et miséricordieux pour le peuple; j'ai +été clément et miséricordieux envers vous. + +J'ai été fâché contre vous de votre révolte; je vous ai privés pendant +dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je vous le restitue: votre +bonne conduite a effacé la tache de votre révolte. + +Chéryfs, eulémas, orateurs de mosquées, faites bien connaître au +peuple que ceux qui, de gaîté de coeur, se déclareraient mes ennemis, +n'auraient de refuge ni dans ce monde ni dans l'autre. Y aurait-il un +homme assez aveugle pour ne pas voir que le destin lui-même dirige +toutes mes opérations? y aurait-il quelqu'un assez incrédule pour +révoquer en doute que tout, dans ce vaste univers, est soumis à l'empire +du destin? + +Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est monde, il était +écrit qu'après avoir détruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre +les croix, je viendrais du fond de l'occident remplir la tâche qui m'a +été imposée. Faites voir au peuple que, dans le saint livre du Qoran, +dans plus de vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et que ce qui +arrivera est également expliqué. + +Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empêche de nous maudire, +changent; car, en faisant au ciel des voeux contre nous, ils sollicitent +leur condamnation; que les vrais croyans fassent des voeux pour la +prospérité de nos armes. + +Je pourrais demander compte à chacun de vous des sentimens les plus +secrets du coeur; car je sais tout, même ce que vous n'avez dit à +personne: mais un jour viendra que tout le monde verra avec évidence +que je suis conduit par des ordres supérieurs, et que tous les efforts +humains ne peuvent rien contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont +les premiers à se mettre avec moi! + +ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan composé de soixante personnes +ci-après nommées: + +(_Suivent les noms_). + +2. Il y aura auprès du divan un commissaire français, le citoyen +Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar Kiaka. + +3. Le général commandant la place fera réunir le 5 nivose, à neuf heures +du matin, les membres qui doivent composer le divan général. + +4. Ils procéderont à la nomination d'un président, de deux secrétaires, +au scrutin et à la majorité absolue des suffrages. + +5. Après quoi ils procéderont à la nomination des quatorze personnes qui +devront composer le petit divan, au scrutin et à la pluralité absolue. +Les séances du divan général doivent être terminées en trois jours: il +ne pourra être réuni que par une convocation extraordinaire. + +6. Lorsque le général en chef aura accepté les membres nommés par le +divan général pour faire partie du divan, ceux-ci se réuniront et +procéderont à la nomination d'un président pris dans les quatorze, d'un +secrétaire, de deux interprètes pris hors des quatorze, d'un huissier, +d'un chef de bâtonniers et de dix bâtonniers. + +7. Les membres composant le petit divan se réuniront tous les jours, et +s'occuperont sans relâche de tous les objets relatifs à la justice, au +bonheur des habitans, et aux intérêts de la république française. + +8. Le président aura cent talaris par mois, les autres treize membres +quatre-vingt talaris par mois, les secrétaires auront vingt-cinq talaris +par mois, l'huissier soixante parahs par jour, le chef des bâtonniers +quarante parahs, les autres bâtonniers quinze parahs. + +BONAPARTE. + + + +Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799). + +_Au divan du Caire._ + +J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, que j'ai lue avec le plaisir +que l'on éprouve toujours lorsqu'on pense à des gens que l'on estime et +sur l'attachement desquels on compte. + +Dans peu de jours je serai au Caire. + +Je m'occupe, dans ce moment-ci, à faire faire les opérations nécessaires +pour désigner l'endroit par où l'on peut faire passer les eaux pour +joindre le Nil et la mer Rouge. Cette communication a existé jadis, car +j'en ai trouvé la trace en plusieurs endroits. + +J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus commettre +des vols autour de la ville. Je désirerais que vous prissiez des +informations pour connaître de quelle tribu ils sont; car mon intention +est de les punir sévèrement. Il est temps enfin que ces brigands cessent +d'inquiéter le pauvre peuple qu'ils rendent bien malheureux. + +Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du bien. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799). + +_Au général Marmont._ + +À mon retour d'une course dans le désert, je reçois vos lettres des 21, +25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose. + +J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances +essentielles où vous vous êtes trouvé. + +Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison d'Alexandrie +n'est pas celui dans lequel vous êtes, d'autant plus que la saison vous +débarrassant des Anglais, vous êtes tranquille de ce côté-là. + +Que la caravelle parte le plus tôt possible, que _le Lodi_ parte lorsque +le citoyen Arnaud sera guéri. + +Multipliez vos relations avec Damanhour, où se trouve le +quartier-général de la province. Vous recevrez l'ordre de l'état-major, +pour que l'adjudant-général Leturcq vous rende compte exactement. + +Le citoyen Boldoni part. + +J'attends les quatre à cinq cents matelots que vous m'avez annoncés et +surtout les Napolitains. + +Je donne ordre pour que le village du schérif d'Alexandrie lui soit +donné. + +Je vous autorise à envoyer un parlementaire aux Anglais: vous leur direz +que vous avez appris qu'ils avaient la peste à bord, et que dans ce cas +vous leur offrez tous les secours que l'humanité pourrait exiger. + +Envoyez un homme extrêmement honnête, qui soit peu parleur et qui ait de +bonnes oreilles. + +Si Lavalette était à Alexandrie, et que vous eussiez l'idée de l'y +envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer un homme qui +ait le grade tout au plus de capitaine, qui leur pourra porter les +gazettes d'Égypte, et qui tâchera de tirer des gazettes d'Europe, s'ils +en ont et s'ils veulent en donner. + +Recommandez que l'officier seul monte à bord, de manière qu'à son retour +dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, et qu'il vous confie seul +tout ce qui se sera passé. + +Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront +ponctuellement exécutés. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799). + +_Au général Murat._ + +Vous partirez demain, citoyen général, à huit heures du matin. Vous +sortirez comme pour aller à Belbeis, dehors de la ville; vous gagnerez +le Mokattam; vous vous enfoncerez à deux lieues dans le désert, et vous +vous dirigerez en suivant toujours le désert sur le village de Gamasé, +province d'Alfiéli, où se trouvent les tribus des Aydé et des Masé, +qui ont cent hommes montés sur des chameaux, et qui sont des tribus +ennemies. + +Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est un des grands +ennemis de ces tribus. + +Vous combinerez votre marche de manière à vous reposer pendant la nuit +à deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir, à la pointe du jour, +tomber sur leur camp, prendre tous leurs chameaux, bestiaux, femmes, +enfans, vieillards, et la partie de ces Arabes qui sont à pied. + +Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas prendre. + +Comme le village où ils sont n'est pas éloigné du Nil, vous ferez +embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les femmes, bestiaux, +et tous les prisonniers. Vous vous mettrez à la poursuite des fuyards +qui nécessairement se porteront du côté de Gendeli et de Toueritz. Vous +irez dans l'un et l'autre de ces endroits; de là vous irez jusqu'à la +mer Rouge, et vous vous trouverez pour lors à peu près à trois lieues de +Suez, au commandant duquel vous écrirez un mot. + +Vous mènerez avec vous le chef de brigade Lédé avec quatre-vingts hommes +du dix-huitième et du troisième. Vous le chargerez, avec ce détachement, +de la garde des prisonniers, du détail de l'embarquement, de la conduite +des prisonniers et de tout ce que vous aurez pris. + +Indépendamment de quatre jours de vivres que vous avez eu l'ordre +d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre pour deux jours à la +troupe; ce qui vous fera pour six jours. + +Dans toute votre marche dans le désert, vous pousserez toujours sur +votre droite et votre gauche, à une lieue, un officier et quinze hommes +de cavalerie, et vous marcherez sur tous les convois de chameaux que +vous rencontrerez dans votre route. Je compte que votre course en +produira plusieurs centaines. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799). + +_Au général Lanusse._ + +Je désire, citoyen général, que vous fassiez arrêter le fils +d'Abou-Chaïr, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte à la citadelle +du Caire: c'est un ôtage qu'il est bon d'avoir. Ses biens seront +confisqués au profit de la république. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799). + +_Au général Caffarelli._ + +Demain, citoyen général, le général Junot part pour Suez. + +Je désire que la position du puits qui se trouve vers la moitié du +chemin soit déterminée; que les ingénieurs se munissent de tout ce qui +sera nécessaire pour descendre dans ce puits; qu'ils reconnaissent +si l'on a creusé jusqu'au roc, et s'il serait possible de creuser +davantage; enfin qu'ils mesurent la distance du Caire à Suez. + +Après demain d'autres ingénieurs partiront escortés par cinquante +hommes, que le général Junot laisse à cet effet. Ils mesureront aussi la +distance du Caire à Suez, par la vallée de l'Égarement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799). + +_Au général commandant à Alexandrie._ + +Je ne conçois pas, citoyen général, comment les consuls étrangers ont pu +recevoir une lettre de l'amiral anglais sans que vous en soyez instruit, +et je conçois encore moins comment l'ayant reçue, ils l'aient publiée +sans votre permission. + +Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis cette lettre, +et faites-leur connaître que si, à l'avenir, ils ne vous remettaient +pas toutes cachetées les lettres qu'ils recevraient, vous les feriez +fusiller. Si ce cas se représentait, vous m'enverriez la lettre toute +cachetée. + +Vous ferez mettre le scellé sur tous les effets du nommé Jennovisch, +capitaine impérial qui s'est rendu à Alexandrie, et vous me l'enverrez +sous bonne escorte au Caire; vous aurez soin de le faire mettre nu, +et de prendre tous ses habillemens que vous ferez découdre pour vous +assurer qu'il n'y a rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits. + +L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect: du reste, je +suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera des nouvelles du +continent; mais qu'il ne parle à personne. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent six mille +talaris; les sagats, mille; les négocians de Damas, sept cents. Voyez de +les faire payer dans les vingt-quatre heures. + +Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et nos moyens d'avoir +de l'argent. Tâchez de nous avoir deux à trois cent mille francs. + +Les deux bâtimens de café qui sont arrivés à Suez doivent avoir payé +quelques droits; faites-vous-en remettre le montant. + +Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain dix mille +talaris, après demain dix mille autres; le 1er. pluviose, dix mille; le +3, dix mille autres; le 5, dix mille autres: en tout cinquante mille +talaris. + +Vous hypothéquerez pour le paiement dudit argent, les blés qui sont dans +la Haute-Égypte, et vous leur ferez connaître qu'il est indispensable +que cela soit soldé, parce que j'en ai le plus grand besoin. + +Vous me ferez demain un rapport sur la quantité d'obligations qu'a en +ce moment l'enregistrement, en comptant depuis aujourd'hui, décade par +décade. + +Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantité des villages et terres +qui ont été affermés et sur les conditions desdits affermages. + +Vous demanderez deux mois d'avance à tous les adjudicataires des +différentes fermes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous vous rendrez à Suez, citoyen général; vous y passerez une +inspection rigoureuse de tous les établissemens de la marine de Suez; +vous donnerez les ordres pour que tous les magasins et établissemens +soient conformes au projet que j'ai d'organiser et de maintenir à Suez +un petit arsenal de construction. + +La chaloupe canonnière _la Castiglione_ sera sans doute de retour. + +Si les trois autres chaloupes canonnières sont prêtes, bien armées, et +dans le cas de remplir une mission dans la mer Rouge, vous partirez avec +elles. + +Vous vous rendrez à Cosseir, Vous vous emparerez de tous les bâtimens +appartenant aux mameloucks, qui sortiront du port. + +Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ dans +le meilleur état de défense. + +Vous tâcherez de correspondre avec le général Desaix. Vous laisserez +en croisière, devant le port de Cosseir, une partie de vos chaloupes +canonnières. + +Vous mènerez avec vous un commissaire de la marine, et un officier +intelligent que vous établirez à Cosseir, commissaire et commandant des +armes. + +Vous ferez tous les réglemens que vous jugerez nécessaires pour +l'établissement de la douane, pour la formation des magasins nationaux, +la recherche de tout ce qui appartenait aux mameloucks, et pour le +commerce. + +Vous écrirez à Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaître que l'on +peut venir, en toute sûreté, commercer dans le port de Suez; que toutes +les mesures ont été prises pour l'organisation du port, et pour pouvoir +fournir aux bâtimens tous les secours dont ils auront besoin. + +Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnières vingt hommes, +dont quarante de la légion maltaise, dix canonniers que vous laisserez +en garnison à Cosseir, et trente hommes de la trente-deuxième +demi-brigade. + +Vous ferez embarquer deux pièces de quatre, de campagne, que vous +laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en trouve pas. + +Du reste, vous combinerez votre marche de manière que, autant que les +vents pourront le permettre, vous soyez, de votre personne, de retour au +Caire du 15 au 20 pluviose. + +Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, des lettres +pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir à leur destination. + +Si les quatre armemens n'étaient pas achevés, vous enverriez alors les +trois qui seraient prêts, avec les mêmes instructions que je vous donne; +mais vous resteriez à Suez, et donneriez le commandement à un capitaine +de frégate. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la république paieront, +du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose et ventose d'avance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, à titre d'emprunt, +savoir: demain, dix mille talaris; après demain, dix mille; le 1er. +pluviose, dix mille; le 3 _idem_, dix mille; le 5 _id._, dix mille. En +tout, cinquante mille talaris. + +Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantité de blés de la +Haute-Égypte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +Il sera formé un conseil des finances, chez l'administrateur des +finances, qui se réunira demain à deux heures après-midi. Il +sera composé des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, et de +l'ordonnateur en chef. + +Ce conseil s'occupera: 1°. du système et du tarif des monnaies et des +changemens possibles à y faire, les plus avantageux à nos finances; 2°. +des opérations que dans la position actuelle de l'Égypte, on pourrait +faire pour procurer de l'argent à l'armée et accroître ses ressources; +3°. du plan raisonnable que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer +les revenus de la république, donner aux soldats de l'armée une +récompense qu'ils ont méritée à tant de titres. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799). + +_Au général Marmont._ + +Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hôpitaux par un +officier supérieur de ronde, qui prendra toutes les précautions +nécessaires à cet effet, qui visitera tous les malades, et fera fusiller +sur-le-champ dans la cour de l'hôpital les infirmiers ou employés qui +auraient refusé de fournir aux malades tous les secours et vivres dont +ils ont besoin. Cet officier, en sortant de l'hôpital, sera mis pour +quelques jours en réserve dans un endroit particulier. + +Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de l'eau-de-vie à la +troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin d'ici au mois de juin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799). + +_Au général Verdier._ + +Je reçois, citoyen général, vos lettres des 24 et 25. J'ai appris avec +intérêt l'expédition que vous avez faite contre les Arabes de Derne. + +Le scheick du village de Mit-Massaout est extrêmement coupable; vous le +menacerez de lui faire donner des coups de bâton, s'il ne vous désigne +pas l'endroit où il y aurait d'autres mameloucks et d'autres pièces +qu'ils auraient cachées. Vous vous ferez donner tous les renseignemens +que vous pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne qui +pourraient être dans son village: après quoi vous lui ferez couper la +tête, et la ferez exposer avec une inscription qui désignera que c'est +pour avoir caché des canons. + +Vous ferez également couper la tête aux mameloucks, et vous enverrez à +Gizeh les trois pièces de canon que vous avez trouvées dans ce village. +Faites une proclamation dans la province, pour que tous les villages qui +auraient des canons, aient à les envoyer dans le plus court délai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799). + +Bonaparte, général en chef, ordonne: + +La maison qu'occupe le général Lannes dans l'île de Baouda avec +vingt feddams de terre, dix de chaque côté, lui sont donnés en toute +propriété. + +La maison qu'occupe le général Dommartin et le jardin qui est vis-à-vis, +à gauche du nouveau chemin, lui sont donnés en toute propriété. + +La maison qu'occupe le général Murat lui est donnée en toute propriété. + +L'île de Baouda sera partagée en dix portions: seront exceptées la +partie sud, où est le Mekkias, et la partie nord, où il y a une +batterie, avec un arrondissement convenable. + +L'île vis-à-vis Boulac, où est le lazaret, sera partagée en dix +portions. + +Le général en chef se réserve le soin de donner ces vingt portions à des +officiers de l'armée qui les mériteront. + +L'administrateur général des finances fera rédiger, dans la journée de +demain, par le bureau d'enregistrement, les actes de propriété de ces +différens officiers, et prendra des mesures pour exécuter d'ici au 20 +pluviose l'article 2 du présent ordre. Les actes de propriété seront +remis chez le payeur. + +Le chef de l'état-major général fera connaître aux généraux en +chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens leur sont donnés en +gratification extraordinaire pour les services qu'ils ont rendus dans la +campagne et pour les dépenses qu'elle leur a occasionnées. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_À l'iman de Mascate._ + +Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ce que vous avez +déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée française en Égypte. + +Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous devez être convaincu +du désir que j'ai de protéger tous les bâtimens de votre nation, et que +vous les engagiez à venir à Suez, où ils trouveront protection pour leur +commerce. + +Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tipoo-Saïb, par la +première occasion qui se trouvera pour les Indes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_À Tipoo-Saïb._ + +Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de la mer Rouge +avec une armée innombrable et invincible, remplie du désir de vous +délivrer du joug de fer de l'Angleterre. + +Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que vous me +donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des nouvelles sur la +situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je désirerais même +que vous pussiez envoyer à Suez ou au grand Caire quelque homme adroit +qui eût votre confiance, avec lequel je pusse conférer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_Au sultan de la Mecque._ + +J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ai compris le +contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai fait pour la douane de +Suez, et mon intention est de le faire exécuter ponctuellement. Je ne +doute pas que les négocians de l'Hygiaz ne voient avec gratitude la +diminution des droits que j'ai faite pour le plus grand avantage du +commerce, et vous pouvez les assurer qu'ils jouiront ici de la plus +ample protection. + +Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en Égypte, vous +n'avez qu'à me le faire savoir, et je me ferai un plaisir de vous donner +des marques de mon estime. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_Au général Berthier._ + +Vous partirez, citoyen général, le 10 pluviose, pour vous rendre à +Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frégate _la Courageuse_: vous +aurez avec vous deux bâtimens du convoi, bons voiliers, que j'ai fait +arranger à cet effet. + +Dès l'instant que vous aurez rencontré quelque bâtiment qui vous aura +donné des nouvelles, vous m'en expédierez un sur Damiette, le lac +Bourlos ou même sur Alexandrie, si les vents l'y portaient. Vous +m'expédierez l'autre dès l'instant que vous aurez appris d'autres +nouvelles, ce que je désirerais être avant que vous ne touchassiez +aucune terre d'Europe. + +Le plus sûr paraît être que vous vous dirigiez sur les côtes d'Italie du +côté du golfe de Tarente, du port de Crotone, et, si le temps le permet, +de remonter le golfe Adriatique jusqu'à Ancône. Soit que vous touchiez +à Corfou ou à Malte, ou dans un point quelconque, ne manquez pas de +m'envoyer toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expédiant +des bâtimens, auxquels vous donnerez l'instruction spéciale de se +diriger sur Damiette. + +Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie de l'une de +ces places des sabres, des pistolets, des fusils, dont vous savez que +nous avons besoin. + +Vous aurez bien soin que la frégate qui vous portera, dès l'instant +qu'elle sera approvisionnée de ce qui pourrait lui manquer, reparte +sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et là elle saura où je suis. +Arrivée à Jaffa, elle mouillera au large et avec précaution, afin de +s'assurer si l'armée y est; si elle n'y était pas, elle se dirigerait +vers Damiette. + +Si vous pouvez faire charger sur la frégate quelques armes, vous le +ferez; si les événemens qui se passeront sur le continent font que votre +présence n'y soit pas nécessaire, vous rejoindrez l'armée à la prochaine +mousson. + +Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, et vous +remplirez la mission dont vous êtes chargé. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799). + +_Au général Kléber._ + +J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 3. Comme les lettres que +je reçois de Mansoura me font craindre que la maladie de la deuxième +demi-brigade ne soit contagieuse, je crois qu'il serait dangereux de la +mettre en libre communication avec les autres demi-brigades. Faites-vous +faire un rapport détaillé sur la situation de cette demi-brigade, et, +dans le cas où la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer +à Mansoura: je la ferais remplacer à votre division par un bataillon de +la vingt-cinquième demi-brigade. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799). + +_Au général Marmont._ + +J'imagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière de faire le +service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux différentes batteries et aux +forts de petits postes stables et permanens: ainsi, par exemple, à la +hauteur de l'observatoire, à la batterie des bains, vous aurez placé +douze à quinze hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous +tiendrez là sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront le +factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de la mer vous +dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; vous vous trouvez +ainsi avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez-vous des +grenadiers pour faire le service en ville? Je ne conçois rien à +l'obstination du commissaire des guerres Michaux à rester dans sa +maison, puisque la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un +monticule du côté de la colonne de Pompée? + +Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une demi-lieue. Ne +tenez que très-peu de chose dans la ville, et, comme c'est le poste le +plus dangereux, n'y tenez point de troupe d'élite... Mettez le bataillon +de la soixante-quinzième sous ces arbres où vous avez été long-temps +avec la quatrième d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en +s'interdisant toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le +bataillon de la quatre-vingt-cinquième du côté du Marabou: vous pourrez +facilement l'approvisionner par mer. Quant à la malheureuse demi-brigade +d'infanterie légère, faites-la mettre nue comme la main, faites-lui +prendre un bon bain de mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds; +qu'elle lave bien ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne +propre. Qu'il n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que +chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux vive pour y +jeter les morts. + +Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la peste, que les +individus se campent ou se baraquent; mais qu'ils fuient cette maison +avec précaution, et qu'ils soient mis en réserve en plein champ. Enfin, +ordonnez qu'on se lave les pieds, les mains, le visage tous les jours, +et qu'on se tienne propre. + +Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette maladie +s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de votre garnison. Il +me semble que vous n'avez encore pris aucune grande mesure proportionnée +aux circonstances. Si je n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne +puis me passer, je vous aurais déjà dit: partez avec votre garnison, et +allez camper à trois lieues dans le désert. Je sens que vous ne pouvez +pas le faire. Approchez-en le plus près que vous pourrez. Pénétrez-vous +de l'esprit des dispositions contenues dans la présente lettre; +exécutez-les autant que possible, et j'espère que vous vous en trouverez +bien. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Je reçois, citoyen général, votre lettre du 5. L'intention où vous êtes +de vouloir suivre vous-même l'expédition de Cosseir fait honneur à votre +zèle; mais j'ai besoin de vos lumières pour une expédition considérable. +Vous savez que, lorsque je vous ai envoyé à Suez, j'espérais que vous +seriez de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'êtes pas +encore parti. Les événemens arrivés à _la Castiglione_ me persuadent +qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici à deux mois; et les +événemens sont tels, que je ne puis me passer de vous. Donnez les +instructions nécessaires à l'officier qui commandera l'expédition, et +rendez-vous de suite au Caire, où je vous attends avant le 15. Vous +pouvez ramener mes vingt-cinq guides. J'écris au général Junot de +compléter votre escorte au moins à cinquante ou soixante hommes. + +Donnez au commandant des armes et à Feraud toutes les instructions +nécessaires à votre départ. Je désirerais que la construction de la +goëlette pût être tellement en train d'ici au 20, que le citoyen Feraud, +avec un petit détachement d'ouvriers, pût être disponible pour se porter +ailleurs. + +Un gros brick anglais a fait côte à Bourlos. Sur cinquante-six hommes +d'équipage, quarante se sont noyés, et seize sont en notre pouvoir. Je +les attends à chaque instant. Ils nous donneront des renseignemens sur +les mouvemens des Anglais. Il paraît que, cette année, les temps sont +terribles. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799). + +_Au payeur-général._ + +Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie d'Égypte qui +appartiennent à la république, à la disposition des citoyens: +Boyer, chef de brigade de la dix-huitième; Darmagnac, _id._ de la +trente-deuxième; Conroux, _id._ de la soixante-unième; Lejeune, _id._ +de la vingt-deuxième; Delorgne, _id._ de la treizième; Grezins, +adjudant-général; Maugras, chef de brigade de la soixante-quinzième; +le chef de la neuvième; Venoux, _id._ de la vingt-cinquième; Duvivier, +colonel du quatorzième de dragons; Bron, _id._ du troisième; Pinon, +_id._ du quinzième, à titre de gratification extraordinaire. + +Dix actions existent dans votre caisse; je donne à l'administrateur des +finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie d'Égypte pour avoir les +deux autres. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle de Mourad-Bey, +conservera la partie de ses biens qui lui vient d'Ali-Bey: je veux +par-là donner une marque d'estime pour la mémoire de ce grand homme. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799). + +_Au divan du Caire._ + +J'ai reçu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai ordonné à +l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier que l'on +jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de toute la liberté d'usage, mais +encore je désire que vous-même fassiez tout ce qui peut dépendre de vous +pour que le Rhamadan soit célébré avec plus de pompe et de ferveur que +dans les autres années. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799). + +_Au général Kléber._ + +L'état-major, citoyen général, vous fera passer l'ordre de mouvement +pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, vous avez deux ennemis à +vaincre, la faim et la soif, et les ennemis qui sont à Gaza, et qui, en +deux jours, peuvent retourner à El-Arich. + +Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, que vous +n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, et de chasser +Ibrahim-Bey; que c'est à lui seul que vous en voulez. + +Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci à Catieh peuvent +seuls décider de la quantité de troupes que vous pourrez envoyer à +El-Arich. L'avant-garde du général Reynier épuisera tous les moyens de +transport: car il est indispensable que les soldats portent pour trois +jours sur eux, et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance +pour douze jours. + +Arrivé à Kan-Iounes, vous pouvez écrire à Abdallah-Pacha que le bruit +public nous a instruits que le grand-seigneur l'avait nommé pacha +d'Égypte; que si cela est vrai, nous avons lieu d'être étonnés qu'il +ne soit pas venu; que nous sommes les amis du grand-seigneur; que vous +n'avez aucune intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi +que d'occuper le reste de l'Égypte, et de chasser Ibrahim-Bey; que vous +ne doutez pas que, s'il me fait connaître l'ordre qui le nomme pacha +d'Égypte, je ne le reçoive avec tous les honneurs dus à son poste; que, +du reste, vous êtes persuadé que, s'il est véritablement officier de la +Sublime-Porte, il n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, à +la fois ennemi de la république française et de la Sublime-Porte. + +Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de réserve sont +en mouvement; je compte partir moi-même le 17. Je suivrai la route +de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, le pont Kautaxeh et +Cathieh. Vous m'enverrez par cette route les rapports que vous aurez à +me faire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 février 1799). + +_Au général Desaix._ + +Votre dernière lettre que j'ai reçue hier, citoyen général, est datée +du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de vos opérations +ultérieures. + +Le général Davoust m'a écrit de Syout le 23 nivose: il m'a annoncé le +succès qu'il a obtenu sur les différens rassemblemens de fellahs qui +s'étaient révoltés. + +Depuis le 3 nivose nous sommes à Catieh et nous y avons établi un fort +et des magasins assez considérables. + +Le général Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre à El-Arich. + +Une grande partie de l'armée est en mouvement pour traverser les déserts +et se présenter sur les frontières de Syrie. + +Le quartier-général va incessamment se mettre en marche. + +Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Égypte, dissiper les +rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de sa mauvaise conduite. + +Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec quatre +chaloupes canonnières de Suez, portant quatre-vingts hommes de +débarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir et même de s'en +emparer. Dès l'instant qu'il aura effectué son débarquement, il vous en +préviendra en vous expédiant des Arabes. De votre côté, expédiez d'Esneh +des hommes, pour pouvoir être instruit de son arrivée, correspondre avec +lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir besoin. + +Défaites-vous, par tous les moyens et le plus tôt possible, de ces +vilains mameloucks. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799). + +_Au général Kléber._ + +Nous avons reçu enfin, citoyen général, des nouvelles de France. Un +bâtiment ragusais, chargé de vins, est arrivé, ayant à son bord les +citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent des lettres que je n'ai pas +encore reçues, parce que Marmont m'a écrit par un Arabe. + +Jourdan a quitté le corps législatif, et commande l'armée sur le Rhin. +Le congrès de Rastadt était toujours au même point: on y parlait +beaucoup sans avancer. + +Joubert commande l'armée d'Italie. Schawenburg commande à Malte. +Pléville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou a détruit entièrement +l'armée du capitan-pacha, et est maître d'Andrinople. + +_La Marguerite_, expédiée après la prise d'Alexandrie, et _la +Petite-Cisalpine_, expédiée de Rosette un mois après le combat +d'Aboukir, sont toutes deux arrivées. + +Descoutes était en route pour Constantinople. + +Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc à Paris faisait encore +ses promenades à l'ordinaire. + +Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se laissent bloquer +par seize vaisseaux anglais. + +On a pris des mesures pour recruter les armées: il paraît que l'on a +requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que l'on a appelés les +_conscrits_. + +Les choses de l'intérieur sont absolument dans le même état que lorsque +nous sommes partis: on ne remarque, dans l'allure du gouvernement, que +le changement qu'a pu y apporter le nouveau membre qui y est entré. + +Le général Humbert, avec quinze cents hommes, est arrivé en Irlande. Il +a réuni quelques Irlandais autour de lui, et, quinze jours après, a été +fait prisonnier avec toute sa troupe. + +On arme en Europe de tous côtés; cependant on ne fait encore que se +regarder. + +Je retarde mon départ de deux jours, afin de recevoir des lettres avant +de partir. + +La trente-deuxième doit être arrivée à Catieh. Le général Bon, avec le +reste de sa division, est à Salahieh. Si des événemens pressans vous +rendaient un secours nécessaire, vous lui écririez: il n'aurait pas +besoin de mon ordre pour marcher à vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799). + +_Au général Marmont._ + +J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite le 7, +m'annonçant l'arrivée du citoyen Hamelin à Alexandrie. Toutes les +troupes dans ce moment-ci traversent le désert, et j'étais moi-même sur +le point de partir. Je retarde mon départ pour voir le citoyen Hamelin, +ou recevoir au moins les lettres de Livourne et de Gênes que vous +m'annoncez. + +Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous préviendrez le +commandant anglais que plusieurs avisos anglais ont, à différentes +époques, échoué sur la côte; que nous avons sauvé les équipages; qu'ils +sont dans ce moment-ci au Caire, où ils sont traités avec tous les +égards possibles; que, ne les regardant pas comme prisonniers, je les +lui enverrai incessamment. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses préposés sur une djerme +armée à Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser l'argent et le rapporter +au Caire le plus promptement possible. + +Donnez ordre à l'agent de la province de Gizeh de se mettre en course +pour lever le deuxième tiers du miri. + +Pressez de tous vos moyens la rentrée du premier tiers que doivent payer +les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend la monnaie et tout ce +que doit rendre l'enregistrement; car il est indispensable que vous +ramassiez, d'ici au 1er ventose, 500,000 fr., et que vous me les fassiez +passer à l'armée. Ils seront escortés par un adjudant-général de +l'état-major et le troisième bataillon de la trente-deuxième, qui ont +ordre de partir le 30. + +Envoyez des exprès de tous côtés, et écrivez que l'on active la rentrée +des impositions. + +Donnez ordre à Damiette pour que l'on recouvre les 150,000 fr. qui +restent à recouvrer, et que l'on fasse rentrer le deuxième tiers du +miri; de manière que le payeur de cette place puisse nous envoyer le 30, +par Tineh et Catieh, 200,000 fr. + +Donnez ordre également que les impositions se lèvent dans la Scharkieh, +de manière que l'on puisse nous envoyer, d'ici au 1er du mois prochain, +100,000 fr. + +Vous sentez combien il est nécessaire que, surtout dans ce premier +moment, nous ayons de quoi subvenir à l'extraordinaire de l'expédition. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799). + +_Au Directoire exécutif._ + +Plusieurs généraux et officiers m'ayant fait connaître que leur santé ne +leur permettait point de continuer à servir dans ce pays-ci, surtout la +campagne redevenant plus active, je leur ai accordé la permission de +passer en France. + +Je vous ai expédié et je vous expédie ces jours-ci plusieurs bâtimens +avec des courriers: j'espère que quelques-uns vous arriveront. + +L'on nous annonce à l'instant l'arrivée à Alexandrie d'un bâtiment +ragusais chargé de vins, et porteur de lettres pour moi de Gênes et +d'Ancône: depuis huit mois c'est la première nouvelle d'Europe qui nous +arrive. Je ne recevrai ces lettres que dans deux ou trois jours, et je +désire bien vivement qu'il y en ait de vous, et du moins que je puisse +être instruit de ce qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma +conduite en conséquence. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799). + +_Au général Marmont._ + +Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen général, que tous les fonds des +provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh doivent être versés +dans la caisse du payeur d'Alexandrie. Le citoyen Baude a été investi de +toute l'autorité du citoyen Poussielgue. + +Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorité de l'ordonnateur +en chef sur l'administration de ces trois provinces, dont les fonds +seront exclusivement destinés à pourvoir à vos services. + +Ordonnez que le troisième bataillon de la soixante-quinzième se +réunisse, avec deux bonnes pièces d'artillerie, à Damanhour; que cette +colonne puisse se porter dans toute cette province, et même dans +celle de Rosette, pour lever les impositions et punir ceux qui ce +comporteraient mal. Cette mesure aura l'avantage de tirer tout le parti +possible de ces deux provinces; détenir une bonne réserve éloignée de +l'épidémie d'Alexandrie; et, selon les événemens, vous la feriez revenir +à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de toute la garnison: +car il est d'axiome que, dans l'esprit de la multitude, lorsque l'ennemi +reçoit des renforts, elle doit en recevoir pour se croire égalité de +force; et, enfin, s'il arrivait quelque événement dans le Delta, ce +bataillon pourrait s'y porter, et être d'un grand secours. + +Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse, qui commande à +Menouf, et le général Fugières, qui commande à Mehal-el-Kebir. Ne vous +laissez point insulter par les Arabes. Le bon moyen de faire finir +votre épidémie, est peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez +l'occasion, et calculez une opération de quatre à cinq cents hommes sur +Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain pour me +rendre en Syrie, l'idée de mon absence pourrait les enhardir. + +Si des événemens supérieurs arrivaient, le commandant de Rosette doit se +retirer dans le fort de Catieh, qui doit être approvisionné pour cinq +ou six mois. Maître de ce fort, il le serait de la bouche du Nil, et +dès-lors empêcherait de rien faire de grand contre l'Égypte. Faites donc +armer et approvisionner le fort de Raschid; mettez dans le meilleur état +celui d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps +qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie à l'abri +d'une attaque de vive force pendant, 1°. cinq a six jours qu'une armée +puisse débarquer et l'investir; 2°. quinze jours pour qu'elle commence +le siège; 3°. quinze à vingt jours de siège. + +Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possible, je ne +serais pas éloigné de dix jours de marche d'Alexandrie. + +Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, Rosette et +Alexandrie, et dès l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la moi, afin +qu'elle puisse me servir si votre province devenait le théâtre de plus +grands événemens. + +Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais de rien faire de +dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette et par le Caire pour me +donner de vos nouvelles: dans ces deux villes, on saura où je me trouve. + +Je vous envoie la relation de la fête du Rhamadan et une proclamation du +divan du Caire. Il est bon de répandre l'une et l'autre non-seulement +dans votre province, mais encore par les bâtimens qui partiront. + +Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de confiance qu'en +vous laissant le commandement du poste le plus essentiel de l'armée. + +Le citoyen Hamelin est arrivé hier: j'ai trouvé beaucoup de +contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute peu +de foi à toutes les nouvelles qu'il donne comme les ayant apprises en +route: la situation de l'Europe et de la France jusqu'au 10 novembre me +paraissait assez satisfaisante. + +J'apprends qu'il est arrivé un nouveau bâtiment venant de Candie: +interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi les demandes et +les réponses. Informez-vous de l'escadre russe. + +Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et l'empereur, +cependant je vous autorise à retarder, sous différens prétextes, le +départ des bâtimens napolitains, impériaux, livournais; concertez-vous +avec le citoyen Leroy, et envoyez-en moi l'état: nous acquerrons tous +les jours des renseignemens plus certains. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799). + +_Au général Dugua._ + +Vous prendrez, citoyen général, le commandement de la province du Caire. + +Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle avec deux +compagnies de vétérans. + +Il y a à la citadelle des approvisionnemens de réserve pour nourrir +pendant cinq à six mois la garnison et l'hôpital qui s'y trouvent. + +Il y a au fort Dupuy un détachement de la légion maltaise et de +canonniers. + +Le fort Sullowski est gardé par les dépôts du septième de hussards et du +vingt-deuxième de chasseurs. + +Le fort Camin est gardé par un détachement du quatorzième de dragons. + +La tour du fort de l'institut est gardée par un détachement des dépôts +de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise d'eau, et de la +maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernière est notre grand hôpital. + +Tous nos établissemens d'artillerie sont à Gizeh, ainsi que les dépôts +de la division du général Desaix. + +Tous les Français sont logés autour de la place Esbequieh. J'y laisse un +bataillon de la soixante-neuvième, un de la quatrième légère et un de la +trente-deuxième. + +Le bataillon de la quatrième partira le 24, une compagnie de canonniers +marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxième, le 30 pluviose. +J'ai désigné le 30 pour le départ de ce bataillon, parce que je suppose +que le général Menou sera arrivé à cette époque avec la légion nautique. +Si elle n'était pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu'à son +arrivée, et dans ce cas vous feriez escorter le trésor qu'on doit +envoyer à l'armée, par un détachement qui ira jusqu'à Belbeis. + +Je laisse à Boulac tous les dépôts de dragons, ce qui, avec les dépôts +des régimens de cavalerie légère, forme près de 300 hommes. Il leur +reste à tous quelques chevaux; il en arrive d'ailleurs journellement que +vous leur ferez distribuer. + +La première opération que vous aurez à faire est de réunir chez vous les +commandans des différens dépôts, de passer la revue de leurs magasins, +et de prendre toutes les mesures afin que chacun de ces régimens puisse, +en cas d'alerte, monter, tant bien que mal, un certain nombre de +chevaux. + +Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a à Boulac un +atelier qui a déjà reçu 6,000 fr. et qui doit en fournir quatre cents, +à trente par décade. Vous ne recevrez que des selles très-bonnes, +puisqu'on les paie très-cher. Le quatorzième de dragons a deux cents +selles qui sont en quarantaine à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui +doivent être ici avant la fin du mois. + +On doit monter à Gizeh au moins cinq à six cents sabres par jour; vous +les ferez donner aux dépôts de cavalerie qui en ont le plus besoin. Vous +passerez une réforme des chevaux, et je vous autorise à faire vendre au +profit des masses des régimens de cavalerie tous les chevaux hors d'état +de servir. + +Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales d'Arabes: + +Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec nous, elle a +dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents chameaux à l'armée. + +Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des deux principaux +scheicks sont en ce moment en ôtage chez Zulvekias, commissaire près le +divan. + +Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont leurs scheicks et +presque tous leurs chameaux dans les convois de l'armée. + +Enfin, les Aouatah et les Haydé, qui sont nos ennemis. Nous avons brûlé +leurs villages, détruit leurs troupeaux. Ils sont dans le fond du +désert, mais ils pourraient revenir faire des brigandages aux environs +du Caire. + +Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent des coups de +canon, quand ils approchent de trop près. + +Il faut toujours avoir un bâtiment armé, embossé plus bas que la ville, +près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans la plaine. + +Il faut de temps en temps envoyer cent hommes à Kelioubeh, avec une +petite pièce de canon, tant pour lever le miri, que pour connaître si +ces Arabes sont retournés, et pouvoir les investir et surprendre leur +camp. + +Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine d'hommes à Giza, +faire une tournée surtout dans le nord de la province, lever le miri, et +donner la chasse aux Arabes. + +Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à Gizeh, vous +l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et cinquante hommes de la +garnison du Caire, faire, dans le nord de sa province, une tournée de +cinq à six jours. Vous régleriez sa marche de manière à être instruit +tous les jours où il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les +circonstances l'exigeaient. + +Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville, et est composé +d'hommes bien intentionnés; il faut le traiter avec beaucoup d'égards et +avoir une confiance particulière dans le commissaire Zulvekias et dans +le scheick Madich. + +L'intendant-général cophte, le chef des marchands de Damas, +Michaël-Kebil, que vous pouvez consulter secrètement lorsque vous aurez +quelques inquiétudes, pourront vous donner des renseignemens sur ce qui +se passerait dans la ville. + +S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous adresser +au petit divan, réunir même le divan général. Ils réussiront à tout +concilier en leur témoignant de la confiance; enfin, prendre toujours +des mesures de sûreté, telles que consigner la troupe, redoubler les +gardes du quartier français, y placer quelques petites pièces de canon, +mais n'arriver à faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la +citadelle qu'à la dernière extrémité: vous sentez le mauvais effet que +doit produire une telle mesure sur l'Égypte et dans tout l'Orient. + +S'il arrivait des événemens imprévus à Alexandrie et à Damiette, vous y +feriez marcher le général Lanusse et même le général Fugières. + +Si vous veniez à craindre quelque ruse de la populace du Caire, vous +feriez venir le général Lanusse de Menouf; il viendrait sur l'une et +l'autre rive, et son arrivée ferait beaucoup d'effet dans la ville. + +J'ai donné des fonds au génie, à l'artillerie et à l'ordonnateur pour +tout le service de ventose. + +Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous les convois qui +partiront. + +Quels que soient les événemens qui se passent dans la Scharkieh, +vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront toujours à Birket-el-Hadji, +à Belbeis et à Salahieh. + +Le commandant des armes à Boulac vous remettra l'état des bâtimens armés +que vous avez sur le Nil. Il est nécessaire que ces bâtimens fassent un +service de plus en plus actif. + +Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2,000 fr. par décade, +pour payer les courriers que vous m'expédierez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 février 1799). + +_Au général Desaix._ + +Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique la voix +publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; et que vous +en ayiez détruit un grand nombre. + +Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich; je pars à l'instant +même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au-delà des +confins de l'Égypte, et de dissiper les rassemblemens du pacha qui sont +faits à Gaza. + +Écrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit à El-Arich. + +Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 de ce moi, +avec un très-bon vent, de Suez avec les chaloupes canonnières, portant +quatre-vingts hommes de débarquement pour se rendre à Cosseir: on +m'écrit de Suez, qu'à en juger par le temps qu'il a fait, il doit être +arrivé le 16. Écrivez-lui par des Arabes, et procurez-lui tous les +secours que vous pourrez. + +Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivés, le 7 pluviose, à +Alexandrie: ils étaient partis le 24 octobre de Trieste; le 3 novembre, +d'Ancône, et le 28 nivose, de Navarino, en Morée, où ils ont resté +mouillés fort long-temps; ils sont venus sur un bâtiment chargé de +vin, d'eau-de-vie et de draps. À leur départ d'Europe, tout était +parfaitement tranquille en France; le congrès de Rastadt durait +toujours; le corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de +dignité et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus +d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une loi pour +le recrutement de l'armée. Tous les jeunes gens, depuis dix-huit ans, +avaient été divisés en cinq conscriptions militaires. + +Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé Jourdan +commander l'armée du Rhin, Joubert, celle d'Italie, et on avait demandé +à la première conscription 200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer. + +Presque tous les avisos que j'avais envoyés en France, étaient arrivés. + +On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois avant la +bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides toujours avant le +combat d'Aboukir. + +Le vaisseau _le Généreux_, qui s'était retiré à Corfou, a pris, en +différentes occasions, deux frégates anglaises et le vaisseau _le +Leander_, de 64: ce dernier s'est battu quatre heures. + +Au 5 novembre, _la Cisalpine_ et deux autres avisos que j'avais +expédiés, étaient en rade à Corfou, attendant, à chaque instant, le +retour de leur courrier pour remettre à la voile et revenir ici. + +Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'étaient réunis à la +garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus n'a pas empêché la +frégate _la Brune_ d'y entrer le 20 novembre. L'ancien ministre de la +marine Pléville est à Corfou, où il cherche à réunir le reste de notre +marine. Descoutes est parti, le 15 octobre, pour Constantinople, comme +ambassadeur extraordinaire. + +Dès l'instant que l'on a su à Londres que toute notre armée avait +débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce de délire. + +Nos dignes alliés, les Espagnols, avaient vingt-quatre vaisseaux dans le +port de Cadix, et ils étaient bloqués par seize. + +L'Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques italiennes. + +Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la bonté de doubler +l'Écosse et de débarquer avec deux à trois mille hommes en Irlande. +Après avoir obtenu quelques avantages, il s'est laissé investir et a été +fait prisonnier; l'adjudant-général Sarrasin était avec lui. Il me +fâche de voir, dans une opération aussi ridicule, le brave troisième de +chasseurs. + +L'escadre de Brest était très-belle. + +Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs bâtimens chargés de vivres +y étaient déjà entrés. + +On était très-indisposé à Paris contre le roi de Naples. + +Ne donnez pas de relâche aux mameloucks, détruisez-les par tous les +moyens possibles. + +Faites construire un petit fort capable de contenir deux à trois cents +hommes, et capable d'en contenir un plus grand nombre dans l'occasion, +dans l'endroit le plus favorable que vous pourrez, et il faut le choisir +près d'un pays fertile. + +Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins et nos +bâtimens armés, afin que dans le mois de mai ou de juin, votre division +devenant nécessaire ailleurs, on puisse laisser un général avec quatre +ou cinq djermes armées, qui, de là, tiendra en respect toute la +Haute-Égypte. Il y aura des fours et des magasins, de sorte que quelques +bataillons de renfort le mettraient dans le cas de soumettre les +villages qui se seraient révoltés, ou de chasser les mameloucks qui +seraient revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est +nécessaire ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer de la +Haute-Égypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans voient toujours des +troupes françaises, et dès-lors peuvent penser que votre division n'est +absente que momentanément. Je désirerais, si cela est possible, qu'un +fort fût à même de correspondre facilement avec Cosseir. + +Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes à Suez, qui porteront +chacune douze pièces de canon de 6. Mettez la main, le plus tôt +possible, à la construction de votre fort; prenez là vos larges. Assurez +le nombre de pièces nécessaires pour armer votre fort. Je désire, si +cela est possible, qu'il soit en pierre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 février 1799). + +_Au Directoire exécutif._ + +Un bâtiment ragusais est entré le 7 pluviose dans le port d'Alexandrie: +il avait à bord les citoyens Hamelin et Liveron, propriétaires du +chargement du bâtiment, consistant en vins, vinaigre et draps: il m'a +apporté une lettre du consul d'Ancône en date du 11 brumaire, qui ne +me donne point d'autre nouvelle que de me faire connaître que tout est +tranquille en Europe et en France; il m'envoie la série des journaux de +Lugano depuis le n°. 36 (3 septembre) jusqu'au n°. 43 (22 octobre), +et la série du _Courrier de l'armée d'Italie_, qui s'imprime à Milan, +depuis le n°. 219 (14 vendémiaire) jusqu'au n°. 280 (6 brumaire). + +Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relâché à +Ancône le 3 novembre et est arrivé a Navarino, d'où il est parti le 22 +nivose. + +J'ai interrogé moi-même le citoyen Hamelin, et il a déposé les faits +ci-joints. + +Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor je +n'avais pas reçu de nouvelles d'Europe. + +Le 1er. novembre, mon frère est parti sur un aviso. Je lui avais ordonné +de se rendre à Crotone ou dans le golfe de Tarente: j'imagine qu'il est +arrivé. + +L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire. + +Je vous expédie plus de soixante bâtimens de toutes les nations et par +toutes les voies: ainsi vous devez être bien au fait de notre position +ici. + +Nous avons appris par Suez que six frégates françaises, qui croisent à +l'entrée de la mer Rouge, avaient fait pour plus de 20,000,000 de prises +aux Anglais. + +Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à Suez, et j'ai ma +flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer Rouge. + +Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, outre +son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, Abdallah-Pacha et +d'autres pachas sont à Gaza, et menacent l'Égypte d'une invasion: je +pars dans une heure pour aller les trouver. Il faut passer neuf jours +d'un désert sans eau ni herbes; j'ai ramassé une quantité assez +considérable de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de rien. Quand +vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les ruines +de la ville de Salomon. + +Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme féroce, qui a +une haine démesurée contre les Français; il a répondu avec dédain aux +ouvertures amicales que je lui ai fait faire plusieurs fois. J'ai, dans +l'opération que j'entreprends, trois buts: + +1°. Assurer la conquête de l'Égypte en construisant une place forte +au-delà du désert, et dès-lors éloigner tellement les armées de quelque +nation que ce soit, de l'Égypte, qu'elles ne puissent rien combiner avec +une armée européenne qui viendrait sur les côtes. + +2°. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation que +vous avez sans doute entamée, et l'envoi que je fais à Constantinople du +citoyen Beauchamp sur la caravelle turcque. + +3°. Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle tire de +Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me restent à me rendre, +par la guerre et la diplomatie, toute cette côte amie. + +Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui est, après le +muphti de Constantinople, l'homme le plus révéré dans l'empire musulman; + +Des quatre scheicks des principales sectes; de l'émir Hadji ou prince de +la caravane. + +Le rhamadan, qui a commencé hier, a été célébré de ma part avec la plus +grande pompe. J'ai rempli les mêmes fonctions que remplissait le pacha. + +Le général Desaix est à plus de cent soixante lieues du Caire, près des +Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines de Thèbes. J'attends à +chaque instant les détails officiels d'un combat qu'il aurait eu contre +Mourad-Bey, qui aurait été tué et cinq à six beys faits prisonniers. + +L'adjudant-général Boyer a découvert dans le désert, du côté du Fayoum, +des mines qu'aucun Européen n'avait encore vues. + +Le général Andréossi et le citoyen Berthollet sont de retour de leur +tournée aux lacs de Natron et aux couvens des Cophtes. Ils ont fait des +découvertes extrêmement intéressantes; ils ont trouvé d'excellent natron +que l'ignorance des exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche +de commerce de l'Égypte deviendra encore par-là plus importante. Par le +premier courrier, je vous enverrai le nivellement du canal de Suez, dont +les vestiges se sont parfaitement conservés. + +Il est nécessaire que vous nous fassiez passer des armes et que vos +opérations militaires et diplomatiques soient combinées de manière que +nous recevions des secours: les événemens naturels font mourir du monde. + +Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis deux mois à Alexandrie: +deux cents hommes en ont été victimes. Nous avons pris des mesures pour +qu'elle ne s'étende pas: nous la vaincrons. + +Nous avons eu bien des ennemis à combattre dans cette expédition: +déserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, Russes, Turcs, Anglais. + +_Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin m'était +confirmé, et que la France fût en guerre contre les rois, je passerais +en France._ + +Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion sur les affaires +de la république, puisque, depuis dix mois, je n'ai plus aucune +nouvelle. + +Nous avons tous une entière confiance dans la sagesse et la vigueur des +déterminations que vous prendrez. + +BONAPARTE. + + + +Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799). + +_Au général Kléber._ + +Je suis parti hier soir à dix heures et je suis arrivé à minuit à +Belbeis. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après, celle du +20. Le parc d'artillerie est arrivé hier à Salahieh. J'ai ordonné que +le reste de la division Bon partît demain de Salahieh pour se rendre à +Catieh; la division Lannes ira ce soir à Corain, et demain à Salahieh; +toute la division de cavalerie du général Murat, forte de plus de mille +chevaux, part également, et sera demain soir à Salahieh; deux cents +chameaux chargés d'orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour +Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux nécessaires, +et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. Si les officiers de +marine ont trouvé un point de débarquement près d'El-Arich, et que l'un +des deux convois y arrive, je crois que nous serons bien, grâce au +mouvement que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps que +vous y êtes resté. + +Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit une partie +des mameloucks à trois journées des Cataractes. On disait trois beys +pris et Mourad-Bey tué depuis trois jours: cette nouvelle était celle +du Caire, et l'intendant-général l'avait presque reçue officiellement. +Ainsi, il est sûr qu'il y a eu une affaire. + +BONAPARTE. + + + +À Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799). + +_Au général Bon._ + +Vous aurez reçu, citoyen général, l'ordre de vous rendre à Catieh: nous +passerons sans doute par la route du fort, où il y a de l'eau. Je suis +arrivé ici hier soir, et je repars ce matin. Je serai demain à Salahieh, +où j'espère recevoir de vos nouvelles. + +Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver à Catieh: +donnez les ordres pour qu'ils soient déchargés. Envoyez a Tineh pour +y prendre les vivres venant de Damiette qui y seraient en dépôt, et +faites-les filer le plus possible sur El-Arich. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 février 1799). + +_Au général Ganteaume._ + +Il est nécessaire, citoyen général, que vous vous rendiez demain à Tineh +et à la bouche d'Omin Faredge. + +Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine, à Damiette, +pour le départ, par El-Arich, du citoyen Slendelet avec sa flottille. + +Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est à Tineh ou +Omin-Faredge, et qui est destiné pour El-Arich. + +Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation du lac +Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal pour +l'approvisionnement de l'armée. + +Dès le moment que vous croirez que votre présence n'est plus nécessaire, +vous viendrez par terre à Catieh, et de-là au quartier-général. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 février 1799). + +_Au général Kléber._ + +Le général Bon, avec le reste de sa division, citoyen général, part ce +matin pour se rendre à la première journée. + +La cavalerie part ce matin pour le même endroit. + +J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est parti; je ne sais +pas même si le convoi d'Omin-Faredge est arrivé à Tineh; cependant je le +présume, la journée d'hier ayant été favorable. + +On a envoyé hier quarante chameaux à Tineh: je les attends ce matin, et +je ne partirai moi-même que lorsque je les aurai vu filer sur El-Arich. + +Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-général, qui +viennent du Caire pour se charger à Tineh de tout ce qui pourrait y +rentrer, et, dans le cas où le convoi ne serait pas arrivé a Tineh, ils +iront jusqu'à Omin-Faredge. + +Vous devez avoir reçu un convoi commandé par l'adjudant-général +Gillyvieux, un autre par l'adjudant-général Fouler: celui-ci est le +troisième Arabe que je vous expédie sur un dromadaire depuis que je suis +ici. + +Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du général Reynier, que +vous m'avez envoyée il y a trois jours. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799). + +_À l'adjudant-général Grezieux._ + +Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux et cinquante +hommes d'escorte et une compagnie de dromadaires. Arrivé à Tineh, vous +ferez charger sur ces chameaux tout l'orge, le riz et le biscuit que +vous pourrez; vous presserez le départ du bataillon de la quatrième et +des trois compagnies de grenadiers de la dix-neuvième; vous écrirez +à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, et vous lui +marquerez d'activer le plus possible le départ des convois de +subsistances pour Tineh. Vous m'expédierez de Tineh un Arabe sur un +dromadaire pour me rendre compte exactement de la situation des magasins +de Tineh, et me donner des nouvelles du Caire et de Damiette. + +Vos chameaux chargés, vous vous rendrez à Catieh; vous y trouverez un +convoi de chameaux revenant à vide d'El-Arich; vous ferez charger dessus +cinquante mille rations de riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux +n'était pas suffisant, vous prendriez dans les deux cents chameaux de +quoi assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez +avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les chameaux dont +vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, vous donnerez l'ordre au +commandant de Catieh de faire filer continuellement sur El-Arich les +vivres qui arriveraient de Tineh, et de m'envoyer des exprès pour +m'instruire de sa situation, de celle de ses magasins et de celle de +Tineh. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Si, à Tineh, il y avait des denrées pour charger plus de deux +cents chameaux, vous feriez un second voyage avec vos chameaux. + +Le parc d'artillerie a ordre, dès l'instant qu'il sera arrivé, d'envoyer +cent chameaux à Tineh. + + + +Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799). + +_À l'ordonnateur en chef._ + +L'adjudant-général Grezieux, qui part avec deux cents chameaux pour +Tineh, a ordre de faire un second voyage, si cela est nécessaire, pour +l'entière évacuation des magasins de Tineh. Le parc d'artillerie +qui arrive ce soir enverra cent chameaux à Tineh, et, si cela est +nécessaire, ces chameaux feront deux voyages. + +Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à Catieh jusqu'à +nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus grande activité, sur +El-Arich tous les objets de subsistance qui se trouveraient à Catieh. + +Il doit y avoir à Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une grande quantité +de son; faites filer le tout sur Catieh: ce point est le plus essentiel +tant pour avancer que pour la retraite, et doit être approvisionné par +tous les moyens possibles. + +Vous renouvellerez les ordres à Salahieh, Belbeis et au Caire, de faire +filer avec activité des convois de biscuit, orge, fèves, son et riz sur +Catieh. + +BONAPARTE. + + + +Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 février 1799). + +_Aux scheicks et ulemas de Gaza._ + +Arrivé à Kan-Jounes avec mon armée, j'apprends qu'une partie des +habitans de Gaza ont eu peur et ont évacué la ville. Je vous écris la +présente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, et pour faire connaître +que je suis ami du peuple, protecteur des ulemas et des fidèles. + +Si je viens avec mon armée à Gaza, c'est pour en chasser les troupes de +Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion en Égypte. + +Envoyez donc au devant de moi des députés, et soyez sans inquiétude pour +la religion, pour votre vie, vos propriétés et vos femmes. + +BONAPARTE. + + + +Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799). + +_Au général Kléber._ + +Je pense que la lettre que vous avez fait écrire par votre capitaine des +Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y une sommation en règle +pour leur faire sentir que la place ne peut pas tenir. + +Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur Jaffa en accélère +la reddition, je vous autorise à le faire. Si vous entrez dans la ville, +prenez toutes les mesures pour empêcher le pillage; vous placerez la +cavalerie en avant sur le chemin de Saint-Jean d'Acre. + +Nous avons trouvé ici une assez grande quantité de magasins, surtout +beaucoup d'orge. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les troupes qui +s'y trouveraient sur les bâtimens de transport que l'on jugera les plus +propices. + +Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perrée, s'il peut sortir +d'Alexandrie avec les trois frégates _la Junon_, _l'Alceste_ et _la +Courageuse_ et deux bricks, sans que l'ennemi s'en aperçoive, de se +rendre à Jaffa, où il recevra de nouveaux ordres. Si le temps le +poussait devant Saint-Jean d'Acre, il s'informera si nous y sommes: +il est probable que nous y serons. Alors il embarquera avec lui, sur +chacune de ses frégates, une pièce de 24 et un mortier avec trois cents +coups à tirer, et sur chaque frégate une forge pour rougir les boulets +à terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits objets +retarde en rien son départ, si le temps était propice. + +S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eût connaissance de son +mouvement, il tacherait de m'envoyer à Jaffa deux bons bricks, tels que +_le Salamine_ et _l'Alerte_. + +Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira sur une +djerme, qui débarquera à Damiette, et par le courrier qui part demain +pour le Caire. + +BONAPARTE. + + + +El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799). + +_Au général Dugua._ + +Le chef de l'état-major doit vous avoir tenu instruit des différens +mouvemens militaires qui ont eu lieu ici. + +Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs et une +trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils soient bien traités. +On leur restituera leurs maisons, mais on exercera sur eux une +surveillance particulière. Vous leur réitérerez la promesse que je leur +ai faite de leur faire du bien si, à mon retour, vous êtes content de +leur conduite. + +Je désire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les différens membres +du divan, que vous vous concertiez pour faire une petite fête à la +réception des drapeaux, et, si cela se peut, faire naturellement qu'ils +soient placés dans la mosquée de Geuil-Azur, comme un trophée de la +victoire remportée par l'armée d'Égypte sur Djezzar et sur les ennemis +des Égyptiens. + +Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaître aux habitans +du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer des caravanes en Syrie; +qu'ils vendront bien leurs marchandises, et que leurs propriétés seront +respectées. + +Faites filer du biscuit par toutes les occasions. + +Faites dire à Ibrahim, scheick des Billis, que je désire qu'il vienne, +ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin qui me serait utile. +Faites-nous passer, dès que vous le pourrez, cinq ou six cents coups à +boulet de 8 et trois ou quatre cents de 12. + +Envoyez-moi les lettres de l'armée par des convois sûrs, et ne m'écrivez +par les Arabes que des lettres par duplicata de ce que vous m'écrirez +par des détachemens: le désert est fort long, et les Arabes viennent de +piller toutes les dépêches que le général Rampon m'envoyait de Catieh +par un Arabe. + +Je n'ai reçu de vous, depuis mon départ, qu'une seule lettre du 26. S'il +venait surtout des lettres importantes, soit de la Haute-Égypte, soit +de France, ne les hasardez pas légèrement; mais envoyez-les-moi par un +officier et une bonne escorte, en me prévenant en gros, par un Arabe, de +ce qui serait parvenu à votre connaissance. + +J'ai enrôlé trois à quatre cents Maugrabins, qui marchent avec nous. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Au général Kléber._ + +Je vous envoie, citoyen général, une lettre au scheick de Naplouse, +que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie d'en faire faire +plusieurs copies, et de les envoyer successivement, afin d'être sûr +qu'une d'elles arrivera. + +J'ai écrit à Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer quelqu'un, +comme je le lui propose, recommandez à vos avant-postes de le bien +traiter. + +À l'instant nous prenons deux bâtimens, un chargé de deux mille quintaux +de poudre, et l'autre de riz. + +La garnison de Jaffa était de quatre mille hommes: deux mille ont été +tués dans la ville, et près de deux mille ont été fusillés entre hier et +aujourd'hui. + +BONAPARTE. + + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks, ulémas, et autres habitans des provinces de Gaza, Ramleh +et Jaffa._ + +Dieu est clément et miséricordieux. + +Je vous écris la présente pour vous faire connaître que je suis +venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et l'armée de +Djezzar-Pacha. + +De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il étendu ses vexations sur les +provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas partie de son +pachalic? De quel droit avait-il également envoyé ses troupes à +El-Arich? Il m'a provoqué à la guerre, je la lui ai apportée; mais ce +n'est pas à vous, habitans, que mon intention est d'en faire sentir les +horreurs. + +Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par peur, les ont +quittés, y rentrent. J'accorde sûreté et sauvegarde à tous. J'accorderai +à chacun la propriété qu'il possédait. + +Mon intention est que les cadis continueront comme à l'ordinaire leurs +fonctions et à rendre la justice, que la religion surtout soit protégée +et respectée, et que les mosquées soient fréquentées par tous les bons +musulmans: c'est de Dieu que viennent tous les biens, c'est lui qui +donne la victoire. + +Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains sont inutiles +contre moi, car tout ce que j'entreprends doit réussir. Ceux qui se +déclarent mes amis, prospèrent; ceux qui se déclarent mes ennemis, +périssent. L'exemple de ce qui vient d'arriver à Jaffa et à Gaza doit +vous faire connaître que si je suis terrible pour mes ennemis, je suis +bon pour mes amis, et surtout clément et miséricordieux pour le pauvre +peuple. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks, ulémas et commandant de Jérusalem._ + +Je vous fais connaître par la présente que j'ai chassé les mameloucks et +les troupes de Djezzar-Pacha des provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa; que +mon intention n'est pas de faire la guerre au peuple; que je suis l'ami +des musulmans; que les habitans de Jérusalem peuvent choisir la paix ou +la guerre. S'ils choisissent la première, qu'ils envoient au camp de +Jaffa des députés pour promettre de ne jamais rien faire contre moi. +S'ils étaient assez insensés pour préférer la guerre, je la leur +porterai moi-même. Ils doivent savoir que je suis terrible comme le feu +du ciel envers mes ennemis, clément et miséricordieux envers le peuple +et ceux qui veulent être mes amis. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks de Naplouse._ + +Je me suis emparé de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la Palestine. Je +n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans de Naplouse, +car je ne viens ici que pour faire la guerre aux mameloucks, à +Djezzar-Pacha, dont je sais que vous êtes les ennemis. + +Je leur offre donc, par la présente lettre, la paix ou la guerre. S'ils +veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks de chez eux, et me le +fassent connaître, en promettant de ne commettre aucune hostilité contre +moi. S'ils veulent la guerre, je la leur porterai moi-même; je suis +clément et miséricordieux envers mes amis, mais terrible comme le feu du +ciel envers mes ennemis. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_À Djezzar-Pacha._ + +Depuis mon entrée en Égypte, je vous ai fait connaître plusieurs fois +que mon intention n'était pas de vous faire la guerre, que mon seul +but était de chasser les mameloucks; vous n'avez répondu à aucune des +ouvertures que je vous ai faites. + +Je vous avais fait connaître que je désirais que vous éloignassiez +Ibrahim-Bey des frontières de l'Égypte: bien loin de là, vous avez +envoyé des troupes à Gaza, vous avez fait de grands magasins, vous avez +publié partout que vous alliez entrer en Égypte: effectivement vous avez +effectué votre invasion en portant deux mille hommes de vos troupes dans +le fort d'El-Arich, enfoncé à six lieues dans le territoire de l'Égypte. +J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même la guerre que +vous paraissiez provoquer. + +Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. J'ai traité +avec générosité celles de vos troupes qui s'en sont remises à ma +discrétion, j'ai été sévère envers celles qui ont violé les droits de +la guerre; je marcherai sous peu de jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais +quelle raison ai-je d'ôter quelques années de vie à un vieillard que je +ne connais pas? Que font quelques lieues de plus à côté des pays que +j'ai conquis? et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son +exemple, être clément et miséricordieux, non-seulement envers le peuple, +mais encore envers les grands. + +Vous n'avez point de raisons réelles d'être mon ennemi, puisque vous +l'étiez des mameloucks. Votre pachalic est séparé par les provinces de +Gaza, Ramleh et par d'immenses déserts de l'Égypte. Redevenez mon ami, +soyez l'ennemi des mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de +bien que je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi +votre réponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et qui connaisse +vos intentions. Il se présentera à mon avant-garde avec un drapeau +blanc, et je donne ordre à mon état-major de vous envoyer un +sauf-conduit, que vous trouverez ci-joint. + +Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; il faut donc +que j'aie votre réponse avant ce jour. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Au général Dugua._ + +J'ai reçu, citoyen général, fort peu de lettres de vous; elles ont, +j'imagine, été interceptées par cette nuée d'Arabes qui couvrent le +désert: la dernière que j'ai reçue de vous est du 6 ventose. + +L'état-major vous instruira des détails de la prise de Jaffa. Les 4,000 +hommes qui formaient la garnison ont tous péri dans l'assaut, ou ont été +passés au fil de l'épée. + +Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre. + +Avant le mois de juin, il n'y a rien de sérieux à craindre de la part +des Anglais. + +Quant à l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas grand'chose au +rapport qui vous a été envoyé. Il faut espérer que les officiers de +marine qui s'y trouvent, en donneront un plus intelligible. + +La victoire du général Desaix doit avoir tout tranquillisé dans la +haute Égypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser les troubles de la +Scharkieh. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au général Marmont._ + +L'état-major vous aura instruit, citoyen général, des différens +événemens militaires qui se sont succédé et auxquels nous devons la +conquête de toute la Palestine. La prise de Jaffa a été brillante; 4,000 +hommes des meilleures troupes de Djezzar et des meilleurs canonniers de +Constantinople ont été passés au fil de l'épée. Nous avons trouvé dans +cette ville soixante pièces de canon, des munitions, et beaucoup de +magasins. Ces pièces sont toutes fondues à Constantinople et de calibre +français. + +Jaffa a une rade assez sûre et une petite anse où nous avons trouvé un +bâtiment de cent cinquante tonneaux. Comme nous avons ici beaucoup de +savon et autres objets, si quelques bâtimens de convoi de cent à cent +cinquante tonneaux veulent se hasarder à venir, on les frétera. + +Les dernières nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, d'où je +conclus qu'il n'y avait rien de nouveau à Alexandrie. Le 1er ventose, il +a fait des vents très-violens qui auront éloigné les Anglais. + +Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans du pays: si +vous avez encore une imprimerie, faites-la imprimer et répandre dans le +Levant, la Barbarie et partout où il sera possible. Dans le cas où vous +n'auriez plus d'imprimerie, je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et +que l'on vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation. + +S'il partait des bâtimens pour France, je vous autorise à écrire au +gouvernement ce que vous savez de notre position: vous sentez qu'il ne +doit rien y avoir de politique, mais seulement des faits. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au général du génie._ + +Des personnes arrivées d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y a rien fait, +pas même rétabli la brèche: veuillez donner des ordres pour que les +réparations d'un fort si essentiel n'éprouvent aucun retard. Vous sentez +qu'il peut arriver des événemens tels qu'El-Arich devienne notre tête de +ligne, laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait donner +des résultats incalculables. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_À l'adjudant-général Almeyras._ + +L'état-major vous aura instruit, citoyen général, de la prise de Jaffa, +où nous avons trouvé beaucoup de riz, et nous en avions besoin, car +notre flottille nous manque toujours. + +Nous y avons trouvé une grande quantité d'artillerie, beaucoup +d'obusiers, de pièces de 4 du calibre français. + +Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets qui sont +utiles en Égypte, et que la Palestine a besoin de riz, engagez les +négocians de Damiette à ouvrir un commerce avec Jaffa. Assurez-les +qu'ils seront protégés et n'essuieront aucune avanie. + +Si la flottille n'était pas partie, prenez toutes les mesures pour la +faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du biscuit, droit à +Jaffa. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans de +ces provinces. Faites-la imprimer et répandez-la par tous les moyens +possibles; envoyez-en deux cents exemplaires à Damiette et à Alexandrie, +pour qu'il s'en répande dans le Levant, à Constantinople et dans la +Barbarie. + +Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la place que +j'ai donnée au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce dernier que cela ne +doit l'inquiéter en rien, et que je sais mettre de la différence entre +mes vieux amis et les nouveaux. + +Engagez les négocians de Damiette à venir vendre leur riz à Jaffa. Nous +avons ici une grande quantité de savon; engagez les négocians du Caire +à venir en acheter. Ils savent que je protège le commerce; ils n'ont +à craindre ni avanies ni tracasseries. Il y a ici des articles qui +manquent en Égypte, tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en +échange du riz et du blé; prenez toutes les mesures pour activer, autant +que possible, ce commerce. + +Faites imprimer en arabe tout ce que Venture écrit au divan, en y +faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi jugera à propos, et +répandez-le dans l'Égypte. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799). + +_Au général Dugua._ + +J'ai reçu, citoyen général, par mon aide-de-camp Lavalette le duplicata +des lettres que vous m'avez écrites. Vous aurez reçu des lettres de Gaza +et le récit de l'affaire de Jaffa. + +L'événement arrivé à Cosseir est d'autant plus inconcevable, que le +contre-amiral Ganteaume avait donné pour instructions au citoyen Collot, +que, s'il y avait des bâtimens à Cosseir, il s'en tînt à croiser pour +les empêcher de sortir. + +L'état-major envoie l'ordre au général Menou de se rendre à Jaffa pour +prendre le commandement de la Palestine. + +Après tous les accidens que nous apprenons de la mer, il ne vous +paraîtra pas prudent que vous la traversiez dans ce moment-ci; vous +penserez, sans doute, qu'il est nécessaire que vous attendiez d'autres +circonstances. + +Votre convoi de cent cinquante chameaux chargés de vivres et de +munitions d'artillerie, nous est venu fort à propos, pour les munitions +d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin de boulets de 8 et de +12. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799). + +_À l'adjudant-général Grezieux._ + +Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de Jaffa et de celle +de Ramleh. + +Votre première opération sera de faire placer une pièce de canon sur +chacune des tours, et de disposer les quatre plus grosses du côté du +front, pour sa défense. + +L'officier du génie a ordre de réparer sur-le-champ la brèche. + +Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. Comme +les deux qui existent me paraissent très-rapprochées l'une de l'autre, +il suffirait d'en tenir une ouverte. + +Les Grecs doivent fournir des secours à l'hôpital des blessés. + +Les chrétiens latins et les Arméniens doivent fournir des secours à +l'hôpital des fiévreux. + +Vous formerez un divan, composé de sept personnes; vous y mettrez des +mahométans et des chrétiens. + +Vous seconderez toutes les opérations du citoyen Gloutier, tendant à +établir les finances et à procurer de l'argent à la caisse. + +Aucun bâtiment de ceux qui sont actuellement dans le port, ne doit en +sortir sous quelque prétexte que ce soit. + +Le commerce avec Damiette et l'Égypte sera encouragé le plus possible. + +Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin que les +habitans vivent tranquilles. J'ai chargé le général Reynier d'organiser +un divan à Ramleh. + +Il reste ici un officier de marine. + +Si vous aviez des nouvelles plus intéressantes à me faire passer, et que +le temps fût beau, vous pourriez profiter à la fois de la terre et de la +mer. + +Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Égypte, vous ne +manquerez pas de donner des nouvelles de l'armée à l'adjudant-général +Almeyras, à Damiette, et au général Dugua, au Caire. + +Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon état et ne soient +pas gaspillés. Faites toutes les recherches possibles pour en découvrir +de nouveaux. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799). + +_Au directoire exécutif._ + +Le 5 fructidor, j'envoyai un officier à Djezzar, pacha d'Acre: il +l'accueillit mal et ne répondit pas. + +Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre: il fit couper la tête +au porteur. + +Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement. + +Les provinces d'Égypte étaient inondées de firmans, dans lesquels +Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles et annonçait son +arrivée. + +Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza. Son +avant-garde prit position à El-Arich, où il y a quelques bons puits +et un fort situé dans le désert à dix lieues dans le territoire de +l'Égypte. + +Je n'avais donc plus le choix: j'étais provoqué à la guerre; je ne crus +pas devoir tarder à la lui porter moi-même. + +Le général Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, qui, sous +les ordres de l'infatigable général Lagrange, était à Catieh, situé +à trois journées dans le désert, où j'avais réuni des magasins +considérables. + +Le général Kléber arriva le 18 pluviose de Damiette sur le lac Menzaleh, +sur lequel on avait construit plusieurs barques canonnières, débarqua à +Peluse et se rendit à Catieh. + +_Combat d'El-Arich._ + +Le général Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa division, +pour se rendre à El-Arich. Il fallut marcher plusieurs jours à travers +le désert sans trouver d'eau; des difficultés de toute espèce furent +vaincues: l'ennemi fut attaqué, forcé, le village d'El-Arich enlevé, et +toute l'avant-garde ennemie bloquée dans le fort d'El-Arich. + +_Attaque de nuit._ + +Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un corps +d'infanterie, avait pris position sur nos derrières à une lieue, et +bloquait l'armée assiégeante. + +Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier; à minuit, +le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé; un des beys fut tué. +Effets, armes, bagages, tout fut pris: la plupart des hommes eurent le +temps de se sauver, plusieurs mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits +prisonniers. + +_Siège du fort d'El-Arich._ + +La tranchée fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de nos mines +avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28 pluviose, une batterie +de brèche fut construite, ainsi que deux batteries d'approche: +on canonna toute la journée du 29. Le 30 à midi, la brèche était +praticable; je sommai le commandant de se rendre, il le fit. Nous avons +trouvé a El-Arich trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq +cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes de l'Adonie et +de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du service avec nous: j'en ai +fait un corps auxiliaire. + +Nous partîmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'égara dans le +désert et souffrit beaucoup du manque d'eau: nous manquâmes de vivres, +nous fûmes obligés de manger des chevaux, des mulets, des chameaux. + +Nous étions le 6 aux colonnes placées sur les limites de l'Afrique et de +l'Asie; nous couchâmes en Asie le 6. + +Le jour suivant, nous étions en marche sur Gaza: à dix heures du +matin, nous découvrîmes trois ou quatre mille hommes de cavalerie qui +marchaient à nous. + +_Combat de Gaza._ + +Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer les différens +torrens qui se trouvaient en présence de l'ennemi par des mouvemens +exécutés avec précision. + +La division Kléber se porta par la gauche sur Gaza; le général Lannes, +avec son infanterie légère, appuyait les mouvemens de la cavalerie, +qui était rangée sur deux lignes. Chaque ligne avait derrière elle un +escadron de réserve: nous chargeâmes l'ennemi près de la hauteur qui +regarde Nebron, et où Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reçut +point la charge et se replia: il eut quelques hommes tués, entre autres +le kiaya du pacha. + +La vingt-deuxième d'infanterie légère s'est fort bien conduite: elle +suivait les chevaux au pas de course; il y avait cependant bien des +jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni bu de l'eau a son aise. + +Nous entrâmes dans Gaza: nous y trouvâmes quinze milliers de poudre, +beaucoup de munitions de guerre, des bombes, des outils, plus de deux +cent mille rations de biscuit et six pièces de canon. + +Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de pluie; depuis notre +départ de France, nous n'avions pas vu d'orage. + +Nous couchâmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot. + +Nous couchâmes le 11 à Ramleh; l'ennemi l'avait évacué avec tant de +précipitation, qu'il nous laissa cent mille rations de biscuit, beaucoup +plus d'orge, et quinze cents outres que Djezzar avait préparées pour +passer le désert. + +_Siège de Jaffa._ + +La division Kléber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite sur la +rivière de la Hhayah, pour couvrir le siége; la division Bon investit +les fronts droits de la ville, et la division Lannes les fronts gauches. + +L'ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de tous les points +de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et soutenu. + +Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brèche, une de +mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une sortie; on +vit alors une foule d'hommes diversement costumés, et de toutes les +couleurs, se porter sur la batterie de brèche: c'étaient des Maugrabins, +des Albanais, des Kurdes, des Natoliens, des Caramaniens, des +Damasquyns, des Alepins, des noirs de Tekrour; ils furent vivement +repoussés, et rentrèrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon +aide-de-camp Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est +particulièrement distingué. + +À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; il fit couper +la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À sept heures, le feu +commença; à une heure je jugeai la brèche praticable. Le général Lannes +fit les dispositions pour l'assaut; l'adjoint aux adjudans-généraux, +Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi +de trois compagnies de grenadiers de la treizième et de la +soixante-neuvième demi-brigade, commandées par l'adjudant-général +Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de général de brigade. + +À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant +vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les horreurs de +la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse. + +Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés au fil de +l'épée; il y avait huit cents canonniers: une partie des habitans a été +massacrée. + +Les jours suivans, plusieurs bâtimens sont venus de Saint-Jean d'Acre +avec des munitions de guerre et de bouche; ils ont été pris dans le +port: ils ont été étonnés de voir la ville en notre pouvoir; l'opinion +était qu'elle nous arrêterait six mois. + +Abd-Oullah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher parmi les +gens d'Égypte, et de venir se jeter à mes pieds. + +J'ai renvoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents personnes de ces deux +villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes d'Égypte. + +J'ai pardonné aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris à El-Arich; +j'ai pardonné à Omar Makram, cheikh du Caire; j'ai été clément envers +les Égyptiens, autant que je l'ai été envers le peuple de Jaffa, mais +sévère envers la garnison qui s'est laissé prendre les armes à la main. + +Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont trente formant +l'équipage de campagne, de modèle européen, et des munitions, plus de +quatre cent mille rations de biscuit, deux mille quintaux de riz, et +quelques magasins de savon. + +Les corps du génie et de l'artillerie se sont distingués. + +Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait fortifier +les différentes places de l'Égypte, est officier recommandable par une +activité, un courage et des talens rares. + +Le chef de brigade du génie Samson a commandé l'avant-garde qui a pris +possession de Cathieh, et a rendu dans toutes les occasions les plus +grands services. + +Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siége d'El-Arich. + +Le citoyen Aimé est entré le premier dans Jaffa, par un vaste souterrain +qui conduit dans l'intérieur de la place. + +Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, n'est parvenu +à conduire les pièces qu'avec de grandes peines; il a commandé la +principale attaque de Jaffa. + +Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxième +d'infanterie légère, qui a été tué a la brèche: cet officier a été +vivement regretté de l'armée; les soldats de son corps l'ont pleuré +comme leur père. J'ai nommé à sa place le chef de bataillon Magni, qui a +été grièvement blessé. Ces différentes affaires nous ont coûté cinquante +hommes tués et deux cents blessés. + +L'armée de la république est maître de toute la Palestine. + +BONAPARTE. + + + + +FIN DU SECOND VOLUME. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Tome II. +by Napoléon Bonaparte + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON *** + +***** This file should be named 12782-8.txt or 12782-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/7/8/12782/ + +Produced by Robert Connal, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. This file was produced from images generously +made available by gallica (Bibliothèque nationale de France) at +http://gallica.bnf.fr + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/12782-8.zip b/old/12782-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..75f25a4 --- /dev/null +++ b/old/12782-8.zip diff --git a/old/12782-h.zip b/old/12782-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..84318e7 --- /dev/null +++ b/old/12782-h.zip diff --git a/old/12782-h/12782-h.htm b/old/12782-h/12782-h.htm new file mode 100644 index 0000000..3c2ea32 --- /dev/null +++ b/old/12782-h/12782-h.htm @@ -0,0 +1,21384 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>Oeuvres de Napoléon Bonaparte</title> + <meta name="author" content="Napoléon Bonaparte"> + +<style type=text/css> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +p.droite {text-align: right} +p.milieu {text-align: center} +blockquote {text-align: justify} + +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +.poem p.i20 {margin-left: 10em} +.poem p.i30 {margin-left: 15em} +</style> + +</head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Tome II. +by Napoléon Bonaparte + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Tome II. + +Author: Napoléon Bonaparte + +Release Date: June 29, 2004 [EBook #12782] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON *** + + + + +Produced by Robert Connal, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. This file was produced from images generously +made available by gallica (Bibliothèque nationale de France) at +http://gallica.bnf.fr + + + + + + +</pre> + + + +<h1>OEUVRES DE<br> + +NAPOLÉON BONAPARTE.</h1> + +<h3>TOME DEUXIÈME.</h3> + +<h2>C.L.F. PANCKOUCKE, Éditeur</h2> + +<h4>MDCCCXXI.</h4> +<br><br><br> + + +<h3>PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.</h3> + +<h5>(Suite).</h5><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5 +(1er septembre 1797.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois +mois qu'ils doivent prendre leur service, ne sont pas encore +arrivés: ce retard a tellement bouleversé ce service, malgré +le soin qu'on y a apporté, que les malades s'en ressentent, +et que le nombre des morts aux hôpitaux s'en accroîtra considérablement.</p> + +<p>L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine +et de soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, +et est, aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a +pas coûté un sou à l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit +lui en être revenu des pots de vin de la part de ses agens en +Italie: nous avons tout acheté avec l'argent de la république.</p> + +<p>Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé, +et qu'aucune autre ne la remplace. L'équipage d'artillerie +périt déjà si sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur +et moi, devoir prendre des mesures promptes pour que +ce service n'éprouvât aucun choc, et que les hommes qui en +ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en répondre.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché +que je vous envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul +moyen pour que nos six mille chevaux ne soient pas gaspillés +en peu de temps, et que se service, si essentiel maintenant, +ne soit pas entièrement bouleversé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris +au ministre des finances, je vous prie d'en prendre lecture.</p> + +<p>Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que +chacun connût quelle peut être la source de ces mille et un +propos qui se répandent dans le public, et dont on trouve +l'origine dans les impostures de la trésorerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p> + +<p>Le ministre de la guerre me demande des renseignemens +sur les opérations que l'on pourrait entreprendre si la guerre +recommençait. Je pense qu'il faudrait avoir sur le Rhin une +armée de douze mille hommes de cavalerie et quatre-vingt +mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le siége de +Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir +en Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille +de cavalerie.</p> + +<p>La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait +perdue.</p> + +<p>Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de +quatre-vingt mille hommes on peut toujours avoir soixante +mille hommes en ligne de bataille, et vingt mille en deçà +en détachemens, pour se maintenir et rester maîtres de ses +derrières.</p> + +<p>Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix +mille sans difficulté, à chance égale de bonheur.</p> + +<p>Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille +hommes d'infanterie.</p> + +<p>Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie +présens sous les armes.</p> + +<p>Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer +en Allemagne, que de soixante mille hommes d'infanterie; +on aura huit mille Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui +faudrait encore dix mille Français.</p> + +<p>Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.</p> + +<p>Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.</p> + +<p>Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées +à nous entendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée +par le dernier courrier.</p> + +<p>Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a +dit sur les principes qui avaient été posés pour la marche de +la comptabilité des finances de l'armée d'Italie est faux. Il +n'y a jamais eu à l'armée d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de +commissaire du gouvernement, qu'une seule caisse, qui est +celle du payeur de l'armée; elle se divise naturellement en +deux branches, en caisse recevante, que nous avons appelée +<i>caisse centrale</i>, et qui est destinée à recevoir les contributions, +et en <i>caisse dépensante</i>: celle-ci sert à payer les dépenses +de l'armée.</p> + +<p>Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère +d'ineptie et de fausseté qui ne peut être expliqué que +par la plus grande malveillance.</p> + +<p>La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: +elle dit un mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine +à faire son service, et l'on suffit difficilement au prêt.</p> + +<p>On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par +mois, autre inexactitude: le prêt de l'armée monte à 3,000,000 +par mois.</p> + +<p>On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à +l'armée du Rhin, autre fausseté; elle lui a envoyé un million +l'année dernière, et un autre million cette année: il y a +près de trois mois que ce dernier est arrivé.</p> + +<p>Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses +de l'état et les autres armées de la république sont faits avec +la même bonne foi, je ne suis plus étonné que les comptes de +la trésorerie soient en si grande dissonance avec la réalité.</p> + +<p>Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de +l'armée que pour ne pas souffrir qu'une trésorerie mal intentionnée +vienne nous ôter la subsistance que le soldat s'est +gagnée, et nous fasse périr de faim.</p> + +<p>Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors +nous nous embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera.</p> + +<p>Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé +pour les matelots de Toulon, qu'elle a retiré à Paris, +quoique la paye des matelots se trouvât arriérée de trois +mois, et par le million que j'avais envoyé à Brest, qu'elle a +retenu à Paris, quoique les matelots de Brest se trouvassent +sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu du bien du soldat, +pourvu qu'elle conclue des marchés comme ceux de la +compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. +pour le transport d'un million à Paris. Un million en espèces +pèse à peu près dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, +qui, rendues en poste et en cinq jours à Paris, occasionneraient +une dépense de trois à quatre cents louis; si vous +ajoutez à cela la faculté de pouvoir le transporter en or et en +lettres de change, il est facile de vous convaincre quelle est +la friponnerie qui dirige toutes les opérations de la trésorerie.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette +lettre aux commissaires de la trésorerie, et de les prier, lorsqu'ils +auront des assertions à publier sur les finances de l'armée +d'Italie, de vouloir bien être un peu mieux instruits, et +de s'occuper franchement des besoins de l'état.</p> + +<p>L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions +à la république, indépendamment de l'équipement, de l'habillement, +de la solde et de tout l'entretien d'une des premières +armées de la république. Mais la postérité, en feuilletant +l'histoire des siècles qui nous ont précédés, observera +qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on ne s'imagine pas +que cela ait pu se faire sans imposer des privations à l'armée +d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les +autres armées, que notre marine, que le gouvernement +avaient de plus grands besoins encore.</p> + +<p>L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais +envoyé un million à Toulon, la trésorerie s'en est emparée, et +il nous faut aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir +acquitter six mois de l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement +de la flotte et à l'habillement et équipement des +matelots et garnisons des vaisseaux. Sans doute que la trésorerie +dénoncera encore le commissaire ordonnateur, parce +qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne sache pas +qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et +l'impudence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,<br> aux citoyens +de la huitième division militaire.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement +militaire.</p> + +<p>Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux; +des hommes ennemis de la liberté ont en vain +cherché à vous égarer.</p> + +<p>Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées +le bonheur et la paix.</p> + +<p>Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur +à la commune qui ne vous protégera pas! malheur aux corps +constitués qui couvriraient de l'indulgence le crime et l'assassinat!</p> + +<p>Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats, +vous êtes dignes de vos frères d'armes d'Italie! protégez +les républicains, et ne souffrez pas que des hommes couverts +de crime, qui ont livré Toulon aux Anglais, qui nous +ont obligés à un siége long, et pénible, qui ont en un seul +jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous +fassent la loi.</p> + +<p>Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez +dans votre conscience: êtes-vous amis de la république, de la +gloire nationale? êtes-vous dignes d'être les magistrats de la +grande nation? Faites exécuter les lois avec exactitude, et +sachez que vous serez responsables du sang versé sous vos +yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la constitution et +à la liberté; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes que les +agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5 +(6 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise. +Elle est nue et arriérée de quatre mois de paye: cela ne laisse +pas de nous embarrasser beaucoup, puisqu'elle nous coûtera +deux millions.</p> + +<p>L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque +mois pour entretenir une armée nombreuse, et qui se +nourrit déjà depuis deux ans dans cette contrée, ne donnent +de l'inquiétude pour l'avenir.</p> + +<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte +que les négociations vont assez mal; cependant je ne doute +pas que la cour de Vienne n'y pense à deux fois avant de +s'exposer à une rupture, qui aurait pour elle des conséquences +incalculables.</p> + +<p>Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus +nous reconnaissons de la part de Thugut, qui a rédigé +les instructions, une mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée. +Tout le manége d'Udine me paraît avoir pour but +d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans une position +effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation topographique: +neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien +revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents +pièces de canon et approvisionnée pour huit mois à six mille +hommes. Ce serait pour eux un siège du premier ordre à entreprendre; +ils seraient obligés de faire venir leur artillerie +de Vienne. Depuis quatre mois que nous possédons cette +place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus grande +activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans le +plus grand désordre. Cette place seule change la nature de +notre position en Italie.</p> + +<p>Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité +d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se décider promptement +et rapidement. Si la campagne ne commence point +dans les premiers jours d'octobre, vous ne devez pas compter +que je puisse entrer en Allemagne avant la fin de mars.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 21 fructidor an 5 +(7 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À MM. Vurtemberger et Schmidt, représentans de la +confédération helvétique.</i></p> + +<p>Je ne reçois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datée +du 29 août. Je vous prie d'être persuadés du plaisir que j'aurais +eu à pouvoir de nouveau vous témoigner de vive voix +les sentimens que vous m'avez inspirés, et vous remercier +moi-même de la sagesse avec laquelle vous avez, pendant +votre gouvernement, contribué à la tranquillité de nos frontières.</p> + +<p>La nation que vous représentez a une réputation de sagesse, +que l'on aime à voir confirmée par la conduite de ses +représentans.</p> + +<p>Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours +comme un des momens les plus heureux celui où il me sera +possible de faire quelque chose qui puisse convaincre les +treize cantons de l'estime et de la considération toute particulière +que les Français ont pour eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Passeriano, le 24 fructidor an 5 +(10 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'archevêque de Gênes.</i></p> + +<p>Je reçois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. +J'ai cru entendre un des douze apôtres: c'est ainsi +que parlait saint Paul. Que la religion est respectable quand +elle a des ministres comme vous! Véritable apôtre de l'Evangile, +vous inspirez le respect, vous obligez vos ennemis à +vous estimer et a vous admirer; vous convertissez même l'incrédule.</p> + +<p>Pourquoi faut-il qu'une église qui a un chef comme vous +ait de misérables subalternes, qui ne sont pas animés par l'esprit +de charité et de paix? Leurs discours démentent l'Evangile. +Jésus-Christ mourut plutôt que de confondre ses ennemis +autrement que par la foi. Le prêtre réprouvé, au contraire, +a l'oeil hagard; il prêche la révolte, le meurtre, le +sang; il est payé par l'or du riche; il a vendu, comme Judas, +le pauvre peuple. Purgez-en votre église, et faites tomber +sur eux l'anathème et la malédiction du ciel.....</p> + +<p>La souveraineté du peuple, la liberté, c'est le code de l'Evangile.</p> + +<p>J'espère sous peu être à Gênes: mon plus grand plaisir +sera de vous y voir. Un prélat comme Fénélon, l'archevêque +de Milan, l'archevêque de Ravenne, rend la religion aimable +en pratiquant toutes les vertus qu'elle enseigne; et +c'est le plus beau présent que le ciel puisse faire à une grande +ville et à un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 25 fructidor an 5 +(11 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouvernement de Gênes.</i></p> + +<p>Le citoyen Ruggieri m'a communiqué les différentes proclamations +qui contestent ce que vous avez fait dans les journées +difficiles où vous vous êtes trouvé. Agissez avec force; +faites désarmer les villages rebelles; faites arrêter les principaux +coupables; faites remplacer les mauvais prêtres, ces lâches +qui, au lieu de prêcher la morale de l'Evangile, prêchent +la tyrannie. Chassez les curés, ces scélérats qui ont ameuté +le peuple et armé le bon paysan contre sa propre cause; que +l'archevêque vous fournisse des prêtres qui, comme lui, retracent +les vertus des pères de l'Evangile.</p> + +<p>Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, +votre troupe de ligne, et, s'il en était besoin, faites connaître +aux ennemis de la liberté que j'ai cent mille hommes pour +rejoindre avec votre nombreuse garde nationale, et effacer +jusqu'aux traces des ennemis de votre liberté.</p> + +<p>Désormais la liberté ne peut plus périr à Gênes: malheur +à ceux qui ne se contenteraient pas du titre de simple citoyen, +qui chercheraient à reprendre un pouvoir que leur +tyrannie leur a fait perdre! le moment de leur exaltation deviendrait +celui de leur perte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Camarades, les émigrés s'étaient emparés de la tribune nationale.</p> + +<p>Le directoire exécutif, les représentans restés fidèles à la +patrie, les républicains de toutes les classes, les soldats, se +sont ralliés autour de l'arbre de la liberté: ils ont invoqué +les destins de la république ... , et les partisans de la tyrannie +sont aux fers.</p> + +<p>Camarades, dès que nous aurons purifié le continent, nous +nous réunirons à vous pour conquérir la liberté des mers: +chacun de vous aura présent à sa pensée le spectacle horrible +de Toulon en cendre, de notre arsenal, de treize vaisseaux +de guerre en feu; et la victoire secondera nos efforts.</p> + +<p>Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom +français que dans un petit coin du continent; avec vous, nous +traverserons les mers, et la gloire nationale verra les régions +les plus éloignées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>Nous allons célébrer le premier vendémiaire, l'époque la +plus chère aux Français; elle sera un jour bien célèbre dans +les annales du monde.</p> + +<p>C'est de ce jour que datent la fondation de la république, +l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelée +par le destin à étonner et consoler le monde.</p> + +<p>Soldats! éloignés de votre patrie, et triomphant de l'Europe, +on vous préparait des chaînes; vous l'avez su, vous +avez parlé: le peuple s'est réveillé, a fixé les traîtres, et +déjà ils sont aux fers.</p> + +<p>Vous apprendrez, par la proclamation du directoire exécutif, +ce que tramaient les ennemis particuliers du soldat, et +spécialement des divisions de l'armée d'Italie.</p> + +<p>Cette préférence nous honore: la haine des traîtres, des +tyrans et des esclaves sera dans l'histoire notre plus beau +titre à la gloire et à l'immortalité.</p> + +<p>Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la +république, aux armées de Sambre-et-Meuse et de l'intérieur, +aux patriotes, aux représentans restés fidèles au destin +de la France; ils viennent de nous rendre, d'un seul coup, +ce que nous avons fait depuis six ans pour la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie ma proclamation à l'armée, en lui faisant +part de votre proclamation et des événemens qui sont arrivés +le 18 à Paris.</p> + +<p>Je ne sais par quelle fatalité le ministre de la guerre ne +m'a pas encore envoyé votre arrêté qui incorpore l'armée des +Alpes dans l'armée d'Italie. Un de ces arrêtés, qui est du 4 +fructidor, vient de m'arriver aujourd'hui, encore est-ce un +envoi que vous m'avez fait des bureaux du directoire même.</p> + +<p>J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquième demi-brigade +de ligne, commandée par le général de brigade Bon, et +une cinquantaine d'hommes à cheval: ces troupes se trouveront +à peu près à Turin lorsque vous recevrez cette lettre.</p> + +<p>J'ai fait partir le général de brigade Lannes avec la vingtième +d'infanterie légère, et la neuvième de ligne, pour Marseille: elle se +trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, à peu près à la hauteur de +Gênes.</p> + +<p>J'ai envoyé dans les départemens du Midi la proclamation +que je vous fais passer.</p> + +<p>Je vais également m'occuper de faire une proclamation +pour les habitans de Lyon, dès que je saurai à peu près ce +qui s'y sera passé; dès l'instant que j'apprendrai qu'il y a le +moindre trouble, je m'y porterai avec rapidité.</p> + +<p>L'état-major a envoyé copie de votre arrêté au général +Kellermann. Comptez que vous avez ici cent mille hommes +qui, seuls, sauraient faire respecter les mesures que vous +prendrez pour asseoir la liberté sur des bases solides.</p> + +<p>Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous +sommes honnis dans notre patrie? On peut dire de Paris ce +que Cassius disait de Rome: Qu'importe qu'on l'appelle +reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la Seine, esclave de +l'or de Pitt?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Le général Clarke vous écrit en grand détail, citoyen ministre, +pour vous faire connaître notre situation; vous trouverez +également dans sa correspondance la copie des procès-verbaux; +toutes ces négociations ne sont que des plaisanteries, +les vraies négociations se feront à Paris. Si le gouvernement +prend une bonne fois la stabilité qu'il doit avoir; si +cette poignée d'hommes évidemment vendus à l'Angleterre, +ou séduits par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve +une fois dans l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez +la paix, et telle que vous la voudrez, quarante-huit +heures après.</p> + +<p>On se figurerait difficilement l'imbécillité et la mauvaise +foi de la cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos négociations +sont suspendues, parce que les plénipotentiaires de S.M. +ont envoyé un courrier à Vienne pour connaître l'<i>ultimatum</i> +de l'empereur.</p> + +<p>Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment, +dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spécifiées +dans nos observations sur l'article 4 des préliminaires, +seraient pour nous Mayence, etc.</p> + +<p>Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. +Corfou, etc., à nous.</p> + +<p>Le reste de l'Italie libre, à la Cisalpine.</p> + +<p>Nous donnerions Palma-Nova le même jour qu'ils nous +donneraient Mayence.</p> + +<p>Je vous le répète, que la république ne soit pas chancelante; +que cette nuée de journaux qui corrompent l'esprit +public et font avoir de nous une très mauvaise opinion à l'étranger, +soit étouffée; que le corps législatif soit pur et ne +soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la France les +émigrés, et que l'on ôte de toutes les administrations les partisans +de la royauté, que solde l'or de l'Angleterre, et la +grande nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout +cela n'existera pas, ne comptez sur rien. Tous les étrangers +nous menacent de l'opinion de la France: que l'on ait de l'énergie +sans fanatisme, des principes sans démagogie, et de +la sévérité sans cruauté; que l'on cesse d'être faible, tremblant; +que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'être républicain; +que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves +conjurés contre nous, et le sort de l'Europe est décidé.</p> + +<p>Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de +la république n'écoutent que la voix de la postérité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: +M. le marquis de Gallo m'a effectivement parlé du projet +qu'avait S.M. le roi des Deux-Siciles, soit sur les îles du +Levant, soit sur les nouvelles frontières du côté du pape.</p> + +<p>La république française saisira toutes les occasions de donner +à S.M. le roi des Deux-Siciles une marque du désir +qu'elle a de faire quelque chose qui lui soit agréable. M. le +marquis de Gallo, qui a toujours été l'interprète des sentimens +de la cour de Naples à la cour de Vienne, pour porter +cette cour à une paix si nécessaire pour les deux états et si +ardemment désirée par le gouvernement français, est plus +propre que personne à suivre des négociations si intéressantes +pour S. M. le roi des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances +l'eussent permis, nous aurions déjà ouvert des négociations +à cet effet; mais nous avons pensé que dans un moment +où l'on traitait des négociations qui doivent servir à la +France de base dans le système du midi de l'Europe, il était +impossible de rien décider. J'espère cependant que, d'un moment +à l'autre, les négociations d'Udine prendront un caractère +plus décidé, et assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que +la république française fera tout ce qui dépendra d'elle pour +répondre à ses désirs.</p> + +<p>Quant à moi, la cour de Naples connaît l'empressement +que j'ai toujours eu de faire quelque chose qui pût lui être +agréable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le département du Liamone, en Corse, n'est pas content +d'avoir pour chef d'escadron de la gendarmerie de ce département +le citoyen Gentilli: je vous prie de confirmer la nomination +du citoyen Caura, qui remplit déjà cette place; il a +rendu des services essentiels dans la reprise de l'île, et joint +à une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes, un +grand courage et un patriotisme éprouvé.</p> + +<p>Ce département se plaint aussi de ce qu'on a ôté les bons +patriotes et anciens officiers qui remplissaient les places de +lieutenans, pour y mettre trois cousins du citoyen Salicetti, +dont l'un est un jeune homme qui n'a jamais servi.</p> + +<p>Il y a entre les deux départemens qui divisent la Corse +une certaine rivalité, qu'il est d'une bonne politique de laisser +subsister, et qui serait d'ailleurs extrêmement difficile à +détruire.</p> + +<p>Le département du Liamone aime mieux avoir un Français +du continent employé dans sa garde qu'un Corse du département +du Golo. Vous sentez combien il est avantageux +que ces deux extrémités de l'île s'attachent entièrement à la +métropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer les citoyens +Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>L'amiral Brueys est arrivé à Venise, comme j'ai eu l'honneur +de vous écrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour +ses matelots et ses soldats, trois mois de vivres, et toute la +solde arriérée: cela nous coûte deux millions, et met le prêt +de l'armée en danger de manquer. Nous avions déjà envoyé un +million à Toulon à cet effet.</p> + +<p>L'amiral Brueys ne tardera pas à partir prendre à Corfou +une partie des vaisseaux vénitiens qu'il y a laissés, et à retourner +à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai eu l'honneur de vous prévenir, dans le temps, que +j'avais fait prendre, à Livourne, trente mille fusils appartenant +au roi d'Espagne: c'est avec ces fusils que nous avons +fait toute la campagne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p>Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p> + +<p>Je reçois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre +avec un extrait de la réponse de M. de Corsini. Vous +attachez peut-être trop d'importance au dire de certains folliculaires +aussi méprisables qu'universellement méprisés. Au +reste, je crois que vous ferez très-bien d'engager M. Corsini à +ne plus se mêler des intrigues de France: c'est un pays difficile +à connaître, et les ministres étrangers ne doivent pas se mêler +des affaires intérieures.</p> + +<p>J'ai été fâché de voir, dans les papiers qui sont tombés +entre mes mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart +et autres intrigans, gagnés par les guinées de l'Angleterre, et +qui sont une source de dissensions et de désordres. Ici, les +choses ne vont pas aussi bien qu'elles devraient aller: heureux +les princes qui ont des ministres comme vous!</p> + +<p>Un jour, le protocole de nos séances sera publié, et vous +serez étonné de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles +on joue les intentions de l'empereur et peut-être la sûreté de +sa couronne. Au reste, rien n'est encore désespéré. Croyez +que, quels que soient les événemens, rien n'altérera l'estime +et la considération que j'ai pour votre personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie la lettre que j'écris au citoyen Canclaux, +ministre à Naples, en réponse aux ouvertures qui lui ont été +faites par M. Acton, et dont il vous aura sûrement rendu +compte.</p> + +<p>La cour de Naples ne rêve plus qu'accroissement et grandeur; +elle voudrait, d'un côté, Corfou, Zante, Céphalonie, +etc.; de l'autre, la moitié des états du pape, et spécialement +Ancône. Ces prétentions sont trop plaisantes: je crois +qu'elle veut en échange nous céder l'île d'Elbe. Je pense que +désormais la grande maxime de la république doit être de ne +jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au +contraire, nous y établir solidement. Nous y trouverons des +ressources pour notre commerce, elles seront d'un grand intérêt +pour nous et les événemens futurs de l'Europe.</p> + +<p>Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? +L'amiral Brueys pourrait très-bien mouiller là et s'en emparer: +quatre cents chevaliers, et au plus un régiment de cinq +cents hommes, sont la seule garde qu'ait la ville de la Valette. +Les habitans, qui montent à plus de cent mille, sont +très-portés pour nous, et fort dégoûtés de leurs chevaliers +qui ne peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait +exprès confisquer tous leurs biens en Italie. Avec l'île de +Saint-Pierre, que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte, +Corfou, nous serons maîtres de toute la Méditerranée.</p> + +<p>S'il arrivait qu'à notre paix avec l'Angleterre nous fussions +obligés de céder le cap de Bonne-Espérance, il faudrait +alors nous emparer de l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu +à une nation européenne, les Vénitiens seuls y ont une +prépondérance précaire. On pourrait partir d'ici avec vingt-cinq +mille hommes escortés par huit ou dix bâtimens de ligne +ou frégates vénitiennes, et s'en emparer.</p> + +<p class="milieu"><i>L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur</i>.</p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris +quelques renseignemens, et me fissiez connaître quelle réaction +aurait sur la Porte notre expédition d'Egypte.</p> + +<p>Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes religions +sont égales, mahométane, cophte, arabe, etc., tout +cela nous est indifférent: nous respecterons les unes comme +les autres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures</i>.</p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reçois +du citoyen Arnault. La cour de Naples est gouvernée par +Acton. Acton a appris l'art de gouverner sous Léopold à Florence, +et Léopold avait pour principe d'envoyer des espions +dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y passait.</p> + +<p>Je crois qu'une petite lettre de vous à Canclaux pour l'engager +à montrer un peu plus de dignité, et une plainte à Acton +sur ce que les négocians français ne sont pas traités avec +égard, ne ferait pas un mauvais effet.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Augereau.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par votre aide-de-camp, la +lettre que vous m'avez écrite.</p> + +<p>J'avais précédemment reçu celle par laquelle vous m'annonciez +les événemens mémorables du 18 fructidor. Toute +l'armée a applaudi à la sagesse et à l'énergie que vous avez +montrées dans cette circonstance essentielle, et elle a pris part +au succès de la patrie avec cet enthousiasme et cette énergie +qui la caractérisent.</p> + +<p>Il est à souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule +et que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est +qu'avec la sagesse, et une modération de pensée, que l'on peut +assurer d'une manière stable le bonheur de la patrie. Quant +à moi, c'est le voeu le plus ardent de mon coeur.</p> + +<p>Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous +faites à Paris.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voués.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le +général Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour décider +cette cour à nous faire promptement une réponse catégorique +et à culbuter Thugut ou le forcer, malgré lui, à faire +la paix; qu'il avait écrit à cet effet à l'impératrice et dressé +leur petit manége de cour.</p> + +<p>Nous sommes convenus que, si l'empereur, en exécution +de l'article 4 des préliminaires, nous reconnaissait les limites +constitutionnelles, qui, à peu de choses près, sont celles du +Rhin; si, avec notre bonne foi, il faisait tous ses efforts pour +nous mettre en possession de Mayence, nous le mettrions à +notre tour en possession de Venise et de la rive de l'Adige. +Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., +que lorsqu'au préalable nous serions dans les remparts de +Mayence. Pendant les dix ou douze jours que l'on attendra +la réponse de Vienne, les négociations vont à peu près languir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les commissaires du gouvernement pour la recherche des +objets de sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission.</p> + +<p>Je retiens auprès de moi les citoyens Monge et Berthollet. +Les citoyens Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens +Moitte et Thouin sont partis avec les convois venus de +Rome et sont déjà arrivés à Marseille.</p> + +<p>Ces hommes distingués par leurs talens ont servi la république +avec un zèle, une activité, une modestie et un désintéressement +sans égal; uniquement occupés de l'objet de leur +mission, ils se sont acquis l'estime de toute l'armée; ils ont +donné à l'Italie, dans la mission délicate qu'ils étaient chargés +de remplir, l'exemple des vertus qui accompagnent presque +toujours les talens distingués.</p> + +<p>Le citoyen Tinet désirerait avoir un logement à Paris.</p> + +<p>Si vous formiez une académie à Rome, le citoyen Berthollet +serait digne d'en avoir la présidence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 +(17 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, dans le temps, citoyen général, vos différentes +lettres: il est indispensable, pour les opérations de l'armée +d'Italie, que je sois absolument maître de l'Adriatique.</p> + +<p>J'estime que, pour être maître de l'Adriatique dans toutes +les circonstances et dans toutes les opérations que je voudrai +entreprendre, j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, +quatre frégates, 4 corvettes, tous commandés et montés par +des équipages de garnison française.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre.</p> + +<p>Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont +à Corfou; je prendrai deux frégates vénitiennes et deux françaises, +deux corvettes vénitiennes et deux françaises.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-général +auquel vous remettrez le commandement de +cette escadre. J'accepte avec plaisir le citoyen Perrée ou tout +autre que vous voudrez me donner.</p> + +<p>Le commissaire ordonnateur Roubaud et le général Berthier, +ou, si celui-ci était parti, le général Baraguay d'Hilliers, +m'enverront, par le retour de mon courrier, l'état nominatif +des vaisseaux, des officiers marins et la quantité des +matelots français que vous destinez à monter sur chacun +d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reçu cet état, il me sera +possible de vous autoriser à retourner sur-le-champ à Corfou, +et de là à Toulon; et je vous ferai passer différentes instructions +sur les objets que vous aurez à remplir tout en faisant +route.</p> + +<p>Profitez de ce temps-là pour achever vos approvisionnemens. +Comme il est impossible que je me rende à Venise, si +vous pouviez vous absenter pendant trente-six heures, vous +pourriez vous-même vous rendre à Passeriano. J'aurai a renouveler +votre connaissance et à vous convaincre des sentimens +d'estime que vous m'avez inspirés.</p> + +<p>Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je +vous prie de la communiquer à l'ordre; assurez-les que tout +est tranquille en France, et qu'il n'a pas été répandu une +seule goutte de sang.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai envoyé par un courrier extraordinaire l'ordre au général +Sahuguet de retourner à l'armée d'Italie. Ce général, qui était +le seul qui pouvait être utile pour calmer un peuple furieux +et contre-révolutionnaire dont Villot était le représentant, et +lorsque Dumolard présidait les cinq-cents, est aujourd'hui +plus utile a l'armée.</p> + +<p>J'ai envoyé l'ordre au général Lanusse, qui est chez lui +pour se guérir d'une blessure qu'il a reçue à l'armée d'Italie, +et dont il ne se remettra jamais au point de pouvoir servir +dans une armée active, de se rendre à Toulon pour y prendre +le commandement de cette place. J'ai donné l'ordre au +général Mailly d'aller prendre le commandement d'Avignon.</p> + +<p>J'ai rappelé à l'armée le général commandant à Avignon, +le général Parat, l'adjudant-général Léopold Stabeurath, +l'adjudant-général Boyer et d'autres officiers de la huitième +division, qui sont depuis trop long-temps dans leurs places, +et que j'ai cru nécessaire de faire revenir, pour respirer l'air +pur et républicain des camps.</p> + +<p>J'ai envoyé le chef de brigade Berthollet, blessé a Arcole, +commander la place d'Avignon.</p> + +<p>Le chef de brigade à la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvième, +commande l'arrondissement d'Antibes.</p> + +<p>J'ai envoyé dans la huitième division, pour être reportés +comme adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont +été blessés dans la campagne et qui tous étaient à la suite.</p> + +<p>Dès l'instant qu'un officier que j'ai envoyé à Lyon sera de +retour, et que j'aurai un état de situation exact de cette division, +je ferai la même chose pour Lyon.</p> + +<p>Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et +tous les subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, +sans quoi un général s'y trouve impuissant. J'ai donc +lieu d'espérer qu'avec les mêmes troupes qui existent dans +ce moment-ci dans le midi, elles seront suffisantes pour +comprimer les malveillans, rétablir l'ordre, surtout si vous +destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous +les remplaciez par des hommes attachés à la liberté.</p> + +<p>J'ai envoyé l'ordre pour faire venir a l'armée d'Italie l'état-major +d'artillerie qui était à l'armée des Alpes, ainsi que +tous les détachemens des demi-brigades de l'armée d'Italie +qu'on avait mal à propos retenus.</p> + +<p>J'ai également envoyé l'ordre à deux bataillons de la vingt-troisième +demi-brigade d'infanterie légère, qui ne faisaient rien +à Chambéry et dans le Mont-Blanc, et dont en général l'esprit +est bon, de rejoindre l'armée.</p> + +<p>La quarante-cinquième demi-brigade est en marche pour +Lyon.</p> + +<p>La vingtième demi-brigade va à Marseille.</p> + +<p>Il y a cependant à Lyon plus de monde qu'il n'en faut +pour contenir cette ville, si ceux qui les commandent veulent +les faire agir, et que les autorités et le gouvernement n'aient +qu'une action.</p> + +<p>Il y a également dans la huitième division plus de troupes +qu'il n'en faut.</p> + +<p>Je crois qu'au moment où les nouvelles autorités constituées +seront organisées dans la huitième division militaire et +à Lyon, et dès l'instant où j'aurai pu également renouveler +tous les états-majors subalternes de ces départemens, qu'alors +vous jugerez nécessaire de m'ôter un commandement qui +se trouve trop éloigné de moi, et qui n'est qu'un surcroît +aux occupations déjà trop considérables que j'ai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le +congrès d'Udine.</p> + +<p>M. de Meerveldt est parti pour Vienne.</p> + +<p>Vous aurez vu, dans la seconde séance du protocole, que +nous avons déclaré aux plénipotentiaires de S.M.I. que si +au premier octobre la paix n'était pas signée, nous ne négocierions +plus sur la base des préliminaires, mais sur la base +respective de la puissance des deux états.</p> + +<p>Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt +revînt avec des instructions de signer la paix aux conditions +suivantes:</p> + +<p>1°. La ligne de l'Adige à l'empereur, y compris la ville de +Venise.</p> + +<p>2°. La ligne de l'Adige à la république cisalpine, et dès +lors Mantoue.</p> + +<p>3°. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spécifiées +dans le protocole de la cinquième séance, y compris +Mayence.</p> + +<p>4°. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie +que lorsque nous entrerions dans les remparts de Mayence.</p> + +<p>5°. Corfou et les autres îles à nous.</p> + +<p>6°. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du +Rhin pourrait être arrangé dans la paix avec l'Empire.</p> + +<p>Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non +ces propositions.</p> + +<p>Si votre <i>ultimatum</i> était de ne pas comprendre la ville de +Venise dans la part de l'empereur, je doute que la paix se +fasse (cependant Venise est la ville la plus digne de la liberté +de toute l'Italie); et les hostilités recommenceraient dans le +courant d'octobre.</p> + +<p>L'ennemi est en position de guerre vis-à-vis de moi: il a +sur les frontières de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole +et le Tyrol dix mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix +mille d'infanterie.</p> + +<p>Il y a dans l'intérieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit +mille hommes de cavalerie Hongroise levés en masse, et +qui s'exercent depuis trois mois.</p> + +<p>L'armée française en Italie a un pays immense et un grand +nombre de places fortes à garder, ce qui fait que je ne pourrai +prendre l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie +et quarante-cinq mille hommes d'infanterie sous les armes. +Ajoutez à cela à peu près deux mille Polonais, et tout +au plus mille Italiens devant rester en Italie pour maintenir +la police et prêter main forte à leur gouvernement qui sera +tourmenté par toute espèce de factions et de fanatisme, +quelles que soient les mesures que je compte prendre pour +assurer la tranquillité pendant mon absence.</p> + +<p>Je crois donc que si votre <i>ultimatum</i> est de garder Venise, +vous devez regarder la guerre comme probable, et:</p> + +<p>1°. M'envoyer l'ordre d'arrêter la marche de cinq cents +hommes qui vont dans l'intérieur, pour que je les fasse revenir +à l'armée.</p> + +<p>2°. Faire ratifier par les conseils le traité d'alliance avec le +roi de Sardaigne; ce qui mettrait à peu près huit mille hommes +de plus à ma disposition.</p> + +<p>Malgré ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi.</p> + +<p>Si je le préviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et +je suis, quinze jours après le premier coup de fusil tiré, sous +les murs de Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient +très-douteux.</p> + +<p>Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que +je vous indique afin d'augmenter l'armée, vous sentez que le +jour où je serais près de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes +sur les bras.</p> + +<p>J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que +la nation a le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens +n'acceptent pas les propositions de paix supposées +plus haut, il faut que je sois renforcé de quatre mille hommes +de cavalerie, entre autres de deux régimens de cuirassiers +et de douze mille hommes d'infanterie.</p> + +<p>Je pense également que du restant vous ne devez former +sur le Rhin qu'une seule armée, qu'elle doit avoir pour but +d'entrer en Bavière, de manière qu'en pressant l'ennemi entre +ces deux masses, nous l'obligions à nous céder tout le pays en-deçà +du Danube.</p> + +<p>Faites attention que je suis ici plus près de Vienne, que +ne l'est Ratisbonne de l'armée du Rhin, et qu'il faut vingt +jours de marche à celle-ci pour arriver à cette dernière ville.</p> + +<p>Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes +les forces de la maison d'Autriche sont contre l'armée d'Italie, +et toutes ces forces sont disposées en échelons de manière +à accourir promptement au point où j'aurais percé.</p> + +<p>Si votre <i>ultimatum</i> est que Venise ne soit pas donnée à +l'empereur, je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures +que je vous ai indiquées: à la fin d'octobre, les renforts +que je demande peuvent être arrivés à Milan, et en supposant +que nous rompions le 15 octobre, les quinze jours dont +nous conviendrons pour en prévenir nos gouvernemens et les +armées, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai +de manière, dès l'instant que je saurai que ces renforts +auront passé les Alpes, à m'en servir comme s'ils étaient déjà +sur l'Isonzo.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande +attention à toutes les dispositions contenues dans la présente +lettre, de surveiller et de vous assurer de l'exécution des +différens ordres que vous donnerez, car la destinée de l'Europe +sera indubitablement attachée aux mesures que vous +prendrez.</p> + +<p>Je vous fais passer une note sur la situation de mon armée, +calculée sur sa force actuelle, pour vous mettre à même de +juger de la vérité de l'exposé que je vous fais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">An quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant votre arrêté du 18 fructidor, relatif au +général Clarke: votre lettre a été quatorze jours en route. Je +me suis déjà aperçu du même retard dans les arrêtés que vous +m'avez envoyés relativement à la huitième division militaire +et à l'armée des Alpes.</p> + +<p>Je dois rendre au général Clarke un témoignage de sa +bonne conduite. Soit dans les négociations, soit dans ses +Conversations, il m'a paru toujours animé par un patriotisme pur +et gémir sur les progrès que faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intérieurs de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 +(19 Septembre 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires de l'empereur ont reçu un courrier +de Vienne; ils sont venus nous trouver et voulaient insérer, +au protocole, des observations sur le congrès qui doit se tenir +à Rastadt pour la paix avec l'Empire; ils voulaient que ce +congrès se tînt sur-le-champ et allât de pair avec les négociations d'Udine. +La mauvaise foi de Thugut est égale à la bêtise de ses négociateurs.</p> + +<p>Je leur ai fait sentir que c'était représenter le congrès de +Berne sous un autre nom; je leur ai fait voir la réponse que +nous ferions à leur note, et j'ai fini par leur dire que le directoire +exécutif était indigné des menées ridicules du cabinet +de Vienne; qu'il fallait enfin qu'ils se souvinssent que cette +paix avait été accordée par le vainqueur aux vaincus; et s'ils +avaient trouvé à Léoben un refuge dans notre modération, +il était temps de les faire souvenir de la posture humble et +suppliante qu'ils avaient alors; qu'à force de vouloir analyser +sur des choses de forme, et en elles-mêmes étrangères au +grand résultat de la négociation, ils m'obligeraient de leur +dire que la fortune s'était prononcée, que désormais non-seulement +le ton de la supériorité était ridicule, mais même +le ton de l'égalité inconvenant; que s'ils n'avaient pas voulu +reconnaître la république française à Léoben, ils avaient été +obligés de reconnaître la république italienne. <i>Prenez garde,</i> +leur ai-je dit, <i>que l'Europe ne voie la république de Vienne.</i> +Tout cela les a portés à ne pas faire leur déclaration pour le +congrès de Rastadt. Vous sentez facilement quel piège grossier Thugut +prétendait nous tendre, en voulant nous conduire +à un congrès, tandis que nos arrangemens ne sont pas faits +avec l'empereur, et nous mettre par là dans une position délicate avec plusieurs princes germains avec lesquels nous +sommes en paix.</p> + +<p>Nous leur avons déclaré que si l'empereur convoquait le +congrès de l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous +obligerait à déclarer, par une contre-note, à plusieurs princes +que cela est sans notre consentement, et que par là S. M. +impériale se trouverait avoir fait une école.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e. jour complémentaire an 5 +(19 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, +du 22 fructidor, relativement à la mission que vous désirez +donner à Sieyes en Italie. Je crois effectivement comme vous, +que sa présence serait aussi nécessaire à Milan, qu'elle aurait +pu l'être en Hollande, et qu'elle l'est à Paris.</p> + +<p>Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues +à perte de vue et très-bavardes, nous sommes très-ignorans +dans la science politique morale. Nous n'avons pas +encore défini ce que l'on entend par pouvoir exécutif, législatif +et judiciaire. Montesquieu nous a donné de fausses définitions, +non pas que cet homme célèbre n'eût été véritablement +à même de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit +lui-même, n'est qu'une espèce d'analyse de ce qui a existé ou +existait: c'est un résumé de notes faites dans ses voyages ou +dans ses lectures.</p> + +<p>Il a fixé les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a +défini, en général, le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.</p> + +<p>Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution +du pouvoir législatif le droit de guerre et de paix, le +droit de fixer la quantité et la nature des impositions?</p> + +<p>La constitution anglaise a confié avec raison, une de ces attributions +à la chambre des communes, et elle a très-bien +fait, parce que la constitution anglaise n'est qu'une charte +de privilèges: <i>c'est un plafond tout en noir, mais bordé +en or.</i></p> + +<p>Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien +que mal, représente la nation, seule elle a dû avoir le droit de +l'imposer; c'est l'unique digue que l'on a pu trouver pour +modifier le despotisme et l'insolence des courtisans.</p> + +<p>Mais dans un gouvernement où toutes les autorités émanent +de la nation, où le souverain est le peuple, pourquoi classer +dans les attributions du pouvoir législatif des choses qui lui +sont étrangères?</p> + +<p>Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous +avons bien définie, c'est la souveraineté du peuple; mais nous +n'avons pas été plus heureux dans la fixation de ce qui est +constitutionnel, que dans l'attribution des différens pouvoirs.</p> + +<p>L'organisation du peuple français n'est donc véritablement +encore qu'ébauchée.</p> + +<p>Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je +lui donne, devrait être considéré comme le vrai représentant +de la nation, lequel devrait gouverner en conséquence de la +charte constitutionnelle et des lois organiques; il se divise, il +me semble, naturellement en deux magistratures bien distinctes:</p> + +<p>Dans une qui surveille et n'agit pas, à laquelle ce que +nous appelons aujourd'hui pouvoir exécutif serait obligé de +soumettre les grandes mesures, si je puis parler ainsi, la législation +de l'exécution: cette grande magistrature serait véritablement +le grand conseil de la nation; il aurait toute la +partie de l'administration ou de l'exécution, qui est, par +notre constitution, confiée au pouvoir législatif.</p> + +<p>Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait +dans deux magistratures, nommées par le peuple, dont une +très-nombreuse, où ne pourraient être admis que des hommes +qui auraient déjà rempli quelques-unes des fonctions qui +donnent aux hommes de la maturité, sur les objets du gouvernement.</p> + +<p>Le pouvoir législatif ferait d'abord toutes les lois organiques, +les changerait, mais pas en deux ou trois jours, +comme l'on fait; car une fois qu'une loi organique serait en +exécution, je ne crois pas qu'on pût la changer avant quatre +ou cinq mois de discussion.</p> + +<p>Ce pouvoir législatif, sans rang dans la république, impassible, +sans yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, +n'aurait pas d'ambition et ne nous inonderait plus de mille +lois de circonstances qui s'annulent toutes seules par leur +absurdité, et qui nous constituent une nation sans lois avec +trois cents in-folio de lois.</p> + +<p>Voilà, je crois, un code complet de politique, que les circonstances dans lesquelles nous nous sommes trouvés rendent +pardonnable. C'est un si grand malheur pour une nation +de trente millions d'habitans, et au dix-huitième siècle, +d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour sauver la +patrie! Les remèdes violens accusent le législateur; car une +constitution qui est donnée aux hommes, doit être calculée +pour des hommes.</p> + +<p>Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette +lettre. Je l'engage à m'écrire que j'ai tort; et croyez que +vous me ferez un sensible plaisir si vous pouvez contribuer +à faire venir en Italie un homme dont j'estime les talens, +et pour qui j'ai une amitié tout à fait particulière. Je le +seconderai de tous mes moyens, et je désire que, réunissant +aux efforts, nous puissions donner à l'Italie une constitution +plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances +locales, et peut-être même aux vrais principes, que +celle que nous lui avons donnée. Pour ne pas faire une nouveauté, +au milieu du tracas de la guerre et des passions, il +a été difficile de faire autrement.</p> + +<p>Je me résume,</p> + +<p>Non-seulement je vous réponds confidentiellement que je +désire que Sieyes vienne en Italie, mais je pense même, et +cela très-officiellement, que si nous ne donnons pas à Gênes +et à la république cisalpine une constitution qui leur convienne, +la France n'en tirera aucun avantage: leurs corps +législatifs, achetés par l'or de l'étranger, seront tout entiers +à la disposition de la maison d'Autriche et de Rome. Il en +sera, en dernière analyse, comme de la Hollande.</p> + +<p>Comme la présente lettre n'est pas un objet de tactique; +ni un plan de campagne, je vous prie de la garder pour vous +et pour Sieyes, et de ne faire usage, si vous le jugez à propos, +que de ce que je viens de vous dire sur l'inconvenance +des constitutions que nous avons données en Italie.</p> + +<p>Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance +entière que j'ai en vous, et une réponse à votre dernière.</p> + +<p>Je vous salue.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 +(19 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous +prie de remettre au directoire, parce qu'elle renferme des +dispositions politiques et militaires. Je vous prie de la lire +avec attention, et d'avoir soin que dans le cas où l'<i>ultimatum</i> +serait que Venise restât à la république cisalpine, l'on prît +toutes les dispositions militaires que j'indique dans ma +lettre.</p> + +<p>Le parti qu'on doit prendre dépend absolument de l'intérieur. +Peut-on y rétablir la tranquillité sans armées? Peut-on +se passer de la plus grande partie des troupes qui y sont dans +ce moment-ci? Alors il peut être avantageux de faire encore +une campagne.</p> + +<p>Ce n'est pas que, peut-être, lorsque l'empereur verra les armées +du Rhin et de Sambre-et-Meuse organisées dans une +seule masse, l'armée du Nord se rappuyant sur les armées du +Rhin, les troupes de l'intérieur marchant pour renforcer les +armées; peut-être alors consentira-t-il lui-même à renoncer +à Venise. Mais, je vous le répète, il ne faut pas y compter.</p> + +<p>Toutes leurs positions sur leurs frontières sont telles que, +s'ils devaient se battre d'un instant à l'autre, leurs troupes +sont campées et prêtes à entrer eu campagne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Passeriano, le 5e. jour complémentaire an 5 (21 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs +avec le général Clarke: pour la règle, il faudrait que +vous m'en envoyassiez de nouveaux.</p> + +<p>Si j'ai accepté dans le temps la réunion de plusieurs fonctions +dans ma personne, j'ai voulu répondre à votre confiance, +et j'ai pensé que les circonstances de la patrie m'en faisaient +un devoir.</p> + +<p>Aujourd'hui je pense que vous devez les séparer, je demande:</p> + +<p>1°. Que vous nommiez des plénipotentiaires pour le congrès +d'Udine, et que je n'y sois plus compris.</p> + +<p>2°. Que vous nommiez une commission de trois membres +choisis parmi les meilleurs publicistes, pour organiser la +république d'Italie. La constitution que nous lui avons donnée +ne lui convient pas; il y faut de grands changemens, +que la religion, les moeurs de ces peuples et leur situation +locale recommandent.</p> + +<p>3°. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armée, elle +a besoin de tous mes soins.</p> + +<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, +une nouvelle preuve du désir ardent que j'ai pour la +gloire nationale.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er. vendémiaire an 6 +(22 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, vos différentes lettres; j'ai examiné +avec attention les observations que vous me faites: je vais +vous tracer la conduite que vous avez à tenir, qui conciliera +à la fois les intentions du ministre de la marine, qui vous +appelle à Toulon, et les intérêts de la république dans les +mers où vous vous trouverez.</p> + +<p>Les bâtimens vénitiens que vous devez conduire en France +sont à Corfou; il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de station dans ce port pour pouvoir lever +des matelots et vous mettre à même de conduire en +France les vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>Je crois donc nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ +l'ordre à l'officier de marine qui commande le sixième vaisseau +vénitien à Corfou, de faire toute la diligence nécessaire +pour lever des marins, afin que, lorsque vous y serez arrivé, +votre séjour soit le moins long possible.</p> + +<p>Vous partirez avec votre escadre, dès l'instant que le temps +vous le permettra, pour vous rendre à Corfou.</p> + +<p>Vous passerez par Raguse; vous ferez connaître à cette +république l'intérêt que prend à elle le directoire exécutif +de la république française, et la volonté qu'il a de la protéger +contre quelque ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier, +et de garantir son indépendance.</p> + +<p>Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle +des bouches du Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens +s'en soient emparés, vous déclarerez à l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper sans violer un des articles préliminaires de paix qui existent entre S. M. I. et la +république française; vous le sommerez dès-lors d'évacuer +sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaçant, s'il s'y +refusait, de vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, +et d'agir hostilement contre les troupes de S. M. I.</p> + +<p>S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer +des bàtimens qui servent au transport de leurs vivres, +ainsi que de quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant +soin de ne pas y toucher et de mener tous les bâtimens autrichiens +en séquestre à Corfou. Vous préviendrez dans ce cas +le commandant autrichien que vous tiendrez en séquestre les-dits +bâtimens jusqu'à ce qu'il ait évacué un territoire qu'il +n'a pas dû occuper.</p> + +<p>Vous pourrez demander à Raguse un rafraîchissement en +vivres pour votre équipage, moyennant cependant quelques +procédés.</p> + +<p>Arrivé à Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux +vénitiens dès l'instant qu'ils seront montés par un assez grand +nombre de matelots albanais.</p> + +<p>En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord +la troisième légion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit +où vous la conduirez; vous vous concerterez à cet effet avec +le général Baraguey d'Hilliers: vous devez également faire +courir le bruit que vous embarquez un bien plus grand +nombre de troupes, et qu'il s'est embarqué à Ancône, sous +l'escorte de vos frégates, plusieurs bataillons de troupes.</p> + +<p>Vous aurez soin également de continuer à laisser entrevoir +que vos opérations vont se combiner avec celles de l'armée +d'Italie.</p> + +<p>Vous vous concerterez à Venise avec l'ordonnateur de la +marine et le citoyen Forfait, pour embarquer à votre bord +les caisses de tableaux et d'objets d'art destinés pour Paris.</p> + +<p>Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de +Goro, ou même dans le port d'Ancône, les frégates <i>la Junon</i> +et <i>la Diane</i>, et les bricks <i>l'Alceste</i> et <i>le Jason</i>, qui seront sous les ordres du chef de division Perrée.</p> + +<p>Vous laisserez à Corfou les frégates <i>l'Arthémise</i> et <i>la Sibylle</i>, +et les bricks <i>le Mondovi</i> et <i>la Cybèle</i>, qui seront également +sous les ordres du chef de division Perrée, et qui devront +se tenir à Corfou prêts à partir immédiatement après +l'ordre qu'ils en recevront, pour concerter leurs opérations +avec celles de <i>la Junon</i> et de <i>la Diane</i>.</p> + +<p>Je fais connaître au directoire exécutif, par un courrier +extraordinaire, le présent ordre, et je lui demande son autorisation pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, +afin de concerter vos opérations avec celles de +l'armée d'Italie. Je vous ferai passer la réponse du gouvernement +par un aviso, qui nécessairement vous trouvera encore +à Corfou.</p> + +<p>Je vous envoie:</p> + +<p>1º. Une lettre pour le général Gentili, par laquelle j'approuve toutes les mesures qu'il a prises pour nourrir votre +escadre à Corfou, où je prescris que le reçu des sommes qu'il +a déboursées sera accepté en paiement dans la caisse du +payeur de Corfou, approuvant également l'emploi des treize +cents sacs de farine que vous avez pris.</p> + +<p>2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armée +d'Italie fournisse à l'escadre, partout où elle pourrait se trouver, les vivres journaliers comme aux troupes de terre, et, +d'après les envois qui ont été faits en subsistances à Corfou, +à Ancône, à Constantinople et à Messine, vous ne devez +avoir aucune inquiétude sur la subsistance de votre escadre +pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages.</p> + +<p>3°. Je vous autorise à prendre dans les magasins de Corfou +tout ce que vous croirez nécessaire à l'approvisionnement +de nos arsenaux et au ravitaillement de notre marine;</p> + +<p>4°. À embarquer à Corfou cent pièces de canon de fonte, +en conséquence cependant d'un procès-verbal dressé chez le +général Gentili par un conseil composé de vous, du général +Gentili, du commandant du génie, du chef de l'état-major, +des commissaires des guerres: ce procès-verbal devra constater: 1°. la +quantité de pièces nécessaires pour la défense de la +citadelle et celle de la rade de Corfou; 2°. la quantité hors +de service; 3°. la quantité existante: et ce ne sera que dans +le cas où ledit conseil ne trouverait aucun inconvénient à +vous délivrer les cent pièces, que le présent ordre sera exécuté.</p> + +<p>5°. Je vous envoie également un ordre pour que le général +Sugny vous remette à Venise les ustensiles pour chauffer à +boulets rouges six pièces de canon, et dont le général Gentili +se servirait à Corfou, si jamais les circonstances l'exigeaient.</p> + +<p>6°. Un ordre pour que le général Gentili mette à votre disposition +quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison +aux vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>7°. Vous garderez et menerez avec vous à Toulon les officiers +vénitiens qui désirent servir dans la marine française, +jusqu'à ce que le ministre vous ait envoyé des ordres.</p> + +<p>8°. Quant aux objets trouvés à bord des vaisseaux vénitiens +et appartenant aux capitaines, vous en ferez des reçus qui +seront valables pour leur liquidation par le gouvernement de +Venise.</p> + +<p>9°. Je vous envoie un ordre pour que le général Gentili +vous remette 50,000 fr. pour la solde des marins vénitiens +destinés à l'armement des vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>10°. L'ordre pour qu'on vous fournisse les blés, riz et vins +pour deux mois, pour deux mille hommes; la nourriture +journalière pour votre escadre vous sera fournie à Corfou.</p> + +<p>11°. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre +pour un mois, dès l'instant que la caisse de l'armée le permettra, +et que la solde de fructidor sera payée à l'armée.</p> + +<p>12°. Quant aux dépenses qu'auraient faites les équipages +à Corfou, vous aurez soin de les liquider, de vérifier toutes +les pièces et de les envoyer au commissaire ordonnateur de +la marine à Venise, qui y pourvoira.</p> + +<p>13°. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que +le citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinée +à vos frais extraordinaires et qui vous sont particuliers.</p> + +<p>14°. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller +mettra à votre disposition entre les mains de votre payeur, +pour les dépenses extraordinaires de votre escadre, pour servir +à compenser aux matelots l'incomplet des fournitures que +vous pourriez ne pas recevoir des magasins de Corfou.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 +(22 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 2 fructidor; +J'avais déjà reçu précédemment quelques exemplaires de +votre lettre imprimée au directoire.</p> + +<p>Puisque vous vous êtes donné la peine de répondre à des +calomnies auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient +prêter l'oreille, vous avez dû le faire, sans doute, +d'une manière aussi convaincante. Les personnes qui connaissent +les services distingués que vous avez rendus à la +liberté par vos victoires, sont indignées de penser que vous +avez pu croire votre justification nécessaire. Cependant vous +avez bien fait de le faire, sans doute, en pensant à ce grand +nombre d'hommes qui ne désirent que le mal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 +(22 Septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. +J'apprends avec plaisir que vous reprenez vos fonctions +importantes et que vous avez déjà gérées avec distinction. Je +vous remercie des choses extrêmement obligeantes contenues +dans votre lettre: je les mérite par la sollicitude que j'ai toujours +eue de faire quelque chose qui pût être avantageux à +notre marine.</p> + +<p>L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reçu son approvisionnement +de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, +600,000 francs pour la solde, ainsi que des câbles, +des cordages et autres objets qui lui étaient nécessaires. Il +me paraît que l'amiral Brueys et son équipage sont très-satisfaits. +Il part, demain ou après, pour se rendre à Corfou, +où il prendra six vaisseaux vénitiens qu'il vous amènera. Le +citoyen Roubaud, votre préposé à Venise, vous aura sans +doute donné sur tout cela des détails plus circonstanciés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne +au contre-amiral Brueys; vous verrez que par là il se trouvera +à même d'exécuter vos ordres, quels qu'ils soient.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre +français; 2º. six frégates, <i>id</i>.; 3º. six corvettes, <i>id</i>. parfaitement +équipées: j'ai fait habiller à neuf les équipages et les +garnisons; je lui ai fait payer plusieurs mois de solde, et les +arsenaux de Corfou et de Venise ont fourni toutes les pièces +de rechange et les câbles dont il peut avoir besoin.</p> + +<p>Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys +sera bien près de Corfou, où j'ai fait établir des batteries à +boulets rouges pour défendre la rade, et où il est parfaitement +en sûreté.</p> + +<p>Il y a à Corfou six bâtimens de guerre vénitiens et six +frégates qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont +déjà montés par des officiers mariniers et des garnisons françaises.</p> + +<p>À Corfou, Zante, Céphalonie, il trouvera les 2,000 matelots +qui lui sont nécessaires, tant pour l'équipement desdits +vaisseaux, que pour le complément des siens.</p> + +<p>Les frégates <i>la Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, ainsi que les trois +autres bâtimens de guerre qui sont en armement à Venise, +pourront également augmenter son escadre d'ici à deux mois.</p> + +<p>Je pense donc que, si vous m'autorisez à garder l'escadre +de l'amiral Brueys à Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au +1er frimaire, 1º. de six vaisseaux de guerre français parfaitement +bien en équipages, approvisionnés pour quatre mois +et abondamment pourvus de tous les objets nécessaires, +même de cordages; 2º. six frégates françaises; 3º. six bricks +français; 4º. huit vaisseaux de guerre vénitiens; 5º. huit +frégates, <i>id</i>.; 6º. huit bricks, <i>id</i>.: tous approvisionnés pour +quatre mois.</p> + +<p>Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans +l'Océan, il partira de Corfou en meilleur état qu'il ne partirait +de Toulon; il partira de Corfou plus vite que de Toulon, +car ses équipages seront toujours complets et exercés, ce +qui ne sera jamais à Toulon.</p> + +<p>Vous pourrez même, à mesure qu'un vaisseau de guerre +sera armé à Toulon, faire ramasser les équipages et les faire +partir pour Corfou.</p> + +<p>Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vénitiens? Ils seront +tout prêts à seconder notre escadre.</p> + +<p>Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vénitiens +soient sur-le-champ armés en flûte et envoyés à Toulon? Le +contre-amiral Brueys les fera filer en les escortant jusqu'à ce +qu'il n'y ait plus rien à craindre.</p> + +<p>Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, +devienne manoeuvrière et se prépare à faire de grandes choses, +tenez-la loin de Toulon: sans quoi, les équipages ne se formeront +jamais et vous n'aurez jamais de marine.</p> + +<p>Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller +partout où vous voudrez, et vous devez la laisser à Toulon: +elle sera beaucoup plus utile dans l'Adriatique, parce que, +1º. ne se trouvant qu'à vingt lieues de la côte de Naples, +elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me servira à boucher +entièrement tout l'Adriatique à nos ennemis; 3º. enfin, elle +prendra les îles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la +Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, +très-utile à l'armée.</p> + +<p>Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera +plus de dix millions, et fera une bonne diversion à l'avantage +de l'armée d'Italie. Quand vous voudrez la faire aller dans +un point quelconque, elle sera, à Corfou, à portée d'exécuter +vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y rendre.</p> + +<p>Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant +ces mers et en s'en retournant en France, pourra prendre +quelques troupes, et, en passant, mettre 2,000 hommes de +garnison à Malte: île qui, tôt ou tard, sera aux Anglais si +nous avons la sottise de ne pas les prévenir.</p> + +<p>Quant à la sûreté, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient +dans l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre +notre escadre, qui est aussi sûre dans le golfe de Corfou qu'à +Toulon.</p> + +<p>Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine +de faire armer tous les vaisseaux qu'il a à Toulon, et de les +envoyer, un à un, à Corfou; 2º. un ordre au ministre de la +marine de faire partir une trentaine d'officiers et encore +soixante ou quatre-vingts officiers mariniers, pour être distribués +sur les vaisseaux vénitiens; 3º. que vous m'autorisiez +à garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'à nouvel ordre; +4º. que vous preniez un arrêté qui m'autorise à cultiver +les intelligences que j'ai déjà à Malte, et, au moment où je +le jugerai propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison.</p> + +<p>Répondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible +à ces différens articles, afin que je sache à quoi m'en +tenir; mais je vous préviens que, dans tous les cas, l'escadre +ne peut partir de Corfou avec les vaisseaux vénitiens, même +armés en flûte, que vers la fin de brumaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Perrée, chef de division de l'armée navale.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres dans lesquelles +vous me témoignez le désir de reprendre vos fonctions à la +mer: la place de commandant des armes que vous occupez, +n'offre pas un assez grand aliment à votre activité. En rendant +justice à votre zèle, je consens à ce que vous repreniez +le commandement de la frégate <i>la Diane</i>, que vous n'avez +quitté que momentanément, et j'envoie l'ordre au citoyen +Roubaud de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez +sous les ordres du contre-amiral Brueys jusqu'à son +départ pour France, et vous commanderez ensuite la division +qui restera dans l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Roubaud.</i></p> + +<p>Le citoyen Perrée devant commander une flotte, vous +remplirez les fonctions de commandant des armes, et vous +aurez une autorité entière pour l'armement des trois vaisseaux +et des deux frégates.</p> + +<p>Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez +nécessaire au bien du service.</p> + +<p>Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick <i>le +James</i>; vous ferez armer les deux frégates <i>la Muiron</i> et <i>la +Carrère</i>, afin qu'elles puissent se joindre le plus tôt possible +à Corfou, et augmenter l'escadre du contre-amiral Brueys.</p> + +<p>Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr. +à votre disposition pour commencer la levée des matelots +pour l'armement de ces deux frégates.</p> + +<p>Vous ferez fabriquer un câble pour chacun des vaisseaux +français de l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres +de rechange qui sont les plus nécessaires. Ces objets +seront pris à compte des trois millions que doit nous payer +la république de Venise.</p> + +<p>La division Bourdé se trouvant à l'escadre de l'amiral +Brueys, les hardes qui lui sont destinées seront envoyées au +contre-amiral Brueys, pour qu'il puisse les lui remettre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note.</i></p> + +<p>Le plénipotentiaire de la république française soussigné a +l'honneur de faire connaître à leurs excellences MM. les plénipotentiaires +de S.M. l'empereur et roi la douleur qu'il a +éprouvée en apprenant que les troupes de S. M. l'empereur +venaient de prendre possession de la province d'Albanie, +vulgairement appelée Bouches du Cattaro.</p> + +<p>Par l'article 1er des préliminaires secrets, S.M. l'empereur +devait entrer, à la paix définitive, en possession de la Dalmatie +et de l'Istrie vénitiennes. Lors donc que les troupes de +S.M. ont occupé lesdites provinces, cela a été une violation +des formes, mais non du fond des préliminaires.</p> + +<p>Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, +de l'Albanie vénitienne, dite Bouches du Cattaro, est une +violation réelle et est contraire au texte comme à la nature +des préliminaires. Le plénipotentiaire français soussigné ne +peut donc regarder, dans les circonstances présentes, l'occupation +par elles des Bouches du Cattaro que comme un acte +d'hostilité.</p> + +<p>La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs +excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur +et roi, ne lui permet pas de douter qu'ils ne prennent +des mesures expéditives, dont l'effet soit d'ordonner aux +troupes de S.M. l'empereur l'évacuation des Bouches du +Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire à la bonne +foi et aux traités. Le plénipotentiaire français assure leurs +excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur +et roi de sa haute considération.</p> + +<p class="droite">Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Le général en chef,<br> plénipotentiaire de la +république française</i>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen François de Neufchâteau, membre du directoire +exécutif.</i></p> + +<p>Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaître personnellement, +je vous prie de recevoir mon compliment sur la +place éminente à laquelle vous venez d'être nommé; je me +souviens avec reconnaissance de ce que vous avez écrit dans +le temps contre les apologistes des inquisiteurs de Venise.</p> + +<p>Le sort de l'Europe est désormais dans l'union, la sagesse +et la force du gouvernement.</p> + +<p>Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par +un bon gouvernement.</p> + +<p>Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porté la gloire +du nom français plus loin qu'elle ne l'avait jamais été: c'est +à vous, premiers magistrats de la république, d'étouffer +toutes les factions, et à être aussi respectés au dedans que +vous l'êtes au dehors. Un arrêté du directoire exécutif écroule +les trônes; faites que des écrivains stipendiés, ou d'ambitieux +fanatiques, déguisés sous toute espèce de masque, ne nous +replongent pas dans le torrent révolutionnaire.</p> + +<p>Croyez que, quant à moi, mon attachement pour la patrie +égale le désir que j'ai de mériter votre estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Merlin, membre du directoire.</i></p> + +<p>J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, +la nouvelle de votre nomination à la place que vous occupez.</p> + +<p>On ne pouvait pas choisir un homme qui eût rendu constamment +plus de services à la liberté: en mon particulier, je +m'en félicite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 4 vendémiaire an 6 +(25 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie: +il a répandu dans l'armée qu'il était parti de Paris le 25, qu'on +y était inquiet de la manière dont j'aurais pris les événemens +du 18; il était porteur d'une espèce de circulaire du général +Augereau à tous les généraux de division de l'armée.</p> + +<p>Il avait une lettre du ministre de la guerre à l'ordonnateur +en chef, qui l'autorisait à prendre tout l'argent dont il aurait +besoin pour sa route: je vous en envoie la copie.</p> + +<p>Il est constant, d'après tous ces faits, que le gouvernement +en agit envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de +m'accorder ma démission. Aucune puissance sur la terre ne +sera capable de me faire continuer de servir après cette marque horrible de l'ingratitude du gouvernement, à laquelle +j'étais bien loin de m'attendre.</p> + +<p>Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement +du repos et de la tranquillité.</p> + +<p>La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper +dans la masse des citoyens. Depuis trop long-temps un grand +pouvoir est confié dans mes mains, je m'en suis servi dans +toutes les circonstances pour le bien de la patrie: tant pis +pour ceux qui ne croient point à la vertu, et qui pourraient +avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma conscience +et dans l'opinion de la postérité.</p> + +<p>Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et à l'abri +des dangers qui l'ont menacée, quitter sans inconvénient le +poste où je suis placé.</p> + +<p>Croyez que s'il y avait un moment de péril, je serais au +premier rang pour défendre la liberté et la constitution de +l'an 3.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 +(26 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 +fructidor.</p> + +<p>Je ne puis tirer aucune ressource de Gênes, pas plus de la +république cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se +maintenir maîtres chez eux. Ces peuples-là ne sont point guerriers, +et il faut quelques années d'un bon gouvernement pour +changer leurs inclinations.</p> + +<p>L'armée du Rhin se trouve très-loin de Vienne, pendant +que j'en suis très-près. Toutes les forces de la maison d'Autriche +sont contre moi, on a très-tort de ne pas m'envoyer +dix ou douze mille hommes. Ce n'est que par ici que l'on peut +faire trembler la maison d'Autriche.</p> + +<p>Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, +il faut au moins que les armées du Rhin commencent leurs +opérations quinze jours avant nous, afin que nous puissions +nous trouver à peu près dans le même temps dans le coeur de +l'Allemagne. Dès l'instant que j'aurai battu l'ennemi, il est +indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me conduit +dans le coeur de la Carinthie, où l'ennemi n'aura pas +manqué, comme il s'y prépare déjà, de réunir toutes les divisions +qu'il a en échelons sur l'armée du Rhin, qu'il peut éviter +pendant plus de vingt jours; et je me trouverais avoir encore +en tête toute les forces qui, dans l'ordre de bataille naturel, +devraient être opposées à l'armée du Rhin. Il ne faut pas être +capitaine pour comprendre tout cela: un seul coup d'oeil sur +une carte, avec un compas, convaincra, à l'évidence, de ce +que je vous dis là. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que +faire.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traité d'alliance +qu'on a fait avec lui, se trouve à l'instant même notre ennemi, +puisque, dès cet instant, il comprend que nous avons médité +sa perte.</p> + +<p>Pendant mon absence, il se chicanera nécessairement avec +la république cisalpine, qui n'est pas dans le cas de résister +à un seul de ses régimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve +alors obligé de calculer, en regardant comme suspectes les +intentions du roi de Sardaigne: dès-lors il faut que je mette +deux mille hommes à Coni, deux mille à Tortone, autant à +Alexandrie.</p> + +<p>Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, +on m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on +m'oblige à mettre dans la garnison des places que j'ai chez +lui, et de cinq à six mille hommes qu'il faut que je laisse +pour protéger le Milanais, et, à tout événement, la citadelle +de Milan, le château de Pavie et la place de Pizzigithone.</p> + +<p>Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traité avec +le roi de Sardaigne:</p> + +<p>1º. Dix mille hommes de très-bonnes troupes qu'il nous +fournit;</p> + +<p>2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est obligé de +laisser sur nos derrières, et, outre cela, de très-grandes inquiétudes +en cas de défaite et d'événemens malheureux.</p> + +<p>Quel inconvénient y a-t-il à laisser subsister une chose +déjà faite?</p> + +<p>Est-ce le scrupule d'être allié d'un roi? Nous le sommes +bien du roi d'Espagne et peut-être du roi de Prusse!</p> + +<p>Est-ce le désir de révolutionner le Piémont et de l'incorporer +à la Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, +sans manquer au traité, sans même manquer à la bienséance, +c'est de mêler à nos troupes et d'allier à nos succès un corps de +dix mille Piémontais, qui, nécessairement, sont l'élite de la +nation: six mois après, le roi de Piémont se trouve détrôné.</p> + +<p>C'est un géant qui embrasse un pygmée, le serre dans +ses bras et l'étouffe sans qu'il puisse être accusé de crime. +C'est le résultat de la difficulté extrême de leur organisation. +Si l'on ne comprend pas cela, je ne sais qu'y faire non plus; +et si à la politique sage et vraie qui convient à une grande +nation, qui a de grandes destinées à remplir, des ennemis +très-puissans devant elle, on substitue la démagogie d'un +club, l'on ne fera rien de bon.</p> + +<p>Que l'on ne s'exagère pas l'influence des prétendus patriotes +cisalpins et génois, et que l'on se convainque bien +que, si nous retirions d'un coup de sifflet notre influence +morale et militaire, tous ces prétendus patriotes seraient +égorgés par le peuple. Il s'éclaire tous les jours et s'éclairera +bien davantage; mais il faut le temps et un long temps.</p> + +<p>Je ne conçois pas, lorsque, par une bonne politique, on +s'était conduit de manière que ce temps est toujours en notre +faveur, qu'en tirant tout le parti possible du moment présent, +nous ne faisons qu'accélérer la marche du temps en assurant +et épurant l'esprit public, je ne conçois pas comment l'on +peut hésiter.</p> + +<p>Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrière +soi, d'un peuple foncièrement ennemi des Français par préjugés, +par l'habitude des siècles et par caractère, que l'on +doit rien négliger.</p> + +<p>Il me paraît que l'on voit très-mal l'Italie, et qu'on la connaît +très-mal. Quant à moi, j'ai toujours mis tous mes soins à +faire aller les choses selon l'intérêt de la république: si l'on +ne me croit pas, je ne sais que faire.</p> + +<p>Tous les grands événemens ne tiennent jamais qu'à un +cheveu. L'homme habile profite de tout, ne néglige rien de +ce qui peut lui donner quelques chances de plus. L'homme +moins habile, quelquefois en en méprisant une seule, fait +tout manquer.</p> + +<p>J'attends le général Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont +je suis capable des événemens qui viennent d'arriver en +France, des dispositions formidables où se trouve notre armée, +et je vous ferai connaître la véritable position des +choses, afin que le gouvernement puisse décider et prendre +le parti qu'il jugera à propos.</p> + +<p>Il ne faut pas que l'on méprise l'Autrichien comme on paraît +le faire; ils ont recruté leurs armées et les ont organisées +mieux que jamais.</p> + +<p>Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation à la +république cisalpine, du Brescian et du Mantouan.</p> + +<p>Je vais aussi m'occuper à organiser la république de Venise. +Je ferai tout arranger de manière que la république, en +apparence, ne se mêle de rien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 +(26 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du général +Clarke, que vous-même m'en eussiez écrit. Je ne cherche +pas s'il est vrai que ce général ait été envoyé dans l'origine +pour me servir d'espion: si cela était, moi seul aurais le droit +de m'en offenser, et je déclare que je lui pardonne.</p> + +<p>Je l'ai vu, dans sa conduite passée, gémir le premier sur la +malheureuse réaction qui menaçait d'engloutir la liberté avec +la France. Sa conduite dans la négociation a été bonne et +loyale: il n'y a pas déployé de grands talens, mais il y a mis +beaucoup de volonté, de zèle et même une sorte de caractère. +On l'ôte de la négociation, peut-être fait-on bien; mais, sous +peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas +le perdre. Il a été porté principalement par Carnot. Auprès +d'un homme raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis près +d'un an à trois cents lieues de lui, cela ne peut pas être une +raison de proscription. Je vous demande donc avec instance +pour lui une place diplomatique du second ordre, et je garantis +que le gouvernement n'aura jamais à s'en repentir. Il est +chargé d'une très-grande mission; il connaît tous les secrets +comme toutes les relations de la république, il ne convient +pas à notre dignité qu'il tombe dans la misère et se trouve +proscrit et disgracié.</p> + +<p>J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir écrit ce qu'il pensait +des généraux de l'armée d'Italie. Si cela est vrai, je n'y +vois aucun crime: depuis quand un agent du gouvernement +serait-il accusé d'avoir fait connaître à son gouvernement ce +qu'il pensait des généraux auprès desquels il se trouvait?</p> + +<p>On dit qu'il a écrit beaucoup de mal de moi. Si cela est +vrai, il l'a également écrit au gouvernement: dès-lors il avait +droit de le faire; cela pouvait même être nécessaire, et je ne +pense pas que ce puisse être un sujet de proscription.</p> + +<p>La morale publique est fondée sur la justice, qui, bien loin +d'exclure l'énergie, n'en est au contraire que le résultat.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le général +Clarke auprès du gouvernement: on pourrait lui donner une +place de ministre auprès de quelque cour secondaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 7 vendémiaire an 6 +(28 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrivé de +Vienne avec le général Meerweldt; il m'a remis la lettre dont +je vous envoie copie, et à laquelle je ne répondrai que dans +trois ou quatre jours, lorsque je verrai la tournure que prendra +la négociation.</p> + +<p>Pour ma première visite, j'ai eu une prise très-vive avec +M. de Cobentzel, qui, à ce qu'il m'a paru, n'est pas très-accoutumé +à discuter, mais bien à vouloir toujours avoir +raison.</p> + +<p>Nous sommés entrés en congrès.</p> + +<p>Je vous ferai passer: +1º. Copie des pleins pouvoirs donnés à M. le comte de Cobentzel;</p> + +<p>2º. Copie du protocole d'hier;</p> + +<p>3º. Copie de la réponse que je vais faire insérer au protocole +d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure.</p> + +<p>Il est indispensable que le directoire exécutif donne les +ordres qu'on se tienne prêt sur le Rhin: ces gens-ci ont de +grandes prétentions. Au reste, il paraît, par la lettre de +l'empereur, par la contexture des pleins-pouvoirs de M. de +Cobentzel, même par son arrivée, que l'empereur accéderait +au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de +nous donner Mayence et les limites constitutionnelles.</p> + +<p>Je dis il paraît, parce qu'en réalité notre conversation avec +M. le comte de Cobentzel n'a été, de son côté, qu'une extravagance.</p> + +<p>C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. +Je vous fais grâce de ma réponse là-dessus comme de notre +discussion, qui vous ferait connaître ce que ces gens-ci appellent +diplomatie.</p> + +<p><i>À minuit.</i></p> + +<p>Le courrier devait partir à midi, il n'est pas parti. Ces +messieurs sortent à l'instant même d'ici. Nous avons été à +peu près quatre ou cinq heures en conférences réglées. M. de +Cobentzel et nous avons beaucoup argumenté, beaucoup rabâché +les mêmes choses.</p> + +<p>Il n'a été question dans le protocole que des deux notes +annoncées dans ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs +répondront demain.</p> + +<p>Après le dîner, moment où les Allemands parlent volontiers, +j'ai causé quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; +il a laissé entrevoir, au milieu d'un très-grand bavardage, +qu'il désire fort que S.M. l'empereur réunisse son +système politique au nôtre, afin de nous opposer aux projets +ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne +adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour +nous les limites à peu près comme elles sont portées dans +notre note et spécialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait +dit qu'il lui paraissait tout simple que nous donnions à S.M. +l'empereur les Légations.</p> + +<p>Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement français +venait de reconnaître le ministre de la république de Venise, +et que dès-lors je me trouvais dans l'impossibilité de pouvoir, +sous aucun prétexte et dans aucune circonstance, consentir +à ce que S.M. devînt maîtresse de Venise, je me suis +aperçu d'un mouvement de surprise qui décèle assez la frayeur, +à laquelle a succédé un assez long silence, interrompu à peu +près par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment +voulez-vous qu'on puisse négocier? Je me tiendrai dans +cette ligne jusqu'à la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise +jusqu'à ce que j'aie reçu de nouvelles lettres du gouvernement.</p> + +<p>Demain, à midi, nous nous verrons de nouveau, et je +vous expédierai demain au soir un autre courrier. Je n'entre +pas dans d'autres détails sur les propositions réciproques que +nous nous faisons; mais il y a la négociation officielle, qui +est, comme vous l'avez vu par le protocole, une suite d'extravagances +de leur part, et la confidentielle qui, quoiqu'elle +n'ait pas été mise clairement en discussion avec M. de Cobentzel, +est basée cependant sur le projet que M. de Meerweldt +apporté de Vienne. Vous vous apercevrez, par la +note que je vais leur présenter aujourd'hui, que je veux les +conduire à dire dans le protocole qu'on ne peut pas exécuter +les préliminaires, et regarder, si le gouvernement le juge à +propos, ces préliminaires comme nuls. J'ai pensé qu'il n'y +avait pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur +faire dire d'eux-mêmes que les préliminaires sont impossibles: +ce qui nous est très-facile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Canelaux, ministre de la république à Naples.</i></p> + +<p>J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens +sur les frontières de Naples, en même temps qu'un général +autrichien vient commander à Rome. Je ne saurais penser +que, si cela était, vous ne soyez pas instruit des mouvemens +et des desseins que pourrait avoir la cour de Naples, et vous +me les auriez fait connaître par un courrier extraordinaire. +L'intention du directoire exécutif de la république française +n'est point que la cour de Naples empiète sur le territoire romain. +Soit que le pape continue à vivre, soit qu'il meure au +qu'il soit remplacé par un autre pape ou par une république, +vous devez déclarer, lorsque vous serez assuré que la cour +de Naples a intention de faire des mouvemens, que le directoire +exécutif de la république française ne restera pas tranquille +spectateur de la conduite hostile du roi de Naples, et +que, quelque événement qu'il arrive, la république française +s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire +obtenir ce qu'elle désire, mais non pour autoriser le roi de +Naples à agir hostilement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ambassadeur de la république française à Rome.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendémiaire. +Vous signifierez sur-le-champ à la cour de Rome, que +si le général Provera n'est pas renvoyé de suite de Rome, la +république française regardera cela de la part de Sa Sainteté +comme un commencement d'hostilités. Faites sentir combien +il est indécent, lorsque le sort de Rome a dépendu de nous, +qu'elle n'a dû son existence qu'à notre générosité, de voir +le pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des +couleurs qui ne peuvent être agréables à la république française. Dites même dans vos conversations avec le secrétaire +d'état, et, s'il le faut, même dans votre note: La république +française a été généreuse à Tolentino, elle ne le sera plus si +les circonstances recommencent.</p> + +<p>Je fais renforcer la garnison d'Ancône d'un bataillon de +Polonais. L'escadre de l'amiral Brueys me répond de la conduite +de la cour de Naples.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude, ou, si elle +agit, je détruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral +Brueys, et, lorsque les circonstances le permettront, je ferai +marcher une colonne pour leur répondre. Je verrai dans une +heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec vous en termes +si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la volonté +de faire marcher des troupes sur Rome.</p> + +<p>Enfin, s'il n'y a encore aucun changement à Rome, ne +souffrez pas qu'un général aussi connu que M. Provera +prenne le commandement des troupes de Rome. L'intention +du directoire exécutif n'est pas de laisser renouer les petites +intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien les +Italiens, j'attache la plus grande importance à ce que les +troupes romaines ne soient pas commandées par un général +autrichien.</p> + +<p>Dans la circonstance, vous devez dire au secrétaire d'état: +«La république française, continuant ses sentimens de bienveillance +au pape, était peut-être sur le point de lui restituer +Ancône: vous gâtez toutes vos affaires, vous en serez +responsable. Les provinces de Macerata et le duché d'Urbin +se révolteront, vous demanderez le secours des Français, ils +ne vous répondront pas.»</p> + +<p>Effectivement, plutôt que de donner le temps à la cour +de Rome d'ourdir de nouvelles trames, je la préviendrai.</p> + +<p>Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point +général des troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre +heures, il soit hors de Rome. Développez un grand caractère; +ce n'est qu'avec la plus grande fermeté, la plus grande +expression dans vos paroles, que vous vous ferez respecter +de ces gens-là: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils +sont fiers lorsqu'on a trop de ménagemens pour eux.</p> + +<p>Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a été +deux fois mon prisonnier de guerre dans cette campagne, il +ne tardera pas à l'être une troisième fois: s'il vient vous voir, +refusez de le recevoir. Je connais bien la cour de Rome, et +cela seul, si c'est bien joué, perd cette cour.</p> + +<p>L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de +continuer jusqu'à Naples pour voir le citoyen Canclaux; il +s'assurera par lui-même des mouvemens des troupes napolitaines, +auxquels je ne peux pas croire, quoique je m'aperçoive +qu'il y a depuis quelque temps une espèce de coalition +entre les cours de Naples, de Rome, et même celle de Florence; +mais c'est la ligue des rats contre les chats.</p> + +<p>Si vous le jugez à propos, mon aide-de-camp présentera +une lettre, que vous trouverez ci-jointe, au secrétaire d'état, +et lui dira, d'un ton qui convient aux vainqueurs de l'Italie, +que si, sous vingt-quatre heures, M. Provera n'est point +hors de Rome, ils nous obligeront à une visite.</p> + +<p>Si le pape était mort, vous devez faire tout ce qu'il vous +est possible pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y +ait une révolution. Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: +s'il en faisait lorsque la révolution serait faite, vous +déclareriez au roi de Naples, à l'instant où il franchirait les +limites, que le peuple romain est sous la protection de la république française; ensuite, en vous rendant de votre personne +auprès du général napolitain, vous lui diriez que la +république française ne voit point d'inconvénient à entamer +une négociation avec la cour de Naples sur les différentes +demandes qu'elle a faites, et spécialement sur celle qu'a faite +à Paris M. Balbo, et auprès de moi M. de Gallo, mais qu'il +ne faut pas qu'elle prenne les armes, la république regardant +cela comme une hostilité.</p> + +<p>Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de +fierté extérieure pour que le roi de Naples n'entre pas dans +Rome, et beaucoup de souplesse pour lui faire comprendre +que c'est son intérêt; et si le roi de Naples, malgré tout ce +que vous pourriez faire, ce que je ne saurais penser, entrait +dans Rome, vous devez continuer à y rester, et affecter de +ne reconnaître en aucune manière l'autorité qu'y exercerait +le roi de Naples, de protéger le peuple de Rome, et faire +publiquement les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel +qu'il convient a un représentant de la première nation du +monde.</p> + +<p>Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite +dans ce cas les mesures qui seraient nécessaires pour vous +mettre à même de soutenir la déclaration, que vous auriez +faite de vous opposer à l'invasion du roi de Naples.</p> + +<p>Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à +Rome, de sorte qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape +d'étre nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani soit +nommé; vous devez employer non-seulement l'exclusion, +mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en déclarant +qu'à l'instant même je marcherai sur Rome, ne nous +opposant pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que +celui qui a assassiné Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne +lui donne aussi l'exclusion, je ne vois pas de possibilité +à ce qu'il réussisse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le pape est très-malade et peut-être mort à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens.</p> + +<p>Je vous enverrai copie des lettres que j'ai écrites à nos +ministres à Rome et à Naples.</p> + +<p>Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une +espèce de coalition entre le pape, le roi de Naples, et même +la Toscane. Le pape n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le +commandement de ses troupes au général autrichien Provera!</p> + +<p>Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que +vous ratifiez le traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le +général Berthier, que j'ai envoyé à Novare pour passer la +revue des troupes piémontaises, m'écrit que ce corps est dans +une situation superbe. Je vous ferai passer copie de la lettre +que m'écrit M. Priocca.</p> + +<p>Vous m'aviez écrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le +roi de Naples se rendît à Rome, de l'y laisser aller: quant à +moi, je crois que ce serait une grande sottise. Quand il sera +à Rome, il fera emprisonner une soixantaine de personnes, +il fera prêcher les prêtres, se prosternera devant un pape +dont il aura en vérité la puissance, et nous aurons tout perdu. +Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la république +a Rome et à Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je +vous prie de me faire connaître positivement vos instructions +sur ce point.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Messieurs les plénipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; +nos différentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: +c'est toujours la même exagération de prétentions.</p> + +<p>Je les renverrai demain, et vous ferai connaître le projet +qu'ils doivent me remettre avec ma réponse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; +j'ai fait passer à l'amiral Brueys celle qui était pour lui. J'ai +écrit, il y a quelques jours, au directoire exécutif pour lui +demander une autorisation pour garder la flotte dans ces +mers, d'où vous pourrez lui donner la destination qu'il vous +plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral Brueys vous a écrit par +le même courrier. L'escadre se trouve bien approvisionnée et +ses équipages fort contens. J'espère que, si nous rompons, +elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens +pour les choses honnêtes renfermées dans votre lettre, +et croyez que mon plus grand plaisir sera de mériter votre +estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À S.A.R. le duc de Parme.</i></p> + +<p>La caisse de l'armée d'Italie aurait besoin du crédit de +votre A.R., afin de ne pas retarder le prêt du soldat, et +pour subvenir aux dépenses les plus indispensables à l'armée. +Comme je connais les sentimens de bienveillance que +votre A.R. a pour l'armée française, je la prie d'ordonner à +son ministre de seconder l'opération que lui proposera le citoyen Haller, administrateur des finances de l'armée, pour +assurer les comptes.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la police générale.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. +Je vous remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite +à messieurs les royalistes de ne pouvoir faire plus de mal à +la république que celui qu'ils feraient en tuant un de ses +citoyens; d'ailleurs il est plus facile d'en faire le projet que +de l'exécuter.</p> + +<p>Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire +mon compliment sur votre nomination au ministère, que vous +avez déjà signalée par un rehaussement de l'esprit public.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considération +que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Vous verrez, par la lettre que j'écris au directoire exécutif, +les nouvelles de Rome: la santé du pape chancelle de nouveau. +J'ai eu une conversation avec M. de Gallo, et je lui ai +fait connaître que le directoire exécutif de la république française +ne souffrirait jamais que le roi de Naples se mêlât des +affaires de Rome sans sa participation. Nous avons eu hier +une conférence: je vous envoie la copie du protocole, et vous +vous convaincrez que les choses continuent à prendre mauvaise tournure.</p> + +<p>J'ai eu, après le dîner, une conférence avec M. le comte +de Cobentzel; il m'a dit que l'empereur pourrait nous céder +le Rhin, si nous lui faisions de grands avantages en Italie: +ce qu'il articulait est extravagant. Il me remettra demain un +projet confidentiel; je vous l'enverrai, et j'y ferai une réponse +qui sera en moins ce que lui aura fait en plus.</p> + +<p>Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'établir la +manière dont l'un ou l'autre gouvernement se signifierait la +rupture, afin que les deux armées ne pussent pas être surprises, +et que les deux nations continuent a être liées par le +droit des gens.</p> + +<p>Comme les grandes opérations dépendent ici de ce que fera +l'armée du Rhin, et de l'époque où l'on entrera en campagne, +je ne précipiterai rien ici; mais je mettrai le gouvernement à +même de prendre le parti qu'il voudra, et de pouvoir mettre +en mouvement en même temps les armées du Rhin et d'Italie.</p> + +<p>La position de l'armée française d'Italie est superbe. Le +Brescian et le Mantouan seront bientôt réunis à la république +cisalpine. Je m'occupe à réunir les différentes parties de l'état +de Venise dans un seul et même état, afin d'organiser robustement +les derrières de l'armée, qui seront tranquilles pendant +ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera +à donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armée pendant +ses grandes opérations.</p> + +<p>Toutes les places fortes sont approvisionnées pour un an. +Palma et Osoppo, qui doivent être les pivots des armées, +contiennent des dépôts pour nourrir l'armée pendant un long +temps.</p> + +<p>L'artillerie se trouve également dans une position satisfaisante.</p> + +<p>De grandes choses pourront être faites avec cette armée.</p> + +<p>Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends +dans ce moment-ci, c'est le dernier service que je puisse +rendre à la patrie.</p> + +<p>Ma santé est entièrement délabrée; et la santé est indispensable +et ne peut être substituée par rien, à la guerre. +Le gouvernement aura sans doute, en conséquence de la +demande que je lui ai faite il y a huit jours, nommé une +commission de publicistes pour organiser l'Italie libre;</p> + +<p>De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations +ou les renouer, si la guerre avait lieu, au moment +où les événemens de la guerre seraient les plus propices;</p> + +<p>Et, enfin, un général qui ait sa confiance pour commander +l'armée: car je ne connais personne qui puisse me remplacer +dans l'ensemble de ces trois missions, toutes trois également intéressantes.</p> + +<p>Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, +soit sur les hommes, sur les moeurs, caractères, positions et +les projets qui leur seront utiles, s'ils veulent en profiter.</p> + +<p>Quant à moi, je me trouve sérieusement affecté de me +voir obligé de m'arrêter dans un moment où, peut-être, il +n'y a plus que des fruits à cueillir; mais la loi de la nécessité +maîtrise l'inclination, la volonté et la raison.</p> + +<p>Je puis à peine monter à cheval: j'ai besoin de deux ans +de repos.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 vendémiaire an 6 +(8 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au président du gouvernement provisoire de Gênes.</i></p> + +<p>J'apprends avec peine que vous êtes divisés entre vous, +et que par là vous donnez un champ libre à la malveillance +et aux ennemis de votre liberté. Etouffez toutes vos haines, +réunissez tous vos efforts, si vous voulez éviter de grands +malheurs à votre patrie et à vos familles. Les rois voient +avec plaisir et fomentent peut-être une dissension dans votre +gouvernement, qui ruine votre commerce, dégoûte la masse +de la nation de l'égalité, et établit les privilèges et les préjugés.</p> + +<p>Les hostilités peuvent recommencer d'un moment à l'autre, +vous devez vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir +à la cause commune: comment croyez-vous le faire lorsque +vous avez même besoin des Français pour vous garder?</p> + +<p>Si vous en croyez un homme qui prend un vif intérêt à +votre bonheur, remettez en termes plus clairs dans votre +constitution ce qui a pu alarmer les ministres de la religion: +je dirai même plus, la superstition aux prises avec la liberté; +la première l'emportera dans l'esprit du peuple.</p> + +<p>Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui +pourraient alarmer la masse des citoyens.</p> + +<p>Vous ne devez pas vous gouverner par des excès, comme +vous ne devez vous laisser périr par faiblesse. Éclairez le +peuple, concertez-vous avec l'archevêque pour leur donner +de bons curés; acquérez des titres à l'amour de vos concitoyens +et à l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et croyez +qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intérêt +à tout ce qui vous concerne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 16 vendémiaire an 6 +(7 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel +que m'a remis M. le comte de Cobentzel; je lui ai témoigné +toute l'indignation que vous sentirez en le lisant. Je lui répondrai +par la note ci-jointe. Sous trois ou quatre jours, tout +sera terminé, la paix ou la guerre, Je vous avoue que je ferai +tout pour la paix, vu la saison très-avancée et le peu d'espérance +de faire de grandes choses.</p> + +<p>Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne méritent pas +que l'on fasse tuer 40,000 Français pour eux.</p> + +<p>Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une +fausse hypothèse: vous vous imaginez que la liberté fait +faire de grandes choses à un peuple mou, superstitieux, pantalon +et lâche.</p> + +<p>Ce que vous désireriez que je fisse sont des miracles: je +n'en sais pas faire.</p> + +<p>Je n'ai pas à mon armée un seul Italien, excepté 1500 polissons +ramassés dans les rues des différentes villes de l'Italie, +qui pillent et ne sont bons à rien,</p> + +<p>Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, +peut-être par quelque ministre même, qui vous diront qu'il +y a 80,000 hommes italiens sous les armes; car, depuis quelque +temps, je n'aperçois pas les journaux, et ce qui me revient +de l'opinion publique en France s'égare étrangement +sur les Italiens.</p> + +<p>Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples +sévères, donnent seuls à ces peuples un grand respect pour +la nation, et un intérêt, quoique extrêmement faible, pour +la cause que nous défendons.</p> + +<p>Je désire que vous appeliez chez vous les différents ministres +cisalpins qui se trouvent à Paris, que vous leur demandiez +d'un ton sévère ....., qu'ils vous déclarent sur-le-champ, +par écrit, le nombre de troupes qu'a la république +cisalpine à l'armée; et, s'ils vous disent que j'ai plus de +1500 hommes cisalpins et à peu près 2000 à Milan, employés +à la police de leur pays, ils vous en imposeront, et réprimandez-les +comme ils le méritent; car telle chose est bonne à +dire dans un café ou dans un discours, mais non au gouvernement, +puisque ces fausses idées peuvent le mettre dans le cas +de prendre un parti différent de celui qui convient, et produire +des malheurs incalculables.</p> + +<p>J'ai l'honneur de vous le répéter, peu à peu le peuple de +la république cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté, peu +à peu cette république s'organisera, et peut-être dans quatre +ou cinq ans pourra-t-elle avoir 30,000 hommes de troupes +passables, surtout s'ils prennent quelques Suisses; car il +faudrait être un législateur habile pour leur faire venir le +goût des armes: c'est une nation bien énervée et bien lâche.</p> + +<p>Si les négociations ne prennent pas une bonne tournure, +la France se repentirait à jamais du parti qu'elle a pris avec +le roi de Sardaigne. Ce prince, avec un de ses bataillons et +un de ses escadrons de cavalerie, est plus fort que toute la +Cisalpine réunie. Si je n'ai jamais écrit au gouvernement +avec cette précision, c'est que je ne pensais pas qu'on pût se +former des Italiens l'idée que je vois, par vos dernières lettres, +que vous en avez. J'emploie tout mon talent à les +échauffer et à les aguerrir, et je ne réussis tout juste qu'à +contenir et à disposer ces peuples dans de bonnes intentions.</p> + +<p>Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, +l'amour des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du +moins cela a été un auxiliaire très-faible; mais la bonne discipline +de l'armée, le grand respect que nous avons tous eu +pour la république, que nous avons porté jusqu'à la cajolerie +pour les ministres de la justice, surtout une grande activité +et une grande promptitude à réprimer les malintentionnés et +à punir ceux qui se déclaraient contre nous, tel a été le +véritable auxiliaire de l'armée d'Italie: voilà l'historique. +Tout ce qui n'est bon qu'à dire dans des proclamations, des +discours imprimés, sont des romans.</p> + +<p>Comme j'espère que les négociations iront bien, je n'entrerai +pas dans de plus grands détails pour vous déclarer +beaucoup de choses qu'il me paraît qu'on saisit mal. Ce n'est +qu'avec de la prudence, de la sagesse, beaucoup de dextérité, +que l'on parvient à de grands buts, et que l'on surmonte +tous les obstacles: autrement on ne réussit en rien. +Du triomphe à la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les +plus grandes circonstances, qu'un rien a toujours décidé des +plus grands événemens.</p> + +<p>S'il arrivait que nous adoptassions la politique extérieure +que nous avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, +que nous nous sommes bien trouvés de la politique contraire, +et que nous n'avons plus ces grandes masses, ces moyens de +recrutement, et ce premier élan d'enthousiasme qui n'a qu'un +temps.</p> + +<p>Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup +trop vif dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes +les opérations la vraie politique, qui n'est que le résultat du +calcul, des combinaisons et des chances, nous serons pour +long-temps la grande nation et l'arbitre de l'Europe; je dis +plus, nous tenons la balance, nous la ferons pencher comme +nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du destin, je ne +vois pas d'impossibilité à ce que l'on arrive en peu d'années +à ces grands résultats que l'imagination échauffée et enthousiaste +entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant +et raisonné, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je +vous prie, dans la présente lettre, que le désir de contribuer +autant qu'il est en moi au succès de la patrie.</p> + +<p>Je vous écris comme je pense, c'est la plus grande marque +d'estime que je puisse vous donner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 +(10 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les négociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. +La paix définitive sera signée cette nuit, ou la négociation +rompue.</p> + +<p>En voici les conditions principales:</p> + +<p>1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracée sur la carte +que je vous envoie, c'est-à-dire la Nethe jusqu'à Kerpen, et +passe de là à Juliers, Venloo;</p> + +<p>2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est;</p> + +<p>3º. Les îles de Corfou, Zante, Céphalonie, etc., et l'Albanie +vénitienne;</p> + +<p>4º. La Cisalpine sera composée de la Lombardie, du Bergamasque, +du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de +Peschiera, avec les fortifications, jusqu'à la rive droite de +l'Adige et du Pô; du Modenais, du Ferrarais, du Bolonais, +de la Romagne:</p> + +<p>Cela fait à peu près trois millions cinq à six cent mille habitans.</p> + +<p>5º. Gênes aura les fiefs impériaux;</p> + +<p>6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les états de +Venise jusqu'à l'Adige et le Pô, la ville de Venise;</p> + +<p>7º. Le prince d'Orange, conformément au traité secret avec +la Prusse, obtiendra une indemnité. Le duc de Modène sera +indemnisé par le Brisgaw, et en place l'Autriche prendra Salzburg +et une partie de la Bavière comprise entre la rivière +d'Inn, la rivière de Salza, l'évêché de Salzburg, faisant +cinquante mille habitans;</p> + +<p>8º. Nous ne céderons les pays que doit occuper l'empereur +que trois semaines après l'échange des ratifications et lorsqu'il +aura évacué Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et +tout l'Empire;</p> + +<p>9º. La France aura ce que la république de Venise avait +de meilleur, etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne +manquera que deux cent mille habitans que l'on pourra avoir +à la paix de l'Empire. Elle gagnera de ce côté quatre millions +de population;</p> + +<p>10º. La république cisalpine aura de très-belles limites +militaires, puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare.</p> + +<p>11º. La liberté gagne donc: république cisalpine, trois +millions cinq cent mille habitans; nouvelles limites de la +France, quatre millions: en tout sept millions cinq cent +mille habitans;</p> + +<p>12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent +mille habitans:</p> + +<p>Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille; +à Modène, trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq +cent mille: en tout quatre millions trois cent mille habitans; +sa perte sera donc encore assez sensible.</p> + +<p>J'ai profité des pouvoirs que vous m'avez donnés et de la +confiance dont vous m'avez revêtu pour conclure ladite paix; +j'y ai été conduit:</p> + +<p>1º. Par la saison avancée, contraire à la guerre offensive, +surtout de ce côté-ci, où il faut repasser les Alpes et entrer +dans des pays très-froids;</p> + +<p>2º. La faiblesse de mon armée, qui cependant a toutes les +forces de l'empereur contre elle;</p> + +<p>3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'opérations +adopté;</p> + +<p>4º. L'éloignement des armées du Rhin des états héréditaires +de la maison d'Autriche;</p> + +<p>5º. La nullité des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que +quinze cents Italiens qui sont le ramassis des polissons dans +les grandes villes;</p> + +<p>6º. La rupture qui vient d'éclater avec l'Angleterre;</p> + +<p>7º. L'impossibilité où je me trouve, par la non ratification +du traité d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des +troupes sardes, et la nécessité d'augmenter de six mille +hommes de troupes françaises les garnisons du Piémont et de +la Lombardie;</p> + +<p>8º. L'envie de la paix qu'a toute la république, envie qui +se manifeste même dans les soldats, qui se battraient, mais +qui verront avec plus de plaisir encore leurs foyers, dont ils +sont absens depuis bien des années, et dont l'éloignement ne +serait bon que pour établir le gouvernement militaire;</p> + +<p>9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le +sang français pour des peuples peu dignes et peu amans de la +liberté, qui, par caractère, habitude et religion, nous haïssent +profondément. La ville de Venise renferme, il est vrai, +trois cents patriotes: leurs intérêts seront stipulés dans le +traité, et ils seront accueillis dans la Cisalpine. Le désir de +quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort de vingt +mille Français;</p> + +<p>10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un +champ plus vaste, plus essentiel et plus beau d'activité. Le +peuple anglais vaut mieux que le peuple vénitien, et sa libération +consolidera à jamais la liberté et le bonheur de la +France, ou, si nous obligeons ce gouvernement à la paix, +notre commerce, les avantages que nous lui procurerons dans +les deux mondes, seront un grand pas vers la consolidation +de la liberté et le bonheur public.</p> + +<p>Si, dans tous ces calculs, je me suis trompé, mon coeur +est pur, mes intentions sont droites: j'ai fait taire l'intérêt de +ma gloire, de ma vanité, de mon ambition; je n'ai vu que la +patrie et le gouvernement; j'ai répondu d'une manière digne +de moi à la confiance illimitée que le directoire a bien voulu +m'accorder depuis deux ans.</p> + +<p>Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eût +fait en ma place.</p> + +<p>J'ai mérité par mes services l'approbation du gouvernement +et de la nation; j'ai reçu des marques réitérées de son +estime. «Il ne me reste plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre +le soc de Cincinnatus, et donner l'exemple du respect +pour les magistrats et de l'aversion pour le régime militaire, +qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs +états.»</p> + +<p>Croyez à mon dévouement et à mon désir de tout faire +pour la liberté de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 +(10 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour +complémentaire; il m'a dit, en conséquence, de votre part, +de révolutionner l'Italie: je lui ai demandé comment cela se +devait entendre; si le duc de Parme, par exemple, était +compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune explication. +Je vous prie de me faire connaître vos ordres plus clairement.</p> + +<p>J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il +pût s'assurer par lui-même de l'esprit qui anime mon état-major +et tout ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en +fit autant dans les différentes divisions de l'armée, il y trouverait +un esprit de patriotisme qui distingue ces braves soldats.</p> + +<p>Ma santé considérablement affaiblie, mon moral non moins +affecté, ont besoin de repos et me rendent incapable de remplir +les grandes choses qui restent à faire. Je vous ai déjà +demandé un successeur: si vous n'avez pas obtempéré à ma +demande, je vous prie, citoyens directeurs, de le faire. Je +ne suis plus en état de commander. Il ne me reste qu'un vif +intérêt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prospérité de +la république et la liberté de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 22 vendémiaire an 6 +(13 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez +envoyé pour la formation du département de Mantoue. Faites +faire une loi par les comités réunis, pour joindre Mantoue, la +partie du Véronais que vous désirez dans votre plan, et le +Brescian à la république cisalpine. Si vous le croyez nécessaire, +envoyez-la moi, je la signerai: surtout que chaque département +n'excède pas cent quatre-vingt mille habitans. Je +crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le +départemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne +limite. La ville de Mantoue continuera cependant à être en +état de siége, et immédiatement sous les ordres du général +commandant la place.</p> + +<p>Les fortifications de Mantoue seront désormais aux frais +de votre gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et +de Peschiera. Il est indispensable que vous envoyiez un de +vos officiers du génie à Mantoue, lequel se concertera avec +l'officier français, et prendra des mesures pour augmenter, +autant que possible, les fortifications de cette place. J'ordonne +au général Chasseloup de faire faire des projets en grand pour +des fortifications permanentes.</p> + +<p>Il est également indispensable que l'on commence à travailler +à un bon fort à la roche d'Anfous, entre Brescia et le +Tyrol. Ce poste est des plus importans pour la république +cisalpine, et il demande toute votre sollicitude. Envoyez un +officier du génie à Brescia.</p> + +<p>Je donne l'ordre au général Chasseloup d'en envoyer également +un pour se concerter avec le vôtre, et présenter un +projet pour établir une bonne forteresse dans cette position.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 +(18 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le +traité de paix définitif qui vient d'être signé entre l'empereur +et nous.</p> + +<p>Le général Berthier, dont les talens distingués égalent le +courage et le patriotisme, est une des colonnes de la république, +comme un des plus zélés défenseurs de la liberté. Il +n'est pas une victoire de l'armée d'Italie à laquelle il n'ait +contribué. Je ne craindrai pas que l'amitié me rende partial +en retraçant ici les services que ce brave général a rendus à +la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de +toute l'armée fondera le témoignage de l'histoire.</p> + +<p>Le citoyen Monge, un des membres de la commission des +sciences et arts, est célèbre par ses connaissances et son patriotisme. +Il a fait estimer les Français par sa conduite en +Italie. Il a acquis une part distinguée dans mon amitié. Les +sciences, qui nous ont révélé tant de secrets, détruit tant de +préjugés, sont appellées à nous rendre de plus grands services +encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes nous +révéleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des +hommes; mais il faut que nous aimions les savans et que nous +protégions les sciences.</p> + +<p>Accueillez, je vous prie, avec une égale distinction, le +général distingué et le savant physicien: tous les deux illustrent +la patrie et rendent célèbre le nom français. Il m'est impossible +de vous envoyer le traité de paix par deux hommes +plus distingués dans un genre différent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 +(18 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>La paix a été signée hier après minuit. J'ai fait partir, à +deux heures, le général Berthier et le citoyen Monge pour +vous porter le traité en original. Je me suis référé à vous en +écrire ce matin, et je vous expédie, à cet effet, un courrier +extraordinaire qui vous arrivera en même temps, et peut-être +avant le général Berthier: c'est pourquoi j'y inclus une +copie collationnée de ce traité.</p> + +<p>1°. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à +déprécier le traité que je viens de signer. Tous ceux cependant +qui connaissent l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront +bien convaincus qu'il était impossible d'arriver à un meilleur +traité sans commencer par se battre, et sans conquérir encore +deux ou trois provinces de la maison d'Autriche. Cela était-il possible? oui. Préférable? non.</p> + +<p>En effet, l'empereur avait placé toutes ses troupes contre +l'armée d'Italie, et, nous, nous avons laissé toute la force de +nos troupes sur le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche +à l'armée d'Allemagne pour pouvoir arriver sur les lisières +des états héréditaires de la maison d'Autriche, et pendant ce +temps-là j'aurais eu contre moi les trois quarts de ses forces. +Je ne devais pas avoir les probabilités de les vaincre, et, les +eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie des braves +soldats qui ont à seuls vaincu toute la maison d'Autriche et +changé le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille +hommes sur le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie.</p> + +<p>2°. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes +contre moi, quarante mille en réserve, et au plus quarante +mille au-delà du Rhin.</p> + +<p>3°. Le refus de ratifier le traité du roi de Sardaigne me +privait de dix mille hommes et me donnait des inquiétudes +réelles sur mes derrières, qui s'affaiblissaient par les armemens +extraordinaires de Naples.</p> + +<p>4°. Les cimes des montagnes sont déjà couvertes de neige: +je ne pouvais pas, avant un mois, commencer les opérations +militaires, puisque, par une lettre que je reçois du général +qui commande l'armée d'Allemagne, il m'instruit du mauvais +état de son armée, et me fait part que l'armistice de +quinze jours qui existait entre les armées n'est pas encore +rompu. Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine +à l'armée d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilités +ne pouvaient donc en réalité commencer que vingt-cinq jours +après la rupture, et alors nous nous trouvions dans les grandes +neiges.</p> + +<p>5°. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de +passer tout l'hiver à organiser les armées et à concerter un +plan de campagne, qui était, pour le dire entre nous, on ne +peut pas plus mal combiné; mais ce parti ne convenait pas à +la situation intérieure de la république, de nos finances et de +l'armée d'Allemagne.</p> + +<p>6°. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est +assez considérable.</p> + +<p>Si l'empereur répare ses pertes dans quelques années de +paix, la république cisalpine s'organisera de son côté, et +l'occupation de Mayence et la destruction de l'Angleterre +nous compenseront de reste et empêcheront bien ce prince de +penser à se mesurer avec nous.</p> + +<p>7°. Jamais, depuis plusieurs siècles, on n'a fait une paix +plus brillante que celle que nous faisons. Nous acquérons la +partie de la république de Venise la plus précieuse pour nous. +Une autre partie du territoire de cette république est acquise +à la Cisalpine, et le reste à l'empereur.</p> + +<p>8°. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La +guerre, qui a été nationale et populaire lorsque l'ennemi était +sur nos frontières, semble aujourd'hui étrangère au peuple, +et n'est devenue qu'une guerre de gouvernement. Dans l'ordre +naturel des choses, nous aurions fini par y succomber.</p> + +<p>9°. Lorsque la Cisalpine a les frontières les plus militaires +de l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a +dans le Levant Corfou, place extraordinairement bien fortifiée, +et les autres îles, que veut-on davantage? Diverger nos +forces, pour que l'Angleterre continue à enlever à nous, a +l'Espagne, à la Hollande leurs colonies, et éloigner encore +pour long-temps le rétablissement de notre commerce et de +notre marine?</p> + +<p>10°. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple +moins intrigant et moins dangereux pour nos affaires militaires +qu'eux; l'Anglais, au contraire, est généreux, intrigant, +entreprenant. Il faut que notre gouvernement détruise +la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre lui-même à être +détruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs insulaires. +Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute +notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre: +cela fait, l'Europe est à nos pieds.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trévise, le 5 brumaire an 6 +(26 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Villetard.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien +compris à son contenu; il faut que je ne me sois pas bien +expliqué avec vous.</p> + +<p>La république française n'est liée avec la municipalité de +Venise par aucun traité qui nous oblige à sacrifier nos intérêts +et nos avantages à celui du comité du salut public ou +de tout autre individu de Venise.</p> + +<p>Jamais la république française n'a adopté pour maxime +de faire la guerre pour les autres peuples. Je voudrais connaître +quel serait le principe de philosophie ou de morale +qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000 Français contre le +voeu bien prononcé de la nation et l'intérêt bien entendu de +la république.</p> + +<p>Je sais bien qu'il n'en coûte rien à une poignée de bavards, +que je caractériserais bien en les appelant fous, de vouloir la +république universelle; je voudrais que ces messieurs pussent +faite une campagne d'hiver: d'ailleurs, la nation vénitienne +n'existait pas. Divisés en autant d'intérêts qu'il y a +de villes, efféminés et corrompus, aussi lâches qu'hypocrites, +les peuples de l'Italie, et spécialement le peuple vénitien, +n'est pas fait pour la liberté. S'il était dans le cas de l'apprécier, +et s'il avait les vertus nécessaires pour l'acquérir, eh +bien! la circonstance actuelle lui est très-avantageuse pour +le prouver: qu'il la défende! Il n'a pas eu le courage de la +conquérir, même contre quelques misérables oligarques; il +n'a pas pu même se défendre quelque temps dans la ville de +Zara, et peut-être même que, si l'armée fût entrée en Allemagne, +nous eussions vu se renouveler, sinon les scènes de +Verone, du moins des assassinats particuliers, multipliés, +qui produisent le même effet sinistre pour l'armée.</p> + +<p>Au reste, la république française ne peut pas donner, +comme on pourrait le croire, les états de Venise. Ce n'est +pas que, dans la réalité, ces états n'appartiennent à la France +par droit de conquête; mais c'est parce qu'il n'est point dans +les principes du gouvernement de donner aucun peuple. +Lors donc que l'armée française évacue ces pays-ci, les différens +gouvernemens sont maîtres de prendre toutes les mesures +qu'ils pourraient juger avantageuses à leur pays.</p> + +<p>Si je vous avais chargé de conférer avec le comité de salut +public sur l'évacuation qu'il est possible que l'armée française +exécute, c'est pour le mettre à même de prendre toutes +les mesures, soit pour leur pays, soit pour les individus qui +voudraient se retirer dans les pays qui, réunis à la république +cisalpine, sont reconnus et garantis par la république +française.</p> + +<p>Vous avez dû également faire connaître au comité de salut +public que les individus qui voudraient suivre l'armée française +auraient tout le temps nécessaire pour vendre leurs +biens, quel que soit le sort de ces pays, et que même je savais +qu'il était dans l'intention de la république cisalpine de +leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se borner +là; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur +en avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'était pas +perdu, que tout ce qui arrivait était la suite d'un grand +plan. Si les armes de la république française continuaient à +être heureuses contre une puissance qui a été le nerf et le +coffre-fort de toute la coalition, peut-être Venise aurait pu, +par la suite, se trouver réunie avec la Cisalpine; mais je vois +que ce sont des lâches. Ils ne savent que faire, eh bien! +qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux.</p> + +<p>Le général Serrurier vous communiquera les différens ordres +que je lui ai envoyés. Je vous prie, dans l'absence du +citoyen Lallemant, de coopérer de tout votre pouvoir à leur +exécution.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 brumaire an 6 +(31 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le contre-amiral Brueys a mouillé, le 8 brumaire, dans la +rade de Raguse. Conformément aux instructions que je lui +avais données, il annonça à cette république l'intérêt que le +directoire exécutif prend à son indépendance, et le désir +qu'il avait de faire tout ce qui était nécessaire pour la maintenir; +il a été accueilli, de la manière la plus amicale, par +les habitons de Raguse.</p> + +<p>Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du +contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de +satisfaction aux équipages pour leur bonne conduite et la +dextérité qu'ils ont mise dans les différentes manoeuvres que +le contre-amiral Brueys leur a fait exécuter, en leur accordant, +en gratification, un habillement neuf. J'ai fait également +solder tout ce qui était dû aux équipages.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys est un officier distingué par sel +connaissances, autant que par la fermeté de son caractère. +Un capitaine de son escadre ne se refuserait pas deux fois +de suite à l'exécution de ses signaux. Il a l'art et le caractère +pour se faire obéir. Je lui ai fait présent de la meilleure lunette +d'Italie, avec l'inscription suivante: «Donné par le +général B......... au contre-amiral Brueys, de la part du +directoire exécutif.»</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 brumaire an 6 +(2 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. de Cobentzel, ambassadeur.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier +de Paris, qui m'apporte la ratification du directoire exécutif +du traité de paix que nous avons signé. Je me fais en conséquence +un devoir de vous en prévenir.</p> + +<p>Les citoyens Treilhard, Bonnières et moi, nous avons été +nommés pour assister au congrès de Rastadt.</p> + +<p>Le gouvernement m'a également nommé pour être l'officier-général +chargé de prendre toutes les mesures pour l'exécution +du traité de paix, conformément à notre convention additionnelle. +J'attends, monsieur le comte, avec intérêt le +courrier que vous m'avez promis de m'envoyer.</p> + +<p>Je l'attendrai à Milan.</p> + +<p>Je suis charmé que cette occasion me mette à même de me +rappeler à votre souvenir, ainsi qu'à celui de MM. de Gallo, +de Merweeldt et Dengelmann.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 brumaire an 6 +(5 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai envoyé à Vienne, par le courrier Moustache, l'avis à +M. le comte de Cobentzel que vous aviez ratifié le traité de +paix de Passeriano.</p> + +<p>J'attends à chaque instant l'avis que l'empereur a ratifié, +je suis surpris de ne l'avoir pas encore reçu.</p> + +<p>J'envoie à Corfou la sixième demi-brigade de ligne pour +renforcer la garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens +considérables.</p> + +<p>J'ai expédié un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il +se tînt prêt à partir de Corfou avec l'escadre vénitienne.</p> + +<p>J'ai renforcé la garnison d'Ancône de la trente-neuvième +demi-brigade.</p> + +<p>Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, +en mener trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le +reste à Nice, à Chambery et en Corse.</p> + +<p>Je me rendrai à Rastadt dès l'instant que j'aurai des nouvelles +de Vienne.</p> + +<p>Je prépare tout pour les différens mouvemens des troupes, +qui ne pourront plus avoir lieu avant que nous occupions +Mayence.</p> + +<p>Pour faire avec quelques probabilités l'expédition d'Angleterre, +il faudrait:</p> + +<p>1°. De bons officiers de marine;</p> + +<p>2°. Beaucoup de troupes bien commandées, pour pouvoir +menacer sur plusieurs points et ravitailler la descente;</p> + +<p>3°. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le +meilleur;</p> + +<p>4°. Trente millions d'argent comptant;</p> + +<p>5°. Le général Hoche avait de très-bonnes cartes d'Angleterre, +qu'il faudrait redemander à ses héritiers.</p> + +<p>Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingué +que le général Desaix.</p> + +<p>Quoique véritablement j'aurais besoin de repos, je ne me +refuserai jamais à payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut +à la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 brumaire au 6 +(7 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner +aux Iles du Levant dans la mer Ionienne.</p> + +<p>J'ai écrit à Venise que l'on réunisse tous les mémoires +géographiques et tous les ouvrages relatifs à ces établissemens, +pour les envoyer au ministre de l'intérieur.</p> + +<p>Je m'occupe à force à mettre la dernière main à l'organisation +de la république cisalpine.</p> + +<p>Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22.</p> + +<p>Je ne pourrai pas être avant le 30 à Rastadt<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>: je compte +passer par Chambéry et Genève; mais je vais faire partir +demain matin un de mes aides-de-camp, qui y arrivera avant +le 27.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1:</b><a href="#footnotetag1"> (return) </a> Bonaparte venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de la république française auprès du congrès de Rastadt.</blockquote> +<br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 6 +(8 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Chasteler, quartier-maître général de +l'armée autrichienne.</i></p> + +<p>Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification +de Vienne, pour vous engager à terminer le travail dont vous +êtes chargé.</p> + +<p>J'écris par le même courrier au général Chasseloup pour +qu'il se rende à Verone: je le prie de m'expédier par un +courrier extraordinaire la première partie de votre travail +depuis la Lizza jusqu'à San-Giacomo.</p> + +<p>Je désire, si vous tombez d'accord, comme je l'espère, +que vous me l'expédiiez par un courrier extraordinaire, afin +que je le reçoive avant mon départ pour Rastadt, et que +cela n'apporte aucun obstacle à l'échange des ratifications.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p> + +<p>Le citoyen Cacault, ministre de la république, s'adressera +à vous, monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour +l'armée.</p> + +<p>Je désirerais que S.A.R. facilitât la négociation de +2,000,000 de lettres de change que la caisse de l'armée a sur +la république cisalpine.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint une note détaillée sur cet objet +de l'administrateur général des finances de l'armée.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens +d'estime et à la haute considération, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i> À M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur.</i></p> + +<p>Le courrier que vous m'avez envoyé, monsieur l'ambassadeur, +s'est croisé avec celui que je vous avais expédié. Je +pars dans deux ou trois jours pour me rendre à Rastadt. Les +conseils ont également ratifié le traité de paix. Je ne doute pas +que j'aurai le plaisir de vous voir à Rastadt pour l'échange +des ratifications.</p> + +<p>J'ai donné les ordres pour que les séquestres mis à Venise +sur les effets appartenans à S.M. l'empereur soient levés.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, à l'estime et à la haute considération +que j'ai pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le +chevalier de Gallo, le comte de Meerweldt et le baron de +Degelmann.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p> + +<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de vous refuser +aux prétentions d'Ali-Pacha: tout en l'empêchant d'empiéter +sur ce qui nous appartient, vous devez cependant le favoriser +autant qu'il sera en vous. Il est de l'intérêt de la république +que ce pacha acquière un grand accroissement, batte tous ses +rivaux, afin qu'il puisse devenir un prince assez puissant pour +pouvoir rendre des services à la république. Les établissemens +que nous avons sont si près de lui, qu'il n'est jamais possible +qu'il puisse cesser d'avoir intérêt d'être notre ami.</p> + +<p>Envoyez des officiers du génie et d'état-major auprès de +lui, afin de vous rendre un état de la situation, de la population +et des coutumes de toute l'Albanie; faites faire des descriptions +géographiques, topographiques de toute cette partie +si intéressante aujourd'hui pour nous depuis l'Albanie jusqu'à +la Morée, et faites en sorte d'être bien instruit de toutes +les intrigues qui divisent ces peuples.</p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous caressiez toutes +les peuplades qui environnent Prevesa, et en général celles +qui touchent nos possessions, et qui paraissent déjà si bien +disposées en notre faveur.</p> + +<p>Je vous fais passer l'organisation des îles en trois départemens, +je vous prie de la mettre sur-le-champ à exécution.</p> + +<p>J'ai nommé au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 +(11 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouvernement provisoire de la république ligurienne.</i></p> + +<p>Je vais répondre, citoyens, à la confiance que vous m'avez +montrée, en vous faisant connaître une partie des modifications +dont votre projet de constitution peut être susceptible.</p> + +<p>Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, +pour ne pas être obligés de surcharger le peuple, et de détruire +l'esprit de localité fomenté par votre ancien gouvernement. +Cinq directeurs, trente membres du conseil des anciens, +et soixante des jeunes, vous forment une représentation suffisante.</p> + +<p>La suppression de vos administrations de district me parait +essentielle.</p> + +<p>Que le corps législatif partage votre territoire en quinze +ou vingt juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, +ou municipalités centrales.</p> + +<p>Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal composé de +trois juges; dans chaque canton un, deux et même trois +juges de paix, selon leur population et leurs localités.</p> + +<p>Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nommé +par le directoire exécutif, qui soit à la fois commissaire près +le tribunal et spécialement chargé de faire passer aux différentes +municipalités les ordres du gouvernement et de l'instruire +des événemens qui pourraient survenir dans chaque +municipalité.</p> + +<p>Que la municipalité centrale du canton soit composée de +la réunion d'un député de chacune des communes qui composent +le canton; qu'elle soit présidée par le juge de paix du +chef-lieu du canton, et qu'elle ne se rassemble momentanément +qu'en conséquence des ordres du gouvernement.</p> + +<p>Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; +que chacune soit commandée par un officier de troupes +de ligne: vous aurez par là une justice qui pourra être bien +administrée, et une organisation extrêmement simple, tant +pour la répartition des impositions, que pour le maintien de +la tranquillité publique.</p> + +<p>Plusieurs questions particulières sont également intéressantes: +ce n'est pas assez de ne rien faire contre la religion, +il faut encore ne donner aucun sujet d'inquiétude aux consciences +les plus timorées, ni aucune arme aux hommes mal-intentionnés.</p> + +<p>Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une +injustice révoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant +les nobles qui ont exercé les places dans les colléges, qui s'étaient +attribué tous les pouvoirs, qui ont tant de fois méconnu +les formes mêmes de leur gouvernement, et ont sans +cesse cherché à river davantage les chaînes du peuple, et à +organiser une oligarchie au détriment même de l'aristocratie, +ces hommes ne peuvent plus être appelés aux fonctions de +l'état; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout +comme l'une et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des +droits de citoyen ce grand nombre d'hommes qui sont si +utiles à votre patrie.</p> + +<p>Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetée +au milieu de vous. Autant il est absurde que tous les points +de la république prétendent à la franchise du port, autant il +pourrait être inconvenant et paraître un privilége d'acquisition +de laisser la franchise du port à la ville de Gênes seule.</p> + +<p>Le corps législatif doit avoir le droit de déclarer la franchise +pour deux points de la république; la ville de Gênes +ne doit tenir la franchise de son port que de la volonté du +corps législatif, mais le corps législatif doit la lui donner.</p> + +<p>Pourquoi le peuple ligurien est-il déjà si changé? À ces +premiers élans de fraternité et d'enthousiasme ont succédé la +crainte et la terreur: les prêtres s'étaient, les premiers, ralliés +autour de l'arbre de la liberté; les premiers, ils vous +avaient dit que la morale de l'Evangile est toute démocratique; +mais des hommes payés par vos ennemis, dans les révolutions +de tous les pays, auxiliaires immédiats de la tyrannie, +ont profité des écarts, même des crimes de quelques prêtres, +pour écrire contre la religion, et les prêtres se sont éloignés.</p> + +<p>Une partie de la noblesse a été la première à donner l'éveil +au peuple et à proclamer les droits de l'homme; l'on a profité +des écarts, des préjugés ou de la tyrannie passée de quelques +nobles; l'on a proscrit en masse, et le nombre de vos ennemis +s'est accru.</p> + +<p>Après avoir ainsi fait planer les soupçons sur une partie +des citoyens, et les avoir armés les uns contre les autres, on +a fait plus, on a divisé les villes contre les villes. On vous a +dit que Gênes voulait tout avoir, et tous les villages ont prétendu +avoir le port franc; ce qui détruirait les douanes, et +rendrait impossible la conservation de l'état.</p> + +<p>La situation alarmante où vous vous trouvez est l'effet des +sourdes menées des ennemis de la liberté et du peuple; méfiez-vous +de tout homme qui veut exclusivement concentrer +l'amour de la patrie dans ceux de sa cotterie. Si son langage +a l'air de défendre le peuple, c'est pour l'exaspérer et le diviser. +Il dénonce sans cesse, lui seul est pur. Ce sont des +hommes payés par les tyrans, dont ils secondent si bien les +vues.</p> + +<p>Quand, dans un état (surtout dans un petit), l'on s'accoutume +à condamner sans entendre, à applaudir d'autant +plus à un discours, qu'il est plus furieux; quand on appelle +vertu l'exagération et la fureur, et crime la modération, cet +état-là est près de sa ruine.</p> + +<p>Il en est des états comme d'un bâtiment qui navigue, et +comme d'une armée; il faut de la froideur, de la modération, +de la sagesse, de la raison dans la conception des ordres, +commandemens ou lois, et de l'énergie et de la vigueur dans +leur exécution.</p> + +<p>Si la modération est un défaut, et un défaut très-dangereux +pour les républiques, c'est d'en mettre dans l'exécution +des lois sages; si les lois sont injustes, furibondes, l'homme +de bien devient alors l'exécuteur modéré; c'est le soldat qui +est plus sage que le général: cet état-là est perdu.</p> + +<p>Dans un moment où vous allez vous constituer en un gouvernement stable, +ralliez-vous; faites trêve à vos méfiances, +oubliez les raisons que vous croiriez avoir pour vous désunir, +et, tous d'accord, organisez votre gouvernement.</p> + +<p>J'avais toujours désiré pouvoir aller à Gênes, et vous dire +moi-même ce que je ne puis ici que vous écrire: c'est le fruit +de l'expérience acquise au milieu des orages de la révolution +du grand peuple, et que confirment l'histoire de tous les +temps et votre propre exemple.</p> + +<p>Croyez que dans tous les lieux où mon devoir et le service +de ma patrie m'appelleront, je regarderai comme un des +momens les plus précieux celui où je pourrai être utile à +votre république, et comme ma plus grande satisfaction d'apprendre +que vous vivez heureux, unis, et que vous pouvez, +dans tous les événemens, être, par votre alliance, utiles à la +grande nation, à qui vous devez la liberté et un accroissement +de population de près de cent mille ames.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 +(11 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple cisalpin.</i></p> + +<p>Citoyens,</p> + +<p>À compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera +en pleine activité.</p> + +<p>Votre directoire, votre corps législatif, votre tribunal de +cassation, les autres administrations subalternes se trouveront organisés.</p> + +<p>Vous êtes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple +qui devient libre sans factions, sans révolutions et sans déchiremens.</p> + +<p>Nous vous avons donné la liberté, sachez la conserver. +Vous êtes, après la France, la république la plus populeuse, +la plus riche. Votre position vous appelle à jouer un grand +rôle dans les affaires de l'Europe.</p> + +<p>Pour être dignes de votre destinée, ne faites que des lois +sages et modérées.</p> + +<p>Faites-les exécuter avec force et énergie.</p> + +<p>Favorisez la propagation des lumières, et respectez la religion.</p> + +<p>Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais +de citoyens qui se nourrissent des principes de la république, +et soient immédiatement attachés à sa prospérité.</p> + +<p>Tous avez en général besoin de vous pénétrer du sentiment +de votre force et de la dignité qui convient a l'homme +libre.</p> + +<p>Divisés et pliés depuis tant d'années à la tyrannie, vous +n'eussiez pas conquis votre liberté; mais sous peu d'années, +fussiez-vous abandonnés à vous-mêmes, aucune puissance de +la terre ne sera assez forte pour vous l'ôter.</p> + +<p>Jusqu'alors la grande nation vous protégera contre les attaques +de vos voisins. Son système politique sera réuni au +vôtre.</p> + +<p>Si le peuple romain eût fait le même usage de sa force +que le peuple français, les aigles romaines seraient encore sur +le Capitole, et dix-huit siècles d'esclavage et de tyrannie +n'auraient pas déshonoré l'espèce humaine.</p> + +<p>J'ai fait, pour consolider la liberté et en seule vue de +votre bonheur, un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir +ont seuls fait faire jusqu'ici.</p> + +<p>J'ai nommé à un grand nombre de places, je me suis +exposé à avoir oublié l'homme probe et avoir donné la préférence +à l'intrigant; mais il y avait des inconvéniens majeurs +à vous laisser faire ces premières nominations: vous n'étiez +pas encore organisés.</p> + +<p>Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, +et un danger imminent que courrait la république +cisalpine, me rappelleront seuls au milieu de vous.</p> + +<p>Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, +je prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur +et à la gloire de votre république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 brumaire an 6 +(12 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef des trois ligues.</i></p> + +<p>Le citoyen Comeyras, résident de la république française, +vous a fait passer la décision que j'ai prise, au nom de la république, +le 10 octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, +Chiavene et Bormio sont libres de pouvoir se réunir +avec la république cisalpine, laquelle réunion a effectivement +eu lieu.</p> + +<p>Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicité la médiation +de la république française. Je l'avais acceptée avec répugnance, parce qu'il est dans nos principes de nous mêler le +moins possible dans les affaires des autres peuples; mais j'ai +dû céder à vos vives instances, j'ai dû céder même à la voix +du devoir, étant garant de l'exécution des capitulats qui vous +liaient avec les peuples de la Valteline, de Chiavene et de +Bormio.</p> + +<p>De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir +pour vous aveugler sur vos intérêts, et pour vous faire substituer +à la conduite franche et loyale qui distingue votre brave +nation, une conduite tortueuse, contraire a la bonne foi et +spécialement aux égards que vous devez à la grande nation +que vous avez choisie pour médiatrice?</p> + +<p>Depuis quatre mois que j'ai accepté la médiation, quoique +le citoyen Comeyras vous eût continuellement sollicités, ce +n'est qu'aujourd'hui, lorsque vous avez dû savoir la décision +que j'avais prise, que vous avez envoyé des députés. +Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal conseillée, +les intrigans substituent la voix de leurs passions et de leurs +préjugés à celle de l'intérêt de leur patrie et aux principes +de la démocratie.</p> + +<p>La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrévocablement +réunis à la république cisalpine. Du reste, cela n'altérera +d'aucune manière la bonne amitié et la protection que la république française vous accordera, toutes les fois que vous +vous conduirez envers elle avec les égards qui sont dus au +plus puissant peuple du monde.</p> + +<p>Croyez au sentiment d'estime et à la haute considération +que j'ai pour vous, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 brumaire an 6 +(12 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer la distribution de l'armée d'Italie en +armée d'Angleterre.</p> + +<p>J'ai fait toutes les dispositions et donné tous les ordres en +conséquence, afin que, dès l'instant que l'échange des ratifications aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on +puisse commencer à mettre les colonnes en marche pour +l'Océan.</p> + +<p>Je ferai partir demain le citoyen Andréossy, chef de brigade +d'artillerie, pour se rendre à Paris, afin de faire fondre +des canons du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et +faire faire des caissons plus légers et plus propres à l'embarquement +que les nôtres. Il est nécessaire d'avoir des canons +du calibre de ceux des Anglais, afin qu'une fois dans le pays +on puisse se servir de leurs boulets.</p> + +<p>Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la +république cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armée, de +manière que mon absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun +inconvénient.</p> + +<p>Je ne pourrai pas partir avant le 29.</p> + +<p>Je me suis fait précéder à Rastadt du général de brigade +Murat. Je ne suis pas fâché de ne m'y trouver que le 4 ou +5 frimaire, cela me donne d'autant plus de temps pour achever +les cinq bâtimens de guerre qui nous reviennent à Venise, +et les mettre dans le cas de tenir la mer.</p> + +<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte +des opérations que je viens de faire dans la Cisalpine et à +Gênes.</p> + +<p>Une grande partie des Génois désirent être Français. C'est +une acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut +pas perdre de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils +ont acceptée, quoique j'y aie fait quelques changemens pour +l'améliorer, puisse leur convenir, et, si nous aidons un peu, +avant deux ou trois ans ils viendront se jeter à nos genoux +pour que nous les recevions comme citoyens français.</p> + +<p>J'ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous le prétexte +d'inspecter toutes les Echelles du Levant mais, à la vérité, +pour mettre la dernière main au projet que nous avons sur +cette île.</p> + +<p>Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donné pour régler les +affaires de Venise.</p> + +<p>La république cisalpine s'est emparée de quelques villages +qui sont sur la rive gauche du Pô, qui depuis long-temps +sont en controverse avec le duc de Parme, et dès lors les gênaient +beaucoup.</p> + +<p>Elle s'empare également de la forteresse de Saint-Leo, enclavée +dans la Romagne, où le pape est entré. Je ne sais trop +pourquoi elle aura cette forteresse, extrêmement intéressante, +en donnant quelque argent aux soldats du pape qui +la défendent, et en faisant quelques dispositions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 brumaire an 6 +(13 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul de la république française à Malte.</i></p> + +<p>De nouvelles relations, citoyen, vont résulter de la réunion +à la république française des îles de Corfou, Zante, Céphalonie +et Cerigo. Je charge le citoyen Poussielgue, premier +secrétaire de la légation de France à Gênes, qui a la confiance +du gouvernement et toute la mienne, de se transporter dans +les différentes échelles du Levant, à l'effet d'y recueillir les +observations et d'y prendre tous les renseignemens nécessaires +pour mettre le gouvernement en état de faire les changemens +et modifications à apporter dans nos relations commerciales +et politiques dans cette partie, et d'établir, de la manière la +plus sûre, la correspondance et les communications régulières +entre le continent de la république française et ses îles +de l'Adriatique.</p> + +<p>Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances +et de vos lumières dans tout ce qui concerne sa mission, +et de le faire connaître auprès du gouvernement du pays +où vous résidez.</p> + +<p>L'intention du gouvernement de la république française +est de consolider toujours ses intérêts avec ceux des gouvernemens +étrangers, dans les relations qu'il peut avoir à établir +chez eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Commission d'inspecteur général des échelles du Levant.</i></p> + +<p>La réunion à la république française des îles de Corfou, +Zante, Céphalonie et Cerigo, allant procurer à la France de +nouvelles relations politiques et commerciales dans la Méditerranée +et principalement dans le Levant; et le gouvernement +voulant, le plus tôt possible, établir ses rapports d'une +manière régulière et avantageuse, le général en chef de +l'armée d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, +premier secrétaire de la légation de la république française à +Gênes de se transporter immédiatement, en qualité d'inspecteur +général des échelles du Levant auprès des différens +consuls et agens de la république dans le Levant, et en général +de visiter tous les établissemens français situés dans +cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle +de notre commerce et de nos relations; observera les +changemens éprouvés depuis la révolution; recherchera les +moyens les plus prompts de rétablir l'ancienne prospérité de +notre commerce, et de l'accroître en proportion des avantages +de notre nouvelle position; il examinera sous quels rapports +il conviendrait d'étendre ou de modifier nos relations politiques; +il prendra enfin des renseignemens sur la manière la +plus sûre d'établir notre correspondance et nos communications régulières et périodiques entre le continent de la France +et nos îles de l'Adriatique, en fixant les points intermédiaires +en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou à Malte, ou en les établissant +sur le continent de l'Italie par Ancône. Au retour de +cette mission, qu'il accélérera autant qu'il sera possible, il +remettra au général en chef de l'armée d'Italie son rapport général +sur tous les objets dont il est chargé par la présente +commission.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission +que j'ai donnée au citoyen Poussielgue et de ma lettre au +consul à Malte.</p> + +<p>Le but réel de la mission du citoyen Poussielgue est de +mettre la dernière main aux projets que nous avons sur Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au cardinal Mattei.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. +Je pars demain pour le congrès de Rastadt.</p> + +<p>La cour de Rome commence à se mal conduire.</p> + +<p>Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, +et la promesse qu'avait donnée le secrétaire de l'état, elle +vient de donner le commandement des troupes papales au général +Provera.</p> + +<p>Je crains bien que les maux que vous avez en partie épargnés +à votre patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, +monsieur le cardinal, des conseils que vous avez donnés au +pape à votre départ de Ferrare.</p> + +<p>Faites donc entendre à Sa Sainteté, que, si elle continue +à se laisser mener par le cardinal Busca et autres intrigans, +cela finira mal pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la république +française à Rome.</i></p> + +<p>J'ai partagé votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque +vous m'avez appris l'arrivée du général Provera. Vous +pouvez déclarer présentement à la cour de Rome que, si elle +reçoit à son service aucun officier connu pour être on avoir +été au service de l'empereur, toute bonne intelligence entre +la France et la cour de Rome cesserait à l'heure même, et la +guerre se trouverait déclarée.</p> + +<p>Vous ferez connaître, par une note spéciale au pape, que +vous adresserez à lui-même en personne, que quoique la paix +soit faite avec S.M. l'empereur, la république française ne +consentira pas à ce que le pape accepte dans ses troupes aucun +officier ni aucun agent, sous quelque dénomination que +ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques d'usage.</p> + +<p>Vous exigerez que M. le général Provera, vingt-quatre +heures après la présentation d'une note que vous ferez à ce +sujet, quitte le territoire de Sa Sainteté, sans quoi vous déclarerez +que vous allez quitter Rome.</p> + +<p>Vous ferez connaître, dans la conversation, au pape que +je viens d'envoyer trois autres mille hommes à Ancône, lesquels +ne rétrograderont que lorsque vous leur ferez connaître +que M. Provera et tous les autres officiers autrichiens auront +quitté le territoire de Sa Sainteté.</p> + +<p>Vous ferez connaître au secrétaire-d'état que si Sa Sainteté +se porte à faire exécuter aucun des détenus, de ceux que +vous avez réclamés, la république française, par représailles, +fera arrêter les attenans du cardinal Busca et des autres cardinaux +qui égarent la cour de Rome. Enfin, je vous invite à +prendre dans vos notes un style concis et ferme, et, si le cas +arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre à Florence +ou à Ancône.</p> + +<p>Vous ne manquerez pas de faire connaître à Sa Sainteté et +au secrétaire-d'état, qu'à peine vous aurez quitté le territoire +de Sa Sainteté, vous déclarerez la réunion d'Ancône à +la Cisalpine. Vous sentez que cette phrase doit se dire et non +pas s'écrire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kilmaine.</i></p> + +<p>Je pars, citoyen général, pour me rendre au congrès de +Rastadt. Vous prendrez le commandement de l'armée jusqu'à +l'arrivée du général Berthier.</p> + +<p>Le général de brigade Leclerc remplira les fonctions de +chef de l'état-major.</p> + +<p>Le chef de l'état-major vous fera connaître les mouvemens +que j'ai ordonnés pour mettre l'armée en état de faire son +mouvement rétrograde, dès l'instant que je vous en enverrai +l'ordre par un de mes aides-de-camp.</p> + +<p>Si le bataillon de la soixante-dix-neuvième, qui était dans +la huitième division militaire arrive, vous l'enverrez à Ancône, +où il s'embarquera pour Corfou, ainsi que tous les détachemens +des sixième et soixante-dix-neuvième demi-brigades.</p> + +<p>Vous laisserez a Ancône la trente-neuvième demi-brigade +de ligne.</p> + +<p>Les généraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra +à Corfou.</p> + +<p>Le général Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez +par les ordres que j'ai donnés, doit faire l'arrière-garde de +l'armée.</p> + +<p>Jusqu'à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi +de Rastadt, le général Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, +les gorges de Cividale et Monte-Falcone, indépendamment +de quoi il y aura une demi-brigade, comme j'en ai +spécialement donné l'ordre, pour la garnison de Palma-Nova, +et un bataillon pour celle d'Osopo.</p> + +<p>Si des événemens quelconques vous faisaient penser nécessaire +de renforcer le général Baraguey d'Hilliers, vous le feriez +avec la onzième demi-brigade de ligne, qui doit être à Bassano, +et avec la division du général Guieux, qui se trouvera +à Padoue et composée des onzième, vingt-troisième et vingt-neuvième d'infanterie légère; et enfin, si cela ne suffisait +pas, par toute la division du général Serrurier, qui est à Venise, +et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrième de chasseurs, +le septième de hussards, et, s'il le fallait, par toute la +division de cavalerie aux ordres du général Rey.</p> + +<p>Par ce moyen, la partie de l'armée qui est destinée à faire +partie de l'armée d'Angleterre, resterait toujours placée en +deçà de la Brenta.</p> + +<p>Je ne prévois pas le cas où vous vous trouverez en rupture +ouverte avec l'ennemi, alors même il faudrait marcher avec +toutes vos divisions, et employer tous les moyens qui sont +en votre pouvoir.</p> + +<p>Vous devez prendre les mesures, même celles de rigueur, +des arrestations, des contributions forcées, pour que les ordres +que j'ai donnés à Venise pour l'achèvement de nos vaisseaux +et l'évacuation de cette place soient terminés. Le chef +de l'état-major, le général Serrurier et le citoyen Villetard +vous donneront des renseignemens sur cette place. J'ai donné +tous les ordres nécessaires, il ne s'agit plus que de les exécuter +avec vigueur.</p> + +<p>Il faut laisser le gouvernement cisalpin livré à lui-même, +s'essayer; cependant, s'il demandait votre secours, vous devez +lui accorder celui de votre influence morale et des troupes +qui sont à vos ordres, pour le soutenir.</p> + +<p>Tous les princes d'Italie étant accoutumés, pour le moindre +événement, à recourir à moi, vous devez, pour ce qui regarde +la république cisalpine, les renvoyer au ministre des affaires +étrangères, disant que cela ne vous regarde point. Pour ce qui +est de nos troupes, veillez à ce qu'elles vivent en bonne intelligence +et sous la plus sévère discipline, à ce qu'elles soient +bien logées et bien nourries, excepté dans la république cisalpine, +où nous en sommes empêchés par nos traités.</p> + +<p>Vous pouvez favoriser tous les élans de la ville d'Ancône +pour la liberté, notre intention étant de la considérer comme +une république indépendante.</p> + +<p>La neuvième demi-brigade de bataille doit être toute +réunie à Gênes. Vous devez également prêter le secours de +votre influence morale et de vos troupes, pour soutenir le +gouvernement démocratique à Gênes.</p> + +<p>Vous me ferez passer à Rastadt, par des courriers extraordinaires, +toutes les dépêches que vous recevrez de Corfou et +de l'amiral Brueys.</p> + +<p>La cour de Rome commence à se mal conduire: vous devez +soutenir par votre influence morale, et, dans l'occasion, +en faisant concourir le mouvement de quelques troupes, les +démarches que ferait l'ambassadeur de la république de Rome, +et surtout avoir bien soin que le roi de Naples ne sorte point +de ses frontières.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit, général, par mon aide-de-camp Eugène +Beauharnais, pour vous donner des nouvelles de la paix. Je +vous instruis aujourd'hui que la paix ayant été ratifiée par +les deux conseils, je me rends à Rastadt pour suivre différentes +négociations diplomatiques.</p> + +<p>Je vous ai déjà écrit de vous préparer avec vos vaisseaux +vénitiens, afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux îles Saint-Pierre, +et, de là, prendre votre vol pour la grande expédition. +J'ai été nommé pour commander l'armée d'Angleterre, j'ai +demandé que Truguet commandât: vous sentez combien il +serait nécessaire de vous avoir là avec vos six vaisseaux, vos +frégates et vos corvettes.</p> + +<p>Je viens d'envoyer un agent diplomatique à Malte. La +sixième demi-brigade, forte de seize cents hommes, part +demain pour se rendre à Corfou: cela vous mettra à même +de pouvoir embarquer trois mille hommes pour la petite expédition, +et je vous enverrai des ordres pour l'une et pour +l'autre par un de mes aides-de-camp.</p> + +<p>Vous aurez avec vous <i>la Diane</i> et <i>la Junon</i>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 +(15 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Clarke, qui se rend à Paris, est employé en +Italie depuis plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui +ont été adressées et qui ont été interceptées, et qui me sont +parvenues, je n'ai jamais rien vu que de conforme aux principes +de la république.</p> + +<p>Il s'est conduit dans les mêmes principes aux négociations. +Le général Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses +liaisons avec Carnot le rendent suspect dans la diplomatie, je +crois qu'il peut être utile dans le militaire, et surtout à l'expédition +d'Angleterre.</p> + +<p>S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de +lui en accorder un peu. En dernière analyse, le général Clarke +est un bon homme: je l'ai retenu à Passeriano jusqu'au 30 +vendémiaire, et depuis il a été malade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 +(15 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux à la +république cisalpine et à l'armée: je compte partir décidément +demain.</p> + +<p>Le citoyen Cerbelloni m'a demandé sa démission. Je vous +fais passer copie de sa lettre et de l'arrêté du directoire.</p> + +<p>Le citoyen Savaldi, patriote prononcé, un des chefs du +gouvernement de Brescia, a été nommé pour le remplacer.</p> + +<p>La cour de Rome n'a pas reconnu la république cisalpine. +Je vous envoie copie du message du directoire exécutif aux +comités réunis, faisant fonctions de corps législatif, et de la +résolution qu'ils ont prise en conséquence.</p> + +<p>Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et +finira par l'avilir, en l'obligeant à reconnaître de force une +puissance qu'il eût dû, comme les autres puissances, reconnaître +de bonne volonté.</p> + +<p>Notre ambassadeur à Rome instruit, je crois, le ministre +des relations extérieures de la conduite de cette imbécile +cour de Rome; je vous envoie copie de la lettre que j'écris à +notre ambassadeur. J'ai lieu de penser qu'à l'heure qu'il est +Provera aura été chassé.</p> + +<p>Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle +d'Ancône, et laisser cette ville se déclarer indépendante.</p> + +<p>Dans cet intervalle, le temps s'écoulera, et nous aurons +toujours un point extrêmement intéressant pour notre commerce, +pour observer le pape et brider Naples.</p> + +<p>Il faudra, je pense, garder Ancône, en disant toujours +que nous y attachons peu de prix, et que, dès que le pape +se conduira envers nous comme il convient, nous n'aurons +point de difficulté à le lui rendre.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, +que l'on a trouvée dans les papiers des inquisiteurs +de Venise. Vous y verrez qu'elle compromet beaucoup un +adjudant-général nommé Landrieux, qui, depuis long-temps, +a quitté l'armée pour se rendre en France. Ce misérable, a +ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque à +l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le même temps qu'il +prévenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-être +jugerez-vous à propos de faire un exemple de ce coquin-là; +mais, dans tous les cas, j'ai pensé qu'il fallait que +vous fussiez instruits, afin qu'il ne vint pas à demander à +être employé.</p> + +<p>J'ai destitué un nommé Gérard, chef de brigade, qui a +été sept ou huit mois commandant à Brescia; il parait, par +la correspondance également prise à Venise, qu'il avait avec +le provéditeur ou gouverneur de la république de Venise des +relations d'intimité que l'intérêt de l'armée aurait dû lui +prohiber.</p> + +<p>Dans quelques autres lettres trouvées également à Venise, +de légers indices de soupçons planent sur des officiers +d'ailleurs estimables. Ces malheureux inquisiteurs répandaient +l'argent partout, et cherchaient par ce moyen à connaître et +à avoir des indices sur tout.</p> + +<p>J'ai envoyé a Corfou le citoyen Rolhières, homme instruit, +pour remplir les fonctions de commissaire près le département +de la mer Egée. Je n'ai point trouvé de sujets pour +envoyer comme commissaires dans les départemens de Corcyre +et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et extrêmement +désintéressés. Ces peuples aiment beaucoup les Français. +Je vous fais passer copie d'une lettre de la municipalité +de Zante.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler +à la fonderie et à l'organisation d'un petit équipage d'un calibre +anglais. J'envoie à Paris le citoyen Andréossy, chef de +brigade d'artillerie, pour faire exécuter ledit travail.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<p><i>P.S.</i> Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen +Carbini, m'ayant demandé à être commissaires dans les départemens +de Corcyre et d'Ithaque, je les y ai envoyés. Cela +vous donnera le temps d'envoyer dans ces départemens des +hommes qui aient votre confiance, en même temps que cela +épargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici.</p> + +<p>Le citoyen Comeyras, président de la république à Coire, +désirerait être votre commissaire pour l'organisation de ces +îles. Comme cette place est très-importante, et que le citoyen +Comeyras est employé comme agent, je n'ai pas voulu prendre +sur moi de le nommer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 brumaire an 6 +(16 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie le drapeau dont la convention fit présent à +l'armée d'Italie par un des généraux qui ont le plus contribué +aux différens succès des dernières campagnes, et par +un des officiers d'artillerie les plus instruits de deux corps +savans qui jouissent d'une réputation distinguée dans l'Europe.</p> + +<p>Le général Joubert, qui a commandé à la bataille de Rivoli, +a reçu de la nature les qualités qui distinguent les guerriers. +Grenadier par le courage, il est général par le sang-froid +et les talens militaires: il s'est trouvé souvent dans ces +circonstances où les connaissances et les talens d'un homme +influent tant sur le succès. C'est de lui qu'on a dit avant le +18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgré plusieurs blessures +et mille dangers, il a échappé aux périls de la guerre; +il vivra long-temps, j'espère, pour la gloire de nos armes, le +triomphe de la constitution de l'an III et le bonheur de ses +amis!</p> + +<p>Le chef de brigade d'artillerie Andréossy a dirigé dans les +deux campagnes la partie la plus essentielle comme la plus +difficile en Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a +rendu de grands services à tous les passages. À celui de +l'Izonzo, il trouva plus expéditif, pour répondre à la demande +qu'on lui fit si la rivière était guéable, de s'y jeter +le premier devant l'ennemi pour la sonder.</p> + +<p>Un état n'acquiert des officiers comme le citoyen Andréossy, +qu'en soignant l'éducation et en protégeant les +sciences dont le résultat s'applique à la marine, a la guerre +comme aux arts, à la culture des terres, à la conservation +des hommes et des êtres vivans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. +Conformément à vos intentions, je partirai demain au soir +ou après-demain.</p> + +<p>Nous avons aujourd'hui échangé les ratifications. M. le +comte de Cobentzel et le général Meerweldt ont été chargés +de cette opération du côté de l'empereur. Demain nous achèverons +tout ce qui nous reste à faire pour l'exécution de la +convention secrète. Si cela est achevé demain, je partirai le +soir même.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, 21 frimaire an 6 (17 décembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de Bonaparte en présentant au directoire la +ratification du traité de Campo-Formio.</i></p> + +<p>«Citoyens directeurs, +«Le peuple français, pour être libre, avait des rois à +combattre.</p> + +<p>«Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il +avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre.</p> + +<p>«La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphé +de tous ces obstacles.</p> + +<p>«La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, +depuis vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la +paix que vous venez de conclure, date l'ère des gouvernemens représentatifs.</p> + +<p>«Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le +vaste territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en +a posé elle-même les limites.</p> + +<p>«Vous ayez fait plus.</p> + +<p>«Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres +par les arts, les sciences et les grands hommes dont +elles furent le berceau, voient avec les plus grandes espérances +le génie de la liberté sortir des tombeaux de leurs ancêtres.</p> + +<p>«Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont +placer deux puissantes nations.</p> + +<p>«J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio, +et ratifié par S.M. l'empereur.</p> + +<p>«La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la +république.</p> + +<p>«Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les +meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre.»</p> + +<p>Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau +et le sabre que vous m'avez envoyés.</p> + +<p>C'est l'armée d'Italie que le gouvernement honore dans +son général. Agréez en particulier mes remercimens sur la +belle lettre qui accompagne votre envoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de brigade Lannes.</i></p> + +<p>Le corps législatif, citoyen général, me donne un drapeau +en mémoire de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armée +d'Italie dans son général. Il fut, aux champs d'Arcole, +un instant où la victoire incertaine eut besoin de l'audace des +chefs: plein de sang et couvert de trois blessures, vous quittâtes +l'ambulance, résolu de mourir ou de vaincre. Je vous +vis constamment, dans cette journée, au premier rang des +braves; c'est vous également qui, a la tête de la colonne infernale, +arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pó et l'Adda: +c'est à vous à être le dépositaire de cet honorable drapeau, +qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment +commandés. Vous ne le déploierez désormais que lorsque +tout mouvement en arrière sera inutile, et que la victoire +consistera à rester maître du champ de bataille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p> + +<p>Le pays de Vaud et les différens cantons de la Suisse, animés +d'un même esprit de liberté, adoptent les principes de +liberté, d'égalité et d'indivisibilité sur lesquels est fondé le +gouvernement représentatif.</p> + +<p>Nous savons que les bailliages italiens sont animés du même +esprit; nous croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils +imitent le pays vaudois et manifestent le voeu de se réunir à +la république helvétique.</p> + +<p>Nous désirons, en conséquence, que vous vous serviez de +tous les moyens que vous pouvez avoir pour répandre chez +ces peuples, vos voisins, l'esprit de liberté; faites répandre +des imprimés libéraux; excitez-y un mouvement qui accélère +le mouvement général de la Suisse.</p> + +<p>Nous donnons l'ordre au général de brigade Monnier de se +porter sur les confins des bailliages suisses avec des troupes, +afin d'encourager et de soutenir les mouvemens que pourraient +opérer les insurgés. Il a ordre de se concerter avec vous +pour parvenir à ce but, qui intéresse également les deux républiques.</p> + +<p class="milieu"><i>Note.</i></p> + +<p>Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous +fait une loi de nous tenir prêts sur nos différentes frontières +à pouvoir, au premier signal des autres puissances, faire la +guerre.</p> + +<p>Nous avons en Italie seize mille Français et cinq mille Polonais +contre le roi de Naples, ce qui, joint à deux mille +hommes de débarquement que le gouvernement a ordonné de +préparer à Toulon, suffit pour n'avoir rien à craindre de ce +monarque.</p> + +<p>Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille +hommes, qui, joints aux quatre mille que le gouvernement +vient de mettre à la disposition de cette armée, forment vingt-cinq +mille hommes.</p> + +<p>On peut compter à peu près sur dix mille Cisalpins de +mauvaises troupes, ce qui porterait nos forces à trente-cinq +mille hommes, nombre insuffisant pour garnir les places et +former un corps d'observation, en comparaison de quatre-vingt +mille hommes que l'empereur a sur cette frontière.</p> + +<p>Mais toutes les forces de la république peuvent se réunir +en Allemagne pour bien vite dégager l'Italie, et empêcher les +places fortes d'être prises.</p> + +<p>Il nous serait bien facile de porter à quatre-vingt ou +quatre-vingt-dix +mille-hommes l'armée de Mayence, et d'avoir quarante +ou cinquante mille hommes sur le lac de Constance, +renforcés d'un certain nombre de Suisses.</p> + +<p>Ces deux armées se réuniraient bien vite pour attaquer la +maison d'Autriche dans le coeur de ses états héréditaires.</p> + +<p>Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armée +de Mayence et celle de Hollande se jetteraient bien vite dans +l'évêché de Munster, pour entrer dans le Hanovre.</p> + +<p>Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1°. de faire +travailler à l'armement et à l'approvisionnement de Dusseldorf +et à celui de Mayence; 2°. De suspendre le licenciement de nos équipages d'artillerie, +afin de ne pas être obligé de faire des achats pressés, +qui nécessiteraient beaucoup d'argent et perdraient un temps +précieux, car si la guerre a lieu, ceux qui frapperont les premiers +coups auront, par leur position, de grands avantages.</p> + + + + +<p class="milieu"><i>Au général Bernadote.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre. Le directoire +exécutif, à ce qu'il m'a assuré, s'empressera de saisir +toutes les occasions de faire ce qui pourrait vous convenir.</p> + +<p>Il a décidé qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement +des îles ioniennes; de prendre une division de +l'armée d'Angleterre, laquelle sera augmentée des anciennes +troupes que vous aviez à l'armée de Sambre-et-Meuse, ou +même de prendre une division territoriale, la dix-septième, +par exemple.</p> + +<p>Personne ne fait plus de cas que moi de la pureté de vos +principes, de la loyauté de votre caractère, et des talens militaires +que vous avez développés pendant le temps que nous +avons servi ensemble. Vous seriez injuste si vous pouviez en +douter un instant.</p> + +<p>Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime +et sur votre amitié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 8 ventose an 6 (26 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Le résultat à obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais +est celui-ci:</p> + +<p>Travailler à ces ports de manière à obtenir que le plus +grand nombre de bateaux possible pût sortir dans une seule +marée.</p> + +<p>Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls être +comptés, et encore n'est-ce qu'avec réserve, de sorte que je +me trouverais obligé de calculer sur Calais pour porter les +premiers trente mille hommes.</p> + +<p>Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au +port de Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un +plus grand nombre de bateaux qu'il n'en peut sortir dans une +marée.</p> + +<p>Ainsi, il est bien prouvé que l'on ne peut sortir du port de +Boulogne que cent à cent cinquante bateaux dans une marée; +il ne faut travailler au port que pour le mettre à même de +contenir ce nombre de bateaux.</p> + +<p>À Calais, même raisonnement.</p> + +<p>Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le +mettre à même de contenir autant de bateaux qu'il serait +possible d'en faire sortir dans une marée.</p> + +<p>Je vous prie de me faire connaître le parti que l'on peut tirer +d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que +sur sa position géographique.</p> + +<p>Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports +étaient parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtimens, +recevant l'eau de la marée au même instant, pourraient +sortir sur-le-champ: c'est donc sur la partie des ports +qui est la plus proche de la mer, qu'il faut travailler.</p> + +<p>Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser partout +les travaux qu'il sera possible de faire pour la prompte +sortie d'une grande quantité de bateaux.</p> + +<p>Tous les petits bateaux ne portant que quarante à cinquante +hommes ne pourraient-ils pas être échoués sur la plage, et ne +pourrait-on pas favoriser cet échouage eu faisant quelques +travaux sur la plage?</p> + +<p>Tous les bâtimens hollandais, et même ceux de Dieppe, ne +pourraient-ils pas être échoués sur la plage?</p> + +<p>Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux +de Boulogne dans une marée, nous y mettrons de préférence +les écuries, les bâtimens chargés et les grosses chaloupes +canonnières.</p> + +<p>Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>, qui +ne tirent que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.</p> + +<p>Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les échouerons +sur la plage de la rade de Saint-Jean: ces bâtimens ne doivent +porter que des hommes et deux ou trois sacs de biscuit, +et ne se trouveront chargés de rien.</p> + +<p>Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1°. le +local de la plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le +plus favorable pour cet échouement; 2°. voir les travaux que +l'on pourrait faire à ladite plage pour rendre cette opération +plus facile et moins fatigante pour les bateaux.</p> + +<p>Quant à Calais et à Dunkerque, on s'en servirait pour le +complément de l'armée, le reste des denrées, les bagages, les +approvisionnemens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2:</b><a href="#footnotetag2"> (return) </a> Espèce de prâme ou chaloupe cannonière, de l'invention +du capitaine de vaisseau Muskins.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'Empire a +enfin consenti à prendre pour base du traité de Rastadt la rive +gauche du Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achèveront +sans difficulté ce qu'ils viennent de commencer si heureusement. +Mon intervention désormais devient superflue; +je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser à faire revenir +de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissée, ma +présence à Paris étant nécessaire pour différens ordres et +différentes expéditions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les papiers publics répandent que vous avez fait arrêter +plusieurs membres des conseils de la république cisalpine, et +qu'il est dans ce moment-ci question de faire arrêter Moscati +et Paradisi, deux membres du directoire exécutif de ladite +république.</p> + +<p>Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque +connaissance des personnes et des événement qui se sont +passés en Italie, de vous faire connaître que la France et la +liberté n'ont point d'amis plus vrais que ces deux directeurs.</p> + +<p>Le citoyen Paradisi, qui était professeur renommé à Reggio, +est le seul Italien qui ait rendu quelques services aux +armées françaises, tandis que Mantoue était encore au pouvoir +des Autrichiens, et, vers le milieu de la première campagne, +il osa, les armes à la main, à la tête de douze cents +hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un détachement +de deux cents Autrichiens qui s'étaient retirés dans un +château, et les fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de +Reggio ont été depuis spécialement menacés par les Autrichiens, +qui leur ont conservé un ressentiment très-vif de cet +événement.</p> + +<p>Le citoyen Moscati était connu pour un des plus célèbres +médecins de l'Europe, ayant de grandes connaissances dans +les sciences morales et politiques. Il s'abandonna tout entier +au service de l'armée, et c'est à lui et à ses conseils que nous +devons peut-être vingt mille hommes, qui eussent péri dans +nos hôpitaux en Italie.</p> + +<p>L'avilissement du gouvernement cisalpin dès sa naissance +et la perte de ses meilleurs citoyens seraient un malheur +réel pour la France, et un sujet de triomphe pour l'empereur +et ses partisans.</p> + +<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le désir constant +qui m'a toujours animé, d'employer toutes mes connaissances +au service de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<h2>EXPÉDITION D'ÉGYPTE.</h2> + +<h3>LIVRE DEUXIÈME.</h3><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note remise par le général Bonaparte au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de +vingt à vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux à +trois mille hommes de cavalerie sans chevaux.</p> + +<p>L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manière +suivante, en Italie et en France:</p> + +<p>À Civita-Vecchia, la vingt-unième d'infanterie légère, +deux mille; la soixante-unième de ligne, seize cents; la +quatre-vingt-huitième, <i>id.</i>, seize cents; le vingtième de +dragons, de quatre cents; et le septième de hussards, de quatre +cents: en tout six mille hommes, commandés par les généraux +Belliard, Friant et Muireur.</p> + +<p>À Gènes, la vingt-deuxième d'infanterie légère, deux +mille; la treizième de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvième +<i>id.</i>, seize cents; quatorzième de dragons, quatre cents; +deux escadrons du dix-huitième de dragons qui sont en Italie, +deux cents; en tout cinq mille cinq cents hommes, commandés +par les généraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et +Murat.</p> + +<p>En Corse, la quatrième d'infanterie légère, douze cents +hommes, commandés par le général Ménars.</p> + +<p>À Marseille, la neuvième de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquième +<i>id.</i>, deux mille; vingt-deuxième de chasseurs, +quatre cents; deux escadrons du dix-huitième dragons +qui sont dans le midi, deux cents; en tout quatre mille +quatre cents hommes, commandés par les généraux Bon +et ———-.</p> + +<p>À Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitième +de ligne, deux mille; vingt-cinquième <i>id.</i>, deux mille; +trente-deuxième <i>id.</i>, deux mille; soixante-quinzième <i>id.</i>, +deux mille; troisième dragons, quatre cents; quinzième +<i>id.</i>, quatre cents; en tout huit mille huit cents hommes, +commandés par les généraux Brune, Rampon, Pigeon et +Leclerc.</p> + +<p>À Nice et à Antibes, la deuxième d'infanterie légère, +quinze cents hommes.</p> + +<p>Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents +hommes d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie.</p> + +<p>Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers.</p> + +<p>La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque +cavalier armé d'un fusil. Tous les corps avec leur dépôt, +cent cartouches par homme; de l'eau pour les bâtimens, +pour un mois; des vivres pour deux.</p> + +<p>Il faudrait que ces troupes fussent embarquées dans ces +différens ports, et prêtes à partir au commencement de floréal, +pour se rendre dans le golfe d'Ajaccio, et réunies et +prêtes à partir de ce golfe avant la fin de floréal.</p> + +<p>Il faudrait joindre à ces troupes soixante pièces d'artillerie +de campagne, quarante grosses bouches à feu de siége, +deux compagnies de mineurs, un bataillon d'artillerie, deux +compagnies d'ouvriers, un bataillon de pontonniers, qui seraient +embarqués dans les ports d'Italie et de France de la +manière suivante:</p> + +<p>À Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pièces +de 12, trois cents coups à tirer par pièce, deux compagnies +d'artillerie à pied.</p> + +<p>À Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux +pièces de 8, deux pièces de 12, trois cents coups par pièce; +une compagnie d'artillerie à cheval, une compagnie d'artillerie +de ligne, commandés par le général Sugny.</p> + +<p>À Gênes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pièces +de 8, quatre pièces de 12, douze pièces de 3, cinq cents +coups à tirer par pièce; deux compagnies d'artillerie à chenal, +deux <i>id.</i> d'artillerie de ligne.</p> + +<p>À Nice et Antibes, vingt pièces de 24, six mortiers à la +Gomère, de 12 pouces, cinq cents coups à tirer par pièce, +deux compagnies d'artillerie de ligne, commandées par le général +Dommartin.</p> + +<p>À Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six +pièces de 12, quatre mortiers à la Gomère de 12 pouces, +quatre <i>id.</i> de 6, cinq cents coups à tirer par pièce, quatre +compagnies d'artillerie à pied, deux compagnies d'artillerie +à cheval.</p> + +<p>À Civita-Vecchia, le général Masséna peut être chargé de +noliser les bâtimens les plus grands qu'il trouvera dans ce +port, d'y embarquer les troupes et ladite artillerie, et les +faire partir sur-le-champ pour se rendre et rester jusqu'à +nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut prendre, sur les +contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de cet +embarquement. On doit spécialement y affecter les galères du +pape qui seraient dans le cas de tenir la mer.</p> + +<p>Le général qui commande dans la Cisalpine peut exécuter +le même ordre à Gênes, et le général Baraguey d'Hilliers +peut s'y rendre à cet effet; il faut, au préalable, envoyer +l'argent nécessaire.</p> + +<p>On demandera au directoire exécutif de la république cisalpine +deux galères, qui serviront à aider, à transporter les +troupes et à escorter le convoi.</p> + +<p>Quant à Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre +de la marine:</p> + +<p>1°. Frête les plus gros bâtimens de commerce, suffisamment +pour porter les troupes et l'artillerie désignées ci-dessus;</p> + +<p>2°. Travaille aux approvisionnement nécessaires;</p> + +<p>3°. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire +passer les troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens.</p> + +<p>Nous avons à Toulon six vaisseaux de guerre, des frégates, +des corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnières.</p> + +<p>Tous ces bâtimens réunis seraient dans le cas de porter la +partie des troupes qui doit être embarquée à Toulon.</p> + +<p>Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, +sera, sous quinze jours, prête à partir; mais elle manque entièrement de matelots. Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre +l'embargo sur les bâtimens nécessaires au transport de l'artillerie.</p> + +<p>Pour réussir dans cette expédition, on doit calculer sur +une dépense extraordinaire de cinq millions, sans compter les +dépenses ordinaires tant pour l'approvisionnement, armement +et solde de l'escadre, que pour la solde, nourriture et +habillement des troupes, que pour les dépenses de l'artillerie +et du génie, auxquelles il est indispensable de pourvoir en +effectif; ce qui forme donc une somme de huit à neuf millions +qu'il faudrait que le gouvernement déboursât d'ici au +20 germinal.</p><br><br> + +<p class="droite">Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour la commission chargée de l'inspection de +la côte de la Méditerranée</i> (proposée par Bonaparte au +directoire exécutif).</p> + +<p>Le premier soin de la commission doit être de conférer à +Toulon avec les chefs du port, et de prendre toutes les mesures +pour que les six vaisseaux de guerre, les quatre frégates +qui s'y trouvent, les quatre frégates que le citoyen +Perrée amène avec lui d'Ancône, six corvettes, six chaloupes +canonnières, six tartanes canonnières et quatre bombardes +portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant à bord pour +trois mois de vivres, soient prêts a partir de la rade de Toulon +au 15, ou au plus tard au 20 germinal.</p> + +<p>On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnière, +indépendamment de ces pièces, un mortier de 4 a 5 pouces.</p> + +<p>2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens +pour deux mois soient embarqués sur lesdits vaisseaux, +à raison de six cents hommes par vaisseau de guerre, deux +cent dix par frégate, et cent par corvette.</p> + +<p>3°. Faire préparer la solde et les vivres, également pour +trois mois, pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manière que +cette escadre puisse, le 15 germinal, sortir de quarantaine +pour reprendre la mer.</p> + +<p>4°. Faire armer <i>le Conquérant,</i> les gabares, les vieilles +frégates, etc., en flûte, de manière à pouvoir porter le supplément +de dix mille hommes que doit embarquer le port de +Toulon, dans le cas où l'amiral Brueys ne rejoindrait pas à +temps.</p> + +<p>5°. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ +à bord des six vaisseaux de guerre et des six frégates ou gabares, +vingt pièces de 24 en bronze, avec deux affûts, un +porte-voix, cinq ou six cents coups à tirer par pièce.</p> + +<p>Dix mortiers à la Gomère, de 12 pouces; dix <i>id.</i>, de 8 +pouces, avec cinq cents coups à tirer par mortier; double +crapaud et les camions nécessaires pour transporter les mortiers; +six forges pour rougir les boulets, avec leurs soufflets +et leurs ustensiles; quatre millions de cartouches avec les +pierres à feu, en proportion; vingt mille fusils; trente mortiers +de 4 à 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer, et +tous les ustensiles et approvisionnemens nécessaires à un +équipage de siège de quarante bouches à feu; spécialement +une grande quantité d'objets pour artifices.</p> + +<p><i>Nota</i>. Une partie de ces objets est portée sur le tableau +joint aux instructions du gouvernement, comme devant être +embarqués à Nice ou à Antibes; mais il sera possible de les +faire embarquer sur les vaisseaux de guerre, si cela ne les +obstrue pas trop.</p> + +<p>6°. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frégates +six obusiers de campagne, six pièces de 8, six pièces +de 12; cinq cents coups à tirer par pièce.</p> + +<p>7°. Faire transformer en écuries deux ou trois gabares ou +autres bâtimens de transport, de manière a pouvoir transporter +deux cent cinquante chevaux.</p> + +<p>8°. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs +sur chaque bâtiment de guerre, avec les harnois et les hommes +nécessaires, afin de pouvoir s'en servir pour le transport de +l'artillerie.</p> + +<p>9°. La commission fera charger à Antibes ou à Nice, sur +deux ou trois très-gros bâtimens, des approvisionnemens, de +manière à ce que toutes les pièces de campagne de l'équipage +qui s'embarque à Civita-Vecchia, à Gênes, à Nice, à Toulon +et à Marseille, et qui se trouve composé de seize pièces de +campagne, seize pièces de 12, seize pièces de 8, seize pièces +de 3, ait sur ces bâtimens un approvisionnement de réserve +de trois cents coups par pièce.</p> + +<p>L'on pourra également faire embarquer à Nice ou à Antibes +un supplément extraordinaire d'artifices, d'outils et +autres objets nécessaires au gros parc de l'armée, indépendamment +des onze cents hommes que l'on doit faire embarquer +dans ce port.</p> + +<p>Le général Dommartin donnera les ordres pour toute la +partie de l'artillerie, et fournira les états nécessaires.</p> + +<p>10°. La commission fera mettre l'embargo et nolisera à +Marseille de gros bâtimens en suffisance pour embarquer +de quatre à cinq mille hommes, et des écuries pour deux +cents chevaux, et fera en sorte que ces bâtimens soient approvisionnés +d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et +que ce convoi soit prêt à partir de Marseille le 15 germinal.</p> + +<p>11°. La commission correspondra avec le consul de Gênes; +elle enverra de suite, à Gênes, un officier de marine intelligent, +qui puisse lui rendre compte de tout. Indépendamment +des 200,000 fr. que le payeur y fait passer, il y fera +passer tous les fonds qui seraient nécessaires.</p> + +<p>12°. La commission ne correspondra qu'avec moi.</p> + +<p>13°. Si l'amiral Brueys arrivait à temps pour pouvoir +partir le 20 germinal, la commission ferait sur-le-champ +armer en flûte les six vaisseaux vénitiens qu'il amène avec +lui, ce qui diminuerait d'autant le convoi.</p> + +<p>14°. La commission correspondra avec le général Vaubois +en Corse, pour l'embarquement des deux mille hommes que +ce général a reçu l'ordre du gouvernement de faire embarquer. +Indépendamment des 200,000 fr. que l'on a envoyés +dans cette île, elle y fera passer ce qui pourrait être nécessaire +pour l'établissement d'un hôpital de cinq cents lits et +un magasin de rafraîchissemens que l'ordonnateur de la division +de Corse a reçu ordre d'établir à Ajaccio.</p> + +<p>15°. Indépendamment de tous ces objets, la commission +formera à Toulon et à Marseille un magasin de seize mille +paires de souliers, mille paires de bottes, seize mille chemises, +huit mille gibernes, six mille chapeaux, seize mille +paires de bas pour pouvoir être distribués aux troupes.</p> + +<p>16°. Elle fera également acheter un million de pintes de +vin, cent vingt mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger +sur de gros bâtimens, auxquels elle donnera ordre de se +rendre dans le port d'Ajaccio, où ils resteront sans décharger, jusqu'à nouvel ordre; les équipages ayant de l'eau pour +un mois et des vivres pour deux.</p> + +<p>17°. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes +les dépenses relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, +celles relatives au fret des bâtimens et en général à la +marine, et l'on mettra à la disposition des directeurs d'artillerie +les sommes nécessaires pour les dépenses de l'artillerie.</p> + +<p>18°. Les dix mille hommes qui s'embarqueront à Toulon, +les cinq mille autres qui s'embarqueront à Marseille, et ceux +qui s'embarquent à Gênes, doivent avoir chacun une ambulance +avec les chirurgiens, médecins et approvisionnemens +nécessaires.</p> + +<p>19°. Indépendamment du million que le payeur de la commission +recevra demain, la commission recevra, chaque décade, +à commencer du 20 ventose, 500,000 fr. jusqu'au +30 germinal. Elle aura soin de garder en réserve, et pour +être employés sur un ordre exprès de moi, 200,000 fr. sur +le million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million +qu'elle touchera chaque décade; ce qui fera, au 30 germinal, +qu'il y aura dans la caisse du payeur un million en +réserve.</p> + +<p>Lorsque la commission fera des marchés, elle réservera +une partie des paiemens desdits marchés pour être faits en +floréal.</p> + +<p>20°. La commission m'enverra, le plus tôt possible, l'état +des sommes présumées nécessaires pour l'exécution du présent +ordre.</p> + +<p>21°. La commission formera une compagnie de vingt-cinq +armuriers, avec leurs outils; deux compagnies d'ouvriers +bourgeois de la même formation que celles de l'artillerie, +avec leurs outils, destinées également à être embarquées.</p> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrêté du directoire, relatif à la commission de la Méditerranée, et que +vous m'avez paru désirer.</p> + +<p>Je joins également l'état des demi-brigades qui se trouvent +en ce moment à Gênes et en Corse. Je désirerais savoir +si la solde des troupes est assurée pour les mois de +ventose et germinal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en +Corse.</i></p> + +<p>Dix-neuvième demi-brigade de ligne, deux mille hommes; +premier bataillon de la quatre-vingt-sixième, neuf cents; +quatrième d'infanterie légère, quinze cents; vingt-troisième +id., deux mille cent; artillerie, deux cents: en tout, six +mille sept cents hommes.</p> + +<p class="milieu"><i>État des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se +rendre à Gênes.</i></p> + +<p>Vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +treizième de ligne, deux mille; soixante-neuvième id., dix-sept +cents; quatorzième de dragons, cinq cents; dix-huitième +id., deux cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille +deux cents hommes.</p> + + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission de l'armement de la Méditerranée.</i></p> + +<p>Le citoyen Estève, nommé payeur près de la commission, +part ce soir. Il a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. à +Toulon. Il a touché ici, et a fait partir pour Gênes, par un +courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce qui fait les 1,500,000 f. +que vous deviez toucher dans ce mois.</p> + +<p>J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer +500,000 autres francs.</p> + +<p>Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, +par une frégate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intérêt +votre première dépêche. Mettez la plus grande activité dans +tous vos travaux.</p> + +<p>Les troupes qui doivent s'embarquer à Toulon sont en +marche, et arriveront vers le 15 germinal. Faites préparer +les casernes et les subsistances.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le général Dommartin.</i></p> + +<p>L'équipage d'artillerie pour la Méditerranée est composé +d'un équipage de campagne et d'un de siége.</p> + +<p>Il a été ordonné au général Masséna, par un courrier qui +est parti le 15 ventose, de faire embarquer à Civita-Vecchia +deux obusiers de 6 pouces, deux pièces de 8, deux pièces +de 12; trois cents coups à tirer par pièce; une compagnie +d'artillerie à cheval, une id. de ligne, un capitaine faisant +fonctions de directeur du parc.</p> + +<p>Il a été ordonné au général Berthier, par un courrier +parti le même soir, de faire embarquer à Gênes le général +Sugny, un chef de brigade d'artillerie, deux compagnies +d'artillerie à cheval, deux id. de ligne, le commissaire +des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs d'équipages, +deux cents charretiers, cinq cents harnois de +chevaux de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de pontonniers, un bataillon de sapeurs, +douze pièces de 3 approvisionnées à cinq cents coups, quatre +obusiers de 6 pouces approvisionnés à trois cents coups, +quatre pièces de 8 id., quatre pièces de 12 approvisionnées +à trois cents coups, deux mortiers à la Gomère de 12 pouces, +deux id. de 6 pouces approvisionnés à cinq cents coups, +deux cents outils de pionniers, un million de cartouches. +Vous devez faire embarquer à Marseille deux obusiers de 6 +pouces, quatre pièces de 12, trois cents coups à tirer par +pièce, deux compagnies de ligne; à Toulon, six obusiers de +6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, approvisionnées +à trois cents coups par pièce.</p> + +<p>Vous devez faire embarquer à Nice ou à Antibes un double +approvisionnement pour tout l'équipage.</p> + +<p>Vous devez faire également embarquer à Toulon ou à Marseille +trois ou quatre millions de cartouches, avec tout ce qui +est nécessaire pour un équipage de campagne de cette importance.</p> + +<p>Vous devez également faire embarquer un équipage de +siége de vingt pièces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix +id. de 8 pouces, vingt ou trente mortiers de 3 ou 4 pouces; +le tout approvisionné à six cents coups.</p> + +<p>Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de +leurs outils, qu'il vous sera possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher général, +porte au consul de Gênes des lettres de change pour +200,000 fr., afin de subvenir aux dépenses extraordinaires +de l'embarquement, tant pour la marine que pour l'artillerie +et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois.</p> + +<p>Il serait nécessaire de faire arranger trois des plus gros +bâtimens de transport, pour servir d'écuries, de manière +qu'ils pussent porter, à eux trois, une centaine de chevaux +de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie. Vous feriez alors +choisir les chevaux les plus forts et en meilleur état.</p> + +<p>Si l'on peut trouver à Civita-Vecchia, également pour embarquer, +une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine +d'artillerie, donnez-en l'ordre; si on ne le peut +pas, on s'en passera.</p> + +<p>Envoyez à Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui +prendra l'état de situation des troupes qui s'embarquent, de +l'artillerie; le nombre, le nom et le tonnelage des bâtimens.</p> + +<p>Donnez l'ordre, tant à Gênes qu'à Civita-Vecchia, pour +que le général de division ne puisse pas embarquer plus de +trois chevaux, le général de brigade, plus de deux, le chef +de brigade plus d'un: vous sentez combien il est nécessaire +de n'avoir que ce qui est strictement nécessaire et indispensable; +mais vous pouvez engager les officiers à embarquer +leurs selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent +avoir.</p> + +<p>Je vous ai déjà écrit, je crois, pour que vous teniez tous +vos chevaux, ceux de Leclerc, et cinq à six autres bons chevaux, +prêts à partir.</p> + +<p>Vous enverrez également à Gênes, pour être embarquée, +la compagnie des guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi +que les douze gardes à cheval que vous avez gardés avec vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre +à la frégate qui est à Cadix de se rendre à Ajaccio en +Corse, où elle attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, +et que vous en prévinssiez à Toulon, pour qu'on y +fît passer la solde et les vivres dont elle doit avoir besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-généraux +Grésieux et Clauzel. Vous pourrez donner des +lettres de service au citoyen Clauzel pour l'armée d'Angleterre, +et envoyer le citoyen Grésieux à Toulon, où il serait +employé sur les côtes de la Méditerranée.</p> + +<p>Je vous demanderai également d'employer l'adjudant-général +Jullien à Marseille, sous les ordres du général Bon. +Cet adjudant-général est actuellement employé à l'armée +d'Angleterre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement, à Rome.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif, attachant la plus grande importance +à la bonne organisation et au prompt départ de la division +qui doit s'embarquer à Civita-Vecchia, a jugé à propos +d'en confier le commandement au général Desaix, qui part ce +soir même pour s'y rendre en toute diligence.</p> + +<p>Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir +besoin, et tous les officiers d'état-major, d'artillerie, du +génie, commissaires des guerres qu'il demandera.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général commandant à Berne fera faire le prêt de la +deuxième demi-brigade d'infanterie légère, de la dix-huitième +de ligne, de la vingt-cinquième idem, du troisième régiment +de dragons, du quinzième idem, ainsi que des canonniers +attachés à cette division, jusqu'au 13 germinal.</p> + +<p>Il fera compléter leur armement, leur buffleterie, et, autant +qu'il sera possible, leur habillement.</p> + +<p>Il donnera l'ordre au troisième et au quinzième régimens +de dragons, avec toute l'artillerie de campagne qui est attachée +à la division qui est venue de l'armée d'Italie, de se +rendre, par le chemin le plus court, à Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général de brigade +de cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ à Lyon +pour prendre le commandement de ces deux régimens, et les +conduire lui-même à Toulon.</p> + +<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie incorporera +dans la seconde d'infanterie légère les éclaireurs de la +vingt-troisième +d'infanterie légère; après quoi, il donnera l'ordre +au général Pigeon de partir avec la deuxième demi-brigade +d'infanterie légère, les dix-huitième et vingt-cinquième de +ligne, pour se rendre à Lyon, où ces corps s'embarqueront +sur le Rhône jusqu'à Avignon, d'où ils se rendront par +terre à Toulon.</p> + +<p>Deux jours après, il donnera l'ordre au général Rampon +de partir avec la trente-deuxième et la soixante-quinzième +pour se rendre également à Lyon, s'y embarquer sur le +Rhône jusqu'à Avignon, et se rendre de là par terre à +Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général Lannes +de partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre à +Lyon avec l'adjudant-général Lagrange, et prendre toutes +les mesures, en se concertant avec le commandant de cette +place, le commissaire-ordonnateur et celui du directoire +exécutif, pour qu'il y ait dans cette ville la quantité de bateaux +et tout ce qui est nécessaire pour embarquer les troupes +ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; après quoi, le +général Lannes et le citoyen Lagrange se rendront à Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera également les ordres pour +qu'il y ait à Lyon: dix mille paires de souliers, six mille +paires de culottes, six mille chapeaux, quatre mille vestes, +dix mille paires de bas, dix mille chemises, trois mille sacs +de peau, trois mille habits, quatorze mille paires de bottes, +pour pouvoir être distribués auxdites troupes, à leur passage.</p> + +<p>Le général Lannes aura soin de veiller aux distributions, +pour qu'elles se fassent conformément aux besoins de chaque +corps.</p> + +<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie fera mettre à +l'ordre des demi-brigades ci-dessus désignées, qu'elles vont +se rendre à Toulon, d'où elles partiront pour une opération +extrêmement essentielle, et qu'elles trouveront à Toulon le +général Bonaparte, sous les ordres duquel elles continueront +d'être.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventôse an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au président du directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer, citoyen président, la réponse de la +trésorerie à la demande que je lui avais faite si la solde +était assurée pour les troupes qui se rendent en Corse et +à Gênes.</p> + +<p>La caisse de l'armée d'Italie a bien de la peine à subvenir +aux dépenses des corps qui sont dans ce pays.</p> + +<p>Je crois qu'il serait nécessaire que le directoire prit l'arrêté +ci-joint:</p> + +<p class="milieu"><b>ARRÊTÉ.</b></p> + +<p>ART. 1er. La trésorerie nationale fera sur-le-champ passer +à son payeur, en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, +pour les mois de nivose, pluviose et ventose.</p> + +<p>2. L'ordonnateur de la marine à Toulon fera partir une +corvette pour porter lesdits fonds.</p> + +<p>Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la +marine à Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso.</p> + +<p>3. La trésorerie nationale fera solder a Gênes, dons le plus +court délai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois +de ventose et germinal.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont en Corse.</i></p> + +<p>La quatrième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +la vingt-troisième <i>id.</i>, deux mille cent; la dix-neuvième de +ligne, dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixième +<i>id.</i>, huit cents; artillerie, trois cents: en tout, six +mille cinq, cents hommes.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont à Gênes, sous les ordres du +général Baraguey d'Hilliers.</i></p> + +<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +la treizième de ligne, deux mille; la soixante-neuvième +<i>id.</i>, dix-huit cents; le quatorzième de dragons, cinq +cents; le dix-huitième <i>id.</i>, deux cents; artillerie, deux cents: +en tout, six mille deux cents hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>La commission chargée de l'armement de la côte de la Méditerranée +doit recevoir 500,000 fr. cette décade-ci. Je désirerais, +citoyen ministre, être informé si la trésorerie a donné +des ordres pour cet objet.</p> + +<p>Je vous prierais de faire réserver sur cette somme 50,000 f., +pour être mis à la disposition du général Dufalga, commandant +l'arme du génie, attaché à ladite commission, lesquels +50,000 fr. doivent être soldés à Paris.</p> + +<p>Je vous prie également de donner des ordres pour que la +trésorerie fasse passer des fonds pour solder les troupes qui +sont dans les deux départemens de Liamone et du Golo, qui +sont arriérées de trois mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général +de brigade Gardane, qui est à Paris, de se rendre à +Toulon, où il s'adressera au général Dommartin, chez lequel +il trouvera de nouveaux ordres.</p> + +<p>Je vous prie de donner les mêmes ordres au général Verdier, +qui est à Toulouse; au général de brigade Davoust, +qui est dans ce moment-ci a Paris, de se rendre à Marseille, +pour y prendre le commandement de la cavalerie qui se réunit +dans cette ville, où il sera sous les ordres du général Bon; +et au général de division Dumas de se rendre à Toulon, où +il recevra de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'approvisionnement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyée par +un courrier extraordinaire.</p> + +<p>J'ai vu avec plaisir l'état satisfaisant de l'escadre. J'aurais +désiré avoir également l'état des galères ou bâtimens de +transport que vous avez arrêtés à Toulon, pour l'embarquement +de dix mille hommes.</p> + +<p>Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est nécessaire +que tout soit prêt à partir le 20.</p> + +<p>Si le contre-amiral Brueys n'est point arrivé lorsque vous +aurez reçu cette lettre, vous ferez vos préparatifs pour vous +en passer.</p> + +<p>Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: <i>le Conquérant,</i> +les frégates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement +six mille hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a +chercher, à Toulon, des bâtimens de transport pour quatre +mille hommes.</p> + +<p>Si l'escadre du contre-amiral Brueys était arrivée, ou si +vous aviez des nouvelles du jour où elle arrivera, vous n'auriez +plus alors besoin de transports à Toulon.</p> + +<p>Le général Dommartin doit être arrivé. Vous avez déjà, +sans doute, commencé à embarquer l'artillerie.</p> + +<p>Si le citoyen Sucy n'était pas arrivé, cela ne doit pas vous +empêcher de faire tout ce dont il est chargé, appelant auprès +de vous un commissaire-ordonnateur le plus à portée.</p> + +<p>Le payeur, qui doit être arrivé, vous aura apporté l'argent +qui vous était nécessaire; la trésorerie prend ses dispositions +pour vous faire toucher 500,000 fr. cette décade.</p> + +<p>J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir +si tout est prêt, et si les troupes pourront être embarquées +le 20 de ce mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Le ministre des finances, citoyens commissaires, a dû vous +prévenir que, sur les 500,000 fr. de cette décade que vous +devez mettre à la disposition de la commission de la Méditerranée, +50,000 fr. devaient être soldés, à Paris, au général Dufalga.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire +solder lesdits 50,000 fr. au général Dufalga, et de donner +son reçu en paiement au payeur de la commission, qui le +recevra pour comptant. Le revirement est tout simple: la +lettre du ministre des finances et celle que j'ai l'honneur de +vous écrire, cette commission se trouvant sous mes ordres, +vous y autorisent suffisamment.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions +du gouvernement, des citoyens Royer et Belletête, +deux jeunes gens qui sont partis, il y a quelques jours, pour +Constantinople, et qui doivent être actuellement à Toulon, +je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester à Toulon.</p> + +<p>Je désirerais également que vous donnassiez l'ordre aux +citoyens Jaubert, Chéry, Lapone, trois jeunes gens les plus +avancés à l'école des langues orientales à Paris, de se rendre +à Constantinople, et de leur envoyer contre-ordre à Toulon, +pour qu'ils y attendent de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p> + +<p>Le directeur de l'imprimerie de la république et le citoyen +Langlès, citoyen ministre, sont animés de la plus mauvaise +volonté. Je vous prie de donner l'ordre positif que tous les +caractères arabes actuellement existans, hormis les matrices, +soient sur-le-champ emballés, et au citoyen Langlès l'ordre +de les suivre.</p> + +<p>Le citoyen Langlès m'a paru, dans la première conférence +que j'ai eue avec lui, très-disposé à venir; d'ailleurs la république, +qui a fait son éducation et qui l'entretient depuis +long-temps, a le droit d'exiger qu'il obéisse.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe également +les caractères grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce +moment Xénophon, et ce n'est pas un grand mal que le Xénophon +soit retardé de trois mois, pendant lequel temps on +fera d'autres caractères, les matrices restant.</p> + +<p>Je vous prie de donner également l'ordre positif d'emballer +les caractères pour trois presses françaises. Il nous suffit d'avoir +des caractères ordinaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre +du directoire pour vous.</p> + +<p>Je vous prie en conséquence de vouloir bien donner l'ordre +aux citoyens dont la liste est ci-jointe<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a> de se tenir prêts à +partir, au premier ordre qu'ils recevront, pour se rendre à +Bordeaux.</p> + +<p>Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les +appointemens en seront payés à leur famille. Ils recevront en +outre un traitement extraordinaire et les frais de poste pour +la route.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est +ci-jointe<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a> de se tenir prêts à partir, au premier ordre, pour +Flessingue. Les ingénieurs jouiront d'un traitement pour +leurs travaux extraordinaires. Leur mission n'étant que temporaire, +leurs places doivent leur être conservées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3:</b><a href="#footnotetag3"> (return) </a> Dangés, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier, Monge, Molard, géomètres; Conté, chef de bataillon des aérostiers; Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minéralogiste; Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4:</b><a href="#footnotetag4"> (return) </a> Isnard, Lepère, Lepère (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chézy, ingénieur des ponts et chaussées; Panuson, interprète.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral +Brueys. Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six +vaisseaux de guerre français, six frégates <i>idem</i>, cinq vaisseaux +de guerre vénitiens, trois frégates <i>idem</i>, deux cutters pris sur +les Anglais.</p> + +<p>Le chef de brigade Perrée est parti d'Ancône le 12, avec +deux frégates françaises et deux vénitiennes.</p> + +<p>Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, +l'un et l'autre soient déjà arrivés, et j'espère que, moyennant +votre activité et les mesures que vous avez prises avec +l'ordonnateur Najac, ces vaisseaux pourront repartir quinze +jours après leur arrivée. <i>Le Mercure</i> est le seul vaisseau, je +crois, qui ait besoin de réparation.</p> + +<p>Quant aux vaisseaux vénitiens, s'ils peuvent être armés en +guerre tous les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il +fallait trop de temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: +ainsi, vous n'auriez besoin d'aucun secours de bâtimens de +transport pour porter les dix mille bommes que vous devez +embarquer à Toulon, avec l'artillerie; et, je vous le répète, +le 25 ou même le 20 germinal, tout doit être prêt à partir.</p> + +<p>Plusieurs médecins et officiers généraux ont eu ordre de se +rendre à Toulon: ils s'adresseront à vous, vous leur ferez +fournir le logement et tout ce dont ils auront besoin, et vous +leur direz d'attendre de nouveaux ordres.</p> + +<p>La quatre-vingt-cinquième demi-brigade s'est embarquée +le 3 à Lyon, pour se rendre à Marseille. Le deuxième bataillon +du quatrième régiment d'artillerie s'est embarqué le +5 pour se rendre à Toulon.</p> + +<p>Cinq demi-brigades doivent être, à l'heure qu'il est, embarquées +à Lyon, pour aller par le Rhône jusqu'à Avignon, +et de là se rendre à Toulon.</p> + +<p>Conférez avec le commissaire ordonnateur et le général de +division Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les +cantonnemens de ces troupes sont assurés.</p> + +<p>Les dix-huitième et trente-deuxième demi-brigades, commandées +par le général Rampon, feront cantonnées au fort +Lamalgue, à Lavalette, à Solier, à Hières et autres villages +dans ces environs.</p> + +<p>Les vingt-cinquième et soixante-quinzième, commandées +par le général Gardanne, seront cantonnées à Ollioules, +au Bausset, Laseine, Saint-Lazaire et autres villages environnans.</p> + +<p>La deuxième demi-brigade d'infanterie légère sera cantonnée +dans Toulon. Le général Pigeon aura le commandement +de la deuxième demi-brigade d'infanterie légère. Le général +Gardanne commandera la vingt-cinquième et la soixante-quinzième. +Vous placerez les troisième et quinzième régimens +de dragons dans les endroits où il y aura le plus de +fourrages.</p> + +<p>Je vous recommande de veiller à ce que les troupes aient +tous les jours du vin ou de l'eau-de-vie, et à ce que les subsistances +leur soient assurées.</p> + +<p>Il me tarde d'avoir un compte détaillé sur tous les ordres +contenus dans les instructions que je vous ai données, ainsi +que d'apprendre l'arrivée et l'état dans lequel se trouve le +contre-amiral Brueys.</p> + +<p>Pour n'être pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, +vous devez compter, pour l'embarquement de Toulon, +sur douze à treize mille hommes, compris l'artillerie, les charretiers +et les domestiques, et cinq mille à Marseille.</p> + +<p>Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrivé, il +sera bon que vous ménagiez à Toulon de quoi embarquer +plutôt mille hommes de plus que de moins.</p> + +<p>Je vous envoie:</p> + +<p>1°. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton +qui ne doit pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez +mettre sur-le-champ trente en construction, avec les poutrelles +et ce qui est nécessaire pour établir le pont.</p> + +<p>2°. L'esquisse d'un petit bateau portant une pièce de 12, +et dont la simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: +vous en ferez mettre sur-le-champ deux en construction.</p> + +<p>3°. Le mémoire et le projet d'une petite corvette portant +une pièce de 24 et plusieurs pièces de 6, laquelle doit se diviser +en parties, pour pouvoir être transportées par terre sur +huit diables. Vous en ferez mettre une sur-le-champ en construction.</p> + +<p>Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux +soient en état de partir le plus tôt possible. Il les faudrait +avoir pour les premiers jours de floréal.</p> + +<p>Quant à la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle +sera finie, nous nous en servirons. Je sais bien que +cela ne peut pas être avant le milieu de prairial: ce serait un +grand bien, s'il était possible que cela fût plus tôt.</p> + +<p>En vous envoyant ces plans et les mémoires qui les expliquent, +je n'ai pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun +changement dans le détail. Le véritable point de vue est de +tout sacrifier à la légèreté, afin de les rendre transportables +par terre.</p> + +<p>Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral +Brueys, du moment qu'il arrivera.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je présume, citoyen général, que vous êtes arrivé à Toulon, +puisque vos dernières dépêches m'apprennent que vous +êtes parti de Corfou le 7 ventose.</p> + +<p>L'on est ici extrêmement satisfait de votre conduite. Il +faut que les bâtimens qui vous ont plusieurs fois porté les +ordres du gouvernement aient été pris.</p> + +<p>Maintenez une sévère quarantaine parmi vos équipages: +c'est le plus sûr moyen d'empêcher la désertion. Tous les +ordres ont été donnés pour que la solde et les vivres leur +soient fournis.</p> + +<p>Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres +qui soient sorties depuis long-temps de Toulon.</p> + +<p>Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dépêcherez de +faire faire les réparations dont <i>le Mercure</i> pourrait avoir besoin; +ce qui, joint aux six vaisseaux qui sont en ce moment +en rade; aux treize frégates, au <i>Conquérant</i> armé en flûte, +et au plus grand nombre des vaisseaux vénitiens qui seront +susceptibles d'être promptement armés, vous mettra à +même de remplir la mission brillante qui vous est destinée.</p> + +<p>Je serai fort aise de vous revoir: j'espère que ce sera dans +très-peu de temps.</p> + +<p>Casabianca partira bientôt pour servir sous vos ordres. +Il faut absolument que vous vous arrangiez de manière à +ce que vous puissiez partir le premier floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre de Lyon, +du 3 du courant. J'aurais désiré que vous m'eussiez envoyé +l'état de situation de la quatre-vingt-cinquième, celui des +effets qui lui ont été délivrés, et des notes sur l'esprit qui +anime les troupes.</p> + +<p>Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tôt possible, ainsi +que celui des demi-brigades qui viennent de Suisse.</p> + +<p>Prévenez le général Dugua à Marseille, et le commissaire +ordonnateur Sucy à Toulon, des mouvemens des troupes, +afin qu'ils fassent préparer tout ce qui leur est nécessaire +sur les routes d'Avignon à Marseille et Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de +ligne, ainsi que le vingt-deuxième de chasseurs et le deuxième +escadron du dix-huitième régiment de dragons, se rendent à +Marseille, où ils doivent s'embarquer. Je vous prie, mon +cher général, de veiller à ce qu'ils ne manquent de rien. Le +général Bon et le général Davoust sont partis pour commander, +le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et +l'adjudant-général +Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'état-major +de cette division.</p> + +<p>La deuxième d'infanterie légère, les dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième et soixante-quinzième arriveront +également sous peu de jours à Avignon par le Rhône.</p> + +<p>Elles ont ordre de se rendre à Toulon.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre au général Rampon avec, les dix-huitième +et trente-deuxième, de tenir garnison au fort Lamalgue, +Solliers, Lavalette et Hières; à la vingt-cinquième +et soixante-quinzième de tenir garnison à Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans. Cette brigade +sera commandée par le général Gardanne.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre à la deuxième d'infanterie légère, +qui sera commandée par le général Pigeon, de tenir garnison +à Toulon.</p> + +<p>Vous placerez le général Leclerc et deux régimens de dragons +qu'il commande, dans l'endroit le plus favorable pour +la subsistance de la cavalerie, mais de manière à ce qu'ils +soient dans un cercle de trois ou quatre lieues de Toulon.</p> + +<p>Donnez les ordres à votre commissaire-ordonnateur pour +que ces troupes ne manquent de rien, et prévenez le payeur +de votre division pour qu'elles aient leur prêt avec exactitude, +qu'elles aient le vin ou l'eau-de-vie tous les jours. Voyez +aussi l'ordonnateur Sucy, le général Dommartin, l'amiral +Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la commission de +la Méditerranée.</p> + +<p>Prévenez vos étapiers d'Avignon à Toulon, afin que ces +troupes aient leur subsistance assurée pendant la route.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Sucy.</i></p> + +<p>Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité +de membre de la commission, vous remplissez plus spécialement +les fonctions de l'ordonnateur en chef de l'armée qui +va s'embarquer.</p> + +<p>Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part +de suite de la composition de toute l'armée dont vous êtes +chargé, en vous enjoignant surtout de garder le plus profond +silence.</p> + +<p>L'armée sera composée de cinq divisions:</p> + +<p>1°. Les trois demi-brigades qui s'embarquent à Civita-Vecchia, +qui ont ordre d'embarquer avec elles deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une +ambulance et des vivres pour deux mois.</p> + +<p>2°. La division qui s'embarque à Gênes, composée de trois +demi-brigades, et qui a ordre d'embarquer deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance +et des vivres pour deux mois.</p> + +<p>3°. Une division qui s'embarque à Toulon, composée de la +quatrième d'infanterie légère, de la dix-huitième et de la +trente-deuxième de ligne; vous y attacherez deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une +ambulance.</p> + +<p>4°. Une division qui s'embarquera à Marseille, composée +des neuvième et quatre-vingt-cinquième de ligne, à laquelle +vous attacherez également un chef de chaque administration, +deux commissaires des guerres et une ambulance.</p> + +<p>Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je +viens de classer les divisions, n'est point par les numéros +qu'elles doivent garder; j'ai suivi leur position géographique; +ainsi vous désignerez les deux divisions qui sont à Toulon, +l'une sous le nom de Solliers, l'autre sous celui de Laseine, +sans leur donner aucun numéro.</p> + +<p>Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie +à proportion, doivent être réunies sur un seul point +pour concourir à une même opération. Il est donc nécessaire +que vous ayez avec vous, pour les employer selon les circonstances, +sept à huit bons commissaires des guerres, un chef +d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus, pour +pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger +des différens services de l'armée, sans cependant leur désigner +encore aucune fonction.</p> + +<p>Le général Dommartin commande l'artillerie de ladite armée; +vous vous entendrez avec lui pour tous les détails.</p> + +<p>Le citoyen Desgenettes est médecin en chef; le citoyen +Larrey, chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et médecins +doivent être partis, et, a l'heure qu'il est, être rendus à +Toulon. Indépendamment de cela, vous prendrez le plus de +chirurgiens et de médecins que vous pourrez, soit en en faisant +venir de l'armée d'Italie, soit en prenant ceux de quelque +mérite, que vous pourriez trouver dans le pays où vous +êtes: vous n'en aurez jamais de trop.</p> + +<p>Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez +dans les hôpitaux de Marseille et de Toulon.</p> + +<p>Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit +avoir sa pharmacie pour les malades qui pourraient survenir +pendant le passage, et vous devez aussi embarquer une quantité +de médicamens proportionnée à la force de l'armée, qui +se trouve être de trente mille hommes.</p> + +<p>Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix +bons directeurs d'hôpitaux, un bon architecte, douze ou +quinze maçons, cinq ou six garde-magasins, et un agent en +chef des hôpitaux. Vous avez là dessus liberté toute entière. +Dans les instructions de la commission, j'ai demandé beaucoup +de souliers; indépendamment des besoins qu'aura la +troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y +suppléer jusqu'à ce que nous ayons pu faire des établissemens +dans le pays où nous allons.</p> + +<p>Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu'il y +ait autant de payeurs qu'il y a de divisions, indépendamment +des bureaux et des payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires.</p> + +<p>N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires.</p> + +<p>Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux, +le général de brigade deux, et tous les officiers qui +eut le droit d'avoir des chevaux, un; le commissaire ordonnateur, +trois, et les commissaires des guerres en chef, un; +les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la liberté +d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi +lui accorde.</p> + +<p>Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement +où vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait +les faire mettre en état: je désirerais en avoir un millier.</p> + +<p>Le deuxième bataillon du quatrième régiment s'est embarqué +le 5 à Lyon, pour Avignon. Ainsi, il sera déjà rendu à +Toulon quand vous recevrez cette lettre.</p> + +<p>J'ai donné ordre que l'on embarque cinquante chevaux +d'artillerie à Civita-Vecchia, cinquante à Gênes. Nous en +embarquerons le plus que nous pourrons à Toulon et à Marseille. +Dans les instructions que j'ai données à la commission, +cet article de l'artillerie est spécialement détaillé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette décade, +500,000 fr. à la disposition de la commission chargée de l'inspection +des côtes de la Méditerranée. Je désirerais que la trésorerie +pût faire partir demain des lettres de change pour +200,000 francs sur Gênes, et faire passer 300,000 francs à +Toulon.</p> + +<p>La solde des troupes qui s'embarquent à Gênes est arriérée. +Il serait nécessaire que la trésorerie fit passer au payeur de +la division du général Baraguey-d'Hilliers à Gênes 400,000 fr., +pour payer cette division jusqu'au premier germinal.</p> + +<p>J'ai un courrier tout prêt, qui porterait les lettres de +change pour ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel à nos opérations +que cela pût partir demain.</p> + +<p>Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse +passer de l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. +Il faudrait au moins 300,000 fr.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798).</p> +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> +<p>Le consul recevra, citoyen général, par un courrier que +j'expédierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000 fr. +que j'ai déjà fait passer, fournira les sommes nécessaires a +l'embarquement.</p> + +<p>Faites-moi passer, par le retour de mon courrier:</p> + +<p>1°. L'état de situation des bâtimens, le nombre des tonneaux +et de l'équipage de chaque bâtiment, avec le nombre +d'hommes et le nombre de chaque corps que chaque bâtiment +transporte.</p> + +<p>2°. L'état de situation de votre division, le nom de votre +payeur, de vos deux commissaires des guerres, de vos deux +adjudans généraux, et des officiers d'artillerie et de génie attachés +à l'état-major de la division.</p> + +<p>Tâchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de +médecins que vous pourrez, français ou italiens; quatre médecins, +douze chirurgiens, indépendamment des chirurgiens +des corps et de l'ambulance, ne seraient pas trop.</p> + +<p>Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, français +ou italiens, et des calfats, charrons, serruriers, le plus +que vous pourrez vous en procurer.</p> + +<p>J'écris au général Berthier de vous faire passer trois mille +fusils, s'il peut se les procurer.</p> + +<p>Ne partez pas sans de nouveaux, ordres.</p> + +<p>Faites en sorte d'avoir plutôt trois ou quatre jours de vivres +de plus que de moins. Tenez la main à ce que l'on n'embarque +rien d'inutile. Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois +chevaux, les généraux de brigade deux, et les autres officiers +qui ont le droit d'avoir des chevaux, un; mais chacun embarquera +ses selles et ses palfreniers.</p> + +<p>Laissez à Gênes un officier supérieur par corps composant +votre division, afin de réunir dans cette ville tous vos hommes +sortant des hôpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, +on leur donnera des ordres pour vous rejoindre. Les officiers +peuvent également donner rendez-vous à Gênes à leurs domestiques, +et gros bagages, qu'ils ne pourraient pas embarquer +avec eux.</p> + +<p>Embarquez tous les dépôts actuellement existans.</p> + +<p>J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'écris +à Berthier de vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-général.</p> + +<p>Faites-moi connaître, par le retour du courrier, l'état +exact et par corps de tout ce qui serait dû aux soldats.</p> + +<p>Ayez avec vous trois bons directeurs d'hôpitaux et une +centaine de bons infirmiers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, des lettres pour le payeur +de la division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon +et de deux autres départemens.</p> + +<p>Vous ferez donner à Lyon la solde aux troupes jusqu'au +15 de ce mois. Si la division n'avait point à Lyon de payeur, +vous chargeriez un des quartiers-maîtres d'en faire les fonctions +et de recevoir l'argent que la trésorerie donne ordre de +remettre entre ses mains pour subvenir aux dépenses ultérieures +du prêt.</p> + +<p>Ayez soin, en m'envoyant l'état de situation de chaque +corps, de m'instruire jusqu'à quel jour les soldats ont été +payés, ainsi que de la quantité d'effets qui a été distribuée a +chaque corps et ce qui pourrait leur manquer encore. Surtout +ayez bien soin de completter l'armement.</p> + +<p>Voyez le commandant de l'artillerie à Lyon, pour vous +informer quand partiront les différens objets que le général +Dommartin doit lui avoir demandés, et pressez-le le plus que +vous pourrez. Voyez les salles d'armes. Faites partir le plus +tôt possible dix ou douze mille bons fusils avec autant de +sabres, et deux mille selles et brides de hussards et même de +dragons.</p> + +<p>Il faut que tous ces différens objets soient à Avignon le +25 de ce mois. Vous préviendrez le général Dommartin de +tout ce qui partira, afin qu'il prenne ses mesures pour que, +d'Avignon, le tout se rende de suite à Toulon.</p> + +<p>Instruisez moi de tout dans le plus grand détail.</p> + +<p>Envoyez l'adjudant-général Lagrange à Grenoble, pour +connaître le jour où les différens objets que le général Dommartin +a dû demander, seront arrivés a Avignon et pressez +le départ du tout.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je profite du départ de Suchet pour vous écrire deux +mots. J'ai expédié à Rome un courrier extraordinaire il y a +trois heures: il était chargé d'une lettre pour Berthier ou +vous.</p> + +<p>J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement +de l'armée, vous communiquera les renseignemens sur +les embarcations qui se font à Civita-Vecchia et à Gênes. +Comme il est extrêmement essentiel que ces embarquemens +n'éprouvent aucun retard, je vous les recommande spécialement. +Il paraît que celui de Gênes va assez bien, mais celui +de Civita-Vecchia est bien arriéré.</p> + +<p>Aidez Dessaix, à qui le directoire a confié le commandement +des troupes qui s'embarquent a Civita-Vecchia.</p> + +<p>Vous avez beaucoup à faire dans le pays où vous êtes. +J'espère que ce sera le passage d'où vous viendrez me rejoindre +pour donner le dernier coup de main à la plus grande +entreprise qui ait encore été exécutée parmi les hommes.</p> + +<p>Entourez-vous d'hommes à talens et forts.</p> + +<p>Je vous recommande de protéger l'observatoire de Milan, +et, entre autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que +l'on tient à son égard: c'est le meilleur géomètre qu'il y ait eu.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Schawenbourg.</i></p> + +<p>La trésorerie donne ordre, citoyen général, à son payeur +à Berne, de faire passer 3,000,000 à Lyon. J'expédie l'ordre +de la trésorerie par un courrier extraordinaire.</p> + +<p>Comme ces 3,000,000 sont destinés à l'armée d'Angleterre, +je vous serai obligé de me faire connaître le jour où ils pourront +arriver à Lyon, et en quelle monnaie. Il serait nécessaire +que, le plus possible, ce fût en monnaie de France.</p> + +<p>La trésorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. +Je vous prierai d'activer par tous les moyens possibles +leur arrivée à Lyon avant le 20 de ce mois.</p> + +<p>Je suis fort aise, citoyen général, que cette circonstance +m'ait fourni l'occasion de correspondre avec vous et de vous +témoigner l'estime et la considération distinguée avec laquelle +je suis,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, vos dernières lettres. Je ferai partir, +par un courrier extraordinaire, des lettres de change pour +600,000 fr. Elles ne sont payables que dans un mois; mais +vous vous arrangerez pour avoir tout de suite de l'argent +comptant.</p> + +<p>Quatre cent mille fr. sont destinés pour la solde des troupes, +et 200,000 pour l'extraordinaire de l'expédition. +Le payeur de la division du général Baraguey-d'Hilliers +rendra compte des 400,000 fr. à la trésorerie, et vous rendrez +compte à la commission à Toulon des autres 200,000.</p> + +<p>J'espère que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir +à toutes les dépenses de l'opération, puisque vous ne paierez +que quinze jours de nolis aux bâtimens. Vous savez qu'il est +avantageux qu'il ne soit payé en définitif qu'à la fin de l'expédition. +Vous avez parfaitement fait de noliser par mois.</p> + +<p>J'ai trouvé que 16 fr. par tonneau était excessivement +cher. Vous devez trouver quelques biscuits à Tortone ou à +Milan: j'en ai fait faire une très-grande quantité; cela économiserait +d'autant.</p> + +<p>Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez +retenir une décade, laquelle ne doit être donnée que lorsqu'on +sera embarqué.</p> + +<p>J'écris à Berthier qu'il vous fasse remettre le présent que +j'ai destiné au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; +vous le vendrez; mais faites en sorte que l'on ne sache pas que +c'était ce que l'on destinait à M. de Gallo, afin que cela ne +fasse pas un mauvais effet. L'argent provenant de ces diamans +sera mis dans la caisse du payeur de cette division, pour les +événement extraordinaires, et on n'en disposera que pour +subvenir aux dépenses que pourrait nécessiter un nouveau +relâche dans quelque port, et sur mon ordre.</p> + +<p>Le convoi ne partira que d'après de nouveaux ordres; mais +je vous conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les +premiers jours de floréal, et que les deux mois de vivres +soient bien complets, et qu'il y ait plutôt pour quatre ou +cinq jours de plus que de moins.</p> + +<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que dans tous +les cas leur subsistance soit assurée pour deux mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Vous ferez remettre, mon cher général, à Belleville, le +présent que j'avais destiné pour M. de Gallo. Il s'en servira +pour faire de l'argent. Les circonstances présentes et le besoin +que nous en avons pour l'expédition de la Méditerranée, +sont d'une importance majeure. Gardez le plus profond secret, +afin que cela ne produise pas un mauvais effet.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et à tous +les ingénieurs des ponts et chaussées, ou géographes qui sont +à l'armée, de se rendre à Gênes, pour y être embarqués sous +les ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Faites-lui passer trois bons directeurs d'hôpital, une centaine +d'infirmiers, et les médecins et chirurgiens qu'il vous +demandera.</p> + +<p>Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de +faire passer, de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour +être embarqués à Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Par la lettre que je reçois de Monge, citoyen général, du +30 ventose, je vois qu'il sera impossible que vous soyez prêt +pour le 30 germinal. Dans ce cas-là, continuez toujours vos +préparatifs, et tâchez d'être-prêt pour le 20 floréal époque +à laquelle je vous Enverrai de nouveaux ordres.</p> + +<p>Je préfère, si cela est possible, que vous vous embarquiez +sur les plus gros bâtimens, ayant les vivres et tout ce qui vous +est nécessaire, et retardiez d'une ou deux décades pour vous +les procurer, à vous voir passer en Corse sur de petits bateaux.</p> + +<p>Ou je viendrai vous prendre à Civita-Vecchia, ou je vous +enverrai des frégates pour vous escorter et vous conduire à +l'endroit où il sera nécessaire.</p> + +<p>Tâchez de vous procurer à Rome deux ou trois mille fusils; +faites-les transporter à Civita-Vecchia; embarquez-les +sur votre convoi, ou, si cela vous encombre et exige de nouveaux +moyens de transport, nous l'es ferons venir après.</p> + +<p>Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il +leur faut pour commencer l'opération. On leur soldera tous +les mois le nolis de leurs bâtimens.</p> + +<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que, dans tous +les cas, leur subsistance leur soit assurée pour deux mois.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys est arrivé à Toulon; là, à Marseille +et à Gênes, les affaires vont parfaitement.</p> + +<p>Je compte partir de Paris le 26 de ce mois.</p> + +<p>Si vous envoyez des courriers, il sera nécessaire qu'ils s'adressent, +à Lyon, au général Lannes, ou, dans le cas qu'il +n'y soit plus, au général commandant, qui saura seul si je +suis passé, afin de se diriger sur Toulon ou sur Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Monge.</i></p> + +<p>J'ai reçu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. +Desaix doit être arrivé. Je vous prie de lui remettre la lettre +ci-jointe. Je ne compte que sur vous et sur lui pour l'embarquement de +Civita-Vecchia. J'ai envoyé d'ici de l'argent, afin +de vous décharger entièrement de l'embarquement à Gênes.</p> + +<p>Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur +vous, dussé-je remonter le Tibre avec l'escadre pour vous +prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'apprends à l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je +vous écris deux mots: j'ai reçu votre lettre du 8. J'ai appris +avec plaisir que l'embarquement de Civita-Vecchia avançait.</p> + +<p>J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, à Toulon, +a une frégate armée en flûte, de se tendre a Civita-Vecchia; +elle pourra embarquer quatre cents hommes et servira +à embarquer Desaix, auquel vous direz de m'envoyer un +courrier extraordinaire pour m'instruire de sa position au +1er floréal.</p> + +<p>Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens +de toute espèce. Je vous recommande spécialement l'imprimerie +arabe de la Propagande.</p> + +<p>Si Faypoult voulait être des nôtres, il pourrait nous être +bien utile là-bas. Les choses sont ici assez tranquilles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du +courrier, 1°. l'état des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et +de leurs équipages qui se trouvent en rade et prêts à partir +au 1er floréal, avec le nombre d'hommes que chacun peut +porter;</p> + +<p>2°. Les bâtimens de guerre armés en flûte, le nombre +d'hommes, d'équipages, et la quantité de monde que chacun +peut embarquer;</p> + +<p>3°. L'état de l'artillerie, ou embarquée, ou qui pourra être +embarquée pour le 1er floréal;</p> + +<p>4°. La situation des vivres et des approvisionnemens pour +la troupe de passage, pendant deux mois, qui se trouvera +embarquée au 1er floréal;</p> + +<p>5°. La quantité d'eau que chaque bâtiment aura à bord au +1er floréal;</p> + +<p>6°. Le transport, avec le nombre d'équipages, le nombre +d'hommes que chacun doit porter, qui seront prêts à partir +au 1er. floréal, tant a Marseille qu'à Toulon, et la quantité +de vivres et d'eau que chacun aura à bord;</p> + +<p>7°. Le nom des officiers de génie, d'artillerie, commissaires +des guerres, généraux, troupes d'artillerie, demi-brigades +qui seront arrivés à Marseille ou à Toulon, au jour où ledit +état sera fait, ainsi que les sommes qui seront dues à ces différens corps.</p> + +<p>Le courrier part aujourd'hui 16 à dix heures du soir; il +arrivera le 20, avant minuit, à Toulon. Je vous prie de le +faire partir dans la journée du 21, afin qu'il soit de retour, +au plus tard, le 25.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>La division du général Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque +à Gênes, ne se monte pas à plus de six mille hommes, et cependant +le convoi composé de soixante-six bâtimens, dont +vous m'avez envoyé l'état, porte de douze à treize mille tonneaux. +Un bâtiment peut porter un homme par tonneau, sans +aucune espèce d'inconvénient. Je vous prie de faire l'essai et +de vous assurer du nombre d'hommes que chaque bâtiment +peut porter: car si c'est un inconvénient de trop resserrer les +hommes, c'en serait un aussi de trop les diviser et d'employer +plus de transports qu'il ne faut. Je m'en rapporte là-dessus à +votre expérience.</p> + +<p>S'il arrivait que ces bâtimens ne pussent pas porter davantage d'hommes, mais pussent porter davantage d'artillerie, je +vous prierais d'y faire embarquer, sans augmenter le convoi, +un second million de cartouches, et jusqu'à la concurrence +de dix mortiers de 12 pouces, dix <i>id.</i> de 8 pouces, dix pièces +de 24, approvisionnés tous à cinq cents coups, avec double +affût.</p> + +<p>Vous ne manquez pas a Gênes de ces différens objets d'artillerie, qui, en tout cas, seraient bien vite arrivés de Tortone. +Vous aurez soin de m'instruire de ce que vous pourrez +faire là-dessus, et d'en envoyer l'état circonstancié au général +Dommartin. Ce que vous embarquerez de ces objets diminuera +d'autant l'embarquement que nous sommes obligés de +faire de notre équipage de siége.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>La trésorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent +qui vous est destiné: vous devez n'avoir aucune inquiétude +sur cet objet, et pousser vos travaux avec la plus grande +activité. Il est indispensable que l'escadre du contre-amiral +Brueys et celle qui est en rade avec tous les transports soient +prêtes à partir au 1er floréal.</p> + +<p>La frégate armée en flûte reçoit l'ordre, par le courrier, +de se rendre à Civita-Vecchia, pour embarquer du monde +dans ce port. Il est urgent qu'elle parte le plus promptement +possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p> + +<p>Je vois avec peine, citoyen général, que tous les préparatifs +que vous faites, pour vous procurer de l'artillerie, traîneront +en longueur. Voyez à prendre à Toulon, Antibes, +Marseille et Nice, ce qui vous serait nécessaire. Il y a, à +Nice, toutes les pièces de 24 que vous pourrez désirer. Il y +a sur la côte de la Méditerranée plus de soixante mortiers à +la Gomère. Il faut être prêt à partir dans les premiers jours +de floréal: vous sentez bien que les bombes que vous faites +faire dans les foyers du Forez, ne peuvent être prêtes pour +cette époque.</p> + +<p>Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, dans +le plus grand détail, dans quelle situation vous vous trouverez +au moment où vous m'écrirez, quelles sont les pièces ou +autres effets qui sont embarqués, et où se trouvent les objets +qui ne le sont pas.</p> + +<p>J'ai écrit au général Lannes pour qu'il ait à activer, de +Lyon et Grenoble, les demandes que vous avez faites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Vous avez ordonné, citoyen ministre, il y a un mois, à +l'ordonnateur Najac d'armer en flûte une vieille frégate pour +servir au transport des troupes: je vous prie de faire donner +l'ordre à cette frégate de se rendre à Civita-Vecchia, où elle +servira à embarquer une partie des troupes qui ont ordre de +s'y embarquer. Elle servira en même temps pour l'escorte du +convoi. Elle embarquera le général qui commande cette expédition, +duquel elle recevra des ordres pour toute la destination +du convoi. Il serait nécessaire que cette frégate partît +le plus tôt possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Il serait nécessaire, citoyen ministre, d'avoir à Toulon +vingt mille fusils pour l'opération qu'y a commandée le gouvernement. +Comme il n'y en a pas dans cette place, ni à Marseille, +je vous prie de les faire partir le plus tôt possible de +Lyon ou de Saint-Etienne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je vous prie, général, de faire partir, par un courrier +extraordinaire, la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. +Je désirerais que le citoyen Belleville fit embarquer à Gênes +dix pièces de 2, vingt mortiers, à cinq cents coups par pièce, +si les bâtimens du convoi y peuvent suffire.</p> + +<p>Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou même de +Gênes, les effets d'artillerie dont il peut avoir besoin.</p> + +<p>Je vous recommande, mon cher général, d'accélérer de +tous vos moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne +faudrait pas que cet embarquement retardât nos opérations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous écrit +la trésorerie, avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit +mille piastres; sous trois jours je vous enverrai le reste, +jusqu'au complément de 600,000 fr.</p> + +<p>Je vous ai écrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour +de mon courrier, de m'instruire dans le plus grand détail +de la situation dans laquelle vous vous trouverez au 1er. +floréal, et de me l'expédier de suite. Je lui donne l'ordre de +ne pas rester plus de vingt-quatre heures à Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, mon cher général; +mais les dernières nouvelles que j'ai reçues de Monge, +le 8 germinal, étaient assez satisfaisantes.</p> + +<p>Le général de division ne peut embarquer que trois chevaux, +le général de brigade, deux, et les deux autres officiers +qui ont droit à des chevaux, un. Il faut tenir la main a l'exécution +du dit ordre.</p> + +<p>Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie +et cent chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer +les cent meilleurs chevaux du septième régiment de hussards, +ayant soin de les donner tous à un même escadron, et tenir +la main à ce que, sous ce prétexte, les officiers de cavalerie +ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au commencement +du débarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie +à mettre à terre.</p> + +<p>Les chevaux restans du septième régiment de hussards et +du vingtième de dragons, seront donnés aux autres corps de +cavalerie de l'armée; en embarquant le harnachement, vous aurez +soin que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne reste +aucun homme du septième et du vingtième en Italie. Faites +compléter la musique de vos différentes demi-brigades. Donnez-en +une à la vingt-unième d'infanterie légère, s'il n'y en +a pas.</p> + +<p>Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela +était, vous pourriez vous en faire donner dans les corps qui +restent à Rome.</p> + +<p>Faites donner un drapeau à chaque bataillon de la vingt-unième +d'infanterie légère. Ayez soin que les lieutenans et les +sous-officiers d'infanterie légère soient armés de fusils, ainsi +que les sous-officiers de ligne. Faites armer de fusils les +canonniers.</p> + +<p>J'avais ordonné, dans le temps, que chaque corps eût un +certain nombre de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous +que cet ordre est exécuté.</p> + +<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, qui peut porter +six cents hommes, doit être partie de Toulon, pour se rendre +à Civita-Vecchia. Cela servira à vous embarquer.</p> + +<p>Tout étant prêt à Toulon, Marseille et Gênes, je compte +partir dans six jours. J'y serai dans les premiers jours de floréal. +Envoyez-moi un courrier pour Lyon. Il s'informera +chez le général commandant où je suis.</p> + +<p>Je désirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite +ligne à Toulon, qui me fît connaître la situation dans laquelle +vous vous trouverez au 1er floréal, pour que je vous +envoie des ordres en conséquence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Il était resté en Italie, citoyen général, vingt-cinq hommes +de mes guides à cheval, soit aux hôpitaux, soit en détachement +avec le général Berthier; je vous prie de leur donner +l'ordre de se rendre à Gênes, où ils s'embarqueront avec le +général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire partir pour Gênes tous les hommes +qui resteraient des demi-brigades suivantes: deuxième +d'infanterie légère, vingt-deuxième <i>id.</i>; dix-huitième, vingt-cinquième, +trente-deuxième, soixante-quinzième, neuvième, +quatre-vingt-cinquième, treizième, soixante-neuvième de +ligne; quatorzième, quinzième, dix-huitième régimens de +dragons; vingt-deuxième de chasseurs.</p> + +<p>Et de faire rendre à Civita-Vecchia ceux des vingt-unième +d'infanterie légère, soixante-unième, quatre-vingt-huitième +de ligne; septième régiment de hussards, vingtième <i>idem</i> de +dragons.</p> + +<p>Ces hommes s'embarqueront à la suite des divisions qui +s'embarquent à Gênes et à Civita-Vecchia; et quand même ces +divisions seraient parties, leurs dépôts resteront à Gênes et +à Civita-Vecchia, de manière que lorsqu'il y aura cent hommes +réunis, on pourra les faire partir pour rejoindre au lieu +où se rend ledit embarquement.</p> + +<p>Les quatorzième et dix-huitième de dragons et le septième +de hussards laissent leurs chevaux sans hommes à Gênes et à +Civita-Vecchia. Envoyer des détachemens des différens +corps de cavalerie qui ont le plus d'hommes à pied. Vous +trouverez dans les régimens de dragons, des chevaux qui +pourront remonter votre grosse cavalerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>J'imagine, citoyen général, qu'à l'heure qu'il est, l'embarquement +de Gênes doit être prêt.</p> + +<p>J'avais écrit au général Berthier, en date du 25 ventose, +pour qu'il fît préparer des bâtimens capables de porter cent +cinquante chevaux, indépendamment de ceux des états-majors.</p> + +<p>Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie +et cent des meilleurs chevaux du quatorzième de dragons. +Vous aurez surtout bien soin que ces chevaux montent +les hommes d'un même escadron, et que les officiers de cavalerie +n'en profitent point pour faire passer leurs chevaux, de +manière qu'au moment du débarquement, vous ayez un escadron +tout monté pour votre service.</p> + +<p>Vous ferez préparer en outre des bâtimens pour porter les +chevaux de l'état-major, si vous ne croyez pas plus convenable +de les embarquer dans les mêmes bâtimens où s'embarquent +les officiers. Au reste, ce ne doit pas être un objet, +puisque je ne calcule pas que cela puisse passer vingt ou +vingt-cinq chevaux.</p> + +<p>Les chevaux restans des quatorzième et dix-huitième de +dragons seront donnés à des détachemens de différens régimens +qui sont en Italie, auxquels ils seront distribués; bien +entendu que vous aurez soin de faire embarquer les selles et +tout le harnachement.</p> + +<p>Vous aurez soin que le quatorzième et le dix-huitième de +dragons ne laissent aucun homme en Italie, et que tout soit +embarqué. Faites completter la musique de vos différentes +demi-brigades. Donnez-en une à la vingt-deuxième d'infanterie +légère, si elle n'en a pas.</p> + +<p>Donnez trois drapeaux à la vingt-deuxième d'infanterie +légère. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie +légère aient des fusils, ainsi que les sous-officiers des +demi-brigades de bataille. Faites donner à l'artillerie à pied +des fusils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Regnier.</i></p> + +<p>Le général de division Regnier se rendra à Lyon; il y verra +le général de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, +qui ont été demandés par le général Dommartin, +sont partis de Lyon.</p> + +<p>Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des +transports, pour activer le départ des objets demandés.</p> + +<p>Il m'écrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce +qu'il aura fait.</p> + +<p>Il se rendra à Grenoble pour activer également le départ +des objets d'artillerie qui auraient été demandés par le général +Dommartin.</p> + +<p>Arrivé à Avignon, il fera faire toutes les dispositions nécessaires +pour que tous les objets d'artillerie qui arriveraient +dans cette ville, soient sur-le-champ mis en route pour +Toulon.</p> + +<p>Avant de partir pour Paris, il verra le général Dufalga, +pour avoir de lui la note de tous les effets qui sont partis ou +doivent partir de Paris, et le jour où ils passent à Lyon ou à +Avignon.</p> + +<p>Il préviendra les directeurs des transports de ces deux +villes, afin que ces objets n'éprouvent aucun retard.</p> + +<p>De là il se rendra à Marseille, où il attendra de nouveaux +ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 11, avec les états +qui y étaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville +le restant des sommes pour completter 800,000 fr., y compris +le premier envoi de 200,000 fr.</p> + +<p>Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille +hommes, c'est trop. Dans les embarquemens que nous faisons +à Toulon et à Brest, l'on ne compte qu'un tonneau par +homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore trop cher: nous ne +payons que la moitié sur l'Océan et à Marseille. Une décade +d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera payé lors de l'arrivée.</p> + +<p>Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens +me paraissent aussi trop cher.</p> + +<p>Pourvu que le prêt soit payé à jour, à l'instant qu'on +s'embarque, l'on pourra se passer de deux mois d'avance.</p> + +<p>Il résulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchés doivent +faire votre embarquement, puisque vous en portez la +valeur à 1,500,000 fr., et que vous y comprenez 260,000 fr. +pour deux mois de prêt d'avance, 400,000 fr. pour le nolis +de deux mois; en tout 660,000 fr. d'économisés.</p> + +<p>Il sera facile d'économiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. +S'il vous est possible d'avoir deux décades de prêt au moment +de votre embarquement, ce sera un grand bien. S'il reste une +queue de 100,000 fr. à devoir aux fournisseurs, cela serait +payé à Paris.</p> + +<p>J'espère donc qu'au 1er floréal vous serez prêt à partir. +Dans quatre jours, je vous expédierai un courrier, avec +l'ordre, qui devra être exécuté, quelle que soit la position +où vous vous trouverez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trésorerie +nationale avec des lettres de change pour 20,000 piastres. +Ainsi, voilà 800,000 fr. que vous avez reçus pour l'embarquement. +Cela doit vous suffire: d'ailleurs les diamans que +vous vendez vous mettront peut-être à même de pouvoir +prendre 200,000 fr., s'il est nécessaire, et enfin s'il y avait un +reste de compte de 100,000 francs dû aux fournisseurs, cela +serait payé à Paris.</p> + +<p>Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le départ du +convoi: il faut que tout soit prêt à partir le 1er floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que m'a remise votre +aide-de-camp. 3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce +mois, de Berne pour Lyon. Vous trouverez ci-joint l'ordre +de la trésorerie à son payeur de Lyon, de les faire passer +sur-le-champ à Toulon.</p> + +<p>Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhône; vous vous +rendrez avec lui à Avignon, d'où vous le ferez partir en +toute diligence, de Lyon pour Toulon. Vous m'instruirez du +jour de votre départ de Lyon, et des différentes espèces qui +composent le convoi de 3,000,000.</p> + +<p>Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous +aurez pris toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de +son transport, vous vous rendrez à Marseille, où vous attendrez +de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la +trésorerie nationale un contrôleur auprès du payeur de la +commission de la Méditerranée. Je vous recommanderai, +pour cette place, le citoyen Poussielgue, qui est actuellement +à Paris, et qui a été long-temps employé dans votre ministère.</p> + +<p>Je désirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez +mettre, cette décade, à la disposition de la commission de la +Méditerranée, vous fissiez remettre, à Paris, au général +Dufalga, commandant le génie de l'armement de la Méditerranée, +500,000 fr. pour dépenses de ce corps, instrumens, etc.; +et 100,000 fr. à ma disposition à toucher à Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations étrangères.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner +l'ordre au citoyen Magallou, consul de la république au +Caire, de partir sur-le-champ pour se rendre le 3 floréal à +Marseille, où il recevra de nouveaux ordres.</p> + +<p>Ce consul réclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre +département, dont les comptes ne sont pas encore apurés. Je +désirerais que vous lui fissiez donner un à-compte de moitié.</p> + +<p>Je vous prie de donner également l'ordre au citoyen Venture +de partir sur-le-champ pour Toulon, où il recevra de +nouveaux ordres. Je désirerais que vous lui fissiez donner les +frais de poste, et que vous lui assurassiez la place qu'il a +dans votre département, en faisant toucher à sa famille les +appointemens qu'il a.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez à +une de nos bonnes frégates de partir de Toulon pour se rendre +à Gênes, et prendre sous son escorte le convoi qui est prêt à +partir de cette ville. Elle prendra à son bord le général de division +qui commande le convoi, de qui elle recevra des ordres +pour sa destination.</p> + +<p>Je vous prie également de donner l'ordre pour qu'on fasse +partir pour Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros bâtimens +de transport qui sont à Toulon, pour embarquer les troupes +qui doivent partir d'Ajaccio. Ils y attendront de nouveaux +ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte d'une corvette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif, citoyen général, voulant récompenser +les services que vous lui avez rendus dans la Méditerranée, +où vous naviguez depuis quinze mois, vous a +nommé au grade de vice-amiral. Vous recevrez incessamment +votre nomination ainsi que votre brevet.</p> + +<p>Une frégate reçoit ordre de partir pour Gênes, pour escorter +le convoi qui doit partir de cette ville; il est nécessaire +qu'elle soit commandée par un homme de tête.</p> + +<p>Les chefs de division Decrés et Thevenard doivent être +arrivés. Le citoyen Ganteaume et deux autres officiers de +marine partent après demain de Paris. Nous organiserons +l'escadre avant de partir, de manière à ce qu'elle puisse être +digne de la grande mission qu'elle va remplir.</p> + +<p>Je ne doute pas que, grâce à votre activité, tout ne soit +prêt à partir dans les premiers jours de floréal. J'imagine +qu'à l'heure qu'il est vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau +à bord, et qu'il n'y a plus qu'à y mettre les hommes.</p> + +<p>Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes +et d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les +corvettes et tous les avisos qui étaient de l'armée d'Italie et +sous vos ordres, sont dans ce moment à Livourne ou à Gênes. +Envoyez par la frégate qui part l'ordre à tous ceux qui sont +à Gênes, de partir pour escorter le convoi, à tous ceux qui +sont à Livourne ou ailleurs, de se rendre à Civita-Vecchia, +où ils seront sous les ordres de la frégate qui s'y rendra de +Toulon, et serviront à escorter le convoi.</p> + +<p>Faites rallier à Toulon toutes les corvettes qui seraient +disséminées dans nos différens ports.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note remise au directoire.</i></p> + +<p>Dans notre position, nous devons faire à l'Angleterre une +guerre sûre, et nous le pouvons.</p> + +<p>Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante +ou cinquante millions pour réorganiser notre marine.</p> + +<p>Notre armée de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au +lieu que la guerre oblige l'Angleterre à faire des préparatifs +immenses qui ruinent ses finances, détruisent l'esprit de +commerce et changent absolument la constitution et les moeurs +de ce peuple.</p> + +<p>Nous devons employer tout l'été à armer notre escadre de +Brest, à faire exercer nos matelots dans la rade, à achever +les vaisseaux qui sont en construction à Rochefort, à Lorient +et à Brest.</p> + +<p>Si l'on met quelque activité dans ces travaux, nous pouvons +espérer d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux +à Brest, y compris les quatre ou cinq nouveaux que +l'on peut construire à Lorient et à Rochefort.</p> + +<p>Nous aurons, vers la fin du mois, dans les différens ports +de la Manche, près de deux cents chaloupes canonnières. Il +faut les placer à Cherbourg, au Havre, à Boulogne, à Dunkerque +et à Ostende, et employer tout l'été à emmariner nos +soldats.</p> + +<p>En continuant à donner à la commission des côtes de la +Manche 300,000 fr. par décade, nous pouvons faire construire +deux cents autres chaloupes d'une dimension plus forte +et propre à transporter des chevaux.</p> + +<p>Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents +chaloupes canonnières à Boulogne, et trente-cinq vaisseaux +de guerre à Brest.</p> + +<p>Les Hollandais peuvent également avoir dans cet intervalle +douze vaisseaux de guerre au Texel.</p> + +<p>Nous avons dans la Méditerranée deux espèces de vaisseaux:</p> + +<p>Douze vaisseaux de construction française qui peuvent, +d'ici au mois de septembre, être augmentés de deux nouveaux;</p> + +<p>Neuf vaisseaux de construction vénitienne.</p> + +<p>Il serait possible, après l'expédition, que le gouvernement +projetât dans la Méditerranée de faire passer les quatorze +vaisseaux à Brest et de garder dans la Méditerranée, simplement +les neuf vaisseaux vénitiens; ce qui nous ferait, dans +le courant des mois d'octobre ou de novembre, cinquante +vaisseaux de guerre français à Brest, et presque autant de +frégates.</p> + +<p>Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes +sur le point de l'Angleterre que l'on voudrait, en évitant +même un combat naval, si l'ennemi était plus fort, dans le +temps que quarante mille hommes menaceraient de partir sur +les quatre cents chaloupes canonnières et autant de bateaux +pêcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise et dix +mille hommes de transport menaceraient de se porter en +Écosse.</p> + +<p>L'invasion en Angleterre, exécutée de cette manière, et +dans les mois de novembre et de décembre, serait presque +certaine.</p> + +<p>L'Angleterre s'épuiserait par un effort immense et qui ne +la garantirait pas de notre invasion.</p> + +<p>En effet, l'expédition dans l'Orient obligera l'ennemi à +envoyer six vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-être +le double de frégates a l'embouchure de la mer Rouge. +Elle serait obligée d'avoir de vingt-deux à vingt-cinq vaisseaux +à l'embouchure de la Méditerranée, soixante vaisseaux +devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait un total +de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle +a aujourd'hui en Amérique et aux Indes, sans compter dix ou +douze vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de +frégates, qu'elle serait obligée d'avoir pour s'opposer à l'invasion +de Boulogne.</p> + +<p>Nous nous conserverions toujours maîtres de la Méditerranée, +puisque nous y aurions neuf vaisseaux de construction +vénitienne.</p> + +<p>Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans +cette mer; ce serait de faire céder par l'Espagne trois vaisseaux +de guerre et trois frégates à la république ligurienne: +cette république ne peut plus être aujourd'hui qu'un département +de la France. Elle a plus de vingt mille excellens +marins.</p> + +<p>Il est d'une très-bonne politique de la part de la France +de favoriser et d'exiger même que la république ligurienne +ait quelques vaisseaux de guerre.</p> + +<p>Si l'on prévoit des difficultés à ce que l'Espagne cède à +nous ou à la république ligurienne trois vaisseaux de guerre, +je croirais utile que nous-mêmes nous rendissions à la république +ligurienne trois des neuf vaisseaux que nous avons +pris aux Vénitiens, et que nous exigeassions qu'ils en construisissent +trois autres. C'est une bonne escadre, montée par +de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnée. Avec +l'argent que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire à +Toulon trois bons vaisseaux de notre construction, car les +vaisseaux de construction vénitienne exigent autant de matelots +qu'un bon vaisseau de 74; et des matelots, voilà notre +partie faible.</p> + +<p>Dans les événemens futurs qui peuvent arriver, il nous +est extrêmement avantageux que les trois républiques d'Italie +qui doivent balancer les forces du roi de Naples et du +grand-duc de Toscane, aient une marine plus forte que celle +du roi de Naples.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je ne mène avec moi, citoyens directeurs, dans l'expédition +de la Méditerranée, que deux mille cinq cents hommes +de cavalerie sans chevaux. Cela fait donc deux mille cinq +cents chevaux qui seront distribués aux autres régimens de +cavalerie de la république.</p> + +<p>Mais, dans le pays où nous allons, on peut compter facilement +sur dix ou douze mille très-bons chevaux.</p> + +<p>Je crois donc qu'il serait nécessaire de faire embarquer +quatre ou cinq régimens de cavalerie sans chevaux, et remonter +avec les chevaux desdits régimens les hommes que nous +avons à pied dans les différens dépôts.</p> + +<p>Je désirerais que le gouvernement ordonnât au premier +régiment de cavalerie de se rendre à Gênes pour y être embarqué +avec ses selles et sans chevaux; au vingt-quatrième +régiment de chasseurs, de s'embarquer à Civita-Vecchia avec +ses selles et sans chevaux; au onzième de hussards, de se +rendre à Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans +chevaux; aux deux régimens de chasseurs qui ont le plus +d'hommes à pied, de se rendre à Toulon pour s'y embarquer.</p> + +<p>Faire distribuer les chevaux: 1°. du vingt-quatrième régiment +de chasseurs, du neuvième d'hussards, du vingtième +de dragons, qui s'embarquent à Civita-Vecchia; 2°. du quatorzième +de dragons, du premier de cavalerie, de deux escadrons +du dix-huitième de dragons qui s'embarquent a +Gênes, ces six régimens faisant ensemble à peu près dix-huit +cents chevaux; aux cinquième et onzième régimens de cavalerie, +premier d'hussards, quinzième, dix-neuvième, vingt-cinquième +régimens de chasseurs; et comme ces régimens +n'ont pas plus de douze cents hommes à pied, il serait nécessaire +d'envoyer en Italie des régimens de chasseurs et d'hussards +de ceux qui ont le plus d'hommes à pied. Cela servirait +d'ailleurs à renouveler les régimens qui sont en Italie depuis +long-temps et qui s'ennuient d'y être.</p> + +<p>Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxième régiment +de chasseurs, des deux escadrons du dix-huitième de +dragons, du troisième et quinzième de dragons, du onzième +d'hussards, formant seize cents chevaux, et de deux régimens +de chasseurs que je demande, aux régimens de la république +qui en ont le plus besoin, et dès-lors envoyer dans +la huitième division des détachemens d'hommes à pied des +régimens auxquels on veut les donner, pour les prendre.</p> + +<p>Je crois qu'il serait nécessaire d'envoyer en Italie un officier +général inspecteur de cavalerie, uniquement chargé de +la distribution desdits chevaux, afin qu'il n'y ait point de +perte pour la république.</p> + +<p>Je crois qu'il serait également nécessaire d'en envoyer un +dans la huitième division, uniquement chargé de la même +opération: sans quoi, je prévois que les trois quarts des chevaux +seront dilapidés.</p> + +<p>En prenant toutes ces précautions, nous nous trouverons +avoir très-peu d'hommes à pied, à nos dépôts.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen président, le dernier arrêté que le directoire +a pris, relatif à l'armement de la Méditerranée.</p> + +<p>Je désirerais:</p> + +<p>1°. Une lettre du directoire qui autorisât le citoyen Monge, +commissaire du gouvernement à Rome, à s'embarquer avec +le général Desaix, comme savant attaché à l'expédition.</p> + +<p>2°. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a été longtemps +employé auprès de Tippoo Sultan, en qualité d'agent +du roi. On essaierait de le faire passer aux Indes pour renouveler +nos intelligences dans ce pays.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général d'artillerie Andréossi, citoyen président, qui +était directeur de l'équipage des ponts de l'armée d'Italie, +serait nécessaire à l'expédition de la Méditerranée. Il est, +dans ce moment, employé dans la commission des côtes de +l'Océan. Vous pourriez le remplacer dans cette commission +par un autre général du génie ou d'artillerie, soit par le général +Debelle, soit par le général Dulanloy, soit par les généraux +Marescot ou Sorbier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>D'après les renseignemens que j'ai reçus de Berne, citoyen +général, les 3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de +ce mois à Lyon. Il est indispensable qu'ils ne s'y arrêtent que +douze heures, pour en faire la vérification, et que vous ne +vous couchiez pas qu'ils ne soient partis.</p> + +<p>Dès l'instant que les 3,000,000 seront arrivés, vous m'en +expédierez la nouvelle par un courrier extraordinaire.</p> + +<p>Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne +en toute diligence, faites préparer des bateaux en toute diligence +pour le transport.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivés hier, et mon +courrier, Lesimple, est arrivé ce matin.</p> + +<p>Les différens états de situation que vous m'avez envoyés +sont satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres +pour l'embarquement.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour l'argent, les +dispositions sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive +dix millions dans les caisses du payeur de la marine à Toulon: +2,500,000 fr. existans dans la caisse, du 20 ventose; +683,000 fr. qu'il a dû recevoir depuis, dont les ordres étaient +envoyés par la trésorerie précédemment à cette époque; +655,000 fr. que la trésorerie a fait des dispositions, au 29 +ventose, pour faire passer à Toulon.</p> + +<p>Le 5 germinal, on a envoyé des ordres pour faire passer +941,525 fr.</p> + +<p>Le 15 germinal, 670,000 fr.</p> + +<p>Le 25 germinal, 1,050,000 fr.</p> + +<p>La trésorerie a donné des ordres pour que 3,000,000 se +rendissent à Toulon; ils doivent être arrivés dans cette ville, +à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Vous ne devez donc avoir aucune espèce d'inquiétude; vous +voyez que les 200,000 fr. qui sont nécessaires à la solde de +l'amiral Brueys;</p> + +<p>Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, +germinal et floréal;</p> + +<p>Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et +1,500,000 fr. pour les dépenses extraordinaires de l'ordonnateur, +et spécialement les deux mois d'avance aux matelots; +Les 600,000 fr. pour la solde des troupes de terre, et +600,000 pour la Corse, sont assurés.</p> + +<p>Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez +aucune inquiétude.</p> + +<p>Je viens moi-même de me rendre à la trésorerie avec le +ministre des finances, et j'ai vérifié que tous ces fonds sont +en pleine marche pour Toulon.</p> + +<p>Faites connaître la présente lettre a l'ordonnateur Najac, +dont les services et le zèle sont appréciés par le gouvernement.</p> + +<p>Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la +caisse d'Estève, soit dans celle du payeur de la marine, doivent +être employés à lever tous les obstacles qui s'opposeraient +à vos approvisionnemens.</p> + +<p>Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront +soldés avant le départ et à l'instant où les trois millions de +Berne seront arrivés; ce qui sera avant le 5 floréal.</p> + +<p>Il faut que le général Dommartin fasse embarquer sur-le-champ +son artillerie, de manière qu'au 5 floréal, il n'y ait +plus aucun chariot à embarquer.</p> + +<p>Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; +qu'il fasse embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et +les fasse distribuer par chaque vaisseau de guerre.</p> + +<p>Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se +tenir prêt à partir.</p> + +<p>Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au +15 floréal; qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, +et que l'on prenne toutes les mesures pour qu'il soit +prêt le 6.</p> + +<p>Si l'on n'a pas tout le biscuit nécessaire, et que l'on ne +puisse pas se le procurer, l'on embarquera de la farine pour +l'équivalent.</p> + +<p>Si tous les bâtimens pour les chevaux ne sont pas prêts à +partir, il suffit d'en avoir pour cent cinquante, à Marseille, +et l'on continuera toujours pour les autres qui viendront +après.</p> + +<p>Vous ferez prévenir les généraux commandans à Marseille +et à Toulon de se tenir prêts à s'embarquer le 5 floréal.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre par un courrier à Nice et à Antibes, +pour que tous les bâtimens que vous y avez fait préparer se +rendent sur-le-champ à Toulon, où il serait à désirer qu'ils +fussent arrivés avant le 5 ou le 6 floréal.</p> + +<p>Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, +de faire embarquer à Marseille et à Toulon, le 5 floréal, et +de se trouver prêt à partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. +Tout ce qui ne sera pas prêt sera l'objet d'un second convoi.</p> + +<p>Je vous promets qu'avant cette époque, tout l'argent ci-dessus +désigné sera en caisse à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, les différentes lettres que vous +m'avez écrites.</p> + +<p>Le gouvernement a une entière confiance en vous, et ce ne +seront pas quelques têtes folles, payées peut-être par nos ennemis +pour semer le trouble dans nos escadres et nos armées, +qui pourront le faire changer d'opinion. Maintenez une sévère +discipline.</p> + +<p>Dans la première décade de floréal, je serai à votre bord. +Faites-moi préparer un bon lit comme pour un homme qui +sera malade toute la traversée.</p> + +<p>Le général Berthier, chef de l'état-major; le général Dufalga, +commandant du génie; le général Dommartin, commandant +l'artillerie; le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur +de la marine Leroy; le payeur général de l'armée +(Estève); le médecin et le chirurgien en chef (Desgenettes +et Larrey) seront a votre bord.</p> + +<p>J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp.</p> + +<p>Berthier aura deux ou trois adjudans-généraux et cinq ou +six adjoints à l'état-major.</p> + +<p>Faites de bonnes provisions.</p> + +<p>Faites mettre à l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant +de partir les matelots seront satisfaits.</p> + +<p>Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prêt à +lever l'ancre le 8 floréal.</p> + +<p>J'imagine que vous avez des avisos au détroit de Gibraltar +et aux îles Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en +sur-le-champ, avec ordre de venir vous instruire de +ce qu'il y aurait de nouveau aux îles Saint-Pierre; où ils +apprendront si vous êtes passé, et dans le cas où vous ne le +seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important à +vous faire connaître, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le +cas où vous ne seriez pas arrivé, ils feront route sur Toulon. +Si vous étiez passé aux îles Saint-Pierre, ils trouveront là des +nouvelles de la route qu'ils devront faire pour vous trouver.</p> + +<p>Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. +Je crois qu'une douzaine ne serait pas trop.</p> + +<p>Comme vous êtes le seul auquel, j'ai écrit que je dois me +rendre à Toulon, il est inutile de le dire.</p> + +<p>Je crois indispensable que nous montions <i>l'Orient</i>, qui est +le vaisseau à trois ponts. Vous donnerez vos ordres en conséquence.</p> + +<p>J'écris à l'ordonnateur de faire entrer dans la grande +rade les treize bâtimens de guerre, les frégates et les avisos, +et de les mettre sous votre commandement immédiat.</p> + +<p>Je lui donne l'ordre également de faire mettre le vaisseau +<i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et +d'y mettre pour garnison tous ceux des hommes de la sixième +demi-brigade que vous avez amenés de Corfou.</p> + +<p>Vous répartirez sur le vaisseau <i>l'Orient</i> une partie de l'équipage +du <i>Guillaume Tell</i> ou des autres vaisseaux.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit +pas le plus mal équipagé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p><i>P.S.</i> Je vous fais passer un arrêté du directoire, que vous +ne devez communiquer à personne.</p> + +<p>Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre +heures, différens ordres pour l'organisation de l'escadre. +Je vous le répète, il faut que tout soit prêt à partir du +6 au 7 floréal.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrêté du directoire +exécutif; le général Brueys seul en a connaissance. Vous +devez garder le plus grand secret. Répandez le bruit que le +ministre de la marine va se rendre à Toulon, et faites en conséquence +préparer un logement qui sera pour moi.</p> + +<p>Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'état est +ci-joint, se rendent sur-le-champ dans la grande rade, où ils +seront sous les ordres immédiats du général Brueys.</p> + +<p>Mettez le vaisseau <i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que le +vice-amiral Brueys puisse le monter de suite.</p> + +<p>Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les répartir sur +les autres bâtimens.</p> + +<p>Prenez vos mesures pour que les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le +Causse</i> soient armés en flûtes, et que les frégates <i>la Muiron, +la Carrère, la Léoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible</i> +soient également armées en flûtes.</p> + +<p>Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que +sur les vaisseaux armés en flûtes, les vivres, savoir:</p> + +<p>Trois mois pour les équipages.</p> + +<p>Deux mois pour les hommes de passage.</p> + +<p>Deux mois d'eau pour tout le monde.</p> + +<p>Un mois d'eau suffira pour les frégates armées en flûtes, +s'il n'est pas possible de faire autrement.</p> + +<p>Tâchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, à +Toulon, trois ou quatre cents chevaux.</p> + +<p>Je vous recommande spécialement, citoyen ordonnateur, +d'employer tous vos soins pour que l'escadre soit prête à +partir et à lever l'ancre le 6 ou le 7 floréal.</p> + +<p>La flotte qui va partir de Toulon est due au zèle que vous +avez montré dans toutes les circonstances. Je renouvellerai +votre connaissance avec un plaisir particulier, et je me ferai +un devoir de faire connaître au gouvernement les obligations +que l'on vous a.</p> + +<p>Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floréal vous +aurez reçu cinq ou six millions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, général, donner l'ordre à tous les savans, +ouvriers, artistes, et officiers du génie, de partir le +plus tôt possible pour se rendre à Lyon, où il est indispensable +qu'ils soient arrivés le 4 floréal.</p> + +<p>Vous vous adresserez au général Berthier, chef de l'état-major +de l'armée d'Angleterre, qui vous donnera des passeports +pour chacun d'eux. Vous partirez vous-même, de manière +à être arrivé à Lyon avant cette époque.</p> + +<p>Vous ferez partir sur-le-champ un officier de génie, qui +louera une diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait +pas, il louera un bateau, afin de faciliter l'arrivée de toutes +ces personnes à Avignon.</p> + +<p>Vous leur donnerez à Lyon un rendez-vous, soit chez vous, +soit chez l'officier de génie que vous y enverrez, où ils trouveront +leurs ordres pour se rendre à Toulon. Il est indispensable +qu'ils soient arrivés le 8 au soir.</p> + +<p>Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur écrirez, +qu'ils doivent se préparer à faire le voyage de Rome.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la +promesse que vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de +change sur vous ou vos payeurs. J'aurai soin de les employer +de manière à ce qu'elles nous valent de l'argent. Je charge le +citoyen Poussielgue, votre contrôleur auprès de la commission +de la Méditerranée, de prendre lesdites lettres de change +que je désire avoir le 1er. floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un arrêté du directoire exécutif.</p> + +<p>J'envoie, par le même courrier, des ordres pour leur départ +aux généraux de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix.</p> + +<p>Je vous recommande la formation des dépôts pour les +hommes qui rentreront après notre départ, et de les faire rejoindre +à mesure, dès l'instant qu'on connaîtra la destination.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin +de rejoindre en poste la demi-brigade à Toulon, et au chef +de bataillon Dupas de se rendre à Gênes, où il sera sous les +ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, +je vous enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de +faire en sorte qu'il y ait deux bons commissaires des guerres +à la division du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy a demandé au citoyen Aubernon plusieurs +objets qu'il lui a refusés. Je vous prie d'ordonner à cet +ordonnateur d'accéder aux demandes du citoyen Sucy.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, +l'état des fonds que la trésorerie a faits pour l'armement de +Toulon.</p> + +<p>Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier +d'hier, que vous ne devez avoir aucune inquiétude. Allez +hardiment, l'argent ne manquera point.</p> + +<p>Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus +de tous les calculs établis, des lettres de change à tirer sur +les différens payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque +la trésorerie les a données, elle s'est assurée que les fonds +existaient dans la caisse de ces différens payeurs. J'ai préféré +ces lettres de change à des mandats ordinaires, parce que +l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver à Toulon avant +quinze jours.</p> + +<p>Vos collègues sont partis, ils arriveront vingt-quatre +heures après ce courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 +floréal, tout ne soit prêt à mettre à la voile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Peyrusse, payeur.</i></p> + +<p>Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour +600,000 fr. tirées sur différens payeurs, que la trésorerie +vous envoie.</p> + +<p>J'ai préféré ces traites à la mesure ordinaire. Par ce moyen, +vous pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le +service. Ces traites ne doivent rien perdre. S'il était nécessaire, +vous pouvez les garantir personnellement.</p> + +<p>Comme ce qui se fait à Toulon exige la plus grande célérité, +et que c'est une des opérations les plus importantes de +l'armée d'Angleterre, je vous serai particulièrement obligé +de ce que vous voudrez bien faire pour sa réussite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'écris à l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ +un aviso pour la Corse. Il est indispensable que vous fassiez +passer 100,000 fr. des 600,000 que la trésorerie à destinés +pour la Corse.</p> + +<p>La célérité des opérations qui doivent s'exécuter dans cette +île dépend du prompt envoi de cet argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p> + +<p>J'écris à la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer +100,000 fr. à Ajaccio en Corse, à la disposition de l'ordonnateur +de cette division pour le service de l'extraordinaire de +l'expédition.</p> + +<p>J'écris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des +600,000 que la trésorerie a destinés pour la Corse. +Faites partir ces deux sommes par un aviso qui mouillera +dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers intelligens, +un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port, +l'autre pour y prendre note de la situation positive où se +trouve ledit embarquement, et venir m'en rendre compte à +Toulon. Il serait nécessaire, si le temps le permet, que l'aviso +ne restât pas plus de vingt-quatre heures mouillé à +Ajaccio.</p> + +<p>Si les neuf bâtimens de transport que le ministre de la marine +vous a ordonnés par sa dépêche du 23, n'étaient pas encore +partis, la corvette qui doit escorter ce convoi pourrait +être chargée de cette mission.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Le général Villeneuve part demain pour se rendre à Toulon, +et servir sous vos ordres.</p> + +<p>La frégate qui est à Cadix a reçu ordre, il y a un mois, de +se rendre à Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sûreté. +Envoyez-lui, par le même aviso, l'ordre de completter son +eau à Ajaccio, et de se tenir prête à partir avec tout le couvois +qui est dans cette rade, pour joindre l'escadre, lorsque +vous en ferez parvenir l'ordre.</p> + +<p>Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Je vous ai mandé précédemment, citoyen général, de réunir à +Ajaccio la quatrième légère et la dix-neuvième de ligne, +avec les bateaux nécessaires pour les faire embarquer, de +l'eau pour un mois et des vivres pour deux.</p> + +<p>Craignant que vous ne fussiez embarrassé, je vous ai prévenu +que j'avais donné l'ordre, à Toulon, à neuf bâtimens +de transport, de se rendre a Ajaccio pour aider à l'embarquement +desdites troupes.</p> + +<p>Je vous prie aujourd'hui de réunir également à Ajaccio +deux bataillons de la vingt-troisième d'infanterie légère. +Toutes ces troupes seront commandées par le général de division +Mesnard, et sous ses ordres, par le général de brigade +Casalta et l'adjudant-général Brouard.</p> + +<p>Vous y attacherez un officier de génie, et, comme je vous +l'ai déjà prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pièces +de 3, si vous en avez. Ce convoi doit être prêt à lever l'ancre +au premier signal que lui donnera un aviso que lui enverra +l'escadre, du 12 au 15 floréal.</p> + +<p>Je donne l'ordre à la commission de vous faire passer +200,000 fr.; ces 400,000 doivent suffire pour les dépenses +de l'embarquement. Indépendamment de cette somme, vous +recevrez sous peu de l'argent pour completter la solde de vos +troupes.</p> + +<p>Je vous prie de me faire connaître, par le retour de l'aviso, +la situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 +au 15 floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de lever +l'ancre de Gênes, si le temps le permet, le 6 floréal, ou au +plus tard le 7, et se diriger sur Toulon avec toute sa division. +Il m'expédiera, au moment de son départ, un courrier à +Toulon avec l'état exact de sa situation.</p> + +<p>Il m'expédiera un courrier extraordinaire de tous les endroits +où il sera possible de relâcher.</p> + +<p>Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre +de Toulon mettra à la voile, au plus tard le 10 floréal. +Il doit être accordé aux officiers un mois de gratification pour +les mettre à même de faire leurs petites emplettes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le départ du général +Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi +mette à la voile au plus tard le 7 floréal.</p> + +<p>Vous emploierez toute votre activité pour que cet ordre +soit promptement exécuté, et si cela vous fait prendre de +nouveaux engagemens de finance, j'y ferai faire honneur.</p> + +<p>Les frégates, briks et galères de la république de Gênes +doivent partir avec le convoi.</p> + +<p>Il sera formé à Gênes un dépôt pour tous les hommes des +deuxième, vingt-deuxième d'infanterie légère; treizième, +dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième, soixante-quinzième, +soixante-neuvième, quatre-vingt-cinquième de +bataille; troisième, quatorzième, quinzième et dix-huitième +régimens de dragons.</p> + +<p>Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces +différens corps à Gênes, vous les ferez partir pour une destination +qui vous sera désignée.</p> + +<p>Vous me renverrez le présent courrier en toute diligence à +Toulon, où je serai le 6 floréal, et vous correspondrez avec +moi dans cette ville, jusqu'à ce que je vous aie envoyé un +courrier extraordinaire pour vous instruire de mon départ.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher général; +je pars demain pour Toulon. L'escadre mettra à la +voile le 10 floréal et se dirigera droit sur les îles Saint-Pierre. +Le convoi qui est à Gênes part le 7 floréal pour se rendre +dans les mers de Toulon.</p> + +<p>Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. +Côtoyez toutes les côtes de Naples; passez le phare de Messine +et mouillez à Syracuse, ou dans toute autre rade, dans +les environs.</p> + +<p>Vous devez avoir une frégate, deux briks, deux avisos et +deux galères du pape. Il serait à désirer que vous pussiez vous +procurer deux autres avisos, bons voiliers, soit en arrêtant +deux corsaires français et mettant des officiers et des hommes +intelligens à bord, soit en se servant de deux bons voiliers +du pays.</p> + +<p>Notre point de réunion sera sur Malte,</p> + +<p>Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient +passé ou veuillent passer le détroit, cependant la nécessité de +ne pas vous aventurer, me fait préférer de vous faire filer +côte à côte. Il sera cependant nécessaire que vous expédiiez +un aviso aux îles Saint-Pierre, pour croiser entre la Sardaigne et +l'Afrique, afin que, si les Anglais arrivaient aux +îles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en être prévenu +et régler vos mouvemens en conséquence. Soit que vous +soyez dans un port du continent, soit dans un de ceux de +la Sicile, vous n'avez rien à craindre des Anglais; mais la +prudence veut que vous préveniez ce cas, et vous ferez donc +embarquer quatre pièces de 24, deux mortiers, deux grils +à boulets rouges, deux ou trois cents coups par pièce, afin +de pouvoir établir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs +des pièces qui, arrivées dans l'endroit principal, nous serviront.</p> + +<p>Vous devez organiser votre dépôt à Civita-Vecchia, afin +que tous les hommes malades, ou en arrière des corps que +vous commandez, puissent se réunir et filer à fur et mesure.</p> + +<p>Je vous enverrai, d'ici à quatre jours, des ordres positifs +pour votre départ. Ce que je vous en dis là, c'est pour vous +préparer et que vous preniez d'avance, dans le secret, les +renseignements qui vous seront nécessaires.</p> + +<p>Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous +les hommes qui servent à l'organisation du port de Civita-Vecchia +et dont vous pourrez avoir besoin; on les remplacera +de Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Vous avez donné l'ordre, citoyens commissaires, au payeur +de Lyon de ne faire passer à Toulon que la partie des trois +millions qui serait en espèces françaises ou en piastres; il serait +cependant nécessaire d'être assuré d'avoir à Toulon ces +trois millions. Je désirerais que vous m'envoyassiez l'ordre +pour votre payeur à Lyon, de faire passer à Toulon ces trois +millions, quelles que soient les espèces qui les composent; on +aura soin de se servir des monnaies étrangères, de manière à +ce que la trésorerie n'y perde rien.</p> + +<p>Je vous prie aussi d'expédier la commission que vous avez +l'intention d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrôleur +près du payeur de la Méditerranée, désirant que ce citoyen +parte de suite. Je vous prierais également de le faire porteur +d'une commission de payeur pour le citoyen Estève, qui n'est +que payeur de département, et de lui donner l'ordre de s'embarquer, +et, dès l'instant que toutes les divisions seront réunies +et formeront une armée, il jouira du traitement de payeur +général d'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit hier, citoyen général, par un courrier extraordinaire +que j'ai expédié à Milan, en priant le général +Brune de vous faire parvenir ma dépêche par un autre +courrier.</p> + +<p>Je reçois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec +une vive satisfaction que vous serez prêt à partir le 15, comme +je l'espérais hier.</p> + +<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, et capable de porter +six cents hommes, doit être arrivée à Civita-Vecchia. +Cela nous servira d'autant.</p> + +<p>Je réunis à Toulon le convoi de Gênes, et si les vents contrariaient +son arrivée à Toulon, l'escadre attendrait à la cape, +entre Toulon et les îles Saint-Pierre, mais sans relâcher dans +un fort de Corse. J'ai considéré que tout relâche dans un +port de la Corse nous donnerait des retards très-considérables. +La saison est déjà avancée, puisque nous ne pouvons espérer +d'être hors de Toulon que vers le 1er de mai.</p> + +<p>Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia à +Syracuse, et vous n'avez pas plus de chemin à faire que si +vous vous rendiez à Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a +possibilité à ce que vous soyez le 20 au point désigné, et il +serait difficile, même favorisés autant qu'on peut l'être, que +nous fussions à la même époque sur Malte.</p> + +<p>Je préfère de vous voir aller à Syracuse plutôt qu'à Trepano, +parce que je crois que vous côtoierez toujours l'Italie et +profiterez du vent de terre.</p> + +<p>Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires +et s'opposent à votre passage au détroit et vous permettent +de vous rendre promptement à Trepano, je ne verrai +aucun inconvénient à cela; mais dans ce cas, il faudrait doubler +le cap Trepano et vous mettre dans une rade d'où vous +pussiez sortir avec le même vent qui nous est nécessaire pour +nous rendre des îles Saint-Pierre à Malte.</p> + +<p>Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans +le premier, il serait nécessaire que vous fissiez croiser un +aviso entre la Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir à temps +des nouvelles des Anglais, si jamais ils paraissaient.</p> + +<p>Dans tous les cas, dès l'instant que nous aurons passé les +îles Saint-Pierre, j'enverrai à Trepano un aviso, pour avoir +de vos nouvelles. De votre côté, il sera bon que vous envoyiez +dans la petite île de Pentellaria, où j'enverrai prendre de vos +nouvelles.</p> + +<p>Je vous ai déjà mandé d'embarquer six pièces de 3 autrichiennes. +Ce sont les plus commodes dans le pays où nous +allons, puisqu'une bête de somme peut en porter une.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Par la lettre que je vous ai écrite le 22 germinal, citoyen +général, je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez +l'ordre de vous embarquer, et que cet ordre devra être exécuté +de suite. Vous avez dû recevoir cette lettre le 28, vous +aurez fait dès-lors toutes vos dispositions. Ainsi, j'espère que +mon courrier, qui est parti d'ici le 30 germinal, avec l'ordre +positif du départ pour le 7, arrivera à Gênes le 4, et que +mon ordre pourra être ponctuellement exécuté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Le général Dufalga, commandant le génie de l'expédition +de la Méditerranée, nommera deux officiers ou adjoints du +génie par chacune des divisions, de Regnier, qui est réunie +à Marseille, et qui est composée des neuvième et quatre-vingt-cinquième +demi-brigades de ligne; de Kléber, qui est à +la droite de Toulon, à Laseine et villages voisins, et qui est +composée des vingt-cinquième et soixante-quinzième de ligne, +de la deuxième d'infanterie légère; enfin la division Mesnard, +qui est composée de la quatrième d'infanterie légère, +la dix-huitième, la trente-deuxième de ligne.</p> + +<p>Le général Dufalga ira droit à Marseille, et il verra l'ordonnateur +de la marine dans ce port, les commissaires des +guerres chargés du service de cette division, et le citoyen +Perrier, commandant l'artillerie de Marseille.</p> + +<p>Il se fera remettre les états de la situation et du nombre +d'hommes que peut porter chaque bâtiment de transport et +de la distribution de rembarquement.</p> + +<p>Il chargera l'officier de génie commandant la division, de +lui rendre compte, tous les jours, au quartier-général, de la +situation dudit embarquement.</p> + +<p>Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'état de +l'embarquement et la situation morale des individus qu'il +aura vus.</p> + +<p>Arrivé à Toulon, il fera prendre de suite connaissance, +par les officiers du génie, du cantonnement des troupes, de +la situation des vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, +et me tiendra également prêtes des notes sur la situation matérielle +et personnelle.</p> + +<p>Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur +de la marine, auquel il aura soin de dire que je +fais grand cas de lui; le vice-amiral Brueys et le contre-amiral +Décrès.</p> + +<p>Il cherchera à voir également le commandant de la place +de Toulon, les généraux Gardanne et Rampon.</p> + +<p>Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens +pour les savans.</p> + +<p>Dans l'organisation générale de l'armée, il restera chargé +de transmettre à tous les savans et artistes des ordres pour +l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, à son état-major, +la note de leurs logemens et des détails de l'embarquement.</p> + +<p>Il dira au vice-amiral Brueys et à l'ordonnateur qu'ils fassent +faire sur le vaisseau <i>l'Orient</i> tous les préparatifs nécessaires +pour qu'il y ait le plus de logemens possible, vu que +tous les chefs de l'état-major seront sur ce vaisseau.</p> + +<p>Il fera préparer à Avignon tous les transports nécessaires +pour que tout ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans +éprouver de retard.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Le citoyen Poussielgue, contrôleur de la trésorerie nationale +auprès de votre payeur, part cette nuit, portant avec +lui 300,000 fr. en or, et 200,000 fr. en lettres de change sur +Marseille. J'espère que le 9 ou le 10 tout sera prêt et qu'on +pourra lever l'ancre.</p> + +<p>Le citoyen Leroi doit se tenir prêt à s'embarquer. Le général +Blanquet doit s'embarquer en sa qualité de contre-amiral +sur l'escadre, et le général Dommartin, en qualité de +commandant d'artillerie; le citoyen Sucy, commissaire ordonnateur, +en qualité de commissaire ordonnateur en chef; +et le citoyen Estève comme payeur général de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p> + +<p>J'expédie l'ordre par le présent courrier, citoyen ordonnateur, +au vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer +le citoyen Ganteaume pour faire les fonctions de chef de +l'état-major, et de distribuer les chefs de division, et autres +officiers sur les différens vaisseaux, afin qu'ils soient promptement +prêts à mettre à la voile. Il faudrait que tout fût prêt +à lever l'ancre sans aucune espèce de retard, le 9 ou le 10 au +matin.</p> + +<p>Je vous prie de tenir la main à ce que, pour cette époque, +l'eau, les vivres et les autres approvisionnemens soient embarqués.</p> + +<p>Je pars demain dans la nuit, et je compte être le 8 à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de rester à +Gênes jusqu'à nouvel ordre; de débarquer ses troupes, si +elles étaient embarquées; de rentrer dans le port, s'il avait +mis à la voile, de cantonner ses troupes tant à Gênes que +dans les environs, de manière à pouvoir les rassembler en +quarante-huit heures. Ces troupes seront à la disposition du +général commandant en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général de division Desaix de débarquer +ses troupes s'il les a embarquées, et de les cantonner tant à +Civita-Vecchia que dans les environs, de manière à pouvoir +les rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront à +la disposition du général commandant en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je donne ordre, citoyen général, au général Baraguey-d'Hilliers +de débarquer ses troupes, si elles sont embarquées, +et de retourner, s'il est parti. Les troupes resteront cantonnées +à Gênes et dans les environs, et seront à votre disposition, +ainsi que celles qui sont à Civita-Vecchia, où j'ai donné +le même ordre, si des indices vous font penser avoir besoin +de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du gouvernement, +vous voyez l'effet des événemens qui viennent d'arriver +à Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a +encore rien de positif.</p> + +<p>Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux +efforts des Autrichiens seraient tournés de votre côté, +et, dans ce cas, je sens bien que vous avez besoin de beaucoup +de troupes, de beaucoup de moyens, et surtout de beaucoup +d'argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga</i>.</p> + +<p>Vous avez appris, citoyen général, l'événement arrivé à +Vienne. Cela est arrivé au moment où j'allais partir, et a dû +nécessairement occasionner un retard; j'espère cependant que +cela ne dérangera rien. Peut-être serai-je obligé d'aller à Rastadt +pour avoir une entrevue avec le comte de Cobentzel, et, +si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour Toulon.</p> + +<p>Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre à +l'escadre de partir avec le convoi pour se rendre à Gênes, où +je serai moi-même le 26 de ce mois.</p> + +<p>Je donne, par le présent courrier, l'ordre au convoi de +Marseille de se rendre à Toulon.</p> + +<p>Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets nécessaires +à notre expédition soient embarqués comme il faut +qu'ils le soient.</p> + +<p>Le convoi de Gênes a reçu contre-ordre, puisque c'est nous, +au contraire, qui allons à Gênes et à Civita-Vecchia.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber</i>.</p> + +<p>Il est ordonné au général Kléber de prendre le commandement +des troupes de terre composant la division du général +Réguier, la division du général Mesnard et celle du général +Kléber; de transmettre au général Regnier l'ordre ci-joint, +et de tout disposer pour l'embarquement des deux autres divisions +sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de guerre +armés en flûtes, afin d'être prêt à partir au premier ordre +qu'il recevra.</p> + +<p>Il se concertera avec le général Dufalga, qui lui donnera +tous les renseignemens relatifs au nombre des savans et des +artistes qui doivent s'embarquer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys</i>.</p> + +<p>Quelques troubles arrivés à Vienne, citoyen général, ont +nécessité ma présence quelques jours à Paris: cela ne changera +rien à l'expédition. Je donne l'ordre par le présent courrier +aux troupes qui sont à Marseille de s'embarquer et de se +rendre à Toulon.</p> + +<p>Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur +ordre qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je vous expédierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre +d'embarquer et de partir avec l'escadre et le convoi pour +Gênes, où je vous rejoindrai.</p> + +<p>Le retard que ce nouvel incident a apporté dans l'expédition +aura été, j'imagine, nécessaire pour vous mettre plus +en mesure.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Regnier</i>.</p> + +<p>Il est ordonné au général Regnier de faire embarquer ses +troupes à Marseille, le 16 floréal, sur les bâtimens de transport +qui sont préparés, et de partir le 17, si le temps le +permet, pour se rendre à Toulon, où son convoi se rangera +sous les ordres du vice-amiral Brueys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p> + +<p>L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille +d'embarquer les troupes du général Regnier le 16 floréal, +et de partir le 17 pour se rendre à Toulon. Il se concertera +avec le vice-amiral Brueys, pour faire sortir, s'il est +nécessaire, une frégate pour l'escorte dudit convoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Je vous ai donné l'ordre, citoyen général, par ma lettre +du 30 germinal, de vous rendre à Toulon. Je vous ai donné +l'ordre, par ma lettre du 4 floréal, de débarquer et de cantonner +vos troupes aux environs de Gènes jusqu'à nouvel +ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tôt +possible, et de vous diriger sur Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey d'Hilliers d'embarquer +sa division le 20, et de mettre à la voile le 21, pour se +rendre à Toulon. S'il rencontrait sur sa route l'escadre française, +composé de 14 vaisseaux de guerre et de douze ou +quinze frégates, il enverrait un aviso à l'amiral pour prendre +des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie de +Toulon, il enverra prendre des ordres auprès du vice-amiral +Brueys, pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me +préviendra par un courrier extraordinaire à Toulon, de son +départ.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vous avais donné l'ordre, citoyen général, par une +lettre du 4 floréal, de cantonner vos troupes à Civita-Vecchia +et aux environs, et d'attendre de nouveaux ordres. C'était +l'effet des nouveaux événemens arrivés à Vienne.</p> + +<p>Vous devez vous préparer à partir au premier ordre. Le +même courrier porte ordre au général Baraguey-d'Hilliers de +partir pour Toulon. Là je verrai si j'irai vous prendre à Civita-Vecchia, +où je vous donnerai des ordres pour vous +rendre sur les côtes de Syracuse, comme je vous en ai déjà +entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir +prêt à lever l'ancre vingt-quatre heures après l'arrivée de +mon courrier ou aviso.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréa| an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'espère, citoyen général, que le 20 vous pourrez embarquer +les troupes, pour mettre à la voile incessamment après. +Je compte être à bord le 19.</p> + +<p>Je viens de faire partir un courrier pour Gênes, avec +ordre au général Baraguey d'Hilliers de se rendre à Toulon. +L'un et l'autre seront sous vos ordres, dès qu'ils seront arrivés. Vous les placerez convenablement dans la rade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Par ma lettre du 4 floréal, je vous ai instruit, citoyen général, +que les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix étaient +à votre disposition. Le premier bruit des événemens survenus +à Vienne avait fait penser que cette mesure était nécessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une autre détermination.</p> + +<p>Je donne l'ordre aux généraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix +de s'embarquer sur-le-champ.</p> + +<p>L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades, indépendamment des deux autres qui avaient déjà +reçu les ordres antérieurement, et deux autres régimens de +cavalerie.</p> + +<p>Je tous prie, citoyen général, de surveiller autant qu'il +vous sera possible, lesdits embarquemens.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre de Gênes et j'ai vu le zèle et l'activité +que vous y avez montrés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Par ma dernière lettre datée du 9 floréal, j'ai envoyé +l'ordre au convoi de Marseille de se rendre à Toulon, et de +se tenir tout prêt à embarquer, au premier instant, a Toulon.</p> + +<p>Je pars dans la journée de demain pour cette ville, et j'espère +que tout sera prêt à mettre à la voile le 20. Noubliez +rien pour atteindre ce but.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Châlons, le 16 floréal an 6 (5 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Je reçois à Châlons votre courrier du 12, par lequel vous +m'annoncez que le convoi de Gênes était sur le point d'arriver, +lorsque vous lui avez expédié l'aviso, avec mou contre-ordre.</p> + +<p>J'ai donné à ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gênes pour +Toulon.</p> + +<p>Je lui ai expédié un contre-ordre le 4; cela était relatif +aux événemens de Vienne.</p> + +<p>Je lui ai expédié le 13, l'ordre de partir de Gênes au plus +tard le 18.</p> + +<p>Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se +rendre en grande rade ou tenez-le a Hyères, en lui faisant +completter ses vivres et son eau.</p> + +<p>Je serai, douze heures après mon courrier, à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhône +près Valence, m'a remis vos dernières dépêches. Vous devez +exécuter l'ordre relatif à l'embarquement, tel que je l'ai +donné, c'est-à-dire les généraux de division doivent embarquer +trois chevaux; les généraux de brigade, deux, les adjudans +généraux, aides-de-camp et chefs de brigade des +corps, un.</p> + +<p>Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers, +conformément au nombre de chevaux que la loi lui +accorde.</p> + +<p>Vous ferez embarquer à Marseille cent chevaux d'artillerie +et deux cents de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer +davantage, vous ferez toujours les embarquemens dans cette +proportion.</p> + +<p>Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, +et vous aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, +en les faisant donner aux premier et deuxième escadrons, +et en prenant de préférence les chevaux de chasseurs.</p> + +<p>Le restant des chevaux sera donné aux détachemens de +cavalerie des autres régimens qui se trouvent à Marseille.</p> + +<p>Je vous prié de m'expédier un courrier extraordinaire, +qui m'attendra à mon passage à Aix, qui ne sera pas plus de +huit heures après celui de Lesimple, pour m'instruire si le +convoi de Marseille est parti, afin que je me décide à aller à +Marseille ou droit à Toulon. Je serais même fort aise, si cela +ne dérangeait rien à vos opérations, qu'un de vous se transportât +à Aix, car je ne compte pas m'y arrêter du tout, mon +intention étant d'aller droit a Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Lyon.</i></p> + +<p>Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides +à cheval. Je vous envoie l'ordre pour qu'ils se rendent à Toulon. +Je vous prie de les faire embarquer sur le Rhône. S'il +passe par Lyon des courriers pour moi, je vous prie de les +diriger sur Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux guides.</i></p> + +<p>J'ordonne à la compagnie de mes guides qui arrive à Lyon +le 20, de partir le 2, pour se rendre en toute diligence à +Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Mesnard.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Mesnard de s'embarquer immédiatement +après la réception du présent ordre, avec la +quatrième d'infanterie légère, la dix-neuvième de bataille, +et de partir au premier beau temps. Il se rendra dans les îles +de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, où il recevra des +ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera +exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui +envoie un officier de marine intelligent pour diriger tous ses +mouvemens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour le +général Mesnard. Si ce général n'y était pas, ou s'il était malade, +vous feriez commander ledit convoi par l'officier le plus +ancien.</p> + +<p>Sur les représentations que vous m'avez faites du besoin +que vous avez de garder la vingt-troisième d'infanterie légère, +je renonce à l'idée que j'avais de la faire partir, et je +la laisse en Corse jusqu'à ce que le gouvernement vous ait +renvoyé son remplacement.</p> + +<p>N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre +pièces de canon de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de +canonniers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire embarquer tout ce +qui reste de la sixième demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux +de l'escadre, pour suppléer au manque de matelots.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant des armes</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire armer dans la journée +de demain, s'il est possible, les deux felouques nouvellement +construites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p> + +<p>Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen général, +que vous aviez formés, deviennent à peu près inutiles. +Vous pouvez donc prendre dans ces magasins tout ce qui sera +nécessaire pour approvisionner le convoi qui va partir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, l'ordre que vous enverrez +au chef de brigade Lucotte, pour se rendre avec les +troupes de la demi-brigade qui sont à Aix, à Toulon.</p> + +<p>J'emmène avec moi les trois compagnies de carabiniers de +la septième demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la +demi-brigade, lorsqu'elle sera remplacée; j'écris a Paris pour +cela.</p> + +<p>Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit à +Toulon ou à Marseille, afin qu'elles soient à portée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même</i>.</p> + +<p>Je vous prie, mon cher général, de faire mettre l'embargo +sur tous les bâtimens qui sont dans le port de Marseille. +Aucun ne pourra sortir, à moins que ce ne soit un bâtiment +pour l'expédition, que cinq jours après le départ de l'escadre.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire ramasser à Marseille, à la petite +pointe du soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, +et de les envoyer à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant des armes à Toulon.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de donner les ordres pour +qu'il ne sorte aucun bâtiment de Toulon, à dater d'aujourd'hui, +jusqu'à dix jours après le départ de l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je suis à Toulon, mon cher général, depuis hier.</p> + +<p>La division du général Regnier est partie hier au soir de +Marseille, je l'attends à chaque instant de là rade de Toulon. +Je partirai sur-le-champ pour aller à la rencontre du général +Baraguey-d'Hilliers, et de là passer entre l'île d'Elbe et la +Corse, faisant route vers la Sicile et la Sardaigne. Nous vous +enverrons prévenir par un aviso, afin que vous veniez nous +joindre.</p> + +<p>Il faut donc que vous soyez en rade, embarqués, afin +qu'au premier jour vous puissiez mettre à la voile. Si vous +avez des avisos à votre disposition, vous pouvez envoyer +reconnaître. Si le temps est bon, il est probable que le 28 ou le +29, nous passerons à votre hauteur. Vous ne recevrez cette +lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guère que vingt-quatre +heures pour vous préparer.</p> + +<p>Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est +en très bonnes dispositions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1738).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire +solder aux officiers subalternes, tant de marine que de terre, +embarqués sur l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, +3 fr. par jour, pour la table. Il suffira que vous fassiez +les fonds pour quatre décades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 22 floréal an 6 (11 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p> + +<p>Je vous prie, mon cher général, de faire partir dans la +matinée de demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq bâtimens +neutres, soit danois, soit suédois, espagnols, etc.; +vous mettrez à bord de chaque bâtiment une garnison suffisante +pour être sûr que ces bâtimens sortis de Marseille arrivent +à Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe canonnière, +vous les ferez escorter.</p> + +<p>Vous prendrez les plus gros bâtimens possible; cela doit +servir à embarquer des troupes.</p> + +<p>Il y a à Marseille cinq ou six bâtimens que l'ordonnateur +Leroy avait frétés. S'il y en avait un ou deux qui fussent +prêts, faites-les partir de suite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 23 floréal an 6 (12 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre</i>.</p> + +<p>En vertu de l'autorisation qu'il a reçue du directoire exécutif, +le général en chef ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les deux vaisseaux vénitiens qui sont en ce moment-ci +dans le port de Toulon, seront armés en guerre et en +état de partir au 20 prairial, avec deux mois de vivres.</p> + +<p>2. Les deux vieilles frégates seront armées en flûte et +prêtes à partir pour la même époque, ayant également pour +deux mois de vivres. Sur les deux vaisseaux et sur les deux +frégates, l'on embarquera les soldats qui seront rendus au dépôt +le 20 prairial; on peut calculer sur un millier d'hommes. +Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et +vingt jours d'eau.</p> + +<p>3. Il sera armé extraordinairement douze avisos bons voiliers, +portant au moins une pièce de 8, et commandés par de +bons officiers, pour servir à la communication de l'expédition. +Il devra en partir au moins deux fois par décade. On +embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armée, et des +officiers et soldats, autant que le bâtiment pourra en porter.</p> + +<p>4. Les bâtimens frétés à Marseille recevront ordre de se +rendre à Toulon. Ils seront approvisionnés pour vingt jours +d'eau et trente jours de vivres. L'on embarquera dessus le +restant de l'artillerie, les habillemens, le vin et les soldats +qni pourraient arriver. On doit calculer sur un millier d'hommes, +indépendamment de mille autres qui se trouveront au +dépôt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront également +approvisionnées pour un mois de vivres et vingt jours +d'eau.</p> + +<p>5. La frégate <i>la Badine</i> va recevoir ordre de se rendre à +Toulon, et escortera ce convoi, qui devra être prêt à partir +du 10 au 15 prairial. Je remettrai une instruction particulière +au commandant de <i>la Badine</i>, pour la route qu'elle devra +tenir et le lieu où il devra se rendre avec ledit convoi.</p> + +<p>6. Il y aura à Toulon un commissaire des guerres qui aura +les ordres de l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront +être embarqués, un officier d'artillerie qui aura les +ordres du général Dommartin, et enfin un général ou un officier +supérieur commandant les dépôts, qui aura les ordres +de l'état-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent +l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour +tous les objets qui doivent être embarqués.</p> + +<p>7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira +quarante-huit heures après l'escadre; il portera le courrier +de l'armée, s'il est arrivé, les officiers ou les savans qui sont +en retard; et le second partira soixante-douze heures après +le premier. Il escortera un bâtiment portant soixante guides, +s'ils sont arrivés le 29. Il est donc indispensable que l'ordonnateur +se procure un bâtiment pour porter ces soixante guides.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 23 floréal An 6 (12 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au citoyen Najac.</p> + +<p>Le départ de l'escadre est invariablement fixé dans la nuit +du 24 au 25.</p> + +<p>Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans +la matinée de demain. J'ai, en partant, trois choses à vous +recommander:</p> + +<p>1°. De me faire passer, avec la plus grande célérité, les +courriers qui m'arment, de Paris;</p> + +<p>2°. De faire exécuter avec la plus grande exactitude l'ordre +ci-joint;</p> + +<p>3°. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; +nous en aurons le plus grand besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Promotion.</p> + +<p>En conséquence de l'autorisation spéciale que j'en ai reçue +du directoire exécutif, et voulant reconnaître les services que +les citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-François +Bourdé, capitaine de frégate.; Pierre-Philippe +Altimont, lieutenant de vaisseau; Serval, aspirant de +première classe, ont rendus depuis quinze mois sur l'escadre +qui était attachée à l'armée d'Italie, dans le golfe Adriatique: +je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les citoyens Bourdé, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine +de frégate; et Serval, enseigne de vaisseau.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'administration municipale de Toulon,</p> + +<p>Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que +la partie de la garde nationale qui sera requise pour faire le +service, soit payée conformément aux lois. J'ai cependant +pourvu à une augmentation de garnison. Dans tous les cas, +la république ne doit avoir aucune sollicitude, les habitans +de Toulon ayant toujours donné des preuves de leur attachement +à la liberté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'administration centrale du Var.</p> + +<p>Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la députation +que vous m'avez envoyée, et des choses extrêmement +flatteuses qu'elle m'a dites de votre part.</p> + +<p>L'opération que nous allons entreprendre, sera spécialement +avantageuse à votre département et à celui des Bouches-du-Rhône. +Il y aura une grande activité sur les routes et dans +les postes, qui sont absolument désorganisées. Je vous prie +de prendre des mesures pour réorganiser ce service essentiel, +afin que les courriers et autres officiers portant des ordres, +puissent aller à Paris et en revenir facilement. +Croyez au désir que j'aurai toujours de mériter l'estime de +mes concitoyens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (i3 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Ordre.</p> + +<p>Ordonne que tous les maîtres, contre-maîtres, matelots, +novices, ouvriers de l'arsenal qui ont été mis en surveillance +par ordre du gouvernement, seront embarqués et répartis +sur l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au vice-roi de Sardaigne.</p> + +<p>J'envoie, monsieur, à Cagliari, pour y résider en qualité +de consul, le citoyen Augier, officier de marine.</p> + +<p>Je vous prie de le reconnaître en cette qualité, et d'agréer +les sentimens d'estime et de considération que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au citoyen Augier, consul à Cagliari.</p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Cagliari, en qualité de consul; +vous remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne +ou à celui qui en fait les fonctions.</p> + +<p>Vous interrogerez tous les bâtimens pour avoir des nouvelles +des Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouillé +dans la Méditerranée, vous expédieriez un bâtiment que vous +fréteriez, à la suite de l'amiral Brueys, pour l'en informer.</p> + +<p>Vous dirigerez ce bâtiment du côté de Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'ordonnateur Najac.</p> + +<p>Le service de l'expédition qui va avoir lieu a exigé, de la +part des principaux employés de l'administration, des efforts +où ils ont été à même de faire connaître leur zèle pour la +prospérité des armes de la république.</p> + +<p>Je vous prie de témoigner aux directeurs des constructions, +de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des +approvisionnemens, et en général à tous les contrôleurs, +commissaires et sous-commissaires, une satisfaction particulière +sur leurs services dans cette circonstance essentielle.</p> + +<p>Je vous autorise à nommer à la place de chef des mouvemens +les citoyens Aycard et Giroudreux; à la place de commissaire +de première classe, les citoyens Bugerin, Pigeon et +Gobert; à celle de deuxième classe, le citoyen Desanit; à élever +au grade de commissaires de la marine les citoyens Gasquet, +Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; à la +place de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui +remplissent les fonctions de sous-commissaires à la Ciotat; à +la place de commis principal, le citoyen Cappel, et de commis +en deuxième, le citoyen Ollivault.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. Ier. Tout marin qui, étant embarqué, aura resté a +terre après le départ de l'armée navale, sera traduit en prison +jusqu'au départ d'un bâtiment de guerre quelconque, à +l'effet de rejoindre celui dont il a déserté.</p> + +<p>2. Tout maître chargé qui aura manqué le départ, sera +cassé et réduit à la basse paie de deuxième maître.</p> + +<p>3. Les maîtres non chargés subiront la même punition.</p> + +<p>4. Les deuxièmes maîtres de toutes classes et les contre-maîtres +de la manoeuvre, restés à terre, seront mis à la basse +paie de quartier-maître ou d'aide de leur profession respective.</p> + +<p>5. Les aides de toute classe et les quartiers-maîtres déserteurs +seront réduits à la paie des matelots à vingt-sept sous.</p> + +<p>6. Les matelots de première et deuxième classe, également +déserteurs, descendront à la paie de 12 sous, ceux de +troisième et quatrième classe seront réduits à celle de novice, +à huit sous.</p> + +<p>7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, +qui auront subi les réductions prescrites par les articles précédens, +ne pourront être réintégrés dans leurs grades primitifs +que par un avancement progressif d'une paie à l'autre, +et de six mois en six mois sur la demande motivée des +commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude +et leur bonne conduite.</p> + +<p>8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur +la signature de la majorité des membres composant le conseil +de salubrité navale. Il est défendu formellement aux +commissaires de marine préposés aux détails des armemens, +d'en admettre d'autres, sous leur responsabilité personnelle.</p> + +<p>9. Il sera établi garnison chez toutes les familles des marins +embarqués qui seront restés à terre après le départ de +l'armée; et les garnisaires n'en seront retirés que lorsque +ces déserteurs se seront présentés au bureau des armemens +pour y recevoir une nouvelle destination.</p> + +<p>10. Dans le temps que l'armée navale de la république, de +concert avec l'armée de terre, se prépare à relever la gloire +de la marine française, les marins, dans le cas de servir et +qui restent chez eux, méritent d'être traités sans aucun ménagement. +Avant de sévir contre eux, le général en chef leur +ordonne de se rendre à bord de la deuxième flottille qui est +en armement. Ceux qui, quinze jours après la publication +du présent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire +partie dudit armement, seront regardés comme des lâches. En +conséquence l'ordonnateur de la marine leur fera signifier +individuellement l'ordre de se rendre au port de Toulon, et +si, cinq jours après, ils n'ont point comparu, ils seront traités +comme des déserteurs.</p> + +<p>L'ordonnateur de la marine tiendra la main à l'exécution +du présent règlement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Réglement pour la répression des délits commis à bord de +l'armée navale.</i></p> + +<p>Vu que les lois existantes sur la manière de procéder aux +jugemens des délits militaires n'ont pas prévu le cas où se +trouve l'armée par sa composition actuelle; qu'il est juste +et urgent que les troupes de terre et de mer, les soldats, matelots +et autres employés à la suite de l'armée, réunis sur les +vaisseaux, ne soient pas, pour le même délit, soumis à des +lois différentes, soit pour la procédure, soit pour la forme +des jugemens, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui règle la manière +de procéder aux jugemens militaires, sera ponctuellement +et exclusivement suivie à bord des vaisseaux composant +l'armée navale.</p> + +<p>2. Chaque vaisseau ou frégate sera considéré comme une +division militaire.</p> + +<p>3. Il y aura en conséquence, par chaque vaisseau ou frégate, +un conseil de guerre composé de sept membres, pris +dans les grades désignés par l'article 2 de la loi du 13 brumaire, +ou dans les grades correspondans de l'armée de mer.</p> + +<p>4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et +l'officier chargé des fonctions de commissaire du pouvoir +exécutif, seront nommés par le contre-amiral, dans chaque +division de l'armée navale; en cas d'empêchement légitime +de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu à son remplacement +par le commandant du vaisseau.</p> + +<p>5. À défaut d'officier dans quelqu'un des grades désignés +par l'art. 2 de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans +dans la marine, il y sera suppléé par des officiers +du rang immédiatement inférieur.</p> + +<p>6. Les jugemens prononcés par le conseil de guerre seront +sujets à révision.</p> + +<p>7. Il sera établi à cet effet, a bord de chaque vaisseau ou +frégate de l'armée navale, un conseil permanent de révision, +dans la forme indiquée par la loi du 18 vendémiaire an 6.</p> + +<p>8. Ce conseil sera composé de cinq membres du grade désigné +en l'article 21 de ladite loi, ou du grade correspondant +dans la marine; et à défaut d'officiers supérieurs, il +y sera suppléé, ainsi qu'il est dit à l'article 5, pour la formation +du conseil de guerre.</p> + +<p>9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de +révision, celui-ci renverra le fond du procès, pour être +jugé de nouveau par-devant le conseil de guerre de tel +autre vaisseau qu'il désignera. Ce conseil de guerre remplira +dès lors les fonctions et aura toutes les attributions du +deuxième conseil de guerre établi par l'article 9 de la loi du +18 vendémiaire an 6.</p> + +<p>10. Les fonctions du commissaire du pouvoir exécutif seront +remplies par un commissaire d'escadre ou par un commissaire +ordonnateur des guerres, et à leur défaut, par un +sous-commissaire de marine ou commissaire ordinaire des +guerres.</p> + +<p>11. Le commandant de l'armée navale nommera les membres +du conseil permanent de révision. En cas d'empêchement +d'aucun de ses membres, il sera pourvu à son remplacement +par le commandant du vaisseau à bord duquel le conseil +devra se tenir.</p> + +<p>12. Les délits commis sur les bâtimens de transport et +autres, faisant partie du convoi, seront jugés par le conseil +de guerre du vaisseau ou frégate sous le commandement +desquels ils se trouveront naviguer. En cas d'empêchement, +les prévenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour être +jugés au premier mouillage ou à la première occasion favorable.</p> + +<p>13. Les peines portées par la loi du 21 brumaire an 5, notamment +celles contre la désertion, sont applicables aux marins, +et réciproquement celles portées par la loi du 22 août +1790 sont déclarées communes aux troupes de terre et à tous +individus embarqués, dans les cas non prévus par la loi du +21 brumaire.</p> + +<p>14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de révision, +le cas échéant, tous individus faisant partie de +l'armée de terre et de mer, et autres embarqués sur les +vaisseaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 30 floréal an 6 (19 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p class="milieu"><i>Aux soldats de terre et de mer de l'armée de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.</p> + +<p>Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de +siéges; il vous reste à faire la guerre maritime.</p> + +<p>Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, +mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour-à-tour +sur cette même mer, et aux plaines de Zama. La victoire +ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent +braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies +entre elles.</p> + +<p>Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de +grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des +dangers, des fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous +n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des +hommes et votre propre gloire.</p> + +<p>Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, +soyez unis; souvenez-vous que, le jour d'une bataille, +vous avez besoin les uns des autres.</p> + +<p>Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui +la plus grande sollicitude de la république est +pour vous: vous serez dignes de l'armée dont vous faites +partie.</p> + +<p>Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance, +la république l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit +des mers et des nations les plus lointaines.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p> + +<p><i>Convention arrêtée entre la république française et l'ordre +des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous la médiation +de Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne.</i></p> + +<p>ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +remettront à l'armée française la ville et les forts de +Malte. Ils renoncent, en faveur de la république française, +aux droits de souveraineté et de propriété qu'ils ont tant sur +cette ville que sur les îles de Malte, du Gozo et de Cumino.</p> + +<p>2. La république française emploiera son influence au congrès +de Rastadt pour faire avoir au grand-maître, sa vie durant, +une principauté équivalente à celle qu'il perd, et, en +attendant, elle s'engage à lui faire une pension annuelle de +300,000 fr. Il lui sera donné en outre la valeur de deux années +de ladite pension, à titre d'indemnité, pour son mobilier. +Il conservera, pendant le temps qu'il restera à Malte, les +honneurs militaires dont il jouissait.</p> + +<p>3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +qui sont Français, actuellement à Malte, et dont l'état sera +arrêté par le général en chef, pourront rentrer dans leur patrie; +et leur résidence à Malte leur sera comptée comme une +résidence en France.</p> + +<p>La république française emploiera ses bons offices auprès +des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, +pour que le présent article soit déclaré commun aux chevaliers +de ces différentes nations.</p> + +<p>4. La république française fera une pension de 700 fr. +aux chevaliers français actuellement à Malte, leur vie durant. +Cette pension sera de 1,000 fr. pour les chevaliers sexagénaires +et au-dessus.</p> + +<p>La république française emploiera ses bons offices auprès +des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, +pour qu'elles accordent la même pension aux chevaliers de +ces différentes nations.</p> + +<p>5. La république française emploiera ses bons offices auprès +des autres puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent +aux chevaliers de leur nation l'exercice de leurs droits +sur les biens de l'ordre de Malte situés dans leurs états.</p> + +<p>6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'ils possèdent +dans les îles de Malte et du Gozo, à titre de propriété +particulière.</p> + +<p>7. Les habitans des îles de Malte et du Gozo continueront +à jouir, comme par le passé, du libre exercice de la religion +catholique, apostolique et romaine. Ils conserveront les privilèges +qu'ils possèdent: il ne sera mis aucune contribution +extraordinaire.</p> + +<p>8. Tous les actes civils, passés sous le gouvernement de +l'ordre, seront valables, et auront leur exécution.</p> + +<p>Fait double, à bord du vaisseau l'<i>Orient</i>, devant Malte, +le 24 prairial an 6 de la république française (12 juin 1798.)</p> + +<p class="droite">BONAPARTE, etc.</p><br><br> + + + +<p>En exécution des articles conclus le 24 prairial, entre la +république française et l'ordre de Malte, ont été arrêtées les +dispositions suivantes:</p> + +<p>ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoël, le +fort Timer, le château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, +de la Cottonnere, et de la Cité Victorieuse, seront remis, +à midi, aux troupes françaises.</p> + +<p>2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le château +Saint-Elme, les ouvrages de la Cité Valette, ceux de la Florianne, +et tous les autres, seront remis, à midi, aux troupes +françaises.</p> + +<p>3. Des officiers français se rendront aujourd'hui, à dix +heures du matin, chez le grand-maître, pour y prendre les +ordres pour les gouverneurs qui commandent dans les différens +ports et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des +Français. Ils seront accompagnés d'un officier maltais. Il y +aura autant d'officiers qu'il sera remis de forts.</p> + +<p>4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus pour les +forts et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25 prairial.</p> + +<p>5. En même temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications, l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers +du génie.</p> + +<p>6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les +casernes qu'elles occupent jusqu'à ce qu'il y soit autrement +pourvu.</p> + +<p>7. L'amiral commandant la flotte française nommera un +officier pour prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, +galères, bâtimens, magasins, et autres effets de marine appartenans +à l'ordre de Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'évêque de Malte.</i></p> + +<p>J'ai appris avec un véritable plaisir, monsieur l'évêque, +la bonne conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous +avez fait aux troupes françaises.</p> + +<p>Vous pouvez assurer vos diocésains que la religion catholique, apostolique et romaine, sera non-seulement respectée, +mais ses ministres spécialement protégés.</p> + +<p>Je ne connais pas de caractère plus respectable et plus +digne de la vénération des hommes, qu'un prêtre qui, plein +du véritable esprit de l'évangile, est persuadé que ses devoirs +lui ordonnent de prêter obéissance au pouvoir temporel, +et de maintenir la paix, la tranquillité et l'union au milieu +d'un diocèse.</p> + +<p>Je désire, monsieur l'évêque, que vous vous rendiez sur-le-champ +dans la ville de Malte, et que, par votre influence, +vous mainteniez le calme et la tranquillité parmi le peuple. +Je m'y rendrai moi-même ce soir. Je désire que, dès mon +arrivée, vous me présentiez tous les curés et autres chefs +d'ordre de Malte et villages environnans.</p> + +<p>Soyez persuadé, monsieur l'évêque, du désir que j'ai +de vous donner des preuves de l'estime et de la considération +que j'ai pour votre personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrôleur de l'armée, +et un commis du payeur, enlèveront l'or, l'argent et les +pierres précieuses qui se trouvent dans l'église de St.-Jean, +et autres endroits dépendans de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maître.</p> + +<p>2. Ils feront fondre dans la journée de demain tout l'or +en lingots, pour être transporté dans la caisse du payeur +à la suite de l'armée.</p> + +<p>3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres précieuses +qui seront mises sous le scellé dans la caisse de l'armée.</p> + +<p>4. Ils vendront pour 250 à 300,000 fr. d'argenterie à +des négocians du pays pour de la monnaie d'or et d'argent, +qui sera également remise dans la caisse de l'armée.</p> + +<p>5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du +payeur, qui la laissera à la monnaie de Malte, pour être +fabriquée, et l'argent remis au payeur de la division, pour +la subsistance de cette division. On spécifiera ce que cela +doit produire, afin que le payeur puisse en être comptable.</p> + +<p>6. Ils laisseront, tant à l'église St.-Jean qu'aux autres +églises, ce qui sera nécessaire pour l'exercice du culte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Garat, ministre à Naples.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expédie +à Paris. Je vous prie de lui fournir les passe-ports +nécessaires, et de l'expédier en toute diligence.</p> + +<p>Je vous prie de donner à la cour de Naples une connaissance +pure et simple de l'occupation de Malte par les troupes +françaises, et de la souveraineté et propriété que nous venons +d'y acquérir. Vous devez en même temps faire connaître +à S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous comptons +conserver les même relations que par le passé pour notre approvisionnement, +et que si elle en agissait avec nous autrement +qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins +qu'amical.</p> + +<p>Quant à la suzeraineté que le royaume de Sicile a sur +Malte, nous ne devons pas nous y refuser, toutes les fois que +Naples reconnaîtra la suzeraineté de la république romaine.</p> + +<p>Je m'arrête ici deux jours pour faire de l'eau, après lesquels +je pars pour l'Orient.</p> + +<p>Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps à Naples; +je vous prie de me faire connaître ce que vous comptez faire, +et de me donner, le plus souvent que vous pourrez, des nouvelles +de l'Europe.</p> + +<p>Vous connaissez l'estime et la considération particulière +que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p>P.S. Pour épargner le temps, je mets ma lettre au directoire, +sous cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les chevaliers qui n'étaient pas profès et qui se +seraient mariés à Malte;</p> + +<p>2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulières +dans l'île de Malte;</p> + +<p>3. Ceux qui auraient établi des manufactures ou des maisons +de commerce;</p> + +<p>4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, +connus par les sentimens qu'ils ont pour la république, seront +regardés comme citoyens de Malte et pourront y rester tant +qu'ils désireront. Ils seront exceptés de l'ordre donné aujourd'hui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les îles de Malte et du Gozo seront administrées +par une commission de gouvernement composée de neuf personnes, +qui seront à la nomination du général en chef.</p> + +<p>2. Chaque membre de la commission la présidera à son tour +pendant six mois. Elle choisira un secrétaire et un trésorier +hors de son sein.</p> + +<p>3. Il y aura, près de la commission, un commissaire français.</p> + +<p>4. Cette commission sera spécialement chargée de toute +l'administration des îles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des contributions directes et indirectes. +Elle prendra des mesures relatives à l'approvisionnement +de l'île. L'administration de santé sera spécialement sous +ses ordres.</p> + +<p>5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement +avec la commission pour établir ce qu'elle doit donner +par mois à la caisse de l'armée.</p> + +<p>6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment +de l'organisation des tribunaux pour la justice civile et +criminelle, en le rapprochant le plus possible de l'organisation +qui existe actuellement en France. La nomination des +membres aura besoin de l'approbation du général de division +commandant à Malte. En attendant que ces tribunaux soient +organisés, la justice continuera d'être administrée comme par +le passé.</p> + +<p>7. Les îles de Malte et du Gozo seront divisées en cantons +dont le moindre aura trois mille ames de population. Il y +aura à Malte deux municipalités.</p> + +<p>8. Chaque canton sera administré par un corps municipal +de cinq membres.</p> + +<p>9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix.</p> + +<p>10. Les juges de paix, les différentes magistratures seront +nommés par la commission de gouvernement, avec l'approbation +du général de division commandant à Malte.</p> + +<p>11. Tous les biens du grand-maître de l'ordre de Malte et +des différens couvens des chevaliers appartiennent à la république française.</p> + +<p>12. Il y aura une commission, composée de trois membres, +chargée de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle correspondra avec l'ordonnateur en chef.</p> + +<p>13. La police sera toute entière sous les ordres du général +de division commandant et des différens officiers sous ses +ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalité de la ville +de Malte, un bataillon de garde nationale composé de neuf +cents hommes, qui portera l'uniforme habit vert, paremens et +collet rouges, et passe-poil blanc. Cette garde nationale sera +choisie parmi les hommes les plus riches, les marchands, et +ceux qui sont intéressés à la tranquillité publique.</p> + +<p>2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles +nécessaires pour la police. Elle ne sera jamais de +garde aux forts.</p> + +<p>3. L'institution du corps des chasseurs sera conservée.</p> + +<p>4. Le général de division fera un réglement tant pour l'organisation +et le service de la garde nationale que pour l'organisation +et le service des chasseurs. On donnera aux uns et +aux autres la quantité d'armes nécessaire pour le service.</p> + +<p>5. On formera quatre compagnies de vétérans de tous les +vieux soldats qui auraient été au service de l'ordre de Malte, +et qui sont incapables d'un service actif.</p> + +<p>Les deux premières, dès l'instant qu'elles seront organisées, +seront envoyées pour tenir garnison dans le fort de +Corfou. On exécutera le présent article, quelques difficultés +que l'on puisse rencontrer, mon intention n'étant pas que +cette grande quantité d'hommes, habitués à l'ordre de Malte, +continue à y rester.</p> + +<p>6. On formera quatre compagnies de canonniers, à peu +près sur le même pied que celles qui existaient ci-devant, +qui seront employées dans les batteries de la côte. Il y aura, +dans chacune de ces compagnies de canonniers, un officier +et un sous-officier français.</p> + +<p>7. Tous les individus qui voudront former une compagnie +de cent chasseurs seront maîtres de la former. Eux et les officiers +de ces compagnies seront conservés, et, dès l'instant +qu'elles seront organisées, le général de division les fera partir pour rejoindre l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement à Corcyre, Ithaque, +et près le département de la mer Egée.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyens, que le pavillon de la république +flotte sur tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean +de Jérusalem est détruit.</p> + +<p>Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra +l'armée.</p> + +<p>Apprenez aux habitans de votre département ce que nous +faisons dans ce moment-ci; ils en tireront tout l'avantage.</p> + +<p>N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaître à tous +les Grecs de la Morée et des autres pays.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyens, que l'armée de la république +est en possession depuis deux jours de la ville et des deux +îles de Malte et du Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur +tous les forts.</p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction +de l'ordre de Malte et de cette nouvelle possession de la république +au bey, près duquel vous vous trouvez, et lui faire +connaître que, désormais, il doit respecter les Maltais, puisqu'ils +se trouvent sujets de la France.</p> + +<p>Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté +les différens esclaves maltais qu'il avait; j'ai donné l'ordre +pour que l'on mit en liberté plus de deux mille esclaves barbaresques +et turcs, que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +tenait aux galères.</p> + +<p>Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte +en deux ou trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il +s'écartait un moment des égards qu'il doit à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p> + +<p>Nous sommes entrés, citoyen général, depuis trois jours +dans Malte. La république vient, par-là, d'acquérir une +place aussi forte que favorablement située pour le commerce.</p> + +<p>Les habitans des trois départemens qui composent votre +division, doivent en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur +cette bonne nouvelle.</p> + +<p>Je laisse le général Vaubois pour commander ici. Vous +pourrez correspondre avec lui pour tous les objets dont vous +pourriez avoir besoin.</p> + +<p>Votre division fait partie de l'armée que je commande. Je +vous prie de m'envoyer par le brick l'état de situation exacte +de vos troupes, de votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, +soit de vivres.</p> + +<p>Faites-moi connaître aussi ce qui est dû à la troupe, et +s'il vous serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, +d'armer en flûte le vaisseau et la frégate qui sont à Corfou, +et de me les envoyer dans l'endroit que je vous désignerai.</p> + +<p>Je vous prie d'expédier à notre ministre à Constantipople, +la nouvelle de l'occupation de Malte par l'armée française, +et de la destruction de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. +Annoncez également cette nouvelle à Ali-Pacha, au pacha de +Scutari et au pacha de la Morée.</p> + +<p>Je désire que vous n'envoyiez à Constantinople qu'un bateau +de commerce. Le chebeck <i>le Fortunatus</i> a ordre de venir +joindre l'armée: faites-le accompagner par un de vos +meilleurs bricks, afin que je puisse vous le renvoyer avec de +nouveaux ordres.</p> + +<p>Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est +inutile que vous fassiez connaître la destination que prend +l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les habitans des îles de Malte et du Gozo +sont tenus de porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de +Malte ne pourra porter l'habit national français, à moins +qu'il n'en ait obtenu la permission spéciale du général en +chef. Le général en chef accordera la qualité de citoyen français +et la permission de porter l'habit national aux habitans +de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement +à la république, par quelque action d'éclat, trait de +bienfaisance ou de bravoure.</p> + +<p>2. Tous les habitans de Malte sont désormais égaux en +droits. Leurs talens, leur mérite, leur patriotisme, et leur +attachement à la république française, établissent seuls la +différence entre eux.</p> + +<p>3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le +nom de <i>bonnivagli</i> seront mis en liberté, et le contrat déshonorant +pour l'espèce humaine qu'ils ont fait est détruit.</p> + +<p>4. En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs +qui sont esclaves de quelque particulier seront remis entre +les mains du général commandant, pour être traités comme +prisonniers de guerre; et, vu l'amitié qui existe entre la république +française et la Porte ottomane, ils seront envoyés +chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et lorsqu'il +aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte +tous les esclaves français ou maltais qu'ils auraient.</p> + +<p>5. Dix jours après la publication du présent ordre, il est +défendu d'avoir des armoiries soit à l'intérieur, soit à l'extérieur +des maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, +ni de prendre des titres féodaux.</p> + +<p>6. L'ordre de Malte étant dissous, il est expressément défendu +à qui que ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, +ou chevaliers.</p> + +<p>7. On mettra dans chaque église, à la place où étaient les +armes du grand-maître, celles de la république.</p> + +<p>8. Dix jours après la publication du présent ordre, il est +défendu, sous quelque prétexte que ce soit, de porter des +uniformes des corps de l'ancien ordre de Malte.</p> + +<p>9. L'île de Malte appartenant à la république française, +la mission des différens ministres plénipotentiaires a cessé.</p> + +<p>10. Tous les consuls étrangers cesseront leurs fonctions, +et ôteront les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'à ce +qu'ils aient reçu des lettres de créance de leur gouvernement +pour continuer leurs fonctions dans la ville de Malte, devenue +port de la république française.</p> + +<p>11. Tous les étrangers venant et vivant à Malte seront +obligés de se conformer au présent ordre, quels que soient leur +grade et le rang qu'ils auraient chez eux.</p> + +<p>12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront +condamnés, pour la première fois, à une amende du tiers de +leurs revenus; la seconde, à trois mois de prison; la troisième, +à un an de prison; la quatrième, à la déportation de +l'île de Malte, et à la confiscation de la moitié de leurs biens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il sera fait un désarmement général de tous les +habitans des îles de Malte et du Gozo. Il ne sera accordé des +armes que par une permission du général commandant, et à +des hommes dont le patriotisme sera reconnu.</p> + +<p>2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les îles de +Malte et du Gozo sera continuée; mais ce corps ne sera composé +que d'hommes sur les services desquels on peut compter. +On aura soin surtout d'avoir des officiers patriotes.</p> + +<p>3. Les signaux seront rétablis depuis la pointe du Gozo à +Malte.</p> + +<p>4. Les lois de la santé à Malte ne seront ni plus ni moins +rigoureuses que les lois de la santé à Marseille.</p> + +<p>5. Il sera formé une compagnie de trente volontaires, composée +de jeunes gens de quinze à trente ans, et pris dans les +familles les plus riches.</p> + +<p>6. Le général de division désignera, dans l'espace de dix +jours, à la commission de gouvernement les hommes qui doivent +composer ladite compagnie. La commission de gouvernement +le leur fera signifier; et, vingt jours après, ils seront +obligés d'être armés d'un sabre. Ils auront le même uniforme +que les guides de l'armée, à l'exception qu'ils porteront l'aiguillette +et le bouton blanc.</p> + +<p>7. Ceux qui ne se trouveraient pas à la revue que passera +le général de division dix jours après seront condamnés, les +jeunes gens à un an de prison, et les parens, jouissant du +bien de la famille, à mille écus d'amende.</p> + +<p>8. La commission de gouvernement désignera les jeunes +gens de neuf à quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, +lesquels seront envoyés a Paris pour être élevés dans +les écoles de la république. Les parens seront tenus de leur +faire 800 fr. de pension, et de leur donner 600 fr. pour leur +voyage. Le passage leur sera accordé sur les vaisseaux de +guerre.</p> + +<p>9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces +jeunes gens, au plus tard dans vingt jours, au général en +chef, et ils partiront au plus tard dans un mois.</p> + +<p>10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et +revers rouges, liseré blanc. Ils seront débarqués à Marseille, +où le ministre de l'intérieur donnera des ordres pour les faire +passer dans les écoles nationales.</p> + +<p>11. Le commissaire-ordonnateur de la marine désignera à +la commission de gouvernement les jeunes gens maltais appartenans +aux familles les plus riches, pour pouvoir être +placés comme aspirans, et pouvoir s'instruire et parvenir à +tous les grades.</p> + +<p>12. Comme l'éducation intéresse principalement la prospérité +et la sûreté publiques, les parens dont les enfans seront +désignés, et qui s'y refuseraient, seront condamnés à +payer mille écus d'amende.</p> + +<p>13. Les classes pour les matelots seront rétablies comme +dans les ports de France. Lorsque l'escadre aura besoin de +matelots, et qu'il n'y aura pas assez de gens de bonne volonté, +on prendra de préférence les jeunes gens de quinze à +vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra ceux de +vingt-cinq à trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq à quarante-cinq.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les prêtres, religieux et religieuses, de +quelque ordre que ce soit, qui ne sont pas natifs des îles de +Malte et du Gnzo, seront tenus d'évacuer l'île au plus tard +dix jours après la publication du présent ordre: l'évêque, +vu ses qualités pastorales, sera seul excepté du présent ordre.</p> + +<p>2. Toutes les cures, bénéfices, qui, en vertu du présent +ordre, seraient vacans, seront donnés à des naturels des îles +de Malte et du Gozo, n'étant point juste que des étrangers +jouissent désavantages du pays.</p> + +<p>3. On ne pourra pas désormais faire de voeux religieux +avant l'âge de trente ans. Il est défendu de faire de nouveaux +prêtres, jusqu'à ce que les prêtres actuellement existans +soient tous employés.</p> + +<p>4. Il ne pourra pas y avoir à Malte et au Gozo plus d'un +couvent de chaque ordre.</p> + +<p>5. La commission de gouvernement, de concert avec l'évêque, +désignera les maisons où les individus d'un même +ordre doivent se réunir. Tous les biens qui deviendraient +inutiles à la subsistance desdits couvens seront employés à +soulager les pauvres.</p> + +<p>6. Toutes les fondations particulières, tous les couvens +d'ordre séculier et corporations de pénitens, toutes les collégiales, +sont supprimés. La cathédrale seule aura quinze +chanoines résidans à Malte, et cinq résidans à Civita-Vecchia.</p> + +<p>7. Il est expressément défendu à tout séculier, qui n'est +pas au moins sous-diacre, de porter le collet ou la soutane.</p> + +<p>8. L'évêque sera tenu de remettre, dix jours après la publication +du présent ordre, l'état des prêtres et le certificat +qu'ils sont naturels des îles de Malte et du Gozo, et l'état de +ceux qui, en vertu du présent ordre, doivent évacuer le territoire.</p> + +<p>Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil état +au commissaire du gouvernement. +Tout individu qui n'aurait pas obtempéré au présent ordre +sera condamné à six mois de prison.</p> + +<p>9. La commission de gouvernement, le commissaire près +elle, le général de division, sont chargés, chacun en ce qui +le concerne, de l'exécution du présent ordre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Il y a déjà long-temps que vous n'avez reçu de nos nouvelles. +Vous devez cependant avoir reçu deux avisos que je +vous ai envoyés. Je n'ai reçu de Toulon, depuis mon départ, +que le brick qui est parti quarante-huit heures après nous.</p> + +<p>Après deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons +obtenu la ville de Malte et tous ses forts: nous y avons +trouvé deux vaisseaux de guerre, une frégate, quatre galères, +quinze à dix-huit cents pièces de canon, et quarante +mille fusils.</p> + +<p>Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionné.</p> + +<p><i>La Sensible</i> que je vous expédie, conduira l'ambassadeur +de la république à Constantinople.</p> + +<p>J'espère que les trois vaisseaux vénitiens, grâce à vos +soins, seront a présent en état, et que toutes les troupes restées +en arrière, pourront partir sous leur escorte.</p> + +<p>Adressez tout ce qui nous serait destiné, à Malte qui nécessairement +doit être notre première échelle.</p> + +<p>Je désirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte +toutes les troupes que le consul de Gènes a à nous envoyer.</p> + +<p>Je vous prie d'expédier, deux fois par décade, un aviso +pour Malte, d'où il retournera à Toulon: le commissaire de +la marine, qui est à Malte, nous expédiera nos courriers là +où nous serons.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lavalette.</i></p> + +<p><i>L'Arthémise</i>, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur +la côte d'Albanie, pour vous mettre à même de conférer avec +Ali-Pacha. La lettre ci-jointe que vous devrez lui remettre, +ne contient rien autre chose que d'ajouter foi à ce que vous +lui direz, et de l'inviter à vous donner un truchement sûr +pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez vous-même +ladite lettre, afin d'être assuré qu'il en prenne lui-même +lecture.</p> + +<p>Après quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de +Malte, et me trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et +cinquante mille hommes, j'aurai des relations avec lui, et +que je désire savoir si je peux compter sur lui; que je désirerais +aussi qu'il envoyât près de moi, en l'embarquant sur +la frégate, un homme de marque et qui eût sa confiance; que +sur les services qu'il a rendus aux Français, et sur sa bravoure +et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il +veuille me seconder, je peux accroître de beaucoup sa gloire +et sa destinée.</p> + +<p>Vous prendrez en général note de tout ce que vous dira +Ali-Pacha, et vous vous rembarquerez sur la frégate pour +venir me joindre et me rendre compte de tout ce que vous +aurez fait.</p> + +<p>En passant à Corfou, vous direz au général Chabot, qu'il +nous envoie des bâtimens chargés de bois, et qu'il fasse une +proclamation aux habitans des différentes îles pour qu'ils +envoient à l'escadre, du vin, des raisins secs, et qu'ils en +seront bien payés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Ali-Pacha.</i></p> + +<p>Mon très-respectable ami, après vous avoir offert les voeux +que je fais pour votre prospérité et la conservation de vos +jours, j'ai l'honneur de vous informer que depuis long-temps +je connais l'attachement que vous avez pour la république +française, ce qui me ferait désirer de trouver le moyen de +vous donner des preuves de l'estime que je vous porte. L'occasion +me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empressé +de vous écrire cette lettre amicale, et j'ai chargé un de +mes aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre +en mains propres. Je l'ai chargé aussi de vous faire +certaines ouvertures de ma part, et comme il ne sait point +votre langue, veuillez bien faire choix d'un interprète fidèle +et sûr pour les entretiens qu'il aura avec vous. Je vous prie +d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, et de me +le renvoyer promptement avec une réponse écrite en turc de +votre propre main. Veuillez-bien agréer mes voeux et l'assurance +de mon sincère dévouement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au roi d'Espagne.</i></p> + +<p>La république française a accepté la médiation de V.M. +pour la capitulation de la ville de Malte.</p> + +<p>M. le chevalier d'Amatti, votre résident dans cette ville, +a su être à la fois agréable à la république française et au +grand-maître. Mais par l'occupation du port de Malte par la +république, la place de M. d'Amatti se trouve supprimée. Je +le recommande à Votre Majesté, pour qu'elle veuille bien ne +pas l'oublier dans la distribution de ses grâces.</p> + +<p>Je prie Votre Majesté de croire aux sentimens d'estime et +à la très-haute considération que j'ai pour elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les prêtres latins ne pourront pas officier dans +l'église qui appartient aux Grecs.</p> + +<p>2. Les messes que les prêtres latins ont coutume de dire +dans les églises grecques seront dites dans les autres églises de +la place.</p> + +<p>3. Il sera accordé protection aux Juifs qui voudront établir +une synagogue.</p> + +<p>4. Le général commandant remerciera les Grecs établis à +Malte de la bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siège.</p> + +<p>5. Tous les Grecs des îles de Malte et du Gozo, et des départemens +d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egée, qui +conserveront des relations quelconques avec les Russes, seront +condamnés à mort.</p> + +<p>6. Tous les bâtimens grecs qui naviguent sous pavillon +russe, s'ils sont pris par des bâtimens français, seront coulés +bas.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la +garde du grand-maître et du régiment de Malte, qui partent +avec la flotte française, recevront:</p> + +<p>Les femmes, vingt sous par décade; les enfans au-dessous +de dix ans, dix sous par décade.</p> + +<p>2. Tous les garçons au-dessus de dix ans seront embarqués +sur les bâtimens de la république, comme mousses.</p> + +<p>3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime +sur la paie de chaque grenadier ou soldat, du régiment de +Malte, qui a des enfans.</p> + +<p>4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par +décade, et les enfans au-dessous de dix ans, quinze sous.</p> + +<p>5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur +mois.</p> + +<p>6. La commission du gouvernement de Malte est chargée +de l'exécution du présent ordre.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en +bureau et en conseil.</p> + +<p>2. Le bureau sera composé de trois membres; y compris le +président.</p> + +<p>3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres +qui doivent composer le bureau.</p> + +<p>4. Le bureau sera en activité constante de service; chacun +des membres aura 4,000 fr. d'appointemens.</p> + +<p>5. Le conseil ne se réunira qu'une fois par décade, pour +prendre connaissance de ce qu'aura fait le bureau.</p> + +<p>6. Il leur sera accordé à chacun un traitement de 1,000 fr. +par an.</p> + +<p>7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le +citoyen N—— pour six mois, et le citoyen N—— pour +un an.</p> + +<p>8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: +outre ses frais de bureau, il lui sera accordé, +sur l'extraordinaire, une gratification pour son établissement.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Le général de division commandant à la police +générale de l'île et du port; aucun bâtiment ne peut ni entrer +ni sortir qu'en conséquence de son réglement.</p> + +<p>2. La commission du gouvernement est chargée de l'organisation +civile, judiciaire et administrative.</p> + +<p>3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, +ou après avoir ouï son rapport; les conclusions du +commissaire devront être mises dans toutes les délibérations +de la commission.</p> + +<p>4. Tout ce qui est réglement ne peut être publié, ni avoir +son effet, que visé par le commandant et le général de division.</p> + +<p>5. La commission des domaines est chargée de faire l'inventaire +de tous les meubles et immeubles appartenans à la +république; ainsi que de l'administration de tous les biens +nationaux.</p> + +<p>6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura +faits et le bordereau de ce qu'elle aura reçu au commissaire +du gouvernement.</p> + +<p>7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en conséquence +d'un ordre du général en chef, et, s'il survenait des circonstances +extraordinaires qui exigeassent des fonds, le général de +division, le commissaire du gouvernement, le commissaire +des guerres, et la commission, se réuniraient et prendraient +un arrêté, en conséquence duquel on serait autorisé a vendre +jusqu'à la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire du +gouvernement serait alors chargé de faire un réglement, et +d'en suivre tous les détails.</p> + +<p>8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur +que celui de la division militaire, qui aura un registre et une +caisse particulière pour les objets y relatifs.</p> + +<p>10. Le général commandant l'île aura seul le droit de contrôler +et de se mêler de l'administration du pays. Les généraux +commandant sous lui, les commandans de place, et autres +agens militaires, ne se mêleront en aucune manière des +objets administratifs. Le général-commandant ne pourra jamais +être représenté par un de ses subordonnés.</p> + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Les impôts établis seront provisoirement maintenus. +Le commissaire du gouvernement et la commission +administrative en assureront la perception.</p> + +<p>2. Dans le plus court délai, il sera établi un système +d'impositions nouvelles, de manière que le produit total, +pris sur les douanes, le vin, l'enregistrement, le timbre, le +tabac, le sel, les loyers de maisons et les domestiques, s'élève +à 720,000 fr.</p> + +<p>3. De cette somme, il sera versé chaque mois 50,000 fr. +dans la caisse du payeur de l'armée. Ce versement n'aura +lieu cependant que dans trois mois, et jusque-là la caisse +des domaines nationaux y suppléera.</p> + +<p>4. Les 120,000 fr. restans seront laissés pour fournir aux +frais d'administration, justice, etc., selon l'état par aperçu +ci-joint.</p> + +<p>5. Cet état sera arrêté définitivement par la commission du +gouvernement avec le commissaire de la république française, +lors de l'organisation des tribunaux, et des diverses +parties du service administratif.</p> + +<p>6. Le pavé des villes, et l'entretien pour la propreté et le» +lumières, sera payé par les habitans.</p> + +<p>7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera établi +sur les bâtimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des +employés attachés à ce service.</p> + +<p>8. Il sera établi un droit de passe pour l'entretien des +routes.</p> + +<p>9. L'instruction publique sera payée avec les biens qui y +sont déjà affectés; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des +fondations et couvens supprimés, suivant l'ordre précédent +du général en chef.</p> + +<p>10. Les gages des magistrats de santé et frais y relatifs seront +payés par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs.</p> + +<p>11. Le mont-de-piété sera maintenu, et le commissaire du +gouvernement pour voira à son organisation nouvelle.</p> + +<p>12. L'établissement dit de l'Université, pour l'approvisionnement +en grains de l'île, sera maintenu, en séparant +l'administration ancienne à compter du premier messidor; +et le commissaire du gouvernement sera tenu de l'organiser +de manière à ne laisser aucune inquiétude à la république sur +l'approvisionnement de l'île.</p> + +<p>13. Les hôpitaux seront organisés sur des bases nouvelles, +et il sera pourvu à leurs besoins par des biens des couvens +ou fondations supprimés; ceux qui y sont déjà affectés leur +seront conservés.</p> + +<p>14. La poste aux lettres sera organisée de manière à couvrir, +par la taxe des lettres, la dépense qu'elle occasionnera.</p> + +<p>15. Les dépenses relatives au passage de l'armée, aux +fournitures faites pour elle, à l'état du nouveau gouvernement, +seront prises sur les fonds qui resteront disponibles +pendant les trois mois où le gouvernement ne paiera rien à +l'armée.</p> + +<p>16. Le commissaire du gouvernement est autorisé à régler, +provisoirement, les cas non prévus, en rendant compte +de la détermination au général en chef.</p> + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</i></p> + +<p>ÉCOLES PRIMAIRES.</p> + +<p>ART. 1er. Il sera établi dans les îles de Malte et du Gozo +quinze écoles primaires.</p> + +<p>2. Les instituteurs des écoles enseigneront aux élèves à +lire et écrire en français, les élémens de calcul et du pilotage, +et les principes de la morale et de la constitution française.</p> + +<p>3. Les instituteurs seront nommés par le commissaire du +gouvernement.</p> + +<p>4. Ils seront logés dans une maison nationale à laquelle sera +attaché un jardin.</p> + +<p>5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les +villes et de 800 fr. dans les casals.</p> + +<p>6. Il sera affecté au paiement de chaque instituteur une +portion suffisante des biens des couvens supprimés.</p> + +<p>7. La distribution des écoles et les réglemens sur leurs administration +et régime seront confiés à la commission de +gouvernement.</p> + + +<p>ÉCOLE CENTRALE.</p> + +<p>ART. 1er. Il sera établi à Malte une école centrale qui remplacera +l'université et les autres chaires.</p> + +<p>2. Elle sera composé:</p> + +<p>1°. D'un professeur d'arithmétique, et de stéréotomie, +aux appointemens de 1,800 f.; 2°. d'un professeur d'algèbre +et de stéréotomie, aux appointemens de 2,000 fr.; 3°. d'un +professeur de géométrie et d'astronomie, aux appointemens +de 2,400 fr.; 4°. d'un professeur de mécanique et de physique, +aux appointemens de 5,000 fr.; 5°. d'un professeur +de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6°. d'un professeur +de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7°. d'un +professeur de langues orientales, aux appointemens de 1,200 +francs; 8°. d'un bibliothécaire, chargé des cours de géographie, +aux appointemens de 1,000 fr.</p> + +<p>3. À l'école centrale seront attachés:</p> + +<p>1°. La bibliothèque et le cabinet d'antiquités; 2°. un muséum +d'histoire naturelle; 3°. un jardin de botanique; 4°. +l'observatoire.</p> + +<p>Une somme de 3,000 fr. sera affectée à l'entretien du matériel +de l'école centrale.</p> + +<p>5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la +fondation de l'approvisionnement.</p> + +<p>6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le +commissaire des domaines pour la vente desdits biens.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crédit sur le payeur +de la place, de 3,000 fr. par mois pour le commandant de +l'artillerie; 4,000 fr. par mois pour le commandant du génie; +25,000 fr. par mois pour la marine; 3,000 fr. par mois +pour l'extraordinaire, à la disposition du général-commandant.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront +chacun 4,000 fr. d'appointemens par an.</p> + +<p>2. Ceux qui ne sont pas établis dans le pays auront six +mois d'appointemens en forme de gratification pour leur établissement.</p> + +<p>3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accordé +également une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement +pour son établissement, dont 3,000 fr. seront +payés sur les premiers fonds, et 3,00 fr. dans six mois.</p> + +<p>4. les frais de logement et de bureau de la commission ne +pourront pas excéder la somme de 12 à 1,500 fr. par an.</p> + +<p>5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera +des moyens de perfectionner l'instruction, et proposera +à la commission de gouvernement les mesures d'administration +qu'il jugera nécessaires.</p> + +<p>6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employés, +dont l'état aura été arrêté par la commission de gouvernement, +et les dépenses nécessaires pour l'entretien des +divers établissemens, seront payés sur les fonds ci-devant affectés +à l'entretien de l'université et de la chaire des langues +orientales.</p> + +<p>7. Il sera affecté au jardin de botanique un terrain de +trente arpens, que la commission de gouvernement désignera +sans délai parmi les terrains les plus fertiles et les plus près +de la ville.</p> + +<p>8. Il sera fait à l'hôpital de la ville de Malte des leçons +d'anatomie, de médecine et d'accouchement, par les officiers +qui y sont attachés.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1. On affectera pour l'hôpital, des fonds des couvens +ou dotations supprimées, jusqu'à la concurrence de +40,000 fr. de rentes. On prendra de préférence toutes les dotations +qui existent déjà affectées aux hospices, quelques dénominations +qu'elles aient.</p> + +<p>2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., +pour les créanciers du grand-maître.</p> + +<p>3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour +subvenir aux besoins de la garnison et de la marine.</p> + +<p>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1er. L'évêque n'exercera d'autre justice qu'une police + sur les ecclésiastiques; toutes procédures relatives au +mariages seront du ressort de la justice civile et criminelle.</p> + +<p>Il est expressément défendu à l'évêque, aux ecclésiastiques +et aux habitans de l'île, de rien recevoir pour l'administration +des sacremens, le devoir de leur état étant de les administrer +gratis. Ainsi les droits d'étole, et autres pareils, restent +abolis.</p> + +<p>3. Aucun prince étranger ne pourra avoir d'influence ni +dans l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. +Ainsi aucun ecclésiastique ni habitant ne pourra avoir +recours au pape ni à aucun métropolitain.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 30 prairial (18 juin 1798).</p> + +<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p> + +<p>Je vous envoie, citoyens directeurs,</p> + +<p>1°. Un réglement pour la répression des délits à bord de +l'escadre.</p> + +<p>2°. Copie d'une lettre écrite au citoyen Najac, pour les +différens avancemens dans l'arsenal.</p> + +<p>Le citoyen Najac a mis autant d'activité que de zèle dans +l'exécution de vos ordres pour l'expédition; c'est un homme +de mérite, qui entend parfaitement sa besogne.</p> + +<p>3°. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient +débarqués de dessus l'escadre.</p><br><br> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>(Cette lettre a été écrite a différentes reprises, tant à bord</p> +<p>De la flotte qu'à Malte. Nous la classons à sa dernière date.)</p> + </div> </div> + +<p class="droite">Le 8 prairial (27 mai 1798).</p> + +<p>Nous sommes depuis deux jours en calme, à dix lieues au +large du détroit de Bonifaccio.</p> + +<p>Le convoi de Corse vient de se réunir à nous; les troupes +de ce convoi sont commandées par le général Vaubois. J'attends +à chaque instant le convoi de Civita-Vecchia.</p> + +<p>Un brick anglais a été poursuivi par l'aviso <i>le Corcyre</i>, +commandé par le citoyen Renould, et obligé de se jeter sur +les côtes de Sardaigne, où il s'est brûlé. L'équipage de ce +bâtiment nous parle toujours d'une escadre anglaise.</p> + +<p>Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espèce d'avaries +ni de maladies; tout continue à fort bien aller. Nos soldats +travaillent nuit et jour, soit pour apprendre à grimper +sur les mâtures, soit à l'exercice du canon.</p> + + + +<p>Le 9, à huit heures du soir.</p> + +<p>Le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième, auquel +vous aviez depuis long-temps donné l'ordre de passer à Corfou, +est encore à Ancône. J'écris a Brune pour qu'il ne perde +pas un instant pour l'y faire passer. Il est bien essentiel que +nos îles soient suffisamment gardées, surtout dans le premier +moment.</p> + + + +<p>Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue +de l'île de Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y était arrivé +depuis trois jours.</p> + +<p>Le 21 au soir, j'ai envoyé un de mes aides-de-camp pour +demander au grand-maître la faculté de faire de l'eau dans +différens mouillages de l'île. Le consul de la république à +Malte vint me porter sa réponse, qui était un refus absolu, +ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de deux bâtimens +de transport à la fois: ce qui, calcul fait, aurait exigé plus +de trois cents jours pour faire de l'eau.</p> + +<p>Le besoin de l'armée était urgent et me faisait un devoir +d'employer la force pour m'en procurer.</p> + +<p>J'ordonnai à l'amiral Brueys de faire des préparatifs pour +la descente. Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre +et le convoi de Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la +calle de Marsa-Siroco. Le convoi de Gênes débarqua à la calle +Saint-Paul, celui de Marseille à l'île de Gozo.</p> + +<p>Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, +descendirent à la portée du canon de la place. Le général Desaix +fit débarquer le général Belliard avec la vingt-unième. +Il s'empara de toutes les batteries et de tous les forts qui défendaient +la rade et le mouillage de Marsa-Siroco.</p> + +<p>Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur +tous les points, malgré l'obstacle d'une canonnade vive, mais +extrêmement mal exécutée.</p> + +<p>Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et +le reste de l'île était soumis.</p> + +<p>Le général Reynier venait de s'emparer de l'île de Gozo; +le général Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'île de +Malte, après avoir fait plusieurs chevaliers et deux cents +hommes prisonniers. Le général Desaix était à une portée de +pistolet du glacis de la Cottonère et du fort Riccazoli: il avait +aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers.</p> + +<p>Les malheureux habitans, effrayés au-delà de ce qu'on peut +imaginer, s'étaient réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva +par ce moyen suffisamment garnie de monde.</p> + +<p>Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus +grande activité. Les assiégés voulurent faire une sortie; mais +le chef de brigade Marmont, à la tête de la dix-neuvième, +leur enleva le drapeau de l'ordre.</p> + +<p>Le 22, je commençai à faire débarquer l'artillerie. Nous +avons peu de places en Europe aussi fortes et aussi soignées +que celle de Malte. Je ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, +et j'entamai différentes négociations: le résultat en a +été heureux.</p> + +<p>Le grand-maître m'envoya demander, le 22 au matin, une +suspension d'armes.</p> + +<p>J'ai envoyé mon aide-de-camp chef de brigade Junot au +grand-maître, avec la faculté de signer une suspension d'armes, +s'il consentait, pour préliminaires, à négocier de la reddition +de la place.</p> + +<p>J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder +les intentions du grand-maître.</p> + +<p>Le 22 à minuit, les chargés de pouvoir du grand-maître +vinrent à bord de l'Orient, où ils conclurent dans la nuit la +convention dont je vous envoie les articles.</p> + +<p>À la tête de la députation du grand-maître était le commandeur +Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue +d'Auvergne, qui, du moment où il vit que l'on prenait +les armes contre nous, a sur-le-champ écrit au grand-maître +que son devoir, comme chevalier de Malte, était de faire la +guerre aux Turcs, et non à sa patrie; qu'en conséquence il +déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite +de l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ +mis en prison, et il n'en sortit que pour être chargé de venir +négocier.</p> + +<p>Hier, 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons +pris possession de tous les forts. Aujourd'hui, à midi, l'escadre +y est venue mouiller.</p> + +<p>Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l'amiral +Brueys, de l'harmonie et de l'ensemble qui régnent dans toute +l'escadre. J'ai beaucoup à me louer du zèle et de l'activité du +citoyen Gantheaume, chef de division de l'état-major de l'escadre.</p> + +<p>Le citoyen Motard, capitaine de frégate, a commandé les +chaloupes de débarquement. C'est un jeune officier d'espérance.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Malte deux vaisseaux de guerre, une +frégate, quatre galères, douze cents pièces de canon, quinze +cents milliers de poudre, quarante mille fusils, etc. On vous +en enverra incessamment l'état.</p> + +<p>Je vous envoie copie des différens ordres que j'ai donnés +pour l'établissement du gouvernement dans cette île.</p> + +<p>Je vous envoie la liste des Français résidant à Malte, dont +la plupart chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont +fait des dons pour la descente en Angleterre.</p> + +<p>Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au +citoyen Marmont.</p> + + + +<p>Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>L'escadre commence à sortir du port; et, le 30, nous +comptons être tous à la voile pour suivre notre destination.</p> + +<p>J'ai laissé, pour commander l'île, le général de division +Vaubois; c'est lui qui a commandé le débarquement, et il +s'est concilié les habitans de l'île par sa sagesse et sa douceur.</p> + +<p>Le grand-maître part demain pour se rendre à Trieste. +Sur les six cent mille francs que nous lui avons accordés, il +laisse ici trois cent mille francs pour payer ses dettes. Je ferai +prévaloir ces trois cent mille francs sur les terres que nous +avons appartenant à l'Ordre.</p> + +<p>Je lui ai donné cent mille francs comptant, et le payeur +lui a remis quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante +mille francs chacune, faisant les deux cent mille +francs. Je vous prie d'ordonner qu'elles soient acquittées.</p> + +<p>Toute l'argenterie d'ici, y compris le trésor de Saint-Jean, +ne nous donnera pas un million. Je laisse cet argent pour +subvenir aux dépenses de la garnison et à l'achèvement du +vaisseau <i>le Saint-Jean</i>.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnés aux deux +vaisseaux, à la frégate et aux galères que nous avons trouvés +ici.</p> + +<p>Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnés. +Je n'ai rien oublié de ce qui pouvait nous assurer cette île.</p> + +<p>Je vous prie d'y envoyer le reste de la septième demi-brigade +d'infanterie légère, de la quatre-vingtième et de la +vingt-troisième. Cette dernière est en Corse.</p> + +<p>Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'égale +l'importance de cette place. Elle est soignée et dans le +meilleur état; mais les fortifications sont très-étendues.</p> + +<p>Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos +demi-brigades qui sont restés en arrière: cela se monte à plusieurs +milliers. Malte aurait besoin aussi de quatre compagnies +d'artillerie à pied.</p> + +<p>J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs +qui étaient ici: ils nous seront utiles.</p> + +<p>Le nombre des chevaliers de Malte français se monte à trois +cents. Une partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. +J'emmène avec moi tout ce qui avait moins de trente ans. Le +reste se rend à Antibes, afin que ceux qui n'ont pas porté les +armes contre la France puissent rentrer, conformément à l'article +3 de la capitulation.</p> + +<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, +j'ai été instruit que les ordres que vous aviez donnés pour +arrêter les instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas été +exécutés, et que tous les officiers avaient donné leur parole +d'honneur de ne pas souffrir leur arrestation; ce qui avait +obligé le général Saint-Cyr à se relâcher de l'exécution de +vos ordres. J'ai sur-le-champ fait arrêter quatre officiers du +septième de hussards, et quatre de la soixante-unième, qui +sont désignés par les chefs comme les principaux meneurs. +Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de +servir dans les troupes de la république. N'ayant pas le temps +de faire faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort +Lamalgue, jusqu'à ce qu'on ait reçu vos ordres.</p> + + + +<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Je vous envoie l'original du traité que venait de conclure +l'ordre de Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours +qu'il était ratifié, et le courrier, qui est le même que celui +que j'ai arrêté, il y a deux ans, à Ancône, n'était pas encore +parti. Ainsi, sa majesté l'empereur de Russie nous doit des +remercimens, puisque l'occupation de Malte épargne à son +trésor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu +que lui-même les intérêts de sa nation.</p> + +<p>Cependant, si son but avait été de préparer les voies pour +s'établir dans le port de Malte, sa majesté aurait dû, ce me +semble, faire les choses un peu plus en secret, et ne pas mettre +ses projets tant à découvert. Mais enfin, quoi qu'il en +soit, nous avons, dans le centre de la Méditerranée, la place +la plus forte de l'Europe, et il en coûtera cher à ceux qui +nous en délogeront.</p> + + + +<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Le général Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau +de l'Ordre et ceux de plusieurs des régimens de Malte.</p> + +<p>La santé de cet officier l'obligeait de retourner à Paris.</p> + +<p>Le général Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec +distinction à l'armée d'Italie, et s'est fort bien acquitté des +différentes missions que je lui ai confiées.</p> + + + +<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation +de l'île. Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction +publique.</p> + +<p>Je vous prie d'envoyer ici trois élèves de l'école polytechnique, +qui pourront vous être désignés par le citoyen Guyton.</p> + +<p>Le premier montrera l'arithmétique et la géométrie descriptive; +le second l'algèbre; le troisième la mécanique et la +physique. Ils seront logés et bien payés.</p> + +<p>Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues +de l'île de Malte.</p> + +<p>Je vous envoie une galère en argent. Cest le modèle de la +première galère qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux +par son ancienneté.</p> + +<p>Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait +au grand-maître dans les grandes cérémonies; il est assez +bien travaillé.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Le général Vaubois fera déporter à Rome, sous +quarante-huit heures, les consuls d'Angleterre et de Russie.</p> + +<p>2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la déportation +sera d'une année, au bout de laquelle ils pourront rentrer, +si la république française n'a pas a se plaindre d'eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. Tout individu de l'armée qui aura pillé ou violé, +sera fusillé.</p> + +<p>2. Tout individu de l'armée qui, de son chef, mettra des +contributions sur les villes, villages, sur les individus, ou +commettra des extorsions de quelque genre que ce soit, sera +fusillé.</p> + +<p>3. Lorsque des individus d'une division auront commis du +désordre dans une contrée, la division entière en sera responsable; +si les coupables sont connus, le général de division les +fera fusiller; s'ils sont inconnus, le général de division préviendra +à l'ordre que l'on ait à lui faire connaître les coupables, +et, s'ils restent inconnus, il sera retenu, sur le prêt +de la division, la somme nécessaire pour indemniser les habitans +de la perte qu'ils auront soufferte.</p> + +<p>4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du +désordre dans une contrée, le corps entier en sera responsable; +si le chef a connaissance des coupables, il les dénoncera +au général de division qui les fera fusiller; s'ils sont inconnus, +le chef fera battre à l'ordre pour qu'on les lui fasse connaître; +et s'ils continuent à être inconnus, il sera retenu sur +le prêt du corps, la somme nécessaire pour indemniser les +habitans de la perte qu'ils auront soufferte.</p> + +<p>5. Aucun individu de l'armée n'est autorisé à faire des réquisitions +ni lever des contributions, que muni d'une instruction +du commissaire ordonateur en chef, en conséquence +d'un ordre du général en chef.</p> + +<p>6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent à la +guerre, si le général en chef et le commissaire ordonnateur +en chef se trouvaient éloignés d'une division, le général de +division enverra sur-le-champ copie au général en chef de +l'autorisation qu'il aura donnée, et le commissaire des guerres +enverra une copie au commissaire ordonnateur en chef des +objets qu'il aura requis.</p> + +<p>7. Il ne pourra être requis que des choses nécessaires aux +soldats, aux hôpitaux, aux transports et à l'artillerie.</p> + +<p>8. Une fois la réquisition frappée, les objets requis doivent +être remis aux agens des différentes administrations qui +doivent en donner des reçus, et en recevoir de ceux à qui ils +les distribueront, afin d'avoir leur comptabilité en matière, +en règle. Ainsi, dans aucun cas, les officiers et soldats ne +doivent recevoir directement des objets requis.</p> + +<p>9. Tout l'argent et matières d'or et d'argent provenant des +réquisitions, des contributions et de tout autre événement, +doit, sous douze heures, se trouver dans la caisse du payeur +de la division, et dans le cas que celui-ci soit éloigné, il sera +versé dans la caisse du quartier-maître du corps.</p> + +<p>10. Dans les places où il y aura un commandant, aucune +réquisition ne pourra être faite sans qu'auparavant, le commissaire +des guerres n'ait fait connaître au commandant de la +place, en vertu de quel ordre cette réquisition est frappée; +le commandant de la place devra sur-le-champ en instruire +l'état-major général.</p> + +<p>11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 +et 10, seront destitués et condamnés à deux années de fers.</p> + +<p>12. Le général en chef ordonne au général chef de l'état-major, +aux généraux, au commissaire-ordonnateur en chef, +de tenir la main à l'exécution du présent ordre, son intention +n'étant pas que les fonds de l'armée deviennent le profit +de quelques individus; ils doivent tourner à l'avantage de +tous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et côtes des +pays occupés par l'armée. Tous les réglemens qu'il fera, et +ordres qu'il donnera, auront leur exécution.</p> + +<p>2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organisés +conformément aux réglemens que fera l'amiral, ainsi que +ceux de Corfou et de Damiette.</p> + +<p>3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur +à Alexandrie; le citoyen Vavasseur, celles de directeur de +l'artillerie.</p> + +<p>4. Les agens de l'administration des ports et rades des +pays occupés par l'armée, correspondront avec l'ordonnateur +Leroy de qui ils recevront directement des ordres.</p> + +<p>5. Toutes les munitions navales qui seront trouvées dans +les pays conquis par l'armée, seront mises dans les magasins +des ports.</p> + +<p>6. Les classes pour les matelots seront établies à Malte, en +Egypte et dans les îles de la mer Ionienne.</p> + +<p>Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis +pour l'escadre.</p> + +<p>7. La marine n'aura aucun hôpital particulier; elle se servira +des hôpitaux de l'armée de terre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il ne sera rien débarqué des bâtimens de transports +et des convois que sur l'ordre de l'amiral, et en conséquence +des réglemens qu'il fera.</p> + +<p>2. Les bâtimens seront réduits au frêt de 18 fr. le tonneau +par mois, pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux +au-dessus.</p> + +<p>3. Les bâtimens hors de service, et qui ne seront pas jugés +capables de retourner en Europe, seront évalués et dépecés +pour le service de l'escadre.</p> + +<p>4. Il sera fait trois états des bâtimens du convoi.</p> + +<p>1°. De ceux au-dessus de cent tonneaux.</p> + +<p>2°. De ceux au-dessus de deux cents.</p> + +<p>3°. De ceux au-dessus.</p> + +<p>On spécifiera la nation dont ils sont.</p> + +<p>5. Tous les matelots français qui sont à bord des bâtimens +du convoi, seront pris pour la flotte.</p> + +<p>Il sera pris des matelots égyptiens pour les convois.</p> + +<p>6. Tout bâtiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra +avoir que le nombre de matelots qui lui est nécessaire, de +quelque nation qu'il soit. Le surplus sera mis à bord de +l'escadre.</p> + +<p>7. Les bâtimens du convoi, les équipages sont sous les +ordres de l'amiral. Il fera tous les réglemens qu'il jugera nécessaires +pour le bien de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef.</p> + +<p>En conséquence de l'autorisation spéciale du Directoire +exécutif, et voulant reconnaître les services du citoyen Mesnard, +commissaire de la marine:</p> + +<p>Le nomme contrôleur de la marine pour prendre rang avec +ceux des grands ports.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la +civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous +porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le plus sensible, +en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.</p> + +<p>Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons +plusieurs combats; nous réussirons dans toutes nos entreprises; +les destins sont pour nous. Les beys mameloucks, qui +favorisent exclusivement le commerce anglais, qui ont couvert +d'avanies nos négocians, et qui tyrannisent les malheureux +habitans des bords du Nil, quelques jours après notre +arrivée, n'existeront plus.</p> + +<p>Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; +leur premier article de foi est celui-ci: «il n'y a pas +d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète». Ne les +contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec +les juifs, avec les Italiens; ayez les égards pour leurs muphtis +et leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins +et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit +l'alcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous +avez eue pour les couvens, pour les synagogues, pour la religion +de Moïse et celle de Jésus-Christ.</p> + +<p>Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous +trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe: il +faut vous y accoutumer.</p> + +<p>Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les +femmes différemment que nous; mais, dans tous les pays, +celui qui viole est un monstre.</p> + +<p>Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous +déshonore; il détruit nos ressources; il nous rend ennemis +des peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.</p> + +<p>La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie +par Alexandre: nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, +dignes d'exciter l'émulation des Français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha d'Egypte.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif de la république française s'est +adressé plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le +châtiment des beys d'Egypte, qui accablaient d'avanies les +commerçans français.</p> + +<p>Mais la sublime Porte a déclaré que les beys, gens capricieux +et avides, n'écoutaient pas les principes de la justice, +et que non-seulement elle n'autorisait pas les outrages qu'ils +faisaient à ses bons et anciens amis les Français, mais que +même elle leur ôtait sa protection.</p> + +<p>La république française s'est décidée à envoyer une puissante +armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, +ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans +ce siècle, contre les beys de Tunis et d'Alger.</p> + +<p>Toi qui devrais être le maître des beys, et que cependant +ils tiennent au Caire sans autorité et sans pouvoir, tu dois +voir mon arrivée avec plaisir.</p> + +<p>Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour +rien faire contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation +française est la seule et unique alliée que le sultan ait en +Europe.</p> + +<p>Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie +des beys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p> + +<p>Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens +en demander réparation.</p> + +<p>Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune +inquiétude; vous appartenez à notre grand ami le sultan: +conduisez-vous en conséquence; mais si vous commettez la +moindre hostilité contre l'armée française, je vous traiterai +en ennemi, et vous en serez cause, car cela est loin de mon +intention et de mon coeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p>Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte +insultent à la nation française, et couvrent ses négocians +d'avanies: l'heure de leur châtiment est arrivée.</p> + +<p>Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetés dans +le Caucase et la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du +monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur +empire finît.</p> + +<p>Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire +votre religion; ne le croyez pas: répondez que je viens +vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je +respecte, plus que les mameloucks, Dieu, son prophète, et le +Koran.</p> + +<p>Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu: +la sagesse, les talens et les vertus mettent seuls de la différence +entre eux.</p> + +<p>Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent +les mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui +rend la vie aimable et douce?</p> + +<p>Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y +a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? +cela appartient aux mameloucks.</p> + +<p>Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que +Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux +pour le peuple; tous les Egyptiens sont appelés à gérer toutes +les places: que les plus sages, les plus instruits, les plus +vertueux gouvernent; et le peuple sera heureux.</p> + +<p>Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands +canaux, un grand commerce: qui a tout détruit, si ce n'est +l'avarice, les injustices et la tyrannie des mameloucks?</p> + +<p>Qadhys, cheykhs, Imâms, thcorbâdjys, dites au peuple +que nous sommes aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas +nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait faire +la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas nous qui avons détruit +les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient +que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans? +N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis +du grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et +l'ennemi de ses ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils +pas toujours révoltés contre l'autorité du grand-seigneur, +qu'ils méconnaissent encore? Ils ne font que leurs caprices.</p> + +<p>Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront +dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront +neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se +rangeront avec nous.</p> + +<p>Mais malheur, trois fois malheur, à ceux qui s'armeront +pour les mameloucks, et combattront contre nous: il n'y +aura pas d'espérance pour eux; ils périront.</p> + +<p>ART. 1er. Tous les villages, situés dans un rayon de trois +lieues des endroits où passera l'armée, enverront une députation +au général commandant les troupes, pour le prévenir +qu'ils sont dans l'obéissance, et qu'ils ont arboré le drapeau +de l'armée (blanc, bleu et rouge.)</p> + +<p>2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armée +seront brûlés.</p> + +<p>3. Tous les villages qui se seront soumis à l'armée mettront, +avec le pavillon du grand-seigneur notre ami, celui +de l'armé.</p> + +<p>4. Les cheykhs feront mettre les scellés sur les biens, maisons, +propriétés qui appartiennent aux mameloueks, et auront +soin que rien ne soit détourné.</p> + +<p>5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront +les fonctions de leurs places; chaque habitant restera chez +lui et les prières continueront comme à l'ordinaire. Chacun +remerciera Dieu de la destruction des mameloucks, et criera: +gloire au sultan, gloire à l'armée française, son amie! malédiction +aux mameloucks et bonheur au peuple d'Egypte!</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Dans la circonstance où se trouve l'armée, il est indispensable +de prendre des dispositions telles que l'escadre puisse +manoeuvrer selon les événemens qui peuvent survenir, et se +trouver à l'abri des forces supérieures que pourraient avoir +les Anglais dans ces mers; le général en chef ordonne, en +conséquence, les dispositions suivantes:</p> + +<p>ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journée de +demain, son escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le +temps le permet et s'il y a le fond nécessaire.</p> + +<p>2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond nécessaire pour +mouiller, il prendra des mesures telles, que dans la journée +de demain, il ait débarqué l'artillerie et autres effets de terre, +ainsi que tous les individus composant l'armée de terre, en +gardant seulement cent hommes par vaisseau de guerre et +quarante par frégate, ayant soin qu'il ne se trouve parmi les +troupes ni grenadiers ni carabiniers.</p> + +<p>3. Il enverra à terre le citoyen Ganteaume, chef de l'état-major +de l'escadre, pour présider et vérifier lui-même l'opération +de la sonde du port, et, dans le cas où il n'y aurait +pas le fond nécessaire pour que l'escadre puisse mouiller, pour +accélérer le débarquement des individus et objets qui sont à +bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource qu'il y a +dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les embarcations.</p> + +<p>4. <i>Le Dubois</i> et <i>le Causse</i> entreront dans le port.</p> + +<p>5. Le citoyen Perrée, chef de division, avec les deux galères, +les bombardes et les différentes chaloupes canonnières +et avisos se rendra dans le port d'Alexandrie; le général en +chef lui fera passer des instructions pour seconder avec ses +forces, les opérations de l'armée de terre.</p> + +<p>6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employés, officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre +pourra fournir, se rendront également à Alexandrie +pour y former un établissement maritime.</p> + +<p>7. L'amiral fera, dans la journée de demain, connaître au +général en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans +le port d'Alexandrie, ou si elle peut se défendre, embossée +dans la rade d'Aboukir, contre une escadre ennemie supérieure; +et dans le cas où ni l'un ni l'autre ne pourraient +s'exécuter, il devra partir pour Corfou, l'artillerie débarquée, laissant à Alexandrie <i>le Dubois</i>, <i>le Causse</i>, tous les +effets nécessaires pour les armer en guerre; <i>la Diane</i>, <i>la +Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>l'Arthémise</i>, toute la flottille légère, et +toutes les frégates armées en flûte, avec ce qui est nécessaire, +pour leur armement.</p> + +<p>8. Si l'ennemi paraissait avec des forces très-supérieures, +dans le cas où l'amiral ne pût entrer, ni à Alexandrie, ni au +Beckier, la flotte se retirerait également à Corfou où l'amiral +prendrait toutes les mesures pour exécuter les dispositions de +l'article septième.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les blés et autres comestibles et bois nécessaires +à l'armée, qui se trouvent sur les bâtimens qui sont +dans l'un ou l'autre port, seront sur-le-champ débarqués. +L'inventaire en sera fait, et lesdits vivres seront achetés à +des particuliers des nations qui ne seront pas ennemies de la +France.</p> + +<p>2. Tous les bâtimens de guerre qui appartiendraient aux +mameloucks ou à des nations ennemies de la France, seront +confisqués.</p> + +<p>3. Le scellé sera mis sur toutes les maisons et autres propriétés +des mameloucks.</p> + +<p>4. Toutes les marchandises qui sont à la Douane, appartenant +aux mameloucks ou à des sujets des nations ennemies de +la France, qui sont la Russie, l'Angleterre et le Portugal, +seront confisquées.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois +personnes spécialement chargées de faire les recherches, les +inventaires, et même les évaluations. Elle remettra aux commissaires +des guerres les différens objets à la disposition des +diverses administrations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Demain à midi, il se tiendra un conseil chez le +général du génie, composé du commissaire-ordonnateur en +chef, du général d'artillerie, du commandant de la place, du +citoyen Dumanoir, commandant du port, et de l'ordonnateur +Leroy: l'officier du génie, chargé du casernement, fera les +fonctions de secrétaire.</p> + +<p>2. On établira dans ce conseil les emplacemens qui doivent +être donnés pour les différens services.</p> + +<p>3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins +à poudre, le parc, le logement du personnel. Il faudrait +que tout cela fût à peu près réuni dans un même endroit.</p> + +<p>4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction +et quelques magasins pour les outils.</p> + +<p>5. Pour le service de l'ordonnateur: différens magasins +pour les vivres et autres parties de l'administration, au moins +douze fours, des hôpitaux.</p> + +<p>6. Pour la place et le service des troupes: le logement des +officiers de l'état-major, un cachot, deux prisons, une pour +les gens du pays, une pour les militaires.</p> + +<p>Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du +personnel.</p> + +<p>8. On fera une organisation particulière pour les différentes +parties.</p> + +<p>Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, +pour le fort d'Aboukir, pour le Marabou.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à +Malte et qui ont été mis en liberté, et qui sont de Syrie, +des îles de l'Archipel ou du Bey de Tripoli, seront sur-le-champ +mis en liberté.</p> + +<p>2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où +l'état-major leur donnera des passeports pour se rendre chez +eux, et des proclamations en arabe.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Nous sommes arrivés, citoyen ordonnateur, à Alexandrie, +après différentes opérations militaires. Nous avons déjà fait +divers établissemens militaires. Nous sommes maîtres d'Alexandrie, +de Rosette et de Damanhour, qui sont trois +grandes villes éloignées de douze lieues.</p> + +<p>Nous avons bien besoin que le second convoi que vous +préparez nous arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer +un écrit dans nos différens ports de la Provence et du +Languedoc, et même au consul de Gênes, pour engager tous +les négocians à nous envoyer à Alexandrie des chargemens +de vin et d'eau-de-vie qui seront payés, soit en marchés +d'échange, soit en argent comptant. Les négocians ne doivent +avoir désormais aucune inquiétude, puisque le port de Malte +leur offre une retraite aussi sûre que commode.</p> + +<p>Notre premier soin a été d'établir ici un lazaret auquel +nous avons donné la même organisation qu'à celui de Marseille. +Ainsi, dès ce moment, il n'y a plus rien à craindre de +la peste qui, heureusement dans ce moment-ci, n'existe plus +ni à Alexandrie, ni à Rosette, ni dans aucun endroit de l'Égypte.</p> + +<p>Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement +tout ce qui est de la suite de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armée française +qui ont été tués a la prise d'Alexandrie, seront gravés +sur la colonne de Pompée.</p> + +<p>2. Ils seront enterrés au pied de la colonne. Les citoyens +Costas et Dutertre feront un plan qu'ils me présenteront pour +l'exécution du présent ordre.</p> + +<p>3. Cela sera mis à l'ordre de l'armée.</p> + +<p>4. L'état-major remettra à cette commission l'état des +noms des hommes tués à la prise d'Alexandrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Ferrée.</i></p> + +<p>Vous ferez partir de suite tous les bâtimens de votre flottille +qui ne tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en +donnerez le commandement à l'officier qui aura votre confiance. +Il se rendra à Aboukir; il mettra embargo sur tous +les bâtimens qui pourraient s'y trouver. Il correspondra avec +le commandant du fort, pour savoir si la division Dugua est +passée, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au +bord du Nil par la Barre, et se portera à Rosette.</p> + +<p>Un de ces bâtimens fera sonder l'embouchure, et y restera +pour la désigner aux bâtimens qui arriveront après.</p> + +<p>Les bâtimens arrivés de Rosette seront à la disposition du +général Dugua.</p> + +<p>Vous partirez le plus tôt possible avec le reste de votre +flottille. Vous laisserez deux avisos ici, à la disposition du général +Dumanoir.</p> + +<p>Quand vous serez à l'embouchure du Nil, vous ferez entrer +tous les bâtimens que vous pourrez, en vous servant de +tous les moyens que vous suggéreront vos connaissances et +votre expérience.</p> + +<p>Vous laisserez cependant deux de vos plus grands bâtimens +en dehors, que vous enverrez croiser au canal de Damiette, +avec ordre d'amener à l'escadre, mouillée au Beckier, tous +les bâtimens qui voudraient sortir du Nil. Vous leur recommanderez +de respecter les pêcheurs et les djermes, de leur +faire beaucoup d'honnêtetés, et leur donner des proclamations +dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'armée est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivée +le 13, à la pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre +anglaise que l'on dit être très-forte, s'y était présentée trois +jours avant et avait remis un paquet pour les Indes.</p> + +<p>Le vent était grand frais, et la mer très-houleuse. Cependant +je crus devoir débarquer de suite; la journée se passa à +faire les préparatifs du débarquement. Le général Menou, à +la tête de sa division, débarqua le premier près du Marabou, +à une lieue et demie d'Alexandrie.</p> + +<p>Je débarquai avec le général Kléber, et une autre partie +des troupes, à onze heures du soir. Nous nous mîmes sur-le-champ +en marche pour nous porter sur Alexandrie; nous +aperçûmes à la pointe du jour la colonne de Pompée. Un corps +de mameloucks et arabes commençait à escarmoucher avec +nos avant-postes; mais nous nous portâmes rapidement, la +division du général Bon à la droite, celle du général Kléber +au centre, et celle du général Menou à la gauche, sur les +différens points d'Alexandrie. L'enceinte de la ville des +Arabes était garnie de monde; le général Kléber partit de la +colonne de Pompée, pour escalader la muraille; dans le temps +que le général Bon forçait la porte de Rosette, le général +Menou bloquait le château triangulaire avec une partie de sa +division, se portait avec le reste sur une autre partie de +l'enceinte, et la forçait. Il entra le premier dans la place; il y +reçut six blessures dont heureusement aucune n'est dangereuse.</p> + +<p>Le général Kléber, au pied de la muraille, désignait l'endroit +où il voulait que ses grenadiers montassent; mais il reçut +une balle au front qui le jeta par terre; sa blessure, quoique +très-grave, n'est pas mortelle; les grenadiers de sa division +en doublèrent de courage et entrèrent dans la place. La +quatrième demi-brigade, commandée par le général Marmont, +enfonça à coups de hache la porte de Rosette, et toute +la division du général Bon entra dans l'enceinte des Arabes.</p> + +<p>Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxième, +a été tué, et l'adjudant général l'Escalle dangereusement +blessé.</p> + +<p>Maîtres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se réfugièrent +dans le fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle +ville. Chaque maison était pour eux une citadelle; mais +avant la fin de la journée la ville fut calme, les deux châteaux +capitulèrent, et nous nous trouvâmes entièrement maîtres +de la ville, des forts et des deux ports d'Alexandrie.</p> + +<p>Pendant ce temps-là les Arabes du désert étant accourus par +pelotons de 30 à 50 hommes, inondaient nos derrières et +tombaient sur nos traînards. Ils n'ont cessé de nous harceler +pendant deux jours; mais hier je suis parvenu à conclure +avec eux un traité, non-seulement d'amitié, mais même +d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez +moi; je m'assis au milieu d'eux et nous eûmes une très-longue +conversation. Après être convenus de nos articles, nous +nous sommes réunis autour d'une table et nous avons voué +au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux qui violerait nos conventions, +consistantes:</p> + +<p>Eux à ne plus harceler nos derrières, à me donner tous les +secours qui dépendraient d'eux, et à me fournir le nombre +d'hommes que je leur demanderais pour marcher contre les +mameloucks.</p> + +<p>Moi à leur restituer, quand je serai maître de l'Égypte, +les terres qui leur avaient appartenu jadis.</p> + +<p>Les prières se font, dans les Mosquées, comme à l'ordinaire, +et ma maison est toujours pleine des imans ou cadis, +des scheicks, des principaux du pays, des muphtis ou chefs +de la religion.</p> + +<p>Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les +voyageurs et les faiseurs de relations, elle est calme, fière +et brave.</p> + +<p>Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi +nombreuse qu'elle soit; mais il y a un point de la passe où il +n'y a que cinq brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins +qu'il n'est pas possible que les vaisseaux de 74 y entrent.</p> + +<p>Cette circonstance contrarie singulièrement mes projets; +les vaisseaux de construction Vénitienne pourront y entrer, et +déjà <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i> y sont.</p> + +<p>L'escadre sera aujourd'hui à Aboukir, pour achever de débarquer +l'artillerie qu'elle a à nous.</p> + +<p>La division du général Desaix est arrivée à Damanhour +après avoir traversé quatorze lieues dans un désert aride, où +elle a été bien fatiguée; celle du général Reynier doit y arriver +ce soir.</p> + +<p>La division du général Dugua est à Rosette; le chef de division +Ferrée commande notre flottille légère, et va chercher à +faire remonter le Nil par une partie de ses bâtimens.</p> + +<p>Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen +Gantheaume, chef de l'état-major de l'escadre, officier +du plus grand mérite, aussi distingué par son zèle que +par son expérience et ses connaissances.</p> + +<p>J'ai nommé le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine à +Alexandrie.</p> + +<p>J'ai fait dans l'armée différens avancemens dont je vous +enverrai l'état dès que l'armée aura pris un peu d'assiette.</p> + +<p>Nous avons eu à la prise d'Alexandrie trente ou quarante +hommes tués, et quatre-vingts à cent blessés.</p> + +<p>Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen +Sulkowski, qui est un officier du plus grand mérite, +et qui a été deux fois culbuté de la brèche.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chargé d'affaires à Constantinople.</i></p> + +<p>Je vous envoie une dépêche que je vous ai écrite à bord +de <i>l'Orient</i>.</p> + +<p>L'armée est arrivée: elle a débarqué près d'Alexandrie et +s'est emparée de cette ville après quelques fusillades.</p> + +<p>Nous sommes en pleine marche sur le Caire.</p> + +<p>Vous devez convaincre la Porte de notre ferme résolution +de continuer à vivre en bonne intelligence avec elle.</p> + +<p>Un ambassadeur vient d'être nommé pour s'y rendre, et il +ne tardera pas à y arriver.</p> + +<p>Je désire que vous répondiez le plus tôt possible à ces +différentes lettres et que vous m'en accusiez la réception.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha d'Égypte.</i></p> + +<p>Je suis très-fâché de la violence que vous a faite Ibrahim, +en vous forçant à quitter le Caire pour le suivre. Si vous en +êtes le maître, revenez dans cette ville; vous y jouirez de la +considération et du rang dus au représentant de notre ami le +sultan.</p> + +<p>Je vous ai écrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date +du ...), et j'ai chargé le commandant de la caravelle de vous +la faire remettre, et je suis assuré que vous ne l'avez pas reçue. +Par la Grâce de Dieu, de qui tout dépend, les mameloucks +ont été détruits. Soyez assuré que les mêmes armes +que nous avons rendues victorieuses, seront toujours à la +disposition du sultan. Que le ciel comble ses désirs contre +ses ennemis!</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks et notables du Caire.</i></p> + +<p>Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens +qui m'animent.</p> + +<p>Hier, les mameloucks ont été pour la plupart tués ou faits +prisonniers, et je suis à la poursuite du peu qui reste encore.</p> + +<p>Faites passer de mon côté les bateaux qui sont sur votre +rive, envoyez-moi une députation pour faire connaître votre +soumission.</p> + +<p>Faites préparer du pain, de la viande, de la paille et de +l'orge pour mon armée, et soyez sans inquiétude, car personne +ne désire plus contribuer à votre bonheur que moi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation jointe à la précédente.</i></p> + +<p>Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous +avez bien fait de ne pas prendre parti contre moi; je suis +venu pour détruire la race des mameloucks, protéger le commerce +et les naturels du pays. Que tous ceux qui ont peur se +tranquillisent; que ceux qui se sont éloignés rentrent dans +leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l'ordinaire, +comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien +pour vos familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout +pour la religion du prophète, que j'aime. Comme il est urgent +qu'il y ait des hommes chargés de la police, afin que la tranquillité +ne soit pas troublée, il y aura un divan composé de +sept personnes qui se réuniront à la mosquée de Ver. Il y en +aura toujours deux près du commandant de la place, et +quatre seront occupées à maintenir la tranquillité publique et +à veiller à la police.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre, citoyen général, +de vous porter avec votre division à deux lieues en avant de +Giza, en suivant les bords du Nil. Vous emploierez la journée +de demain, 6 thermidor, à choisir un emplacement qui +ne soit pas, lors de la crue du Nil, inondé, et qui, cependant, +soit près du Nil.</p> + +<p>Mon intention est que ce point soit retranché par trois +redoutes formant le triangle, et se flanquant entre elles.</p> + +<p>Chacune de ces redoutes devra pouvoir être défendue par +quatre-vingt-dix hommes, deux canonniers, et deux petites +pièces de canon.</p> + +<p>Lorsque ces redoutes seront achevées, elles seront réunies +entre elles par trois bons fossés, qui formeront les courtines, +et de manière à ce que ce triangle puisse contenir toute votre +division et lui servir de camp retranché.</p> + +<p>Le général du génie a ordre d'envoyer un officier supérieur +du génie pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un +officier du génie de votre division et tous vos sapeurs, et +vous prendrez même à la journée le plus de paysans que +vous pourrez pour pousser vivement la confection desdits +travaux.</p> + +<p>Le général d'artillerie a ordre d'y envoyer six pièces de +canon pour les trois redoutes, et deux pièces de 24 pour faire +une batterie qui domine la navigation du Nil.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au général Belliard d'envoyer des +espions, et de pousser souvent des reconnaissances au loin +pour connaître ce que font les mameloucks, et d'envoyer des +lettres jusqu'à cinq et six lieues en remontant le Nil, en répandant +des proclamations, et en exigeant que les villages +envoient des députés pour prêter le serment d'obéissance.</p> + +<p>Le 8 à la pointe du jour, si toutes ces opérations sont +finies, vous vous en retournerez avec le reste de votre division +à Giza, où vous recevrez de nouveaux ordres.</p> + +<p>Vous ferez connaître au général Belliard que, dès l'instant +que les trois redoutes seront susceptibles de quelque défense, +et qu'il croira suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en +fera part et je lui enverrai l'ordre de rejoindre sa division.</p> + +<p>Vous ordonnerez à l'autre officier du génie de votre division +de faire un croquis à la main de tout le pays, depuis +Giza jusqu'à la position que vous choisirez, et aux Pyramides, +où est l'avant-garde du général Dugua. Il aura soin +de bien placer les villages, et de spécifier particulièrement +ceux qui sont habités par les Arabes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha du Caire.</i></p> + +<p>L'intention de la république française en occupant l'Égypte +a été d'en chasser les mameloucks, qui étaient à la fois rebelles +à la Porte et ennemis du gouvernement français.</p> + +<p>Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maîtresse par la victoire +signalée que son armée a remportée, son intention est de +conserver au pacha du grand-seigneur ses revenus et son +existence.</p> + +<p>Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'éprouvera +aucune espèce de perte, et que je veillerai à ce qu'elle continue +à percevoir le même tribut qui lui était ci-devant payé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer un officier +supérieur du génie avec l'avant-garde de la division du général +Dugua, qui part demain pour se rendre aux Pyramides, +et un autre avec la division du général Desaix, qui part +ce soir pour prendre position à deux lieues, en remontant +le Nil.</p> + +<p>Ils seront chargés de tracer des ouvrages dans la position +qu'occupe le général Desaix, trois redoutes ou bastions retranchés +se flanquant entre eux, et capables d'être défendus +chacun par quatre-vingt-dix hommes, deux pièces de canon +et dix canonniers.</p> + +<p>Ces trois redoutes se lieront par un grand fossé, ce qui +formera un retranchement, dans lequel la division du général +Desaix devra pouvoir se camper.</p> + +<p>Le profil de ces redoutes doit être respectable, elles doivent +surtout avoir un fossé très-profond, et sur toutes les parties +les plus faibles, vous pouvez ordonner que l'on fasse une +grande quantité de trous de loup.</p> + +<p>L'officier du génie qui ira aux Pyramides devra tracer un +fort à étoile, ou redoute brisée, capable de contenir deux +cent cinquante à trois cents hommes, et pouvant être défendue +par cent hommes et deux pièces de canon: le but de +cette redoute est de contenir les Arabes.</p> + +<p>L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent être à l'abri +de l'inondation du Nil. Celui que vous ferez établir à la position +du général Desaix, aura une batterie de deux pièces +de 24, qui doivent être placées de manière à être maître de +la navigation du Nil.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, général, faire partir demain, à la +pointe du jour, votre avant-garde avec une pièce de 3 et trente +hommes à cheval, le tout commandé par le général Verdier; +elle se rendra aux Pyramides. Il fera connaître par une circulaire +à tous les Arabes qui sont établis dans les environs, +qu'ils seront responsables si les Arabes continuent à assassiner +les Français et à nous faire la guerre; que je leur donne quarante-huit +heures pour prévenir leurs compatriotes desdites +dispositions: après quoi, si l'on continue, je sévirai contre +eux.</p> + +<p>Vous enverrez également avec cette avant-garde tous vos +sapeurs et un officier du génie.</p> + +<p>Le général du génie a ordre d'y envoyer un officier supérieur +de cette arme, lequel se concertera avec le général Verdier +pour y tracer une redoute à étoile capable de contenir +cent hommes et deux pièces de canon, et de la mettre à l'abri +de toute attaque de la part des Arabes. Vous ordonnerez au +général Verdier de fournir des sapeurs travailleurs de la +demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans +pour travailler.</p> + +<p>Dès l'instant que cette redoute sera achevée, le général +Verdier m'en préviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre +sa division.</p> + +<p>Le général d'artillerie a ordre de fournir deux pièces de +canon pour ladite redoute.</p> + +<p>Vous ordonnerez à cette division de nettoyer demain ses +armes, pour pouvoir après demain occuper la position qui +lui sera désignée de l'autre côté du Nil.</p> + +<p>Cherchez à vous procurer le plus de bateaux que vous +pourrez, afin de passer promptement. J'ai ordonné qu'on +vous en envoyât du Caire le plus que l'on pourra.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 19 messidor, l'armée partit d'Alexandrie. Elle arriva +à Damanhour le 20, souffrant beaucoup à travers ce désert +de l'excessive chaleur et du manque d'eau.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Rahmanieh.</i></p> + +<p>Le 22 nous rencontrâmes le Nil à Rahmanieh, et nous +nous rejoignîmes avec la division du général Dugua, qui +était venue par Rosette en faisant plusieurs marches forcées.</p> + +<p>La division du général Desaix fut attaquée par un corps +de sept à huit cents mameloucks, qui après une canonnade +assez vive, et la perte de quelques hommes, se retirèrent.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Chebrheis.</i></p> + +<p>Cependant j'appris que Mourad-Bey, à la tête de son armée +composée d'une grande quantité de cavalerie, ayant huit +ou dix grosses chaloupes canonnières, et plusieurs batteries +sur le Nil, nous attendait au village de Chebrheis. Le 24 au +soir, nous nous mîmes en marche pour nous en approcher. +Le 25, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence.</p> + +<p>Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie éclopés +et harassés encore de la traversée; les mameloucks avaient un +magnifique corps de cavalerie, couvert d'or et d'argent, armés +des meilleures carabines et pistolets de Londres, des +meilleurs sabres de l'Orient, et montés peut-être sur les +meilleurs chevaux du continent.</p> + +<p>L'armée était rangée, chaque division formant un bataillon +carré, ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles +des bataillons. Les bataillons rangés, les deuxième +et quatrième divisions derrière les première et troisième. Les +cinq divisions de l'armée étaient placées en échelons, se flanquant +entre elles, et flanquées par deux villages que nous +occupions.</p> + +<p>Le citoyen Perrée, chef de division de la marine, avec +trois chaloupes canonnières, un chébec et une demi-galère, +se porta pour attaquer la flottille ennemie. Le combat fut extrêmement +opiniâtre. Il se tira de part et d'autre plus de +quinze cents coups de canon. Le chef de division Perrée a +été blessé au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes +dispositions et son intrépidité, est parvenu à reprendre +trois chaloupes canonnières, et la demi-galère, que les mameloucks +avaient prises, et à mettre le feu à leur amiral. Les +citoyens Monge et Berthollet, qui étaient sur le chébec, ont +montré dans des momens difficiles beaucoup de courage. Le +général Andréossy, qui commandait les troupes de débarquement, +s'est parfaitement conduit.</p> + +<p>La cavalerie des mameloucks inonda bientôt toute la +plaine, déborda toutes nos ailes, et chercha de tous côtés sur +nos flancs et nos derrières le point faible pour pénétrer; mais +partout elle trouva que la ligne était également formidable, +et lui opposait un double feu de flanc et de front. Ils essayèrent +plusieurs fois de charger, mais sans s'y déterminer. +Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reçus par +des feux de pelotons de carabiniers placés en avant des intervalles +des bataillons. Enfin, après être restés une partie +de la journée à demi-portée de canon, ils opérèrent leur retraite, +et disparurent. On peut évaluer leur perte à trois +cents hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Nous avons marché pendant huit jours, privés de tout, et +dans un des climats les plus brûlans du monde.</p> + +<p>Le 2 thermidor au matin, nous aperçûmes les pyramides.</p> + +<p>Le 2 au soir, nous nous trouvions à six lieues du Caire; +et j'appris que les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, +s'étaient retranchés à Embabeh, qu'ils avaient garni leurs +retranchemens de plus de soixante pièces de canon.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille des Pyramides.</i></p> + +<p>Le 3, à la pointe du jour, nous rencontrâmes les avant-gardes, +que nous repoussâmes de village en village.</p> + +<p>À deux heures après midi, nous nous trouvâmes en présence +des retranchemens et de l'armée ennemie.</p> + +<p>J'ordonnai aux divisions des généraux Desaix et Reynier +de prendre position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, +de manière à couper à l'ennemi la communication de la Haute-Égypte, +qui était sa retraite naturelle. L'armée était rangée +de la même manière qu'à la bataille de Chebrheis.</p> + +<p>Dès l'instant que Mourad Bey s'aperçut du mouvement du +général Desaix, il se résolut à le charger, et il envoya un de +ses beys les plus braves avec un corps d'élite qui, avec la rapidité +de l'éclair, chargea les deux divisions. On le laissa approcher +jusqu'à cinquante pas, et on l'accueillit par une grêle +de balles et de mitraille, qui en fit tomber un grand nombre +sur le champ de bataille. Ils se jetèrent dans l'intervalle que +formaient les deux divisions, où ils furent reçus par un double +feu qui acheva leur défaite.</p> + +<p>Je saisis l'instant, et j'ordonnai à la division du général +Bon, qui était sur le Nil, de se porter à l'attaque des retranchemens, +et au général Vial, qui commande la division du +général Menou, de se porter entre le corps qui venait de le +charger et les retranchemens, de manière à remplir le triple +but,</p> + +<p>D'empêcher le corps d'y rentrer;</p> + +<p>De couper la retraite à celui qui les occupait;</p> + +<p>Et enfin, s'il était nécessaire, d'attaquer ces retranchemens +par la gauche.</p> + +<p>Dès l'instant que les généraux Vial et Bon furent à portée, +ils ordonnèrent aux premières et troisièmes divisions de chaque +bataillon de se ranger en colonnes d'attaque, tandis que +les deuxièmes et quatrièmes conservaient leur même position, +formant toujours le bataillon carré, qui ne se trouvait plus +que sur trois de hauteur, et s'avançait pour soutenir les colonnes +d'attaque.</p> + +<p>Les colonnes d'attaque du général Bon, commandées par +le brave général Rampon, se jetèrent sur les retranchemens +avec leur impétuosité ordinaire, malgré le feu d'une assez +grande quantité d'artillerie, lorsque les mameloucks firent +une charge. Ils sortirent des retranchemens au grand galop. +Nos colonnes eurent le temps de faire halte, de faire front de +tous côtés, et de les recevoir la baïonnette au bout du fusil, +et par une grêle de balles. À l'instant même le champ de bataille +en fut jonché. Nos troupes eurent bientôt enlevé les +retranchemens. Les mameloucks en fuite se précipitèrent aussitôt +en foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, +sous le feu duquel ils furent obligés de passer à cinq +pas, en fît une boucherie effroyable. Un très-grand nombre +se jeta dans le Nil, et s'y noya.</p> + +<p>Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante +pièces d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir. +J'évalue la perte des mameloucks à deux mille hommes de +cavalerie d'élite. Une grande partie des beys a été blessée ou +tuée. Mourad Bey a été blessé à la joue. Notre perte se monte +à vingt ou trente hommes tués et à cent vingt blessés. Dans +la nuit même, la ville du Caire a été évacuée. Toutes leurs +chaloupes canonnières, corvettes, bricks, et même une frégate, +ont été brûlées, et le 4, nos troupes sont entrées au +Caire. Pendant la nuit, la populace a brûlé les maisons des +beys, et commis plusieurs excès. Le Caire, qui a plus de +trois cent mille habitans, a la plus vilaine populace du +monde.</p> + +<p>Après le grand nombre de combats et de batailles que les +troupes que je commande ont livrés contre des forces supérieures, +je ne m'aviserais point de louer leur contenance et +leur sang-froid dans cette occasion, si véritablement ce genre +tout nouveau n'avait exigé de leur part une patience qui contraste +avec l'impétuosité française. S'ils se fussent livrés à +leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne pouvait +s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience.</p> + +<p>La cavalerie des mameloucks a montré une grande bravoure. +Ils défendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux +sur lequel nos soldats n'aient trouvé trois, quatre, et cinq +cents louis d'or.</p> + +<p>Tout le luxe de ces gens-ci était dans leurs chevaux et leur +armement. Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de +voir une terre plus fertile et un peuple plus misérable, plus +ignorant et plus abruti. Ils préfèrent un bouton de nos soldats +à un écu de six francs; dans les villages ils ne connaissent +pas même une paire de ciseaux. Leurs maisons sont d'un peu +de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille +et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en +général fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des +moulins, de sorte que nous avons bivouaqué sur des tas immenses +de blé, sans pouvoir avoir de farine. Nous ne nous +nourrissions que de légumes et de bestiaux. Le peu de grains +qu'ils convertissent en farine, ils le fout avec des pierres; et, +dans quelques gros villages, il y a des moulins que font tourner +des boeufs.</p> + +<p>Nous avons été continuellement harcelés par des nuées +d'Arabes, qui sont les plus grands voleurs et les plus grands +scélérats de la terre, assassinant les Turcs comme les Français, +tout ce qui leur tombe dans les mains. Le général de +brigade Muireur et plusieurs autres aides-de-camp et officiers +de l'état-major ont été assassinés par ces misérables. Embusqués +derrière des dignes et dans des fossés, sur leurs excellens +petits chevaux, malheur à celui qui s'éloigne à cent pas des +colonnes. Le général Muireur, malgré les représentations de +la grande garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarqué +accompagner ceux qui sont arrivés à leur dernière heure, +a voulu se porter sur un monticule à deux cents pas du camp; +derrière étaient trois bédouins qui l'ont assassiné. La république +fait une perte réelle: c'était un des généraux les plus +braves que je connusse.</p> + +<p>La république ne peut pas avoir une colonie plus à sa portée +et d'un sol plus riche que l'Égypte. Le climat est très-sain, +parce que les nuits sont fraîches. Malgré quinze jours +de marche, de fatigues de toute espèce, la privation du vin, +et même de tout ce qui peut alléger la fatigue, nous n'avons +point de malades. Le soldat a trouvé une grande ressource +dans les pastèques, espèce de melons d'eau qui sont en très-grande +quantité.</p> + +<p>L'artillerie s'est spécialement distinguée. Je vous demande +le grade de général de division pour le général de brigade +Dommartin. J'ai promu au grade de général de brigade le +chef de brigade Destaing, commandant la quatrième demi-brigade; +le général Zayonschek s'est fort bien conduit dans +plusieurs missions importantes que je lui ai confiées.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy s'était embarqué sur notre flotille du +Nil, pour être plus à portée de nous faire passer des vivres +du Delta. Voyant que je redoublais de marche, et désirant +être à mes côtés lors de la bataille, il se jeta dans une chaloupe +canonnière, et, malgré les périls qu'il avait à courir, +il se sépara de la flottille. Sa chaloupe échoua; il fut assailli +par une grande quantité d'ennemis. Il montra le plus grand +courage; blessé très-dangereusement au bras, il parvint, par +son exemple, à ranimer l'équipage, et à tirer la chaloupe du +mauvais pas où elle s'était engagée.</p> + +<p>Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis +notre départ.</p> + +<p>Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les +renseignemens sur la situation économique, morale et politique +de ce pays-ci.</p> + +<p>Je vous ferai connaître également, dans le plus grand détail, +tous ceux qui se sont distingués, et les avancemens que +j'ai faits.</p> + +<p>Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen +Perrée, chef de division, un des officiers de marine +les plus distingués par son intrépidité.</p> + +<p>Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr. +à la femme du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armée. +Il nous a rendu, au milieu du désert, les plus grands services +par son activité et son zèle. C'est l'officier de santé que +je connaisse le plus fait pour être à la tête des ambulances +d'une armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Le Caire sera gouverné par un divan composé +de neuf personnes, savoir: le scheick El-Sadat, le scheick +El-Cherkaouï, le scheick El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le +scheick El-Fayoumiy, le scheick Chiarichi, le scheick +Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf Seid-Omar, le +scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir à cinq +heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et +nommeront un d'entre eux pour président; ils choisiront un +secrétaire pris hors de leur sein, et deux secrétaires interprètes, +sachant le français et l'arabe.</p> + +<p>Ils nommeront deux agas pour la police, une commission +de trois pour surveiller les marchés et la propreté de la ville, +et une autre également de trois, qui sera chargée de faire +enterrer les morts qui se trouveraient au Caire, ou à deux +lieues aux environs.</p> + +<p>2. Le divan sera assemblé tous les jours à midi, et il y +aura perpétuellement trois membres qui seront en permanence.</p> + +<p>3. Il y aura à la porte du divan une garde française et +une garde turque.</p> + +<p>4. Le général Berthier et le commandant de la place se rendront +le soir au divan, à cinq heures, pour les installer et +leur faire prêter le serment de ne rien faire contre les intérêts +de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<p class="milieu"><i>Noms des familles les plus anciennes.</i></p> + +<p>La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du +nakib El-Aschraf, la maison du scheick Yuani.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p> + +<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, l'ordre de l'état-major +pour votre départ à Damiette.</p> + +<p>Le général Zayonscheck est à Menouf.</p> + +<p>Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous +répandrez sur la route; vous vous arrêterez dans les plus +grands endroits pour faire prêter le serment aux scheicks et +rassurer les habitans; vous ferez mettre, par les scheicks, les +scellés sur les biens des mameloucks, et vous veillerez à ce +que rien ne soit volé.</p> + +<p>Arrivé à Damiette, vous préviendrez le citoyen Blanc, directeur +général de la santé à Alexandrie, pour qu'il y fasse +établir sur-le-champ un lazaret. Vous ne laisserez rien sortir +du port.</p> + +<p>Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions +directes et indirectes soient prises comme à l'ordinaire. Vous +ferez faire l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks.</p> + +<p>Vous ferez réparer les forts situés à l'embouchure du Nil, +de manière à les mettre à l'abri d'un coup de main.</p> + +<p>Vous ferez désarmer tout le pays.</p> + +<p>Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe +à Acre et en Syrie et de m'en prévenir.</p> + +<p>Vous vous mettrez en correspondance avec la frégate qui +croise à l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, +afin de vous en servir et de les faire avancer jusqu'au Caire, +à mesure que le Nil s'accroîtra.</p> + +<p>Votre commandement s'étendra non-seulement dans toute +la province de Damiette, mais encore dans celle de Mansoura.</p> + +<p>Je vous envoie l'organisation donnée à ce pays.</p> + +<p>Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, +et un pour celle de Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires.</p> + +<p>Vous vous empresserez également de nommer les deux +compagnies.</p> + +<p>Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et +l'administration des finances nommera l'agent français.</p> + +<p>Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons +des mameloucks, vous nommerez une commission de trois +personnes; vous pouvez les prendre parmi les négocians français +établis à Damiette, tant pour la province de Damiette, +que pour celle de Mansoura.</p> + +<p>Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et +de requérir des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. +Vous pouvez demander à Rosette deux pièces de canon +de campagne, et vous trouverez dans le pays les moyens de les +atteler.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p> + +<p>Le général en chef Bonaparte, considérant que les femmes +des beys et des mameloucks, errantes aux environs de la ville, +deviennent la proie des Arabes, et mu par la compassion, +premier sentiment qui doit animer l'homme, autorise toutes +les femmes des beys et des mameloucks à rentrer en ville dans +les maisons qui sont leur propriété, et leur promet sûreté.</p> + +<p>Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur +arrivée, de se faire connaître au citoyen Magallon, et de déclarer +leur demeure.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Après des marches fatigantes et quelques combats, nous +sommes enfin arrivés au Caire.</p> + +<p>J'ai été spécialement content du chef de division Perrée, +et je l'ai nommé contre-amiral.</p> + +<p>Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouvé +une passe telle qu'on pouvait la désirer, et qu'à l'heure qu'il +est vous êtes dans le port avec votre escadre.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur les vivres nécessaires +à votre armée.</p> + +<p>J'imagine que demain, ou après, je recevrai de vos nouvelles +et des nouvelles de France; je n'en ai point reçu depuis +mon départ.</p> + +<p>Dès que j'aurai reçu une lettre de vous, qui me fasse connaître +ce que vous aurez fait et la position où vous êtes, je +vous ferai passer des ordres sur ce que nous aurons encore à +faire. L'état-major vous aura sans doute envoyé le détail de +notre affaire des Pyramides.</p> + +<p>Je pense que vous avez une frégate sur Damiette: comme +j'envoie prendre possession de cette ville, je vous prie de +dire à l'officier qui commande cette frégate de s'approcher le +plus possible et d'entrer en communication avec nos troupes +qui y seront lorsque vous aurez reçu cette lettre.</p> + +<p>Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre +terre à l'endroit qui vous paraîtra le plus convenable, selon +les nouvelles que vous avez des ennemis et selon les vents +qui règnent dans cette saison.</p> + +<p>Je désire que vous puissiez envoyer une frégate qui aurait +ordre de partir quarante-huit heures après son arrivée, dans +les ports, soit de Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant +de nous apporter les gazettes et nouvelles qu'elle recevrait +des agens français.</p> + +<p>J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantité de denrées, +pour solder le nolis des bâtimens de transport.</p> + +<p>Mille choses à Ganteaume et à Casa-Bianca.</p> + +<p>Faites bien garder Coraïm; c'est un coquin qui nous a +trompés: s'il ne nous donne pas les cent mille écus que je +lui ai demandés, je lui ferai couper la tête.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, différentes impositions +que je viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et +Damiette. Le tiers de ces impositions sera affecté au service +de ces places; donnez vos ordres aux commissaires des guerres +pour leur répartition; le deuxième tiers sera affecté à la solde +des troupes, et enfin l'autre tiers à l'ordonnateur Leroi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi.</i></p> + +<p>Je donne l'ordre au général Kléber de percevoir différentes +contributions à Alexandrie, montant à 600,000 fr.</p> + +<p>Le tiers sera à votre disposition pour le service de la marine, +le deuxième tiers est destiné à la solde de l'armée, et +le troisième tiers est à la disposition de l'ordonnateur en chef +pour les frais d'administration d'armée.</p> + +<p>Je donne ordre au général Vial de percevoir à Damiette +une contribution de 150,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>D'après tous les relevés, il me paraît que l'escadre anglaise +a passé le détroit le 12 prairial, est arrivée devant +Toulon le 23, devant Naples le 29, devant Alexandrie le 9 +messidor.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, d'organiser la place d'Alexandrie: +dès l'instant que tous les officiers seront organisés +et que vos blessures seront cicatrisées, vous pourrez rejoindre +l'armée.</p> + +<p>Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans +cette place une quinzaine de jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir tout à la fois vos lettres depuis le 22 +messidor jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez +tenue est celle qu'il fallait tenir.</p> + +<p>Je vous ai envoyé, avant-hier, l'ordre pour l'organisation +de la province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le +divan, l'aga et les commissaires, les hommes les plus attachés +aux Français et les plus ennemis des beys. Non-seulement +j'approuve l'arrestation de Coraïm, mais vous verrez par +l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs autres +individus.</p> + +<p>La chose que nous avions le plus à craindre, c'était d'être +précédés par la terreur qui n'existait déjà que trop et qui nous +aurait exposés dans chaque bicoque, à des scènes pareilles à +celles d'Alexandrie. Tous ces gens-ci pouvaient penser que nous +venions dans le même esprit que Saint-Louis, et qu'ils portent +eux-mêmes lorsqu'il entrent dans les états chrétiens; +mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposées. Ce +n'est plus ce que nous ferons à Alexandrie qui fixera notre +réputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs +répandus sur tous les points, nous sommes parfaitement connus.</p> + +<p>Il paraît que vous êtes peu satisfait de la soixante-neuvième +demi-brigade: faites connaître au chef que si sa demi-brigade +ne va pas mieux, on le destituera.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint différens ordres; vous les ferez +publier l'un après l'autre, et vous veillerez surtout à leur +exécution. Ce n'est que par ces moyens-là que nous avons pu +trouver quelque chose au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant et tout à la fois vos lettres depuis le +25 messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reçois +d'Alexandrie sur le succès des sondes, me font espérer +qu'à l'heure qu'il est, vous serez entré dans le port. Je pense +aussi que <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés en guerre +de manière à pouvoir se trouver en ligne, si vous étiez attaqué; +car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point à négliger.</p> + +<p>Le contre-amiral Perrée sera pour long-temps nécessaire +sur le Nil, qu'il commence à connaître. Je ne vois pas d'inconvénient +à ce que vous donniez le commandement de +son vaisseau au citoyen ... Faites là-dessus ce qu'il convient.</p> + +<p>Je vous ai écrit le 9, je vous ai envoyé copie de tous les +ordres que j'ai donnés pour l'approvisionnement de l'escadre; +j'imagine qu'à l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargés +de vivres sont arrivés. Nous avons ici une besogne immense; +c'est un chaos à débrouiller et à organiser qui n'eut +jamais d'égal. Nous avons du blé, du riz, des légumes en +abondance. Nous cherchons et nous commençons à trouver de +l'argent; mais tout cela est environné de travail, de peines +et de difficultés.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le +par un aviso, qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes +y sont. Elles sont parties pour s'y rendre il y a trois +jours, en barques sur le Nil: ainsi elles seront arrivées +lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y un des sous-commissaires +de l'escadre pour surveiller l'exécution de +l'ordre.</p> + +<p>Je vais encore faire partir une trentaine de bâtimens chargés +de blé pour votre escadre.</p> + +<p>Toute la conduite des Anglais porte à croire qu'ils sont inférieurs +en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte +et d'empêcher les subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit +il faut bien vite entrer dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner +promptement de riz, de blé, que je vous envoie, +et vous transporter dans le port de Corfou; car il est indispensable +que jusqu'à ce que tout ceci se décide, vous vous +trouviez dans une position à portée d'en imposer à la Porte. +Dans le second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, +frégates vénitiennes et françaises qui peuvent nous servir, +restent à Alexandrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation +du Nil, parce qu'alors le transport devient très-facile.</p> + +<p>Les provinces les plus riches de l'Égypte sont dans ce moment +occupées par nos troupes; je crois que vous avez un +commissaire dans la province de Menoufié où commande le +général Zayonscheck. Envoyez-en un dans la province de Kélioubeh +où commande le général Murat, un dans la province +de Giza où commande le général Bélijard, et un dans la province +de Mansoura et Damiette, où commande le général +Vial, et un dans la province de Bahhiré, où commande le +général Dumuy.</p> + +<p>Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant +français, une commission administrative du pays ou divan, +un intendant cophte, un agent français près l'intendant, et +enfin une commission, pour faire dans chaque province l'inventaire +des biens des mameloucks. En envoyant des commissaires +de guerre dans ces différentes provinces, il vous sera +facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays.</p> + +<p>Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnés, soit pour +les approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai +aussi ordonné à l'état-major général de vous envoyer une +carte avec les divisions des différentes provinces.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ayant des preuves de trahison +de Sidi Mohamed-el-Coraïm qu'il avait comblé de bienfaits, +ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraïm paiera une contribution +de 300,000 fr.</p> + +<p>2. À défaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq +jours après la publication du présent ordre, il aura la tête +tranchée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour lever +une contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. +Le tiers de cette contribution sera destiné à l'ordonnateur en +chef, pour les dépenses de l'administration, et les deux autres +tiers à la solde des troupes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>Je donne ordre, citoyen général, pour qu'on établisse à +Menouf un hôpital de cinquante lits, et qu'on y construise +deux fours. Voyez à faire tout ce qui sera possible pour activer +cette opération.</p> + +<p>Vous avez dû recevoir hier les ordres pour l'organisation +de votre province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec +la plus grande sévérité; tous les jours ici je fais couper trois +têtes et les promener dans le Caire: c'est le seul moyen de +venir a bout de ces gens-ci.</p> + +<p>Veillez surtout a l'entier désarmement du pays.</p> + +<p>Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major, +un croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous +les villages, et des renseignemens généraux sur leur population, +et ce que produisaient le miri, le seddan et autres +impositions.</p> + +<p>Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec +les chevaux, prenez les selles, et faites faire par vos commissions, +un inventaire exact et prompt de tous les biens appartenans +aux mameloucks.</p> + +<p>Faites-moi connaître quelles sont les ressources pécuniaires +que nous offre votre province.</p> + +<p>Je vous envoie une grande quantité de proclamations que +vous répandrez dans la province; je désire que vous vous +mettiez en correspondance avec le général Murat, qui commande +la province de Kelioubeh.</p> + +<p>Il me serait facile de vous procurer deux pièces de canon, +si vous trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je +vous les enverrais sur des bateaux jusqu'au point de débarquement +où vous les feriez prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les propriétaires de l'Égypte sont confirmés +dans leurs propriétés.</p> + +<p>2. Les fondations pieuses affectées aux mosquées, et spécialement +à celles de Médine et de la Mecque, sont confirmées +comme par le passé.</p> + +<p>3. Toutes les transactions civiles continueront à avoir +lieu comme par le passé.</p> + +<p>4. La justice civile sera administrée comme par le passé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Votre présence est encore nécessaire, citoyen général, à +Rosette pendant quelques jours, pour l'organisation de cette +province; les Turcs ne peuvent se conduire que par la plus +grande sévérité; tous les jours je fais couper cinq ou six têtes +dans les rues du Caire. Nous avons dû les ménager jusqu'à +présent pour détruire cette réputation de terreur qui nous +précédait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton +qui convient pour que ces peuples obéissent; et obéir, pour +eux, c'est craindre.</p> + +<p>Je vous ai envoyé, par mon dernier courrier, des ordres +pour l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de +soixante hommes turcs pour la police.</p> + +<p>Il serait nécessaire que la commission chargée de faire l'inventaire +des biens des mameloucks envoyât ses états à l'ordonnateur.</p> + +<p>Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des +nouvelles de l'amiral et de l'escadre.</p> + +<p>Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre +à Alexandrie deux ou trois grosses pièces d'artillerie, pour +les placer à l'embouchure du Nil, et empêcher les chaloupes +anglaises de nous insulter.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans à la femme +de Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient +sa maison, leur seront laissés en pleine propriété.</p> + +<p>2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du +payeur de l'armée 600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et +le restant 50,000 fr. par jour.</p> + +<p>3. À défaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves +et biens appartenans aux femmes des mameloucks de la maison +de Mourad-Bey, seront regardés comme propriétés nationales; +il sera seulement laissé à la femme de Mourad-Bey +les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six esclaves +pour la servir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Rosetti.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez secrètement, citoyen, auprès de Mourad-Bey: +vous lui direz que vous m'avez présenté l'homme +qu'il avait envoyé; que cet homme, par des paroles indiscrètes, +des discours verbeux et faux, n'était parvenu qu'à +m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai compris que +le moment pouvait venir où il fût de mon intérêt de me servir +de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais +à ce qu'il conservât la province de Girgé, dans laquelle +il devrait se retirer dans l'espace de cinq jours, et +que, de mon côté, je n'y ferais point entrer de troupes; vous +lui direz que, ce premier arrangement fait, il sera possible, +en le connaissant mieux, que je lui fasse de plus grands avantages, +et vous signerez de suite un traité en français et en +arabe, conçu à peu près en ces termes:</p> + +<p>ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six +cents hommes à cheval, avec lesquels il gouvernera la province +de Girgé, depuis les cataractes jusqu'à une demi-lieue +plus bas que Girgé, et la maintiendra à l'abri des Arabes.</p> + +<p>2. Il se reconnaîtra dans le gouvernement de ladite province, +dépendant de la France. Il paiera à l'administration +de l'armée le miri que cette province payait.</p> + +<p>3. Le général s'engage de son côté à ne faire entrer aucune +troupe dans la province de Girgé, et à en laisser le gouvernement +à Mourad-Bey.</p> + +<p>4. Mourad-Bey sera rendu au-delà de Girgé, dans l'espace +de cinq jours. Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer +dans les limites d'une autre province sans une permission +du général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Pouvoirs au citoyen Rosetti.</i></p> + +<p>Le général en chef, mu par les sentimens d'humanité qui +l'ont toujours animé, donne au citoyen Rosetti les pleins +pouvoirs pour négocier avec Mourad-Bey, conclure et signer +avec lui une convention qui mette fin aux hostilités.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Ceux qui m'ont donné des preuves de la trahison de Coraïm, +m'ont assuré que son argent est dans une citerne; qu'il +a un registre particulier où est le détail de toutes ses affaires; +qu'il y a plusieurs de ses domestiques qui sont au fait de tout.</p> + +<p>J'ordonne en conséquence à l'amiral Brueys de faire arrêter +tous les domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; +faites également arrêter tous ceux qu'il a dans sa +maison, et faites-y mettre les scellés par la commission, ainsi +que sur tous ses biens.</p> + +<p>Faites interroger séparément avec de fortes menaces ses +domestiques.</p> + +<p>S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention +est qu'on le retienne comme prisonnier à bord d'un des bâtimens +de l'escadre, de manière qu'il ne puisse s'échapper, +désirant le faire passer en France par une occasion sûre. S'il +n'a pas, dans les cinq jours, payé au moins le tiers de la contribution +à laquelle il est imposé, vous donnerez l'ordre qu'on +le fasse fusiller.</p> + +<p>Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'amiral +Brueys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Depuis que je vous ai écrit, j'ai acquis de nouvelles preuves +de la trahison de Coraïm: vous voudrez bien le faire +mettre aux fers et prendre toutes les précautions pour qu'il +ne vous échappe pas.</p> + +<p>Vous ferez arrêter tous les domestiques et autres individus +qu'il aurait avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte à +Alexandrie, à la disposition du général Kléber.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef,</p> + +<p>Voyant avec déplaisir que le versement d'argent que doivent +faire les Cophtes et les négocians de café et de Damas ne s'effectue +qu'avec la plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon +de leur déclarer que les 60,000 talaris que doivent payer les +Cophtes, seront livrés dans six jours, à raison de 10,000 talaris +par jour.</p> + +<p>Les 130,000 mille talaris que doivent les négocians de +café, seront payés à raison de 22,000 par jour; les 35,275 +que doivent les négocians de Damas, seront également payés +en six jours, à raison de 5,878 par jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la +poste.</p> + +<p>Les individus de l'armée paieront leurs ports de lettres +conformément à l'usage établi en France; mais le directeur +de la poste versera, toutes les décades, l'état des sommes +qu'il aura reçues; nous en serons responsables, s'il est nécessaire, +à l'administration des postes, et cela sera un revenu +pour l'armée.</p> + +<p>Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser +les bureaux du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de +Damiette.</p> + +<p>Dès que ceux-là seront établis, vous formerez les quatre +autres. Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions +avec Menouf, lorsque le bateau qui va à Rosette +sera arrivé au village de Genid, il remettra le paquet qui +sera pour Menouf. Il y aura à ce village un détachement qui +sera chargé de le porter à Menouf.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le général +du génie se concerteront pour choisir une maison dans laquelle +on puisse établir une imprimerie française et arabe, +un laboratoire de chimie, un cabinet de physique, et, s'il est +possible, un observatoire.</p> + +<p>Il y aura une salle pour l'Institut.</p> + +<p>2. Ils me présenteront un projet pour l'organisation de ladite +maison avec un état de dépenses.</p> + +<p>3. Je désirerais que cette maison fût située sur la place Elbekieh +ou le plus près possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot, gouverneur de Corfou et des îles de +la mer Ionienne.</i></p> + +<p>C'est avec le plus grand plaisir, citoyen général, que j'ai +appris de vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmés sur +votre sûreté.</p> + +<p>L'état-major vous aura fait part des événemens militaires +qui ont eu lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maîtres +de toute l'Égypte.</p> + +<p>Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout +les moyens possibles, la plus grande quantité de vins, eau-de-vie, +raisins secs et bois. Ce sont des objets dont vous savez +que l'Égypte manque entièrement; les négocians porteront +en retour, du café, du sucre, de l'indigo, du blé, du +riz et toute espèce de marchandises des Indes.</p> + +<p>Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez +des affaires des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou.</p> + +<p>Le premier bataillon de la soixante-neuvième demi-brigade +a reçu un ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; +je ne doute donc pas qu'en ce moment il ne soit arrivé.</p> + +<p>Dès l'instant que ce pays sera organisé et les impositions +assises, je vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent nécessaires +pour votre solde; mais comme il me sera beaucoup +plus facile de vous envoyer des blés, du riz, etc., je vous +prie de former une compagnie de dix ou douze négocians des +plus riches; qu'ils chargent plusieurs bâtimens, qu'ils m'expédient +des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront +payés en échange avec des marchandises du pays. Ils enverront +un commissaire avec une lettre de vous, et je leur donnerai +en surplus pour 3 ou 400,000 fr. de marchandises qu'il +vous solderont.</p> + +<p>Je vous envoie un ordre qu'il est bien nécessaire d'exécuter +ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme +ici nous manquons de bois, je désire que vous fassiez beaucoup +de biscuit à Corfou, afin que nous ayons toujours un point +où nous puissions puiser et ravitailler notre escadre toutes les +fois que nous en aurons besoin: je compte sur votre zèle. +Vous pouvez tirer, pour la confection, pour 50,000 fr. de +lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront soldées, +soit en marchandises, soit en argent, comme le négociant le +désirera. Incessamment je vous enverrai, par la première occasion, +du blé et du riz pour votre approvisionnement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Rhullières, commissaire du directoire exécutif +français à Corfou et dans les îles Ioniennes.</i></p> + +<p>J'ai reçu à Paris les différentes lettres que vous m'avez +écrites à votre arrivée à Zante. Je viens d'en recevoir une, +en date du 13 messidor, de Corfou. L'état-major vous aura +instruit des différentes batailles que nous avons livrées aux +mameloucks et des succès complets qu'a obtenus l'armée de +la république. À la bataille des Pyramides, nous leurs avons +pris soixante ou quatre-vingt pièces de canon, et tué plus de +dix mille hommes de cavalerie d'élite; nous sommes au Caire +depuis une douzaine de jours et en possession de presque toute +l'Égypte. Il nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et +le bois à brûler. Faites faire, avec la plus grande quantité +que vous aurez de raisins secs, de l'eau-de-vie; les négocians +porteront en retour le blé, le sucre, l'indigo, le riz, les marchandises +des Indes et le café. C'est un vrai service à rendre +à la république, que d'employer l'influence que vous avez +par votre place, à activer le commerce de Zante avec l'Égypte. +Continuez à bien mériter de ces peuples par votre conduite +sage et philantrophique, et croyez au désir vrai que j'ai de +vous donner des preuves de l'estime et de l'amitié que vous +savez que je vous porte. Soit en Égypte, soit en France, +soit ailleurs, vous pouvez compter sur moi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reçois de +Corfou; je vous prie de me faire connaître quand le bâtiment +chargé de bois sera arrivé.</p> + +<p>Peut-être jugez-vous également nécessaire d'envoyer deux +ou trois bâtimens de transport pour continuer lesdits chargemens +de bois, tant pour la flotte que pour Alexandrie.</p> + +<p>Le général Chabot me mande que <i>le Fortunatus</i> escorte +plusieurs bâtimens chargés de bois; moyennant cela, vous +serez dans le cas de ne pas prendre les quinze cents quintaux +de bois que je vous ai accordés à Rosette et dont nous avons +plus grand besoin au Caire.</p> + +<p>Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement +de l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)</i></p> + +<p>Tous les renseignemens qui me sont donnés sur la conduite +de votre département, font l'éloge de ses administrateurs. +Les nouveaux établissemens de la France doivent d'autant +plus accroître votre commerce, et vous ouvrir une nouvelle +source de richesse et de prospérité.</p> + +<p>Faites connaître aux négocians qu'ils trouveront ici des +blés, du riz, du café, des marchandises des Indes, du sucre +en abondance, et que je désire qu'en échange, ils portent à +Alexandrie du bois à brûler, des bois de construction, des +vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales choses qui manquent +à ce beau pays.</p> + +<p>Croyez au désir que j'ai de vous donner des preuves du +vif intérêt que je prends à votre tranquillité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Georgio Gioari, intendant général de l'Égypte.</i></p> + +<p>Vos fonctions doivent se borner à l'organisation des revenus +de l'Égypte, à une correspondance suivie avec les intendans +particuliers des provinces, avec le général en chef et l'ordonnateur +en chef de l'armée. Vous vous ferez aider dans ces travaux +par le moalleim Fretaou. Ainsi donc, vous chargerez, +de ma part, les moalleims Malati, Anfourni, Hanin et Faudus, +de la recette de la somme que j'ai demandée à la nation +cophte. Je vois avec déplaisir qu'il reste encore en arrière +50,000 talaris, je veux qu'ils soient rentrés, dans cinq jours, +dans la caisse du payeur de l'armée. Vous pouvez assurer les +Cophtes que je les placerai d'une manière convenable lorsque +les circonstances le permettront.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. L'or ou l'argent monnoyé, tous les objets d'or +et d'argent, tous les lingots, les schals de valeur, les tapis +brodés en or qui se trouvent dans les magasins généraux, seront +enfermés dans des caisses sur lesquelles seront apposés +les scellés du payeur de l'armée, de l'état-major général et +de la commission chargée de l'inventaire. Lesdites caisses +seront transportées dans le logement du payeur de l'armée; +l'inventaire sera remis à l'ordonnateur en chef et à l'administrateur +des finances.</p> + +<p>2. Tous les objets nécessaires à la subsistance de l'armée +seront remis de suite à la disposition de l'ordonnateur en +chef; la commission tirera un reçu du garde-magasin auquel +elle remettra lesdites denrées.</p> + +<p>3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assisté d'un +officier de l'état-major, de l'administrateur des finances ou +d'un membre de la commission provisoire, et des agens en +chef de chaque service, feront une tournée dans les magasins +généraux et affecteront aux hôpitaux, aux transports, à l'habillement, +tout ce qui peut leur être utile; mais les garde-magasins +des magasins généraux ne livreront rien qu'après +avoir dressé un inventaire circonstancié, et tiré un reçu des +garde-magasins d'administration auxquels ils livreront lesdits +objets.</p> + +<p>4. Il sera formé une compagnie de commerce, à laquelle +seront vendus tous les effets qui se trouveraient dans les magasins +généraux, et qui ne seraient pas essentiels au service +de l'armée.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef me remettra un règlement sur la +manière de former cette compagnie et de procéder avec elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p> + +<p>Vous requerrez, citoyen général, deux moines de Terre-Sainte +pour être toujours de planton à l'hôpital, afin de servir +d'interprètes et de soigner les malades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux généraux de l'artillerie et du génie.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien me faire +connaître combien de temps il vous faudrait pour faire abattre +toutes les portes qui barricadent les différens quartiers de la +ville et en faire transporter le bois pour le service de votre +arme; vous pourriez partager la besogne avec le génie, l'artillerie; +je désirerais qu'on pût commencer dès demain: j'en +donnerai l'ordre aussitôt que j'aurai reçu votre réponse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>L'hôpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et +de toute espèce de médicamens. Je vous prie de vouloir bien +me rendre compte si le pharmacien en chef a trouvé au Caire +de quoi l'approvisionner.</p> + +<p>Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans +des chambres séparées, et qu'il leur soit fourni tout ce qui +leur est nécessaire. Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel +dans un pays où tout homme malade est obligé d'aller +à l'hôpital.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien faire vérifier +en présence d'un officier de l'état-major, combien un +chameau porte d'eau dans les outres ordinaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul de la république à Tripoli.</i></p> + +<p>Je profite du passage de la caravane pour vous faire part +du succès de la république à la bataille des Pyramides, où +nous avons tué plus de deux mille mameloucks. Je désire que +vous fassiez connaître au bey de cette régence, que la république +française continuera à vivre en bonne intelligence avec +lui, comme elle l'a fait par le passé. Tous les sujets du bey +seront également protégés en Égypte; j'espère que de son +côté, il se comportera envers la république avec tous les +égards qui lui sont dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles +que vous pourriez avoir dans la Méditerranée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zaionscheck.</i></p> + +<p>Vous avez bien fait, citoyen général, de faire fusiller cinq +hommes des villages qui s'étaient révoltés: je désire fort apprendre +que vous avez monté notre cavalerie. Le moyen le +plus court, je crois, est celui-ci: ordonnez que chaque village +vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut pas en recevoir +de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la proclamation +de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront +condamnés à payer mille talaris d'amende. C'est un +moyen infaillible, expéditif, d'avoir les six cents chevaux qui +vous seront nécessaires. En requérant les chevaux, requérez +les brides et selles, afin d'avoir tout de suite un corps de cavalerie +à votre disposition: c'est le seul moyen d'être maître +de ce pays.</p> + +<p>Vous pouvez garder sans inconvéniens le chef de bataillon +du génie Lazowski, qui vous est nécessaire.</p> + +<p>Le général Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième, +part demain ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kélioubé, +et il se rendra à Menouf, où il arrivera probablement +le 21: j'ai donné l'ordre qu'on embarquât sur une djerme, +du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq jours; il se +rendra jusqu'à ..., d'où l'officier qui escorte ces djermes fera +partir ce pain à Menouf. Cependant, si vos fours sont achevés, +il serait essentiel que vous fissiez préparer du pain pour ce +bataillon. J'ai donné ordre à ce bataillon de séjourner deux +jours à Menouf. Vous en profiterez pour opérer le désarmement +et tous les actes difficiles.</p> + +<p>À mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux +différens détachemens de dragons qui sont sous vos ordres, +en tirant des reçus des officiers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p> + +<p>Je viens d'écrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution +de blé pour les pauvres de la grande mosquée.</p> + +<p>Il faudra se servir des magasins qui sont à Boulac et à Gizeh, +appartenans à ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait +pas pour contenir tous les effets provenant des maisons +des mameloucks. J'ai ordonné qu'un magasin servirait à deux +commissions, tout comme une commission doit faire la visite +dans deux arrondissemens.</p> + +<p>Une grande vigilance est plus nécessaire pour la tranquillité +de la place, qu'une grande dissémination de troupes; +quelques officiers de service qui courent la ville, quelques +sergens de planton qui se croisent sur des ânes, quelques adjudans-majors +qui visitent les endroits les plus essentiels, +quelques Francs qui se faufilent dans les marchés et les différens +quartiers, et quelques compagnies de réserve pour +pouvoir envoyer dans les endroits où il y aurait quelque +trouble, sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes +fixées sur des places et dans les carrefours. Si ce n'était la +surveillance à exercer sur les maisons de mameloucks, quatre +cents hommes d'infanterie et cinquante de cavalerie suffiraient +pour le service de la place: en mettant trois cents hommes +pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents +hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont +suffisans ici; faites-moi remettre l'état des postes que vous +occupez, et de tout le service en détail.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Il m'a été présenté plusieurs états signés par des commissaires +des guerres, où ils paraissent légaliser des abus évidens +et des prétentions peu fondées.</p> + +<p>Je vous prie de leur écrire pour leur faire sentir combien +ils sont coupables, lorsqu'ils s'éloignent de ce que la loi prescrit. +J'ai vu un état où le commissaire des guerres demande +une indemnité pour non fourniture de vin.</p> + +<p>Je vous prie de faire un réglement pour ce qui est accordé +par mois aux demi-brigades et aux régimens, pour leur entretien.</p> + +<p>Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent +pour l'entretien pendant le temps qu'ils ont été embarqués.</p> + +<p>Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquième des +hommes montés, doivent-ils toucher une somme qui est jugée +nécessaire pour un régiment de huit cents chevaux?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, avec le restant de votre division +pour vous rendre au village de El-Hanka, où se +trouve déjà le général Leclerc.</p> + +<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre de partir avec six +jours de vivres, mais ils ne seront probablement pas prêts, +et, si vous les attendez, ils retarderaient considérablement +votre marche. Laissez votre commissaire des guerres et le +troisième bataillon de la neuvième, afin qu'ils vous conduisent +des vivres dès l'instant qu'ils seront livrés. Ne partez pas +au moins avant que la division n'ait son pain pour la journée +de demain.</p> + +<p>Le général Leclerc a déjà fait construire un four, faites-en +construire deux autres.</p> + +<p>Les villages environnans, qui sont extrêmement riches, +vous fourniront de la farine, de la viande et des légumes +pour votre division; indépendamment de cela, j'ordonne +qu'on vous complette vos six jours de vivres et qu'on vous +en fasse passer une plus grande quantité.</p> + +<p>Plusieurs scheicks sont réunis à Belbeis, avec Ibrahim-Bey, +et l'on pense que demain la caravane y sera arrivée; c'est +ce qui m'a fait juger votre présence nécessaire à El-Hanka, +où, selon le rapport que l'on m'a fait, vous vous trouverez +juste à un jour de chemin du Caire à Belbeis.</p> + +<p>Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité +de chameaux pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il +les renvoie, ainsi que tous ceux qui vous porteront des +vivres, afin de pouvoir continuer.</p> + +<p>Vous vous trouverez à El-Hanka au milieu de plusieurs +tribus d'Arabes. Faites ce qu'il vous sera possible pour leur +faire entendre qu'ils n'ont rien à gagner à nous faire la guerre, +pour qu'ils nous envoient des députations, et pour qu'ils vivent +tranquilles sans nous attaquer; vous leur enverrez de +mes proclamations.</p> + +<p>Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous +pourrait faire Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le +village de manière à être à l'abri de toute insulte, et une +heure avant le jour, vous ferez faire des reconnaissances, +afin d'être prévenu et de pouvoir me prévenir aussi avant que +la cavalerie ne soit sur vous.</p> + +<p>Vous interrogerez en détail tous les hommes qui viendraient +de Belbeis ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. +Si la caravane se présentait pour venir, vous l'accueillerez +de votre mieux; mais vous ne dissimulerez pas au boy qui +l'escorte, s'il y était encore, que mon intention est, comme +je le lui ai fait écrire, qu'arrivés à la Coubé, les mameloucks +livrent leurs armes et leurs chevaux, excepté lui et les siens.</p> + +<p>Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter à +Belbeis, que la construction de vos trois fours, et l'établissement +d'une boulangerie à El-Hanka; je vous recommande de +veiller spécialement à la formation de vos magasins de subsistances +à El-Hanka, d'y faire réunir le plus de légumes, blé +et riz, qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je désire aussi que vous employiez les deux ou trois jours +que vous resterez à El-Hanka, à vous retrancher en crénelant +quelques maisons, en creusant quelques fossés. Mon intention +est de faire occuper toujours ce village par un bataillon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Le général Murat me mande de Médié, qu'il a entendu +quelque canonnade à une lieue en avant de lui, et qu'il est +parti avec le bataillon qu'il commande pour connaître ce que +c'était.</p> + +<p>Je désire que vous me fassiez partir un bataillon de la +soixante-quinzième, qui se rendra avec une pièce de canon +jusqu'à Kélioubeh, où est le général Murat. Si, en route, il +apprenait que le général Murat est rentré à son poste, et qu'il +n'y a rien de nouveau, il rentrera au camp; s'il n'apprend +rien en route, il se rendra à Kélioubeh, où il restera pendant +la journée, et reviendra le lendemain matin, à moins que le +général Murat ne croie avoir des raisons pour le retenir.</p> + +<p>Si le bataillon apprenait en route que le général Murat est +aux mains avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides +porteur de la présente, pour me faire part des renseignement +qu'il aurait recueillis.</p> + +<p>Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. +En partant exactement à deux heures après minuit, +elle arrivera à cinq heures à Kélioubeh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le kyaya du pacha d'Egypte expédie à Constantinople un +exprès: je vous prie, citoyen général, de lui donner toutes +les facilités nécessaires pour son passage.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter à +vingt-cinq lieues d'ici vers la Syrie.</p> + +<p>Moyennant les différens envois de farine que je vous ai +demandés, et ceux que l'état-major ordonne, nous serons en +mesure pour les subsistances; mais je vous prie de veiller à +ce qu'on nous fasse les envois demain, comme je le demande, +de cinquante quintaux de riz, et autant après-demain, ainsi +que de dix-huit cents rations de pain.</p> + +<p>La police de la ville exigerait que le blé y fût maintenu à +un bon prix. Un moyen nécessaire serait que vous fissiez +vendre tous les jours une certaine quantité de blé au tarif. +Cela nous procurerait de l'argent et ferait un grand bien à +la ville.</p> + +<p>Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en +magasin la plus grande quantité de farine que vous pourrez, +et de faire faire, tant à Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, +la plus grande quantité possible de biscuit: les mameloucks +en faisaient faire dans la ville de fort beau. Je désirerais que +vous pussiez passer un marché avec les boulangers de la ville, +car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici à dix jours, +trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen d'assurer +les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de +faim dans nos opérations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vais m'absenter, citoyen général, pour quelques jours +de la ville du Caire.</p> + +<p>Je donne ordre au général commandant de vous instruire +de tous les mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. +Votre division, dans la position où elle se +trouve, a le double but: 1°. de garantir la province de +Gizeh; 2°. de former une réserve pour le Caire.</p> + +<p>La commission provisoire, composée des citoyens Monge, +Berthollet et Magallon, s'adressera à vous pour avoir tous +les sauf-conduits qu'elle jugera à propos d'accorder aux femmes +des mameloucks, et moyennant les traités particuliers +qu'elle conclura avec elles.</p> + +<p>Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre +commissions chargées de faire les inventaires et de dépouiller +les maisons des beys. Ces officiers me rendront compte tous +les jours de la manière dont s'est faite l'opération; ils doivent +d'ailleurs laisser faire entièrement les commissaires. S'ils +apercevaient des abus, ils vous les dénonceraient et vous y +apporteriez remède.</p> + +<p>Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous +les jours de la séance du divan.</p> + +<p>Je donne ordre au commandant de la place de faire partir +tous les jours cinquante ou soixante hommes avec un officier +pour me porter de vos dépêches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de l'adjudant-général qui reste +à l'état-major.</p> + +<p>Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position +des esprits au Caire, et vous ferez faire à votre division et à +la garnison tous les mouvemens que les circonstances exigeront.</p> + +<p>Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de +ne me l'expédier que fortement escorté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Ibrahim-Bey.</i></p> + +<p>La supériorité des forces que je commande ne peut plus +être contestée: vous voilà hors de l'Egypte et obligé de passer +le désert.</p> + +<p>Vous pouvez trouver dans ma générosité la fortune et le +bonheur que le sort vient de vous ôter.</p> + +<p>Faites-moi de suite connaître votre intention.</p> + +<p>Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi +porteur de votre réponse; je l'accepte volontiers comme +médiateur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national,</p> +<p>général en chef de l'armée d'Orient, et de plusieurs</p> +<p>muphtis et imans, dans l'intérieur de la grande pyramide,</p> +<p>dite pyramide de Chéaps.</p> + </div> </div> + +<p>Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la république +française, une et indivisible, répondant au 28 de la lune de +Mucharem, l'an de l'hégire 1213, le général en chef, accompagné +de plusieurs officiers de l'état-major de l'armée et de +plusieurs membres de l'Institut national, s'est transporté à +la grande pyramide, dite de Chéaps, dans l'intérieur de laquelle +il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés +de lui en montrer la construction intérieure. À neuf heures +du matin, il est arrivé avec sa suite, sur la croupe des montagnes +de Gizeh, au nord-ouest de Memphis. Après avoir +visité les cinq pyramides inférieures, il s'est arrêté avec une +attention particulière à la pyramide de Chéaps, dont les +membres de l'Institut ont à l'instant déterminé, par des +figures trigonométriques, la hauteur perpendiculaire.</p> + +<p>Cette hauteur s'est trouvée être d'environ cent cinquante-cinq +mètres (près de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui +est près du double de celle des monumens les plus élevés de +l'Europe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p> + +<p>Le général et sa suite ayant pénétré dans l'intérieur de la +pyramide, ont trouvé d'abord un canal de cent pieds de long +et de trois pieds de large, qui les a conduits, par une pente +rapide, vers les vallées qui servaient de tombeau au Pharaon +qui érigea ce monument. Un second canal fort dégradé, et +remontant vers le sommet de la pyramide, les a menés successivement +sur deux plates-formes, et de là, à une galerie +voûtée, de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant +au vestibule du tombeau. C'est une vallée voûtée, d'environ +dix-sept pieds de long sur quinze de large, dans un des murs +de laquelle on remarque la place d'une momie que l'on croit +avoir été l'épouse du Pharaon.</p> + +<p>On voit dans cette vallée la trace des fouilles faites avec +violence par les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la +pyramide, et qui croyait que ces lieux recelaient un trésor. +L'effet des mêmes tentatives se remarqua dans une seconde +salle, perpendiculaire à la première, et plus haute de cent +pieds, où l'on croit qu'était le corps du Pharaon.</p> + +<p>Cette dernière salle, à laquelle le général en chef est enfin +parvenu, est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur +seize de large et dix-neuf de haut. On ignore ce que les +Arabes spoliateurs découvrirent dans ce sanctuaire de la pyramide; +le général n'y a trouvé qu'une caisse de granit, d'environ +huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui renfermait +sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le +bloc de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et imans, +Suleiman, Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en +présence de sa suite, la conversation suivante:</p> + +<p><i>Bonaparte.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. +Voici un grand ouvrage de main d'hommes! Quel +était le but de celui qui fit construire cette pyramide?</p> + +<p><i>Suleiman.</i> C'était un puissant roi d'Egypte, dont on +croit que le nom était Chéaps. Il voulait empêcher que des +sacriléges ne vinssent troubler le repos de sa cendre.</p> + +<p><i>B.</i> Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que +son corps retournât aux élémens. Penses-tu qu'il ne fit pas +mieux? le penses-tu?</p> + +<p><i>S.</i> (s'inclinant): Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due.</p> + +<p><i>B.</i> Honneur à Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir +cette pyramide et troubler la cendre des morts?</p> + +<p><i>Muhamed.</i> On croit que c'est le commandeur des croyans +Mahmoud, qui régnait il y a plusieurs siècles à Bagdad; d'autres +disent le renommé Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse +paix!) qui croyait y trouver des trésors; mais quand on fut +entré par ses ordres dans cette salle, la tradition porte qu'on +n'y trouva que des momies, et sur le mur cette inscription en +lettres d'or: <i>l'impie commettra l'iniquité sans fruit, mais +non sans remords.</i></p> + +<p><i>B.</i> Le pain dérobé par le méchant remplit sa bouche de +gravier.</p> + +<p><i>M.</i> (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse.</p> + +<p><i>B.</i> Gloire à Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; +Mohamed est son prophète, et je suis de ses amis.</p> + +<p><i>S.</i> Salut de paix sur l'envoyé de Dieu. Salut aussi sur toi, +invincible général, favori de Mohamed.</p> + +<p><i>B.</i> Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les délices +de mon esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophète +et je compte, avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son +tombeau dans la ville sacrée; mais ma mission est auparavant +d'exterminer les mameloucks.</p> + +<p><i>Ibrahim.</i> Que les anges de la victoire balayent la poussière +sur ton chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a +mérité la mort.</p> + +<p><i>B.</i> Il a été frappé et livré aux anges noirs Moukir et Quarkir. +Dieu, de qui tout dépend, a ordonné que sa domination +fût détruite.</p> + +<p><i>S.</i> Il étendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, +les chevaux de l'Egypte.</p> + +<p><i>B.</i> Et sur les esclaves les plus belles, très-saint muphti. +Allah a desséché sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il +montré le bail que Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux +pour le peuple.</p> + +<p><i>Ib.</i> O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, Allah t'a +fait suivre de l'ange exterminateur pour délivrer sa terre +d'Egypte.</p> + +<p><i>B.</i> Cette terre était livrée à vingt-quatre oppresseurs rebelles +au grand sultan notre allié (que Dieu l'entoure de +gloire), et à dix mille esclaves venus du Caucase et de la +Géorgie. Adriel, ange de la mort, a soufflé sur eux; nous +sommes venus, et ils ont disparu.</p> + +<p><i>M.</i> Noble successeur de Scander<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>, honneur à tes armes invincibles +et à la foudre inattendue qui sort du milieu de tes +guerriers à cheval<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.</p> + +<p><i>B.</i> Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des +hommes? le crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par +le génie de la guerre.</p> + +<p><i>Ib.</i> Nous reconnaissons à tes oeuvres, Allah qui t'envoie. +Serais-tu vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et +tous les pays voisins retentissent de tes miracles.</p> + +<p><i>B.</i> Un char céleste montera par mes ordres jusqu'au séjour +des nuées<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> et la foudre descendra vers la terre le long d'un +fil de métal<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a> dès que je l'aurai commandé.</p> + +<p><i>S.</i> Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompée, +le jour de ton entrée triomphale à Scanderieh<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, et qui +est resté desséché sur le socle de la colonne, n'est-ce pas encore +un prodige opéré par ta main?</p> + +<p><i>B.</i> Lumière des fidèles, vous êtes destinés à voir, encore +de plus grandes merveilles; car les jours de la régénération +sont venus.</p> + +<p><i>Ib.</i> La divine unité te regarde d'un oeil de prédilection, +adorateur d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophète.</p> + +<p><i>B.</i> Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu +et qui fait de bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera +sauvé?</p> + +<p><i>Suleiman, Muhamed, Ibrahim</i> (ensemble en s'inclinant): +Il l'a dit.</p> + +<p><i>B.</i> Et si j'ai tempéré par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire +d'Issa, en diminuant ses possessions terrestres pour lui +amasser des trésors célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre +gloire à Dieu, dont la miséricorde est infinie?</p> + +<p><i>M.</i> (d'un air interdit): Le muphti de Rome était riche et +puissant; mais nous ne sommes que de pauvres muphtis.</p> + +<p><i>B.</i> Je le sais: soyez sans crainte; vous avez été pesés dans +la balance de Balthazar et vous avez été trouvés légers. Cette +pyramide ne renfermait donc aucun trésor qui vous fût connu?</p> + +<p><i>S.</i> (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons +par la cité sainte de la Mecque.</p> + +<p><i>B.</i> Malheur, et trois fois malheur à ceux qui recherchent +les richesses périssables, et qui convoitent l'or et l'argent, +semblables à la Loue!</p> + +<p><i>S.</i> Tu as épargné le vicaire d'Issa et tu l'as traité avec clémence +et bonté.</p> + +<p><i>B.</i> C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse +ses désirs quand ils seront réglés par la raison et la vérité); +mais il a tort de condamner au feu éternel tous les Musulmans, +et Allah défend à tous l'intolérance.</p> + +<p><i>Ib.</i> Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au milieu +de nous pour réchauffer la foi des faibles et rouvrir aux +fidèles les portes du septième ciel.</p> + +<p><i>B.</i> Vous l'avez dit, très-zélés muphtis, soyez fidèles à Allah, +le souverain maître des sept d'eux merveilleux, à Mohamed +son vizir, qui parcourut tous ces cieux dans une nuit. +Soyez amis des Francs, et Allah, Mohamed et les Francs +vous récompenseront.</p> + +<p><i>Ib.</i> Que le prophète lui-même te fasse asseoir à sa gauche +le jour de la résurrection, après le troisième sou de la trompette.</p> + +<p><i>B.</i> Que celui-là écoute, qui a des oreilles pour entendre. +L'heure de la résurrection politique est arrivée pour tous les +peuples qui gémissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, +mullahs, derviches, kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. +Encouragez-le à se joindre à nous pour achever d'anéantir +les beys et les mameloucks. Favorisez le commerce des Francs +dans vos contrées, et leurs entreprises pour parvenir d'ici à +l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepôts dans vos +ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite +entre les enfans d'Issa; telle est la volonté de Mohamed. Les +trésors, l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage, +en attendant que vous montiez au septième ciel, et qu'assis +aux côtés des houris aux yeux noirs, toujours jeunes et toujours +pucelles, vous vous reposiez à l'ombre du laba, dont +les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais Musulmans +tout ce qu'ils pourront désirer.</p> + +<p><i>S.</i> (s'inclinant): Tu as parlé comme le plus docte des mullahs. +Nous ajoutons foi à tes paroles, nous servirons ta cause, +et Dieu nous entend.</p> + +<p><i>B.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut +de paix sur vous, très-saints muphtis!</p> + +<p>Le général est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide +de Chéaps, et il est retourné au Caire, laissant les autres +membres de l'institut national occupés à terminer leurs +Observations.</p> + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5:</b><a href="#footnotetag5"> (return) </a> Ce morceau a été publié dans le no. LXVII du Moniteur, +le 7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticité ait +été discutée, nous n'avons pas cru devoir omettre une pièce aussi +curieuse et qui donne une si juste idée du caractère de Bonaparte +et des moyens qu'il employait avec tant d'habileté pour rapper +l'imagination déjà si irritable des habitans de l'Egypte.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6:</b><a href="#footnotetag6"> (return) </a> Cette assertion n'est pas exacte. La flèche de Strasbourg, +qui est le monument le plus élevé de l'Europe, a quatre cent vingt-huit +pieds quatre pouces, on à peu près cent trente-huit mètres de hauteur, +y compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, à +quatre cent vingt-un pieds d'élévation, ou à peu près cent trente-six +mètres. On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mètres de différence +entre la pyramide de Chéaps et la flèche de Strasbourg. Voyez à ce sujet +les mesures des principaux édifices de l'Europe, consignées dans le +<i>Voyage d'Italie</i>, par Lalande; édition de 1769, tome IV, pages 62 +et suivantes.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7:</b><a href="#footnotetag7"> (return) </a> Jésus-Christ.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8:</b><a href="#footnotetag8"> (return) </a> Alexandre.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9:</b><a href="#footnotetag9"> (return) </a> L'artillerie volante, qui a beaucoup étonné les mameloucks.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10:</b><a href="#footnotetag10"> (return) </a> Les aérostats, inconnus en Egypte.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11:</b><a href="#footnotetag11"> (return) </a> Les phénomènes de l'électricité, les paratonnerres.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12:</b><a href="#footnotetag12"> (return) </a> Alexandrie.</blockquote> + + +<br><br> + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien témoigner +aux septième de hussards, vingt-deuxième de chasseurs, troisième +et cinquième de dragons ma satisfaction de la conduite +qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse qu'ils ont faite sur +l'arrière-garde des mameloucks<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, auxquels ils ont tué et +blessé beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et +pris deux pièces de canon.</p> + +<p>Je donne l'ordre à l'état-major pour qu'on fasse reconnaître +comme chef de brigade le citoyen d'Estrées, comme chef +d'escadron le capitaine Renaud, comme capitaine le citoyen +Leclerc, lieutenant du septième de hussards, et comme lieutenant +le sous-lieutenant des guides, Dallemagne.</p> + +<p>Je vous prie de me faire passer dans la journée la liste des +officiers et des soldats des quatre corps qui se sont distingués +et qui méritent un avancement particulier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13:</b><a href="#footnotetag13"> (return) </a> Il est question du combat de Salchich.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leturq.</i></p> + +<p>Le général Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure +que vous avez montrée et de la conduite que vous avez +tenue dans la journée d'hier. Vous vous êtes souvent distingué +dans la campagne d'Italie, et je vous donnerai incessamment +l'avancement que vous méritez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission de commerce.</i></p> + +<p>Je vous autorise, citoyens, à conclure définitivement et à +signer les arrangemens que vous ferez avec les différentes +femmes des beys et des autres mameloucks pour le rachat de +leurs effets: vous délivrerez des sauf-conduits à celles qui +consentiront à un accommodement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Mon intention est, citoyen général, de réunir à Salehieh +des magasins de bouche et de guerre suffisans pour pourvoir +aux besoins d'une armée de trois cent mille hommes pendant +un mois.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi +précieux soient contenus dans une forteresse qui les mette à +l'abri d'être enlevés par une attaque de vive force, et qui +fasse que les sept ou huit cents hommes de garnison obligent +l'ennemi à un siége d'autant plus pénible, qu'il ne peut charrier +son artillerie qu'après un passage de neuf jours dans le +désert.</p> + +<p>Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le +juge nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir +pendant long-temps les corps de l'ennemi éloignés, soit +pour pouvoir protéger un corps d'armée inférieur, mais trop +considérable pour y tenir garnison.</p> + +<p>Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manière +à ce que, d'ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse +eût déjà l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec +une garnison plus nombreuse que celle que l'on sera obligé +d'y tenir, lorsqu'elle sera achevée, les magasins pussent déjà +être à l'abri d'une attaque de vive force.</p> + +<p>Vous laisserez à Salehieh assez d'ingénieurs pour confectionner +lesdits travaux avec promptitude, et pour pouvoir +suffire aux reconnaissances qui serviront à déterminer la position +précise de Salehieh par rapport à la mer, à Mansoura, +a Damiette, à l'inondation du Nil, et aux canaux du Nil qui +peuvent porter bateau.</p> + +<p>Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-général +qui est à Salehieh, de verser 10,000 fr. à la disposition +de l'officier supérieur du génie que vous laisserez à +Salehieh pour le commencement desdits travaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de l'artillerie.</i></p> + +<p>Mon intention, citoyen général, est d'établir une forteresse +à Salehieh qui puisse mettre à l'abri de toute insulte +les magasins de bouche et de guerre que j'ai l'intention d'y +réunir: vous vous concerterez avec le général du génie pour +tous les établissemens d'artillerie, indépendamment des magasins +nécessaires à l'approvisionnement pour trois ou quatre +pièces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches.</p> + +<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez +à la disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez +dudit établissement, pour commencer à travailler de suite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 16 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Mon intention est, citoyen général, que le génie et l'artillerie +travaillent à la construction d'une forteresse qui mette +les magasins que j'ai l'intention de réunir à Salehieh à l'abri +d'une attaque de vive force, et dans le cas d'être gardés par +moins de mille hommes.</p> + +<p>Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous +occupiez en force le point désigné, et que vous envoyiez des +espions en Syrie pour vous tenir au fait de tous les mouvemens +que l'on pourrait faire de ce côté-là.</p> + +<p>Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, +qui est plus à même d'en recevoir par mer, et vous +reconnaîtrez bien la position de Salehieh par rapport à la +mer et aux différens canaux du Nil.</p> + +<p>Le général Dugua, avec sa division, va à Mansoura, et le +général Vial va à Damiette. Quand vous aurez reconnu la +route qui de la mer conduit à Salehieh, on pourra ordonner +à une frégate et à un ou plusieurs avisos de se tenir toujours +à portée de ce point, et l'on pourra par là vous faire passer +du vin, du canon, des outils, que nous avons à Alexandrie, +ainsi que les bagages de votre division.</p> + +<p>Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, +le plus de mes proclamations que vous pourrez, et vous +prendrez des mesures pour que tous les voyageurs qui arrivent +de Syrie vous soient amenés, afin que vous puissiez les +interroger.</p> + +<p>Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez +encore d'administratives à remplir, en organisant la province +de Salehieh dont le chef-lieu est à Belbeis.</p> + +<p>Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec +toutes les tribus arabes, afin de connaître les camps qu'ils +occupent, les champs qu'ils cultivent, et dès lors le mal que +vous pourrez leur faire lorsqu'ils désobéiront à vos ordres.</p> + +<p>Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur +ôter le plus de chevaux possible; le second de les désarmer.</p> + +<p>Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ôter +leurs chevaux que peu à peu, en en demandant d'abord une +certaine quantité pour remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, +il sera possible de prendre d'autres mesures; mais auparavant +il faut que vous vous occupiez de connaître les intérêts +qui les lient à nous; ce qui seul vous fera connaître les +menaces et le mal que vous pouvez leur faire.</p> + +<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir +subvenir aux dépenses extraordinaires d'espions à envoyer en +Syrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre de nouvelles +précautions pour vous assurer que Coraïm ne vous échappera +pas: après quoi vous lui ferez subir un interrogatoire, +dans lequel vous lui demanderez qu'il réponde positivement: +1°. a-t-il écrit à Mourad-Bey depuis qu'il nous a juré fidélité? +2°. à quels mameloucks a-t-il écrit depuis qu'il nous a juré fidélité? +3°. quelle espèce de correspondance a-t-il eue avec les +Arabes de Bahiré?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître ce +qu'a produit le désarmement.</p> + +<p>Je désirerais également connaître les mesures efficaces que +vous pensez qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: +vous pourrez faire prendre tous les chevaux, armes et +chameaux qui pourraient se trouver dans les maisons des +femmes avec lesquelles nous avons traité. Ces trois objets +sont objets de guerre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Le tableau de la situation dans laquelle vous vous êtes +trouvé, citoyen général, est horrible. Quand vous n'avez +point péri dans cette circonstance, c'est que le sort vous destine +à venger un jour notre marine et nos amis; recevez-en +mes félicitations: c'est le seul sentiment agréable que j'aie +éprouvé depuis avant-hier. J'ai reçu, à mon avant-garde, à +trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a été apporté +par l'aide-de-camp du général Kléber.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de tout +ce qui reste de notre marine, et vous vous concerterez avec +l'ordonnateur Leroy pour l'armement et l'approvisionnement +des frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i>, +les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et toutes les autres +frégates, bricks ou avisos qui nous restent.</p> + +<p>Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce +qu'il vous sera possible pour retirer de la rade d'Aboukir les +débris qui peuvent y rester.</p> + +<p>Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de +là pour Ancolie, les dépêches que porte le courrier que j'ai +expédié il y a quinze jours du Caire, et que l'on m'assure +être encore à Rosette. Vous adresserez au ministre de la marine +une relation de l'affaire, telle qu'elle a eu lieu.</p> + +<p>Je brûle du désir de conférer avec vous; mais, avant de +vous donner l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques +jours, mon intention étant, s'il est possible, de me porter +moi-même à Alexandrie.</p> + +<p>Envoyez-moi l'état des officiers, des matelots et des bâtimens +qui nous restent.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prévenir de +suite Malte et Corfou de ce qu'aura fait le général Villeneuve, +afin que ces îles se tiennent en surveillance et à l'abri d'une +surprise.</p> + +<p>Je pense bien qu'à l'heure qu'il est, les Anglais se seront +retirés avec leur proie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroy,</i></p> + +<p>Je vous envoie par une chaloupe canonnière 100,000 fr. +pour servir aux travaux les plus pressans de la marine. Il est +indispensable que vous vous concertiez avec le contre-amiral +Ganteaume pour armer en guerre <i>le Dubois</i>, le <i>Causse</i>, <i>la +Carrère</i>, <i>la Muiron</i>; il faudra doubler en cuivre les deux +dernières, qui doivent avoir le doublage. Le contre-amiral +Ganteaume nommera au commandement de ces différens bâtimens. +Vous ne devez pas être embarrassé d'en organiser les +équipages avec les débris de l'escadre.</p> + +<p>J'imagine que <i>l'Alceste</i> n'a besoin de rien. Vous aurez +déjà sans doute fait travailler à <i>la Junon</i>. Dès l'instant que +vous aurez des nouvelles de la route qu'aura tenue le contre-amiral +Villeneuve, vous me la ferez connaître. Envoyez-moi +aussi l'état de tous les bâtimens et de tous les matelots échappés, +soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent à Rosette.</p> + +<p>Indépendamment des sommes que le général Kléber vous +fera remettre des contributions d'Alexandrie et de celles qui +nous reviendront de la contribution frappée à Damiette, +je vous ferai toucher toutes les décades 100,000 fr. Il est +arrivé à Rosette cinquante djermes chargées de blés et de +légumes, que, dès mon arrivée au Caire, j'avais envoyées à +l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre +au général Menou de les tenir à votre disposition, et de faire +tout ce qu'il pourra pour les faire passer à Alexandrie. Faites +de votre côté tout ce qui sera possible pour favoriser ce passage, +afin que vous ayez à Alexandrie les approvisionnemens +nécessaires pour cette grande quantité d'hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Vous devez sans doute, à l'heure qu'il est, avoir reçu la +réponse a toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp +Julien, qui est parti d'ici, il y a douze jours.</p> + +<p>J'ai appris la journée du 14, avant-hier 26, par votre +aide-de-camp, qui m'a trouvé à Salehieh, à trente-trois +lieues du Caire. Je n'ai pas perdu un instant à m'y rendre.</p> + +<p>Je vous ai écrit souvent, et comme la plupart de vos lettres +me sont parvenues toutes à la fois, j'espère qu'il en aura été +de même des miennes.</p> + +<p>J'ai envoyé l'adjudant-général Brives à Rahmanieh avec +un bataillon.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu une grande quantité de monde aujourd'hui +à Alexandrie.</p> + +<p>J'envoie 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy pour les premiers +besoins de l'armement.</p> + +<p>J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les +vivres que l'on y avait envoyés pour l'approvisionnement de +l'escadre.</p> + +<p>Après cinq ou six marches, nous avons poussé Ibrahim-Bey +dans les déserts de Syrie; nous avons dégagé une partie +de la caravane qu'il avait retenue, et lui-même avec tous ses +trésors et ses femmes a failli tomber en notre pouvoir.</p> + +<p>Il nous reste encore à détruire Mourad-Bey, qui occupe +la Haute-Égypte, et à soumettre l'intérieur du Delta, où +plusieurs partisans des beys se trouvent encore les armes à la +main.</p> + +<p>L'argent est extrêmement rare dans ce pays, et j'ai ordonné +à l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume +de pousser le plus vivement qu'ils pourront l'armement des +vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et celui des avisos, bricks +ou frégates qui nous restent encore.</p> + +<p>L'adjudant-général Brives et sa colonne sont à vos ordres: +si les Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent +nos communications avec Rosette, il devient indispensable +d'occuper les villages d'Aboukir en force, afin que +vous puissiez communiquer avec Rosette par terre.</p> + +<p>Le général Manscourt se rend à Alexandrie: c'est un général +d'artillerie qui pourra vous servir pour l'armement de +la côte; il pourra d'ailleurs prendre des renseignemens sur le +pays, pour vous remplacer lorsque les circonstances permettront +que vous nous rejoigniez.</p> + +<p>Je ferai filer des troupes dès l'instant que cela sera possible, +du côté de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais +vous devez, d'ici à plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi +tirez parti de vos propres forces.</p> + +<p>Je n'ai point reçu de vos lettres depuis celles que m'a remises +votre aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'à quel point +les Anglais ont été maltraités, et quelle est la quantité de +troupes et d'équipages qui s'est réfugiée à Alexandrie.</p> + +<p>J'ai écrit à Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous +les détails de cette affaire, afin que ces îles restent en surveillance. +L'on m'apprend que le courrier que j'ai expédié d'ici, +il y a quinze jours, est encore à Rosette. J'ai écrit au contre-amiral +de l'expédier le plus tôt possible pour Corfou, d'où il +passera en Italie. Coraïm est arrivé ici; je l'ai fait enfermer. +Vous ne devez pas avoir eu de difficulté à avoir les 300,000 fr +auxquels j'ai imposé Alexandrie; il faudra cependant soustraire +de cette somme 100,000 fr. que vous avez déjà touchés.</p> + +<p>Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et +chaque jour y porte une amélioration considérable. Je suis +fondé à penser que, quelques jours encore, nous commencerons +à être maîtres du pays.</p> + +<p>L'expédition que nous avons entreprise exige du courage +de plus d'un genre. Le général de brigade Vial occupe Damiette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Vous ferez partir, citoyen général, pour Alexandrie tous +les blés et autres approvisionnemens qui étaient chargés sur +les djermes, et qui étaient destinés pour l'escadre.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu plusieurs de mes lettres par mon +aide-de-camp Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours.</p> + +<p>Dans une, je vous disais de percevoir une contribution +de 100,000 fr. sur le commerce de Rosette, pour subvenir à +nos besoins.</p> + +<p>La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de +vos lettres: veillez, je vous prie, à ce qu'aucun courrier ne +parte de Rosette sans aller vous demander vos ordres, et +qu'il y ait toujours un billet de vous ou d'un officier de votre +état-major.</p> + +<p>L'aide-de-camp du général Kléber ne m'a appris que le +26, à Salehieh, où je me trouvais, la nouvelle de la journée +du 14.</p> + +<p>Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espère cette nuit recevoir +de vos lettres qui m'instruisent de la perte réelle des +Anglais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai donné ordre +de vous envoyer 15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui +dans la même caisse que les 100,000 fr. de l'ordonnateur +Leroy.</p> + +<p>Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux +officiers de l'armée navale qui auraient le plus de besoins. +Vous garderez 3,000 fr. pour vos besoins particuliers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour +distribuer aux individus de l'escadre qui auraient le plus de +besoins et qui se seraient réfugiés à Rosette, et pour activer +l'arrivée au Caire de tous les objets nécessaires à l'armée, et +à Alexandrie, de tous les objets nécessaires à son approvisionnement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, à mon retour de Salehieh, votre +lettre. J'espère qu'après les avantages que nous avons remportés +sur Ibrahim-Bey, que nous avons poussé à plus de +quarante lieues, et obligé de passer le désert de Syrie, après +l'avoir blessé et après avoir tué Aly-Bey, les habitans de +votre province deviendront plus traitables.</p> + +<p>Le général Dugua, qui doit être arrivé à Mansoura, se +rendra lui-même à Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province +de Garbié. Le général Fugières s'y rendra dès l'instant +qu'il saura que le général Dugua est en marche; cela nécessitera +quelques jours encore sa présence à Menouf.</p> + +<p>Je n'ai pas vu avec plaisir la manière avec laquelle vous +vous êtes conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on +ménage ces gens-là et qu'on ait des égards pour eux. Prononcez +les sujets de plainte que vous avez contre lui, je le ferai +remplacer.</p> + +<p>Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter le +divan sans avoir approfondi s'il était coupable ou non; il a +fallu le relâcher douze heures après: ce n'est pas le moyen de se +concilier un parti. Étudiez les peuples chez lesquels vous +êtes, distinguez ceux qui sont les plus susceptibles d'être +employés; faites quelquefois des exemples justes et sévères, +mais jamais rien qui approche du caprice et de la légèreté. Je +sens que votre position est souvent embarrassante, et je suis +plein de confiance dans votre bonne volonté et votre connaissance +du coeur humain; croyez que je vous rends la justice +qui vous est due.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, des souliers et du biscuit; +on vous a envoyé des cartouches.</p> + +<p>Le général Desaix, avec sa division, s'embarque dans la +nuit de demain pour se rendre à Benecouef: par-là vous vous +trouverez couvert, et reprendrez sans inconvénient la position +d'Alfieli, et punirez le scheick de la conduite perfide +qu'il a tenue.</p> + +<p>Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que +vous commandez, pour douter qu'ils ne fussent fâchés que je donnasse +à d'autres le soin de les venger de la trahison infâme +des habitans d'Alfieli.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 août 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 25 messidor: +j'y vois que <i>le Fortunatus</i> est arrivé avec deux bâtimens chargés +de bois; je vous prie de continuer à nous en envoyer.</p> + +<p>Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, +est arrivé à Corfou.</p> + +<p>Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours +et approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, félicitez-le, +de ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette +circonstance, en conservant à la république un aussi bon officier +et d'aussi bons bâtimens.</p> + +<p>Vous lui direz que je désire qu'il fasse armer le plus tôt +possible le bâtiment de guerre qui est à Corfou, et qu'il envoie +l'ordre a Ancône pour que les trois bâtimens de guerre +et les frégates qui y sont, se rendent également à Corfou, +afin de pouvoir ainsi commencer à réorganiser une escadre. +Nous faisons armer les vaisseaux et les frégates qui se +trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux de +guerre et frégates, partis de Toulon, vont arriver à Malte, où +il y a également quelques vaisseaux de guerre et frégates: +mon intention est de réunir tous ces vaisseaux à Corfou.</p> + +<p>Écrivez de ma part au général Brune, pour qu'il fasse +mettre, sur nos vaisseaux d'Ancône, de bonnes garnisons de +troupes, et mettez-en vous-même sur ceux qu'a amenés le +contre-amiral Villeneuve. Je ne lui écris pas à lui-même, +parce que je ne suis pas assuré qu'il se trouve à Corfou; mais +s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici va +parfaitement bien, et commence même à s'organiser: notre +conquête se consolide tous les jours.</p> + +<p>Faites-moi connaître, le plus souvent que vous pourrez, +ce qui se passe en Turquie, et surtout du côté de Passwan-Oglou. +En général, quand vous m'écrirez, envoyez-moi les +journaux que vous aurez, et une note de ce que vous aurez +appris, car ici nous sommes très-souvent sans nouvelles de +France.</p> + +<p>J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre +division. Les troupes qui vous sont arrivées, sont un renfort +bien précieux dans ce moment-ci.</p> + +<p>Faites faire la plus grande quantité de biscuit que vous +pourrez; je vous enverrai des blés le plus tôt qu'il me sera +possible; d'ailleurs, je vois par votre état de situation, que +vous en avez sept cents quintaux, en approvisionnement de +siège.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen général, le plus tôt possible à +Rosette.</p> + +<p>En passant à Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-général +Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, +soit de la province de Damanhour.</p> + +<p>Si l'expédition que j'ai ordonnée sur le Damanhour n'avait +pas réussi, vous débarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez +le commandement de toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez +les attroupemens de toute la province de Damanhour, +et puniriez les habitans de cette ville pour la manière dont ils +se sont conduits avec le général Dumuy.</p> + +<p>Si, comme je dois le présumer, il n'y a rien de nouveau à +Rahmanieh, et que l'adjudant-général Brives soit à Damanhour +ou à Rahmanieh, vous lui donnerez de vos nouvelles en +l'instruisant que le but de votre mission est d'entretenir la +communication du canal de Rahmanieh à Alexandrie, afin que +les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette à +Alexandrie.</p> + +<p>Arrivé a Rosette, votre premier soin sera de visiter la +barre du Nil, et de vous assurer si l'on y a placé les batteries +et chaloupes nécessaires pour le mettre à l'abri des corsaires +et chaloupes anglaises.</p> + +<p>Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou +pour les opérations qu'il jugera à propos de faire, soit pour +la sûreté de la ville, soit pour celle des villages environnans: +de là vous vous rendrez à Aboukir; vous verrez s'il y a quelque +chose à faire pour perfectionner les retranchemens du +fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir à Rosette.</p> + +<p>De là vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous trouverez +sous les ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans +cette ville, soit pour les mesures qu'il voudrait prendre dans +la ville, soit pour quelque opération contre les Arabes, soit +pour quelque opération le long du canal qui va à Rahmanieh. +Mon intention est que, de retour à Aboukir et à Rosette, +vous restiez dans cette dernière ville, jusqu'à ce que l'escadre +anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit à +peu près rétablie.</p> + +<p>Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne +mobile propre à observer les mouvemens de l'escadre anglaise, +et à assurer la bouche du Nil de la branche de Rosette, d'empêcher +toute communication entre les Anglais et les Arabes +par Aboukir, de rendre facile la communication de Rosette +à Aboukir, d'offrir une réserve pour dissiper les rassemblemens +qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir +la ville de Damanhour, et enfin de protéger l'écoulement +des eaux le long du canal, le seul qui procure de l'eau à +Alexandrie.</p> + +<p>Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mémoire sur le temps +où les eaux entrent dans ce canal, sur les obstacles que les +Arabes pourraient mettre à l'écoulement des eaux, et sur la +situation de la province de Rahmanieh.</p> + +<p>J'ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui +se trouvent à Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. +Vous me ferez connaître spécialement si le canal qui va +de Rahmanieh à Alexandrie peut porter des djermes.</p> + +<p>Je vous ordonne, à votre retour à Alexandrie, de rester à +Rosette de préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous +pussiez vous porter entre les deux branches du Nil, et vous +opposer aux incursions que pourraient faire les Anglais +pour tenter de s'approvisionner de Rosette, d'Aboukir et +d'Alexandrie.</p> + +<p>Vous m'écrirez, dans le plus grand détail, pour me faire +connaître la situation des Anglais, et la manière dont notre +escadre s'est comportée dans le combat.</p> + +<p>En parlant, soit aux généraux, soit aux marins, soit aux +soldats, vous aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut +encourager.</p> + +<p>Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral +Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu'il pense +que feront les Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, +ce qu'il pense de la conduite de notre escadre et de celle des +Anglais. Témoignez-lui l'estime que j'ai pour lui et le plaisir +que j'ai eu à apprendre qu'il était sauvé.</p> + +<p>Vous direz à Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il +pourra à Damanhour et à Rosette, en y envoyant soit du blé, +soit de la viande.</p> + +<p>Je m'en rapporte à votre zèle et à vos talens pour la conduite +que vous tiendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Perrée.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, cette nuit, avec deux bâtimens +armés, et la quantité de djermes nécessaires pour +porter la colonne du général Marmont.</p> + +<p>Arrivé à Rosette, vous me rendrez compte si les batteries +que l'on y a établies, sont suffisantes pour empêcher les avisos +et chaloupes anglaises de venir nous troubler.</p> + +<p>Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont à Rosette, +tous les détails sur le combat de l'escadre, et vous me +les ferez connaître; vous irez à Aboukir avec le général Marmont, +afin de prendre une connaissance exacte sur la position +qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui sont brûlés, +de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou de +ce qu'ils ont l'air de faire.</p> + +<p>Vous ferez partir de Rosette <i>la Cisalpine</i>, que vous enverrez +en Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, +que s'il me rapporte la réponse de Paris à ce courrier, +je lui donnerai mille louis.</p> + +<p>Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit +tenir.</p> + +<p>Vous resterez, jusqu'à nouvel ordre, à Rosette, afin de +faciliter autant qu'il sera possible la communication par +mer d'Alexandrie à Rosette, celle de Rosette au Caire, et +de me faire parvenir promptement les nouvelles intéressantes +qu'il pourrait y avoir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menait.</i></p> + +<p>Ce soir, le général de brigade Marmont, avec la quatrième +demi-brigade, part pour se rendre à Rosette et y observer +les mouvemens des Anglais.</p> + +<p>Le contre-amiral Perrée se rend à Rosette avec deux +avisos; j'espère que dès l'instant que le général Marmont +sera arrivé à Rosette, on pourra empêcher les Anglais d'avoir +aucune communication avec les Arabes.</p> + +<p>J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers +avait été arrêté par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu +l'esprit de jeter ses paquets à la mer. J'ai appris également +indirectement que deux cents hommes étaient arrivés d'Alexandrie +à Rosette, J'en vous veux un peu de mal de ce que ce +n'est pas vous ou votre état-major qui m'ayez fait part de ces +nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les +moindres choses sont essentielles.</p> + +<p>L'adjudant-général Jullien et l'aide-de-camp du général +Kléber, avec une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie +est destinée pour le citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, +sont partis avant-hier, sur un aviso; ils doivent être arrivés +à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Écrivez-moi, je vous prie, citoyen général, souvent et +longuement; faites passer à Alexandrie la plus grande quantité +de riz qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu le plan que j'avais tant recommandé +que l'on m'envoyât promptement, de Rosette à la mer.</p> + +<p>Tout ici va parfaitement bien. La fête que l'on y a célébrée +pour l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez +qu'Ibrahim-Bey était, le 27, à plusieurs journées de Salehieh.</p> + +<p>Je vous ai envoyé du riz, de la farine et quatre mille rations +de bon biscuit; j'imagine qu'à l'heure qu'il est, vos +fours sont faits, et que vous ne manquez point de pain.</p> + +<p>Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquée est +extrêmement sage; vous avez dû recevoir six pièces de canon +turques qui vous serviront à cet objet.</p> + +<p>Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce +que cela vous priverait des moyens de vous approvisionner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul français à Tripoli.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis +la prise de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu +les mameloucks, pris le Caire, et nous nous sommes emparés +de toute l'Égypte.</p> + +<p>Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment +la supériorité dans ces mers, ce qui m'engage à vous +prier d'expédier un courrier pour se rendre, soit à Malte, +soit à Civita-Vecchia, soit à Cagliari, d'où il regagnera facilement +Toulon.</p> + +<p>Je vous envoie une copie de la lettre à faire partir; vous +direz que l'armée de terre est victorieuse et bien établie en +Égypte, sans maladies et sans perte de monde, que je me +porte bien, et qu'on n'ajoute pas foi en France aux bruits +que l'on fait courir. Expédiez-moi de Tripoli un courrier +pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez de France, +et écrivez à Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que +l'on y reçoit et que vous me ferez parvenir.</p> + +<p>Il est indispensable que vous nous expédiiez, au moins une +fois toutes les décades, un courrier qui ira par mer jusqu'à +Derne, et de là traversera le désert. Je vous ferai rembourser +tous les frais que cela vous occasionera. Je n'ose aventurer +de l'argent au travers du désert; mais si vous trouvez +un négociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir 6,000 fr. au +Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de change +sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui +m'apporteront des nouvelles intéressantes.</p> + +<p>Faites connaître au bey que demain nous célébrons la fête +du prophète avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli +part également demain; je l'ai protégée, et elle a eu à se +louer de nous.</p> + +<p>Engagez le bey à envoyer beaucoup de vivres à Malte, +des moutons à Alexandrie, et à faire savoir aux fidèles que +les caravanes sont protégées par nous, et que l'émir-aga est +nommé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 18 thermidor, j'ordonnai à la division du général Reynier +de se porter à Elkhankah, pour soutenir le général de +cavalerie Leclerc, qui se battait avec une nuée d'Arabes à +cheval, et de paysans du pays qu'Ibrahim-Bey était parvenu +à soulever. Il tua une cinquantaine de paysans, quelques +Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je fis partir +également la division commandée par le général Lannes et +celle du général Dugua.</p> + +<p>Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie, poussant +toujours devant nous Ibrahim-Bey et l'armée qu'il commandait.</p> + +<p>Avant d'arriver à Belbeis, nous délivrâmes une partie de la +caravane de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée et conduisaient +dans le désert, où ils étaient déjà enfoncés de deux +lieues. Je l'ai fait conduire au Caire sous bonne escorte. Nous +trouvâmes à Qouréyn une autre partie de la caravane, toute +composée de marchands qui avaient été arrêtés d'abord par +Ibrahim-Bey, ensuite relâchés et pillés par les Arabes. J'en +fis réunir les débris et je la fis également conduire au Caire. +Le pillage des Arabes à dû être considérable; un seul négociant +m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises +des Indes, pour deux cent mille écus. Le négociant avait +avec lui, suivant l'usage du pays, toutes ses femmes. Je leur +donnai à souper, et leur procurai les chameaux nécessaires pour +leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient avoir une assez +bonne tournure; mais le visage était couvert, selon l'usage du +pays, usage auquel l'armée s'accoutume le plus difficilement,</p> + +<p>Nous arrivâmes à Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit +habité de l'Égypte où il y ait de bonne eau. Là commence le +désert qui sépare la Syrie de l'Égypte.</p> + +<p>Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses femmes, +venait de partir de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de +cavalerie que j'avais. Nous vîmes défiler devant nous ses immenses +bagages. Un parti d'Arabes de cent cinquante hommes, +qui étaient avec eux, nous proposa de charger avec +nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux +étaient éreintés, l'infanterie très-éloignée; nous leur enlevâmes +les deux pièces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine +de chameaux chargés de tentes et de différens effets. +Les mameloucks soutinrent la charge avec le plus grand +courage. Le chef d'escadron d'Estrées, du septième régiment +de hussards, a été mortellement blessé; mon aide-de-camp +Shulkouski a été blessé de sept à huit coups de sabre et de +plusieurs coups de feu. L'escadron monté du septième de hussards +et du vingt-deuxième de chasseurs, ceux des troisième +et quinzième de dragons, se sont parfaitement conduits. Les +mameloucks sont extrêmement braves et formeraient un excellent +corps de cavalerie légère; ils sont richement habillés, armés +avec le plus grand soin, et montés sur des chevaux de la meilleure +qualité. Chaque officier d'état-major, chaque hussard a soutenu un +combat particulier. Lasalle, chef de brigade du vingt-deuxième, +laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il +fut assez adroit et assez heureux pour mettre pied à terre et +se trouver à cheval pour se défendre et attaquer un des mameloucks +les plus intrépides. Le général Murat, le chef de bataillon, +mon aide-de-camp Duroc, le citoyen Leturcq, le +citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi, engagés trop avant par +leur ardeur dans le plus fort de la mêlée, ont couru les plus +grands dangers.</p> + +<p>Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de Syrie; +il a été blessé dans ce combat.</p> + +<p>Je laissai à Salehieh la division du général Reynier et +des officiers du génie, pour y construire une forteresse, et +je partis le 26 thermidor pour revenir au Caire. Je n'étais +pas éloigné de deux lieues de Salehieh, que l'aide-de-camp +du général Kléber arriva et m'apporta la nouvelle de la bataille +qu'avait soutenue notre escadre, le 14 thermidor. Les +communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze jours +pour venir.</p> + +<p>Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral +Ganteaume. Je lui écris, par le même courrier, à Alexandrie, +de vous en faire un plus détaillé.</p> + +<p>Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'écrivis à l'amiral +d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port +d'Alexandrie, et, si son escadre ne pouvait pas y entrer, de +décharger promptement toute l'artillerie et tous les effets appartenans +à l'armée de terre, et de se rendre a Corfou.</p> + +<p>L'amiral ne crut pas pouvoir achever le débarquement +dans la position où il était, étant mouillé dans le port d'Alexandrie +sur des rochers, et plusieurs vaisseaux ayant déjà +perdu leurs ancres; il alla mouiller à Aboukir, qui offrait un +bon mouillage. J'envoyai des officiers du génie et d'artillerie +qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui donner +aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient +pendant les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restât à +Aboukir, soit pour décharger notre artillerie, soit pour sonder +et marquer la passe d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre +parti à prendre que de couper ses câbles, et qu'il était urgent +de séjourner le moins possible à Aboukir.</p> + +<p>Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, +sous trois jours, l'escadre serait entrée dans le port d'Alexandrie, +ou aurait appareillé pour Corfou. Depuis le 18 +messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reçu aucune nouvelle +ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre. Une nuée +d'Arabes, accourus de tous les points du désert, étaient constamment +à cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le +bruit de nos victoires et différentes dispositions rouvrirent +nos communications. Je reçus plusieurs lettres de l'amiral, +où je vis avec étonnement qu'il se trouvait encore à Aboukir. +Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire sentir qu'il ne +devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à se +rendre à Corfou.</p> + +<p>L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que +plusieurs vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et +qu'il se fortifiait pour attendre l'ennemi, embossé à Aboukir. +Cette étrange résolution me remplit des plus vives alarmes; +mais déjà il n'était plus temps, car la lettre que l'amiral +écrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je lui expédiai +le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas +partir d'Aboukir qu'il n'eût vu l'escadre à la voile. Parti le +12 il n'aurait jamais pu arriver à temps; cet aide-de-camp a +été tué en chemin par un parti arabe qui a arrêté sa barque +sur le Nil, et l'a égorgé avec son escorte.</p> + +<p>Le 8 thermidor, l'amiral m'écrivit que les Anglais s'étaient +éloignés; ce qu'il attribuait au défaut de vivres. Je reçus +cette lettre par le même courrier, le 12.</p> + +<p>Le 11, il m'écrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire +des Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait +trouvé une passe pour entrer dans le port d'Alexandrie; je +reçus cette lettre le 18.</p> + +<p>Le 14, au soir, les Anglais l'attaquèrent; il m'expédia, au +moment où il aperçut l'escadre anglaise, un officier pour me +faire part de ses dispositions et de ses projets: cet officier a +péri en route.</p> + +<p>Il me paraît que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre à +Corfou, avant qu'il eût été certain de ne pouvoir entrer dans +le port d'Alexandrie, et que l'armée dont il n'avait pas de +nouvelles depuis long-temps, fût dans une position à ne pas +avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste événement il a fait +des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.</p> + +<p>Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme +dans tant d'autres, prouver que, s'ils nous accordent une +grande prépondérance sur le continent, ils ont donné l'empire +des mers à nos rivaux. Mais ce revers ne peut être attribué +à l'inconstance de notre fortune; elle ne nous abandonne +pas encore: loin de là, elle nous a servis dans toute cette +opération au-delà de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai +devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que +les Anglais y étaient passés en force supérieure quelques +jours avant; malgré la tempête affreuse qui régnait, au risque +de me naufrager, je me jetai à terre. Je me souvins qu'à +l'instant où les préparatifs du débarquement se faisaient, on +signala dans l'éloignement, au vent, une voile de guerre: +c'était <i>la Justice</i>. Je m'écriai: «Fortune, m'abandonneras-tu? +quoi, seulement cinq jours!» Je débarquai dans la journée; +je marchai toute la nuit; j'attaquai Alexandrie à la pointe +du jour avec trois mille hommes harrassés, sans canons et +presque pas de cartouches; et, dans les cinq jours, j'étais +maître de Rosette, de Damanhour, c'est-à-dire déjà établi en +Égypte. Dans ces cinq jours, l'escadre devait se trouver à +l'abri des forces des Anglais, quel que fût leur nombre. Bien +loin de là elle reste exposée pendant tout le reste de messidor. +Elle reçoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor, +un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais +se laissent voir en nombre supérieur pendant dix jours +dans ces parages. Le 11 thermidor, elle apprend la nouvelle +de l'entière possession de l'Égypte et de notre entrée au +Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses +faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte à son destin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la citoyenne Brueys.</i></p> + +<p>Votre mari a été tué d'un coup de canon, en combattant +à son bord. Il est mort sans souffrir, et de la mort la plus +douce, la plus enviée par les militaires.</p> + +<p>Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare +de l'objet que nous aimons est terrible; il nous isole de +la terre; il fait éprouver au corps les convulsions de l'agonie. +Les facultés de l'âme sont anéanties, elle ne conserve de relation +avec l'univers, qu'au travers d'un cauchemar qui altère +tout. Les hommes paraissent plus froids, plus égoïstes qu'ils +ne le sont réellement. L'on sent dans cette situation que si +rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beaucoup mieux +mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée, l'on presse +ses enfans sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres +raniment la nature, et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, +voyez dès ce premier moment qu'ils ouvrent votre coeur à la +mélancolie: vous pleurerez avec eux, vous éléverez leur enfance, +cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez de leur +père, de votre douleur, de la perte qu'eux et la république +ont faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour +filial et l'amour maternel, appréciez pour quelque chose +l'amitié et le vif intérêt que je prendrai toujours à la femme +de mon ami. Persuadez-vous qu'il est des hommes, en petit +nombre, qui méritent d'être l'espoir de la douleur, parce +qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p> + +<p>Vous avez mal fait de laisser cent hommes à Mansoura, +c'était évidemment les compromettre.</p> + +<p>La division du général Dugua aura sans doute dissipé les +attroupemens et puni sévèrement les chefs d'attroupemens.</p> + +<p>Je donne ordre à l'artillerie de vous faire passer six pièces +de gros calibre et deux mortiers pour placer à l'embouchure +du Nil. Organisez votre province le plus tôt possible; tenez +toujours vos troupes réunies; vous pouvez laisser libre le commerce +de Damiette à la Syrie, mais ayant soin qu'on n'y transporte +pas les riz qui sont nécessaires à l'armée. Écrivez a +Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai chargé +de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore +moins aux musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser +et vivre en repos, et que j'espère qu'ils protégeront +le commerce d'Égypte en Syrie, comme mon intention +est de le protéger de mon côté: envoyez-leur ces lettres par +des occasions sûres.</p> + +<p>J'imagine que vous aurez eu soin que l'on célèbre avec +plus de pompe encore la fête du prophète, qui est dans quatre +ou cinq jours. La fête du Nil a été très-belle ici, celle du prophète +le sera encore davantage.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy +sont membres de l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes +et Andréossi. Ils se réuniront demain dans la salle +de l'institut pour arrêter un règlement pour l'organisation de +l'institut du Caire et désigner les personnes qui doivent le +composer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve à Malte.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite +en mer, à ... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait +vous faire un reproche, ce serait de n'avoir pas mis a la voile +immédiatement après que <i>l'Orient</i> a sauté, puisque, depuis +trois heures, la position que l'amiral avait prise, avait été +forcée et entourée de tous côtés par l'ennemi.</p> + +<p>Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant +d'autres, un service essentiel à la république eu suivant une +partie de l'escadre.</p> + +<p>Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont à +Alexandrie, ainsi que tous les matelots, canonniers, soldats +de l'escadre, soit blessés, soit bien portans, tous les prisonniers +ayant été rendus.</p> + +<p>Les deux vaisseaux <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés, +ainsi que les frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Muiron</i>, <i>la +Carrère</i>, et les autres frégates vénitiennes.</p> + +<p>Vous trouverez à Malte deux vaisseaux et une frégate; +vous y attendrez l'arrivée de trois bâtimens de guerre vénitiens +et de deux frégates, qui doivent venir de Toulon avec +le convoi; vous ferez tous vos efforts et tout ce que vous +croyez nécessaire pour nous le faire passer.</p> + +<p>Mon projet est de réunir trois vaisseaux neufs que nous +avons à Ancône, celui que nous avons à Corfou, et les deux +que nous avons à Alexandrie dans le port, afin de pouvoir +contenir, à tout événement, l'escadre turque, de chercher ensuite +à les joindre avec les sept vaisseaux que vous vous trouverez +avoir alors sous vos ordres, et dont la principale destination +est dans ce moment de favoriser le passage des convois +qui nous arrivent de France.</p> + +<p>Je donne ordre au général Vaubois de vous fournir cent +Français par vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec +ce renfort mieux contenir votre équipage, que vous completterez +de tous les matelots maltais que vous trouverez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Il est indispensable, citoyen général, que vous fournissiez +à l'amiral Villeneuve tout ce qui lui sera nécessaire, soit en +approvisionnemens, soit en garnison, soit en matelots pour +pouvoir ravitailler sa division.</p> + +<p>Les communications sont extrêmement difficiles. Je n'ai +point reçu de lettres de vous et fort peu de France; mais je +compte assez sur votre zèle, pour ne pas douter que la place +de Malte se trouve dans le meilleur état, et que vous employez +tous vos moyens à captiver le peuple et à nous faire +passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de +France.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre pour le contre-amiral +Villeneuve, qui m'a écrit, à la hauteur du cap de Celidonia, +qu'il se rendait à Malte. Je vous prie de la lui faire +passer. Je vous prie de me faire connaître dans quel port <i>la +Marguerite</i> a eu ordre de relâcher, et si vous pensez qu'elle +soit arrivée.</p> + +<p>Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun état, de sorte que +j'ignore absolument le nombre des matelots qui se trouvent +dans le port d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais +ont rendu tous les prisonniers de guerre: dès-lors, il devrait +y avoir cinq ou six mille personnes de l'escadre à Alexandrie; +je vous prie de me rendre un compte très-détaillé de l'événement +qui a eu lieu, afin que je puisse en instruire le gouvernement. +De tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent, je n'ai +pas de quoi faire la moindre relation. Quelle était la force des +Anglais? avaient-ils des vaisseaux à trois ponts? combien de +quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? À l'heure qu'il +est, j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les +vaisseaux qui ont été emmenés ou brûlés? qui sont ceux de +nos principaux officiers qui se sont sauvés, qui sont tués ou +qui sont prisonniers? Pourquoi <i>le Franklin</i> s'est-il rendu +presque sans se battre?</p> + +<p><i>Le Généreux</i>, que le contre-amiral a emmené avec lui, +est-il un bon vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il +décidément entrer dans le port d'Alexandrie? L'amiral m'écrivait, +le 11, qu'il croyait qu'il pouvait y entrer.</p> + +<p>J'ai envoyé le citoyen Perrée à Rosette pour observer la +position des Anglais et me rendre compte de son côté de ce +qu'il verra.</p> + +<p>Lorsque les Anglais auront quitté ces parages, s'ils n'y +laissent pas une forte croisière, comme je pense qu'ils ne +pourront le faire, ayant besoin de leur monde pour emmener +tous nos vaisseaux, j'enverrai trois à quatre cents matelots à +Ancône pour augmenter l'équipage des trois vaisseaux vénitiens +qui s'y trouvent, et les conduire à Corfou et ensuite à +Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier intelligent, +et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il +devra suivre.</p> + +<p>Nous avons un vaisseau à Corfou, envoyez-y une trentaine +de matelots pour augmenter les équipages, et donnez-lui des +ordres pour, s'il y a possibilité, le faire réunir aux trois +autres et le faire venir ici.</p> + +<p>J'ai écrit au général Villeneuve de tâcher de réunir à Malte +les trois vaisseaux vénitiens et les deux frégates que nous +avons à Toulon, ce qui, joint aux deux vaisseaux, à la frégate +maltaise, et à ce qu'il a avec lui, fera cinq vaisseaux de +guerre et cinq frégates. Nos forces de la Méditerranée étant +dans ces deux masses, nous verrons, dans le courant de +l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur réunion +et pour seconder l'opération ultérieure de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Je suis extrêmement mécontent, citoyen ordonnateur, de +votre correspondance; deux ou trois lettres que je reçois de +vous ne m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'état approximatif +des blessés, des morts, ni celui des prisonniers +que nous ont rendus les Anglais; j'ignore absolument le +nombre d'hommes réfugiés de notre escadre qui se trouvent +dans ce moment à Alexandrie.</p> + +<p>J'ignore également ce qui a été fait pour l'armement des +deux bâtimens vénitiens, pour l'armement des deux frégates, +et dans quelle situation se trouve le convoi.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces états dans +le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez, citoyen général, expédié les +ordres pour Corfou, et que vous aurez pris les états de situation +du personnel et du matériel dans les ports d'Alexandrie, +vous vous rendrez au Caire: avant de partir, conférez +avec le citoyen Dumanoir.</p> + +<p>Vous aurez soin d'écrire par toutes les occasions en France, +et de rendre compte au directoire du combat naval qui a eu +lieu. Notre position au Caire est extrêmement satisfaisante +puisque nous avons perdu peu de monde, et que nos prisonniers +nous sont tous rendus. Cet échec, si considérable qu'il +soit, se réparera. Croyez à l'estime et à l'amitié que j'ai pour +vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Vous ferez partir, citoyen, aussitôt que cela sera possible., +d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du <i>Cerf</i>, du +<i>Pluvier</i>, pour remonter le Nil à Rosette, et se rendre au +Caire; vous y ferez embarquer deux cents matelots de surplus, +pour pouvoir armer quelques bricks qui se trouvent ici.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Ni moi ni l'état-major, nous ne recevons aucun compte de +vous; vous ne dites rien de ce qui se passe à Aboukir et à +Rosette: cela en mérite pourtant bien la peine; et je ne suis +instruis que par les oui-dire.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'état-major un état +de situation des corps qui composent la garnison, les hôpitaux; +de m'instruire des mouvemens que feraient l'escadre à +Aboukir ou les bâtimens anglais au Bogaz. Je n'ai aucun détail +sur la communication de Rosette à Aboukir, quoique je +sache d'un autre côté qu'elle est ouverte.</p> + +<p>Je vous prie également de me faire connaître ce que sont +devenues les lettres à l'amiral Brueys, que vous avez dû +avoir dans les mains, et qui ne sont arrivées à Rosette que +lorsque l'amiral n'y était plus.</p> + +<p>Le citoyen Croizier a porté des lettres pour le général Kléber: +ont-elles été remises au courrier? ce courrier avait aussi +des lettres à l'amiral Brueys, les a-t-il emportées avec lui?</p> + +<p>J'aurais dû être instruit dans le plus grand détail de tout +ce qui se disait et se faisait d'essentiel. Dès l'instant que les Anglais +seront partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela +n'est pas déjà fait, favorisez autant qu'il vous sera possible +l'arrivée de quelques pièces de 24 pour les mettre au Bogaz. +Rosette est le seul point de l'armée sur lequel je n'aie aucune +espèce de détails.</p> + +<p>Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de +la commission des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour +quitter Rosette, que lorsque la province sera organisée et que +l'embouchure du Nil pourra ne pas craindre d'insulte de +quelque corsaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p> + +<p>Je crois nécessaire, citoyen général, que votre partiez ce +soir pour vous rendre à Rosette et de là à Alexandrie. Vous +profiterez du moment où les Anglais laisseront libre la communication +de Rosette à Alexandrie, pour faire passer une +pièce de gros calibre et quatre mortiers à établir à l'embouchure +de cette rivière, et enfin faire passer, indépendamment +de ce que vous avez, du Caire à Damiette, huit autres pièces +de gros calibre et quatre mortiers; pour faire également armer +le fort d'Aboukir avec une très-bonne batterie de côte, et +enfin augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, +en ayant soin qu'on occupe le poste de l'île du +Marabou. Votre présence sera d'ailleurs utile pour détruire +beaucoup de faux bruits que l'on fait courir sur l'armée et sa +position, et pour ranimer autant qu'il vous sera possible, les +espérances et le courage de ceux qui en auront besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p> + +<p>L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen +ordonnateur, de l'événement arrivé à l'escadre. Le général +Villeneuve est allé, avec tout ce qu'il a sauvé, à Malte. L'ordonnateur +Leroy vous rendra sans doute un compte détaillé +du nombre des blessés et morts, et vous enverra l'état des +marins qui sont à Alexandrie.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous +prie de la lui remettre avec tous les ménagemens possibles. +L'armée de terre est dans la plus brillante position, nous +sommes maîtres de toute l'Égypte, et dès l'instant que nous +aurons reçu le convoi que vous devez nous envoyer, il ne +nous restera plus rien à désirer. J'ordonne au général Villeneuve +de réunir dans le port de Malte et sous son commandement +les deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vénitiens +et les frégates que nous avons à Toulon.</p> + +<p>Je réunirai les vaisseaux vénitiens que nous avons à Ancône +et celui que nous avons à Corfou, ainsi que les deux +vaisseaux et les six frégates qui sont dans le port d'Alexandrie. +Il n'y a eu que fort peu de blessés: ceux-ci ne montent +qu'à huit cents. Tous les équipages qui ont été pris par les +Anglais, sont presque tous rendus et existans à Alexandrie. +Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyés sont +arrivés également.</p> + +<p>Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaître à +ma femme, dans quelque lieu qu'elle se trouve, et à ma mère +en Corse, que je me porte fort bien. J'imagine bien que l'on +m'aura dit, en Europe, tué une douzaine de fois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Menars, commissaire de la marine à Malte.</i></p> + +<p>Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre +du 5 thermidor, que <i>le Dego</i> et <i>la Carthaginoise</i> sont prêts +à partir. À l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura +mouillé dans le port de Malte avec son escadre. J'espère +aussi que vous travaillerez avec la plus grande activité à l'armement +du troisième vaisseau, et qu'avant un mois il pourra +augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie de +mettre dans cette circonstance plus de zèle et d'activité que +dans toutes les autres. J'ai écrit en France pour qu'on vous +fît passer 600,000 fr. et j'écris au général Vaubois pour qu'il +vous aide de tous ses moyens. J'espère que vous serez bientôt +joint par le reste de nos vaisseaux qui sont à Toulon.</p> + +<p>Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles +de France; les petits bateaux qui côtoient la côte d'Afrique +doivent pouvoir arriver sans difficultés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous remercie, citoyen général, de votre sollicitude +sur ma santé: elle n'a jamais, je vous assure, été meilleure. +Les affaires ici vont parfaitement bien, et le pays commence +à se soumettre.</p> + +<p>J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours après l'événement, +et dès-lors ma présence n'y pouvait plus rien. Quant +à Alexandrie, je n'ai jamais eu la moindre inquiétude; il n'y +aurait personne que les Anglais n'y entreraient pas. Ils ont +bien assez à faire de garder leurs vaisseaux, et sont trop empressés +à profiter de la bonne saison pour regagner Gibraltar.</p> + +<p>J'ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à six +lieues du cap de Celidonia: il va à Malte. J'ai reçu des lettres +de cette île. Les deux bâtimens et la frégate sont prêts; les +trois bâtimens sont aussi prêts à Toulon: ainsi j'espère que, +dans le courant de septembre, nous aurons sept bâtimens de +guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme nous +aurons six, sept à huit frégates à Alexandrie. J'espère que les +quatre d'Ancône nous y joindront.</p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu la revue, au moins approximative, +des matelots qui se trouvent à Alexandrie. Je voudrais qu'au +lieu de trois, vous y gardassiez pour six mois de riz. Ne vous +sachant pas si bien pourvu, j'avais ordonné que l'on en achetât +cinq mille quintaux à Damiette et cinq mille à Rosette, +pour faire passer à Alexandrie.</p> + +<p>J'ai envoyé le général Marmont avec la quatrième demi-brigade +d'infanterie légère et deux pièces de canon pour +soumettre la province de Bahiré, maintenir libre la communication +de Rosette à Alexandrie, et rester sur la côte pour empêcher +la communication de l'escadre avec la terre.</p> + +<p>Je ferai partir cette nuit le général Dommartin pour profiter +du moment favorable et accélérer le départ de l'artillerie +de campagne pour l'armée: avec six pièces de 24 à boulets +rouges et deux mortiers, toutes les escadres de la terre n'approcheraient +pas. Il faut, dans ce cas, recommander qu'on +tire lentement et très-peu; il faut avoir quelques gargousses +de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement possible +mettre en état le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou, +où nous avons descendu: occupez-la avec un poste et +quelques pièces de canon.</p> + +<p>Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs +y penseront à deux fois avant de faire un mouvement contre +nous: au reste ils trouveront à s'en repentir. Tous les mois, +tous les jours, notre position s'améliore par les établissemens +propres à nourrir l'armée, par les fortifications que nous établissons +sur différens points; et dès l'instant que nos approvisionnemens +de campagne qui sont à Alexandrie, seront en +état d'être transportés au Caire, je vous assure que je ne +crains pas cent mille Turcs.</p> + +<p>Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et +continuent à inonder la Méditerranée, ils nous obligeront +peut-être à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions +faire. Au milieu de ce tracas, je vois avec plaisir que +votre santé se rétablit, que votre blessure est guérie. Vous +sentez que votre présence est encore nécessaire dans le poste +où vous êtes; vous voyez que la blessure que vous avez reçue +a tourné à bien pour l'armée. Faites-moi passer de suite tous +les hommes qui viendraient de Malte ou de France, quand +même ils n'auraient pas de dépêches. Vous me ferez connaître +quels sont les bâtimens que vous m'envoyez. Je vous +fais passer l'ordre pour le commerce; il faut rependant prendre +garde qu'aucun négociant d'Alexandrie ne profite de +cette liberté de commerce pour faire transporter ses richesses, +et de ne le mettre à exécution que lorsque la plus grande +partie de l'escadre anglaise sera partie.</p> + +<p>Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques +de Tripoli qui transportent des moutons à Alexandrie. J'ai +écrit à ce bey et au consul français, par le désert; écrivez lui +de votre côté par mer, et surtout au bey de Bengazé. +Quant aux bâtimens de guerre turcs, il faut nous tenir dans +la position où nous sommes jusqu'aux nouvelles de Constantinople, +afin qu'aux premières hostilités du capitan pacha, +nous puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours +dans nos mains à une de leurs caravelles.</p> + +<p>J'imagine qu'à l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise +sera partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi +souvent et faites-moi envoyer exactement les états de +situation. J'espère que l'arrêté du conseil pour couler les +soixante bâtimens de transport n'aura pas eu lieu. Avec six +pièces de 24, deux grils à boulets rouges et quarante canonniers, +j'ai lutté pendant quatre jours contre l'escadre anglaise +et espagnole au siège de Toulon, et après lui avoir +brûlé une frégate et plusieurs bombardes, je l'ai forcée à prendre +le large. Si le génie de l'armée voulait qu'ils tentassent de +se frotter contre notre port, ils pourraient, par ce qui leur +arriverait, nous consoler un peu de l'événement arrivé à notre +flotte. Le parti que vous avez pris de renforcer la batterie des +Figuiers et du fort triangulaire est extrêmement sage.</p> + +<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, une assez forte +somme à l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaître ce que +l'opinion dit sur la conduite <i>du Francklin</i>: il paraît qu'il ne +s'est pas battu.</p> + +<p>Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous +avez reçues de moi, afin que je vous envoie copie de toutes +celles qui ne vous seraient point parvenues.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon +d'état-major, commissaire près le divan du Caire.</i></p> + +<p>Le citoyen Beauvoisin se rendra à Damiette; de là il s'embarquera +sur un vaisseau turc ou grec; il se rendra à Jaffa; +il portera la lettre que je vous envoie à Achmet-Pacha; il +demandera à se présenter devant lui, et il réitérera de vive +voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis en Europe +que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait +en Syrie que j'avais dessein de prendre Jérusalem et de détruire +la religion mahométane; que ce projet est aussi loin +de notre coeur que de notre esprit; qu'il peut vivre en toute +sûreté, que je le connais de réputation comme un homme de +mérite; qu'il peut être assuré que, s'il veut se comporter +comme il le doit envers les hommes qui ne lui font rien, je +serai son ami, et bien loin que notre arrivée en Égypte soit +contraire à sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je +sais que les mameloucks que j'ai détruits étaient ses ennemis, +et qu'il ne doit pas nous confondre avec le reste des Européens, +puisque, au lieu de rendre les musulmans esclaves, +nous les délivrons; et enfin il lui racontera ce qui s'est passé +en Égypte et ce qui peut être propre à lui ôter l'envie d'armer +et de se mêler de cette querelle. Si Achmet-Pacha n'est +pas à Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra à Saint-Jean-d'Acre; +mais il aura soin auparavant de voir les familles européennes, +et principalement le vice-consul français, pour +se procurer des renseignemens sur ce qui se passe à Constantinople +et sur ce qui se fait en Syrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Achmet-Pacha<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, gouverneur de Séid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)</i></p> + +<p>En venant en Égypte faire la guerre aux beys, j'ai fait +une chose juste et conforme à tes intérêts, puisqu'ils étaient +tes ennemis; je ne suis point venu faire la guerre aux musulmans. +Tu dois savoir que mon premier soin, en entrant à +Malte, a été de faire mettre en liberté deux mille Turcs, qui, +depuis plusieurs années, gémissaient dans l'esclavage. En arrivant +en Égypte, j'ai rassuré le peuple, protégé les muphtis, +les imans et les mosquées; les pèlerins de la Mecque n'ont +jamais été accueillis avec plus de soin et d'amitié que je ne +l'ai fait, et la fête du prophète vient d'être célébrée avec +plus de splendeur que jamais.</p> + +<p>Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaître +de vive voix mon intention de vivre en bonne intelligence +avec toi, en nous rendant réciproquement tous les services +que peuvent exiger le commerce et le bien des états: car les +musulmans n'ont pas de plus grands amis que les Français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14:</b><a href="#footnotetag14"> (return) </a> Le même que le célèbre Djessar pacha.</blockquote> +<br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p> + +<p>L'armée française que j'ai l'honneur de commander est +entrée en Égypte pour punir les beys mameloucks des insultes +qu'ils n'ont cessé de faire au commerce français.</p> + +<p>Le citoyen Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures +à Paris, a été nommé, de la part de la France, ambassadeur +à Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, +et il est muni des pouvoirs et instructions nécessaires +de la part du directoire exécutif pour négocier, +conclure et signer tout ce qui est nécessaire pour lever les +difficultés provenant de l'occupation de l'Égypte par l'armée +française, et consolider l'ancienne et nécessaire amitié qui +doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il +pourrait se faire qu'il ne fût pas encore arrivé à Constantinople, +je m'empresse de faire connaître à votre excellence +l'intention où est la république française, non-seulement de +continuer l'ancienne bonne intelligence, mais encore de procurer +à la Porte l'appui dont elle pourrait avoir besoins contre +ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se +liguer contre elle.</p> + +<p>L'ambassadeur Talleyrand-Périgord doit être arrivé. Si, +par quelque accident, il ne l'était pas, je prie votre excellence +d'envoyer ici (au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance +et qui soit muni de vos instructions et pleins-pouvoirs, ou +de m'envoyer un firman, afin que je puisse envoyer moi-même +un agent, pour fixer invariablement le sort de ce pays, +et arranger le tout à la plus grande gloire du sultan et de la +république française, son alliée la plus fidèle, et à l'éternelle +confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitié +et de haute considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au schérif de la Mecque.</i></p> + +<p>En vous faisant connaître l'entrée de l'armée française en +Égypte, je crois devoir vous assurer de la ferme intention +où je suis de protéger de tous mes moyens le voyage de pélerins +de la Mecque: les mosquées et toutes les fondations +que la Mecque et Médine possèdent en Égypte, continueront +à leur appartenir comme par le passé. Nous sommes amis des +musulmans et de la religion du prophète; nous désirons faire +tout ce qui pourra vous plaire et être favorable à la religion.</p> + +<p>Je désire que vous fassiez connaître partout que la caravane +des pèlerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle +n'aura rien à craindre des Arabes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je m'empresse de vous faire connaître mon arrivée, à la +tête de l'armée française, au Caire, ainsi que les mesures +que j'ai prises pour conserver aux saintes mosquées de la +Mecque et de Médine les revenus qui leur étaient affectés. +Par les lettres que vous écriront le divan et les différens négocians +de ce pays, vous verrez avec quel soin je protège les +imans, les schérifs et tous les hommes de loi; vous y verrez +également que j'ai nommé pour emir-adji Mustapha-Bey, +kiaya de Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il +escortera la caravane avec des forces qui la mettront à l'abri +des incursions des Arabes.</p> + +<p>Je désire beaucoup que, par votre réponse, vous me fassiez +connaître si vous souhaitez que je fasse escorter la caravane +par mes troupes, ou seulement par un corps de cavalerie de +gens du pays; mais, dans tous les cas, faites connaître à +tous les négocians et fidèles que les musulmans n'ont pas de +meilleurs amis que nous, de même que les schérifs et tous +les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens à instruire +les peuples n'ont pas de plus zélés protecteurs, et que +le commerce non-seulement n'a rien à craindre, mais sera +spécialement protégé.</p> + +<p>J'attends votre réponse par le retour de ce courrier.</p> + +<p>Vous me ferez connaître également les besoins que vous +pourriez avoir, soit en blé, soit en riz, et je veillerai à ce que +tout vous soit envoyé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux négocians français à Jaffa.</i></p> + +<p>Je n'ai reçu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du +7 thermidor. Je vois avec peine la position dans laquelle +vous vous trouvez; mais les nouvelles ultérieures que l'on +aura eues de nos principes, auront, j'en suis persuadé, dissipé +toutes les alarmes qui vous entouraient.</p> + +<p>Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur +de la ville: les bonnes actions trouvent leur récompense, +et celle-là aura la sienne.</p> + +<p>Malheur, au reste, à qui se conduira mal envers vous! +Conformément à vos désirs, le divan, composé des principaux +schérifs du Caire, le kiaya du pacha, le mollah d'Égypte, +et celui de Damas, qui se trouvent ici, écrivent en +Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 6 fructidor. Il +sera fait incessamment un règlement général pour le traitement +à accorder au divan et à la compagnie des janissaires, +ainsi qu'à l'aga dans chaque province.</p> + +<p>Faites arrêter tous les Français arrivant du Caire, qui +n'auraient pas de passeports de l'état-major.</p> + +<p>Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous +ayez trois cents hommes de garde à Rosette, lorsque nous +n'en avons que quatre-vingts, au Caire?</p> + +<p>Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires +aux principaux magasins, et tout le reste en réserve, +cela ne fait que vingt-cinq ou trente hommes de service.</p> + +<p>L'officier du génie et l'ingénieur des ponts et chaussées +doivent travailler sans instrumens: on ne demande que des +croquis. Si vous pouviez nous envoyer un croquis de votre +province, fait à la main, avec tous les noms des villages, +cela nous serait fort utile.</p> + +<p>Je ne puis trop vous louer d'avoir donné à dîner aux scheiks +du pays. Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une +pompe et une ferveur qui m'ont presque mérité le titre de +saint. Je n'approuve pas la mesure de donner du blé aux +pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et il faut +nous garder de les gâter.</p> + +<p>J'imagine que vous avez opéré le désarmement de la ville, +et que vous avez profité des sabres pour armer votre cavalerie. +Vous aurez vu, dans l'ordre du jour, que vous devez +lever dans votre province trois cents chevaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de faire arrêter +le négociant Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves +qu'il était avec les mameloucks. En général, confisquez les +propriétés et les biens de tous ceux qui se trouvent avec eux. +Je vous envoie un ordre pour un autre habitant d'Alexandrie, +qui est un des <i>factotum</i> de Mourad-Bey, et qui, dans ce moment-ci, +est avec lui.</p> + +<p>J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient +pris les Anglais, ont écrites à El-Messiri. C'est une plate bêtise; +cependant j'aurais assez aimé que vous eussiez fait couper +le cou au reis de la djerme.</p> + +<p>Il va incessamment y avoir un règlement à l'ordre pour la +solde du divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; +employez surtout cette compagnie à protéger l'arrivage des +eaux. Ménagez bien vos armes, nous en avons grand besoin; +nous devons peu compter sur le second convoi: vous savez +combien nos troupes en dépendent.</p> + +<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. à l'ordonnateur +Leroy; j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne +sommes pas ici, comme vous pourriez vous l'imaginer, +au milieu des trésors, et, jusqu'à la perception, nous éprouverons +toujours une certaine pénurie.</p> + +<p>Les ressources que vous trouverez chez les différentes personnes +arrêtées; la contribution que vous devez percevoir, +à titre de prêt, sur les négocians; les fonds que les généraux +d'artillerie et du génie envoient pour leurs services, ceux que +j'envoie pour la marine, vous mettront, j'espère, à même +d'aller, et vous éviteront le grand inconvénient de vendre du riz, +que nous aurions tant de peine à transporter à Alexandrie, +et où la prudence veut que nous en ayons pour toute +l'armée pendant un an ou deux. Le général du génie a envoyé +de l'argent à Rahmanieh, pour les travaux du canal.</p> + +<p>Vous devez déclarer positivement au commandant de la +caravelle, qu'il ait à vous remettre tout l'argent, tous les +effets qui n'appartiennent ni à lui, ni à son équipage, sous +peine d'être puni exemplairement.</p> + +<p>J'espère que si le citoyen Delisle est à Alexandrie, vous +aurez fait mettre la main dessus, et surtout que vous aurez +fait prendre sa vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver +de l'argent, et dans un bois de fripons.</p> + +<p>Quant à l'administration de la justice, c'est une affaire +très-embrouillée chez les musulmans; il faut encore attendre +que nous soyons un peu plus mêlés avec eux. Laissez faire +le divan à peu près ce qu'il veut.</p> + +<p>J'espère que vous aurez fait célébrer la fête du Prophète +avec le même éclat que nous l'avons fait au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.</i></p> + +<p>Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et +j'en suis satisfait.</p> + +<p>Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous +an premier moment que je vous ai connu, j'espère que le +moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes +sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, +fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les seuls vrais, +et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.</p> + +<p>Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15:</b><a href="#footnotetag15"> (return) </a> Un des notables de la ville d'Alexandrie.</blockquote> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>Le général en chef ordonne que le 1er. vendémiaire, +époque de la fondation de la république, sera célébré dans +tous les différens points où se trouve l'armée, par une fête +civique.</p> + +<p>La garnison d'Alexandrie célébrera sa fête autour de la +colonne de Pompée.</p> + +<p>Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont +été tués à la prise d'Alexandrie, seront en conséquence gravés +sur cette même colonne.</p> + +<p>L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne.</p> + +<p>L'aiguille de Cléopâtre sera illuminée.</p> + +<p>L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, +une pyramide de sept faces dont chacune sera destinée à +contenir les noms des hommes des cinq divisions qui sont +morts à la conquête de l'Égypte;</p> + +<p>La sixième sera pour la marine;</p> + +<p>La septième pour l'état-major, la cavalerie, l'artillerie et +le génie.</p> + +<p>La partie de l'armée qui se trouvera au Caire s'y réunira +à sept heures du matin, et après différentes manoeuvres et +avoir chanté des couplets patriotiques, une députation de +chaque bataillon partira pour aller planter au haut de la plus +grande pyramide le drapeau tricolore.</p> + +<p>La pince d'Esbeckieh sera disposée de manière à ce que le +soir, à quatre heures, il puisse y avoir course de chevaux +autour de la place, et course à pied.</p> + +<p>À ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui +voudront s'y présenter; il y aura des prix assignés pour le +vainqueur.</p> + +<p>Le soir, la pyramide sera toute illuminée; il y aura un feu +d'artifice.</p> + +<p>Les troupes qui sont dans la Haute-Égypte célébreront +leur fête sur les ruines de Thèbes.</p> + +<p>Le général du génie, le général d'artillerie et le commandant +de la place du Caire se réuniront chez le général en chef +de l'état-major général pour se concerter et faire un programme +plus détaillé de la fête, chacun en ce qui concerne +son arme.</p> + +<p>Le général en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armée +qu'un seul pain; toutes les rations, soit à l'état-major, soit +aux administrations, seront de pain de munition.</p> + +<p>Il sera fait un pain plus soigné pour les hôpitaux; mais il +est défendu, sous quelque prétexte que ce soit, aux administrateurs +et aux garde-magasins, de donner de ce pain au général +en chef, ni à aucun général, ni au munitionnaire général; +à la visite que l'officier de service fait tous les jours des +hôpitaux, le directeur fera connaître la quantité de pain +d'hôpitaux qu'il aura reçue. Il lui est défendu, sous les +peines les plus sévères, de donner de ce pain à tout autre.</p> + +<p>Le général en chef est instruit que des employés et administrateurs +s'embarquent sur les diligences du Caire à Rosette +et Damiette, sans être munis d'ordres, ainsi qu'il a été +ordonné. Le général en chef défend expressément de laisser +embarquer aucun Français, soit à Boulac, soit au Vieux-Caire, +ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un passeport, +soit du général chef de l'état-major général, soit de +l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placés de manière +à s'assurer, soit au départ, soit à l'arrivée des bateaux, +de l'exécution du présent ordre. Tous les Français trouvés +sur des barques sans être munis de passeports ou d'ordres, +seront arrêtés.</p> + +<p>Le conseil militaire de la division du général Bon a condamné +à cinq années de fers le citoyen Vaultre, domestique +du citoyen Thieriot, adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxième +de chasseurs à cheval, convaincu de vol.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dénonciation +que l'on m'avait faite sur la contribution que vous +aviez imposée, est fausse. Vous devez m'envoyer les noms des +villages qui ont tiré sur nos troupes lors de notre marche au +Caire; vous ne devez leur accorder le pardon qu'à condition:</p> + +<p>1°. De vous rendre les armes;</p> + +<p>2° De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils +peuvent fournir;</p> + +<p>3°. De vous remettre chacun deux ôtages pour garantir leur +conduite à l'avenir. Vous m'enverrez un ôtage au Caire. Conformément +à la demande que vous avez faite de revenir au +Caire, j'ai nommé le général Lanusse pour vous remplacer; +vous mènerez avec vous la plus grande partie de vos troupes, +conformément à l'ordre que vous aura donné l'état-major.</p> + +<p>Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de +tous les villages qui composent la province de Menoufié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je n'approuve pas, citoyen général, la mesure que vous +avez prise de retenir les 15,000 fr. que j'avais destinés au +contre-amiral Ganteaume. Je vous prie, s'il est à Alexandrie, +de les lui remettre: beaucoup d'officiers de marine sont +dangereusement blessés, et doivent nécessairement avoir +des besoins. Les officiers qui faisaient partie des garnisons, +qui doivent être peu nombreux, se trouvent naturellement +compris dans cette répartition. Vous devez avoir reçu l'ordre +de faire partir tous les détachemens qui faisaient partie des +garnisons des vaisseaux, et j'aurai soin, à leur arrivée au +Caire, de les indemniser autant qu'il me sera possible.</p> + +<p>Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, +les 185,000 fr., pour compléter la contribution +de 300,000 fr. Il n'y a pas d'autre moyen de subvenir à +nos besoins. Le général Menou, qui croyait trouver de +grands obstacles à lever sa contribution de 100,000 fr., me +mande, par le dernier courrier, qu'elle est déjà levée.</p> + +<p>Il faut construire une batterie à Aboukir; il faudrait également +défendre par deux redoutes et quelques pièces d'artillerie, +l'entrée du lac, afin que les chaloupes anglaises ne +viennent pas vous y inquiéter. Je crois très-nécessaire d'y travailler, +ainsi que de compléter la batterie d'Aboukir, et la +mettre dans une situation respectable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par toutes les diligences, toutes +vos lettres, que je lis avec d'autant plus d'intérêt, que j'approuve +davantage vos vues et vos manières de voir. Je vous +remercie des honneurs que vous avez rendus à notre prophète.</p> + +<p>Vous devez, à l'heure qu'il est, avoir reçu l'ordre pour +les limites de la province de Rosette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine.</i></p> + +<p>Il y a à Damiette, citoyen, une corvette portant vingt +pièces de canon, laquelle n'est pas encore achevée. Il est indispensable +que vous y envoyiez un ingénieur constructeur +pour la faire terminer. Cela est extrêmement essentiel. Envoyez +également reconnaître les ressources que pourra vous +fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup de +fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>J'ai déjà répondu, citoyen général, à toutes les questions +contenues dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me +résumer, je réponds ici à vos sept questions.</p> + +<p>1°. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les bâtimens +neutres, et les laisser sortir malgré la présence de l'ennemi, +pourvu qu'ils ne portent aucuns vivres, et spécialement +du riz.</p> + +<p>2°. Même réponse pour les bâtimens de commerce turcs.</p> + +<p>3°. Cela ne s'étend pas jusqu'à la caravelle et aux bâtimens +de guerre turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, +et attendre, pour prendre une décision, que nous ayons des +renseignemens ultérieurs.</p> + +<p>4°. Les bâtimens auxquels on a fait des réquisitions, si les +denrées qu'ils avaient appartenaient à des particuliers, doivent +être soldés. Envoyez-moi l'état de tous ces bâtimens, +ainsi que la valeur de leurs chargemens. Que les patrons +fassent une assemblée, et qu'ils envoient ici des fondés de +procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la valeur +de leurs marchandises. Ceux qui, après cette opération faite, +voudraient s'en aller, en seront les maîtres. Vous leur ferez +connaître qu'à leur retour, cette commission aura obtenu de +moi cette demande; et qu'ils seront soldés. Voue les engagerez +à nous apporter du bois et du vin.</p> + +<p>5°. Les bâtimens neutres attachés à notre convoi ne pourront +pas sortir jusqu'à nouvel ordre: j'attends un état sur +leur nombre et sur ce qui leur est dû, pour prendre un parti +à leur égard.</p> + +<p>6°. Les esclaves mameloucks seront regardés comme marchandise +ordinaire; vous exigerez seulement qu'ils évacuent +Alexandrie, et se rendent au Caire. Cependant il faut, avant, +vérifier si les beys ne les avaient pas déjà payés. L'artillerie +fera des reçus des armes, estimera leur valeur, et les marchands +viendront au Caire, où je les ferai solder. Si les +armes sont ordinaires, elles resteront à la disposition de l'artillerie; +si ce sont des armes qui passent le prix des armes +ordinaires, l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en +disposera pas jusqu'à nouvel ordre.</p> + +<p>7°. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront +partir, dès l'instant qu'ils ont juré de ne pas servir de +cette guerre; vous excepterez du nombre quatre ou cinq, +qui, par leur activité, pourraient nous être utiles sur le Nil.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Dubois<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par +le même courrier, le général Kléber m'apprend qu'il n'a plus +besoin de pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je +vous prie de partir le plus tôt possible pour vous y rendre: +l'air du Nil vous sera favorable. Les circonstances, d'ailleurs, +ne rendent pas le passage assez sûr pour que j'expose un +homme aussi utile. Vous serez content de voir de près cette +grande ville du Caire; vous trouverez à l'Institut un logement +passable, et une société d'amis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Footnote 16:</b><a href="#footnotetag16"> (return) </a> C'est le célèbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les +plus habiles de l'Europe.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Footnote 17:</b><a href="#footnotetag17"> (return) </a> La santé du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en Égypte.</blockquote> + +<br><br> + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre, citoyen général, du 11 fructidor. Je +savais bien que ce n'était pas à Mehal-el-Kebir que l'on s'était +battu; mais l'on m'avait supposé que c'était le chef-lieu +de tous les rassemblemens. Je désire que vous y envoyiez un +bataillon, afin d'assister le général Fugières dans ses opérations, +et spécialement dans le désarmement.</p> + +<p>Il serait extrêmement dangereux de lever des contributions +par village: cela serait capable dans ce moment-ci de décider +les paysans à abandonner la culture; j'ai cependant ordonné +la levée de quelques contributions sur quelques villages; je +les ai mises à la disposition de l'ordonnateur eu chef. Je vous +envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous recevrez incessamment +les instructions pour les contributions à lever +dans votre province, L'intendant cophte a dû recevoir des +ordres de son intendant général pour la manière dont elles +doivent être soldées. D'ici à quelque temps, il ne sera pas +possible au général Dommartin de vous procurer l'artillerie +qu'il vous avait promise; l'événement arrivé à la flotte a apporté +dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens; +faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera +possible.</p> + +<p>Je ne pense pas que le général Cafarelli puisse vous envoyer +un autre officier du génie: il y en a beaucoup de malades.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint l'ordre au général Vial de mettre +trente djermes à votre disposition. Il est indispensable que +vous soyez toujours en mesure pour que, vingt-quatre heures +après la réception d'un ordre, vous puissiez vous porter où le +besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci, je sens que cela ne +peut s'exécuter qu'avec des bateaux. J'approuve que vous +accordiez à la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes +les mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur +faire reprendre le commerce. Je désire que vous écriviez aux +trois ou quatre villages qui se sont le plus mal comportés dans +l'affaire de Mansoura, pour qu'ils reviennent à l'obéissance. +Dans ce cas, vous ferez sentir aux députés les dangers qu'ils +courent, et, s'ils ne veulent pas voir brûler leurs villages, +qu'ils doivent faire arrêter les plus coupables et vous les livrer.</p> + +<p>Il faut absolument que vous profitiez du moment où les circonstances +me permettent de laisser votre division à Mansoura, +pour soumettre définitivement tous les villages de votre +province, prendre des otages des sept ou huit qui se sont +mal comportés, et livrer aux flammes celui de tous qui s'est +le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une maison, +Sans cet exemple, dès l'instant que votre division aurait +quitté Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez +facilement de petits bateaux pour vous transporter au +village que vous voudrez brûler; enfin faites l'impossible +pour cela.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha de Damas.</i></p> + +<p>Je vous ai déjà écrit plusieurs lettres pour vous faire connaître +que nous n'étions pas ennemis des musulmans, et que +la seule raison qui nous avait conduits en Égypte, était pour +y punir les beys et venger les outrages qu'ils avaient faits au +commerce français. Je désire donc que vous restiez persuadé +du désir où je suis de vivre en bonne intelligence avec vous, +et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha du Grand-Seigneur en Égypte.</i></p> + +<p>Lorsque les troupes françaises obligèrent Ibrahim à évacuer +la province de Scharkieh, je lui écrivis que je vous acceptais +pour médiateur, et qu'il vous envoyât vers moi. Je +vous réitère aujourd'hui le désir que j'aurais que vous revinssiez +au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne doutez pas +de la considération que l'on aura pour vous, et du plaisir que j'aurai +à faire votre connaissance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions +que j'avais faites pour la marine sont annulées, par le parti +que vous avez pris d'affecter à d'autres services les 100,000 +liv. que je lui avais envoyées. Vous voudrez bien, après la +réception du présent ordre, remettre les 100,000 liv. à la +marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et +qui tiennent à des rapports que vous ne devez pas connaître, +n'étant pas au centre.</p> + +<p>L'administration d'Alexandrie a coûté le double que le +reste de l'armée. Les hôpitaux, quoique vous n'ayez que +trois mille malades, coûtent, et ont coûté beaucoup plus que +tous les hôpitaux de l'armée.</p> + +<p>Je ne crois pas, dans les différens ordres que je vous ai +donnés, vous avoir laissé maître de lever ou non la contribution +à titre d'emprunt, sur les négocians d'Alexandrie: +ainsi, si vous en avez suspendu l'exécution, je vous prie de +vouloir bien prendre les mesures, sur-le-champ, pour la +faire rentrer, quels que soient les inconvéniens qui doivent +en résulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre +manière d'exister.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Votre état-major doit correspondre avec le chef de l'état-major +de l'armée. Il n'est pas d'usage que je reçoive des +lettres des adjudans-généraux, à moins que ce ne soit pour +des réclamations qui leur soient particulières. Votre commissaire, +et surtout votre agent des subsistances, sont extrêmement +coupables. Les biscuits ont resté cinq ou six jours embarqués, +et ils avaient bien le temps de les vérifier. Il faut +avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations +qu'il ne leur en revient.</p> + +<p><i>La Cisalpine</i> part ce soir avec le troisième bataillon de la +vingt-unième, quarante mille rations de biscuit, deux pièces +de canon et cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirgé. +On m'assure qu'il y a à Abugirgé un canal qui conduit +à Benhecé, et j'espère que vous trouverez moyen de vous +porter directement à cette position et d'atteindre Mourad-Bey. +C'est le projet qui me paraît le plus simple: s'il n'était +pas exécutable, je désire que vous remontiez jusqu'à Melaoni, +pour descendre par le canal de Joseph.</p> + +<p>Vous savez qu'en général je n'aime pas les attaques combinées; +arrivez devant Mourad-Bey par où vous pourrez et +avec toutes les forces: là, sur le champ de bataille, vous ferez +vos dispositions pour lui causer le plus de mal possible.</p> + +<p>Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'état-major, que +je vous autorise à traiter avec les anciens beys.</p> + +<p>Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'à ce que je +sache définitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne +peux pas y envoyer de grandes forces, et pour y envoyer +cinq ou six cents hommes, il faut que je connaisse les opérations +ultérieures de Mourad-Bey.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p>Le général en chef Bonaparte ordonne:</p> + +<p>ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la +journée du 20, vingt mille talaris, à compte de sa contribution.</p> + +<p>2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldés, +elle paiera un vingtième par jour en sus, jusqu'à ce +que les vingt mille talaris soient entièrement versés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Thévenard.</i></p> + +<p>Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de +quart: je remplis, citoyen général, un triste devoir en vous +l'annonçant; mais il est mort sans souffrir et avec honneur. +C'est la seule consolation qui puisse adoucir la douleur d'un +père. Nous sommes tous dévoués à la mort: quelques jours +de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays? compensent-ils +la douleur de se voir sur un lit environné de l'égoïsme +d'une nouvelle génération? valent-ils les dégoûts, les +souffrances d'une longue maladie? Heureux ceux qui meurent +sur le champ de bataille! ils vivent éternellement dans +le souvenir de la postérité. Ils n'ont jamais inspiré la compassion +ni la pitié que nous inspire la vieillesse caduque, +ou l'homme tourmenté par des maladies aiguës. Vous avez +blanchi, citoyen général, dans la carrière des armes; vous +regretterez un fils digne de vous et de la patrie: en accordant +avec nous quelques larmes à sa mémoire, vous direz que +sa mort glorieuse est digue d'envie.</p> + +<p>Croyez à la part que je prends à votre douleur, et ne doutez +pas de l'estime que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>À l'heure qu'il est, vous devez avoir reçu les cartouches: +ainsi j'espère que vous aurez mis à la raison les maudits +Arabes des villages de Soubat. Faites un exemple terrible, +brûlez ce village et ne permettez plus aux Arabes de venir +l'habiter, qu'ils n'aient livré dix otages des principaux, que +vous m'enverrez pour les tenir à la citadelle du Caire.</p> + +<p>Faites reconnaître par vos officiers de génie, d'artillerie et +de l'état-major, tous vos différens canaux, et surtout faites-moi +connaître quelle route vous devriez prendre si vous étiez +forcé de marcher sur Salahieh.</p> + +<p>J'ai donné les ordres pour que tous les individus de votre +division qui sont au Caire, rejoignissent.</p> + +<p>Vous devez avoir des officiers de santé, qui étaient à votre +ambulance, et ceux des différens corps. L'ordonnateur en +chef va vous envoyer d'ailleurs tout ce qui peut être nécessaire +à votre hôpital.</p> + +<p>On se plaint du pillage de vos troupes à Mansoura: c'est +le seul point de l'armée sur lequel j'aie en ce moment des +plaintes; on se plaint même des vexations que commettent +plusieurs officiers d'état-major.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres +du 14 thermidor et du 8 fructidor.</p> + +<p>C'est avec un véritable plaisir que j'apprends la bonne +conduite que vous tenez à Malte, et les services que vous rendez +à la république en lui organisant ce poste important.</p> + +<p>Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, +notre établissement se consolide; la richesse de ce pays en +blé, riz, légumes, coton, sucre, indigo, est égale à la barbarie +du peuple qui l'habite. Mais il s'opère déjà un changement +dans leurs moeurs, et deux ou trois ans ne seront pas +passés, que tout aura pris une face bien différente.</p> + +<p>Vous avez sans doute reçu les différentes lettres que je vous +ai écrites, et les relations des différens événemens militaires +qui se sont passés; ne négligez rien pour faire passer en +France, par des spronades, toutes les nouvelles que vous +avez de nous, ne fût-ce même que les rapports des neutres, +pour détruire les mille et un faux bruits que les curieux +d'une grande ville accueillent avec tant d'imbécillité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Un vaisseau comme <i>le Franklin</i>, citoyen général, qui portait +l'amiral, puisque <i>l'Orient</i> avait sauté, ne devait pas se +rendre à onze heures du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a +rendu ce vaisseau est extrêmement coupable, puisqu'il est +constaté par son procès-verbal qu'il n'a rien fait pour l'échouer +et pour le mettre hors d'état d'être amené: voilà ce +qui fera à jamais la honte de la marine française. Il ne fallait +pas être grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tête +pour couper un câble et échouer un bâtiment; cette conduite +est d'ailleurs spécialement ordonnée dans les instructions et +ordonnances que l'on donne aux capitaines de vaisseau. +Quant à la conduite du contre-amiral Duchaila, il eût été +beau pour lui de mourir sur son banc de quart, comme du +Petit-Thouars.</p> + +<p>Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, +c'est sa lâche conduite avec les Anglais depuis qu'il a été +prisonnier. Il y a des hommes qui n'ont pas de sang dans +les veines. Il entendra donc tous les soirs les Anglais, en +se soûlant de punch, boire à la honte de la marine française! +Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour +les lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester +à Alexandrie ou à bord des vaisseaux comme prisonnier, +sans jamais souhaiter ni demander rien. Ohara, qui d'ailleurs +était un homme très-commun, lorsqu'il fut fait prisonnier +à Toulon, sur ce que je lui demandais de la part +du général Dugommier ce qu'il désirait, répondit: <i>être seul, +et ne rien devoir à la pitié</i>. La gentillesse et les traitemens +honnêtes n'honorent que le vainqueur, ils déshonorent le +vaincu, qui doit avoir de la réserve et de la fierté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Mailly.</i></p> + +<p>Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera +fournie à Damiette, directement pour Lataquie; la première +attention qu'il doit avoir, c'est d'éviter les croisières +anglaises. Il engagera le patron à changer de route lorsqu'il +s'en verra menacé; il ne s'approchera même qu'avec précaution +des petits bâtimens venant de la côte, et ne les hélera +que lorsqu'il sera sûr que ce ne sont pas des corsaires. Les +patrons de la barque reconnaissent facilement au large les +djermes de leur pays.</p> + +<p>Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et +fera en pareil cas ce que la prudence lui dictera. Son habit +oriental pourra lui être utile dans cette occasion, et il aura +soin de ne parler qu'en langue turque avec son interprète +arabe, lors d'une visite.</p> + +<p>Arrive à la marine de Lataquie, il demandera à parler à +Codja-Hanna-Coubbé, intendant du gouverneur, et noligataire +du brigantin français <i>la Marie</i>, arrivé à bon port à la +rade de Damiette le 11 fructidor de cette année. Il lui fera +valoir la permission qu'a donnée le général en chef à son correspondant, +de faire son retour en riz, pour alimenter son +échelle et la ville d'Alep.</p> + +<p>Il demandera de suite la permission de communiquer avec +le citoyen Geoffroi, proconsul de la république française à +Lataquie, distant d'un demi-quart de lieue de la marine. Assisté +de cet officier, il se rendra chez le gouverneur, à qui il +remettra la lettre du général en chef.</p> + +<p>Le citoyen Mailly devra bien prévoir qu'il y a des espions +anglais à Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expédition +de son paquet pour Constantinople, il aura soin de dire au +gouverneur et de répandre dans le public, que le général en +chef a envoyé sur toute la côte divers officiers pour engager +les pachas à laisser toute liberté de commerce avec l'Égypte, +et que sa mission particulière se borne à Lataquie et Alep.</p> + +<p>Cette ouverture donnera au proconsul la facilité d'expédier +sur-le-champ un messager qui se rendra en deux jours a +Alep. Le citoyen Chos-de-Clos, notre consul, le gardera un +jour ou deux tout au plus, pendant lequel temps il donnera +au général en chef les nouvelles les plus authentiques qu'il +aura pu recueillir de la légation de Constantinople, soit aussi +de diverses lettres particulières sur la situation de cette capitale, +de même que les mouvemens en Romélie, Syrie, etc., +et en général tout ce qui peut intéresser le général en chef.</p> + +<p>Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la république, +le retour du message; il se tiendra très-réservé sur +les nouvelles de l'Égypte, autant qu'elles pourront entraver +sa mission, et, dans le cas qu'il trouve le peuple de Lataquie +en fermentation, il pourra dire comme de lui-même: «Le +bruit constant au Caire est que l'expédition des Français est +terminée, et, sans l'échec arrivé à notre escadre, notre armée +se serait déjà retirée; mais qu'en attendant de nouvelles +forces maritimes, les ports de l'Égypte sont ouverts aux négocians +musulmans, et que ceux de Lataquie peuvent en toute +sûreté y envoyer leur tabac, qui fait toute leur richesse.»</p> + +<p>Le messager étant de retour d'Alep, le citoyen Mailly +mettra sur-le-champ à la voile, tâchera de n'aborder aucune +terre et de s'en retourner en droiture à Damiette, d'où il se +rendra sur-le-champ près du général en chef.</p> + +<p>Il mettra la même prudence à cacher ses dépêches pour le +général en chef, et, dans le cas où il se verrait forcé de les +jeter à la mer ou qu'elles seraient interceptées par les Anglais, +son voyage ne sera pas inutile sous le rapport des nouvelles, +en prenant à Lataquie la précaution de faire écrire en Arabe +les nouvelles les plus saillantes, et de les confier à son interprète +ou de les cacher dans un ballot de tabac.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Si les Arabes que vous avez attaqués sont les mêmes qui +ont assassiné nos gens à Mansoura, mon intention est de les +détruire. Faites-moi connaître les forces qui vous seraient nécessaires +à cet effet, et étudiez la position qu'ils occupent; +afin de pouvoir les attaquer, les envelopper, et donner un +exemple terrible au pays.</p> + +<p>J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement +avec eux, vous aurez exigé des otages, des chevaux et des +armes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p> + +<p>J'espère qu'à l'heure qu'il est, citoyen général, vous aurez, +de concert avec le général Dugua, soumis le village de +Soubat et exterminé ces coquins d'Arabes.</p> + +<p>J'attends toujours des nouvelles de la réquisition des chevaux, +qui n'avance pas dans votre province.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Je vous répète que mon intention est de détruire les Arabes +que vous avez attaqués; c'est le fléau des provinces de Mansoura, +de Kelioubeh et de Garbieh.</p> + +<p>Le général Dugua doit, de concert avec le général Fugières, +avoir attaqué la partie de ces Arabes qui se trouve au village +de Soubat; envoyez reconnaître où se trouvent les Arabes +que vous avez attaqués; faites-moi connaître les forces dont +vous aurez besoin, et l'endroit d'où vous pourrez partir pour +les attaquer avec succès, en tuer une partie et prendre des +otages, afin de s'assurer de leur fidélité.</p> + +<p>Faites reconnaître la route de Met-Kamao à Belbeys: vous +ne devez pas, à Met-Kamao, vous en trouver éloigné.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Bribes.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25 fructidor, +où vous me rendez compte de l'attaque qu'a essuyée le convoi +d'Alexandrie à Damanhour. Le commandant du convoi ne +mérite aucun éloge, puisqu'il a laissé prendre plusieurs bêtes +chargées; il devait faire assez de haltes pour ne rien laisser +en arrière: le commandant du convoi eût mérité des éloges, +s'il l'eût amené sans avoir rien laissé prendre.</p> + +<p>Donnez la chasse à ces brigands; écrivez au général Marmont +à Rosette. Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec +sa demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Il est extrêmement ridicule, citoyen ordonnateur, que +vous vous amusiez à payer le traitement de table, quand la +solde des matelots et le matériel sont dans une si grande souffrance. +Je vous prie de vous conformer strictement à mon +ordre, d'employer au matériel les trois quarts de l'argent que +je vous ai envoyé, et le quart seulement au personnel de la +marine. En faisant de si grands sacrifices pour la marine, mon +intention a été de mettre les trois frégates à même de sortir +le plus tôt possible, ainsi que les deux vaisseaux.</p> + +<p>Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les +deux neutres, <i>l'Aimable Mariette</i> et <i>l'Alexandre</i> sont rentrés, +ou non, dans le port.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au conseil d'administration de la soixante-neuvième +demi-brigade.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais +faire un rapport sur la solde qui vous est due.</p> + +<p>L'armée, depuis son entrée en Égypte, a été soldée des +mois de floréal, prairial et messidor: elle se trouve encore +arriérée des mois de thermidor et fructidor.</p> + +<p>La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un +arriéré antérieur à floréal: conformément à ce qui a été mis à +l'ordre du jour, il y a près d'un mois, il faut que vous vous +adressiez, pour tout ce qui est antérieur à floréal, à l'ordonnateur +en chef.</p> + +<p>Si, dans le rapport que le payeur général me fera, il est +constaté que vous ayez touché moins de paye que le reste de +l'armée, je donnerai sur-le-champ les ordres et je prendrai +les mesures pour que vous soyez mis au courant de paye de +l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>J'avais ordonné qu'on payât quarante mille rations de biscuit +au général Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, +compté que trente mille, et, lorsque le biscuit est arrivé, il +ne s'en est trouvé que vingt mille.</p> + +<p>L'agent à Boulac doit avoir le reçu de celui qui a accompagné +le convoi, faites-le moi présenter: si vous ne mettez +point d'ordre à cet abus, il est impossible que l'armée existe.</p> + +<p>Si l'on continue cette friponnerie malgré la plus grande +surveillance, que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y +aura des envois multipliés à faire?</p> + +<p>Les envoyés ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur +donne l'ordre en quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de +soixante livres; mais ils ne peuvent avoir cette pitoyable excuse +par mon ordre, puisque je demandé toujours par rations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Un officier du génie, chargé des ordres du général Caffarelli, +se rend à Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible +les travaux de cette place, surtout du côté de terre.</p> + +<p>Mourad Dey a été battu par Desaix, qui lui a pris cent +cinquante barques chargées de blé, d'effets, douze pièces de +canon et quelques mameloucks: nous sommes maîtres de toute +l'Égypte. Mourad Bey, avec cinq à six cents mameloucks et +quelques Arabes, est entre le Fayoum et le désert: il va se +rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il +ne passerait pas loin de la province du Bahhiré.</p> + +<p>J'ai donné ordre au général Marmont de se rendre à Rhamanieh, +d'y prendre le commandement des troupes de toute +la province, pour être à même, dans tous les cas, de protéger +la navigation du Nil, celle du canal, et la campagne d'Alexandrie.</p> + +<p>Ibrahim Bey est toujours à Gaza, d'où il promet et écrit +beaucoup à ses partisans.</p> + +<p>Notre fête ici sera fort belle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2e. jour complémentaire an 6 (18 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 26. Il est extrêmement +urgent de débarrasser Alexandrie de cette grande +quantité de pèlerins: qu'ils s'en aillent par terre à Derne, où +ils pourront s'embarquer, ou faites-les embarquer sur trois +bons bâtimens et partir de suite.</p> + +<p>Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la +saison où nous nous trouvons, où il ne fait grand jour qu'a +six heures du matin, tous les bâtimens peuvent sortir à la +barbe des Anglais. Forcez ceux qui seront chargés des hommes +dont vous voulez débarrasser votre place, à sortir.</p> + +<p>Moyennant l'expédition que vous avez faite sur le village +qui s'était révolté, les choses changeront. Le général Marmont, +avec l'adjudant-général Bribes, se trouve avoir près +de quinze cents hommes; ce qui forme une colonne respectable, +qui protégera l'arrivée des eaux à Alexandrie.</p> + +<p>Ou me mande de Rosette qu'on a envoyé à Rahmanieh +trois mille quintaux de blé pour Alexandrie; j'en ai envoyé +une grande quantité du Caire: si la navigation était commode, +il serait facile de pouvoir payer en blé ce que nous devons +à une grande partie du convoi.</p> + +<p>Le sévère blocus que veulent établir les Anglais ne produira +aucun résultat; les vents de l'équinoxe nous en feront +bonne raison. J'imagine que M. Hood veut tout bonnement se +faire payer pour la sortie et pour l'entrée, comme cela est +arrivé quarante fois sur les côtes de Provence. Je désirerais +qu'il n'y eût plus de parlementaires, et que le commandant +des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire +des lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort +peu important que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, +ou non: ces gens-là me paraissent déjà assez orgueilleux +de leur victoire, sans les enfler encore davantage. Quand +les circonstances vous feront croire nécessaire de leur envoyer +un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez.</p> + +<p>Mourad-Bey est toujours dans la même position entre le +Fayoum et le désert. Je me suis porté à Gizeh pour surveiller +ses mouvemens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er vendémiaire an 7 (22 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'armée.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Nous célébrons le premier jour de l'an 7 de la république.</p> + +<p>Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était +menacée: mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la +ruine de nos ennemis.</p> + +<p>Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.</p> + +<p>L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.</p> + +<p>Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez +la célèbre victoire de Saint-George.</p> + +<p>L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, +de retour de l'Allemagne.</p> + +<p>Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords +du Nil, au centre de l'ancien continent?</p> + +<p>Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, +jusqu'au hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du +monde.</p> + +<p>Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes +dignes de ce que vous avez fait et de l'opinion que l'on a de +vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves dont +les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez +dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration +de tous les peuples.</p> + +<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, +nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. +Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent +l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions +de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs +travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le +repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté +civile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon +de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon +aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième +bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis +avant-hier, doivent être arrivés.</p> + +<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération +du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, +il est un peu faible.</p> + +<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures +du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un +bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement +après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette +opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre +mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, +aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens +et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a +plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est, +vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des otages dans +tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le +lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3.</p> + +<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, +nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. +Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent +l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions +de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs +travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le +repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté +civile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon +de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon +aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième +bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis +avant-hier, doivent être arrivés.</p> + +<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération +du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, +il est un peu faible.</p> + +<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures +du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un +bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement +après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette +opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre +mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, +aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens +et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a +plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est, +vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des ôtages dans +tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le +lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3 +naître les canaux et pris des mesures pour soumettre la province.</p> + +<p>Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, différentes mesures +que je vous ai prescrites concernant le désarmement, et pour +prendre des ôtages dans les différens villages révoltés.</p> + +<p>Faites passer dans le lac Menzalé quatre où cinq djermes +armées de canon, que vous avez à Damiette, et, si vous pouvez, +une chaloupe canonnière; enfin, armez le plus de bateaux +que vous pourrez, pour être entièrement maître du lac. +Tâchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains, et pour cela +faire, employez la ruse s'il le faut.</p> + +<p>Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer +d'El-Menzalé; faites-en partir une autre pour accompagner +le général Andréossi, et s'emparer de toutes les îles +du lac. J'imagine que vous aurez donné une leçon sévère au +gros village de Mit-el-Kouli. Mon intention est qu'on fasse +tout ce qui est nécessaire pour être souverainement maître +du lac de Menzalé, et dussiez-vous y faire marcher toute +votre division, il faut que le général Andréossi arrive à Peluse.</p> + +<p>Je vous ai écrit, dans une de mes lettres, de faire une +proclamation; faites-la répandre avec profusion dans le pays.</p> + +<p>Il faut faire des exemples sévères, et comme votre division +ne peut pas être destinée à rester dans les provinces de Damiette +et de Mansoura, il faut profiter du moment pour les +soumettre entièrement, et pour cela il faut le désarmement, +des têtes coupées et des ôtages.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continué +d'avoir avec le camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent +qu'elle y a fait, et voulait encore y faire passer, j'ordonne +que la femme d'Osman-Bey restera en prison jusqu'à +ce qu'elle ait versé dans la caisse du payeur de l'armée dix +mille talaris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je vous prie d'envoyer chez les marchands de café, les +Cophtes et les marchands de Damas, des gardes, si dans la +journée de demain ils n'ont pas payé ce qu'ils doivent de leur +contribution.</p> + +<p>Si la femme de Mourad-Bey n'a pas versé dans la journée +de demain les huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution +sera portée a dix mille talaris.</p> + +<p>Sur les quinze mille talaris imposés sur le Saga, il n'en a +encore été perçu que mille cinquante-cinq; il en reste treize +mille neuf cent quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq +seront versés dans la journée de demain, et les dix +mille restant, mille par jour.</p> + +<p>Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journée +d'aujourd'hui, l'argent que vous auriez des cotons, café, des +morts sans héritiers ou de tout autre objet. Le Caire se trouve +absolument dépourvu de fonds, et l'armée a déjà de grands +besoins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 vendémiaire an 7 (26 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen +général, parvenir à Menzalé; faites-y marcher votre avant-garde +en la renforçant de ce que vous jugerez nécessaire; +je désire qu'elle prenne position à Menzalé. En réunissant la +quantité de bateaux nécessaires pour pouvoir se porter rapidement +soit à Damiette, soit à Salahieh, soit à Mansoura, +essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais +vous le tenez, envoyez-le moi au Caire. Désarmez le +plus que vous pourrez; n'écoutez point ce qu'ils pourraient +vous dire, que, par le désarmement, vous les exposez aux +incursions des Arabes: tous ces gens-là s'entendent; surtout +il faut que le village de Mit-el-Kouli vous fournisse au +moins cent armes et des pièces de canon: ils les ont cachées; +mais je suis sûr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le général +Vial pour faire désarmer Damiette et faire arrêter les hommes +suspects.</p> + +<p>Prenez des ôtages, exigez que les villages vous remettent +leurs fusils, tâchez d'avoir leurs canons, et faites entrer +dans le lac de Menzalé des djermes armées ou armées de leurs +bateaux.</p> + +<p>Envoyez un officier de génie à Menzalé, afin de bien établir +sa position par rapport a Damiette, à Mansoura et surtout +à Salahieh.</p> + +<p>Faites faire des reconnaissances le long de la mer à droite +et à gauche jusqu'au cap Bourlos d'un côté, et aussi loin que +vous pourrez de l'autre.</p> + +<p>Ordonnez aussi que les troupes soient désarmées. Je vous ai +envoyé une djerme armée, <i>la Carniole</i>; vous devez en avoir +deux à Damiette. Je vous ai envoyé deux avisos; il y avait +une chaloupe canonnière; et cela fait six bâtimens armés. +BONAPARTE.</p> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 vendémiaire an 7 (27 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p> + +<p>Faites couper la tête aux deux espions et faites-les promener +dans la ville avec un écriteau pour faire connaître que +ce sont des espions du pays. Faites connaître à l'aga que je +suis très-mécontent des propos que l'on tient dans la ville +contre les chrétiens. Il doit y avoir en ce moment des ôtages +de Menouf à la citadelle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 vendémiaire an 7 (2 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous vous êtes donné la peine de +m'écrire. J'ai appris avec peine que vous aviez éprouvé à +Alexandrie quelques désagrémens. J'ai donné les ordres au +Caire pour que tout votre monde vous rejoignît. Tenez-vous +prêt a partir a l'époque à laquelle vous aviez l'habitude de +quitter Alexandrie. Faites-moi connaître le temps où vous +comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dépêches +pour la Porte.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime, et au désir que j'ai de +vous être agréable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 vendémiaire an 7 (4 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le général Caffarelli, citoyen général, m'a fait connaître +votre désir.</p> + +<p>Je suis extrêmement fâché de votre indisposition: j'espère +que l'air du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables +d'Alexandrie, vous trouverez peut-être notre Égypte moins +mauvaise qu'on peut le croire d'abord. Nous avons eu différentes +affaires avec les Arabes de Scharkieh et du lac Menzalé: +ils'ont été battus à Damette et avant-hier à Mit-Kamar.</p> + +<p>Desaix a été jusqu'à Syouth: il a poussé les mameloucks +dans le désert; une partie d'eux a gagné les oasis.</p> + +<p>Ibrahim-Bey est à Gaza: il nous menace d'une invasion; +il n'en fera rien; mais nous qui ne menaçons pas, nous pourrons +bien le déloger de là.</p> + +<p>Croyez au désir que j'ai devons voir promptement rétabli, +et au prix que j'attache à votre estime et à votre amitié. Je +crains que nous ne soyons un peu brouillés: vous seriez injuste +si vous doutiez de la peine que j'en éprouverais.</p> + +<p>Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent +dans six heures; de mon côté, s'il y en avait, ils seraient +passés dans trois: l'estime que j'ai pour vous est au moins +égale à celle que vous m'avez témoignée quelquefois.</p> + +<p>J'espère vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous +le mande le général Caffarelli.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous portiez le plus +grand respect au village de Tenta, qui est un objet de vénération +pour les Mahométans. Il faut surtout éviter de faire +tout ce qui pourrait leur donner lieu de se plaindre que nous +ne respectons pas leur religion et leurs moeurs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai appris avec peine, citoyen général, ce qui est arrivé à +Tenta: je désire que l'on respecte cette ville, et je regarderais +comme le plus grand malheur qui pût arriver, que de +voir ravager ce lieu saint aux yeux de tout l'Orient. J'écris +aux habitans de Tenta, et je vais faire écrire par le divan général: +je désire que tout se termine par la négociation.</p> + +<p>Quant aux Arabes, tâchez de les faire se soumettre et +qu'ils vous donnent des ôtages: écrivez leur à cet effet, et, +s'ils ne se soumettent pas, tâchez de leur faire le plus de mal +que vous pourrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail de quelques +combats qui ont eu lieu à différentes époques et en différens +lieux contre les mameloucks, diverses tribus d'Arabes, +et quelques villages révoltés.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Rémeryeh.</i></p> + +<p>Le général de brigade Fugières, avec un bataillon de la +dix-huitième demi-brigade, est arrivé à Menouf dans le Delta, +le 28 thermidor, pour se rendre à Mehalleh-el-kébyr, capitale +de la Gharbyéh. Le village de Rémeryeh lui refusa le +passage. Après une heure de combat, il repoussa les ennemis +dans le village, les investit, les força, en tua deux cents, et +s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques +blessés. Le citoyen Chênet, sous-lieutenant de la dix-huitième, +s'est distingué.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Djémyleh.</i></p> + +<p>Le général Dugua envoya, le premier jour complémentaire, +le général Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzième, +reconnaître le canal d'Achmoun, et soumettre +les villages qui refusaient obéissance. Arrivé au village de +Djémyleh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou habitans, +attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites, et +les ennemis repoussés. Le chef de bataillon du génie, Cazalès, +s'est spécialement distingué.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Myt-Qamar.</i></p> + +<p>Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; +environnés de tous côtés par l'inondation, ils se croyaient +inexpugnables, et infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs +brigandages. Les généraux de brigade, Murat et Lanusse, +eurent ordre d'y marcher, et arrivèrent le 7 vendémiaire. +Les Arabes furent dispersés après une légère fusillade. Nos +troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant de l'eau jusqu'à +la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont +tombés en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misérables +ont été tués ou noyés. Le citoyen Niderwood, adjoint +à l'état-major, s'est distingué dans ce combat.</p> + +<p>Les Arabes sont à l'Égypte ce que les Barbets sont au +comté de Nice; avec cette grande différence qu'au lieu de +vivre dans les montagnes ils sont tous à cheval, et vivent au +milieu des déserts. Ils pillent également les Turcs, les Égyptiens +et les Européens. Leur férocité est égale à la vie misérable +qu'ils mènent, exposés des jours entiers, dans des sables +brûlans, à l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils +sont sans pitié et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage +le plus hideux qu'il soit possible de se figurer.</p> + +<p>Le général Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour +se rendre dans la Haute-Égypte, avec une flottille de deux +demi-galères, et six avisos. Il a remonté le Nil, et est arrivé +à Benéçouef le 14 fructidor. Il mit pied à terre, et se porta +par une marche forcée à Behnéce, sur le canal de Joseph. +Mourad-Bey évacua à son approche. Le général Desaix prit +quatorze barques chargées de bagage, de tentes, et quatre +pièces de canon.</p> + +<p>Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva à Acyouth le +29 fructidor, se trouvant alors à plus de cent lieues du Caire, +poussant devant lui la flottille des beys, qui se réfugia du +côté de la cataracte.</p> + +<p>Le cinquième jour complémentaire, il retourna à l'embouchure +du canal de Joseph. Après une navigation difficile et +pénible, il arriva le 12 vendémiaire à Behnéce.</p> + +<p>Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui préludèrent à +la journée de Sédyman.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Sédyman.</i></p> + +<p>Le 16, à la pointe du jour, la division du général Desaix +se mit en marche, et se trouva bientôt en présence de l'armée +de Mourad-Bey, forte de cinq à six mille chevaux, la plus +grande partie Arabes, et un corps d'infanterie qui gardait les +retranchements de Sédyman, où il avait quatre pièces de +canon.</p> + +<p>Le général Desaix forma sa division, toute composée d'infanterie, +en bataillon carré qu'il fit éclairer par deux petits +carrés de deux cents hommes chacun.</p> + +<p>Les mameloucks, après avoir longtemps hésité, se décidèrent, +et chargèrent, avec d'horribles cris et la plus grande +valeur, le petit peloton de droite que commandait le capitaine +de la vingt-unième, Valette. Dans le même temps, ils +chargèrent la queue du carré de la division, où était la quatre-vingt-huitième, +bonne et intrépide demi-brigade.</p> + +<p>Les ennemis sont reçus partout avec le même sang-froid. +Les chasseurs de la vingt-unième ne tirèrent qu'à dix pas, et +croisèrent leurs baïonnettes. Les braves de cette intrépide cavalerie +vinrent mourir dans, le rang, après avoir jeté masses +et haches d'armes, fusils, pistolets, à la tête de nos gens. +Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux tués, se glissèrent le +ventre contre terre pour passer sous les baïonnettes, et couper +les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils durent fuir. +Nos troupes s'avancèrent sur Sédyman, malgré quatre pièces +de canon, dont le feu était d'autant plus dangereux que notre +ordre était profond; mais le pas de charge fut comme l'éclair, +et les retranchemens, les canons et les bagages, nous restèrent.</p> + +<p>Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés, et quatre +cents hommes d'élite sur le champ de bataille; notre perte se +monte à trente-six hommes tués et quatre-vingt-dix blessés.</p> + +<p>Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats ont fait +un butin considérable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait +trouvé quatre ou cinq cents louis.</p> + +<p>Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unième, a été +blessé; les citoyens Rapp, aide-de-camp du général Desaix, +Valette, et Sacro, capitaines de la vingt-unième, Geoffroy, +de la soixante-unième, Géromme, sergent de la quatre-vingt-huitième, +se sont particulièrement distingués.</p> + +<p>Le général Friant a soutenu dans cette journée la réputation +qu'il avait acquise en Italie et en Allemagne.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le +citoyen Robin, chef de la vingt-unième demi-brigade. J'ai +avancé les différens officiers et soldats qui se sont distingués. +Je vous en enverrai l'état par la première occasion.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Barré, capitaine de frégate.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, +que vous m'avez envoyé. Vous avez dû depuis vous confirmer +davantage dans les sondes que vous aviez faites. Je vous prie +de me répondre à la question suivante:</p> + +<p>Si un bâtiment de soixante-quatorze se présente devant le +port d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passé +il y a trois jours à Chouara avec trente Arabes; on croit +qu'il se rend dans les environs d'Alexandrie: je désirerais +que vous pussiez le faire prendre; je donnerais bien 1,000 +écus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les vaille; mais ce +serait pour l'exemple: c'est le même qui était à bord de l'amiral +anglais. Si l'on pouvait parler à des Arabes, ces gens-là +feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: +mais tout est aujourd'hui tranquille. Le général Dupuy a été +tué dans une rue, au premier moment de la révolte; Sullowski +a été tué hier matin: j'ai été obligé de faire tirer des +bombes et des obus sur la grande mosquée, pour soumettre +un quartier qui s'était barricadé: cela a fait un effet très-considérable. +Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée. +Nous avons eu en différens points quarante ou cinquante +hommes de tués. La ville a eu une bonne leçon, dont +elle se souviendra long-temps, je crois.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus +d'artillerie que vous pourrez: je vous ai demandé quelques +pièces de 24 et quelques mortiers; il serait bien essentiel +qu'il nous en arrivât.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 4 brumaire, +avec différens extraits des lettres du général Lagrange. Vous +devez avoir reçu un convoi avec des cartouches et quatre +pièces de canon, dont deux pour votre équipage de campagne, +deux pour Salahieh, dans le cas que l'équipage par +eau tardât à y arriver. La tranquillité est parfaitement rétablie +au Caire. Notre perte se monte exactement à huit hommes +tués dans les différens combats, vingt-cinq hommes malades +qui, revenant de votre division, ont été assassinés en route, +et une vingtaine d'autres personnes de différentes administrations +et de différens corps, assassinées isolément. Les révoltés +ont perdu un couple de milliers d'hommes. Toutes les +nuits nous faisons couper une trentaine de têtes et beaucoup de +celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne leçon.</p> + +<p>Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, à se jeter dans le désert. +Si quelques Arabes ont été le joindre, cela a été pour +lui porter du blé et autres provisions. Il paraît qu'il y a à Gaza +une grande disette. Au reste, si nous pouvions être prévenus +à temps, il n'échapperait que difficilement.</p> + +<p>Pour le moment, tenez-vous concentré à Salahieh et à +Belbeis; punissez les différentes tribus arabes qui se sont révoltées +contre vous; tâchez d'en obtenir des chevaux et des +ôtages; faites activer, par tous les moyens possibles, les travaux +de Belbeis, afin que l'on puisse y confier, d'ici à quelques +jours, quelques pièces de canon; approvisionnez Salahieh +le plus qu'il vous sera possible. La meilleure manière de +punir les villages qui se sont révoltés, c'est de prendre le +scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de +lui que tout dépend.</p> + +<p>Le général Andréossi est reparti de Peluse le 28; il y a +trouvé de très-belles colonnes et quelques camées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se manifesta +quelques rassemblemens dans la ville du Caire.</p> + +<p>À sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla +à la porte du cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme +respectable par son caractère et ses moeurs. Une députation +de vingt personnes des plus marquantes se rendit chez lui, +et l'obligea à monter à cheval, pour, tous ensemble, se rendre +chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa +au cadhi que le rassemblement était trop nombreux et +trop mal composé pour des hommes qui ne voulaient que +présenter une pétition. Il fut frappé de l'observation, descendit +de cheval, et rentra chez lui. La populace mécontente +tomba sur lui et sur ses gens à coups de pierre et de bâton +et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison.</p> + +<p>Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur ces +entrefaites; toutes les rues étaient obstruées.</p> + +<p>Un chef de bataillon turc, attaché à la police, qui venait +deux cents pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité +de le faire cesser par douceur, tira un coup de tromblon. La +populace devint furieuse; le général Dupuy la chargea avec +son escorte, culbuta tout ce qui était devant lui, s'ouvrit un +passage. Il reçut sous l'aisselle un coup de lance qui lui coupa +l'artère: il ne vécut que huit minutes.</p> + +<p>Le général Bon prit le commandement. Les coups de canon +d'alarme furent tirés; la fusillade s'engagea dans toutes +les rues; la populace se mit à piller les maisons des riches. +Sur le soir, toute la ville se trouva à-peu-près tranquille, +hormis le quartier de la grande mosquée, où se tenait le +conseil des révoltés, qui en avaient barricadé les avenues.</p> + +<p>À minuit, le général Dommartin se rendit avec quatre +bouches à feu sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, +qui domine à cent cinquante toises la grande mosquée. +Les Arabes et les paysans marchaient pour secourir les révoltés. +Le général Lannes fit attaquer par le général Vaux +quatre à cinq mille paysans qui se sauvèrent plus vite qu'ils +n'auraient voulu; beaucoup se noyèrent dans l'inondation.</p> + +<p>À huit heures du matin, j'envoyai le général Dumas avec +de la cavalerie battre la plaine. Il chassa les Arabes au-delà +de la qoubbeh.</p> + +<p>À deux heures après midi, tout était tranquille hors des +murs de la ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs +de la loi, s'étant présentés aux barricades du quartier +de la grande mosquée, les révoltés leur en refusèrent l'entrée; +on les accueillit à coups de fusil. Je leurs fis répondre à +quatre heures par les batteries de mortiers de la citadelle, et +les batteries d'obusiers du général Dommartin. En moins de +vingt minutes de bombardement, les barricades furent levées, +le quartier évacué, la mosquée entre les mains de nos +troupes, et la tranquillité fut parfaitement rétablie.</p> + +<p>On évalue la perte des révoltés de deux mille à deux mille +cinq cents hommes; la nôtre se monte à seize hommes tués en +combattant, un convoi de vingt-un malades revenant de l'armée, +égorgés dans une rue, et à vingt hommes de différens +corps et de différens états.</p> + +<p>L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que +les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions.</p> + +<p>Mon aide-de-camp Sullowsky allant, à la pointe du jour, +le premier brumaire, reconnaître les mouvemens qui se manifestaient +hors la ville, a été à son retour attaqué par toute +la populace d'un faubourg; son cheval ayant glissé, il a été +assommé. Les blessures qu'il avait reçues au combat de +Salahieh n'étaient pas encore cicatrisées; c'était un officier +de la plus grande espérance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Braswich, chancelier interprète.</i></p> + +<p>Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous +vous rendrez avec lui à bord de la caravelle. Vous tâcherez +de prendre tous les renseignemens possibles sur notre situation +avec la Porte, et sur celle de notre ambassadeur à Constantinople +et de l'ambassadeur ottoman à Paris.</p> + +<p>Vous ferez connaître à l'officier qui commande la flottille +turque le désir que j'aurais qu'il m'envoyât au Caire un officier +distingué, pour conférer avec lui d'objets importans; +que si les Anglais ne les laissent pas entrer à Alexandrie, ni +à Rosette, il peut envoyer une frégate à Damiette, et que +j'en profiterai pour écrire à Constantinople des choses également +avantageuses aux deux puissances.</p> + +<p>Je compte, pour cette mission importante, sur votre zèle +et sur votre capacité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p> + +<p>Vous ferez sortir, citoyen général, deux parlementaires, +l'un sera le canot de la caravelle, sur lequel seront embarqués +le turc Ibrahim Aga et le citoyen Braswich, qui s'habillera +à la turque, s'il ne l'est pas.</p> + +<p>Le second portera un officier de terre.</p> + +<p>Vous ferez commander le canot par un officier intelligent +qui puisse tout observer sans se mêler de rien.</p> + +<p>Ces deux parlementaires sortiront en même temps du port: +l'un portera pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon +turc et pavillon blanc.</p> + +<p>Sortis du port, le parlementaire français ira aborder l'amiral +anglais; le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc.</p> + +<p>Vous écrirez à l'amiral anglais une lettre, dans laquelle +vous lui direz que vous vous êtes empressé d'envoyer au Caire +la lettre qu'il vous a écrite le 19 octobre; que la caravelle qui +est à Alexandrie étant à la disposition du pacha d'Égypte, +elle suivra les ordres que lui donnera ledit pacha; que celui-ci +ayant jugé à propos d'envoyer un de ses officiers a bord de +l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous avez autorisé +la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la caravelle.</p> + +<p>Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque +sur son parlementaire, hormis les rameurs, qui devront +être matelots.</p> + +<p>L'officier de terre que vous enverrez à bord de l'amiral anglais +se comportera avec la plus grande honnêteté: il remettra +à l'amiral, comme par hasard, quelques journaux d'Égypte, +et cherchera à tirer toutes les nouvelles possibles du continent. +Il lui dira que je l'ai spécialement chargé de lui offrir +tous les rafraîchissemens dont il pourrait avoir besoin.</p> + +<p>Dans la nuit, le général Murat partira avec une partie de +la soixante-quinzième; il se rendra à Rahmanieh, de là à +Rosette, et de là à Aboukir ou à Alexandrie. Je juge cet accroissement +de forces nécessaire pour vous mettre à même +de vous opposer à toutes les entreprises que pourraient former +les ennemis. Je fais disposer d'autres bâtimens pour vous +envoyer d'autres troupes, et m'y transporter moi-même, si +les nouvelles que je recevrai demain me le font penser nécessaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 6 et 7. Puisque +les Anglais ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine +de chaloupes, il était évident qu'ils ne pouvaient débarquer +que huit ou neuf cents hommes: c'eût donc été une +bonne affaire de les laisser débarquer, vous nous auriez envoyé +quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait +donné quelques nouvelles du continent.</p> + +<p>Il est bien évident que les Anglais ne veulent tenter leur +débarquement à Aboukir qu'en conséquence de quelque projet +mal ourdi, où Mourad-Bey, ou de nombreuses cohortes +d'Arabes, ou peut-être même des habitans, devaient combiner +leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout cela +n'est arrivé et que cependant ils tentaient de débarquer, +c'était une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espère +toujours que si le 9 ils ont voulu descendre, vous aurez +eu le temps de vous préparer: vous pourrez les attirer dans +quelque embuscade et leur faire un bon nombre de prisonniers.</p> + +<p>Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fossé, +il est à l'abri d'un coup de main, quand même les Anglais +auraient effectué leur débarquement: cent hommes s'y renfermeraient +dans le temps que l'on marcherait d'Alexandrie +et de Rosette pour écraser les Anglais.</p> + +<p>J'ai reçu des nouvelles de Constantinople: la Porte se +trouve dans une position très-critique, et il s'en faut beaucoup +qu'elle soit contre nous. L'escadre russe a demandé le +passage par le détroit; la Porte le lui a refusé avec beaucoup +de décision.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À son excellence le grand-visir.</i></p> + +<p>J'ai eu l'honneur d'écrire à votre excellence le 13 messidor, +à mon arrivée à Alexandrie; je lui ai écrit également le +5 fructidor par un bâtiment que j'ai expédié exprès de Damiette; +je n'ai reçu aucune réponse à ces différentes lettres.</p> + +<p>Je réitère cette troisième lettre pour faire connaître à votre +excellence l'intention de la république française de vivre en +bonne intelligence avec la sublime Porte. La nécessité de punir +les mameloucks des insultes qu'ils n'ont cessé de faire au +commerce français, nous a conduits en Égypte, tout comme, +à différentes époques, la France a dû faire la même chose +pour punir Alger et Tunis.</p> + +<p>La république française est, par inclination comme par +intérêt, amie du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; +elle s'est positivement refusée à entrer dans la coalition +qui a été faite avec les deux empereurs contre la Sublime +Porte: les puissances qui se sont déjà précédemment partagé la +Pologne ont le même projet contre la Turquie. Dans les circonstances +actuelles la Sublime Porte doit voir l'armée française +comme une amie qui lui est dévouée et qui est toute +prête à agir contre ses ennemis.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire que personnellement je +désire concourir et employer mes moyens et mes forces à faire +quelque chose qui soit utile au sultan, et puisse prouver à +votre excellence l'estime et la considération avec laquelle je +suis,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>S'il se présentait, citoyen général, une ou deux frégates +turques pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez +les laisser entrer. S'il se présentait plusieurs bâtimens de +guerre turcs pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous ferez +connaître à celui qui les commande qu'il est nécessaire +que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez même +l'engager à envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, +vous emploierez la force pour l'empêcher d'entrer.</p> + +<p>Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle +communique directement avec vous, vous serez à même de +prendre toute espèce d'information: vous lui ferez toute sorte +d'honnêtetés.</p> + +<p>Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires +anglais, vous ferez connaître à celui qui la commande +combien cela est indécent et contraire au respect que l'on doit +à la dignité du sultan, et vous l'engagerez à communiquer +avec vous directement sans parlementaire anglais, lui faisant +connaître que vous regarderez comme nulles toutes les lettres +qui vous viendront par les parlementaires anglais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Guibert, lieutenant des guides.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Rosette, en vous embarquant +de suite sur <i>la Diligence</i>. Vous remettrez les lettres +ci-jointes, au général Menou; vous aurez avec vous un Turc +nommé Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la caravelle qui +est à Alexandrie.</p> + +<p>Vous vous embarquerez à Rosette sur un canot parlementaire, +que le contre-amiral Perrée vous fournira. Vous vous +rendrez à bord de l'amiral anglais avec votre Turc, qui remettra +une lettre dont il est porteur à l'officier qui commande +la flottille turque.</p> + +<p>Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous +lui remettrez sans prétention les différens journaux égyptiens +et les numéros de la décade; vous tâcherez qu'il vous remette +les journaux qu'il pourrait avoir reçus d'Europe; vous laisserez +échapper dans la conversation que je reçois souvent des +nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous parle de +l'escadre russe qui assiége Corfou, vous lui laisserez d'abord +dire tout ce qu'il voudra, après quoi vous lui direz que j'ai +des nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez +sentir que vous ne croyez pas à la présence de l'escadre +russe devant Corfou, parce que, si les Russes avaient des +forces dans ces mers, ils ne seraient pas assez dupes de ne +pas être devant Alexandrie; vous lui direz, comme par inadvertance, +qu'il attribuera facilement à votre jeunesse, que, +depuis les premiers jours de septembre, tous les jours, je +fais partir un officier pour la France; que plusieurs de mes +aides-de-camp ont été expédiés, et entre autres, mon frère, +que vous direz parti depuis vingt-cinq jours. S'il vous demande +d'où ils partent, vous direz que vous ne savez pas +d'où tous sont partis; mais que, pour mon frère, il est parti +d'Alexandrie.</p> + +<p>Vous leur demanderez des nouvelles de la frégate <i>la Justice</i>, +sur laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez +où elle se trouve: s'il ne la connaissait pas, vous la lui +désigneriez comme une de celles qui s'en sont allées avec l'amiral +Villeneuve.</p> + +<p>Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci à Suez et +que vous croyez que vous me trouverez de retour; vous lui +direz, mais très-légèrement, que vous croyez qu'il est arrivé +un très-grand nombre de bâtimens à Suez, venant de l'Île de +France.</p> + +<p>Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait à +m'envoyer, je désirerais qu'il vînt à Rosette, et que j'avais donné +l'ordre qu'il vînt au Caire, et que, dans ce cas, je désirerais +qu'il nommât quelqu'un qui eût sa confiance et qui +fût intelligent.</p> + +<p>Vous lui direz également que, s'ils ont de la difficulté à faire +de l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent +leur être agréables, vous savez que mon intention est de les +leur faire fournir; vous leur raconterez que devant Mantoue, +sachant que le maréchal de Wurmser avait une grande quantité +de malades, je lui avais envoyé beaucoup de médicamens, +générosité qui avait beaucoup étonné le vieux maréchal; +que je lui faisais passer tous les jours six paires de +boeufs et toutes sortes de rafraîchissemens; que j'avais été +très-satisfait de la manière dont ils avaient traité nos prisonniers.</p> + +<p>Enfin, vous rentrerez à Rosette avec votre Turc sans toucher +Alexandrie. Si le contre-amiral Perrée préférait vous +faire partir d'Aboukir sur la chaloupe de <i>l'Orient</i>, vous vous +y rendriez.</p> + +<p>Vous reviendriez à Aboukir, et de là à Rosette, et descendrez +avec votre Turc au quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu à +différentes époques et sur différens points de l'armée.</p> + +<p>Les Arabes du désert de la Lybie harcelaient la garnison +d'Alexandrie. Le général Kléber leur fit tendre une embuscade; +le chef d'escadron Rabasse, à la tête de cinquante +hommes du quatorzième de dragons, les surprit le 5 thermidor +et leur tua quarante-trois hommes.</p> + +<p>À la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes +s'étaient réunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, +pour empêcher les eaux d'y arriver. Le chef de +brigade Barthélémy, à la tête de six cents hommes de la +soixante-neuvième, cerna le village de Birk et Glathas, la +nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla +et brûla le village. Ces exemples nécessaires rendirent les +Arabes plus sages, et, grâces aux peines et à l'activité de la +quatrième d'infanterie légère, les eaux sont arrivées, le 14 +brumaire, à Alexandrie en plus grande abondance que jamais. +Il y en a pour deux ans. Le canal nous a servi à approvisionner +de blé Alexandrie, et à faire venir nos équipages +d'artillerie à Djyzéh.</p> + +<p>Le général Andréossi, après différens combats sur le lac +Menzaléh, est arrivé, le 29 vendémiaire, sur les ruines de +Peluse. Il y a trouvé plusieurs antiques, entre autres un fort +beau camée; il y a dressé la carte de ce lac et de ses sondes +avec la plus grande exactitude. Nous avons dans ce moment +beaucoup de bâtimens armés dans ce lac. Il ne reste plus que +deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybéh, peu +de traces de celle de Peluse.</p> + +<p>Deux jours après que la populace du Caire se fut révoltée, +les Arabes accoururent de différens points du désert, et se +réunirent devant Belbeis. Le général Reynier les repoussa +partout; un seul coup de canon à mitraille en tua sept: après +différens petits combats ils disparurent, et quelque temps +après se sont soumis.</p> + +<p>Quelques djermes, chargées de chevaux nous appartenant, +ont été pillées par les habitans du village de Ramleh, et deux +dragons ont été tués. Le général Murat s'y est porté, a cerné +le village, et a tué une centaine d'hommes.</p> + +<p>Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abouché'ir, +un des principaux brigands du Delta, était à Kafr-Khaïr, +l'a surpris la nuit du 29 vendémiaire, a cerné sa maison, l'a +tué, lui a pris trois pièces de canon, quarante fusils, cinquante +chevaux, et beaucoup de subsistances.</p> + +<p>Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques +petits bâtimens, se sont approchés du fort d'Aboukir, +les 3, 4, 6 et 7 brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes +coulées bas: l'ordre était donné de les laisser débarquer; ils +ne l'ont pas osé faire. Ils doivent avoir perdu quelques hommes; +nous en avons eu deux blessés et un de tué: le citoyen +Martinet, commandant la légion nubique, s'est distingué.</p> + +<p>Depuis la bataille de Sédyman, le général Desaix était dans +le Faïoum. Dans cette saison, on ne peut en Égypte aller ni +par eau, il n'y en a pas assez dans les canaux; ni par terre, +elle est marécageuse et pas encore sèche: ne pouvant donc +poursuivre Mourad-Bey, le général Desaix s'occupa à organiser +le Faïoum.</p> + +<p>Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le +bruit qu'Alexandrie était pris, et qu'il fallait exterminer tous +les Français. Les villages se refusèrent à rien fournir au général +Desaix, qui se porta, le 19 brumaire, pour punir le village +de Céruni (Chérùnéh) qui était soutenu par deux cents +mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en déroute. +Le village a été pris, pillé et brûlé; l'ennemi a perdu +quinze à seize hommes.</p> + +<p>Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, +et un grand nombre de paysans, se portaient à Faïoum +pour enlever l'ambulance. Le chef de bataillon de la vingt-unième, +Epler, sortit au devant des ennemis, les culbuta par +une bonne fusillade, et les poussa la baïonnette dans les +reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés dans les +maisons pour piller, ont été tués; nous n'avons eu, dans ces +différens combats, que trois hommes tués et dix de blessés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Le capitaine du navire le <i>Santa-Maria</i>, qui a acheté ou +volé quatre pièces de canon de 2, un câble et un grappin, de +concert avec un matelot français, sera condamné a payer +6,000 fr. d'amende, qui seront versés dans la caisse du payeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p> + +<p>Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'êtes pas mon +ennemi; mais il est temps que vous vous expliquiez. Si vous +continuez à donner refuge et à garder sur les frontières de +l'Égypte Ibrahim-Bey, je regarderai cela comme une marque +d'hostilité, et j'irai à Acre.</p> + +<p>Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous éloignerez +Ibrahim-Bey à quarante lieues des frontières de l'Égypte, et +vous laisserez libre le commerce entre Damiette et la Syrie.</p> + +<p>Alors, je vous promets de respecter vos états, de laisser la +liberté entière au commerce entre l'Égypte et la Syrie, soit +par terre, soit par mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Faites sentir, citoyen général, au conseil militaire combien +il est essentiel d'être sévère contre les dilapidateurs qui vendent +la subsistance des soldats. C'est par ce manège-là qu'ils +nous ont vendu tout le vin que nous avons apporté de France. +Par la seule raison qu'il ne surveille pas des dilapidations +aussi publiques, le commissaire des guerres est coupable, et +mérite une punition exemplaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri.</i></p> + +<p>J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivée à Alexandrie; +cela contribuera à y maintenir la tranquillité et le bon ordre. +Il serait essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez +des moyens pour détruire les Arabes et les forcer à une +manière de vivre plus conforme à la vertu. Je vous prie aussi +de faire veiller les malintentionnés qui débarquent à deux ou +trois lieues d'Alexandrie, se glissent dans la ville et y répandent +des faux bruits qui ne tendent qu'à troubler la tranquillité.</p> + +<p>Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espère +qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps.</p> + +<p>Quant à la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas +long-temps à la disposition de nos ennemis. Alexandrie réacquerra +son ancienne splendeur, et deviendra le centre du +commerce de tout l'Orient; mais vous savez qu'il faut quelque +temps. Dieu même n'a pas fait le monde en un seul jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armée, +un duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 1er. +frimaire, et que je vous ai expédiée par un de mes courriers, +et le quadruplicata de celle que je vous ai écrite le 30 vendémiaire, +et que je vous ai également expédiée par un de mes +courriers, et enfin tous les journaux, ordres du jour et relations +que je vous ai fait passer par mille et une occasions.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy est obligé de se rendre en France pour +y prendre les eaux, par suite de la blessure qu'il a reçue dans +les premiers jours de notre arrivée en Égypte. Je l'engage à +se rendre à Paris, où il pourra vous donner tous les renseignemens +que vous pourrez désirer sur la situation politique, +administrative et militaire de ce pays.</p> + +<p>Nous attendons toujours avec une vive impatience des +courriers d'Europe.</p> + +<p>L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions +d'ordonnateur en chef.</p> + +<p>Comme nos lazarets sont établis à Alexandrie, Rosette et +Damiette, je vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de +quarantaine pour les bâtimens qui viennent d'Égypte, dès +l'instant qu'ils auront une patente en règle. Vous pouvez être +sûrs que nous serons extrêmement prudens, et que nous ne +donnerons point de patente, dès qu'il y aura le moindre +soupçon.</p> + +<p>Nous sommes, au printemps, comme en France au mois +de mai.</p> + +<p>Je me réfère, sur la situation politique et militaire de ce +pays, aux lettres que je vous ai précédemment écrites.</p> + +<p>J'envoie en France une quarantaine de militaires estropiés +ou aveugles: ils débarqueront en Italie ou en France: je vous +prie de les recommander à nos généraux et à nos ambassadeurs +en Italie, en cas qu'ils débarquent dans un port neutre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'état-major vous ordonne, citoyen général, de prendre +le commandement de la place d'Alexandrie. Je fais venir le +général Manscourt au Caire, parce que j'ai appris que le 24 +il a envoyé un parlementaire aux Anglais sans m'en rendre +compte, et que d'ailleurs sa lettre à l'amiral anglais n'était +pas digne de la nation. Je vous répète ici l'ordre que j'ai +donné, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans +mon ordre. Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutumé les +officiers qui sont sous mes ordres, à accorder des grâces et +non à en recevoir.</p> + +<p>J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers +à la quatrième d'infanterie légère; il est extrêmement +surprenant que je n'en aie rien su.</p> + +<p>Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette +grande garnison, et faites que l'on s'aperçoive du changement +de commandant.</p> + +<p>Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais +depuis trois jours la nouvelle que vous m'avez écrite, des +lettres venues de Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isolés qui devraient +être à l'armée. Ayez soin que personne ne s'en aille +qu'il n'ait son passeport en règle; que ceux qui s'en vont +n'emmènent point de domestiques avec eux, surtout d'hommes +ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent point +de fusils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire expédier d'Alexandrie +à Malte un bon marcheur du convoi, avec des dépêches +pour le contre-amiral Villeneuve. Vous lui ferez connaître le +désir que j'aurais qu'il pût, par le moyen de ses frégates, +nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les frégates pourraient +venir à Damiette où les ennemis ne croisent pas.</p> + +<p>Vous lui ferez connaître que depuis Alexandrie jusqu'à la +bouche d'Orum Faredge, à vingt heures est de Damiette, +toute la côte est à nous, et qu'en reconnaissant un point +quelconque de cette côte, et mettant un canot à la mer avec +cinquante hommes armés dedans, les dépêches nous parviendront +très-certainement.</p> + +<p>Vous lui direz que nous ne sommes bloqués ici que par +deux vaisseaux et une ou deux frégates: s'il pouvait paraître +ici avec trois ou quatre vaisseaux qu'il a à Malte, et +deux ou trois frégates, il pourrait enlever la croisière anglaise; +que nos bâtimens de guerre qu'il sait que nous avons à Alexandrie, +sont organisés et pourraient sortir pour lui donner des +secours.</p> + +<p>Vous donnerez pour instructions à ce bâtiment de ne point +se présenter devant le port de Malte, mais dans la cale de +Massa-Sirocco.</p> + +<p>Expédiez un autre bâtiment grec ou du convoi à Corfou +pour faire connaître à celui qui commande les forces navales +dans ce port, combien il est nécessaire qu'il nous expédie un +aviso avec toutes les nouvelles qu'il pourrait avoir à Corfou, +d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie, et de tout ce qui +s'est passé de nouveau dans ces mers. Donnez-lui également +une instruction du point où il doit aborder.</p> + +<p>Expédiez un troisième bâtiment du convoi, si vous pouvez, +un bâtiment impérial, au commandant des bâtimens +de guerre à Ancône. Vous lui direz que je désire qu'il m'expédie +un aviso pour me faire connaître la situation de ses bâtimens, +et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et entre autres +toutes les gazettes françaises et italiennes depuis notre départ.</p> + +<p>Vous lui donnerez également une instruction sur la marche +que doit tenir l'aviso.</p> + +<p>Vous expédierez un quatrième bâtiment du convoi, bon +voilier, pour se rendre à Toulon, avec une lettre pour le +commandant des armes, dans laquelle vous lui ferez connaître +notre situation dans ce pays, et la nécessité où nous +nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles de France +et les ordres du gouvernement, en évitant Alexandrie, et en +venant aborder, soit à Bourlas, soit à Damiette, soit à la +bouche d'Orum-Faredge.</p> + +<p>Vous ordonnerez au bâtiment de Toulon de passer entre +le cap Bon et Malte, d'éviter l'un et l'autre, de doubler les +îles Saint-Pierre, et de passer entre la Corse et les îles Minorques. +Si les vents le contrariaient ou qu'il apprît la présence +des ennemis, il pourrait aborder en Corse ou dans un +port d'Espagne.</p> + +<p>Sur chacun de ces trois ou quatre bâtimens, vous mettrez +un aspirant de la marine ou un officier marinier, qui sera +porteur de vos dépêches, et qui devra en rapporter la réponse. +Vous leur donnerez toutes les instructions nécessaires +à cet égard, et vous leur ferez bien connaître la manière dont +ils doivent se conduire à leur retour. Il sera promis une gratification +aux patrons des navires qui retourneront et nous +rapporteront des nouvelles du continent.</p> + +<p>Je vous enverrai, dans la matinée de demain, quatre paquets, +dont seront porteurs ces quatre officiers. Vous leur +ordonnerez de les garder, en les cachant; s'ils étaient pris +par les Anglais, je préfère qu'ils soient pris, plutôt que de +les jeter à la mer.</p> + +<p>Il n'y a que des imprimés dans ces paquets.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen +général, une colonne mobile dans toute la province de Rosette, +village par village, avec l'intendant, l'agent français et +un officier intelligent; à mesure qu'ils passeront dans un village, +ils exigeront les chevaux et la contribution.</p> + +<p>Vous verrez qu'elle rentrera très-promptement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen général, demain à Birket-el-Adji. +Vous partirez après-demain avant le jour de cet endroit +pour vous rendre, avec la plus grande diligence possible +à Suez. Il serait à désirer que vous pussiez y arriver le +14 au soir, ou le 15 avant midi.</p> + +<p>Vous m'enverrez un exprès arabe, tous les jours, auquel +vous ferez connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils +me remettront vos lettres.</p> + +<p>Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que +le chef de l'état-major vous a annoncées, le citoyen Collot, +enseigne de vaisseau avec dix matelots et le moallem ... +qui aura aussi huit ou dix de ses gens avec lui.</p> + +<p>Vous trouverez, à Suez, toutes les citernes, que j'ai fait +remplir.</p> + +<p>Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier +pour commander la place. Le citoyen Collot remplira +les fonctions de commandant des armes du port, et les officiers +du génie et d'artillerie qu'y envoient les généraux Caffarelli +et Dommartin, commanderont ces armes dans cette +place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir ou +inspecteur des douanes.</p> + +<p>Votre première opération sera de remplir toutes les citernes +qui ne sont pas pleines, et de faire un accord avec les +Arabes de Thor, pour qu'ils continuent à vous fournir toute +l'eau existant dans les citernes, en réserve.</p> + +<p>Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le +Suez ou une partie de Suez, de manière à être à l'abri des +attaques des Arabes, et avoir une batterie de gros canons +qui battent la mer.</p> + +<p>Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les +patrons des bâtimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous +leur écrirez, pour les assurer qu'ils peuvent en toute sûreté +continuer le commerce, qu'ils seront spécialement protégés.</p> + +<p>Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtimens qui +vont à Suez, une ou deux felouques des meilleures qui se +trouvent dans ce port, que vous ferez armer en guerre.</p> + +<p>Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez +toujours, par des Arabes et par duplicata, un mémoire sur +votre situation militaire, sur celle des citernes et sur la situation +du pays et le nombre des bâtimens.</p> + +<p>Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le +commerce et rien pour l'alarmer.</p> + +<p>Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai +un second convoi de biscuit.</p> + +<p>Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires +pour mettre tout le Suez ou une partie de Suez à l'abri +des attaques des Arabes, et si vous ne trouvez pas dans +cette place un assez grand nombre de pièces pour mettre en +batterie, indépendamment des deux que vous emmènerez +avec vous, je vous en ferai passer d'autres.</p> + +<p>Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de +temps pour faire des fortifications, afin que la compagnie +Omar, les marins et les canonniers suffisent pour la défense +contre les entreprises des Arabes, et si ces forces n'étaient +pas suffisantes, vous me le manderez: alors je les renforcerai +de quelques troupes grecques.</p> + +<p>Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux +fois par jour.</p> + +<p>Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, +soit sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous ferez réunir chez vous, citoyen général, dans le plus +grand secret, le contre-amiral Perrée, le chef de division Dumanoir, +le capitaine Barré.</p> + +<p>Vous dresserez un procès-verbal de la réponse qu'ils feront +aux questions suivantes, que vous signerez avec eux.</p> + +<p><i>Première question</i>. Si la première division de l'escadre +sortait, pourrait-elle, après une croisière, rentrer dans le +port neuf ou dans le port vieux, malgré la croisière actuelle +des Anglais?</p> + +<p><i>Seconde question</i>. Si <i>le Guillaume-Tell</i> paraissait avec <i>le +Généreux</i>, <i>le Dégo</i>, <i>l'Arthémise</i>, et les trois vaisseaux vénitiens +que nous avons laissés à Toulon et qui sont actuellement +réunis à Malte, la croisière anglaise serait obligée de se +sauver: se charge-t-on de faire entrer l'amiral Villeneuve +dans le port?</p> + +<p><i>Troisième question</i>. Si la première division sortait pour +favoriser sa rentrée, malgré la croisière anglaise, ne serait-il +pas utile, indépendamment du fanal que j'ai ordonné qu'on +allumât au phare, d'établir un nouveau fanal sur la tour du +Marabou? Y aurait-il quelques autres précautions à prendre?</p> + +<p>Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait différence +d'opinions, vous ferez mettre dans le procès-verbal +l'opinion de chacun.</p> + +<p>Je vous ordonne qu'il n'y ait à cette conférence que vous +quatre. Vous commencerez par leur ordonner le plus grand +secret.</p> + +<p>Après que le conseil aura répondu à ces trois questions et +que le procès-verbal sera clos, vous poserez cette question:</p> + +<p>Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire +de Malte, de quelle manière s'apercevrait-on de son arrivée +à la hauteur de la croisière? Quels secours les forces +navales actuelles du port pourraient elles lui procurer? et de +quel ordre aurait besoin le contre-amiral Perrée pour se croire +suffisamment autorisé à sortir?</p> + +<p>Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouées pour +désigner la passe?</p> + +<p>Les frégates <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i> et le vaisseau <i>le +Causse</i> seraient-ils dans le cas de sortir?</p> + +<p>Après quoi vous poserez cette question:</p> + +<p>Les frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Courageuse</i>, +<i>la Muiron</i>, les vaisseaux <i>le Causse</i>, <i>le Dubois</i>, +renforcés chacun par une bonne garnison de l'armée de terre +et de tous les matelots européens qui existent à Alexandrie, +seraient-ils dans le cas d'attaquer la croisière anglaise, si elle +était composée de deux vaisseaux et d'une frégate?</p> + +<p>Vous me ferez passer le procès-verbal de cette séance dans +le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai donné, citoyen général, plusieurs ordres pour que +tous les matelots existant à bord du convoi et ayant moins de +vingt-cinq ans, de quelque nation qu'ils soient, fussent envoyés +au Caire, ainsi que tous les matelots napolitains provenant +des bâtimens brûlés par les Anglais. L'un et l'autre +de ces ordres ont été mal exécutés, puisque les Napolitains +étaient seuls plus de trois cents, et qu'il était impossible que +tout le convoi ne contînt au moins cinq ou six cents personnes +dans le cas de la réquisition que je fais.</p> + +<p>Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la +position où est l'armée, qu'elle trouve dans les convois qui +sont sur le point de passer en Europe, de quoi se recruter +des pertes que peut lui avoir occasionnées, en différons événemens, +la conquête de l'Égypte.</p> + +<p>Indépendamment de cette raison, j'attachais une grande +importance à intéresser à notre opération un grand nombre de +marins de nations différentes, lesquelles, par-là, se trouveraient +plus à portée de nous donner des nouvelles, et ce que +nous avons besoin de France. Je vous prie donc, citoyen général, +de vous concerter avec le citoyen Dumanoir, commandant +des armes, et de prendre des mesures efficaces pour +que, dans le plus court délai, tous les jeunes matelots, italiens, +espagnols, français, etc., évacuent Alexandrie et soient +envoyés a Boulac.</p> + +<p>Veillez à ce qu'aucun bâtiment, en sortant du port, n'emmène +avec lui de jeunes matelots qui pourraient nous servir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen général, +faites verser dans la caisse du payeur général les 30,000 fr. +que vous avez dans votre caisse.</p> + +<p>Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois +pour votre pièce.</p> + +<p>Occupez-vous sans relâche à vous procurer des chevaux: +vous savez le besoin que nous en avons.</p> + +<p>Douze cents hommes de cavalerie bien montés et bien armés +partent demain pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. +J'espère, moyennant les chevaux que toutes les provinces +envoient, en avoir bientôt encore autant.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Je vous ai fait connaître, par mes dernières lettres, l'importance +extrême qu'il y avait à retenir tous les matelots napolitains, +génois, espagnols, etc.: cette mesure a été exécutée +en partie par le citoyen Dumanoir; mais elle est bien loin +de l'être entièrement, puisque les Napolitains seuls étaient +trois cent quatre-vingt. Les états que l'on m'a remis de la +force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept bâtimens +et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je +pense qu'aujourd'hui il sera réduit à deux mille. Il est indispensable +que vous parveniez à me procurer encore huit cents +hommes.</p> + +<p>Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des +jeunes gens ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, +pour trouver ce nombre vous aurez recours à une réquisition, +d'un quart de chaque équipage, ayant soin de prendre les +plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous les bâtimens du +convoi, soit français ou étrangers.</p> + +<p>Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen +Dumanoir, et concertez-vous avec lui pour nous procurer +huit cents hommes. Ce ne sera qu'après l'exécution préalable +de cet ordre, que je lèverai l'embargo mis sur une partie du +convoi.</p> + +<p>Visez vous-même tous les passeports de ceux qui s'en vont, +et ne laissez partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux +qui s'en vont n'ont pas besoin de domestiques, à moins qu'ils +n'aient plus de vingt-cinq ans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, un ordre que je vous prie +d'exécuter avec la plus grande exactitude. Après que vous +aurez fait arrêter ce citoyen, faites venir chez vous tous les +administrateurs de la marine, et lisez-leur mon ordre. Vous +leur direz que je reçois des plaintes de tous côtés sur leur conduite, +et qu'ils ne secondent en rien le citoyen Leroy; que je +punirai les lâches avec la dernière sévérité, et avec d'autant +moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage +n'est pas français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'intendant-général de l'Égypte.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, la lettre que m'a écrite la nation cophte. +Je me ferai toujours un plaisir de la protéger: désormais elle +ne sera plus avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, +ce que je prévois n'être pas éloigné, je lui accorderai +le droit d'exercer son culte publiquement, comme il est d'usage +en Europe, en suivant chacun sa croyance. Je punirai +sévèrement les villages qui, dans les différentes révoltes, ont +assassiné des cophtes. Dès aujourd'hui, vous pourrez leur +annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter +sur des mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et +de s'habiller de la manière qui peut leur convenir. Mais si +tous les jours seront marqués de ma part par des bienfaits; +si j'ai à restituer à la nation cophte une dignité et des droits +inséparables de l'homme, qu'elle avait perdus, j'ai le droit +d'exiger sans doute des individus qui la composent beaucoup +de zèle et de fidélité au service de la république. Je ne peux +pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement à me plaindre +du peu de zèle que plusieurs y ont mis. Comment en effet, +lorsque tous les jours des principaux scheicks me découvrent +les trésors des mameloucks, ceux qui étaient leurs +principaux agens ne me font-ils rien découvrir?</p> + +<p>Je rends justice à votre zèle et a celui de vos collaborateurs, +ainsi qu'à votre patriarche, dont les vertus et les intentions +me sont connues, et j'espère que, dans la suite, je +n'aurai qu'à me louer de toute la nation cophte.</p> + +<p>Je donne l'ordre pour que vous soyez remboursé, dans le +courant du mois, des avances que vous avez faites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Vu les pertes que nous avons éprouvées sur les diamans, la +femme de Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du +payeur 8,000 talaris dans l'espace de cinq jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p> + +<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, du pain pour +quatre jours.</p> + +<p>Si cette lettre vous arrive à temps, vous partirez demain +avec la plus grande partie de votre monde pour aller reconnaître +la position de Géziré-Bili, qui est à quatre lieues de +l'endroit que vous occupez. Quand vous serez à une demi-lieue +de ladite position, vous ferez connaître à ladite tribu de +Bili qu'elle n'a rien à craindre; qu'elle peut rester dans son +camp, parce que vous avez été prévenu que le scheick était +venu me voir et avait obtenu grâce.</p> + +<p>Vous tiendrez note de tous les villages par où vous passerez +pour arriver à Géziré, et vous observerez les différentes +positions qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances +exigent que vous deviez y marcher, vous sachiez comment +faire.</p> + +<p>Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et +après vous être promené en différens sens, avoir demandé s'il +y a des mameloucks à El-Mansoura, qui est un village près +de Géziré, avoir recommandé à tous les villages de payer +exactement le miri au général commandant la province, et à +ne pas cacher les mameloucks, à les déclarer s'il y en a, vous +retournerez, s'il est possible, coucher à Birket-el-Hadji.</p> + +<p>Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez +la partie à après-demain.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre du 14, citoyen général: je venais +d'ordonner la mesure que vous me proposez, de vendre +soixante-quatre mille pintes de vin. Veillez autant qu'il vous +sera possible à ce que ces fonds rentrent dans la caisse du +payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus grande +quantité pour masquer leurs vols. Écrivez au général Marmont +pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les +plus près de se gâter, et que l'on profite de cette circonstance +pour vérifier ce qu'il y a en magasin.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez +que messieurs les Anglais ont évacué Aboukir. Profitez-en +pour faire passer à Alexandrie la plus grande quantité de blé +possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, faire partir d'Alexandrie +le brick <i>le Lodi</i> pour se rendre à Derne. Il prendra +tous les renseignemens qu'il pourrait acquérir sur les nouvelles +de France et d'Europe.</p> + +<p>Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expédiées +par le gouvernement, y sont arrivées dans le courant +de brumaire, et n'y ont séjourné que vingt-quatre heures, +après avoir pris des renseignemens sur les Anglais et sur +notre position. Comme il est extrêmement intéressant que la +mission de ce brick soit ignorée, vous lui donnerez ses instructions +à ouvrir en mer.</p> + +<p>Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, +connaissant la côte depuis Alexandrie jusqu'à Saint Jean-d'Acre +et depuis Alexandrie jusqu'à Tripoli.</p> + +<p>J'imagine que la tartane que j'avais ordonné d'envoyer +depuis long-temps à Derne, sera partie: si elle ne l'était pas, +vous ordonneriez, au préalable, au citoyen Dumanoir de +n'expédier <i>le Lodi</i> que vingt-quatre heures après la tartane, +en ayant bien soin que la tartane ignore que ce brick devait +partir.</p> + +<p>Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement +la langue, et ayant eu des relations avec Derne, pourra +plus facilement prendre tous les renseignemens nécessaires.</p> + +<p>Vous spécifierez bien au commandant du brick que le citoyen +Arnaud n'est rien sur son bord, et n'a point d'ordre à +lui donner, et que lui seul est responsable de la manière dont +sa mission sera remplie.</p> + +<p>Vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il retourne le plus +tôt possible à Alexandrie.</p> + +<p>Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; +que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne doit point cingler +vers l'Europe; que cela serait regardé par le gouvernement +comme une lâcheté et une trahison, dont un Français +ne peut être soupçonné.</p> + +<p>Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1°. +de partir et d'ouvrir ses instructions à telle hauteur, et d'embarquer, +au moment du départ, un homme qui lui sera remis +par le général Marmont, commandant de la place;</p> + +<p>2°. Son instruction à ouvrir en mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instructions pour le citoyen Arnaud.</i></p> + +<p>Le brick sur lequel vous êtes embarqué, citoyen, vous +conduira à Derne.</p> + +<p>Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de +Derne; vous prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles +d'Europe et de Tripoli.</p> + +<p>Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce +que vous aurez vu et appris en mer, en expédiant de Derne +deux Arabes.</p> + +<p>Le brick vous ramènera à Alexandrie, et, à peine débarqué, +vous viendrez au Caire sans communiquer à personne +les nouvelles que vous aurez pu apprendre.</p> + +<p>Je compte sur votre zèle et sur vos lumières. Je saurai +vous tenir compte du service que vous aurez rendu dans +cette occasion à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au bey de Tripoli.</i></p> + +<p>Je profite d'un bâtiment qui va à Derne pour vous renouveler +l'assurance de vivre avec vous en bonne intelligence et +amitié.</p> + +<p>Dans plusieurs lettres que je vous ai écrites, je vous ai +témoigné le désir que j'ai de vous être utile ainsi qu'à ceux +qui dépendent de vous.</p> + +<p>Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, +de me les envoyer par des exprès.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime et à la considération que +j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue,</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au +citoyen Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti à Terraneh, +de verser dans la caisse du payeur, la valeur de deux +mille moutons et de cinquante chameaux, que le général +Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait restituer en disant +que c'était mon intention.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement, à Zante.</i></p> + +<p>Je vous expédie le brick <i>le Rivoli</i> pour avoir de vos nouvelles +et de celles de Corfou.</p> + +<p>Faites-moi passer toutes les gazettes françaises, italiennes +ou allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, +ainsi que les nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de +France, et de tous les bâtimens anglais, russes ou turcs qui +auraient paru sur vos côtes depuis ledit mois de messidor.</p> + +<p>Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir +sur Passwan-Oglou et sur Constantinople.</p> + +<p>Envoyez-nous ici un Français intelligent qui puisse me +donner de vive voix toutes les petites nouvelles que vous +pourriez avoir oubliées.</p> + +<p>Expédiez des bâtimens à Corfou et en Italie pour faire +connaître au commandant de cette place et au gouvernement +français que tout va au mieux ici.</p> + +<p>Expédiez-moi souvent des bâtimens sur Damiette.</p> + +<p>Les journaux et les imprimés que je vous fais passer vous +mettront à même de connaître notre position.</p> + +<p>Je vous, recommande de ne pas retenir le <i>Rivoli</i> plus +de trois ou quatre heures, et de le faire repartir tout de +suite, car je suis impatient d'avoir de vos nouvelles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Cette lettre, citoyen général, vous sera remise par le citoyen +Beauchamp.</p> + +<p>Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui +direz que je consens à ce que son bâtiment parte pour Constantinople +aux conditions suivantes:</p> + +<p>1°. Qu'il laissera en ôtages ses deux enfans et l'officier de +la caravelle, son plus proche parent, pour me répondre du +citoyen Beauchamp, qui va s'embarquer à son bord pour se +rendis à Constantinople.</p> + +<p>2°. Qu'il passera devant l'île de Chypre; qu'il fera entendre +au pacha que nous ne sommes pas en guerre avec la +Porte; qu'il nous renvoie le consul et les Français qui sont à +Chypre; qu'il les fera embarquer devant lui sur une djerme +pour se rendre à Damiette; qu'en conséquence vous allez +tenir en arrestation un officier et dix hommes de la caravelle +pour répondre du consul et des Français à Chypre, lesquels +seront envoyés à Damiette et renvoyés sur le même bâtiment +qui amènera les Fiançais de Chypre à Damiette.</p> + +<p>3°. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'échapper +à la croisière anglaise; qu'il évitera Rhodes, afin +d'échapper aux Anglais.</p> + +<p>4°. Qu'après que le citoyen Beauchamp aura causé avec le +grand-visir à Constantinople, il sera chargé de le faire revenir à +Damiette, et que, sur le même bâtiment qui ramènera le citoyen +Beauchamp, je ferai placer ses enfans et l'officier qu'il +aura laissés en ôtages.</p> + +<p>5°. Que du reste il peut compter que, dans tous les événemens, +je serai fort aise de lui être utile.</p> + +<p>Vous dresserez de votre séance avec lui un procès-verbal +en turc et en français, qu'il signera avec vous, et dont vous +et lui garderez une copie, en me faisant passer l'original.</p> + +<p>Cette conversation devra avoir lieu à neuf heures du matin: +vous lui mènerez le citoyen Beauchamp à bord. Vous +aurez soin auparavant que l'on tienne tout prêts sur un bâtiment +les affûts et tous les objets qu'on aurait à lui rendre.</p> + +<p>Dès l'instant que le procès-verbal sera signé et que les +ôtages seront remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la +nuit, si le temps est beau, il devra partir, ayant bien soin:</p> + +<p>1°. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp +soient parfaitement secrets;</p> + +<p>2°. Que le commandant de la caravelle, en arrivant à la +conférence, ait avec lui ses enfans et les personnes que vous +voulez garder pour ôtages, que vous lui désignerez pour +qu'ils se rendent à la conférence, et que vous laisserez dans +un autre appartement.</p> + +<p>3°. Qu'il n'ait plus, le reste de la journée, aucune espèce +de communication avec la terre sous quelque prétexte que ce +soit, afin que personne ne sache le départ de la caravelle: +sans quoi ces gens-là embarqueraient beaucoup de marchandises +et beaucoup de monde.</p> + +<p>Il faut que le lendemain à la pointe du jour, les Français +et les gens du pays soient tout étonnés de ne plus voir la caravelle.</p> + +<p>Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous déclarerez +que, s'il ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux +ordres pour le laisser partir.</p> + +<p>Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant +des armes, deux ou trois heures avant l'exécution.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Beauchamp.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous embarquerez +sur la caravelle; vous aborderez à Chypre, vous demanderez +au pacha, de concert avec le commandant de la caravelle, +qu'on envoie à Damiette le consul et les Français qu'on a arrêtes +dans cette île.</p> + +<p>Vous prendrez à Chypre tous les renseignemens possibles +sur la situation actuelle de la Syrie, sur une escadre russe +qui serait dans la Méditerranée, sur les bâtimens anglais qui +auraient paru ou qui y seraient constamment en croisière, +sur Corfou, sur Constantinople, sur Passwan-Oglou, sur +l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes, commandée par +Hassan-Bey, qui a été pendant un mois devant Aboukir, sur +les raisons qui empêchent qu'on apporte du vin à Damiette, +enfin sur les bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-là +sur l'Europe.</p> + +<p>Vous m'expédierez toutes ces nouvelles avec les Français, +si on les relâche, sur un petit bâtiment qui viendrait à Damiette; +ou, lorsque vous verrez l'impossibilité de porter ces +gens-là à relâcher les Français, vous expédieriez un petit bateau +avec un homme de la caravelle pour me porter vos lettres, +et sous le prétexte de me mander que le capitaine de la caravelle, +ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse relâcher les matelots de +la caravelle.</p> + +<p>À toutes les stations que le temps ou les circonstances +vous feraient faire dans les différentes échelles du Levant, +vous m'expédierez des nouvelles par de petits bâtimens envoyés +exprès à Damiette, et qui seront largement récompensés.</p> + +<p>Arrivé à Constantinople, vous ferez connaître à notre ministre +notre situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, +vous demanderez que les Français qui ont été arrêtés en Syrie +soient mis en liberté, et vous ferez connaître le contraste +de cette conduite avec la nôtre.</p> + +<p>Vous ferez connaître à la Porte que nous voulons être ses +amis; que notre expédition d'Égypte a eu pour but de punir +les mameloucks, les Anglais, et empêcher le partage de +l'empire ottoman que les deux empereurs, ont arrêté; que nous +lui prêterons secours contre eux, si elle le croit nécessaire, +et vous demanderez impérieusement et avec beaucoup de fierté +qu'on relâche tous les Français qu'on a arrêtés; qu'autrement +cela serait regardé comme une déclaration de guerre; +que j'ai écrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une +réponse, et qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un +ami capable de la faire triompher de tous ses ennemis, ou un +ennemi aussi redoutable que tous ses ennemis.</p> + +<p>Si notre ministre est arrêté, vous ferez ce qu'il vous sera +possible pour pouvoir causer avec des Européens: vous reviendrez +en apportant toutes les nouvelles que vous pourrez +recueillir sur la position actuelle politique de cet empire.</p> + +<p>Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en +quelque langue qu'ils soient depuis messidor.</p> + +<p>Si jamais on vous faisait la question: Les Français consentiront-ils +à quitter l'Égypte? Pourquoi pas, pourvu que les +deux empereurs fassent finir la révolte de Passwan-Oglou et +abandonnent le projet de partager la Turquie européenne? +Que, quant à nous, nous ferons tout ce qui pourrait être favorable +à l'Empire ottoman et le mettre à l'abri de ses ennemis: +mais que le préliminaire à toute négociation, comme à +tout accommodement, est un firman qui fasse relâcher les +Français partout où on les a arrêtés, surtout en Syrie.</p> + +<p>Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir +cet élargissement; vous déclarerez que vous ne répondez +pas que je n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberté +tous les Français qu'on a arrêtés; et, dans le cas où on voudrait +vous retenir, que si, sous tant jours, je ne vous +voyais pas revenir, je pourrais me porter à une invasion.</p> + +<p>Enfin le but de votre mission est d'arriver à Constantinople, +d'y demeurer, de voir nos ministres sept à huit +jours, et de retourner avec des notions exactes sur la position +actuelle de la politique et de la guerre de l'empire ottoman.</p> + +<p>Profitez de toutes les occasions pour m'écrire et pour +m'expédier des bâtimens à Damiette.</p> + +<p>De Constantinople, expédiez une estafette à Paris par +Vienne avec tous les renseignemens qui pourraient être nécessaires +au gouvernement: vous lui ferez passer les relations et +imprimés que je joins ici à cet effet.</p> + +<p>Ainsi, si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, vous +paraîtrez à Constantinople comme pour demander qu'on +relâche le consul français et qu'on laisse libre le commerce +entre l'Égypte et le reste de l'empire ottoman.</p> + +<p>Si la Porte nous avait déclaré la guerre et avait fait arrêter +nos ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle +comme une preuve du désir qu'a le gouvernement français +de voir se renouveler la bonne intelligence entre les deux +états, et en même temps vous demanderez notre ministre et +les autres Français qui sont à Constantinople.</p> + +<p>Vous lui ferez plusieurs notes pour détruire tout ce que +l'Angleterre et la Russie pourraient avoir imaginé contre +nous, et vous reviendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p> + +<p>J'ai écrit plusieurs fois à votre excellence pour lui faire +connaître les intentions du gouvernement français, de continuer +à vivre en bonne intelligence avec la Sublime Porte. +Je prends aujourd'hui le parti de vous en donner une nouvelle +preuve en vous expédiant la caravelle du grand-seigneur +et le citoyen Beauchamp, consul de la république, +homme d'un grand mérite, et qui a entièrement ma confiance.</p> + +<p>Il fera connaître à votre excellence que la Porte n'a point +de plus véritable amie que la république française, comme +elle n'aurait pas d'ennemie plus redoutable, si les intrigues +des ennemis de la France parvenaient à avoir le dessus à +Constantinople: ce que je ne pense pas, connaissant la sagesse +et les lumières de votre excellence.</p> + +<p>Je désire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp +à Constantinople le moins de temps possible, et me le +renvoie pour me faire connaître les intentions de la Porte.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime +et à la haute considération que j'ai pour elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Talleyrand, ambassadeur à Constantinople.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore +si mes lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reçu +de vous.</p> + +<p>J'expédie à Constantinople le citoyen Beauchamp, consul +à Mascate, pour vous faire connaître notre position, qui est +extrêmement satisfaisante, et pour, de concert avec vous, demander +qu'on mette en liberté tous les Français arrêtés dans +les échelles du levant et détruire les intrigues de la Russie et +de l'Angleterre.</p> + +<p>Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous +les détails et toutes les nouvelles qui pourraient vous intéresser.</p> + +<p>Je désire qu'il ne reste à Constantinople que sept à huit +jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen général, qu'avant de faire un tour à +Salahieh, vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles +dans les différens points de votre province.</p> + +<p>Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont +pas comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, +de faire lever le miri et les chevaux. Votre province est celle +qui est le plus en retard.</p> + +<p>Le général Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention +serait que vous lui procurassiez une quinzaine de +chameaux; et, après qu'il aura passé quelques jours a Salahieh +pour y organiser son service et rendre des visites aux +villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation, je +désire qu'on aille occuper Catieh, où mon intention est de +faire construire un fort.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 14.</p> + +<p>Il est toujours plus intéressant de rendre compte d'une +mauvaise nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une +faute que vous avez faite, d'oublier de rendre compte des +neuf prisonniers qu'ont faits les Anglais à la quatrième demi-brigade.</p> + +<p>L'état-major donne l'ordre à la légion nautique de se +rendre à Foua, d'où je la ferai venir au Caire pour l'habiller +et l'organiser, afin qu'elle puisse retourner, si les circonstances +l'exigeaient, et servir utilement.</p> + +<p>Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonné +le désarmement de la galère, qui a quatre ou cinq cents +hommes qui mangent beaucoup et ne nous rendraient pas un +service utile les armes à la main.</p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez envoyé ici beaucoup d'hommes +du convoi, et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des +hommes inutiles, j'en ferai partir la plus grande partie.</p> + +<p>Vous devez avoir beaucoup de pèlerins; débarrassez-vous-en +le plus tôt possible, ou par terre ou par mer.</p> + +<p>Envoyez aussi des Arabes à Derne pour avoir des nouvelles; +il y arrive souvent des tartanes de Marseille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 20 et 21.</p> + +<p>Il est parti hier un convoi.</p> + +<p>Vous avez dû recevoir, par le premier convoi, du riz, du +biscuit, de l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute +espèce, des outils et des sapeurs.</p> + +<p>Je vous ai mandé hier de faire venir tous les chameaux +qui vous ont porté du biscuit; joignez-y les chameaux qui +ont porté notre artillerie. Ne gardez que les chameaux qui +doivent porter l'eau à votre troupe. Ayez soin surtout que +les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il faut +faire ce que ces gens-là veulent. Laissez passer les lettres pour +Djedda sans les décacheter, et laissez aller et venir chacun +librement. Le commerce est souvent fondé sur l'imagination. +La moindre chose est un monstre pour ces gens-ci, qui ne +connaissent pas nos moeurs.</p> + +<p>Je vous recommande de faire mettre une corde au puits +d'Adjeroud, de manière que l'on puisse s'en servir. On dit que +l'eau est bonne pour les chevaux.</p> + +<p>Gardez spécialement les matelots, les sapeurs et les Turcs +d'Omar, une partie de la trente-deuxième, et renvoyez l'autre +partie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai fait arrêter +Cheraïbi: si vous êtes encore à Nay, vous vous rendrez à +Kélioubé pour mettre le scellé sur tous ses biens. Vous écrirez +au divan de la province et aux scheicks des Arabes que +Cheraïbi a été arrêté, parce qu'il m'a trahi, parce qu'il a, +malgré ses sermens de fidélité, correspondu avec les mameloucks, +et, le jour de la révolte du Caire, appelé les habitans +des différens villages qui environnent cette ville, à se +joindre aux révoltés; qu'ils doivent d'autant plus sentir la +justice de l'arrestation de Cheraïbi, qu'ils ont été témoins +de ses crimes, et que je l'avais comblé de bienfaits.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, Cheraïbi, chef de la +province de Kélioubé. Vous le ferez mettre en prison à la citadelle +et au secret, afin qu'il n'ait de communication avec +qui que ce soit. Vous prendrez toutes les mesures nécessaires +pour qu'il ne puisse pas s'échapper.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>L'adjudant-général Valentin, citoyen général, est parti +hier de Berket-el-Hadji. J'ai reçu votre lettre du 22.</p> + +<p>Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; +mais il doit être avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti +immédiatement après votre colonne. Si, à l'heure qu'il est, +il n'est pas à Suez, je crains fort qu'il n'ait été assassiné. Au +reste, je vais prendre des renseignemens.</p> + +<p>L'adjudant-général Valentin doit être arrivé, et vous allez +vous trouver approvisionné pour long-temps.</p> + +<p>On enverra, par la première occasion, de l'argent pour +les Turcs et pour les fortifications.</p> + +<p>Envoyez-nous les chameaux qui ont porté vos pièces. +Comme elles doivent rester à Suez, ils vous sont inutiles, et +serviront à vous en porter d'autres.</p> + +<p>Si vos rhumatismes, au lieu de se guérir, continuaient à empirer, +vous laisseriez le commandement à l'adjudant-général +Valentin, et vous vous rendriez au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Perrée.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, un sabre en remplacement +de celui que vous avez perdu à la bataille de Chebreisse. +Recevez-le, je vous prie, comme un témoignage de la reconnaissance +que j'ai pour les services que vous avez rendus +à l'armée dans la conquête de l'Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 20 frimaire, de +Mansoura, relative au commerce de Damiette avec la Syrie. +Mon intention est que le commerce soit entièrement libre. +L'inconvénient d'aider à la subsistance de nos ennemis est +compensé par d'autres avantages.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen général, +que l'on employait l'argent du miri à acheter du blé. Ce doit +être une coquinerie des intendans; je vais m'en faire rendre +compte. Mais je vous prie de tenir la main à ce que le produit +de toutes les impositions entre dans la caisse des préposés +du payeur général, et n'en sorte plus sans l'ordre du payeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve.</i></p> + +<p>Je n'ai point reçu de vos lettres, citoyen général; je vous +envoie un aviso. Faites-moi connaître par son retour quelle +est votre position et ce que vous pourriez avoir appris des +mouvemens et du nombre des ennemis dans la Méditerranée.</p> + +<p>Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux +frégates devant Alexandrie.</p> + +<p>Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et +trois ou quatre frégates de Malte. Nous désirons bien vous +voir arriver ici.</p> + +<p>Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en +un millier sur l'aviso que je vous expédie, et envoyez-nous +le reste sur des bâtimens qui viendraient aborder à Damiette.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu du contre-amiral Ganteaume des +lettres qui ont dû vous faire connaître le besoin où nous sommes +d'avoir des nouvelles d'Europe, et de recevoir notre second +convoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai expédié un officier de l'armée, avec ordre de +ne rester que sept à huit jours à Paris, et de retourner au +Caire.</p> + +<p>Je vous envoie différentes relations de petits événemens +et différens imprimés.</p> + +<p>L'Égypte commence à s'organiser.</p> + +<p>Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait +une lettre pour le commandant des forces françaises en +Égypte: cette lettre s'est perdue. Il paraît que notre arrivée +en Égypte a donné une grande idée de notre puissance aux +Indes, et a produit un effet très-défavorable aux Anglais: on s'y bat.</p> + +<p>Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un +courrier depuis messidor. Cela est sans exemple dans les colonies +même.</p> + +<p>Mon frère, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que +je vous ai expédiés, doivent être arrivés.</p> + +<p>Expédiez-nous des bâtimens sur Damiette.</p> + +<p>Les Anglais avaient réuni une trentaine de petits bâtimens, +et étaient à Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux +de guerre et deux frégates devant Alexandrie.</p> + +<p>Le général Desaix est dans la Haute-Égypte, poursuivant +Mourad-Bey, qui, avec un corps de mameloucks, s'échappe +et fuit devant lui.</p> + +<p>Le général Bon est à Suez.</p> + +<p>On travaille avec la plus grande activité aux fortifications +d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez +et du Caire.</p> + +<p>L'armée est dans le meilleur état et a peu de malades. Il y +a en Syrie quelques rassemblemens de forces turques. Si +sept jours de désert ne m'en séparaient, j'aurais été les faire +expliquer.</p> + +<p>Nous avons des denrées en abondance, mais l'argent est +très-rare, et la présence des Anglais rend le commerce nul.</p> + +<p>Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est +un besoin vif pour nos âmes: car si la gloire nationale avait +besoin de nous, nous serions inconsolables de ne pas y être.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de division Dumanoir.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement +possible, un bâtiment pareil à celui dans lequel s'est +embarqué le citoyen Louis Bonaparte: il sera approvisionné +pour un mois d'eau et deux de vivres. Il prendra à son bord +le citoyen ... chargé d'une mission.</p> + +<p>Vous remettrez au commandant du bâtiment que vous expédierez, +l'ordre que je vous envoie qu'il ouvrira à trois +lieues en mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen ... officier, chargé de dépêches.</i></p> + +<p>Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez, vous +conduira à Malte. Vous remettrez les lettres que je vous envoie +à l'amiral Villeneuve et au général commandant de Malte.</p> + +<p>Le commandant de la marine, à Malte, vous donnera sur-le-champ +un bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie +qu'il jugera le plus sûr, d'où vous prendrez la poste +pour vous rendre en toute diligence à Paris et remettre les +dépêches que je vous fais passer au gouvernement.</p> + +<p>Vous resterez huit à dix jours à Paris: après quoi vous +reviendrez en toute diligence, en venant vous embarquer +dans un port du royaume de Naples ou à Ancône.</p> + +<p>Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment +à Damiette.</p> + +<p>Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères, +membre du corps législatif; il vous remettra tous les papiers +et imprimés qui auraient paru depuis messidor.</p> + +<p>Je compte, dans tous les événemens imprévus qui pourraient +survenir dans votre mission, sur votre zèle, qui est de +faire parvenir vos dépêches au gouvernement, et d'en apporter +les réponses.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen ...</i></p> + +<p>Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de +vue de toute terre. Si vous apprenez que le port soit bloqué, +vous aborderez de préférence à la cale de Massa-Sirocco, où +il y a des batteries qui vous mettront à l'abri de toute insulte.</p> + +<p>Là, vous débarquerez l'officier que vous avez à votre +bord.</p> + +<p>Vous instruirez le Commandant de la marine à Malte et le +contre-amiral Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en +mer, et du nombre des vaisseaux qui sont devant Alexandrie, +et vous demanderez les ordres du commandant de la marine.</p> + +<p>Vous reviendrez m'apporter les dépêches du général commandant +à Malte, et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous +ne pouvez pas aborder à Alexandrie, vous aborderez à Damiette +ou sur tout autre point de la côte, depuis le Marabou +jusqu'à Orum-Faregge à trente lieues de Damiette.</p> + +<p>Vous ne resterez que vingt-quatre heures à Malte.</p> + +<p>Je compte sur votre zèle dans une mission aussi importante, +qui, indépendamment des nouvelles qu'elle doit nous +faire avoir de l'Europe, doit nous faire venir des objets essentiels +pour l'armée.</p> + +<p>Vous chargerez sur votre bâtiment les armes que le commandant +de Malte vous remettra.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25. J'ai lu avec +le plus vif intérêt ce que vous m'avez dit relativement à l'Indien +des états de Tippoo Saïb.</p> + +<p>Il serait nécessaire que vous fissiez sonder la rade pour +savoir si des frégates de l'île de France que j'attends, pourraient, +étant arrivées à Suez, s'approcher de la côte jusqu'à +deux cents toises, de manière à être protégées par les batteries +de la côte.</p> + +<p>Le chef de bataillon Say est arrivé. La caravelle que je +vous ai envoyée, chargée de riz et d'avoine pour les chevaux, +sera sans doute arrivée également.</p> + +<p>J'ai ordonné au kiaka des Arabes de me faire venir deux +bouteilles d'eau de la source chaude qui se trouve à deux +journées de Suez, sur la côte de la mer Rouge.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 19 frimaire. La +correspondance commence à être bien lente par le Nil.</p> + +<p>Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, +doivent être arrivés.</p> + +<p>Si un bâtiment, dans la principale passe, peut favoriser +l'entrée des bâtimens qui vous viendraient de France, il est +nécessaire, je crois, que vous vous concertiez avec le commandant +des armes pour en faire mettre un.</p> + +<p>Envoyez à Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits +bâtimens qui peuvent passer la barre, afin de charger à Rosette +pour Alexandrie des riz, du biscuit, du blé, de l'orge +et autres objets. Je vais faire filer sur Rosette jusqu'à cent +mille quintaux de blé; mais prenez toutes les mesures pour +qu'il ne soit pas dilapidé.</p> + +<p>Tâchez d'envoyer des Arabes à Derne. Faites écrire par +un habitant d'Alexandrie à un habitant de Derne, afin de +lui faire connaître que si, toutes les fois qu'il arrive des nouvelles +de France, il nous les fait passer, ses courriers seront +bien payés, et que lui aura une bonne récompense.</p> + +<p>Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, +et deux mille quintaux de farine.</p> +<br><br> + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 décembre 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, voulant favoriser le couvent +du mont Sinaï:</p> + +<p>1°. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de +notre conquête;</p> + +<p>2°. Par respect pour Moïse et la nation juive, dont la cosmogonie +nous retrace les âges les plus reculés;</p> + +<p>3°. Parce que le couvent du mont Sinaï est habité par des +hommes instruits et policés, au milieu de la barbarie des déserts +où ils vivent;</p><br> + +<p class="milieu"><b>Ordonne:</b></p> + +<p>ART 1er. Les Arabes bédouins, se faisant la guerre entre +eux, ne peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'établir ou +demander asile dans le couvent, ni aucune subsistance ou +autres objets.</p> + +<p>2. Dans quelque lieu que résident les religieux, il leur +sera permis d'officier, et le gouvernement empêchera qu'ils +ne soient troublés dans l'exercice de leur culte.</p> + +<p>3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, +comme ils ont été exemptés suivant les différens titres +qu'ils en conservent.</p> + +<p>4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises +et autres objets qu'ils importeront et exporteront +pour l'usage du couvent, et principalement pour les soieries, +les satins et les produits des fondations pieuses, des +jardins, des potagers qu'ils possèdent dans les îles de Scio et +de Chypre.</p> + +<p>5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont été +assignés dans diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur +les immeubles, soit sur leurs produits.</p> + +<p>6. Ils ne paieront aucune épice, rétribution et autres droits +attribués aux juges dans les procès qu'ils pourront avoir en +justice.</p> + +<p>7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation +et d'achat de grains pour la subsistance de leur +couvent.</p> + +<p>8. Aucun patriarche, évêque ou autre ecclésiastique supérieur, +étranger à leur ordre, ne pourra exercer d'autorité sur +eux ou dans leur couvent; cette autorité étant exclusivement +remise à leurs évêques et au corps des religieux du mont +Sinaï.</p> + +<p>Les autorités civiles et militaires veilleront à ce que les religieux +du mont Sinaï ne soient pas troublés dans la jouissance +desdits privilèges.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans du Caire.</i></p> + +<p>Des hommes pervers avaient égaré une partie d'entre vous: +ils ont péri. Dieu m'a ordonné d'être clément et miséricordieux +pour le peuple; j'ai été clément et miséricordieux envers +vous.</p> + +<p>J'ai été fâché contre vous de votre révolte; je vous ai privés +pendant dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je +vous le restitue: votre bonne conduite a effacé la tache de +votre révolte.</p> + +<p>Chéryfs, eulémas, orateurs de mosquées, faites bien connaître +au peuple que ceux qui, de gaîté de coeur, se déclareraient +mes ennemis, n'auraient de refuge ni dans ce monde +ni dans l'autre. Y aurait-il un homme assez aveugle pour ne +pas voir que le destin lui-même dirige toutes mes opérations? +y aurait-il quelqu'un assez incrédule pour révoquer en doute +que tout, dans ce vaste univers, est soumis à l'empire du +destin?</p> + +<p>Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est +monde, il était écrit qu'après avoir détruit les ennemis de +l'islamisme, fait abattre les croix, je viendrais du fond de +l'occident remplir la tâche qui m'a été imposée. Faites voir +au peuple que, dans le saint livre du Qoran, dans plus de +vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et que ce qui arrivera +est également expliqué.</p> + +<p>Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empêche +de nous maudire, changent; car, en faisant au ciel des voeux +contre nous, ils sollicitent leur condamnation; que les vrais +croyans fassent des voeux pour la prospérité de nos armes.</p> + +<p>Je pourrais demander compte à chacun de vous des sentimens +les plus secrets du coeur; car je sais tout, même ce que +vous n'avez dit à personne: mais un jour viendra que tout le +monde verra avec évidence que je suis conduit par des ordres +supérieurs, et que tous les efforts humains ne peuvent rien +contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont les premiers +à se mettre avec moi!</p> + +<p>ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan composé de +soixante personnes ci-après nommées:</p> + +<p>(<i>Suivent les noms</i>).</p> + +<p>2. Il y aura auprès du divan un commissaire français, le +citoyen Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar +Kiaka.</p> + +<p>3. Le général commandant la place fera réunir le 5 nivose, +à neuf heures du matin, les membres qui doivent composer +le divan général.</p> + +<p>4. Ils procéderont à la nomination d'un président, de deux +secrétaires, au scrutin et à la majorité absolue des suffrages.</p> + +<p>5. Après quoi ils procéderont à la nomination des quatorze +personnes qui devront composer le petit divan, au scrutin et +à la pluralité absolue. Les séances du divan général doivent +être terminées en trois jours: il ne pourra être réuni que par +une convocation extraordinaire.</p> + +<p>6. Lorsque le général en chef aura accepté les membres +nommés par le divan général pour faire partie du divan, +ceux-ci se réuniront et procéderont à la nomination d'un +président pris dans les quatorze, d'un secrétaire, de deux +interprètes pris hors des quatorze, d'un huissier, d'un chef +de bâtonniers et de dix bâtonniers.</p> + +<p>7. Les membres composant le petit divan se réuniront tous +les jours, et s'occuperont sans relâche de tous les objets relatifs +à la justice, au bonheur des habitans, et aux intérêts +de la république française.</p> + +<p>8. Le président aura cent talaris par mois, les autres treize +membres quatre-vingt talaris par mois, les secrétaires auront +vingt-cinq talaris par mois, l'huissier soixante parahs +par jour, le chef des bâtonniers quarante parahs, les autres +bâtonniers quinze parahs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, que j'ai lue avec +le plaisir que l'on éprouve toujours lorsqu'on pense à des +gens que l'on estime et sur l'attachement desquels on compte.</p> + +<p>Dans peu de jours je serai au Caire.</p> + +<p>Je m'occupe, dans ce moment-ci, à faire faire les opérations +nécessaires pour désigner l'endroit par où l'on peut faire +passer les eaux pour joindre le Nil et la mer Rouge. Cette +communication a existé jadis, car j'en ai trouvé la trace en +plusieurs endroits.</p> + +<p>J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus +commettre des vols autour de la ville. Je désirerais que vous +prissiez des informations pour connaître de quelle tribu ils +sont; car mon intention est de les punir sévèrement. Il est +temps enfin que ces brigands cessent d'inquiéter le pauvre +peuple qu'ils rendent bien malheureux.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du +bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>À mon retour d'une course dans le désert, je reçois vos +lettres des 21, 25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose.</p> + +<p>J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances +essentielles où vous vous êtes trouvé.</p> + +<p>Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison +d'Alexandrie n'est pas celui dans lequel vous êtes, d'autant +plus que la saison vous débarrassant des Anglais, vous êtes +tranquille de ce côté-là.</p> + +<p>Que la caravelle parte le plus tôt possible, que <i>le Lodi</i> +parte lorsque le citoyen Arnaud sera guéri.</p> + +<p>Multipliez vos relations avec Damanhour, où se trouve le +quartier-général de la province. Vous recevrez l'ordre de l'état-major, +pour que l'adjudant-général Leturcq vous rende +compte exactement.</p> + +<p>Le citoyen Boldoni part.</p> + +<p>J'attends les quatre à cinq cents matelots que vous m'avez +annoncés et surtout les Napolitains.</p> + +<p>Je donne ordre pour que le village du schérif d'Alexandrie +lui soit donné.</p> + +<p>Je vous autorise à envoyer un parlementaire aux Anglais: +vous leur direz que vous avez appris qu'ils avaient la peste à +bord, et que dans ce cas vous leur offrez tous les secours que +l'humanité pourrait exiger.</p> + +<p>Envoyez un homme extrêmement honnête, qui soit peu +parleur et qui ait de bonnes oreilles.</p> + +<p>Si Lavalette était à Alexandrie, et que vous eussiez l'idée +de l'y envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer +un homme qui ait le grade tout au plus de capitaine, +qui leur pourra porter les gazettes d'Égypte, et qui tâchera +de tirer des gazettes d'Europe, s'ils en ont et s'ils veulent en +donner.</p> + +<p>Recommandez que l'officier seul monte à bord, de manière +qu'à son retour dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, +et qu'il vous confie seul tout ce qui se sera passé.</p> + +<p>Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront +ponctuellement exécutés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Vous partirez demain, citoyen général, à huit heures du +matin. Vous sortirez comme pour aller à Belbeis, dehors de +la ville; vous gagnerez le Mokattam; vous vous enfoncerez à +deux lieues dans le désert, et vous vous dirigerez en suivant +toujours le désert sur le village de Gamasé, province d'Alfiéli, +où se trouvent les tribus des Aydé et des Masé, qui +ont cent hommes montés sur des chameaux, et qui sont des +tribus ennemies.</p> + +<p>Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est +un des grands ennemis de ces tribus.</p> + +<p>Vous combinerez votre marche de manière à vous reposer +pendant la nuit à deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir, +à la pointe du jour, tomber sur leur camp, prendre +tous leurs chameaux, bestiaux, femmes, enfans, vieillards, +et la partie de ces Arabes qui sont à pied.</p> + +<p>Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas +prendre.</p> + +<p>Comme le village où ils sont n'est pas éloigné du Nil, vous +ferez embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les +femmes, bestiaux, et tous les prisonniers. Vous vous mettrez +à la poursuite des fuyards qui nécessairement se porteront du +côté de Gendeli et de Toueritz. Vous irez dans l'un et l'autre +de ces endroits; de là vous irez jusqu'à la mer Rouge, et vous +vous trouverez pour lors à peu près à trois lieues de Suez, au +commandant duquel vous écrirez un mot.</p> + +<p>Vous mènerez avec vous le chef de brigade Lédé avec quatre-vingts +hommes du dix-huitième et du troisième. Vous le +chargerez, avec ce détachement, de la garde des prisonniers, +du détail de l'embarquement, de la conduite des prisonniers et +de tout ce que vous aurez pris.</p> + +<p>Indépendamment de quatre jours de vivres que vous avez +eu l'ordre d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre +pour deux jours à la troupe; ce qui vous fera pour six jours.</p> + +<p>Dans toute votre marche dans le désert, vous pousserez +toujours sur votre droite et votre gauche, à une lieue, un officier +et quinze hommes de cavalerie, et vous marcherez sur +tous les convois de chameaux que vous rencontrerez dans +votre route. Je compte que votre course en produira plusieurs +centaines.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lanusse.</i></p> + +<p>Je désire, citoyen général, que vous fassiez arrêter le fils +d'Abou-Chaïr, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte à +la citadelle du Caire: c'est un ôtage qu'il est bon d'avoir. Ses +biens seront confisqués au profit de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Caffarelli.</i></p> + +<p>Demain, citoyen général, le général Junot part pour Suez.</p> + +<p>Je désire que la position du puits qui se trouve vers la moitié +du chemin soit déterminée; que les ingénieurs se munissent +de tout ce qui sera nécessaire pour descendre dans ce +puits; qu'ils reconnaissent si l'on a creusé jusqu'au roc, et +s'il serait possible de creuser davantage; enfin qu'ils mesurent +la distance du Caire à Suez.</p> + +<p>Après demain d'autres ingénieurs partiront escortés par +cinquante hommes, que le général Junot laisse à cet effet. Ils +mesureront aussi la distance du Caire à Suez, par la vallée de +l'Égarement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p> + +<p>Je ne conçois pas, citoyen général, comment les consuls +étrangers ont pu recevoir une lettre de l'amiral anglais sans +que vous en soyez instruit, et je conçois encore moins comment +l'ayant reçue, ils l'aient publiée sans votre permission.</p> + +<p>Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis +cette lettre, et faites-leur connaître que si, à l'avenir, +ils ne vous remettaient pas toutes cachetées les lettres qu'ils +recevraient, vous les feriez fusiller. Si ce cas se représentait, +vous m'enverriez la lettre toute cachetée.</p> + +<p>Vous ferez mettre le scellé sur tous les effets du nommé +Jennovisch, capitaine impérial qui s'est rendu à Alexandrie, +et vous me l'enverrez sous bonne escorte au Caire; vous aurez +soin de le faire mettre nu, et de prendre tous ses habillemens +que vous ferez découdre pour vous assurer qu'il n'y a +rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits.</p> + +<p>L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect: du +reste, je suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera +des nouvelles du continent; mais qu'il ne parle à personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent +six mille talaris; les sagats, mille; les négocians de Damas, +sept cents. Voyez de les faire payer dans les vingt-quatre +heures.</p> + +<p>Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et +nos moyens d'avoir de l'argent. Tâchez de nous avoir deux à +trois cent mille francs.</p> + +<p>Les deux bâtimens de café qui sont arrivés à Suez doivent +avoir payé quelques droits; faites-vous-en remettre le +montant.</p> + +<p>Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain +dix mille talaris, après demain dix mille autres; le 1er. +pluviose, dix mille; le 3, dix mille autres; le 5, dix mille +autres: en tout cinquante mille talaris.</p> + +<p>Vous hypothéquerez pour le paiement dudit argent, les +blés qui sont dans la Haute-Égypte, et vous leur ferez connaître +qu'il est indispensable que cela soit soldé, parce que +j'en ai le plus grand besoin.</p> + +<p>Vous me ferez demain un rapport sur la quantité d'obligations +qu'a en ce moment l'enregistrement, en comptant depuis +aujourd'hui, décade par décade.</p> + +<p>Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantité des villages +et terres qui ont été affermés et sur les conditions desdits +affermages.</p> + +<p>Vous demanderez deux mois d'avance à tous les adjudicataires +des différentes fermes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Suez, citoyen général; vous y passerez +une inspection rigoureuse de tous les établissemens de la +marine de Suez; vous donnerez les ordres pour que tous les +magasins et établissemens soient conformes au projet que j'ai +d'organiser et de maintenir à Suez un petit arsenal de construction.</p> + +<p>La chaloupe canonnière <i>la Castiglione</i> sera sans doute de +retour.</p> + +<p>Si les trois autres chaloupes canonnières sont prêtes, bien +armées, et dans le cas de remplir une mission dans la mer +Rouge, vous partirez avec elles.</p> + +<p>Vous vous rendrez à Cosseir, Vous vous emparerez de tous +les bâtimens appartenant aux mameloucks, qui sortiront du +port.</p> + +<p>Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ +dans le meilleur état de défense.</p> + +<p>Vous tâcherez de correspondre avec le général Desaix. +Vous laisserez en croisière, devant le port de Cosseir, une +partie de vos chaloupes canonnières.</p> + +<p>Vous mènerez avec vous un commissaire de la marine, et +un officier intelligent que vous établirez à Cosseir, commissaire +et commandant des armes.</p> + +<p>Vous ferez tous les réglemens que vous jugerez nécessaires +pour l'établissement de la douane, pour la formation des magasins +nationaux, la recherche de tout ce qui appartenait aux +mameloucks, et pour le commerce.</p> + +<p>Vous écrirez à Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaître +que l'on peut venir, en toute sûreté, commercer dans +le port de Suez; que toutes les mesures ont été prises pour +l'organisation du port, et pour pouvoir fournir aux bâtimens +tous les secours dont ils auront besoin.</p> + +<p>Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnières +vingt hommes, dont quarante de la légion maltaise, +dix canonniers que vous laisserez en garnison à Cosseir, et +trente hommes de la trente-deuxième demi-brigade.</p> + +<p>Vous ferez embarquer deux pièces de quatre, de campagne, +que vous laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en +trouve pas.</p> + +<p>Du reste, vous combinerez votre marche de manière que, +autant que les vents pourront le permettre, vous soyez, de +votre personne, de retour au Caire du 15 au 20 pluviose.</p> + +<p>Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, +des lettres pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir +à leur destination.</p> + +<p>Si les quatre armemens n'étaient pas achevés, vous enverriez +alors les trois qui seraient prêts, avec les mêmes instructions +que je vous donne; mais vous resteriez à Suez, et +donneriez le commandement à un capitaine de frégate.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la république +paieront, du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose +et ventose d'avance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, à titre d'emprunt, +savoir: demain, dix mille talaris; après demain, dix +mille; le 1er. pluviose, dix mille; le 3 <i>idem</i>, dix mille; le +5 <i>id.</i>, dix mille. En tout, cinquante mille talaris.</p> + +<p>Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantité de blés +de la Haute-Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Il sera formé un conseil des finances, chez l'administrateur +des finances, qui se réunira demain à deux heures après-midi. +Il sera composé des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, +et de l'ordonnateur en chef.</p> + +<p>Ce conseil s'occupera: 1°. du système et du tarif des monnaies +et des changemens possibles à y faire, les plus avantageux +à nos finances; 2°. des opérations que dans la position +actuelle de l'Égypte, on pourrait faire pour procurer de l'argent +à l'armée et accroître ses ressources; 3°. du plan raisonnable +que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer les revenus +de la république, donner aux soldats de l'armée une +récompense qu'ils ont méritée à tant de titres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hôpitaux +par un officier supérieur de ronde, qui prendra toutes les +précautions nécessaires à cet effet, qui visitera tous les malades, +et fera fusiller sur-le-champ dans la cour de l'hôpital +les infirmiers ou employés qui auraient refusé de fournir aux +malades tous les secours et vivres dont ils ont besoin. Cet officier, +en sortant de l'hôpital, sera mis pour quelques jours +en réserve dans un endroit particulier.</p> + +<p>Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de +l'eau-de-vie à la troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin +d'ici au mois de juin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Verdier.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 24 et 25. J'ai +appris avec intérêt l'expédition que vous avez faite contre les +Arabes de Derne.</p> + +<p>Le scheick du village de Mit-Massaout est extrêmement +coupable; vous le menacerez de lui faire donner des coups +de bâton, s'il ne vous désigne pas l'endroit où il y aurait +d'autres mameloucks et d'autres pièces qu'ils auraient cachées. +Vous vous ferez donner tous les renseignemens que vous +pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne +qui pourraient être dans son village: après quoi vous lui ferez +couper la tête, et la ferez exposer avec une inscription +qui désignera que c'est pour avoir caché des canons.</p> + +<p>Vous ferez également couper la tête aux mameloucks, et +vous enverrez à Gizeh les trois pièces de canon que vous +avez trouvées dans ce village. Faites une proclamation dans +la province, pour que tous les villages qui auraient des canons, +aient à les envoyer dans le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Lannes dans l'île de Baouda +avec vingt feddams de terre, dix de chaque côté, lui sont +donnés en toute propriété.</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Dommartin et le jardin qui +est vis-à-vis, à gauche du nouveau chemin, lui sont donnés +en toute propriété.</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Murat lui est donnée en +toute propriété.</p> + +<p>L'île de Baouda sera partagée en dix portions: seront exceptées +la partie sud, où est le Mekkias, et la partie nord, +où il y a une batterie, avec un arrondissement convenable.</p> + +<p>L'île vis-à-vis Boulac, où est le lazaret, sera partagée en +dix portions.</p> + +<p>Le général en chef se réserve le soin de donner ces vingt portions +à des officiers de l'armée qui les mériteront.</p> + +<p>L'administrateur général des finances fera rédiger, dans la +journée de demain, par le bureau d'enregistrement, les actes +de propriété de ces différens officiers, et prendra des mesures +pour exécuter d'ici au 20 pluviose l'article 2 du présent +ordre. Les actes de propriété seront remis chez le payeur.</p> + +<p>Le chef de l'état-major général fera connaître aux généraux +en chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens +leur sont donnés en gratification extraordinaire pour les services +qu'ils ont rendus dans la campagne et pour les dépenses +qu'elle leur a occasionnées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'iman de Mascate.</i></p> + +<p>Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ce que +vous avez déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée française +en Égypte.</p> + +<p>Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous devez +être convaincu du désir que j'ai de protéger tous les bâtimens +de votre nation, et que vous les engagiez à venir à Suez, où +ils trouveront protection pour leur commerce.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tipoo-Saïb, +par la première occasion qui se trouvera pour les Indes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À Tipoo-Saïb.</i></p> + +<p>Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de +la mer Rouge avec une armée innombrable et invincible, +remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l'Angleterre.</p> + +<p>Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que +vous me donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des +nouvelles sur la situation politique dans laquelle vous vous +trouvez. Je désirerais même que vous pussiez envoyer à Suez +ou au grand Caire quelque homme adroit qui eût votre confiance, +avec lequel je pusse conférer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sultan de la Mecque.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ai compris +le contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai fait pour la +douane de Suez, et mon intention est de le faire exécuter +ponctuellement. Je ne doute pas que les négocians de l'Hygiaz +ne voient avec gratitude la diminution des droits que j'ai +faite pour le plus grand avantage du commerce, et vous pouvez +les assurer qu'ils jouiront ici de la plus ample protection.</p> + +<p>Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en +Égypte, vous n'avez qu'à me le faire savoir, et je me ferai un +plaisir de vous donner des marques de mon estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, le 10 pluviose, pour vous +rendre à Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frégate +<i>la Courageuse</i>: vous aurez avec vous deux bâtimens du convoi, +bons voiliers, que j'ai fait arranger à cet effet.</p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez rencontré quelque bâtiment +qui vous aura donné des nouvelles, vous m'en expédierez un +sur Damiette, le lac Bourlos ou même sur Alexandrie, si les +vents l'y portaient. Vous m'expédierez l'autre dès l'instant +que vous aurez appris d'autres nouvelles, ce que je désirerais +être avant que vous ne touchassiez aucune terre d'Europe.</p> + +<p>Le plus sûr paraît être que vous vous dirigiez sur les côtes +d'Italie du côté du golfe de Tarente, du port de Crotone, +et, si le temps le permet, de remonter le golfe Adriatique +jusqu'à Ancône. Soit que vous touchiez à Corfou ou à Malte, +ou dans un point quelconque, ne manquez pas de m'envoyer +toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expédiant +des bâtimens, auxquels vous donnerez l'instruction spéciale +de se diriger sur Damiette.</p> + +<p>Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie +de l'une de ces places des sabres, des pistolets, des fusils, +dont vous savez que nous avons besoin.</p> + +<p>Vous aurez bien soin que la frégate qui vous portera, dès +l'instant qu'elle sera approvisionnée de ce qui pourrait lui +manquer, reparte sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et là +elle saura où je suis. Arrivée à Jaffa, elle mouillera au large +et avec précaution, afin de s'assurer si l'armée y est; si elle +n'y était pas, elle se dirigerait vers Damiette.</p> + +<p>Si vous pouvez faire charger sur la frégate quelques armes, +vous le ferez; si les événemens qui se passeront sur le continent +font que votre présence n'y soit pas nécessaire, vous rejoindrez +l'armée à la prochaine mousson.</p> + +<p>Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, +et vous remplirez la mission dont vous êtes chargé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 3. Comme les +lettres que je reçois de Mansoura me font craindre que la +maladie de la deuxième demi-brigade ne soit contagieuse, je +crois qu'il serait dangereux de la mettre en libre communication +avec les autres demi-brigades. Faites-vous faire un rapport +détaillé sur la situation de cette demi-brigade, et, dans +le cas où la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer +à Mansoura: je la ferais remplacer à votre division par +un bataillon de la vingt-cinquième demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'imagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière +de faire le service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux +différentes batteries et aux forts de petits postes stables et permanens: +ainsi, par exemple, à la hauteur de l'observatoire, +à la batterie des bains, vous aurez placé douze à quinze hommes +qui ne devront pas en sortir, et que vous tiendrez là +sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront +le factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de +la mer vous dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; +vous vous trouvez ainsi avoir besoin de fort peu +de monde. Pourquoi avez-vous des grenadiers pour faire le +service en ville? Je ne conçois rien à l'obstination du commissaire +des guerres Michaux à rester dans sa maison, puisque +la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un +monticule du côté de la colonne de Pompée?</p> + +<p>Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une +demi-lieue. Ne tenez que très-peu de chose dans la ville, et, +comme c'est le poste le plus dangereux, n'y tenez point de +troupe d'élite... Mettez le bataillon de la soixante-quinzième +sous ces arbres où vous avez été long-temps avec la quatrième +d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en s'interdisant +toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le bataillon +de la quatre-vingt-cinquième du côté du Marabou: +vous pourrez facilement l'approvisionner par mer. Quant à la +malheureuse demi-brigade d'infanterie légère, faites-la mettre +nue comme la main, faites-lui prendre un bon bain de +mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds; qu'elle lave bien +ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne propre. Qu'il +n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que +chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux +vive pour y jeter les morts.</p> + +<p>Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la +peste, que les individus se campent ou se baraquent; mais +qu'ils fuient cette maison avec précaution, et qu'ils soient mis +en réserve en plein champ. Enfin, ordonnez qu'on se lave les +pieds, les mains, le visage tous les jours, et qu'on se tienne +propre.</p> + +<p>Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette +maladie s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de +votre garnison. Il me semble que vous n'avez encore pris +aucune grande mesure proportionnée aux circonstances. Si je +n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne puis me passer, +je vous aurais déjà dit: partez avec votre garnison, et +allez camper à trois lieues dans le désert. Je sens que vous +ne pouvez pas le faire. Approchez-en le plus près que vous +pourrez. Pénétrez-vous de l'esprit des dispositions contenues +dans la présente lettre; exécutez-les autant que possible, et +j'espère que vous vous en trouverez bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 5. L'intention +où vous êtes de vouloir suivre vous-même l'expédition de +Cosseir fait honneur à votre zèle; mais j'ai besoin de vos lumières +pour une expédition considérable. Vous savez que, +lorsque je vous ai envoyé à Suez, j'espérais que vous seriez +de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'êtes +pas encore parti. Les événemens arrivés à <i>la Castiglione</i> me +persuadent qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici à +deux mois; et les événemens sont tels, que je ne puis me passer +de vous. Donnez les instructions nécessaires à l'officier +qui commandera l'expédition, et rendez-vous de suite au +Caire, où je vous attends avant le 15. Vous pouvez ramener +mes vingt-cinq guides. J'écris au général Junot de compléter +votre escorte au moins à cinquante ou soixante hommes.</p> + +<p>Donnez au commandant des armes et à Feraud toutes +les instructions nécessaires à votre départ. Je désirerais que +la construction de la goëlette pût être tellement en train d'ici +au 20, que le citoyen Feraud, avec un petit détachement d'ouvriers, +pût être disponible pour se porter ailleurs.</p> + +<p>Un gros brick anglais a fait côte à Bourlos. Sur cinquante-six +hommes d'équipage, quarante se sont noyés, et seize +sont en notre pouvoir. Je les attends à chaque instant. Ils +nous donneront des renseignemens sur les mouvemens des Anglais. +Il paraît que, cette année, les temps sont terribles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au payeur-général.</i></p> + +<p>Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie +d'Égypte qui appartiennent à la république, à la disposition +des citoyens: Boyer, chef de brigade de la dix-huitième; +Darmagnac, <i>id.</i> de la trente-deuxième; Conroux, <i>id.</i> de la +soixante-unième; Lejeune, <i>id.</i> de la vingt-deuxième; Delorgne, +<i>id.</i> de la treizième; Grezins, adjudant-général; Maugras, +chef de brigade de la soixante-quinzième; le chef de la +neuvième; Venoux, <i>id.</i> de la vingt-cinquième; Duvivier, +colonel du quatorzième de dragons; Bron, <i>id.</i> du troisième; +Pinon, <i>id.</i> du quinzième, à titre de gratification extraordinaire.</p> + +<p>Dix actions existent dans votre caisse; je donne à l'administrateur +des finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie +d'Égypte pour avoir les deux autres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle +de Mourad-Bey, conservera la partie de ses biens qui lui vient +d'Ali-Bey: je veux par-là donner une marque d'estime pour +la mémoire de ce grand homme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai +ordonné à l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier +que l'on jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de +toute la liberté d'usage, mais encore je désire que vous-même +fassiez tout ce qui peut dépendre de vous pour que +le Rhamadan soit célébré avec plus de pompe et de ferveur +que dans les autres années.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>L'état-major, citoyen général, vous fera passer l'ordre de +mouvement pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, +vous avez deux ennemis à vaincre, la faim et la soif, et les +ennemis qui sont à Gaza, et qui, en deux jours, peuvent retourner +à El-Arich.</p> + +<p>Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, +que vous n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, +et de chasser Ibrahim-Bey; que c'est à lui seul que +vous en voulez.</p> + +<p>Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci +à Catieh peuvent seuls décider de la quantité de troupes que +vous pourrez envoyer à El-Arich. L'avant-garde du général +Reynier épuisera tous les moyens de transport: car il est indispensable +que les soldats portent pour trois jours sur eux, +et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance pour +douze jours.</p> + +<p>Arrivé à Kan-Iounes, vous pouvez écrire à Abdallah-Pacha +que le bruit public nous a instruits que le grand-seigneur +l'avait nommé pacha d'Égypte; que si cela est vrai, nous +avons lieu d'être étonnés qu'il ne soit pas venu; que nous +sommes les amis du grand-seigneur; que vous n'avez aucune +intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi que +d'occuper le reste de l'Égypte, et de chasser Ibrahim-Bey; +que vous ne doutez pas que, s'il me fait connaître l'ordre qui +le nomme pacha d'Égypte, je ne le reçoive avec tous les honneurs +dus à son poste; que, du reste, vous êtes persuadé +que, s'il est véritablement officier de la Sublime-Porte, il +n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, à la +fois ennemi de la république française et de la Sublime-Porte.</p> + +<p>Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de réserve +sont en mouvement; je compte partir moi-même le 17. +Je suivrai la route de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, +le pont Kautaxeh et Cathieh. Vous m'enverrez par +cette route les rapports que vous aurez à me faire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Votre dernière lettre que j'ai reçue hier, citoyen général, +est datée du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de +vos opérations ultérieures.</p> + +<p>Le général Davoust m'a écrit de Syout le 23 nivose: il +m'a annoncé le succès qu'il a obtenu sur les différens rassemblemens +de fellahs qui s'étaient révoltés.</p> + +<p>Depuis le 3 nivose nous sommes à Catieh et nous y avons +établi un fort et des magasins assez considérables.</p> + +<p>Le général Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre à +El-Arich.</p> + +<p>Une grande partie de l'armée est en mouvement pour traverser +les déserts et se présenter sur les frontières de Syrie.</p> + +<p>Le quartier-général va incessamment se mettre en marche.</p> + +<p>Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Égypte, +dissiper les rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de +sa mauvaise conduite.</p> + +<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec +quatre chaloupes canonnières de Suez, portant quatre-vingts +hommes de débarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir +et même de s'en emparer. Dès l'instant qu'il aura effectué +son débarquement, il vous en préviendra en vous expédiant +des Arabes. De votre côté, expédiez d'Esneh des hommes, +pour pouvoir être instruit de son arrivée, correspondre avec +lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir +besoin.</p> + +<p>Défaites-vous, par tous les moyens et le plus tôt possible, +de ces vilains mameloucks.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Nous avons reçu enfin, citoyen général, des nouvelles de +France. Un bâtiment ragusais, chargé de vins, est arrivé, +ayant à son bord les citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent +des lettres que je n'ai pas encore reçues, parce que Marmont +m'a écrit par un Arabe.</p> + +<p>Jourdan a quitté le corps législatif, et commande l'armée +sur le Rhin. Le congrès de Rastadt était toujours au même +point: on y parlait beaucoup sans avancer.</p> + +<p>Joubert commande l'armée d'Italie. Schawenburg commande +à Malte. Pléville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou +a détruit entièrement l'armée du capitan-pacha, et est maître +d'Andrinople.</p> + +<p><i>La Marguerite</i>, expédiée après la prise d'Alexandrie, et +<i>la Petite-Cisalpine</i>, expédiée de Rosette un mois après le +combat d'Aboukir, sont toutes deux arrivées.</p> + +<p>Descoutes était en route pour Constantinople.</p> + +<p>Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc à +Paris faisait encore ses promenades à l'ordinaire.</p> + +<p>Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se +laissent bloquer par seize vaisseaux anglais.</p> + +<p>On a pris des mesures pour recruter les armées: il paraît +que l'on a requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que +l'on a appelés les <i>conscrits</i>.</p> + +<p>Les choses de l'intérieur sont absolument dans le même +état que lorsque nous sommes partis: on ne remarque, dans +l'allure du gouvernement, que le changement qu'a pu y apporter +le nouveau membre qui y est entré.</p> + +<p>Le général Humbert, avec quinze cents hommes, est arrivé +en Irlande. Il a réuni quelques Irlandais autour de lui, +et, quinze jours après, a été fait prisonnier avec toute sa troupe.</p> + +<p>On arme en Europe de tous côtés; cependant on ne fait +encore que se regarder.</p> + +<p>Je retarde mon départ de deux jours, afin de recevoir des +lettres avant de partir.</p> + +<p>La trente-deuxième doit être arrivée à Catieh. Le général +Bon, avec le reste de sa division, est à Salahieh. Si des événemens +pressans vous rendaient un secours nécessaire, vous +lui écririez: il n'aurait pas besoin de mon ordre pour marcher +à vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite +le 7, m'annonçant l'arrivée du citoyen Hamelin à Alexandrie. +Toutes les troupes dans ce moment-ci traversent le désert, +et j'étais moi-même sur le point de partir. Je retarde +mon départ pour voir le citoyen Hamelin, ou recevoir au +moins les lettres de Livourne et de Gênes que vous m'annoncez.</p> + +<p>Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous préviendrez +le commandant anglais que plusieurs avisos anglais +ont, à différentes époques, échoué sur la côte; que nous +avons sauvé les équipages; qu'ils sont dans ce moment-ci au +Caire, où ils sont traités avec tous les égards possibles; que, +ne les regardant pas comme prisonniers, je les lui enverrai +incessamment.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses préposés sur +une djerme armée à Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser +l'argent et le rapporter au Caire le plus promptement +possible.</p> + +<p>Donnez ordre à l'agent de la province de Gizeh de se mettre +en course pour lever le deuxième tiers du miri.</p> + +<p>Pressez de tous vos moyens la rentrée du premier tiers que +doivent payer les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend +la monnaie et tout ce que doit rendre l'enregistrement; car il +est indispensable que vous ramassiez, d'ici au 1er ventose, +500,000 fr., et que vous me les fassiez passer à l'armée. Ils +seront escortés par un adjudant-général de l'état-major et le +troisième bataillon de la trente-deuxième, qui ont ordre de +partir le 30.</p> + +<p>Envoyez des exprès de tous côtés, et écrivez que l'on active +la rentrée des impositions.</p> + +<p>Donnez ordre à Damiette pour que l'on recouvre les +150,000 fr. qui restent à recouvrer, et que l'on fasse rentrer +le deuxième tiers du miri; de manière que le payeur de cette +place puisse nous envoyer le 30, par Tineh et Catieh, +200,000 fr.</p> + +<p>Donnez ordre également que les impositions se lèvent dans +la Scharkieh, de manière que l'on puisse nous envoyer, d'ici +au 1er du mois prochain, 100,000 fr.</p> + +<p>Vous sentez combien il est nécessaire que, surtout dans ce +premier moment, nous ayons de quoi subvenir à l'extraordinaire +de l'expédition.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p> + +<p>Plusieurs généraux et officiers m'ayant fait connaître que +leur santé ne leur permettait point de continuer à servir dans +ce pays-ci, surtout la campagne redevenant plus active, je +leur ai accordé la permission de passer en France.</p> + +<p>Je vous ai expédié et je vous expédie ces jours-ci plusieurs +bâtimens avec des courriers: j'espère que quelques-uns vous +arriveront.</p> + +<p>L'on nous annonce à l'instant l'arrivée à Alexandrie d'un +bâtiment ragusais chargé de vins, et porteur de lettres pour +moi de Gênes et d'Ancône: depuis huit mois c'est la première +nouvelle d'Europe qui nous arrive. Je ne recevrai ces lettres +que dans deux ou trois jours, et je désire bien vivement qu'il +y en ait de vous, et du moins que je puisse être instruit de ce +qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma conduite +en conséquence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen général, que tous +les fonds des provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh +doivent être versés dans la caisse du payeur d'Alexandrie. +Le citoyen Baude a été investi de toute l'autorité du citoyen +Poussielgue.</p> + +<p>Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorité de +l'ordonnateur en chef sur l'administration de ces trois provinces, +dont les fonds seront exclusivement destinés à pourvoir +à vos services.</p> + +<p>Ordonnez que le troisième bataillon de la soixante-quinzième +se réunisse, avec deux bonnes pièces d'artillerie, à +Damanhour; que cette colonne puisse se porter dans toute +cette province, et même dans celle de Rosette, pour lever les +impositions et punir ceux qui ce comporteraient mal. Cette +mesure aura l'avantage de tirer tout le parti possible de ces +deux provinces; détenir une bonne réserve éloignée de l'épidémie +d'Alexandrie; et, selon les événemens, vous la feriez +revenir à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de +toute la garnison: car il est d'axiome que, dans l'esprit de la +multitude, lorsque l'ennemi reçoit des renforts, elle doit en +recevoir pour se croire égalité de force; et, enfin, s'il arrivait +quelque événement dans le Delta, ce bataillon pourrait s'y +porter, et être d'un grand secours.</p> + +<p>Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse, +qui commande à Menouf, et le général Fugières, qui commande +à Mehal-el-Kebir. Ne vous laissez point insulter par +les Arabes. Le bon moyen de faire finir votre épidémie, est +peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez l'occasion, +et calculez une opération de quatre à cinq cents hommes sur +Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain +pour me rendre en Syrie, l'idée de mon absence pourrait +les enhardir.</p> + +<p>Si des événemens supérieurs arrivaient, le commandant de +Rosette doit se retirer dans le fort de Catieh, qui doit être approvisionné +pour cinq ou six mois. Maître de ce fort, il le +serait de la bouche du Nil, et dès-lors empêcherait de rien +faire de grand contre l'Égypte. Faites donc armer et approvisionner +le fort de Raschid; mettez dans le meilleur état celui +d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps +qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie +à l'abri d'une attaque de vive force pendant, 1°. cinq a six +jours qu'une armée puisse débarquer et l'investir; 2°. quinze +jours pour qu'elle commence le siège; 3°. quinze à vingt jours +de siège.</p> + +<p>Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possible, +je ne serais pas éloigné de dix jours de marche d'Alexandrie.</p> + +<p>Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, +Rosette et Alexandrie, et dès l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la +moi, afin qu'elle puisse me servir si votre province +devenait le théâtre de plus grands événemens.</p> + +<p>Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais +de rien faire de dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette +et par le Caire pour me donner de vos nouvelles: dans +ces deux villes, on saura où je me trouve.</p> + +<p>Je vous envoie la relation de la fête du Rhamadan et une +proclamation du divan du Caire. Il est bon de répandre l'une +et l'autre non-seulement dans votre province, mais encore par +les bâtimens qui partiront.</p> + +<p>Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de +confiance qu'en vous laissant le commandement du poste le +plus essentiel de l'armée.</p> + +<p>Le citoyen Hamelin est arrivé hier: j'ai trouvé beaucoup +de contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute +peu de foi à toutes les nouvelles qu'il donne comme les +ayant apprises en route: la situation de l'Europe et de la +France jusqu'au 10 novembre me paraissait assez satisfaisante.</p> + +<p>J'apprends qu'il est arrivé un nouveau bâtiment venant de +Candie: interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi +les demandes et les réponses. Informez-vous de l'escadre +russe.</p> + +<p>Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et +l'empereur, cependant je vous autorise à retarder, sous différens +prétextes, le départ des bâtimens napolitains, impériaux, +livournais; concertez-vous avec le citoyen Leroy, et +envoyez-en moi l'état: nous acquerrons tous les jours des +renseignemens plus certains.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de la +province du Caire.</p> + +<p>Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle +avec deux compagnies de vétérans.</p> + +<p>Il y a à la citadelle des approvisionnemens de réserve pour +nourrir pendant cinq à six mois la garnison et l'hôpital qui +s'y trouvent.</p> + +<p>Il y a au fort Dupuy un détachement de la légion maltaise +et de canonniers.</p> + +<p>Le fort Sullowski est gardé par les dépôts du septième de +hussards et du vingt-deuxième de chasseurs.</p> + +<p>Le fort Camin est gardé par un détachement du quatorzième +de dragons.</p> + +<p>La tour du fort de l'institut est gardée par un détachement +des dépôts de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise +d'eau, et de la maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernière est +notre grand hôpital.</p> + +<p>Tous nos établissemens d'artillerie sont à Gizeh, ainsi que +les dépôts de la division du général Desaix.</p> + +<p>Tous les Français sont logés autour de la place Esbequieh. +J'y laisse un bataillon de la soixante-neuvième, un de la quatrième +légère et un de la trente-deuxième.</p> + +<p>Le bataillon de la quatrième partira le 24, une compagnie +de canonniers marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxième, +le 30 pluviose. J'ai désigné le 30 pour le départ de +ce bataillon, parce que je suppose que le général Menou sera +arrivé à cette époque avec la légion nautique. Si elle n'était +pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu'à son arrivée, +et dans ce cas vous feriez escorter le trésor qu'on doit envoyer +à l'armée, par un détachement qui ira jusqu'à Belbeis.</p> + +<p>Je laisse à Boulac tous les dépôts de dragons, ce qui, avec +les dépôts des régimens de cavalerie légère, forme près de +300 hommes. Il leur reste à tous quelques chevaux; il en arrive +d'ailleurs journellement que vous leur ferez distribuer.</p> + +<p>La première opération que vous aurez à faire est de réunir +chez vous les commandans des différens dépôts, de passer la +revue de leurs magasins, et de prendre toutes les mesures +afin que chacun de ces régimens puisse, en cas d'alerte, monter, +tant bien que mal, un certain nombre de chevaux.</p> + +<p>Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a à +Boulac un atelier qui a déjà reçu 6,000 fr. et qui doit en +fournir quatre cents, à trente par décade. Vous ne recevrez +que des selles très-bonnes, puisqu'on les paie très-cher. Le +quatorzième de dragons a deux cents selles qui sont en quarantaine +à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui doivent être +ici avant la fin du mois.</p> + +<p>On doit monter à Gizeh au moins cinq à six cents sabres +par jour; vous les ferez donner aux dépôts de cavalerie qui +en ont le plus besoin. Vous passerez une réforme des chevaux, +et je vous autorise à faire vendre au profit des masses des régimens +de cavalerie tous les chevaux hors d'état de servir.</p> + +<p>Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales +d'Arabes:</p> + +<p>Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec +nous, elle a dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents +chameaux à l'armée.</p> + +<p>Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des +deux principaux scheicks sont en ce moment en ôtage chez +Zulvekias, commissaire près le divan.</p> + +<p>Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont +leurs scheicks et presque tous leurs chameaux dans les convois +de l'armée.</p> + +<p>Enfin, les Aouatah et les Haydé, qui sont nos ennemis. +Nous avons brûlé leurs villages, détruit leurs troupeaux. Ils +sont dans le fond du désert, mais ils pourraient revenir faire +des brigandages aux environs du Caire.</p> + +<p>Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent +des coups de canon, quand ils approchent de trop près.</p> + +<p>Il faut toujours avoir un bâtiment armé, embossé plus bas +que la ville, près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans +la plaine.</p> + +<p>Il faut de temps en temps envoyer cent hommes à Kelioubeh, +avec une petite pièce de canon, tant pour lever le miri, que +pour connaître si ces Arabes sont retournés, et pouvoir les +investir et surprendre leur camp.</p> + +<p>Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine +d'hommes à Giza, faire une tournée surtout dans le nord de +la province, lever le miri, et donner la chasse aux Arabes.</p> + +<p>Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à +Gizeh, vous l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et +cinquante hommes de la garnison du Caire, faire, dans le nord +de sa province, une tournée de cinq à six jours. Vous régleriez +sa marche de manière à être instruit tous les jours où il +se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les circonstances +l'exigeaient.</p> + +<p>Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville, et +est composé d'hommes bien intentionnés; il faut le traiter +avec beaucoup d'égards et avoir une confiance particulière +dans le commissaire Zulvekias et dans le scheick Madich.</p> + +<p>L'intendant-général cophte, le chef des marchands de Damas, +Michaël-Kebil, que vous pouvez consulter secrètement +lorsque vous aurez quelques inquiétudes, pourront vous donner +des renseignemens sur ce qui se passerait dans la ville.</p> + +<p>S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous +adresser au petit divan, réunir même le divan général. Ils +réussiront à tout concilier en leur témoignant de la confiance; +enfin, prendre toujours des mesures de sûreté, telles que +consigner la troupe, redoubler les gardes du quartier français, +y placer quelques petites pièces de canon, mais n'arriver à +faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la citadelle qu'à +la dernière extrémité: vous sentez le mauvais effet que doit +produire une telle mesure sur l'Égypte et dans tout l'Orient.</p> + +<p>S'il arrivait des événemens imprévus à Alexandrie et à +Damiette, vous y feriez marcher le général Lanusse et même +le général Fugières.</p> + +<p>Si vous veniez à craindre quelque ruse de la populace du +Caire, vous feriez venir le général Lanusse de Menouf; il +viendrait sur l'une et l'autre rive, et son arrivée ferait beaucoup +d'effet dans la ville.</p> + +<p>J'ai donné des fonds au génie, à l'artillerie et à l'ordonnateur +pour tout le service de ventose.</p> + +<p>Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous +les convois qui partiront.</p> + +<p>Quels que soient les événemens qui se passent dans la +Scharkieh, vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront +toujours à Birket-el-Hadji, à Belbeis et à Salahieh.</p> + +<p>Le commandant des armes à Boulac vous remettra l'état +des bâtimens armés que vous avez sur le Nil. Il est nécessaire +que ces bâtimens fassent un service de plus en plus actif.</p> + +<p>Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2,000 fr. par +décade, pour payer les courriers que vous m'expédierez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique +la voix publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; +et que vous en ayiez détruit un grand nombre.</p> + +<p>Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich; je pars à +l'instant même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser +Ibrahim-Bey au-delà des confins de l'Égypte, et de dissiper +les rassemblemens du pacha qui sont faits à Gaza.</p> + +<p>Écrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit +à El-Arich.</p> + +<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 +de ce moi, avec un très-bon vent, de Suez avec les chaloupes +canonnières, portant quatre-vingts hommes de débarquement +pour se rendre à Cosseir: on m'écrit de Suez, qu'à en juger +par le temps qu'il a fait, il doit être arrivé le 16. Écrivez-lui +par des Arabes, et procurez-lui tous les secours que vous +pourrez.</p> + +<p>Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivés, le 7 pluviose, +à Alexandrie: ils étaient partis le 24 octobre de Trieste; +le 3 novembre, d'Ancône, et le 28 nivose, de Navarino, en +Morée, où ils ont resté mouillés fort long-temps; ils sont +venus sur un bâtiment chargé de vin, d'eau-de-vie et de +draps. À leur départ d'Europe, tout était parfaitement tranquille +en France; le congrès de Rastadt durait toujours; le +corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de dignité +et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus +d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une +loi pour le recrutement de l'armée. Tous les jeunes gens, depuis +dix-huit ans, avaient été divisés en cinq conscriptions +militaires.</p> + +<p>Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé +Jourdan commander l'armée du Rhin, Joubert, celle +d'Italie, et on avait demandé à la première conscription +200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer.</p> + +<p>Presque tous les avisos que j'avais envoyés en France, +étaient arrivés.</p> + +<p>On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois +avant la bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides +toujours avant le combat d'Aboukir.</p> + +<p>Le vaisseau <i>le Généreux</i>, qui s'était retiré à Corfou, a +pris, en différentes occasions, deux frégates anglaises et le +vaisseau <i>le Leander</i>, de 64: ce dernier s'est battu quatre +heures.</p> + +<p>Au 5 novembre, <i>la Cisalpine</i> et deux autres avisos que +j'avais expédiés, étaient en rade à Corfou, attendant, à chaque +instant, le retour de leur courrier pour remettre à la voile +et revenir ici.</p> + +<p>Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'étaient +réunis à la garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus +n'a pas empêché la frégate <i>la Brune</i> d'y entrer le 20 novembre. +L'ancien ministre de la marine Pléville est à Corfou, où il +cherche à réunir le reste de notre marine. Descoutes est parti, +le 15 octobre, pour Constantinople, comme ambassadeur extraordinaire.</p> + +<p>Dès l'instant que l'on a su à Londres que toute notre armée +avait débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce +de délire.</p> + +<p>Nos dignes alliés, les Espagnols, avaient vingt-quatre +vaisseaux dans le port de Cadix, et ils étaient bloqués par +seize.</p> + +<p>L'Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques +italiennes.</p> + +<p>Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la +bonté de doubler l'Écosse et de débarquer avec deux à trois +mille hommes en Irlande. Après avoir obtenu quelques +avantages, il s'est laissé investir et a été fait prisonnier; +l'adjudant-général Sarrasin était avec lui. Il me fâche de +voir, dans une opération aussi ridicule, le brave troisième +de chasseurs.</p> + +<p>L'escadre de Brest était très-belle.</p> + +<p>Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs bâtimens +chargés de vivres y étaient déjà entrés.</p> + +<p>On était très-indisposé à Paris contre le roi de Naples.</p> + +<p>Ne donnez pas de relâche aux mameloucks, détruisez-les +par tous les moyens possibles.</p> + +<p>Faites construire un petit fort capable de contenir deux +à trois cents hommes, et capable d'en contenir un plus grand +nombre dans l'occasion, dans l'endroit le plus favorable que +vous pourrez, et il faut le choisir près d'un pays fertile.</p> + +<p>Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins +et nos bâtimens armés, afin que dans le mois de mai ou de +juin, votre division devenant nécessaire ailleurs, on puisse +laisser un général avec quatre ou cinq djermes armées, qui, +de là, tiendra en respect toute la Haute-Égypte. Il y aura des +fours et des magasins, de sorte que quelques bataillons de +renfort le mettraient dans le cas de soumettre les villages qui +se seraient révoltés, ou de chasser les mameloucks qui seraient +revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est nécessaire +ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer +de la Haute-Égypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans +voient toujours des troupes françaises, et dès-lors peuvent +penser que votre division n'est absente que momentanément. +Je désirerais, si cela est possible, qu'un fort fût à même +de correspondre facilement avec Cosseir.</p> + +<p>Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes à Suez, +qui porteront chacune douze pièces de canon de 6. Mettez la +main, le plus tôt possible, à la construction de votre fort; +prenez là vos larges. Assurez le nombre de pièces nécessaires +pour armer votre fort. Je désire, si cela est possible, qu'il +soit en pierre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p> + +<p>Un bâtiment ragusais est entré le 7 pluviose dans le port +d'Alexandrie: il avait à bord les citoyens Hamelin et Liveron, +propriétaires du chargement du bâtiment, consistant en vins, +vinaigre et draps: il m'a apporté une lettre du consul d'Ancône +en date du 11 brumaire, qui ne me donne point d'autre +nouvelle que de me faire connaître que tout est tranquille en +Europe et en France; il m'envoie la série des journaux de Lugano +depuis le n°. 36 (3 septembre) jusqu'au n°. 43 (22 octobre), +et la série du <i>Courrier de l'armée d'Italie</i>, qui s'imprime +à Milan, depuis le n°. 219 (14 vendémiaire) jusqu'au +n°. 280 (6 brumaire).</p> + +<p>Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relâché +à Ancône le 3 novembre et est arrivé a Navarino, d'où +il est parti le 22 nivose.</p> + +<p>J'ai interrogé moi-même le citoyen Hamelin, et il a déposé +les faits ci-joints.</p> + +<p>Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor +je n'avais pas reçu de nouvelles d'Europe.</p> + +<p>Le 1er. novembre, mon frère est parti sur un aviso. Je lui +avais ordonné de se rendre à Crotone ou dans le golfe de Tarente: +j'imagine qu'il est arrivé.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.</p> + +<p>Je vous expédie plus de soixante bâtimens de toutes les nations +et par toutes les voies: ainsi vous devez être bien au +fait de notre position ici.</p> + +<p>Nous avons appris par Suez que six frégates françaises, +qui croisent à l'entrée de la mer Rouge, avaient fait pour +plus de 20,000,000 de prises aux Anglais.</p> + +<p>Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à Suez, et +j'ai ma flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer +Rouge.</p> + +<p>Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, +outre son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, +Abdallah-Pacha et d'autres pachas sont à Gaza, et menacent +l'Égypte d'une invasion: je pars dans une heure pour +aller les trouver. Il faut passer neuf jours d'un désert sans +eau ni herbes; j'ai ramassé une quantité assez considérable +de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de rien. Quand +vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les +ruines de la ville de Salomon.</p> + +<p>Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme +féroce, qui a une haine démesurée contre les Français; il a +répondu avec dédain aux ouvertures amicales que je lui ai fait +faire plusieurs fois. J'ai, dans l'opération que j'entreprends, +trois buts:</p> + +<p>1°. Assurer la conquête de l'Égypte en construisant une +place forte au-delà du désert, et dès-lors éloigner tellement +les armées de quelque nation que ce soit, de l'Égypte, qu'elles +ne puissent rien combiner avec une armée européenne qui +viendrait sur les côtes.</p> + +<p>2°. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation +que vous avez sans doute entamée, et l'envoi que +je fais à Constantinople du citoyen Beauchamp sur la caravelle +turcque.</p> + +<p>3°. Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle +tire de Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me +restent à me rendre, par la guerre et la diplomatie, toute +cette côte amie.</p> + +<p>Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui +est, après le muphti de Constantinople, l'homme le plus révéré +dans l'empire musulman;</p> + +<p>Des quatre scheicks des principales sectes; de l'émir Hadji +ou prince de la caravane.</p> + +<p>Le rhamadan, qui a commencé hier, a été célébré de ma +part avec la plus grande pompe. J'ai rempli les mêmes fonctions +que remplissait le pacha.</p> + +<p>Le général Desaix est à plus de cent soixante lieues du +Caire, près des Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines +de Thèbes. J'attends à chaque instant les détails officiels d'un +combat qu'il aurait eu contre Mourad-Bey, qui aurait été tué +et cinq à six beys faits prisonniers.</p> + +<p>L'adjudant-général Boyer a découvert dans le désert, du +côté du Fayoum, des mines qu'aucun Européen n'avait encore +vues.</p> + +<p>Le général Andréossi et le citoyen Berthollet sont de retour +de leur tournée aux lacs de Natron et aux couvens des +Cophtes. Ils ont fait des découvertes extrêmement intéressantes; +ils ont trouvé d'excellent natron que l'ignorance des +exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche de commerce +de l'Égypte deviendra encore par-là plus importante. +Par le premier courrier, je vous enverrai le nivellement du +canal de Suez, dont les vestiges se sont parfaitement conservés.</p> + +<p>Il est nécessaire que vous nous fassiez passer des armes et +que vos opérations militaires et diplomatiques soient combinées +de manière que nous recevions des secours: les événemens +naturels font mourir du monde.</p> + +<p>Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis deux mois +à Alexandrie: deux cents hommes en ont été victimes. Nous +avons pris des mesures pour qu'elle ne s'étende pas: nous la +vaincrons.</p> + +<p>Nous avons eu bien des ennemis à combattre dans cette expédition: +déserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, +Russes, Turcs, Anglais.</p> + +<p class="milieu"><i>Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin +m'était confirmé, et que la France fût en guerre contre +les rois, je passerais en France.</i></p> + +<p>Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion sur +les affaires de la république, puisque, depuis dix mois, je +n'ai plus aucune nouvelle.</p> + +<p>Nous avons tous une entière confiance dans la sagesse et +la vigueur des déterminations que vous prendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je suis parti hier soir à dix heures et je suis arrivé à minuit +à Belbeis. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après, +celle du 20. Le parc d'artillerie est arrivé hier à Salahieh. J'ai +ordonné que le reste de la division Bon partît demain de Salahieh +pour se rendre à Catieh; la division Lannes ira ce soir +à Corain, et demain à Salahieh; toute la division de cavalerie +du général Murat, forte de plus de mille chevaux, part également, +et sera demain soir à Salahieh; deux cents chameaux +chargés d'orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour +Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux +nécessaires, et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. +Si les officiers de marine ont trouvé un point de débarquement +près d'El-Arich, et que l'un des deux convois y +arrive, je crois que nous serons bien, grâce au mouvement +que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps +que vous y êtes resté.</p> + +<p>Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit +une partie des mameloucks à trois journées des Cataractes. +On disait trois beys pris et Mourad-Bey tué depuis +trois jours: cette nouvelle était celle du Caire, et l'intendant-général +l'avait presque reçue officiellement. Ainsi, il est sûr +qu'il y a eu une affaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>Vous aurez reçu, citoyen général, l'ordre de vous rendre +à Catieh: nous passerons sans doute par la route du fort, où +il y a de l'eau. Je suis arrivé ici hier soir, et je repars ce matin. +Je serai demain à Salahieh, où j'espère recevoir de vos +nouvelles.</p> + +<p>Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver +à Catieh: donnez les ordres pour qu'ils soient déchargés. +Envoyez a Tineh pour y prendre les vivres venant de +Damiette qui y seraient en dépôt, et faites-les filer le plus +possible sur El-Arich.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous vous rendiez +demain à Tineh et à la bouche d'Omin Faredge.</p> + +<p>Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine, +à Damiette, pour le départ, par El-Arich, du citoyen Slendelet +avec sa flottille.</p> + +<p>Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est à Tineh +ou Omin-Faredge, et qui est destiné pour El-Arich.</p> + +<p>Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation +du lac Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal +pour l'approvisionnement de l'armée.</p> + +<p>Dès le moment que vous croirez que votre présence n'est +plus nécessaire, vous viendrez par terre à Catieh, et de-là +au quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le général Bon, avec le reste de sa division, citoyen général, +part ce matin pour se rendre à la première journée.</p> + +<p>La cavalerie part ce matin pour le même endroit.</p> + +<p>J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est +parti; je ne sais pas même si le convoi d'Omin-Faredge est +arrivé à Tineh; cependant je le présume, la journée d'hier +ayant été favorable.</p> + +<p>On a envoyé hier quarante chameaux à Tineh: je les attends +ce matin, et je ne partirai moi-même que lorsque je +les aurai vu filer sur El-Arich.</p> + +<p>Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-général, +qui viennent du Caire pour se charger à Tineh +de tout ce qui pourrait y rentrer, et, dans le cas où le convoi +ne serait pas arrivé a Tineh, ils iront jusqu'à Omin-Faredge.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu un convoi commandé par l'adjudant-général +Gillyvieux, un autre par l'adjudant-général +Fouler: celui-ci est le troisième Arabe que je vous expédie +sur un dromadaire depuis que je suis ici.</p> + +<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du général +Reynier, que vous m'avez envoyée il y a trois jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p> + +<p>Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux +et cinquante hommes d'escorte et une compagnie de +dromadaires. Arrivé à Tineh, vous ferez charger sur ces chameaux +tout l'orge, le riz et le biscuit que vous pourrez; vous +presserez le départ du bataillon de la quatrième et des trois +compagnies de grenadiers de la dix-neuvième; vous écrirez +à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, et +vous lui marquerez d'activer le plus possible le départ des +convois de subsistances pour Tineh. Vous m'expédierez de +Tineh un Arabe sur un dromadaire pour me rendre compte +exactement de la situation des magasins de Tineh, et me donner +des nouvelles du Caire et de Damiette.</p> + +<p>Vos chameaux chargés, vous vous rendrez à Catieh; vous +y trouverez un convoi de chameaux revenant à vide d'El-Arich; +vous ferez charger dessus cinquante mille rations de +riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux n'était pas suffisant, +vous prendriez dans les deux cents chameaux de quoi +assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez +avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les +chameaux dont vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, +vous donnerez l'ordre au commandant de Catieh de faire filer +continuellement sur El-Arich les vivres qui arriveraient de +Tineh, et de m'envoyer des exprès pour m'instruire de sa situation, +de celle de ses magasins et de celle de Tineh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p><i>P.S.</i> Si, à Tineh, il y avait des denrées pour charger plus +de deux cents chameaux, vous feriez un second voyage avec +vos chameaux.</p> + +<p>Le parc d'artillerie a ordre, dès l'instant qu'il sera arrivé, +d'envoyer cent chameaux à Tineh.</p> +<br><br> + + +<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>L'adjudant-général Grezieux, qui part avec deux cents +chameaux pour Tineh, a ordre de faire un second voyage, +si cela est nécessaire, pour l'entière évacuation des magasins +de Tineh. Le parc d'artillerie qui arrive ce soir enverra cent +chameaux à Tineh, et, si cela est nécessaire, ces chameaux +feront deux voyages.</p> + +<p>Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à +Catieh jusqu'à nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus +grande activité, sur El-Arich tous les objets de subsistance +qui se trouveraient à Catieh.</p> + +<p>Il doit y avoir à Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une +grande quantité de son; faites filer le tout sur Catieh: ce +point est le plus essentiel tant pour avancer que pour la retraite, +et doit être approvisionné par tous les moyens possibles.</p> + +<p>Vous renouvellerez les ordres à Salahieh, Belbeis et au +Caire, de faire filer avec activité des convois de biscuit, orge, +fèves, son et riz sur Catieh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p>Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks et ulemas de Gaza.</i></p> + +<p>Arrivé à Kan-Jounes avec mon armée, j'apprends qu'une +partie des habitans de Gaza ont eu peur et ont évacué la +ville. Je vous écris la présente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, +et pour faire connaître que je suis ami du peuple, +protecteur des ulemas et des fidèles.</p> + +<p>Si je viens avec mon armée à Gaza, c'est pour en chasser +les troupes de Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion +en Égypte.</p> + +<p>Envoyez donc au devant de moi des députés, et soyez sans +inquiétude pour la religion, pour votre vie, vos propriétés +et vos femmes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je pense que la lettre que vous avez fait écrire par votre +capitaine des Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y +une sommation en règle pour leur faire sentir que la place ne +peut pas tenir.</p> + +<p>Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur +Jaffa en accélère la reddition, je vous autorise à le faire. Si +vous entrez dans la ville, prenez toutes les mesures pour empêcher +le pillage; vous placerez la cavalerie en avant sur le +chemin de Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Nous avons trouvé ici une assez grande quantité de magasins, +surtout beaucoup d'orge.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les +troupes qui s'y trouveraient sur les bâtimens de transport +que l'on jugera les plus propices.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perrée, s'il peut +sortir d'Alexandrie avec les trois frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i> +et <i>la Courageuse</i> et deux bricks, sans que l'ennemi s'en +aperçoive, de se rendre à Jaffa, où il recevra de nouveaux +ordres. Si le temps le poussait devant Saint-Jean d'Acre, il +s'informera si nous y sommes: il est probable que nous y +serons. Alors il embarquera avec lui, sur chacune de ses frégates, +une pièce de 24 et un mortier avec trois cents coups à +tirer, et sur chaque frégate une forge pour rougir les boulets +à terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits +objets retarde en rien son départ, si le temps était propice.</p> + +<p>S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eût connaissance +de son mouvement, il tacherait de m'envoyer à +Jaffa deux bons bricks, tels que <i>le Salamine</i> et <i>l'Alerte</i>.</p> + +<p>Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira +sur une djerme, qui débarquera à Damiette, et par le +courrier qui part demain pour le Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Le chef de l'état-major doit vous avoir tenu instruit des +différens mouvemens militaires qui ont eu lieu ici.</p> + +<p>Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs +et une trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils +soient bien traités. On leur restituera leurs maisons, mais on +exercera sur eux une surveillance particulière. Vous leur réitérerez +la promesse que je leur ai faite de leur faire du bien +si, à mon retour, vous êtes content de leur conduite.</p> + +<p>Je désire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les différens +membres du divan, que vous vous concertiez pour faire +une petite fête à la réception des drapeaux, et, si cela se peut, +faire naturellement qu'ils soient placés dans la mosquée de +Geuil-Azur, comme un trophée de la victoire remportée par +l'armée d'Égypte sur Djezzar et sur les ennemis des Égyptiens.</p> + +<p>Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaître +aux habitans du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer +des caravanes en Syrie; qu'ils vendront bien leurs marchandises, +et que leurs propriétés seront respectées.</p> + +<p>Faites filer du biscuit par toutes les occasions.</p> + +<p>Faites dire à Ibrahim, scheick des Billis, que je désire +qu'il vienne, ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin +qui me serait utile. Faites-nous passer, dès que vous +le pourrez, cinq ou six cents coups à boulet de 8 et trois ou +quatre cents de 12.</p> + +<p>Envoyez-moi les lettres de l'armée par des convois sûrs, +et ne m'écrivez par les Arabes que des lettres par duplicata de +ce que vous m'écrirez par des détachemens: le désert est fort +long, et les Arabes viennent de piller toutes les dépêches que +le général Rampon m'envoyait de Catieh par un Arabe.</p> + +<p>Je n'ai reçu de vous, depuis mon départ, qu'une seule +lettre du 26. S'il venait surtout des lettres importantes, soit +de la Haute-Égypte, soit de France, ne les hasardez pas légèrement; +mais envoyez-les-moi par un officier et une bonne +escorte, en me prévenant en gros, par un Arabe, de ce qui +serait parvenu à votre connaissance.</p> + +<p>J'ai enrôlé trois à quatre cents Maugrabins, qui marchent +avec nous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre au scheick de +Naplouse, que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie +d'en faire faire plusieurs copies, et de les envoyer successivement, +afin d'être sûr qu'une d'elles arrivera.</p> + +<p>J'ai écrit à Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer +quelqu'un, comme je le lui propose, recommandez à vos avant-postes +de le bien traiter.</p> + +<p>À l'instant nous prenons deux bâtimens, un chargé de deux +mille quintaux de poudre, et l'autre de riz.</p> + +<p>La garnison de Jaffa était de quatre mille hommes: deux +mille ont été tués dans la ville, et près de deux mille ont été +fusillés entre hier et aujourd'hui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas, et autres habitans des provinces de +Gaza, Ramleh et Jaffa.</i></p> + +<p>Dieu est clément et miséricordieux.</p> + +<p>Je vous écris la présente pour vous faire connaître que je +suis venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et +l'armée de Djezzar-Pacha.</p> + +<p>De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il étendu ses vexations +sur les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas +partie de son pachalic? De quel droit avait-il également envoyé +ses troupes à El-Arich? Il m'a provoqué à la guerre, je +la lui ai apportée; mais ce n'est pas à vous, habitans, que +mon intention est d'en faire sentir les horreurs.</p> + +<p>Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par +peur, les ont quittés, y rentrent. J'accorde sûreté et sauvegarde +à tous. J'accorderai à chacun la propriété qu'il possédait.</p> + +<p>Mon intention est que les cadis continueront comme à l'ordinaire +leurs fonctions et à rendre la justice, que la religion +surtout soit protégée et respectée, et que les mosquées soient +fréquentées par tous les bons musulmans: c'est de Dieu que +viennent tous les biens, c'est lui qui donne la victoire.</p> + +<p>Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains +sont inutiles contre moi, car tout ce que j'entreprends doit +réussir. Ceux qui se déclarent mes amis, prospèrent; ceux qui +se déclarent mes ennemis, périssent. L'exemple de ce qui +vient d'arriver à Jaffa et à Gaza doit vous faire connaître que +si je suis terrible pour mes ennemis, je suis bon pour mes +amis, et surtout clément et miséricordieux pour le pauvre +peuple.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas et commandant de Jérusalem.</i></p> + +<p>Je vous fais connaître par la présente que j'ai chassé les +mameloucks et les troupes de Djezzar-Pacha des provinces +de Gaza, Ramleh et Jaffa; que mon intention n'est pas de +faire la guerre au peuple; que je suis l'ami des musulmans; +que les habitans de Jérusalem peuvent choisir la paix ou la +guerre. S'ils choisissent la première, qu'ils envoient au camp +de Jaffa des députés pour promettre de ne jamais rien faire +contre moi. S'ils étaient assez insensés pour préférer la guerre, +je la leur porterai moi-même. Ils doivent savoir que je suis +terrible comme le feu du ciel envers mes ennemis, clément +et miséricordieux envers le peuple et ceux qui veulent être +mes amis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks de Naplouse.</i></p> + +<p>Je me suis emparé de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la +Palestine. Je n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans +de Naplouse, car je ne viens ici que pour faire la guerre +aux mameloucks, à Djezzar-Pacha, dont je sais que vous êtes +les ennemis.</p> + +<p>Je leur offre donc, par la présente lettre, la paix ou la +guerre. S'ils veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks +de chez eux, et me le fassent connaître, en promettant de ne +commettre aucune hostilité contre moi. S'ils veulent la guerre, +je la leur porterai moi-même; je suis clément et miséricordieux +envers mes amis, mais terrible comme le feu du ciel +envers mes ennemis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p> + +<p>Depuis mon entrée en Égypte, je vous ai fait connaître +plusieurs fois que mon intention n'était pas de vous faire la +guerre, que mon seul but était de chasser les mameloucks; +vous n'avez répondu à aucune des ouvertures que je vous ai +faites.</p> + +<p>Je vous avais fait connaître que je désirais que vous éloignassiez +Ibrahim-Bey des frontières de l'Égypte: bien loin +de là, vous avez envoyé des troupes à Gaza, vous avez fait +de grands magasins, vous avez publié partout que vous alliez +entrer en Égypte: effectivement vous avez effectué votre invasion +en portant deux mille hommes de vos troupes dans le +fort d'El-Arich, enfoncé à six lieues dans le territoire de +l'Égypte. J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même +la guerre que vous paraissiez provoquer.</p> + +<p>Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. +J'ai traité avec générosité celles de vos troupes qui s'en +sont remises à ma discrétion, j'ai été sévère envers celles qui +ont violé les droits de la guerre; je marcherai sous peu de +jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais quelle raison ai-je d'ôter +quelques années de vie à un vieillard que je ne connais pas? +Que font quelques lieues de plus à côté des pays que j'ai conquis? +et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son +exemple, être clément et miséricordieux, non-seulement envers +le peuple, mais encore envers les grands.</p> + +<p>Vous n'avez point de raisons réelles d'être mon ennemi, +puisque vous l'étiez des mameloucks. Votre pachalic est séparé +par les provinces de Gaza, Ramleh et par d'immenses +déserts de l'Égypte. Redevenez mon ami, soyez l'ennemi des +mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de bien que +je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi +votre réponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et +qui connaisse vos intentions. Il se présentera à mon avant-garde +avec un drapeau blanc, et je donne ordre à mon état-major +de vous envoyer un sauf-conduit, que vous trouverez +ci-joint.</p> + +<p>Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; +il faut donc que j'aie votre réponse avant ce jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, fort peu de lettres de vous; +elles ont, j'imagine, été interceptées par cette nuée d'Arabes +qui couvrent le désert: la dernière que j'ai reçue de vous est +du 6 ventose.</p> + +<p>L'état-major vous instruira des détails de la prise de Jaffa. +Les 4,000 hommes qui formaient la garnison ont tous péri +dans l'assaut, ou ont été passés au fil de l'épée.</p> + +<p>Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Avant le mois de juin, il n'y a rien de sérieux à craindre +de la part des Anglais.</p> + +<p>Quant à l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas +grand'chose au rapport qui vous a été envoyé. Il faut espérer +que les officiers de marine qui s'y trouvent, en donneront +un plus intelligible.</p> + +<p>La victoire du général Desaix doit avoir tout tranquillisé +dans la haute Égypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser +les troubles de la Scharkieh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, des différens +événemens militaires qui se sont succédé et auxquels +nous devons la conquête de toute la Palestine. La prise de +Jaffa a été brillante; 4,000 hommes des meilleures troupes +de Djezzar et des meilleurs canonniers de Constantinople ont +été passés au fil de l'épée. Nous avons trouvé dans cette ville +soixante pièces de canon, des munitions, et beaucoup de magasins. +Ces pièces sont toutes fondues à Constantinople et de +calibre français.</p> + +<p>Jaffa a une rade assez sûre et une petite anse où nous avons +trouvé un bâtiment de cent cinquante tonneaux. Comme +nous avons ici beaucoup de savon et autres objets, si quelques +bâtimens de convoi de cent à cent cinquante tonneaux +veulent se hasarder à venir, on les frétera.</p> + +<p>Les dernières nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, +d'où je conclus qu'il n'y avait rien de nouveau à Alexandrie. +Le 1er ventose, il a fait des vents très-violens qui auront +éloigné les Anglais.</p> + +<p>Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans +du pays: si vous avez encore une imprimerie, faites-la +imprimer et répandre dans le Levant, la Barbarie et partout +où il sera possible. Dans le cas où vous n'auriez plus d'imprimerie, +je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et que l'on +vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation.</p> + +<p>S'il partait des bâtimens pour France, je vous autorise à +écrire au gouvernement ce que vous savez de notre position: +vous sentez qu'il ne doit rien y avoir de politique, mais seulement +des faits.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Des personnes arrivées d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y +a rien fait, pas même rétabli la brèche: veuillez donner des +ordres pour que les réparations d'un fort si essentiel n'éprouvent +aucun retard. Vous sentez qu'il peut arriver des +événemens tels qu'El-Arich devienne notre tête de ligne, +laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait +donner des résultats incalculables.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Almeyras.</i></p> + +<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, de la +prise de Jaffa, où nous avons trouvé beaucoup de riz, et +nous en avions besoin, car notre flottille nous manque toujours.</p> + +<p>Nous y avons trouvé une grande quantité d'artillerie, beaucoup +d'obusiers, de pièces de 4 du calibre français.</p> + +<p>Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets +qui sont utiles en Égypte, et que la Palestine a besoin de +riz, engagez les négocians de Damiette à ouvrir un commerce +avec Jaffa. Assurez-les qu'ils seront protégés et n'essuieront +aucune avanie.</p> + +<p>Si la flottille n'était pas partie, prenez toutes les mesures +pour la faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du +biscuit, droit à Jaffa.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans +de ces provinces. Faites-la imprimer et répandez-la +par tous les moyens possibles; envoyez-en deux cents exemplaires +à Damiette et à Alexandrie, pour qu'il s'en répande +dans le Levant, à Constantinople et dans la Barbarie.</p> + +<p>Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la +place que j'ai donnée au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce +dernier que cela ne doit l'inquiéter en rien, et que je sais +mettre de la différence entre mes vieux amis et les nouveaux.</p> + +<p>Engagez les négocians de Damiette à venir vendre leur riz +à Jaffa. Nous avons ici une grande quantité de savon; engagez +les négocians du Caire à venir en acheter. Ils savent que +je protège le commerce; ils n'ont à craindre ni avanies ni +tracasseries. Il y a ici des articles qui manquent en Égypte, +tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en échange du riz +et du blé; prenez toutes les mesures pour activer, autant que +possible, ce commerce.</p> + +<p>Faites imprimer en arabe tout ce que Venture écrit au divan, +en y faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi +jugera à propos, et répandez-le dans l'Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par mon aide-de-camp Lavalette +le duplicata des lettres que vous m'avez écrites. +Vous aurez reçu des lettres de Gaza et le récit de l'affaire de +Jaffa.</p> + +<p>L'événement arrivé à Cosseir est d'autant plus inconcevable, +que le contre-amiral Ganteaume avait donné pour +instructions au citoyen Collot, que, s'il y avait des bâtimens à +Cosseir, il s'en tînt à croiser pour les empêcher de sortir.</p> + +<p>L'état-major envoie l'ordre au général Menou de se rendre +à Jaffa pour prendre le commandement de la Palestine.</p> + +<p>Après tous les accidens que nous apprenons de la mer, il +ne vous paraîtra pas prudent que vous la traversiez dans ce +moment-ci; vous penserez, sans doute, qu'il est nécessaire +que vous attendiez d'autres circonstances.</p> + +<p>Votre convoi de cent cinquante chameaux chargés de vivres +et de munitions d'artillerie, nous est venu fort à propos, pour +les munitions d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin +de boulets de 8 et de 12.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p> + +<p>Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de +Jaffa et de celle de Ramleh.</p> + +<p>Votre première opération sera de faire placer une pièce de +canon sur chacune des tours, et de disposer les quatre plus +grosses du côté du front, pour sa défense.</p> + +<p>L'officier du génie a ordre de réparer sur-le-champ la +brèche.</p> + +<p>Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. +Comme les deux qui existent me paraissent très-rapprochées +l'une de l'autre, il suffirait d'en tenir une ouverte.</p> + +<p>Les Grecs doivent fournir des secours à l'hôpital des +blessés.</p> + +<p>Les chrétiens latins et les Arméniens doivent fournir des +secours à l'hôpital des fiévreux.</p> + +<p>Vous formerez un divan, composé de sept personnes; vous +y mettrez des mahométans et des chrétiens.</p> + +<p>Vous seconderez toutes les opérations du citoyen Gloutier, +tendant à établir les finances et à procurer de l'argent +à la caisse.</p> + +<p>Aucun bâtiment de ceux qui sont actuellement dans le +port, ne doit en sortir sous quelque prétexte que ce soit.</p> + +<p>Le commerce avec Damiette et l'Égypte sera encouragé le +plus possible.</p> + +<p>Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin +que les habitans vivent tranquilles. J'ai chargé le général Reynier +d'organiser un divan à Ramleh.</p> + +<p>Il reste ici un officier de marine.</p> + +<p>Si vous aviez des nouvelles plus intéressantes à me faire +passer, et que le temps fût beau, vous pourriez profiter à la +fois de la terre et de la mer.</p> + +<p>Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Égypte, +vous ne manquerez pas de donner des nouvelles de l'armée à +l'adjudant-général Almeyras, à Damiette, et au général Dugua, +au Caire.</p> + +<p>Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon état et +ne soient pas gaspillés. Faites toutes les recherches possibles +pour en découvrir de nouveaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 5 fructidor, j'envoyai un officier à Djezzar, pacha +d'Acre: il l'accueillit mal et ne répondit pas.</p> + +<p>Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre: il fit couper +la tête au porteur.</p> + +<p>Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement.</p> + +<p>Les provinces d'Égypte étaient inondées de firmans, dans +lesquels Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles +et annonçait son arrivée.</p> + +<p>Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et +Gaza. Son avant-garde prit position à El-Arich, où il y a +quelques bons puits et un fort situé dans le désert à dix lieues +dans le territoire de l'Égypte.</p> + +<p>Je n'avais donc plus le choix: j'étais provoqué à la guerre; +je ne crus pas devoir tarder à la lui porter moi-même.</p> + +<p>Le général Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, +qui, sous les ordres de l'infatigable général Lagrange, +était à Catieh, situé à trois journées dans le désert, où j'avais +réuni des magasins considérables.</p> + +<p>Le général Kléber arriva le 18 pluviose de Damiette sur +le lac Menzaleh, sur lequel on avait construit plusieurs +barques canonnières, débarqua à Peluse et se rendit à Catieh.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat d'El-Arich.</i></p> + +<p>Le général Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa +division, pour se rendre à El-Arich. Il fallut marcher plusieurs +jours à travers le désert sans trouver d'eau; des difficultés +de toute espèce furent vaincues: l'ennemi fut attaqué, +forcé, le village d'El-Arich enlevé, et toute l'avant-garde ennemie +bloquée dans le fort d'El-Arich.</p> + +<p class="milieu"><i>Attaque de nuit.</i></p> + +<p>Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un +corps d'infanterie, avait pris position sur nos derrières à une +lieue, et bloquait l'armée assiégeante.</p> + +<p>Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier; +à minuit, le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé; +un des beys fut tué. Effets, armes, bagages, tout fut pris: +la plupart des hommes eurent le temps de se sauver, plusieurs +mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits prisonniers.</p> + +<p class="milieu"><i>Siège du fort d'El-Arich.</i></p> + +<p>La tranchée fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de +nos mines avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28 +pluviose, une batterie de brèche fut construite, ainsi que +deux batteries d'approche: on canonna toute la journée du +29. Le 30 à midi, la brèche était praticable; je sommai le +commandant de se rendre, il le fit. Nous avons trouvé a El-Arich +trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq +cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes +de l'Adonie et de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du +service avec nous: j'en ai fait un corps auxiliaire.</p> + +<p>Nous partîmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'égara +dans le désert et souffrit beaucoup du manque d'eau: +nous manquâmes de vivres, nous fûmes obligés de manger des +chevaux, des mulets, des chameaux.</p> + +<p>Nous étions le 6 aux colonnes placées sur les limites de +l'Afrique et de l'Asie; nous couchâmes en Asie le 6.</p> + +<p>Le jour suivant, nous étions en marche sur Gaza: à dix +heures du matin, nous découvrîmes trois ou quatre mille +hommes de cavalerie qui marchaient à nous.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Gaza.</i></p> + +<p>Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer les +différens torrens qui se trouvaient en présence de l'ennemi par +des mouvemens exécutés avec précision.</p> + +<p>La division Kléber se porta par la gauche sur Gaza; le général +Lannes, avec son infanterie légère, appuyait les mouvemens +de la cavalerie, qui était rangée sur deux lignes. +Chaque ligne avait derrière elle un escadron de réserve: nous +chargeâmes l'ennemi près de la hauteur qui regarde Nebron, +et où Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reçut +point la charge et se replia: il eut quelques hommes tués, +entre autres le kiaya du pacha.</p> + +<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère s'est fort bien conduite: +elle suivait les chevaux au pas de course; il y avait +cependant bien des jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni +bu de l'eau a son aise.</p> + +<p>Nous entrâmes dans Gaza: nous y trouvâmes quinze milliers +de poudre, beaucoup de munitions de guerre, des +bombes, des outils, plus de deux cent mille rations de biscuit +et six pièces de canon.</p> + +<p>Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de +pluie; depuis notre départ de France, nous n'avions pas vu +d'orage.</p> + +<p>Nous couchâmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot.</p> + +<p>Nous couchâmes le 11 à Ramleh; l'ennemi l'avait évacué +avec tant de précipitation, qu'il nous laissa cent mille rations +de biscuit, beaucoup plus d'orge, et quinze cents outres que +Djezzar avait préparées pour passer le désert.</p> + +<p class="milieu"><i>Siège de Jaffa.</i></p> + +<p>La division Kléber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite +sur la rivière de la Hhayah, pour couvrir le siége; la +division Bon investit les fronts droits de la ville, et la division +Lannes les fronts gauches.</p> + +<p>L'ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de +tous les points de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et +soutenu.</p> + +<p>Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brèche, +une de mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une +sortie; on vit alors une foule d'hommes diversement costumés, +et de toutes les couleurs, se porter sur la batterie de +brèche: c'étaient des Maugrabins, des Albanais, des Kurdes, +des Natoliens, des Caramaniens, des Damasquyns, des Alepins, +des noirs de Tekrour; ils furent vivement repoussés, et +rentrèrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon aide-de-camp +Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est particulièrement +distingué.</p> + +<p>À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; +il fit couper la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À +sept heures, le feu commença; à une heure je jugeai la brèche +praticable. Le général Lannes fit les dispositions pour +l'assaut; l'adjoint aux adjudans-généraux, Netherwood, avec +dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi de trois compagnies +de grenadiers de la treizième et de la soixante-neuvième +demi-brigade, commandées par l'adjudant-général +Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de général +de brigade.</p> + +<p>À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant +vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les +horreurs de la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.</p> + +<p>Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés +au fil de l'épée; il y avait huit cents canonniers: une partie +des habitans a été massacrée.</p> + +<p>Les jours suivans, plusieurs bâtimens sont venus de +Saint-Jean d'Acre avec des munitions de guerre et de bouche; +ils ont été pris dans le port: ils ont été étonnés de voir +la ville en notre pouvoir; l'opinion était qu'elle nous arrêterait +six mois.</p> + +<p>Abd-Oullah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher +parmi les gens d'Égypte, et de venir se jeter à mes +pieds.</p> + +<p>J'ai renvoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents personnes +de ces deux villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes +d'Égypte.</p> + +<p>J'ai pardonné aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris +à El-Arich; j'ai pardonné à Omar Makram, cheikh du Caire; +j'ai été clément envers les Égyptiens, autant que je l'ai été +envers le peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison qui +s'est laissé prendre les armes à la main.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont +trente formant l'équipage de campagne, de modèle européen, +et des munitions, plus de quatre cent mille rations de biscuit, +deux mille quintaux de riz, et quelques magasins de +savon.</p> + +<p>Les corps du génie et de l'artillerie se sont distingués.</p> + +<p>Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait +fortifier les différentes places de l'Égypte, est officier recommandable +par une activité, un courage et des talens +rares.</p> + +<p>Le chef de brigade du génie Samson a commandé l'avant-garde +qui a pris possession de Cathieh, et a rendu dans toutes +les occasions les plus grands services.</p> + +<p>Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siége d'El-Arich.</p> + +<p>Le citoyen Aimé est entré le premier dans Jaffa, par un +vaste souterrain qui conduit dans l'intérieur de la place.</p> + +<p>Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, +n'est parvenu à conduire les pièces qu'avec de grandes peines; +il a commandé la principale attaque de Jaffa.</p> + +<p>Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxième +d'infanterie légère, qui a été tué a la brèche: cet +officier a été vivement regretté de l'armée; les soldats de son +corps l'ont pleuré comme leur père. J'ai nommé à sa place le +chef de bataillon Magni, qui a été grièvement blessé. Ces différentes +affaires nous ont coûté cinquante hommes tués et deux +cents blessés.</p> + +<p>L'armée de la république est maître de toute la Palestine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br><br><br> + + + + +<h3>FIN DU SECOND VOLUME.</h3> + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napoléon Bonaparte, Tome II. +by Napoléon Bonaparte + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON *** + +***** This file should be named 12782-h.htm or 12782-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/7/8/12782/ + +Produced by Robert Connal, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Oeuvres de Napoleon Bonaparte, Tome II. + +Author: Napoleon Bonaparte + +Release Date: June 29, 2004 [EBook #12782] + +Language: French + +Character set encoding: ASCII + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON *** + + + + +Produced by Robert Connal, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. This file was produced from images generously +made available by gallica (Bibliotheque nationale de France) at +http://gallica.bnf.fr + + + + + + +OEUVRES + +DE + +NAPOLEON BONAPARTE. + +TOME DEUXIEME. + +MDCCCXXI. + + + +PREMIERE CAMPAGNE D'ITALIE. + +(Suite). + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 15 fructidor an 5 (1er septembre +1797.) + +_Au directoire executif._ + +Les nouveaux entrepreneurs des hopitaux, depuis trois mois qu'ils +doivent prendre leur service, ne sont pas encore arrives: ce retard a +tellement bouleverse ce service, malgre le soin qu'on y a apporte, que +les malades s'en ressentent, et que le nombre des morts aux hopitaux +s'en accroitra considerablement. + +L'equipage d'artillerie a ete forme avec beaucoup de peine et de +soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, et est, +aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a pas coute un sou a +l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit lui en etre revenu des pots +de vin de la part de ses agens en Italie: nous avons tout achete avec +l'argent de la republique. + +Voila deja quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cesse, et +qu'aucune autre ne la remplace. L'equipage d'artillerie perit deja si +sensiblement, que nous avons pense, l'ordonnateur et moi, devoir prendre +des mesures promptes pour que ce service n'eprouvat aucun choc, et que +les hommes qui en ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en +repondre. + +L'ordonnateur en chef a passe, en consequence, le marche que je vous +envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul moyen pour que nos +six mille chevaux ne soient pas gaspilles en peu de temps, et que se +service, si essentiel maintenant, ne soit pas entierement bouleverse. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797.) + +_Au directoire executif._ + +J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'ecris au ministre des +finances, je vous prie d'en prendre lecture. + +Je desirerais meme que vous la fissiez imprimer, afin que chacun connut +quelle peut etre la source de ces mille et un propos qui se repandent +dans le public, et dont on trouve l'origine dans les impostures de la +tresorerie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general de Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Au citoyen Carnot._ + +Le ministre de la guerre me demande des renseignemens sur les operations +que l'on pourrait entreprendre si la guerre recommencait. Je pense qu'il +faudrait avoir sur le Rhin une armee de douze mille hommes de cavalerie +et quatre-vingt mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le +siege de Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir en +Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille de cavalerie. + +La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait perdue. + +Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armee de quatre-vingt +mille hommes on peut toujours avoir soixante mille hommes en ligne de +bataille, et vingt mille en deca en detachemens, pour se maintenir et +rester maitres de ses derrieres. + +Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix mille sans +difficulte, a chance egale de bonheur. + +Mais il faudrait que l'armee d'Italie eut quatre-vingt mille hommes +d'infanterie. + +Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes a l'armee d'Italie presens +sous les armes. + +Dans ce cas, l'armee d'Italie ne sera donc, pour entrer en Allemagne, +que de soixante mille hommes d'infanterie; on aura huit mille +Piemontais, deux mille Cisalpins; il lui faudrait encore dix mille +Francais. + +Quant a la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes. + +Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie. + +Nous avons deja eu deux conferences, que nous avons employees a nous +entendre. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Au ministre des finances._ + +J'ai recu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyee par le +dernier courrier. + +Je ne puis repondre que trois mots: tout ce qu'on vous a dit sur les +principes qui avaient ete poses pour la marche de la comptabilite des +finances de l'armee d'Italie est faux. Il n'y a jamais eu a l'armee +d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de commissaire du gouvernement, +qu'une seule caisse, qui est celle du payeur de l'armee; elle se divise +naturellement en deux branches, en caisse recevante, que nous avons +appelee _caisse centrale_, et qui est destinee a recevoir les +contributions, et en _caisse depensante_: celle-ci sert a payer les +depenses de l'armee. + +Tout ce que je lis, venant de la tresorerie, porte un caractere +d'ineptie et de faussete qui ne peut etre explique que par la plus +grande malveillance. + +La tresorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: elle dit un +mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine a faire son service, et +l'on suffit difficilement au pret. + +On estime le pret de l'armee d'Italie a 1,400,000 fr. par mois, autre +inexactitude: le pret de l'armee monte a 3,000,000 par mois. + +On dit que l'armee d'Italie n'a envoye qu'un million a l'armee du Rhin, +autre faussete; elle lui a envoye un million l'annee derniere, et un +autre million cette annee: il y a pres de trois mois que ce dernier est +arrive. + +Si tous les autres calculs pour toutes les autres depenses de l'etat et +les autres armees de la republique sont faits avec la meme bonne foi, je +ne suis plus etonne que les comptes de la tresorerie soient en si grande +dissonance avec la realite. + +Au reste, citoyen ministre, je ne me mele des finances de l'armee que +pour ne pas souffrir qu'une tresorerie mal intentionnee vienne nous oter +la subsistance que le soldat s'est gagnee, et nous fasse perir de faim. + +Que la tresorerie assure la subsistance de l'armee, et alors nous nous +embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera. + +Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoye pour +les matelots de Toulon, qu'elle a retire a Paris, quoique la paye des +matelots se trouvat arrieree de trois mois, et par le million que +j'avais envoye a Brest, qu'elle a retenu a Paris, quoique les matelots +de Brest se trouvassent sans pret, je vois qu'elle se soucie fort peu +du bien du soldat, pourvu qu'elle conclue des marches comme ceux de la +compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. pour le +transport d'un million a Paris. Un million en especes pese a peu pres +dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, qui, rendues en +poste et en cinq jours a Paris, occasionneraient une depense de trois +a quatre cents louis; si vous ajoutez a cela la faculte de pouvoir +le transporter en or et en lettres de change, il est facile de vous +convaincre quelle est la friponnerie qui dirige toutes les operations de +la tresorerie. + +Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette lettre aux +commissaires de la tresorerie, et de les prier, lorsqu'ils auront des +assertions a publier sur les finances de l'armee d'Italie, de vouloir +bien etre un peu mieux instruits, et de s'occuper franchement des +besoins de l'etat. + +L'armee d'Italie a procure quarante ou cinquante millions a la +republique, independamment de l'equipement, de l'habillement, de +la solde et de tout l'entretien d'une des premieres armees de la +republique. Mais la posterite, en feuilletant l'histoire des siecles qui +nous ont precedes, observera qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on +ne s'imagine pas que cela ait pu se faire sans imposer des privations +a l'armee d'Italie, elle en a souvent eprouve; mais je savais que les +autres armees, que notre marine, que le gouvernement avaient de plus +grands besoins encore. + +L'escadre du contre-amiral Brueys arrive a Venise. J'avais envoye un +million a Toulon, la tresorerie s'en est emparee, et il nous faut +aujourd'hui pres de deux millions, pour pouvoir acquitter six mois de +l'arriere de la solde, fournir a l'approvisionnement de la flotte et a +l'habillement et equipement des matelots et garnisons des vaisseaux. +Sans doute que la tresorerie denoncera encore le commissaire +ordonnateur, parce qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne +sache pas qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et +l'impudence. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 17 fructidor an 5 (3 septembre +1797). + +_Bonaparte, general en chef de l'armee d'Italie, aux citoyens de la +huitieme division militaire._ + +Le directoire executif vous a mis sous mon commandement militaire. + +Je connais le patriotisme du peuple des departemens meridionaux; des +hommes ennemis de la liberte ont en vain cherche a vous egarer. + +Je prends des mesures pour rendre a vos belles contrees le bonheur et la +paix. + +Patriotes, republicains, rentrez dans vos foyers; malheur a la commune +qui ne vous protegera pas! malheur aux corps constitues qui couvriraient +de l'indulgence le crime et l'assassinat! + +Et vous, generaux, commandans de place, officiers, soldats, vous etes +dignes de vos freres d'armes d'Italie! protegez les republicains, et ne +souffrez pas que des hommes couverts de crime, qui ont livre Toulon aux +Anglais, qui nous ont obliges a un siege long, et penible, qui ont en un +seul jour incendie treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous fassent +la loi. + +Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez dans votre +conscience: etes-vous amis de la republique, de la gloire nationale? +etes-vous dignes d'etre les magistrats de la grande nation? Faites +executer les lois avec exactitude, et sachez que vous serez responsables +du sang verse sous vos yeux; nous serons vos bras, si vous etes a la +constitution et a la liberte; nous serons vos ennemis, si vous n'etes +que les agens de la cruelle reaction que soudoie l'or de l'etranger. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 20 fructidor an 5 (6 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivee a Venise. Elle est nue et +arrieree de quatre mois de paye: cela ne laisse pas de nous embarrasser +beaucoup, puisqu'elle nous coutera deux millions. + +L'Italie s'epuise: les sommes considerables qu'il faut chaque mois pour +entretenir une armee nombreuse, et qui se nourrit deja depuis deux ans +dans cette contree, ne donnent de l'inquietude pour l'avenir. + +Le ministre des relations exterieures vous rendra compte que les +negociations vont assez mal; cependant je ne doute pas que la cour de +Vienne n'y pense a deux fois avant de s'exposer a une rupture, qui +aurait pour elle des consequences incalculables. + +Plus nous conferons avec les plenipotentiaires, et plus nous +reconnaissons de la part de Thugut, qui a redige les instructions, une +mauvaise foi qui n'est plus meme dissimulee. Tout le manege d'Udine me +parait avoir pour but d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans +une position effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation +topographique: neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien +revetues, fortifications bien rasantes; armee de deux cents pieces de +canon et approvisionnee pour huit mois a six mille hommes. Ce serait +pour eux un siege du premier ordre a entreprendre; ils seraient obliges +de faire venir leur artillerie de Vienne. Depuis quatre mois que nous +possedons cette place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus +grande activite: les fosses en etaient combles, et tout etait dans +le plus grand desordre. Cette place seule change la nature de notre +position en Italie. + +Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilite +d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se decider promptement et +rapidement. Si la campagne ne commence point dans les premiers jours +d'octobre, vous ne devez pas compter que je puisse entrer en Allemagne +avant la fin de mars. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 21 fructidor an 5 (7 septembre +1797). + +_A MM. Vurtemberger et Schmidt, representans de la confederation +helvetique._ + +Je ne recois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datee du 29 aout. +Je vous prie d'etre persuades du plaisir que j'aurais eu a pouvoir +de nouveau vous temoigner de vive voix les sentimens que vous m'avez +inspires, et vous remercier moi-meme de la sagesse avec laquelle vous +avez, pendant votre gouvernement, contribue a la tranquillite de nos +frontieres. + +La nation que vous representez a une reputation de sagesse, que l'on +aime a voir confirmee par la conduite de ses representans. + +Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours comme un des +momens les plus heureux celui ou il me sera possible de faire quelque +chose qui puisse convaincre les treize cantons de l'estime et de la +consideration toute particuliere que les Francais ont pour eux. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier general a Passeriano, le 24 fructidor an 5 (10 septembre +1797). + +_A l'archeveque de Genes._ + +Je recois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. J'ai +cru entendre un des douze apotres: c'est ainsi que parlait saint Paul. +Que la religion est respectable quand elle a des ministres comme vous! +Veritable apotre de l'Evangile, vous inspirez le respect, vous obligez +vos ennemis a vous estimer et a vous admirer; vous convertissez meme +l'incredule. + +Pourquoi faut-il qu'une eglise qui a un chef comme vous ait de +miserables subalternes, qui ne sont pas animes par l'esprit de charite +et de paix? Leurs discours dementent l'Evangile. Jesus-Christ mourut +plutot que de confondre ses ennemis autrement que par la foi. Le pretre +reprouve, au contraire, a l'oeil hagard; il preche la revolte, le +meurtre, le sang; il est paye par l'or du riche; il a vendu, comme +Judas, le pauvre peuple. Purgez-en votre eglise, et faites tomber sur +eux l'anatheme et la malediction du ciel..... + +La souverainete du peuple, la liberte, c'est le code de l'Evangile. + +J'espere sous peu etre a Genes: mon plus grand plaisir sera de vous y +voir. Un prelat comme Fenelon, l'archeveque de Milan, l'archeveque +de Ravenne, rend la religion aimable en pratiquant toutes les vertus +qu'elle enseigne; et c'est le plus beau present que le ciel puisse faire +a une grande ville et a un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux +sentimens, etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 25 fructidor an 5 (11 septembre +1797). + +_Au gouvernement de Genes._ + +Le citoyen Ruggieri m'a communique les differentes proclamations qui +contestent ce que vous avez fait dans les journees difficiles ou vous +vous etes trouve. Agissez avec force; faites desarmer les villages +rebelles; faites arreter les principaux coupables; faites remplacer +les mauvais pretres, ces laches qui, au lieu de precher la morale de +l'Evangile, prechent la tyrannie. Chassez les cures, ces scelerats qui +ont ameute le peuple et arme le bon paysan contre sa propre cause; que +l'archeveque vous fournisse des pretres qui, comme lui, retracent les +vertus des peres de l'Evangile. + +Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, votre troupe de +ligne, et, s'il en etait besoin, faites connaitre aux ennemis de la +liberte que j'ai cent mille hommes pour rejoindre avec votre nombreuse +garde nationale, et effacer jusqu'aux traces des ennemis de votre +liberte. + +Desormais la liberte ne peut plus perir a Genes: malheur a ceux qui ne +se contenteraient pas du titre de simple citoyen, qui chercheraient a +reprendre un pouvoir que leur tyrannie leur a fait perdre! le moment de +leur exaltation deviendrait celui de leur perte. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys._ + +Camarades, les emigres s'etaient empares de la tribune nationale. + +Le directoire executif, les representans restes fideles a la patrie, les +republicains de toutes les classes, les soldats, se sont rallies autour +de l'arbre de la liberte: ils ont invoque les destins de la republique, +et les partisans de la tyrannie sont aux fers. + +Camarades, des que nous aurons purifie le continent, nous nous reunirons +a vous pour conquerir la liberte des mers: chacun de vous aura present a +sa pensee le spectacle horrible de Toulon en cendre, de notre arsenal, +de treize vaisseaux de guerre en feu; et la victoire secondera nos +efforts. + +Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom francais que dans +un petit coin du continent; avec vous, nous traverserons les mers, et la +gloire nationale verra les regions les plus eloignees. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Proclamation a l'armee._ + +Soldats, + +Nous allons celebrer le premier vendemiaire, l'epoque la plus chere aux +Francais; elle sera un jour bien celebre dans les annales du monde. + +C'est de ce jour que datent la fondation de la republique, +l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelee par +le destin a etonner et consoler le monde. + +Soldats! eloignes de votre patrie, et triomphant de l'Europe, on vous +preparait des chaines; vous l'avez su, vous avez parle: le peuple s'est +reveille, a fixe les traitres, et deja ils sont aux fers. + +Vous apprendrez, par la proclamation du directoire executif, ce que +tramaient les ennemis particuliers du soldat, et specialement des +divisions de l'armee d'Italie. + +Cette preference nous honore: la haine des traitres, des tyrans et des +esclaves sera dans l'histoire notre plus beau titre a la gloire et a +l'immortalite. + +Rendons grace au courage des premiers magistrats de la republique, +aux armees de Sambre-et-Meuse et de l'interieur, aux patriotes, aux +representans restes fideles au destin de la France; ils viennent de nous +rendre, d'un seul coup, ce que nous avons fait depuis six ans pour la +patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Je vous envoie ma proclamation a l'armee, en lui faisant part de votre +proclamation et des evenemens qui sont arrives le 18 a Paris. + +Je ne sais par quelle fatalite le ministre de la guerre ne m'a pas +encore envoye votre arrete qui incorpore l'armee des Alpes dans l'armee +d'Italie. Un de ces arretes, qui est du 4 fructidor, vient de m'arriver +aujourd'hui, encore est-ce un envoi que vous m'avez fait des bureaux du +directoire meme. + +J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquieme demi-brigade de ligne, +commandee par le general de brigade Bon, et une cinquantaine d'hommes +a cheval: ces troupes se trouveront a peu pres a Turin lorsque vous +recevrez cette lettre. + +J'ai fait partir le general de brigade Lannes avec la vingtieme +d'infanterie legere, et la neuvieme de ligne, pour Marseille: elle se +trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, a peu pres a la hauteur de +Genes. + +J'ai envoye dans les departemens du Midi la proclamation que je vous +fais passer. + +Je vais egalement m'occuper de faire une proclamation pour les habitans +de Lyon, des que je saurai a peu pres ce qui s'y sera passe; des +l'instant que j'apprendrai qu'il y a le moindre trouble, je m'y porterai +avec rapidite. + +L'etat-major a envoye copie de votre arrete au general Kellermann. +Comptez que vous avez ici cent mille hommes qui, seuls, sauraient faire +respecter les mesures que vous prendrez pour asseoir la liberte sur des +bases solides. + +Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous sommes honnis +dans notre patrie? On peut dire de Paris ce que Cassius disait de Rome: +Qu'importe qu'on l'appelle reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la +Seine, esclave de l'or de Pitt? + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Le general Clarke vous ecrit en grand detail, citoyen ministre, pour +vous faire connaitre notre situation; vous trouverez egalement dans sa +correspondance la copie des proces-verbaux; toutes ces negociations ne +sont que des plaisanteries, les vraies negociations se feront a Paris. +Si le gouvernement prend une bonne fois la stabilite qu'il doit avoir; +si cette poignee d'hommes evidemment vendus a l'Angleterre, ou seduits +par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve une fois dans +l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez la paix, et telle que +vous la voudrez, quarante-huit heures apres. + +On se figurerait difficilement l'imbecillite et la mauvaise foi de la +cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos negociations sont suspendues, +parce que les plenipotentiaires de S.M. ont envoye un courrier a Vienne +pour connaitre l'_ultimatum_ de l'empereur. + +Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment, +dans le confidentiel, est celui-ci: les limites specifiees dans nos +observations sur l'article 4 des preliminaires, seraient pour nous +Mayence, etc. + +Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. Corfou, etc., a nous. + +Le reste de l'Italie libre, a la Cisalpine. + +Nous donnerions Palma-Nova le meme jour qu'ils nous donneraient Mayence. + +Je vous le repete, que la republique ne soit pas chancelante; que cette +nuee de journaux qui corrompent l'esprit public et font avoir de nous +une tres mauvaise opinion a l'etranger, soit etouffee; que le corps +legislatif soit pur et ne soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la +France les emigres, et que l'on ote de toutes les administrations les +partisans de la royaute, que solde l'or de l'Angleterre, et la grande +nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout cela n'existera +pas, ne comptez sur rien. Tous les etrangers nous menacent de l'opinion +de la France: que l'on ait de l'energie sans fanatisme, des principes +sans demagogie, et de la severite sans cruaute; que l'on cesse d'etre +faible, tremblant; que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'etre +republicain; que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves +conjures contre nous, et le sort de l'Europe est decide. + +Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de la republique +n'ecoutent que la voix de la posterite. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 26 fructidor an 5 (12 septembre +1797). + +_Au citoyen Canclaux, ministre de la republique a Naples._ + +Je recois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: M. le marquis +de Gallo m'a effectivement parle du projet qu'avait S.M. le roi des +Deux-Siciles, soit sur les iles du Levant, soit sur les nouvelles +frontieres du cote du pape. + +La republique francaise saisira toutes les occasions de donner a S.M. +le roi des Deux-Siciles une marque du desir qu'elle a de faire quelque +chose qui lui soit agreable. M. le marquis de Gallo, qui a toujours ete +l'interprete des sentimens de la cour de Naples a la cour de Vienne, +pour porter cette cour a une paix si necessaire pour les deux etats et +si ardemment desiree par le gouvernement francais, est plus propre que +personne a suivre des negociations si interessantes pour S. M. le roi +des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances l'eussent permis, nous +aurions deja ouvert des negociations a cet effet; mais nous avons pense +que dans un moment ou l'on traitait des negociations qui doivent servir +a la France de base dans le systeme du midi de l'Europe, il etait +impossible de rien decider. J'espere cependant que, d'un moment a +l'autre, les negociations d'Udine prendront un caractere plus decide, et +assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que la republique francaise fera +tout ce qui dependra d'elle pour repondre a ses desirs. + +Quant a moi, la cour de Naples connait l'empressement que j'ai toujours +eu de faire quelque chose qui put lui etre agreable. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Le departement du Liamone, en Corse, n'est pas content d'avoir pour chef +d'escadron de la gendarmerie de ce departement le citoyen Gentilli: je +vous prie de confirmer la nomination du citoyen Caura, qui remplit deja +cette place; il a rendu des services essentiels dans la reprise de +l'ile, et joint a une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes, +un grand courage et un patriotisme eprouve. + +Ce departement se plaint aussi de ce qu'on a ote les bons patriotes et +anciens officiers qui remplissaient les places de lieutenans, pour y +mettre trois cousins du citoyen Salicetti, dont l'un est un jeune homme +qui n'a jamais servi. + +Il y a entre les deux departemens qui divisent la Corse une certaine +rivalite, qu'il est d'une bonne politique de laisser subsister, et qui +serait d'ailleurs extremement difficile a detruire. + +Le departement du Liamone aime mieux avoir un Francais du continent +employe dans sa garde qu'un Corse du departement du Golo. Vous sentez +combien il est avantageux que ces deux extremites de l'ile s'attachent +entierement a la metropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer +les citoyens Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre de la marine._ + +L'amiral Brueys est arrive a Venise, comme j'ai eu l'honneur de vous +ecrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour ses matelots et ses +soldats, trois mois de vivres, et toute la solde arrieree: cela nous +coute deux millions, et met le pret de l'armee en danger de manquer. +Nous avions deja envoye un million a Toulon a cet effet. + +L'amiral Brueys ne tardera pas a partir prendre a Corfou une partie des +vaisseaux venitiens qu'il y a laisses, et a retourner a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +J'ai eu l'honneur de vous prevenir, dans le temps, que j'avais fait +prendre, a Livourne, trente mille fusils appartenant au roi d'Espagne: +c'est avec ces fusils que nous avons fait toute la campagne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_A M. le marquis de Manfredini._ + +Je recois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre avec un +extrait de la reponse de M. de Corsini. Vous attachez peut-etre trop +d'importance au dire de certains folliculaires aussi meprisables +qu'universellement meprises. Au reste, je crois que vous ferez tres-bien +d'engager M. Corsini a ne plus se meler des intrigues de France: c'est +un pays difficile a connaitre, et les ministres etrangers ne doivent pas +se meler des affaires interieures. + +J'ai ete fache de voir, dans les papiers qui sont tombes entre mes +mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart et autres intrigans, +gagnes par les guinees de l'Angleterre, et qui sont une source de +dissensions et de desordres. Ici, les choses ne vont pas aussi bien +qu'elles devraient aller: heureux les princes qui ont des ministres +comme vous! + +Un jour, le protocole de nos seances sera publie, et vous serez +etonne de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles on joue les +intentions de l'empereur et peut-etre la surete de sa couronne. Au +reste, rien n'est encore desespere. Croyez que, quels que soient les +evenemens, rien n'alterera l'estime et la consideration que j'ai pour +votre personne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797) + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je vous envoie la lettre que j'ecris au citoyen Canclaux, ministre a +Naples, en reponse aux ouvertures qui lui ont ete faites par M. Acton, +et dont il vous aura surement rendu compte. + +La cour de Naples ne reve plus qu'accroissement et grandeur; elle +voudrait, d'un cote, Corfou, Zante, Cephalonie, etc.; de l'autre, la +moitie des etats du pape, et specialement Ancone. Ces pretentions sont +trop plaisantes: je crois qu'elle veut en echange nous ceder l'ile +d'Elbe. Je pense que desormais la grande maxime de la republique doit +etre de ne jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au +contraire, nous y etablir solidement. Nous y trouverons des ressources +pour notre commerce, elles seront d'un grand interet pour nous et les +evenemens futurs de l'Europe. + +Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'ile de Malte? L'amiral Brueys +pourrait tres-bien mouiller la et s'en emparer: quatre cents chevaliers, +et au plus un regiment de cinq cents hommes, sont la seule garde qu'ait +la ville de la Valette. Les habitans, qui montent a plus de cent mille, +sont tres-portes pour nous, et fort degoutes de leurs chevaliers qui ne +peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait expres confisquer +tous leurs biens en Italie. Avec l'ile de Saint-Pierre, que nous a cedee +le roi de Sardaigne, Malte, Corfou, nous serons maitres de toute la +Mediterranee. + +S'il arrivait qu'a notre paix avec l'Angleterre nous fussions obliges +de ceder le cap de Bonne-Esperance, il faudrait alors nous emparer de +l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu a une nation europeenne, les +Venitiens seuls y ont une preponderance precaire. On pourrait partir +d'ici avec vingt-cinq mille hommes escortes par huit ou dix batimens de +ligne ou fregates venitiennes, et s'en emparer. + +_L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur_. + +Je desirerais, citoyen ministre, que vous prissiez a Paris quelques +renseignemens, et me fissiez connaitre quelle reaction aurait sur la +Porte notre expedition d'Egypte. + +Avec des armees comme les notres, pour qui toutes religions sont egales, +mahometane, cophte, arabe, etc., tout cela nous est indifferent: nous +respecterons les unes comme les autres. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures_. + +Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je recois du citoyen +Arnault. La cour de Naples est gouvernee par Acton. Acton a appris l'art +de gouverner sous Leopold a Florence, et Leopold avait pour principe +d'envoyer des espions dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y +passait. + +Je crois qu'une petite lettre de vous a Canclaux pour l'engager a +montrer un peu plus de dignite, et une plainte a Acton sur ce que les +negocians francais ne sont pas traites avec egard, ne ferait pas un +mauvais effet. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au general Augereau._ + +J'ai recu, citoyen general, par votre aide-de-camp, la lettre que vous +m'avez ecrite. + +J'avais precedemment recu celle par laquelle vous m'annonciez les +evenemens memorables du 18 fructidor. Toute l'armee a applaudi a la +sagesse et a l'energie que vous avez montrees dans cette circonstance +essentielle, et elle a pris part au succes de la patrie avec cet +enthousiasme et cette energie qui la caracterisent. + +Il est a souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule et +que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est qu'avec +la sagesse, et une moderation de pensee, que l'on peut assurer d'une +maniere stable le bonheur de la patrie. Quant a moi, c'est le voeu le +plus ardent de mon coeur. + +Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous faites a Paris. + +Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voues. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le general +Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour decider cette cour a nous +faire promptement une reponse categorique et a culbuter Thugut ou le +forcer, malgre lui, a faire la paix; qu'il avait ecrit a cet effet a +l'imperatrice et dresse leur petit manege de cour. + +Nous sommes convenus que, si l'empereur, en execution de l'article 4 des +preliminaires, nous reconnaissait les limites constitutionnelles, qui, +a peu de choses pres, sont celles du Rhin; si, avec notre bonne foi, il +faisait tous ses efforts pour nous mettre en possession de Mayence, +nous le mettrions a notre tour en possession de Venise et de la rive de +l'Adige. Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., que +lorsqu'au prealable nous serions dans les remparts de Mayence. Pendant +les dix ou douze jours que l'on attendra la reponse de Vienne, les +negociations vont a peu pres languir. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 fructidor an 5 (13 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Les commissaires du gouvernement pour la recherche des objets de +sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission. + +Je retiens aupres de moi les citoyens Monge et Berthollet. Les citoyens +Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens Moitte et Thouin +sont partis avec les convois venus de Rome et sont deja arrives a +Marseille. + +Ces hommes distingues par leurs talens ont servi la republique avec +un zele, une activite, une modestie et un desinteressement sans egal; +uniquement occupes de l'objet de leur mission, ils se sont acquis +l'estime de toute l'armee; ils ont donne a l'Italie, dans la mission +delicate qu'ils etaient charges de remplir, l'exemple des vertus qui +accompagnent presque toujours les talens distingues. + +Le citoyen Tinet desirerait avoir un logement a Paris. + +Si vous formiez une academie a Rome, le citoyen Berthollet serait digne +d'en avoir la presidence. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 1er jour complementaire an 5 (17 +septembre 1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +J'ai recu, dans le temps, citoyen general, vos differentes lettres: il +est indispensable, pour les operations de l'armee d'Italie, que je sois +absolument maitre de l'Adriatique. + +J'estime que, pour etre maitre de l'Adriatique dans toutes les +circonstances et dans toutes les operations que je voudrai entreprendre, +j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, quatre fregates, 4 corvettes, +tous commandes et montes par des equipages de garnison francaise. + +Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre. + +Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont a Corfou; je +prendrai deux fregates venitiennes et deux francaises, deux corvettes +venitiennes et deux francaises. + +Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-general +auquel vous remettrez le commandement de cette escadre. J'accepte avec +plaisir le citoyen Perree ou tout autre que vous voudrez me donner. + +Le commissaire ordonnateur Roubaud et le general Berthier, ou, si +celui-ci etait parti, le general Baraguay d'Hilliers, m'enverront, par +le retour de mon courrier, l'etat nominatif des vaisseaux, des officiers +marins et la quantite des matelots francais que vous destinez a monter +sur chacun d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai recu cet etat, il me sera +possible de vous autoriser a retourner sur-le-champ a Corfou, et de la a +Toulon; et je vous ferai passer differentes instructions sur les objets +que vous aurez a remplir tout en faisant route. + +Profitez de ce temps-la pour achever vos approvisionnemens. Comme il +est impossible que je me rende a Venise, si vous pouviez vous absenter +pendant trente-six heures, vous pourriez vous-meme vous rendre a +Passeriano. J'aurai a renouveler votre connaissance et a vous convaincre +des sentimens d'estime que vous m'avez inspires. + +Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je vous prie de la +communiquer a l'ordre; assurez-les que tout est tranquille en France, et +qu'il n'a pas ete repandu une seule goutte de sang. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 1er jour complementaire an 5 (17 +septembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +J'ai envoye par un courrier extraordinaire l'ordre au general Sahuguet +de retourner a l'armee d'Italie. Ce general, qui etait le seul +qui pouvait etre utile pour calmer un peuple furieux et +contre-revolutionnaire dont Villot etait le representant, et lorsque +Dumolard presidait les cinq-cents, est aujourd'hui plus utile a l'armee. + +J'ai envoye l'ordre au general Lanusse, qui est chez lui pour se guerir +d'une blessure qu'il a recue a l'armee d'Italie, et dont il ne se +remettra jamais au point de pouvoir servir dans une armee active, de +se rendre a Toulon pour y prendre le commandement de cette place. +J'ai donne l'ordre au general Mailly d'aller prendre le commandement +d'Avignon. + +J'ai rappele a l'armee le general commandant a Avignon, le general +Parat, l'adjudant-general Leopold Stabeurath, l'adjudant-general Boyer +et d'autres officiers de la huitieme division, qui sont depuis trop +long-temps dans leurs places, et que j'ai cru necessaire de faire +revenir, pour respirer l'air pur et republicain des camps. + +J'ai envoye le chef de brigade Berthollet, blesse a Arcole, commander la +place d'Avignon. + +Le chef de brigade a la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvieme, +commande l'arrondissement d'Antibes. + +J'ai envoye dans la huitieme division, pour etre reportes comme +adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont ete blesses dans la +campagne et qui tous etaient a la suite. + +Des l'instant qu'un officier que j'ai envoye a Lyon sera de retour, et +que j'aurai un etat de situation exact de cette division, je ferai la +meme chose pour Lyon. + +Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et tous les +subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, sans quoi +un general s'y trouve impuissant. J'ai donc lieu d'esperer qu'avec les +memes troupes qui existent dans ce moment-ci dans le midi, elles seront +suffisantes pour comprimer les malveillans, retablir l'ordre, surtout si +vous destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous les +remplaciez par des hommes attaches a la liberte. + +J'ai envoye l'ordre pour faire venir a l'armee d'Italie l'etat-major +d'artillerie qui etait a l'armee des Alpes, ainsi que tous les +detachemens des demi-brigades de l'armee d'Italie qu'on avait mal a +propos retenus. + +J'ai egalement envoye l'ordre a deux bataillons de la vingt-troisieme +demi-brigade d'infanterie legere, qui ne faisaient rien a Chambery et +dans le Mont-Blanc, et dont en general l'esprit est bon, de rejoindre +l'armee. + +La quarante-cinquieme demi-brigade est en marche pour Lyon. + +La vingtieme demi-brigade va a Marseille. + +Il y a cependant a Lyon plus de monde qu'il n'en faut pour contenir +cette ville, si ceux qui les commandent veulent les faire agir, et que +les autorites et le gouvernement n'aient qu'une action. + +Il y a egalement dans la huitieme division plus de troupes qu'il n'en +faut. + +Je crois qu'au moment ou les nouvelles autorites constituees seront +organisees dans la huitieme division militaire et a Lyon, et des +l'instant ou j'aurai pu egalement renouveler tous les etats-majors +subalternes de ces departemens, qu'alors vous jugerez necessaire de +m'oter un commandement qui se trouve trop eloigne de moi, et qui n'est +qu'un surcroit aux occupations deja trop considerables que j'ai. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2e jour complementaire an 5 (18 +septembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le congres +d'Udine. + +M. de Meerveldt est parti pour Vienne. + +Vous aurez vu, dans la seconde seance du protocole, que nous avons +declare aux plenipotentiaires de S.M.I. que si au premier octobre la +paix n'etait pas signee, nous ne negocierions plus sur la base des +preliminaires, mais sur la base respective de la puissance des deux +etats. + +Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt revint +avec des instructions de signer la paix aux conditions suivantes: + +1 deg.. La ligne de l'Adige a l'empereur, y compris la ville de Venise. + +2 deg.. La ligne de l'Adige a la republique cisalpine, et des lors Mantoue. + +3 deg.. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont specifiees dans +le protocole de la cinquieme seance, y compris Mayence. + +4 deg.. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie que lorsque +nous entrerions dans les remparts de Mayence. + +5 deg.. Corfou et les autres iles a nous. + +6 deg.. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du Rhin pourrait +etre arrange dans la paix avec l'Empire. + +Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non ces +propositions. + +Si votre _ultimatum_ etait de ne pas comprendre la ville de Venise dans +la part de l'empereur, je doute que la paix se fasse (cependant Venise +est la ville la plus digne de la liberte de toute l'Italie); et les +hostilites recommenceraient dans le courant d'octobre. + +L'ennemi est en position de guerre vis-a-vis de moi: il a sur les +frontieres de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole et le Tyrol dix +mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix mille d'infanterie. + +Il y a dans l'interieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit mille +hommes de cavalerie Hongroise leves en masse, et qui s'exercent depuis +trois mois. + +L'armee francaise en Italie a un pays immense et un grand nombre +de places fortes a garder, ce qui fait que je ne pourrai prendre +l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie et quarante-cinq +mille hommes d'infanterie sous les armes. Ajoutez a cela a peu pres deux +mille Polonais, et tout au plus mille Italiens devant rester en Italie +pour maintenir la police et preter main forte a leur gouvernement qui +sera tourmente par toute espece de factions et de fanatisme, quelles que +soient les mesures que je compte prendre pour assurer la tranquillite +pendant mon absence. + +Je crois donc que si votre _ultimatum_ est de garder Venise, vous devez +regarder la guerre comme probable, et: + +1 deg.. M'envoyer l'ordre d'arreter la marche de cinq cents hommes qui vont +dans l'interieur, pour que je les fasse revenir a l'armee. + +2 deg.. Faire ratifier par les conseils le traite d'alliance avec le roi de +Sardaigne; ce qui mettrait a peu pres huit mille hommes de plus a ma +disposition. + +Malgre ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi. + +Si je le previens et que je prenne l'offensive, je le bats, et je suis, +quinze jours apres le premier coup de fusil tire, sous les murs de +Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient tres-douteux. + +Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que je vous +indique afin d'augmenter l'armee, vous sentez que le jour ou je serais +pres de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes sur les bras. + +J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que la nation a +le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens n'acceptent +pas les propositions de paix supposees plus haut, il faut que je sois +renforce de quatre mille hommes de cavalerie, entre autres de deux +regimens de cuirassiers et de douze mille hommes d'infanterie. + +Je pense egalement que du restant vous ne devez former sur le Rhin +qu'une seule armee, qu'elle doit avoir pour but d'entrer en Baviere, de +maniere qu'en pressant l'ennemi entre ces deux masses, nous l'obligions +a nous ceder tout le pays en-deca du Danube. + +Faites attention que je suis ici plus pres de Vienne, que ne l'est +Ratisbonne de l'armee du Rhin, et qu'il faut vingt jours de marche a +celle-ci pour arriver a cette derniere ville. + +Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes les forces +de la maison d'Autriche sont contre l'armee d'Italie, et toutes ces +forces sont disposees en echelons de maniere a accourir promptement au +point ou j'aurais perce. + +Si votre _ultimatum_ est que Venise ne soit pas donnee a l'empereur, +je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures que je vous ai +indiquees: a la fin d'octobre, les renforts que je demande peuvent etre +arrives a Milan, et en supposant que nous rompions le 15 octobre, les +quinze jours dont nous conviendrons pour en prevenir nos gouvernemens +et les armees, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai de +maniere, des l'instant que je saurai que ces renforts auront passe les +Alpes, a m'en servir comme s'ils etaient deja sur l'Isonzo. + +Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande attention a +toutes les dispositions contenues dans la presente lettre, de surveiller +et de vous assurer de l'execution des differens ordres que vous +donnerez, car la destinee de l'Europe sera indubitablement attachee aux +mesures que vous prendrez. + +Je vous fais passer une note sur la situation de mon armee, calculee +sur sa force actuelle, pour vous mettre a meme de juger de la verite de +l'expose que je vous fais. + +BONAPARTE. + + + +An quartier-general a Passeriano, le 3e jour complementaire an 5 (18 +septembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Je recois a l'instant votre arrete du 18 fructidor, relatif au general +Clarke: votre lettre a ete quatorze jours en route. Je me suis deja +apercu du meme retard dans les arretes que vous m'avez envoyes +relativement a la huitieme division militaire et a l'armee des Alpes. + +Je dois rendre au general Clarke un temoignage de sa bonne conduite. +Soit dans les negociations, soit dans ses Conversations, il m'a paru +toujours anime par un patriotisme pur et gemir sur les progres que +faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis interieurs de la +republique. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 3e jour complementaire an 5 (19 +Septembre 1797) + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Les plenipotentiaires de l'empereur ont recu un courrier de Vienne; +ils sont venus nous trouver et voulaient inserer, au protocole, des +observations sur le congres qui doit se tenir a Rastadt pour la paix +avec l'Empire; ils voulaient que ce congres se tint sur-le-champ et +allat de pair avec les negociations d'Udine. La mauvaise foi de Thugut +est egale a la betise de ses negociateurs. + +Je leur ai fait sentir que c'etait representer le congres de Berne sous +un autre nom; je leur ai fait voir la reponse que nous ferions a leur +note, et j'ai fini par leur dire que le directoire executif etait +indigne des menees ridicules du cabinet de Vienne; qu'il fallait enfin +qu'ils se souvinssent que cette paix avait ete accordee par le vainqueur +aux vaincus; et s'ils avaient trouve a Leoben un refuge dans notre +moderation, il etait temps de les faire souvenir de la posture humble et +suppliante qu'ils avaient alors; qu'a force de vouloir analyser sur des +choses de forme, et en elles-memes etrangeres au grand resultat de la +negociation, ils m'obligeraient de leur dire que la fortune s'etait +prononcee, que desormais non-seulement le ton de la superiorite etait +ridicule, mais meme le ton de l'egalite inconvenant; que s'ils n'avaient +pas voulu reconnaitre la republique francaise a Leoben, ils avaient ete +obliges de reconnaitre la republique italienne. _Prenez garde,_ leur +ai-je dit, _que l'Europe ne voie la republique de Vienne._ Tout cela les +a portes a ne pas faire leur declaration pour le congres de Rastadt. +Vous sentez facilement quel piege grossier Thugut pretendait nous +tendre, en voulant nous conduire a un congres, tandis que nos +arrangemens ne sont pas faits avec l'empereur, et nous mettre par la +dans une position delicate avec plusieurs princes germains avec lesquels +nous sommes en paix. + +Nous leur avons declare que si l'empereur convoquait le congres de +l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous obligerait a +declarer, par une contre-note, a plusieurs princes que cela est sans +notre consentement, et que par la S. M. imperiale se trouverait avoir +fait une ecole. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 3e. jour complementaire an 5 (19 +septembre 1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +J'ai recu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, du 22 +fructidor, relativement a la mission que vous desirez donner a Sieyes en +Italie. Je crois effectivement comme vous, que sa presence serait aussi +necessaire a Milan, qu'elle aurait pu l'etre en Hollande, et qu'elle +l'est a Paris. + +Malgre notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues a perte +de vue et tres-bavardes, nous sommes tres-ignorans dans la science +politique morale. Nous n'avons pas encore defini ce que l'on entend par +pouvoir executif, legislatif et judiciaire. Montesquieu nous a donne +de fausses definitions, non pas que cet homme celebre n'eut ete +veritablement a meme de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit +lui-meme, n'est qu'une espece d'analyse de ce qui a existe ou existait: +c'est un resume de notes faites dans ses voyages ou dans ses lectures. + +Il a fixe les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a defini, en +general, le pouvoir executif, legislatif et judiciaire. + +Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution du pouvoir +legislatif le droit de guerre et de paix, le droit de fixer la quantite +et la nature des impositions? + +La constitution anglaise a confie avec raison, une de ces attributions +a la chambre des communes, et elle a tres-bien fait, parce que la +constitution anglaise n'est qu'une charte de privileges: _c'est un +plafond tout en noir, mais borde en or._ + +Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien que mal, +represente la nation, seule elle a du avoir le droit de l'imposer; c'est +l'unique digue que l'on a pu trouver pour modifier le despotisme et +l'insolence des courtisans. + +Mais dans un gouvernement ou toutes les autorites emanent de la nation, +ou le souverain est le peuple, pourquoi classer dans les attributions du +pouvoir legislatif des choses qui lui sont etrangeres? + +Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous avons bien +definie, c'est la souverainete du peuple; mais nous n'avons pas ete +plus heureux dans la fixation de ce qui est constitutionnel, que dans +l'attribution des differens pouvoirs. + +L'organisation du peuple francais n'est donc veritablement encore +qu'ebauchee. + +Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je lui donne, +devrait etre considere comme le vrai representant de la nation, lequel +devrait gouverner en consequence de la charte constitutionnelle et des +lois organiques; il se divise, il me semble, naturellement en deux +magistratures bien distinctes: + +Dans une qui surveille et n'agit pas, a laquelle ce que nous appelons +aujourd'hui pouvoir executif serait oblige de soumettre les grandes +mesures, si je puis parler ainsi, la legislation de l'execution: cette +grande magistrature serait veritablement le grand conseil de la nation; +il aurait toute la partie de l'administration ou de l'execution, qui +est, par notre constitution, confiee au pouvoir legislatif. + +Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait dans deux +magistratures, nommees par le peuple, dont une tres-nombreuse, ou +ne pourraient etre admis que des hommes qui auraient deja rempli +quelques-unes des fonctions qui donnent aux hommes de la maturite, sur +les objets du gouvernement. + +Le pouvoir legislatif ferait d'abord toutes les lois organiques, les +changerait, mais pas en deux ou trois jours, comme l'on fait; car une +fois qu'une loi organique serait en execution, je ne crois pas qu'on put +la changer avant quatre ou cinq mois de discussion. + +Ce pouvoir legislatif, sans rang dans la republique, impassible, sans +yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, n'aurait pas d'ambition et +ne nous inonderait plus de mille lois de circonstances qui s'annulent +toutes seules par leur absurdite, et qui nous constituent une nation +sans lois avec trois cents in-folio de lois. + +Voila, je crois, un code complet de politique, que les circonstances +dans lesquelles nous nous sommes trouves rendent pardonnable. C'est un +si grand malheur pour une nation de trente millions d'habitans, et au +dix-huitieme siecle, d'etre obligee d'avoir recours aux baionnettes pour +sauver la patrie! Les remedes violens accusent le legislateur; car une +constitution qui est donnee aux hommes, doit etre calculee pour des +hommes. + +Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette lettre. +Je l'engage a m'ecrire que j'ai tort; et croyez que vous me ferez un +sensible plaisir si vous pouvez contribuer a faire venir en Italie un +homme dont j'estime les talens, et pour qui j'ai une amitie tout a fait +particuliere. Je le seconderai de tous mes moyens, et je desire +que, reunissant aux efforts, nous puissions donner a l'Italie une +constitution plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances +locales, et peut-etre meme aux vrais principes, que celle que nous lui +avons donnee. Pour ne pas faire une nouveaute, au milieu du tracas de la +guerre et des passions, il a ete difficile de faire autrement. + +Je me resume, + +Non-seulement je vous reponds confidentiellement que je desire +que Sieyes vienne en Italie, mais je pense meme, et cela +tres-officiellement, que si nous ne donnons pas a Genes et a la +republique cisalpine une constitution qui leur convienne, la France n'en +tirera aucun avantage: leurs corps legislatifs, achetes par l'or de +l'etranger, seront tout entiers a la disposition de la maison d'Autriche +et de Rome. Il en sera, en derniere analyse, comme de la Hollande. + +Comme la presente lettre n'est pas un objet de tactique; ni un plan de +campagne, je vous prie de la garder pour vous et pour Sieyes, et de ne +faire usage, si vous le jugez a propos, que de ce que je viens de vous +dire sur l'inconvenance des constitutions que nous avons donnees en +Italie. + +Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance entiere +que j'ai en vous, et une reponse a votre derniere. + +Je vous salue. + +BONAPARTE. + + + +Passeriano, le 3e jour complementaire an 5 (19 septembre 1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous prie de +remettre au directoire, parce qu'elle renferme des dispositions +politiques et militaires. Je vous prie de la lire avec attention, et +d'avoir soin que dans le cas ou l'_ultimatum_ serait que Venise restat +a la republique cisalpine, l'on prit toutes les dispositions militaires +que j'indique dans ma lettre. + +Le parti qu'on doit prendre depend absolument de l'interieur. Peut-on +y retablir la tranquillite sans armees? Peut-on se passer de la plus +grande partie des troupes qui y sont dans ce moment-ci? Alors il peut +etre avantageux de faire encore une campagne. + +Ce n'est pas que, peut-etre, lorsque l'empereur verra les armees du Rhin +et de Sambre-et-Meuse organisees dans une seule masse, l'armee du Nord +se rappuyant sur les armees du Rhin, les troupes de l'interieur marchant +pour renforcer les armees; peut-etre alors consentira-t-il lui-meme a +renoncer a Venise. Mais, je vous le repete, il ne faut pas y compter. + +Toutes leurs positions sur leurs frontieres sont telles que, s'ils +devaient se battre d'un instant a l'autre, leurs troupes sont campees et +pretes a entrer eu campagne. + +BONAPARTE. + + + +Passeriano, le 5e. jour complementaire an 5 (21 septembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs avec le +general Clarke: pour la regle, il faudrait que vous m'en envoyassiez de +nouveaux. + +Si j'ai accepte dans le temps la reunion de plusieurs fonctions dans ma +personne, j'ai voulu repondre a votre confiance, et j'ai pense que les +circonstances de la patrie m'en faisaient un devoir. + +Aujourd'hui je pense que vous devez les separer, je demande: + +1 deg.. Que vous nommiez des plenipotentiaires pour le congres d'Udine, et +que je n'y sois plus compris. + +2 deg.. Que vous nommiez une commission de trois membres choisis parmi +les meilleurs publicistes, pour organiser la republique d'Italie. La +constitution que nous lui avons donnee ne lui convient pas; il y faut de +grands changemens, que la religion, les moeurs de ces peuples et leur +situation locale recommandent. + +3 deg.. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armee, elle a besoin de +tous mes soins. + +Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, une +nouvelle preuve du desir ardent que j'ai pour la gloire nationale. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 1er. vendemiaire an 6 (22 septembre +1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +J'ai recu, citoyen, vos differentes lettres; j'ai examine avec attention +les observations que vous me faites: je vais vous tracer la conduite que +vous avez a tenir, qui conciliera a la fois les intentions du ministre +de la marine, qui vous appelle a Toulon, et les interets de la +republique dans les mers ou vous vous trouverez. + +Les batimens venitiens que vous devez conduire en France sont a Corfou; +il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de +station dans ce port pour pouvoir lever des matelots et vous mettre a +meme de conduire en France les vaisseaux venitiens. + +Je crois donc necessaire que vous envoyiez sur-le-champ l'ordre a +l'officier de marine qui commande le sixieme vaisseau venitien a Corfou, +de faire toute la diligence necessaire pour lever des marins, afin que, +lorsque vous y serez arrive, votre sejour soit le moins long possible. + +Vous partirez avec votre escadre, des l'instant que le temps vous le +permettra, pour vous rendre a Corfou. + +Vous passerez par Raguse; vous ferez connaitre a cette republique +l'interet que prend a elle le directoire executif de la republique +francaise, et la volonte qu'il a de la proteger contre quelque +ennemi que ce fut qui voudrait se l'approprier, et de garantir son +independance. + +Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle des bouches du +Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens s'en soient empares, vous +declarerez a l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper +sans violer un des articles preliminaires de paix qui existent entre S. +M. I. et la republique francaise; vous le sommerez des-lors d'evacuer +sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menacant, s'il s'y refusait, de +vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, et d'agir hostilement +contre les troupes de S. M. I. + +S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer des +batimens qui servent au transport de leurs vivres, ainsi que de +quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant soin de ne pas y +toucher et de mener tous les batimens autrichiens en sequestre a Corfou. +Vous previendrez dans ce cas le commandant autrichien que vous tiendrez +en sequestre les-dits batimens jusqu'a ce qu'il ait evacue un territoire +qu'il n'a pas du occuper. + +Vous pourrez demander a Raguse un rafraichissement en vivres pour votre +equipage, moyennant cependant quelques procedes. + +Arrive a Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux venitiens des +l'instant qu'ils seront montes par un assez grand nombre de matelots +albanais. + +En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord la troisieme +legion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit ou vous la +conduirez; vous vous concerterez a cet effet avec le general Baraguey +d'Hilliers: vous devez egalement faire courir le bruit que vous +embarquez un bien plus grand nombre de troupes, et qu'il s'est embarque +a Ancone, sous l'escorte de vos fregates, plusieurs bataillons de +troupes. + +Vous aurez soin egalement de continuer a laisser entrevoir que vos +operations vont se combiner avec celles de l'armee d'Italie. + +Vous vous concerterez a Venise avec l'ordonnateur de la marine et le +citoyen Forfait, pour embarquer a votre bord les caisses de tableaux et +d'objets d'art destines pour Paris. + +Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de Goro, ou meme +dans le port d'Ancone, les fregates _la Junon_ et _la Diane_, et les +bricks _l'Alceste_ et _le Jason_, qui seront sous les ordres du chef de +division Perree. + +Vous laisserez a Corfou les fregates _l'Arthemise_ et _la Sibylle_, et +les bricks _le Mondovi_ et _la Cybele_, qui seront egalement sous les +ordres du chef de division Perree, et qui devront se tenir a Corfou +prets a partir immediatement apres l'ordre qu'ils en recevront, pour +concerter leurs operations avec celles de _la Junon_ et de _la Diane_. + +Je fais connaitre au directoire executif, par un courrier +extraordinaire, le present ordre, et je lui demande son autorisation +pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, afin de +concerter vos operations avec celles de l'armee d'Italie. Je vous ferai +passer la reponse du gouvernement par un aviso, qui necessairement vous +trouvera encore a Corfou. + +Je vous envoie: + +1º. Une lettre pour le general Gentili, par laquelle j'approuve toutes +les mesures qu'il a prises pour nourrir votre escadre a Corfou, ou je +prescris que le recu des sommes qu'il a deboursees sera accepte en +paiement dans la caisse du payeur de Corfou, approuvant egalement +l'emploi des treize cents sacs de farine que vous avez pris. + +2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armee d'Italie +fournisse a l'escadre, partout ou elle pourrait se trouver, les vivres +journaliers comme aux troupes de terre, et, d'apres les envois qui ont +ete faits en subsistances a Corfou, a Ancone, a Constantinople et a +Messine, vous ne devez avoir aucune inquietude sur la subsistance de +votre escadre pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages. + +3 deg.. Je vous autorise a prendre dans les magasins de Corfou tout ce que +vous croirez necessaire a l'approvisionnement de nos arsenaux et au +ravitaillement de notre marine; + +4 deg.. A embarquer a Corfou cent pieces de canon de fonte, en consequence +cependant d'un proces-verbal dresse chez le general Gentili par un +conseil compose de vous, du general Gentili, du commandant du genie, du +chef de l'etat-major, des commissaires des guerres: ce proces-verbal +devra constater: 1 deg.. la quantite de pieces necessaires pour la defense +de la citadelle et celle de la rade de Corfou; 2 deg.. la quantite hors de +service; 3 deg.. la quantite existante: et ce ne sera que dans le cas ou +ledit conseil ne trouverait aucun inconvenient a vous delivrer les cent +pieces, que le present ordre sera execute. + +5 deg.. Je vous envoie egalement un ordre pour que le general Sugny vous +remette a Venise les ustensiles pour chauffer a boulets rouges six +pieces de canon, et dont le general Gentili se servirait a Corfou, si +jamais les circonstances l'exigeaient. + +6 deg.. Un ordre pour que le general Gentili mette a votre disposition +quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison aux vaisseaux +venitiens. + +7 deg.. Vous garderez et menerez avec vous a Toulon les officiers venitiens +qui desirent servir dans la marine francaise, jusqu'a ce que le ministre +vous ait envoye des ordres. + +8 deg.. Quant aux objets trouves a bord des vaisseaux venitiens et +appartenant aux capitaines, vous en ferez des recus qui seront valables +pour leur liquidation par le gouvernement de Venise. + +9 deg.. Je vous envoie un ordre pour que le general Gentili vous remette +50,000 fr. pour la solde des marins venitiens destines a l'armement des +vaisseaux venitiens. + +10 deg.. L'ordre pour qu'on vous fournisse les bles, riz et vins pour deux +mois, pour deux mille hommes; la nourriture journaliere pour votre +escadre vous sera fournie a Corfou. + +11 deg.. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre pour un mois, +des l'instant que la caisse de l'armee le permettra, et que la solde de +fructidor sera payee a l'armee. + +12 deg.. Quant aux depenses qu'auraient faites les equipages a Corfou, vous +aurez soin de les liquider, de verifier toutes les pieces et de les +envoyer au commissaire ordonnateur de la marine a Venise, qui y +pourvoira. + +13 deg.. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que le +citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinee a vos frais +extraordinaires et qui vous sont particuliers. + +14 deg.. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller mettra a +votre disposition entre les mains de votre payeur, pour les depenses +extraordinaires de votre escadre, pour servir a compenser aux matelots +l'incomplet des fournitures que vous pourriez ne pas recevoir des +magasins de Corfou. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 1er vendemiaire an 6 (22 septembre +1797). + +_Au general Kellermann._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 2 fructidor; J'avais deja +recu precedemment quelques exemplaires de votre lettre imprimee au +directoire. + +Puisque vous vous etes donne la peine de repondre a des calomnies +auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient preter l'oreille, +vous avez du le faire, sans doute, d'une maniere aussi convaincante. Les +personnes qui connaissent les services distingues que vous avez rendus a +la liberte par vos victoires, sont indignees de penser que vous avez pu +croire votre justification necessaire. Cependant vous avez bien fait +de le faire, sans doute, en pensant a ce grand nombre d'hommes qui ne +desirent que le mal. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 1er vendemiaire an 6 (22 Septembre +1797). + +_Au commissaire ordonnateur de la marine a Toulon._ + +Je recois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. J'apprends +avec plaisir que vous reprenez vos fonctions importantes et que +vous avez deja gerees avec distinction. Je vous remercie des choses +extremement obligeantes contenues dans votre lettre: je les merite par +la sollicitude que j'ai toujours eue de faire quelque chose qui put etre +avantageux a notre marine. + +L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a recu son approvisionnement +de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, 600,000 francs pour +la solde, ainsi que des cables, des cordages et autres objets qui lui +etaient necessaires. Il me parait que l'amiral Brueys et son equipage +sont tres-satisfaits. Il part, demain ou apres, pour se rendre a Corfou, +ou il prendra six vaisseaux venitiens qu'il vous amenera. Le citoyen +Roubaud, votre prepose a Venise, vous aura sans doute donne sur tout +cela des details plus circonstancies. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (13 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne au +contre-amiral Brueys; vous verrez que par la il se trouvera a meme +d'executer vos ordres, quels qu'ils soient. + +Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre francais; 2º. six +fregates, _id_.; 3º. six corvettes, _id_. parfaitement equipees: j'ai +fait habiller a neuf les equipages et les garnisons; je lui ai fait +payer plusieurs mois de solde, et les arsenaux de Corfou et de Venise +ont fourni toutes les pieces de rechange et les cables dont il peut +avoir besoin. + +Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys sera bien pres +de Corfou, ou j'ai fait etablir des batteries a boulets rouges pour +defendre la rade, et ou il est parfaitement en surete. + +Il y a a Corfou six batimens de guerre venitiens et six fregates +qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont deja montes par des +officiers mariniers et des garnisons francaises. + +A Corfou, Zante, Cephalonie, il trouvera les 2,000 matelots qui lui +sont necessaires, tant pour l'equipement desdits vaisseaux, que pour le +complement des siens. + +Les fregates _la Muiron_ et _la Carrere_, ainsi que les trois autres +batimens de guerre qui sont en armement a Venise, pourront egalement +augmenter son escadre d'ici a deux mois. + +Je pense donc que, si vous m'autorisez a garder l'escadre de l'amiral +Brueys a Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au 1er frimaire, 1º. +de six vaisseaux de guerre francais parfaitement bien en equipages, +approvisionnes pour quatre mois et abondamment pourvus de tous les +objets necessaires, meme de cordages; 2º. six fregates francaises; 3º. +six bricks francais; 4º. huit vaisseaux de guerre venitiens; 5º. huit +fregates, _id_.; 6º. huit bricks, _id_.: tous approvisionnes pour quatre +mois. + +Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans l'Ocean, il +partira de Corfou en meilleur etat qu'il ne partirait de Toulon; il +partira de Corfou plus vite que de Toulon, car ses equipages seront +toujours complets et exerces, ce qui ne sera jamais a Toulon. + +Vous pourrez meme, a mesure qu'un vaisseau de guerre sera arme a Toulon, +faire ramasser les equipages et les faire partir pour Corfou. + +Voudrez-vous vous servir des vaisseaux venitiens? Ils seront tout prets +a seconder notre escadre. + +Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux venitiens soient +sur-le-champ armes en flute et envoyes a Toulon? Le contre-amiral Brueys +les fera filer en les escortant jusqu'a ce qu'il n'y ait plus rien a +craindre. + +Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, devienne +manoeuvriere et se prepare a faire de grandes choses, tenez-la loin de +Toulon: sans quoi, les equipages ne se formeront jamais et vous n'aurez +jamais de marine. + +Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller partout ou vous +voudrez, et vous devez la laisser a Toulon: elle sera beaucoup plus +utile dans l'Adriatique, parce que, 1º. ne se trouvant qu'a vingt lieues +de la cote de Naples, elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me +servira a boucher entierement tout l'Adriatique a nos ennemis; 3º. +enfin, elle prendra les iles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la +Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, tres-utile a +l'armee. + +Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera plus de dix +millions, et fera une bonne diversion a l'avantage de l'armee d'Italie. +Quand vous voudrez la faire aller dans un point quelconque, elle sera, a +Corfou, a portee d'executer vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y +rendre. + +Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant ces mers et +en s'en retournant en France, pourra prendre quelques troupes, et, en +passant, mettre 2,000 hommes de garnison a Malte: ile qui, tot ou tard, +sera aux Anglais si nous avons la sottise de ne pas les prevenir. + +Quant a la surete, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient dans +l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre notre escadre, qui est +aussi sure dans le golfe de Corfou qu'a Toulon. + +Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine de faire +armer tous les vaisseaux qu'il a a Toulon, et de les envoyer, un a un, +a Corfou; 2º. un ordre au ministre de la marine de faire partir une +trentaine d'officiers et encore soixante ou quatre-vingts officiers +mariniers, pour etre distribues sur les vaisseaux venitiens; 3º. que +vous m'autorisiez a garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'a +nouvel ordre; 4º. que vous preniez un arrete qui m'autorise a cultiver +les intelligences que j'ai deja a Malte, et, au moment ou je le jugerai +propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison. + +Repondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible a ces differens +articles, afin que je sache a quoi m'en tenir; mais je vous previens +que, dans tous les cas, l'escadre ne peut partir de Corfou avec les +vaisseaux venitiens, meme armes en flute, que vers la fin de brumaire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Perree, chef de division de l'armee navale._ + +J'ai recu, citoyen, les differentes lettres dans lesquelles vous me +temoignez le desir de reprendre vos fonctions a la mer: la place de +commandant des armes que vous occupez, n'offre pas un assez grand +aliment a votre activite. En rendant justice a votre zele, je consens a +ce que vous repreniez le commandement de la fregate _la Diane_, que vous +n'avez quitte que momentanement, et j'envoie l'ordre au citoyen Roubaud +de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez sous les ordres du +contre-amiral Brueys jusqu'a son depart pour France, et vous commanderez +ensuite la division qui restera dans l'Adriatique. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Roubaud._ + +Le citoyen Perree devant commander une flotte, vous remplirez les +fonctions de commandant des armes, et vous aurez une autorite entiere +pour l'armement des trois vaisseaux et des deux fregates. + +Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez necessaire +au bien du service. + +Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick _le James_; vous +ferez armer les deux fregates _la Muiron_ et _la Carrere_, afin qu'elles +puissent se joindre le plus tot possible a Corfou, et augmenter +l'escadre du contre-amiral Brueys. + +Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr. a votre +disposition pour commencer la levee des matelots pour l'armement de ces +deux fregates. + +Vous ferez fabriquer un cable pour chacun des vaisseaux francais de +l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres de rechange qui +sont les plus necessaires. Ces objets seront pris a compte des trois +millions que doit nous payer la republique de Venise. + +La division Bourde se trouvant a l'escadre de l'amiral Brueys, les +hardes qui lui sont destinees seront envoyees au contre-amiral Brueys, +pour qu'il puisse les lui remettre. + +BONAPARTE. + + + +_Note._ + +Le plenipotentiaire de la republique francaise soussigne a l'honneur de +faire connaitre a leurs excellences MM. les plenipotentiaires de S.M. +l'empereur et roi la douleur qu'il a eprouvee en apprenant que les +troupes de S. M. l'empereur venaient de prendre possession de la +province d'Albanie, vulgairement appelee Bouches du Cattaro. + +Par l'article 1er des preliminaires secrets, S.M. l'empereur devait +entrer, a la paix definitive, en possession de la Dalmatie et de +l'Istrie venitiennes. Lors donc que les troupes de S.M. ont occupe +lesdites provinces, cela a ete une violation des formes, mais non du +fond des preliminaires. + +Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, de l'Albanie +venitienne, dite Bouches du Cattaro, est une violation reelle et +est contraire au texte comme a la nature des preliminaires. Le +plenipotentiaire francais soussigne ne peut donc regarder, dans les +circonstances presentes, l'occupation par elles des Bouches du Cattaro +que comme un acte d'hostilite. + +La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs excellences +messieurs les plenipotentiaires de S.M. l'empereur et roi, ne lui permet +pas de douter qu'ils ne prennent des mesures expeditives, dont l'effet +soit d'ordonner aux troupes de S.M. l'empereur l'evacuation des Bouches +du Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire a la bonne foi +et aux traites. Le plenipotentiaire francais assure leurs excellences +messieurs les plenipotentiaires de S.M. l'empereur et roi de sa haute +consideration. + +Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (23 septembre 1797). + +_Le general en chef, plenipotentiaire de la republique francaise_. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Francois de Neufchateau, membre du directoire executif._ + +Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaitre personnellement, je +vous prie de recevoir mon compliment sur la place eminente a laquelle +vous venez d'etre nomme; je me souviens avec reconnaissance de ce que +vous avez ecrit dans le temps contre les apologistes des inquisiteurs de +Venise. + +Le sort de l'Europe est desormais dans l'union, la sagesse et la force +du gouvernement. + +Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par un bon +gouvernement. + +Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porte la gloire du nom francais +plus loin qu'elle ne l'avait jamais ete: c'est a vous, premiers +magistrats de la republique, d'etouffer toutes les factions, et a etre +aussi respectes au dedans que vous l'etes au dehors. Un arrete du +directoire executif ecroule les trones; faites que des ecrivains +stipendies, ou d'ambitieux fanatiques, deguises sous toute espece de +masque, ne nous replongent pas dans le torrent revolutionnaire. + +Croyez que, quant a moi, mon attachement pour la patrie egale le desir +que j'ai de meriter votre estime. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 2 vendemiaire an 6 (23 septembre +1797). + +_Au citoyen Merlin, membre du directoire._ + +J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, la nouvelle +de votre nomination a la place que vous occupez. + +On ne pouvait pas choisir un homme qui eut rendu constamment plus de +services a la liberte: en mon particulier, je m'en felicite. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 4 vendemiaire an 6 (25 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Un officier est arrive avant-hier de Paris a l'armee d'Italie: il a +repandu dans l'armee qu'il etait parti de Paris le 25, qu'on y etait +inquiet de la maniere dont j'aurais pris les evenemens du 18; il etait +porteur d'une espece de circulaire du general Augereau a tous les +generaux de division de l'armee. + +Il avait une lettre du ministre de la guerre a l'ordonnateur en chef, +qui l'autorisait a prendre tout l'argent dont il aurait besoin pour sa +route: je vous en envoie la copie. + +Il est constant, d'apres tous ces faits, que le gouvernement en agit +envers moi a peu pres comme envers Pichegru apres vendemiaire. + +Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de m'accorder ma +demission. Aucune puissance sur la terre ne sera capable de me faire +continuer de servir apres cette marque horrible de l'ingratitude du +gouvernement, a laquelle j'etais bien loin de m'attendre. + +Ma sante, considerablement affectee, demande imperieusement du repos et +de la tranquillite. + +La situation de mon ame a aussi besoin de se retremper dans la masse des +citoyens. Depuis trop long-temps un grand pouvoir est confie dans mes +mains, je m'en suis servi dans toutes les circonstances pour le bien de +la patrie: tant pis pour ceux qui ne croient point a la vertu, et +qui pourraient avoir suspecte la mienne. Ma recompense est dans ma +conscience et dans l'opinion de la posterite. + +Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et a l'abri des +dangers qui l'ont menacee, quitter sans inconvenient le poste ou je suis +place. + +Croyez que s'il y avait un moment de peril, je serais au premier rang +pour defendre la liberte et la constitution de l'an 3. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 5 vendemiaire an 6 (26 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 fructidor. + +Je ne puis tirer aucune ressource de Genes, pas plus de la republique +cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se maintenir maitres +chez eux. Ces peuples-la ne sont point guerriers, et il faut quelques +annees d'un bon gouvernement pour changer leurs inclinations. + +L'armee du Rhin se trouve tres-loin de Vienne, pendant que j'en suis +tres-pres. Toutes les forces de la maison d'Autriche sont contre moi, on +a tres-tort de ne pas m'envoyer dix ou douze mille hommes. Ce n'est que +par ici que l'on peut faire trembler la maison d'Autriche. + +Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, il faut au +moins que les armees du Rhin commencent leurs operations quinze jours +avant nous, afin que nous puissions nous trouver a peu pres dans le meme +temps dans le coeur de l'Allemagne. Des l'instant que j'aurai battu +l'ennemi, il est indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me +conduit dans le coeur de la Carinthie, ou l'ennemi n'aura pas manque, +comme il s'y prepare deja, de reunir toutes les divisions qu'il a en +echelons sur l'armee du Rhin, qu'il peut eviter pendant plus de vingt +jours; et je me trouverais avoir encore en tete toute les forces qui, +dans l'ordre de bataille naturel, devraient etre opposees a l'armee du +Rhin. Il ne faut pas etre capitaine pour comprendre tout cela: un seul +coup d'oeil sur une carte, avec un compas, convaincra, a l'evidence, +de ce que je vous dis la. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que +faire. + +Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traite d'alliance qu'on a +fait avec lui, se trouve a l'instant meme notre ennemi, puisque, des cet +instant, il comprend que nous avons medite sa perte. + +Pendant mon absence, il se chicanera necessairement avec la republique +cisalpine, qui n'est pas dans le cas de resister a un seul de ses +regimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve alors oblige de +calculer, en regardant comme suspectes les intentions du roi de +Sardaigne: des-lors il faut que je mette deux mille hommes a Coni, deux +mille a Tortone, autant a Alexandrie. + +Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, on +m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on m'oblige a mettre dans +la garnison des places que j'ai chez lui, et de cinq a six mille +hommes qu'il faut que je laisse pour proteger le Milanais, et, a tout +evenement, la citadelle de Milan, le chateau de Pavie et la place de +Pizzigithone. + +Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traite avec le roi de +Sardaigne: + +1º. Dix mille hommes de tres-bonnes troupes qu'il nous fournit; + +2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est oblige de laisser sur nos +derrieres, et, outre cela, de tres-grandes inquietudes en cas de defaite +et d'evenemens malheureux. + +Quel inconvenient y a-t-il a laisser subsister une chose deja faite? + +Est-ce le scrupule d'etre allie d'un roi? Nous le sommes bien du roi +d'Espagne et peut-etre du roi de Prusse! + +Est-ce le desir de revolutionner le Piemont et de l'incorporer a la +Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, sans manquer au traite, +sans meme manquer a la bienseance, c'est de meler a nos troupes +et d'allier a nos succes un corps de dix mille Piemontais, qui, +necessairement, sont l'elite de la nation: six mois apres, le roi de +Piemont se trouve detrone. + +C'est un geant qui embrasse un pygmee, le serre dans ses bras et +l'etouffe sans qu'il puisse etre accuse de crime. C'est le resultat de +la difficulte extreme de leur organisation. Si l'on ne comprend pas +cela, je ne sais qu'y faire non plus; et si a la politique sage et vraie +qui convient a une grande nation, qui a de grandes destinees a remplir, +des ennemis tres-puissans devant elle, on substitue la demagogie d'un +club, l'on ne fera rien de bon. + +Que l'on ne s'exagere pas l'influence des pretendus patriotes cisalpins +et genois, et que l'on se convainque bien que, si nous retirions d'un +coup de sifflet notre influence morale et militaire, tous ces pretendus +patriotes seraient egorges par le peuple. Il s'eclaire tous les jours et +s'eclairera bien davantage; mais il faut le temps et un long temps. + +Je ne concois pas, lorsque, par une bonne politique, on s'etait conduit +de maniere que ce temps est toujours en notre faveur, qu'en tirant tout +le parti possible du moment present, nous ne faisons qu'accelerer la +marche du temps en assurant et epurant l'esprit public, je ne concois +pas comment l'on peut hesiter. + +Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derriere soi, d'un +peuple foncierement ennemi des Francais par prejuges, par l'habitude des +siecles et par caractere, que l'on doit rien negliger. + +Il me parait que l'on voit tres-mal l'Italie, et qu'on la connait +tres-mal. Quant a moi, j'ai toujours mis tous mes soins a faire aller +les choses selon l'interet de la republique: si l'on ne me croit pas, je +ne sais que faire. + +Tous les grands evenemens ne tiennent jamais qu'a un cheveu. L'homme +habile profite de tout, ne neglige rien de ce qui peut lui donner +quelques chances de plus. L'homme moins habile, quelquefois en en +meprisant une seule, fait tout manquer. + +J'attends le general Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont je suis +capable des evenemens qui viennent d'arriver en France, des dispositions +formidables ou se trouve notre armee, et je vous ferai connaitre la +veritable position des choses, afin que le gouvernement puisse decider +et prendre le parti qu'il jugera a propos. + +Il ne faut pas que l'on meprise l'Autrichien comme on parait le faire; +ils ont recrute leurs armees et les ont organisees mieux que jamais. + +Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation a la republique +cisalpine, du Brescian et du Mantouan. + +Je vais aussi m'occuper a organiser la republique de Venise. Je ferai +tout arranger de maniere que la republique, en apparence, ne se mele de +rien. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 5 vendemiaire an 6 (26 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du general Clarke, que +vous-meme m'en eussiez ecrit. Je ne cherche pas s'il est vrai que ce +general ait ete envoye dans l'origine pour me servir d'espion: si cela +etait, moi seul aurais le droit de m'en offenser, et je declare que je +lui pardonne. + +Je l'ai vu, dans sa conduite passee, gemir le premier sur la malheureuse +reaction qui menacait d'engloutir la liberte avec la France. Sa conduite +dans la negociation a ete bonne et loyale: il n'y a pas deploye de +grands talens, mais il y a mis beaucoup de volonte, de zele et meme une +sorte de caractere. On l'ote de la negociation, peut-etre fait-on bien; +mais, sous peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas +le perdre. Il a ete porte principalement par Carnot. Aupres d'un homme +raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis pres d'un an a trois cents +lieues de lui, cela ne peut pas etre une raison de proscription. Je vous +demande donc avec instance pour lui une place diplomatique du second +ordre, et je garantis que le gouvernement n'aura jamais a s'en repentir. +Il est charge d'une tres-grande mission; il connait tous les secrets +comme toutes les relations de la republique, il ne convient pas a notre +dignite qu'il tombe dans la misere et se trouve proscrit et disgracie. + +J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir ecrit ce qu'il pensait des +generaux de l'armee d'Italie. Si cela est vrai, je n'y vois aucun crime: +depuis quand un agent du gouvernement serait-il accuse d'avoir fait +connaitre a son gouvernement ce qu'il pensait des generaux aupres +desquels il se trouvait? + +On dit qu'il a ecrit beaucoup de mal de moi. Si cela est vrai, il l'a +egalement ecrit au gouvernement: des-lors il avait droit de le faire; +cela pouvait meme etre necessaire, et je ne pense pas que ce puisse etre +un sujet de proscription. + +La morale publique est fondee sur la justice, qui, bien loin d'exclure +l'energie, n'en est au contraire que le resultat. + +Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le general Clarke +aupres du gouvernement: on pourrait lui donner une place de ministre +aupres de quelque cour secondaire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 7 vendemiaire an 6 (28 septembre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrive de Vienne avec le +general Meerweldt; il m'a remis la lettre dont je vous envoie copie, et +a laquelle je ne repondrai que dans trois ou quatre jours, lorsque je +verrai la tournure que prendra la negociation. + +Pour ma premiere visite, j'ai eu une prise tres-vive avec M. de +Cobentzel, qui, a ce qu'il m'a paru, n'est pas tres-accoutume a +discuter, mais bien a vouloir toujours avoir raison. + +Nous sommes entres en congres. + +Je vous ferai passer: 1º. Copie des pleins pouvoirs donnes a M. le comte +de Cobentzel; + +2º. Copie du protocole d'hier; + +3º. Copie de la reponse que je vais faire inserer au protocole +d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure. + +Il est indispensable que le directoire executif donne les ordres qu'on +se tienne pret sur le Rhin: ces gens-ci ont de grandes pretentions. Au +reste, il parait, par la lettre de l'empereur, par la contexture des +pleins-pouvoirs de M. de Cobentzel, meme par son arrivee, que l'empereur +accederait au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de +nous donner Mayence et les limites constitutionnelles. + +Je dis il parait, parce qu'en realite notre conversation avec M. le +comte de Cobentzel n'a ete, de son cote, qu'une extravagance. + +C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. Je vous fais +grace de ma reponse la-dessus comme de notre discussion, qui vous ferait +connaitre ce que ces gens-ci appellent diplomatie. + +_A minuit._ + +Le courrier devait partir a midi, il n'est pas parti. Ces messieurs +sortent a l'instant meme d'ici. Nous avons ete a peu pres quatre ou cinq +heures en conferences reglees. M. de Cobentzel et nous avons beaucoup +argumente, beaucoup rabache les memes choses. + +Il n'a ete question dans le protocole que des deux notes annoncees dans +ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs repondront demain. + +Apres le diner, moment ou les Allemands parlent volontiers, j'ai cause +quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; il a laisse entrevoir, +au milieu d'un tres-grand bavardage, qu'il desire fort que S.M. +l'empereur reunisse son systeme politique au notre, afin de nous opposer +aux projets ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne +adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour nous +les limites a peu pres comme elles sont portees dans notre note et +specialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait dit qu'il lui paraissait +tout simple que nous donnions a S.M. l'empereur les Legations. + +Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement francais venait de +reconnaitre le ministre de la republique de Venise, et que des-lors je +me trouvais dans l'impossibilite de pouvoir, sous aucun pretexte et dans +aucune circonstance, consentir a ce que S.M. devint maitresse de Venise, +je me suis apercu d'un mouvement de surprise qui decele assez la +frayeur, a laquelle a succede un assez long silence, interrompu a +peu pres par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment +voulez-vous qu'on puisse negocier? Je me tiendrai dans cette ligne +jusqu'a la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise jusqu'a ce que +j'aie recu de nouvelles lettres du gouvernement. + +Demain, a midi, nous nous verrons de nouveau, et je vous expedierai +demain au soir un autre courrier. Je n'entre pas dans d'autres details +sur les propositions reciproques que nous nous faisons; mais il y a la +negociation officielle, qui est, comme vous l'avez vu par le protocole, +une suite d'extravagances de leur part, et la confidentielle qui, +quoiqu'elle n'ait pas ete mise clairement en discussion avec M. de +Cobentzel, est basee cependant sur le projet que M. de Meerweldt apporte +de Vienne. Vous vous apercevrez, par la note que je vais leur presenter +aujourd'hui, que je veux les conduire a dire dans le protocole qu'on ne +peut pas executer les preliminaires, et regarder, si le gouvernement le +juge a propos, ces preliminaires comme nuls. J'ai pense qu'il n'y avait +pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur faire dire +d'eux-memes que les preliminaires sont impossibles: ce qui nous est +tres-facile. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 8 vendemiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_Au citoyen Canelaux, ministre de la republique a Naples._ + +J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens sur les frontieres +de Naples, en meme temps qu'un general autrichien vient commander +a Rome. Je ne saurais penser que, si cela etait, vous ne soyez pas +instruit des mouvemens et des desseins que pourrait avoir la cour +de Naples, et vous me les auriez fait connaitre par un courrier +extraordinaire. L'intention du directoire executif de la republique +francaise n'est point que la cour de Naples empiete sur le territoire +romain. Soit que le pape continue a vivre, soit qu'il meure au qu'il +soit remplace par un autre pape ou par une republique, vous devez +declarer, lorsque vous serez assure que la cour de Naples a intention +de faire des mouvemens, que le directoire executif de la republique +francaise ne restera pas tranquille spectateur de la conduite hostile +du roi de Naples, et que, quelque evenement qu'il arrive, la republique +francaise s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire +obtenir ce qu'elle desire, mais non pour autoriser le roi de Naples a +agir hostilement. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 8 vendemiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_A l'ambassadeur de la republique francaise a Rome._ + +Je recois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendemiaire. Vous +signifierez sur-le-champ a la cour de Rome, que si le general Provera +n'est pas renvoye de suite de Rome, la republique francaise regardera +cela de la part de Sa Saintete comme un commencement d'hostilites. +Faites sentir combien il est indecent, lorsque le sort de Rome a dependu +de nous, qu'elle n'a du son existence qu'a notre generosite, de voir le +pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des couleurs qui ne +peuvent etre agreables a la republique francaise. Dites meme dans vos +conversations avec le secretaire d'etat, et, s'il le faut, meme dans +votre note: La republique francaise a ete genereuse a Tolentino, elle ne +le sera plus si les circonstances recommencent. + +Je fais renforcer la garnison d'Ancone d'un bataillon de Polonais. +L'escadre de l'amiral Brueys me repond de la conduite de la cour de +Naples. + +Vous ne devez avoir aucune espece d'inquietude, ou, si elle agit, je +detruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral Brueys, et, lorsque +les circonstances le permettront, je ferai marcher une colonne pour leur +repondre. Je verrai dans une heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec +vous en termes si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la +volonte de faire marcher des troupes sur Rome. + +Enfin, s'il n'y a encore aucun changement a Rome, ne souffrez pas qu'un +general aussi connu que M. Provera prenne le commandement des troupes de +Rome. L'intention du directoire executif n'est pas de laisser renouer +les petites intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien +les Italiens, j'attache la plus grande importance a ce que les troupes +romaines ne soient pas commandees par un general autrichien. + +Dans la circonstance, vous devez dire au secretaire d'etat: "La +republique francaise, continuant ses sentimens de bienveillance au pape, +etait peut-etre sur le point de lui restituer Ancone: vous gatez toutes +vos affaires, vous en serez responsable. Les provinces de Macerata et le +duche d'Urbin se revolteront, vous demanderez le secours des Francais, +ils ne vous repondront pas." + +Effectivement, plutot que de donner le temps a la cour de Rome d'ourdir +de nouvelles trames, je la previendrai. + +Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point general des +troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre heures, il soit hors de +Rome. Developpez un grand caractere; ce n'est qu'avec la plus grande +fermete, la plus grande expression dans vos paroles, que vous vous ferez +respecter de ces gens-la: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils +sont fiers lorsqu'on a trop de menagemens pour eux. + +Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a ete deux fois mon +prisonnier de guerre dans cette campagne, il ne tardera pas a l'etre une +troisieme fois: s'il vient vous voir, refusez de le recevoir. Je connais +bien la cour de Rome, et cela seul, si c'est bien joue, perd cette cour. + +L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de continuer +jusqu'a Naples pour voir le citoyen Canclaux; il s'assurera par lui-meme +des mouvemens des troupes napolitaines, auxquels je ne peux pas croire, +quoique je m'apercoive qu'il y a depuis quelque temps une espece de +coalition entre les cours de Naples, de Rome, et meme celle de Florence; +mais c'est la ligue des rats contre les chats. + +Si vous le jugez a propos, mon aide-de-camp presentera une lettre, que +vous trouverez ci-jointe, au secretaire d'etat, et lui dira, d'un ton +qui convient aux vainqueurs de l'Italie, que si, sous vingt-quatre +heures, M. Provera n'est point hors de Rome, ils nous obligeront a une +visite. + +Si le pape etait mort, vous devez faire tout ce qu'il vous est possible +pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y ait une revolution. +Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: s'il en faisait lorsque la +revolution serait faite, vous declareriez au roi de Naples, a l'instant +ou il franchirait les limites, que le peuple romain est sous la +protection de la republique francaise; ensuite, en vous rendant de votre +personne aupres du general napolitain, vous lui diriez que la republique +francaise ne voit point d'inconvenient a entamer une negociation avec +la cour de Naples sur les differentes demandes qu'elle a faites, et +specialement sur celle qu'a faite a Paris M. Balbo, et aupres de moi M. +de Gallo, mais qu'il ne faut pas qu'elle prenne les armes, la republique +regardant cela comme une hostilite. + +Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de fierte exterieure +pour que le roi de Naples n'entre pas dans Rome, et beaucoup de +souplesse pour lui faire comprendre que c'est son interet; et si le roi +de Naples, malgre tout ce que vous pourriez faire, ce que je ne saurais +penser, entrait dans Rome, vous devez continuer a y rester, et affecter +de ne reconnaitre en aucune maniere l'autorite qu'y exercerait le roi +de Naples, de proteger le peuple de Rome, et faire publiquement +les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel qu'il convient a un +representant de la premiere nation du monde. + +Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite dans ce cas les +mesures qui seraient necessaires pour vous mettre a meme de soutenir la +declaration, que vous auriez faite de vous opposer a l'invasion du roi +de Naples. + +Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement a Rome, de sorte +qu'il n'y ait aucun moyen d'empecher le pape d'etre nomme, ne souffrez +pas que le cardinal Albani soit nomme; vous devez employer non-seulement +l'exclusion, mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en +declarant qu'a l'instant meme je marcherai sur Rome, ne nous opposant +pas a ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que celui qui a assassine +Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne lui donne aussi +l'exclusion, je ne vois pas de possibilite a ce qu'il reussisse. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 8 vendemiaire an 6 (29 septembre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Le pape est tres-malade et peut-etre mort a l'heure qu'il est. + +Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens. + +Je vous enverrai copie des lettres que j'ai ecrites a nos ministres a +Rome et a Naples. + +Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une espece de +coalition entre le pape, le roi de Naples, et meme la Toscane. Le pape +n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le commandement de ses troupes au +general autrichien Provera! + +Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que vous ratifiez +le traite d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le general Berthier, que +j'ai envoye a Novare pour passer la revue des troupes piemontaises, +m'ecrit que ce corps est dans une situation superbe. Je vous ferai +passer copie de la lettre que m'ecrit M. Priocca. + +Vous m'aviez ecrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le roi de Naples +se rendit a Rome, de l'y laisser aller: quant a moi, je crois que ce +serait une grande sottise. Quand il sera a Rome, il fera emprisonner une +soixantaine de personnes, il fera precher les pretres, se prosternera +devant un pape dont il aura en verite la puissance, et nous aurons tout +perdu. Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la republique a +Rome et a Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je vous prie +de me faire connaitre positivement vos instructions sur ce point. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 10 vendemiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Messieurs les plenipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; nos +differentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: c'est toujours la +meme exageration de pretentions. + +Je les renverrai demain, et vous ferai connaitre le projet qu'ils +doivent me remettre avec ma reponse. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 10 vendemiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre de la marine._ + +Je recois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; j'ai fait +passer a l'amiral Brueys celle qui etait pour lui. J'ai ecrit, il y +a quelques jours, au directoire executif pour lui demander une +autorisation pour garder la flotte dans ces mers, d'ou vous pourrez lui +donner la destination qu'il vous plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral +Brueys vous a ecrit par le meme courrier. L'escadre se trouve bien +approvisionnee et ses equipages fort contens. J'espere que, si nous +rompons, elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens +pour les choses honnetes renfermees dans votre lettre, et croyez que mon +plus grand plaisir sera de meriter votre estime. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 10 vendemiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_A S.A.R. le duc de Parme._ + +La caisse de l'armee d'Italie aurait besoin du credit de votre A.R., +afin de ne pas retarder le pret du soldat, et pour subvenir aux depenses +les plus indispensables a l'armee. Comme je connais les sentimens de +bienveillance que votre A.R. a pour l'armee francaise, je la prie +d'ordonner a son ministre de seconder l'operation que lui proposera le +citoyen Haller, administrateur des finances de l'armee, pour assurer les +comptes. + +Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 10 vendemiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre de la police generale._ + +J'ai recu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. Je vous +remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite a messieurs les +royalistes de ne pouvoir faire plus de mal a la republique que celui +qu'ils feraient en tuant un de ses citoyens; d'ailleurs il est plus +facile d'en faire le projet que de l'executer. + +Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire mon compliment +sur votre nomination au ministere, que vous avez deja signalee par un +rehaussement de l'esprit public. + +Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de consideration que +j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 10 vendemiaire an 6 (1er octobre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Vous verrez, par la lettre que j'ecris au directoire executif, les +nouvelles de Rome: la sante du pape chancelle de nouveau. J'ai eu une +conversation avec M. de Gallo, et je lui ai fait connaitre que le +directoire executif de la republique francaise ne souffrirait jamais que +le roi de Naples se melat des affaires de Rome sans sa participation. +Nous avons eu hier une conference: je vous envoie la copie du protocole, +et vous vous convaincrez que les choses continuent a prendre mauvaise +tournure. + +J'ai eu, apres le diner, une conference avec M. le comte de Cobentzel; +il m'a dit que l'empereur pourrait nous ceder le Rhin, si nous lui +faisions de grands avantages en Italie: ce qu'il articulait est +extravagant. Il me remettra demain un projet confidentiel; je vous +l'enverrai, et j'y ferai une reponse qui sera en moins ce que lui aura +fait en plus. + +Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'etablir la maniere dont l'un +ou l'autre gouvernement se signifierait la rupture, afin que les deux +armees ne pussent pas etre surprises, et que les deux nations continuent +a etre liees par le droit des gens. + +Comme les grandes operations dependent ici de ce que fera l'armee du +Rhin, et de l'epoque ou l'on entrera en campagne, je ne precipiterai +rien ici; mais je mettrai le gouvernement a meme de prendre le parti +qu'il voudra, et de pouvoir mettre en mouvement en meme temps les armees +du Rhin et d'Italie. + +La position de l'armee francaise d'Italie est superbe. Le Brescian et le +Mantouan seront bientot reunis a la republique cisalpine. Je m'occupe a +reunir les differentes parties de l'etat de Venise dans un seul et meme +etat, afin d'organiser robustement les derrieres de l'armee, qui seront +tranquilles pendant ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera +a donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armee pendant ses grandes +operations. + +Toutes les places fortes sont approvisionnees pour un an. Palma et +Osoppo, qui doivent etre les pivots des armees, contiennent des depots +pour nourrir l'armee pendant un long temps. + +L'artillerie se trouve egalement dans une position satisfaisante. + +De grandes choses pourront etre faites avec cette armee. + +Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends dans ce +moment-ci, c'est le dernier service que je puisse rendre a la patrie. + +Ma sante est entierement delabree; et la sante est indispensable et ne +peut etre substituee par rien, a la guerre. Le gouvernement aura sans +doute, en consequence de la demande que je lui ai faite il y a huit +jours, nomme une commission de publicistes pour organiser l'Italie +libre; + +De nouveaux plenipotentiaires pour continuer les negociations ou les +renouer, si la guerre avait lieu, au moment ou les evenemens de la +guerre seraient les plus propices; + +Et, enfin, un general qui ait sa confiance pour commander l'armee: car +je ne connais personne qui puisse me remplacer dans l'ensemble de ces +trois missions, toutes trois egalement interessantes. + +Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, soit sur les +hommes, sur les moeurs, caracteres, positions et les projets qui leur +seront utiles, s'ils veulent en profiter. + +Quant a moi, je me trouve serieusement affecte de me voir oblige de +m'arreter dans un moment ou, peut-etre, il n'y a plus que des fruits a +cueillir; mais la loi de la necessite maitrise l'inclination, la volonte +et la raison. + +Je puis a peine monter a cheval: j'ai besoin de deux ans de repos. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 15 vendemiaire an 6 (8 octobre +1797). + +_Au president du gouvernement provisoire de Genes._ + +J'apprends avec peine que vous etes divises entre vous, et que par la +vous donnez un champ libre a la malveillance et aux ennemis de votre +liberte. Etouffez toutes vos haines, reunissez tous vos efforts, si vous +voulez eviter de grands malheurs a votre patrie et a vos familles. Les +rois voient avec plaisir et fomentent peut-etre une dissension dans +votre gouvernement, qui ruine votre commerce, degoute la masse de la +nation de l'egalite, et etablit les privileges et les prejuges. + +Les hostilites peuvent recommencer d'un moment a l'autre, vous devez +vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir a la cause commune: +comment croyez-vous le faire lorsque vous avez meme besoin des Francais +pour vous garder? + +Si vous en croyez un homme qui prend un vif interet a votre bonheur, +remettez en termes plus clairs dans votre constitution ce qui a +pu alarmer les ministres de la religion: je dirai meme plus, la +superstition aux prises avec la liberte; la premiere l'emportera dans +l'esprit du peuple. + +Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui pourraient alarmer +la masse des citoyens. + +Vous ne devez pas vous gouverner par des exces, comme vous ne devez vous +laisser perir par faiblesse. Eclairez le peuple, concertez-vous avec +l'archeveque pour leur donner de bons cures; acquerez des titres a +l'amour de vos concitoyens et a l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et +croyez qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif interet a +tout ce qui vous concerne. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 16 vendemiaire an 6 (7 octobre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel que m'a remis +M. le comte de Cobentzel; je lui ai temoigne toute l'indignation que +vous sentirez en le lisant. Je lui repondrai par la note ci-jointe. Sous +trois ou quatre jours, tout sera termine, la paix ou la guerre, Je vous +avoue que je ferai tout pour la paix, vu la saison tres-avancee et le +peu d'esperance de faire de grandes choses. + +Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne meritent pas que l'on fasse +tuer 40,000 Francais pour eux. + +Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une fausse hypothese: +vous vous imaginez que la liberte fait faire de grandes choses a un +peuple mou, superstitieux, pantalon et lache. + +Ce que vous desireriez que je fisse sont des miracles: je n'en sais pas +faire. + +Je n'ai pas a mon armee un seul Italien, excepte 1500 polissons ramasses +dans les rues des differentes villes de l'Italie, qui pillent et ne sont +bons a rien, + +Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, peut-etre +par quelque ministre meme, qui vous diront qu'il y a 80,000 hommes +italiens sous les armes; car, depuis quelque temps, je n'apercois pas +les journaux, et ce qui me revient de l'opinion publique en France +s'egare etrangement sur les Italiens. + +Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples severes, +donnent seuls a ces peuples un grand respect pour la nation, et un +interet, quoique extremement faible, pour la cause que nous defendons. + +Je desire que vous appeliez chez vous les differents ministres cisalpins +qui se trouvent a Paris, que vous leur demandiez d'un ton severe ....., +qu'ils vous declarent sur-le-champ, par ecrit, le nombre de troupes qu'a +la republique cisalpine a l'armee; et, s'ils vous disent que j'ai plus +de 1500 hommes cisalpins et a peu pres 2000 a Milan, employes a la +police de leur pays, ils vous en imposeront, et reprimandez-les comme +ils le meritent; car telle chose est bonne a dire dans un cafe ou dans +un discours, mais non au gouvernement, puisque ces fausses idees peuvent +le mettre dans le cas de prendre un parti different de celui qui +convient, et produire des malheurs incalculables. + +J'ai l'honneur de vous le repeter, peu a peu le peuple de la republique +cisalpine s'enthousiasmera pour la liberte, peu a peu cette republique +s'organisera, et peut-etre dans quatre ou cinq ans pourra-t-elle avoir +30,000 hommes de troupes passables, surtout s'ils prennent quelques +Suisses; car il faudrait etre un legislateur habile pour leur faire +venir le gout des armes: c'est une nation bien enervee et bien lache. + +Si les negociations ne prennent pas une bonne tournure, la France se +repentirait a jamais du parti qu'elle a pris avec le roi de Sardaigne. +Ce prince, avec un de ses bataillons et un de ses escadrons de +cavalerie, est plus fort que toute la Cisalpine reunie. Si je n'ai +jamais ecrit au gouvernement avec cette precision, c'est que je ne +pensais pas qu'on put se former des Italiens l'idee que je vois, par vos +dernieres lettres, que vous en avez. J'emploie tout mon talent a les +echauffer et a les aguerrir, et je ne reussis tout juste qu'a contenir +et a disposer ces peuples dans de bonnes intentions. + +Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, l'amour +des peuples pour la liberte et l'egalite, ou du moins cela a ete un +auxiliaire tres-faible; mais la bonne discipline de l'armee, le grand +respect que nous avons tous eu pour la republique, que nous avons porte +jusqu'a la cajolerie pour les ministres de la justice, surtout une +grande activite et une grande promptitude a reprimer les malintentionnes +et a punir ceux qui se declaraient contre nous, tel a ete le veritable +auxiliaire de l'armee d'Italie: voila l'historique. Tout ce qui n'est +bon qu'a dire dans des proclamations, des discours imprimes, sont des +romans. + +Comme j'espere que les negociations iront bien, je n'entrerai pas dans +de plus grands details pour vous declarer beaucoup de choses qu'il me +parait qu'on saisit mal. Ce n'est qu'avec de la prudence, de la sagesse, +beaucoup de dexterite, que l'on parvient a de grands buts, et que +l'on surmonte tous les obstacles: autrement on ne reussit en rien. Du +triomphe a la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les plus grandes +circonstances, qu'un rien a toujours decide des plus grands evenemens. + +S'il arrivait que nous adoptassions la politique exterieure que nous +avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, que nous nous sommes +bien trouves de la politique contraire, et que nous n'avons plus +ces grandes masses, ces moyens de recrutement, et ce premier elan +d'enthousiasme qui n'a qu'un temps. + +Le caractere distinctif de notre nation est d'etre beaucoup trop vif +dans la prosperite. Si l'on prend pour base de toutes les operations la +vraie politique, qui n'est que le resultat du calcul, des combinaisons +et des chances, nous serons pour long-temps la grande nation et +l'arbitre de l'Europe; je dis plus, nous tenons la balance, nous la +ferons pencher comme nous voudrons, et meme, si tel est l'ordre du +destin, je ne vois pas d'impossibilite a ce que l'on arrive en peu +d'annees a ces grands resultats que l'imagination echauffee et +enthousiaste entrevoit, et que l'homme extremement froid, constant et +raisonne, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je vous prie, dans +la presente lettre, que le desir de contribuer autant qu'il est en moi +au succes de la patrie. + +Je vous ecris comme je pense, c'est la plus grande marque d'estime que +je puisse vous donner. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 19 vendemiaire an 6 (10 octobre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Les negociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. La paix +definitive sera signee cette nuit, ou la negociation rompue. + +En voici les conditions principales: + +1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracee sur la carte que je vous +envoie, c'est-a-dire la Nethe jusqu'a Kerpen, et passe de la a Juliers, +Venloo; + +2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est; + +3º. Les iles de Corfou, Zante, Cephalonie, etc., et l'Albanie +venitienne; + +4º. La Cisalpine sera composee de la Lombardie, du Bergamasque, +du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de Peschiera, avec les +fortifications, jusqu'a la rive droite de l'Adige et du Po; du Modenais, +du Ferrarais, du Bolonais, de la Romagne: + +Cela fait a peu pres trois millions cinq a six cent mille habitans. + +5º. Genes aura les fiefs imperiaux; + +6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les etats de Venise jusqu'a +l'Adige et le Po, la ville de Venise; + +7º. Le prince d'Orange, conformement au traite secret avec la Prusse, +obtiendra une indemnite. Le duc de Modene sera indemnise par le Brisgaw, +et en place l'Autriche prendra Salzburg et une partie de la Baviere +comprise entre la riviere d'Inn, la riviere de Salza, l'eveche de +Salzburg, faisant cinquante mille habitans; + +8º. Nous ne cederons les pays que doit occuper l'empereur que trois +semaines apres l'echange des ratifications et lorsqu'il aura evacue +Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et tout l'Empire; + +9º. La France aura ce que la republique de Venise avait de meilleur, +etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne manquera que deux cent +mille habitans que l'on pourra avoir a la paix de l'Empire. Elle gagnera +de ce cote quatre millions de population; + +10º. La republique cisalpine aura de tres-belles limites militaires, +puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare. + +11º. La liberte gagne donc: republique cisalpine, trois millions cinq +cent mille habitans; nouvelles limites de la France, quatre millions: en +tout sept millions cinq cent mille habitans; + +12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent mille habitans: + +Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille; a Modene, +trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq cent mille: en tout +quatre millions trois cent mille habitans; sa perte sera donc encore +assez sensible. + +J'ai profite des pouvoirs que vous m'avez donnes et de la confiance dont +vous m'avez revetu pour conclure ladite paix; j'y ai ete conduit: + +1º. Par la saison avancee, contraire a la guerre offensive, surtout +de ce cote-ci, ou il faut repasser les Alpes et entrer dans des pays +tres-froids; + +2º. La faiblesse de mon armee, qui cependant a toutes les forces de +l'empereur contre elle; + +3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'operations adopte; + +4º. L'eloignement des armees du Rhin des etats hereditaires de la maison +d'Autriche; + +5º. La nullite des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que quinze cents +Italiens qui sont le ramassis des polissons dans les grandes villes; + +6º. La rupture qui vient d'eclater avec l'Angleterre; + +7º. L'impossibilite ou je me trouve, par la non ratification du traite +d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des troupes sardes, et +la necessite d'augmenter de six mille hommes de troupes francaises les +garnisons du Piemont et de la Lombardie; + +8º. L'envie de la paix qu'a toute la republique, envie qui se manifeste +meme dans les soldats, qui se battraient, mais qui verront avec plus +de plaisir encore leurs foyers, dont ils sont absens depuis bien +des annees, et dont l'eloignement ne serait bon que pour etablir le +gouvernement militaire; + +9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le sang francais +pour des peuples peu dignes et peu amans de la liberte, qui, par +caractere, habitude et religion, nous haissent profondement. La ville +de Venise renferme, il est vrai, trois cents patriotes: leurs interets +seront stipules dans le traite, et ils seront accueillis dans la +Cisalpine. Le desir de quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort +de vingt mille Francais; + +10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un champ plus +vaste, plus essentiel et plus beau d'activite. Le peuple anglais vaut +mieux que le peuple venitien, et sa liberation consolidera a jamais +la liberte et le bonheur de la France, ou, si nous obligeons ce +gouvernement a la paix, notre commerce, les avantages que nous +lui procurerons dans les deux mondes, seront un grand pas vers la +consolidation de la liberte et le bonheur public. + +Si, dans tous ces calculs, je me suis trompe, mon coeur est pur, mes +intentions sont droites: j'ai fait taire l'interet de ma gloire, de ma +vanite, de mon ambition; je n'ai vu que la patrie et le gouvernement; +j'ai repondu d'une maniere digne de moi a la confiance illimitee que le +directoire a bien voulu m'accorder depuis deux ans. + +Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eut fait en ma +place. + +J'ai merite par mes services l'approbation du gouvernement et de la +nation; j'ai recu des marques reiterees de son estime. "Il ne me reste +plus qu'a rentrer dans la foule, reprendre le soc de Cincinnatus, et +donner l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversion pour le +regime militaire, qui a detruit tant de republiques et perdu plusieurs +etats." + +Croyez a mon devouement et a mon desir de tout faire pour la liberte de +la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 19 vendemiaire an 6 (10 octobre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour complementaire; +il m'a dit, en consequence, de votre part, de revolutionner l'Italie: je +lui ai demande comment cela se devait entendre; si le duc de Parme, +par exemple, etait compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune +explication. Je vous prie de me faire connaitre vos ordres plus +clairement. + +J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il put +s'assurer par lui-meme de l'esprit qui anime mon etat-major et tout +ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en fit autant dans +les differentes divisions de l'armee, il y trouverait un esprit de +patriotisme qui distingue ces braves soldats. + +Ma sante considerablement affaiblie, mon moral non moins affecte, ont +besoin de repos et me rendent incapable de remplir les grandes choses +qui restent a faire. Je vous ai deja demande un successeur: si vous +n'avez pas obtempere a ma demande, je vous prie, citoyens directeurs, de +le faire. Je ne suis plus en etat de commander. Il ne me reste qu'un +vif interet, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prosperite de la +republique et la liberte de la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 22 vendemiaire an 6 (13 octobre +1797). + +_Au directoire executif de la republique cisalpine._ + +J'ai recu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez envoye pour +la formation du departement de Mantoue. Faites faire une loi par les +comites reunis, pour joindre Mantoue, la partie du Veronais que vous +desirez dans votre plan, et le Brescian a la republique cisalpine. Si +vous le croyez necessaire, envoyez-la moi, je la signerai: surtout que +chaque departement n'excede pas cent quatre-vingt mille habitans. +Je crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le +departemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne limite. La ville de +Mantoue continuera cependant a etre en etat de siege, et immediatement +sous les ordres du general commandant la place. + +Les fortifications de Mantoue seront desormais aux frais de votre +gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et de Peschiera. Il est +indispensable que vous envoyiez un de vos officiers du genie a Mantoue, +lequel se concertera avec l'officier francais, et prendra des mesures +pour augmenter, autant que possible, les fortifications de cette place. +J'ordonne au general Chasseloup de faire faire des projets en grand pour +des fortifications permanentes. + +Il est egalement indispensable que l'on commence a travailler a un bon +fort a la roche d'Anfous, entre Brescia et le Tyrol. Ce poste est des +plus importans pour la republique cisalpine, et il demande toute votre +sollicitude. Envoyez un officier du genie a Brescia. + +Je donne l'ordre au general Chasseloup d'en envoyer egalement un pour se +concerter avec le votre, et presenter un projet pour etablir une bonne +forteresse dans cette position. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 vendemiaire an 6 (18 octobre +1797). + +_Au directoire executif._ + +Le general Berthier et le citoyen Monge vous portent le traite de paix +definitif qui vient d'etre signe entre l'empereur et nous. + +Le general Berthier, dont les talens distingues egalent le courage et le +patriotisme, est une des colonnes de la republique, comme un des plus +zeles defenseurs de la liberte. Il n'est pas une victoire de l'armee +d'Italie a laquelle il n'ait contribue. Je ne craindrai pas que l'amitie +me rende partial en retracant ici les services que ce brave general a +rendus a la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de +toute l'armee fondera le temoignage de l'histoire. + +Le citoyen Monge, un des membres de la commission des sciences et arts, +est celebre par ses connaissances et son patriotisme. Il a fait estimer +les Francais par sa conduite en Italie. Il a acquis une part distinguee +dans mon amitie. Les sciences, qui nous ont revele tant de secrets, +detruit tant de prejuges, sont appellees a nous rendre de plus grands +services encore. De nouvelles verites, de nouvelles decouvertes nous +reveleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des hommes; +mais il faut que nous aimions les savans et que nous protegions les +sciences. + +Accueillez, je vous prie, avec une egale distinction, le general +distingue et le savant physicien: tous les deux illustrent la patrie et +rendent celebre le nom francais. Il m'est impossible de vous envoyer le +traite de paix par deux hommes plus distingues dans un genre different. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Passeriano, le 27 vendemiaire an 6 (18 octobre +1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +La paix a ete signee hier apres minuit. J'ai fait partir, a deux heures, +le general Berthier et le citoyen Monge pour vous porter le traite +en original. Je me suis refere a vous en ecrire ce matin, et je vous +expedie, a cet effet, un courrier extraordinaire qui vous arrivera en +meme temps, et peut-etre avant le general Berthier: c'est pourquoi j'y +inclus une copie collationnee de ce traite. + +1 deg.. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement a deprecier +le traite que je viens de signer. Tous ceux cependant qui connaissent +l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront bien convaincus qu'il +etait impossible d'arriver a un meilleur traite sans commencer par se +battre, et sans conquerir encore deux ou trois provinces de la maison +d'Autriche. Cela etait-il possible? oui. Preferable? non. + +En effet, l'empereur avait place toutes ses troupes contre l'armee +d'Italie, et, nous, nous avons laisse toute la force de nos troupes sur +le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche a l'armee d'Allemagne +pour pouvoir arriver sur les lisieres des etats hereditaires de la +maison d'Autriche, et pendant ce temps-la j'aurais eu contre moi les +trois quarts de ses forces. Je ne devais pas avoir les probabilites de +les vaincre, et, les eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie +des braves soldats qui ont a seuls vaincu toute la maison d'Autriche et +change le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille hommes sur +le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie. + +2 deg.. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes contre moi, +quarante mille en reserve, et au plus quarante mille au-dela du Rhin. + +3 deg.. Le refus de ratifier le traite du roi de Sardaigne me privait de dix +mille hommes et me donnait des inquietudes reelles sur mes derrieres, +qui s'affaiblissaient par les armemens extraordinaires de Naples. + +4 deg.. Les cimes des montagnes sont deja couvertes de neige: je ne pouvais +pas, avant un mois, commencer les operations militaires, puisque, par +une lettre que je recois du general qui commande l'armee d'Allemagne, il +m'instruit du mauvais etat de son armee, et me fait part que l'armistice +de quinze jours qui existait entre les armees n'est pas encore rompu. +Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine a l'armee +d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilites ne pouvaient donc en +realite commencer que vingt-cinq jours apres la rupture, et alors nous +nous trouvions dans les grandes neiges. + +5 deg.. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de passer tout +l'hiver a organiser les armees et a concerter un plan de campagne, qui +etait, pour le dire entre nous, on ne peut pas plus mal combine; mais ce +parti ne convenait pas a la situation interieure de la republique, de +nos finances et de l'armee d'Allemagne. + +6 deg.. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est assez +considerable. + +Si l'empereur repare ses pertes dans quelques annees de paix, la +republique cisalpine s'organisera de son cote, et l'occupation de +Mayence et la destruction de l'Angleterre nous compenseront de reste et +empecheront bien ce prince de penser a se mesurer avec nous. + +7 deg.. Jamais, depuis plusieurs siecles, on n'a fait une paix plus +brillante que celle que nous faisons. Nous acquerons la partie de la +republique de Venise la plus precieuse pour nous. Une autre partie du +territoire de cette republique est acquise a la Cisalpine, et le reste a +l'empereur. + +8 deg.. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La guerre, qui +a ete nationale et populaire lorsque l'ennemi etait sur nos frontieres, +semble aujourd'hui etrangere au peuple, et n'est devenue qu'une guerre +de gouvernement. Dans l'ordre naturel des choses, nous aurions fini par +y succomber. + +9 deg.. Lorsque la Cisalpine a les frontieres les plus militaires de +l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a dans le Levant +Corfou, place extraordinairement bien fortifiee, et les autres iles, que +veut-on davantage? Diverger nos forces, pour que l'Angleterre continue a +enlever a nous, a l'Espagne, a la Hollande leurs colonies, et eloigner +encore pour long-temps le retablissement de notre commerce et de notre +marine? + +10 deg.. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple moins intrigant +et moins dangereux pour nos affaires militaires qu'eux; l'Anglais, au +contraire, est genereux, intrigant, entreprenant. Il faut que notre +gouvernement detruise la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre +lui-meme a etre detruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs +insulaires. Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute +notre activite du cote de la marine, et detruisons l'Angleterre: cela +fait, l'Europe est a nos pieds. + +BONAPARTE + + + +Au quartier-general a Trevise, le 5 brumaire an 6 (26 octobre 1797). + +_Au citoyen Villetard._ + +J'ai recu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien compris a +son contenu; il faut que je ne me sois pas bien explique avec vous. + +La republique francaise n'est liee avec la municipalite de Venise par +aucun traite qui nous oblige a sacrifier nos interets et nos avantages a +celui du comite du salut public ou de tout autre individu de Venise. + +Jamais la republique francaise n'a adopte pour maxime de faire la guerre +pour les autres peuples. Je voudrais connaitre quel serait le principe +de philosophie ou de morale qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000 +Francais contre le voeu bien prononce de la nation et l'interet bien +entendu de la republique. + +Je sais bien qu'il n'en coute rien a une poignee de bavards, que je +caracteriserais bien en les appelant fous, de vouloir la republique +universelle; je voudrais que ces messieurs pussent faite une campagne +d'hiver: d'ailleurs, la nation venitienne n'existait pas. Divises en +autant d'interets qu'il y a de villes, effemines et corrompus, aussi +laches qu'hypocrites, les peuples de l'Italie, et specialement le peuple +venitien, n'est pas fait pour la liberte. S'il etait dans le cas de +l'apprecier, et s'il avait les vertus necessaires pour l'acquerir, eh +bien! la circonstance actuelle lui est tres-avantageuse pour le prouver: +qu'il la defende! Il n'a pas eu le courage de la conquerir, meme contre +quelques miserables oligarques; il n'a pas pu meme se defendre quelque +temps dans la ville de Zara, et peut-etre meme que, si l'armee fut +entree en Allemagne, nous eussions vu se renouveler, sinon les scenes +de Verone, du moins des assassinats particuliers, multiplies, qui +produisent le meme effet sinistre pour l'armee. + +Au reste, la republique francaise ne peut pas donner, comme on pourrait +le croire, les etats de Venise. Ce n'est pas que, dans la realite, ces +etats n'appartiennent a la France par droit de conquete; mais c'est +parce qu'il n'est point dans les principes du gouvernement de donner +aucun peuple. Lors donc que l'armee francaise evacue ces pays-ci, les +differens gouvernemens sont maitres de prendre toutes les mesures qu'ils +pourraient juger avantageuses a leur pays. + +Si je vous avais charge de conferer avec le comite de salut public sur +l'evacuation qu'il est possible que l'armee francaise execute, c'est +pour le mettre a meme de prendre toutes les mesures, soit pour leur +pays, soit pour les individus qui voudraient se retirer dans les pays +qui, reunis a la republique cisalpine, sont reconnus et garantis par la +republique francaise. + +Vous avez du egalement faire connaitre au comite de salut public que les +individus qui voudraient suivre l'armee francaise auraient tout le temps +necessaire pour vendre leurs biens, quel que soit le sort de ces pays, +et que meme je savais qu'il etait dans l'intention de la republique +cisalpine de leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se +borner la; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur en +avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'etait pas perdu, que +tout ce qui arrivait etait la suite d'un grand plan. Si les armes de la +republique francaise continuaient a etre heureuses contre une puissance +qui a ete le nerf et le coffre-fort de toute la coalition, peut-etre +Venise aurait pu, par la suite, se trouver reunie avec la Cisalpine; +mais je vois que ce sont des laches. Ils ne savent que faire, eh bien! +qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux. + +Le general Serrurier vous communiquera les differens ordres que je +lui ai envoyes. Je vous prie, dans l'absence du citoyen Lallemant, de +cooperer de tout votre pouvoir a leur execution. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 10 brumaire an 6 (31 octobre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Le contre-amiral Brueys a mouille, le 8 brumaire, dans la rade de +Raguse. Conformement aux instructions que je lui avais donnees, il +annonca a cette republique l'interet que le directoire executif prend +a son independance, et le desir qu'il avait de faire tout ce qui etait +necessaire pour la maintenir; il a ete accueilli, de la maniere la plus +amicale, par les habitons de Raguse. + +Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du +contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de satisfaction +aux equipages pour leur bonne conduite et la dexterite qu'ils ont mise +dans les differentes manoeuvres que le contre-amiral Brueys leur a fait +executer, en leur accordant, en gratification, un habillement neuf. J'ai +fait egalement solder tout ce qui etait du aux equipages. + +Le contre-amiral Brueys est un officier distingue par sel connaissances, +autant que par la fermete de son caractere. Un capitaine de son escadre +ne se refuserait pas deux fois de suite a l'execution de ses signaux. Il +a l'art et le caractere pour se faire obeir. Je lui ai fait present de +la meilleure lunette d'Italie, avec l'inscription suivante: "Donne par +le general B......... au contre-amiral Brueys, de la part du directoire +executif." + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 12 brumaire an 6 (2 novembre 1797). + +_A M. de Cobentzel, ambassadeur._ + +Je recois a l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier de Paris, qui +m'apporte la ratification du directoire executif du traite de paix +que nous avons signe. Je me fais en consequence un devoir de vous en +prevenir. + +Les citoyens Treilhard, Bonnieres et moi, nous avons ete nommes pour +assister au congres de Rastadt. + +Le gouvernement m'a egalement nomme pour etre l'officier-general charge +de prendre toutes les mesures pour l'execution du traite de paix, +conformement a notre convention additionnelle. J'attends, monsieur le +comte, avec interet le courrier que vous m'avez promis de m'envoyer. + +Je l'attendrai a Milan. + +Je suis charme que cette occasion me mette a meme de me rappeler a votre +souvenir, ainsi qu'a celui de MM. de Gallo, de Merweeldt et Dengelmann. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 5 brumaire an 6 (5 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +J'ai envoye a Vienne, par le courrier Moustache, l'avis a M. le comte de +Cobentzel que vous aviez ratifie le traite de paix de Passeriano. + +J'attends a chaque instant l'avis que l'empereur a ratifie, je suis +surpris de ne l'avoir pas encore recu. + +J'envoie a Corfou la sixieme demi-brigade de ligne pour renforcer la +garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens considerables. + +J'ai expedie un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il se tint pret a +partir de Corfou avec l'escadre venitienne. + +J'ai renforce la garnison d'Ancone de la trente-neuvieme demi-brigade. + +Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, en mener +trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le reste a Nice, a +Chambery et en Corse. + +Je me rendrai a Rastadt des l'instant que j'aurai des nouvelles de +Vienne. + +Je prepare tout pour les differens mouvemens des troupes, qui ne +pourront plus avoir lieu avant que nous occupions Mayence. + +Pour faire avec quelques probabilites l'expedition d'Angleterre, il +faudrait: + +1 deg.. De bons officiers de marine; + +2 deg.. Beaucoup de troupes bien commandees, pour pouvoir menacer sur +plusieurs points et ravitailler la descente; + +3 deg.. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le meilleur; + +4 deg.. Trente millions d'argent comptant; + +5 deg.. Le general Hoche avait de tres-bonnes cartes d'Angleterre, qu'il +faudrait redemander a ses heritiers. + +Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingue que le +general Desaix. + +Quoique veritablement j'aurais besoin de repos, je ne me refuserai +jamais a payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut a la patrie. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 17 brumaire au 6 (7 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner aux Iles du +Levant dans la mer Ionienne. + +J'ai ecrit a Venise que l'on reunisse tous les memoires geographiques +et tous les ouvrages relatifs a ces etablissemens, pour les envoyer au +ministre de l'interieur. + +Je m'occupe a force a mettre la derniere main a l'organisation de la +republique cisalpine. + +Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22. + +Je ne pourrai pas etre avant le 30 a Rastadt[1]: je compte passer par +Chambery et Geneve; mais je vais faire partir demain matin un de mes +aides-de-camp, qui y arrivera avant le 27. + +BONAPARTE. + +[Footnote 1: Bonaparte venait d'etre nomme ministre plenipotentiaire de +la republique francaise aupres du congres de Rastadt.] + + + + +Au quartier-general a Milan, le 18 brumaire an 6 (8 novembre 1797). + +_A M. le marquis de Chasteler, quartier-maitre general de l'armee +autrichienne._ + +Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification de Vienne, +pour vous engager a terminer le travail dont vous etes charge. + +J'ecris par le meme courrier au general Chasseloup pour qu'il se rende +a Verone: je le prie de m'expedier par un courrier extraordinaire la +premiere partie de votre travail depuis la Lizza jusqu'a San-Giacomo. + +Je desire, si vous tombez d'accord, comme je l'espere, que vous me +l'expediiez par un courrier extraordinaire, afin que je le recoive +avant mon depart pour Rastadt, et que cela n'apporte aucun obstacle a +l'echange des ratifications. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_A M. le marquis de Manfredini._ + +Le citoyen Cacault, ministre de la republique, s'adressera a vous, +monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour l'armee. + +Je desirerais que S.A.R. facilitat la negociation de 2,000,000 de +lettres de change que la caisse de l'armee a sur la republique +cisalpine. + +Vous trouverez ci-joint une note detaillee sur cet objet de +l'administrateur general des finances de l'armee. + +Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens d'estime et a +la haute consideration, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_ A M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur._ + +Le courrier que vous m'avez envoye, monsieur l'ambassadeur, s'est croise +avec celui que je vous avais expedie. Je pars dans deux ou trois jours +pour me rendre a Rastadt. Les conseils ont egalement ratifie le traite +de paix. Je ne doute pas que j'aurai le plaisir de vous voir a Rastadt +pour l'echange des ratifications. + +J'ai donne les ordres pour que les sequestres mis a Venise sur les +effets appartenans a S.M. l'empereur soient leves. + +Croyez, je vous prie, a l'estime et a la haute consideration que j'ai +pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le chevalier de Gallo, +le comte de Meerweldt et le baron de Degelmann. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 20 brumaire an 6 (10 novembre 1797). + +_Au general Gentili._ + +Vous avez tres-bien fait, citoyen general, de vous refuser aux +pretentions d'Ali-Pacha: tout en l'empechant d'empieter sur ce qui nous +appartient, vous devez cependant le favoriser autant qu'il sera en vous. +Il est de l'interet de la republique que ce pacha acquiere un grand +accroissement, batte tous ses rivaux, afin qu'il puisse devenir un +prince assez puissant pour pouvoir rendre des services a la republique. +Les etablissemens que nous avons sont si pres de lui, qu'il n'est jamais +possible qu'il puisse cesser d'avoir interet d'etre notre ami. + +Envoyez des officiers du genie et d'etat-major aupres de lui, afin de +vous rendre un etat de la situation, de la population et des coutumes +de toute l'Albanie; faites faire des descriptions geographiques, +topographiques de toute cette partie si interessante aujourd'hui pour +nous depuis l'Albanie jusqu'a la Moree, et faites en sorte d'etre bien +instruit de toutes les intrigues qui divisent ces peuples. + +Il est necessaire, citoyen general, que vous caressiez toutes les +peuplades qui environnent Prevesa, et en general celles qui touchent nos +possessions, et qui paraissent deja si bien disposees en notre faveur. + +Je vous fais passer l'organisation des iles en trois departemens, je +vous prie de la mettre sur-le-champ a execution. + +J'ai nomme au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797). + +_Au gouvernement provisoire de la republique ligurienne._ + +Je vais repondre, citoyens, a la confiance que vous m'avez montree, en +vous faisant connaitre une partie des modifications dont votre projet de +constitution peut etre susceptible. + +Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, pour ne +pas etre obliges de surcharger le peuple, et de detruire l'esprit de +localite fomente par votre ancien gouvernement. Cinq directeurs, trente +membres du conseil des anciens, et soixante des jeunes, vous forment une +representation suffisante. + +La suppression de vos administrations de district me parait essentielle. + +Que le corps legislatif partage votre territoire en quinze ou vingt +juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, ou municipalites +centrales. + +Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal compose de trois juges; +dans chaque canton un, deux et meme trois juges de paix, selon leur +population et leurs localites. + +Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nomme par le directoire +executif, qui soit a la fois commissaire pres le tribunal et +specialement charge de faire passer aux differentes municipalites les +ordres du gouvernement et de l'instruire des evenemens qui pourraient +survenir dans chaque municipalite. + +Que la municipalite centrale du canton soit composee de la reunion d'un +depute de chacune des communes qui composent le canton; qu'elle soit +presidee par le juge de paix du chef-lieu du canton, et qu'elle ne se +rassemble momentanement qu'en consequence des ordres du gouvernement. + +Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; que +chacune soit commandee par un officier de troupes de ligne: vous aurez +par la une justice qui pourra etre bien administree, et une organisation +extremement simple, tant pour la repartition des impositions, que pour +le maintien de la tranquillite publique. + +Plusieurs questions particulieres sont egalement interessantes: ce n'est +pas assez de ne rien faire contre la religion, il faut encore ne donner +aucun sujet d'inquietude aux consciences les plus timorees, ni aucune +arme aux hommes mal-intentionnes. + +Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une injustice +revoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant les nobles qui ont +exerce les places dans les colleges, qui s'etaient attribue tous +les pouvoirs, qui ont tant de fois meconnu les formes memes de leur +gouvernement, et ont sans cesse cherche a river davantage les chaines +du peuple, et a organiser une oligarchie au detriment meme de +l'aristocratie, ces hommes ne peuvent plus etre appeles aux fonctions de +l'etat; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout comme l'une +et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des droits de citoyen ce +grand nombre d'hommes qui sont si utiles a votre patrie. + +Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetee au milieu +de vous. Autant il est absurde que tous les points de la republique +pretendent a la franchise du port, autant il pourrait etre inconvenant +et paraitre un privilege d'acquisition de laisser la franchise du port a +la ville de Genes seule. + +Le corps legislatif doit avoir le droit de declarer la franchise pour +deux points de la republique; la ville de Genes ne doit tenir la +franchise de son port que de la volonte du corps legislatif, mais le +corps legislatif doit la lui donner. + +Pourquoi le peuple ligurien est-il deja si change? A ces premiers elans +de fraternite et d'enthousiasme ont succede la crainte et la terreur: +les pretres s'etaient, les premiers, rallies autour de l'arbre de la +liberte; les premiers, ils vous avaient dit que la morale de l'Evangile +est toute democratique; mais des hommes payes par vos ennemis, dans les +revolutions de tous les pays, auxiliaires immediats de la tyrannie, ont +profite des ecarts, meme des crimes de quelques pretres, pour ecrire +contre la religion, et les pretres se sont eloignes. + +Une partie de la noblesse a ete la premiere a donner l'eveil au peuple +et a proclamer les droits de l'homme; l'on a profite des ecarts, des +prejuges ou de la tyrannie passee de quelques nobles; l'on a proscrit en +masse, et le nombre de vos ennemis s'est accru. + +Apres avoir ainsi fait planer les soupcons sur une partie des citoyens, +et les avoir armes les uns contre les autres, on a fait plus, on a +divise les villes contre les villes. On vous a dit que Genes voulait +tout avoir, et tous les villages ont pretendu avoir le port franc; ce +qui detruirait les douanes, et rendrait impossible la conservation de +l'etat. + +La situation alarmante ou vous vous trouvez est l'effet des sourdes +menees des ennemis de la liberte et du peuple; mefiez-vous de tout homme +qui veut exclusivement concentrer l'amour de la patrie dans ceux de +sa cotterie. Si son langage a l'air de defendre le peuple, c'est pour +l'exasperer et le diviser. Il denonce sans cesse, lui seul est pur. Ce +sont des hommes payes par les tyrans, dont ils secondent si bien les +vues. + +Quand, dans un etat (surtout dans un petit), l'on s'accoutume a +condamner sans entendre, a applaudir d'autant plus a un discours, qu'il +est plus furieux; quand on appelle vertu l'exageration et la fureur, et +crime la moderation, cet etat-la est pres de sa ruine. + +Il en est des etats comme d'un batiment qui navigue, et comme d'une +armee; il faut de la froideur, de la moderation, de la sagesse, de +la raison dans la conception des ordres, commandemens ou lois, et de +l'energie et de la vigueur dans leur execution. + +Si la moderation est un defaut, et un defaut tres-dangereux pour les +republiques, c'est d'en mettre dans l'execution des lois sages; si +les lois sont injustes, furibondes, l'homme de bien devient alors +l'executeur modere; c'est le soldat qui est plus sage que le general: +cet etat-la est perdu. + +Dans un moment ou vous allez vous constituer en un gouvernement stable, +ralliez-vous; faites treve a vos mefiances, oubliez les raisons que vous +croiriez avoir pour vous desunir, et, tous d'accord, organisez votre +gouvernement. + +J'avais toujours desire pouvoir aller a Genes, et vous dire moi-meme +ce que je ne puis ici que vous ecrire: c'est le fruit de l'experience +acquise au milieu des orages de la revolution du grand peuple, et que +confirment l'histoire de tous les temps et votre propre exemple. + +Croyez que dans tous les lieux ou mon devoir et le service de ma patrie +m'appelleront, je regarderai comme un des momens les plus precieux celui +ou je pourrai etre utile a votre republique, et comme ma plus grande +satisfaction d'apprendre que vous vivez heureux, unis, et que vous +pouvez, dans tous les evenemens, etre, par votre alliance, utiles a +la grande nation, a qui vous devez la liberte et un accroissement de +population de pres de cent mille ames. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 21 brumaire an 6 (11 novembre 1797). + +_Au peuple cisalpin._ + +Citoyens, + +A compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera en pleine +activite. + +Votre directoire, votre corps legislatif, votre tribunal de cassation, +les autres administrations subalternes se trouveront organises. + +Vous etes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple qui devient +libre sans factions, sans revolutions et sans dechiremens. + +Nous vous avons donne la liberte, sachez la conserver. Vous etes, +apres la France, la republique la plus populeuse, la plus riche. Votre +position vous appelle a jouer un grand role dans les affaires de +l'Europe. + +Pour etre dignes de votre destinee, ne faites que des lois sages et +moderees. + +Faites-les executer avec force et energie. + +Favorisez la propagation des lumieres, et respectez la religion. + +Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais de citoyens qui +se nourrissent des principes de la republique, et soient immediatement +attaches a sa prosperite. + +Tous avez en general besoin de vous penetrer du sentiment de votre force +et de la dignite qui convient a l'homme libre. + +Divises et plies depuis tant d'annees a la tyrannie, vous n'eussiez pas +conquis votre liberte; mais sous peu d'annees, fussiez-vous abandonnes a +vous-memes, aucune puissance de la terre ne sera assez forte pour vous +l'oter. + +Jusqu'alors la grande nation vous protegera contre les attaques de vos +voisins. Son systeme politique sera reuni au votre. + +Si le peuple romain eut fait le meme usage de sa force que le peuple +francais, les aigles romaines seraient encore sur le Capitole, et +dix-huit siecles d'esclavage et de tyrannie n'auraient pas deshonore +l'espece humaine. + +J'ai fait, pour consolider la liberte et en seule vue de votre bonheur, +un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir ont seuls fait faire +jusqu'ici. + +J'ai nomme a un grand nombre de places, je me suis expose a avoir oublie +l'homme probe et avoir donne la preference a l'intrigant; mais il y +avait des inconveniens majeurs a vous laisser faire ces premieres +nominations: vous n'etiez pas encore organises. + +Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, et un +danger imminent que courrait la republique cisalpine, me rappelleront +seuls au milieu de vous. + +Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, je +prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur et a la gloire de +votre republique. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 11 brumaire an 6 (12 novembre 1797). + +_Au chef des trois ligues._ + +Le citoyen Comeyras, resident de la republique francaise, vous a fait +passer la decision que j'ai prise, au nom de la republique, le 10 +octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, Chiavene et Bormio +sont libres de pouvoir se reunir avec la republique cisalpine, laquelle +reunion a effectivement eu lieu. + +Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicite la mediation de la +republique francaise. Je l'avais acceptee avec repugnance, parce qu'il +est dans nos principes de nous meler le moins possible dans les affaires +des autres peuples; mais j'ai du ceder a vos vives instances, j'ai +du ceder meme a la voix du devoir, etant garant de l'execution des +capitulats qui vous liaient avec les peuples de la Valteline, de +Chiavene et de Bormio. + +De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir pour vous +aveugler sur vos interets, et pour vous faire substituer a la conduite +franche et loyale qui distingue votre brave nation, une conduite +tortueuse, contraire a la bonne foi et specialement aux egards que vous +devez a la grande nation que vous avez choisie pour mediatrice? + +Depuis quatre mois que j'ai accepte la mediation, quoique le citoyen +Comeyras vous eut continuellement sollicites, ce n'est qu'aujourd'hui, +lorsque vous avez du savoir la decision que j'avais prise, que vous avez +envoye des deputes. Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal +conseillee, les intrigans substituent la voix de leurs passions et de +leurs prejuges a celle de l'interet de leur patrie et aux principes de +la democratie. + +La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrevocablement reunis a la +republique cisalpine. Du reste, cela n'alterera d'aucune maniere +la bonne amitie et la protection que la republique francaise vous +accordera, toutes les fois que vous vous conduirez envers elle avec les +egards qui sont dus au plus puissant peuple du monde. + +Croyez au sentiment d'estime et a la haute consideration que j'ai pour +vous, etc., etc. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 22 brumaire an 6 (12 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Je vous ferai passer la distribution de l'armee d'Italie en armee +d'Angleterre. + +J'ai fait toutes les dispositions et donne tous les ordres en +consequence, afin que, des l'instant que l'echange des ratifications +aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on puisse commencer a +mettre les colonnes en marche pour l'Ocean. + +Je ferai partir demain le citoyen Andreossy, chef de brigade +d'artillerie, pour se rendre a Paris, afin de faire fondre des canons +du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et faire faire des +caissons plus legers et plus propres a l'embarquement que les notres. Il +est necessaire d'avoir des canons du calibre de ceux des Anglais, afin +qu'une fois dans le pays on puisse se servir de leurs boulets. + +Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la republique +cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armee, de maniere que mon +absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun inconvenient. + +Je ne pourrai pas partir avant le 29. + +Je me suis fait preceder a Rastadt du general de brigade Murat. Je ne +suis pas fache de ne m'y trouver que le 4 ou 5 frimaire, cela me donne +d'autant plus de temps pour achever les cinq batimens de guerre qui nous +reviennent a Venise, et les mettre dans le cas de tenir la mer. + +Le ministre des relations exterieures vous rendra compte des operations +que je viens de faire dans la Cisalpine et a Genes. + +Une grande partie des Genois desirent etre Francais. C'est une +acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut pas perdre +de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils ont acceptee, quoique +j'y aie fait quelques changemens pour l'ameliorer, puisse leur convenir, +et, si nous aidons un peu, avant deux ou trois ans ils viendront se +jeter a nos genoux pour que nous les recevions comme citoyens francais. + +J'ai envoye a Malte le citoyen Poussielgue sous le pretexte d'inspecter +toutes les Echelles du Levant mais, a la verite, pour mettre la derniere +main au projet que nous avons sur cette ile. + +Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donne pour regler les affaires de +Venise. + +La republique cisalpine s'est emparee de quelques villages qui sont sur +la rive gauche du Po, qui depuis long-temps sont en controverse avec le +duc de Parme, et des lors les genaient beaucoup. + +Elle s'empare egalement de la forteresse de Saint-Leo, enclavee dans la +Romagne, ou le pape est entre. Je ne sais trop pourquoi elle aura cette +forteresse, extremement interessante, en donnant quelque argent aux +soldats du pape qui la defendent, et en faisant quelques dispositions. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 23 brumaire an 6 (13 novembre 1797). + +_Au consul de la republique francaise a Malte._ + +De nouvelles relations, citoyen, vont resulter de la reunion a la +republique francaise des iles de Corfou, Zante, Cephalonie et Cerigo. +Je charge le citoyen Poussielgue, premier secretaire de la legation de +France a Genes, qui a la confiance du gouvernement et toute la mienne, +de se transporter dans les differentes echelles du Levant, a l'effet +d'y recueillir les observations et d'y prendre tous les renseignemens +necessaires pour mettre le gouvernement en etat de faire les changemens +et modifications a apporter dans nos relations commerciales et +politiques dans cette partie, et d'etablir, de la maniere la plus sure, +la correspondance et les communications regulieres entre le continent de +la republique francaise et ses iles de l'Adriatique. + +Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances et +de vos lumieres dans tout ce qui concerne sa mission, et de le faire +connaitre aupres du gouvernement du pays ou vous residez. + +L'intention du gouvernement de la republique francaise est de consolider +toujours ses interets avec ceux des gouvernemens etrangers, dans les +relations qu'il peut avoir a etablir chez eux. + +BONAPARTE. + + + +_Commission d'inspecteur general des echelles du Levant._ + +La reunion a la republique francaise des iles de Corfou, Zante, +Cephalonie et Cerigo, allant procurer a la France de nouvelles relations +politiques et commerciales dans la Mediterranee et principalement dans +le Levant; et le gouvernement voulant, le plus tot possible, etablir ses +rapports d'une maniere reguliere et avantageuse, le general en chef de +l'armee d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, premier +secretaire de la legation de la republique francaise a Genes de se +transporter immediatement, en qualite d'inspecteur general des echelles +du Levant aupres des differens consuls et agens de la republique dans le +Levant, et en general de visiter tous les etablissemens francais situes +dans cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle +de notre commerce et de nos relations; observera les changemens eprouves +depuis la revolution; recherchera les moyens les plus prompts de +retablir l'ancienne prosperite de notre commerce, et de l'accroitre en +proportion des avantages de notre nouvelle position; il examinera sous +quels rapports il conviendrait d'etendre ou de modifier nos relations +politiques; il prendra enfin des renseignemens sur la maniere la plus +sure d'etablir notre correspondance et nos communications regulieres et +periodiques entre le continent de la France et nos iles de l'Adriatique, +en fixant les points intermediaires en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou +a Malte, ou en les etablissant sur le continent de l'Italie par Ancone. +Au retour de cette mission, qu'il accelerera autant qu'il sera possible, +il remettra au general en chef de l'armee d'Italie son rapport general +sur tous les objets dont il est charge par la presente commission. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission que j'ai +donnee au citoyen Poussielgue et de ma lettre au consul a Malte. + +Le but reel de la mission du citoyen Poussielgue est de mettre la +derniere main aux projets que nous avons sur Malte. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au cardinal Mattei._ + +J'ai recu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. Je pars +demain pour le congres de Rastadt. + +La cour de Rome commence a se mal conduire. + +Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, et la +promesse qu'avait donnee le secretaire de l'etat, elle vient de donner +le commandement des troupes papales au general Provera. + +Je crains bien que les maux que vous avez en partie epargnes a votre +patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, monsieur le cardinal, des +conseils que vous avez donnes au pape a votre depart de Ferrare. + +Faites donc entendre a Sa Saintete, que, si elle continue a se laisser +mener par le cardinal Busca et autres intrigans, cela finira mal pour +vous. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la republique francaise a +Rome._ + +J'ai partage votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque vous m'avez +appris l'arrivee du general Provera. Vous pouvez declarer presentement a +la cour de Rome que, si elle recoit a son service aucun officier +connu pour etre on avoir ete au service de l'empereur, toute bonne +intelligence entre la France et la cour de Rome cesserait a l'heure +meme, et la guerre se trouverait declaree. + +Vous ferez connaitre, par une note speciale au pape, que vous adresserez +a lui-meme en personne, que quoique la paix soit faite avec S.M. +l'empereur, la republique francaise ne consentira pas a ce que le pape +accepte dans ses troupes aucun officier ni aucun agent, sous quelque +denomination que ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques +d'usage. + +Vous exigerez que M. le general Provera, vingt-quatre heures apres la +presentation d'une note que vous ferez a ce sujet, quitte le territoire +de Sa Saintete, sans quoi vous declarerez que vous allez quitter Rome. + +Vous ferez connaitre, dans la conversation, au pape que je viens +d'envoyer trois autres mille hommes a Ancone, lesquels ne retrograderont +que lorsque vous leur ferez connaitre que M. Provera et tous les autres +officiers autrichiens auront quitte le territoire de Sa Saintete. + +Vous ferez connaitre au secretaire-d'etat que si Sa Saintete se porte +a faire executer aucun des detenus, de ceux que vous avez reclames, la +republique francaise, par represailles, fera arreter les attenans du +cardinal Busca et des autres cardinaux qui egarent la cour de Rome. +Enfin, je vous invite a prendre dans vos notes un style concis et ferme, +et, si le cas arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre a Florence +ou a Ancone. + +Vous ne manquerez pas de faire connaitre a Sa Saintete et au +secretaire-d'etat, qu'a peine vous aurez quitte le territoire de Sa +Saintete, vous declarerez la reunion d'Ancone a la Cisalpine. Vous +sentez que cette phrase doit se dire et non pas s'ecrire. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au general Kilmaine._ + +Je pars, citoyen general, pour me rendre au congres de Rastadt. Vous +prendrez le commandement de l'armee jusqu'a l'arrivee du general +Berthier. + +Le general de brigade Leclerc remplira les fonctions de chef de +l'etat-major. + +Le chef de l'etat-major vous fera connaitre les mouvemens que j'ai +ordonnes pour mettre l'armee en etat de faire son mouvement retrograde, +des l'instant que je vous en enverrai l'ordre par un de mes +aides-de-camp. + +Si le bataillon de la soixante-dix-neuvieme, qui etait dans la huitieme +division militaire arrive, vous l'enverrez a Ancone, ou il s'embarquera +pour Corfou, ainsi que tous les detachemens des sixieme et +soixante-dix-neuvieme demi-brigades. + +Vous laisserez a Ancone la trente-neuvieme demi-brigade de ligne. + +Les generaux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra a Corfou. + +Le general Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez par les ordres que +j'ai donnes, doit faire l'arriere-garde de l'armee. + +Jusqu'a ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi de Rastadt, le +general Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, les gorges de Cividale +et Monte-Falcone, independamment de quoi il y aura une demi-brigade, +comme j'en ai specialement donne l'ordre, pour la garnison de +Palma-Nova, et un bataillon pour celle d'Osopo. + +Si des evenemens quelconques vous faisaient penser necessaire de +renforcer le general Baraguey d'Hilliers, vous le feriez avec la onzieme +demi-brigade de ligne, qui doit etre a Bassano, et avec la division +du general Guieux, qui se trouvera a Padoue et composee des onzieme, +vingt-troisieme et vingt-neuvieme d'infanterie legere; et enfin, si cela +ne suffisait pas, par toute la division du general Serrurier, qui est a +Venise, et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrieme de chasseurs, +le septieme de hussards, et, s'il le fallait, par toute la division de +cavalerie aux ordres du general Rey. + +Par ce moyen, la partie de l'armee qui est destinee a faire partie de +l'armee d'Angleterre, resterait toujours placee en deca de la Brenta. + +Je ne prevois pas le cas ou vous vous trouverez en rupture ouverte avec +l'ennemi, alors meme il faudrait marcher avec toutes vos divisions, et +employer tous les moyens qui sont en votre pouvoir. + +Vous devez prendre les mesures, meme celles de rigueur, des +arrestations, des contributions forcees, pour que les ordres que j'ai +donnes a Venise pour l'achevement de nos vaisseaux et l'evacuation +de cette place soient termines. Le chef de l'etat-major, le general +Serrurier et le citoyen Villetard vous donneront des renseignemens sur +cette place. J'ai donne tous les ordres necessaires, il ne s'agit plus +que de les executer avec vigueur. + +Il faut laisser le gouvernement cisalpin livre a lui-meme, s'essayer; +cependant, s'il demandait votre secours, vous devez lui accorder celui +de votre influence morale et des troupes qui sont a vos ordres, pour le +soutenir. + +Tous les princes d'Italie etant accoutumes, pour le moindre evenement, a +recourir a moi, vous devez, pour ce qui regarde la republique cisalpine, +les renvoyer au ministre des affaires etrangeres, disant que cela +ne vous regarde point. Pour ce qui est de nos troupes, veillez a ce +qu'elles vivent en bonne intelligence et sous la plus severe discipline, +a ce qu'elles soient bien logees et bien nourries, excepte dans la +republique cisalpine, ou nous en sommes empeches par nos traites. + +Vous pouvez favoriser tous les elans de la ville d'Ancone pour la +liberte, notre intention etant de la considerer comme une republique +independante. + +La neuvieme demi-brigade de bataille doit etre toute reunie a Genes. +Vous devez egalement preter le secours de votre influence morale et de +vos troupes, pour soutenir le gouvernement democratique a Genes. + +Vous me ferez passer a Rastadt, par des courriers extraordinaires, +toutes les depeches que vous recevrez de Corfou et de l'amiral Brueys. + +La cour de Rome commence a se mal conduire: vous devez soutenir par +votre influence morale, et, dans l'occasion, en faisant concourir le +mouvement de quelques troupes, les demarches que ferait l'ambassadeur de +la republique de Rome, et surtout avoir bien soin que le roi de Naples +ne sorte point de ses frontieres. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 24 brumaire an 6 (14 novembre 1797). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +Je vous ai ecrit, general, par mon aide-de-camp Eugene Beauharnais, pour +vous donner des nouvelles de la paix. Je vous instruis aujourd'hui que +la paix ayant ete ratifiee par les deux conseils, je me rends a Rastadt +pour suivre differentes negociations diplomatiques. + +Je vous ai deja ecrit de vous preparer avec vos vaisseaux venitiens, +afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux iles Saint-Pierre, et, de la, +prendre votre vol pour la grande expedition. J'ai ete nomme pour +commander l'armee d'Angleterre, j'ai demande que Truguet commandat: +vous sentez combien il serait necessaire de vous avoir la avec vos six +vaisseaux, vos fregates et vos corvettes. + +Je viens d'envoyer un agent diplomatique a Malte. La sixieme +demi-brigade, forte de seize cents hommes, part demain pour se rendre a +Corfou: cela vous mettra a meme de pouvoir embarquer trois mille hommes +pour la petite expedition, et je vous enverrai des ordres pour l'une et +pour l'autre par un de mes aides-de-camp. + +Vous aurez avec vous _la Diane_ et _la Junon_. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Le general Clarke, qui se rend a Paris, est employe en Italie depuis +plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui ont ete adressees et qui +ont ete interceptees, et qui me sont parvenues, je n'ai jamais rien vu +que de conforme aux principes de la republique. + +Il s'est conduit dans les memes principes aux negociations. Le general +Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses liaisons avec Carnot +le rendent suspect dans la diplomatie, je crois qu'il peut etre utile +dans le militaire, et surtout a l'expedition d'Angleterre. + +S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de lui en +accorder un peu. En derniere analyse, le general Clarke est un bon +homme: je l'ai retenu a Passeriano jusqu'au 30 vendemiaire, et depuis il +a ete malade. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 25 brumaire an 6 (15 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux a la republique +cisalpine et a l'armee: je compte partir decidement demain. + +Le citoyen Cerbelloni m'a demande sa demission. Je vous fais passer +copie de sa lettre et de l'arrete du directoire. + +Le citoyen Savaldi, patriote prononce, un des chefs du gouvernement de +Brescia, a ete nomme pour le remplacer. + +La cour de Rome n'a pas reconnu la republique cisalpine. Je vous envoie +copie du message du directoire executif aux comites reunis, faisant +fonctions de corps legislatif, et de la resolution qu'ils ont prise en +consequence. + +Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et finira par +l'avilir, en l'obligeant a reconnaitre de force une puissance qu'il eut +du, comme les autres puissances, reconnaitre de bonne volonte. + +Notre ambassadeur a Rome instruit, je crois, le ministre des relations +exterieures de la conduite de cette imbecile cour de Rome; je vous +envoie copie de la lettre que j'ecris a notre ambassadeur. J'ai lieu de +penser qu'a l'heure qu'il est Provera aura ete chasse. + +Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle d'Ancone, et +laisser cette ville se declarer independante. + +Dans cet intervalle, le temps s'ecoulera, et nous aurons toujours un +point extremement interessant pour notre commerce, pour observer le pape +et brider Naples. + +Il faudra, je pense, garder Ancone, en disant toujours que nous y +attachons peu de prix, et que, des que le pape se conduira envers nous +comme il convient, nous n'aurons point de difficulte a le lui rendre. + +Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, que l'on +a trouvee dans les papiers des inquisiteurs de Venise. Vous y verrez +qu'elle compromet beaucoup un adjudant-general nomme Landrieux, qui, +depuis long-temps, a quitte l'armee pour se rendre en France. Ce +miserable, a ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque +a l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le meme temps qu'il +prevenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-etre +jugerez-vous a propos de faire un exemple de ce coquin-la; mais, dans +tous les cas, j'ai pense qu'il fallait que vous fussiez instruits, afin +qu'il ne vint pas a demander a etre employe. + +J'ai destitue un nomme Gerard, chef de brigade, qui a ete sept ou huit +mois commandant a Brescia; il parait, par la correspondance egalement +prise a Venise, qu'il avait avec le provediteur ou gouverneur de la +republique de Venise des relations d'intimite que l'interet de l'armee +aurait du lui prohiber. + +Dans quelques autres lettres trouvees egalement a Venise, de legers +indices de soupcons planent sur des officiers d'ailleurs estimables. Ces +malheureux inquisiteurs repandaient l'argent partout, et cherchaient par +ce moyen a connaitre et a avoir des indices sur tout. + +J'ai envoye a Corfou le citoyen Rolhieres, homme instruit, pour remplir +les fonctions de commissaire pres le departement de la mer Egee. Je +n'ai point trouve de sujets pour envoyer comme commissaires dans les +departemens de Corcyre et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et +extremement desinteresses. Ces peuples aiment beaucoup les Francais. Je +vous fais passer copie d'une lettre de la municipalite de Zante. + +Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler a la +fonderie et a l'organisation d'un petit equipage d'un calibre anglais. +J'envoie a Paris le citoyen Andreossy, chef de brigade d'artillerie, +pour faire executer ledit travail. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen Carbini, +m'ayant demande a etre commissaires dans les departemens de Corcyre et +d'Ithaque, je les y ai envoyes. Cela vous donnera le temps d'envoyer +dans ces departemens des hommes qui aient votre confiance, en meme temps +que cela epargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici. + +Le citoyen Comeyras, president de la republique a Coire, desirerait etre +votre commissaire pour l'organisation de ces iles. Comme cette place est +tres-importante, et que le citoyen Comeyras est employe comme agent, je +n'ai pas voulu prendre sur moi de le nommer. + +BONAPARTE. + + + +Au quartier-general a Milan, le 26 brumaire an 6 (16 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +Je vous envoie le drapeau dont la convention fit present a l'armee +d'Italie par un des generaux qui ont le plus contribue aux differens +succes des dernieres campagnes, et par un des officiers d'artillerie +les plus instruits de deux corps savans qui jouissent d'une reputation +distinguee dans l'Europe. + +Le general Joubert, qui a commande a la bataille de Rivoli, a recu de +la nature les qualites qui distinguent les guerriers. Grenadier par le +courage, il est general par le sang-froid et les talens militaires: il +s'est trouve souvent dans ces circonstances ou les connaissances et les +talens d'un homme influent tant sur le succes. C'est de lui qu'on a dit +avant le 18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgre plusieurs blessures +et mille dangers, il a echappe aux perils de la guerre; il vivra +long-temps, j'espere, pour la gloire de nos armes, le triomphe de la +constitution de l'an III et le bonheur de ses amis! + +Le chef de brigade d'artillerie Andreossy a dirige dans les deux +campagnes la partie la plus essentielle comme la plus difficile en +Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a rendu de grands +services a tous les passages. A celui de l'Izonzo, il trouva plus +expeditif, pour repondre a la demande qu'on lui fit si la riviere etait +gueable, de s'y jeter le premier devant l'ennemi pour la sonder. + +Un etat n'acquiert des officiers comme le citoyen Andreossy, qu'en +soignant l'education et en protegeant les sciences dont le resultat +s'applique a la marine, a la guerre comme aux arts, a la culture des +terres, a la conservation des hommes et des etres vivans. + +BONAPARTE. + + + +Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797). + +_Au directoire executif._ + +J'ai recu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. Conformement +a vos intentions, je partirai demain au soir ou apres-demain. + +Nous avons aujourd'hui echange les ratifications. M. le comte de +Cobentzel et le general Meerweldt ont ete charges de cette operation +du cote de l'empereur. Demain nous acheverons tout ce qui nous reste +a faire pour l'execution de la convention secrete. Si cela est acheve +demain, je partirai le soir meme. + +BONAPARTE. + + + +Paris, 21 frimaire an 6 (17 decembre 1797). + +_Discours de Bonaparte en presentant au directoire la ratification du +traite de Campo-Formio._ + +"Citoyens directeurs, "Le peuple francais, pour etre libre, avait des +rois a combattre. + +"Pour obtenir une constitution fondee sur la raison, il avait dix-huit +siecles de prejuges a vaincre. + +"La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphe de tous ces +obstacles. + +"La religion, la feodalite et le royalisme ont successivement, depuis +vingt siecles, gouverne l'Europe; mais de la paix que vous venez de +conclure, date l'ere des gouvernemens representatifs. + +"Vous etes parvenus a organiser la grande nation, dont le vaste +territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en a pose +elle-meme les limites. + +"Vous ayez fait plus. + +"Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si celebres par les +arts, les sciences et les grands hommes dont elles furent le berceau, +voient avec les plus grandes esperances le genie de la liberte sortir +des tombeaux de leurs ancetres. + +"Ce sont deux piedestaux sur lesquels les destinees vont placer deux +puissantes nations. + +"J'ai l'honneur de vous remettre le traite signe a Campo-Formio, et +ratifie par S.M. l'empereur. + +"La paix assure la liberte, la prosperite et la gloire de la republique. + +"Lorsque le bonheur du peuple francais sera assis sur les meilleures +lois organiques, l'Europe entiere deviendra libre." + +Paris, le 18 nivose an 6 (7 fevrier 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +Je recois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau et le sabre +que vous m'avez envoyes. + +C'est l'armee d'Italie que le gouvernement honore dans son general. +Agreez en particulier mes remercimens sur la belle lettre qui accompagne +votre envoi. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 18 nivose an 6 (7 fevrier 1798). + +_Au general de brigade Lannes._ + +Le corps legislatif, citoyen general, me donne un drapeau en memoire +de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armee d'Italie dans +son general. Il fut, aux champs d'Arcole, un instant ou la victoire +incertaine eut besoin de l'audace des chefs: plein de sang et couvert +de trois blessures, vous quittates l'ambulance, resolu de mourir ou de +vaincre. Je vous vis constamment, dans cette journee, au premier rang +des braves; c'est vous egalement qui, a la tete de la colonne infernale, +arrivates le premier a Dego, passates le Po et l'Adda: c'est a vous a +etre le depositaire de cet honorable drapeau, qui couvre de gloire les +grenadiers que vous avez constamment commandes. Vous ne le deploierez +desormais que lorsque tout mouvement en arriere sera inutile, et que la +victoire consistera a rester maitre du champ de bataille. + +BONAPARTE. + + + +_Au directoire executif de la republique cisalpine._ + +Le pays de Vaud et les differens cantons de la Suisse, animes d'un meme +esprit de liberte, adoptent les principes de liberte, d'egalite et +d'indivisibilite sur lesquels est fonde le gouvernement representatif. + +Nous savons que les bailliages italiens sont animes du meme esprit; nous +croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils imitent le pays vaudois et +manifestent le voeu de se reunir a la republique helvetique. + +Nous desirons, en consequence, que vous vous serviez de tous les moyens +que vous pouvez avoir pour repandre chez ces peuples, vos voisins, +l'esprit de liberte; faites repandre des imprimes liberaux; excitez-y un +mouvement qui accelere le mouvement general de la Suisse. + +Nous donnons l'ordre au general de brigade Monnier de se porter sur les +confins des bailliages suisses avec des troupes, afin d'encourager et de +soutenir les mouvemens que pourraient operer les insurges. Il a ordre de +se concerter avec vous pour parvenir a ce but, qui interesse egalement +les deux republiques. + +_Note._ + +Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous fait une loi de +nous tenir prets sur nos differentes frontieres a pouvoir, au premier +signal des autres puissances, faire la guerre. + +Nous avons en Italie seize mille Francais et cinq mille Polonais contre +le roi de Naples, ce qui, joint a deux mille hommes de debarquement que +le gouvernement a ordonne de preparer a Toulon, suffit pour n'avoir rien +a craindre de ce monarque. + +Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille hommes, qui, +joints aux quatre mille que le gouvernement vient de mettre a la +disposition de cette armee, forment vingt-cinq mille hommes. + +On peut compter a peu pres sur dix mille Cisalpins de mauvaises +troupes, ce qui porterait nos forces a trente-cinq mille hommes, nombre +insuffisant pour garnir les places et former un corps d'observation, +en comparaison de quatre-vingt mille hommes que l'empereur a sur cette +frontiere. + +Mais toutes les forces de la republique peuvent se reunir en Allemagne +pour bien vite degager l'Italie, et empecher les places fortes d'etre +prises. + +Il nous serait bien facile de porter a quatre-vingt ou quatre-vingt-dix +mille-hommes l'armee de Mayence, et d'avoir quarante ou cinquante +mille hommes sur le lac de Constance, renforces d'un certain nombre de +Suisses. + +Ces deux armees se reuniraient bien vite pour attaquer la maison +d'Autriche dans le coeur de ses etats hereditaires. + +Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armee de Mayence et +celle de Hollande se jetteraient bien vite dans l'eveche de Munster, +pour entrer dans le Hanovre. + +Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1 deg.. de faire travailler a +l'armement et a l'approvisionnement de Dusseldorf et a celui de Mayence; +2 deg.. De suspendre le licenciement de nos equipages d'artillerie, afin +de ne pas etre oblige de faire des achats presses, qui necessiteraient +beaucoup d'argent et perdraient un temps precieux, car si la guerre a +lieu, ceux qui frapperont les premiers coups auront, par leur position, +de grands avantages. + + + + +_Au general Bernadote._ + +Je recois, citoyen general, votre derniere lettre. Le directoire +executif, a ce qu'il m'a assure, s'empressera de saisir toutes les +occasions de faire ce qui pourrait vous convenir. + +Il a decide qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement +des iles ioniennes; de prendre une division de l'armee d'Angleterre, +laquelle sera augmentee des anciennes troupes que vous aviez a l'armee +de Sambre-et-Meuse, ou meme de prendre une division territoriale, la +dix-septieme, par exemple. + +Personne ne fait plus de cas que moi de la purete de vos principes, de +la loyaute de votre caractere, et des talens militaires que vous avez +developpes pendant le temps que nous avons servi ensemble. Vous seriez +injuste si vous pouviez en douter un instant. + +Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime et sur +votre amitie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 8 ventose an 6 (26 fevrier 1798). + +_Au general Dufalga._ + +Le resultat a obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais est +celui-ci: + +Travailler a ces ports de maniere a obtenir que le plus grand nombre de +bateaux possible put sortir dans une seule maree. + +Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls etre comptes, et +encore n'est-ce qu'avec reserve, de sorte que je me trouverais oblige de +calculer sur Calais pour porter les premiers trente mille hommes. + +Il serait inutile de faire des travaux longs et couteux au port de +Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un plus grand nombre de +bateaux qu'il n'en peut sortir dans une maree. + +Ainsi, il est bien prouve que l'on ne peut sortir du port de Boulogne +que cent a cent cinquante bateaux dans une maree; il ne faut travailler +au port que pour le mettre a meme de contenir ce nombre de bateaux. + +A Calais, meme raisonnement. + +Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le mettre a meme +de contenir autant de bateaux qu'il serait possible d'en faire sortir +dans une maree. + +Je vous prie de me faire connaitre le parti que l'on peut tirer +d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que sur sa +position geographique. + +Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports etaient +paralleles au rivage de la mer, il est clair que les batimens, recevant +l'eau de la maree au meme instant, pourraient sortir sur-le-champ: c'est +donc sur la partie des ports qui est la plus proche de la mer, qu'il +faut travailler. + +Enfin, il faut que vous vous appliquiez a favoriser partout les travaux +qu'il sera possible de faire pour la prompte sortie d'une grande +quantite de bateaux. + +Tous les petits bateaux ne portant que quarante a cinquante hommes ne +pourraient-ils pas etre echoues sur la plage, et ne pourrait-on pas +favoriser cet echouage eu faisant quelques travaux sur la plage? + +Tous les batimens hollandais, et meme ceux de Dieppe, ne pourraient-ils +pas etre echoues sur la plage? + +Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux de +Boulogne dans une maree, nous y mettrons de preference les ecuries, les +batimens charges et les grosses chaloupes canonnieres. + +Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins[2], qui ne tirent +que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse. + +Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les echouerons sur la plage +de la rade de Saint-Jean: ces batimens ne doivent porter que des hommes +et deux ou trois sacs de biscuit, et ne se trouveront charges de rien. + +Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1 deg.. le local de la +plage, depuis Ambleteuse jusqu'a Boulogne, le plus favorable pour cet +echouement; 2 deg.. voir les travaux que l'on pourrait faire a ladite plage +pour rendre cette operation plus facile et moins fatigante pour les +bateaux. + +Quant a Calais et a Dunkerque, on s'en servirait pour le complement de +l'armee, le reste des denrees, les bagages, les approvisionnemens, etc. + +BONAPARTE. + +[Footnote 2: Espece de prame ou chaloupe cannoniere, de l'invention du +capitaine de vaisseau Muskins.] + + + +Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Je viens d'etre instruit, citoyen ministre, que l'Empire a enfin +consenti a prendre pour base du traite de Rastadt la rive gauche du +Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier acheveront sans difficulte ce +qu'ils viennent de commencer si heureusement. Mon intervention desormais +devient superflue; je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser a faire +revenir de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissee, ma +presence a Paris etant necessaire pour differens ordres et differentes +expeditions. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798). + +_Au directoire executif._ + +Les papiers publics repandent que vous avez fait arreter plusieurs +membres des conseils de la republique cisalpine, et qu'il est dans ce +moment-ci question de faire arreter Moscati et Paradisi, deux membres du +directoire executif de ladite republique. + +Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque +connaissance des personnes et des evenement qui se sont passes en +Italie, de vous faire connaitre que la France et la liberte n'ont point +d'amis plus vrais que ces deux directeurs. + +Le citoyen Paradisi, qui etait professeur renomme a Reggio, est le seul +Italien qui ait rendu quelques services aux armees francaises, tandis +que Mantoue etait encore au pouvoir des Autrichiens, et, vers le milieu +de la premiere campagne, il osa, les armes a la main, a la tete de douze +cents hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un detachement de +deux cents Autrichiens qui s'etaient retires dans un chateau, et les +fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de Reggio ont ete depuis +specialement menaces par les Autrichiens, qui leur ont conserve un +ressentiment tres-vif de cet evenement. + +Le citoyen Moscati etait connu pour un des plus celebres medecins de +l'Europe, ayant de grandes connaissances dans les sciences morales et +politiques. Il s'abandonna tout entier au service de l'armee, et c'est a +lui et a ses conseils que nous devons peut-etre vingt mille hommes, qui +eussent peri dans nos hopitaux en Italie. + +L'avilissement du gouvernement cisalpin des sa naissance et la perte de +ses meilleurs citoyens seraient un malheur reel pour la France, et un +sujet de triomphe pour l'empereur et ses partisans. + +Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le desir constant qui m'a +toujours anime, d'employer toutes mes connaissances au service de la +patrie. + +BONAPARTE. + + + + +EXPEDITION D'EGYPTE. + +LIVRE DEUXIEME. + + + +Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798). + +_Note remise par le general Bonaparte au directoire executif._ + +Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de vingt a +vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux a trois mille hommes de +cavalerie sans chevaux. + +L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la maniere suivante, +en Italie et en France: + +A Civita-Vecchia, la vingt-unieme d'infanterie legere, deux mille; la +soixante-unieme de ligne, seize cents; la quatre-vingt-huitieme, _id._, +seize cents; le vingtieme de dragons, de quatre cents; et le septieme de +hussards, de quatre cents: en tout six mille hommes, commandes par les +generaux Belliard, Friant et Muireur. + +A Genes, la vingt-deuxieme d'infanterie legere, deux mille; la treizieme +de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvieme _id._, seize cents; +quatorzieme de dragons, quatre cents; deux escadrons du dix-huitieme de +dragons qui sont en Italie, deux cents; en tout cinq mille cinq cents +hommes, commandes par les generaux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et +Murat. + +En Corse, la quatrieme d'infanterie legere, douze cents hommes, +commandes par le general Menars. + +A Marseille, la neuvieme de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquieme +_id._, deux mille; vingt-deuxieme de chasseurs, quatre cents; deux +escadrons du dix-huitieme dragons qui sont dans le midi, deux cents; en +tout quatre mille quatre cents hommes, commandes par les generaux Bon +et -------. + +A Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitieme de ligne, deux +mille; vingt-cinquieme _id._, deux mille; trente-deuxieme _id._, deux +mille; soixante-quinzieme _id._, deux mille; troisieme dragons, quatre +cents; quinzieme _id._, quatre cents; en tout huit mille huit cents +hommes, commandes par les generaux Brune, Rampon, Pigeon et Leclerc. + +A Nice et a Antibes, la deuxieme d'infanterie legere, quinze cents +hommes. + +Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents hommes +d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie. + +Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers. + +La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque cavalier arme +d'un fusil. Tous les corps avec leur depot, cent cartouches par homme; +de l'eau pour les batimens, pour un mois; des vivres pour deux. + +Il faudrait que ces troupes fussent embarquees dans ces differens ports, +et pretes a partir au commencement de floreal, pour se rendre dans le +golfe d'Ajaccio, et reunies et pretes a partir de ce golfe avant la fin +de floreal. + +Il faudrait joindre a ces troupes soixante pieces d'artillerie de +campagne, quarante grosses bouches a feu de siege, deux compagnies de +mineurs, un bataillon d'artillerie, deux compagnies d'ouvriers, un +bataillon de pontonniers, qui seraient embarques dans les ports d'Italie +et de France de la maniere suivante: + +A Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pieces de 12, trois +cents coups a tirer par piece, deux compagnies d'artillerie a pied. + +A Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux pieces de 8, deux +pieces de 12, trois cents coups par piece; une compagnie d'artillerie a +cheval, une compagnie d'artillerie de ligne, commandes par le general +Sugny. + +A Genes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pieces de 8, quatre pieces +de 12, douze pieces de 3, cinq cents coups a tirer par piece; deux +compagnies d'artillerie a chenal, deux _id._ d'artillerie de ligne. + +A Nice et Antibes, vingt pieces de 24, six mortiers a la Gomere, de 12 +pouces, cinq cents coups a tirer par piece, deux compagnies d'artillerie +de ligne, commandees par le general Dommartin. + +A Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pieces de 8, six pieces de 12, +quatre mortiers a la Gomere de 12 pouces, quatre _id._ de 6, cinq cents +coups a tirer par piece, quatre compagnies d'artillerie a pied, deux +compagnies d'artillerie a cheval. + +A Civita-Vecchia, le general Massena peut etre charge de noliser les +batimens les plus grands qu'il trouvera dans ce port, d'y embarquer les +troupes et ladite artillerie, et les faire partir sur-le-champ pour se +rendre et rester jusqu'a nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut +prendre, sur les contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de +cet embarquement. On doit specialement y affecter les galeres du pape +qui seraient dans le cas de tenir la mer. + +Le general qui commande dans la Cisalpine peut executer le meme ordre a +Genes, et le general Baraguey d'Hilliers peut s'y rendre a cet effet; il +faut, au prealable, envoyer l'argent necessaire. + +On demandera au directoire executif de la republique cisalpine deux +galeres, qui serviront a aider, a transporter les troupes et a escorter +le convoi. + +Quant a Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre de la +marine: + +1 deg.. Frete les plus gros batimens de commerce, suffisamment pour porter +les troupes et l'artillerie designees ci-dessus; + +2 deg.. Travaille aux approvisionnement necessaires; + +3 deg.. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire passer les +troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens. + +Nous avons a Toulon six vaisseaux de guerre, des fregates, des +corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnieres. + +Tous ces batimens reunis seraient dans le cas de porter la partie des +troupes qui doit etre embarquee a Toulon. + +Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, sera, sous +quinze jours, prete a partir; mais elle manque entierement de matelots. +Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre l'embargo sur les batimens +necessaires au transport de l'artillerie. + +Pour reussir dans cette expedition, on doit calculer sur une depense +extraordinaire de cinq millions, sans compter les depenses ordinaires +tant pour l'approvisionnement, armement et solde de l'escadre, que pour +la solde, nourriture et habillement des troupes, que pour les depenses +de l'artillerie et du genie, auxquelles il est indispensable de pourvoir +en effectif; ce qui forme donc une somme de huit a neuf millions qu'il +faudrait que le gouvernement deboursat d'ici au 20 germinal. + +Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798). + +_Instruction pour la commission chargee de l'inspection de la cote de la +Mediterranee_ (proposee par Bonaparte au directoire executif). + +Le premier soin de la commission doit etre de conferer a Toulon avec +les chefs du port, et de prendre toutes les mesures pour que les six +vaisseaux de guerre, les quatre fregates qui s'y trouvent, les quatre +fregates que le citoyen Perree amene avec lui d'Ancone, six corvettes, +six chaloupes canonnieres, six tartanes canonnieres et quatre bombardes +portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant a bord pour trois mois de +vivres, soient prets a partir de la rade de Toulon au 15, ou au plus +tard au 20 germinal. + +On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonniere, independamment de +ces pieces, un mortier de 4 a 5 pouces. + +2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens pour deux +mois soient embarques sur lesdits vaisseaux, a raison de six cents +hommes par vaisseau de guerre, deux cent dix par fregate, et cent par +corvette. + +3 deg.. Faire preparer la solde et les vivres, egalement pour trois mois, +pour l'escadre de l'amiral Brueys, de maniere que cette escadre puisse, +le 15 germinal, sortir de quarantaine pour reprendre la mer. + +4 deg.. Faire armer _le Conquerant,_ les gabares, les vieilles fregates, +etc., en flute, de maniere a pouvoir porter le supplement de dix mille +hommes que doit embarquer le port de Toulon, dans le cas ou l'amiral +Brueys ne rejoindrait pas a temps. + +5 deg.. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ a bord des six +vaisseaux de guerre et des six fregates ou gabares, vingt pieces de 24 +en bronze, avec deux affuts, un porte-voix, cinq ou six cents coups a +tirer par piece. + +Dix mortiers a la Gomere, de 12 pouces; dix _id._, de 8 pouces, avec +cinq cents coups a tirer par mortier; double crapaud et les camions +necessaires pour transporter les mortiers; six forges pour rougir les +boulets, avec leurs soufflets et leurs ustensiles; quatre millions de +cartouches avec les pierres a feu, en proportion; vingt mille fusils; +trente mortiers de 4 a 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer, +et tous les ustensiles et approvisionnemens necessaires a un equipage +de siege de quarante bouches a feu; specialement une grande quantite +d'objets pour artifices. + +_Nota_. Une partie de ces objets est portee sur le tableau joint aux +instructions du gouvernement, comme devant etre embarques a Nice ou a +Antibes; mais il sera possible de les faire embarquer sur les vaisseaux +de guerre, si cela ne les obstrue pas trop. + +6 deg.. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et fregates six obusiers +de campagne, six pieces de 8, six pieces de 12; cinq cents coups a tirer +par piece. + +7 deg.. Faire transformer en ecuries deux ou trois gabares ou autres +batimens de transport, de maniere a pouvoir transporter deux cent +cinquante chevaux. + +8 deg.. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs sur chaque +batiment de guerre, avec les harnois et les hommes necessaires, afin de +pouvoir s'en servir pour le transport de l'artillerie. + +9 deg.. La commission fera charger a Antibes ou a Nice, sur deux ou trois +tres-gros batimens, des approvisionnemens, de maniere a ce que toutes +les pieces de campagne de l'equipage qui s'embarque a Civita-Vecchia, +a Genes, a Nice, a Toulon et a Marseille, et qui se trouve compose de +seize pieces de campagne, seize pieces de 12, seize pieces de 8, seize +pieces de 3, ait sur ces batimens un approvisionnement de reserve de +trois cents coups par piece. + +L'on pourra egalement faire embarquer a Nice ou a Antibes un supplement +extraordinaire d'artifices, d'outils et autres objets necessaires au +gros parc de l'armee, independamment des onze cents hommes que l'on doit +faire embarquer dans ce port. + +Le general Dommartin donnera les ordres pour toute la partie de +l'artillerie, et fournira les etats necessaires. + +10 deg.. La commission fera mettre l'embargo et nolisera a Marseille de gros +batimens en suffisance pour embarquer de quatre a cinq mille hommes, et +des ecuries pour deux cents chevaux, et fera en sorte que ces batimens +soient approvisionnes d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et que ce +convoi soit pret a partir de Marseille le 15 germinal. + +11 deg.. La commission correspondra avec le consul de Genes; elle enverra de +suite, a Genes, un officier de marine intelligent, qui puisse lui rendre +compte de tout. Independamment des 200,000 fr. que le payeur y fait +passer, il y fera passer tous les fonds qui seraient necessaires. + +12 deg.. La commission ne correspondra qu'avec moi. + +13 deg.. Si l'amiral Brueys arrivait a temps pour pouvoir partir le 20 +germinal, la commission ferait sur-le-champ armer en flute les six +vaisseaux venitiens qu'il amene avec lui, ce qui diminuerait d'autant le +convoi. + +14 deg.. La commission correspondra avec le general Vaubois en Corse, pour +l'embarquement des deux mille hommes que ce general a recu l'ordre du +gouvernement de faire embarquer. Independamment des 200,000 fr. que +l'on a envoyes dans cette ile, elle y fera passer ce qui pourrait etre +necessaire pour l'etablissement d'un hopital de cinq cents lits et un +magasin de rafraichissemens que l'ordonnateur de la division de Corse a +recu ordre d'etablir a Ajaccio. + +15 deg.. Independamment de tous ces objets, la commission formera a Toulon +et a Marseille un magasin de seize mille paires de souliers, mille +paires de bottes, seize mille chemises, huit mille gibernes, six mille +chapeaux, seize mille paires de bas pour pouvoir etre distribues aux +troupes. + +16 deg.. Elle fera egalement acheter un million de pintes de vin, cent vingt +mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger sur de gros batimens, +auxquels elle donnera ordre de se rendre dans le port d'Ajaccio, ou ils +resteront sans decharger, jusqu'a nouvel ordre; les equipages ayant de +l'eau pour un mois et des vivres pour deux. + +17 deg.. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes les depenses +relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, celles relatives +au fret des batimens et en general a la marine, et l'on mettra a la +disposition des directeurs d'artillerie les sommes necessaires pour les +depenses de l'artillerie. + +18 deg.. Les dix mille hommes qui s'embarqueront a Toulon, les cinq mille +autres qui s'embarqueront a Marseille, et ceux qui s'embarquent a Genes, +doivent avoir chacun une ambulance avec les chirurgiens, medecins et +approvisionnemens necessaires. + +19 deg.. Independamment du million que le payeur de la commission recevra +demain, la commission recevra, chaque decade, a commencer du 20 ventose, +500,000 fr. jusqu'au 30 germinal. Elle aura soin de garder en reserve, +et pour etre employes sur un ordre expres de moi, 200,000 fr. sur le +million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million +qu'elle touchera chaque decade; ce qui fera, au 30 germinal, qu'il y +aura dans la caisse du payeur un million en reserve. + +Lorsque la commission fera des marches, elle reservera une partie des +paiemens desdits marches pour etre faits en floreal. + +20 deg.. La commission m'enverra, le plus tot possible, l'etat des sommes +presumees necessaires pour l'execution du present ordre. + +21 deg.. La commission formera une compagnie de vingt-cinq armuriers, avec +leurs outils; deux compagnies d'ouvriers bourgeois de la meme formation +que celles de l'artillerie, avec leurs outils, destinees egalement a +etre embarquees. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Aux commissaires de la tresorerie nationale._ + +J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrete du directoire, +relatif a la commission de la Mediterranee, et que vous m'avez paru +desirer. + +Je joins egalement l'etat des demi-brigades qui se trouvent en ce moment +a Genes et en Corse. Je desirerais savoir si la solde des troupes est +assuree pour les mois de ventose et germinal. + +BONAPARTE. + + + +_Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en Corse._ + +Dix-neuvieme demi-brigade de ligne, deux mille hommes; premier bataillon +de la quatre-vingt-sixieme, neuf cents; quatrieme d'infanterie legere, +quinze cents; vingt-troisieme id., deux mille cent; artillerie, deux +cents: en tout, six mille sept cents hommes. + +_Etat des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se rendre a +Genes._ + +Vingt-deuxieme d'infanterie legere, quinze cents hommes; treizieme de +ligne, deux mille; soixante-neuvieme id., dix-sept cents; quatorzieme +de dragons, cinq cents; dix-huitieme id., deux cents; artillerie, trois +cents: en tout, six mille deux cents hommes. + + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_A la commission de l'armement de la Mediterranee._ + +Le citoyen Esteve, nomme payeur pres de la commission, part ce soir. Il +a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. a Toulon. Il a touche ici, et a +fait partir pour Genes, par un courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce +qui fait les 1,500,000 f. que vous deviez toucher dans ce mois. + +J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer 500,000 autres +francs. + +Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, par une +fregate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec interet votre premiere +depeche. Mettez la plus grande activite dans tous vos travaux. + +Les troupes qui doivent s'embarquer a Toulon sont en marche, et +arriveront vers le 15 germinal. Faites preparer les casernes et les +subsistances. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Instruction pour le general Dommartin._ + +L'equipage d'artillerie pour la Mediterranee est compose d'un equipage +de campagne et d'un de siege. + +Il a ete ordonne au general Massena, par un courrier qui est parti le 15 +ventose, de faire embarquer a Civita-Vecchia deux obusiers de 6 pouces, +deux pieces de 8, deux pieces de 12; trois cents coups a tirer par +piece; une compagnie d'artillerie a cheval, une id. de ligne, un +capitaine faisant fonctions de directeur du parc. + +Il a ete ordonne au general Berthier, par un courrier parti le meme +soir, de faire embarquer a Genes le general Sugny, un chef de brigade +d'artillerie, deux compagnies d'artillerie a cheval, deux id. de ligne, +le commissaire des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs +d'equipages, deux cents charretiers, cinq cents harnois de chevaux +de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de +pontonniers, un bataillon de sapeurs, douze pieces de 3 approvisionnees +a cinq cents coups, quatre obusiers de 6 pouces approvisionnes a trois +cents coups, quatre pieces de 8 id., quatre pieces de 12 approvisionnees +a trois cents coups, deux mortiers a la Gomere de 12 pouces, deux id. +de 6 pouces approvisionnes a cinq cents coups, deux cents outils de +pionniers, un million de cartouches. Vous devez faire embarquer a +Marseille deux obusiers de 6 pouces, quatre pieces de 12, trois cents +coups a tirer par piece, deux compagnies de ligne; a Toulon, six +obusiers de 6 pouces, six pieces de 8, six pieces de 12, approvisionnees +a trois cents coups par piece. + +Vous devez faire embarquer a Nice ou a Antibes un double +approvisionnement pour tout l'equipage. + +Vous devez faire egalement embarquer a Toulon ou a Marseille trois ou +quatre millions de cartouches, avec tout ce qui est necessaire pour un +equipage de campagne de cette importance. + +Vous devez egalement faire embarquer un equipage de siege de vingt +pieces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix id. de 8 pouces, vingt ou +trente mortiers de 3 ou 4 pouces; le tout approvisionne a six cents +coups. + +Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de leurs outils, +qu'il vous sera possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798). + +_Au general Berthier._ + +Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher general, porte au +consul de Genes des lettres de change pour 200,000 fr., afin de subvenir +aux depenses extraordinaires de l'embarquement, tant pour la marine que +pour l'artillerie et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois. + +Il serait necessaire de faire arranger trois des plus gros batimens de +transport, pour servir d'ecuries, de maniere qu'ils pussent porter, a +eux trois, une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine +d'artillerie. Vous feriez alors choisir les chevaux les plus forts et en +meilleur etat. + +Si l'on peut trouver a Civita-Vecchia, egalement pour embarquer, une +centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie, +donnez-en l'ordre; si on ne le peut pas, on s'en passera. + +Envoyez a Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui prendra l'etat de +situation des troupes qui s'embarquent, de l'artillerie; le nombre, le +nom et le tonnelage des batimens. + +Donnez l'ordre, tant a Genes qu'a Civita-Vecchia, pour que le general de +division ne puisse pas embarquer plus de trois chevaux, le general de +brigade, plus de deux, le chef de brigade plus d'un: vous sentez combien +il est necessaire de n'avoir que ce qui est strictement necessaire et +indispensable; mais vous pouvez engager les officiers a embarquer leurs +selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent avoir. + +Je vous ai deja ecrit, je crois, pour que vous teniez tous vos chevaux, +ceux de Leclerc, et cinq a six autres bons chevaux, prets a partir. + +Vous enverrez egalement a Genes, pour etre embarquee, la compagnie des +guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi que les douze gardes a cheval +que vous avez gardes avec vous. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Je desirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre a la +fregate qui est a Cadix de se rendre a Ajaccio en Corse, ou elle +attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, et que vous en +previnssiez a Toulon, pour qu'on y fit passer la solde et les vivres +dont elle doit avoir besoin. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +J'ai recu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-generaux +Gresieux et Clauzel. Vous pourrez donner des lettres de service au +citoyen Clauzel pour l'armee d'Angleterre, et envoyer le citoyen +Gresieux a Toulon, ou il serait employe sur les cotes de la +Mediterranee. + +Je vous demanderai egalement d'employer l'adjudant-general Jullien a +Marseille, sous les ordres du general Bon. Cet adjudant-general est +actuellement employe a l'armee d'Angleterre. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798). + +_Aux commissaires du gouvernement, a Rome._ + +Le directoire executif, attachant la plus grande importance a la bonne +organisation et au prompt depart de la division qui doit s'embarquer a +Civita-Vecchia, a juge a propos d'en confier le commandement au general +Desaix, qui part ce soir meme pour s'y rendre en toute diligence. + +Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir besoin, et +tous les officiers d'etat-major, d'artillerie, du genie, commissaires +des guerres qu'il demandera. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798). + +_Note au directoire executif._ + +Le general commandant a Berne fera faire le pret de la deuxieme +demi-brigade d'infanterie legere, de la dix-huitieme de ligne, de la +vingt-cinquieme idem, du troisieme regiment de dragons, du quinzieme +idem, ainsi que des canonniers attaches a cette division, jusqu'au 13 +germinal. + +Il fera completer leur armement, leur buffleterie, et, autant qu'il sera +possible, leur habillement. + +Il donnera l'ordre au troisieme et au quinzieme regimens de dragons, +avec toute l'artillerie de campagne qui est attachee a la division qui +est venue de l'armee d'Italie, de se rendre, par le chemin le plus +court, a Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera l'ordre au general de brigade de +cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ a Lyon pour prendre le +commandement de ces deux regimens, et les conduire lui-meme a Toulon. + +Le general commandant l'armee d'Helvetie incorporera dans la seconde +d'infanterie legere les eclaireurs de la vingt-troisieme d'infanterie +legere; apres quoi, il donnera l'ordre au general Pigeon de partir +avec la deuxieme demi-brigade d'infanterie legere, les dix-huitieme +et vingt-cinquieme de ligne, pour se rendre a Lyon, ou ces corps +s'embarqueront sur le Rhone jusqu'a Avignon, d'ou ils se rendront par +terre a Toulon. + +Deux jours apres, il donnera l'ordre au general Rampon de partir avec +la trente-deuxieme et la soixante-quinzieme pour se rendre egalement a +Lyon, s'y embarquer sur le Rhone jusqu'a Avignon, et se rendre de la par +terre a Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera l'ordre au general Lannes de +partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre a Lyon avec +l'adjudant-general Lagrange, et prendre toutes les mesures, en se +concertant avec le commandant de cette place, le commissaire-ordonnateur +et celui du directoire executif, pour qu'il y ait dans cette ville la +quantite de bateaux et tout ce qui est necessaire pour embarquer les +troupes ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; apres quoi, le +general Lannes et le citoyen Lagrange se rendront a Toulon. + +Le ministre de la guerre donnera egalement les ordres pour qu'il y ait +a Lyon: dix mille paires de souliers, six mille paires de culottes, six +mille chapeaux, quatre mille vestes, dix mille paires de bas, dix mille +chemises, trois mille sacs de peau, trois mille habits, quatorze mille +paires de bottes, pour pouvoir etre distribues auxdites troupes, a leur +passage. + +Le general Lannes aura soin de veiller aux distributions, pour qu'elles +se fassent conformement aux besoins de chaque corps. + +Le general commandant l'armee d'Helvetie fera mettre a l'ordre des +demi-brigades ci-dessus designees, qu'elles vont se rendre a Toulon, +d'ou elles partiront pour une operation extremement essentielle, et +qu'elles trouveront a Toulon le general Bonaparte, sous les ordres +duquel elles continueront d'etre. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798). + +_Au president du directoire executif._ + +Je vous ferai passer, citoyen president, la reponse de la tresorerie a +la demande que je lui avais faite si la solde etait assuree pour les +troupes qui se rendent en Corse et a Genes. + +La caisse de l'armee d'Italie a bien de la peine a subvenir aux depenses +des corps qui sont dans ce pays. + +Je crois qu'il serait necessaire que le directoire prit l'arrete +ci-joint: + +ARRETE. + +ART. 1er. La tresorerie nationale fera sur-le-champ passer a son payeur, +en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, pour les mois de nivose, +pluviose et ventose. + +2. L'ordonnateur de la marine a Toulon fera partir une corvette pour +porter lesdits fonds. + +Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la marine a +Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso. + +3. La tresorerie nationale fera solder a Genes, dons le plus court +delai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois de ventose et +germinal. + + + +_Etat des troupes qui sont en Corse._ + +La quatrieme d'infanterie legere, quinze cents hommes; la +vingt-troisieme _id._, deux mille cent; la dix-neuvieme de ligne, +dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixieme _id._, huit +cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille cinq, cents hommes. + + + +_Etat des troupes qui sont a Genes, sous les ordres du general Baraguey +d'Hilliers._ + +La vingt-deuxieme d'infanterie legere, quinze cents hommes; la treizieme +de ligne, deux mille; la soixante-neuvieme _id._, dix-huit cents; le +quatorzieme de dragons, cinq cents; le dix-huitieme _id._, deux cents; +artillerie, deux cents: en tout, six mille deux cents hommes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798). + +_Au ministre des finances._ + +La commission chargee de l'armement de la cote de la Mediterranee doit +recevoir 500,000 fr. cette decade-ci. Je desirerais, citoyen ministre, +etre informe si la tresorerie a donne des ordres pour cet objet. + +Je vous prierais de faire reserver sur cette somme 50,000 f., pour etre +mis a la disposition du general Dufalga, commandant l'arme du genie, +attache a ladite commission, lesquels 50,000 fr. doivent etre soldes a +Paris. + +Je vous prie egalement de donner des ordres pour que la tresorerie +fasse passer des fonds pour solder les troupes qui sont dans les deux +departemens de Liamone et du Golo, qui sont arrierees de trois mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798). + +_Au ministre de la guerre._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au general de brigade +Gardane, qui est a Paris, de se rendre a Toulon, ou il s'adressera au +general Dommartin, chez lequel il trouvera de nouveaux ordres. + +Je vous prie de donner les memes ordres au general Verdier, qui est a +Toulouse; au general de brigade Davoust, qui est dans ce moment-ci a +Paris, de se rendre a Marseille, pour y prendre le commandement de la +cavalerie qui se reunit dans cette ville, ou il sera sous les ordres du +general Bon; et au general de division Dumas de se rendre a Toulon, ou +il recevra de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798). + +_A la commission chargee de l'approvisionnement de la Mediterranee._ + +J'ai recu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyee par un courrier +extraordinaire. + +J'ai vu avec plaisir l'etat satisfaisant de l'escadre. J'aurais desire +avoir egalement l'etat des galeres ou batimens de transport que vous +avez arretes a Toulon, pour l'embarquement de dix mille hommes. + +Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est necessaire que tout +soit pret a partir le 20. + +Si le contre-amiral Brueys n'est point arrive lorsque vous aurez recu +cette lettre, vous ferez vos preparatifs pour vous en passer. + +Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: _le Conquerant,_ les +fregates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement six mille +hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a chercher, a Toulon, des batimens +de transport pour quatre mille hommes. + +Si l'escadre du contre-amiral Brueys etait arrivee, ou si vous aviez des +nouvelles du jour ou elle arrivera, vous n'auriez plus alors besoin de +transports a Toulon. + +Le general Dommartin doit etre arrive. Vous avez deja, sans doute, +commence a embarquer l'artillerie. + +Si le citoyen Sucy n'etait pas arrive, cela ne doit pas vous empecher +de faire tout ce dont il est charge, appelant aupres de vous un +commissaire-ordonnateur le plus a portee. + +Le payeur, qui doit etre arrive, vous aura apporte l'argent qui vous +etait necessaire; la tresorerie prend ses dispositions pour vous faire +toucher 500,000 fr. cette decade. + +J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir si tout est +pret, et si les troupes pourront etre embarquees le 20 de ce mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_Aux commissaires de la tresorerie nationale._ + +Le ministre des finances, citoyens commissaires, a du vous prevenir +que, sur les 500,000 fr. de cette decade que vous devez mettre a la +disposition de la commission de la Mediterranee, 50,000 fr. devaient +etre soldes, a Paris, au general Dufalga. + +Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire solder +lesdits 50,000 fr. au general Dufalga, et de donner son recu en paiement +au payeur de la commission, qui le recevra pour comptant. Le revirement +est tout simple: la lettre du ministre des finances et celle que j'ai +l'honneur de vous ecrire, cette commission se trouvant sous mes ordres, +vous y autorisent suffisamment. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre des relations exterieures._ + +Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions du +gouvernement, des citoyens Royer et Belletete, deux jeunes gens qui sont +partis, il y a quelques jours, pour Constantinople, et qui doivent etre +actuellement a Toulon, je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester a +Toulon. + +Je desirerais egalement que vous donnassiez l'ordre aux citoyens +Jaubert, Chery, Lapone, trois jeunes gens les plus avances a l'ecole des +langues orientales a Paris, de se rendre a Constantinople, et de leur +envoyer contre-ordre a Toulon, pour qu'ils y attendent de nouveaux +ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre de l'interieur._ + +Le directeur de l'imprimerie de la republique et le citoyen Langles, +citoyen ministre, sont animes de la plus mauvaise volonte. Je vous prie +de donner l'ordre positif que tous les caracteres arabes actuellement +existans, hormis les matrices, soient sur-le-champ emballes, et au +citoyen Langles l'ordre de les suivre. + +Le citoyen Langles m'a paru, dans la premiere conference que j'ai eue +avec lui, tres-dispose a venir; d'ailleurs la republique, qui a fait son +education et qui l'entretient depuis long-temps, a le droit d'exiger +qu'il obeisse. + +Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe egalement les caracteres +grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce moment Xenophon, et ce +n'est pas un grand mal que le Xenophon soit retarde de trois mois, +pendant lequel temps on fera d'autres caracteres, les matrices restant. + +Je vous prie de donner egalement l'ordre positif d'emballer les +caracteres pour trois presses francaises. Il nous suffit d'avoir des +caracteres ordinaires. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798). + +_Au ministre de l'interieur._ + +J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre du +directoire pour vous. + +Je vous prie en consequence de vouloir bien donner l'ordre aux citoyens +dont la liste est ci-jointe[3] de se tenir prets a partir, au premier +ordre qu'ils recevront, pour se rendre a Bordeaux. + +Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les appointemens +en seront payes a leur famille. Ils recevront en outre un traitement +extraordinaire et les frais de poste pour la route. + +Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est +ci-jointe[4] de se tenir prets a partir, au premier ordre, pour +Flessingue. Les ingenieurs jouiront d'un traitement pour leurs travaux +extraordinaires. Leur mission n'etant que temporaire, leurs places +doivent leur etre conservees. + +BONAPARTE. + +[Footnote 3: Danges, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier, +Monge, Molard, geometres; Conte, chef de bataillon des aerostiers; +Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, mineralogiste; +Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.] + +[Footnote 4: Isnard, Lepere, Lepere (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chezy, +ingenieur des ponts et chaussees; Panuson, interprete.] + + + +Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798). + +_A la commission chargee de l'inspection des cotes de la Mediterranee._ + +Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral Brueys. +Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six vaisseaux de guerre +francais, six fregates _idem_, cinq vaisseaux de guerre venitiens, trois +fregates _idem_, deux cutters pris sur les Anglais. + +Le chef de brigade Perree est parti d'Ancone le 12, avec deux fregates +francaises et deux venitiennes. + +Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, l'un et +l'autre soient deja arrives, et j'espere que, moyennant votre activite +et les mesures que vous avez prises avec l'ordonnateur Najac, ces +vaisseaux pourront repartir quinze jours apres leur arrivee. _Le +Mercure_ est le seul vaisseau, je crois, qui ait besoin de reparation. + +Quant aux vaisseaux venitiens, s'ils peuvent etre armes en guerre tous +les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il fallait trop de +temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: ainsi, vous n'auriez besoin +d'aucun secours de batimens de transport pour porter les dix mille +bommes que vous devez embarquer a Toulon, avec l'artillerie; et, je vous +le repete, le 25 ou meme le 20 germinal, tout doit etre pret a partir. + +Plusieurs medecins et officiers generaux ont eu ordre de se rendre a +Toulon: ils s'adresseront a vous, vous leur ferez fournir le logement +et tout ce dont ils auront besoin, et vous leur direz d'attendre de +nouveaux ordres. + +La quatre-vingt-cinquieme demi-brigade s'est embarquee le 3 a Lyon, +pour se rendre a Marseille. Le deuxieme bataillon du quatrieme regiment +d'artillerie s'est embarque le 5 pour se rendre a Toulon. + +Cinq demi-brigades doivent etre, a l'heure qu'il est, embarquees a Lyon, +pour aller par le Rhone jusqu'a Avignon, et de la se rendre a Toulon. + +Conferez avec le commissaire ordonnateur et le general de division +Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les cantonnemens de ces +troupes sont assures. + +Les dix-huitieme et trente-deuxieme demi-brigades, commandees par le +general Rampon, feront cantonnees au fort Lamalgue, a Lavalette, a +Solier, a Hieres et autres villages dans ces environs. + +Les vingt-cinquieme et soixante-quinzieme, commandees par le general +Gardanne, seront cantonnees a Ollioules, au Bausset, Laseine, +Saint-Lazaire et autres villages environnans. + +La deuxieme demi-brigade d'infanterie legere sera cantonnee dans Toulon. +Le general Pigeon aura le commandement de la deuxieme demi-brigade +d'infanterie legere. Le general Gardanne commandera la vingt-cinquieme +et la soixante-quinzieme. Vous placerez les troisieme et quinzieme +regimens de dragons dans les endroits ou il y aura le plus de fourrages. + +Je vous recommande de veiller a ce que les troupes aient tous les jours +du vin ou de l'eau-de-vie, et a ce que les subsistances leur soient +assurees. + +Il me tarde d'avoir un compte detaille sur tous les ordres contenus dans +les instructions que je vous ai donnees, ainsi que d'apprendre l'arrivee +et l'etat dans lequel se trouve le contre-amiral Brueys. + +Pour n'etre pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, vous devez +compter, pour l'embarquement de Toulon, sur douze a treize mille hommes, +compris l'artillerie, les charretiers et les domestiques, et cinq mille +a Marseille. + +Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrive, il sera bon que +vous menagiez a Toulon de quoi embarquer plutot mille hommes de plus que +de moins. + +Je vous envoie: + +1 deg.. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton qui ne doit +pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez mettre sur-le-champ +trente en construction, avec les poutrelles et ce qui est necessaire +pour etablir le pont. + +2 deg.. L'esquisse d'un petit bateau portant une piece de 12, et dont la +simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: vous en ferez +mettre sur-le-champ deux en construction. + +3 deg.. Le memoire et le projet d'une petite corvette portant une piece de +24 et plusieurs pieces de 6, laquelle doit se diviser en parties, pour +pouvoir etre transportees par terre sur huit diables. Vous en ferez +mettre une sur-le-champ en construction. + +Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux soient +en etat de partir le plus tot possible. Il les faudrait avoir pour les +premiers jours de floreal. + +Quant a la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle sera +finie, nous nous en servirons. Je sais bien que cela ne peut pas etre +avant le milieu de prairial: ce serait un grand bien, s'il etait +possible que cela fut plus tot. + +En vous envoyant ces plans et les memoires qui les expliquent, je n'ai +pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun changement dans le detail. +Le veritable point de vue est de tout sacrifier a la legerete, afin de +les rendre transportables par terre. + +Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral Brueys, du +moment qu'il arrivera. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au contre-amiral Brueys._ + +Je presume, citoyen general, que vous etes arrive a Toulon, puisque +vos dernieres depeches m'apprennent que vous etes parti de Corfou le 7 +ventose. + +L'on est ici extremement satisfait de votre conduite. Il faut que les +batimens qui vous ont plusieurs fois porte les ordres du gouvernement +aient ete pris. + +Maintenez une severe quarantaine parmi vos equipages: c'est le plus sur +moyen d'empecher la desertion. Tous les ordres ont ete donnes pour que +la solde et les vivres leur soient fournis. + +Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres qui soient +sorties depuis long-temps de Toulon. + +Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous depecherez de faire faire les +reparations dont _le Mercure_ pourrait avoir besoin; ce qui, joint aux +six vaisseaux qui sont en ce moment en rade; aux treize fregates, au +_Conquerant_ arme en flute, et au plus grand nombre des vaisseaux +venitiens qui seront susceptibles d'etre promptement armes, vous mettra +a meme de remplir la mission brillante qui vous est destinee. + +Je serai fort aise de vous revoir: j'espere que ce sera dans tres-peu de +temps. + +Casabianca partira bientot pour servir sous vos ordres. Il faut +absolument que vous vous arrangiez de maniere a ce que vous puissiez +partir le premier floreal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au general Lannes._ + +Je recois, citoyen general, votre derniere lettre de Lyon, du 3 du +courant. J'aurais desire que vous m'eussiez envoye l'etat de situation +de la quatre-vingt-cinquieme, celui des effets qui lui ont ete delivres, +et des notes sur l'esprit qui anime les troupes. + +Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tot possible, ainsi que celui des +demi-brigades qui viennent de Suisse. + +Prevenez le general Dugua a Marseille, et le commissaire ordonnateur +Sucy a Toulon, des mouvemens des troupes, afin qu'ils fassent preparer +tout ce qui leur est necessaire sur les routes d'Avignon a Marseille et +Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au general Dugua._ + +Les neuvieme et quatre-vingt-cinquieme demi-brigades de ligne, ainsi que +le vingt-deuxieme de chasseurs et le deuxieme escadron du dix-huitieme +regiment de dragons, se rendent a Marseille, ou ils doivent s'embarquer. +Je vous prie, mon cher general, de veiller a ce qu'ils ne manquent de +rien. Le general Bon et le general Davoust sont partis pour commander, +le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et l'adjudant-general +Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'etat-major de cette +division. + +La deuxieme d'infanterie legere, les dix-huitieme, vingt-cinquieme, +trente-deuxieme et soixante-quinzieme arriveront egalement sous peu de +jours a Avignon par le Rhone. + +Elles ont ordre de se rendre a Toulon. + +Vous enverrez l'ordre au general Rampon avec, les dix-huitieme et +trente-deuxieme, de tenir garnison au fort Lamalgue, Solliers, Lavalette +et Hieres; a la vingt-cinquieme et soixante-quinzieme de tenir garnison +a Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans. +Cette brigade sera commandee par le general Gardanne. + +Vous enverrez l'ordre a la deuxieme d'infanterie legere, qui sera +commandee par le general Pigeon, de tenir garnison a Toulon. + +Vous placerez le general Leclerc et deux regimens de dragons qu'il +commande, dans l'endroit le plus favorable pour la subsistance de la +cavalerie, mais de maniere a ce qu'ils soient dans un cercle de trois ou +quatre lieues de Toulon. + +Donnez les ordres a votre commissaire-ordonnateur pour que ces troupes +ne manquent de rien, et prevenez le payeur de votre division pour +qu'elles aient leur pret avec exactitude, qu'elles aient le vin ou +l'eau-de-vie tous les jours. Voyez aussi l'ordonnateur Sucy, le general +Dommartin, l'amiral Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la +commission de la Mediterranee. + +Prevenez vos etapiers d'Avignon a Toulon, afin que ces troupes aient +leur subsistance assuree pendant la route. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798). + +_Au citoyen Sucy._ + +Independamment, citoyen ordonnateur, de votre qualite de membre de +la commission, vous remplissez plus specialement les fonctions de +l'ordonnateur en chef de l'armee qui va s'embarquer. + +Je compte assez sur votre discretion pour vous faire part de suite de la +composition de toute l'armee dont vous etes charge, en vous enjoignant +surtout de garder le plus profond silence. + +L'armee sera composee de cinq divisions: + +1 deg.. Les trois demi-brigades qui s'embarquent a Civita-Vecchia, qui ont +ordre d'embarquer avec elles deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois. + +2 deg.. La division qui s'embarque a Genes, composee de trois demi-brigades, +et qui a ordre d'embarquer deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance et des vivres pour deux mois. + +3 deg.. Une division qui s'embarque a Toulon, composee de la quatrieme +d'infanterie legere, de la dix-huitieme et de la trente-deuxieme de +ligne; vous y attacherez deux commissaires des guerres, un chef de +chaque administration, une ambulance. + +4 deg.. Une division qui s'embarquera a Marseille, composee des neuvieme et +quatre-vingt-cinquieme de ligne, a laquelle vous attacherez egalement +un chef de chaque administration, deux commissaires des guerres et une +ambulance. + +Vous ferez bien attention surtout que la maniere dont je viens de +classer les divisions, n'est point par les numeros qu'elles doivent +garder; j'ai suivi leur position geographique; ainsi vous designerez les +deux divisions qui sont a Toulon, l'une sous le nom de Solliers, l'autre +sous celui de Laseine, sans leur donner aucun numero. + +Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie a +proportion, doivent etre reunies sur un seul point pour concourir a une +meme operation. Il est donc necessaire que vous ayez avec vous, pour +les employer selon les circonstances, sept a huit bons commissaires des +guerres, un chef d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus, +pour pouvoir, lorsque notre debarquement sera opere, les charger des +differens services de l'armee, sans cependant leur designer encore +aucune fonction. + +Le general Dommartin commande l'artillerie de ladite armee; vous vous +entendrez avec lui pour tous les details. + +Le citoyen Desgenettes est medecin en chef; le citoyen Larrey, +chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et medecins doivent etre +partis, et, a l'heure qu'il est, etre rendus a Toulon. Independamment +de cela, vous prendrez le plus de chirurgiens et de medecins que vous +pourrez, soit en en faisant venir de l'armee d'Italie, soit en prenant +ceux de quelque merite, que vous pourriez trouver dans le pays ou vous +etes: vous n'en aurez jamais de trop. + +Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez dans les +hopitaux de Marseille et de Toulon. + +Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit avoir sa +pharmacie pour les malades qui pourraient survenir pendant le passage, +et vous devez aussi embarquer une quantite de medicamens proportionnee a +la force de l'armee, qui se trouve etre de trente mille hommes. + +Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix bons +directeurs d'hopitaux, un bon architecte, douze ou quinze macons, cinq +ou six garde-magasins, et un agent en chef des hopitaux. Vous avez la +dessus liberte toute entiere. Dans les instructions de la commission, +j'ai demande beaucoup de souliers; independamment des besoins qu'aura la +troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y suppleer jusqu'a +ce que nous ayons pu faire des etablissemens dans le pays ou nous +allons. + +Le payeur general sera le citoyen Esteve. Il faut qu'il y ait autant +de payeurs qu'il y a de divisions, independamment des bureaux et des +payeurs qui peuvent lui devenir necessaires. + +N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes veterinaires. + +Le general de division ne pourra embarquer que trois chevaux, le general +de brigade deux, et tous les officiers qui eut le droit d'avoir des +chevaux, un; le commissaire ordonnateur, trois, et les commissaires des +guerres en chef, un; les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la +liberte d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi lui +accorde. + +Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement ou +vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait les faire mettre en +etat: je desirerais en avoir un millier. + +Le deuxieme bataillon du quatrieme regiment s'est embarque le 5 a Lyon, +pour Avignon. Ainsi, il sera deja rendu a Toulon quand vous recevrez +cette lettre. + +J'ai donne ordre que l'on embarque cinquante chevaux d'artillerie a +Civita-Vecchia, cinquante a Genes. Nous en embarquerons le plus que nous +pourrons a Toulon et a Marseille. Dans les instructions que j'ai donnees +a la commission, cet article de l'artillerie est specialement detaille. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798). + +_Au ministre des finances._ + +Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette decade, 500,000 fr. a +la disposition de la commission chargee de l'inspection des cotes de la +Mediterranee. Je desirerais que la tresorerie put faire partir demain +des lettres de change pour 200,000 francs sur Genes, et faire passer +300,000 francs a Toulon. + +La solde des troupes qui s'embarquent a Genes est arrieree. Il serait +necessaire que la tresorerie fit passer au payeur de la division du +general Baraguey-d'Hilliers a Genes 400,000 fr., pour payer cette +division jusqu'au premier germinal. + +J'ai un courrier tout pret, qui porterait les lettres de change pour +ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel a nos operations que cela put +partir demain. + +Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse passer de +l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. Il faudrait au +moins 300,000 fr. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798). _Au general +Baraguey-d'Hilliers._ Le consul recevra, citoyen general, par un +courrier que j'expedierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000 +fr. que j'ai deja fait passer, fournira les sommes necessaires a +l'embarquement. + +Faites-moi passer, par le retour de mon courrier: + +1 deg.. L'etat de situation des batimens, le nombre des tonneaux et de +l'equipage de chaque batiment, avec le nombre d'hommes et le nombre de +chaque corps que chaque batiment transporte. + +2 deg.. L'etat de situation de votre division, le nom de votre payeur, de +vos deux commissaires des guerres, de vos deux adjudans generaux, et +des officiers d'artillerie et de genie attaches a l'etat-major de la +division. + +Tachez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de medecins que +vous pourrez, francais ou italiens; quatre medecins, douze chirurgiens, +independamment des chirurgiens des corps et de l'ambulance, ne seraient +pas trop. + +Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, francais ou italiens, +et des calfats, charrons, serruriers, le plus que vous pourrez vous en +procurer. + +J'ecris au general Berthier de vous faire passer trois mille fusils, +s'il peut se les procurer. + +Ne partez pas sans de nouveaux, ordres. + +Faites en sorte d'avoir plutot trois ou quatre jours de vivres de plus +que de moins. Tenez la main a ce que l'on n'embarque rien d'inutile. +Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois chevaux, les generaux de +brigade deux, et les autres officiers qui ont le droit d'avoir des +chevaux, un; mais chacun embarquera ses selles et ses palfreniers. + +Laissez a Genes un officier superieur par corps composant votre +division, afin de reunir dans cette ville tous vos hommes sortant des +hopitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, on leur donnera +des ordres pour vous rejoindre. Les officiers peuvent egalement donner +rendez-vous a Genes a leurs domestiques, et gros bagages, qu'ils ne +pourraient pas embarquer avec eux. + +Embarquez tous les depots actuellement existans. + +J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'ecris a Berthier de +vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-general. + +Faites-moi connaitre, par le retour du courrier, l'etat exact et par +corps de tout ce qui serait du aux soldats. + +Ayez avec vous trois bons directeurs d'hopitaux et une centaine de bons +infirmiers. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798). + +_Au general Lannes._ + +Je vous envoie, citoyen general, des lettres pour le payeur de la +division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon et de deux autres +departemens. + +Vous ferez donner a Lyon la solde aux troupes jusqu'au 15 de ce mois. +Si la division n'avait point a Lyon de payeur, vous chargeriez un des +quartiers-maitres d'en faire les fonctions et de recevoir l'argent que +la tresorerie donne ordre de remettre entre ses mains pour subvenir aux +depenses ulterieures du pret. + +Ayez soin, en m'envoyant l'etat de situation de chaque corps, de +m'instruire jusqu'a quel jour les soldats ont ete payes, ainsi que de la +quantite d'effets qui a ete distribuee a chaque corps et ce qui pourrait +leur manquer encore. Surtout ayez bien soin de completter l'armement. + +Voyez le commandant de l'artillerie a Lyon, pour vous informer quand +partiront les differens objets que le general Dommartin doit lui avoir +demandes, et pressez-le le plus que vous pourrez. Voyez les salles +d'armes. Faites partir le plus tot possible dix ou douze mille bons +fusils avec autant de sabres, et deux mille selles et brides de hussards +et meme de dragons. + +Il faut que tous ces differens objets soient a Avignon le 25 de ce mois. +Vous previendrez le general Dommartin de tout ce qui partira, afin qu'il +prenne ses mesures pour que, d'Avignon, le tout se rende de suite a +Toulon. + +Instruisez moi de tout dans le plus grand detail. + +Envoyez l'adjudant-general Lagrange a Grenoble, pour connaitre le jour +ou les differens objets que le general Dommartin a du demander, seront +arrives a Avignon et pressez le depart du tout. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au general Brune._ + +Je profite du depart de Suchet pour vous ecrire deux mots. J'ai expedie +a Rome un courrier extraordinaire il y a trois heures: il etait charge +d'une lettre pour Berthier ou vous. + +J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement de l'armee, +vous communiquera les renseignemens sur les embarcations qui se font a +Civita-Vecchia et a Genes. Comme il est extremement essentiel que +ces embarquemens n'eprouvent aucun retard, je vous les recommande +specialement. Il parait que celui de Genes va assez bien, mais celui de +Civita-Vecchia est bien arriere. + +Aidez Dessaix, a qui le directoire a confie le commandement des troupes +qui s'embarquent a Civita-Vecchia. + +Vous avez beaucoup a faire dans le pays ou vous etes. J'espere que ce +sera le passage d'ou vous viendrez me rejoindre pour donner le dernier +coup de main a la plus grande entreprise qui ait encore ete executee +parmi les hommes. + +Entourez-vous d'hommes a talens et forts. + +Je vous recommande de proteger l'observatoire de Milan, et, entre +autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que l'on tient a son egard: +c'est le meilleur geometre qu'il y ait eu. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au general Schawenbourg._ + +La tresorerie donne ordre, citoyen general, a son payeur a Berne, de +faire passer 3,000,000 a Lyon. J'expedie l'ordre de la tresorerie par un +courrier extraordinaire. + +Comme ces 3,000,000 sont destines a l'armee d'Angleterre, je vous serai +oblige de me faire connaitre le jour ou ils pourront arriver a Lyon, et +en quelle monnaie. Il serait necessaire que, le plus possible, ce fut en +monnaie de France. + +La tresorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. Je +vous prierai d'activer par tous les moyens possibles leur arrivee a Lyon +avant le 20 de ce mois. + +Je suis fort aise, citoyen general, que cette circonstance m'ait fourni +l'occasion de correspondre avec vous et de vous temoigner l'estime et la +consideration distinguee avec laquelle je suis, + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +J'ai recu, citoyen, vos dernieres lettres. Je ferai partir, par un +courrier extraordinaire, des lettres de change pour 600,000 fr. Elles +ne sont payables que dans un mois; mais vous vous arrangerez pour avoir +tout de suite de l'argent comptant. + +Quatre cent mille fr. sont destines pour la solde des troupes, et +200,000 pour l'extraordinaire de l'expedition. Le payeur de la division +du general Baraguey-d'Hilliers rendra compte des 400,000 fr. a la +tresorerie, et vous rendrez compte a la commission a Toulon des autres +200,000. + +J'espere que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir a toutes les +depenses de l'operation, puisque vous ne paierez que quinze jours de +nolis aux batimens. Vous savez qu'il est avantageux qu'il ne soit paye +en definitif qu'a la fin de l'expedition. Vous avez parfaitement fait de +noliser par mois. + +J'ai trouve que 16 fr. par tonneau etait excessivement cher. Vous devez +trouver quelques biscuits a Tortone ou a Milan: j'en ai fait faire une +tres-grande quantite; cela economiserait d'autant. + +Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez retenir une +decade, laquelle ne doit etre donnee que lorsqu'on sera embarque. + +J'ecris a Berthier qu'il vous fasse remettre le present que j'ai destine +au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; vous le vendrez; mais +faites en sorte que l'on ne sache pas que c'etait ce que l'on destinait +a M. de Gallo, afin que cela ne fasse pas un mauvais effet. L'argent +provenant de ces diamans sera mis dans la caisse du payeur de cette +division, pour les evenement extraordinaires, et on n'en disposera que +pour subvenir aux depenses que pourrait necessiter un nouveau relache +dans quelque port, et sur mon ordre. + +Le convoi ne partira que d'apres de nouveaux ordres; mais je vous +conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les premiers jours de +floreal, et que les deux mois de vivres soient bien complets, et qu'il y +ait plutot pour quatre ou cinq jours de plus que de moins. + +Specifiez qui doit nourrir les equipages, et que dans tous les cas leur +subsistance soit assuree pour deux mois. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au general Berthier._ + +Vous ferez remettre, mon cher general, a Belleville, le present que +j'avais destine pour M. de Gallo. Il s'en servira pour faire de +l'argent. Les circonstances presentes et le besoin que nous en avons +pour l'expedition de la Mediterranee, sont d'une importance majeure. +Gardez le plus profond secret, afin que cela ne produise pas un mauvais +effet. + +Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et a tous les ingenieurs +des ponts et chaussees, ou geographes qui sont a l'armee, de se rendre +a Genes, pour y etre embarques sous les ordres du general +Baraguey-d'Hilliers. + +Faites-lui passer trois bons directeurs d'hopital, une centaine +d'infirmiers, et les medecins et chirurgiens qu'il vous demandera. + +Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de faire passer, +de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour etre embarques a Genes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798). + +_Au general Desaix._ + +Par la lettre que je recois de Monge, citoyen general, du 30 ventose, je +vois qu'il sera impossible que vous soyez pret pour le 30 germinal. Dans +ce cas-la, continuez toujours vos preparatifs, et tachez d'etre-pret +pour le 20 floreal epoque a laquelle je vous Enverrai de nouveaux +ordres. + +Je prefere, si cela est possible, que vous vous embarquiez sur les plus +gros batimens, ayant les vivres et tout ce qui vous est necessaire, et +retardiez d'une ou deux decades pour vous les procurer, a vous voir +passer en Corse sur de petits bateaux. + +Ou je viendrai vous prendre a Civita-Vecchia, ou je vous enverrai des +fregates pour vous escorter et vous conduire a l'endroit ou il sera +necessaire. + +Tachez de vous procurer a Rome deux ou trois mille fusils; faites-les +transporter a Civita-Vecchia; embarquez-les sur votre convoi, ou, si +cela vous encombre et exige de nouveaux moyens de transport, nous l'es +ferons venir apres. + +Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il leur faut pour +commencer l'operation. On leur soldera tous les mois le nolis de leurs +batimens. + +Specifiez qui doit nourrir les equipages, et que, dans tous les cas, +leur subsistance leur soit assuree pour deux mois. + +Le contre-amiral Brueys est arrive a Toulon; la, a Marseille et a Genes, +les affaires vont parfaitement. + +Je compte partir de Paris le 26 de ce mois. + +Si vous envoyez des courriers, il sera necessaire qu'ils s'adressent, a +Lyon, au general Lannes, ou, dans le cas qu'il n'y soit plus, au general +commandant, qui saura seul si je suis passe, afin de se diriger sur +Toulon ou sur Paris. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798). + +_Au citoyen Monge._ + +J'ai recu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. Desaix doit etre +arrive. Je vous prie de lui remettre la lettre ci-jointe. Je ne compte +que sur vous et sur lui pour l'embarquement de Civita-Vecchia. J'ai +envoye d'ici de l'argent, afin de vous decharger entierement de +l'embarquement a Genes. + +Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur vous, dusse-je +remonter le Tibre avec l'escadre pour vous prendre. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au meme._ + +J'apprends a l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je vous ecris +deux mots: j'ai recu votre lettre du 8. J'ai appris avec plaisir que +l'embarquement de Civita-Vecchia avancait. + +J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, a Toulon, a une +fregate armee en flute, de se tendre a Civita-Vecchia; elle pourra +embarquer quatre cents hommes et servira a embarquer Desaix, auquel vous +direz de m'envoyer un courrier extraordinaire pour m'instruire de sa +position au 1er floreal. + +Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens de +toute espece. Je vous recommande specialement l'imprimerie arabe de la +Propagande. + +Si Faypoult voulait etre des notres, il pourrait nous etre bien utile +la-bas. Les choses sont ici assez tranquilles. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_A la commission chargee de l'inspection des cotes de la Mediterranee._ + +Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du courrier, 1 deg.. +l'etat des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et de leurs equipages +qui se trouvent en rade et prets a partir au 1er floreal, avec le nombre +d'hommes que chacun peut porter; + +2 deg.. Les batimens de guerre armes en flute, le nombre d'hommes, +d'equipages, et la quantite de monde que chacun peut embarquer; + +3 deg.. L'etat de l'artillerie, ou embarquee, ou qui pourra etre embarquee +pour le 1er floreal; + +4 deg.. La situation des vivres et des approvisionnemens pour la troupe de +passage, pendant deux mois, qui se trouvera embarquee au 1er floreal; + +5 deg.. La quantite d'eau que chaque batiment aura a bord au 1er floreal; + +6 deg.. Le transport, avec le nombre d'equipages, le nombre d'hommes que +chacun doit porter, qui seront prets a partir au 1er. floreal, tant a +Marseille qu'a Toulon, et la quantite de vivres et d'eau que chacun aura +a bord; + +7 deg.. Le nom des officiers de genie, d'artillerie, commissaires des +guerres, generaux, troupes d'artillerie, demi-brigades qui seront +arrives a Marseille ou a Toulon, au jour ou ledit etat sera fait, ainsi +que les sommes qui seront dues a ces differens corps. + +Le courrier part aujourd'hui 16 a dix heures du soir; il arrivera le 20, +avant minuit, a Toulon. Je vous prie de le faire partir dans la journee +du 21, afin qu'il soit de retour, au plus tard, le 25. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +La division du general Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque a Genes, ne +se monte pas a plus de six mille hommes, et cependant le convoi compose +de soixante-six batimens, dont vous m'avez envoye l'etat, porte de douze +a treize mille tonneaux. Un batiment peut porter un homme par tonneau, +sans aucune espece d'inconvenient. Je vous prie de faire l'essai et de +vous assurer du nombre d'hommes que chaque batiment peut porter: car si +c'est un inconvenient de trop resserrer les hommes, c'en serait un aussi +de trop les diviser et d'employer plus de transports qu'il ne faut. Je +m'en rapporte la-dessus a votre experience. + +S'il arrivait que ces batimens ne pussent pas porter davantage d'hommes, +mais pussent porter davantage d'artillerie, je vous prierais d'y faire +embarquer, sans augmenter le convoi, un second million de cartouches, +et jusqu'a la concurrence de dix mortiers de 12 pouces, dix _id._ de 8 +pouces, dix pieces de 24, approvisionnes tous a cinq cents coups, avec +double affut. + +Vous ne manquez pas a Genes de ces differens objets d'artillerie, qui, +en tout cas, seraient bien vite arrives de Tortone. Vous aurez soin de +m'instruire de ce que vous pourrez faire la-dessus, et d'en envoyer +l'etat circonstancie au general Dommartin. Ce que vous embarquerez de +ces objets diminuera d'autant l'embarquement que nous sommes obliges de +faire de notre equipage de siege. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_A la commission chargee de inspection des cotes de la Mediterranee._ + +La tresorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent qui vous +est destine: vous devez n'avoir aucune inquietude sur cet objet, et +pousser vos travaux avec la plus grande activite. Il est indispensable +que l'escadre du contre-amiral Brueys et celle qui est en rade avec tous +les transports soient pretes a partir au 1er floreal. + +La fregate armee en flute recoit l'ordre, par le courrier, de se rendre +a Civita-Vecchia, pour embarquer du monde dans ce port. Il est urgent +qu'elle parte le plus promptement possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au general Dommartin._ + +Je vois avec peine, citoyen general, que tous les preparatifs que vous +faites, pour vous procurer de l'artillerie, traineront en longueur. +Voyez a prendre a Toulon, Antibes, Marseille et Nice, ce qui vous serait +necessaire. Il y a, a Nice, toutes les pieces de 24 que vous pourrez +desirer. Il y a sur la cote de la Mediterranee plus de soixante mortiers +a la Gomere. Il faut etre pret a partir dans les premiers jours de +floreal: vous sentez bien que les bombes que vous faites faire dans les +foyers du Forez, ne peuvent etre pretes pour cette epoque. + +Faites-moi connaitre par le retour de mon courrier, dans le plus grand +detail, dans quelle situation vous vous trouverez au moment ou vous +m'ecrirez, quelles sont les pieces ou autres effets qui sont embarques, +et ou se trouvent les objets qui ne le sont pas. + +J'ai ecrit au general Lannes pour qu'il ait a activer, de Lyon et +Grenoble, les demandes que vous avez faites. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Vous avez ordonne, citoyen ministre, il y a un mois, a l'ordonnateur +Najac d'armer en flute une vieille fregate pour servir au transport des +troupes: je vous prie de faire donner l'ordre a cette fregate de se +rendre a Civita-Vecchia, ou elle servira a embarquer une partie des +troupes qui ont ordre de s'y embarquer. Elle servira en meme temps pour +l'escorte du convoi. Elle embarquera le general qui commande cette +expedition, duquel elle recevra des ordres pour toute la destination +du convoi. Il serait necessaire que cette fregate partit le plus tot +possible. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au Ministre de la guerre._ + +Il serait necessaire, citoyen ministre, d'avoir a Toulon vingt mille +fusils pour l'operation qu'y a commandee le gouvernement. Comme il n'y +en a pas dans cette place, ni a Marseille, je vous prie de les faire +partir le plus tot possible de Lyon ou de Saint-Etienne. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798). + +_Au general Brune._ + +Je vous prie, general, de faire partir, par un courrier extraordinaire, +la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. Je desirerais que +le citoyen Belleville fit embarquer a Genes dix pieces de 2, vingt +mortiers, a cinq cents coups par piece, si les batimens du convoi y +peuvent suffire. + +Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou meme de Genes, les +effets d'artillerie dont il peut avoir besoin. + +Je vous recommande, mon cher general, d'accelerer de tous vos +moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne faudrait pas que cet +embarquement retardat nos operations. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous ecrit la tresorerie, +avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit mille piastres; +sous trois jours je vous enverrai le reste, jusqu'au complement de +600,000 fr. + +Je vous ai ecrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour de mon +courrier, de m'instruire dans le plus grand detail de la situation dans +laquelle vous vous trouverez au 1er. floreal, et de me l'expedier de +suite. Je lui donne l'ordre de ne pas rester plus de vingt-quatre heures +a Genes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798). + +_Au general Berthier._ + +Je n'ai pas encore recu de vos nouvelles, mon cher general; mais les +dernieres nouvelles que j'ai recues de Monge, le 8 germinal, etaient +assez satisfaisantes. + +Le general de division ne peut embarquer que trois chevaux, le general +de brigade, deux, et les deux autres officiers qui ont droit a des +chevaux, un. Il faut tenir la main a l'execution du dit ordre. + +Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie et cent +chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer les cent meilleurs chevaux du +septieme regiment de hussards, ayant soin de les donner tous a un meme +escadron, et tenir la main a ce que, sous ce pretexte, les officiers +de cavalerie ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au +commencement du debarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie a +mettre a terre. + +Les chevaux restans du septieme regiment de hussards et du vingtieme +de dragons, seront donnes aux autres corps de cavalerie de l'armee; en +embarquant le harnachement, vous aurez soin que, sous quelque pretexte +que ce soit, il ne reste aucun homme du septieme et du vingtieme en +Italie. Faites completer la musique de vos differentes demi-brigades. +Donnez-en une a la vingt-unieme d'infanterie legere, s'il n'y en a pas. + +Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela etait, vous +pourriez vous en faire donner dans les corps qui restent a Rome. + +Faites donner un drapeau a chaque bataillon de la vingt-unieme +d'infanterie legere. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers +d'infanterie legere soient armes de fusils, ainsi que les sous-officiers +de ligne. Faites armer de fusils les canonniers. + +J'avais ordonne, dans le temps, que chaque corps eut un certain nombre +de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous que cet ordre +est execute. + +_La Courageuse_, fregate armee en flute, qui peut porter six cents +hommes, doit etre partie de Toulon, pour se rendre a Civita-Vecchia. +Cela servira a vous embarquer. + +Tout etant pret a Toulon, Marseille et Genes, je compte partir dans six +jours. J'y serai dans les premiers jours de floreal. Envoyez-moi un +courrier pour Lyon. Il s'informera chez le general commandant ou je +suis. + +Je desirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite ligne a +Toulon, qui me fit connaitre la situation dans laquelle vous vous +trouverez au 1er floreal, pour que je vous envoie des ordres en +consequence. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798). + +_Au general Brune._ + +Il etait reste en Italie, citoyen general, vingt-cinq hommes de mes +guides a cheval, soit aux hopitaux, soit en detachement avec le general +Berthier; je vous prie de leur donner l'ordre de se rendre a Genes, ou +ils s'embarqueront avec le general Baraguey-d'Hilliers. + +Je vous prie aussi de faire partir pour Genes tous les hommes qui +resteraient des demi-brigades suivantes: deuxieme d'infanterie legere, +vingt-deuxieme _id._; dix-huitieme, vingt-cinquieme, trente-deuxieme, +soixante-quinzieme, neuvieme, quatre-vingt-cinquieme, treizieme, +soixante-neuvieme de ligne; quatorzieme, quinzieme, dix-huitieme +regimens de dragons; vingt-deuxieme de chasseurs. + +Et de faire rendre a Civita-Vecchia ceux des vingt-unieme d'infanterie +legere, soixante-unieme, quatre-vingt-huitieme de ligne; septieme +regiment de hussards, vingtieme _idem_ de dragons. + +Ces hommes s'embarqueront a la suite des divisions qui s'embarquent a +Genes et a Civita-Vecchia; et quand meme ces divisions seraient parties, +leurs depots resteront a Genes et a Civita-Vecchia, de maniere que +lorsqu'il y aura cent hommes reunis, on pourra les faire partir pour +rejoindre au lieu ou se rend ledit embarquement. + +Les quatorzieme et dix-huitieme de dragons et le septieme de hussards +laissent leurs chevaux sans hommes a Genes et a Civita-Vecchia. Envoyer +des detachemens des differens corps de cavalerie qui ont le plus +d'hommes a pied. Vous trouverez dans les regimens de dragons, des +chevaux qui pourront remonter votre grosse cavalerie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798) + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +J'imagine, citoyen general, qu'a l'heure qu'il est, l'embarquement de +Genes doit etre pret. + +J'avais ecrit au general Berthier, en date du 25 ventose, pour qu'il +fit preparer des batimens capables de porter cent cinquante chevaux, +independamment de ceux des etats-majors. + +Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie et cent +des meilleurs chevaux du quatorzieme de dragons. Vous aurez surtout bien +soin que ces chevaux montent les hommes d'un meme escadron, et que les +officiers de cavalerie n'en profitent point pour faire passer leurs +chevaux, de maniere qu'au moment du debarquement, vous ayez un escadron +tout monte pour votre service. + +Vous ferez preparer en outre des batimens pour porter les chevaux de +l'etat-major, si vous ne croyez pas plus convenable de les embarquer +dans les memes batimens ou s'embarquent les officiers. Au reste, ce ne +doit pas etre un objet, puisque je ne calcule pas que cela puisse passer +vingt ou vingt-cinq chevaux. + +Les chevaux restans des quatorzieme et dix-huitieme de dragons seront +donnes a des detachemens de differens regimens qui sont en Italie, +auxquels ils seront distribues; bien entendu que vous aurez soin de +faire embarquer les selles et tout le harnachement. + +Vous aurez soin que le quatorzieme et le dix-huitieme de dragons ne +laissent aucun homme en Italie, et que tout soit embarque. Faites +completter la musique de vos differentes demi-brigades. Donnez-en une a +la vingt-deuxieme d'infanterie legere, si elle n'en a pas. + +Donnez trois drapeaux a la vingt-deuxieme d'infanterie legere. Ayez soin +que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie legere aient des +fusils, ainsi que les sous-officiers des demi-brigades de bataille. +Faites donner a l'artillerie a pied des fusils. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798). + +_Au general Regnier._ + +Le general de division Regnier se rendra a Lyon; il y verra le general +de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, qui ont +ete demandes par le general Dommartin, sont partis de Lyon. + +Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des transports, +pour activer le depart des objets demandes. + +Il m'ecrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce qu'il aura fait. + +Il se rendra a Grenoble pour activer egalement le depart des objets +d'artillerie qui auraient ete demandes par le general Dommartin. + +Arrive a Avignon, il fera faire toutes les dispositions necessaires pour +que tous les objets d'artillerie qui arriveraient dans cette ville, +soient sur-le-champ mis en route pour Toulon. + +Avant de partir pour Paris, il verra le general Dufalga, pour avoir de +lui la note de tous les effets qui sont partis ou doivent partir de +Paris, et le jour ou ils passent a Lyon ou a Avignon. + +Il previendra les directeurs des transports de ces deux villes, afin que +ces objets n'eprouvent aucun retard. + +De la il se rendra a Marseille, ou il attendra de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798). + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 11, avec les etats qui y +etaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville le restant +des sommes pour completter 800,000 fr., y compris le premier envoi de +200,000 fr. + +Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille hommes, c'est +trop. Dans les embarquemens que nous faisons a Toulon et a Brest, l'on +ne compte qu'un tonneau par homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore +trop cher: nous ne payons que la moitie sur l'Ocean et a Marseille. +Une decade d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera paye lors de +l'arrivee. + +Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens me +paraissent aussi trop cher. + +Pourvu que le pret soit paye a jour, a l'instant qu'on s'embarque, l'on +pourra se passer de deux mois d'avance. + +Il resulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touches doivent faire +votre embarquement, puisque vous en portez la valeur a 1,500,000 fr., +et que vous y comprenez 260,000 fr. pour deux mois de pret d'avance, +400,000 fr. pour le nolis de deux mois; en tout 660,000 fr. +d'economises. + +Il sera facile d'economiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. S'il vous est +possible d'avoir deux decades de pret au moment de votre embarquement, +ce sera un grand bien. S'il reste une queue de 100,000 fr. a devoir aux +fournisseurs, cela serait paye a Paris. + +J'espere donc qu'au 1er floreal vous serez pret a partir. Dans quatre +jours, je vous expedierai un courrier, avec l'ordre, qui devra etre +execute, quelle que soit la position ou vous vous trouverez. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798) + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la tresorerie nationale +avec des lettres de change pour 20,000 piastres. Ainsi, voila 800,000 +fr. que vous avez recus pour l'embarquement. Cela doit vous suffire: +d'ailleurs les diamans que vous vendez vous mettront peut-etre a meme de +pouvoir prendre 200,000 fr., s'il est necessaire, et enfin s'il y avait +un reste de compte de 100,000 francs du aux fournisseurs, cela serait +paye a Paris. + +Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le depart du convoi: il faut +que tout soit pret a partir le 1er floreal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798). + +_Au general Lannes._ + +J'ai recu, citoyen general, la lettre que m'a remise votre aide-de-camp. +3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce mois, de Berne pour Lyon. +Vous trouverez ci-joint l'ordre de la tresorerie a son payeur de Lyon, +de les faire passer sur-le-champ a Toulon. + +Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhone; vous vous rendrez avec lui +a Avignon, d'ou vous le ferez partir en toute diligence, de Lyon pour +Toulon. Vous m'instruirez du jour de votre depart de Lyon, et des +differentes especes qui composent le convoi de 3,000,000. + +Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous aurez pris toutes +les mesures necessaires pour la surete de son transport, vous vous +rendrez a Marseille, ou vous attendrez de nouveaux ordres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre des finances._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la tresorerie +nationale un controleur aupres du payeur de la commission de la +Mediterranee. Je vous recommanderai, pour cette place, le citoyen +Poussielgue, qui est actuellement a Paris, et qui a ete long-temps +employe dans votre ministere. + +Je desirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez mettre, cette +decade, a la disposition de la commission de la Mediterranee, vous +fissiez remettre, a Paris, au general Dufalga, commandant le genie de +l'armement de la Mediterranee, 500,000 fr. pour depenses de ce corps, +instrumens, etc.; et 100,000 fr. a ma disposition a toucher a Paris. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre des relations etrangeres._ + +Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner l'ordre +au citoyen Magallou, consul de la republique au Caire, de partir +sur-le-champ pour se rendre le 3 floreal a Marseille, ou il recevra de +nouveaux ordres. + +Ce consul reclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre departement, +dont les comptes ne sont pas encore apures. Je desirerais que vous lui +fissiez donner un a-compte de moitie. + +Je vous prie de donner egalement l'ordre au citoyen Venture de partir +sur-le-champ pour Toulon, ou il recevra de nouveaux ordres. Je +desirerais que vous lui fissiez donner les frais de poste, et que vous +lui assurassiez la place qu'il a dans votre departement, en faisant +toucher a sa famille les appointemens qu'il a. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798). + +_Au ministre de la marine._ + +Je desirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez a une de nos +bonnes fregates de partir de Toulon pour se rendre a Genes, et prendre +sous son escorte le convoi qui est pret a partir de cette ville. Elle +prendra a son bord le general de division qui commande le convoi, de qui +elle recevra des ordres pour sa destination. + +Je vous prie egalement de donner l'ordre pour qu'on fasse partir pour +Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros batimens de transport qui sont a +Toulon, pour embarquer les troupes qui doivent partir d'Ajaccio. Ils +y attendront de nouveaux ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte +d'une corvette. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +Le directoire executif, citoyen general, voulant recompenser les +services que vous lui avez rendus dans la Mediterranee, ou vous naviguez +depuis quinze mois, vous a nomme au grade de vice-amiral. Vous recevrez +incessamment votre nomination ainsi que votre brevet. + +Une fregate recoit ordre de partir pour Genes, pour escorter le convoi +qui doit partir de cette ville; il est necessaire qu'elle soit commandee +par un homme de tete. + +Les chefs de division Decres et Thevenard doivent etre arrives. Le +citoyen Ganteaume et deux autres officiers de marine partent apres +demain de Paris. Nous organiserons l'escadre avant de partir, de maniere +a ce qu'elle puisse etre digne de la grande mission qu'elle va remplir. + +Je ne doute pas que, grace a votre activite, tout ne soit pret a partir +dans les premiers jours de floreal. J'imagine qu'a l'heure qu'il est +vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau a bord, et qu'il n'y a plus +qu'a y mettre les hommes. + +Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes et +d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les corvettes et tous +les avisos qui etaient de l'armee d'Italie et sous vos ordres, sont dans +ce moment a Livourne ou a Genes. Envoyez par la fregate qui part l'ordre +a tous ceux qui sont a Genes, de partir pour escorter le convoi, a tous +ceux qui sont a Livourne ou ailleurs, de se rendre a Civita-Vecchia, ou +ils seront sous les ordres de la fregate qui s'y rendra de Toulon, et +serviront a escorter le convoi. + +Faites rallier a Toulon toutes les corvettes qui seraient disseminees +dans nos differens ports. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798). + +_Note remise au directoire._ + +Dans notre position, nous devons faire a l'Angleterre une guerre sure, +et nous le pouvons. + +Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante ou cinquante +millions pour reorganiser notre marine. + +Notre armee de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au lieu que la +guerre oblige l'Angleterre a faire des preparatifs immenses qui ruinent +ses finances, detruisent l'esprit de commerce et changent absolument la +constitution et les moeurs de ce peuple. + +Nous devons employer tout l'ete a armer notre escadre de Brest, a faire +exercer nos matelots dans la rade, a achever les vaisseaux qui sont en +construction a Rochefort, a Lorient et a Brest. + +Si l'on met quelque activite dans ces travaux, nous pouvons esperer +d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux a Brest, y compris +les quatre ou cinq nouveaux que l'on peut construire a Lorient et a +Rochefort. + +Nous aurons, vers la fin du mois, dans les differens ports de la +Manche, pres de deux cents chaloupes canonnieres. Il faut les placer a +Cherbourg, au Havre, a Boulogne, a Dunkerque et a Ostende, et employer +tout l'ete a emmariner nos soldats. + +En continuant a donner a la commission des cotes de la Manche 300,000 +fr. par decade, nous pouvons faire construire deux cents autres +chaloupes d'une dimension plus forte et propre a transporter des +chevaux. + +Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents chaloupes +canonnieres a Boulogne, et trente-cinq vaisseaux de guerre a Brest. + +Les Hollandais peuvent egalement avoir dans cet intervalle douze +vaisseaux de guerre au Texel. + +Nous avons dans la Mediterranee deux especes de vaisseaux: + +Douze vaisseaux de construction francaise qui peuvent, d'ici au mois de +septembre, etre augmentes de deux nouveaux; + +Neuf vaisseaux de construction venitienne. + +Il serait possible, apres l'expedition, que le gouvernement projetat +dans la Mediterranee de faire passer les quatorze vaisseaux a Brest et +de garder dans la Mediterranee, simplement les neuf vaisseaux venitiens; +ce qui nous ferait, dans le courant des mois d'octobre ou de novembre, +cinquante vaisseaux de guerre francais a Brest, et presque autant de +fregates. + +Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes sur le +point de l'Angleterre que l'on voudrait, en evitant meme un combat +naval, si l'ennemi etait plus fort, dans le temps que quarante mille +hommes menaceraient de partir sur les quatre cents chaloupes canonnieres +et autant de bateaux pecheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise +et dix mille hommes de transport menaceraient de se porter en Ecosse. + +L'invasion en Angleterre, executee de cette maniere, et dans les mois de +novembre et de decembre, serait presque certaine. + +L'Angleterre s'epuiserait par un effort immense et qui ne la garantirait +pas de notre invasion. + +En effet, l'expedition dans l'Orient obligera l'ennemi a envoyer six +vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-etre le double de +fregates a l'embouchure de la mer Rouge. Elle serait obligee d'avoir de +vingt-deux a vingt-cinq vaisseaux a l'embouchure de la Mediterranee, +soixante vaisseaux devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait +un total de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle +a aujourd'hui en Amerique et aux Indes, sans compter dix ou douze +vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de fregates, qu'elle +serait obligee d'avoir pour s'opposer a l'invasion de Boulogne. + +Nous nous conserverions toujours maitres de la Mediterranee, puisque +nous y aurions neuf vaisseaux de construction venitienne. + +Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans cette mer; ce +serait de faire ceder par l'Espagne trois vaisseaux de guerre et trois +fregates a la republique ligurienne: cette republique ne peut plus etre +aujourd'hui qu'un departement de la France. Elle a plus de vingt mille +excellens marins. + +Il est d'une tres-bonne politique de la part de la France de favoriser +et d'exiger meme que la republique ligurienne ait quelques vaisseaux de +guerre. + +Si l'on prevoit des difficultes a ce que l'Espagne cede a nous ou a la +republique ligurienne trois vaisseaux de guerre, je croirais utile que +nous-memes nous rendissions a la republique ligurienne trois des neuf +vaisseaux que nous avons pris aux Venitiens, et que nous exigeassions +qu'ils en construisissent trois autres. C'est une bonne escadre, montee +par de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnee. Avec l'argent +que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire a Toulon trois bons +vaisseaux de notre construction, car les vaisseaux de construction +venitienne exigent autant de matelots qu'un bon vaisseau de 74; et des +matelots, voila notre partie faible. + +Dans les evenemens futurs qui peuvent arriver, il nous est extremement +avantageux que les trois republiques d'Italie qui doivent balancer les +forces du roi de Naples et du grand-duc de Toscane, aient une marine +plus forte que celle du roi de Naples. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798). + +_Au directoire executif._ + +Je ne mene avec moi, citoyens directeurs, dans l'expedition de la +Mediterranee, que deux mille cinq cents hommes de cavalerie sans +chevaux. Cela fait donc deux mille cinq cents chevaux qui seront +distribues aux autres regimens de cavalerie de la republique. + +Mais, dans le pays ou nous allons, on peut compter facilement sur dix ou +douze mille tres-bons chevaux. + +Je crois donc qu'il serait necessaire de faire embarquer quatre ou cinq +regimens de cavalerie sans chevaux, et remonter avec les chevaux desdits +regimens les hommes que nous avons a pied dans les differens depots. + +Je desirerais que le gouvernement ordonnat au premier regiment de +cavalerie de se rendre a Genes pour y etre embarque avec ses selles et +sans chevaux; au vingt-quatrieme regiment de chasseurs, de s'embarquer a +Civita-Vecchia avec ses selles et sans chevaux; au onzieme de hussards, +de se rendre a Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans chevaux; +aux deux regimens de chasseurs qui ont le plus d'hommes a pied, de se +rendre a Toulon pour s'y embarquer. + +Faire distribuer les chevaux: 1 deg.. du vingt-quatrieme regiment de +chasseurs, du neuvieme d'hussards, du vingtieme de dragons, qui +s'embarquent a Civita-Vecchia; 2 deg.. du quatorzieme de dragons, du +premier de cavalerie, de deux escadrons du dix-huitieme de dragons qui +s'embarquent a Genes, ces six regimens faisant ensemble a peu pres +dix-huit cents chevaux; aux cinquieme et onzieme regimens de cavalerie, +premier d'hussards, quinzieme, dix-neuvieme, vingt-cinquieme regimens de +chasseurs; et comme ces regimens n'ont pas plus de douze cents hommes a +pied, il serait necessaire d'envoyer en Italie des regimens de chasseurs +et d'hussards de ceux qui ont le plus d'hommes a pied. Cela servirait +d'ailleurs a renouveler les regimens qui sont en Italie depuis +long-temps et qui s'ennuient d'y etre. + +Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxieme regiment de +chasseurs, des deux escadrons du dix-huitieme de dragons, du troisieme +et quinzieme de dragons, du onzieme d'hussards, formant seize cents +chevaux, et de deux regimens de chasseurs que je demande, aux regimens +de la republique qui en ont le plus besoin, et des-lors envoyer dans la +huitieme division des detachemens d'hommes a pied des regimens auxquels +on veut les donner, pour les prendre. + +Je crois qu'il serait necessaire d'envoyer en Italie un officier general +inspecteur de cavalerie, uniquement charge de la distribution desdits +chevaux, afin qu'il n'y ait point de perte pour la republique. + +Je crois qu'il serait egalement necessaire d'en envoyer un dans la +huitieme division, uniquement charge de la meme operation: sans quoi, je +prevois que les trois quarts des chevaux seront dilapides. + +En prenant toutes ces precautions, nous nous trouverons avoir tres-peu +d'hommes a pied, a nos depots. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798). + +_Au directoire executif._ + +J'ai recu, citoyen president, le dernier arrete que le directoire a +pris, relatif a l'armement de la Mediterranee. + +Je desirerais: + +1 deg.. Une lettre du directoire qui autorisat le citoyen Monge, commissaire +du gouvernement a Rome, a s'embarquer avec le general Desaix, comme +savant attache a l'expedition. + +2 deg.. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a ete longtemps employe aupres +de Tippoo Sultan, en qualite d'agent du roi. On essaierait de le faire +passer aux Indes pour renouveler nos intelligences dans ce pays. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798). + +_Au directoire executif._ + +Le general d'artillerie Andreossi, citoyen president, qui etait +directeur de l'equipage des ponts de l'armee d'Italie, serait necessaire +a l'expedition de la Mediterranee. Il est, dans ce moment, employe dans +la commission des cotes de l'Ocean. Vous pourriez le remplacer dans +cette commission par un autre general du genie ou d'artillerie, soit par +le general Debelle, soit par le general Dulanloy, soit par les generaux +Marescot ou Sorbier. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au general Lannes._ + +D'apres les renseignemens que j'ai recus de Berne, citoyen general, les +3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de ce mois a Lyon. Il est +indispensable qu'ils ne s'y arretent que douze heures, pour en faire la +verification, et que vous ne vous couchiez pas qu'ils ne soient partis. + +Des l'instant que les 3,000,000 seront arrives, vous m'en expedierez la +nouvelle par un courrier extraordinaire. + +Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne en toute +diligence, faites preparer des bateaux en toute diligence pour le +transport. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_A la commission chargee de l'armement de la Mediterranee._ + +Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrives hier, et mon courrier, +Lesimple, est arrive ce matin. + +Les differens etats de situation que vous m'avez envoyes sont +satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres pour +l'embarquement. + +Vous ne devez avoir aucune inquietude pour l'argent, les dispositions +sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive dix millions dans les +caisses du payeur de la marine a Toulon: 2,500,000 fr. existans dans la +caisse, du 20 ventose; 683,000 fr. qu'il a du recevoir depuis, dont les +ordres etaient envoyes par la tresorerie precedemment a cette epoque; +655,000 fr. que la tresorerie a fait des dispositions, au 29 ventose, +pour faire passer a Toulon. + +Le 5 germinal, on a envoye des ordres pour faire passer 941,525 fr. + +Le 15 germinal, 670,000 fr. + +Le 25 germinal, 1,050,000 fr. + +La tresorerie a donne des ordres pour que 3,000,000 se rendissent a +Toulon; ils doivent etre arrives dans cette ville, a l'heure qu'il est. + +Vous ne devez donc avoir aucune espece d'inquietude; vous voyez que les +200,000 fr. qui sont necessaires a la solde de l'amiral Brueys; + +Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, germinal et +floreal; + +Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et 1,500,000 fr. +pour les depenses extraordinaires de l'ordonnateur, et specialement +les deux mois d'avance aux matelots; Les 600,000 fr. pour la solde des +troupes de terre, et 600,000 pour la Corse, sont assures. + +Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez aucune +inquietude. + +Je viens moi-meme de me rendre a la tresorerie avec le ministre des +finances, et j'ai verifie que tous ces fonds sont en pleine marche pour +Toulon. + +Faites connaitre la presente lettre a l'ordonnateur Najac, dont les +services et le zele sont apprecies par le gouvernement. + +Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la caisse d'Esteve, +soit dans celle du payeur de la marine, doivent etre employes a lever +tous les obstacles qui s'opposeraient a vos approvisionnemens. + +Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront soldes avant le +depart et a l'instant ou les trois millions de Berne seront arrives; ce +qui sera avant le 5 floreal. + +Il faut que le general Dommartin fasse embarquer sur-le-champ son +artillerie, de maniere qu'au 5 floreal, il n'y ait plus aucun chariot a +embarquer. + +Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; qu'il fasse +embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et les fasse distribuer +par chaque vaisseau de guerre. + +Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se tenir pret +a partir. + +Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au 15 floreal; +qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, et que l'on prenne +toutes les mesures pour qu'il soit pret le 6. + +Si l'on n'a pas tout le biscuit necessaire, et que l'on ne puisse pas se +le procurer, l'on embarquera de la farine pour l'equivalent. + +Si tous les batimens pour les chevaux ne sont pas prets a partir, il +suffit d'en avoir pour cent cinquante, a Marseille, et l'on continuera +toujours pour les autres qui viendront apres. + +Vous ferez prevenir les generaux commandans a Marseille et a Toulon de +se tenir prets a s'embarquer le 5 floreal. + +Vous enverrez l'ordre par un courrier a Nice et a Antibes, pour que tous +les batimens que vous y avez fait preparer se rendent sur-le-champ a +Toulon, ou il serait a desirer qu'ils fussent arrives avant le 5 ou le 6 +floreal. + +Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, de faire +embarquer a Marseille et a Toulon, le 5 floreal, et de se trouver pret a +partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. Tout ce qui ne sera pas pret +sera l'objet d'un second convoi. + +Je vous promets qu'avant cette epoque, tout l'argent ci-dessus designe +sera en caisse a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +J'ai recu, citoyen general, les differentes lettres que vous m'avez +ecrites. + +Le gouvernement a une entiere confiance en vous, et ce ne seront pas +quelques tetes folles, payees peut-etre par nos ennemis pour semer le +trouble dans nos escadres et nos armees, qui pourront le faire changer +d'opinion. Maintenez une severe discipline. + +Dans la premiere decade de floreal, je serai a votre bord. Faites-moi +preparer un bon lit comme pour un homme qui sera malade toute la +traversee. + +Le general Berthier, chef de l'etat-major; le general Dufalga, +commandant du genie; le general Dommartin, commandant l'artillerie; +le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur de la marine Leroy; le +payeur general de l'armee (Esteve); le medecin et le chirurgien en chef +(Desgenettes et Larrey) seront a votre bord. + +J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp. + +Berthier aura deux ou trois adjudans-generaux et cinq ou six adjoints a +l'etat-major. + +Faites de bonnes provisions. + +Faites mettre a l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant de partir les +matelots seront satisfaits. + +Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit pret a lever l'ancre +le 8 floreal. + +J'imagine que vous avez des avisos au detroit de Gibraltar et aux iles +Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en sur-le-champ, avec +ordre de venir vous instruire de ce qu'il y aurait de nouveau aux iles +Saint-Pierre; ou ils apprendront si vous etes passe, et dans le cas ou +vous ne le seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important a +vous faire connaitre, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le cas ou +vous ne seriez pas arrive, ils feront route sur Toulon. Si vous etiez +passe aux iles Saint-Pierre, ils trouveront la des nouvelles de la route +qu'ils devront faire pour vous trouver. + +Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. Je crois +qu'une douzaine ne serait pas trop. + +Comme vous etes le seul auquel, j'ai ecrit que je dois me rendre a +Toulon, il est inutile de le dire. + +Je crois indispensable que nous montions _l'Orient_, qui est le vaisseau +a trois ponts. Vous donnerez vos ordres en consequence. + +J'ecris a l'ordonnateur de faire entrer dans la grande rade les treize +batimens de guerre, les fregates et les avisos, et de les mettre sous +votre commandement immediat. + +Je lui donne l'ordre egalement de faire mettre le vaisseau _l'Orient_ +en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et d'y mettre pour +garnison tous ceux des hommes de la sixieme demi-brigade que vous avez +amenes de Corfou. + +Vous repartirez sur le vaisseau _l'Orient_ une partie de l'equipage du +_Guillaume Tell_ ou des autres vaisseaux. + +Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit pas le +plus mal equipage. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Je vous fais passer un arrete du directoire, que vous ne devez +communiquer a personne. + +Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre heures, +differens ordres pour l'organisation de l'escadre. Je vous le repete, il +faut que tout soit pret a partir du 6 au 7 floreal. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798). + +_Au commissaire ordonnateur Najac._ + +Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrete du directoire executif; +le general Brueys seul en a connaissance. Vous devez garder le plus +grand secret. Repandez le bruit que le ministre de la marine va se +rendre a Toulon, et faites en consequence preparer un logement qui sera +pour moi. + +Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'etat est ci-joint, se +rendent sur-le-champ dans la grande rade, ou ils seront sous les ordres +immediats du general Brueys. + +Mettez le vaisseau _l'Orient_ en quarantaine, afin que le vice-amiral +Brueys puisse le monter de suite. + +Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les repartir sur les autres +batimens. + +Prenez vos mesures pour que les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_ +soient armes en flutes, et que les fregates _la Muiron, la Carrere, la +Leoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible_ soient egalement armees +en flutes. + +Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que sur les +vaisseaux armes en flutes, les vivres, savoir: + +Trois mois pour les equipages. + +Deux mois pour les hommes de passage. + +Deux mois d'eau pour tout le monde. + +Un mois d'eau suffira pour les fregates armees en flutes, s'il n'est pas +possible de faire autrement. + +Tachez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, a Toulon, trois ou +quatre cents chevaux. + +Je vous recommande specialement, citoyen ordonnateur, d'employer tous +vos soins pour que l'escadre soit prete a partir et a lever l'ancre le 6 +ou le 7 floreal. + +La flotte qui va partir de Toulon est due au zele que vous avez montre +dans toutes les circonstances. Je renouvellerai votre connaissance avec +un plaisir particulier, et je me ferai un devoir de faire connaitre au +gouvernement les obligations que l'on vous a. + +Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floreal vous aurez recu cinq +ou six millions. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.) + +_Au general Dufalga._ + +Vous voudrez bien, general, donner l'ordre a tous les savans, ouvriers, +artistes, et officiers du genie, de partir le plus tot possible pour +se rendre a Lyon, ou il est indispensable qu'ils soient arrives le 4 +floreal. + +Vous vous adresserez au general Berthier, chef de l'etat-major de +l'armee d'Angleterre, qui vous donnera des passeports pour chacun d'eux. +Vous partirez vous-meme, de maniere a etre arrive a Lyon avant cette +epoque. + +Vous ferez partir sur-le-champ un officier de genie, qui louera une +diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait pas, il louera un +bateau, afin de faciliter l'arrivee de toutes ces personnes a Avignon. + +Vous leur donnerez a Lyon un rendez-vous, soit chez vous, soit chez +l'officier de genie que vous y enverrez, ou ils trouveront leurs ordres +pour se rendre a Toulon. Il est indispensable qu'ils soient arrives le 8 +au soir. + +Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur ecrirez, qu'ils +doivent se preparer a faire le voyage de Rome. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738). + +_Aux commissaires de la tresorerie nationale._ + +Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la promesse que +vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de change sur vous ou vos +payeurs. J'aurai soin de les employer de maniere a ce qu'elles nous +valent de l'argent. Je charge le citoyen Poussielgue, votre controleur +aupres de la commission de la Mediterranee, de prendre lesdites lettres +de change que je desire avoir le 1er. floreal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au general Brune._ + +Je vous fais passer, citoyen general, un arrete du directoire executif. + +J'envoie, par le meme courrier, des ordres pour leur depart aux generaux +de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix. + +Je vous recommande la formation des depots pour les hommes qui +rentreront apres notre depart, et de les faire rejoindre a mesure, des +l'instant qu'on connaitra la destination. + +Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin de rejoindre +en poste la demi-brigade a Toulon, et au chef de bataillon Dupas de +se rendre a Genes, ou il sera sous les ordres du general +Baraguey-d'Hilliers. + +Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, je vous +enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de faire en sorte +qu'il y ait deux bons commissaires des guerres a la division du general +Baraguey-d'Hilliers. + +L'ordonnateur Sucy a demande au citoyen Aubernon plusieurs objets qu'il +lui a refuses. Je vous prie d'ordonner a cet ordonnateur d'acceder aux +demandes du citoyen Sucy. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_A la commission chargee de l'armement de la Mediterranee._ + +Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, l'etat des +fonds que la tresorerie a faits pour l'armement de Toulon. + +Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier d'hier, que vous +ne devez avoir aucune inquietude. Allez hardiment, l'argent ne manquera +point. + +Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus de tous les +calculs etablis, des lettres de change a tirer sur les differens +payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque la tresorerie les a +donnees, elle s'est assuree que les fonds existaient dans la caisse de +ces differens payeurs. J'ai prefere ces lettres de change a des mandats +ordinaires, parce que l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver a +Toulon avant quinze jours. + +Vos collegues sont partis, ils arriveront vingt-quatre heures apres ce +courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 floreal, tout ne soit pret a +mettre a la voile. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au citoyen Peyrusse, payeur._ + +Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour 600,000 fr. tirees +sur differens payeurs, que la tresorerie vous envoie. + +J'ai prefere ces traites a la mesure ordinaire. Par ce moyen, vous +pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le service. Ces +traites ne doivent rien perdre. S'il etait necessaire, vous pouvez les +garantir personnellement. + +Comme ce qui se fait a Toulon exige la plus grande celerite, et que +c'est une des operations les plus importantes de l'armee d'Angleterre, +je vous serai particulierement oblige de ce que vous voudrez bien faire +pour sa reussite. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au meme._ + +J'ecris a l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ un aviso pour +la Corse. Il est indispensable que vous fassiez passer 100,000 fr. des +600,000 que la tresorerie a destines pour la Corse. + +La celerite des operations qui doivent s'executer dans cette ile depend +du prompt envoi de cet argent. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798) + +_Au citoyen Najac._ + +J'ecris a la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer 100,000 fr. a +Ajaccio en Corse, a la disposition de l'ordonnateur de cette division +pour le service de l'extraordinaire de l'expedition. + +J'ecris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des 600,000 que la +tresorerie a destines pour la Corse. Faites partir ces deux sommes par +un aviso qui mouillera dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers +intelligens, un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port, +l'autre pour y prendre note de la situation positive ou se trouve +ledit embarquement, et venir m'en rendre compte a Toulon. Il serait +necessaire, si le temps le permet, que l'aviso ne restat pas plus de +vingt-quatre heures mouille a Ajaccio. + +Si les neuf batimens de transport que le ministre de la marine vous a +ordonnes par sa depeche du 23, n'etaient pas encore partis, la corvette +qui doit escorter ce convoi pourrait etre chargee de cette mission. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +Le general Villeneuve part demain pour se rendre a Toulon, et servir +sous vos ordres. + +La fregate qui est a Cadix a recu ordre, il y a un mois, de se rendre a +Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec surete. Envoyez-lui, par +le meme aviso, l'ordre de completter son eau a Ajaccio, et de se tenir +prete a partir avec tout le couvois qui est dans cette rade, pour +joindre l'escadre, lorsque vous en ferez parvenir l'ordre. + +Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798). + +_Au general Vaubois._ + +Je vous ai mande precedemment, citoyen general, de reunir a Ajaccio +la quatrieme legere et la dix-neuvieme de ligne, avec les bateaux +necessaires pour les faire embarquer, de l'eau pour un mois et des +vivres pour deux. + +Craignant que vous ne fussiez embarrasse, je vous ai prevenu que j'avais +donne l'ordre, a Toulon, a neuf batimens de transport, de se rendre a +Ajaccio pour aider a l'embarquement desdites troupes. + +Je vous prie aujourd'hui de reunir egalement a Ajaccio deux bataillons +de la vingt-troisieme d'infanterie legere. Toutes ces troupes seront +commandees par le general de division Mesnard, et sous ses ordres, par +le general de brigade Casalta et l'adjudant-general Brouard. + +Vous y attacherez un officier de genie, et, comme je vous l'ai deja +prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pieces de 3, si vous en +avez. Ce convoi doit etre pret a lever l'ancre au premier signal que lui +donnera un aviso que lui enverra l'escadre, du 12 au 15 floreal. + +Je donne l'ordre a la commission de vous faire passer 200,000 fr.; +ces 400,000 doivent suffire pour les depenses de l'embarquement. +Independamment de cette somme, vous recevrez sous peu de l'argent pour +completter la solde de vos troupes. + +Je vous prie de me faire connaitre, par le retour de l'aviso, la +situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 au 15 floreal. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +Il est ordonne au general Baraguey-d'Hilliers de lever l'ancre de Genes, +si le temps le permet, le 6 floreal, ou au plus tard le 7, et se diriger +sur Toulon avec toute sa division. Il m'expediera, au moment de son +depart, un courrier a Toulon avec l'etat exact de sa situation. + +Il m'expediera un courrier extraordinaire de tous les endroits ou il +sera possible de relacher. + +Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre de Toulon +mettra a la voile, au plus tard le 10 floreal. Il doit etre accorde aux +officiers un mois de gratification pour les mettre a meme de faire leurs +petites emplettes. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au citoyen Belleville._ + +Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le depart du general +Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi mette a la voile +au plus tard le 7 floreal. + +Vous emploierez toute votre activite pour que cet ordre soit promptement +execute, et si cela vous fait prendre de nouveaux engagemens de finance, +j'y ferai faire honneur. + +Les fregates, briks et galeres de la republique de Genes doivent partir +avec le convoi. + +Il sera forme a Genes un depot pour tous les hommes des deuxieme, +vingt-deuxieme d'infanterie legere; treizieme, dix-huitieme, +vingt-cinquieme, trente-deuxieme, soixante-quinzieme, soixante-neuvieme, +quatre-vingt-cinquieme de bataille; troisieme, quatorzieme, quinzieme et +dix-huitieme regimens de dragons. + +Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces differens +corps a Genes, vous les ferez partir pour une destination qui vous sera +designee. + +Vous me renverrez le present courrier en toute diligence a Toulon, ou +je serai le 6 floreal, et vous correspondrez avec moi dans cette ville, +jusqu'a ce que je vous aie envoye un courrier extraordinaire pour vous +instruire de mon depart. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798). + +_Au general Desaix._ + +Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher general; je pars +demain pour Toulon. L'escadre mettra a la voile le 10 floreal et se +dirigera droit sur les iles Saint-Pierre. Le convoi qui est a Genes part +le 7 floreal pour se rendre dans les mers de Toulon. + +Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. Cotoyez toutes +les cotes de Naples; passez le phare de Messine et mouillez a Syracuse, +ou dans toute autre rade, dans les environs. + +Vous devez avoir une fregate, deux briks, deux avisos et deux galeres +du pape. Il serait a desirer que vous pussiez vous procurer deux autres +avisos, bons voiliers, soit en arretant deux corsaires francais et +mettant des officiers et des hommes intelligens a bord, soit en se +servant de deux bons voiliers du pays. + +Notre point de reunion sera sur Malte, + +Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient passe ou +veuillent passer le detroit, cependant la necessite de ne pas vous +aventurer, me fait preferer de vous faire filer cote a cote. Il sera +cependant necessaire que vous expediiez un aviso aux iles Saint-Pierre, +pour croiser entre la Sardaigne et l'Afrique, afin que, si les Anglais +arrivaient aux iles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en etre +prevenu et regler vos mouvemens en consequence. Soit que vous soyez dans +un port du continent, soit dans un de ceux de la Sicile, vous n'avez +rien a craindre des Anglais; mais la prudence veut que vous preveniez ce +cas, et vous ferez donc embarquer quatre pieces de 24, deux mortiers, +deux grils a boulets rouges, deux ou trois cents coups par piece, afin +de pouvoir etablir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs des pieces +qui, arrivees dans l'endroit principal, nous serviront. + +Vous devez organiser votre depot a Civita-Vecchia, afin que tous les +hommes malades, ou en arriere des corps que vous commandez, puissent se +reunir et filer a fur et mesure. + +Je vous enverrai, d'ici a quatre jours, des ordres positifs pour votre +depart. Ce que je vous en dis la, c'est pour vous preparer et que vous +preniez d'avance, dans le secret, les renseignements qui vous seront +necessaires. + +Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous les hommes qui +servent a l'organisation du port de Civita-Vecchia et dont vous pourrez +avoir besoin; on les remplacera de Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floreal an 6 (20 avril 1798). + +_Aux commissaires de la tresorerie nationale._ + +Vous avez donne l'ordre, citoyens commissaires, au payeur de Lyon de ne +faire passer a Toulon que la partie des trois millions qui serait en +especes francaises ou en piastres; il serait cependant necessaire d'etre +assure d'avoir a Toulon ces trois millions. Je desirerais que vous +m'envoyassiez l'ordre pour votre payeur a Lyon, de faire passer a Toulon +ces trois millions, quelles que soient les especes qui les composent; on +aura soin de se servir des monnaies etrangeres, de maniere a ce que la +tresorerie n'y perde rien. + +Je vous prie aussi d'expedier la commission que vous avez l'intention +d'accorder au citoyen Poussielgue, de controleur pres du payeur de la +Mediterranee, desirant que ce citoyen parte de suite. Je vous prierais +egalement de le faire porteur d'une commission de payeur pour le citoyen +Esteve, qui n'est que payeur de departement, et de lui donner l'ordre de +s'embarquer, et, des l'instant que toutes les divisions seront reunies +et formeront une armee, il jouira du traitement de payeur general +d'armee. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floreal an 6 (20 avril 1798). + +_Au general Desaix._ + +Je vous ai ecrit hier, citoyen general, par un courrier extraordinaire +que j'ai expedie a Milan, en priant le general Brune de vous faire +parvenir ma depeche par un autre courrier. + +Je recois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec une vive +satisfaction que vous serez pret a partir le 15, comme je l'esperais +hier. + +_La Courageuse_, fregate armee en flute, et capable de porter six cents +hommes, doit etre arrivee a Civita-Vecchia. Cela nous servira d'autant. + +Je reunis a Toulon le convoi de Genes, et si les vents contrariaient son +arrivee a Toulon, l'escadre attendrait a la cape, entre Toulon et les +iles Saint-Pierre, mais sans relacher dans un fort de Corse. J'ai +considere que tout relache dans un port de la Corse nous donnerait des +retards tres-considerables. La saison est deja avancee, puisque nous ne +pouvons esperer d'etre hors de Toulon que vers le 1er de mai. + +Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia a Syracuse, +et vous n'avez pas plus de chemin a faire que si vous vous rendiez a +Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a possibilite a ce que vous soyez +le 20 au point designe, et il serait difficile, meme favorises autant +qu'on peut l'etre, que nous fussions a la meme epoque sur Malte. + +Je prefere de vous voir aller a Syracuse plutot qu'a Trepano, parce que +je crois que vous cotoierez toujours l'Italie et profiterez du vent de +terre. + +Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires et +s'opposent a votre passage au detroit et vous permettent de vous rendre +promptement a Trepano, je ne verrai aucun inconvenient a cela; mais dans +ce cas, il faudrait doubler le cap Trepano et vous mettre dans une rade +d'ou vous pussiez sortir avec le meme vent qui nous est necessaire pour +nous rendre des iles Saint-Pierre a Malte. + +Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans le premier, +il serait necessaire que vous fissiez croiser un aviso entre la +Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir a temps des nouvelles des +Anglais, si jamais ils paraissaient. + +Dans tous les cas, des l'instant que nous aurons passe les iles +Saint-Pierre, j'enverrai a Trepano un aviso, pour avoir de vos +nouvelles. De votre cote, il sera bon que vous envoyiez dans la petite +ile de Pentellaria, ou j'enverrai prendre de vos nouvelles. + +Je vous ai deja mande d'embarquer six pieces de 3 autrichiennes. Ce sont +les plus commodes dans le pays ou nous allons, puisqu'une bete de somme +peut en porter une. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floreal an 6 (20 avril 1798). + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +Par la lettre que je vous ai ecrite le 22 germinal, citoyen general, +je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez l'ordre de vous +embarquer, et que cet ordre devra etre execute de suite. Vous avez +du recevoir cette lettre le 28, vous aurez fait des-lors toutes vos +dispositions. Ainsi, j'espere que mon courrier, qui est parti d'ici le +30 germinal, avec l'ordre positif du depart pour le 7, arrivera a Genes +le 4, et que mon ordre pourra etre ponctuellement execute. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 1er floreal an 6 (20 avril 1798). + +_Au general Dufalga._ + +Le general Dufalga, commandant le genie de l'expedition de la +Mediterranee, nommera deux officiers ou adjoints du genie par chacune +des divisions, de Regnier, qui est reunie a Marseille, et qui est +composee des neuvieme et quatre-vingt-cinquieme demi-brigades de ligne; +de Kleber, qui est a la droite de Toulon, a Laseine et villages voisins, +et qui est composee des vingt-cinquieme et soixante-quinzieme de ligne, +de la deuxieme d'infanterie legere; enfin la division Mesnard, qui +est composee de la quatrieme d'infanterie legere, la dix-huitieme, la +trente-deuxieme de ligne. + +Le general Dufalga ira droit a Marseille, et il verra l'ordonnateur de +la marine dans ce port, les commissaires des guerres charges du service +de cette division, et le citoyen Perrier, commandant l'artillerie de +Marseille. + +Il se fera remettre les etats de la situation et du nombre d'hommes +que peut porter chaque batiment de transport et de la distribution de +rembarquement. + +Il chargera l'officier de genie commandant la division, de lui rendre +compte, tous les jours, au quartier-general, de la situation dudit +embarquement. + +Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'etat de +l'embarquement et la situation morale des individus qu'il aura vus. + +Arrive a Toulon, il fera prendre de suite connaissance, par les +officiers du genie, du cantonnement des troupes, de la situation des +vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, et me tiendra egalement +pretes des notes sur la situation materielle et personnelle. + +Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur de la +marine, auquel il aura soin de dire que je fais grand cas de lui; le +vice-amiral Brueys et le contre-amiral Decres. + +Il cherchera a voir egalement le commandant de la place de Toulon, les +generaux Gardanne et Rampon. + +Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens pour les +savans. + +Dans l'organisation generale de l'armee, il restera charge +de transmettre a tous les savans et artistes des ordres pour +l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, a son etat-major, la note de +leurs logemens et des details de l'embarquement. + +Il dira au vice-amiral Brueys et a l'ordonnateur qu'ils fassent faire +sur le vaisseau _l'Orient_ tous les preparatifs necessaires pour qu'il y +ait le plus de logemens possible, vu que tous les chefs de l'etat-major +seront sur ce vaisseau. + +Il fera preparer a Avignon tous les transports necessaires pour que tout +ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans eprouver de retard. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 floreal an 6 (22 avril 1798). + +_A la commission chargee de l'armement de la Mediterranee._ + +Le citoyen Poussielgue, controleur de la tresorerie nationale aupres de +votre payeur, part cette nuit, portant avec lui 300,000 fr. en or, et +200,000 fr. en lettres de change sur Marseille. J'espere que le 9 ou le +10 tout sera pret et qu'on pourra lever l'ancre. + +Le citoyen Leroi doit se tenir pret a s'embarquer. Le general Blanquet +doit s'embarquer en sa qualite de contre-amiral sur l'escadre, et le +general Dommartin, en qualite de commandant d'artillerie; le citoyen +Sucy, commissaire ordonnateur, en qualite de commissaire ordonnateur en +chef; et le citoyen Esteve comme payeur general de l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 3 floreal an 6 (22 avril 1798). + +_Au citoyen Najac._ + +J'expedie l'ordre par le present courrier, citoyen ordonnateur, au +vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer le citoyen +Ganteaume pour faire les fonctions de chef de l'etat-major, et de +distribuer les chefs de division, et autres officiers sur les differens +vaisseaux, afin qu'ils soient promptement prets a mettre a la voile. Il +faudrait que tout fut pret a lever l'ancre sans aucune espece de retard, +le 9 ou le 10 au matin. + +Je vous prie de tenir la main a ce que, pour cette epoque, l'eau, les +vivres et les autres approvisionnemens soient embarques. + +Je pars demain dans la nuit, et je compte etre le 8 a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floreal an 6 (23 avril 1798). + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +Il est ordonne au general Baraguey-d'Hilliers de rester a Genes jusqu'a +nouvel ordre; de debarquer ses troupes, si elles etaient embarquees; +de rentrer dans le port, s'il avait mis a la voile, de cantonner ses +troupes tant a Genes que dans les environs, de maniere a pouvoir les +rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront a la disposition +du general commandant en Italie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floreal an 6 (23 avril 1798). + +_Au general Desaix._ + +Il est ordonne au general de division Desaix de debarquer ses troupes +s'il les a embarquees, et de les cantonner tant a Civita-Vecchia que +dans les environs, de maniere a pouvoir les rassembler en quarante-huit +heures. Ces troupes seront a la disposition du general commandant en +Italie. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 4 floreal an 6 (23 avril 1798). + +_Au general Brune._ + +Je donne ordre, citoyen general, au general Baraguey-d'Hilliers de +debarquer ses troupes, si elles sont embarquees, et de retourner, +s'il est parti. Les troupes resteront cantonnees a Genes et dans les +environs, et seront a votre disposition, ainsi que celles qui sont a +Civita-Vecchia, ou j'ai donne le meme ordre, si des indices vous font +penser avoir besoin de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du +gouvernement, vous voyez l'effet des evenemens qui viennent d'arriver +a Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a encore rien de +positif. + +Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux +efforts des Autrichiens seraient tournes de votre cote, et, dans ce cas, +je sens bien que vous avez besoin de beaucoup de troupes, de beaucoup de +moyens, et surtout de beaucoup d'argent. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floreal an 6 (28 avril 1798). + +_Au general Dufalga_. + +Vous avez appris, citoyen general, l'evenement arrive a Vienne. Cela est +arrive au moment ou j'allais partir, et a du necessairement occasionner +un retard; j'espere cependant que cela ne derangera rien. Peut-etre +serai-je oblige d'aller a Rastadt pour avoir une entrevue avec le comte +de Cobentzel, et, si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour +Toulon. + +Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre a l'escadre de +partir avec le convoi pour se rendre a Genes, ou je serai moi-meme le 26 +de ce mois. + +Je donne, par le present courrier, l'ordre au convoi de Marseille de se +rendre a Toulon. + +Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets necessaires a +notre expedition soient embarques comme il faut qu'ils le soient. + +Le convoi de Genes a recu contre-ordre, puisque c'est nous, au +contraire, qui allons a Genes et a Civita-Vecchia. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floreal an 6 (28 avril 1798). + +_Au general Kleber_. + +Il est ordonne au general Kleber de prendre le commandement des troupes +de terre composant la division du general Reguier, la division du +general Mesnard et celle du general Kleber; de transmettre au general +Regnier l'ordre ci-joint, et de tout disposer pour l'embarquement des +deux autres divisions sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de +guerre armes en flutes, afin d'etre pret a partir au premier ordre qu'il +recevra. + +Il se concertera avec le general Dufalga, qui lui donnera tous les +renseignemens relatifs au nombre des savans et des artistes qui doivent +s'embarquer. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floreal an 6 (28 avril 1798). + +_Au vice-amiral Brueys_. + +Quelques troubles arrives a Vienne, citoyen general, ont necessite ma +presence quelques jours a Paris: cela ne changera rien a l'expedition. +Je donne l'ordre par le present courrier aux troupes qui sont a +Marseille de s'embarquer et de se rendre a Toulon. + +Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur ordre qu'il +vous sera possible. + +Je vous expedierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre d'embarquer +et de partir avec l'escadre et le convoi pour Genes, ou je vous +rejoindrai. + +Le retard que ce nouvel incident a apporte dans l'expedition aura ete, +j'imagine, necessaire pour vous mettre plus en mesure. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floreal an 6 (28 avril 1798). + +_Au general Regnier_. + +Il est ordonne au general Regnier de faire embarquer ses troupes a +Marseille, le 16 floreal, sur les batimens de transport qui sont +prepares, et de partir le 17, si le temps le permet, pour se rendre a +Toulon, ou son convoi se rangera sous les ordres du vice-amiral Brueys. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 9 floreal an 6 (28 avril 1798). + +_A l'ordonnateur Najac_. + +L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille d'embarquer +les troupes du general Regnier le 16 floreal, et de partir le 17 pour se +rendre a Toulon. Il se concertera avec le vice-amiral Brueys, pour faire +sortir, s'il est necessaire, une fregate pour l'escorte dudit convoi. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floreal an 6 (2 mai 1798). + +_Au general Baraguey-d'Hilliers._ + +Je vous ai donne l'ordre, citoyen general, par ma lettre du 30 germinal, +de vous rendre a Toulon. Je vous ai donne l'ordre, par ma lettre du 4 +floreal, de debarquer et de cantonner vos troupes aux environs de Genes +jusqu'a nouvel ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tot +possible, et de vous diriger sur Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floreal an 6 (2 mai 1798). + +_Au meme._ + +Il est ordonne au general Baraguey d'Hilliers d'embarquer sa division +le 20, et de mettre a la voile le 21, pour se rendre a Toulon. S'il +rencontrait sur sa route l'escadre francaise, compose de 14 vaisseaux de +guerre et de douze ou quinze fregates, il enverrait un aviso a l'amiral +pour prendre des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie +de Toulon, il enverra prendre des ordres aupres du vice-amiral Brueys, +pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me previendra par un +courrier extraordinaire a Toulon, de son depart. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floreal an 6 (2 mai 1798). + +_Au general Desaix._ + +Je vous avais donne l'ordre, citoyen general, par une lettre du 4 +floreal, de cantonner vos troupes a Civita-Vecchia et aux environs, et +d'attendre de nouveaux ordres. C'etait l'effet des nouveaux evenemens +arrives a Vienne. + +Vous devez vous preparer a partir au premier ordre. Le meme courrier +porte ordre au general Baraguey-d'Hilliers de partir pour Toulon. La je +verrai si j'irai vous prendre a Civita-Vecchia, ou je vous donnerai des +ordres pour vous rendre sur les cotes de Syracuse, comme je vous en ai +deja entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir pret +a lever l'ancre vingt-quatre heures apres l'arrivee de mon courrier ou +aviso. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 florea| an 6 (2 mai 1798). + +_Au vice-amiral Brueys._ + +J'espere, citoyen general, que le 20 vous pourrez embarquer les troupes, +pour mettre a la voile incessamment apres. Je compte etre a bord le 19. + +Je viens de faire partir un courrier pour Genes, avec ordre au general +Baraguey d'Hilliers de se rendre a Toulon. L'un et l'autre seront sous +vos ordres, des qu'ils seront arrives. Vous les placerez convenablement +dans la rade. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floreal an 6 (2 mai 1798). + +_Au general Brune._ + +Par ma lettre du 4 floreal, je vous ai instruit, citoyen general, que +les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix etaient a votre disposition. +Le premier bruit des evenemens survenus a Vienne avait fait penser que +cette mesure etait necessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une +autre determination. + +Je donne l'ordre aux generaux Baraguey-d'Hilliers et Desaix de +s'embarquer sur-le-champ. + +L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades, +independamment des deux autres qui avaient deja recu les ordres +anterieurement, et deux autres regimens de cavalerie. + +Je tous prie, citoyen general, de surveiller autant qu'il vous sera +possible, lesdits embarquemens. + +J'ai recu votre lettre de Genes et j'ai vu le zele et l'activite que +vous y avez montres. + +BONAPARTE. + + + +Paris, le 13 floreal an 6 (2 mai 1798). + +_A la commission chargee de l'armement de la Mediterranee._ + +Par ma derniere lettre datee du 9 floreal, j'ai envoye l'ordre au +convoi de Marseille de se rendre a Toulon, et de se tenir tout pret a +embarquer, au premier instant, a Toulon. + +Je pars dans la journee de demain pour cette ville, et j'espere que tout +sera pret a mettre a la voile le 20. Noubliez rien pour atteindre ce +but. + +BONAPARTE. + + + +Chalons, le 16 floreal an 6 (5 mai 1798). + +_A l'ordonnateur Najac._ + +Je recois a Chalons votre courrier du 12, par lequel vous m'annoncez que +le convoi de Genes etait sur le point d'arriver, lorsque vous lui avez +expedie l'aviso, avec mou contre-ordre. + +J'ai donne a ce convoi l'ordre de partir le 8 de Genes pour Toulon. + +Je lui ai expedie un contre-ordre le 4; cela etait relatif aux evenemens +de Vienne. + +Je lui ai expedie le 13, l'ordre de partir de Genes au plus tard le 18. + +Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se rendre en +grande rade ou tenez-le a Hyeres, en lui faisant completter ses vivres +et son eau. + +Je serai, douze heures apres mon courrier, a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 floreal an 6 (7 mai 1798). + +_A la commission chargee de l'armement de la Mediterranee._ + +Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhone pres Valence, m'a +remis vos dernieres depeches. Vous devez executer l'ordre relatif a +l'embarquement, tel que je l'ai donne, c'est-a-dire les generaux de +division doivent embarquer trois chevaux; les generaux de brigade, deux, +les adjudans generaux, aides-de-camp et chefs de brigade des corps, un. + +Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers, +conformement au nombre de chevaux que la loi lui accorde. + +Vous ferez embarquer a Marseille cent chevaux d'artillerie et deux cents +de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer davantage, vous ferez toujours +les embarquemens dans cette proportion. + +Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, et vous +aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, en les faisant +donner aux premier et deuxieme escadrons, et en prenant de preference +les chevaux de chasseurs. + +Le restant des chevaux sera donne aux detachemens de cavalerie des +autres regimens qui se trouvent a Marseille. + +Je vous prie de m'expedier un courrier extraordinaire, qui m'attendra a +mon passage a Aix, qui ne sera pas plus de huit heures apres celui de +Lesimple, pour m'instruire si le convoi de Marseille est parti, afin que +je me decide a aller a Marseille ou droit a Toulon. Je serais meme fort +aise, si cela ne derangeait rien a vos operations, qu'un de vous se +transportat a Aix, car je ne compte pas m'y arreter du tout, mon +intention etant d'aller droit a Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 floreal an 6 (7 mai 1798). + +_Au general commandant a Lyon._ + +Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides a cheval. Je vous +envoie l'ordre pour qu'ils se rendent a Toulon. Je vous prie de les +faire embarquer sur le Rhone. S'il passe par Lyon des courriers pour +moi, je vous prie de les diriger sur Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 18 floreal an 6 (7 mai 1798). + +_Aux guides._ + +J'ordonne a la compagnie de mes guides qui arrive a Lyon le 20, de +partir le 2, pour se rendre en toute diligence a Toulon. + +BONAPARTE + + + +Toulon, le 20 floreal an 6 (9 mai 1798). + +_Au general Mesnard._ + +Il est ordonne au general Mesnard de s'embarquer immediatement apres la +reception du present ordre, avec la quatrieme d'infanterie legere, la +dix-neuvieme de bataille, et de partir au premier beau temps. Il se +rendra dans les iles de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, ou il +recevra des ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera +exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui envoie un +officier de marine intelligent pour diriger tous ses mouvemens. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floreal an 6 (9 mai 1798). + +_Au general Vaubois_. + +Je vous fais passer, citoyen general, un ordre pour le general Mesnard. +Si ce general n'y etait pas, ou s'il etait malade, vous feriez commander +ledit convoi par l'officier le plus ancien. + +Sur les representations que vous m'avez faites du besoin que vous avez +de garder la vingt-troisieme d'infanterie legere, je renonce a l'idee +que j'avais de la faire partir, et je la laisse en Corse jusqu'a ce que +le gouvernement vous ait renvoye son remplacement. + +N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre pieces de canon +de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de canonniers. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floreal an 6 (9 mai 1798). + +_Au commandant de la place_. + +Je vous prie, citoyen general, de faire embarquer tout ce qui reste de +la sixieme demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux de l'escadre, +pour suppleer au manque de matelots. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floreal an 6 (9 mai 1798). + +_Au commandant des armes_. + +Je vous prie, citoyen general, de faire armer dans la journee de demain, +s'il est possible, les deux felouques nouvellement construites. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 20 floreal an 6 (9 mai 1798). + +_Au general Vaubois_. + +Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen general, que vous +aviez formes, deviennent a peu pres inutiles. Vous pouvez donc prendre +dans ces magasins tout ce qui sera necessaire pour approvisionner le +convoi qui va partir. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floreal an 6 (10 mai 1798). + +_Au general Dugua_. + +Je vous fais passer, citoyen general, l'ordre que vous enverrez au chef +de brigade Lucotte, pour se rendre avec les troupes de la demi-brigade +qui sont a Aix, a Toulon. + +J'emmene avec moi les trois compagnies de carabiniers de la septieme +demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la demi-brigade, +lorsqu'elle sera remplacee; j'ecris a Paris pour cela. + +Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit a Toulon ou a +Marseille, afin qu'elles soient a portee. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floreal an 6 (10 mai 1798). + +_Au meme_. + +Je vous prie, mon cher general, de faire mettre l'embargo sur tous les +batimens qui sont dans le port de Marseille. Aucun ne pourra sortir, a +moins que ce ne soit un batiment pour l'expedition, que cinq jours apres +le depart de l'escadre. + +Je vous prie aussi de faire ramasser a Marseille, a la petite pointe du +soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, et de les envoyer a +Toulon. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floreal an 6 (10 mai 1798). + +_Au commandant des armes a Toulon._ + +Je vous prie, citoyen general, de donner les ordres pour qu'il ne sorte +aucun batiment de Toulon, a dater d'aujourd'hui, jusqu'a dix jours apres +le depart de l'escadre. + +BONAPARTE. + +Toulon, le 21 floreal an 6 (10 mai 1798). + +_Au general Desaix._ + +Je suis a Toulon, mon cher general, depuis hier. + +La division du general Regnier est partie hier au soir de Marseille, +je l'attends a chaque instant de la rade de Toulon. Je partirai +sur-le-champ pour aller a la rencontre du general Baraguey-d'Hilliers, +et de la passer entre l'ile d'Elbe et la Corse, faisant route vers la +Sicile et la Sardaigne. Nous vous enverrons prevenir par un aviso, afin +que vous veniez nous joindre. + +Il faut donc que vous soyez en rade, embarques, afin qu'au premier +jour vous puissiez mettre a la voile. Si vous avez des avisos a votre +disposition, vous pouvez envoyer reconnaitre. Si le temps est bon, il +est probable que le 28 ou le 29, nous passerons a votre hauteur. Vous +ne recevrez cette lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guere que +vingt-quatre heures pour vous preparer. + +Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est en tres +bonnes dispositions. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 21 floreal an 6 (10 mai 1738). + +_A l'ordonnateur Najac_. + +Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire solder aux +officiers subalternes, tant de marine que de terre, embarques sur +l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, 3 fr. par jour, +pour la table. Il suffira que vous fassiez les fonds pour quatre +decades. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 22 floreal an 6 (11 mai 1798). + +_Au general Dugua_. + +Je vous prie, mon cher general, de faire partir dans la matinee de +demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq batimens neutres, soit +danois, soit suedois, espagnols, etc.; vous mettrez a bord de chaque +batiment une garnison suffisante pour etre sur que ces batimens sortis +de Marseille arrivent a Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe +canonniere, vous les ferez escorter. + +Vous prendrez les plus gros batimens possible; cela doit servir a +embarquer des troupes. + +Il y a a Marseille cinq ou six batimens que l'ordonnateur Leroy avait +fretes. S'il y en avait un ou deux qui fussent prets, faites-les partir +de suite. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 23 floreal an 6 (12 mai 1798). + +_Ordre_. + +En vertu de l'autorisation qu'il a recue du directoire executif, le +general en chef ordonne: + +ART. 1er. Les deux vaisseaux venitiens qui sont en ce moment-ci dans +le port de Toulon, seront armes en guerre et en etat de partir au 20 +prairial, avec deux mois de vivres. + +2. Les deux vieilles fregates seront armees en flute et pretes a partir +pour la meme epoque, ayant egalement pour deux mois de vivres. Sur les +deux vaisseaux et sur les deux fregates, l'on embarquera les soldats qui +seront rendus au depot le 20 prairial; on peut calculer sur un millier +d'hommes. Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et +vingt jours d'eau. + +3. Il sera arme extraordinairement douze avisos bons voiliers, portant +au moins une piece de 8, et commandes par de bons officiers, pour servir +a la communication de l'expedition. Il devra en partir au moins deux +fois par decade. On embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armee, +et des officiers et soldats, autant que le batiment pourra en porter. + +4. Les batimens fretes a Marseille recevront ordre de se rendre a +Toulon. Ils seront approvisionnes pour vingt jours d'eau et trente +jours de vivres. L'on embarquera dessus le restant de l'artillerie, +les habillemens, le vin et les soldats qni pourraient arriver. On doit +calculer sur un millier d'hommes, independamment de mille autres qui se +trouveront au depot pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront +egalement approvisionnees pour un mois de vivres et vingt jours d'eau. + +5. La fregate _la Badine_ va recevoir ordre de se rendre a Toulon, et +escortera ce convoi, qui devra etre pret a partir du 10 au 15 prairial. +Je remettrai une instruction particuliere au commandant de _la Badine_, +pour la route qu'elle devra tenir et le lieu ou il devra se rendre avec +ledit convoi. + +6. Il y aura a Toulon un commissaire des guerres qui aura les ordres de +l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront etre embarques, un +officier d'artillerie qui aura les ordres du general Dommartin, et enfin +un general ou un officier superieur commandant les depots, qui aura les +ordres de l'etat-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent +l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour tous les +objets qui doivent etre embarques. + +7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira +quarante-huit heures apres l'escadre; il portera le courrier de l'armee, +s'il est arrive, les officiers ou les savans qui sont en retard; et le +second partira soixante-douze heures apres le premier. Il escortera un +batiment portant soixante guides, s'ils sont arrives le 29. Il est donc +indispensable que l'ordonnateur se procure un batiment pour porter ces +soixante guides. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 23 floreal An 6 (12 mai 1798). + +Au citoyen Najac. + +Le depart de l'escadre est invariablement fixe dans la nuit du 24 au 25. + +Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans la matinee +de demain. J'ai, en partant, trois choses a vous recommander: + +1 deg.. De me faire passer, avec la plus grande celerite, les courriers qui +m'arment, de Paris; + +2 deg.. De faire executer avec la plus grande exactitude l'ordre ci-joint; + +3 deg.. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; nous en +aurons le plus grand besoin. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floreal an 6 (13 mai 1798). + +Promotion. + +En consequence de l'autorisation speciale que j'en ai recue du +directoire executif, et voulant reconnaitre les services que les +citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-Francois +Bourde, capitaine de fregate.; Pierre-Philippe Altimont, lieutenant de +vaisseau; Serval, aspirant de premiere classe, ont rendus depuis quinze +mois sur l'escadre qui etait attachee a l'armee d'Italie, dans le golfe +Adriatique: je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les +citoyens Bourde, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine de fregate; +et Serval, enseigne de vaisseau. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floreal an 6 (13 mai 1798). + +A l'administration municipale de Toulon, + +Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que la partie de +la garde nationale qui sera requise pour faire le service, soit payee +conformement aux lois. J'ai cependant pourvu a une augmentation de +garnison. Dans tous les cas, la republique ne doit avoir aucune +sollicitude, les habitans de Toulon ayant toujours donne des preuves de +leur attachement a la liberte. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floreal an 6 (13 mai 1798). + +A l'administration centrale du Var. + +Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la deputation que vous +m'avez envoyee, et des choses extremement flatteuses qu'elle m'a dites +de votre part. + +L'operation que nous allons entreprendre, sera specialement avantageuse +a votre departement et a celui des Bouches-du-Rhone. Il y aura une +grande activite sur les routes et dans les postes, qui sont absolument +desorganisees. Je vous prie de prendre des mesures pour reorganiser ce +service essentiel, afin que les courriers et autres officiers portant +des ordres, puissent aller a Paris et en revenir facilement. Croyez au +desir que j'aurai toujours de meriter l'estime de mes concitoyens. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 24 floreal an 6 (i3 mai 1798). + +Ordre. + +Ordonne que tous les maitres, contre-maitres, matelots, novices, +ouvriers de l'arsenal qui ont ete mis en surveillance par ordre du +gouvernement, seront embarques et repartis sur l'escadre. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 27 floreal an 6 (16 mai 1798). + +Au vice-roi de Sardaigne. + +J'envoie, monsieur, a Cagliari, pour y resider en qualite de consul, le +citoyen Augier, officier de marine. + +Je vous prie de le reconnaitre en cette qualite, et d'agreer les +sentimens d'estime et de consideration que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 27 floreal an 6 (16 mai 1798). + +Au citoyen Augier, consul a Cagliari. + +Vous vous rendrez, citoyen, a Cagliari, en qualite de consul; vous +remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne ou a celui qui en +fait les fonctions. + +Vous interrogerez tous les batimens pour avoir des nouvelles des +Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouille dans la Mediterranee, +vous expedieriez un batiment que vous freteriez, a la suite de l'amiral +Brueys, pour l'en informer. + +Vous dirigerez ce batiment du cote de Malte. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floreal an 6 (18 mai 1798). + +A l'ordonnateur Najac. + +Le service de l'expedition qui va avoir lieu a exige, de la part des +principaux employes de l'administration, des efforts ou ils ont ete a +meme de faire connaitre leur zele pour la prosperite des armes de la +republique. + +Je vous prie de temoigner aux directeurs des constructions, +de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des +approvisionnemens, et en general a tous les controleurs, commissaires et +sous-commissaires, une satisfaction particuliere sur leurs services dans +cette circonstance essentielle. + +Je vous autorise a nommer a la place de chef des mouvemens les citoyens +Aycard et Giroudreux; a la place de commissaire de premiere classe, +les citoyens Bugerin, Pigeon et Gobert; a celle de deuxieme classe, le +citoyen Desanit; a elever au grade de commissaires de la marine les +citoyens Gasquet, Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; a la place +de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui remplissent +les fonctions de sous-commissaires a la Ciotat; a la place de commis +principal, le citoyen Cappel, et de commis en deuxieme, le citoyen +Ollivault. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floreal an 6 (18 mai 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. Ier. Tout marin qui, etant embarque, aura reste a terre apres le +depart de l'armee navale, sera traduit en prison jusqu'au depart d'un +batiment de guerre quelconque, a l'effet de rejoindre celui dont il a +deserte. + +2. Tout maitre charge qui aura manque le depart, sera casse et reduit a +la basse paie de deuxieme maitre. + +3. Les maitres non charges subiront la meme punition. + +4. Les deuxiemes maitres de toutes classes et les contre-maitres de la +manoeuvre, restes a terre, seront mis a la basse paie de quartier-maitre +ou d'aide de leur profession respective. + +5. Les aides de toute classe et les quartiers-maitres deserteurs seront +reduits a la paie des matelots a vingt-sept sous. + +6. Les matelots de premiere et deuxieme classe, egalement deserteurs, +descendront a la paie de 12 sous, ceux de troisieme et quatrieme classe +seront reduits a celle de novice, a huit sous. + +7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, qui auront subi +les reductions prescrites par les articles precedens, ne pourront etre +reintegres dans leurs grades primitifs que par un avancement progressif +d'une paie a l'autre, et de six mois en six mois sur la demande motivee +des commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude et +leur bonne conduite. + +8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur la signature +de la majorite des membres composant le conseil de salubrite navale. Il +est defendu formellement aux commissaires de marine preposes aux +details des armemens, d'en admettre d'autres, sous leur responsabilite +personnelle. + +9. Il sera etabli garnison chez toutes les familles des marins embarques +qui seront restes a terre apres le depart de l'armee; et les garnisaires +n'en seront retires que lorsque ces deserteurs se seront presentes au +bureau des armemens pour y recevoir une nouvelle destination. + +10. Dans le temps que l'armee navale de la republique, de concert avec +l'armee de terre, se prepare a relever la gloire de la marine francaise, +les marins, dans le cas de servir et qui restent chez eux, meritent +d'etre traites sans aucun menagement. Avant de sevir contre eux, +le general en chef leur ordonne de se rendre a bord de la deuxieme +flottille qui est en armement. Ceux qui, quinze jours apres la +publication du present ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire +partie dudit armement, seront regardes comme des laches. En consequence +l'ordonnateur de la marine leur fera signifier individuellement l'ordre +de se rendre au port de Toulon, et si, cinq jours apres, ils n'ont point +comparu, ils seront traites comme des deserteurs. + +L'ordonnateur de la marine tiendra la main a l'execution du present +reglement. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 29 floreal an 6 (18 mai 1798). + +_Reglement pour la repression des delits commis a bord de l'armee +navale._ + +Vu que les lois existantes sur la maniere de proceder aux jugemens des +delits militaires n'ont pas prevu le cas ou se trouve l'armee par sa +composition actuelle; qu'il est juste et urgent que les troupes de +terre et de mer, les soldats, matelots et autres employes a la suite de +l'armee, reunis sur les vaisseaux, ne soient pas, pour le meme delit, +soumis a des lois differentes, soit pour la procedure, soit pour la +forme des jugemens, ordonne: + +ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui regle la maniere de proceder aux +jugemens militaires, sera ponctuellement et exclusivement suivie a bord +des vaisseaux composant l'armee navale. + +2. Chaque vaisseau ou fregate sera considere comme une division +militaire. + +3. Il y aura en consequence, par chaque vaisseau ou fregate, un conseil +de guerre compose de sept membres, pris dans les grades designes par +l'article 2 de la loi du 13 brumaire, ou dans les grades correspondans +de l'armee de mer. + +4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et l'officier charge +des fonctions de commissaire du pouvoir executif, seront nommes par +le contre-amiral, dans chaque division de l'armee navale; en cas +d'empechement legitime de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu a son +remplacement par le commandant du vaisseau. + +5. A defaut d'officier dans quelqu'un des grades designes par l'art. 2 +de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans dans la marine, il +y sera supplee par des officiers du rang immediatement inferieur. + +6. Les jugemens prononces par le conseil de guerre seront sujets a +revision. + +7. Il sera etabli a cet effet, a bord de chaque vaisseau ou fregate de +l'armee navale, un conseil permanent de revision, dans la forme indiquee +par la loi du 18 vendemiaire an 6. + +8. Ce conseil sera compose de cinq membres du grade designe en l'article +21 de ladite loi, ou du grade correspondant dans la marine; et a defaut +d'officiers superieurs, il y sera supplee, ainsi qu'il est dit a +l'article 5, pour la formation du conseil de guerre. + +9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de revision, celui-ci +renverra le fond du proces, pour etre juge de nouveau par-devant le +conseil de guerre de tel autre vaisseau qu'il designera. Ce conseil de +guerre remplira des lors les fonctions et aura toutes les attributions +du deuxieme conseil de guerre etabli par l'article 9 de la loi du 18 +vendemiaire an 6. + +10. Les fonctions du commissaire du pouvoir executif seront remplies par +un commissaire d'escadre ou par un commissaire ordonnateur des guerres, +et a leur defaut, par un sous-commissaire de marine ou commissaire +ordinaire des guerres. + +11. Le commandant de l'armee navale nommera les membres du conseil +permanent de revision. En cas d'empechement d'aucun de ses membres, il +sera pourvu a son remplacement par le commandant du vaisseau a bord +duquel le conseil devra se tenir. + +12. Les delits commis sur les batimens de transport et autres, faisant +partie du convoi, seront juges par le conseil de guerre du vaisseau ou +fregate sous le commandement desquels ils se trouveront naviguer. En cas +d'empechement, les prevenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour +etre juges au premier mouillage ou a la premiere occasion favorable. + +13. Les peines portees par la loi du 21 brumaire an 5, notamment celles +contre la desertion, sont applicables aux marins, et reciproquement +celles portees par la loi du 22 aout 1790 sont declarees communes aux +troupes de terre et a tous individus embarques, dans les cas non prevus +par la loi du 21 brumaire. + +14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de revision, le +cas echeant, tous individus faisant partie de l'armee de terre et de +mer, et autres embarques sur les vaisseaux. + +BONAPARTE. + + + +Toulon, le 30 floreal an 6 (19 mai 1798). + +PROCLAMATION. + +_Aux soldats de terre et de mer de l'armee de la Mediterranee._ + +Soldats, + +Vous etes une des ailes de l'armee d'Angleterre. + +Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de sieges; il vous +reste a faire la guerre maritime. + +Les legions romaines, que vous avez quelquefois imitees, mais pas encore +egalees, combattaient Carthage tour-a-tour sur cette meme mer, et +aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que +constamment elles furent braves, patientes a supporter la fatigue, +disciplinees et unies entre elles. + +Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes destinees a +remplir, des batailles a livrer, des dangers, des fatigues a vaincre; +vous ferez plus que vous n'avez fait pour la prosperite de la patrie, le +bonheur des hommes et votre propre gloire. + +Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; +souvenez-vous que, le jour d'une bataille, vous avez besoin les uns des +autres. + +Soldats, matelots, vous avez ete jusqu'ici negliges; aujourd'hui la plus +grande sollicitude de la republique est pour vous: vous serez dignes de +l'armee dont vous faites partie. + +Le genie de la liberte, qui a rendu, des sa naissance, la republique +l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations les +plus lointaines. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798). + +_Convention arretee entre la republique francaise et l'ordre des +chevaliers de Saint-Jean de Jerusalem, sous la mediation de Sa Majeste +Catholique le roi d'Espagne._ + +ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem +remettront a l'armee francaise la ville et les forts de Malte. Ils +renoncent, en faveur de la republique francaise, aux droits de +souverainete et de propriete qu'ils ont tant sur cette ville que sur les +iles de Malte, du Gozo et de Cumino. + +2. La republique francaise emploiera son influence au congres de Rastadt +pour faire avoir au grand-maitre, sa vie durant, une principaute +equivalente a celle qu'il perd, et, en attendant, elle s'engage a lui +faire une pension annuelle de 300,000 fr. Il lui sera donne en outre la +valeur de deux annees de ladite pension, a titre d'indemnite, pour son +mobilier. Il conservera, pendant le temps qu'il restera a Malte, les +honneurs militaires dont il jouissait. + +3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem qui sont +Francais, actuellement a Malte, et dont l'etat sera arrete par le +general en chef, pourront rentrer dans leur patrie; et leur residence a +Malte leur sera comptee comme une residence en France. + +La republique francaise emploiera ses bons offices aupres des +republiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvetique, pour que le +present article soit declare commun aux chevaliers de ces differentes +nations. + +4. La republique francaise fera une pension de 700 fr. aux chevaliers +francais actuellement a Malte, leur vie durant. Cette pension sera de +1,000 fr. pour les chevaliers sexagenaires et au-dessus. + +La republique francaise emploiera ses bons offices aupres des +republiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvetique, pour qu'elles +accordent la meme pension aux chevaliers de ces differentes nations. + +5. La republique francaise emploiera ses bons offices aupres des autres +puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent aux chevaliers de leur +nation l'exercice de leurs droits sur les biens de l'ordre de Malte +situes dans leurs etats. + +6. Les chevaliers conserveront les proprietes qu'ils possedent dans les +iles de Malte et du Gozo, a titre de propriete particuliere. + +7. Les habitans des iles de Malte et du Gozo continueront a jouir, comme +par le passe, du libre exercice de la religion catholique, apostolique +et romaine. Ils conserveront les privileges qu'ils possedent: il ne sera +mis aucune contribution extraordinaire. + +8. Tous les actes civils, passes sous le gouvernement de l'ordre, seront +valables, et auront leur execution. + +Fait double, a bord du vaisseau l'_Orient_, devant Malte, le 24 prairial +an 6 de la republique francaise (12 juin 1798.) + +BONAPARTE, etc. + + + +En execution des articles conclus le 24 prairial, entre la republique +francaise et l'ordre de Malte, ont ete arretees les dispositions +suivantes: + +ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoel, le fort Timer, le +chateau Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, de la Cottonnere, et de +la Cite Victorieuse, seront remis, a midi, aux troupes francaises. + +2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le chateau Saint-Elme, les +ouvrages de la Cite Valette, ceux de la Florianne, et tous les autres, +seront remis, a midi, aux troupes francaises. + +3. Des officiers francais se rendront aujourd'hui, a dix heures du +matin, chez le grand-maitre, pour y prendre les ordres pour les +gouverneurs qui commandent dans les differens ports et ouvrages qui +doivent etre mis au pouvoir des Francais. Ils seront accompagnes d'un +officier maltais. Il y aura autant d'officiers qu'il sera remis de +forts. + +4. Il sera fait les memes dispositions que ci-dessus pour les forts +et ouvrages qui doivent etre mis au pouvoir des Francais, demain 25 +prairial. + +5. En meme temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications, +l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers du genie. + +6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les casernes +qu'elles occupent jusqu'a ce qu'il y soit autrement pourvu. + +7. L'amiral commandant la flotte francaise nommera un officier pour +prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, galeres, batimens, +magasins, et autres effets de marine appartenans a l'ordre de Malte. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798). + +_A l'eveque de Malte._ + +J'ai appris avec un veritable plaisir, monsieur l'eveque, la bonne +conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous avez fait aux troupes +francaises. + +Vous pouvez assurer vos diocesains que la religion catholique, +apostolique et romaine, sera non-seulement respectee, mais ses ministres +specialement proteges. + +Je ne connais pas de caractere plus respectable et plus digne de la +veneration des hommes, qu'un pretre qui, plein du veritable esprit +de l'evangile, est persuade que ses devoirs lui ordonnent de preter +obeissance au pouvoir temporel, et de maintenir la paix, la tranquillite +et l'union au milieu d'un diocese. + +Je desire, monsieur l'eveque, que vous vous rendiez sur-le-champ dans la +ville de Malte, et que, par votre influence, vous mainteniez le calme +et la tranquillite parmi le peuple. Je m'y rendrai moi-meme ce soir. Je +desire que, des mon arrivee, vous me presentiez tous les cures et autres +chefs d'ordre de Malte et villages environnans. + +Soyez persuade, monsieur l'eveque, du desir que j'ai de vous donner des +preuves de l'estime et de la consideration que j'ai pour votre personne. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le controleur de l'armee, et un +commis du payeur, enleveront l'or, l'argent et les pierres precieuses +qui se trouvent dans l'eglise de St.-Jean, et autres endroits dependans +de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maitre. + +2. Ils feront fondre dans la journee de demain tout l'or en lingots, +pour etre transporte dans la caisse du payeur a la suite de l'armee. + +3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres precieuses qui seront +mises sous le scelle dans la caisse de l'armee. + +4. Ils vendront pour 250 a 300,000 fr. d'argenterie a des negocians du +pays pour de la monnaie d'or et d'argent, qui sera egalement remise dans +la caisse de l'armee. + +5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du payeur, qui la +laissera a la monnaie de Malte, pour etre fabriquee, et l'argent remis +au payeur de la division, pour la subsistance de cette division. On +specifiera ce que cela doit produire, afin que le payeur puisse en etre +comptable. + +6. Ils laisseront, tant a l'eglise St.-Jean qu'aux autres eglises, ce +qui sera necessaire pour l'exercice du culte. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +_Au citoyen Garat, ministre a Naples._ + +Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expedie a Paris. Je +vous prie de lui fournir les passe-ports necessaires, et de l'expedier +en toute diligence. + +Je vous prie de donner a la cour de Naples une connaissance pure et +simple de l'occupation de Malte par les troupes francaises, et de la +souverainete et propriete que nous venons d'y acquerir. Vous devez en +meme temps faire connaitre a S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous +comptons conserver les meme relations que par le passe pour notre +approvisionnement, et que si elle en agissait avec nous autrement +qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins qu'amical. + +Quant a la suzerainete que le royaume de Sicile a sur Malte, nous ne +devons pas nous y refuser, toutes les fois que Naples reconnaitra la +suzerainete de la republique romaine. + +Je m'arrete ici deux jours pour faire de l'eau, apres lesquels je pars +pour l'Orient. + +Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps a Naples; je vous prie +de me faire connaitre ce que vous comptez faire, et de me donner, le +plus souvent que vous pourrez, des nouvelles de l'Europe. + +Vous connaissez l'estime et la consideration particuliere que j'ai pour +vous. + +BONAPARTE. + +P.S. Pour epargner le temps, je mets ma lettre au directoire, sous +cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les chevaliers qui n'etaient pas profes et qui se seraient +maries a Malte; + +2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulieres dans l'ile +de Malte; + +3. Ceux qui auraient etabli des manufactures ou des maisons de commerce; + +4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, connus par les +sentimens qu'ils ont pour la republique, seront regardes comme citoyens +de Malte et pourront y rester tant qu'ils desireront. Ils seront +exceptes de l'ordre donne aujourd'hui. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les iles de Malte et du Gozo seront administrees par une +commission de gouvernement composee de neuf personnes, qui seront a la +nomination du general en chef. + +2. Chaque membre de la commission la presidera a son tour pendant six +mois. Elle choisira un secretaire et un tresorier hors de son sein. + +3. Il y aura, pres de la commission, un commissaire francais. + +4. Cette commission sera specialement chargee de toute l'administration +des iles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des +contributions directes et indirectes. Elle prendra des mesures relatives +a l'approvisionnement de l'ile. L'administration de sante sera +specialement sous ses ordres. + +5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement avec la +commission pour etablir ce qu'elle doit donner par mois a la caisse de +l'armee. + +6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment de +l'organisation des tribunaux pour la justice civile et criminelle, en le +rapprochant le plus possible de l'organisation qui existe actuellement +en France. La nomination des membres aura besoin de l'approbation du +general de division commandant a Malte. En attendant que ces tribunaux +soient organises, la justice continuera d'etre administree comme par le +passe. + +7. Les iles de Malte et du Gozo seront divisees en cantons dont le +moindre aura trois mille ames de population. Il y aura a Malte deux +municipalites. + +8. Chaque canton sera administre par un corps municipal de cinq membres. + +9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix. + +10. Les juges de paix, les differentes magistratures seront nommes par +la commission de gouvernement, avec l'approbation du general de division +commandant a Malte. + +11. Tous les biens du grand-maitre de l'ordre de Malte et des differens +couvens des chevaliers appartiennent a la republique francaise. + +12. Il y aura une commission, composee de trois membres, chargee +de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle +correspondra avec l'ordonnateur en chef. + +13. La police sera toute entiere sous les ordres du general de division +commandant et des differens officiers sous ses ordres. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalite de la ville de Malte, un +bataillon de garde nationale compose de neuf cents hommes, qui portera +l'uniforme habit vert, paremens et collet rouges, et passe-poil blanc. +Cette garde nationale sera choisie parmi les hommes les plus riches, les +marchands, et ceux qui sont interesses a la tranquillite publique. + +2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles +necessaires pour la police. Elle ne sera jamais de garde aux forts. + +3. L'institution du corps des chasseurs sera conservee. + +4. Le general de division fera un reglement tant pour l'organisation et +le service de la garde nationale que pour l'organisation et le service +des chasseurs. On donnera aux uns et aux autres la quantite d'armes +necessaire pour le service. + +5. On formera quatre compagnies de veterans de tous les vieux soldats +qui auraient ete au service de l'ordre de Malte, et qui sont incapables +d'un service actif. + +Les deux premieres, des l'instant qu'elles seront organisees, seront +envoyees pour tenir garnison dans le fort de Corfou. On executera le +present article, quelques difficultes que l'on puisse rencontrer, mon +intention n'etant pas que cette grande quantite d'hommes, habitues a +l'ordre de Malte, continue a y rester. + +6. On formera quatre compagnies de canonniers, a peu pres sur le meme +pied que celles qui existaient ci-devant, qui seront employees dans +les batteries de la cote. Il y aura, dans chacune de ces compagnies de +canonniers, un officier et un sous-officier francais. + +7. Tous les individus qui voudront former une compagnie de cent +chasseurs seront maitres de la former. Eux et les officiers de ces +compagnies seront conserves, et, des l'instant qu'elles seront +organisees, le general de division les fera partir pour rejoindre +l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Aux commissaires du gouvernement a Corcyre, Ithaque, et pres le +departement de la mer Egee._ + +Je vous previens, citoyens, que le pavillon de la republique flotte sur +tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem est +detruit. + +Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra l'armee. + +Apprenez aux habitans de votre departement ce que nous faisons dans ce +moment-ci; ils en tireront tout l'avantage. + +N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaitre a tous les Grecs de la +Moree et des autres pays. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger._ + +Je vous previens, citoyens, que l'armee de la republique est en +possession depuis deux jours de la ville et des deux iles de Malte et du +Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur tous les forts. + +Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction de l'ordre de +Malte et de cette nouvelle possession de la republique au bey, pres +duquel vous vous trouvez, et lui faire connaitre que, desormais, il doit +respecter les Maltais, puisqu'ils se trouvent sujets de la France. + +Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberte les differens +esclaves maltais qu'il avait; j'ai donne l'ordre pour que l'on mit en +liberte plus de deux mille esclaves barbaresques et turcs, que l'ordre +de Saint-Jean de Jerusalem tenait aux galeres. + +Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte en deux ou +trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il s'ecartait un moment +des egards qu'il doit a la republique. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798). + +_Au general Chabot._ + +Nous sommes entres, citoyen general, depuis trois jours dans Malte. +La republique vient, par-la, d'acquerir une place aussi forte que +favorablement situee pour le commerce. + +Les habitans des trois departemens qui composent votre division, doivent +en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur cette bonne +nouvelle. + +Je laisse le general Vaubois pour commander ici. Vous pourrez +correspondre avec lui pour tous les objets dont vous pourriez avoir +besoin. + +Votre division fait partie de l'armee que je commande. Je vous prie de +m'envoyer par le brick l'etat de situation exacte de vos troupes, de +votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, soit de vivres. + +Faites-moi connaitre aussi ce qui est du a la troupe, et s'il vous +serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, d'armer en flute +le vaisseau et la fregate qui sont a Corfou, et de me les envoyer dans +l'endroit que je vous designerai. + +Je vous prie d'expedier a notre ministre a Constantipople, la nouvelle +de l'occupation de Malte par l'armee francaise, et de la destruction de +l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem. Annoncez egalement cette nouvelle a +Ali-Pacha, au pacha de Scutari et au pacha de la Moree. + +Je desire que vous n'envoyiez a Constantinople qu'un bateau de commerce. +Le chebeck _le Fortunatus_ a ordre de venir joindre l'armee: faites-le +accompagner par un de vos meilleurs bricks, afin que je puisse vous le +renvoyer avec de nouveaux ordres. + +Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est inutile que +vous fassiez connaitre la destination que prend l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les habitans des iles de Malte et du Gozo sont tenus de +porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de Malte ne pourra porter +l'habit national francais, a moins qu'il n'en ait obtenu la permission +speciale du general en chef. Le general en chef accordera la qualite +de citoyen francais et la permission de porter l'habit national aux +habitans de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement a +la republique, par quelque action d'eclat, trait de bienfaisance ou de +bravoure. + +2. Tous les habitans de Malte sont desormais egaux en droits. Leurs +talens, leur merite, leur patriotisme, et leur attachement a la +republique francaise, etablissent seuls la difference entre eux. + +3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le nom de +_bonnivagli_ seront mis en liberte, et le contrat deshonorant pour +l'espece humaine qu'ils ont fait est detruit. + +4. En consequence de l'article precedent, tous les Turcs qui sont +esclaves de quelque particulier seront remis entre les mains du general +commandant, pour etre traites comme prisonniers de guerre; et, vu +l'amitie qui existe entre la republique francaise et la Porte ottomane, +ils seront envoyes chez eux lorsque le general en chef l'ordonnera, et +lorsqu'il aura connaissance que les beys consentent a renvoyer a Malte +tous les esclaves francais ou maltais qu'ils auraient. + +5. Dix jours apres la publication du present ordre, il est defendu +d'avoir des armoiries soit a l'interieur, soit a l'exterieur des +maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, ni de prendre des +titres feodaux. + +6. L'ordre de Malte etant dissous, il est expressement defendu a qui que +ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, ou chevaliers. + +7. On mettra dans chaque eglise, a la place ou etaient les armes du +grand-maitre, celles de la republique. + +8. Dix jours apres la publication du present ordre, il est defendu, +sous quelque pretexte que ce soit, de porter des uniformes des corps de +l'ancien ordre de Malte. + +9. L'ile de Malte appartenant a la republique francaise, la mission des +differens ministres plenipotentiaires a cesse. + +10. Tous les consuls etrangers cesseront leurs fonctions, et oteront +les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'a ce qu'ils aient recu des +lettres de creance de leur gouvernement pour continuer leurs fonctions +dans la ville de Malte, devenue port de la republique francaise. + +11. Tous les etrangers venant et vivant a Malte seront obliges de se +conformer au present ordre, quels que soient leur grade et le rang +qu'ils auraient chez eux. + +12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront condamnes, pour +la premiere fois, a une amende du tiers de leurs revenus; la seconde, a +trois mois de prison; la troisieme, a un an de prison; la quatrieme, a +la deportation de l'ile de Malte, et a la confiscation de la moitie de +leurs biens. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il sera fait un desarmement general de tous les habitans des +iles de Malte et du Gozo. Il ne sera accorde des armes que par une +permission du general commandant, et a des hommes dont le patriotisme +sera reconnu. + +2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les iles de Malte et du +Gozo sera continuee; mais ce corps ne sera compose que d'hommes sur les +services desquels on peut compter. On aura soin surtout d'avoir des +officiers patriotes. + +3. Les signaux seront retablis depuis la pointe du Gozo a Malte. + +4. Les lois de la sante a Malte ne seront ni plus ni moins rigoureuses +que les lois de la sante a Marseille. + +5. Il sera forme une compagnie de trente volontaires, composee de jeunes +gens de quinze a trente ans, et pris dans les familles les plus riches. + +6. Le general de division designera, dans l'espace de dix jours, a +la commission de gouvernement les hommes qui doivent composer ladite +compagnie. La commission de gouvernement le leur fera signifier; et, +vingt jours apres, ils seront obliges d'etre armes d'un sabre. Ils +auront le meme uniforme que les guides de l'armee, a l'exception qu'ils +porteront l'aiguillette et le bouton blanc. + +7. Ceux qui ne se trouveraient pas a la revue que passera le general de +division dix jours apres seront condamnes, les jeunes gens a un an de +prison, et les parens, jouissant du bien de la famille, a mille ecus +d'amende. + +8. La commission de gouvernement designera les jeunes gens de neuf a +quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, lesquels seront +envoyes a Paris pour etre eleves dans les ecoles de la republique. Les +parens seront tenus de leur faire 800 fr. de pension, et de leur donner +600 fr. pour leur voyage. Le passage leur sera accorde sur les vaisseaux +de guerre. + +9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces jeunes gens, au +plus tard dans vingt jours, au general en chef, et ils partiront au plus +tard dans un mois. + +10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et revers +rouges, lisere blanc. Ils seront debarques a Marseille, ou le ministre +de l'interieur donnera des ordres pour les faire passer dans les ecoles +nationales. + +11. Le commissaire-ordonnateur de la marine designera a la commission de +gouvernement les jeunes gens maltais appartenans aux familles les plus +riches, pour pouvoir etre places comme aspirans, et pouvoir s'instruire +et parvenir a tous les grades. + +12. Comme l'education interesse principalement la prosperite et la +surete publiques, les parens dont les enfans seront designes, et qui s'y +refuseraient, seront condamnes a payer mille ecus d'amende. + +13. Les classes pour les matelots seront retablies comme dans les ports +de France. Lorsque l'escadre aura besoin de matelots, et qu'il n'y aura +pas assez de gens de bonne volonte, on prendra de preference les jeunes +gens de quinze a vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra +ceux de vingt-cinq a trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq a +quarante-cinq. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les pretres, religieux et religieuses, de quelque ordre +que ce soit, qui ne sont pas natifs des iles de Malte et du Gnzo, seront +tenus d'evacuer l'ile au plus tard dix jours apres la publication du +present ordre: l'eveque, vu ses qualites pastorales, sera seul excepte +du present ordre. + +2. Toutes les cures, benefices, qui, en vertu du present ordre, seraient +vacans, seront donnes a des naturels des iles de Malte et du Gozo, +n'etant point juste que des etrangers jouissent desavantages du pays. + +3. On ne pourra pas desormais faire de voeux religieux avant l'age de +trente ans. Il est defendu de faire de nouveaux pretres, jusqu'a ce que +les pretres actuellement existans soient tous employes. + +4. Il ne pourra pas y avoir a Malte et au Gozo plus d'un couvent de +chaque ordre. + +5. La commission de gouvernement, de concert avec l'eveque, designera +les maisons ou les individus d'un meme ordre doivent se reunir. Tous les +biens qui deviendraient inutiles a la subsistance desdits couvens seront +employes a soulager les pauvres. + +6. Toutes les fondations particulieres, tous les couvens d'ordre +seculier et corporations de penitens, toutes les collegiales, sont +supprimes. La cathedrale seule aura quinze chanoines residans a Malte, +et cinq residans a Civita-Vecchia. + +7. Il est expressement defendu a tout seculier, qui n'est pas au moins +sous-diacre, de porter le collet ou la soutane. + +8. L'eveque sera tenu de remettre, dix jours apres la publication du +present ordre, l'etat des pretres et le certificat qu'ils sont naturels +des iles de Malte et du Gozo, et l'etat de ceux qui, en vertu du present +ordre, doivent evacuer le territoire. + +Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil etat au commissaire +du gouvernement. Tout individu qui n'aurait pas obtempere au present +ordre sera condamne a six mois de prison. + +9. La commission de gouvernement, le commissaire pres elle, le general +de division, sont charges, chacun en ce qui le concerne, de l'execution +du present ordre. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798). + +_A l'ordonnateur Najac._ + +Il y a deja long-temps que vous n'avez recu de nos nouvelles. Vous devez +cependant avoir recu deux avisos que je vous ai envoyes. Je n'ai recu +de Toulon, depuis mon depart, que le brick qui est parti quarante-huit +heures apres nous. + +Apres deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons obtenu la +ville de Malte et tous ses forts: nous y avons trouve deux vaisseaux de +guerre, une fregate, quatre galeres, quinze a dix-huit cents pieces de +canon, et quarante mille fusils. + +Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionne. + +_La Sensible_ que je vous expedie, conduira l'ambassadeur de la +republique a Constantinople. + +J'espere que les trois vaisseaux venitiens, grace a vos soins, seront a +present en etat, et que toutes les troupes restees en arriere, pourront +partir sous leur escorte. + +Adressez tout ce qui nous serait destine, a Malte qui necessairement +doit etre notre premiere echelle. + +Je desirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte toutes les +troupes que le consul de Genes a a nous envoyer. + +Je vous prie d'expedier, deux fois par decade, un aviso pour Malte, d'ou +il retournera a Toulon: le commissaire de la marine, qui est a Malte, +nous expediera nos courriers la ou nous serons. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_Au citoyen Lavalette._ + +_L'Arthemise_, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur la cote +d'Albanie, pour vous mettre a meme de conferer avec Ali-Pacha. La lettre +ci-jointe que vous devrez lui remettre, ne contient rien autre chose que +d'ajouter foi a ce que vous lui direz, et de l'inviter a vous donner un +truchement sur pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez +vous-meme ladite lettre, afin d'etre assure qu'il en prenne lui-meme +lecture. + +Apres quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de Malte, et me +trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et cinquante mille hommes, +j'aurai des relations avec lui, et que je desire savoir si je peux +compter sur lui; que je desirerais aussi qu'il envoyat pres de moi, en +l'embarquant sur la fregate, un homme de marque et qui eut sa confiance; +que sur les services qu'il a rendus aux Francais, et sur sa bravoure +et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il veuille me +seconder, je peux accroitre de beaucoup sa gloire et sa destinee. + +Vous prendrez en general note de tout ce que vous dira Ali-Pacha, et +vous vous rembarquerez sur la fregate pour venir me joindre et me rendre +compte de tout ce que vous aurez fait. + +En passant a Corfou, vous direz au general Chabot, qu'il nous envoie des +batimens charges de bois, et qu'il fasse une proclamation aux habitans +des differentes iles pour qu'ils envoient a l'escadre, du vin, des +raisins secs, et qu'ils en seront bien payes. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_A Ali-Pacha._ + +Mon tres-respectable ami, apres vous avoir offert les voeux que je fais +pour votre prosperite et la conservation de vos jours, j'ai l'honneur de +vous informer que depuis long-temps je connais l'attachement que vous +avez pour la republique francaise, ce qui me ferait desirer de trouver +le moyen de vous donner des preuves de l'estime que je vous porte. +L'occasion me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empresse +de vous ecrire cette lettre amicale, et j'ai charge un de mes +aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre en mains +propres. Je l'ai charge aussi de vous faire certaines ouvertures de ma +part, et comme il ne sait point votre langue, veuillez bien faire choix +d'un interprete fidele et sur pour les entretiens qu'il aura avec vous. +Je vous prie d'ajouter foi a tout ce qu'il vous dira de ma part, et de +me le renvoyer promptement avec une reponse ecrite en turc de votre +propre main. Veuillez-bien agreer mes voeux et l'assurance de mon +sincere devouement. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +_Au roi d'Espagne._ + +La republique francaise a accepte la mediation de V.M. pour la +capitulation de la ville de Malte. + +M. le chevalier d'Amatti, votre resident dans cette ville, a su etre a +la fois agreable a la republique francaise et au grand-maitre. Mais par +l'occupation du port de Malte par la republique, la place de M. d'Amatti +se trouve supprimee. Je le recommande a Votre Majeste, pour qu'elle +veuille bien ne pas l'oublier dans la distribution de ses graces. + +Je prie Votre Majeste de croire aux sentimens d'estime et a la +tres-haute consideration que j'ai pour elle. + +BONAPARTE. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les pretres latins ne pourront pas officier dans l'eglise qui +appartient aux Grecs. + +2. Les messes que les pretres latins ont coutume de dire dans les +eglises grecques seront dites dans les autres eglises de la place. + +3. Il sera accorde protection aux Juifs qui voudront etablir une +synagogue. + +4. Le general commandant remerciera les Grecs etablis a Malte de la +bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siege. + +5. Tous les Grecs des iles de Malte et du Gozo, et des departemens +d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egee, qui conserveront des relations +quelconques avec les Russes, seront condamnes a mort. + +6. Tous les batimens grecs qui naviguent sous pavillon russe, s'ils sont +pris par des batimens francais, seront coules bas. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la garde du +grand-maitre et du regiment de Malte, qui partent avec la flotte +francaise, recevront: + +Les femmes, vingt sous par decade; les enfans au-dessous de dix ans, dix +sous par decade. + +2. Tous les garcons au-dessus de dix ans seront embarques sur les +batimens de la republique, comme mousses. + +3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime sur la paie de +chaque grenadier ou soldat, du regiment de Malte, qui a des enfans. + +4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par decade, et les +enfans au-dessous de dix ans, quinze sous. + +5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur mois. + +6. La commission du gouvernement de Malte est chargee de l'execution du +present ordre. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en bureau et en +conseil. + +2. Le bureau sera compose de trois membres; y compris le president. + +3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres qui doivent +composer le bureau. + +4. Le bureau sera en activite constante de service; chacun des membres +aura 4,000 fr. d'appointemens. + +5. Le conseil ne se reunira qu'une fois par decade, pour prendre +connaissance de ce qu'aura fait le bureau. + +6. Il leur sera accorde a chacun un traitement de 1,000 fr. par an. + +7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le citoyen N---- pour +six mois, et le citoyen N---- pour un an. + +8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: outre +ses frais de bureau, il lui sera accorde, sur l'extraordinaire, une +gratification pour son etablissement. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Le general de division commandant a la police generale de +l'ile et du port; aucun batiment ne peut ni entrer ni sortir qu'en +consequence de son reglement. + +2. La commission du gouvernement est chargee de l'organisation civile, +judiciaire et administrative. + +3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, ou apres +avoir oui son rapport; les conclusions du commissaire devront etre mises +dans toutes les deliberations de la commission. + +4. Tout ce qui est reglement ne peut etre publie, ni avoir son effet, +que vise par le commandant et le general de division. + +5. La commission des domaines est chargee de faire l'inventaire de tous +les meubles et immeubles appartenans a la republique; ainsi que de +l'administration de tous les biens nationaux. + +6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura faits et le +bordereau de ce qu'elle aura recu au commissaire du gouvernement. + +7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en consequence d'un ordre du +general en chef, et, s'il survenait des circonstances extraordinaires +qui exigeassent des fonds, le general de division, le commissaire +du gouvernement, le commissaire des guerres, et la commission, se +reuniraient et prendraient un arrete, en consequence duquel on serait +autorise a vendre jusqu'a la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire +du gouvernement serait alors charge de faire un reglement, et d'en +suivre tous les details. + +8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur que celui de la +division militaire, qui aura un registre et une caisse particuliere pour +les objets y relatifs. + +10. Le general commandant l'ile aura seul le droit de controler et de se +meler de l'administration du pays. Les generaux commandant sous lui, +les commandans de place, et autres agens militaires, ne se meleront +en aucune maniere des objets administratifs. Le general-commandant ne +pourra jamais etre represente par un de ses subordonnes. + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798). + +ART. 1er. Les impots etablis seront provisoirement maintenus. Le +commissaire du gouvernement et la commission administrative en +assureront la perception. + +2. Dans le plus court delai, il sera etabli un systeme d'impositions +nouvelles, de maniere que le produit total, pris sur les douanes, le +vin, l'enregistrement, le timbre, le tabac, le sel, les loyers de +maisons et les domestiques, s'eleve a 720,000 fr. + +3. De cette somme, il sera verse chaque mois 50,000 fr. dans la caisse +du payeur de l'armee. Ce versement n'aura lieu cependant que dans trois +mois, et jusque-la la caisse des domaines nationaux y suppleera. + +4. Les 120,000 fr. restans seront laisses pour fournir aux frais +d'administration, justice, etc., selon l'etat par apercu ci-joint. + +5. Cet etat sera arrete definitivement par la commission du gouvernement +avec le commissaire de la republique francaise, lors de l'organisation +des tribunaux, et des diverses parties du service administratif. + +6. Le pave des villes, et l'entretien pour la proprete et le" lumieres, +sera paye par les habitans. + +7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera etabli sur les +batimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des employes attaches a +ce service. + +8. Il sera etabli un droit de passe pour l'entretien des routes. + +9. L'instruction publique sera payee avec les biens qui y sont deja +affectes; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des fondations et couvens +supprimes, suivant l'ordre precedent du general en chef. + +10. Les gages des magistrats de sante et frais y relatifs seront payes +par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs. + +11. Le mont-de-piete sera maintenu, et le commissaire du gouvernement +pour voira a son organisation nouvelle. + +12. L'etablissement dit de l'Universite, pour l'approvisionnement en +grains de l'ile, sera maintenu, en separant l'administration ancienne a +compter du premier messidor; et le commissaire du gouvernement sera tenu +de l'organiser de maniere a ne laisser aucune inquietude a la republique +sur l'approvisionnement de l'ile. + +13. Les hopitaux seront organises sur des bases nouvelles, et il +sera pourvu a leurs besoins par des biens des couvens ou fondations +supprimes; ceux qui y sont deja affectes leur seront conserves. + +14. La poste aux lettres sera organisee de maniere a couvrir, par la +taxe des lettres, la depense qu'elle occasionnera. + +15. Les depenses relatives au passage de l'armee, aux fournitures faites +pour elle, a l'etat du nouveau gouvernement, seront prises sur les fonds +qui resteront disponibles pendant les trois mois ou le gouvernement ne +paiera rien a l'armee. + +16. Le commissaire du gouvernement est autorise a regler, +provisoirement, les cas non prevus, en rendant compte de la +determination au general en chef. + + +_Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)_ + +ECOLES PRIMAIRES. + +ART. 1er. Il sera etabli dans les iles de Malte et du Gozo quinze ecoles +primaires. + +2. Les instituteurs des ecoles enseigneront aux eleves a lire et ecrire +en francais, les elemens de calcul et du pilotage, et les principes de +la morale et de la constitution francaise. + +3. Les instituteurs seront nommes par le commissaire du gouvernement. + +4. Ils seront loges dans une maison nationale a laquelle sera attache un +jardin. + +5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les villes et de 800 +fr. dans les casals. + +6. Il sera affecte au paiement de chaque instituteur une portion +suffisante des biens des couvens supprimes. + +7. La distribution des ecoles et les reglemens sur leurs administration +et regime seront confies a la commission de gouvernement. + + +ECOLE CENTRALE. + +ART. 1er. Il sera etabli a Malte une ecole centrale qui remplacera +l'universite et les autres chaires. + +2. Elle sera compose: + +1 deg.. D'un professeur d'arithmetique, et de stereotomie, aux appointemens +de 1,800 f.; 2 deg.. d'un professeur d'algebre et de stereotomie, aux +appointemens de 2,000 fr.; 3 deg.. d'un professeur de geometrie et +d'astronomie, aux appointemens de 2,400 fr.; 4 deg.. d'un professeur de +mecanique et de physique, aux appointemens de 5,000 fr.; 5 deg.. d'un +professeur de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6 deg.. d'un +professeur de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7 deg.. d'un professeur +de langues orientales, aux appointemens de 1,200 francs; 8 deg.. d'un +bibliothecaire, charge des cours de geographie, aux appointemens de +1,000 fr. + +3. A l'ecole centrale seront attaches: + +1 deg.. La bibliotheque et le cabinet d'antiquites; 2 deg.. un museum d'histoire +naturelle; 3 deg.. un jardin de botanique; 4 deg.. l'observatoire. + +Une somme de 3,000 fr. sera affectee a l'entretien du materiel de +l'ecole centrale. + +5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la fondation de +l'approvisionnement. + +6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le commissaire des +domaines pour la vente desdits biens. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +Le commissaire-ordonnateur ouvrira un credit sur le payeur de la place, +de 3,000 fr. par mois pour le commandant de l'artillerie; 4,000 fr. par +mois pour le commandant du genie; 25,000 fr. par mois pour la marine; +3,000 fr. par mois pour l'extraordinaire, a la disposition du +general-commandant. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront chacun 4,000 +fr. d'appointemens par an. + +2. Ceux qui ne sont pas etablis dans le pays auront six mois +d'appointemens en forme de gratification pour leur etablissement. + +3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accorde egalement +une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement pour son +etablissement, dont 3,000 fr. seront payes sur les premiers fonds, et +3,00 fr. dans six mois. + +4. les frais de logement et de bureau de la commission ne pourront pas +exceder la somme de 12 a 1,500 fr. par an. + +5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera des +moyens de perfectionner l'instruction, et proposera a la commission de +gouvernement les mesures d'administration qu'il jugera necessaires. + +6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employes, dont +l'etat aura ete arrete par la commission de gouvernement, et les +depenses necessaires pour l'entretien des divers etablissemens, seront +payes sur les fonds ci-devant affectes a l'entretien de l'universite et +de la chaire des langues orientales. + +7. Il sera affecte au jardin de botanique un terrain de trente arpens, +que la commission de gouvernement designera sans delai parmi les +terrains les plus fertiles et les plus pres de la ville. + +8. Il sera fait a l'hopital de la ville de Malte des lecons d'anatomie, +de medecine et d'accouchement, par les officiers qui y sont attaches. + + + +_Ordre du 29 prairial_ (17 juin 1798.) + +ART. 1. On affectera pour l'hopital, des fonds des couvens ou dotations +supprimees, jusqu'a la concurrence de 40,000 fr. de rentes. On prendra +de preference toutes les dotations qui existent deja affectees aux +hospices, quelques denominations qu'elles aient. + +2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., pour les +creanciers du grand-maitre. + +3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour subvenir aux +besoins de la garnison et de la marine. + +Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.) + +ART. 1er. L'eveque n'exercera d'autre justice qu'une police sur les +ecclesiastiques; toutes procedures relatives au mariages seront du +ressort de la justice civile et criminelle. + +Il est expressement defendu a l'eveque, aux ecclesiastiques et aux +habitans de l'ile, de rien recevoir pour l'administration des sacremens, +le devoir de leur etat etant de les administrer gratis. Ainsi les droits +d'etole, et autres pareils, restent abolis. + +3. Aucun prince etranger ne pourra avoir d'influence ni dans +l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. Ainsi +aucun ecclesiastique ni habitant ne pourra avoir recours au pape ni a +aucun metropolitain. + +BONAPARTE. + + + +Le 30 prairial (18 juin 1798). + +Au directoire executif. + +Je vous envoie, citoyens directeurs, + +1 deg.. Un reglement pour la repression des delits a bord de l'escadre. + +2 deg.. Copie d'une lettre ecrite au citoyen Najac, pour les differens +avancemens dans l'arsenal. + +Le citoyen Najac a mis autant d'activite que de zele dans l'execution +de vos ordres pour l'expedition; c'est un homme de merite, qui entend +parfaitement sa besogne. + +3 deg.. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient debarques de +dessus l'escadre. + + (Cette lettre a ete ecrite a differentes reprises, tant a bord + De la flotte qu'a Malte. Nous la classons a sa derniere date.) + +Le 8 prairial (27 mai 1798). + +Nous sommes depuis deux jours en calme, a dix lieues au large du detroit +de Bonifaccio. + +Le convoi de Corse vient de se reunir a nous; les troupes de ce convoi +sont commandees par le general Vaubois. J'attends a chaque instant le +convoi de Civita-Vecchia. + +Un brick anglais a ete poursuivi par l'aviso _le Corcyre_, commande par +le citoyen Renould, et oblige de se jeter sur les cotes de Sardaigne, +ou il s'est brule. L'equipage de ce batiment nous parle toujours d'une +escadre anglaise. + +Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espece d'avaries ni de +maladies; tout continue a fort bien aller. Nos soldats travaillent +nuit et jour, soit pour apprendre a grimper sur les matures, soit a +l'exercice du canon. + + + +Le 9, a huit heures du soir. + +Le troisieme bataillon de la soixante-dix-neuvieme, auquel vous aviez +depuis long-temps donne l'ordre de passer a Corfou, est encore a Ancone. +J'ecris a Brune pour qu'il ne perde pas un instant pour l'y faire +passer. Il est bien essentiel que nos iles soient suffisamment gardees, +surtout dans le premier moment. + + + +Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798). + +Nous sommes arrives le 21, a la pointe du jour, a la vue de l'ile de +Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y etait arrive depuis trois jours. + +Le 21 au soir, j'ai envoye un de mes aides-de-camp pour demander au +grand-maitre la faculte de faire de l'eau dans differens mouillages de +l'ile. Le consul de la republique a Malte vint me porter sa reponse, qui +etait un refus absolu, ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de +deux batimens de transport a la fois: ce qui, calcul fait, aurait exige +plus de trois cents jours pour faire de l'eau. + +Le besoin de l'armee etait urgent et me faisait un devoir d'employer la +force pour m'en procurer. + +J'ordonnai a l'amiral Brueys de faire des preparatifs pour la descente. +Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre et le convoi de +Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la calle de Marsa-Siroco. Le +convoi de Genes debarqua a la calle Saint-Paul, celui de Marseille a +l'ile de Gozo. + +Le general de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, descendirent +a la portee du canon de la place. Le general Desaix fit debarquer +le general Belliard avec la vingt-unieme. Il s'empara de toutes les +batteries et de tous les forts qui defendaient la rade et le mouillage +de Marsa-Siroco. + +Le 22, a la pointe du jour, nos troupes etaient a terre sur tous les +points, malgre l'obstacle d'une canonnade vive, mais extremement mal +executee. + +Le 22 au soir, la place etait investie de tous les cotes, et le reste de +l'ile etait soumis. + +Le general Reynier venait de s'emparer de l'ile de Gozo; le general +Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'ile de Malte, apres avoir fait +plusieurs chevaliers et deux cents hommes prisonniers. Le general Desaix +etait a une portee de pistolet du glacis de la Cottonere et du fort +Riccazoli: il avait aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers. + +Les malheureux habitans, effrayes au-dela de ce qu'on peut imaginer, +s'etaient refugies dans la ville de Malte, qui se trouva par ce moyen +suffisamment garnie de monde. + +Pendant toute la soiree du 22, la ville canonna avec la plus grande +activite. Les assieges voulurent faire une sortie; mais le chef de +brigade Marmont, a la tete de la dix-neuvieme, leur enleva le drapeau de +l'ordre. + +Le 22, je commencai a faire debarquer l'artillerie. Nous avons peu de +places en Europe aussi fortes et aussi soignees que celle de Malte. Je +ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, et j'entamai differentes +negociations: le resultat en a ete heureux. + +Le grand-maitre m'envoya demander, le 22 au matin, une suspension +d'armes. + +J'ai envoye mon aide-de-camp chef de brigade Junot au grand-maitre, +avec la faculte de signer une suspension d'armes, s'il consentait, pour +preliminaires, a negocier de la reddition de la place. + +J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder les +intentions du grand-maitre. + +Le 22 a minuit, les charges de pouvoir du grand-maitre vinrent a bord +de l'Orient, ou ils conclurent dans la nuit la convention dont je vous +envoie les articles. + +A la tete de la deputation du grand-maitre etait le commandeur +Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue d'Auvergne, qui, du +moment ou il vit que l'on prenait les armes contre nous, a sur-le-champ +ecrit au grand-maitre que son devoir, comme chevalier de Malte, etait +de faire la guerre aux Turcs, et non a sa patrie; qu'en consequence +il declarait ne vouloir prendre aucune part a la mauvaise conduite de +l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ mis en prison, et +il n'en sortit que pour etre charge de venir negocier. + +Hier, 24, nous sommes entres dans la place, et nous avons pris +possession de tous les forts. Aujourd'hui, a midi, l'escadre y est venue +mouiller. + +Je suis extremement satisfait de la conduite de l'amiral Brueys, de +l'harmonie et de l'ensemble qui regnent dans toute l'escadre. J'ai +beaucoup a me louer du zele et de l'activite du citoyen Gantheaume, chef +de division de l'etat-major de l'escadre. + +Le citoyen Motard, capitaine de fregate, a commande les chaloupes de +debarquement. C'est un jeune officier d'esperance. + +Nous avons trouve a Malte deux vaisseaux de guerre, une fregate, quatre +galeres, douze cents pieces de canon, quinze cents milliers de poudre, +quarante mille fusils, etc. On vous en enverra incessamment l'etat. + +Je vous envoie copie des differens ordres que j'ai donnes pour +l'etablissement du gouvernement dans cette ile. + +Je vous envoie la liste des Francais residant a Malte, dont la plupart +chevaliers, qui, un mois avant notre arrivee, ont fait des dons pour la +descente en Angleterre. + +Je vous prie d'accorder le grade de general de brigade au citoyen +Marmont. + + + +Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798). + +L'escadre commence a sortir du port; et, le 30, nous comptons etre tous +a la voile pour suivre notre destination. + +J'ai laisse, pour commander l'ile, le general de division Vaubois; c'est +lui qui a commande le debarquement, et il s'est concilie les habitans de +l'ile par sa sagesse et sa douceur. + +Le grand-maitre part demain pour se rendre a Trieste. Sur les six cent +mille francs que nous lui avons accordes, il laisse ici trois cent mille +francs pour payer ses dettes. Je ferai prevaloir ces trois cent mille +francs sur les terres que nous avons appartenant a l'Ordre. + +Je lui ai donne cent mille francs comptant, et le payeur lui a remis +quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante mille francs +chacune, faisant les deux cent mille francs. Je vous prie d'ordonner +qu'elles soient acquittees. + +Toute l'argenterie d'ici, y compris le tresor de Saint-Jean, ne nous +donnera pas un million. Je laisse cet argent pour subvenir aux depenses +de la garnison et a l'achevement du vaisseau _le Saint-Jean_. + +Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnes aux deux vaisseaux, a +la fregate et aux galeres que nous avons trouves ici. + +Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnes. Je n'ai rien +oublie de ce qui pouvait nous assurer cette ile. + +Je vous prie d'y envoyer le reste de la septieme demi-brigade +d'infanterie legere, de la quatre-vingtieme et de la vingt-troisieme. +Cette derniere est en Corse. + +Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'egale +l'importance de cette place. Elle est soignee et dans le meilleur etat; +mais les fortifications sont tres-etendues. + +Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos demi-brigades qui +sont restes en arriere: cela se monte a plusieurs milliers. Malte aurait +besoin aussi de quatre compagnies d'artillerie a pied. + +J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs qui etaient +ici: ils nous seront utiles. + +Le nombre des chevaliers de Malte francais se monte a trois cents. Une +partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. J'emmene avec moi +tout ce qui avait moins de trente ans. Le reste se rend a Antibes, +afin que ceux qui n'ont pas porte les armes contre la France puissent +rentrer, conformement a l'article 3 de la capitulation. + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, j'ai ete +instruit que les ordres que vous aviez donnes pour arreter les +instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas ete executes, et que +tous les officiers avaient donne leur parole d'honneur de ne pas +souffrir leur arrestation; ce qui avait oblige le general Saint-Cyr a se +relacher de l'execution de vos ordres. J'ai sur-le-champ fait +arreter quatre officiers du septieme de hussards, et quatre de la +soixante-unieme, qui sont designes par les chefs comme les principaux +meneurs. Je les ai destitues et renvoyes en France, comme indignes de +servir dans les troupes de la republique. N'ayant pas le temps de faire +faire leur proces, j'ordonne qu'on les tienne au fort Lamalgue, jusqu'a +ce qu'on ait recu vos ordres. + + + +Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798). + +Je vous envoie l'original du traite que venait de conclure l'ordre de +Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours qu'il etait ratifie, +et le courrier, qui est le meme que celui que j'ai arrete, il y a deux +ans, a Ancone, n'etait pas encore parti. Ainsi, sa majeste l'empereur de +Russie nous doit des remercimens, puisque l'occupation de Malte epargne +a son tresor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu que +lui-meme les interets de sa nation. + +Cependant, si son but avait ete de preparer les voies pour s'etablir +dans le port de Malte, sa majeste aurait du, ce me semble, faire les +choses un peu plus en secret, et ne pas mettre ses projets tant a +decouvert. Mais enfin, quoi qu'il en soit, nous avons, dans le centre de +la Mediterranee, la place la plus forte de l'Europe, et il en coutera +cher a ceux qui nous en delogeront. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Le general Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau de l'Ordre et +ceux de plusieurs des regimens de Malte. + +La sante de cet officier l'obligeait de retourner a Paris. + +Le general Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec distinction a +l'armee d'Italie, et s'est fort bien acquitte des differentes missions +que je lui ai confiees. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation de l'ile. +Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction publique. + +Je vous prie d'envoyer ici trois eleves de l'ecole polytechnique, qui +pourront vous etre designes par le citoyen Guyton. + +Le premier montrera l'arithmetique et la geometrie descriptive; le +second l'algebre; le troisieme la mecanique et la physique. Ils seront +loges et bien payes. + +Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues de l'ile de +Malte. + +Je vous envoie une galere en argent. Cest le modele de la premiere +galere qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux par son +anciennete. + +Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait au +grand-maitre dans les grandes ceremonies; il est assez bien travaille. + + + +Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Le general Vaubois fera deporter a Rome, sous quarante-huit +heures, les consuls d'Angleterre et de Russie. + +2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la deportation sera d'une +annee, au bout de laquelle ils pourront rentrer, si la republique +francaise n'a pas a se plaindre d'eux. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1. Tout individu de l'armee qui aura pille ou viole, sera fusille. + +2. Tout individu de l'armee qui, de son chef, mettra des contributions +sur les villes, villages, sur les individus, ou commettra des extorsions +de quelque genre que ce soit, sera fusille. + +3. Lorsque des individus d'une division auront commis du desordre dans +une contree, la division entiere en sera responsable; si les coupables +sont connus, le general de division les fera fusiller; s'ils sont +inconnus, le general de division previendra a l'ordre que l'on ait a +lui faire connaitre les coupables, et, s'ils restent inconnus, il sera +retenu, sur le pret de la division, la somme necessaire pour indemniser +les habitans de la perte qu'ils auront soufferte. + +4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du desordre dans une +contree, le corps entier en sera responsable; si le chef a connaissance +des coupables, il les denoncera au general de division qui les fera +fusiller; s'ils sont inconnus, le chef fera battre a l'ordre pour qu'on +les lui fasse connaitre; et s'ils continuent a etre inconnus, il sera +retenu sur le pret du corps, la somme necessaire pour indemniser les +habitans de la perte qu'ils auront soufferte. + +5. Aucun individu de l'armee n'est autorise a faire des requisitions +ni lever des contributions, que muni d'une instruction du commissaire +ordonateur en chef, en consequence d'un ordre du general en chef. + +6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent a la guerre, si le +general en chef et le commissaire ordonnateur en chef se trouvaient +eloignes d'une division, le general de division enverra sur-le-champ +copie au general en chef de l'autorisation qu'il aura donnee, et le +commissaire des guerres enverra une copie au commissaire ordonnateur en +chef des objets qu'il aura requis. + +7. Il ne pourra etre requis que des choses necessaires aux soldats, aux +hopitaux, aux transports et a l'artillerie. + +8. Une fois la requisition frappee, les objets requis doivent etre remis +aux agens des differentes administrations qui doivent en donner des +recus, et en recevoir de ceux a qui ils les distribueront, afin d'avoir +leur comptabilite en matiere, en regle. Ainsi, dans aucun cas, les +officiers et soldats ne doivent recevoir directement des objets requis. + +9. Tout l'argent et matieres d'or et d'argent provenant des +requisitions, des contributions et de tout autre evenement, doit, sous +douze heures, se trouver dans la caisse du payeur de la division, et +dans le cas que celui-ci soit eloigne, il sera verse dans la caisse du +quartier-maitre du corps. + +10. Dans les places ou il y aura un commandant, aucune requisition ne +pourra etre faite sans qu'auparavant, le commissaire des guerres n'ait +fait connaitre au commandant de la place, en vertu de quel ordre cette +requisition est frappee; le commandant de la place devra sur-le-champ en +instruire l'etat-major general. + +11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 et 10, seront +destitues et condamnes a deux annees de fers. + +12. Le general en chef ordonne au general chef de l'etat-major, aux +generaux, au commissaire-ordonnateur en chef, de tenir la main a +l'execution du present ordre, son intention n'etant pas que les fonds de +l'armee deviennent le profit de quelques individus; ils doivent tourner +a l'avantage de tous. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et cotes des pays occupes +par l'armee. Tous les reglemens qu'il fera, et ordres qu'il donnera, +auront leur execution. + +2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organises conformement aux +reglemens que fera l'amiral, ainsi que ceux de Corfou et de Damiette. + +3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur a Alexandrie; +le citoyen Vavasseur, celles de directeur de l'artillerie. + +4. Les agens de l'administration des ports et rades des pays occupes par +l'armee, correspondront avec l'ordonnateur Leroy de qui ils recevront +directement des ordres. + +5. Toutes les munitions navales qui seront trouvees dans les pays +conquis par l'armee, seront mises dans les magasins des ports. + +6. Les classes pour les matelots seront etablies a Malte, en Egypte et +dans les iles de la mer Ionienne. + +Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis pour +l'escadre. + +7. La marine n'aura aucun hopital particulier; elle se servira des +hopitaux de l'armee de terre. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Il ne sera rien debarque des batimens de transports et des +convois que sur l'ordre de l'amiral, et en consequence des reglemens +qu'il fera. + +2. Les batimens seront reduits au fret de 18 fr. le tonneau par mois, +pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux au-dessus. + +3. Les batimens hors de service, et qui ne seront pas juges capables +de retourner en Europe, seront evalues et depeces pour le service de +l'escadre. + +4. Il sera fait trois etats des batimens du convoi. + +1 deg.. De ceux au-dessus de cent tonneaux. + +2 deg.. De ceux au-dessus de deux cents. + +3 deg.. De ceux au-dessus. + +On specifiera la nation dont ils sont. + +5. Tous les matelots francais qui sont a bord des batimens du convoi, +seront pris pour la flotte. + +Il sera pris des matelots egyptiens pour les convois. + +6. Tout batiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra avoir que le +nombre de matelots qui lui est necessaire, de quelque nation qu'il soit. +Le surplus sera mis a bord de l'escadre. + +7. Les batimens du convoi, les equipages sont sous les ordres de +l'amiral. Il fera tous les reglemens qu'il jugera necessaires pour le +bien de l'armee. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798). + +Bonaparte, general en chef. + +En consequence de l'autorisation speciale du Directoire executif, et +voulant reconnaitre les services du citoyen Mesnard, commissaire de la +marine: + +Le nomme controleur de la marine pour prendre rang avec ceux des grands +ports. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +PROCLAMATION. + +Soldats! + +Vous allez entreprendre une conquete dont les effets sur la civilisation +et le commerce du monde sont incalculables. Vous porterez a l'Angleterre +le coup le plus sur et le plus sensible, en attendant que vous puissiez +lui donner le coup de mort. + +Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons plusieurs +combats; nous reussirons dans toutes nos entreprises; les destins sont +pour nous. Les beys mameloucks, qui favorisent exclusivement le commerce +anglais, qui ont couvert d'avanies nos negocians, et qui tyrannisent +les malheureux habitans des bords du Nil, quelques jours apres notre +arrivee, n'existeront plus. + +Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahometans; leur +premier article de foi est celui-ci: "il n'y a pas d'autre Dieu que +Dieu, et Mahomet est son prophete". Ne les contredisez pas; agissez avec +eux comme nous avons agi avec les juifs, avec les Italiens; ayez les +egards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les +rabbins et les eveques; ayez pour les ceremonies que prescrit l'alcoran, +pour les mosquees, la meme tolerance que vous avez eue pour les couvens, +pour les synagogues, pour la religion de Moise et celle de Jesus-Christ. + +Les legions romaines protegeaient toutes les religions. Vous trouverez +ici des usages differens de ceux de l'Europe: il faut vous y accoutumer. + +Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les femmes +differemment que nous; mais, dans tous les pays, celui qui viole est un +monstre. + +Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous deshonore; il +detruit nos ressources; il nous rend ennemis des peuples qu'il est de +notre interet d'avoir pour amis. + +La premiere ville que nous allons rencontrer a ete batie par Alexandre: +nous trouverons a chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter +l'emulation des Francais. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +Au pacha d'Egypte. + +Le directoire executif de la republique francaise s'est adresse +plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le chatiment des beys +d'Egypte, qui accablaient d'avanies les commercans francais. + +Mais la sublime Porte a declare que les beys, gens capricieux et avides, +n'ecoutaient pas les principes de la justice, et que non-seulement elle +n'autorisait pas les outrages qu'ils faisaient a ses bons et anciens +amis les Francais, mais que meme elle leur otait sa protection. + +La republique francaise s'est decidee a envoyer une puissante armee +pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, ainsi qu'elle a ete +obligee de le faire plusieurs fois dans ce siecle, contre les beys de +Tunis et d'Alger. + +Toi qui devrais etre le maitre des beys, et que cependant ils tiennent +au Caire sans autorite et sans pouvoir, tu dois voir mon arrivee avec +plaisir. + +Tu es sans doute deja instruit que je ne viens point pour rien faire +contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation francaise est la +seule et unique alliee que le sultan ait en Europe. + +Viens donc a ma rencontre, et maudis avec moi la race impie des beys. + +BONAPARTE. + + + +A bord de _l'Orient_, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798). + +_Au commandant de la Caravelle._ + +Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens en demander +reparation. + +Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune inquietude; +vous appartenez a notre grand ami le sultan: conduisez-vous en +consequence; mais si vous commettez la moindre hostilite contre l'armee +francaise, je vous traiterai en ennemi, et vous en serez cause, car cela +est loin de mon intention et de mon coeur. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798). + +PROCLAMATION. + +Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte insultent a la +nation francaise, et couvrent ses negocians d'avanies: l'heure de leur +chatiment est arrivee. + +Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetes dans le Caucase et +la Georgie tyrannisent la plus belle partie du monde; mais Dieu, de qui +depend tout, a ordonne que leur empire finit. + +Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour detruire votre +religion; ne le croyez pas: repondez que je viens vous restituer +vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte, plus que les +mameloucks, Dieu, son prophete, et le Koran. + +Dites-leur que tous les hommes sont egaux devant Dieu: la sagesse, les +talens et les vertus mettent seuls de la difference entre eux. + +Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent les +mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui rend la vie +aimable et douce? + +Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y a-t-il une +belle esclave, un beau cheval, une belle maison? cela appartient aux +mameloucks. + +Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que Dieu leur en a +fait. Mais Dieu est juste et misericordieux pour le peuple; tous les +Egyptiens sont appeles a gerer toutes les places: que les plus sages, +les plus instruits, les plus vertueux gouvernent; et le peuple sera +heureux. + +Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands canaux, +un grand commerce: qui a tout detruit, si ce n'est l'avarice, les +injustices et la tyrannie des mameloucks? + +Qadhys, cheykhs, Imams, thcorbadjys, dites au peuple que nous sommes +aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas nous qui avons detruit le pape, +qui disait qu'il fallait faire la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas +nous qui avons detruit les chevaliers de Malte, parce que ces insenses +croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans? +N'est-ce pas nous qui avons ete dans tous les temps les amis du +grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et l'ennemi de ses +ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils pas toujours revoltes +contre l'autorite du grand-seigneur, qu'ils meconnaissent encore? Ils ne +font que leurs caprices. + +Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospereront dans leur +fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront neutres! Ils auront le +temps de nous connaitre, et ils se rangeront avec nous. + +Mais malheur, trois fois malheur, a ceux qui s'armeront pour les +mameloucks, et combattront contre nous: il n'y aura pas d'esperance pour +eux; ils periront. + +ART. 1er. Tous les villages, situes dans un rayon de trois lieues +des endroits ou passera l'armee, enverront une deputation au general +commandant les troupes, pour le prevenir qu'ils sont dans l'obeissance, +et qu'ils ont arbore le drapeau de l'armee (blanc, bleu et rouge.) + +2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armee seront +brules. + +3. Tous les villages qui se seront soumis a l'armee mettront, avec le +pavillon du grand-seigneur notre ami, celui de l'arme. + +4. Les cheykhs feront mettre les scelles sur les biens, maisons, +proprietes qui appartiennent aux mameloueks, et auront soin que rien ne +soit detourne. + +5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront les fonctions +de leurs places; chaque habitant restera chez lui et les prieres +continueront comme a l'ordinaire. Chacun remerciera Dieu de la +destruction des mameloucks, et criera: gloire au sultan, gloire a +l'armee francaise, son amie! malediction aux mameloucks et bonheur au +peuple d'Egypte! + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Dans la circonstance ou se trouve l'armee, il est indispensable de +prendre des dispositions telles que l'escadre puisse manoeuvrer selon +les evenemens qui peuvent survenir, et se trouver a l'abri des forces +superieures que pourraient avoir les Anglais dans ces mers; le general +en chef ordonne, en consequence, les dispositions suivantes: + +ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journee de demain, son +escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le temps le permet et s'il y +a le fond necessaire. + +2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond necessaire pour mouiller, +il prendra des mesures telles, que dans la journee de demain, il ait +debarque l'artillerie et autres effets de terre, ainsi que tous les +individus composant l'armee de terre, en gardant seulement cent hommes +par vaisseau de guerre et quarante par fregate, ayant soin qu'il ne se +trouve parmi les troupes ni grenadiers ni carabiniers. + +3. Il enverra a terre le citoyen Ganteaume, chef de l'etat-major de +l'escadre, pour presider et verifier lui-meme l'operation de la sonde du +port, et, dans le cas ou il n'y aurait pas le fond necessaire pour que +l'escadre puisse mouiller, pour accelerer le debarquement des individus +et objets qui sont a bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource +qu'il y a dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les +embarcations. + +4. _Le Dubois_ et _le Causse_ entreront dans le port. + +5. Le citoyen Perree, chef de division, avec les deux galeres, les +bombardes et les differentes chaloupes canonnieres et avisos se rendra +dans le port d'Alexandrie; le general en chef lui fera passer des +instructions pour seconder avec ses forces, les operations de l'armee de +terre. + +6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employes, +officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre pourra +fournir, se rendront egalement a Alexandrie pour y former un +etablissement maritime. + +7. L'amiral fera, dans la journee de demain, connaitre au general +en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans le port +d'Alexandrie, ou si elle peut se defendre, embossee dans la rade +d'Aboukir, contre une escadre ennemie superieure; et dans le cas ou ni +l'un ni l'autre ne pourraient s'executer, il devra partir pour Corfou, +l'artillerie debarquee, laissant a Alexandrie _le Dubois_, _le Causse_, +tous les effets necessaires pour les armer en guerre; _la Diane_, _la +Junon_, _l'Alceste_, _l'Arthemise_, toute la flottille legere, et toutes +les fregates armees en flute, avec ce qui est necessaire, pour leur +armement. + +8. Si l'ennemi paraissait avec des forces tres-superieures, dans le cas +ou l'amiral ne put entrer, ni a Alexandrie, ni au Beckier, la flotte se +retirerait egalement a Corfou ou l'amiral prendrait toutes les mesures +pour executer les dispositions de l'article septieme. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les bles et autres comestibles et bois necessaires a +l'armee, qui se trouvent sur les batimens qui sont dans l'un ou l'autre +port, seront sur-le-champ debarques. L'inventaire en sera fait, et +lesdits vivres seront achetes a des particuliers des nations qui ne +seront pas ennemies de la France. + +2. Tous les batimens de guerre qui appartiendraient aux mameloucks ou a +des nations ennemies de la France, seront confisques. + +3. Le scelle sera mis sur toutes les maisons et autres proprietes des +mameloucks. + +4. Toutes les marchandises qui sont a la Douane, appartenant aux +mameloucks ou a des sujets des nations ennemies de la France, qui sont +la Russie, l'Angleterre et le Portugal, seront confisquees. + +L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois personnes +specialement chargees de faire les recherches, les inventaires, et +meme les evaluations. Elle remettra aux commissaires des guerres les +differens objets a la disposition des diverses administrations. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Demain a midi, il se tiendra un conseil chez le general +du genie, compose du commissaire-ordonnateur en chef, du general +d'artillerie, du commandant de la place, du citoyen Dumanoir, commandant +du port, et de l'ordonnateur Leroy: l'officier du genie, charge du +casernement, fera les fonctions de secretaire. + +2. On etablira dans ce conseil les emplacemens qui doivent etre donnes +pour les differens services. + +3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins a poudre, +le parc, le logement du personnel. Il faudrait que tout cela fut a peu +pres reuni dans un meme endroit. + +4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction et +quelques magasins pour les outils. + +5. Pour le service de l'ordonnateur: differens magasins pour les vivres +et autres parties de l'administration, au moins douze fours, des +hopitaux. + +6. Pour la place et le service des troupes: le logement des officiers de +l'etat-major, un cachot, deux prisons, une pour les gens du pays, une +pour les militaires. + +Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du personnel. + +8. On fera une organisation particuliere pour les differentes parties. + +Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, pour le +fort d'Aboukir, pour le Marabou. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les matelots turcs qui etaient esclaves a Malte et qui ont +ete mis en liberte, et qui sont de Syrie, des iles de l'Archipel ou du +Bey de Tripoli, seront sur-le-champ mis en liberte. + +2. L'amiral les fera debarquer demain a Alexandrie, d'ou l'etat-major +leur donnera des passeports pour se rendre chez eux, et des +proclamations en arabe. + +BONAPARTE. + + + + +Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798). + +_A l'ordonnateur Najac._ + +Nous sommes arrives, citoyen ordonnateur, a Alexandrie, apres +differentes operations militaires. Nous avons deja fait divers +etablissemens militaires. Nous sommes maitres d'Alexandrie, de Rosette +et de Damanhour, qui sont trois grandes villes eloignees de douze +lieues. + +Nous avons bien besoin que le second convoi que vous preparez nous +arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer un ecrit dans nos +differens ports de la Provence et du Languedoc, et meme au consul de +Genes, pour engager tous les negocians a nous envoyer a Alexandrie des +chargemens de vin et d'eau-de-vie qui seront payes, soit en marches +d'echange, soit en argent comptant. Les negocians ne doivent avoir +desormais aucune inquietude, puisque le port de Malte leur offre une +retraite aussi sure que commode. + +Notre premier soin a ete d'etablir ici un lazaret auquel nous avons +donne la meme organisation qu'a celui de Marseille. Ainsi, des ce +moment, il n'y a plus rien a craindre de la peste qui, heureusement dans +ce moment-ci, n'existe plus ni a Alexandrie, ni a Rosette, ni dans aucun +endroit de l'Egypte. + +Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement tout ce qui +est de la suite de l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armee francaise qui ont ete +tues a la prise d'Alexandrie, seront graves sur la colonne de Pompee. + +2. Ils seront enterres au pied de la colonne. Les citoyens Costas et +Dutertre feront un plan qu'ils me presenteront pour l'execution du +present ordre. + +3. Cela sera mis a l'ordre de l'armee. + +4. L'etat-major remettra a cette commission l'etat des noms des hommes +tues a la prise d'Alexandrie. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798). + +_Au citoyen Ferree._ + +Vous ferez partir de suite tous les batimens de votre flottille qui ne +tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en donnerez le commandement +a l'officier qui aura votre confiance. Il se rendra a Aboukir; il +mettra embargo sur tous les batimens qui pourraient s'y trouver. Il +correspondra avec le commandant du fort, pour savoir si la division +Dugua est passee, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au +bord du Nil par la Barre, et se portera a Rosette. + +Un de ces batimens fera sonder l'embouchure, et y restera pour la +designer aux batimens qui arriveront apres. + +Les batimens arrives de Rosette seront a la disposition du general +Dugua. + +Vous partirez le plus tot possible avec le reste de votre flottille. +Vous laisserez deux avisos ici, a la disposition du general Dumanoir. + +Quand vous serez a l'embouchure du Nil, vous ferez entrer tous les +batimens que vous pourrez, en vous servant de tous les moyens que vous +suggereront vos connaissances et votre experience. + +Vous laisserez cependant deux de vos plus grands batimens en dehors, +que vous enverrez croiser au canal de Damiette, avec ordre d'amener a +l'escadre, mouillee au Beckier, tous les batimens qui voudraient sortir +du Nil. Vous leur recommanderez de respecter les pecheurs et les +djermes, de leur faire beaucoup d'honnetetes, et leur donner des +proclamations dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798) + +_Au directoire executif._ + +L'armee est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivee le 13, a la +pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre anglaise que l'on dit etre +tres-forte, s'y etait presentee trois jours avant et avait remis un +paquet pour les Indes. + +Le vent etait grand frais, et la mer tres-houleuse. Cependant je crus +devoir debarquer de suite; la journee se passa a faire les preparatifs +du debarquement. Le general Menou, a la tete de sa division, debarqua le +premier pres du Marabou, a une lieue et demie d'Alexandrie. + +Je debarquai avec le general Kleber, et une autre partie des troupes, a +onze heures du soir. Nous nous mimes sur-le-champ en marche pour nous +porter sur Alexandrie; nous apercumes a la pointe du jour la colonne de +Pompee. Un corps de mameloucks et arabes commencait a escarmoucher avec +nos avant-postes; mais nous nous portames rapidement, la division du +general Bon a la droite, celle du general Kleber au centre, et celle +du general Menou a la gauche, sur les differens points d'Alexandrie. +L'enceinte de la ville des Arabes etait garnie de monde; le general +Kleber partit de la colonne de Pompee, pour escalader la muraille; dans +le temps que le general Bon forcait la porte de Rosette, le general +Menou bloquait le chateau triangulaire avec une partie de sa division, +se portait avec le reste sur une autre partie de l'enceinte, et la +forcait. Il entra le premier dans la place; il y recut six blessures +dont heureusement aucune n'est dangereuse. + +Le general Kleber, au pied de la muraille, designait l'endroit ou il +voulait que ses grenadiers montassent; mais il recut une balle au front +qui le jeta par terre; sa blessure, quoique tres-grave, n'est pas +mortelle; les grenadiers de sa division en doublerent de courage et +entrerent dans la place. La quatrieme demi-brigade, commandee par le +general Marmont, enfonca a coups de hache la porte de Rosette, et toute +la division du general Bon entra dans l'enceinte des Arabes. + +Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxieme, a ete +tue, et l'adjudant general l'Escalle dangereusement blesse. + +Maitres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se refugierent dans le +fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle ville. Chaque +maison etait pour eux une citadelle; mais avant la fin de la journee la +ville fut calme, les deux chateaux capitulerent, et nous nous +trouvames entierement maitres de la ville, des forts et des deux ports +d'Alexandrie. + +Pendant ce temps-la les Arabes du desert etant accourus par pelotons de +30 a 50 hommes, inondaient nos derrieres et tombaient sur nos trainards. +Ils n'ont cesse de nous harceler pendant deux jours; mais hier je suis +parvenu a conclure avec eux un traite, non-seulement d'amitie, mais meme +d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez moi; je +m'assis au milieu d'eux et nous eumes une tres-longue conversation. +Apres etre convenus de nos articles, nous nous sommes reunis autour +d'une table et nous avons voue au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux +qui violerait nos conventions, consistantes: + +Eux a ne plus harceler nos derrieres, a me donner tous les secours qui +dependraient d'eux, et a me fournir le nombre d'hommes que je leur +demanderais pour marcher contre les mameloucks. + +Moi a leur restituer, quand je serai maitre de l'Egypte, les terres qui +leur avaient appartenu jadis. + +Les prieres se font, dans les Mosquees, comme a l'ordinaire, et ma +maison est toujours pleine des imans ou cadis, des scheicks, des +principaux du pays, des muphtis ou chefs de la religion. + +Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les voyageurs +et les faiseurs de relations, elle est calme, fiere et brave. + +Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi nombreuse +qu'elle soit; mais il y a un point de la passe ou il n'y a que cinq +brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins qu'il n'est pas possible +que les vaisseaux de 74 y entrent. + +Cette circonstance contrarie singulierement mes projets; les vaisseaux +de construction Venitienne pourront y entrer, et deja _le Dubois_ et _le +Causse_ y sont. + +L'escadre sera aujourd'hui a Aboukir, pour achever de debarquer +l'artillerie qu'elle a a nous. + +La division du general Desaix est arrivee a Damanhour apres avoir +traverse quatorze lieues dans un desert aride, ou elle a ete bien +fatiguee; celle du general Reynier doit y arriver ce soir. + +La division du general Dugua est a Rosette; le chef de division Ferree +commande notre flottille legere, et va chercher a faire remonter le Nil +par une partie de ses batimens. + +Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen Gantheaume, +chef de l'etat-major de l'escadre, officier du plus grand merite, aussi +distingue par son zele que par son experience et ses connaissances. + +J'ai nomme le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine a Alexandrie. + +J'ai fait dans l'armee differens avancemens dont je vous enverrai l'etat +des que l'armee aura pris un peu d'assiette. + +Nous avons eu a la prise d'Alexandrie trente ou quarante hommes tues, et +quatre-vingts a cent blesses. + +Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen Sulkowski, +qui est un officier du plus grand merite, et qui a ete deux fois culbute +de la breche. + +BONAPARTE. + + + +Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798). + +_Au charge d'affaires a Constantinople._ + +Je vous envoie une depeche que je vous ai ecrite a bord de _l'Orient_. + +L'armee est arrivee: elle a debarque pres d'Alexandrie et s'est emparee +de cette ville apres quelques fusillades. + +Nous sommes en pleine marche sur le Caire. + +Vous devez convaincre la Porte de notre ferme resolution de continuer a +vivre en bonne intelligence avec elle. + +Un ambassadeur vient d'etre nomme pour s'y rendre, et il ne tardera pas +a y arriver. + +Je desire que vous repondiez le plus tot possible a ces differentes +lettres et que vous m'en accusiez la reception. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Au pacha d'Egypte._ + +Je suis tres-fache de la violence que vous a faite Ibrahim, en vous +forcant a quitter le Caire pour le suivre. Si vous en etes le maitre, +revenez dans cette ville; vous y jouirez de la consideration et du rang +dus au representant de notre ami le sultan. + +Je vous ai ecrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date du ...), et +j'ai charge le commandant de la caravelle de vous la faire remettre, et +je suis assure que vous ne l'avez pas recue. Par la Grace de Dieu, de +qui tout depend, les mameloucks ont ete detruits. Soyez assure que les +memes armes que nous avons rendues victorieuses, seront toujours a la +disposition du sultan. Que le ciel comble ses desirs contre ses ennemis! + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Aux scheicks et notables du Caire._ + +Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens qui m'animent. + +Hier, les mameloucks ont ete pour la plupart tues ou faits prisonniers, +et je suis a la poursuite du peu qui reste encore. + +Faites passer de mon cote les bateaux qui sont sur votre rive, +envoyez-moi une deputation pour faire connaitre votre soumission. + +Faites preparer du pain, de la viande, de la paille et de l'orge pour +mon armee, et soyez sans inquietude, car personne ne desire plus +contribuer a votre bonheur que moi. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Proclamation jointe a la precedente._ + +Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous avez bien fait +de ne pas prendre parti contre moi; je suis venu pour detruire la race +des mameloucks, proteger le commerce et les naturels du pays. Que tous +ceux qui ont peur se tranquillisent; que ceux qui se sont eloignes +rentrent dans leurs maisons; que la priere ait lieu comme a l'ordinaire, +comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien pour vos +familles, vos maisons, vos proprietes, et surtout pour la religion du +prophete, que j'aime. Comme il est urgent qu'il y ait des hommes charges +de la police, afin que la tranquillite ne soit pas troublee, il y aura +un divan compose de sept personnes qui se reuniront a la mosquee de Ver. +Il y en aura toujours deux pres du commandant de la place, et quatre +seront occupees a maintenir la tranquillite publique et a veiller a la +police. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798). + +_Au general Desaix._ + +L'etat-major a du vous donner l'ordre, citoyen general, de vous porter +avec votre division a deux lieues en avant de Giza, en suivant les bords +du Nil. Vous emploierez la journee de demain, 6 thermidor, a choisir un +emplacement qui ne soit pas, lors de la crue du Nil, inonde, et qui, +cependant, soit pres du Nil. + +Mon intention est que ce point soit retranche par trois redoutes formant +le triangle, et se flanquant entre elles. + +Chacune de ces redoutes devra pouvoir etre defendue par quatre-vingt-dix +hommes, deux canonniers, et deux petites pieces de canon. + +Lorsque ces redoutes seront achevees, elles seront reunies entre elles +par trois bons fosses, qui formeront les courtines, et de maniere a ce +que ce triangle puisse contenir toute votre division et lui servir de +camp retranche. + +Le general du genie a ordre d'envoyer un officier superieur du genie +pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un officier du genie de +votre division et tous vos sapeurs, et vous prendrez meme a la journee +le plus de paysans que vous pourrez pour pousser vivement la confection +desdits travaux. + +Le general d'artillerie a ordre d'y envoyer six pieces de canon pour les +trois redoutes, et deux pieces de 24 pour faire une batterie qui domine +la navigation du Nil. + +Vous donnerez l'ordre au general Belliard d'envoyer des espions, et de +pousser souvent des reconnaissances au loin pour connaitre ce que font +les mameloucks, et d'envoyer des lettres jusqu'a cinq et six lieues en +remontant le Nil, en repandant des proclamations, et en exigeant que les +villages envoient des deputes pour preter le serment d'obeissance. + +Le 8 a la pointe du jour, si toutes ces operations sont finies, vous +vous en retournerez avec le reste de votre division a Giza, ou vous +recevrez de nouveaux ordres. + +Vous ferez connaitre au general Belliard que, des l'instant que les +trois redoutes seront susceptibles de quelque defense, et qu'il croira +suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en fera part et je lui +enverrai l'ordre de rejoindre sa division. + +Vous ordonnerez a l'autre officier du genie de votre division de faire +un croquis a la main de tout le pays, depuis Giza jusqu'a la position +que vous choisirez, et aux Pyramides, ou est l'avant-garde du general +Dugua. Il aura soin de bien placer les villages, et de specifier +particulierement ceux qui sont habites par les Arabes. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au pacha du Caire._ + +L'intention de la republique francaise en occupant l'Egypte a ete d'en +chasser les mameloucks, qui etaient a la fois rebelles a la Porte et +ennemis du gouvernement francais. + +Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maitresse par la victoire signalee +que son armee a remportee, son intention est de conserver au pacha du +grand-seigneur ses revenus et son existence. + +Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'eprouvera aucune espece +de perte, et que je veillerai a ce qu'elle continue a percevoir le meme +tribut qui lui etait ci-devant paye. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au general du genie._ + +Vous voudrez bien, citoyen general, envoyer un officier superieur du +genie avec l'avant-garde de la division du general Dugua, qui part +demain pour se rendre aux Pyramides, et un autre avec la division du +general Desaix, qui part ce soir pour prendre position a deux lieues, en +remontant le Nil. + +Ils seront charges de tracer des ouvrages dans la position qu'occupe le +general Desaix, trois redoutes ou bastions retranches se flanquant entre +eux, et capables d'etre defendus chacun par quatre-vingt-dix hommes, +deux pieces de canon et dix canonniers. + +Ces trois redoutes se lieront par un grand fosse, ce qui formera un +retranchement, dans lequel la division du general Desaix devra pouvoir +se camper. + +Le profil de ces redoutes doit etre respectable, elles doivent surtout +avoir un fosse tres-profond, et sur toutes les parties les plus faibles, +vous pouvez ordonner que l'on fasse une grande quantite de trous de +loup. + +L'officier du genie qui ira aux Pyramides devra tracer un fort a etoile, +ou redoute brisee, capable de contenir deux cent cinquante a trois cents +hommes, et pouvant etre defendue par cent hommes et deux pieces de +canon: le but de cette redoute est de contenir les Arabes. + +L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent etre a l'abri de +l'inondation du Nil. Celui que vous ferez etablir a la position du +general Desaix, aura une batterie de deux pieces de 24, qui doivent etre +placees de maniere a etre maitre de la navigation du Nil. + +BONAPARTE. + + + +Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798). + +_Au general Dugua._ + +Vous voudrez bien, general, faire partir demain, a la pointe du jour, +votre avant-garde avec une piece de 3 et trente hommes a cheval, le tout +commande par le general Verdier; elle se rendra aux Pyramides. Il fera +connaitre par une circulaire a tous les Arabes qui sont etablis dans +les environs, qu'ils seront responsables si les Arabes continuent a +assassiner les Francais et a nous faire la guerre; que je leur donne +quarante-huit heures pour prevenir leurs compatriotes desdites +dispositions: apres quoi, si l'on continue, je sevirai contre eux. + +Vous enverrez egalement avec cette avant-garde tous vos sapeurs et un +officier du genie. + +Le general du genie a ordre d'y envoyer un officier superieur de cette +arme, lequel se concertera avec le general Verdier pour y tracer une +redoute a etoile capable de contenir cent hommes et deux pieces de +canon, et de la mettre a l'abri de toute attaque de la part des Arabes. +Vous ordonnerez au general Verdier de fournir des sapeurs travailleurs +de la demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans +pour travailler. + +Des l'instant que cette redoute sera achevee, le general Verdier m'en +previendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre sa division. + +Le general d'artillerie a ordre de fournir deux pieces de canon pour +ladite redoute. + +Vous ordonnerez a cette division de nettoyer demain ses armes, pour +pouvoir apres demain occuper la position qui lui sera designee de +l'autre cote du Nil. + +Cherchez a vous procurer le plus de bateaux que vous pourrez, afin de +passer promptement. J'ai ordonne qu'on vous en envoyat du Caire le plus +que l'on pourra. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798). + +_Au directoire executif._ + +Le 19 messidor, l'armee partit d'Alexandrie. Elle arriva a Damanhour le +20, souffrant beaucoup a travers ce desert de l'excessive chaleur et du +manque d'eau. + +_Combat de Rahmanieh._ + +Le 22 nous rencontrames le Nil a Rahmanieh, et nous nous rejoignimes +avec la division du general Dugua, qui etait venue par Rosette en +faisant plusieurs marches forcees. + +La division du general Desaix fut attaquee par un corps de sept a huit +cents mameloucks, qui apres une canonnade assez vive, et la perte de +quelques hommes, se retirerent. + +_Bataille de Chebrheis._ + +Cependant j'appris que Mourad-Bey, a la tete de son armee composee +d'une grande quantite de cavalerie, ayant huit ou dix grosses chaloupes +canonnieres, et plusieurs batteries sur le Nil, nous attendait au +village de Chebrheis. Le 24 au soir, nous nous mimes en marche pour +nous en approcher. Le 25, a la pointe du jour, nous nous trouvames en +presence. + +Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie eclopes et harasses +encore de la traversee; les mameloucks avaient un magnifique corps de +cavalerie, couvert d'or et d'argent, armes des meilleures carabines +et pistolets de Londres, des meilleurs sabres de l'Orient, et montes +peut-etre sur les meilleurs chevaux du continent. + +L'armee etait rangee, chaque division formant un bataillon carre, +ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles des +bataillons. Les bataillons ranges, les deuxieme et quatrieme divisions +derriere les premiere et troisieme. Les cinq divisions de l'armee +etaient placees en echelons, se flanquant entre elles, et flanquees par +deux villages que nous occupions. + +Le citoyen Perree, chef de division de la marine, avec trois chaloupes +canonnieres, un chebec et une demi-galere, se porta pour attaquer la +flottille ennemie. Le combat fut extremement opiniatre. Il se tira de +part et d'autre plus de quinze cents coups de canon. Le chef de division +Perree a ete blesse au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes +dispositions et son intrepidite, est parvenu a reprendre trois chaloupes +canonnieres, et la demi-galere, que les mameloucks avaient prises, et +a mettre le feu a leur amiral. Les citoyens Monge et Berthollet, qui +etaient sur le chebec, ont montre dans des momens difficiles beaucoup +de courage. Le general Andreossy, qui commandait les troupes de +debarquement, s'est parfaitement conduit. + +La cavalerie des mameloucks inonda bientot toute la plaine, deborda +toutes nos ailes, et chercha de tous cotes sur nos flancs et nos +derrieres le point faible pour penetrer; mais partout elle trouva que la +ligne etait egalement formidable, et lui opposait un double feu de flanc +et de front. Ils essayerent plusieurs fois de charger, mais sans s'y +determiner. Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent recus par +des feux de pelotons de carabiniers places en avant des intervalles +des bataillons. Enfin, apres etre restes une partie de la journee a +demi-portee de canon, ils opererent leur retraite, et disparurent. On +peut evaluer leur perte a trois cents hommes tues ou blesses. + +Nous avons marche pendant huit jours, prives de tout, et dans un des +climats les plus brulans du monde. + +Le 2 thermidor au matin, nous apercumes les pyramides. + +Le 2 au soir, nous nous trouvions a six lieues du Caire; et j'appris que +les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, s'etaient retranches a +Embabeh, qu'ils avaient garni leurs retranchemens de plus de soixante +pieces de canon. + +_Bataille des Pyramides._ + +Le 3, a la pointe du jour, nous rencontrames les avant-gardes, que nous +repoussames de village en village. + +A deux heures apres midi, nous nous trouvames en presence des +retranchemens et de l'armee ennemie. + +J'ordonnai aux divisions des generaux Desaix et Reynier de prendre +position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, de maniere a couper a +l'ennemi la communication de la Haute-Egypte, qui etait sa retraite +naturelle. L'armee etait rangee de la meme maniere qu'a la bataille de +Chebrheis. + +Des l'instant que Mourad Bey s'apercut du mouvement du general Desaix, +il se resolut a le charger, et il envoya un de ses beys les plus braves +avec un corps d'elite qui, avec la rapidite de l'eclair, chargea les +deux divisions. On le laissa approcher jusqu'a cinquante pas, et on +l'accueillit par une grele de balles et de mitraille, qui en fit +tomber un grand nombre sur le champ de bataille. Ils se jeterent dans +l'intervalle que formaient les deux divisions, ou ils furent recus par +un double feu qui acheva leur defaite. + +Je saisis l'instant, et j'ordonnai a la division du general Bon, qui +etait sur le Nil, de se porter a l'attaque des retranchemens, et au +general Vial, qui commande la division du general Menou, de se porter +entre le corps qui venait de le charger et les retranchemens, de maniere +a remplir le triple but, + +D'empecher le corps d'y rentrer; + +De couper la retraite a celui qui les occupait; + +Et enfin, s'il etait necessaire, d'attaquer ces retranchemens par la +gauche. + +Des l'instant que les generaux Vial et Bon furent a portee, ils +ordonnerent aux premieres et troisiemes divisions de chaque bataillon de +se ranger en colonnes d'attaque, tandis que les deuxiemes et quatriemes +conservaient leur meme position, formant toujours le bataillon carre, +qui ne se trouvait plus que sur trois de hauteur, et s'avancait pour +soutenir les colonnes d'attaque. + +Les colonnes d'attaque du general Bon, commandees par le brave general +Rampon, se jeterent sur les retranchemens avec leur impetuosite +ordinaire, malgre le feu d'une assez grande quantite d'artillerie, +lorsque les mameloucks firent une charge. Ils sortirent des +retranchemens au grand galop. Nos colonnes eurent le temps de faire +halte, de faire front de tous cotes, et de les recevoir la baionnette au +bout du fusil, et par une grele de balles. A l'instant meme le champ +de bataille en fut jonche. Nos troupes eurent bientot enleve les +retranchemens. Les mameloucks en fuite se precipiterent aussitot en +foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, sous le feu +duquel ils furent obliges de passer a cinq pas, en fit une boucherie +effroyable. Un tres-grand nombre se jeta dans le Nil, et s'y noya. + +Plus de quatre cents chameaux charges de bagages, cinquante pieces +d'artillerie, sont tombes en notre pouvoir. J'evalue la perte des +mameloucks a deux mille hommes de cavalerie d'elite. Une grande partie +des beys a ete blessee ou tuee. Mourad Bey a ete blesse a la joue. Notre +perte se monte a vingt ou trente hommes tues et a cent vingt blesses. +Dans la nuit meme, la ville du Caire a ete evacuee. Toutes leurs +chaloupes canonnieres, corvettes, bricks, et meme une fregate, ont ete +brulees, et le 4, nos troupes sont entrees au Caire. Pendant la nuit, +la populace a brule les maisons des beys, et commis plusieurs exces. +Le Caire, qui a plus de trois cent mille habitans, a la plus vilaine +populace du monde. + +Apres le grand nombre de combats et de batailles que les troupes que je +commande ont livres contre des forces superieures, je ne m'aviserais +point de louer leur contenance et leur sang-froid dans cette occasion, +si veritablement ce genre tout nouveau n'avait exige de leur part une +patience qui contraste avec l'impetuosite francaise. S'ils se fussent +livres a leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne +pouvait s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience. + +La cavalerie des mameloucks a montre une grande bravoure. Ils +defendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux sur lequel nos +soldats n'aient trouve trois, quatre, et cinq cents louis d'or. + +Tout le luxe de ces gens-ci etait dans leurs chevaux et leur armement. +Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de voir une terre plus +fertile et un peuple plus miserable, plus ignorant et plus abruti. Ils +preferent un bouton de nos soldats a un ecu de six francs; dans les +villages ils ne connaissent pas meme une paire de ciseaux. Leurs maisons +sont d'un peu de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille +et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en general +fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des moulins, de +sorte que nous avons bivouaque sur des tas immenses de ble, sans +pouvoir avoir de farine. Nous ne nous nourrissions que de legumes et de +bestiaux. Le peu de grains qu'ils convertissent en farine, ils le fout +avec des pierres; et, dans quelques gros villages, il y a des moulins +que font tourner des boeufs. + +Nous avons ete continuellement harceles par des nuees d'Arabes, qui +sont les plus grands voleurs et les plus grands scelerats de la terre, +assassinant les Turcs comme les Francais, tout ce qui leur tombe +dans les mains. Le general de brigade Muireur et plusieurs autres +aides-de-camp et officiers de l'etat-major ont ete assassines par ces +miserables. Embusques derriere des dignes et dans des fosses, sur leurs +excellens petits chevaux, malheur a celui qui s'eloigne a cent pas des +colonnes. Le general Muireur, malgre les representations de la grande +garde, seul, par une fatalite que j'ai souvent remarque accompagner +ceux qui sont arrives a leur derniere heure, a voulu se porter sur un +monticule a deux cents pas du camp; derriere etaient trois bedouins qui +l'ont assassine. La republique fait une perte reelle: c'etait un des +generaux les plus braves que je connusse. + +La republique ne peut pas avoir une colonie plus a sa portee et d'un sol +plus riche que l'Egypte. Le climat est tres-sain, parce que les nuits +sont fraiches. Malgre quinze jours de marche, de fatigues de toute +espece, la privation du vin, et meme de tout ce qui peut alleger la +fatigue, nous n'avons point de malades. Le soldat a trouve une grande +ressource dans les pasteques, espece de melons d'eau qui sont en +tres-grande quantite. + +L'artillerie s'est specialement distinguee. Je vous demande le grade de +general de division pour le general de brigade Dommartin. J'ai promu au +grade de general de brigade le chef de brigade Destaing, commandant la +quatrieme demi-brigade; le general Zayonschek s'est fort bien conduit +dans plusieurs missions importantes que je lui ai confiees. + +L'ordonnateur Sucy s'etait embarque sur notre flotille du Nil, pour etre +plus a portee de nous faire passer des vivres du Delta. Voyant que je +redoublais de marche, et desirant etre a mes cotes lors de la bataille, +il se jeta dans une chaloupe canonniere, et, malgre les perils qu'il +avait a courir, il se separa de la flottille. Sa chaloupe echoua; il +fut assailli par une grande quantite d'ennemis. Il montra le plus +grand courage; blesse tres-dangereusement au bras, il parvint, par son +exemple, a ranimer l'equipage, et a tirer la chaloupe du mauvais pas ou +elle s'etait engagee. + +Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis notre depart. + +Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les renseignemens +sur la situation economique, morale et politique de ce pays-ci. + +Je vous ferai connaitre egalement, dans le plus grand detail, tous ceux +qui se sont distingues, et les avancemens que j'ai faits. + +Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen Perree, +chef de division, un des officiers de marine les plus distingues par son +intrepidite. + +Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr. a la femme +du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armee. Il nous a rendu, au +milieu du desert, les plus grands services par son activite et son zele. +C'est l'officier de sante que je connaisse le plus fait pour etre a la +tete des ambulances d'une armee. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Le Caire sera gouverne par un divan compose de neuf personnes, +savoir: le scheick El-Sadat, le scheick El-Cherkaoui, le scheick +El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le scheick El-Fayoumiy, le scheick +Chiarichi, le scheick Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf +Seid-Omar, le scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir a cinq +heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et nommeront un +d'entre eux pour president; ils choisiront un secretaire pris hors de +leur sein, et deux secretaires interpretes, sachant le francais et +l'arabe. + +Ils nommeront deux agas pour la police, une commission de trois pour +surveiller les marches et la proprete de la ville, et une autre +egalement de trois, qui sera chargee de faire enterrer les morts qui se +trouveraient au Caire, ou a deux lieues aux environs. + +2. Le divan sera assemble tous les jours a midi, et il y aura +perpetuellement trois membres qui seront en permanence. + +3. Il y aura a la porte du divan une garde francaise et une garde +turque. + +4. Le general Berthier et le commandant de la place se rendront le soir +au divan, a cinq heures, pour les installer et leur faire preter le +serment de ne rien faire contre les interets de l'armee. + +BONAPARTE. + +_Noms des familles les plus anciennes._ + +La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du nakib +El-Aschraf, la maison du scheick Yuani. + + + + +Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798). + +_Au general Vial._ + +Vous devez avoir recu, citoyen general, l'ordre de l'etat-major pour +votre depart a Damiette. + +Le general Zayonscheck est a Menouf. + +Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous repandrez sur +la route; vous vous arreterez dans les plus grands endroits pour faire +preter le serment aux scheicks et rassurer les habitans; vous ferez +mettre, par les scheicks, les scelles sur les biens des mameloucks, et +vous veillerez a ce que rien ne soit vole. + +Arrive a Damiette, vous previendrez le citoyen Blanc, directeur general +de la sante a Alexandrie, pour qu'il y fasse etablir sur-le-champ un +lazaret. Vous ne laisserez rien sortir du port. + +Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions directes +et indirectes soient prises comme a l'ordinaire. Vous ferez faire +l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks. + +Vous ferez reparer les forts situes a l'embouchure du Nil, de maniere a +les mettre a l'abri d'un coup de main. + +Vous ferez desarmer tout le pays. + +Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe a Acre et en +Syrie et de m'en prevenir. + +Vous vous mettrez en correspondance avec la fregate qui croise a +l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, afin de vous en servir +et de les faire avancer jusqu'au Caire, a mesure que le Nil s'accroitra. + +Votre commandement s'etendra non-seulement dans toute la province de +Damiette, mais encore dans celle de Mansoura. + +Je vous envoie l'organisation donnee a ce pays. + +Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, et un pour celle de +Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires. + +Vous vous empresserez egalement de nommer les deux compagnies. + +Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et l'administration +des finances nommera l'agent francais. + +Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons des mameloucks, +vous nommerez une commission de trois personnes; vous pouvez les prendre +parmi les negocians francais etablis a Damiette, tant pour la province +de Damiette, que pour celle de Mansoura. + +Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et de requerir +des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. Vous pouvez demander a +Rosette deux pieces de canon de campagne, et vous trouverez dans le pays +les moyens de les atteler. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798). + +Le general en chef Bonaparte, considerant que les femmes des beys et des +mameloucks, errantes aux environs de la ville, deviennent la proie des +Arabes, et mu par la compassion, premier sentiment qui doit animer +l'homme, autorise toutes les femmes des beys et des mameloucks a rentrer +en ville dans les maisons qui sont leur propriete, et leur promet +surete. + +Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur arrivee, de se +faire connaitre au citoyen Magallon, et de declarer leur demeure. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798). + +_A l'amiral Brueys._ + +Apres des marches fatigantes et quelques combats, nous sommes enfin +arrives au Caire. + +J'ai ete specialement content du chef de division Perree, et je l'ai +nomme contre-amiral. + +Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouve une passe telle +qu'on pouvait la desirer, et qu'a l'heure qu'il est vous etes dans le +port avec votre escadre. + +Vous ne devez avoir aucune inquietude sur les vivres necessaires a votre +armee. + +J'imagine que demain, ou apres, je recevrai de vos nouvelles et des +nouvelles de France; je n'en ai point recu depuis mon depart. + +Des que j'aurai recu une lettre de vous, qui me fasse connaitre ce que +vous aurez fait et la position ou vous etes, je vous ferai passer des +ordres sur ce que nous aurons encore a faire. L'etat-major vous aura +sans doute envoye le detail de notre affaire des Pyramides. + +Je pense que vous avez une fregate sur Damiette: comme j'envoie prendre +possession de cette ville, je vous prie de dire a l'officier qui +commande cette fregate de s'approcher le plus possible et d'entrer en +communication avec nos troupes qui y seront lorsque vous aurez recu +cette lettre. + +Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre terre a +l'endroit qui vous paraitra le plus convenable, selon les nouvelles que +vous avez des ennemis et selon les vents qui regnent dans cette saison. + +Je desire que vous puissiez envoyer une fregate qui aurait ordre de +partir quarante-huit heures apres son arrivee, dans les ports, soit de +Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant de nous apporter les gazettes +et nouvelles qu'elle recevrait des agens francais. + +J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantite de denrees, pour +solder le nolis des batimens de transport. + +Mille choses a Ganteaume et a Casa-Bianca. + +Faites bien garder Coraim; c'est un coquin qui nous a trompes: s'il ne +nous donne pas les cent mille ecus que je lui ai demandes, je lui ferai +couper la tete. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au commissaire ordonnateur._ + +Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, differentes impositions que je +viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et Damiette. Le tiers de ces +impositions sera affecte au service de ces places; donnez vos ordres aux +commissaires des guerres pour leur repartition; le deuxieme tiers sera +affecte a la solde des troupes, et enfin l'autre tiers a l'ordonnateur +Leroi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au citoyen Leroi._ + +Je donne l'ordre au general Kleber de percevoir differentes +contributions a Alexandrie, montant a 600,000 fr. + +Le tiers sera a votre disposition pour le service de la marine, le +deuxieme tiers est destine a la solde de l'armee, et le troisieme +tiers est a la disposition de l'ordonnateur en chef pour les frais +d'administration d'armee. + +Je donne ordre au general Vial de percevoir a Damiette une contribution +de 150, + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_A l'amiral Brueys._ + +D'apres tous les releves, il me parait que l'escadre anglaise a passe le +detroit le 12 prairial, est arrivee devant Toulon le 23, devant Naples +le 29, devant Alexandrie le 9 messidor. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au general Kleber._ + +Je vous prie, citoyen general, d'organiser la place d'Alexandrie: des +l'instant que tous les officiers seront organises et que vos blessures +seront cicatrisees, vous pourrez rejoindre l'armee. + +Vous sentez que votre presence est encore necessaire dans cette place +une quinzaine de jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au meme._ + +Je viens de recevoir tout a la fois vos lettres depuis le 22 messidor +jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez tenue est celle qu'il +fallait tenir. + +Je vous ai envoye, avant-hier, l'ordre pour l'organisation de la +province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le divan, l'aga et +les commissaires, les hommes les plus attaches aux Francais et les plus +ennemis des beys. Non-seulement j'approuve l'arrestation de Coraim, mais +vous verrez par l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs +autres individus. + +La chose que nous avions le plus a craindre, c'etait d'etre precedes par +la terreur qui n'existait deja que trop et qui nous aurait exposes dans +chaque bicoque, a des scenes pareilles a celles d'Alexandrie. Tous +ces gens-ci pouvaient penser que nous venions dans le meme esprit que +Saint-Louis, et qu'ils portent eux-memes lorsqu'il entrent dans les +etats chretiens; mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposees. +Ce n'est plus ce que nous ferons a Alexandrie qui fixera notre +reputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs repandus sur +tous les points, nous sommes parfaitement connus. + +Il parait que vous etes peu satisfait de la soixante-neuvieme +demi-brigade: faites connaitre au chef que si sa demi-brigade ne va pas +mieux, on le destituera. + +Vous trouverez ci-joint differens ordres; vous les ferez publier l'un +apres l'autre, et vous veillerez surtout a leur execution. Ce n'est que +par ces moyens-la que nous avons pu trouver quelque chose au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_A l'amiral Brueys._ + +Je recois a l'instant et tout a la fois vos lettres depuis le 25 +messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je recois d'Alexandrie +sur le succes des sondes, me font esperer qu'a l'heure qu'il est, vous +serez entre dans le port. Je pense aussi que _le Causse_ et _le Dubois_ +sont armes en guerre de maniere a pouvoir se trouver en ligne, si +vous etiez attaque; car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point a +negliger. + +Le contre-amiral Perree sera pour long-temps necessaire sur le Nil, +qu'il commence a connaitre. Je ne vois pas d'inconvenient a ce que vous +donniez le commandement de son vaisseau au citoyen ... Faites la-dessus +ce qu'il convient. + +Je vous ai ecrit le 9, je vous ai envoye copie de tous les ordres que +j'ai donnes pour l'approvisionnement de l'escadre; j'imagine qu'a +l'heure qu'il est, les cinquante bateaux charges de vivres sont arrives. +Nous avons ici une besogne immense; c'est un chaos a debrouiller et +a organiser qui n'eut jamais d'egal. Nous avons du ble, du riz, des +legumes en abondance. Nous cherchons et nous commencons a trouver de +l'argent; mais tout cela est environne de travail, de peines et de +difficultes. + +Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le par un aviso, +qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes y sont. Elles sont +parties pour s'y rendre il y a trois jours, en barques sur le Nil: ainsi +elles seront arrivees lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y +un des sous-commissaires de l'escadre pour surveiller l'execution de +l'ordre. + +Je vais encore faire partir une trentaine de batimens charges de ble +pour votre escadre. + +Toute la conduite des Anglais porte a croire qu'ils sont inferieurs +en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte et d'empecher les +subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit il faut bien vite entrer +dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner promptement de riz, de +ble, que je vous envoie, et vous transporter dans le port de Corfou; car +il est indispensable que jusqu'a ce que tout ceci se decide, vous vous +trouviez dans une position a portee d'en imposer a la Porte. Dans le +second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, fregates venitiennes +et francaises qui peuvent nous servir, restent a Alexandrie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au commissaire ordonnateur en chef._ + +Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation du +Nil, parce qu'alors le transport devient tres-facile. + +Les provinces les plus riches de l'Egypte sont dans ce moment occupees +par nos troupes; je crois que vous avez un commissaire dans la province +de Menoufie ou commande le general Zayonscheck. Envoyez-en un dans la +province de Kelioubeh ou commande le general Murat, un dans la province +de Giza ou commande le general Belijard, et un dans la province de +Mansoura et Damiette, ou commande le general Vial, et un dans la +province de Bahhire, ou commande le general Dumuy. + +Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant francais, une +commission administrative du pays ou divan, un intendant cophte, un +agent francais pres l'intendant, et enfin une commission, pour faire +dans chaque province l'inventaire des biens des mameloucks. En envoyant +des commissaires de guerre dans ces differentes provinces, il vous sera +facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays. + +Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnes, soit pour les +approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai aussi ordonne +a l'etat-major general de vous envoyer une carte avec les divisions des +differentes provinces. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ayant des preuves de trahison de Sidi +Mohamed-el-Coraim qu'il avait comble de bienfaits, ordonne: + +ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraim paiera une contribution de 300,000 fr. + +2. A defaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq jours apres la +publication du present ordre, il aura la tete tranchee. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au general Menou._ + +Je vous fais passer, citoyen general, un ordre pour lever une +contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. Le tiers de +cette contribution sera destine a l'ordonnateur en chef, pour les +depenses de l'administration, et les deux autres tiers a la solde des +troupes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798). + +_Au general Zayonscheck._ + +Je donne ordre, citoyen general, pour qu'on etablisse a Menouf un +hopital de cinquante lits, et qu'on y construise deux fours. Voyez a +faire tout ce qui sera possible pour activer cette operation. + +Vous avez du recevoir hier les ordres pour l'organisation de votre +province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec la plus grande +severite; tous les jours ici je fais couper trois tetes et les promener +dans le Caire: c'est le seul moyen de venir a bout de ces gens-ci. + +Veillez surtout a l'entier desarmement du pays. + +Faites-moi faire, par un officier du genie ou de l'etat-major, un +croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous les +villages, et des renseignemens generaux sur leur population, et ce que +produisaient le miri, le seddan et autres impositions. + +Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec les chevaux, +prenez les selles, et faites faire par vos commissions, un inventaire +exact et prompt de tous les biens appartenans aux mameloucks. + +Faites-moi connaitre quelles sont les ressources pecuniaires que nous +offre votre province. + +Je vous envoie une grande quantite de proclamations que vous repandrez +dans la province; je desire que vous vous mettiez en correspondance avec +le general Murat, qui commande la province de Kelioubeh. + +Il me serait facile de vous procurer deux pieces de canon, si vous +trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je vous les enverrais +sur des bateaux jusqu'au point de debarquement ou vous les feriez +prendre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART 1er. Tous les proprietaires de l'Egypte sont confirmes dans leurs +proprietes. + +2. Les fondations pieuses affectees aux mosquees, et specialement a +celles de Medine et de la Mecque, sont confirmees comme par le passe. + +3. Toutes les transactions civiles continueront a avoir lieu comme par +le passe. + +4. La justice civile sera administree comme par le passe. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798). + +_Au general Menou._ + +Votre presence est encore necessaire, citoyen general, a Rosette pendant +quelques jours, pour l'organisation de cette province; les Turcs ne +peuvent se conduire que par la plus grande severite; tous les jours je +fais couper cinq ou six tetes dans les rues du Caire. Nous avons du les +menager jusqu'a present pour detruire cette reputation de terreur qui +nous precedait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton qui +convient pour que ces peuples obeissent; et obeir, pour eux, c'est +craindre. + +Je vous ai envoye, par mon dernier courrier, des ordres pour +l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de soixante hommes +turcs pour la police. + +Il serait necessaire que la commission chargee de faire l'inventaire des +biens des mameloucks envoyat ses etats a l'ordonnateur. + +Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des nouvelles de +l'amiral et de l'escadre. + +Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre a Alexandrie deux +ou trois grosses pieces d'artillerie, pour les placer a l'embouchure du +Nil, et empecher les chaloupes anglaises de nous insulter. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans a la femme de +Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient sa maison, leur +seront laisses en pleine propriete. + +2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du payeur de l'armee +600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et le restant 50,000 fr. par jour. + +3. A defaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves et biens +appartenans aux femmes des mameloucks de la maison de Mourad-Bey, seront +regardes comme proprietes nationales; il sera seulement laisse a la +femme de Mourad-Bey les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six +esclaves pour la servir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +_Au citoyen Rosetti._ + +Vous vous rendrez secretement, citoyen, aupres de Mourad-Bey: vous lui +direz que vous m'avez presente l'homme qu'il avait envoye; que cet +homme, par des paroles indiscretes, des discours verbeux et faux, +n'etait parvenu qu'a m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai +compris que le moment pouvait venir ou il fut de mon interet de me +servir de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais a +ce qu'il conservat la province de Girge, dans laquelle il devrait se +retirer dans l'espace de cinq jours, et que, de mon cote, je n'y ferais +point entrer de troupes; vous lui direz que, ce premier arrangement +fait, il sera possible, en le connaissant mieux, que je lui fasse de +plus grands avantages, et vous signerez de suite un traite en francais +et en arabe, concu a peu pres en ces termes: + +ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six cents hommes a +cheval, avec lesquels il gouvernera la province de Girge, depuis les +cataractes jusqu'a une demi-lieue plus bas que Girge, et la maintiendra +a l'abri des Arabes. + +2. Il se reconnaitra dans le gouvernement de ladite province, dependant +de la France. Il paiera a l'administration de l'armee le miri que cette +province payait. + +3. Le general s'engage de son cote a ne faire entrer aucune troupe dans +la province de Girge, et a en laisser le gouvernement a Mourad-Bey. + +4. Mourad-Bey sera rendu au-dela de Girge, dans l'espace de cinq jours. +Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer dans les limites d'une +autre province sans une permission du general. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +_Pouvoirs au citoyen Rosetti._ + +Le general en chef, mu par les sentimens d'humanite qui l'ont toujours +anime, donne au citoyen Rosetti les pleins pouvoirs pour negocier avec +Mourad-Bey, conclure et signer avec lui une convention qui mette fin aux +hostilites. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Ceux qui m'ont donne des preuves de la trahison de Coraim, m'ont assure +que son argent est dans une citerne; qu'il a un registre particulier +ou est le detail de toutes ses affaires; qu'il y a plusieurs de ses +domestiques qui sont au fait de tout. + +J'ordonne en consequence a l'amiral Brueys de faire arreter tous les +domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; faites egalement +arreter tous ceux qu'il a dans sa maison, et faites-y mettre les scelles +par la commission, ainsi que sur tous ses biens. + +Faites interroger separement avec de fortes menaces ses domestiques. + +S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention est qu'on +le retienne comme prisonnier a bord d'un des batimens de l'escadre, de +maniere qu'il ne puisse s'echapper, desirant le faire passer en France +par une occasion sure. S'il n'a pas, dans les cinq jours, paye au moins +le tiers de la contribution a laquelle il est impose, vous donnerez +l'ordre qu'on le fasse fusiller. + +Je vous envoie copie de la lettre que j'ecris a l'amiral Brueys. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +_A l'amiral Brueys._ + +Depuis que je vous ai ecrit, j'ai acquis de nouvelles preuves de la +trahison de Coraim: vous voudrez bien le faire mettre aux fers et +prendre toutes les precautions pour qu'il ne vous echappe pas. + +Vous ferez arreter tous les domestiques et autres individus qu'il aurait +avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte a Alexandrie, a la +disposition du general Kleber. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er aout 1798). + +Bonaparte, general en chef, + +Voyant avec deplaisir que le versement d'argent que doivent faire les +Cophtes et les negocians de cafe et de Damas ne s'effectue qu'avec la +plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon de leur declarer que les +60,000 talaris que doivent payer les Cophtes, seront livres dans six +jours, a raison de 10,000 talaris par jour. + +Les 130,000 mille talaris que doivent les negocians de cafe, seront +payes a raison de 22,000 par jour; les 35,275 que doivent les negocians +de Damas, seront egalement payes en six jours, a raison de 5,878 par +jour. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_A l'ordonnateur en chef._ + +Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la poste. + +Les individus de l'armee paieront leurs ports de lettres conformement a +l'usage etabli en France; mais le directeur de la poste versera, toutes +les decades, l'etat des sommes qu'il aura recues; nous en serons +responsables, s'il est necessaire, a l'administration des postes, et +cela sera un revenu pour l'armee. + +Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser les bureaux +du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de Damiette. + +Des que ceux-la seront etablis, vous formerez les quatre autres. +Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions avec +Menouf, lorsque le bateau qui va a Rosette sera arrive au village de +Genid, il remettra le paquet qui sera pour Menouf. Il y aura a ce +village un detachement qui sera charge de le porter a Menouf. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 aout 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le general du genie se +concerteront pour choisir une maison dans laquelle on puisse etablir une +imprimerie francaise et arabe, un laboratoire de chimie, un cabinet de +physique, et, s'il est possible, un observatoire. + +Il y aura une salle pour l'Institut. + +2. Ils me presenteront un projet pour l'organisation de ladite maison +avec un etat de depenses. + +3. Je desirerais que cette maison fut situee sur la place Elbekieh ou le +plus pres possible. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_Au general Chabot, gouverneur de Corfou et des iles de la mer +Ionienne._ + +C'est avec le plus grand plaisir, citoyen general, que j'ai appris de +vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmes sur votre surete. + +L'etat-major vous aura fait part des evenemens militaires qui ont eu +lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maitres de toute l'Egypte. + +Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout les moyens +possibles, la plus grande quantite de vins, eau-de-vie, raisins secs +et bois. Ce sont des objets dont vous savez que l'Egypte manque +entierement; les negocians porteront en retour, du cafe, du sucre, de +l'indigo, du ble, du riz et toute espece de marchandises des Indes. + +Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez des affaires +des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou. + +Le premier bataillon de la soixante-neuvieme demi-brigade a recu un +ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; je ne doute donc pas +qu'en ce moment il ne soit arrive. + +Des l'instant que ce pays sera organise et les impositions assises, je +vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent necessaires pour votre solde; +mais comme il me sera beaucoup plus facile de vous envoyer des bles, +du riz, etc., je vous prie de former une compagnie de dix ou douze +negocians des plus riches; qu'ils chargent plusieurs batimens, qu'ils +m'expedient des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront payes en +echange avec des marchandises du pays. Ils enverront un commissaire avec +une lettre de vous, et je leur donnerai en surplus pour 3 ou 400,000 fr. +de marchandises qu'il vous solderont. + +Je vous envoie un ordre qu'il est bien necessaire d'executer +ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme ici nous +manquons de bois, je desire que vous fassiez beaucoup de biscuit a +Corfou, afin que nous ayons toujours un point ou nous puissions puiser +et ravitailler notre escadre toutes les fois que nous en aurons besoin: +je compte sur votre zele. Vous pouvez tirer, pour la confection, pour +50,000 fr. de lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront +soldees, soit en marchandises, soit en argent, comme le negociant le +desirera. Incessamment je vous enverrai, par la premiere occasion, du +ble et du riz pour votre approvisionnement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_Au citoyen Rhullieres, commissaire du directoire executif francais a +Corfou et dans les iles Ioniennes._ + +J'ai recu a Paris les differentes lettres que vous m'avez ecrites +a votre arrivee a Zante. Je viens d'en recevoir une, en date du 13 +messidor, de Corfou. L'etat-major vous aura instruit des differentes +batailles que nous avons livrees aux mameloucks et des succes complets +qu'a obtenus l'armee de la republique. A la bataille des Pyramides, nous +leurs avons pris soixante ou quatre-vingt pieces de canon, et tue plus +de dix mille hommes de cavalerie d'elite; nous sommes au Caire depuis +une douzaine de jours et en possession de presque toute l'Egypte. Il +nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et le bois a bruler. +Faites faire, avec la plus grande quantite que vous aurez de raisins +secs, de l'eau-de-vie; les negocians porteront en retour le ble, le +sucre, l'indigo, le riz, les marchandises des Indes et le cafe. C'est un +vrai service a rendre a la republique, que d'employer l'influence que +vous avez par votre place, a activer le commerce de Zante avec l'Egypte. +Continuez a bien meriter de ces peuples par votre conduite sage et +philantrophique, et croyez au desir vrai que j'ai de vous donner des +preuves de l'estime et de l'amitie que vous savez que je vous porte. +Soit en Egypte, soit en France, soit ailleurs, vous pouvez compter sur +moi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_A l'amiral Brueys._ + +Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je recois de Corfou; je +vous prie de me faire connaitre quand le batiment charge de bois sera +arrive. + +Peut-etre jugez-vous egalement necessaire d'envoyer deux ou trois +batimens de transport pour continuer lesdits chargemens de bois, tant +pour la flotte que pour Alexandrie. + +Le general Chabot me mande que _le Fortunatus_ escorte plusieurs +batimens charges de bois; moyennant cela, vous serez dans le cas de ne +pas prendre les quinze cents quintaux de bois que je vous ai accordes a +Rosette et dont nous avons plus grand besoin au Caire. + +Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement de +l'escadre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_A l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)_ + +Tous les renseignemens qui me sont donnes sur la conduite de votre +departement, font l'eloge de ses administrateurs. Les nouveaux +etablissemens de la France doivent d'autant plus accroitre votre +commerce, et vous ouvrir une nouvelle source de richesse et de +prosperite. + +Faites connaitre aux negocians qu'ils trouveront ici des bles, du riz, +du cafe, des marchandises des Indes, du sucre en abondance, et que je +desire qu'en echange, ils portent a Alexandrie du bois a bruler, des +bois de construction, des vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales +choses qui manquent a ce beau pays. + +Croyez au desir que j'ai de vous donner des preuves du vif interet que +je prends a votre tranquillite. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_A Georgio Gioari, intendant general de l'Egypte._ + +Vos fonctions doivent se borner a l'organisation des revenus de +l'Egypte, a une correspondance suivie avec les intendans particuliers +des provinces, avec le general en chef et l'ordonnateur en chef de +l'armee. Vous vous ferez aider dans ces travaux par le moalleim Fretaou. +Ainsi donc, vous chargerez, de ma part, les moalleims Malati, Anfourni, +Hanin et Faudus, de la recette de la somme que j'ai demandee a la nation +cophte. Je vois avec deplaisir qu'il reste encore en arriere 50,000 +talaris, je veux qu'ils soient rentres, dans cinq jours, dans la caisse +du payeur de l'armee. Vous pouvez assurer les Cophtes que je les +placerai d'une maniere convenable lorsque les circonstances le +permettront. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +ART. 1. L'or ou l'argent monnoye, tous les objets d'or et d'argent, +tous les lingots, les schals de valeur, les tapis brodes en or qui se +trouvent dans les magasins generaux, seront enfermes dans des caisses +sur lesquelles seront apposes les scelles du payeur de l'armee, de +l'etat-major general et de la commission chargee de l'inventaire. +Lesdites caisses seront transportees dans le logement du payeur +de l'armee; l'inventaire sera remis a l'ordonnateur en chef et a +l'administrateur des finances. + +2. Tous les objets necessaires a la subsistance de l'armee seront remis +de suite a la disposition de l'ordonnateur en chef; la commission tirera +un recu du garde-magasin auquel elle remettra lesdites denrees. + +3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assiste d'un officier +de l'etat-major, de l'administrateur des finances ou d'un membre de la +commission provisoire, et des agens en chef de chaque service, feront +une tournee dans les magasins generaux et affecteront aux hopitaux, aux +transports, a l'habillement, tout ce qui peut leur etre utile; mais les +garde-magasins des magasins generaux ne livreront rien qu'apres avoir +dresse un inventaire circonstancie, et tire un recu des garde-magasins +d'administration auxquels ils livreront lesdits objets. + +4. Il sera forme une compagnie de commerce, a laquelle seront vendus +tous les effets qui se trouveraient dans les magasins generaux, et qui +ne seraient pas essentiels au service de l'armee. + +L'ordonnateur en chef me remettra un reglement sur la maniere de former +cette compagnie et de proceder avec elle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_Au commandant de la place du Caire._ + +Vous requerrez, citoyen general, deux moines de Terre-Sainte pour etre +toujours de planton a l'hopital, afin de servir d'interpretes et de +soigner les malades. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_Aux generaux de l'artillerie et du genie._ + +Je vous prie, citoyen general, de vouloir bien me faire connaitre +combien de temps il vous faudrait pour faire abattre toutes les portes +qui barricadent les differens quartiers de la ville et en faire +transporter le bois pour le service de votre arme; vous pourriez +partager la besogne avec le genie, l'artillerie; je desirerais qu'on put +commencer des demain: j'en donnerai l'ordre aussitot que j'aurai recu +votre reponse. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_A l'ordonnateur en chef._ + +L'hopital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et de toute espece +de medicamens. Je vous prie de vouloir bien me rendre compte si le +pharmacien en chef a trouve au Caire de quoi l'approvisionner. + +Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans des chambres +separees, et qu'il leur soit fourni tout ce qui leur est necessaire. +Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel dans un pays ou tout +homme malade est oblige d'aller a l'hopital. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 aout 1798). + +_Au general Berthier._ + +Je vous prie, citoyen general, de vouloir bien faire verifier en +presence d'un officier de l'etat-major, combien un chameau porte d'eau +dans les outres ordinaires. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aout 1798). + +_Au consul de la republique a Tripoli._ + +Je profite du passage de la caravane pour vous faire part du succes de +la republique a la bataille des Pyramides, ou nous avons tue plus de +deux mille mameloucks. Je desire que vous fassiez connaitre au bey de +cette regence, que la republique francaise continuera a vivre en bonne +intelligence avec lui, comme elle l'a fait par le passe. Tous les sujets +du bey seront egalement proteges en Egypte; j'espere que de son cote, +il se comportera envers la republique avec tous les egards qui lui sont +dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles que vous pourriez avoir +dans la Mediterranee. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aout 1798). + +_Au general Zaionscheck._ + +Vous avez bien fait, citoyen general, de faire fusiller cinq hommes des +villages qui s'etaient revoltes: je desire fort apprendre que vous avez +monte notre cavalerie. Le moyen le plus court, je crois, est celui-ci: +ordonnez que chaque village vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut +pas en recevoir de mauvais, et les villages qui, cinq jours apres la +proclamation de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront condamnes +a payer mille talaris d'amende. C'est un moyen infaillible, expeditif, +d'avoir les six cents chevaux qui vous seront necessaires. En requerant +les chevaux, requerez les brides et selles, afin d'avoir tout de suite +un corps de cavalerie a votre disposition: c'est le seul moyen d'etre +maitre de ce pays. + +Vous pouvez garder sans inconveniens le chef de bataillon du genie +Lazowski, qui vous est necessaire. + +Le general Fugieres, avec un bataillon de la dix-huitieme, part demain +ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kelioube, et il se rendra +a Menouf, ou il arrivera probablement le 21: j'ai donne l'ordre qu'on +embarquat sur une djerme, du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq +jours; il se rendra jusqu'a ..., d'ou l'officier qui escorte ces djermes +fera partir ce pain a Menouf. Cependant, si vos fours sont acheves, il +serait essentiel que vous fissiez preparer du pain pour ce bataillon. +J'ai donne ordre a ce bataillon de sejourner deux jours a Menouf. Vous +en profiterez pour operer le desarmement et tous les actes difficiles. + +A mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux differens +detachemens de dragons qui sont sous vos ordres, en tirant des recus des +officiers. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aout 1798). + +_Au general Dupuis._ + +Je viens d'ecrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution de +ble pour les pauvres de la grande mosquee. + +Il faudra se servir des magasins qui sont a Boulac et a Gizeh, +appartenans a ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait pas pour +contenir tous les effets provenant des maisons des mameloucks. J'ai +ordonne qu'un magasin servirait a deux commissions, tout comme une +commission doit faire la visite dans deux arrondissemens. + +Une grande vigilance est plus necessaire pour la tranquillite de la +place, qu'une grande dissemination de troupes; quelques officiers +de service qui courent la ville, quelques sergens de planton qui se +croisent sur des anes, quelques adjudans-majors qui visitent les +endroits les plus essentiels, quelques Francs qui se faufilent dans les +marches et les differens quartiers, et quelques compagnies de reserve +pour pouvoir envoyer dans les endroits ou il y aurait quelque trouble, +sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes fixees sur des places +et dans les carrefours. Si ce n'etait la surveillance a exercer sur les +maisons de mameloucks, quatre cents hommes d'infanterie et cinquante +de cavalerie suffiraient pour le service de la place: en mettant trois +cents hommes pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents +hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont suffisans ici; +faites-moi remettre l'etat des postes que vous occupez, et de tout le +service en detail. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 aout 1798). + +_Au commissaire ordonnateur en chef._ + +Il m'a ete presente plusieurs etats signes par des commissaires des +guerres, ou ils paraissent legaliser des abus evidens et des pretentions +peu fondees. + +Je vous prie de leur ecrire pour leur faire sentir combien ils sont +coupables, lorsqu'ils s'eloignent de ce que la loi prescrit. J'ai vu +un etat ou le commissaire des guerres demande une indemnite pour non +fourniture de vin. + +Je vous prie de faire un reglement pour ce qui est accorde par mois aux +demi-brigades et aux regimens, pour leur entretien. + +Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent pour +l'entretien pendant le temps qu'ils ont ete embarques. + +Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquieme des hommes montes, +doivent-ils toucher une somme qui est jugee necessaire pour un regiment +de huit cents chevaux? + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 aout 1798). + +_Au general Reynier._ + +Vous partirez, citoyen general, avec le restant de votre division +pour vous rendre au village de El-Hanka, ou se trouve deja le general +Leclerc. + +L'etat-major a du vous donner l'ordre de partir avec six jours de +vivres, mais ils ne seront probablement pas prets, et, si vous les +attendez, ils retarderaient considerablement votre marche. Laissez votre +commissaire des guerres et le troisieme bataillon de la neuvieme, afin +qu'ils vous conduisent des vivres des l'instant qu'ils seront livres. Ne +partez pas au moins avant que la division n'ait son pain pour la journee +de demain. + +Le general Leclerc a deja fait construire un four, faites-en construire +deux autres. + +Les villages environnans, qui sont extremement riches, vous fourniront +de la farine, de la viande et des legumes pour votre division; +independamment de cela, j'ordonne qu'on vous complette vos six jours de +vivres et qu'on vous en fasse passer une plus grande quantite. + +Plusieurs scheicks sont reunis a Belbeis, avec Ibrahim-Bey, et l'on +pense que demain la caravane y sera arrivee; c'est ce qui m'a fait juger +votre presence necessaire a El-Hanka, ou, selon le rapport que l'on m'a +fait, vous vous trouverez juste a un jour de chemin du Caire a Belbeis. + +Le general Leclerc a mene avec lui une certaine quantite de chameaux +pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il les renvoie, ainsi +que tous ceux qui vous porteront des vivres, afin de pouvoir continuer. + +Vous vous trouverez a El-Hanka au milieu de plusieurs tribus d'Arabes. +Faites ce qu'il vous sera possible pour leur faire entendre qu'ils n'ont +rien a gagner a nous faire la guerre, pour qu'ils nous envoient des +deputations, et pour qu'ils vivent tranquilles sans nous attaquer; vous +leur enverrez de mes proclamations. + +Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous pourrait faire +Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le village de maniere a etre a +l'abri de toute insulte, et une heure avant le jour, vous ferez faire +des reconnaissances, afin d'etre prevenu et de pouvoir me prevenir aussi +avant que la cavalerie ne soit sur vous. + +Vous interrogerez en detail tous les hommes qui viendraient de Belbeis +ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. Si la caravane se +presentait pour venir, vous l'accueillerez de votre mieux; mais vous +ne dissimulerez pas au boy qui l'escorte, s'il y etait encore, que mon +intention est, comme je le lui ai fait ecrire, qu'arrives a la Coube, +les mameloucks livrent leurs armes et leurs chevaux, excepte lui et les +siens. + +Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter a Belbeis, que la +construction de vos trois fours, et l'etablissement d'une boulangerie a +El-Hanka; je vous recommande de veiller specialement a la formation de +vos magasins de subsistances a El-Hanka, d'y faire reunir le plus de +legumes, ble et riz, qu'il vous sera possible. + +Je desire aussi que vous employiez les deux ou trois jours que vous +resterez a El-Hanka, a vous retrancher en crenelant quelques maisons, en +creusant quelques fosses. Mon intention est de faire occuper toujours ce +village par un bataillon. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 aout 1798). + +_Au general Dugua._ + +Le general Murat me mande de Medie, qu'il a entendu quelque canonnade a +une lieue en avant de lui, et qu'il est parti avec le bataillon qu'il +commande pour connaitre ce que c'etait. + +Je desire que vous me fassiez partir un bataillon de la +soixante-quinzieme, qui se rendra avec une piece de canon jusqu'a +Kelioubeh, ou est le general Murat. Si, en route, il apprenait que le +general Murat est rentre a son poste, et qu'il n'y a rien de nouveau, +il rentrera au camp; s'il n'apprend rien en route, il se rendra a +Kelioubeh, ou il restera pendant la journee, et reviendra le lendemain +matin, a moins que le general Murat ne croie avoir des raisons pour le +retenir. + +Si le bataillon apprenait en route que le general Murat est aux mains +avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides porteur de la +presente, pour me faire part des renseignement qu'il aurait recueillis. + +Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. En +partant exactement a deux heures apres minuit, elle arrivera a cinq +heures a Kelioubeh. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Le kyaya du pacha d'Egypte expedie a Constantinople un expres: je vous +prie, citoyen general, de lui donner toutes les facilites necessaires +pour son passage. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aout 1798). + +_A l'ordonnateur en chef._ + +Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter a vingt-cinq lieues +d'ici vers la Syrie. + +Moyennant les differens envois de farine que je vous ai demandes, +et ceux que l'etat-major ordonne, nous serons en mesure pour les +subsistances; mais je vous prie de veiller a ce qu'on nous fasse les +envois demain, comme je le demande, de cinquante quintaux de riz, et +autant apres-demain, ainsi que de dix-huit cents rations de pain. + +La police de la ville exigerait que le ble y fut maintenu a un bon prix. +Un moyen necessaire serait que vous fissiez vendre tous les jours une +certaine quantite de ble au tarif. Cela nous procurerait de l'argent et +ferait un grand bien a la ville. + +Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en magasin la plus +grande quantite de farine que vous pourrez, et de faire faire, tant a +Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, la plus grande quantite possible +de biscuit: les mameloucks en faisaient faire dans la ville de fort +beau. Je desirerais que vous pussiez passer un marche avec les +boulangers de la ville, car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici +a dix jours, trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen +d'assurer les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de faim +dans nos operations. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 aout 1798). + +_Au general Desaix._ + +Je vais m'absenter, citoyen general, pour quelques jours de la ville du +Caire. + +Je donne ordre au general commandant de vous instruire de tous les +mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. Votre +division, dans la position ou elle se trouve, a le double but: 1 deg.. de +garantir la province de Gizeh; 2 deg.. de former une reserve pour le Caire. + +La commission provisoire, composee des citoyens Monge, Berthollet et +Magallon, s'adressera a vous pour avoir tous les sauf-conduits qu'elle +jugera a propos d'accorder aux femmes des mameloucks, et moyennant les +traites particuliers qu'elle conclura avec elles. + +Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre commissions +chargees de faire les inventaires et de depouiller les maisons des beys. +Ces officiers me rendront compte tous les jours de la maniere dont s'est +faite l'operation; ils doivent d'ailleurs laisser faire entierement les +commissaires. S'ils apercevaient des abus, ils vous les denonceraient et +vous y apporteriez remede. + +Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous les jours de la +seance du divan. + +Je donne ordre au commandant de la place de faire partir tous les jours +cinquante ou soixante hommes avec un officier pour me porter de vos +depeches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de +l'adjudant-general qui reste a l'etat-major. + +Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position des esprits au +Caire, et vous ferez faire a votre division et a la garnison tous les +mouvemens que les circonstances exigeront. + +Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de ne me +l'expedier que fortement escorte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 aout 1798). + +_A Ibrahim-Bey._ + +La superiorite des forces que je commande ne peut plus etre contestee: +vous voila hors de l'Egypte et oblige de passer le desert. + +Vous pouvez trouver dans ma generosite la fortune et le bonheur que le +sort vient de vous oter. + +Faites-moi de suite connaitre votre intention. + +Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi porteur de +votre reponse; je l'accepte volontiers comme mediateur. + +BONAPARTE. + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 aout 1798). + + [5]Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national, + general en chef de l'armee d'Orient, et de plusieurs + muphtis et imans, dans l'interieur de la grande pyramide, + dite pyramide de Cheaps. + +Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la republique francaise, une et +indivisible, repondant au 28 de la lune de Mucharem, l'an de l'hegire +1213, le general en chef, accompagne de plusieurs officiers de +l'etat-major de l'armee et de plusieurs membres de l'Institut national, +s'est transporte a la grande pyramide, dite de Cheaps, dans l'interieur +de laquelle il etait attendu par plusieurs muphtis et imans, charges de +lui en montrer la construction interieure. A neuf heures du matin, il +est arrive avec sa suite, sur la croupe des montagnes de Gizeh, +au nord-ouest de Memphis. Apres avoir visite les cinq pyramides +inferieures, il s'est arrete avec une attention particuliere a la +pyramide de Cheaps, dont les membres de l'Institut ont a l'instant +determine, par des figures trigonometriques, la hauteur perpendiculaire. + +Cette hauteur s'est trouvee etre d'environ cent cinquante-cinq metres +(pres de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui est pres du double de +celle des monumens les plus eleves de l'Europe[6]. + +Le general et sa suite ayant penetre dans l'interieur de la pyramide, +ont trouve d'abord un canal de cent pieds de long et de trois pieds de +large, qui les a conduits, par une pente rapide, vers les vallees qui +servaient de tombeau au Pharaon qui erigea ce monument. Un second canal +fort degrade, et remontant vers le sommet de la pyramide, les a menes +successivement sur deux plates-formes, et de la, a une galerie voutee, +de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant au vestibule du +tombeau. C'est une vallee voutee, d'environ dix-sept pieds de long sur +quinze de large, dans un des murs de laquelle on remarque la place d'une +momie que l'on croit avoir ete l'epouse du Pharaon. + +On voit dans cette vallee la trace des fouilles faites avec violence par +les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la pyramide, et qui croyait +que ces lieux recelaient un tresor. L'effet des memes tentatives se +remarqua dans une seconde salle, perpendiculaire a la premiere, et plus +haute de cent pieds, ou l'on croit qu'etait le corps du Pharaon. + +Cette derniere salle, a laquelle le general en chef est enfin parvenu, +est a voute plate, et longue de trente-deux pieds sur seize de large et +dix-neuf de haut. On ignore ce que les Arabes spoliateurs decouvrirent +dans ce sanctuaire de la pyramide; le general n'y a trouve qu'une caisse +de granit, d'environ huit pieds de long sur quatre d'epaisseur, qui +renfermait sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le bloc +de granit, a fait asseoir a ses cotes les muphtis et imans, Suleiman, +Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en presence de sa suite, la +conversation suivante: + +_Bonaparte._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Voici +un grand ouvrage de main d'hommes! Quel etait le but de celui qui fit +construire cette pyramide? + +_Suleiman._ C'etait un puissant roi d'Egypte, dont on croit que le +nom etait Cheaps. Il voulait empecher que des sacrileges ne vinssent +troubler le repos de sa cendre. + +_B._ Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que son corps +retournat aux elemens. Penses-tu qu'il ne fit pas mieux? le penses-tu? + +_S._ (s'inclinant): Gloire a Dieu, a qui toute gloire est due. + +_B._ Honneur a Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir cette +pyramide et troubler la cendre des morts? + +_Muhamed._ On croit que c'est le commandeur des croyans Mahmoud, qui +regnait il y a plusieurs siecles a Bagdad; d'autres disent le renomme +Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse paix!) qui croyait y trouver des +tresors; mais quand on fut entre par ses ordres dans cette salle, la +tradition porte qu'on n'y trouva que des momies, et sur le mur cette +inscription en lettres d'or: _l'impie commettra l'iniquite sans fruit, +mais non sans remords._ + +_B._ Le pain derobe par le mechant remplit sa bouche de gravier. + +_M._ (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse. + +_B._ Gloire a Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; Mohamed est +son prophete, et je suis de ses amis. + +_S._ Salut de paix sur l'envoye de Dieu. Salut aussi sur toi, invincible +general, favori de Mohamed. + +_B._ Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les delices de mon +esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophete et je compte, +avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son tombeau dans la ville +sacree; mais ma mission est auparavant d'exterminer les mameloucks. + +_Ibrahim._ Que les anges de la victoire balayent la poussiere sur ton +chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a merite la mort. + +_B._ Il a ete frappe et livre aux anges noirs Moukir et Quarkir. Dieu, +de qui tout depend, a ordonne que sa domination fut detruite. + +_S._ Il etendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, les +chevaux de l'Egypte. + +_B._ Et sur les esclaves les plus belles, tres-saint muphti. Allah a +desseche sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il montre le bail que +Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et misericordieux pour le peuple. + +_Ib._ O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa[7], Allah t'a fait +suivre de l'ange exterminateur pour delivrer sa terre d'Egypte. + +_B._ Cette terre etait livree a vingt-quatre oppresseurs rebelles au +grand sultan notre allie (que Dieu l'entoure de gloire), et a dix mille +esclaves venus du Caucase et de la Georgie. Adriel, ange de la mort, a +souffle sur eux; nous sommes venus, et ils ont disparu. + +_M._ Noble successeur de Scander[8], honneur a tes armes invincibles et +a la foudre inattendue qui sort du milieu de tes guerriers a cheval[8]. + +_B._ Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des hommes? le +crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par le genie de la guerre._ + +_Ib._ Nous reconnaissons a tes oeuvres, Allah qui t'envoie. Serais-tu +vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et tous les pays voisins +retentissent de tes miracles. + +_B._ Un char celeste montera par mes ordres jusqu'au sejour des nuees[10] +et la foudre descendra vers la terre le long d'un fil de metal[11] des +que je l'aurai commande. + +_S._ Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompee, le jour +de ton entree triomphale a Scanderieh[12], et qui est reste desseche sur +le socle de la colonne, n'est-ce pas encore un prodige opere par ta +main? + +_B._ Lumiere des fideles, vous etes destines a voir, encore de plus +grandes merveilles; car les jours de la regeneration sont venus. + +_Ib._ La divine unite te regarde d'un oeil de predilection, adorateur +d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophete. + +_B._ Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu et qui fait de +bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera sauve? + +_Suleiman, Muhamed, Ibrahim_ (ensemble en s'inclinant): Il l'a dit. + +_B._ Et si j'ai tempere par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire d'Issa, +en diminuant ses possessions terrestres pour lui amasser des tresors +celestes, dites, n'etait-ce pas pour rendre gloire a Dieu, dont la +misericorde est infinie? + +_M._ (d'un air interdit): Le muphti de Rome etait riche et puissant; +mais nous ne sommes que de pauvres muphtis. + +_B._ Je le sais: soyez sans crainte; vous avez ete peses dans la +balance de Balthazar et vous avez ete trouves legers. Cette pyramide ne +renfermait donc aucun tresor qui vous fut connu? + +_S._ (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons par la +cite sainte de la Mecque. + +_B._ Malheur, et trois fois malheur a ceux qui recherchent les richesses +perissables, et qui convoitent l'or et l'argent, semblables a la Loue! + +_S._ Tu as epargne le vicaire d'Issa et tu l'as traite avec clemence et +bonte. + +_B._ C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse ses desirs +quand ils seront regles par la raison et la verite); mais il a tort de +condamner au feu eternel tous les Musulmans, et Allah defend a tous +l'intolerance. + +_Ib._ Gloire a Allah et a son prophete qui t'a envoye au milieu de nous +pour rechauffer la foi des faibles et rouvrir aux fideles les portes du +septieme ciel. + +_B._ Vous l'avez dit, tres-zeles muphtis, soyez fideles a Allah, le +souverain maitre des sept d'eux merveilleux, a Mohamed son vizir, qui +parcourut tous ces cieux dans une nuit. Soyez amis des Francs, et Allah, +Mohamed et les Francs vous recompenseront. + +_Ib._ Que le prophete lui-meme te fasse asseoir a sa gauche le jour de +la resurrection, apres le troisieme sou de la trompette. + +_B._ Que celui-la ecoute, qui a des oreilles pour entendre. L'heure +de la resurrection politique est arrivee pour tous les peuples qui +gemissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, mullahs, derviches, +kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. Encouragez-le a se joindre a +nous pour achever d'aneantir les beys et les mameloucks. Favorisez +le commerce des Francs dans vos contrees, et leurs entreprises pour +parvenir d'ici a l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepots dans +vos ports, et eloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite entre +les enfans d'Issa; telle est la volonte de Mohamed. Les tresors, +l'industrie et l'amitie des Francs seront votre partage, en attendant +que vous montiez au septieme ciel, et qu'assis aux cotes des houris aux +yeux noirs, toujours jeunes et toujours pucelles, vous vous reposiez a +l'ombre du laba, dont les branches offriront d'elles-memes aux vrais +Musulmans tout ce qu'ils pourront desirer. + +_S._ (s'inclinant): Tu as parle comme le plus docte des mullahs. Nous +ajoutons foi a tes paroles, nous servirons ta cause, et Dieu nous +entend. + +_B._ Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut de paix sur +vous, tres-saints muphtis! + +Le general est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide de Cheaps, +et il est retourne au Caire, laissant les autres membres de l'institut +national occupes a terminer leurs Observations. + + +[Footnote 5: Ce morceau a ete publie dans le no. LXVII du Moniteur, le +7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticite ait ete +discutee, nous n'avons pas cru devoir omettre une piece aussi curieuse +et qui donne une si juste idee du caractere de Bonaparte et des moyens +qu'il employait avec tant d'habilete pour rapper l'imagination deja si +irritable des habitans de l'Egypte.] + +[Footnote 6: Cette assertion n'est pas exacte. La fleche de Strasbourg, +qui est le monument le plus eleve de l'Europe, a quatre cent vingt-huit +pieds quatre pouces, on a peu pres cent trente-huit metres de hauteur, y +compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, a quatre +cent vingt-un pieds d'elevation, ou a peu pres cent trente-six metres. +On voit donc qu'il n'y a que dix-sept metres de difference entre la +pyramide de Cheaps et la fleche de Strasbourg. Voyez a ce sujet les +mesures des principaux edifices de l'Europe, consignees dans le +_Voyage d'Italie_, par Lalande; edition de 1769, tome IV, pages 62 et +suivantes.] + +[Footnote 7: Jesus-Christ.] + +[Footnote 8: Alexandre.] + +[Footnote 9: L'artillerie volante, qui a beaucoup etonne les +mameloucks.] + +[Footnote 10: Les aerostats, inconnus en Egypte.] + +[Footnote 11: Les phenomenes de l'electricite, les paratonnerres.] + +[Footnote 12: Alexandrie.] + + + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 aout 1798). + +_Au general Leclerc._ + +Je vous prie, citoyen general, de vouloir bien temoigner aux septieme de +hussards, vingt-deuxieme de chasseurs, troisieme et cinquieme de dragons +ma satisfaction de la conduite qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse +qu'ils ont faite sur l'arriere-garde des mameloucks[13], auxquels ils ont +tue et blesse beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et pris +deux pieces de canon. + +Je donne l'ordre a l'etat-major pour qu'on fasse reconnaitre comme chef +de brigade le citoyen d'Estrees, comme chef d'escadron le capitaine +Renaud, comme capitaine le citoyen Leclerc, lieutenant du septieme de +hussards, et comme lieutenant le sous-lieutenant des guides, Dallemagne. + +Je vous prie de me faire passer dans la journee la liste des officiers +et des soldats des quatre corps qui se sont distingues et qui meritent +un avancement particulier. + +BONAPARTE. + +[Footnote 13: Il est question du combat de Salchich.] + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 aout 1798). + +_Au citoyen Leturq._ + +Le general Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure que vous +avez montree et de la conduite que vous avez tenue dans la journee +d'hier. Vous vous etes souvent distingue dans la campagne d'Italie, et +je vous donnerai incessamment l'avancement que vous meritez. + +BONAPARTE. + + + +Le 25 thermidor an 6 (12 aout 1798). + +_A la commission de commerce._ + +Je vous autorise, citoyens, a conclure definitivement et a signer les +arrangemens que vous ferez avec les differentes femmes des beys et des +autres mameloucks pour le rachat de leurs effets: vous delivrerez des +sauf-conduits a celles qui consentiront a un accommodement. + +BONAPARTE. + + + +Le 26 thermidor an 6 (13 aout 1798). + +_Au general du genie._ + +Mon intention est, citoyen general, de reunir a Salehieh des magasins de +bouche et de guerre suffisans pour pourvoir aux besoins d'une armee de +trois cent mille hommes pendant un mois. + +Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi precieux +soient contenus dans une forteresse qui les mette a l'abri d'etre +enleves par une attaque de vive force, et qui fasse que les sept ou huit +cents hommes de garnison obligent l'ennemi a un siege d'autant plus +penible, qu'il ne peut charrier son artillerie qu'apres un passage de +neuf jours dans le desert. + +Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le juge +necessaire, y appuyer un camp retranche, soit pour tenir pendant +long-temps les corps de l'ennemi eloignes, soit pour pouvoir proteger un +corps d'armee inferieur, mais trop considerable pour y tenir garnison. + +Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de maniere a +ce que, d'ici a quatre ou cinq decades, cette forteresse eut deja +l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec une garnison plus +nombreuse que celle que l'on sera oblige d'y tenir, lorsqu'elle sera +achevee, les magasins pussent deja etre a l'abri d'une attaque de vive +force. + +Vous laisserez a Salehieh assez d'ingenieurs pour confectionner lesdits +travaux avec promptitude, et pour pouvoir suffire aux reconnaissances +qui serviront a determiner la position precise de Salehieh par rapport a +la mer, a Mansoura, a Damiette, a l'inondation du Nil, et aux canaux du +Nil qui peuvent porter bateau. + +Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-general qui +est a Salehieh, de verser 10,000 fr. a la disposition de l'officier +superieur du genie que vous laisserez a Salehieh pour le commencement +desdits travaux. + +BONAPARTE. + + + +Le 26 thermidor an 6 (13 aout 1798). + +_Au general de l'artillerie._ + +Mon intention, citoyen general, est d'etablir une forteresse a Salehieh +qui puisse mettre a l'abri de toute insulte les magasins de bouche et de +guerre que j'ai l'intention d'y reunir: vous vous concerterez avec +le general du genie pour tous les etablissemens d'artillerie, +independamment des magasins necessaires a l'approvisionnement pour trois +ou quatre pieces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches. + +Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez a la +disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez dudit +etablissement, pour commencer a travailler de suite. + +BONAPARTE. + + + +Le 16 thermidor an 6 (13 aout 1798). + +_Au general Reynier._ + +Mon intention est, citoyen general, que le genie et l'artillerie +travaillent a la construction d'une forteresse qui mette les magasins +que j'ai l'intention de reunir a Salehieh a l'abri d'une attaque de vive +force, et dans le cas d'etre gardes par moins de mille hommes. + +Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous occupiez en +force le point designe, et que vous envoyiez des espions en Syrie pour +vous tenir au fait de tous les mouvemens que l'on pourrait faire de ce +cote-la. + +Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, qui est plus +a meme d'en recevoir par mer, et vous reconnaitrez bien la position de +Salehieh par rapport a la mer et aux differens canaux du Nil. + +Le general Dugua, avec sa division, va a Mansoura, et le general Vial va +a Damiette. Quand vous aurez reconnu la route qui de la mer conduit a +Salehieh, on pourra ordonner a une fregate et a un ou plusieurs avisos +de se tenir toujours a portee de ce point, et l'on pourra par la vous +faire passer du vin, du canon, des outils, que nous avons a Alexandrie, +ainsi que les bagages de votre division. + +Vous repandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, le plus de mes +proclamations que vous pourrez, et vous prendrez des mesures pour que +tous les voyageurs qui arrivent de Syrie vous soient amenes, afin que +vous puissiez les interroger. + +Independamment de ces fonctions militaires, vous en aurez encore +d'administratives a remplir, en organisant la province de Salehieh dont +le chef-lieu est a Belbeis. + +Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec toutes les +tribus arabes, afin de connaitre les camps qu'ils occupent, les champs +qu'ils cultivent, et des lors le mal que vous pourrez leur faire +lorsqu'ils desobeiront a vos ordres. + +Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur oter le plus +de chevaux possible; le second de les desarmer. + +Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur oter leurs chevaux +que peu a peu, en en demandant d'abord une certaine quantite pour +remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, il sera possible de prendre +d'autres mesures; mais auparavant il faut que vous vous occupiez de +connaitre les interets qui les lient a nous; ce qui seul vous fera +connaitre les menaces et le mal que vous pouvez leur faire. + +Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir subvenir aux +depenses extraordinaires d'espions a envoyer en Syrie. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Dupuy._ + +Vous voudrez bien, citoyen general, prendre de nouvelles precautions +pour vous assurer que Coraim ne vous echappera pas: apres quoi vous lui +ferez subir un interrogatoire, dans lequel vous lui demanderez qu'il +reponde positivement: 1 deg.. a-t-il ecrit a Mourad-Bey depuis qu'il nous a +jure fidelite? 2 deg.. a quels mameloucks a-t-il ecrit depuis qu'il nous a +jure fidelite? 3 deg.. quelle espece de correspondance a-t-il eue avec les +Arabes de Bahire? + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Dupuy._ + +Je vous prie, citoyen general, de me faire connaitre ce qu'a produit le +desarmement. + +Je desirerais egalement connaitre les mesures efficaces que vous pensez +qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: vous pourrez faire +prendre tous les chevaux, armes et chameaux qui pourraient se trouver +dans les maisons des femmes avec lesquelles nous avons traite. Ces trois +objets sont objets de guerre. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Ganteaume._ + +Le tableau de la situation dans laquelle vous vous etes trouve, +citoyen general, est horrible. Quand vous n'avez point peri dans cette +circonstance, c'est que le sort vous destine a venger un jour notre +marine et nos amis; recevez-en mes felicitations: c'est le seul +sentiment agreable que j'aie eprouve depuis avant-hier. J'ai recu, a +mon avant-garde, a trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a ete +apporte par l'aide-de-camp du general Kleber. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous prendrez, citoyen general, le commandement de tout ce qui reste de +notre marine, et vous vous concerterez avec l'ordonnateur Leroy pour +l'armement et l'approvisionnement des fregates _l'Alceste_, _la Junon_, +_la Carrere_, _la Muiron_, les vaisseaux _le Dubois_ et _le Causse_, et +toutes les autres fregates, bricks ou avisos qui nous restent. + +Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce qu'il vous sera +possible pour retirer de la rade d'Aboukir les debris qui peuvent y +rester. + +Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de la pour +Ancolie, les depeches que porte le courrier que j'ai expedie il y a +quinze jours du Caire, et que l'on m'assure etre encore a Rosette. Vous +adresserez au ministre de la marine une relation de l'affaire, telle +qu'elle a eu lieu. + +Je brule du desir de conferer avec vous; mais, avant de vous donner +l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques jours, mon intention +etant, s'il est possible, de me porter moi-meme a Alexandrie. + +Envoyez-moi l'etat des officiers, des matelots et des batimens qui nous +restent. + +Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prevenir de suite Malte +et Corfou de ce qu'aura fait le general Villeneuve, afin que ces iles se +tiennent en surveillance et a l'abri d'une surprise. + +Je pense bien qu'a l'heure qu'il est, les Anglais se seront retires avec +leur proie. + +BONAPARTE. + + + +Le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798) + +_Au citoyen Leroy,_ + +Je vous envoie par une chaloupe canonniere 100,000 fr. pour servir aux +travaux les plus pressans de la marine. Il est indispensable que vous +vous concertiez avec le contre-amiral Ganteaume pour armer en guerre _le +Dubois_, le _Causse_, _la Carrere_, _la Muiron_; il faudra doubler +en cuivre les deux dernieres, qui doivent avoir le doublage. Le +contre-amiral Ganteaume nommera au commandement de ces differens +batimens. Vous ne devez pas etre embarrasse d'en organiser les equipages +avec les debris de l'escadre. + +J'imagine que _l'Alceste_ n'a besoin de rien. Vous aurez deja sans doute +fait travailler a _la Junon_. Des l'instant que vous aurez des nouvelles +de la route qu'aura tenue le contre-amiral Villeneuve, vous me la ferez +connaitre. Envoyez-moi aussi l'etat de tous les batimens et de tous les +matelots echappes, soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent a +Rosette. + +Independamment des sommes que le general Kleber vous fera remettre des +contributions d'Alexandrie et de celles qui nous reviendront de la +contribution frappee a Damiette, je vous ferai toucher toutes les +decades 100,000 fr. Il est arrive a Rosette cinquante djermes chargees +de bles et de legumes, que, des mon arrivee au Caire, j'avais envoyees a +l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre au general +Menou de les tenir a votre disposition, et de faire tout ce qu'il pourra +pour les faire passer a Alexandrie. Faites de votre cote tout ce qui +sera possible pour favoriser ce passage, afin que vous ayez a Alexandrie +les approvisionnemens necessaires pour cette grande quantite d'hommes. + +BONAPARTE. + + + +Le 18 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Vous devez sans doute, a l'heure qu'il est, avoir recu la reponse a +toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp Julien, qui est +parti d'ici, il y a douze jours. + +J'ai appris la journee du 14, avant-hier 26, par votre aide-de-camp, qui +m'a trouve a Salehieh, a trente-trois lieues du Caire. Je n'ai pas perdu +un instant a m'y rendre. + +Je vous ai ecrit souvent, et comme la plupart de vos lettres me sont +parvenues toutes a la fois, j'espere qu'il en aura ete de meme des +miennes. + +J'ai envoye l'adjudant-general Brives a Rahmanieh avec un bataillon. + +Vous devez avoir recu une grande quantite de monde aujourd'hui a +Alexandrie. + +J'envoie 100,000 fr. a l'ordonnateur Leroy pour les premiers besoins de +l'armement. + +J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les vivres que l'on +y avait envoyes pour l'approvisionnement de l'escadre. + +Apres cinq ou six marches, nous avons pousse Ibrahim-Bey dans les +deserts de Syrie; nous avons degage une partie de la caravane qu'il +avait retenue, et lui-meme avec tous ses tresors et ses femmes a failli +tomber en notre pouvoir. + +Il nous reste encore a detruire Mourad-Bey, qui occupe la Haute-Egypte, +et a soumettre l'interieur du Delta, ou plusieurs partisans des beys se +trouvent encore les armes a la main. + +L'argent est extremement rare dans ce pays, et j'ai ordonne a +l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume de pousser le plus +vivement qu'ils pourront l'armement des vaisseaux _le Dubois_ et _le +Causse_, et celui des avisos, bricks ou fregates qui nous restent +encore. + +L'adjudant-general Brives et sa colonne sont a vos ordres: si les +Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent nos +communications avec Rosette, il devient indispensable d'occuper les +villages d'Aboukir en force, afin que vous puissiez communiquer avec +Rosette par terre. + +Le general Manscourt se rend a Alexandrie: c'est un general d'artillerie +qui pourra vous servir pour l'armement de la cote; il pourra d'ailleurs +prendre des renseignemens sur le pays, pour vous remplacer lorsque les +circonstances permettront que vous nous rejoigniez. + +Je ferai filer des troupes des l'instant que cela sera possible, du +cote de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais vous devez, d'ici a +plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi tirez parti de vos propres +forces. + +Je n'ai point recu de vos lettres depuis celles que m'a remises votre +aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'a quel point les Anglais ont ete +maltraites, et quelle est la quantite de troupes et d'equipages qui +s'est refugiee a Alexandrie. + +J'ai ecrit a Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous les details +de cette affaire, afin que ces iles restent en surveillance. L'on +m'apprend que le courrier que j'ai expedie d'ici, il y a quinze jours, +est encore a Rosette. J'ai ecrit au contre-amiral de l'expedier le plus +tot possible pour Corfou, d'ou il passera en Italie. Coraim est arrive +ici; je l'ai fait enfermer. Vous ne devez pas avoir eu de difficulte +a avoir les 300,000 fr auxquels j'ai impose Alexandrie; il faudra +cependant soustraire de cette somme 100,000 fr. que vous avez deja +touches. + +Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et chaque jour +y porte une amelioration considerable. Je suis fonde a penser que, +quelques jours encore, nous commencerons a etre maitres du pays. + +L'expedition que nous avons entreprise exige du courage de plus d'un +genre. Le general de brigade Vial occupe Damiette. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Menou._ + +Vous ferez partir, citoyen general, pour Alexandrie tous les bles et +autres approvisionnemens qui etaient charges sur les djermes, et qui +etaient destines pour l'escadre. + +Vous devez avoir recu plusieurs de mes lettres par mon aide-de-camp +Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours. + +Dans une, je vous disais de percevoir une contribution de 100,000 fr. +sur le commerce de Rosette, pour subvenir a nos besoins. + +La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de vos lettres: +veillez, je vous prie, a ce qu'aucun courrier ne parte de Rosette sans +aller vous demander vos ordres, et qu'il y ait toujours un billet de +vous ou d'un officier de votre etat-major. + +L'aide-de-camp du general Kleber ne m'a appris que le 26, a Salehieh, ou +je me trouvais, la nouvelle de la journee du 14. + +Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espere cette nuit recevoir de vos +lettres qui m'instruisent de la perte reelle des Anglais. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Je vous previens, citoyen general, que j'ai donne ordre de vous envoyer +15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui dans la meme caisse que les +100,000 fr. de l'ordonnateur Leroy. + +Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux officiers de +l'armee navale qui auraient le plus de besoins. Vous garderez 3,000 fr. +pour vos besoins particuliers. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 aout 1798). + +_Au general Menou._ + +Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour distribuer +aux individus de l'escadre qui auraient le plus de besoins et qui se +seraient refugies a Rosette, et pour activer l'arrivee au Caire de tous +les objets necessaires a l'armee, et a Alexandrie, de tous les objets +necessaires a son approvisionnement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 aout 1798). + +_Au general Zayonscheck._ + +J'ai recu, citoyen general, a mon retour de Salehieh, votre lettre. +J'espere qu'apres les avantages que nous avons remportes sur +Ibrahim-Bey, que nous avons pousse a plus de quarante lieues, et oblige +de passer le desert de Syrie, apres l'avoir blesse et apres avoir tue +Aly-Bey, les habitans de votre province deviendront plus traitables. + +Le general Dugua, qui doit etre arrive a Mansoura, se rendra lui-meme +a Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province de Garbie. Le general +Fugieres s'y rendra des l'instant qu'il saura que le general Dugua est +en marche; cela necessitera quelques jours encore sa presence a Menouf. + +Je n'ai pas vu avec plaisir la maniere avec laquelle vous vous etes +conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on menage ces gens-la et +qu'on ait des egards pour eux. Prononcez les sujets de plainte que vous +avez contre lui, je le ferai remplacer. + +Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arreter le divan sans +avoir approfondi s'il etait coupable ou non; il a fallu le relacher +douze heures apres: ce n'est pas le moyen de se concilier un parti. +Etudiez les peuples chez lesquels vous etes, distinguez ceux qui sont +les plus susceptibles d'etre employes; faites quelquefois des exemples +justes et severes, mais jamais rien qui approche du caprice et de la +legerete. Je sens que votre position est souvent embarrassante, et je +suis plein de confiance dans votre bonne volonte et votre connaissance +du coeur humain; croyez que je vous rends la justice qui vous est due. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 aout 1798). + +_Au general Rampon._ + +Je vous envoie, citoyen general, des souliers et du biscuit; on vous a +envoye des cartouches. + +Le general Desaix, avec sa division, s'embarque dans la nuit de demain +pour se rendre a Benecouef: par-la vous vous trouverez couvert, et +reprendrez sans inconvenient la position d'Alfieli, et punirez le +scheick de la conduite perfide qu'il a tenue. + +Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que vous +commandez, pour douter qu'ils ne fussent faches que je donnasse a +d'autres le soin de les venger de la trahison infame des habitans +d'Alfieli. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 aout 1798) + +_Au general Chabot._ + +Je recois, citoyen general, votre lettre du 25 messidor: j'y vois que +_le Fortunatus_ est arrive avec deux batimens charges de bois; je vous +prie de continuer a nous en envoyer. + +Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, est arrive a +Corfou. + +Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours et +approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, felicitez-le, de +ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette circonstance, en +conservant a la republique un aussi bon officier et d'aussi bons +batimens. + +Vous lui direz que je desire qu'il fasse armer le plus tot possible le +batiment de guerre qui est a Corfou, et qu'il envoie l'ordre a Ancone +pour que les trois batimens de guerre et les fregates qui y sont, +se rendent egalement a Corfou, afin de pouvoir ainsi commencer a +reorganiser une escadre. Nous faisons armer les vaisseaux et les +fregates qui se trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux +de guerre et fregates, partis de Toulon, vont arriver a Malte, ou il y a +egalement quelques vaisseaux de guerre et fregates: mon intention est de +reunir tous ces vaisseaux a Corfou. + +Ecrivez de ma part au general Brune, pour qu'il fasse mettre, sur +nos vaisseaux d'Ancone, de bonnes garnisons de troupes, et mettez-en +vous-meme sur ceux qu'a amenes le contre-amiral Villeneuve. Je ne lui +ecris pas a lui-meme, parce que je ne suis pas assure qu'il se trouve a +Corfou; mais s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici +va parfaitement bien, et commence meme a s'organiser: notre conquete se +consolide tous les jours. + +Faites-moi connaitre, le plus souvent que vous pourrez, ce qui se passe +en Turquie, et surtout du cote de Passwan-Oglou. En general, quand vous +m'ecrirez, envoyez-moi les journaux que vous aurez, et une note de ce +que vous aurez appris, car ici nous sommes tres-souvent sans nouvelles +de France. + +J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre division. Les +troupes qui vous sont arrivees, sont un renfort bien precieux dans ce +moment-ci. + +Faites faire la plus grande quantite de biscuit que vous pourrez; je +vous enverrai des bles le plus tot qu'il me sera possible; d'ailleurs, +je vois par votre etat de situation, que vous en avez sept cents +quintaux, en approvisionnement de siege. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aout 1798). + +_Au general Marmont._ + +Vous vous rendrez, citoyen general, le plus tot possible a Rosette. + +En passant a Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-general +Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, soit de la +province de Damanhour. + +Si l'expedition que j'ai ordonnee sur le Damanhour n'avait pas reussi, +vous debarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez le commandement de +toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez les attroupemens de toute +la province de Damanhour, et puniriez les habitans de cette ville pour +la maniere dont ils se sont conduits avec le general Dumuy. + +Si, comme je dois le presumer, il n'y a rien de nouveau a Rahmanieh, et +que l'adjudant-general Brives soit a Damanhour ou a Rahmanieh, vous lui +donnerez de vos nouvelles en l'instruisant que le but de votre mission +est d'entretenir la communication du canal de Rahmanieh a Alexandrie, +afin que les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette a +Alexandrie. + +Arrive a Rosette, votre premier soin sera de visiter la barre du Nil, et +de vous assurer si l'on y a place les batteries et chaloupes necessaires +pour le mettre a l'abri des corsaires et chaloupes anglaises. + +Vous vous trouverez sous les ordres du general Menou pour les operations +qu'il jugera a propos de faire, soit pour la surete de la ville, soit +pour celle des villages environnans: de la vous vous rendrez a Aboukir; +vous verrez s'il y a quelque chose a faire pour perfectionner les +retranchemens du fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir a +Rosette. + +De la vous vous rendrez a Alexandrie; vous vous trouverez sous les +ordres du general Kleber, pendant votre sejour dans cette ville, soit +pour les mesures qu'il voudrait prendre dans la ville, soit pour quelque +operation contre les Arabes, soit pour quelque operation le long du +canal qui va a Rahmanieh. Mon intention est que, de retour a Aboukir +et a Rosette, vous restiez dans cette derniere ville, jusqu'a ce que +l'escadre anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit a +peu pres retablie. + +Ainsi, le but de votre operation est de former une colonne mobile propre +a observer les mouvemens de l'escadre anglaise, et a assurer la bouche +du Nil de la branche de Rosette, d'empecher toute communication entre +les Anglais et les Arabes par Aboukir, de rendre facile la communication +de Rosette a Aboukir, d'offrir une reserve pour dissiper les +rassemblemens qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir +la ville de Damanhour, et enfin de proteger l'ecoulement des eaux le +long du canal, le seul qui procure de l'eau a Alexandrie. + +Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un memoire sur le temps ou les eaux +entrent dans ce canal, sur les obstacles que les Arabes pourraient +mettre a l'ecoulement des eaux, et sur la situation de la province de +Rahmanieh. + +J'ai deja ordonne plusieurs fois que tous les magasins qui se trouvent +a Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. Vous me ferez +connaitre specialement si le canal qui va de Rahmanieh a Alexandrie peut +porter des djermes. + +Je vous ordonne, a votre retour a Alexandrie, de rester a Rosette de +preference, afin que, si cela etait necessaire, vous pussiez vous porter +entre les deux branches du Nil, et vous opposer aux incursions que +pourraient faire les Anglais pour tenter de s'approvisionner de Rosette, +d'Aboukir et d'Alexandrie. + +Vous m'ecrirez, dans le plus grand detail, pour me faire connaitre la +situation des Anglais, et la maniere dont notre escadre s'est comportee +dans le combat. + +En parlant, soit aux generaux, soit aux marins, soit aux soldats, vous +aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut encourager. + +Ayez soin surtout de voir et de conferer avec le contre-amiral +Ganteaume, et vous me ferez connaitre ce qu'il pense que feront les +Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, ce qu'il pense de la +conduite de notre escadre et de celle des Anglais. Temoignez-lui +l'estime que j'ai pour lui et le plaisir que j'ai eu a apprendre qu'il +etait sauve. + +Vous direz a Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il pourra a +Damanhour et a Rosette, en y envoyant soit du ble, soit de la viande. + +Je m'en rapporte a votre zele et a vos talens pour la conduite que vous +tiendrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 aout 1798). + +_Au general Perree._ + +Vous partirez, citoyen general, cette nuit, avec deux batimens armes, +et la quantite de djermes necessaires pour porter la colonne du general +Marmont. + +Arrive a Rosette, vous me rendrez compte si les batteries que l'on y +a etablies, sont suffisantes pour empecher les avisos et chaloupes +anglaises de venir nous troubler. + +Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont a Rosette, tous les +details sur le combat de l'escadre, et vous me les ferez connaitre; vous +irez a Aboukir avec le general Marmont, afin de prendre une connaissance +exacte sur la position qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui +sont brules, de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou +de ce qu'ils ont l'air de faire. + +Vous ferez partir de Rosette _la Cisalpine_, que vous enverrez en +Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, que s'il me +rapporte la reponse de Paris a ce courrier, je lui donnerai mille louis. + +Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit tenir. + +Vous resterez, jusqu'a nouvel ordre, a Rosette, afin de faciliter autant +qu'il sera possible la communication par mer d'Alexandrie a Rosette, +celle de Rosette au Caire, et de me faire parvenir promptement les +nouvelles interessantes qu'il pourrait y avoir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aout 1798). + +_Au general Menait._ + +Ce soir, le general de brigade Marmont, avec la quatrieme demi-brigade, +part pour se rendre a Rosette et y observer les mouvemens des Anglais. + +Le contre-amiral Perree se rend a Rosette avec deux avisos; j'espere que +des l'instant que le general Marmont sera arrive a Rosette, on pourra +empecher les Anglais d'avoir aucune communication avec les Arabes. + +J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers avait +ete arrete par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu l'esprit de jeter +ses paquets a la mer. J'ai appris egalement indirectement que deux cents +hommes etaient arrives d'Alexandrie a Rosette, J'en vous veux un peu de +mal de ce que ce n'est pas vous ou votre etat-major qui m'ayez fait +part de ces nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les +moindres choses sont essentielles. + +L'adjudant-general Jullien et l'aide-de-camp du general Kleber, avec +une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie est destinee pour le +citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, sont partis avant-hier, sur un +aviso; ils doivent etre arrives a l'heure qu'il est. + +Ecrivez-moi, je vous prie, citoyen general, souvent et longuement; +faites passer a Alexandrie la plus grande quantite de riz qu'il vous +sera possible. + +Je n'ai pas encore recu le plan que j'avais tant recommande que l'on +m'envoyat promptement, de Rosette a la mer. + +Tout ici va parfaitement bien. La fete que l'on y a celebree pour +l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 aout 1798). + +_Au general Reynier._ + +Je recois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez +qu'Ibrahim-Bey etait, le 27, a plusieurs journees de Salehieh. + +Je vous ai envoye du riz, de la farine et quatre mille rations de bon +biscuit; j'imagine qu'a l'heure qu'il est, vos fours sont faits, et que +vous ne manquez point de pain. + +Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquee est extremement +sage; vous avez du recevoir six pieces de canon turques qui vous +serviront a cet objet. + +Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce que cela vous +priverait des moyens de vous approvisionner. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 aout 1798). + +_Au consul francais a Tripoli._ + +J'ai recu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis la prise +de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu les mameloucks, pris le +Caire, et nous nous sommes empares de toute l'Egypte. + +Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment la superiorite +dans ces mers, ce qui m'engage a vous prier d'expedier un courrier pour +se rendre, soit a Malte, soit a Civita-Vecchia, soit a Cagliari, d'ou il +regagnera facilement Toulon. + +Je vous envoie une copie de la lettre a faire partir; vous direz que +l'armee de terre est victorieuse et bien etablie en Egypte, sans +maladies et sans perte de monde, que je me porte bien, et qu'on n'ajoute +pas foi en France aux bruits que l'on fait courir. Expediez-moi de +Tripoli un courrier pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez +de France, et ecrivez a Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que +l'on y recoit et que vous me ferez parvenir. + +Il est indispensable que vous nous expediiez, au moins une fois toutes +les decades, un courrier qui ira par mer jusqu'a Derne, et de la +traversera le desert. Je vous ferai rembourser tous les frais que cela +vous occasionera. Je n'ose aventurer de l'argent au travers du desert; +mais si vous trouvez un negociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir +6,000 fr. au Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de +change sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui +m'apporteront des nouvelles interessantes. + +Faites connaitre au bey que demain nous celebrons la fete du prophete +avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli part egalement demain; +je l'ai protegee, et elle a eu a se louer de nous. + +Engagez le bey a envoyer beaucoup de vivres a Malte, des moutons a +Alexandrie, et a faire savoir aux fideles que les caravanes sont +protegees par nous, et que l'emir-aga est nomme. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 aout 1798). + +_Au directoire executif._ + +Le 18 thermidor, j'ordonnai a la division du general Reynier de se +porter a Elkhankah, pour soutenir le general de cavalerie Leclerc, +qui se battait avec une nuee d'Arabes a cheval, et de paysans du pays +qu'Ibrahim-Bey etait parvenu a soulever. Il tua une cinquantaine de +paysans, quelques Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je +fis partir egalement la division commandee par le general Lannes et +celle du general Dugua. + +Nous marchames a grandes journees sur la Syrie, poussant toujours devant +nous Ibrahim-Bey et l'armee qu'il commandait. + +Avant d'arriver a Belbeis, nous delivrames une partie de la caravane +de la Mecque, que les Arabes avaient enlevee et conduisaient dans le +desert, ou ils etaient deja enfonces de deux lieues. Je l'ai fait +conduire au Caire sous bonne escorte. Nous trouvames a Qoureyn une autre +partie de la caravane, toute composee de marchands qui avaient ete +arretes d'abord par Ibrahim-Bey, ensuite relaches et pilles par les +Arabes. J'en fis reunir les debris et je la fis egalement conduire au +Caire. Le pillage des Arabes a du etre considerable; un seul negociant +m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises des Indes, pour +deux cent mille ecus. Le negociant avait avec lui, suivant l'usage du +pays, toutes ses femmes. Je leur donnai a souper, et leur procurai les +chameaux necessaires pour leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient +avoir une assez bonne tournure; mais le visage etait couvert, selon +l'usage du pays, usage auquel l'armee s'accoutume le plus difficilement, + +Nous arrivames a Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit habite de +l'Egypte ou il y ait de bonne eau. La commence le desert qui separe la +Syrie de l'Egypte. + +Ibrahim-Bey, avec son armee, ses tresors et ses femmes, venait de partir +de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de cavalerie que j'avais. +Nous vimes defiler devant nous ses immenses bagages. Un parti d'Arabes +de cent cinquante hommes, qui etaient avec eux, nous proposa de charger +avec nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux +etaient ereintes, l'infanterie tres-eloignee; nous leur enlevames les +deux pieces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine de chameaux +charges de tentes et de differens effets. Les mameloucks soutinrent la +charge avec le plus grand courage. Le chef d'escadron d'Estrees, +du septieme regiment de hussards, a ete mortellement blesse; mon +aide-de-camp Shulkouski a ete blesse de sept a huit coups de sabre et de +plusieurs coups de feu. L'escadron monte du septieme de hussards et du +vingt-deuxieme de chasseurs, ceux des troisieme et quinzieme de dragons, +se sont parfaitement conduits. Les mameloucks sont extremement braves et +formeraient un excellent corps de cavalerie legere; ils sont richement +habilles, armes avec le plus grand soin, et montes sur des chevaux de +la meilleure qualite. Chaque officier d'etat-major, chaque hussard +a soutenu un combat particulier. Lasalle, chef de brigade du +vingt-deuxieme, laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il fut +assez adroit et assez heureux pour mettre pied a terre et se trouver +a cheval pour se defendre et attaquer un des mameloucks les plus +intrepides. Le general Murat, le chef de bataillon, mon aide-de-camp +Duroc, le citoyen Leturcq, le citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi, +engages trop avant par leur ardeur dans le plus fort de la melee, ont +couru les plus grands dangers. + +Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le desert de Syrie; il a ete +blesse dans ce combat. + +Je laissai a Salehieh la division du general Reynier et des officiers du +genie, pour y construire une forteresse, et je partis le 26 thermidor +pour revenir au Caire. Je n'etais pas eloigne de deux lieues de +Salehieh, que l'aide-de-camp du general Kleber arriva et m'apporta +la nouvelle de la bataille qu'avait soutenue notre escadre, le 14 +thermidor. Les communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze +jours pour venir. + +Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral Ganteaume. Je +lui ecris, par le meme courrier, a Alexandrie, de vous en faire un plus +detaille. + +Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'ecrivis a l'amiral +d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port d'Alexandrie, et, +si son escadre ne pouvait pas y entrer, de decharger promptement toute +l'artillerie et tous les effets appartenans a l'armee de terre, et de se +rendre a Corfou. + +L'amiral ne crut pas pouvoir achever le debarquement dans la position ou +il etait, etant mouille dans le port d'Alexandrie sur des rochers, et +plusieurs vaisseaux ayant deja perdu leurs ancres; il alla mouiller a +Aboukir, qui offrait un bon mouillage. J'envoyai des officiers du genie +et d'artillerie qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui +donner aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient pendant +les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restat a Aboukir, soit +pour decharger notre artillerie, soit pour sonder et marquer la passe +d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre parti a prendre que de couper ses +cables, et qu'il etait urgent de sejourner le moins possible a Aboukir. + +Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, sous trois jours, +l'escadre serait entree dans le port d'Alexandrie, ou aurait appareille +pour Corfou. Depuis le 18 messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai recu +aucune nouvelle ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre. +Une nuee d'Arabes, accourus de tous les points du desert, etaient +constamment a cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le bruit de nos +victoires et differentes dispositions rouvrirent nos communications. Je +recus plusieurs lettres de l'amiral, ou je vis avec etonnement qu'il se +trouvait encore a Aboukir. Je lui ecrivis sur-le-champ pour lui faire +sentir qu'il ne devait pas perdre une heure a entrer a Alexandrie, ou a +se rendre a Corfou. + +L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que plusieurs +vaisseaux anglais etaient venus le reconnaitre, et qu'il se fortifiait +pour attendre l'ennemi, embosse a Aboukir. Cette etrange resolution me +remplit des plus vives alarmes; mais deja il n'etait plus temps, car la +lettre que l'amiral ecrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je +lui expediai le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas +partir d'Aboukir qu'il n'eut vu l'escadre a la voile. Parti le 12 il +n'aurait jamais pu arriver a temps; cet aide-de-camp a ete tue en chemin +par un parti arabe qui a arrete sa barque sur le Nil, et l'a egorge avec +son escorte. + +Le 8 thermidor, l'amiral m'ecrivit que les Anglais s'etaient eloignes; +ce qu'il attribuait au defaut de vivres. Je recus cette lettre par le +meme courrier, le 12. + +Le 11, il m'ecrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire des +Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait trouve une passe pour +entrer dans le port d'Alexandrie; je recus cette lettre le 18. + +Le 14, au soir, les Anglais l'attaquerent; il m'expedia, au moment ou +il apercut l'escadre anglaise, un officier pour me faire part de ses +dispositions et de ses projets: cet officier a peri en route. + +Il me parait que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre a Corfou, avant +qu'il eut ete certain de ne pouvoir entrer dans le port d'Alexandrie, et +que l'armee dont il n'avait pas de nouvelles depuis long-temps, fut +dans une position a ne pas avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste +evenement il a fait des fautes, il les a expiees par une mort glorieuse. + +Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, +prouver que, s'ils nous accordent une grande preponderance sur le +continent, ils ont donne l'empire des mers a nos rivaux. Mais ce revers +ne peut etre attribue a l'inconstance de notre fortune; elle ne nous +abandonne pas encore: loin de la, elle nous a servis dans toute cette +operation au-dela de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai +devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que les Anglais y +etaient passes en force superieure quelques jours avant; malgre la +tempete affreuse qui regnait, au risque de me naufrager, je me jetai a +terre. Je me souvins qu'a l'instant ou les preparatifs du debarquement +se faisaient, on signala dans l'eloignement, au vent, une voile de +guerre: c'etait _la Justice_. Je m'ecriai: "Fortune, m'abandonneras-tu? +quoi, seulement cinq jours!" Je debarquai dans la journee; je marchai +toute la nuit; j'attaquai Alexandrie a la pointe du jour avec trois +mille hommes harrasses, sans canons et presque pas de cartouches; +et, dans les cinq jours, j'etais maitre de Rosette, de Damanhour, +c'est-a-dire deja etabli en Egypte. Dans ces cinq jours, l'escadre +devait se trouver a l'abri des forces des Anglais, quel que fut leur +nombre. Bien loin de la elle reste exposee pendant tout le reste de +messidor. Elle recoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor, +un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais se laissent voir +en nombre superieur pendant dix jours dans ces parages. Le 11 thermidor, +elle apprend la nouvelle de l'entiere possession de l'Egypte et de notre +entree au Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses +faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte a son destin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 aout 1798). + +_A la citoyenne Brueys._ + +Votre mari a ete tue d'un coup de canon, en combattant a son bord. Il +est mort sans souffrir, et de la mort la plus douce, la plus enviee par +les militaires. + +Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous separe de l'objet que +nous aimons est terrible; il nous isole de la terre; il fait eprouver au +corps les convulsions de l'agonie. Les facultes de l'ame sont aneanties, +elle ne conserve de relation avec l'univers, qu'au travers d'un +cauchemar qui altere tout. Les hommes paraissent plus froids, plus +egoistes qu'ils ne le sont reellement. L'on sent dans cette situation +que si rien ne nous obligeait a la vie, il vaudrait beaucoup mieux +mourir; mais, lorsqu'apres cette premiere pensee, l'on presse ses enfans +sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres raniment la nature, +et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, voyez des ce premier moment +qu'ils ouvrent votre coeur a la melancolie: vous pleurerez avec eux, +vous eleverez leur enfance, cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez +de leur pere, de votre douleur, de la perte qu'eux et la republique ont +faite. Apres avoir rattache votre ame au monde par l'amour filial et +l'amour maternel, appreciez pour quelque chose l'amitie et le vif +interet que je prendrai toujours a la femme de mon ami. Persuadez-vous +qu'il est des hommes, en petit nombre, qui meritent d'etre l'espoir de +la douleur, parce qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'ame. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 aout 1798). + +_Au general Vial._ + +Vous avez mal fait de laisser cent hommes a Mansoura, c'etait evidemment +les compromettre. + +La division du general Dugua aura sans doute dissipe les attroupemens et +puni severement les chefs d'attroupemens. + +Je donne ordre a l'artillerie de vous faire passer six pieces de gros +calibre et deux mortiers pour placer a l'embouchure du Nil. Organisez +votre province le plus tot possible; tenez toujours vos troupes reunies; +vous pouvez laisser libre le commerce de Damiette a la Syrie, mais ayant +soin qu'on n'y transporte pas les riz qui sont necessaires a l'armee. +Ecrivez a Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai charge +de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore moins aux +musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser et vivre en +repos, et que j'espere qu'ils protegeront le commerce d'Egypte en Syrie, +comme mon intention est de le proteger de mon cote: envoyez-leur ces +lettres par des occasions sures. + +J'imagine que vous aurez eu soin que l'on celebre avec plus de pompe +encore la fete du prophete, qui est dans quatre ou cinq jours. La fete +du Nil a ete tres-belle ici, celle du prophete le sera encore davantage. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 aout 1798). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy sont membres de +l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes et Andreossi. +Ils se reuniront demain dans la salle de l'institut pour arreter un +reglement pour l'organisation de l'institut du Caire et designer les +personnes qui doivent le composer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au contre-amiral Villeneuve a Malte._ + +J'ai recu, citoyen general, la lettre que vous m'avez ecrite en mer, a +... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait vous faire un reproche, +ce serait de n'avoir pas mis a la voile immediatement apres que +_l'Orient_ a saute, puisque, depuis trois heures, la position que +l'amiral avait prise, avait ete forcee et entouree de tous cotes par +l'ennemi. + +Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant d'autres, un +service essentiel a la republique eu suivant une partie de l'escadre. + +Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont a Alexandrie, ainsi que +tous les matelots, canonniers, soldats de l'escadre, soit blesses, soit +bien portans, tous les prisonniers ayant ete rendus. + +Les deux vaisseaux _le Causse_ et _le Dubois_ sont armes, ainsi que les +fregates _l'Alceste_, _la Junon_, _la Muiron_, _la Carrere_, et les +autres fregates venitiennes. + +Vous trouverez a Malte deux vaisseaux et une fregate; vous y attendrez +l'arrivee de trois batimens de guerre venitiens et de deux fregates, qui +doivent venir de Toulon avec le convoi; vous ferez tous vos efforts et +tout ce que vous croyez necessaire pour nous le faire passer. + +Mon projet est de reunir trois vaisseaux neufs que nous avons a Ancone, +celui que nous avons a Corfou, et les deux que nous avons a Alexandrie +dans le port, afin de pouvoir contenir, a tout evenement, l'escadre +turque, de chercher ensuite a les joindre avec les sept vaisseaux que +vous vous trouverez avoir alors sous vos ordres, et dont la principale +destination est dans ce moment de favoriser le passage des convois qui +nous arrivent de France. + +Je donne ordre au general Vaubois de vous fournir cent Francais par +vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec ce renfort mieux +contenir votre equipage, que vous completterez de tous les matelots +maltais que vous trouverez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 aout 1798). + +_Au general Vaubois._ + +Il est indispensable, citoyen general, que vous fournissiez a l'amiral +Villeneuve tout ce qui lui sera necessaire, soit en approvisionnemens, +soit en garnison, soit en matelots pour pouvoir ravitailler sa division. + +Les communications sont extremement difficiles. Je n'ai point recu de +lettres de vous et fort peu de France; mais je compte assez sur votre +zele, pour ne pas douter que la place de Malte se trouve dans le +meilleur etat, et que vous employez tous vos moyens a captiver le peuple +et a nous faire passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de +France. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au general Ganteaume._ + +Je vous envoie, citoyen general, une lettre pour le contre-amiral +Villeneuve, qui m'a ecrit, a la hauteur du cap de Celidonia, qu'il se +rendait a Malte. Je vous prie de la lui faire passer. Je vous prie de me +faire connaitre dans quel port _la Marguerite_ a eu ordre de relacher, +et si vous pensez qu'elle soit arrivee. + +Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun etat, de sorte que j'ignore +absolument le nombre des matelots qui se trouvent dans le port +d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais ont rendu tous les +prisonniers de guerre: des-lors, il devrait y avoir cinq ou six mille +personnes de l'escadre a Alexandrie; je vous prie de me rendre un compte +tres-detaille de l'evenement qui a eu lieu, afin que je puisse en +instruire le gouvernement. De tout ce que j'ai recu jusqu'a present, je +n'ai pas de quoi faire la moindre relation. Quelle etait la force +des Anglais? avaient-ils des vaisseaux a trois ponts? combien de +quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? A l'heure qu'il est, +j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les vaisseaux qui +ont ete emmenes ou brules? qui sont ceux de nos principaux officiers +qui se sont sauves, qui sont tues ou qui sont prisonniers? Pourquoi _le +Franklin_ s'est-il rendu presque sans se battre? + +_Le Genereux_, que le contre-amiral a emmene avec lui, est-il un bon +vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il decidement entrer dans +le port d'Alexandrie? L'amiral m'ecrivait, le 11, qu'il croyait qu'il +pouvait y entrer. + +J'ai envoye le citoyen Perree a Rosette pour observer la position des +Anglais et me rendre compte de son cote de ce qu'il verra. + +Lorsque les Anglais auront quitte ces parages, s'ils n'y laissent pas +une forte croisiere, comme je pense qu'ils ne pourront le faire, ayant +besoin de leur monde pour emmener tous nos vaisseaux, j'enverrai trois +a quatre cents matelots a Ancone pour augmenter l'equipage des trois +vaisseaux venitiens qui s'y trouvent, et les conduire a Corfou et +ensuite a Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier +intelligent, et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il +devra suivre. + +Nous avons un vaisseau a Corfou, envoyez-y une trentaine de matelots +pour augmenter les equipages, et donnez-lui des ordres pour, s'il y a +possibilite, le faire reunir aux trois autres et le faire venir ici. + +J'ai ecrit au general Villeneuve de tacher de reunir a Malte les trois +vaisseaux venitiens et les deux fregates que nous avons a Toulon, ce +qui, joint aux deux vaisseaux, a la fregate maltaise, et a ce qu'il a +avec lui, fera cinq vaisseaux de guerre et cinq fregates. Nos forces +de la Mediterranee etant dans ces deux masses, nous verrons, dans le +courant de l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur +reunion et pour seconder l'operation ulterieure de l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_A l'ordonnateur Leroy._ + +Je suis extremement mecontent, citoyen ordonnateur, de votre +correspondance; deux ou trois lettres que je recois de vous ne +m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'etat approximatif des blesses, +des morts, ni celui des prisonniers que nous ont rendus les Anglais; +j'ignore absolument le nombre d'hommes refugies de notre escadre qui se +trouvent dans ce moment a Alexandrie. + +J'ignore egalement ce qui a ete fait pour l'armement des deux batimens +venitiens, pour l'armement des deux fregates, et dans quelle situation +se trouve le convoi. + +Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces etats dans le plus court +delai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Des l'instant que vous aurez, citoyen general, expedie les ordres pour +Corfou, et que vous aurez pris les etats de situation du personnel et du +materiel dans les ports d'Alexandrie, vous vous rendrez au Caire: avant +de partir, conferez avec le citoyen Dumanoir. + +Vous aurez soin d'ecrire par toutes les occasions en France, et de +rendre compte au directoire du combat naval qui a eu lieu. Notre +position au Caire est extremement satisfaisante puisque nous avons perdu +peu de monde, et que nos prisonniers nous sont tous rendus. Cet echec, +si considerable qu'il soit, se reparera. Croyez a l'estime et a l'amitie +que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au meme._ + +Vous ferez partir, citoyen, aussitot que cela sera possible., +d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du _Cerf_, du _Pluvier_, +pour remonter le Nil a Rosette, et se rendre au Caire; vous y ferez +embarquer deux cents matelots de surplus, pour pouvoir armer quelques +bricks qui se trouvent ici. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au general Menou._ + +Ni moi ni l'etat-major, nous ne recevons aucun compte de vous; vous ne +dites rien de ce qui se passe a Aboukir et a Rosette: cela en merite +pourtant bien la peine; et je ne suis instruis que par les oui-dire. + +Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'etat-major un etat de situation +des corps qui composent la garnison, les hopitaux; de m'instruire des +mouvemens que feraient l'escadre a Aboukir ou les batimens anglais au +Bogaz. Je n'ai aucun detail sur la communication de Rosette a Aboukir, +quoique je sache d'un autre cote qu'elle est ouverte. + +Je vous prie egalement de me faire connaitre ce que sont devenues les +lettres a l'amiral Brueys, que vous avez du avoir dans les mains, et qui +ne sont arrivees a Rosette que lorsque l'amiral n'y etait plus. + +Le citoyen Croizier a porte des lettres pour le general Kleber: +ont-elles ete remises au courrier? ce courrier avait aussi des lettres a +l'amiral Brueys, les a-t-il emportees avec lui? + +J'aurais du etre instruit dans le plus grand detail de tout ce qui se +disait et se faisait d'essentiel. Des l'instant que les Anglais seront +partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela n'est pas deja fait, +favorisez autant qu'il vous sera possible l'arrivee de quelques pieces +de 24 pour les mettre au Bogaz. Rosette est le seul point de l'armee sur +lequel je n'aie aucune espece de details. + +Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de la commission +des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour quitter Rosette, que +lorsque la province sera organisee et que l'embouchure du Nil pourra ne +pas craindre d'insulte de quelque corsaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au general Dommartin._ + +Je crois necessaire, citoyen general, que votre partiez ce soir pour +vous rendre a Rosette et de la a Alexandrie. Vous profiterez du +moment ou les Anglais laisseront libre la communication de Rosette +a Alexandrie, pour faire passer une piece de gros calibre et quatre +mortiers a etablir a l'embouchure de cette riviere, et enfin faire +passer, independamment de ce que vous avez, du Caire a Damiette, huit +autres pieces de gros calibre et quatre mortiers; pour faire egalement +armer le fort d'Aboukir avec une tres-bonne batterie de cote, et enfin +augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, en +ayant soin qu'on occupe le poste de l'ile du Marabou. Votre presence +sera d'ailleurs utile pour detruire beaucoup de faux bruits que l'on +fait courir sur l'armee et sa position, et pour ranimer autant qu'il +vous sera possible, les esperances et le courage de ceux qui en auront +besoin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_A l'ordonnateur de la marine a Toulon._ + +L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen ordonnateur, +de l'evenement arrive a l'escadre. Le general Villeneuve est alle, avec +tout ce qu'il a sauve, a Malte. L'ordonnateur Leroy vous rendra sans +doute un compte detaille du nombre des blesses et morts, et vous enverra +l'etat des marins qui sont a Alexandrie. + +Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous prie de la lui +remettre avec tous les menagemens possibles. L'armee de terre est dans +la plus brillante position, nous sommes maitres de toute l'Egypte, +et des l'instant que nous aurons recu le convoi que vous devez nous +envoyer, il ne nous restera plus rien a desirer. J'ordonne au general +Villeneuve de reunir dans le port de Malte et sous son commandement les +deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux venitiens et les fregates +que nous avons a Toulon. + +Je reunirai les vaisseaux venitiens que nous avons a Ancone et celui que +nous avons a Corfou, ainsi que les deux vaisseaux et les six fregates +qui sont dans le port d'Alexandrie. Il n'y a eu que fort peu de blesses: +ceux-ci ne montent qu'a huit cents. Tous les equipages qui ont ete pris +par les Anglais, sont presque tous rendus et existans a Alexandrie. +Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyes sont arrives +egalement. + +Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaitre a ma femme, dans +quelque lieu qu'elle se trouve, et a ma mere en Corse, que je me porte +fort bien. J'imagine bien que l'on m'aura dit, en Europe, tue une +douzaine de fois. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au citoyen Menars, commissaire de la marine a Malte._ + +Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre du 5 +thermidor, que _le Dego_ et _la Carthaginoise_ sont prets a partir. A +l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura mouille dans le port +de Malte avec son escadre. J'espere aussi que vous travaillerez avec la +plus grande activite a l'armement du troisieme vaisseau, et qu'avant un +mois il pourra augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie +de mettre dans cette circonstance plus de zele et d'activite que dans +toutes les autres. J'ai ecrit en France pour qu'on vous fit passer +600,000 fr. et j'ecris au general Vaubois pour qu'il vous aide de tous +ses moyens. J'espere que vous serez bientot joint par le reste de nos +vaisseaux qui sont a Toulon. + +Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles de France; +les petits bateaux qui cotoient la cote d'Afrique doivent pouvoir +arriver sans difficultes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Je vous remercie, citoyen general, de votre sollicitude sur ma sante: +elle n'a jamais, je vous assure, ete meilleure. Les affaires ici vont +parfaitement bien, et le pays commence a se soumettre. + +J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours apres l'evenement, et +des-lors ma presence n'y pouvait plus rien. Quant a Alexandrie, je n'ai +jamais eu la moindre inquietude; il n'y aurait personne que les Anglais +n'y entreraient pas. Ils ont bien assez a faire de garder leurs +vaisseaux, et sont trop empresses a profiter de la bonne saison pour +regagner Gibraltar. + +J'ai recu des lettres du contre-amiral Villeneuve a six lieues du cap de +Celidonia: il va a Malte. J'ai recu des lettres de cette ile. Les deux +batimens et la fregate sont prets; les trois batimens sont aussi prets +a Toulon: ainsi j'espere que, dans le courant de septembre, nous aurons +sept batimens de guerre et cinq fregates equipes a Malte, tout comme +nous aurons six, sept a huit fregates a Alexandrie. J'espere que les +quatre d'Ancone nous y joindront. + +Je n'ai pas encore recu la revue, au moins approximative, des matelots +qui se trouvent a Alexandrie. Je voudrais qu'au lieu de trois, vous y +gardassiez pour six mois de riz. Ne vous sachant pas si bien pourvu, +j'avais ordonne que l'on en achetat cinq mille quintaux a Damiette et +cinq mille a Rosette, pour faire passer a Alexandrie. + +J'ai envoye le general Marmont avec la quatrieme demi-brigade +d'infanterie legere et deux pieces de canon pour soumettre la province +de Bahire, maintenir libre la communication de Rosette a Alexandrie, et +rester sur la cote pour empecher la communication de l'escadre avec la +terre. + +Je ferai partir cette nuit le general Dommartin pour profiter du moment +favorable et accelerer le depart de l'artillerie de campagne pour +l'armee: avec six pieces de 24 a boulets rouges et deux mortiers, toutes +les escadres de la terre n'approcheraient pas. Il faut, dans ce cas, +recommander qu'on tire lentement et tres-peu; il faut avoir quelques +gargousses de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement +possible mettre en etat le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou, +ou nous avons descendu: occupez-la avec un poste et quelques pieces de +canon. + +Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs y penseront +a deux fois avant de faire un mouvement contre nous: au reste ils +trouveront a s'en repentir. Tous les mois, tous les jours, notre +position s'ameliore par les etablissemens propres a nourrir l'armee, par +les fortifications que nous etablissons sur differens points; et des +l'instant que nos approvisionnemens de campagne qui sont a Alexandrie, +seront en etat d'etre transportes au Caire, je vous assure que je ne +crains pas cent mille Turcs. + +Si les Anglais relevent cette escadre-ci par une autre et continuent a +inonder la Mediterranee, ils nous obligeront peut-etre a faire de plus +grandes choses que nous n'en voulions faire. Au milieu de ce tracas, je +vois avec plaisir que votre sante se retablit, que votre blessure est +guerie. Vous sentez que votre presence est encore necessaire dans le +poste ou vous etes; vous voyez que la blessure que vous avez recue a +tourne a bien pour l'armee. Faites-moi passer de suite tous les hommes +qui viendraient de Malte ou de France, quand meme ils n'auraient pas +de depeches. Vous me ferez connaitre quels sont les batimens que vous +m'envoyez. Je vous fais passer l'ordre pour le commerce; il faut +rependant prendre garde qu'aucun negociant d'Alexandrie ne profite de +cette liberte de commerce pour faire transporter ses richesses, et de +ne le mettre a execution que lorsque la plus grande partie de l'escadre +anglaise sera partie. + +Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques de Tripoli qui +transportent des moutons a Alexandrie. J'ai ecrit a ce bey et au consul +francais, par le desert; ecrivez lui de votre cote par mer, et surtout +au bey de Bengaze. Quant aux batimens de guerre turcs, il faut +nous tenir dans la position ou nous sommes jusqu'aux nouvelles de +Constantinople, afin qu'aux premieres hostilites du capitan pacha, nous +puissions nous en emparer; ils equivaudront toujours dans nos mains a +une de leurs caravelles. + +J'imagine qu'a l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise sera +partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, ecrivez-moi souvent +et faites-moi envoyer exactement les etats de situation. J'espere que +l'arrete du conseil pour couler les soixante batimens de transport +n'aura pas eu lieu. Avec six pieces de 24, deux grils a boulets rouges +et quarante canonniers, j'ai lutte pendant quatre jours contre l'escadre +anglaise et espagnole au siege de Toulon, et apres lui avoir brule une +fregate et plusieurs bombardes, je l'ai forcee a prendre le large. Si le +genie de l'armee voulait qu'ils tentassent de se frotter contre notre +port, ils pourraient, par ce qui leur arriverait, nous consoler un peu +de l'evenement arrive a notre flotte. Le parti que vous avez pris +de renforcer la batterie des Figuiers et du fort triangulaire est +extremement sage. + +J'ai envoye, par votre aide-de-camp, une assez forte somme a +l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaitre ce que l'opinion dit sur la +conduite _du Francklin_: il parait qu'il ne s'est pas battu. + +Faites-moi connaitre la date de toutes les lettres que vous avez recues +de moi, afin que je vous envoie copie de toutes celles qui ne vous +seraient point parvenues. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 aout 1798). + +_Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon +d'etat-major, commissaire pres le divan du Caire._ + +Le citoyen Beauvoisin se rendra a Damiette; de la il s'embarquera sur un +vaisseau turc ou grec; il se rendra a Jaffa; il portera la lettre que je +vous envoie a Achmet-Pacha; il demandera a se presenter devant lui, et +il reiterera de vive voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis +en Europe que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait en +Syrie que j'avais dessein de prendre Jerusalem et de detruire la +religion mahometane; que ce projet est aussi loin de notre coeur que de +notre esprit; qu'il peut vivre en toute surete, que je le connais de +reputation comme un homme de merite; qu'il peut etre assure que, s'il +veut se comporter comme il le doit envers les hommes qui ne lui font +rien, je serai son ami, et bien loin que notre arrivee en Egypte soit +contraire a sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je sais que +les mameloucks que j'ai detruits etaient ses ennemis, et qu'il ne doit +pas nous confondre avec le reste des Europeens, puisque, au lieu de +rendre les musulmans esclaves, nous les delivrons; et enfin il lui +racontera ce qui s'est passe en Egypte et ce qui peut etre propre a lui +oter l'envie d'armer et de se meler de cette querelle. Si Achmet-Pacha +n'est pas a Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra a Saint-Jean-d'Acre; +mais il aura soin auparavant de voir les familles europeennes, +et principalement le vice-consul francais, pour se procurer des +renseignemens sur ce qui se passe a Constantinople et sur ce qui se fait +en Syrie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 aout 1798). + +_A Achmet-Pacha[14], gouverneur de Seid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)_ + +En venant en Egypte faire la guerre aux beys, j'ai fait une chose juste +et conforme a tes interets, puisqu'ils etaient tes ennemis; je ne suis +point venu faire la guerre aux musulmans. Tu dois savoir que mon premier +soin, en entrant a Malte, a ete de faire mettre en liberte deux mille +Turcs, qui, depuis plusieurs annees, gemissaient dans l'esclavage. En +arrivant en Egypte, j'ai rassure le peuple, protege les muphtis, les +imans et les mosquees; les pelerins de la Mecque n'ont jamais ete +accueillis avec plus de soin et d'amitie que je ne l'ai fait, et la fete +du prophete vient d'etre celebree avec plus de splendeur que jamais. + +Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaitre de vive +voix mon intention de vivre en bonne intelligence avec toi, en nous +rendant reciproquement tous les services que peuvent exiger le commerce +et le bien des etats: car les musulmans n'ont pas de plus grands amis +que les Francais. + +BONAPARTE. + +[Footnote 14: Le meme que le celebre Djessar pacha.] + + + + +Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 aout 1798). + +_Au grand-visir._ + +L'armee francaise que j'ai l'honneur de commander est entree en Egypte +pour punir les beys mameloucks des insultes qu'ils n'ont cesse de faire +au commerce francais. + +Le citoyen Talleyrand-Perigord, ministre des relations exterieures +a Paris, a ete nomme, de la part de la France, ambassadeur a +Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, et il est +muni des pouvoirs et instructions necessaires de la part du directoire +executif pour negocier, conclure et signer tout ce qui est necessaire +pour lever les difficultes provenant de l'occupation de l'Egypte par +l'armee francaise, et consolider l'ancienne et necessaire amitie qui +doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il pourrait se +faire qu'il ne fut pas encore arrive a Constantinople, je m'empresse +de faire connaitre a votre excellence l'intention ou est la republique +francaise, non-seulement de continuer l'ancienne bonne intelligence, +mais encore de procurer a la Porte l'appui dont elle pourrait avoir +besoins contre ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se +liguer contre elle. + +L'ambassadeur Talleyrand-Perigord doit etre arrive. Si, par quelque +accident, il ne l'etait pas, je prie votre excellence d'envoyer ici +(au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance et qui soit muni de vos +instructions et pleins-pouvoirs, ou de m'envoyer un firman, afin que je +puisse envoyer moi-meme un agent, pour fixer invariablement le sort de +ce pays, et arranger le tout a la plus grande gloire du sultan et de +la republique francaise, son alliee la plus fidele, et a l'eternelle +confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs. + +Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitie et de haute +consideration, etc. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 aout 1798). + +_Au scherif de la Mecque._ + +En vous faisant connaitre l'entree de l'armee francaise en Egypte, je +crois devoir vous assurer de la ferme intention ou je suis de proteger +de tous mes moyens le voyage de pelerins de la Mecque: les mosquees +et toutes les fondations que la Mecque et Medine possedent en Egypte, +continueront a leur appartenir comme par le passe. Nous sommes amis des +musulmans et de la religion du prophete; nous desirons faire tout ce qui +pourra vous plaire et etre favorable a la religion. + +Je desire que vous fassiez connaitre partout que la caravane des +pelerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle n'aura rien a +craindre des Arabes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 aout 1798). + +_Au meme._ + +Je m'empresse de vous faire connaitre mon arrivee, a la tete de l'armee +francaise, au Caire, ainsi que les mesures que j'ai prises pour +conserver aux saintes mosquees de la Mecque et de Medine les revenus qui +leur etaient affectes. Par les lettres que vous ecriront le divan et les +differens negocians de ce pays, vous verrez avec quel soin je protege +les imans, les scherifs et tous les hommes de loi; vous y verrez +egalement que j'ai nomme pour emir-adji Mustapha-Bey, kiaya de +Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il escortera la +caravane avec des forces qui la mettront a l'abri des incursions des +Arabes. + +Je desire beaucoup que, par votre reponse, vous me fassiez connaitre si +vous souhaitez que je fasse escorter la caravane par mes troupes, ou +seulement par un corps de cavalerie de gens du pays; mais, dans tous les +cas, faites connaitre a tous les negocians et fideles que les musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous, de meme que les scherifs et tous +les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens a instruire les +peuples n'ont pas de plus zeles protecteurs, et que le commerce +non-seulement n'a rien a craindre, mais sera specialement protege. + +J'attends votre reponse par le retour de ce courrier. + +Vous me ferez connaitre egalement les besoins que vous pourriez avoir, +soit en ble, soit en riz, et je veillerai a ce que tout vous soit +envoye. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 aout 1798). + +_Aux negocians francais a Jaffa._ + +Je n'ai recu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du 7 thermidor. Je +vois avec peine la position dans laquelle vous vous trouvez; mais les +nouvelles ulterieures que l'on aura eues de nos principes, auront, j'en +suis persuade, dissipe toutes les alarmes qui vous entouraient. + +Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur de la ville: +les bonnes actions trouvent leur recompense, et celle-la aura la sienne. + +Malheur, au reste, a qui se conduira mal envers vous! Conformement a vos +desirs, le divan, compose des principaux scherifs du Caire, le kiaya +du pacha, le mollah d'Egypte, et celui de Damas, qui se trouvent ici, +ecrivent en Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aout 1798). + +_Au general Menou._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 6 fructidor. Il sera fait +incessamment un reglement general pour le traitement a accorder au +divan et a la compagnie des janissaires, ainsi qu'a l'aga dans chaque +province. + +Faites arreter tous les Francais arrivant du Caire, qui n'auraient pas +de passeports de l'etat-major. + +Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous ayez +trois cents hommes de garde a Rosette, lorsque nous n'en avons que +quatre-vingts, au Caire? + +Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires aux +principaux magasins, et tout le reste en reserve, cela ne fait que +vingt-cinq ou trente hommes de service. + +L'officier du genie et l'ingenieur des ponts et chaussees doivent +travailler sans instrumens: on ne demande que des croquis. Si vous +pouviez nous envoyer un croquis de votre province, fait a la main, avec +tous les noms des villages, cela nous serait fort utile. + +Je ne puis trop vous louer d'avoir donne a diner aux scheiks du pays. +Nous avons celebre ici la fete du Prophete avec une pompe et une ferveur +qui m'ont presque merite le titre de saint. Je n'approuve pas la mesure +de donner du ble aux pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et +il faut nous garder de les gater. + +J'imagine que vous avez opere le desarmement de la ville, et que vous +avez profite des sabres pour armer votre cavalerie. Vous aurez vu, dans +l'ordre du jour, que vous devez lever dans votre province trois cents +chevaux. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Vous avez tres-bien fait, citoyen general, de faire arreter le negociant +Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves qu'il etait avec les +mameloucks. En general, confisquez les proprietes et les biens de tous +ceux qui se trouvent avec eux. Je vous envoie un ordre pour un autre +habitant d'Alexandrie, qui est un des _factotum_ de Mourad-Bey, et qui, +dans ce moment-ci, est avec lui. + +J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient pris les +Anglais, ont ecrites a El-Messiri. C'est une plate betise; cependant +j'aurais assez aime que vous eussiez fait couper le cou au reis de la +djerme. + +Il va incessamment y avoir un reglement a l'ordre pour la solde du +divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; employez surtout +cette compagnie a proteger l'arrivage des eaux. Menagez bien vos armes, +nous en avons grand besoin; nous devons peu compter sur le second +convoi: vous savez combien nos troupes en dependent. + +J'ai envoye, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. a l'ordonnateur Leroy; +j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne sommes pas ici, comme +vous pourriez vous l'imaginer, au milieu des tresors, et, jusqu'a la +perception, nous eprouverons toujours une certaine penurie. + +Les ressources que vous trouverez chez les differentes personnes +arretees; la contribution que vous devez percevoir, a titre de pret, +sur les negocians; les fonds que les generaux d'artillerie et du genie +envoient pour leurs services, ceux que j'envoie pour la marine, +vous mettront, j'espere, a meme d'aller, et vous eviteront le grand +inconvenient de vendre du riz, que nous aurions tant de peine a +transporter a Alexandrie, et ou la prudence veut que nous en ayons pour +toute l'armee pendant un an ou deux. Le general du genie a envoye de +l'argent a Rahmanieh, pour les travaux du canal. + +Vous devez declarer positivement au commandant de la caravelle, qu'il +ait a vous remettre tout l'argent, tous les effets qui n'appartiennent +ni a lui, ni a son equipage, sous peine d'etre puni exemplairement. + +J'espere que si le citoyen Delisle est a Alexandrie, vous aurez fait +mettre la main dessus, et surtout que vous aurez fait prendre sa +vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver de l'argent, et dans +un bois de fripons. + +Quant a l'administration de la justice, c'est une affaire +tres-embrouillee chez les musulmans; il faut encore attendre que nous +soyons un peu plus meles avec eux. Laissez faire le divan a peu pres ce +qu'il veut. + +J'espere que vous aurez fait celebrer la fete du Prophete avec le meme +eclat que nous l'avons fait au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aout 1798). + +_Au scheick El-Messiri[15]._ + +Le general Kleber me rend compte de votre conduite, et j'en suis +satisfait. + +Vous savez l'estime particuliere que j'ai concue pour vous an premier +moment que je vous ai connu, j'espere que le moment ne tardera pas ou je +pourrai reunir tous les hommes sages et instruits du pays, et etablir +un regime uniforme, fonde sur les principes de l'Alcoran, qui sont les +seuls vrais, et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes. + +Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui. + +BONAPARTE. + +[Footnote 15: Un des notables de la ville d'Alexandrie.] + + + +Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 aout 1798). + +_Ordre du jour._ + +Le general en chef ordonne que le 1er. vendemiaire, epoque de la +fondation de la republique, sera celebre dans tous les differens points +ou se trouve l'armee, par une fete civique. + +La garnison d'Alexandrie celebrera sa fete autour de la colonne de +Pompee. + +Les noms de tous les hommes de l'armee francaise qui ont ete tues a la +prise d'Alexandrie, seront en consequence graves sur cette meme colonne. + +L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne. + +L'aiguille de Cleopatre sera illuminee. + +L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, une pyramide +de sept faces dont chacune sera destinee a contenir les noms des hommes +des cinq divisions qui sont morts a la conquete de l'Egypte; + +La sixieme sera pour la marine; + +La septieme pour l'etat-major, la cavalerie, l'artillerie et le genie. + +La partie de l'armee qui se trouvera au Caire s'y reunira a sept heures +du matin, et apres differentes manoeuvres et avoir chante des couplets +patriotiques, une deputation de chaque bataillon partira pour aller +planter au haut de la plus grande pyramide le drapeau tricolore. + +La pince d'Esbeckieh sera disposee de maniere a ce que le soir, a quatre +heures, il puisse y avoir course de chevaux autour de la place, et +course a pied. + +A ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui voudront s'y +presenter; il y aura des prix assignes pour le vainqueur. + +Le soir, la pyramide sera toute illuminee; il y aura un feu d'artifice. + +Les troupes qui sont dans la Haute-Egypte celebreront leur fete sur les +ruines de Thebes. + +Le general du genie, le general d'artillerie et le commandant de la +place du Caire se reuniront chez le general en chef de l'etat-major +general pour se concerter et faire un programme plus detaille de la +fete, chacun en ce qui concerne son arme. + +Le general en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armee qu'un seul +pain; toutes les rations, soit a l'etat-major, soit aux administrations, +seront de pain de munition. + +Il sera fait un pain plus soigne pour les hopitaux; mais il est +defendu, sous quelque pretexte que ce soit, aux administrateurs et aux +garde-magasins, de donner de ce pain au general en chef, ni a aucun +general, ni au munitionnaire general; a la visite que l'officier de +service fait tous les jours des hopitaux, le directeur fera connaitre la +quantite de pain d'hopitaux qu'il aura recue. Il lui est defendu, sous +les peines les plus severes, de donner de ce pain a tout autre. + +Le general en chef est instruit que des employes et administrateurs +s'embarquent sur les diligences du Caire a Rosette et Damiette, sans +etre munis d'ordres, ainsi qu'il a ete ordonne. Le general en chef +defend expressement de laisser embarquer aucun Francais, soit a Boulac, +soit au Vieux-Caire, ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un +passeport, soit du general chef de l'etat-major general, soit de +l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront places de maniere a +s'assurer, soit au depart, soit a l'arrivee des bateaux, de l'execution +du present ordre. Tous les Francais trouves sur des barques sans etre +munis de passeports ou d'ordres, seront arretes. + +Le conseil militaire de la division du general Bon a condamne a cinq +annees de fers le citoyen Vaultre, domestique du citoyen Thieriot, +adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxieme de chasseurs a cheval, +convaincu de vol. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au general Zayonscheck._ + +Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la denonciation +que l'on m'avait faite sur la contribution que vous aviez imposee, est +fausse. Vous devez m'envoyer les noms des villages qui ont tire sur nos +troupes lors de notre marche au Caire; vous ne devez leur accorder le +pardon qu'a condition: + +1 deg.. De vous rendre les armes; + +2 deg. De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils peuvent +fournir; + +3 deg.. De vous remettre chacun deux otages pour garantir leur conduite a +l'avenir. Vous m'enverrez un otage au Caire. Conformement a la demande +que vous avez faite de revenir au Caire, j'ai nomme le general Lanusse +pour vous remplacer; vous menerez avec vous la plus grande partie de vos +troupes, conformement a l'ordre que vous aura donne l'etat-major. + +Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de tous les +villages qui composent la province de Menoufie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +Je n'approuve pas, citoyen general, la mesure que vous avez prise de +retenir les 15,000 fr. que j'avais destines au contre-amiral Ganteaume. +Je vous prie, s'il est a Alexandrie, de les lui remettre: beaucoup +d'officiers de marine sont dangereusement blesses, et doivent +necessairement avoir des besoins. Les officiers qui faisaient partie +des garnisons, qui doivent etre peu nombreux, se trouvent naturellement +compris dans cette repartition. Vous devez avoir recu l'ordre de faire +partir tous les detachemens qui faisaient partie des garnisons des +vaisseaux, et j'aurai soin, a leur arrivee au Caire, de les indemniser +autant qu'il me sera possible. + +Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, les +185,000 fr., pour completer la contribution de 300,000 fr. Il n'y a pas +d'autre moyen de subvenir a nos besoins. Le general Menou, qui croyait +trouver de grands obstacles a lever sa contribution de 100,000 fr., me +mande, par le dernier courrier, qu'elle est deja levee. + +Il faut construire une batterie a Aboukir; il faudrait egalement +defendre par deux redoutes et quelques pieces d'artillerie, l'entree du +lac, afin que les chaloupes anglaises ne viennent pas vous y inquieter. +Je crois tres-necessaire d'y travailler, ainsi que de completer la +batterie d'Aboukir, et la mettre dans une situation respectable. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au general Menou._ + +J'ai recu, citoyen general, par toutes les diligences, toutes vos +lettres, que je lis avec d'autant plus d'interet, que j'approuve +davantage vos vues et vos manieres de voir. Je vous remercie des +honneurs que vous avez rendus a notre prophete. + +Vous devez, a l'heure qu'il est, avoir recu l'ordre pour les limites de +la province de Rosette. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine._ + +Il y a a Damiette, citoyen, une corvette portant vingt pieces de canon, +laquelle n'est pas encore achevee. Il est indispensable que vous y +envoyiez un ingenieur constructeur pour la faire terminer. Cela est +extremement essentiel. Envoyez egalement reconnaitre les ressources que +pourra vous fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup +de fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au general Kleber._ + +J'ai deja repondu, citoyen general, a toutes les questions contenues +dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me resumer, je reponds ici +a vos sept questions. + +1 deg.. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les batimens neutres, +et les laisser sortir malgre la presence de l'ennemi, pourvu qu'ils ne +portent aucuns vivres, et specialement du riz. + +2 deg.. Meme reponse pour les batimens de commerce turcs. + +3 deg.. Cela ne s'etend pas jusqu'a la caravelle et aux batimens de guerre +turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, et attendre, pour +prendre une decision, que nous ayons des renseignemens ulterieurs. + +4 deg.. Les batimens auxquels on a fait des requisitions, si les denrees +qu'ils avaient appartenaient a des particuliers, doivent etre soldes. +Envoyez-moi l'etat de tous ces batimens, ainsi que la valeur de leurs +chargemens. Que les patrons fassent une assemblee, et qu'ils envoient +ici des fondes de procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la +valeur de leurs marchandises. Ceux qui, apres cette operation faite, +voudraient s'en aller, en seront les maitres. Vous leur ferez connaitre +qu'a leur retour, cette commission aura obtenu de moi cette demande; et +qu'ils seront soldes. Voue les engagerez a nous apporter du bois et du +vin. + +5 deg.. Les batimens neutres attaches a notre convoi ne pourront pas sortir +jusqu'a nouvel ordre: j'attends un etat sur leur nombre et sur ce qui +leur est du, pour prendre un parti a leur egard. + +6 deg.. Les esclaves mameloucks seront regardes comme marchandise ordinaire; +vous exigerez seulement qu'ils evacuent Alexandrie, et se rendent au +Caire. Cependant il faut, avant, verifier si les beys ne les avaient pas +deja payes. L'artillerie fera des recus des armes, estimera leur valeur, +et les marchands viendront au Caire, ou je les ferai solder. Si les +armes sont ordinaires, elles resteront a la disposition de l'artillerie; +si ce sont des armes qui passent le prix des armes ordinaires, +l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en disposera pas jusqu'a +nouvel ordre. + +7 deg.. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront partir, +des l'instant qu'ils ont jure de ne pas servir de cette guerre; vous +excepterez du nombre quatre ou cinq, qui, par leur activite, pourraient +nous etre utiles sur le Nil. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 aout 1798). + +_Au citoyen Dubois[16]._ + +Je recois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par le +meme courrier, le general Kleber m'apprend qu'il n'a plus besoin de +pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je vous prie de partir le +plus tot possible pour vous y rendre: l'air du Nil vous sera favorable. +Les circonstances, d'ailleurs, ne rendent pas le passage assez sur pour +que j'expose un homme aussi utile. Vous serez content de voir de pres +cette grande ville du Caire; vous trouverez a l'Institut un logement +passable, et une societe d'amis[17]. + +BONAPARTE. + +[Footnote 16: C'est le celebre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les +plus habiles de l'Europe.] + +[Footnote 17: La sante du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en +Egypte.] + + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aout 1798). + +_Au general Dugua._ + +J'ai recu votre lettre, citoyen general, du 11 fructidor. Je savais bien +que ce n'etait pas a Mehal-el-Kebir que l'on s'etait battu; mais l'on +m'avait suppose que c'etait le chef-lieu de tous les rassemblemens. Je +desire que vous y envoyiez un bataillon, afin d'assister le general +Fugieres dans ses operations, et specialement dans le desarmement. + +Il serait extremement dangereux de lever des contributions par village: +cela serait capable dans ce moment-ci de decider les paysans a +abandonner la culture; j'ai cependant ordonne la levee de quelques +contributions sur quelques villages; je les ai mises a la disposition de +l'ordonnateur eu chef. Je vous envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous +recevrez incessamment les instructions pour les contributions a lever +dans votre province, L'intendant cophte a du recevoir des ordres de son +intendant general pour la maniere dont elles doivent etre soldees. D'ici +a quelque temps, il ne sera pas possible au general Dommartin de vous +procurer l'artillerie qu'il vous avait promise; l'evenement arrive a la +flotte a apporte dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens; +faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera possible. + +Je ne pense pas que le general Cafarelli puisse vous envoyer un autre +officier du genie: il y en a beaucoup de malades. + +Vous trouverez ci-joint l'ordre au general Vial de mettre trente djermes +a votre disposition. Il est indispensable que vous soyez toujours en +mesure pour que, vingt-quatre heures apres la reception d'un ordre, vous +puissiez vous porter ou le besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci, +je sens que cela ne peut s'executer qu'avec des bateaux. J'approuve que +vous accordiez a la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes les +mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur faire reprendre +le commerce. Je desire que vous ecriviez aux trois ou quatre villages +qui se sont le plus mal comportes dans l'affaire de Mansoura, pour +qu'ils reviennent a l'obeissance. Dans ce cas, vous ferez sentir aux +deputes les dangers qu'ils courent, et, s'ils ne veulent pas voir bruler +leurs villages, qu'ils doivent faire arreter les plus coupables et vous +les livrer. + +Il faut absolument que vous profitiez du moment ou les circonstances +me permettent de laisser votre division a Mansoura, pour soumettre +definitivement tous les villages de votre province, prendre des otages +des sept ou huit qui se sont mal comportes, et livrer aux flammes celui +de tous qui s'est le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une +maison, Sans cet exemple, des l'instant que votre division aurait quitte +Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez facilement de +petits bateaux pour vous transporter au village que vous voudrez bruler; +enfin faites l'impossible pour cela. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aout 1798). + +_Au pacha de Damas._ + +Je vous ai deja ecrit plusieurs lettres pour vous faire connaitre que +nous n'etions pas ennemis des musulmans, et que la seule raison qui nous +avait conduits en Egypte, etait pour y punir les beys et venger les +outrages qu'ils avaient faits au commerce francais. Je desire donc que +vous restiez persuade du desir ou je suis de vivre en bonne intelligence +avec vous, et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 aout 1798). + +_Au pacha du Grand-Seigneur en Egypte._ + +Lorsque les troupes francaises obligerent Ibrahim a evacuer la province +de Scharkieh, je lui ecrivis que je vous acceptais pour mediateur, et +qu'il vous envoyat vers moi. Je vous reitere aujourd'hui le desir que +j'aurais que vous revinssiez au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne +doutez pas de la consideration que l'on aura pour vous, et du plaisir +que j'aurai a faire votre connaissance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798). + +_Au general Kleber._ + +Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions que j'avais faites +pour la marine sont annulees, par le parti que vous avez pris d'affecter +a d'autres services les 100,000 liv. que je lui avais envoyees. Vous +voudrez bien, apres la reception du present ordre, remettre les 100,000 +liv. a la marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et +qui tiennent a des rapports que vous ne devez pas connaitre, n'etant pas +au centre. + +L'administration d'Alexandrie a coute le double que le reste de l'armee. +Les hopitaux, quoique vous n'ayez que trois mille malades, coutent, et +ont coute beaucoup plus que tous les hopitaux de l'armee. + +Je ne crois pas, dans les differens ordres que je vous ai donnes, vous +avoir laisse maitre de lever ou non la contribution a titre d'emprunt, +sur les negocians d'Alexandrie: ainsi, si vous en avez suspendu +l'execution, je vous prie de vouloir bien prendre les mesures, +sur-le-champ, pour la faire rentrer, quels que soient les inconveniens +qui doivent en resulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre +maniere d'exister. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +_Au general Desaix._ + +Votre etat-major doit correspondre avec le chef de l'etat-major +de l'armee. Il n'est pas d'usage que je recoive des lettres des +adjudans-generaux, a moins que ce ne soit pour des reclamations qui leur +soient particulieres. Votre commissaire, et surtout votre agent des +subsistances, sont extremement coupables. Les biscuits ont reste cinq ou +six jours embarques, et ils avaient bien le temps de les verifier. Il +faut avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations qu'il +ne leur en revient. + +_La Cisalpine_ part ce soir avec le troisieme bataillon de la +vingt-unieme, quarante mille rations de biscuit, deux pieces de canon et +cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirge. On m'assure qu'il +y a a Abugirge un canal qui conduit a Benhece, et j'espere que vous +trouverez moyen de vous porter directement a cette position et +d'atteindre Mourad-Bey. C'est le projet qui me parait le plus simple: +s'il n'etait pas executable, je desire que vous remontiez jusqu'a +Melaoni, pour descendre par le canal de Joseph. + +Vous savez qu'en general je n'aime pas les attaques combinees; arrivez +devant Mourad-Bey par ou vous pourrez et avec toutes les forces: la, sur +le champ de bataille, vous ferez vos dispositions pour lui causer le +plus de mal possible. + +Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'etat-major, que je vous +autorise a traiter avec les anciens beys. + +Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'a ce que je sache +definitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne peux pas y +envoyer de grandes forces, et pour y envoyer cinq ou six cents hommes, +il faut que je connaisse les operations ulterieures de Mourad-Bey. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +Le general en chef Bonaparte ordonne: + +ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la journee du 20, vingt +mille talaris, a compte de sa contribution. + +2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldes, elle +paiera un vingtieme par jour en sus, jusqu'a ce que les vingt mille +talaris soient entierement verses. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798). + +_Au vice-amiral Thevenard._ + +Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de quart: je +remplis, citoyen general, un triste devoir en vous l'annoncant; mais il +est mort sans souffrir et avec honneur. C'est la seule consolation qui +puisse adoucir la douleur d'un pere. Nous sommes tous devoues a la mort: +quelques jours de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays? +compensent-ils la douleur de se voir sur un lit environne de l'egoisme +d'une nouvelle generation? valent-ils les degouts, les souffrances d'une +longue maladie? Heureux ceux qui meurent sur le champ de bataille! ils +vivent eternellement dans le souvenir de la posterite. Ils n'ont jamais +inspire la compassion ni la pitie que nous inspire la vieillesse +caduque, ou l'homme tourmente par des maladies aigues. Vous avez +blanchi, citoyen general, dans la carriere des armes; vous regretterez +un fils digne de vous et de la patrie: en accordant avec nous quelques +larmes a sa memoire, vous direz que sa mort glorieuse est digue d'envie. + +Croyez a la part que je prends a votre douleur, et ne doutez pas de +l'estime que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798). + +_Au general Dugua._ + +A l'heure qu'il est, vous devez avoir recu les cartouches: ainsi +j'espere que vous aurez mis a la raison les maudits Arabes des villages +de Soubat. Faites un exemple terrible, brulez ce village et ne permettez +plus aux Arabes de venir l'habiter, qu'ils n'aient livre dix otages des +principaux, que vous m'enverrez pour les tenir a la citadelle du Caire. + +Faites reconnaitre par vos officiers de genie, d'artillerie et de +l'etat-major, tous vos differens canaux, et surtout faites-moi connaitre +quelle route vous devriez prendre si vous etiez force de marcher sur +Salahieh. + +J'ai donne les ordres pour que tous les individus de votre division qui +sont au Caire, rejoignissent. + +Vous devez avoir des officiers de sante, qui etaient a votre ambulance, +et ceux des differens corps. L'ordonnateur en chef va vous envoyer +d'ailleurs tout ce qui peut etre necessaire a votre hopital. + +On se plaint du pillage de vos troupes a Mansoura: c'est le seul point +de l'armee sur lequel j'aie en ce moment des plaintes; on se plaint meme +des vexations que commettent plusieurs officiers d'etat-major. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798). + +_Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely._ + +J'ai recu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres du 14 +thermidor et du 8 fructidor. + +C'est avec un veritable plaisir que j'apprends la bonne conduite que +vous tenez a Malte, et les services que vous rendez a la republique en +lui organisant ce poste important. + +Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, notre +etablissement se consolide; la richesse de ce pays en ble, riz, legumes, +coton, sucre, indigo, est egale a la barbarie du peuple qui l'habite. +Mais il s'opere deja un changement dans leurs moeurs, et deux ou trois +ans ne seront pas passes, que tout aura pris une face bien differente. + +Vous avez sans doute recu les differentes lettres que je vous ai +ecrites, et les relations des differens evenemens militaires qui se sont +passes; ne negligez rien pour faire passer en France, par des spronades, +toutes les nouvelles que vous avez de nous, ne fut-ce meme que les +rapports des neutres, pour detruire les mille et un faux bruits que les +curieux d'une grande ville accueillent avec tant d'imbecillite. + +BONAPARTE. + + + + +Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798). + +_Au general Kleber._ + +Un vaisseau comme _le Franklin_, citoyen general, qui portait l'amiral, +puisque _l'Orient_ avait saute, ne devait pas se rendre a onze heures +du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a rendu ce vaisseau est +extremement coupable, puisqu'il est constate par son proces-verbal qu'il +n'a rien fait pour l'echouer et pour le mettre hors d'etat d'etre amene: +voila ce qui fera a jamais la honte de la marine francaise. Il ne +fallait pas etre grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tete pour +couper un cable et echouer un batiment; cette conduite est d'ailleurs +specialement ordonnee dans les instructions et ordonnances que l'on +donne aux capitaines de vaisseau. Quant a la conduite du contre-amiral +Duchaila, il eut ete beau pour lui de mourir sur son banc de quart, +comme du Petit-Thouars. + +Mais ce qui lui ote toute espece de retour a mon estime, c'est sa lache +conduite avec les Anglais depuis qu'il a ete prisonnier. Il y a des +hommes qui n'ont pas de sang dans les veines. Il entendra donc tous les +soirs les Anglais, en se soulant de punch, boire a la honte de la marine +francaise! Il sera debarque a Naples pour etre un trophee pour les +lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester a Alexandrie ou a +bord des vaisseaux comme prisonnier, sans jamais souhaiter ni demander +rien. Ohara, qui d'ailleurs etait un homme tres-commun, lorsqu'il fut +fait prisonnier a Toulon, sur ce que je lui demandais de la part du +general Dugommier ce qu'il desirait, repondit: _etre seul, et ne rien +devoir a la pitie_. La gentillesse et les traitemens honnetes n'honorent +que le vainqueur, ils deshonorent le vaincu, qui doit avoir de la +reserve et de la fierte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798). + +_Instruction pour le citoyen Mailly._ + +Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera fournie a +Damiette, directement pour Lataquie; la premiere attention qu'il doit +avoir, c'est d'eviter les croisieres anglaises. Il engagera le patron a +changer de route lorsqu'il s'en verra menace; il ne s'approchera meme +qu'avec precaution des petits batimens venant de la cote, et ne les +helera que lorsqu'il sera sur que ce ne sont pas des corsaires. Les +patrons de la barque reconnaissent facilement au large les djermes de +leur pays. + +Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et fera en pareil +cas ce que la prudence lui dictera. Son habit oriental pourra lui etre +utile dans cette occasion, et il aura soin de ne parler qu'en langue +turque avec son interprete arabe, lors d'une visite. + +Arrive a la marine de Lataquie, il demandera a parler a +Codja-Hanna-Coubbe, intendant du gouverneur, et noligataire du brigantin +francais _la Marie_, arrive a bon port a la rade de Damiette le 11 +fructidor de cette annee. Il lui fera valoir la permission qu'a donnee +le general en chef a son correspondant, de faire son retour en riz, pour +alimenter son echelle et la ville d'Alep. + +Il demandera de suite la permission de communiquer avec le citoyen +Geoffroi, proconsul de la republique francaise a Lataquie, distant d'un +demi-quart de lieue de la marine. Assiste de cet officier, il se rendra +chez le gouverneur, a qui il remettra la lettre du general en chef. + +Le citoyen Mailly devra bien prevoir qu'il y a des espions anglais a +Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expedition de son paquet pour +Constantinople, il aura soin de dire au gouverneur et de repandre dans +le public, que le general en chef a envoye sur toute la cote divers +officiers pour engager les pachas a laisser toute liberte de commerce +avec l'Egypte, et que sa mission particuliere se borne a Lataquie et +Alep. + +Cette ouverture donnera au proconsul la facilite d'expedier sur-le-champ +un messager qui se rendra en deux jours a Alep. Le citoyen Chos-de-Clos, +notre consul, le gardera un jour ou deux tout au plus, pendant lequel +temps il donnera au general en chef les nouvelles les plus authentiques +qu'il aura pu recueillir de la legation de Constantinople, soit aussi de +diverses lettres particulieres sur la situation de cette capitale, de +meme que les mouvemens en Romelie, Syrie, etc., et en general tout ce +qui peut interesser le general en chef. + +Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la republique, le retour +du message; il se tiendra tres-reserve sur les nouvelles de l'Egypte, +autant qu'elles pourront entraver sa mission, et, dans le cas qu'il +trouve le peuple de Lataquie en fermentation, il pourra dire comme de +lui-meme: "Le bruit constant au Caire est que l'expedition des Francais +est terminee, et, sans l'echec arrive a notre escadre, notre armee se +serait deja retiree; mais qu'en attendant de nouvelles forces maritimes, +les ports de l'Egypte sont ouverts aux negocians musulmans, et que ceux +de Lataquie peuvent en toute surete y envoyer leur tabac, qui fait toute +leur richesse." + +Le messager etant de retour d'Alep, le citoyen Mailly mettra +sur-le-champ a la voile, tachera de n'aborder aucune terre et de s'en +retourner en droiture a Damiette, d'ou il se rendra sur-le-champ pres du +general en chef. + +Il mettra la meme prudence a cacher ses depeches pour le general en +chef, et, dans le cas ou il se verrait force de les jeter a la mer ou +qu'elles seraient interceptees par les Anglais, son voyage ne sera +pas inutile sous le rapport des nouvelles, en prenant a Lataquie la +precaution de faire ecrire en Arabe les nouvelles les plus saillantes, +et de les confier a son interprete ou de les cacher dans un ballot de +tabac. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798). + +_Au general Murat._ + +Si les Arabes que vous avez attaques sont les memes qui ont assassine +nos gens a Mansoura, mon intention est de les detruire. Faites-moi +connaitre les forces qui vous seraient necessaires a cet effet, et +etudiez la position qu'ils occupent; afin de pouvoir les attaquer, les +envelopper, et donner un exemple terrible au pays. + +J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement avec eux, vous +aurez exige des otages, des chevaux et des armes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798). + +_Au general Fugieres._ + +J'espere qu'a l'heure qu'il est, citoyen general, vous aurez, de concert +avec le general Dugua, soumis le village de Soubat et extermine ces +coquins d'Arabes. + +J'attends toujours des nouvelles de la requisition des chevaux, qui +n'avance pas dans votre province. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798). + +_Au general Murat._ + +Je vous repete que mon intention est de detruire les Arabes que vous +avez attaques; c'est le fleau des provinces de Mansoura, de Kelioubeh et +de Garbieh. + +Le general Dugua doit, de concert avec le general Fugieres, avoir +attaque la partie de ces Arabes qui se trouve au village de Soubat; +envoyez reconnaitre ou se trouvent les Arabes que vous avez attaques; +faites-moi connaitre les forces dont vous aurez besoin, et l'endroit +d'ou vous pourrez partir pour les attaquer avec succes, en tuer une +partie et prendre des otages, afin de s'assurer de leur fidelite. + +Faites reconnaitre la route de Met-Kamao a Belbeys: vous ne devez pas, a +Met-Kamao, vous en trouver eloigne. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798). + +_A l'adjudant-general Bribes._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 25 fructidor, ou vous +me rendez compte de l'attaque qu'a essuyee le convoi d'Alexandrie a +Damanhour. Le commandant du convoi ne merite aucun eloge, puisqu'il a +laisse prendre plusieurs betes chargees; il devait faire assez de haltes +pour ne rien laisser en arriere: le commandant du convoi eut merite des +eloges, s'il l'eut amene sans avoir rien laisse prendre. + +Donnez la chasse a ces brigands; ecrivez au general Marmont a Rosette. +Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec sa demi-brigade. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798). + +_A l'ordonnateur Leroy._ + +Il est extremement ridicule, citoyen ordonnateur, que vous vous amusiez +a payer le traitement de table, quand la solde des matelots et le +materiel sont dans une si grande souffrance. Je vous prie de vous +conformer strictement a mon ordre, d'employer au materiel les trois +quarts de l'argent que je vous ai envoye, et le quart seulement au +personnel de la marine. En faisant de si grands sacrifices pour la +marine, mon intention a ete de mettre les trois fregates a meme de +sortir le plus tot possible, ainsi que les deux vaisseaux. + +Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les deux neutres, +_l'Aimable Mariette_ et _l'Alexandre_ sont rentres, ou non, dans le +port. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798). + +_Au conseil d'administration de la soixante-neuvieme demi-brigade._ + +J'ai recu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais faire un +rapport sur la solde qui vous est due. + +L'armee, depuis son entree en Egypte, a ete soldee des mois de floreal, +prairial et messidor: elle se trouve encore arrieree des mois de +thermidor et fructidor. + +La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un arriere +anterieur a floreal: conformement a ce qui a ete mis a l'ordre du jour, +il y a pres d'un mois, il faut que vous vous adressiez, pour tout ce qui +est anterieur a floreal, a l'ordonnateur en chef. + +Si, dans le rapport que le payeur general me fera, il est constate que +vous ayez touche moins de paye que le reste de l'armee, je donnerai +sur-le-champ les ordres et je prendrai les mesures pour que vous soyez +mis au courant de paye de l'armee. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er jour complementaire an 6 (17 septembre 1798). + +_A l'ordonnateur en chef._ + +J'avais ordonne qu'on payat quarante mille rations de biscuit au general +Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, compte que trente mille, +et, lorsque le biscuit est arrive, il ne s'en est trouve que vingt +mille. + +L'agent a Boulac doit avoir le recu de celui qui a accompagne le convoi, +faites-le moi presenter: si vous ne mettez point d'ordre a cet abus, il +est impossible que l'armee existe. + +Si l'on continue cette friponnerie malgre la plus grande surveillance, +que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y aura des envois +multiplies a faire? + +Les envoyes ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur donne l'ordre en +quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de soixante livres; mais ils ne +peuvent avoir cette pitoyable excuse par mon ordre, puisque je demande +toujours par rations. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er jour complementaire an 6 (17 septembre 1798). + +_Au general Kleber._ + +Un officier du genie, charge des ordres du general Caffarelli, se rend a +Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible les travaux de cette +place, surtout du cote de terre. + +Mourad Dey a ete battu par Desaix, qui lui a pris cent cinquante barques +chargees de ble, d'effets, douze pieces de canon et quelques mameloucks: +nous sommes maitres de toute l'Egypte. Mourad Bey, avec cinq a six cents +mameloucks et quelques Arabes, est entre le Fayoum et le desert: il va +se rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il ne +passerait pas loin de la province du Bahhire. + +J'ai donne ordre au general Marmont de se rendre a Rhamanieh, d'y +prendre le commandement des troupes de toute la province, pour etre a +meme, dans tous les cas, de proteger la navigation du Nil, celle du +canal, et la campagne d'Alexandrie. + +Ibrahim Bey est toujours a Gaza, d'ou il promet et ecrit beaucoup a ses +partisans. + +Notre fete ici sera fort belle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2e. jour complementaire an 6 (18 septembre 1798). + +_Au meme._ + +Je recois, citoyen general, votre lettre du 26. Il est extremement +urgent de debarrasser Alexandrie de cette grande quantite de pelerins: +qu'ils s'en aillent par terre a Derne, ou ils pourront s'embarquer, ou +faites-les embarquer sur trois bons batimens et partir de suite. + +Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la saison ou +nous nous trouvons, ou il ne fait grand jour qu'a six heures du matin, +tous les batimens peuvent sortir a la barbe des Anglais. Forcez ceux qui +seront charges des hommes dont vous voulez debarrasser votre place, a +sortir. + +Moyennant l'expedition que vous avez faite sur le village qui +s'etait revolte, les choses changeront. Le general Marmont, avec +l'adjudant-general Bribes, se trouve avoir pres de quinze cents hommes; +ce qui forme une colonne respectable, qui protegera l'arrivee des eaux a +Alexandrie. + +Ou me mande de Rosette qu'on a envoye a Rahmanieh trois mille quintaux +de ble pour Alexandrie; j'en ai envoye une grande quantite du Caire: si +la navigation etait commode, il serait facile de pouvoir payer en ble ce +que nous devons a une grande partie du convoi. + +Le severe blocus que veulent etablir les Anglais ne produira aucun +resultat; les vents de l'equinoxe nous en feront bonne raison. J'imagine +que M. Hood veut tout bonnement se faire payer pour la sortie et pour +l'entree, comme cela est arrive quarante fois sur les cotes de Provence. +Je desirerais qu'il n'y eut plus de parlementaires, et que le commandant +des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'ecrire des +lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort peu important +que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, ou non: ces gens-la +me paraissent deja assez orgueilleux de leur victoire, sans les enfler +encore davantage. Quand les circonstances vous feront croire necessaire +de leur envoyer un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui ecriviez. + +Mourad-Bey est toujours dans la meme position entre le Fayoum et le +desert. Je me suis porte a Gizeh pour surveiller ses mouvemens. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er vendemiaire an 7 (22 septembre 1798). + +_A l'armee._ + +Soldats! + +Nous celebrons le premier jour de l'an 7 de la republique. + +Il y a cinq ans, l'independance du peuple francais etait menacee: mais +vous prites Toulon, ce fut le presage de la ruine de nos ennemis. + +Un an apres, vous battiez les Autrichiens a Dego. + +L'annee suivante, vous etiez sur le sommet des Alpes. + +Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez la +celebre victoire de Saint-George. + +L'an passe, vous etiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, de retour +de l'Allemagne. + +Qui eut dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, au +centre de l'ancien continent? + +Depuis l'Anglais, celebre dans les arts et le commerce, jusqu'au hideux +et feroce Bedouin, vous fixez les regards du monde. + +Soldats, votre destinee est belle, parce que vous etes dignes de ce que +vous avez fait et de l'opinion que l'on a de vous. Vous mourrez avec +honneur comme les braves dont les noms sont inscrits sur cette pyramide, +ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers et de +l'admiration de tous les peuples. + +Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons ete +l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce +jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens +representatifs; quarante millions de citoyens pensent a vous. Tous +disent: c'est a leurs travaux, a leur sang, que nous devrons la paix +generale, le repos, la prosperite du commerce, et les bienfaits de la +liberte civile. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 vendemiaire an 7 (23 septembre 1798). + +_Au general Dugua._ + +Il faut faire partir, citoyen general, le premier bataillon de la +soixante quinzieme avec une chaloupe canonniere; mon aide-de-camp Duroc, +sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisieme bataillon de la seconde +d'infanterie legere, qui sont partis avant-hier, doivent etre arrives. + +J'attends, a chaque instant, des nouvelles de l'operation du general +Damas; s'il n'a que trois a quatre cents hommes, il est un peu faible. + +A Mit-el-Kouli, le lundi 1er complementaire a neuf heures du matin, on a +egorge quinze Francais qui etaient sur un bateau qui venait de Damiette. +Les cinq villages qui sont immediatement apres Mit-el-Kouli, se sont +reunis pour cette operation. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou +quatre mauvaises pieces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La premiere chose que vous aurez faite sans doute, aura ete de vous +emparer de ces canons, detruire ces retranchemens et desarmer ces +villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils. +J'imagine qu'a l'heure qu'il est, vous etes arrive a Damiette. Il faut +demander des otages dans tous les villages qui se sont mal comportes, et +avoir sur le lac Menzale des djermes armees avec des pieces de 5 ou de +3. + +Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons ete +l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce +jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens +representatifs; quarante millions de citoyens pensent a vous. Tous +disent: c'est a leurs travaux, a leur sang, que nous devrons la paix +generale, le repos, la prosperite du commerce, et les bienfaits de la +liberte civile. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 2 vendemiaire an 7 (23 septembre 1798). + +_Au general Dugua._ + +Il faut faire partir, citoyen general, le premier bataillon de la +soixante quinzieme avec une chaloupe canonniere; mon aide-de-camp Duroc, +sur l'aviso _le Pluvier_, et le troisieme bataillon de la seconde +d'infanterie legere, qui sont partis avant-hier, doivent etre arrives. + +J'attends, a chaque instant, des nouvelles de l'operation du general +Damas; s'il n'a que trois a quatre cents hommes, il est un peu faible. + +A Mit-el-Kouli, le lundi 1er complementaire a neuf heures du matin, on a +egorge quinze Francais qui etaient sur un bateau qui venait de Damiette. +Les cinq villages qui sont immediatement apres Mit-el-Kouli, se sont +reunis pour cette operation. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou +quatre mauvaises pieces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La premiere chose que vous aurez faite sans doute, aura ete de vous +emparer de ces canons, detruire ces retranchemens et desarmer ces +villages: celui de Mit-el-Kouli a plus de quatre-vingts fusils. +J'imagine qu'a l'heure qu'il est, vous etes arrive a Damiette. Il faut +demander des otages dans tous les villages qui se sont mal comportes, et +avoir sur le lac Menzale des djermes armees avec des pieces de 5 ou de 3 +naitre les canaux et pris des mesures pour soumettre la province. + +Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, differentes mesures que je vous ai +prescrites concernant le desarmement, et pour prendre des otages dans +les differens villages revoltes. + +Faites passer dans le lac Menzale quatre ou cinq djermes armees de +canon, que vous avez a Damiette, et, si vous pouvez, une chaloupe +canonniere; enfin, armez le plus de bateaux que vous pourrez, pour etre +entierement maitre du lac. Tachez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains, +et pour cela faire, employez la ruse s'il le faut. + +Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer +d'El-Menzale; faites-en partir une autre pour accompagner le general +Andreossi, et s'emparer de toutes les iles du lac. J'imagine que vous +aurez donne une lecon severe au gros village de Mit-el-Kouli. Mon +intention est qu'on fasse tout ce qui est necessaire pour etre +souverainement maitre du lac de Menzale, et dussiez-vous y faire marcher +toute votre division, il faut que le general Andreossi arrive a Peluse. + +Je vous ai ecrit, dans une de mes lettres, de faire une proclamation; +faites-la repandre avec profusion dans le pays. + +Il faut faire des exemples severes, et comme votre division ne peut pas +etre destinee a rester dans les provinces de Damiette et de Mansoura, il +faut profiter du moment pour les soumettre entierement, et pour cela il +faut le desarmement, des tetes coupees et des otages. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 vendemiaire an 7 (25 septembre 1798). + +_Au general Dupuy._ + +Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continue d'avoir avec le +camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent qu'elle y a fait, et voulait +encore y faire passer, j'ordonne que la femme d'Osman-Bey restera en +prison jusqu'a ce qu'elle ait verse dans la caisse du payeur de l'armee +dix mille talaris. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 4 vendemiaire an 7 (25 septembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je vous prie d'envoyer chez les marchands de cafe, les Cophtes et les +marchands de Damas, des gardes, si dans la journee de demain ils n'ont +pas paye ce qu'ils doivent de leur contribution. + +Si la femme de Mourad-Bey n'a pas verse dans la journee de demain les +huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution sera portee a dix mille +talaris. + +Sur les quinze mille talaris imposes sur le Saga, il n'en a encore ete +percu que mille cinquante-cinq; il en reste treize mille neuf cent +quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq seront verses dans la +journee de demain, et les dix mille restant, mille par jour. + +Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journee d'aujourd'hui, +l'argent que vous auriez des cotons, cafe, des morts sans heritiers ou +de tout autre objet. Le Caire se trouve absolument depourvu de fonds, et +l'armee a deja de grands besoins. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 vendemiaire an 7 (26 septembre 1798). + +_Au general Dugua._ + +Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen general, +parvenir a Menzale; faites-y marcher votre avant-garde en la renforcant +de ce que vous jugerez necessaire; je desire qu'elle prenne position a +Menzale. En reunissant la quantite de bateaux necessaires pour pouvoir +se porter rapidement soit a Damiette, soit a Salahieh, soit a Mansoura, +essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais vous le +tenez, envoyez-le moi au Caire. Desarmez le plus que vous pourrez; +n'ecoutez point ce qu'ils pourraient vous dire, que, par le desarmement, +vous les exposez aux incursions des Arabes: tous ces gens-la +s'entendent; surtout il faut que le village de Mit-el-Kouli vous +fournisse au moins cent armes et des pieces de canon: ils les ont +cachees; mais je suis sur qu'ils en ont. Concertez-vous avec le general +Vial pour faire desarmer Damiette et faire arreter les hommes suspects. + +Prenez des otages, exigez que les villages vous remettent leurs fusils, +tachez d'avoir leurs canons, et faites entrer dans le lac de Menzale des +djermes armees ou armees de leurs bateaux. + +Envoyez un officier de genie a Menzale, afin de bien etablir sa position +par rapport a Damiette, a Mansoura et surtout a Salahieh. + +Faites faire des reconnaissances le long de la mer a droite et a gauche +jusqu'au cap Bourlos d'un cote, et aussi loin que vous pourrez de +l'autre. + +Ordonnez aussi que les troupes soient desarmees. Je vous ai envoye une +djerme armee, _la Carniole_; vous devez en avoir deux a Damiette. Je +vous ai envoye deux avisos; il y avait une chaloupe canonniere; et cela +fait six batimens armes. BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 vendemiaire an 7 (27 septembre 1798). + +_Au general Dupuis._ + +Faites couper la tete aux deux espions et faites-les promener dans la +ville avec un ecriteau pour faire connaitre que ce sont des espions du +pays. Faites connaitre a l'aga que je suis tres-mecontent des propos que +l'on tient dans la ville contre les chretiens. Il doit y avoir en ce +moment des otages de Menouf a la citadelle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 vendemiaire an 7 (2 octobre 1798). + +_Au commandant de la Caravelle._ + +J'ai recu la lettre que vous vous etes donne la peine de m'ecrire. +J'ai appris avec peine que vous aviez eprouve a Alexandrie quelques +desagremens. J'ai donne les ordres au Caire pour que tout votre monde +vous rejoignit. Tenez-vous pret a partir a l'epoque a laquelle vous +aviez l'habitude de quitter Alexandrie. Faites-moi connaitre le temps ou +vous comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des depeches pour +la Porte. + +Croyez aux sentimens d'estime, et au desir que j'ai de vous etre +agreable. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 vendemiaire an 7 (4 octobre 1798). + +_Au general Kleber._ + +Le general Caffarelli, citoyen general, m'a fait connaitre votre desir. + +Je suis extremement fache de votre indisposition: j'espere que l'air +du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables d'Alexandrie, vous +trouverez peut-etre notre Egypte moins mauvaise qu'on peut le croire +d'abord. Nous avons eu differentes affaires avec les Arabes de Scharkieh +et du lac Menzale: ils'ont ete battus a Damette et avant-hier a +Mit-Kamar. + +Desaix a ete jusqu'a Syouth: il a pousse les mameloucks dans le desert; +une partie d'eux a gagne les oasis. + +Ibrahim-Bey est a Gaza: il nous menace d'une invasion; il n'en fera +rien; mais nous qui ne menacons pas, nous pourrons bien le deloger de +la. + +Croyez au desir que j'ai devons voir promptement retabli, et au prix que +j'attache a votre estime et a votre amitie. Je crains que nous ne soyons +un peu brouilles: vous seriez injuste si vous doutiez de la peine que +j'en eprouverais. + +Sur le sol de l'Egypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent dans six +heures; de mon cote, s'il y en avait, ils seraient passes dans trois: +l'estime que j'ai pour vous est au moins egale a celle que vous m'avez +temoignee quelquefois. + +J'espere vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous le mande le +general Caffarelli. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 24 vendemiaire an 7 (15 octobre 1798). + +_Au general Fugieres._ + +Il est necessaire, citoyen general, que vous portiez le plus grand +respect au village de Tenta, qui est un objet de veneration pour les +Mahometans. Il faut surtout eviter de faire tout ce qui pourrait leur +donner lieu de se plaindre que nous ne respectons pas leur religion et +leurs moeurs. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 vendemiaire an 7 (15 octobre 1798). + +_Au meme._ + +J'ai appris avec peine, citoyen general, ce qui est arrive a Tenta: je +desire que l'on respecte cette ville, et je regarderais comme le plus +grand malheur qui put arriver, que de voir ravager ce lieu saint aux +yeux de tout l'Orient. J'ecris aux habitans de Tenta, et je vais faire +ecrire par le divan general: je desire que tout se termine par la +negociation. + +Quant aux Arabes, tachez de les faire se soumettre et qu'ils vous +donnent des otages: ecrivez leur a cet effet, et, s'ils ne se soumettent +pas, tachez de leur faire le plus de mal que vous pourrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 vendemiaire an 7 (17 octobre 1798). + +_Au directoire executif._ + +Citoyens directeurs, je vous fais passer le detail de quelques combats +qui ont eu lieu a differentes epoques et en differens lieux contre les +mameloucks, diverses tribus d'Arabes, et quelques villages revoltes. + +_Combat de Remeryeh._ + +Le general de brigade Fugieres, avec un bataillon de la dix-huitieme +demi-brigade, est arrive a Menouf dans le Delta, le 28 thermidor, pour +se rendre a Mehalleh-el-kebyr, capitale de la Gharbyeh. Le village de +Remeryeh lui refusa le passage. Apres une heure de combat, il repoussa +les ennemis dans le village, les investit, les forca, en tua deux cents, +et s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques blesses. +Le citoyen Chenet, sous-lieutenant de la dix-huitieme, s'est distingue. + +_Combat de Djemyleh._ + +Le general Dugua envoya, le premier jour complementaire, le general +Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzieme, reconnaitre le canal +d'Achmoun, et soumettre les villages qui refusaient obeissance. Arrive +au village de Djemyleh, un parti d'Arabes, reuni aux fellahs ou +habitans, attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientot faites, +et les ennemis repousses. Le chef de bataillon du genie, Cazales, s'est +specialement distingue. + +_Combat de Myt-Qamar._ + +Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; environnes +de tous cotes par l'inondation, ils se croyaient inexpugnables, et +infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs brigandages. Les +generaux de brigade, Murat et Lanusse, eurent ordre d'y marcher, et +arriverent le 7 vendemiaire. Les Arabes furent disperses apres une +legere fusillade. Nos troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant +de l'eau jusqu'a la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont +tombes en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces miserables ont ete +tues ou noyes. Le citoyen Niderwood, adjoint a l'etat-major, s'est +distingue dans ce combat. + +Les Arabes sont a l'Egypte ce que les Barbets sont au comte de Nice; +avec cette grande difference qu'au lieu de vivre dans les montagnes +ils sont tous a cheval, et vivent au milieu des deserts. Ils pillent +egalement les Turcs, les Egyptiens et les Europeens. Leur ferocite est +egale a la vie miserable qu'ils menent, exposes des jours entiers, dans +des sables brulans, a l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils +sont sans pitie et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage le +plus hideux qu'il soit possible de se figurer. + +Le general Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour se rendre dans +la Haute-Egypte, avec une flottille de deux demi-galeres, et six avisos. +Il a remonte le Nil, et est arrive a Benecouef le 14 fructidor. Il mit +pied a terre, et se porta par une marche forcee a Behnece, sur le canal +de Joseph. Mourad-Bey evacua a son approche. Le general Desaix prit +quatorze barques chargees de bagage, de tentes, et quatre pieces de +canon. + +Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva a Acyouth le 29 +fructidor, se trouvant alors a plus de cent lieues du Caire, poussant +devant lui la flottille des beys, qui se refugia du cote de la +cataracte. + +Le cinquieme jour complementaire, il retourna a l'embouchure du canal +de Joseph. Apres une navigation difficile et penible, il arriva le 12 +vendemiaire a Behnece. + +Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui preluderent a la +journee de Sedyman. + +_Bataille de Sedyman._ + +Le 16, a la pointe du jour, la division du general Desaix se mit en +marche, et se trouva bientot en presence de l'armee de Mourad-Bey, forte +de cinq a six mille chevaux, la plus grande partie Arabes, et un corps +d'infanterie qui gardait les retranchements de Sedyman, ou il avait +quatre pieces de canon. + +Le general Desaix forma sa division, toute composee d'infanterie, en +bataillon carre qu'il fit eclairer par deux petits carres de deux cents +hommes chacun. + +Les mameloucks, apres avoir longtemps hesite, se deciderent, et +chargerent, avec d'horribles cris et la plus grande valeur, le petit +peloton de droite que commandait le capitaine de la vingt-unieme, +Valette. Dans le meme temps, ils chargerent la queue du carre de +la division, ou etait la quatre-vingt-huitieme, bonne et intrepide +demi-brigade. + +Les ennemis sont recus partout avec le meme sang-froid. Les chasseurs +de la vingt-unieme ne tirerent qu'a dix pas, et croiserent leurs +baionnettes. Les braves de cette intrepide cavalerie vinrent mourir +dans, le rang, apres avoir jete masses et haches d'armes, fusils, +pistolets, a la tete de nos gens. Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux +tues, se glisserent le ventre contre terre pour passer sous les +baionnettes, et couper les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils +durent fuir. Nos troupes s'avancerent sur Sedyman, malgre quatre pieces +de canon, dont le feu etait d'autant plus dangereux que notre ordre +etait profond; mais le pas de charge fut comme l'eclair, et les +retranchemens, les canons et les bagages, nous resterent. + +Mourad-Bey a eu trois beys tues, deux blesses, et quatre cents hommes +d'elite sur le champ de bataille; notre perte se monte a trente-six +hommes tues et quatre-vingt-dix blesses. + +Ici, comme a la bataille des Pyramides, les soldats ont fait un butin +considerable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait trouve quatre ou cinq +cents louis. + +Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unieme, a ete blesse; les +citoyens Rapp, aide-de-camp du general Desaix, Valette, et Sacro, +capitaines de la vingt-unieme, Geoffroy, de la soixante-unieme, +Geromme, sergent de la quatre-vingt-huitieme, se sont particulierement +distingues. + +Le general Friant a soutenu dans cette journee la reputation qu'il avait +acquise en Italie et en Allemagne. + +Je vous demande le grade de general de brigade pour le citoyen Robin, +chef de la vingt-unieme demi-brigade. J'ai avance les differens +officiers et soldats qui se sont distingues. Je vous en enverrai l'etat +par la premiere occasion. + +BONAPARTE. + + + + +Le 26 vendemiaire an 6 (17 octobre 1798). + +_Au citoyen Barre, capitaine de fregate._ + +J'ai recu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, que vous +m'avez envoye. Vous avez du depuis vous confirmer davantage dans les +sondes que vous aviez faites. Je vous prie de me repondre a la question +suivante: + +Si un batiment de soixante-quatorze se presente devant le port +d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer? + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 vendemiaire an 7 (17 octobre 1798). + +_Au general Marmont._ + +L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passe il y a trois +jours a Chouara avec trente Arabes; on croit qu'il se rend dans les +environs d'Alexandrie: je desirerais que vous pussiez le faire prendre; +je donnerais bien 1,000 ecus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les +vaille; mais ce serait pour l'exemple: c'est le meme qui etait a bord +de l'amiral anglais. Si l'on pouvait parler a des Arabes, ces gens-la +feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798). + +_Au meme._ + +Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: mais tout est +aujourd'hui tranquille. Le general Dupuy a ete tue dans une rue, au +premier moment de la revolte; Sullowski a ete tue hier matin: j'ai ete +oblige de faire tirer des bombes et des obus sur la grande mosquee, +pour soumettre un quartier qui s'etait barricade: cela a fait un effet +tres-considerable. Plus de quinze obus sont entres dans la mosquee. Nous +avons eu en differens points quarante ou cinquante hommes de tues. La +ville a eu une bonne lecon, dont elle se souviendra long-temps, je +crois. + +J'ai recu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus d'artillerie +que vous pourrez: je vous ai demande quelques pieces de 24 et quelques +mortiers; il serait bien essentiel qu'il nous en arrivat. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798). + +_Au general Reynier._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 4 brumaire, avec differens +extraits des lettres du general Lagrange. Vous devez avoir recu un +convoi avec des cartouches et quatre pieces de canon, dont deux pour +votre equipage de campagne, deux pour Salahieh, dans le cas que +l'equipage par eau tardat a y arriver. La tranquillite est parfaitement +retablie au Caire. Notre perte se monte exactement a huit hommes tues +dans les differens combats, vingt-cinq hommes malades qui, revenant de +votre division, ont ete assassines en route, et une vingtaine d'autres +personnes de differentes administrations et de differens corps, +assassinees isolement. Les revoltes ont perdu un couple de milliers +d'hommes. Toutes les nuits nous faisons couper une trentaine de tetes et +beaucoup de celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne +lecon. + +Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, a se jeter dans le desert. Si +quelques Arabes ont ete le joindre, cela a ete pour lui porter du ble +et autres provisions. Il parait qu'il y a a Gaza une grande disette. +Au reste, si nous pouvions etre prevenus a temps, il n'echapperait que +difficilement. + +Pour le moment, tenez-vous concentre a Salahieh et a Belbeis; punissez +les differentes tribus arabes qui se sont revoltees contre vous; tachez +d'en obtenir des chevaux et des otages; faites activer, par tous les +moyens possibles, les travaux de Belbeis, afin que l'on puisse +y confier, d'ici a quelques jours, quelques pieces de canon; +approvisionnez Salahieh le plus qu'il vous sera possible. La meilleure +maniere de punir les villages qui se sont revoltes, c'est de prendre le +scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de lui que +tout depend. + +Le general Andreossi est reparti de Peluse le 28; il y a trouve de +tres-belles colonnes et quelques camees. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798). + +_Au directoire executif._ + +Le 30 vendemiaire, a la pointe du jour, il se manifesta quelques +rassemblemens dans la ville du Caire. + +A sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla a la porte du +cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme respectable par son caractere et ses +moeurs. Une deputation de vingt personnes des plus marquantes se rendit +chez lui, et l'obligea a monter a cheval, pour, tous ensemble, se rendre +chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa au cadhi que +le rassemblement etait trop nombreux et trop mal compose pour des +hommes qui ne voulaient que presenter une petition. Il fut frappe de +l'observation, descendit de cheval, et rentra chez lui. La populace +mecontente tomba sur lui et sur ses gens a coups de pierre et de baton +et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison. + +Le general Dupuy, commandant la place, arriva sur ces entrefaites; +toutes les rues etaient obstruees. + +Un chef de bataillon turc, attache a la police, qui venait deux cents +pas derriere, voyant le tumulte et l'impossibilite de le faire cesser +par douceur, tira un coup de tromblon. La populace devint furieuse; le +general Dupuy la chargea avec son escorte, culbuta tout ce qui etait +devant lui, s'ouvrit un passage. Il recut sous l'aisselle un coup de +lance qui lui coupa l'artere: il ne vecut que huit minutes. + +Le general Bon prit le commandement. Les coups de canon d'alarme furent +tires; la fusillade s'engagea dans toutes les rues; la populace se mit +a piller les maisons des riches. Sur le soir, toute la ville se trouva +a-peu-pres tranquille, hormis le quartier de la grande mosquee, ou se +tenait le conseil des revoltes, qui en avaient barricade les avenues. + +A minuit, le general Dommartin se rendit avec quatre bouches a feu +sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, qui domine a cent +cinquante toises la grande mosquee. Les Arabes et les paysans marchaient +pour secourir les revoltes. Le general Lannes fit attaquer par le +general Vaux quatre a cinq mille paysans qui se sauverent plus vite +qu'ils n'auraient voulu; beaucoup se noyerent dans l'inondation. + +A huit heures du matin, j'envoyai le general Dumas avec de la cavalerie +battre la plaine. Il chassa les Arabes au-dela de la qoubbeh. + +A deux heures apres midi, tout etait tranquille hors des murs de la +ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs de la loi, +s'etant presentes aux barricades du quartier de la grande mosquee, les +revoltes leur en refuserent l'entree; on les accueillit a coups de +fusil. Je leurs fis repondre a quatre heures par les batteries de +mortiers de la citadelle, et les batteries d'obusiers du general +Dommartin. En moins de vingt minutes de bombardement, les barricades +furent levees, le quartier evacue, la mosquee entre les mains de nos +troupes, et la tranquillite fut parfaitement retablie. + +On evalue la perte des revoltes de deux mille a deux mille cinq cents +hommes; la notre se monte a seize hommes tues en combattant, un convoi +de vingt-un malades revenant de l'armee, egorges dans une rue, et a +vingt hommes de differens corps et de differens etats. + +L'armee sent vivement la perte du general Dupuy, que les hasards de la +guerre avaient respecte dans cent occasions. + +Mon aide-de-camp Sullowsky allant, a la pointe du jour, le premier +brumaire, reconnaitre les mouvemens qui se manifestaient hors la ville, +a ete a son retour attaque par toute la populace d'un faubourg; son +cheval ayant glisse, il a ete assomme. Les blessures qu'il avait recues +au combat de Salahieh n'etaient pas encore cicatrisees; c'etait un +officier de la plus grande esperance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798). + +_Au citoyen Braswich, chancelier interprete._ + +Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous vous rendrez +avec lui a bord de la caravelle. Vous tacherez de prendre tous les +renseignemens possibles sur notre situation avec la Porte, et sur celle +de notre ambassadeur a Constantinople et de l'ambassadeur ottoman a +Paris. + +Vous ferez connaitre a l'officier qui commande la flottille turque le +desir que j'aurais qu'il m'envoyat au Caire un officier distingue, pour +conferer avec lui d'objets importans; que si les Anglais ne les laissent +pas entrer a Alexandrie, ni a Rosette, il peut envoyer une fregate a +Damiette, et que j'en profiterai pour ecrire a Constantinople des choses +egalement avantageuses aux deux puissances. + +Je compte, pour cette mission importante, sur votre zele et sur votre +capacite. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798). + +_Au general commandant a Alexandrie._ + +Vous ferez sortir, citoyen general, deux parlementaires, l'un sera le +canot de la caravelle, sur lequel seront embarques le turc Ibrahim Aga +et le citoyen Braswich, qui s'habillera a la turque, s'il ne l'est pas. + +Le second portera un officier de terre. + +Vous ferez commander le canot par un officier intelligent qui puisse +tout observer sans se meler de rien. + +Ces deux parlementaires sortiront en meme temps du port: l'un portera +pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon turc et pavillon +blanc. + +Sortis du port, le parlementaire francais ira aborder l'amiral anglais; +le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc. + +Vous ecrirez a l'amiral anglais une lettre, dans laquelle vous lui direz +que vous vous etes empresse d'envoyer au Caire la lettre qu'il vous a +ecrite le 19 octobre; que la caravelle qui est a Alexandrie etant a la +disposition du pacha d'Egypte, elle suivra les ordres que lui donnera +ledit pacha; que celui-ci ayant juge a propos d'envoyer un de ses +officiers a bord de l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous +avez autorise la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la +caravelle. + +Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque sur son +parlementaire, hormis les rameurs, qui devront etre matelots. + +L'officier de terre que vous enverrez a bord de l'amiral anglais se +comportera avec la plus grande honnetete: il remettra a l'amiral, comme +par hasard, quelques journaux d'Egypte, et cherchera a tirer toutes les +nouvelles possibles du continent. Il lui dira que je l'ai specialement +charge de lui offrir tous les rafraichissemens dont il pourrait avoir +besoin. + +Dans la nuit, le general Murat partira avec une partie de la +soixante-quinzieme; il se rendra a Rahmanieh, de la a Rosette, et de +la a Aboukir ou a Alexandrie. Je juge cet accroissement de forces +necessaire pour vous mettre a meme de vous opposer a toutes les +entreprises que pourraient former les ennemis. Je fais disposer d'autres +batimens pour vous envoyer d'autres troupes, et m'y transporter +moi-meme, si les nouvelles que je recevrai demain me le font penser +necessaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +Je recois, citoyen general, vos lettres des 6 et 7. Puisque les Anglais +ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine de chaloupes, il etait +evident qu'ils ne pouvaient debarquer que huit ou neuf cents hommes: +c'eut donc ete une bonne affaire de les laisser debarquer, vous nous +auriez envoye quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait donne +quelques nouvelles du continent. + +Il est bien evident que les Anglais ne veulent tenter leur debarquement +a Aboukir qu'en consequence de quelque projet mal ourdi, ou Mourad-Bey, +ou de nombreuses cohortes d'Arabes, ou peut-etre meme des habitans, +devaient combiner leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout +cela n'est arrive et que cependant ils tentaient de debarquer, c'etait +une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espere toujours que si le +9 ils ont voulu descendre, vous aurez eu le temps de vous preparer: vous +pourrez les attirer dans quelque embuscade et leur faire un bon nombre +de prisonniers. + +Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fosse, il est a +l'abri d'un coup de main, quand meme les Anglais auraient effectue leur +debarquement: cent hommes s'y renfermeraient dans le temps que l'on +marcherait d'Alexandrie et de Rosette pour ecraser les Anglais. + +J'ai recu des nouvelles de Constantinople: la Porte se trouve dans une +position tres-critique, et il s'en faut beaucoup qu'elle soit contre +nous. L'escadre russe a demande le passage par le detroit; la Porte le +lui a refuse avec beaucoup de decision. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798). + +_A son excellence le grand-visir._ + +J'ai eu l'honneur d'ecrire a votre excellence le 13 messidor, a mon +arrivee a Alexandrie; je lui ai ecrit egalement le 5 fructidor par +un batiment que j'ai expedie expres de Damiette; je n'ai recu aucune +reponse a ces differentes lettres. + +Je reitere cette troisieme lettre pour faire connaitre a votre +excellence l'intention de la republique francaise de vivre en bonne +intelligence avec la sublime Porte. La necessite de punir les mameloucks +des insultes qu'ils n'ont cesse de faire au commerce francais, nous a +conduits en Egypte, tout comme, a differentes epoques, la France a du +faire la meme chose pour punir Alger et Tunis. + +La republique francaise est, par inclination comme par interet, amie +du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; elle s'est +positivement refusee a entrer dans la coalition qui a ete faite avec les +deux empereurs contre la Sublime Porte: les puissances qui se sont deja +precedemment partage la Pologne ont le meme projet contre la Turquie. +Dans les circonstances actuelles la Sublime Porte doit voir l'armee +francaise comme une amie qui lui est devouee et qui est toute prete a +agir contre ses ennemis. + +Je prie votre excellence de croire que personnellement je desire +concourir et employer mes moyens et mes forces a faire quelque chose qui +soit utile au sultan, et puisse prouver a votre excellence l'estime et +la consideration avec laquelle je suis, + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798). + +_Au general Menou._ + +S'il se presentait, citoyen general, une ou deux fregates turques pour +entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez les laisser entrer. S'il se +presentait plusieurs batimens de guerre turcs pour entrer dans le port +d'Alexandrie, vous ferez connaitre a celui qui les commande qu'il est +necessaire que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez meme +l'engager a envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, vous +emploierez la force pour l'empecher d'entrer. + +Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle communique +directement avec vous, vous serez a meme de prendre toute espece +d'information: vous lui ferez toute sorte d'honnetetes. + +Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires anglais, vous +ferez connaitre a celui qui la commande combien cela est indecent et +contraire au respect que l'on doit a la dignite du sultan, et vous +l'engagerez a communiquer avec vous directement sans parlementaire +anglais, lui faisant connaitre que vous regarderez comme nulles toutes +les lettres qui vous viendront par les parlementaires anglais. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798). + +_Au citoyen Guibert, lieutenant des guides._ + +Vous vous rendrez, citoyen, a Rosette, en vous embarquant de suite sur +_la Diligence_. Vous remettrez les lettres ci-jointes, au general Menou; +vous aurez avec vous un Turc nomme Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la +caravelle qui est a Alexandrie. + +Vous vous embarquerez a Rosette sur un canot parlementaire, que le +contre-amiral Perree vous fournira. Vous vous rendrez a bord de l'amiral +anglais avec votre Turc, qui remettra une lettre dont il est porteur a +l'officier qui commande la flottille turque. + +Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous lui remettrez +sans pretention les differens journaux egyptiens et les numeros de la +decade; vous tacherez qu'il vous remette les journaux qu'il pourrait +avoir recus d'Europe; vous laisserez echapper dans la conversation que +je recois souvent des nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous +parle de l'escadre russe qui assiege Corfou, vous lui laisserez d'abord +dire tout ce qu'il voudra, apres quoi vous lui direz que j'ai des +nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez sentir que +vous ne croyez pas a la presence de l'escadre russe devant Corfou, parce +que, si les Russes avaient des forces dans ces mers, ils ne seraient pas +assez dupes de ne pas etre devant Alexandrie; vous lui direz, comme par +inadvertance, qu'il attribuera facilement a votre jeunesse, que, depuis +les premiers jours de septembre, tous les jours, je fais partir un +officier pour la France; que plusieurs de mes aides-de-camp ont ete +expedies, et entre autres, mon frere, que vous direz parti depuis +vingt-cinq jours. S'il vous demande d'ou ils partent, vous direz que +vous ne savez pas d'ou tous sont partis; mais que, pour mon frere, il +est parti d'Alexandrie. + +Vous leur demanderez des nouvelles de la fregate _la Justice_, sur +laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez ou elle se trouve: +s'il ne la connaissait pas, vous la lui designeriez comme une de celles +qui s'en sont allees avec l'amiral Villeneuve. + +Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci a Suez et que vous croyez +que vous me trouverez de retour; vous lui direz, mais tres-legerement, +que vous croyez qu'il est arrive un tres-grand nombre de batimens a +Suez, venant de l'Ile de France. + +Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait a m'envoyer, je +desirerais qu'il vint a Rosette, et que j'avais donne l'ordre qu'il vint +au Caire, et que, dans ce cas, je desirerais qu'il nommat quelqu'un qui +eut sa confiance et qui fut intelligent. + +Vous lui direz egalement que, s'ils ont de la difficulte a faire de +l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent leur etre +agreables, vous savez que mon intention est de les leur faire fournir; +vous leur raconterez que devant Mantoue, sachant que le marechal de +Wurmser avait une grande quantite de malades, je lui avais envoye +beaucoup de medicamens, generosite qui avait beaucoup etonne le vieux +marechal; que je lui faisais passer tous les jours six paires de boeufs +et toutes sortes de rafraichissemens; que j'avais ete tres-satisfait de +la maniere dont ils avaient traite nos prisonniers. + +Enfin, vous rentrerez a Rosette avec votre Turc sans toucher Alexandrie. +Si le contre-amiral Perree preferait vous faire partir d'Aboukir sur la +chaloupe de _l'Orient_, vous vous y rendriez. + +Vous reviendriez a Aboukir, et de la a Rosette, et descendrez avec votre +Turc au quartier-general. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798). + +_Au directoire executif._ + +Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu a differentes +epoques et sur differens points de l'armee. + +Les Arabes du desert de la Lybie harcelaient la garnison d'Alexandrie. +Le general Kleber leur fit tendre une embuscade; le chef d'escadron +Rabasse, a la tete de cinquante hommes du quatorzieme de dragons, les +surprit le 5 thermidor et leur tua quarante-trois hommes. + +A la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes s'etaient +reunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, pour empecher +les eaux d'y arriver. Le chef de brigade Barthelemy, a la tete de six +cents hommes de la soixante-neuvieme, cerna le village de Birk et +Glathas, la nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla +et brula le village. Ces exemples necessaires rendirent les Arabes +plus sages, et, graces aux peines et a l'activite de la quatrieme +d'infanterie legere, les eaux sont arrivees, le 14 brumaire, a +Alexandrie en plus grande abondance que jamais. Il y en a pour deux ans. +Le canal nous a servi a approvisionner de ble Alexandrie, et a faire +venir nos equipages d'artillerie a Djyzeh. + +Le general Andreossi, apres differens combats sur le lac Menzaleh, est +arrive, le 29 vendemiaire, sur les ruines de Peluse. Il y a trouve +plusieurs antiques, entre autres un fort beau camee; il y a dresse la +carte de ce lac et de ses sondes avec la plus grande exactitude. Nous +avons dans ce moment beaucoup de batimens armes dans ce lac. Il ne reste +plus que deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybeh, peu de +traces de celle de Peluse. + +Deux jours apres que la populace du Caire se fut revoltee, les Arabes +accoururent de differens points du desert, et se reunirent devant +Belbeis. Le general Reynier les repoussa partout; un seul coup de canon +a mitraille en tua sept: apres differens petits combats ils disparurent, +et quelque temps apres se sont soumis. + +Quelques djermes, chargees de chevaux nous appartenant, ont ete pillees +par les habitans du village de Ramleh, et deux dragons ont ete tues. Le +general Murat s'y est porte, a cerne le village, et a tue une centaine +d'hommes. + +Le general Lanusse, instruit que le celebre Abouche'ir, un des +principaux brigands du Delta, etait a Kafr-Khair, l'a surpris la nuit du +29 vendemiaire, a cerne sa maison, l'a tue, lui a pris trois pieces de +canon, quarante fusils, cinquante chevaux, et beaucoup de subsistances. + +Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnieres et quelques petits +batimens, se sont approches du fort d'Aboukir, les 3, 4, 6 et 7 +brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes coulees bas: l'ordre etait +donne de les laisser debarquer; ils ne l'ont pas ose faire. Ils doivent +avoir perdu quelques hommes; nous en avons eu deux blesses et un de tue: +le citoyen Martinet, commandant la legion nubique, s'est distingue. + +Depuis la bataille de Sedyman, le general Desaix etait dans le Faioum. +Dans cette saison, on ne peut en Egypte aller ni par eau, il n'y en a +pas assez dans les canaux; ni par terre, elle est marecageuse et pas +encore seche: ne pouvant donc poursuivre Mourad-Bey, le general Desaix +s'occupa a organiser le Faioum. + +Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le bruit qu'Alexandrie +etait pris, et qu'il fallait exterminer tous les Francais. Les villages +se refuserent a rien fournir au general Desaix, qui se porta, le 19 +brumaire, pour punir le village de Ceruni (Cheruneh) qui etait soutenu +par deux cents mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en +deroute. Le village a ete pris, pille et brule; l'ennemi a perdu quinze +a seize hommes. + +Dans le meme temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, et un grand +nombre de paysans, se portaient a Faioum pour enlever l'ambulance. +Le chef de bataillon de la vingt-unieme, Epler, sortit au devant +des ennemis, les culbuta par une bonne fusillade, et les poussa la +baionnette dans les reins. Une soixantaine d'Arabes, qui etaient entres +dans les maisons pour piller, ont ete tues; nous n'avons eu, dans ces +differens combats, que trois hommes tues et dix de blesses. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798). + +_A l'ordonnateur Leroy._ + +Le capitaine du navire le _Santa-Maria_, qui a achete ou vole quatre +pieces de canon de 2, un cable et un grappin, de concert avec un matelot +francais, sera condamne a payer 6,000 fr. d'amende, qui seront verses +dans la caisse du payeur. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798). + +_A Djezzar-Pacha._ + +Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'etes pas mon ennemi; mais +il est temps que vous vous expliquiez. Si vous continuez a donner refuge +et a garder sur les frontieres de l'Egypte Ibrahim-Bey, je regarderai +cela comme une marque d'hostilite, et j'irai a Acre. + +Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous eloignerez Ibrahim-Bey a +quarante lieues des frontieres de l'Egypte, et vous laisserez libre le +commerce entre Damiette et la Syrie. + +Alors, je vous promets de respecter vos etats, de laisser la liberte +entiere au commerce entre l'Egypte et la Syrie, soit par terre, soit par +mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798). + +_Au general Menou._ + +Faites sentir, citoyen general, au conseil militaire combien il est +essentiel d'etre severe contre les dilapidateurs qui vendent la +subsistance des soldats. C'est par ce manege-la qu'ils nous ont vendu +tout le vin que nous avons apporte de France. Par la seule raison qu'il +ne surveille pas des dilapidations aussi publiques, le commissaire des +guerres est coupable, et merite une punition exemplaire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798). + +_Au scheick El-Messiri._ + +J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivee a Alexandrie; cela +contribuera a y maintenir la tranquillite et le bon ordre. Il serait +essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez des moyens +pour detruire les Arabes et les forcer a une maniere de vivre +plus conforme a la vertu. Je vous prie aussi de faire veiller les +malintentionnes qui debarquent a deux ou trois lieues d'Alexandrie, se +glissent dans la ville et y repandent des faux bruits qui ne tendent +qu'a troubler la tranquillite. + +Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espere +qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps. + +Quant a la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas long-temps a +la disposition de nos ennemis. Alexandrie reacquerra son ancienne +splendeur, et deviendra le centre du commerce de tout l'Orient; mais +vous savez qu'il faut quelque temps. Dieu meme n'a pas fait le monde en +un seul jour. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798). + +_Au directoire executif._ + +Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armee, un +duplicata de la lettre que je vous ai ecrite le 1er. frimaire, et que je +vous ai expediee par un de mes courriers, et le quadruplicata de celle +que je vous ai ecrite le 30 vendemiaire, et que je vous ai egalement +expediee par un de mes courriers, et enfin tous les journaux, ordres du +jour et relations que je vous ai fait passer par mille et une occasions. + +L'ordonnateur Sucy est oblige de se rendre en France pour y prendre les +eaux, par suite de la blessure qu'il a recue dans les premiers jours de +notre arrivee en Egypte. Je l'engage a se rendre a Paris, ou il pourra +vous donner tous les renseignemens que vous pourrez desirer sur la +situation politique, administrative et militaire de ce pays. + +Nous attendons toujours avec une vive impatience des courriers d'Europe. + +L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions d'ordonnateur en +chef. + +Comme nos lazarets sont etablis a Alexandrie, Rosette et Damiette, je +vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de quarantaine pour les +batimens qui viennent d'Egypte, des l'instant qu'ils auront une patente +en regle. Vous pouvez etre surs que nous serons extremement prudens, +et que nous ne donnerons point de patente, des qu'il y aura le moindre +soupcon. + +Nous sommes, au printemps, comme en France au mois de mai. + +Je me refere, sur la situation politique et militaire de ce pays, aux +lettres que je vous ai precedemment ecrites. + +J'envoie en France une quarantaine de militaires estropies ou aveugles: +ils debarqueront en Italie ou en France: je vous prie de les recommander +a nos generaux et a nos ambassadeurs en Italie, en cas qu'ils debarquent +dans un port neutre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +L'etat-major vous ordonne, citoyen general, de prendre le commandement +de la place d'Alexandrie. Je fais venir le general Manscourt au Caire, +parce que j'ai appris que le 24 il a envoye un parlementaire aux Anglais +sans m'en rendre compte, et que d'ailleurs sa lettre a l'amiral anglais +n'etait pas digne de la nation. Je vous repete ici l'ordre que j'ai +donne, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans mon ordre. +Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutume les officiers qui sont sous +mes ordres, a accorder des graces et non a en recevoir. + +J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers a la +quatrieme d'infanterie legere; il est extremement surprenant que je n'en +aie rien su. + +Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette grande +garnison, et faites que l'on s'apercoive du changement de commandant. + +Ecrivez-moi souvent et dans le plus grand detail. Je savais depuis +trois jours la nouvelle que vous m'avez ecrite, des lettres venues de +Saint-Jean d'Acre. + +Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isoles qui devraient etre a +l'armee. Ayez soin que personne ne s'en aille qu'il n'ait son passeport +en regle; que ceux qui s'en vont n'emmenent point de domestiques avec +eux, surtout d'hommes ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent +point de fusils. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798). + +_Au general Ganteaume._ + +Je vous prie, citoyen general, de faire expedier d'Alexandrie a Malte +un bon marcheur du convoi, avec des depeches pour le contre-amiral +Villeneuve. Vous lui ferez connaitre le desir que j'aurais qu'il put, +par le moyen de ses fregates, nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les +fregates pourraient venir a Damiette ou les ennemis ne croisent pas. + +Vous lui ferez connaitre que depuis Alexandrie jusqu'a la bouche d'Orum +Faredge, a vingt heures est de Damiette, toute la cote est a nous, et +qu'en reconnaissant un point quelconque de cette cote, et mettant un +canot a la mer avec cinquante hommes armes dedans, les depeches nous +parviendront tres-certainement. + +Vous lui direz que nous ne sommes bloques ici que par deux vaisseaux et +une ou deux fregates: s'il pouvait paraitre ici avec trois ou quatre +vaisseaux qu'il a a Malte, et deux ou trois fregates, il pourrait +enlever la croisiere anglaise; que nos batimens de guerre qu'il sait que +nous avons a Alexandrie, sont organises et pourraient sortir pour lui +donner des secours. + +Vous donnerez pour instructions a ce batiment de ne point se presenter +devant le port de Malte, mais dans la cale de Massa-Sirocco. + +Expediez un autre batiment grec ou du convoi a Corfou pour faire +connaitre a celui qui commande les forces navales dans ce port, combien +il est necessaire qu'il nous expedie un aviso avec toutes les nouvelles +qu'il pourrait avoir a Corfou, d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie, +et de tout ce qui s'est passe de nouveau dans ces mers. Donnez-lui +egalement une instruction du point ou il doit aborder. + +Expediez un troisieme batiment du convoi, si vous pouvez, un batiment +imperial, au commandant des batimens de guerre a Ancone. Vous lui direz +que je desire qu'il m'expedie un aviso pour me faire connaitre la +situation de ses batimens, et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et +entre autres toutes les gazettes francaises et italiennes depuis notre +depart. + +Vous lui donnerez egalement une instruction sur la marche que doit tenir +l'aviso. + +Vous expedierez un quatrieme batiment du convoi, bon voilier, pour se +rendre a Toulon, avec une lettre pour le commandant des armes, dans +laquelle vous lui ferez connaitre notre situation dans ce pays, et la +necessite ou nous nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles +de France et les ordres du gouvernement, en evitant Alexandrie, et +en venant aborder, soit a Bourlas, soit a Damiette, soit a la bouche +d'Orum-Faredge. + +Vous ordonnerez au batiment de Toulon de passer entre le cap Bon et +Malte, d'eviter l'un et l'autre, de doubler les iles Saint-Pierre, et +de passer entre la Corse et les iles Minorques. Si les vents le +contrariaient ou qu'il apprit la presence des ennemis, il pourrait +aborder en Corse ou dans un port d'Espagne. + +Sur chacun de ces trois ou quatre batimens, vous mettrez un aspirant de +la marine ou un officier marinier, qui sera porteur de vos depeches, +et qui devra en rapporter la reponse. Vous leur donnerez toutes les +instructions necessaires a cet egard, et vous leur ferez bien connaitre +la maniere dont ils doivent se conduire a leur retour. Il sera promis +une gratification aux patrons des navires qui retourneront et nous +rapporteront des nouvelles du continent. + +Je vous enverrai, dans la matinee de demain, quatre paquets, dont seront +porteurs ces quatre officiers. Vous leur ordonnerez de les garder, en +les cachant; s'ils etaient pris par les Anglais, je prefere qu'ils +soient pris, plutot que de les jeter a la mer. + +Il n'y a que des imprimes dans ces paquets. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798). + +_Au general Menou._ + +Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen general, une +colonne mobile dans toute la province de Rosette, village par village, +avec l'intendant, l'agent francais et un officier intelligent; a mesure +qu'ils passeront dans un village, ils exigeront les chevaux et la +contribution. + +Vous verrez qu'elle rentrera tres-promptement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er decembre 1798). + +_Au general Bon._ + +Vous vous rendrez, citoyen general, demain a Birket-el-Adji. Vous +partirez apres-demain avant le jour de cet endroit pour vous rendre, +avec la plus grande diligence possible a Suez. Il serait a desirer que +vous pussiez y arriver le 14 au soir, ou le 15 avant midi. + +Vous m'enverrez un expres arabe, tous les jours, auquel vous ferez +connaitre que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils me remettront +vos lettres. + +Vous aurez avec vous, independamment des troupes que le chef de +l'etat-major vous a annoncees, le citoyen Collot, enseigne de vaisseau +avec dix matelots et le moallem ... qui aura aussi huit ou dix de ses +gens avec lui. + +Vous trouverez, a Suez, toutes les citernes, que j'ai fait remplir. + +Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier pour +commander la place. Le citoyen Collot remplira les fonctions de +commandant des armes du port, et les officiers du genie et d'artillerie +qu'y envoient les generaux Caffarelli et Dommartin, commanderont ces +armes dans cette place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir +ou inspecteur des douanes. + +Votre premiere operation sera de remplir toutes les citernes qui ne sont +pas pleines, et de faire un accord avec les Arabes de Thor, pour qu'ils +continuent a vous fournir toute l'eau existant dans les citernes, en +reserve. + +Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le Suez ou une +partie de Suez, de maniere a etre a l'abri des attaques des Arabes, et +avoir une batterie de gros canons qui battent la mer. + +Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les patrons des +batimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous leur ecrirez, pour les +assurer qu'ils peuvent en toute surete continuer le commerce, qu'ils +seront specialement proteges. + +Vous tacherez de vous procurer, parmi les batimens qui vont a Suez, une +ou deux felouques des meilleures qui se trouvent dans ce port, que vous +ferez armer en guerre. + +Vingt-quatre heures apres votre arrivee, vous m'enverrez toujours, par +des Arabes et par duplicata, un memoire sur votre situation militaire, +sur celle des citernes et sur la situation du pays et le nombre des +batimens. + +Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le commerce et rien +pour l'alarmer. + +Des l'instant que je saurai votre arrivee, je vous enverrai un second +convoi de biscuit. + +Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux necessaires pour mettre +tout le Suez ou une partie de Suez a l'abri des attaques des Arabes, et +si vous ne trouvez pas dans cette place un assez grand nombre de pieces +pour mettre en batterie, independamment des deux que vous emmenerez avec +vous, je vous en ferai passer d'autres. + +Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de temps pour +faire des fortifications, afin que la compagnie Omar, les marins et les +canonniers suffisent pour la defense contre les entreprises des Arabes, +et si ces forces n'etaient pas suffisantes, vous me le manderez: alors +je les renforcerai de quelques troupes grecques. + +Je vous recommande de m'ecrire, par les Arabes, deux fois par jour. + +Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, soit +sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 decembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +Vous ferez reunir chez vous, citoyen general, dans le plus grand secret, +le contre-amiral Perree, le chef de division Dumanoir, le capitaine +Barre. + +Vous dresserez un proces-verbal de la reponse qu'ils feront aux +questions suivantes, que vous signerez avec eux. + +_Premiere question_. Si la premiere division de l'escadre sortait, +pourrait-elle, apres une croisiere, rentrer dans le port neuf ou dans le +port vieux, malgre la croisiere actuelle des Anglais? + +_Seconde question_. Si _le Guillaume-Tell_ paraissait avec _le +Genereux_, _le Dego_, _l'Arthemise_, et les trois vaisseaux venitiens +que nous avons laisses a Toulon et qui sont actuellement reunis a Malte, +la croisiere anglaise serait obligee de se sauver: se charge-t-on de +faire entrer l'amiral Villeneuve dans le port? + +_Troisieme question_. Si la premiere division sortait pour favoriser +sa rentree, malgre la croisiere anglaise, ne serait-il pas utile, +independamment du fanal que j'ai ordonne qu'on allumat au phare, +d'etablir un nouveau fanal sur la tour du Marabou? Y aurait-il quelques +autres precautions a prendre? + +Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait difference +d'opinions, vous ferez mettre dans le proces-verbal l'opinion de chacun. + +Je vous ordonne qu'il n'y ait a cette conference que vous quatre. Vous +commencerez par leur ordonner le plus grand secret. + +Apres que le conseil aura repondu a ces trois questions et que le +proces-verbal sera clos, vous poserez cette question: + +Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire de +Malte, de quelle maniere s'apercevrait-on de son arrivee a la hauteur +de la croisiere? Quels secours les forces navales actuelles du port +pourraient elles lui procurer? et de quel ordre aurait besoin le +contre-amiral Perree pour se croire suffisamment autorise a sortir? + +Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouees pour designer la +passe? + +Les fregates _la Carrere_, _la Muiron_ et le vaisseau _le Causse_ +seraient-ils dans le cas de sortir? + +Apres quoi vous poserez cette question: + +Les fregates _la Junon_, _l'Alceste_, _la Carrere_, _la Courageuse_, _la +Muiron_, les vaisseaux _le Causse_, _le Dubois_, renforces chacun par +une bonne garnison de l'armee de terre et de tous les matelots europeens +qui existent a Alexandrie, seraient-ils dans le cas d'attaquer la +croisiere anglaise, si elle etait composee de deux vaisseaux et d'une +fregate? + +Vous me ferez passer le proces-verbal de cette seance dans le plus court +delai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 decembre 1798). + +_Au meme._ + +J'ai donne, citoyen general, plusieurs ordres pour que tous les matelots +existant a bord du convoi et ayant moins de vingt-cinq ans, de quelque +nation qu'ils soient, fussent envoyes au Caire, ainsi que tous les +matelots napolitains provenant des batimens brules par les Anglais. L'un +et l'autre de ces ordres ont ete mal executes, puisque les Napolitains +etaient seuls plus de trois cents, et qu'il etait impossible que tout le +convoi ne contint au moins cinq ou six cents personnes dans le cas de la +requisition que je fais. + +Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la position ou est +l'armee, qu'elle trouve dans les convois qui sont sur le point de +passer en Europe, de quoi se recruter des pertes que peut lui avoir +occasionnees, en differons evenemens, la conquete de l'Egypte. + +Independamment de cette raison, j'attachais une grande importance a +interesser a notre operation un grand nombre de marins de nations +differentes, lesquelles, par-la, se trouveraient plus a portee de nous +donner des nouvelles, et ce que nous avons besoin de France. Je vous +prie donc, citoyen general, de vous concerter avec le citoyen Dumanoir, +commandant des armes, et de prendre des mesures efficaces pour que, dans +le plus court delai, tous les jeunes matelots, italiens, espagnols, +francais, etc., evacuent Alexandrie et soient envoyes a Boulac. + +Veillez a ce qu'aucun batiment, en sortant du port, n'emmene avec lui de +jeunes matelots qui pourraient nous servir. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 decembre 1798). + +_Au general Leclerc._ + +Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen general, faites verser +dans la caisse du payeur general les 30,000 fr. que vous avez dans votre +caisse. + +Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois pour votre +piece. + +Occupez-vous sans relache a vous procurer des chevaux: vous savez le +besoin que nous en avons. + +Douze cents hommes de cavalerie bien montes et bien armes partent demain +pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. J'espere, moyennant les +chevaux que toutes les provinces envoient, en avoir bientot encore +autant. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 decembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +Je vous ai fait connaitre, par mes dernieres lettres, l'importance +extreme qu'il y avait a retenir tous les matelots napolitains, genois, +espagnols, etc.: cette mesure a ete executee en partie par le citoyen +Dumanoir; mais elle est bien loin de l'etre entierement, puisque les +Napolitains seuls etaient trois cent quatre-vingt. Les etats que l'on +m'a remis de la force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept +batimens et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je pense +qu'aujourd'hui il sera reduit a deux mille. Il est indispensable que +vous parveniez a me procurer encore huit cents hommes. + +Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des jeunes gens +ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, pour trouver ce nombre +vous aurez recours a une requisition, d'un quart de chaque equipage, +ayant soin de prendre les plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous +les batimens du convoi, soit francais ou etrangers. + +Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen Dumanoir, et +concertez-vous avec lui pour nous procurer huit cents hommes. Ce ne sera +qu'apres l'execution prealable de cet ordre, que je leverai l'embargo +mis sur une partie du convoi. + +Visez vous-meme tous les passeports de ceux qui s'en vont, et ne laissez +partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux qui s'en vont n'ont pas +besoin de domestiques, a moins qu'ils n'aient plus de vingt-cinq ans. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 decembre 1798). + +_Au meme._ + +Je vous envoie, citoyen general, un ordre que je vous prie d'executer +avec la plus grande exactitude. Apres que vous aurez fait arreter ce +citoyen, faites venir chez vous tous les administrateurs de la marine, +et lisez-leur mon ordre. Vous leur direz que je recois des plaintes de +tous cotes sur leur conduite, et qu'ils ne secondent en rien le citoyen +Leroy; que je punirai les laches avec la derniere severite, et avec +d'autant moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage n'est pas +francais. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 decembre 1798). + +_A l'intendant-general de l'Egypte._ + +J'ai recu, citoyen, la lettre que m'a ecrite la nation cophte. Je me +ferai toujours un plaisir de la proteger: desormais elle ne sera plus +avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, ce que je prevois +n'etre pas eloigne, je lui accorderai le droit d'exercer son culte +publiquement, comme il est d'usage en Europe, en suivant chacun sa +croyance. Je punirai severement les villages qui, dans les differentes +revoltes, ont assassine des cophtes. Des aujourd'hui, vous pourrez leur +annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter sur des +mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et de s'habiller de la +maniere qui peut leur convenir. Mais si tous les jours seront marques de +ma part par des bienfaits; si j'ai a restituer a la nation cophte une +dignite et des droits inseparables de l'homme, qu'elle avait perdus, +j'ai le droit d'exiger sans doute des individus qui la composent +beaucoup de zele et de fidelite au service de la republique. Je ne peux +pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement a me plaindre du peu de +zele que plusieurs y ont mis. Comment en effet, lorsque tous les jours +des principaux scheicks me decouvrent les tresors des mameloucks, ceux +qui etaient leurs principaux agens ne me font-ils rien decouvrir? + +Je rends justice a votre zele et a celui de vos collaborateurs, ainsi +qu'a votre patriarche, dont les vertus et les intentions me sont +connues, et j'espere que, dans la suite, je n'aurai qu'a me louer de +toute la nation cophte. + +Je donne l'ordre pour que vous soyez rembourse, dans le courant du mois, +des avances que vous avez faites. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 decembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Vu les pertes que nous avons eprouvees sur les diamans, la femme de +Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du payeur 8,000 talaris +dans l'espace de cinq jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 decembre 1798). + +_Au general Rampon._ + +Vous devez avoir recu, citoyen general, du pain pour quatre jours. + +Si cette lettre vous arrive a temps, vous partirez demain avec la plus +grande partie de votre monde pour aller reconnaitre la position de +Gezire-Bili, qui est a quatre lieues de l'endroit que vous occupez. +Quand vous serez a une demi-lieue de ladite position, vous ferez +connaitre a ladite tribu de Bili qu'elle n'a rien a craindre; qu'elle +peut rester dans son camp, parce que vous avez ete prevenu que le +scheick etait venu me voir et avait obtenu grace. + +Vous tiendrez note de tous les villages par ou vous passerez pour +arriver a Gezire, et vous observerez les differentes positions +qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances exigent que vous +deviez y marcher, vous sachiez comment faire. + +Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et apres vous +etre promene en differens sens, avoir demande s'il y a des mameloucks a +El-Mansoura, qui est un village pres de Gezire, avoir recommande a +tous les villages de payer exactement le miri au general commandant la +province, et a ne pas cacher les mameloucks, a les declarer s'il y en a, +vous retournerez, s'il est possible, coucher a Birket-el-Hadji. + +Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez la +partie a apres-demain. + +BONAPARTE. + + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 decembre 1798). + +_Au general Menou._ + +Je recois votre lettre du 14, citoyen general: je venais d'ordonner la +mesure que vous me proposez, de vendre soixante-quatre mille pintes de +vin. Veillez autant qu'il vous sera possible a ce que ces fonds rentrent +dans la caisse du payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus +grande quantite pour masquer leurs vols. Ecrivez au general Marmont +pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les plus pres de se +gater, et que l'on profite de cette circonstance pour verifier ce qu'il +y a en magasin. + +J'ai recu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez que +messieurs les Anglais ont evacue Aboukir. Profitez-en pour faire passer +a Alexandrie la plus grande quantite de ble possible. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 decembre 1798). + +_Au general Ganteaume._ + +Vous voudrez bien, citoyen general, faire partir d'Alexandrie le brick +_le Lodi_ pour se rendre a Derne. Il prendra tous les renseignemens +qu'il pourrait acquerir sur les nouvelles de France et d'Europe. + +Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expediees par le +gouvernement, y sont arrivees dans le courant de brumaire, et n'y ont +sejourne que vingt-quatre heures, apres avoir pris des renseignemens sur +les Anglais et sur notre position. Comme il est extremement interessant +que la mission de ce brick soit ignoree, vous lui donnerez ses +instructions a ouvrir en mer. + +Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, connaissant la +cote depuis Alexandrie jusqu'a Saint Jean-d'Acre et depuis Alexandrie +jusqu'a Tripoli. + +J'imagine que la tartane que j'avais ordonne d'envoyer depuis long-temps +a Derne, sera partie: si elle ne l'etait pas, vous ordonneriez, au +prealable, au citoyen Dumanoir de n'expedier _le Lodi_ que vingt-quatre +heures apres la tartane, en ayant bien soin que la tartane ignore que ce +brick devait partir. + +Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement la langue, +et ayant eu des relations avec Derne, pourra plus facilement prendre +tous les renseignemens necessaires. + +Vous specifierez bien au commandant du brick que le citoyen Arnaud n'est +rien sur son bord, et n'a point d'ordre a lui donner, et que lui seul +est responsable de la maniere dont sa mission sera remplie. + +Vous lui ferez connaitre qu'il faut qu'il retourne le plus tot possible +a Alexandrie. + +Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; que, sous +quelque pretexte que ce soit, il ne doit point cingler vers l'Europe; +que cela serait regarde par le gouvernement comme une lachete et une +trahison, dont un Francais ne peut etre soupconne. + +Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1 deg.. de partir et +d'ouvrir ses instructions a telle hauteur, et d'embarquer, au moment du +depart, un homme qui lui sera remis par le general Marmont, commandant +de la place; + +2 deg.. Son instruction a ouvrir en mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 decembre 1798). + +_Instructions pour le citoyen Arnaud._ + +Le brick sur lequel vous etes embarque, citoyen, vous conduira a Derne. + +Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de Derne; vous +prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles d'Europe et de +Tripoli. + +Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce que vous aurez vu +et appris en mer, en expediant de Derne deux Arabes. + +Le brick vous ramenera a Alexandrie, et, a peine debarque, vous viendrez +au Caire sans communiquer a personne les nouvelles que vous aurez pu +apprendre. + +Je compte sur votre zele et sur vos lumieres. Je saurai vous tenir +compte du service que vous aurez rendu dans cette occasion a la +republique. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 decembre 1798). + +_Au bey de Tripoli._ + +Je profite d'un batiment qui va a Derne pour vous renouveler l'assurance +de vivre avec vous en bonne intelligence et amitie. + +Dans plusieurs lettres que je vous ai ecrites, je vous ai temoigne le +desir que j'ai de vous etre utile ainsi qu'a ceux qui dependent de vous. + +Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, de me les +envoyer par des expres. + +Croyez aux sentimens d'estime et a la consideration que j'ai pour vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 decembre 1798). + +_Au citoyen Poussielgue,_ + +Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au citoyen +Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti a Terraneh, de verser dans +la caisse du payeur, la valeur de deux mille moutons et de cinquante +chameaux, que le general Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait +restituer en disant que c'etait mon intention. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 decembre 1798). + +_Au commissaire du gouvernement, a Zante._ + +Je vous expedie le brick _le Rivoli_ pour avoir de vos nouvelles et de +celles de Corfou. + +Faites-moi passer toutes les gazettes francaises, italiennes ou +allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, ainsi que les +nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de France, et de tous les +batimens anglais, russes ou turcs qui auraient paru sur vos cotes depuis +ledit mois de messidor. + +Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir sur +Passwan-Oglou et sur Constantinople. + +Envoyez-nous ici un Francais intelligent qui puisse me donner de vive +voix toutes les petites nouvelles que vous pourriez avoir oubliees. + +Expediez des batimens a Corfou et en Italie pour faire connaitre au +commandant de cette place et au gouvernement francais que tout va au +mieux ici. + +Expediez-moi souvent des batimens sur Damiette. + +Les journaux et les imprimes que je vous fais passer vous mettront a +meme de connaitre notre position. + +Je vous, recommande de ne pas retenir le _Rivoli_ plus de trois ou +quatre heures, et de le faire repartir tout de suite, car je suis +impatient d'avoir de vos nouvelles. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 decembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +Cette lettre, citoyen general, vous sera remise par le citoyen +Beauchamp. + +Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui direz que je +consens a ce que son batiment parte pour Constantinople aux conditions +suivantes: + +1 deg.. Qu'il laissera en otages ses deux enfans et l'officier de la +caravelle, son plus proche parent, pour me repondre du citoyen +Beauchamp, qui va s'embarquer a son bord pour se rendis a +Constantinople. + +2 deg.. Qu'il passera devant l'ile de Chypre; qu'il fera entendre au pacha +que nous ne sommes pas en guerre avec la Porte; qu'il nous renvoie le +consul et les Francais qui sont a Chypre; qu'il les fera embarquer +devant lui sur une djerme pour se rendre a Damiette; qu'en consequence +vous allez tenir en arrestation un officier et dix hommes de la +caravelle pour repondre du consul et des Francais a Chypre, lesquels +seront envoyes a Damiette et renvoyes sur le meme batiment qui amenera +les Fiancais de Chypre a Damiette. + +3 deg.. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'echapper a la +croisiere anglaise; qu'il evitera Rhodes, afin d'echapper aux Anglais. + +4 deg.. Qu'apres que le citoyen Beauchamp aura cause avec le grand-visir a +Constantinople, il sera charge de le faire revenir a Damiette, et que, +sur le meme batiment qui ramenera le citoyen Beauchamp, je ferai placer +ses enfans et l'officier qu'il aura laisses en otages. + +5 deg.. Que du reste il peut compter que, dans tous les evenemens, je serai +fort aise de lui etre utile. + +Vous dresserez de votre seance avec lui un proces-verbal en turc et en +francais, qu'il signera avec vous, et dont vous et lui garderez une +copie, en me faisant passer l'original. + +Cette conversation devra avoir lieu a neuf heures du matin: vous lui +menerez le citoyen Beauchamp a bord. Vous aurez soin auparavant que l'on +tienne tout prets sur un batiment les affuts et tous les objets qu'on +aurait a lui rendre. + +Des l'instant que le proces-verbal sera signe et que les otages seront +remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la nuit, si le temps est +beau, il devra partir, ayant bien soin: + +1 deg.. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp soient +parfaitement secrets; + +2 deg.. Que le commandant de la caravelle, en arrivant a la conference, ait +avec lui ses enfans et les personnes que vous voulez garder pour otages, +que vous lui designerez pour qu'ils se rendent a la conference, et que +vous laisserez dans un autre appartement. + +3 deg.. Qu'il n'ait plus, le reste de la journee, aucune espece de +communication avec la terre sous quelque pretexte que ce soit, afin +que personne ne sache le depart de la caravelle: sans quoi ces gens-la +embarqueraient beaucoup de marchandises et beaucoup de monde. + +Il faut que le lendemain a la pointe du jour, les Francais et les gens +du pays soient tout etonnes de ne plus voir la caravelle. + +Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous declarerez que, s'il +ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux ordres pour le +laisser partir. + +Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant des armes, +deux ou trois heures avant l'execution. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 decembre 1798). + +_Instruction pour le citoyen Beauchamp._ + +Vous vous rendrez a Alexandrie; vous vous embarquerez sur la caravelle; +vous aborderez a Chypre, vous demanderez au pacha, de concert avec le +commandant de la caravelle, qu'on envoie a Damiette le consul et les +Francais qu'on a arretes dans cette ile. + +Vous prendrez a Chypre tous les renseignemens possibles sur la situation +actuelle de la Syrie, sur une escadre russe qui serait dans la +Mediterranee, sur les batimens anglais qui auraient paru ou qui y +seraient constamment en croisiere, sur Corfou, sur Constantinople, +sur Passwan-Oglou, sur l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes, +commandee par Hassan-Bey, qui a ete pendant un mois devant Aboukir, sur +les raisons qui empechent qu'on apporte du vin a Damiette, enfin sur les +bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-la sur l'Europe. + +Vous m'expedierez toutes ces nouvelles avec les Francais, si on les +relache, sur un petit batiment qui viendrait a Damiette; ou, lorsque +vous verrez l'impossibilite de porter ces gens-la a relacher les +Francais, vous expedieriez un petit bateau avec un homme de la caravelle +pour me porter vos lettres, et sous le pretexte de me mander que le +capitaine de la caravelle, ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse +relacher les matelots de la caravelle. + +A toutes les stations que le temps ou les circonstances vous feraient +faire dans les differentes echelles du Levant, vous m'expedierez des +nouvelles par de petits batimens envoyes expres a Damiette, et qui +seront largement recompenses. + +Arrive a Constantinople, vous ferez connaitre a notre ministre notre +situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, vous demanderez que les +Francais qui ont ete arretes en Syrie soient mis en liberte, et vous +ferez connaitre le contraste de cette conduite avec la notre. + +Vous ferez connaitre a la Porte que nous voulons etre ses amis; que +notre expedition d'Egypte a eu pour but de punir les mameloucks, les +Anglais, et empecher le partage de l'empire ottoman que les deux +empereurs, ont arrete; que nous lui preterons secours contre eux, si +elle le croit necessaire, et vous demanderez imperieusement et avec +beaucoup de fierte qu'on relache tous les Francais qu'on a arretes; +qu'autrement cela serait regarde comme une declaration de guerre; que +j'ai ecrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une reponse, et +qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un ami capable de la +faire triompher de tous ses ennemis, ou un ennemi aussi redoutable que +tous ses ennemis. + +Si notre ministre est arrete, vous ferez ce qu'il vous sera possible +pour pouvoir causer avec des Europeens: vous reviendrez en apportant +toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir sur la position +actuelle politique de cet empire. + +Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en quelque langue +qu'ils soient depuis messidor. + +Si jamais on vous faisait la question: Les Francais consentiront-ils a +quitter l'Egypte? Pourquoi pas, pourvu que les deux empereurs fassent +finir la revolte de Passwan-Oglou et abandonnent le projet de partager +la Turquie europeenne? Que, quant a nous, nous ferons tout ce qui +pourrait etre favorable a l'Empire ottoman et le mettre a l'abri de ses +ennemis: mais que le preliminaire a toute negociation, comme a tout +accommodement, est un firman qui fasse relacher les Francais partout ou +on les a arretes, surtout en Syrie. + +Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir cet +elargissement; vous declarerez que vous ne repondez pas que je +n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberte tous les Francais +qu'on a arretes; et, dans le cas ou on voudrait vous retenir, que si, +sous tant jours, je ne vous voyais pas revenir, je pourrais me porter a +une invasion. + +Enfin le but de votre mission est d'arriver a Constantinople, d'y +demeurer, de voir nos ministres sept a huit jours, et de retourner avec +des notions exactes sur la position actuelle de la politique et de la +guerre de l'empire ottoman. + +Profitez de toutes les occasions pour m'ecrire et pour m'expedier des +batimens a Damiette. + +De Constantinople, expediez une estafette a Paris par Vienne avec tous +les renseignemens qui pourraient etre necessaires au gouvernement: vous +lui ferez passer les relations et imprimes que je joins ici a cet effet. + +Ainsi, si la Porte ne nous a point declare la guerre, vous paraitrez a +Constantinople comme pour demander qu'on relache le consul francais et +qu'on laisse libre le commerce entre l'Egypte et le reste de l'empire +ottoman. + +Si la Porte nous avait declare la guerre et avait fait arreter nos +ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle comme une +preuve du desir qu'a le gouvernement francais de voir se renouveler +la bonne intelligence entre les deux etats, et en meme temps +vous demanderez notre ministre et les autres Francais qui sont a +Constantinople. + +Vous lui ferez plusieurs notes pour detruire tout ce que l'Angleterre et +la Russie pourraient avoir imagine contre nous, et vous reviendrez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 decembre 1798). + +_Au grand-visir._ + +J'ai ecrit plusieurs fois a votre excellence pour lui faire connaitre +les intentions du gouvernement francais, de continuer a vivre en bonne +intelligence avec la Sublime Porte. Je prends aujourd'hui le parti de +vous en donner une nouvelle preuve en vous expediant la caravelle du +grand-seigneur et le citoyen Beauchamp, consul de la republique, homme +d'un grand merite, et qui a entierement ma confiance. + +Il fera connaitre a votre excellence que la Porte n'a point de plus +veritable amie que la republique francaise, comme elle n'aurait pas +d'ennemie plus redoutable, si les intrigues des ennemis de la France +parvenaient a avoir le dessus a Constantinople: ce que je ne pense pas, +connaissant la sagesse et les lumieres de votre excellence. + +Je desire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp a +Constantinople le moins de temps possible, et me le renvoie pour me +faire connaitre les intentions de la Porte. + +Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime et a la haute +consideration que j'ai pour elle. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 decembre 1798). + +_Au citoyen Talleyrand, ambassadeur a Constantinople._ + +Je vous ai ecrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore si mes +lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point recu de vous. + +J'expedie a Constantinople le citoyen Beauchamp, consul a Mascate, pour +vous faire connaitre notre position, qui est extremement satisfaisante, +et pour, de concert avec vous, demander qu'on mette en liberte tous les +Francais arretes dans les echelles du levant et detruire les intrigues +de la Russie et de l'Angleterre. + +Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous les details et +toutes les nouvelles qui pourraient vous interesser. + +Je desire qu'il ne reste a Constantinople que sept a huit jours. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 decembre 1798). + +_Au general Reynier._ + +Je desirerais, citoyen general, qu'avant de faire un tour a Salahieh, +vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles dans les differens points +de votre province. + +Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont pas +comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, de faire lever le miri et +les chevaux. Votre province est celle qui est le plus en retard. + +Le general Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention serait que +vous lui procurassiez une quinzaine de chameaux; et, apres qu'il aura +passe quelques jours a Salahieh pour y organiser son service et rendre +des visites aux villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation, +je desire qu'on aille occuper Catieh, ou mon intention est de faire +construire un fort. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 decembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 14. + +Il est toujours plus interessant de rendre compte d'une mauvaise +nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une faute que vous avez +faite, d'oublier de rendre compte des neuf prisonniers qu'ont faits les +Anglais a la quatrieme demi-brigade. + +L'etat-major donne l'ordre a la legion nautique de se rendre a Foua, +d'ou je la ferai venir au Caire pour l'habiller et l'organiser, afin +qu'elle puisse retourner, si les circonstances l'exigeaient, et servir +utilement. + +Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonne le +desarmement de la galere, qui a quatre ou cinq cents hommes qui mangent +beaucoup et ne nous rendraient pas un service utile les armes a la main. + +Des l'instant que vous aurez envoye ici beaucoup d'hommes du convoi, +et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des hommes inutiles, j'en +ferai partir la plus grande partie. + +Vous devez avoir beaucoup de pelerins; debarrassez-vous-en le plus tot +possible, ou par terre ou par mer. + +Envoyez aussi des Arabes a Derne pour avoir des nouvelles; il y arrive +souvent des tartanes de Marseille. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798). + +_Au general Bon._ + +J'ai recu, citoyen general, vos lettres des 20 et 21. + +Il est parti hier un convoi. + +Vous avez du recevoir, par le premier convoi, du riz, du biscuit, de +l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute espece, des outils et +des sapeurs. + +Je vous ai mande hier de faire venir tous les chameaux qui vous ont +porte du biscuit; joignez-y les chameaux qui ont porte notre artillerie. +Ne gardez que les chameaux qui doivent porter l'eau a votre troupe. Ayez +soin surtout que les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il +faut faire ce que ces gens-la veulent. Laissez passer les lettres pour +Djedda sans les decacheter, et laissez aller et venir chacun librement. +Le commerce est souvent fonde sur l'imagination. La moindre chose est un +monstre pour ces gens-ci, qui ne connaissent pas nos moeurs. + +Je vous recommande de faire mettre une corde au puits d'Adjeroud, de +maniere que l'on puisse s'en servir. On dit que l'eau est bonne pour les +chevaux. + +Gardez specialement les matelots, les sapeurs et les Turcs d'Omar, une +partie de la trente-deuxieme, et renvoyez l'autre partie. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 decembre 1798). + +_Au general Leclerc._ + +Je vous previens, citoyen general, que j'ai fait arreter Cheraibi: si +vous etes encore a Nay, vous vous rendrez a Kelioube pour mettre le +scelle sur tous ses biens. Vous ecrirez au divan de la province et aux +scheicks des Arabes que Cheraibi a ete arrete, parce qu'il m'a trahi, +parce qu'il a, malgre ses sermens de fidelite, correspondu avec les +mameloucks, et, le jour de la revolte du Caire, appele les habitans +des differens villages qui environnent cette ville, a se joindre +aux revoltes; qu'ils doivent d'autant plus sentir la justice de +l'arrestation de Cheraibi, qu'ils ont ete temoins de ses crimes, et que +je l'avais comble de bienfaits. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 decembre 1798). + +_Au commandant de la place du Caire._ + +Je vous envoie, citoyen general, Cheraibi, chef de la province de +Kelioube. Vous le ferez mettre en prison a la citadelle et au secret, +afin qu'il n'ait de communication avec qui que ce soit. Vous prendrez +toutes les mesures necessaires pour qu'il ne puisse pas s'echapper. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 decembre 1798). + +_Au general Bon._ + +L'adjudant-general Valentin, citoyen general, est parti hier de +Berket-el-Hadji. J'ai recu votre lettre du 22. + +Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; mais il doit etre +avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti immediatement apres votre +colonne. Si, a l'heure qu'il est, il n'est pas a Suez, je crains fort +qu'il n'ait ete assassine. Au reste, je vais prendre des renseignemens. + +L'adjudant-general Valentin doit etre arrive, et vous allez vous trouver +approvisionne pour long-temps. + +On enverra, par la premiere occasion, de l'argent pour les Turcs et pour +les fortifications. + +Envoyez-nous les chameaux qui ont porte vos pieces. Comme elles doivent +rester a Suez, ils vous sont inutiles, et serviront a vous en porter +d'autres. + +Si vos rhumatismes, au lieu de se guerir, continuaient a empirer, vous +laisseriez le commandement a l'adjudant-general Valentin, et vous vous +rendriez au Caire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 decembre 1798). + +_Au contre-amiral Perree._ + +Je vous envoie, citoyen general, un sabre en remplacement de celui que +vous avez perdu a la bataille de Chebreisse. Recevez-le, je vous prie, +comme un temoignage de la reconnaissance que j'ai pour les services que +vous avez rendus a l'armee dans la conquete de l'Egypte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au general Dugua._ + +Je recois, citoyen general, votre lettre du 20 frimaire, de Mansoura, +relative au commerce de Damiette avec la Syrie. Mon intention est que le +commerce soit entierement libre. L'inconvenient d'aider a la subsistance +de nos ennemis est compense par d'autres avantages. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au meme._ + +J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen general, que l'on +employait l'argent du miri a acheter du ble. Ce doit etre une coquinerie +des intendans; je vais m'en faire rendre compte. Mais je vous prie de +tenir la main a ce que le produit de toutes les impositions entre dans +la caisse des preposes du payeur general, et n'en sorte plus sans +l'ordre du payeur. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au contre-amiral Villeneuve._ + +Je n'ai point recu de vos lettres, citoyen general; je vous envoie un +aviso. Faites-moi connaitre par son retour quelle est votre position et +ce que vous pourriez avoir appris des mouvemens et du nombre des ennemis +dans la Mediterranee. + +Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux fregates devant +Alexandrie. + +Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et trois ou +quatre fregates de Malte. Nous desirons bien vous voir arriver ici. + +Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en un millier +sur l'aviso que je vous expedie, et envoyez-nous le reste sur des +batimens qui viendraient aborder a Damiette. + +Vous devez avoir recu du contre-amiral Ganteaume des lettres qui ont +du vous faire connaitre le besoin ou nous sommes d'avoir des nouvelles +d'Europe, et de recevoir notre second convoi. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au directoire executif._ + +Je vous ai expedie un officier de l'armee, avec ordre de ne rester que +sept a huit jours a Paris, et de retourner au Caire. + +Je vous envoie differentes relations de petits evenemens et differens +imprimes. + +L'Egypte commence a s'organiser. + +Un batiment arrive a Suez a amene un Indien qui avait une lettre pour le +commandant des forces francaises en Egypte: cette lettre s'est perdue. +Il parait que notre arrivee en Egypte a donne une grande idee de notre +puissance aux Indes, et a produit un effet tres-defavorable aux Anglais: +on s'y bat. + +Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un courrier depuis +messidor. Cela est sans exemple dans les colonies meme. + +Mon frere, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que je vous ai +expedies, doivent etre arrives. + +Expediez-nous des batimens sur Damiette. + +Les Anglais avaient reuni une trentaine de petits batimens, et etaient +a Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux de guerre et deux +fregates devant Alexandrie. + +Le general Desaix est dans la Haute-Egypte, poursuivant Mourad-Bey, qui, +avec un corps de mameloucks, s'echappe et fuit devant lui. + +Le general Bon est a Suez. + +On travaille avec la plus grande activite aux fortifications +d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez et du Caire. + +L'armee est dans le meilleur etat et a peu de malades. Il y a en Syrie +quelques rassemblemens de forces turques. Si sept jours de desert ne +m'en separaient, j'aurais ete les faire expliquer. + +Nous avons des denrees en abondance, mais l'argent est tres-rare, et la +presence des Anglais rend le commerce nul. + +Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est un besoin vif +pour nos ames: car si la gloire nationale avait besoin de nous, nous +serions inconsolables de ne pas y etre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au chef de division Dumanoir._ + +Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement possible, +un batiment pareil a celui dans lequel s'est embarque le citoyen Louis +Bonaparte: il sera approvisionne pour un mois d'eau et deux de vivres. +Il prendra a son bord le citoyen ... charge d'une mission. + +Vous remettrez au commandant du batiment que vous expedierez, l'ordre +que je vous envoie qu'il ouvrira a trois lieues en mer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 decembre 1798). + +_Au citoyen ... officier, charge de depeches._ + +Le batiment sur lequel vous vous embarquerez, vous conduira a Malte. +Vous remettrez les lettres que je vous envoie a l'amiral Villeneuve et +au general commandant de Malte. + +Le commandant de la marine, a Malte, vous donnera sur-le-champ un +batiment pour vous conduire dans un port d'Italie qu'il jugera le plus +sur, d'ou vous prendrez la poste pour vous rendre en toute diligence a +Paris et remettre les depeches que je vous fais passer au gouvernement. + +Vous resterez huit a dix jours a Paris: apres quoi vous reviendrez en +toute diligence, en venant vous embarquer dans un port du royaume de +Naples ou a Ancone. + +Vous eviterez Alexandrie et aborderez avec votre batiment a Damiette. + +Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes freres, membre du +corps legislatif; il vous remettra tous les papiers et imprimes qui +auraient paru depuis messidor. + +Je compte, dans tous les evenemens imprevus qui pourraient survenir dans +votre mission, sur votre zele, qui est de faire parvenir vos depeches au +gouvernement, et d'en apporter les reponses. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 decembre 1798). + +_Au citoyen ..._ + +Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de vue de toute +terre. Si vous apprenez que le port soit bloque, vous aborderez de +preference a la cale de Massa-Sirocco, ou il y a des batteries qui vous +mettront a l'abri de toute insulte. + +La, vous debarquerez l'officier que vous avez a votre bord. + +Vous instruirez le Commandant de la marine a Malte et le contre-amiral +Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en mer, et du nombre des +vaisseaux qui sont devant Alexandrie, et vous demanderez les ordres du +commandant de la marine. + +Vous reviendrez m'apporter les depeches du general commandant a Malte, +et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous ne pouvez pas aborder a +Alexandrie, vous aborderez a Damiette ou sur tout autre point de +la cote, depuis le Marabou jusqu'a Orum-Faregge a trente lieues de +Damiette. + +Vous ne resterez que vingt-quatre heures a Malte. + +Je compte sur votre zele dans une mission aussi importante, qui, +independamment des nouvelles qu'elle doit nous faire avoir de l'Europe, +doit nous faire venir des objets essentiels pour l'armee. + +Vous chargerez sur votre batiment les armes que le commandant de Malte +vous remettra. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 decembre 1798). + +_Au general Bon._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 25. J'ai lu avec le plus +vif interet ce que vous m'avez dit relativement a l'Indien des etats de +Tippoo Saib. + +Il serait necessaire que vous fissiez sonder la rade pour savoir si des +fregates de l'ile de France que j'attends, pourraient, etant arrivees +a Suez, s'approcher de la cote jusqu'a deux cents toises, de maniere a +etre protegees par les batteries de la cote. + +Le chef de bataillon Say est arrive. La caravelle que je vous ai +envoyee, chargee de riz et d'avoine pour les chevaux, sera sans doute +arrivee egalement. + +J'ai ordonne au kiaka des Arabes de me faire venir deux bouteilles d'eau +de la source chaude qui se trouve a deux journees de Suez, sur la cote +de la mer Rouge. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 decembre 1798). + +_Au general Marmont._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 19 frimaire. La +correspondance commence a etre bien lente par le Nil. + +Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, doivent etre +arrives. + +Si un batiment, dans la principale passe, peut favoriser l'entree des +batimens qui vous viendraient de France, il est necessaire, je crois, +que vous vous concertiez avec le commandant des armes pour en faire +mettre un. + +Envoyez a Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits batimens qui +peuvent passer la barre, afin de charger a Rosette pour Alexandrie des +riz, du biscuit, du ble, de l'orge et autres objets. Je vais faire filer +sur Rosette jusqu'a cent mille quintaux de ble; mais prenez toutes les +mesures pour qu'il ne soit pas dilapide. + +Tachez d'envoyer des Arabes a Derne. Faites ecrire par un habitant +d'Alexandrie a un habitant de Derne, afin de lui faire connaitre que si, +toutes les fois qu'il arrive des nouvelles de France, il nous les fait +passer, ses courriers seront bien payes, et que lui aura une bonne +recompense. + +Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, et deux mille +quintaux de farine. + + + +Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 decembre 1798). + +Bonaparte, general en chef, voulant favoriser le couvent du mont Sinai: + +1 deg.. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de notre +conquete; + +2 deg.. Par respect pour Moise et la nation juive, dont la cosmogonie nous +retrace les ages les plus recules; + +3 deg.. Parce que le couvent du mont Sinai est habite par des hommes +instruits et polices, au milieu de la barbarie des deserts ou ils +vivent; + +Ordonne: + +ART 1er. Les Arabes bedouins, se faisant la guerre entre eux, ne +peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'etablir ou demander asile +dans le couvent, ni aucune subsistance ou autres objets. + +2. Dans quelque lieu que resident les religieux, il leur sera permis +d'officier, et le gouvernement empechera qu'ils ne soient troubles dans +l'exercice de leur culte. + +3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, comme ils +ont ete exemptes suivant les differens titres qu'ils en conservent. + +4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises et +autres objets qu'ils importeront et exporteront pour l'usage du couvent, +et principalement pour les soieries, les satins et les produits des +fondations pieuses, des jardins, des potagers qu'ils possedent dans les +iles de Scio et de Chypre. + +5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont ete assignes dans +diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur les immeubles, soit +sur leurs produits. + +6. Ils ne paieront aucune epice, retribution et autres droits attribues +aux juges dans les proces qu'ils pourront avoir en justice. + +7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation et +d'achat de grains pour la subsistance de leur couvent. + +8. Aucun patriarche, eveque ou autre ecclesiastique superieur, etranger +a leur ordre, ne pourra exercer d'autorite sur eux ou dans leur couvent; +cette autorite etant exclusivement remise a leurs eveques et au corps +des religieux du mont Sinai. + +Les autorites civiles et militaires veilleront a ce que les religieux du +mont Sinai ne soient pas troubles dans la jouissance desdits privileges. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 decembre 1798). + +_Aux habitans du Caire._ + +Des hommes pervers avaient egare une partie d'entre vous: ils ont peri. +Dieu m'a ordonne d'etre clement et misericordieux pour le peuple; j'ai +ete clement et misericordieux envers vous. + +J'ai ete fache contre vous de votre revolte; je vous ai prives pendant +dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je vous le restitue: votre +bonne conduite a efface la tache de votre revolte. + +Cheryfs, eulemas, orateurs de mosquees, faites bien connaitre au +peuple que ceux qui, de gaite de coeur, se declareraient mes ennemis, +n'auraient de refuge ni dans ce monde ni dans l'autre. Y aurait-il un +homme assez aveugle pour ne pas voir que le destin lui-meme dirige +toutes mes operations? y aurait-il quelqu'un assez incredule pour +revoquer en doute que tout, dans ce vaste univers, est soumis a l'empire +du destin? + +Faites connaitre au peuple que, depuis que le monde est monde, il etait +ecrit qu'apres avoir detruit les ennemis de l'islamisme, fait abattre +les croix, je viendrais du fond de l'occident remplir la tache qui m'a +ete imposee. Faites voir au peuple que, dans le saint livre du Qoran, +dans plus de vingt passages, ce qui arrive a ete prevu, et que ce qui +arrivera est egalement explique. + +Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empeche de nous maudire, +changent; car, en faisant au ciel des voeux contre nous, ils sollicitent +leur condamnation; que les vrais croyans fassent des voeux pour la +prosperite de nos armes. + +Je pourrais demander compte a chacun de vous des sentimens les plus +secrets du coeur; car je sais tout, meme ce que vous n'avez dit a +personne: mais un jour viendra que tout le monde verra avec evidence +que je suis conduit par des ordres superieurs, et que tous les efforts +humains ne peuvent rien contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont +les premiers a se mettre avec moi! + +ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan compose de soixante personnes +ci-apres nommees: + +(_Suivent les noms_). + +2. Il y aura aupres du divan un commissaire francais, le citoyen +Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar Kiaka. + +3. Le general commandant la place fera reunir le 5 nivose, a neuf heures +du matin, les membres qui doivent composer le divan general. + +4. Ils procederont a la nomination d'un president, de deux secretaires, +au scrutin et a la majorite absolue des suffrages. + +5. Apres quoi ils procederont a la nomination des quatorze personnes qui +devront composer le petit divan, au scrutin et a la pluralite absolue. +Les seances du divan general doivent etre terminees en trois jours: il +ne pourra etre reuni que par une convocation extraordinaire. + +6. Lorsque le general en chef aura accepte les membres nommes par le +divan general pour faire partie du divan, ceux-ci se reuniront et +procederont a la nomination d'un president pris dans les quatorze, d'un +secretaire, de deux interpretes pris hors des quatorze, d'un huissier, +d'un chef de batonniers et de dix batonniers. + +7. Les membres composant le petit divan se reuniront tous les jours, et +s'occuperont sans relache de tous les objets relatifs a la justice, au +bonheur des habitans, et aux interets de la republique francaise. + +8. Le president aura cent talaris par mois, les autres treize membres +quatre-vingt talaris par mois, les secretaires auront vingt-cinq talaris +par mois, l'huissier soixante parahs par jour, le chef des batonniers +quarante parahs, les autres batonniers quinze parahs. + +BONAPARTE. + + + +Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799). + +_Au divan du Caire._ + +J'ai recu la lettre que vous m'avez ecrite, que j'ai lue avec le plaisir +que l'on eprouve toujours lorsqu'on pense a des gens que l'on estime et +sur l'attachement desquels on compte. + +Dans peu de jours je serai au Caire. + +Je m'occupe, dans ce moment-ci, a faire faire les operations necessaires +pour designer l'endroit par ou l'on peut faire passer les eaux pour +joindre le Nil et la mer Rouge. Cette communication a existe jadis, car +j'en ai trouve la trace en plusieurs endroits. + +J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes etaient venus commettre +des vols autour de la ville. Je desirerais que vous prissiez des +informations pour connaitre de quelle tribu ils sont; car mon intention +est de les punir severement. Il est temps enfin que ces brigands cessent +d'inquieter le pauvre peuple qu'ils rendent bien malheureux. + +Croyez, je vous prie, au desir que j'ai de vous faire du bien. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799). + +_Au general Marmont._ + +A mon retour d'une course dans le desert, je recois vos lettres des 21, +25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose. + +J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances +essentielles ou vous vous etes trouve. + +Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison d'Alexandrie +n'est pas celui dans lequel vous etes, d'autant plus que la saison vous +debarrassant des Anglais, vous etes tranquille de ce cote-la. + +Que la caravelle parte le plus tot possible, que _le Lodi_ parte lorsque +le citoyen Arnaud sera gueri. + +Multipliez vos relations avec Damanhour, ou se trouve le +quartier-general de la province. Vous recevrez l'ordre de l'etat-major, +pour que l'adjudant-general Leturcq vous rende compte exactement. + +Le citoyen Boldoni part. + +J'attends les quatre a cinq cents matelots que vous m'avez annonces et +surtout les Napolitains. + +Je donne ordre pour que le village du scherif d'Alexandrie lui soit +donne. + +Je vous autorise a envoyer un parlementaire aux Anglais: vous leur direz +que vous avez appris qu'ils avaient la peste a bord, et que dans ce cas +vous leur offrez tous les secours que l'humanite pourrait exiger. + +Envoyez un homme extremement honnete, qui soit peu parleur et qui ait de +bonnes oreilles. + +Si Lavalette etait a Alexandrie, et que vous eussiez l'idee de l'y +envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer un homme qui +ait le grade tout au plus de capitaine, qui leur pourra porter les +gazettes d'Egypte, et qui tachera de tirer des gazettes d'Europe, s'ils +en ont et s'ils veulent en donner. + +Recommandez que l'officier seul monte a bord, de maniere qu'a son retour +dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, et qu'il vous confie seul +tout ce qui se sera passe. + +Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront +ponctuellement executes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799). + +_Au general Murat._ + +Vous partirez demain, citoyen general, a huit heures du matin. Vous +sortirez comme pour aller a Belbeis, dehors de la ville; vous gagnerez +le Mokattam; vous vous enfoncerez a deux lieues dans le desert, et vous +vous dirigerez en suivant toujours le desert sur le village de Gamase, +province d'Alfieli, ou se trouvent les tribus des Ayde et des Mase, +qui ont cent hommes montes sur des chameaux, et qui sont des tribus +ennemies. + +Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est un des grands +ennemis de ces tribus. + +Vous combinerez votre marche de maniere a vous reposer pendant la nuit +a deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir, a la pointe du jour, +tomber sur leur camp, prendre tous leurs chameaux, bestiaux, femmes, +enfans, vieillards, et la partie de ces Arabes qui sont a pied. + +Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas prendre. + +Comme le village ou ils sont n'est pas eloigne du Nil, vous ferez +embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les femmes, bestiaux, +et tous les prisonniers. Vous vous mettrez a la poursuite des fuyards +qui necessairement se porteront du cote de Gendeli et de Toueritz. Vous +irez dans l'un et l'autre de ces endroits; de la vous irez jusqu'a la +mer Rouge, et vous vous trouverez pour lors a peu pres a trois lieues de +Suez, au commandant duquel vous ecrirez un mot. + +Vous menerez avec vous le chef de brigade Lede avec quatre-vingts hommes +du dix-huitieme et du troisieme. Vous le chargerez, avec ce detachement, +de la garde des prisonniers, du detail de l'embarquement, de la conduite +des prisonniers et de tout ce que vous aurez pris. + +Independamment de quatre jours de vivres que vous avez eu l'ordre +d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre pour deux jours a la +troupe; ce qui vous fera pour six jours. + +Dans toute votre marche dans le desert, vous pousserez toujours sur +votre droite et votre gauche, a une lieue, un officier et quinze hommes +de cavalerie, et vous marcherez sur tous les convois de chameaux que +vous rencontrerez dans votre route. Je compte que votre course en +produira plusieurs centaines. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799). + +_Au general Lanusse._ + +Je desire, citoyen general, que vous fassiez arreter le fils +d'Abou-Chair, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte a la citadelle +du Caire: c'est un otage qu'il est bon d'avoir. Ses biens seront +confisques au profit de la republique. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799). + +_Au general Caffarelli._ + +Demain, citoyen general, le general Junot part pour Suez. + +Je desire que la position du puits qui se trouve vers la moitie du +chemin soit determinee; que les ingenieurs se munissent de tout ce qui +sera necessaire pour descendre dans ce puits; qu'ils reconnaissent +si l'on a creuse jusqu'au roc, et s'il serait possible de creuser +davantage; enfin qu'ils mesurent la distance du Caire a Suez. + +Apres demain d'autres ingenieurs partiront escortes par cinquante +hommes, que le general Junot laisse a cet effet. Ils mesureront aussi la +distance du Caire a Suez, par la vallee de l'Egarement. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799). + +_Au general commandant a Alexandrie._ + +Je ne concois pas, citoyen general, comment les consuls etrangers ont pu +recevoir une lettre de l'amiral anglais sans que vous en soyez instruit, +et je concois encore moins comment l'ayant recue, ils l'aient publiee +sans votre permission. + +Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis cette lettre, +et faites-leur connaitre que si, a l'avenir, ils ne vous remettaient +pas toutes cachetees les lettres qu'ils recevraient, vous les feriez +fusiller. Si ce cas se representait, vous m'enverriez la lettre toute +cachetee. + +Vous ferez mettre le scelle sur tous les effets du nomme Jennovisch, +capitaine imperial qui s'est rendu a Alexandrie, et vous me l'enverrez +sous bonne escorte au Caire; vous aurez soin de le faire mettre nu, +et de prendre tous ses habillemens que vous ferez decoudre pour vous +assurer qu'il n'y a rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits. + +L'envoi de cet homme a Alexandrie me parait suspect: du reste, je +suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera des nouvelles du +continent; mais qu'il ne parle a personne. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent six mille +talaris; les sagats, mille; les negocians de Damas, sept cents. Voyez de +les faire payer dans les vingt-quatre heures. + +Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et nos moyens d'avoir +de l'argent. Tachez de nous avoir deux a trois cent mille francs. + +Les deux batimens de cafe qui sont arrives a Suez doivent avoir paye +quelques droits; faites-vous-en remettre le montant. + +Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain dix mille +talaris, apres demain dix mille autres; le 1er. pluviose, dix mille; le +3, dix mille autres; le 5, dix mille autres: en tout cinquante mille +talaris. + +Vous hypothequerez pour le paiement dudit argent, les bles qui sont dans +la Haute-Egypte, et vous leur ferez connaitre qu'il est indispensable +que cela soit solde, parce que j'en ai le plus grand besoin. + +Vous me ferez demain un rapport sur la quantite d'obligations qu'a en +ce moment l'enregistrement, en comptant depuis aujourd'hui, decade par +decade. + +Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantite des villages et terres +qui ont ete affermes et sur les conditions desdits affermages. + +Vous demanderez deux mois d'avance a tous les adjudicataires des +differentes fermes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous vous rendrez a Suez, citoyen general; vous y passerez une +inspection rigoureuse de tous les etablissemens de la marine de Suez; +vous donnerez les ordres pour que tous les magasins et etablissemens +soient conformes au projet que j'ai d'organiser et de maintenir a Suez +un petit arsenal de construction. + +La chaloupe canonniere _la Castiglione_ sera sans doute de retour. + +Si les trois autres chaloupes canonnieres sont pretes, bien armees, et +dans le cas de remplir une mission dans la mer Rouge, vous partirez avec +elles. + +Vous vous rendrez a Cosseir, Vous vous emparerez de tous les batimens +appartenant aux mameloucks, qui sortiront du port. + +Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ dans +le meilleur etat de defense. + +Vous tacherez de correspondre avec le general Desaix. Vous laisserez +en croisiere, devant le port de Cosseir, une partie de vos chaloupes +canonnieres. + +Vous menerez avec vous un commissaire de la marine, et un officier +intelligent que vous etablirez a Cosseir, commissaire et commandant des +armes. + +Vous ferez tous les reglemens que vous jugerez necessaires pour +l'etablissement de la douane, pour la formation des magasins nationaux, +la recherche de tout ce qui appartenait aux mameloucks, et pour le +commerce. + +Vous ecrirez a Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaitre que l'on +peut venir, en toute surete, commercer dans le port de Suez; que toutes +les mesures ont ete prises pour l'organisation du port, et pour pouvoir +fournir aux batimens tous les secours dont ils auront besoin. + +Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnieres vingt hommes, +dont quarante de la legion maltaise, dix canonniers que vous laisserez +en garnison a Cosseir, et trente hommes de la trente-deuxieme +demi-brigade. + +Vous ferez embarquer deux pieces de quatre, de campagne, que vous +laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en trouve pas. + +Du reste, vous combinerez votre marche de maniere que, autant que les +vents pourront le permettre, vous soyez, de votre personne, de retour au +Caire du 15 au 20 pluviose. + +Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, des lettres +pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir a leur destination. + +Si les quatre armemens n'etaient pas acheves, vous enverriez alors les +trois qui seraient prets, avec les memes instructions que je vous donne; +mais vous resteriez a Suez, et donneriez le commandement a un capitaine +de fregate. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la republique paieront, +du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose et ventose d'avance. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, a titre d'emprunt, +savoir: demain, dix mille talaris; apres demain, dix mille; le 1er. +pluviose, dix mille; le 3 _idem_, dix mille; le 5 _id._, dix mille. En +tout, cinquante mille talaris. + +Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantite de bles de la +Haute-Egypte. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +Il sera forme un conseil des finances, chez l'administrateur des +finances, qui se reunira demain a deux heures apres-midi. Il +sera compose des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, et de +l'ordonnateur en chef. + +Ce conseil s'occupera: 1 deg.. du systeme et du tarif des monnaies et des +changemens possibles a y faire, les plus avantageux a nos finances; 2 deg.. +des operations que dans la position actuelle de l'Egypte, on pourrait +faire pour procurer de l'argent a l'armee et accroitre ses ressources; +3 deg.. du plan raisonnable que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer +les revenus de la republique, donner aux soldats de l'armee une +recompense qu'ils ont meritee a tant de titres. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799). + +_Au general Marmont._ + +Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hopitaux par un +officier superieur de ronde, qui prendra toutes les precautions +necessaires a cet effet, qui visitera tous les malades, et fera fusiller +sur-le-champ dans la cour de l'hopital les infirmiers ou employes qui +auraient refuse de fournir aux malades tous les secours et vivres dont +ils ont besoin. Cet officier, en sortant de l'hopital, sera mis pour +quelques jours en reserve dans un endroit particulier. + +Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de l'eau-de-vie a la +troupe. Epargnez l'un et l'autre; il y a loin d'ici au mois de juin. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799). + +_Au general Verdier._ + +Je recois, citoyen general, vos lettres des 24 et 25. J'ai appris avec +interet l'expedition que vous avez faite contre les Arabes de Derne. + +Le scheick du village de Mit-Massaout est extremement coupable; vous le +menacerez de lui faire donner des coups de baton, s'il ne vous designe +pas l'endroit ou il y aurait d'autres mameloucks et d'autres pieces +qu'ils auraient cachees. Vous vous ferez donner tous les renseignemens +que vous pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne qui +pourraient etre dans son village: apres quoi vous lui ferez couper la +tete, et la ferez exposer avec une inscription qui designera que c'est +pour avoir cache des canons. + +Vous ferez egalement couper la tete aux mameloucks, et vous enverrez a +Gizeh les trois pieces de canon que vous avez trouvees dans ce village. +Faites une proclamation dans la province, pour que tous les villages qui +auraient des canons, aient a les envoyer dans le plus court delai. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799). + +Bonaparte, general en chef, ordonne: + +La maison qu'occupe le general Lannes dans l'ile de Baouda avec +vingt feddams de terre, dix de chaque cote, lui sont donnes en toute +propriete. + +La maison qu'occupe le general Dommartin et le jardin qui est vis-a-vis, +a gauche du nouveau chemin, lui sont donnes en toute propriete. + +La maison qu'occupe le general Murat lui est donnee en toute propriete. + +L'ile de Baouda sera partagee en dix portions: seront exceptees la +partie sud, ou est le Mekkias, et la partie nord, ou il y a une +batterie, avec un arrondissement convenable. + +L'ile vis-a-vis Boulac, ou est le lazaret, sera partagee en dix +portions. + +Le general en chef se reserve le soin de donner ces vingt portions a des +officiers de l'armee qui les meriteront. + +L'administrateur general des finances fera rediger, dans la journee de +demain, par le bureau d'enregistrement, les actes de propriete de ces +differens officiers, et prendra des mesures pour executer d'ici au 20 +pluviose l'article 2 du present ordre. Les actes de propriete seront +remis chez le payeur. + +Le chef de l'etat-major general fera connaitre aux generaux en +chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens leur sont donnes en +gratification extraordinaire pour les services qu'ils ont rendus dans la +campagne et pour les depenses qu'elle leur a occasionnees. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_A l'iman de Mascate._ + +Je vous ecris cette lettre pour vous faire connaitre ce que vous avez +deja appris sans doute, l'arrivee de l'armee francaise en Egypte. + +Comme vous avez ete de tout temps notre ami, vous devez etre convaincu +du desir que j'ai de proteger tous les batimens de votre nation, et que +vous les engagiez a venir a Suez, ou ils trouveront protection pour leur +commerce. + +Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre a Tipoo-Saib, par la +premiere occasion qui se trouvera pour les Indes. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_A Tipoo-Saib._ + +Vous avez deja ete instruit de mon arrivee sur les bords de la mer Rouge +avec une armee innombrable et invincible, remplie du desir de vous +delivrer du joug de fer de l'Angleterre. + +Je m'empresse de vous faire connaitre le desir que j'ai que vous me +donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des nouvelles sur la +situation politique dans laquelle vous vous trouvez. Je desirerais meme +que vous pussiez envoyer a Suez ou au grand Caire quelque homme adroit +qui eut votre confiance, avec lequel je pusse conferer. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_Au sultan de la Mecque._ + +J'ai recu la lettre que vous m'avez ecrite, et j'en ai compris le +contenu. Je vous envoie le reglement que j'ai fait pour la douane de +Suez, et mon intention est de le faire executer ponctuellement. Je ne +doute pas que les negocians de l'Hygiaz ne voient avec gratitude la +diminution des droits que j'ai faite pour le plus grand avantage du +commerce, et vous pouvez les assurer qu'ils jouiront ici de la plus +ample protection. + +Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en Egypte, vous +n'avez qu'a me le faire savoir, et je me ferai un plaisir de vous donner +des marques de mon estime. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799). + +_Au general Berthier._ + +Vous partirez, citoyen general, le 10 pluviose, pour vous rendre a +Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la fregate _la Courageuse_: vous +aurez avec vous deux batimens du convoi, bons voiliers, que j'ai fait +arranger a cet effet. + +Des l'instant que vous aurez rencontre quelque batiment qui vous aura +donne des nouvelles, vous m'en expedierez un sur Damiette, le lac +Bourlos ou meme sur Alexandrie, si les vents l'y portaient. Vous +m'expedierez l'autre des l'instant que vous aurez appris d'autres +nouvelles, ce que je desirerais etre avant que vous ne touchassiez +aucune terre d'Europe. + +Le plus sur parait etre que vous vous dirigiez sur les cotes d'Italie du +cote du golfe de Tarente, du port de Crotone, et, si le temps le permet, +de remonter le golfe Adriatique jusqu'a Ancone. Soit que vous touchiez +a Corfou ou a Malte, ou dans un point quelconque, ne manquez pas de +m'envoyer toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expediant +des batimens, auxquels vous donnerez l'instruction speciale de se +diriger sur Damiette. + +Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie de l'une de +ces places des sabres, des pistolets, des fusils, dont vous savez que +nous avons besoin. + +Vous aurez bien soin que la fregate qui vous portera, des l'instant +qu'elle sera approvisionnee de ce qui pourrait lui manquer, reparte +sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et la elle saura ou je suis. +Arrivee a Jaffa, elle mouillera au large et avec precaution, afin de +s'assurer si l'armee y est; si elle n'y etait pas, elle se dirigerait +vers Damiette. + +Si vous pouvez faire charger sur la fregate quelques armes, vous le +ferez; si les evenemens qui se passeront sur le continent font que votre +presence n'y soit pas necessaire, vous rejoindrez l'armee a la prochaine +mousson. + +Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, et vous +remplirez la mission dont vous etes charge. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799). + +_Au general Kleber._ + +J'ai recu, citoyen general, votre lettre du 3. Comme les lettres que +je recois de Mansoura me font craindre que la maladie de la deuxieme +demi-brigade ne soit contagieuse, je crois qu'il serait dangereux de la +mettre en libre communication avec les autres demi-brigades. Faites-vous +faire un rapport detaille sur la situation de cette demi-brigade, et, +dans le cas ou la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer +a Mansoura: je la ferais remplacer a votre division par un bataillon de +la vingt-cinquieme demi-brigade. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799). + +_Au general Marmont._ + +J'imagine, citoyen general, que vous aurez change la maniere de faire le +service d'Alexandrie. Vous aurez place aux differentes batteries et aux +forts de petits postes stables et permanens: ainsi, par exemple, a la +hauteur de l'observatoire, a la batterie des bains, vous aurez place +douze a quinze hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous +tiendrez la sans communication. Ces douze a quinze hommes fourniront le +factionnaire necessaire pour garder le poste. La position de la mer vous +dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; vous vous trouvez +ainsi avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez-vous des +grenadiers pour faire le service en ville? Je ne concois rien a +l'obstination du commissaire des guerres Michaux a rester dans sa +maison, puisque la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un +monticule du cote de la colonne de Pompee? + +Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins a une demi-lieue. Ne +tenez que tres-peu de chose dans la ville, et, comme c'est le poste le +plus dangereux, n'y tenez point de troupe d'elite... Mettez le bataillon +de la soixante-quinzieme sous ces arbres ou vous avez ete long-temps +avec la quatrieme d'infanterie legere. Qu'il se baraque la en +s'interdisant toute communication avec la ville et l'Egypte. Mettez le +bataillon de la quatre-vingt-cinquieme du cote du Marabou: vous pourrez +facilement l'approvisionner par mer. Quant a la malheureuse demi-brigade +d'infanterie legere, faites-la mettre nue comme la main, faites-lui +prendre un bon bain de mer; qu'elle se frotte de la tete aux pieds; +qu'elle lave bien ses habits, et que l'on veille a ce qu'elle se tienne +propre. Qu'il n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que +chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux vive pour y +jeter les morts. + +Des l'instant que, dans une maison francaise, il y a la peste, que les +individus se campent ou se baraquent; mais qu'ils fuient cette maison +avec precaution, et qu'ils soient mis en reserve en plein champ. Enfin, +ordonnez qu'on se lave les pieds, les mains, le visage tous les jours, +et qu'on se tienne propre. + +Si vous ne pouvez pas garantir la totalite des corps ou cette maladie +s'est declaree, garantissez au moins la majorite de votre garnison. Il +me semble que vous n'avez encore pris aucune grande mesure proportionnee +aux circonstances. Si je n'avais pas a Alexandrie des depots dont je ne +puis me passer, je vous aurais deja dit: partez avec votre garnison, et +allez camper a trois lieues dans le desert. Je sens que vous ne pouvez +pas le faire. Approchez-en le plus pres que vous pourrez. Penetrez-vous +de l'esprit des dispositions contenues dans la presente lettre; +executez-les autant que possible, et j'espere que vous vous en trouverez +bien. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Je recois, citoyen general, votre lettre du 5. L'intention ou vous etes +de vouloir suivre vous-meme l'expedition de Cosseir fait honneur a votre +zele; mais j'ai besoin de vos lumieres pour une expedition considerable. +Vous savez que, lorsque je vous ai envoye a Suez, j'esperais que vous +seriez de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'etes pas +encore parti. Les evenemens arrives a _la Castiglione_ me persuadent +qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici a deux mois; et les +evenemens sont tels, que je ne puis me passer de vous. Donnez les +instructions necessaires a l'officier qui commandera l'expedition, et +rendez-vous de suite au Caire, ou je vous attends avant le 15. Vous +pouvez ramener mes vingt-cinq guides. J'ecris au general Junot de +completer votre escorte au moins a cinquante ou soixante hommes. + +Donnez au commandant des armes et a Feraud toutes les instructions +necessaires a votre depart. Je desirerais que la construction de la +goelette put etre tellement en train d'ici au 20, que le citoyen Feraud, +avec un petit detachement d'ouvriers, put etre disponible pour se porter +ailleurs. + +Un gros brick anglais a fait cote a Bourlos. Sur cinquante-six hommes +d'equipage, quarante se sont noyes, et seize sont en notre pouvoir. Je +les attends a chaque instant. Ils nous donneront des renseignemens sur +les mouvemens des Anglais. Il parait que, cette annee, les temps sont +terribles. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799). + +_Au payeur-general._ + +Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie d'Egypte qui +appartiennent a la republique, a la disposition des citoyens: +Boyer, chef de brigade de la dix-huitieme; Darmagnac, _id._ de la +trente-deuxieme; Conroux, _id._ de la soixante-unieme; Lejeune, _id._ +de la vingt-deuxieme; Delorgne, _id._ de la treizieme; Grezins, +adjudant-general; Maugras, chef de brigade de la soixante-quinzieme; +le chef de la neuvieme; Venoux, _id._ de la vingt-cinquieme; Duvivier, +colonel du quatorzieme de dragons; Bron, _id._ du troisieme; Pinon, +_id._ du quinzieme, a titre de gratification extraordinaire. + +Dix actions existent dans votre caisse; je donne a l'administrateur des +finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie d'Egypte pour avoir les +deux autres. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle de Mourad-Bey, +conservera la partie de ses biens qui lui vient d'Ali-Bey: je veux +par-la donner une marque d'estime pour la memoire de ce grand homme. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799). + +_Au divan du Caire._ + +J'ai recu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai ordonne a +l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier que l'on +jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de toute la liberte d'usage, mais +encore je desire que vous-meme fassiez tout ce qui peut dependre de vous +pour que le Rhamadan soit celebre avec plus de pompe et de ferveur que +dans les autres annees. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799). + +_Au general Kleber._ + +L'etat-major, citoyen general, vous fera passer l'ordre de mouvement +pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, vous avez deux ennemis a +vaincre, la faim et la soif, et les ennemis qui sont a Gaza, et qui, en +deux jours, peuvent retourner a El-Arich. + +Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, que vous +n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, et de chasser +Ibrahim-Bey; que c'est a lui seul que vous en voulez. + +Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci a Catieh peuvent +seuls decider de la quantite de troupes que vous pourrez envoyer a +El-Arich. L'avant-garde du general Reynier epuisera tous les moyens de +transport: car il est indispensable que les soldats portent pour trois +jours sur eux, et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance +pour douze jours. + +Arrive a Kan-Iounes, vous pouvez ecrire a Abdallah-Pacha que le bruit +public nous a instruits que le grand-seigneur l'avait nomme pacha +d'Egypte; que si cela est vrai, nous avons lieu d'etre etonnes qu'il +ne soit pas venu; que nous sommes les amis du grand-seigneur; que vous +n'avez aucune intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi +que d'occuper le reste de l'Egypte, et de chasser Ibrahim-Bey; que vous +ne doutez pas que, s'il me fait connaitre l'ordre qui le nomme pacha +d'Egypte, je ne le recoive avec tous les honneurs dus a son poste; que, +du reste, vous etes persuade que, s'il est veritablement officier de la +Sublime-Porte, il n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, a +la fois ennemi de la republique francaise et de la Sublime-Porte. + +Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de reserve sont +en mouvement; je compte partir moi-meme le 17. Je suivrai la route +de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, le pont Kautaxeh et +Cathieh. Vous m'enverrez par cette route les rapports que vous aurez a +me faire. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 fevrier 1799). + +_Au general Desaix._ + +Votre derniere lettre que j'ai recue hier, citoyen general, est datee +du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de vos operations +ulterieures. + +Le general Davoust m'a ecrit de Syout le 23 nivose: il m'a annonce le +succes qu'il a obtenu sur les differens rassemblemens de fellahs qui +s'etaient revoltes. + +Depuis le 3 nivose nous sommes a Catieh et nous y avons etabli un fort +et des magasins assez considerables. + +Le general Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre a El-Arich. + +Une grande partie de l'armee est en mouvement pour traverser les deserts +et se presenter sur les frontieres de Syrie. + +Le quartier-general va incessamment se mettre en marche. + +Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Egypte, dissiper les +rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de sa mauvaise conduite. + +Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec quatre +chaloupes canonnieres de Suez, portant quatre-vingts hommes de +debarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir et meme de s'en +emparer. Des l'instant qu'il aura effectue son debarquement, il vous en +previendra en vous expediant des Arabes. De votre cote, expediez d'Esneh +des hommes, pour pouvoir etre instruit de son arrivee, correspondre avec +lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir besoin. + +Defaites-vous, par tous les moyens et le plus tot possible, de ces +vilains mameloucks. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 fevrier 1799). + +_Au general Kleber._ + +Nous avons recu enfin, citoyen general, des nouvelles de France. Un +batiment ragusais, charge de vins, est arrive, ayant a son bord les +citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent des lettres que je n'ai pas +encore recues, parce que Marmont m'a ecrit par un Arabe. + +Jourdan a quitte le corps legislatif, et commande l'armee sur le Rhin. +Le congres de Rastadt etait toujours au meme point: on y parlait +beaucoup sans avancer. + +Joubert commande l'armee d'Italie. Schawenburg commande a Malte. +Pleville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou a detruit entierement +l'armee du capitan-pacha, et est maitre d'Andrinople. + +_La Marguerite_, expediee apres la prise d'Alexandrie, et _la +Petite-Cisalpine_, expediee de Rosette un mois apres le combat +d'Aboukir, sont toutes deux arrivees. + +Descoutes etait en route pour Constantinople. + +Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc a Paris faisait encore +ses promenades a l'ordinaire. + +Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se laissent bloquer +par seize vaisseaux anglais. + +On a pris des mesures pour recruter les armees: il parait que l'on a +requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que l'on a appeles les +_conscrits_. + +Les choses de l'interieur sont absolument dans le meme etat que lorsque +nous sommes partis: on ne remarque, dans l'allure du gouvernement, que +le changement qu'a pu y apporter le nouveau membre qui y est entre. + +Le general Humbert, avec quinze cents hommes, est arrive en Irlande. Il +a reuni quelques Irlandais autour de lui, et, quinze jours apres, a ete +fait prisonnier avec toute sa troupe. + +On arme en Europe de tous cotes; cependant on ne fait encore que se +regarder. + +Je retarde mon depart de deux jours, afin de recevoir des lettres avant +de partir. + +La trente-deuxieme doit etre arrivee a Catieh. Le general Bon, avec le +reste de sa division, est a Salahieh. Si des evenemens pressans vous +rendaient un secours necessaire, vous lui ecririez: il n'aurait pas +besoin de mon ordre pour marcher a vous. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 fevrier 1799). + +_Au general Marmont._ + +J'ai recu, citoyen general, la lettre que vous m'avez ecrite le 7, +m'annoncant l'arrivee du citoyen Hamelin a Alexandrie. Toutes les +troupes dans ce moment-ci traversent le desert, et j'etais moi-meme sur +le point de partir. Je retarde mon depart pour voir le citoyen Hamelin, +ou recevoir au moins les lettres de Livourne et de Genes que vous +m'annoncez. + +Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous previendrez le +commandant anglais que plusieurs avisos anglais ont, a differentes +epoques, echoue sur la cote; que nous avons sauve les equipages; qu'ils +sont dans ce moment-ci au Caire, ou ils sont traites avec tous les +egards possibles; que, ne les regardant pas comme prisonniers, je les +lui enverrai incessamment. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 fevrier 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses preposes sur une djerme +armee a Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser l'argent et le rapporter +au Caire le plus promptement possible. + +Donnez ordre a l'agent de la province de Gizeh de se mettre en course +pour lever le deuxieme tiers du miri. + +Pressez de tous vos moyens la rentree du premier tiers que doivent payer +les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend la monnaie et tout ce +que doit rendre l'enregistrement; car il est indispensable que vous +ramassiez, d'ici au 1er ventose, 500,000 fr., et que vous me les fassiez +passer a l'armee. Ils seront escortes par un adjudant-general de +l'etat-major et le troisieme bataillon de la trente-deuxieme, qui ont +ordre de partir le 30. + +Envoyez des expres de tous cotes, et ecrivez que l'on active la rentree +des impositions. + +Donnez ordre a Damiette pour que l'on recouvre les 150,000 fr. qui +restent a recouvrer, et que l'on fasse rentrer le deuxieme tiers du +miri; de maniere que le payeur de cette place puisse nous envoyer le 30, +par Tineh et Catieh, 200,000 fr. + +Donnez ordre egalement que les impositions se levent dans la Scharkieh, +de maniere que l'on puisse nous envoyer, d'ici au 1er du mois prochain, +100,000 fr. + +Vous sentez combien il est necessaire que, surtout dans ce premier +moment, nous ayons de quoi subvenir a l'extraordinaire de l'expedition. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 fevrier 1799). + +_Au Directoire executif._ + +Plusieurs generaux et officiers m'ayant fait connaitre que leur sante ne +leur permettait point de continuer a servir dans ce pays-ci, surtout la +campagne redevenant plus active, je leur ai accorde la permission de +passer en France. + +Je vous ai expedie et je vous expedie ces jours-ci plusieurs batimens +avec des courriers: j'espere que quelques-uns vous arriveront. + +L'on nous annonce a l'instant l'arrivee a Alexandrie d'un batiment +ragusais charge de vins, et porteur de lettres pour moi de Genes et +d'Ancone: depuis huit mois c'est la premiere nouvelle d'Europe qui nous +arrive. Je ne recevrai ces lettres que dans deux ou trois jours, et je +desire bien vivement qu'il y en ait de vous, et du moins que je puisse +etre instruit de ce qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma +conduite en consequence. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 fevrier 1799). + +_Au general Marmont._ + +Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen general, que tous les fonds des +provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh doivent etre verses +dans la caisse du payeur d'Alexandrie. Le citoyen Baude a ete investi de +toute l'autorite du citoyen Poussielgue. + +Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorite de l'ordonnateur +en chef sur l'administration de ces trois provinces, dont les fonds +seront exclusivement destines a pourvoir a vos services. + +Ordonnez que le troisieme bataillon de la soixante-quinzieme se +reunisse, avec deux bonnes pieces d'artillerie, a Damanhour; que cette +colonne puisse se porter dans toute cette province, et meme dans +celle de Rosette, pour lever les impositions et punir ceux qui ce +comporteraient mal. Cette mesure aura l'avantage de tirer tout le parti +possible de ces deux provinces; detenir une bonne reserve eloignee de +l'epidemie d'Alexandrie; et, selon les evenemens, vous la feriez revenir +a Alexandrie, ou sa presence releverait le moral de toute la garnison: +car il est d'axiome que, dans l'esprit de la multitude, lorsque l'ennemi +recoit des renforts, elle doit en recevoir pour se croire egalite de +force; et, enfin, s'il arrivait quelque evenement dans le Delta, ce +bataillon pourrait s'y porter, et etre d'un grand secours. + +Mettez-vous en correspondance avec le general Lanusse, qui commande a +Menouf, et le general Fugieres, qui commande a Mehal-el-Kebir. Ne vous +laissez point insulter par les Arabes. Le bon moyen de faire finir +votre epidemie, est peut-etre de faire marcher vos troupes. Saisissez +l'occasion, et calculez une operation de quatre a cinq cents hommes sur +Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain pour me +rendre en Syrie, l'idee de mon absence pourrait les enhardir. + +Si des evenemens superieurs arrivaient, le commandant de Rosette doit se +retirer dans le fort de Catieh, qui doit etre approvisionne pour cinq +ou six mois. Maitre de ce fort, il le serait de la bouche du Nil, et +des-lors empecherait de rien faire de grand contre l'Egypte. Faites donc +armer et approvisionner le fort de Raschid; mettez dans le meilleur etat +celui d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps +qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie a l'abri +d'une attaque de vive force pendant, 1 deg.. cinq a six jours qu'une armee +puisse debarquer et l'investir; 2 deg.. quinze jours pour qu'elle commence +le siege; 3 deg.. quinze a vingt jours de siege. + +Vous sentez que, lorsque cette operation pourrait etre possible, je ne +serais pas eloigne de dix jours de marche d'Alexandrie. + +Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, Rosette et +Alexandrie, et des l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la moi, afin +qu'elle puisse me servir si votre province devenait le theatre de plus +grands evenemens. + +Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais de rien faire de +dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette et par le Caire pour me +donner de vos nouvelles: dans ces deux villes, on saura ou je me trouve. + +Je vous envoie la relation de la fete du Rhamadan et une proclamation du +divan du Caire. Il est bon de repandre l'une et l'autre non-seulement +dans votre province, mais encore par les batimens qui partiront. + +Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de confiance qu'en +vous laissant le commandement du poste le plus essentiel de l'armee. + +Le citoyen Hamelin est arrive hier: j'ai trouve beaucoup de +contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute peu +de foi a toutes les nouvelles qu'il donne comme les ayant apprises en +route: la situation de l'Europe et de la France jusqu'au 10 novembre me +paraissait assez satisfaisante. + +J'apprends qu'il est arrive un nouveau batiment venant de Candie: +interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi les demandes et +les reponses. Informez-vous de l'escadre russe. + +Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et l'empereur, +cependant je vous autorise a retarder, sous differens pretextes, le +depart des batimens napolitains, imperiaux, livournais; concertez-vous +avec le citoyen Leroy, et envoyez-en moi l'etat: nous acquerrons tous +les jours des renseignemens plus certains. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 fevrier 1799). + +_Au general Dugua._ + +Vous prendrez, citoyen general, le commandement de la province du Caire. + +Les depots des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle avec deux +compagnies de veterans. + +Il y a a la citadelle des approvisionnemens de reserve pour nourrir +pendant cinq a six mois la garnison et l'hopital qui s'y trouvent. + +Il y a au fort Dupuy un detachement de la legion maltaise et de +canonniers. + +Le fort Sullowski est garde par les depots du septieme de hussards et du +vingt-deuxieme de chasseurs. + +Le fort Camin est garde par un detachement du quatorzieme de dragons. + +La tour du fort de l'institut est gardee par un detachement des depots +de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise d'eau, et de la +maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette derniere est notre grand hopital. + +Tous nos etablissemens d'artillerie sont a Gizeh, ainsi que les depots +de la division du general Desaix. + +Tous les Francais sont loges autour de la place Esbequieh. J'y laisse un +bataillon de la soixante-neuvieme, un de la quatrieme legere et un de la +trente-deuxieme. + +Le bataillon de la quatrieme partira le 24, une compagnie de canonniers +marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxieme, le 30 pluviose. +J'ai designe le 30 pour le depart de ce bataillon, parce que je suppose +que le general Menou sera arrive a cette epoque avec la legion nautique. +Si elle n'etait pas arrivee, vous garderez ce bataillon jusqu'a son +arrivee, et dans ce cas vous feriez escorter le tresor qu'on doit +envoyer a l'armee, par un detachement qui ira jusqu'a Belbeis. + +Je laisse a Boulac tous les depots de dragons, ce qui, avec les depots +des regimens de cavalerie legere, forme pres de 300 hommes. Il leur +reste a tous quelques chevaux; il en arrive d'ailleurs journellement que +vous leur ferez distribuer. + +La premiere operation que vous aurez a faire est de reunir chez vous les +commandans des differens depots, de passer la revue de leurs magasins, +et de prendre toutes les mesures afin que chacun de ces regimens puisse, +en cas d'alerte, monter, tant bien que mal, un certain nombre de +chevaux. + +Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a a Boulac un +atelier qui a deja recu 6,000 fr. et qui doit en fournir quatre cents, +a trente par decade. Vous ne recevrez que des selles tres-bonnes, +puisqu'on les paie tres-cher. Le quatorzieme de dragons a deux cents +selles qui sont en quarantaine a Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui +doivent etre ici avant la fin du mois. + +On doit monter a Gizeh au moins cinq a six cents sabres par jour; vous +les ferez donner aux depots de cavalerie qui en ont le plus besoin. Vous +passerez une reforme des chevaux, et je vous autorise a faire vendre au +profit des masses des regimens de cavalerie tous les chevaux hors d'etat +de servir. + +Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales d'Arabes: + +Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec nous, elle a +dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents chameaux a l'armee. + +Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des deux principaux +scheicks sont en ce moment en otage chez Zulvekias, commissaire pres le +divan. + +Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont leurs scheicks et +presque tous leurs chameaux dans les convois de l'armee. + +Enfin, les Aouatah et les Hayde, qui sont nos ennemis. Nous avons brule +leurs villages, detruit leurs troupeaux. Ils sont dans le fond du +desert, mais ils pourraient revenir faire des brigandages aux environs +du Caire. + +Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent des coups de +canon, quand ils approchent de trop pres. + +Il faut toujours avoir un batiment arme, embosse plus bas que la ville, +pres du rivage, de maniere a pouvoir tirer dans la plaine. + +Il faut de temps en temps envoyer cent hommes a Kelioubeh, avec une +petite piece de canon, tant pour lever le miri, que pour connaitre si +ces Arabes sont retournes, et pouvoir les investir et surprendre leur +camp. + +Il faut aussi, de temps en temps, reunir une centaine d'hommes a Giza, +faire une tournee surtout dans le nord de la province, lever le miri, et +donner la chasse aux Arabes. + +Je desirerais que, des que le general Leclerc sera arrive a Gizeh, vous +l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et cinquante hommes de la +garnison du Caire, faire, dans le nord de sa province, une tournee de +cinq a six jours. Vous regleriez sa marche de maniere a etre instruit +tous les jours ou il se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les +circonstances l'exigeaient. + +Le divan du Caire a une influence reelle dans la ville, et est compose +d'hommes bien intentionnes; il faut le traiter avec beaucoup d'egards et +avoir une confiance particuliere dans le commissaire Zulvekias et dans +le scheick Madich. + +L'intendant-general cophte, le chef des marchands de Damas, +Michael-Kebil, que vous pouvez consulter secretement lorsque vous aurez +quelques inquietudes, pourront vous donner des renseignemens sur ce qui +se passerait dans la ville. + +S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous adresser +au petit divan, reunir meme le divan general. Ils reussiront a tout +concilier en leur temoignant de la confiance; enfin, prendre toujours +des mesures de surete, telles que consigner la troupe, redoubler les +gardes du quartier francais, y placer quelques petites pieces de canon, +mais n'arriver a faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la +citadelle qu'a la derniere extremite: vous sentez le mauvais effet que +doit produire une telle mesure sur l'Egypte et dans tout l'Orient. + +S'il arrivait des evenemens imprevus a Alexandrie et a Damiette, vous y +feriez marcher le general Lanusse et meme le general Fugieres. + +Si vous veniez a craindre quelque ruse de la populace du Caire, vous +feriez venir le general Lanusse de Menouf; il viendrait sur l'une et +l'autre rive, et son arrivee ferait beaucoup d'effet dans la ville. + +J'ai donne des fonds au genie, a l'artillerie et a l'ordonnateur pour +tout le service de ventose. + +Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous les convois qui +partiront. + +Quels que soient les evenemens qui se passent dans la Scharkieh, +vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront toujours a Birket-el-Hadji, +a Belbeis et a Salahieh. + +Le commandant des armes a Boulac vous remettra l'etat des batimens armes +que vous avez sur le Nil. Il est necessaire que ces batimens fassent un +service de plus en plus actif. + +Le payeur a ordre de tenir a votre disposition 2,000 fr. par decade, +pour payer les courriers que vous m'expedierez. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 fevrier 1799). + +_Au general Desaix._ + +Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique la voix +publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; et que vous +en ayiez detruit un grand nombre. + +Les generaux Kleber et Reynier sont a El-Arich; je pars a l'instant +meme pour m'y rendre. Mon projet est de pousser Ibrahim-Bey au-dela des +confins de l'Egypte, et de dissiper les rassemblemens du pacha qui sont +faits a Gaza. + +Ecrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit a El-Arich. + +Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 de ce moi, +avec un tres-bon vent, de Suez avec les chaloupes canonnieres, portant +quatre-vingts hommes de debarquement pour se rendre a Cosseir: on +m'ecrit de Suez, qu'a en juger par le temps qu'il a fait, il doit etre +arrive le 16. Ecrivez-lui par des Arabes, et procurez-lui tous les +secours que vous pourrez. + +Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrives, le 7 pluviose, a +Alexandrie: ils etaient partis le 24 octobre de Trieste; le 3 novembre, +d'Ancone, et le 28 nivose, de Navarino, en Moree, ou ils ont reste +mouilles fort long-temps; ils sont venus sur un batiment charge de +vin, d'eau-de-vie et de draps. A leur depart d'Europe, tout etait +parfaitement tranquille en France; le congres de Rastadt durait +toujours; le corps legislatif paraissait avoir repris un peu plus de +dignite et de consideration, et avoir dans les affaires un peu plus +d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une loi pour +le recrutement de l'armee. Tous les jeunes gens, depuis dix-huit ans, +avaient ete divises en cinq conscriptions militaires. + +Voulant activer les negociations de Rastadt, on avait envoye Jourdan +commander l'armee du Rhin, Joubert, celle d'Italie, et on avait demande +a la premiere conscription 200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer. + +Presque tous les avisos que j'avais envoyes en France, etaient arrives. + +On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois avant la +bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides toujours avant le +combat d'Aboukir. + +Le vaisseau _le Genereux_, qui s'etait retire a Corfou, a pris, en +differentes occasions, deux fregates anglaises et le vaisseau _le +Leander_, de 64: ce dernier s'est battu quatre heures. + +Au 5 novembre, _la Cisalpine_ et deux autres avisos que j'avais +expedies, etaient en rade a Corfou, attendant, a chaque instant, le +retour de leur courrier pour remettre a la voile et revenir ici. + +Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'etaient reunis a la +garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus n'a pas empeche la +fregate _la Brune_ d'y entrer le 20 novembre. L'ancien ministre de la +marine Pleville est a Corfou, ou il cherche a reunir le reste de notre +marine. Descoutes est parti, le 15 octobre, pour Constantinople, comme +ambassadeur extraordinaire. + +Des l'instant que l'on a su a Londres que toute notre armee avait +debarque en Egypte, il y a eu en Angleterre une espece de delire. + +Nos dignes allies, les Espagnols, avaient vingt-quatre vaisseaux dans le +port de Cadix, et ils etaient bloques par seize. + +L'Angleterre a declare la guerre a toutes les republiques italiennes. + +Le general Humbert, que vous connaissez bien, a eu la bonte de doubler +l'Ecosse et de debarquer avec deux a trois mille hommes en Irlande. +Apres avoir obtenu quelques avantages, il s'est laisse investir et a ete +fait prisonnier; l'adjudant-general Sarrasin etait avec lui. Il me +fache de voir, dans une operation aussi ridicule, le brave troisieme de +chasseurs. + +L'escadre de Brest etait tres-belle. + +Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs batimens charges de vivres +y etaient deja entres. + +On etait tres-indispose a Paris contre le roi de Naples. + +Ne donnez pas de relache aux mameloucks, detruisez-les par tous les +moyens possibles. + +Faites construire un petit fort capable de contenir deux a trois cents +hommes, et capable d'en contenir un plus grand nombre dans l'occasion, +dans l'endroit le plus favorable que vous pourrez, et il faut le choisir +pres d'un pays fertile. + +Le but de ce fort serait de pouvoir reunir la nos magasins et nos +batimens armes, afin que dans le mois de mai ou de juin, votre division +devenant necessaire ailleurs, on puisse laisser un general avec quatre +ou cinq djermes armees, qui, de la, tiendra en respect toute la +Haute-Egypte. Il y aura des fours et des magasins, de sorte que quelques +bataillons de renfort le mettraient dans le cas de soumettre les +villages qui se seraient revoltes, ou de chasser les mameloucks qui +seraient revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est +necessaire ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer de la +Haute-Egypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans voient toujours des +troupes francaises, et des-lors peuvent penser que votre division n'est +absente que momentanement. Je desirerais, si cela est possible, qu'un +fort fut a meme de correspondre facilement avec Cosseir. + +Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes a Suez, qui porteront +chacune douze pieces de canon de 6. Mettez la main, le plus tot +possible, a la construction de votre fort; prenez la vos larges. Assurez +le nombre de pieces necessaires pour armer votre fort. Je desire, si +cela est possible, qu'il soit en pierre. + +BONAPARTE. + + + +Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 fevrier 1799). + +_Au Directoire executif._ + +Un batiment ragusais est entre le 7 pluviose dans le port d'Alexandrie: +il avait a bord les citoyens Hamelin et Liveron, proprietaires du +chargement du batiment, consistant en vins, vinaigre et draps: il m'a +apporte une lettre du consul d'Ancone en date du 11 brumaire, qui ne +me donne point d'autre nouvelle que de me faire connaitre que tout est +tranquille en Europe et en France; il m'envoie la serie des journaux de +Lugano depuis le n deg.. 36 (3 septembre) jusqu'au n deg.. 43 (22 octobre), +et la serie du _Courrier de l'armee d'Italie_, qui s'imprime a Milan, +depuis le n deg.. 219 (14 vendemiaire) jusqu'au n deg.. 280 (6 brumaire). + +Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relache a +Ancone le 3 novembre et est arrive a Navarino, d'ou il est parti le 22 +nivose. + +J'ai interroge moi-meme le citoyen Hamelin, et il a depose les faits +ci-joints. + +Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor je +n'avais pas recu de nouvelles d'Europe. + +Le 1er. novembre, mon frere est parti sur un aviso. Je lui avais ordonne +de se rendre a Crotone ou dans le golfe de Tarente: j'imagine qu'il est +arrive. + +L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire. + +Je vous expedie plus de soixante batimens de toutes les nations et par +toutes les voies: ainsi vous devez etre bien au fait de notre position +ici. + +Nous avons appris par Suez que six fregates francaises, qui croisent a +l'entree de la mer Rouge, avaient fait pour plus de 20,000,000 de prises +aux Anglais. + +Je fais construire dans ce moment-ci une corvette a Suez, et j'ai ma +flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer Rouge. + +Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, outre +son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, Abdallah-Pacha et +d'autres pachas sont a Gaza, et menacent l'Egypte d'une invasion: je +pars dans une heure pour aller les trouver. Il faut passer neuf jours +d'un desert sans eau ni herbes; j'ai ramasse une quantite assez +considerable de chameaux, et j'espere que je ne manquerai de rien. Quand +vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les ruines +de la ville de Salomon. + +Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme feroce, qui a +une haine demesuree contre les Francais; il a repondu avec dedain aux +ouvertures amicales que je lui ai fait faire plusieurs fois. J'ai, dans +l'operation que j'entreprends, trois buts: + +1 deg.. Assurer la conquete de l'Egypte en construisant une place forte +au-dela du desert, et des-lors eloigner tellement les armees de quelque +nation que ce soit, de l'Egypte, qu'elles ne puissent rien combiner avec +une armee europeenne qui viendrait sur les cotes. + +2 deg.. Obliger la Porte a s'expliquer, et par-la appuyer la negociation que +vous avez sans doute entamee, et l'envoi que je fais a Constantinople du +citoyen Beauchamp sur la caravelle turcque. + +3 deg.. Enfin oter a la croisiere anglaise les subsistances qu'elle tire de +Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me restent a me rendre, +par la guerre et la diplomatie, toute cette cote amie. + +Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui est, apres le +muphti de Constantinople, l'homme le plus revere dans l'empire musulman; + +Des quatre scheicks des principales sectes; de l'emir Hadji ou prince de +la caravane. + +Le rhamadan, qui a commence hier, a ete celebre de ma part avec la plus +grande pompe. J'ai rempli les memes fonctions que remplissait le pacha. + +Le general Desaix est a plus de cent soixante lieues du Caire, pres des +Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines de Thebes. J'attends a +chaque instant les details officiels d'un combat qu'il aurait eu contre +Mourad-Bey, qui aurait ete tue et cinq a six beys faits prisonniers. + +L'adjudant-general Boyer a decouvert dans le desert, du cote du Fayoum, +des mines qu'aucun Europeen n'avait encore vues. + +Le general Andreossi et le citoyen Berthollet sont de retour de leur +tournee aux lacs de Natron et aux couvens des Cophtes. Ils ont fait des +decouvertes extremement interessantes; ils ont trouve d'excellent natron +que l'ignorance des exploiteurs empechait de decouvrir. Cette branche +de commerce de l'Egypte deviendra encore par-la plus importante. Par le +premier courrier, je vous enverrai le nivellement du canal de Suez, dont +les vestiges se sont parfaitement conserves. + +Il est necessaire que vous nous fassiez passer des armes et que vos +operations militaires et diplomatiques soient combinees de maniere que +nous recevions des secours: les evenemens naturels font mourir du monde. + +Une maladie contagieuse s'est declaree depuis deux mois a Alexandrie: +deux cents hommes en ont ete victimes. Nous avons pris des mesures pour +qu'elle ne s'etende pas: nous la vaincrons. + +Nous avons eu bien des ennemis a combattre dans cette expedition: +deserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, Russes, Turcs, Anglais. + +_Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin m'etait +confirme, et que la France fut en guerre contre les rois, je passerais +en France._ + +Je ne me permets, dans cette lettre, aucune reflexion sur les affaires +de la republique, puisque, depuis dix mois, je n'ai plus aucune +nouvelle. + +Nous avons tous une entiere confiance dans la sagesse et la vigueur des +determinations que vous prendrez. + +BONAPARTE. + + + +Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 fevrier 1799). + +_Au general Kleber._ + +Je suis parti hier soir a dix heures et je suis arrive a minuit a +Belbeis. Je recois votre lettre du 19, et, deux heures apres, celle du +20. Le parc d'artillerie est arrive hier a Salahieh. J'ai ordonne que +le reste de la division Bon partit demain de Salahieh pour se rendre a +Catieh; la division Lannes ira ce soir a Corain, et demain a Salahieh; +toute la division de cavalerie du general Murat, forte de plus de mille +chevaux, part egalement, et sera demain soir a Salahieh; deux cents +chameaux charges d'orge doivent etre arrives ou sont en chemin pour +Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux necessaires, +et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. Si les officiers de +marine ont trouve un point de debarquement pres d'El-Arich, et que l'un +des deux convois y arrive, je crois que nous serons bien, grace au +mouvement que vous avez donne a Damiette pendant le peu de temps que +vous y etes reste. + +Quand je suis parti du Caire, le general Desaix avait detruit une partie +des mameloucks a trois journees des Cataractes. On disait trois beys +pris et Mourad-Bey tue depuis trois jours: cette nouvelle etait celle +du Caire, et l'intendant-general l'avait presque recue officiellement. +Ainsi, il est sur qu'il y a eu une affaire. + +BONAPARTE. + + + +A Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 fevrier 1799). + +_Au general Bon._ + +Vous aurez recu, citoyen general, l'ordre de vous rendre a Catieh: nous +passerons sans doute par la route du fort, ou il y a de l'eau. Je suis +arrive ici hier soir, et je repars ce matin. Je serai demain a Salahieh, +ou j'espere recevoir de vos nouvelles. + +Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver a Catieh: +donnez les ordres pour qu'ils soient decharges. Envoyez a Tineh pour +y prendre les vivres venant de Damiette qui y seraient en depot, et +faites-les filer le plus possible sur El-Arich. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 fevrier 1799). + +_Au general Ganteaume._ + +Il est necessaire, citoyen general, que vous vous rendiez demain a Tineh +et a la bouche d'Omin Faredge. + +Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine, a Damiette, +pour le depart, par El-Arich, du citoyen Slendelet avec sa flottille. + +Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est a Tineh ou +Omin-Faredge, et qui est destine pour El-Arich. + +Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation du lac +Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal pour +l'approvisionnement de l'armee. + +Des le moment que vous croirez que votre presence n'est plus necessaire, +vous viendrez par terre a Catieh, et de-la au quartier-general. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 fevrier 1799). + +_Au general Kleber._ + +Le general Bon, avec le reste de sa division, citoyen general, part ce +matin pour se rendre a la premiere journee. + +La cavalerie part ce matin pour le meme endroit. + +J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est parti; je ne sais +pas meme si le convoi d'Omin-Faredge est arrive a Tineh; cependant je le +presume, la journee d'hier ayant ete favorable. + +On a envoye hier quarante chameaux a Tineh: je les attends ce matin, et +je ne partirai moi-meme que lorsque je les aurai vu filer sur El-Arich. + +Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-general, qui +viennent du Caire pour se charger a Tineh de tout ce qui pourrait y +rentrer, et, dans le cas ou le convoi ne serait pas arrive a Tineh, ils +iront jusqu'a Omin-Faredge. + +Vous devez avoir recu un convoi commande par l'adjudant-general +Gillyvieux, un autre par l'adjudant-general Fouler: celui-ci est le +troisieme Arabe que je vous expedie sur un dromadaire depuis que je suis +ici. + +Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du general Reynier, que +vous m'avez envoyee il y a trois jours. + +BONAPARTE. + + + +Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 fevrier 1799). + +_A l'adjudant-general Grezieux._ + +Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux et cinquante +hommes d'escorte et une compagnie de dromadaires. Arrive a Tineh, vous +ferez charger sur ces chameaux tout l'orge, le riz et le biscuit que +vous pourrez; vous presserez le depart du bataillon de la quatrieme et +des trois compagnies de grenadiers de la dix-neuvieme; vous ecrirez +a l'adjudant-general Almeyras, commandant a Damiette, et vous lui +marquerez d'activer le plus possible le depart des convois de +subsistances pour Tineh. Vous m'expedierez de Tineh un Arabe sur un +dromadaire pour me rendre compte exactement de la situation des magasins +de Tineh, et me donner des nouvelles du Caire et de Damiette. + +Vos chameaux charges, vous vous rendrez a Catieh; vous y trouverez un +convoi de chameaux revenant a vide d'El-Arich; vous ferez charger dessus +cinquante mille rations de riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux +n'etait pas suffisant, vous prendriez dans les deux cents chameaux de +quoi assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez +avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les chameaux dont +vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, vous donnerez l'ordre au +commandant de Catieh de faire filer continuellement sur El-Arich les +vivres qui arriveraient de Tineh, et de m'envoyer des expres pour +m'instruire de sa situation, de celle de ses magasins et de celle de +Tineh. + +BONAPARTE. + +_P.S._ Si, a Tineh, il y avait des denrees pour charger plus de deux +cents chameaux, vous feriez un second voyage avec vos chameaux. + +Le parc d'artillerie a ordre, des l'instant qu'il sera arrive, d'envoyer +cent chameaux a Tineh. + + + +Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 fevrier 1799). + +_A l'ordonnateur en chef._ + +L'adjudant-general Grezieux, qui part avec deux cents chameaux pour +Tineh, a ordre de faire un second voyage, si cela est necessaire, pour +l'entiere evacuation des magasins de Tineh. Le parc d'artillerie +qui arrive ce soir enverra cent chameaux a Tineh, et, si cela est +necessaire, ces chameaux feront deux voyages. + +Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester a Catieh jusqu'a +nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus grande activite, sur +El-Arich tous les objets de subsistance qui se trouveraient a Catieh. + +Il doit y avoir a Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une grande quantite +de son; faites filer le tout sur Catieh: ce point est le plus essentiel +tant pour avancer que pour la retraite, et doit etre approvisionne par +tous les moyens possibles. + +Vous renouvellerez les ordres a Salahieh, Belbeis et au Caire, de faire +filer avec activite des convois de biscuit, orge, feves, son et riz sur +Catieh. + +BONAPARTE. + + + +Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 fevrier 1799). + +_Aux scheicks et ulemas de Gaza._ + +Arrive a Kan-Jounes avec mon armee, j'apprends qu'une partie des +habitans de Gaza ont eu peur et ont evacue la ville. Je vous ecris la +presente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, et pour faire connaitre +que je suis ami du peuple, protecteur des ulemas et des fideles. + +Si je viens avec mon armee a Gaza, c'est pour en chasser les troupes de +Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion en Egypte. + +Envoyez donc au devant de moi des deputes, et soyez sans inquietude pour +la religion, pour votre vie, vos proprietes et vos femmes. + +BONAPARTE. + + + +Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799). + +_Au general Kleber._ + +Je pense que la lettre que vous avez fait ecrire par votre capitaine des +Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y une sommation en regle +pour leur faire sentir que la place ne peut pas tenir. + +Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur Jaffa en accelere +la reddition, je vous autorise a le faire. Si vous entrez dans la ville, +prenez toutes les mesures pour empecher le pillage; vous placerez la +cavalerie en avant sur le chemin de Saint-Jean d'Acre. + +Nous avons trouve ici une assez grande quantite de magasins, surtout +beaucoup d'orge. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799). + +_Au contre-amiral Ganteaume._ + +Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les troupes qui +s'y trouveraient sur les batimens de transport que l'on jugera les plus +propices. + +Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perree, s'il peut sortir +d'Alexandrie avec les trois fregates _la Junon_, _l'Alceste_ et _la +Courageuse_ et deux bricks, sans que l'ennemi s'en apercoive, de se +rendre a Jaffa, ou il recevra de nouveaux ordres. Si le temps le +poussait devant Saint-Jean d'Acre, il s'informera si nous y sommes: +il est probable que nous y serons. Alors il embarquera avec lui, sur +chacune de ses fregates, une piece de 24 et un mortier avec trois cents +coups a tirer, et sur chaque fregate une forge pour rougir les boulets +a terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits objets +retarde en rien son depart, si le temps etait propice. + +S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eut connaissance de son +mouvement, il tacherait de m'envoyer a Jaffa deux bons bricks, tels que +_le Salamine_ et _l'Alerte_. + +Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira sur une +djerme, qui debarquera a Damiette, et par le courrier qui part demain +pour le Caire. + +BONAPARTE. + + + +El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799). + +_Au general Dugua._ + +Le chef de l'etat-major doit vous avoir tenu instruit des differens +mouvemens militaires qui ont eu lieu ici. + +Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs et une +trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils soient bien traites. +On leur restituera leurs maisons, mais on exercera sur eux une +surveillance particuliere. Vous leur reitererez la promesse que je leur +ai faite de leur faire du bien si, a mon retour, vous etes content de +leur conduite. + +Je desire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les differens membres +du divan, que vous vous concertiez pour faire une petite fete a la +reception des drapeaux, et, si cela se peut, faire naturellement qu'ils +soient places dans la mosquee de Geuil-Azur, comme un trophee de la +victoire remportee par l'armee d'Egypte sur Djezzar et sur les ennemis +des Egyptiens. + +Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaitre aux habitans +du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer des caravanes en Syrie; +qu'ils vendront bien leurs marchandises, et que leurs proprietes seront +respectees. + +Faites filer du biscuit par toutes les occasions. + +Faites dire a Ibrahim, scheick des Billis, que je desire qu'il vienne, +ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin qui me serait utile. +Faites-nous passer, des que vous le pourrez, cinq ou six cents coups a +boulet de 8 et trois ou quatre cents de 12. + +Envoyez-moi les lettres de l'armee par des convois surs, et ne m'ecrivez +par les Arabes que des lettres par duplicata de ce que vous m'ecrirez +par des detachemens: le desert est fort long, et les Arabes viennent de +piller toutes les depeches que le general Rampon m'envoyait de Catieh +par un Arabe. + +Je n'ai recu de vous, depuis mon depart, qu'une seule lettre du 26. S'il +venait surtout des lettres importantes, soit de la Haute-Egypte, soit +de France, ne les hasardez pas legerement; mais envoyez-les-moi par un +officier et une bonne escorte, en me prevenant en gros, par un Arabe, de +ce qui serait parvenu a votre connaissance. + +J'ai enrole trois a quatre cents Maugrabins, qui marchent avec nous. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Au general Kleber._ + +Je vous envoie, citoyen general, une lettre au scheick de Naplouse, +que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie d'en faire faire +plusieurs copies, et de les envoyer successivement, afin d'etre sur +qu'une d'elles arrivera. + +J'ai ecrit a Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer quelqu'un, +comme je le lui propose, recommandez a vos avant-postes de le bien +traiter. + +A l'instant nous prenons deux batimens, un charge de deux mille quintaux +de poudre, et l'autre de riz. + +La garnison de Jaffa etait de quatre mille hommes: deux mille ont ete +tues dans la ville, et pres de deux mille ont ete fusilles entre hier et +aujourd'hui. + +BONAPARTE. + + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks, ulemas, et autres habitans des provinces de Gaza, Ramleh +et Jaffa._ + +Dieu est clement et misericordieux. + +Je vous ecris la presente pour vous faire connaitre que je suis +venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et l'armee de +Djezzar-Pacha. + +De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il etendu ses vexations sur les +provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas partie de son +pachalic? De quel droit avait-il egalement envoye ses troupes a +El-Arich? Il m'a provoque a la guerre, je la lui ai apportee; mais ce +n'est pas a vous, habitans, que mon intention est d'en faire sentir les +horreurs. + +Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par peur, les ont +quittes, y rentrent. J'accorde surete et sauvegarde a tous. J'accorderai +a chacun la propriete qu'il possedait. + +Mon intention est que les cadis continueront comme a l'ordinaire leurs +fonctions et a rendre la justice, que la religion surtout soit protegee +et respectee, et que les mosquees soient frequentees par tous les bons +musulmans: c'est de Dieu que viennent tous les biens, c'est lui qui +donne la victoire. + +Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains sont inutiles +contre moi, car tout ce que j'entreprends doit reussir. Ceux qui se +declarent mes amis, prosperent; ceux qui se declarent mes ennemis, +perissent. L'exemple de ce qui vient d'arriver a Jaffa et a Gaza doit +vous faire connaitre que si je suis terrible pour mes ennemis, je suis +bon pour mes amis, et surtout clement et misericordieux pour le pauvre +peuple. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks, ulemas et commandant de Jerusalem._ + +Je vous fais connaitre par la presente que j'ai chasse les mameloucks et +les troupes de Djezzar-Pacha des provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa; que +mon intention n'est pas de faire la guerre au peuple; que je suis l'ami +des musulmans; que les habitans de Jerusalem peuvent choisir la paix ou +la guerre. S'ils choisissent la premiere, qu'ils envoient au camp de +Jaffa des deputes pour promettre de ne jamais rien faire contre moi. +S'ils etaient assez insenses pour preferer la guerre, je la leur +porterai moi-meme. Ils doivent savoir que je suis terrible comme le feu +du ciel envers mes ennemis, clement et misericordieux envers le peuple +et ceux qui veulent etre mes amis. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Aux scheicks de Naplouse._ + +Je me suis empare de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la Palestine. Je +n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans de Naplouse, +car je ne viens ici que pour faire la guerre aux mameloucks, a +Djezzar-Pacha, dont je sais que vous etes les ennemis. + +Je leur offre donc, par la presente lettre, la paix ou la guerre. S'ils +veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks de chez eux, et me le +fassent connaitre, en promettant de ne commettre aucune hostilite contre +moi. S'ils veulent la guerre, je la leur porterai moi-meme; je suis +clement et misericordieux envers mes amis, mais terrible comme le feu du +ciel envers mes ennemis. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_A Djezzar-Pacha._ + +Depuis mon entree en Egypte, je vous ai fait connaitre plusieurs fois +que mon intention n'etait pas de vous faire la guerre, que mon seul +but etait de chasser les mameloucks; vous n'avez repondu a aucune des +ouvertures que je vous ai faites. + +Je vous avais fait connaitre que je desirais que vous eloignassiez +Ibrahim-Bey des frontieres de l'Egypte: bien loin de la, vous avez +envoye des troupes a Gaza, vous avez fait de grands magasins, vous avez +publie partout que vous alliez entrer en Egypte: effectivement vous avez +effectue votre invasion en portant deux mille hommes de vos troupes dans +le fort d'El-Arich, enfonce a six lieues dans le territoire de l'Egypte. +J'ai du alors partir du Caire, et vous apporter moi-meme la guerre que +vous paraissiez provoquer. + +Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. J'ai traite +avec generosite celles de vos troupes qui s'en sont remises a ma +discretion, j'ai ete severe envers celles qui ont viole les droits de +la guerre; je marcherai sous peu de jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais +quelle raison ai-je d'oter quelques annees de vie a un vieillard que je +ne connais pas? Que font quelques lieues de plus a cote des pays que +j'ai conquis? et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, a son +exemple, etre clement et misericordieux, non-seulement envers le peuple, +mais encore envers les grands. + +Vous n'avez point de raisons reelles d'etre mon ennemi, puisque vous +l'etiez des mameloucks. Votre pachalic est separe par les provinces de +Gaza, Ramleh et par d'immenses deserts de l'Egypte. Redevenez mon ami, +soyez l'ennemi des mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de +bien que je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi +votre reponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et qui connaisse +vos intentions. Il se presentera a mon avant-garde avec un drapeau +blanc, et je donne ordre a mon etat-major de vous envoyer un +sauf-conduit, que vous trouverez ci-joint. + +Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; il faut donc +que j'aie votre reponse avant ce jour. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799). + +_Au general Dugua._ + +J'ai recu, citoyen general, fort peu de lettres de vous; elles ont, +j'imagine, ete interceptees par cette nuee d'Arabes qui couvrent le +desert: la derniere que j'ai recue de vous est du 6 ventose. + +L'etat-major vous instruira des details de la prise de Jaffa. Les 4,000 +hommes qui formaient la garnison ont tous peri dans l'assaut, ou ont ete +passes au fil de l'epee. + +Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre. + +Avant le mois de juin, il n'y a rien de serieux a craindre de la part +des Anglais. + +Quant a l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas grand'chose au +rapport qui vous a ete envoye. Il faut esperer que les officiers de +marine qui s'y trouvent, en donneront un plus intelligible. + +La victoire du general Desaix doit avoir tout tranquillise dans la +haute Egypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser les troubles de la +Scharkieh. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au general Marmont._ + +L'etat-major vous aura instruit, citoyen general, des differens +evenemens militaires qui se sont succede et auxquels nous devons la +conquete de toute la Palestine. La prise de Jaffa a ete brillante; 4,000 +hommes des meilleures troupes de Djezzar et des meilleurs canonniers de +Constantinople ont ete passes au fil de l'epee. Nous avons trouve dans +cette ville soixante pieces de canon, des munitions, et beaucoup de +magasins. Ces pieces sont toutes fondues a Constantinople et de calibre +francais. + +Jaffa a une rade assez sure et une petite anse ou nous avons trouve un +batiment de cent cinquante tonneaux. Comme nous avons ici beaucoup de +savon et autres objets, si quelques batimens de convoi de cent a cent +cinquante tonneaux veulent se hasarder a venir, on les fretera. + +Les dernieres nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, d'ou je +conclus qu'il n'y avait rien de nouveau a Alexandrie. Le 1er ventose, il +a fait des vents tres-violens qui auront eloigne les Anglais. + +Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans du pays: si +vous avez encore une imprimerie, faites-la imprimer et repandre dans le +Levant, la Barbarie et partout ou il sera possible. Dans le cas ou vous +n'auriez plus d'imprimerie, je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et +que l'on vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation. + +S'il partait des batimens pour France, je vous autorise a ecrire au +gouvernement ce que vous savez de notre position: vous sentez qu'il ne +doit rien y avoir de politique, mais seulement des faits. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au general du genie._ + +Des personnes arrivees d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y a rien fait, +pas meme retabli la breche: veuillez donner des ordres pour que les +reparations d'un fort si essentiel n'eprouvent aucun retard. Vous sentez +qu'il peut arriver des evenemens tels qu'El-Arich devienne notre tete de +ligne, laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait donner +des resultats incalculables. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_A l'adjudant-general Almeyras._ + +L'etat-major vous aura instruit, citoyen general, de la prise de Jaffa, +ou nous avons trouve beaucoup de riz, et nous en avions besoin, car +notre flottille nous manque toujours. + +Nous y avons trouve une grande quantite d'artillerie, beaucoup +d'obusiers, de pieces de 4 du calibre francais. + +Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets qui sont +utiles en Egypte, et que la Palestine a besoin de riz, engagez les +negocians de Damiette a ouvrir un commerce avec Jaffa. Assurez-les +qu'ils seront proteges et n'essuieront aucune avanie. + +Si la flottille n'etait pas partie, prenez toutes les mesures pour la +faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du biscuit, droit a +Jaffa. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799). + +_Au citoyen Poussielgue._ + +Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans de +ces provinces. Faites-la imprimer et repandez-la par tous les moyens +possibles; envoyez-en deux cents exemplaires a Damiette et a Alexandrie, +pour qu'il s'en repande dans le Levant, a Constantinople et dans la +Barbarie. + +Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la place que +j'ai donnee au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce dernier que cela ne +doit l'inquieter en rien, et que je sais mettre de la difference entre +mes vieux amis et les nouveaux. + +Engagez les negocians de Damiette a venir vendre leur riz a Jaffa. Nous +avons ici une grande quantite de savon; engagez les negocians du Caire +a venir en acheter. Ils savent que je protege le commerce; ils n'ont +a craindre ni avanies ni tracasseries. Il y a ici des articles qui +manquent en Egypte, tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en +echange du riz et du ble; prenez toutes les mesures pour activer, autant +que possible, ce commerce. + +Faites imprimer en arabe tout ce que Venture ecrit au divan, en y +faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi jugera a propos, et +repandez-le dans l'Egypte. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799). + +_Au general Dugua._ + +J'ai recu, citoyen general, par mon aide-de-camp Lavalette le duplicata +des lettres que vous m'avez ecrites. Vous aurez recu des lettres de Gaza +et le recit de l'affaire de Jaffa. + +L'evenement arrive a Cosseir est d'autant plus inconcevable, que le +contre-amiral Ganteaume avait donne pour instructions au citoyen Collot, +que, s'il y avait des batimens a Cosseir, il s'en tint a croiser pour +les empecher de sortir. + +L'etat-major envoie l'ordre au general Menou de se rendre a Jaffa pour +prendre le commandement de la Palestine. + +Apres tous les accidens que nous apprenons de la mer, il ne vous +paraitra pas prudent que vous la traversiez dans ce moment-ci; vous +penserez, sans doute, qu'il est necessaire que vous attendiez d'autres +circonstances. + +Votre convoi de cent cinquante chameaux charges de vivres et de +munitions d'artillerie, nous est venu fort a propos, pour les munitions +d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin de boulets de 8 et de +12. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799). + +_A l'adjudant-general Grezieux._ + +Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de Jaffa et de celle +de Ramleh. + +Votre premiere operation sera de faire placer une piece de canon sur +chacune des tours, et de disposer les quatre plus grosses du cote du +front, pour sa defense. + +L'officier du genie a ordre de reparer sur-le-champ la breche. + +Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. Comme +les deux qui existent me paraissent tres-rapprochees l'une de l'autre, +il suffirait d'en tenir une ouverte. + +Les Grecs doivent fournir des secours a l'hopital des blesses. + +Les chretiens latins et les Armeniens doivent fournir des secours a +l'hopital des fievreux. + +Vous formerez un divan, compose de sept personnes; vous y mettrez des +mahometans et des chretiens. + +Vous seconderez toutes les operations du citoyen Gloutier, tendant a +etablir les finances et a procurer de l'argent a la caisse. + +Aucun batiment de ceux qui sont actuellement dans le port, ne doit en +sortir sous quelque pretexte que ce soit. + +Le commerce avec Damiette et l'Egypte sera encourage le plus possible. + +Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin que les +habitans vivent tranquilles. J'ai charge le general Reynier d'organiser +un divan a Ramleh. + +Il reste ici un officier de marine. + +Si vous aviez des nouvelles plus interessantes a me faire passer, et que +le temps fut beau, vous pourriez profiter a la fois de la terre et de la +mer. + +Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Egypte, vous ne +manquerez pas de donner des nouvelles de l'armee a l'adjudant-general +Almeyras, a Damiette, et au general Dugua, au Caire. + +Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon etat et ne soient +pas gaspilles. Faites toutes les recherches possibles pour en decouvrir +de nouveaux. + +BONAPARTE. + + + +Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799). + +_Au directoire executif._ + +Le 5 fructidor, j'envoyai un officier a Djezzar, pacha d'Acre: il +l'accueillit mal et ne repondit pas. + +Le 29 brumaire, je lui ecrivis une autre lettre: il fit couper la tete +au porteur. + +Les Francais etaient arretes a Acre et traites cruellement. + +Les provinces d'Egypte etaient inondees de firmans, dans lesquels +Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles et annoncait son +arrivee. + +Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza. Son +avant-garde prit position a El-Arich, ou il y a quelques bons puits +et un fort situe dans le desert a dix lieues dans le territoire de +l'Egypte. + +Je n'avais donc plus le choix: j'etais provoque a la guerre; je ne crus +pas devoir tarder a la lui porter moi-meme. + +Le general Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, qui, sous +les ordres de l'infatigable general Lagrange, etait a Catieh, situe +a trois journees dans le desert, ou j'avais reuni des magasins +considerables. + +Le general Kleber arriva le 18 pluviose de Damiette sur le lac Menzaleh, +sur lequel on avait construit plusieurs barques canonnieres, debarqua a +Peluse et se rendit a Catieh. + +_Combat d'El-Arich._ + +Le general Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa division, +pour se rendre a El-Arich. Il fallut marcher plusieurs jours a travers +le desert sans trouver d'eau; des difficultes de toute espece furent +vaincues: l'ennemi fut attaque, force, le village d'El-Arich enleve, et +toute l'avant-garde ennemie bloquee dans le fort d'El-Arich. + +_Attaque de nuit._ + +Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un corps +d'infanterie, avait pris position sur nos derrieres a une lieue, et +bloquait l'armee assiegeante. + +Le general Kleber fit faire un mouvement au general Reynier; a minuit, +le camp ennemi fut cerne, attaque et enleve; un des beys fut tue. +Effets, armes, bagages, tout fut pris: la plupart des hommes eurent le +temps de se sauver, plusieurs mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits +prisonniers. + +_Siege du fort d'El-Arich._ + +La tranchee fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de nos mines +avait ete eventee et nos mineurs deloges. Le 28 pluviose, une batterie +de breche fut construite, ainsi que deux batteries d'approche: +on canonna toute la journee du 29. Le 30 a midi, la breche etait +praticable; je sommai le commandant de se rendre, il le fit. Nous avons +trouve a El-Arich trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq +cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes de l'Adonie et +de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du service avec nous: j'en ai +fait un corps auxiliaire. + +Nous partimes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'egara dans le +desert et souffrit beaucoup du manque d'eau: nous manquames de vivres, +nous fumes obliges de manger des chevaux, des mulets, des chameaux. + +Nous etions le 6 aux colonnes placees sur les limites de l'Afrique et de +l'Asie; nous couchames en Asie le 6. + +Le jour suivant, nous etions en marche sur Gaza: a dix heures du +matin, nous decouvrimes trois ou quatre mille hommes de cavalerie qui +marchaient a nous. + +_Combat de Gaza._ + +Le general Murat, commandant la cavalerie, fit passer les differens +torrens qui se trouvaient en presence de l'ennemi par des mouvemens +executes avec precision. + +La division Kleber se porta par la gauche sur Gaza; le general Lannes, +avec son infanterie legere, appuyait les mouvemens de la cavalerie, +qui etait rangee sur deux lignes. Chaque ligne avait derriere elle un +escadron de reserve: nous chargeames l'ennemi pres de la hauteur qui +regarde Nebron, et ou Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne recut +point la charge et se replia: il eut quelques hommes tues, entre autres +le kiaya du pacha. + +La vingt-deuxieme d'infanterie legere s'est fort bien conduite: elle +suivait les chevaux au pas de course; il y avait cependant bien des +jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni bu de l'eau a son aise. + +Nous entrames dans Gaza: nous y trouvames quinze milliers de poudre, +beaucoup de munitions de guerre, des bombes, des outils, plus de deux +cent mille rations de biscuit et six pieces de canon. + +Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de pluie; depuis notre +depart de France, nous n'avions pas vu d'orage. + +Nous couchames le 10 a Eswod, l'ancienne Azot. + +Nous couchames le 11 a Ramleh; l'ennemi l'avait evacue avec tant de +precipitation, qu'il nous laissa cent mille rations de biscuit, beaucoup +plus d'orge, et quinze cents outres que Djezzar avait preparees pour +passer le desert. + +_Siege de Jaffa._ + +La division Kleber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite sur la +riviere de la Hhayah, pour couvrir le siege; la division Bon investit +les fronts droits de la ville, et la division Lannes les fronts gauches. + +L'ennemi demasqua une quarantaine de pieces de canon de tous les points +de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et soutenu. + +Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de breche, une de +mortiers, etaient en etat de tirer. La garnison fit une sortie; on +vit alors une foule d'hommes diversement costumes, et de toutes les +couleurs, se porter sur la batterie de breche: c'etaient des Maugrabins, +des Albanais, des Kurdes, des Natoliens, des Caramaniens, des +Damasquyns, des Alepins, des noirs de Tekrour; ils furent vivement +repousses, et rentrerent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon +aide-de-camp Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est +particulierement distingue. + +A la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; il fit couper +la tete a mon envoye, et ne repondit point. A sept heures, le feu +commenca; a une heure je jugeai la breche praticable. Le general Lannes +fit les dispositions pour l'assaut; l'adjoint aux adjudans-generaux, +Netherwood, avec dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi +de trois compagnies de grenadiers de la treizieme et de la +soixante-neuvieme demi-brigade, commandees par l'adjudant-general +Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de general de brigade. + +A cinq heures, nous etions maitres de la ville, qui, pendant +vingt-quatre heures, fut livree au pillage et a toutes les horreurs de +la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse. + +Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont ete passes au fil de +l'epee; il y avait huit cents canonniers: une partie des habitans a ete +massacree. + +Les jours suivans, plusieurs batimens sont venus de Saint-Jean d'Acre +avec des munitions de guerre et de bouche; ils ont ete pris dans le +port: ils ont ete etonnes de voir la ville en notre pouvoir; l'opinion +etait qu'elle nous arreterait six mois. + +Abd-Oullah, general de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher parmi les +gens d'Egypte, et de venir se jeter a mes pieds. + +J'ai renvoye a Damas et a Alep plus de cinq cents personnes de ces deux +villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes d'Egypte. + +J'ai pardonne aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris a El-Arich; +j'ai pardonne a Omar Makram, cheikh du Caire; j'ai ete clement envers +les Egyptiens, autant que je l'ai ete envers le peuple de Jaffa, mais +severe envers la garnison qui s'est laisse prendre les armes a la main. + +Nous avons trouve a Jaffa cinquante pieces de canon, dont trente formant +l'equipage de campagne, de modele europeen, et des munitions, plus de +quatre cent mille rations de biscuit, deux mille quintaux de riz, et +quelques magasins de savon. + +Les corps du genie et de l'artillerie se sont distingues. + +Le general Caffarelli, qui a dirige ces sieges, qui a fait fortifier +les differentes places de l'Egypte, est officier recommandable par une +activite, un courage et des talens rares. + +Le chef de brigade du genie Samson a commande l'avant-garde qui a pris +possession de Cathieh, et a rendu dans toutes les occasions les plus +grands services. + +Le capitaine du genie Sabatier a ete blesse au siege d'El-Arich. + +Le citoyen Aime est entre le premier dans Jaffa, par un vaste souterrain +qui conduit dans l'interieur de la place. + +Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, n'est parvenu +a conduire les pieces qu'avec de grandes peines; il a commande la +principale attaque de Jaffa. + +Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxieme +d'infanterie legere, qui a ete tue a la breche: cet officier a ete +vivement regrette de l'armee; les soldats de son corps l'ont pleure +comme leur pere. J'ai nomme a sa place le chef de bataillon Magni, qui a +ete grievement blesse. Ces differentes affaires nous ont coute cinquante +hommes tues et deux cents blesses. + +L'armee de la republique est maitre de toute la Palestine. + +BONAPARTE. + + + + +FIN DU SECOND VOLUME. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres de Napoleon Bonaparte, Tome II. +by Napoleon Bonaparte + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE NAPOLEON *** + +***** This file should be named 12782.txt or 12782.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/2/7/8/12782/ + +Produced by Robert Connal, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. 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