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+Project Gutenberg's Oeuvres completes de Francois Villon, by Francois Villon
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Oeuvres completes de Francois Villon
+ Suivies d'un choix des poesies de ses disciples
+
+Author: Francois Villon
+
+Release Date: May 3, 2004 [EBook #12246]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ASCII
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRAN‡OIS VILLON ***
+
+
+
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliotheque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
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+
+
+
+
+
+OEUVRES COMPLETES
+
+DE
+
+FRANCOIS VILLON
+
+
+
+
+
+SUIVIES D'UN CHOIX DES POESIES DE SES DISCIPLES
+EDITION PREPAREE PAR LA MONNOYE
+
+MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
+PAR M. PIERRE JANNET
+
+[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numeros de pages du document
+original ont ete conserves pour faciliter l'identification
+des nombreuses references qu'on trouve dans les Notes et le
+Glossaire-Index, a la fin du texte.]
+
+
+
+PREFACE [P. V]
+
+
+On ne sait guere de la vie de Francois Villon que ce qu'il en
+dit lui-meme, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
+de decrire, apres tant d'autres[1], cette existence peu
+edifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
+poesies de Villon, c'est Villon lui-meme, et sa biographie est
+la clef de ses oeuvres.
+
+[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de Francois Villon_, par
+Guillaume Colletet, en tete des oeuvres de Villon, edition
+de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
+in-16;--le _Memoire_ de M. Prompsault, en tete de son edition
+de Villon, Paris, 1832, in-8;--_Francois Villon, Versuch einer
+kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
+Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
+plus complet et le plus judicieux qu'on eut fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_Francois
+Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
+Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
+excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poetes
+Francais_, recueil publie sous la direction de M. Eugene Crepet,
+Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]
+
+Francois Villon naquit a Paris en 1431. Sur la foi d'une piece
+que Fauchet, dans son traite _de l'Origine des chevaliers_,
+imprime en 1599, dit avoir trouvee dans un manuscrit de sa
+bibliotheque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du poete. On s'est livre a des
+conjectures ingenieuses pour concilier les renseignements
+fournis par lui-meme avec les indications de Fauchet, pour
+expliquer comment il pouvait s'appeler a la fois Corbueil et
+Villon, etre a la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
+crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
+qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
+maladroite de l'epitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
+une pareille autorite qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
+a celui de _Villon_, que notre poete se donne lui-meme en vingt
+endroits de ses oeuvres [4].
+
+[Footnote 2: Voici cette piece, que j'ai cru devoir rejeter des
+oeuvres de Villon:
+
+_Je suis Francoys, dont ce me poise, Nomme Corbueil en mon
+surnom, Natif d'Auvers empres Pontoise, Et du commun nomme
+Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
+poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
+bel._
+
+L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
+vers de Villon:
+
+_Ne de Paris empres Pontoise;_
+
+C'est pourquoi il le fait gravement naitre a Auvers, qui est
+en effet pres de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
+composition tardive de cette piece, c'est qu'on ne trouverait
+probablement pas dans la seconde moitie du XVe siecle, et
+certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
+les rimes soient distribuees comme dans celui-la. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
+le troisieme, le second avec le quatrieme, le cinquieme et le
+septieme, et le sixieme avec le huitieme. Les faussaires ne
+pensent jamais a tout.]
+
+[Footnote 3: Voy. p. 101.]
+
+[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]
+
+Les parents de Villon etaient pauvres[5]. Sa mere etait [P. VII]
+illettree[6]; son pere etait vraisemblablement un homme de
+metier, et peut-etre, ainsi que l'a conjecture M. Campeaux, un
+ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].
+
+[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]
+
+[Footnote 6: "Oncques lettre ne leuz." P. 55, v. 22.]
+
+[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]
+
+Pousse par le desir de s'elever au-dessus de la triste condition
+de ses parents, ou plutot par ce besoin de savoir qui tourmente
+les natures comme la sienne, Villon etudia. Il connut les
+miseres de l'etat d'ecolier pauvre. On n'a pas de renseignements
+certains sur le genre d'etudes auquel il se livra ni sur les
+progres qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
+maitre es arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
+tard, de sa "nomination qu'il a de l'Universite" (p. 15). Mais
+ce legs pourrait bien n'etre qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
+le grade de maitre en theologie, but supreme des etudes du
+temps[8].
+
+[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
+LXXII (p. 52.)]
+
+En ce temps-la, comme plus tard, les etudiants etaient exposes
+a bien des tentations. Villon n'y sut pas resister. En contact
+avec des jeunes gens sans prejuges d'aucune sorte et depourvus
+d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et facons de vivre.
+Bientot il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
+franches_, singulier monument eleve a sa gloire par quelqu'un
+de ses disciples, nous font connaitre par quelles combinaisons
+ingenieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
+mener joyeuse vie. Leurs friponneries etaient tout a [P. VIII]
+fait dans les moeurs du temps, et ne depassaient sans doute pas
+les proportions de ce qu'on serait volontiers tente d'appeler
+_des bons tours_; mais ils etaient sur une pente glissante, et
+la justice n'entendait pas raillerie.
+
+[Footnote 9: _C'estoit la mere nourriciere De ceux qui n'avoient
+point d'argent; A tromper devant et derriere Estoit un homme
+diligent._ (P. 190.)]
+
+Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille a partir avec
+elle a cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parle
+de ses deux proces: il en eut au moins trois, bien constates par
+ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
+jusqu'a present, est le seul dont le sujet soit indique d'une
+maniere certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
+
+Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
+l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
+l'amour naif et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
+c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
+noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fut une
+femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
+damoiselle, il parait certain que c'etait une coquette. Elle
+l'ecouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
+s'en plaignit sans doute a ses compagnons, que les femmes qu'ils
+frequentaient n'avaient pas habitues a de pareilles rigueurs, et
+qui se moquerent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
+lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX]
+peut-etre contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
+bien mechant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
+volontiers les choses sacrees[14]. La belle dame se plaignit; la
+juridiction ecclesiastique s'en mela[15], et Villon fut bel et
+bien condamne au fouet[16].
+
+[Footnote 10: Page 83.]
+
+[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
+maints endroits des oeuvres de Villon, mele a ses regrets et aux
+reproches qu'il adresse a sa maitresse avide et cruelle. Voy.
+les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV a LIX du
+_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
+etc.]
+
+[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
+preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]
+
+[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
+renie_. (P. 48.)]
+
+[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI a CX du _Grand
+Testament_.]
+
+[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
+l'avoye mauldite_. P. 69.]
+
+[Footnote 16: La sentence fut executee. La _Double ballade_ de
+la page 45 ne laisse aucun doute a cet egard: _J'en fus batu,
+comme a ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]
+
+C'est a la suite de cette sentence que Villon, decide a quitter
+Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donne depuis le
+titre de _Petit Testament_.
+
+Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va a Angers.
+Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
+relations, sa misere, le retinrent a Paris ou aux environs.
+C'etait en 1456. Fletri par le chatiment qu'il avait subi, aigri
+par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'annee qui suivit
+sa condamnation fut assurement l'epoque la plus honteuse de
+sa vie. En 1457, il etait dans les prisons du Chatelet, et
+le Parlement, apres lui avoir fait appliquer la question de
+l'eau[17], le condamnait a mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a suppose qu'il s'agissait d'un crime commis a
+Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
+furent pendus[18]. Cette supposition parait fondee. Quant au
+crime commis, il n'etait peut-etre pas d'une extreme [P. X]
+gravite. Les lois etaient severes, et les compagnons de Villon
+devaient avoir, comme lui, des antecedents facheux.
+
+[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
+la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre a celle
+escorcherie_.]
+
+[Footnote 18: Voy. la _Belle lecon aux enfans perduz_, p. 86, et
+le _Jargon_, p. 125.]
+
+Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne negligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
+de la sentence, ce qui lui valut quelque repit; puis, du
+moins ceci parait certain, a l'occasion de la naissance d'une
+princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
+pere de cette princesse. Cette demarche lui reussit: le prince
+interceda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra penetre de reconnaissance. Il
+adressa une requete au Parlement, pour lui rendre graces autant
+que pour lui demander un delai de trois jours pour quitter
+Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naitre
+des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
+princesse etait Marie de Bourgogne, fille de Charles le
+Temeraire, nee le 13 fevrier 1457; mais c'etait une erreur. M.
+Auguste Vitu, qui prepare depuis nombre d'annees une edition de
+Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orleans, fille du
+poete Charles d'Orleans, nee le 19 decembre 1457, et M. Campeaux
+a clairement demontre que cette opinion etait fondee.
+
+A partir du moment ou Villon quitte Paris, en execution de
+l'arret du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
+A cette epoque nous le trouvons dans les prisons de
+Meung-sur-Loire, ou le detient Thibault d'Aussigny, eveque
+d'Orleans. Quel nouveau mefait lui reprochait-on? Ceux qui
+supposent qu'il avait fabrique de la fausse monnaie n'ont pas
+pris garde que la punition de ce crime etait exclusivement du
+ressort des juges seculiers. Dans le _Debat du coeur et du
+corps de Villon_, compose dans sa prison, le poete attribue sa
+detention a sa _folle plaisance_.
+
+Ce qu'on lui reprochait, c'etait peut-etre quelque [P. XI]
+propos ou quelque ecrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
+sentant le sacrilege, quelque aventure galante par trop
+scandaleuse, toutes choses dont il etait bien capable et dont la
+repression regardait la justice ecclesiastique. Il y a lieu de
+croire que le delit n'etait pas en rapport avec la punition, car
+Villon, qui n'a jamais proteste contre sa condamnation au fouet,
+qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+juge _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
+contre Thibault d'Aussigny. Il parait meme certain que cette
+mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
+protecteurs, Charles d'Orleans et le duc de Bourbon.
+
+Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plonge dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et a
+l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait ete rendue
+contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
+conduire lentement a une mort certaine. Heureusement Louis
+XI, qui venait de succeder a Charles VII, alla a Meung dans
+l'automne de 1461, et Villon lui dut sa delivrance. Fut-ce,
+ainsi que le dit M. Campeaux, par suite "du don de joyeux
+avenement qui remettait leur peine a tous les prisonniers d'une
+ville ou le roi entrait apres son sacre?" Je serais plutot
+porte a croire, malgre l'absence de preuves, que Villon fut
+personnellement l'objet d'une mesure de clemence de la part du
+roi; la facon dont il en temoigne sa reconnaissance me parait
+justifier cette supposition [19].
+
+[Footnote 19: On a dit recemment que le roi qui delivra Villon
+etait Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
+examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basee,
+je me bornerai a faire remarquer que Charles VII mourut
+a Mehun-sur-Yevre, pres de Bourges, le 22 juillet 1461,
+precisement au moment ou Villon etait dans la prison de
+Meung-sur-Loire, pres d'Orleans, ou il passa _tout un ete_ (p.
+21, v. 14), c'est-a-dire tout l'ete de la meme annee 1461.]
+
+En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
+en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII]
+intercalees des pieces qui se rapportent a diverses epoques de
+sa vie, et dont quelques-unes ont du etre composees beaucoup
+plus tard.
+
+Il est probable, en effet, que Villon vecut encore longtemps;
+mais on ne sait rien de precis a cet egard. Les conjectures sur
+lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
+et 1489 ne sont, en definitive, que des conjectures. Quant
+aux voyages qu'on lui fait faire a Saint-Omer, Lille, Douai,
+Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
+rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localites
+dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
+qu'il les a visitees. Son voyage a Bruxelles, son sejour en
+Angleterre, avec la reponse hardie qu'il aurait faite au roi
+Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgre mon
+respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
+me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
+la France, ou semblait l'attirer quelque chose qui nous est
+inconnu, peut-etre quelque relation de famille. Dans le _Petit
+Testament_, il annonce qu'il va a Angers [21]; il en revenait
+peut-etre lorsqu'il fut arrete a Meung. Dans le _Grand Testament_,
+il dit qu'il "parle un peu poictevin [22]." La _Ballade Villon_
+(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il sejourna
+quelque temps a Blois, a la cour de Charles d'Orleans, et le vers
+de la page 111: [P. XIII]
+
+_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._
+
+autorise a penser qu'il avait obtenu aupres du prince une de ces
+charges qu'on donnait aux poetes de cour. Ainsi, par le _Dit de
+la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement echappe au
+dernier supplice; il s'etait de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orleans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
+temps, et peut-etre jusqu'a la mort du duc, arrivee en 1465.
+
+[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a releve
+deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
+trouver a la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trone qu'en
+1483, et le medecin Thomas Linacre, ne vers 1460, ne fut celebre
+que sous les regnes de Henri VII et de Henri VIII.]
+
+[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
+v. 12: "Ma mere fut nee d'Anjou;" mais cela ne prouverait rien,
+meme quand il serait demontre que ce monologue est de Villon.]
+
+[Footnote 22: Page 62.]
+
+Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
+lui faisait de "gracieux prets [23]."
+
+Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+"maistre Francois Villon, sus ses vieux jours, se retira a
+Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
+abbe dudit lieu. La, pour donner passe-temps au peuple,
+entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
+[24]." Ce temoignage n'est pas irrecusable; mais pourquoi
+ne pas l'accepter? Apres une vie aussi agitee, on aime a se
+representer le pauvre poete enfin tranquille, a l'abri du
+besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
+auxquels il avait du probablement, dans d'autres temps, demander
+son pain [25].
+
+[Footnote 23: P. 115, v. 6.]
+
+[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, edition Burgaud des Marets
+et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joue au
+sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
+son Villon, mais dont le denoument cruel a pu etre invente par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]
+
+[Footnote 25: On croit que Villon donna des representations
+dramatiques a Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
+troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
+Pays-Bas.]
+
+En penetrant dans les mysteres de cette existence miserable, on
+est frappe de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerca
+pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
+avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV]
+Villon conserve des sentiments eleves. Il est plein d'amour et
+de respect pour sa mere [26], de reconnaissance pour quiconque
+l'a secouru [27], de veneration pour ceux qui ont fait de
+grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
+qu'elle etait rare en ce temps-la [28]; il regrette les erreurs
+de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employe [29]; voila
+qui doit lui faire pardonner bien des choses.
+
+[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
+55, Ballade.]
+
+[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
+58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orleans,
+p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]
+
+[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:
+
+_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois brulerent a Rouen_,
+
+lui font d'autant plus d'honneur qu'a l'epoque ou il les ecrivit
+des gens eclaires regardaient Jeanne d'Arc comme sorciere, et
+les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]
+
+[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]
+
+Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poete
+[30]! Forme, comme on dit aujourd'hui, a l'ecole du malheur, il
+vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
+tout a fait nouvelle. Il rompit en visiere a l'Allegorie, qui
+regnait alors en souveraine, a toutes les affeteries de la
+poesie rhetoricienne cultivee par les beaux esprits du temps.
+Il fut le premier poete _realiste_. Que l'on compare avec ses
+autres oeuvres les quelques pieces qu'il a composees selon la
+poetique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
+point tente de "regretter, avec Clement Marot, qu'il n'ait [P. XV]
+pas ete "nourry en la court des rois et princes, ou les jugemens
+s'amendent et les langaiges se pollissent," car il y eut
+certainement plus perdu que gagne.
+
+[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
+une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
+Aristote._ (P. 25.)]
+
+M. A. de Montaiglon a parfaitement caracterise le role de Villon
+dans la poesie francaise. Je ne puis mieux faire que de lui
+emprunter ces quelques lignes:
+
+"... Au moment ou parut Villon, la litterature francaise en
+etait precisement a cette periode de transformation; de la
+poesie generale elle passait a la poesie personnelle; ses
+contemporains, subissant a leur insu cette phase litteraire,
+s'essayaient a l'individualite avec plus d'effort que de
+bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est la,
+et sa valeur s'augmente de l'interet que, sous ce rapport,
+offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
+ete reconnue de tous, et le succes qui l'accueillit ne s'arreta
+pas. Francois Ier lui fit l'honneur d"faire faire une edition de
+ses poesies par Clement Marot, qui le combla de ses louanges.
+Un peu plus tard, il est vrai, l'ecole de Ronsard protesta.
+Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'emerveille que Marot
+ait ose "louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien." Cela marque moins un manque de gout que la force
+partiale du prejuge; la Pleiade, qui est en realite aussi
+aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
+se condamner elle-meme; mais, ce moment passe, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel etait son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les erudits litteraires du XVIIe et du XVIIIe
+siecle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbe Massieu, l'abbe
+Goujet, parlent de lui comme il convient, en meme temps que
+Coustelier et Formey le reimpriment, que La Monnoye l'annote, et
+que Lenglet-Dufresnoy prepare une nouvelle edition. De [P. XVI]
+nos jours, une justice encore plus eclatante lui a ete rendue.
+L'edition de Prompsault, a laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
+pourrait etre acceptee comme definitive, au moins quant au
+texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
+precedentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
+ont parle incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
+Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Genin, et d'autres
+encore, l'ont bien caracterise. En meme temps qu'eux, M. Daunou
+a ecrit sur notre poete une longue etude, inseree dans le
+_Journal des Savants_, et M. Theophile Gautier, dans l'ancienne
+_Revue francaise_, des pages vives, aussi justes que pleines de
+verve, qui ont ete recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
+1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
+ont pris Villon pour sujet d'un travail special; l'annee
+derniere (1859), M. Campeaux lui a consacre un excellent
+travail, auquel, pour etre meilleur, il ne manque peut-etre
+qu'une plus ancienne et plus familiere connaissance des
+alentours. Tous sont, avec raison, unanimes a reconnaitre
+l'originalite, la valeur aisee et puissante, la force et
+_l'humanite_ de la poesie de Villon. Pour eux tous, et ce
+jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
+le poete superieur du XVe siecle, mais il est aussi le premier
+poete, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
+il s'est ecoule un long temps avant que d'autres fussent dignes
+d'etre mis a cote de lui. L'appreciation est maintenant juste et
+complete; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'eclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
+ou moins solide ou brillante; mais desormais les traits de la
+figure de Villon sont arretes de facon a ne plus changer, et
+ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
+la verite qu'a la condition de s'en tenir aux memes [P. XVII]
+contours."
+
+Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant legerement sur le _Petit
+Testament_, "qui n'est que spirituel, " et sur quelques pieces
+qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:
+
+"Ce n'est pas la qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
+populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
+a quel point le merite de la pensee et de la forme y est
+inestimable. Le sentiment en est etrange, et aussi touchant que
+pittoresque dans sa sincerite; Villon peint presque sans le
+savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a meme
+des regrets, et ses torts, qu'il reconnait en se blamant, mais
+dont il ne peut se defendre, il ne les montre que pour en
+detourner. Je connais meme peu de lecons plus fortes que la
+ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
+dans ses vers, se mele a la gravite, l'emotion a la raillerie,
+la tristesse a la debauche; le trait piquant se termine avec
+melancolie; le sentiment du neant des choses et des etres est
+mele d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
+cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
+suit la pensee avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il revet est habille par le
+vetement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
+peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
+qui ecrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
+les rues et qu'il epure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
+en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si energique ou si
+legere, que cette langue coloree recoit de son genie l'elegance
+et meme le gout, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
+vigueur et le charme, la clarte et l'eclat, la variete et
+l'unite, la gravite et l'esprit, la brievete incisive du trait
+et la plenitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII]
+et la fougue violente, la qualite contemporaine et l'eternelle
+humanite. Il faut aller jusqu'a Rabelais pour trouver un maitre
+qu'on puisse lui comparer, et qui ecrive le francais avec la
+science et l'instinct, avec la purete et la fantaisie, avec la
+grace delicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
+Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps..."
+
+On ne connait certainement pas la totalite des oeuvres de
+Villon, du moins sous son nom. Il est evident que le _Petit
+Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
+proces, en 1457, il etait probablement connu par d'autres
+compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orleans
+fut intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eut fait
+grace de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
+entrer quelques pieces qui n'en faisaient pas necessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau composes anterieurement
+au _Petit Testament_. Villon ne parait pas avoir ete
+tres-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
+doute perdues; d'autres sont disseminees dans des recueils
+manuscrits ou imprimes ou il n'est pas facile de les reconnaitre,
+soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
+parce qu'elles sont attribuees a d'autres. On ne connait
+pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
+lui appartenir. Les premieres editions, qui furent faites sans
+son concours et probablement apres sa mort, ne contiennent que
+le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
+nombre de pieces detachees. Jean de Calais, l'editeur presume du
+_Jardin de plaisance_, dont la premiere edition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'executeur
+testamentaire que Villon lui avait confiees, si tant est qu'on
+doive prendre au serieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX]
+_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pieces connues comme etant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
+lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
+des unes ni des autres qu'elles etaient de lui.
+
+M. Brunet a donne, dans la derniere edition du _Manuel du
+Libraire_, une excellente notice des editions de Villon. La
+premiere avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4 deg..
+Il en parut plusieurs autres a la fin du XVe siecle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pre, 1532, in-8,
+est la premiere a laquelle on ait joint les _Repues franches_,
+le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
+seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].
+
+[Footnote 31: Il avait ete fait anterieurement plusieurs
+editions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux editions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination separees.]
+
+L'annee suivante, le meme Galiot Du Pre publia la premiere
+edition des oeuvres de Villon revues par Clement Marot.
+
+En 1723 il parut chez Coustelier une edition de Villon, avec les
+remarques d'Eusebe de Lauriere et une lettre du P. Du Cerceau.
+
+Les oeuvres de Villon furent reimprimees en 1742, a la Haye,
+avec les remarques de Lauriere, Le Duchat et Formey, des
+memoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
+_Mercure_ de fevrier 1724.
+
+En 1832 parut l'edition de Prompsault, fruit de longues et
+laborieuses recherches, et qui, sans etre parfaite, ne meritait
+pas le discredit dont elle a ete frappee pendant longtemps.
+
+Dans l'edition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX]
+a ete revu, notablement ameliore, elucide par des notes ou
+brillent l'erudition et la sagacite bien connues de leur auteur.
+
+Enfin, tout recemment, M. Paul Lacroix a publie le texte des
+deux _Testaments_ d'apres un manuscrit de la bibliotheque
+de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette interessante
+publication, d'abord parce que l'impression de mon edition
+etait trop avancee, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'ecarter du texte que j'avais adopte.
+
+On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une edition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
+avait annote un exemplaire de l'edition de 1723. Cet exemplaire,
+dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a ete retrouve,
+en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
+gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
+
+En tete de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
+titre, qui nous fait connaitre le plan d'une vaste collection
+qu'il projetait:
+
+_L'Histoire et les Chefs de la poesie francoise, avec la liste
+des poetes provencaux et francois, accompagnee de remarques sur
+le caractere de leurs ouvrages._
+
+Puis vient ce titre particulier:
+
+_Poesies de Francois Villon et de ses disciples, revues sur les
+differentes editions, corrigees et augmentees sur le manuscrit
+de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
+d'un grand nombre de pieces, avec des notes historiques et
+critiques._
+
+La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la derniere main a son
+edition de Villon. Son travail ne porta que sur l'etablissement
+du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
+editions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI]
+donner d'excellents resultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
+sauf deux ou trois exceptions indiquees dans les notes, le texte
+tel qu'il a ete arrete par lui, et ce texte est assurement le
+meilleur qu'on ait donne jusqu'a present.
+
+La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'edition de
+1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
+encore ete publies, et qui ont paru pour la premiere fois dans
+l'edition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poesies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour repondre de
+mon mieux a son plan, je donne a la fin du volume dix-sept
+pieces tirees du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
+publie un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
+et si les pieces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
+au moins de son ecole, et souvent dignes de lui.
+
+Pour toute la partie du texte etablie par La Monnoye, je n'avais
+qu'une chose a faire: suivre la lecon adoptee par lui. A
+l'egard des pieces dont il ne s'etait pas occupe, j'ai du agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les editions
+originales.
+
+A defaut des notes historiques et critiques promises par La
+Monnoye, et sans avoir la pretention de les suppleer, je donne
+a la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
+necessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tente
+d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
+les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilite, ce
+travail servira du moins de table.
+
+Une edition de Villon n'est pas facile a faire. J'ai largement
+mis a profit les travaux de mes devanciers, et je me plais a le
+reconnaitre. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
+contente de les corriger. Je crois que cette edition [P. XXII]
+vaut mieux que celles qui l'ont precedee. D'autres viendront
+apres moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
+l'exemple de l'indulgence.
+
+P. JANNET.
+
+
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII]
+
+
+La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+francaise, riche et simple, claire, naturelle, a l'allure vive
+et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
+mais presque entierement preservee de l'invasion des mots
+pedantesques forges dans la seconde moitie du XVe siecle. Le
+_Glossaire_, dont l'etendue est grande relativement a celle du
+livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
+en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
+
+Villon etait tres-severe pour la rime. Aussi, lorsque nous
+rencontrons a la fin de ses vers quelque chose qui nous parait
+anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
+negligence du poete. Il faut chercher d'autres raisons; cela
+peut amener des observations interessantes.
+
+Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
+ainsi que Marot l'a remarque, que Villon prononcait, a la
+parisienne, _a_ pour _e_.
+
+Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, e_[33], cela prouve
+que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononcait _e_ ou
+_e_.
+
+S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV]
+_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononcait
+_j_.
+
+[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
+et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
+_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]
+
+[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
+_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
+etc.]
+
+[Footnote 34 Pages 12 et 13.]
+
+S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophetes_ avec
+_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
+parisienne.
+
+Il en est de meme d'_ancien, Valerien, paroissien, rimant avec
+_an_[36].
+
+Lorsqu'il ecrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
+entend que les deux _ll_ seront mouillees, et prononcees comme
+telles, sans etre precedees d'un _i_ comme en espagnol.
+
+Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
+
+La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
+_Probleme_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
+doute a cet egard. On doit le prononcer comme les deux dernieres
+syllabes du mot _paVILLON_, c'est-a-dire comme on pourra. En
+France, ce n'est guere que dans le Midi qu'on sait prononcer
+les _ll mouillees_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
+_Vilion_....
+
+ _Mais bel est fol et lunaticque
+ Qui de ce fait sermon si long;
+ Peu nuit a la chose publicque
+ Se Brussiens disent_ Filon.
+ _Il ne m'en chaut gueres si l'on
+ Choisit de ces facons la pire,
+ Et bien veuil qu'on dise selon
+ Que des pieca l'on souloit dire_.
+
+[Footnote 35: Pages 26 et 52.]
+
+[Footnote 36: P. 81.]
+
+[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]
+
+
+
+
+CLEMENT MAROT DE CAHORS [P.1]
+
+Varlet de chambre du Roy
+
+AUX LECTEURS.
+
+
+_Entre tous les bons livres imprimez de la langue francoise ne
+s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
+de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poete parisien
+qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
+la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
+rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
+et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
+ses Oeuvres, j'ai faict a icelles ce que je vouldroys estre
+faict aux miennes, si elles estaient tombees en semblable
+inconvenient. Tant y ay trouve de broillerie en l'ordre des
+coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
+la raison, que je ne scay duquel je doy plus avoir pitie, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gastee, ou de l'ignorance de ceux
+qui l'imprimerent; et, pour en faire preuve, me suys advise
+(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
+imprime Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
+nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2]
+est tel_:
+
+ Or est vray qu'apres plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs
+ Labeurs et griefz cheminemens
+ Travaille mes lubres sentemens
+ Aguysez ronds, comme une pelote
+ Monstrent plus que les commens
+ En sens moral de Aristote.
+
+_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
+corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouve aux vieilles
+impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
+comment il a este r'abille, et en jugez gratieusement_:
+
+ Or est vray qu'apres plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs,
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentements
+ Aguysa (ronds comme pelote),
+ Me monstrant plus que les comments
+ Sur le sens moral d'Aristote.
+
+_Voyla comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
+suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
+puys avoir amende en mille autres passages, dont les aucuns me
+ont este aisez et les autres tres difficiles. Toutesfoys, partie
+avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
+vieillards qui en scavent par cueur, et partie par deviner
+avecques jugement naturel, a este reduict nostre Villon en
+meilleure et plus entiere forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
+et ce sans avoir touche a l'antiquite de son parler, a [P. 3]
+sa facon de rimer, a ses meslees et longues parentheses, a la
+quantite de ses sillabes, ne a ses couppes, tant feminines que
+masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observe les
+vrayes reigles de francoise poesie, et ne suys d'advis que en
+cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent a proprement descrire, et
+qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
+Ballades, qui est vrayment belle et heroique, et ne fay double
+qu'il n'eust emporte le chapeau de laurier devant tous les
+Poetes de son temps, s'il eust este nourry en la Court des Roys
+et des Princes, la ou les jugemens se amendent et les langaiges
+se pollissent. Quant a l'industrie des lays qu'il feit en ses
+Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
+fauldroit avoir este de son temps a Paris, et avoir congneu
+les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la memoire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue duree ne preigne son soubject sur telles
+choses basses et particulieres. Le reste des Oeuvres de nostre
+Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
+doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
+temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
+moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
+escriptures francoises sont et seront mieulx congneues et
+recueillies que jamais.
+
+Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touche a son antique
+facon de parler, je vous ay expose sur la marge, avecques les
+annotations, ce qui m'a semble le plus dur a entendre, laissant
+le reste a vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
+le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4]
+_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
+incongruitez dont estait plain le langaige mal lyme d'icelluy
+temps.
+
+Apres, quand il s'est trouve faulte de vers entiers, j'ay prins
+peine de les refaire au plus pres (selon mon possible) de
+l'intention de l'autheur, et les trouverez expressement marquez
+de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les scauront en la sorte
+que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.
+
+Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
+trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
+allongees; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
+les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
+
+Finalement, j'ay change l'ordre du livre, et m'a semble plus
+raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
+d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
+
+Touchant le Jargon, je le laisse a corriger et exposer aux
+successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.
+
+Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustre ainsi qu'il appartient, je luy respons des maintenant
+que, s'il estait autant navre en sa personne comme j'ay trouve
+Villon blesse en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
+le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
+que le labeur qu'en ce j'ay employe soit agreable au Roy mon
+souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
+l'execution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
+par tres bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
+s'ensuyvent._
+
+
+
+MAROT [P. 5]
+
+AU ROY FRANCOIS Ier.
+
+ Si a Villon on treuve encor a dire,
+ S'il n'est reduict ainsi qu'ay pretendu,
+ A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
+ Qui plus y ay travaille qu'entendu;
+ Et s'il est mieux en son ordre estendu
+ Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
+ Le gre a vous en doyt estre rendu,
+ Qui fustes seul cause de l'entreprise.
+
+ [P. 7]
+
+ LE
+ PETIT TESTAMENT
+ DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON
+
+ FAIT L'AN 1456.
+
+ Mil quatre cens cinquante et six,
+ Je, Francois Villon, escollier,
+ Considerant, de sens rassis,
+ Le frain aux dents, franc au collier,
+ Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
+ Comme Vegece le racompte,
+ Saige Romain, grand conseiller,
+ Ou autrement on se mescompte.
+
+ II.
+
+ En ce temps que j'ay dit devant,
+ Sur le Noel, morte saison,
+ Lorsque les loups vivent de vent,
+ Et qu'on se tient en sa maison,
+ Pour le frimas, pres du tison:
+ Cy me vint vouloir de briser
+ La tres amoureuse prison
+ Qui souloit mon cueur desbriser.
+
+ III. [P.8]
+
+ Je le feis en telle facon,
+ Voyant Celle devant mes yeulx
+ Consentant a ma deffacon,
+ Sans ce que ja luy en fust mieulx;
+ Dont je me deul et plains aux cieulx,
+ En requerant d'elle vengence
+ A tous les dieux venerieux,
+ Et du grief d'amours allegence.
+
+ IV.
+
+ Et, se je pense a ma faveur,
+ Ces doulx regrets et beaulx semblans
+ De tres decepvante saveur,
+ Me trespercent jusques aux flancs:
+ Bien ilz ont vers moy les piez blancs
+ Et me faillent au grant besoing.
+ Planter me fault autre complant
+ Et frapper en un autre coing.
+
+ V.
+
+ Le regard de Celle m'a prins,
+ Qui m'a este felonne et dure;
+ Sans ce qu'en riens aye mesprins,
+ Veult et ordonne que j'endure
+ La mort, et que plus je ne dure.
+ Si n'y voy secours que fouir.
+ Rompre veult la dure souldure,
+ Sans mes piteux regrets ouir!
+
+ VI.
+
+ Pour obvier a ses dangiers,
+ Mon mieulx est, ce croy, de partir.
+ Adieu! Je m'en voys a Angiers, [P. 9]
+ Puisqu'el ne me veult impartir
+ Sa grace, ne me departir.
+ Par elle meurs, les membres sains;
+ Au fort, je meurs amant martir,
+ Du nombre des amoureux saints!
+
+ VII.
+
+ Combien que le depart soit dur,
+ Si fault-il que je m'en esloingne.
+ Comme mon paouvre sens est dur!
+ Autre que moy est en queloingne,
+ Dont onc en forest de Bouloingne
+ Ne fut plus altere d'humeur.
+ C'est pour moy piteuse besoingne:
+ Dieu en vueille ouir ma clameur!
+
+ VIII.
+
+ Et puisque departir me fault,
+ Et du retour ne suis certain:
+ Je ne suis homme sans deffault,
+ Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
+ Vivre aux humains est incertain,
+ Et apres mort n'y a relaiz:
+ Je m'en voys en pays loingtaing;
+ Si establiz ce present laiz.
+
+ IX.
+
+ Premierement, au nom du Pere,
+ Du Filz et du Saint-Esperit,
+ Et de la glorieuse Mere
+ Par qui grace riens ne perit,
+ Je laisse, de par Dieu, mon bruit
+ A maistre Guillaume Villon,
+ Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10]
+ Mes tentes et mon pavillon.
+
+ X.
+
+ A celle doncques que j'ay dict,
+ Qui si durement m'a chasse,
+ Que j'en suys de joye interdict
+ Et de tout plaisir dechasse,
+ Je laisse mon coeur enchasse,
+ Palle, piteux, mort et transy:
+ Elle m'a ce mal pourchasse,
+ Mais Dieu luy en face mercy!
+
+ XI.
+
+ Et a maistre Ythier, marchant,
+ Auquel je me sens tres tenu,
+ Laisse mon branc d'acier tranchant,
+ Et a maistre Jehan le Cornu,
+ Qui est en gaige detenu
+ Pour ung escot six solz montant;
+ Je vueil, selon le contenu,
+ Qu'on luy livre, en le racheptant.
+
+ XII.
+
+ Item, je laisse a Sainct-Amant
+ Le Cheval Blanc avec la Mulle,
+ Et a Blaru, mon dyamant
+ Et l'Asne raye qui reculle.
+ Et le decret qui articulle:
+ _Omnis utriusque sexus_,
+ Contre la Carmeliste bulle,
+ Laisse aux curez, pour mettre sus.
+
+ XIII. [P. 11]
+
+ Item, a Jehan Trouve, bouchier,
+ Laisse le mouton franc et tendre,
+ Et ung tachon pour esmoucher
+ Le boeuf couronne qu'on veult vendre,
+ Et la vache qu'on ne peult prendre.
+ Le vilain qui la trousse au col,
+ S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
+ Ou estrangler d'un bon licol!
+
+ XIV.
+
+ Et a maistre Robert Vallee,
+ Povre clergeon au Parlement,
+ Qui ne tient ne mont ne vallee,
+ J'ordonne principalement
+ Qu'on luy baille legerement
+ Mes brayes, estans aux trumellieres,
+ Pour coeffer plus honestement
+ S'amye Jehanneton de Millieres.
+
+ XV.
+
+ Pour ce qu'il est de lieu honeste,
+ Fault qu'il soit myeulx recompense,
+ Car le Saint-Esprit l'admoneste.
+ Ce obstant qu'il est insense.
+ Pour ce, je me suis pourpense,
+ Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
+ De recouvrer sur Malpense,
+ Qu'on lui baille, l'Art de memoire.
+
+ XVI.
+
+ Item plus, je assigne la vie
+ Du dessusdict maistre Robert... [P. 12]
+ Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
+ Mes parens, vendez mon haubert,
+ Et que l'argent, ou la pluspart,
+ Soit employe, dedans ces Pasques,
+ Pour achepter a ce poupart
+ Une fenestre empres Saint-Jacques.
+
+ XVII.
+
+ Derechief, je laisse en pur don
+ Mes gands et ma hucque de soye
+ A mon amy Jacques Cardon;
+ Le gland aussi d'une saulsoye,
+ Et tous les jours une grosse oye
+ Et ung chappon de haulte gresse;
+ Dix muys de vin blanc comme croye,
+ Et deux proces, que trop n'engresse.
+
+ XVIII.
+
+ Item, je laisse a ce jeune homme,
+ Rene de Montigny, troys chiens;
+ Aussi a Jehan Raguyer, la somme
+ De cent frans, prins sur tous mes biens;
+ Mais quoy! Je n'y comprens en riens
+ Ce que je pourray acquerir:
+ On ne doit trop prendre des siens,
+ Ne ses amis trop surquerir.
+
+ XIX.
+
+ Item, au seigneur de Grigny
+ Laisse la garde de Nygon,
+ Et six chiens plus qu'a Montigny,
+ Vicestre, chastel et donjon;
+ Et a ce malostru Changon,
+ Moutonnier qui tient en proces,
+ Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13]
+ Et coucher, paix et aise, en ceps.
+
+ XX.
+
+ Et a maistre Jacques Raguyer,
+ Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
+ Pour ses paouvres seurs grafignier;
+ Tousjours le choix d'ung bon lopin,
+ Le trou de la Pomme de pin,
+ Le doz aux rains, au feu la plante,
+ Emmaillote en jacopin;
+ Et qui vouldra planter, si plante.
+
+ XXI.
+
+ Item, a maistre Jehan Mautainct
+ Et maistre Pierre Basannier,
+ Le gre du Seigneur, qui attainct
+ Troubles, forfaits, sans espargnier;
+ Et a mon procureur Fournier,
+ Bonnetz courts, chausses semellees,
+ Taillees sur mon cordouennier,
+ Pour porter durant ces gellees.
+
+ XXII.
+
+ Item, au chevalier du guet,
+ Le heaulme luy establis;
+ Et aux pietons qui vont d'aguet
+ Tastonnant par ces establis,
+ Je leur laisse deux beaulx rubis,
+ La lenterne a la Pierre-au-Let.,
+ Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
+ S'ilz me meinent en Chastellet.
+
+ XXIII. [P. 14]
+
+ Item, a Perrenet Marchant,
+ Qu'on dit le Bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est ung bon marchant,
+ Luy laisse trois gluyons de feurre
+ Pour estendre dessus la terre
+ A faire l'amoureux mestier,
+ Ou il luy fauldra sa vie querre,
+ Car il ne scet autre mestier.
+
+ XXIV.
+
+ Item, au Loup et a Chollet,
+ Je laisse a la foys un canart,
+ Prins sous les murs, comme on souloit,
+ Envers les fossez, sur le tard;
+ Et a chascun un grand tabart
+ De cordelier, jusques aux pieds,
+ Busche, charbon et poys au lart,
+ Et mes housaulx sans avantpiedz.
+
+ XXV.
+
+ Derechief, je laisse en pitie,
+ A troys petitz enfans tous nudz,
+ Nommez en ce present traictie,
+ Paouvres orphelins impourveuz,
+ Tous deschaussez, tous despourveus,
+ Et desnuez comme le ver;
+ J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
+ Au moins pour passer cest yver.
+
+ XXVI.
+
+ Premierement, Colin Laurens,
+ Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
+ Desprins de biens et de parens, [P. 15]
+ Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
+ Chascun de mes biens ung faisseau,
+ Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
+ Ils mangeront maint bon morceau,
+ Ces enfans, quand je seray vieulx!
+
+ XXVII.
+
+ Item, ma nomination,
+ Que j'ay de l'Universite,
+ Laisse par resignation,
+ Pour forclorre d'adversite
+ Paouvres clercs de ceste cite,
+ Soubz cest _intendit_ contenuz:
+ Charite m'y a incite,
+ Et Nature, les voyant nudz.
+
+ XXVIII.
+
+ C'est maistre Guillaume Cotin
+ Et maistre Thibault de Vitry,
+ Deux paouvres clercs, parlans latin,
+ Paisibles enfans, sans estry,
+ Humbles, bien chantans au lectry.
+ Je leur laisse cens recevoir
+ Sur la maison Guillot Gueuldry,
+ En attendant de mieulx avoir.
+
+ XXIX.
+
+ Item plus, je adjoinctz a la Crosse
+ Celle de la rue Sainct-Anthoine,
+ Et ung billart de quoy on crosse,
+ Et tous les jours plain pot de Seine,
+ Aux pigons qui sont en l'essoine,
+ Enserrez soubz trappe voliere,
+ Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16]
+ Et la grace de la geolliere.
+
+ XXX.
+
+ Item, je laisse aux hospitaux
+ Mes chassis tissus d'araignee;
+ Et aux gisans soubz les estaux,
+ Chascun sur l'oeil une grongnee,
+ Trembler a chiere renffrongnee,
+ Maigres, velluz et morfonduz;
+ Chausses courtes, robbe rongnee,
+ Gelez, meurdriz et enfonduz.
+
+ XXXI.
+
+ Item, je laisse a mon barbier
+ Les rongneures de mes cheveulx,
+ Plainement et sans destourbier;
+ Au savetier, mes souliers vieulx,
+ Et au fripier, mes habitz tieulx
+ Que, quant du tout je les delaisse,
+ Pour moins qu'ilz ne cousterent neufz
+ Charitablement je leur laisse.
+
+ XXXII.
+
+ Item, aux Quatre Mendians,
+ Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
+ Savoureulx morceaulx et frians,
+ Chappons, pigons, grasses gelines,
+ Et puis prescher les Quinze Signes,
+ Et abatre pain a deux mains.
+ Carmes chevaulchent nos voisines,
+ Mais cela ne m'est que du meins.
+
+ XXXIII. [P. 17]
+
+ Item, laisse le Mortier d'or
+ A Jehan l'Espicier, de la Garde,
+ Et une potence a Sainct-Mor,
+ Pour faire ung broyer a moustarde,
+ Et celluy qui feit l'avant-garde,
+ Pour faire sur moy griefz exploitz,
+ De par moy sainct Anthoine l'arde!
+ Je ne lui lairray autre laiz.
+
+ XXXIV.
+
+ Item, je laisse a Mairebeuf
+ Et a Nicolas de Louvieulx,
+ A chascun l'escaille d'un oeuf,
+ Plaine de frans et d'escus vieulx,
+ Quant au concierge de Gouvieulx,
+ Pierre Ronseville, je ordonne,
+ Pour luy donner encore mieulx,
+ Escus telz que prince les donne.
+
+ XXXV.
+
+ Finalement, en escrivant,
+ Ce soir, seullet, estant en bonne,
+ Dictant ces laiz et descripvant,
+ Je ouyz la cloche de Sorbonne,
+ Qui tousjours a neuf heures sonne
+ Le Salut que l'Ange predit;
+ Cy suspendy et cy mis bonne,
+ Pour pryer comme le cueur dit.
+
+ XXXVI.
+
+ Cela fait, je me entre-oubliai,
+ Non pas par force de vin boire,
+ Mon esperit comme lie; [P. 18]
+ Lors je senty dame Memoire
+ Rescondre et mectre en son aulmoire
+ Ses especes collaterales,
+ Oppinative faulce et voire,
+ Et autres intellectualles.
+
+ XXXVII.
+
+ Et mesmement l'extimative,
+ Par quoy prosperite nous vient;
+ Similative, formative,
+ Desquelz souvent il advient
+ Que, par l'art trouve, hom devient
+ Fol et lunaticque par moys:
+ Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
+ En Aristote aucunes fois.
+
+ XXXVIII.
+
+ Doncques le sensif s'esveilla
+ Et esvertua fantasie,
+ Qui tous argeutis resveilla,
+ Et tint souveraine partie,
+ En souppirant, comme amortie,
+ Par oppression d'oubliance,
+ Qui en moy s'estoit espartie
+ Pour montrer des sens l'alliance.
+
+ XXXIX.
+
+ Puis, mon sens qui fut a repos
+ Et l'entendement desveille,
+ Je cuide finer mon propos;
+ Mais mon encre estoit gele,
+ Et mon cierge estoit soufle.
+ De feu je n'eusse pu finer.
+ Si m'endormy, tout enmoufle, [P. 19]
+ Et ne peuz autrement finer.
+
+ XL
+
+ Fait au temps de ladicte date,
+ Par le bon renomme Villon,
+ Qui ne mange figue ne date;
+ Sec et noir comme escouvillon,
+ Il n'a tente ne pavillon
+ Qu'il n'ayt laisse a ses amys,
+ Et n'a mais qu'un peu de billon,
+ Qui sera tantost a fin mys.
+
+
+ CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
+
+
+ [P. 21]
+ CY COMMENCE
+ LE
+ GRANT TESTAMENT
+ DE
+ FRANCOIS VILLON
+ FAIT EN 1461.
+
+
+ I.
+
+ En l'an trentiesme de mon aage,
+ Que toutes mes hontes j'eu beues,
+ Ne du tout fol, ne du tout sage.
+ Nonobstant maintes peines eues,
+ Lesquelles j'ay toutes receues
+ Soubz la main Thibault d'Aussigny.
+ S'evesque il est, seignant les rues,
+ Qu'il soit le mien je le regny!
+
+ II.
+
+ Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
+ Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
+ Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
+ Je ne suis son serf ne sa biche.
+ Peu m'a d'une petite miche
+ Et de froide eau, tout ung este.
+ Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22]
+ Tel luy soit Dieu qu'il m'a este.
+
+ III.
+
+ Et, s'aucun me vouloit reprendre
+ Et dire que je le mauldys,
+ Non fais, si bien me scait comprendre,
+ Et rien de luy je ne mesdys.
+ Voycy tout le mal que j'en dys:
+ S'il m'a este misericors,
+ Jesus, le roy de paradis,
+ Tel luy soit a l'ame et au corps!
+
+ IV.
+
+ S'il m'a este dur et cruel
+ Trop plus que cy ne le racompte,
+ Je vueil que le Dieu eternel
+ Luy soit doncq semblable, a ce compte!...
+ Mais l'Eglise nous dit et compte
+ Que prions pour nos ennemis;
+ Je vous dis que j'ay tort et honte:
+ Tous ses faictz soient a Dieu remis!
+
+ V.
+
+ Si prieray Dieu de bon cueur,
+ Pour l'ame du bon feu Cotard.
+ Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
+ Car de lire je suys faitard.
+ Priere en feray de Picard;
+ S'il ne le scait, voise l'apprandre,
+ S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
+ A Douay, ou a Lysle en Flandre!
+
+ VI. [P. 23]
+
+ Combien souvent je veuil qu'on prie
+ Pour luy, foy que doy mon baptesme,
+ Obstant qu'a chascun ne le crye,
+ Il ne fauldra pas a son esme.
+ Au Psaultier prens, quand suys a mesme,
+ Qui n'est de beuf ne cordoen,
+ Le verset escript le septiesme
+ Du psaulme de _Deus laudem_.
+
+ VII.
+
+ Si pry au benoist Filz de Dieu,
+ Qu'a tous mes besoings je reclame,
+ Que ma pauvre priere ayt lieu
+ Verz luy, de qui tiens corps et ame,
+ Qui m'a preserve de maint blasme
+ Et franchy de vile puissance.
+ Loue soit-il, et Nostre-Dame,
+ Et Loys, le bon roy de France!
+
+ VIII.
+
+ Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
+ De Salomon l'honneur et gloire;
+ Quant de prouesse, il en a trop;
+ De force aussi, par m'ame, voire!
+ En ce monde-cy transitoire,
+ Tant qu'il a de long et de le;
+ Affin que de luy soit memoire,
+ Vive autant que Mathusale!
+
+ IX.
+
+ Et douze beaulx enfans, tous masles,
+ Veoir, de son tres cher sang royal,
+ Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24]
+ Conceuz en ventre nuptial,
+ Bons comme fut sainct Martial.
+ Ainsi en preigne au bon Dauphin;
+ Je ne luy souhaicte autre mal,
+ Et puys paradis a la fin.
+
+ X.
+
+ Pour ce que foible je me sens,
+ Trop plus de biens que de sante,
+ Tant que je suys en mon plain sens,
+ Si peu que Dieu m'en a preste,
+ Car d'autre ne l'ay emprunte,
+ J'ay ce Testament tres estable
+ Faict, de derniere voulente,
+ Seul pour tout et irrevocable:
+
+ XI.
+
+ Escript l'ay l'an soixante et ung,
+ Que le bon roy me delivra
+ De la dure prison de Mehun,
+ Et que vie me recouvra,
+ Dont suys, tant que mon cueur vivra,
+ Tenu vers luy me humilier,
+ Ce que feray jusqu'il mourra:
+ Bienfaict ne se doibt oublier.
+
+
+ _Icy commence Villon a entrer en matiere
+ pleine d'erudition et de bon scavoir._
+
+
+ XII.
+
+ Or est vray qu'apres plaingtz et pleurs
+ et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs, [P. 25]
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentemens,
+ Esguisez comme une pelote,
+ M'ouvrist plus que tous les Commens
+ D'Averroys sur Aristote.
+
+ XIII.
+
+ Combien qu'au plus fort de mes maulx,
+ En cheminant sans croix ne pile,
+ Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
+ Conforta, ce dit l'Evangile,
+ Me montra une bonne ville
+ Et pourveut du don d'esperance;
+ Combien que le pecheur soit vile,
+ Riens ne hayt que perseverance.
+
+ XIV.
+
+ Je suys pecheur, je le scay bien;
+ Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
+ Mais convertisse et vive en bien;
+ Mieulx tout autre que peche mord,
+ Soye vraye voulente ou enhort,
+ Dieu voit, et sa misericorde,
+ Se conscience me remord,
+ Par sa grace pardon m'accorde.
+
+ XV.
+
+ Et, comme le noble Romant
+ De la Rose dit et confesse
+ En son premier commencement,
+ Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
+ Quant on le voit vieil en vieillesse,
+ Excuser; helas! il dit voir.
+ Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26]
+ En meurte ne me vouldroient veoir.
+
+ XVI.
+
+ Se, pour ma mort, le bien publique
+ D'aucune chose vaulsist myeulx,
+ A mourir comme ung homme inique
+ Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
+ Grief ne faiz a jeune ne vieulx,
+ Soye sur pied ou soye en biere:
+ Les montz ne bougent de leurs lieux,
+ Pour un paouvre, n'avant, n'arriere.
+
+ XVII.
+
+ Au temps que Alexandre regna,
+ Ung hom, nomme Diomedes,
+ Devant luy on luy amena,
+ Engrillonne poulces et detz
+ Comme ung larron; car il fut des
+ Escumeurs que voyons courir.
+ Si fut mys devant le cades,
+ Pour estre juge a mourir.
+
+ XVIII.
+
+ L'empereur si l'arraisonna:
+ "Pourquoy es-tu larron de mer?"
+ L'autre, responce luy donna:
+ "Pourquoy larron me faiz nommer?
+ "Pour ce qu'on me voit escumer
+ "En une petiote fuste?
+ "Se comme toy me peusse armer,
+ "Comme toy empereur je fusse.
+
+ XIX. [P. 27]
+
+ "Mais que veux-tu! De ma fortune,
+ "Contre qui ne puis bonnement,
+ "Qui si durement m'infortune,
+ "Me vient tout ce gouvernement.
+ "Excuse-moy aucunement,
+ "Et scaches qu'en grand pauvrete
+ "(Ce mot dit-on communement)
+ "Ne gist pas trop grand loyaulte."
+
+ XX.
+
+ Quand l'empereur eut remire
+ De Diomedes tout le dict:
+ "Ta fortune je te mueray,
+ "Mauvaise en bonne!" ce luy dit.
+ Si fist-il. Onc puis ne mesprit
+ A personne, mais fut vray homme;
+ Valere, pour vray, le rescript,
+ Qui fut nomme _le grand_ a Romme.
+
+ XXI.
+
+ Se Dieu m'eust donne rencontrer
+ Ung autre piteux Alexandre,
+ Qui m'eust faict en bon heur entrer,
+ Et lors qui m'eust veu condescendre
+ A mal, estre ars et mys en cendre
+ Juge me fusse de ma voix.
+ Necessite faict gens mesprendre,
+ Et faim saillir le loup des boys.
+
+ XXII.
+
+ Je plaings le temps de ma jeunesse,
+ Ouquel j'ay plus qu'autre galle,
+ Jusque a l'entree de vieillesse, [P. 28]
+ Qui son partement m'a cele.
+ Il ne s'en est a pied alle,
+ N'a cheval; las! et comment donc?
+ Soudainement s'en est voile,
+ Et ne m'a laisse quelque don.
+
+ XXIII.
+
+ Alle s'en est, et je demeure,
+ Pauvre de sens et de scavoir,
+ Triste, failly, plus noir que meure,
+ Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
+ Des miens le moindre, je n'y voir,
+ De me desadvouer s'avance,
+ Oublyans naturel devoir,
+ Par faulte d'ung peu de chevance.
+
+ XXIV.
+
+ Si ne crains avoir despendu,
+ Par friander et par leschier;
+ Par trop aimer n'ay riens vendu,
+ Que nuls me puissent reprouchier.
+ Au moins qui leur couste trop cher.
+ Je le dys, et ne croys mesdire.
+ De ce ne me puis revencher:
+ Qui n'a mefiait ne le doit dire.
+
+ XXV.
+
+ Est verite que j'ay ayme
+ Et que aymeroye voulentiers;
+ Mais triste cueur, ventre affame,
+ Qui n'est rassasie au tiers,
+ Me oste des amoureux sentiers.
+ Au fort, quelqu'un s'en recompense,
+ Qui est remply sur les chantiers, [P. 29]
+ Car de la panse vient la danse.
+
+ XXVI.
+
+ Bien scay se j'eusse estudie
+ Ou temps de ma jeunesse folle,
+ Et a bonnes meurs dedie,
+ J'eusse maison et couche molle!
+ Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
+ Comme faict le mauvays enfant...
+ En escrivant ceste parolle,
+ A peu que le cueur ne me fend.
+
+ XXVII.
+
+ Le dict du Saige est tres beaulx dictz,
+ Favorable, et bien n'en puis mais,
+ Qui dit: "Esjoys-toy, mon filz,
+ A ton adolescence; mais
+ Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
+ Car jeunesse et adolescence
+ (C'est son parler, ne moins ne mais)
+ Ne sont qu'abbus et ignorance."
+
+ XXVIII.
+
+ Mes jours s'en sont allez errant,
+ Comme, dit Job, d'une touaille
+ Sont les filetz, quant tisserant
+ Tient en son poing ardente paille:
+ Lors, s'il y a nul bout qui saille,
+ Soudainement il le ravit.
+ Si ne crains rien qui plus m'assaille,
+ Car a la mort tout assouvyst.
+
+ XXIX. [P. 30]
+
+ Ou sont les gratieux gallans
+ Que je suyvoye au temps jadis,
+ Si bien chantans, si bien parlans,
+ Si plaisans en faictz et en dictz?
+ Les aucuns sont mortz et roydiz;
+ D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
+ Respit ils ayent en paradis,
+ Et Dieu saulve le remenant!
+
+ XXX.
+
+ Et les aucuns sont devenuz,
+ Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
+ Les autres mendient tous nudz,
+ Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
+ Les autres sont entrez en cloistres;
+ De Celestins et de Chartreux,
+ Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
+ Voila l'estat divers d'entre eulx.
+
+ XXXI.
+
+ Aux grans maistres Dieu doint bien faire
+ Vivans en paix et en requoy.
+ En eulx il n'y a que refaire;
+ Si s'en fait bon taire tout quoy.
+ Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
+ Comme moy, Dieu doint patience;
+ Aux aultres ne fault qui ne quoy,
+ Car assez ont pain et pitance.
+
+ XXXII.
+
+ Bons vins ont, souvent embrochez,
+ Saulces, brouetz et gros poissons;
+ Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31]
+ Perduz, et en toutes facons.
+ Pas ne ressemblent les macons,
+ Que servir fault a si grand peine;
+ Ils ne veulent nulz eschancons,
+ Car de verser chascun se peine.
+
+ XXXIII.
+
+ En cest incident me suys mys,
+ Qui de rien ne sert a mon faict.
+ Je ne suys juge, ne commis,
+ Pour punyr n'absouldre meffaict.
+ De tous suys le plus imparfaict.
+ Loue soit le doulx Jesus-Christ!
+ Que par moy leur soit satisfaict!
+ Ce que j'ay escript est escript.
+
+ XXXIV.
+
+ Laissons le monstier ou il est;
+ Parlons de chose plus plaisante.
+ Ceste matiere a tous ne plaist:
+ Ennuyeuse est et desplaisante.
+ Pauvrete, chagrine et dolente,
+ Tousjours despiteuse et rebelle,
+ Dit quelque parolle cuysante;
+ S'elle n'ose, si le pense-elle.
+
+ XXXV.
+
+ Pauvre je suys de ma jeunesse,
+ De pauvre et de petite extrace.
+ Mon pere n'eut oncq grand richesse.
+ Ne son ayeul, nomme Erace.
+ Pauvrete tous nous suyt et trace.
+ Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
+ Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32]
+ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
+
+ XXXVI.
+
+ De pouvrete me guermentant,
+ Souventesfoys me dit le cueur:
+ "Homme, ne te doulouse tant
+ Et ne demaine tel douleur,
+ Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
+ Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
+ Pauvre, qu'avoir este seigneur
+ Et pourrir soubz riches tumbeaux!"
+
+ XXXVII.
+
+ Qu'avoir este seigneur!... Que dys?
+ Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
+ Selon ce que d'aulcun en dict,
+ Son lieu ne congnoistra jamais.
+ Quant du surplus, je m'en desmectz.
+ Il n'appartient a moy, pecheur;
+ Aux theologiens le remectz,
+ Car c'est office de prescheur.
+
+ XXXVIII.
+
+ Si ne suys, bien le considere,
+ Filz d'ange, portant dyademe
+ D'etoille ne d'autre sydere.
+ Mon pere est mort, Dieu en ayt l'ame,
+ Quant est du corps, il gyst soubz lame...
+ J'entends que ma mere mourra,
+ Et le scait bien, la pauvre femme;
+ Et le filz pas ne demourra.
+
+ XXXIX. [P. 33]
+
+ Je congnoys que pauvres et riches,
+ Sages et folz, prebstres et laiz,
+ Noble et vilain, larges et chiches,
+ Petitz et grans, et beaulx et laidz,
+ Dames a rebrassez colletz,
+ De quelconque condicion,
+ Portant attours et bourreletz,
+ Mort saisit sans exception.
+
+ XL.
+
+ Et mourut Paris et Helene.
+ Quiconques meurt, meurt a douleur.
+ Celluy qui perd vent et alaine,
+ Son fiel se creve sur son cueur,
+ Puys sue Dieu scait quelle sueur!
+ Et n'est qui de ses maulx l'allege:
+ Car enfans n'a, frere ne soeur,
+ Qui lors voulsist estre son pleige.
+
+ XLI.
+
+ La mort le faict fremir, pallir,
+ Le nez courber, les veines tendre,
+ Le col enfler, la chair mollir,
+ Joinctes et nerfs croistre et estendre.
+ Corps feminin, qui tant est tendre,
+ Polly, souef, si precieulx,
+ Te faudra-il ces maulx attendre?
+ Ouy, ou tout vif aller es cieulx.
+
+ [P. 34]
+
+ BALLADE
+ DES DAMES DU TEMPS JADIS.
+
+ Dictes-moy ou, n'en quel pays,
+ Est Flora, la belle Romaine;
+ Archipiada, ne Thais,
+ Qui fut sa cousine germaine;
+ Echo, parlant quand bruyt on maine
+ Dessus riviere ou sus estan,
+ Qui beaute eut trop plus qu'humaine?
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+ Ou est la tres sage Helois,
+ Pour qui fut chastre et puis moyne
+ Pierre Esbaillart a Sainct-Denys?
+ Pour son amour eut cest essoyne.
+ Semblablement, ou est la royne
+ Qui commanda que Buridan
+ Fust jette en ung sac en Seine?
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+ La royne Blanche comme ung lys,
+ Qui chantoit a voix de sereine;
+ Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
+ Harembourges, qui tint le Mayne,
+ Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois bruslerent a Rouen;
+ Ou sont-ilz, Vierge souveraine?...
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+ [P. 35]
+ ENVOI
+
+ Prince, n'enquerez de sepmaine
+ Ou elles sont, ne de cest an,
+ Que ce refrain ne vous remaine:
+ Mais ou sont les neiges d'antan!
+
+
+ BALLADE
+ DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS
+
+ Suyvant le propos precedent.
+
+ Qui plus? Ou est le tiers Calixte,
+ Dernier decede de ce nom,
+ Qui quatre ans tint le Papaliste?
+ Alphonse, le roy d'Aragon,
+ Le gracieux duc de Bourbon,
+ Et Artus, le duc de Bretaigne,
+ Et Charles septiesme, le Bon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ Semblablement, le roy Scotiste,
+ Qui demy-face eut, ce dit-on,
+ Vermeille comme une amathiste
+ Depuys le front jusqu'au menton?
+ Le roy de Chypre, de renom;
+ Helas! et le bon roy d'Espaigne,
+ Duquel je ne scay pas le nom?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ D'en plus parler je me desiste; [P. 36]
+ Ce n'est que toute abusion.
+ Il n'est qui contre mort resiste,
+ Ne qui treuve provision.
+ Encor fais une question:
+ Lancelot, le roy de Behaigne,
+ Ou est-il? Ou est son tayon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+ ENVOI.
+
+ Ou est Claquin, le bon Breton?
+ Ou le comte Daulphin d'Auvergne,
+ Et le bon feu duc d'Alencon?...
+ Mais ou est le preux Charlemaigne!
+
+
+ BALLADE
+
+ A ce propos, en vieil francois.
+
+ Mais ou sont ly sainctz apostoles,
+ D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
+ Qui sont ceincts de sainctes estoles,
+ Dont par le col prent ly mauffez,
+ De maltalent tout eschauffez?
+ Aussi bien meurt tilz que servans;
+ De ceste vie sont bouffez:
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Voire, ou sont de Constantinobles
+ L'emperier aux poings dorez,
+ Ou de France ly roy tresnobles,
+ Sur tous autres roys decorez.
+ Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37]
+ Bastist eglises et convens?
+ S'en son temps il fut honorez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Ou sont de Vienne et de Grenobles
+ Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
+ Ou, de Dijon, Sallins et Dolles,
+ Ly sires et ly filz aisnez?
+ Ou autant de leurs gens privez,
+ Heraulx, trompettes, poursuyvans?
+ Ont-ilz bien boute soubz le nez?...
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ ENVOI.
+
+ Princes a mort sont destinez,
+ Et tous autres qui sont vivans;
+ S'ils en sont coursez ou tennez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+
+ XLII.
+
+ Puys que papes, roys, filz de roys,
+ Et conceuz en ventres de roynes,
+ Sont enseveliz, mortz et froidz,
+ En aultruy mains passent leurs resnes;
+ Moy, pauvre mercerot de Renes,
+ Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
+ Mais que j'aye faict mes estrenes,
+ Honneste mort ne me desplaist.
+
+ XLIII.
+
+ Ce monde n'est perpetuel,
+ Quoy que pense riche pillart;
+ Tous sommes soubz coutel mortel.
+ Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38]
+ Lequel d'estre plaisant raillart
+ Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
+ Qu'on tiendrait a fol et paillait,
+ Se, vieil, a railler se mettoit.
+
+ XLIV.
+
+ Or luy convient-il mendier,
+ Car a ce force le contraint.
+ Regrette huy sa mort, et hier;
+ Tristesse son cueur si estrainct,
+ Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
+ Il feroit un horrible faict.
+ Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
+ Et que luy-mesmes se deffaict.
+
+ XLV.
+
+ Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
+ Ores plus rien ne dit qui plaise.
+ Tousjours vieil synge est desplaisant:
+ Moue ne faict qui ne desplaise.
+ S'il se taist, affin qu'il complaise,
+ Il est tenu pour fol recreu;
+ S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
+ Et qu'en son prunier n'a pas creu.
+
+ XLVI.
+
+ Aussi, ces pauvres femmelettes,
+ Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
+ Quand voyent jeunes pucellettes
+ En admenez et en requoy,
+ Lors demandent a Dieu pourquoy
+ Si tost nasquirent, n'a quel droit?
+ Notre Seigneur s'en taist tout coy,
+ Car, au tanser, il le perdroit.
+
+ [P. 39]
+
+ LES REGRETS
+ DE LA BELLE HEAULMIERE
+
+ Ja parvenue a vieillesse.
+
+ Advis m'est que j'oy regretter
+ La belle qui fut heaulmiere,
+ Soy jeune fille souhaitter
+ Et parler en ceste maniere:
+ "Ha! vieillesse felonne et fiere,
+ Pourquoy m'as si tost abatue?
+ Qui me tient que je ne me fiere,
+ Et qu'a ce coup je ne me tue?
+
+ "Tollu m'as ma haulte franchise
+ Que beaute m'avoit ordonne
+ Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
+ Car alors n'estoit homme ne
+ Qui tout le sien ne m'eust donne,
+ Quoy qu'il en fust des repentailles,
+ Mais que luy eusse abandonne
+ Ce que reffusent truandailles.
+
+ "A maint homme l'ay reffuse,
+ Qui n'estoit a moy grand saigesse,
+ Pour l'amour d'ung garson ruse,
+ Auquel j'en feiz grande largesse.
+ A qui que je feisse finesse,
+ Par m'ame, je l'amoye bien!
+ Or ne me faisoit que rudesse,
+ Et ne m'amoyt que pour le mien.
+
+ "Ja ne me sceut tant detrayner, [P. 40]
+ Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
+ Et m'eust-il faict les rains trayner,
+ S'il m'eust dit que je le baisasse
+ Et que tous mes maux oubliasse;
+ Le glouton, de mal entache,
+ M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
+ Que m'en reste-il? Honte et peche.
+
+ "Or il est mort, passe trente ans,
+ Et je remains vieille et chenue.
+ Quand je pense, lasse! au bon temps,
+ Quelle fus, quelle devenue;
+ Quand me regarde toute nue,
+ Et je me voy si tres-changee,
+ Pauvre, seiche, maigre, menue,
+ Je suis presque toute enragee.
+
+ "Qu'est devenu ce front poly,
+ Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
+ Grand entr'oeil, le regard joly,
+ Dont prenoye les plus subtilz;
+ Ce beau nez droit, grand ne petiz;
+ Ces petites joinctes oreilles,
+ Menton fourchu, cler vis traictis,
+ Et ces belles levres vermeilles?
+
+ "Ces gentes espaules menues,
+ Ces bras longs et ces mains tretisses;
+ Petitz tetins, hanches charnues,
+ Eslevees, propres, faictisses
+ A tenir amoureuses lysses;
+ Ces larges reins, ce sadinet,
+ Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]
+ Dedans son joly jardinet?
+
+ "Le front ride, les cheveulx gris,
+ Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
+ Qui faisoient regars et ris,
+ Dont maintz marchans furent attaincts;
+ Nez courbe, de beaulte loingtains;
+ Oreilles pendans et moussues;
+ Le vis pally, mort et destaincts;
+ Menton fonce, levres peaussues:
+
+ "C'est d'humaine beaute l'yssues!
+ Les bras courts et les mains contraictes,
+ Les espaulles toutes bossues;
+ Mammelles, quoy! toutes retraictes;
+ Telles les hanches que les tettes.
+ Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
+ Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
+ Grivelees comme saulcisses.
+
+ "Ainsi le bon temps regretons
+ Entre nous, pauvres vieilles sottes,
+ Assises bas, a croppetons,
+ Tout en ung tas comme pelottes,
+ A petit feu de chenevottes,
+ Tost allumees, tost estainctes;
+ Et jadis fusmes si mignottes!...
+ Ainsi en prend a maintz et maintes."
+
+ [P. 42]
+
+ BALLADE DE LA BELLE HEAULMIERE
+ AUX FILLES DE JOIE.
+
+ "Or y pensez, belle Gantiere,
+ Qui m'escoliere souliez estre,
+ Et vous, Blanche la Savetiere,
+ Ores est temps de vous congnoistre.
+ Prenez a dextre et a senestre;
+ N'espargnez homme, je vous prie:
+ Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ "Et vous, la gente Saulcissiere,
+ Qui de dancer estes adextre;
+ Guillemette la Tapissiere,
+ Ne mesprenez vers vostre maistre;
+ Tous vous fauldra clorre fenestre,
+ Quand deviendrez vieille, flestrie;
+ Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ "Jehanneton la Chaperonniere,
+ Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
+ Katherine la Bouchiere,
+ N'envoyez plus les hommes paistre:
+ Car qui belle n'est, ne perpetre
+ Leur bonne grace, mais leur rie.
+ Laide vieillesse amour n'impetre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ ENVOI.
+
+ "Filles, veuillez vous entremettre
+ D'escouter pourquoy pleure et crie
+ C'est que ne puys remede y mettre, [P. 43]
+ Ne que monnoye qu'on descrie."
+
+
+ XLVII.
+
+ Ceste lecon icy leur baille
+ La belle et bonne de jadis;
+ Bien dit ou mal, vaille que vaille,
+ Enregistrer j'ay faict ces ditz
+ Par mon clerc Fremin l'estourdys,
+ Aussi rassis que je pense estre...
+ S'il me desment, je le mauldys:
+ Selon le clerc est deu le maistre.
+
+ XLVIII.
+
+ Si apercoy le grand danger
+ La ou l'homme amoureux se boute...
+ He! qui me vouldroit laidanger
+ De ce mot, en disant: "Escoute!
+ Se d'aymer t'estrange et reboute
+ Le barat de celles nommees,
+ Tu fais une bien folle doubte,
+ Car ce sont femmes diffamees.
+
+ XLIX.
+
+ "S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
+ On ne les ayme que pour l'heure.
+ Rondement ayment toute gent,
+ Et rient lors quant bourse pleure.
+ De celles n'est qui ne recoeuvre;
+ Mais en femmes d'honneur et nom
+ Franc homme, se Dieu me sequeure,
+ Se doit employer; ailleurs, non."
+
+ L. [P. 44]
+
+ Je prens qu'aucun dye cecy,
+ Si ne me contente-il en rien.
+ En effect, je concludz ainsy,
+ Et sy le cuyde entendre bien,
+ Qu'on doit aymer en lieu de bien.
+ Ascavoir-mon se ces fillettes,
+ Qu'en parolles toute jour tien,
+ Ne furent pas femmes honnestes?
+
+ LI.
+
+ Honnestes, si furent vrayement,
+ Sans avoir reproches ne blasmes.
+ S'il est vray que, au commencement,
+ Une chascune de ces femmes
+ Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
+ L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
+ Pour estaindre d'amours les flammes,
+ Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
+
+ LII.
+
+ Or firent selon le decret
+ Leurs amys, et bien y appert;
+ Elles aymoient en lieu secret,
+ Car autre qu'eulx n'y avoit part.
+ Toutesfois, ceste amour se part:
+ Car celle qui n'en avoit qu'un
+ D'icelluy s'eslongne et despart,
+ Et ayme myeulx aymer chascun.
+
+ LIII.
+
+ Qui les meut a ce? J'imagine,
+ Sans l'honneur des dames blasmer
+ Que c'est nature feminine, [P. 45]
+ Qui tout vivement veult aymer.
+ Autre chose n'y scay rymer;
+ Fors qu'on dit, a Reims et a Troys,
+ Voire a l'Isle et a Sainct-Omer,
+ Que six ouvriers font plus que troys.
+
+ LIV.
+
+ Or ont les folz amans le bond,
+ Et les dames prins la vollee;
+ C'est le droit loyer qu'amours ont;
+ Toute foy y est violee,
+ Quelque doulx baiser n'acollee.
+ De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
+ Chascun le dit a la vollee:
+ "Pour ung plaisir mille doulours."
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE
+ SUR LE MEME PROPOS.
+
+ Pour ce, aymez tant que vouldrez,
+ Suyvez assemblees et festes,
+ En la fin ja mieulx n'en vauldrez,
+ Et sy n'y romprez que vos testes:
+ Folles amours font les gens bestes:
+ Salmon en idolatrya;
+ Samson en perdit ses lunettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Orpheus, le doux menestrier,
+ Jouant de flustes et musettes,
+ En fut en dangier du meurtrier [P. 46]
+ Bon chien Cerberus a troys testes;
+ Et Narcissus, _le bel honnestes_,
+ En ung profond puys se noya,
+ Pour l'amour de ses amourettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Sardana, le preux chevalier,
+ Qui conquist le regne de Cretes,
+ En voult devenir moulier
+ Et filer entre pucellettes.
+ David ly roy, saige prophetes,
+ Craincte de Dieu en oublya,
+ Voyant laver cuisses bien faictes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Ammon en voult deshonnorer,
+ Feignant de manger tartelettes,
+ Sa soeur Thamar, et deflorer,
+ Qui fist choses moult deshonnestes;
+ Herodes (pas ne sont sornettes)
+ Sainct Jean-Baptiste en decolla,
+ Pour dances, saultz et chansonnettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ De moy, pauvre, je veuil parler;
+ J'en fuz batu, comme a ru telles,
+ Tout nud, ja ne le quiers celer.
+ Qui me feit mascher ces groiselles,
+ Fors Katherine de Vauselles?
+ Noe le tiers ot, qui fut la.
+ Mitaines a ces nopces telles,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Mais que ce jeune bachelier [P. 47]
+ Laissast ces jeunes bachelettes,
+ Non! et, le deust-on vif brusler,
+ Comme ung chevaucheur d'escovettes.
+ Plus doulces luy sont que civettes;
+ Mais toutesfoys fol s'y fia:
+ Soient blanches, soient brunettes,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+
+ LV.
+
+ Si celle que jadis servoye
+ De si bon cueur et loyaument,
+ Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
+ Et souffroye tant de torment,
+ Se dit m'eust, au commencement,
+ Sa voulente (mais nenny, las!),
+ J'eusse mys peine aucunement,
+ De moy retraire de ses las.
+
+ LVI.
+
+ Quoy que je luy voulsisse dire,
+ Elle estoit preste d'escouter,
+ Sans m'accorder ne contredire;
+ Qui plus, me souffroit arrester,
+ Joignant elle pres s'accouter;
+ Et ainsi m'alloit amusant,
+ Et me souffroit tout racompter,
+ Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.
+
+ LVII.
+
+ Abuse m'a, et faict entendre
+ Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
+ De farine, que ce fust cendre;
+ D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48]
+ De viel machefer, que fust peaultre;
+ D'ambesas, que ce fussent ternes...
+ Toujours trompant ou moy ou aultre,
+ Et vendoit vessies pour lanternes.
+
+ LVIII.
+
+ Du ciel, une poisle d'arain;
+ Des nues, une peau de veau;
+ Du matin, qu'estoit le serain;
+ D'un trongnon de chou, ung naveau;
+ D'orde cervoise, vin nouveau;
+ D'une truie, ung molin a vent;
+ Et d'une hart, ung escheveau;
+ D'un gras abbe, ung poursuyvant.
+
+ LIX.
+
+ Ainsi m'ont amours abuse,
+ Et pourmene de l'uys au pesle.
+ Je croy qu'homme n'est si ruse,
+ Fust fin comme argent de crepelle,
+ Qui n'y laissast linge et drapelle,
+ Mais qu'il fust ainsi manye
+ Comme moy, qui partout m'appelle:
+ _L'Amant remys et renye_.
+
+ LX.
+
+ Je renye Amours et despite;
+ Je deffie a feu et a sang.
+ Mort par elles me precipite,
+ Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
+ Ma vielle ay mys soubz le banc;
+ Amans je ne suyvray jamais;
+ Se jadis je fuz de leur ranc,
+ Je declaire que n'en suys mais.
+
+ LXI. [P. 49]
+
+ Car j'ay mys le plumail au vent:
+ Or le suyve qui a attente;
+ De ce me tays dorenevant.
+ Poursuyvre je vueil mon entente,
+ Et, s'aucun m'interroge ou tente
+ Comment d'amours ose mesdire,
+ Geste parolle les contente:
+ "Qui meurt a ses loix de tout dire."
+
+ LXII.
+
+ Je cognoys approcher ma soef;
+ Je crache, blanc comme cotton,
+ Jacobins gros comme ung estoeuf:
+ Qu'est-ce a dire? que Jenanneton
+ Plus ne me tient pour valeton,
+ Mais pour ung vieil use regnait...
+ De vieil porte voix et le ton,
+ Et ne suys qu'ung jeune coquart.
+
+ LXIII.
+
+ Dieu mercy et Jaques Thibault,
+ Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
+ En ung bas lieu, non pas en hault;
+ Manger d'angoisse mainte poire;
+ Enferre... Quand j'en ay memoire,
+ Je pry pour luy et _reliqua_,
+ Que Dieu luy doint... et voire, voire,
+ Ce que je pense... _et cetera_.
+
+ LXIV.
+
+ Toutesfoys, je n'y pense mal,
+ Pour luy et pour son lieutenant;
+ Aussy pour son official, [P. 50]
+ Qui est plaisant et advenant,
+ Que faire n'ay du remenant;
+ Mais du petit maistre Robert?...
+ Je les ayme, tout d'ung tenant,
+ Ainsi que faict Dieu le Lombart.
+
+ LXV.
+
+ Si me souvient, a mon advis,
+ Que je feis, a mon partement,
+ Certains lays, l'an cinquante six,
+ Qu'aucuns, sans mon consentement,
+ Voulurent nommer _Testament_;
+ Leur plaisir fut, et non le mien:
+ Mais quoy! on dit communement,
+ Qu'un chascun n'est maistre du sien.
+
+ LXVI.
+
+ S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
+ Receu les lays que je luy mande,
+ J'ordonne que, apres mon trespas,
+ A mes hoirs en face demande;
+ Qui sont-ilz? si on le demande:
+ Moreau, Provins, Robin Turgis;
+ De moy, par dictez que leur mande,
+ Ont eu jusqu'au lict ou je gys.
+
+ LXVII.
+
+ Pour le revoquer ne le dy,
+ Et y courust toute ma terre;
+ De pitie en suys refroidy,
+ Envers le bastard de la Barre:
+ Parmy ses trois gluvons de foerre,
+ Je luy donne mes vieilles nattes;
+ Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51]
+ Et soy soustenir sur ses pattes.
+
+ LXVIII.
+
+ Somme, plus ne diray qu'ung mot,
+ Car commencer veuil a tester:
+ Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
+ (S'il ne dort), je vueil protester,
+ Que n'entends homme detester,
+ En ceste presente ordonnance;
+ Et ne la vueil manifester
+ Sinon au royaulme de France.
+
+ LXIX.
+
+ Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
+ Et plus je ne puys papier.
+ Fremin, siez-toy pres de mon lict,
+ Que l'on ne me viengne espier!
+ Prens tost encre, plume et papier,
+ Ce que nomme escryz vistement;
+ Puys fais-le partout copier,
+ Et vecy le commancement.
+
+
+ _Ici commance Villon a tester_.
+
+ LXX.
+
+ Au nom de Dieu, Pere eternel.
+ Et du Filz que Vierge parit,
+ Dieu au Pere oeternel,
+ Ensemble et du Sainct Esperit,
+ Qui saulva ce qu'Adam perit,
+ Et du pery pare les Cieulx...
+ Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52]
+ De gens mortz se font petiz Dieux.
+
+ LXXI.
+
+ Mortz estoient, et corps et ames,
+ En damnee perdition;
+ Corps pourriz, et ames en flammes,
+ De quelconque condition;
+ Toutesfoys, fais exception
+ Des patriarches et prophetes;
+ Car, selon ma conception,
+ Oncques grand chault n'eurent aux fesses.
+
+ LXXII.
+
+ Qui me diroit: "Qui te faict mectre
+ Si tres-avant ceste parolle,
+ Qui n'es en Theologie maistre?
+ A toy est presumption folle."
+ --C'est de JESUS la parabolle,
+ Touchant le Riche ensevely
+ En feu, non pas en couche molle,
+ Et du Ladre, de dessus ly.
+
+ LXXIII.
+
+ Si du Ladre eust veu le doy ardre,
+ Ja n'en eust requis refrigere,
+ N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
+ Pour refreschir sa maschouere.
+ Pions y feront mate chere,
+ Qui boy vent pourpoinct et chemise:
+ Puys que boyture y est si chere,
+ Dieu nous garde de la main mise!
+
+ LXXIV. [P. 53]
+
+ Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
+ Et de sa glorieuse Mere,
+ Sans peche soit parfaict ce dict
+ Par moy, plus maigre que chimere;
+ Si je n'ay eu fievre effimere,
+ Ce m'a faict divine clemence;
+ Mais d'autre dueil et perte amere
+ Je me tays, et ainsi commence:
+
+ LXXV.
+
+ Premier, je donne ma pauvre ame
+ A la benoiste Trinite,
+ Et la commande a Nostre Dame,
+ Chambre de la divinite;
+ Priant toute la charite
+ Des dignes neuf Ordres des cieulx,
+ Que par eulx soit ce don porte
+ Devant le Trosne precieux.
+
+ LXXVI.
+
+ Item, mon corps j'ordonne et laisse
+ A nostre grand mere la terre;
+ Les vers n'y trouveront grand gresse:
+ Trop lui a faict faim dure guerre.
+ Or luy soit delivre grand erre;
+ De terre vint, en terre tourne.
+ Toute chose, se par trop n'erre,
+ voulentiers en son lieu retourne.
+
+ LXXVII.
+
+ Item, et a mon plus que pere,
+ Maistre Guillaume de Villon
+ Qui m'a este plus doulx que mere [P. 54]
+ D'enfant esleve de maillon;
+ Dejette m'a de maint boillon,
+ Et de cestuy pas ne s'esjoye,
+ Si luy requiers a genoillon,
+ Qu'il m'en laisse toute la joye.
+
+ LXXVIII.
+
+ Je luy donne ma librairie,
+ Et le _Rommant du Pet au Diable_,
+ Lequel maistre Gui Tabarie
+ Grossoya, qu'est hom veritable.
+ Par cayers est soubz une table.
+ Combien qu'il soit rudement faict,
+ La matiere est si tres notable,
+ Qu'elle amende tout le meffaict.
+
+ LXXIX.
+
+ Item, donne a ma bonne mere
+ Pour saluer nostre Maistresse,
+ Qui pour moy eut douleur amere,
+ Dieu le scait, et mainte tristesse;
+ Autre chastel ou fosteresse
+ N'ay ou retraire corps et ame,
+ Quand sur moy court male destresse,
+ Ne ma mere, la povre femme!
+
+ [P. 55]
+
+ BALLADE
+ QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MERE,
+ POUR PRIER NOSTRE-DAME.
+
+ Dame du ciel, regente terrienne,
+ Emperiere des infernaulx palux,
+ Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
+ Que comprinse soye entre voz esleuz,
+ Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
+ Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
+ Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
+ Sans lesquelz biens ame ne peult merir
+ N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ A vostre Filz dictes que je suis sienne;
+ Que de luy soyent mes pechez aboluz:
+ Pardonnes moi comme a l'Egyptienne,
+ Ou comme il feit au clerc Theophilus,
+ Lequel par vous fut quitte et absoluz,
+ Combien qu'il eust au diable faict promesse.
+ Preservez-moy, que je ne face cesse;
+ Vierge, pourtant, me vouillies impartir
+ Le sacrement qu'on celebre a la messe.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ Femme je suis povrette et ancienne,
+ Ne riens ne scay; oncques lettre ne leuz;
+ Au monstier voy dont suis parroissienne
+ Paradis painct, ou sont harpes et luz,
+ Et ung enfer ou damnez sont boulluz: [P. 56]
+ L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
+ La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
+ A qui pecheurs doivent tous recourir,
+ Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Vous portastes, Vierge, digne princesse,
+ JESUS regnant, qui n'a ne fin ne cesse.
+ Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
+ Laissa les cieulx et nous vint secourir;
+ Offrist a mort sa tres clere jeunesse;
+ Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+
+
+ LXXX.
+
+ Item, m'amour, ma chere Rose,
+ Ne luy laisse ne cueur ne foye:
+ Elle aymeroit mieulx autre chose,
+ Combien qu'elle ait assez monnoye:
+ Quoy? une grand bourse de soye,
+ Pleine d'escuz, profonde et large:
+ Mais pendu soit-il, que je soye,
+ Qui luy lairra escu ne targe.
+
+ LXXXI.
+
+ Car elle en a, sans moy, assez.
+ Mais de cela il ne m'en chault;
+ Mes grans deduictz en sont passez;
+ Plus n'en ay le cropion chauld.
+ Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57]
+ Qui fut nomme le bon fouterre.
+ Priez pour luy, faictes ung sault:
+ A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.
+
+ LXXXII.
+
+ Ce non obstant, pour m'acquitter
+ Envers Amours, plus qu'envers elle,
+ Car oncques n'y peuz acquester
+ D'amours une seule estincelle;
+ Ne scay s'a tous est si rebelle
+ Qu'a moy: ce ne m'est grand esmoy;
+ Mais, par saincte Marie la belle!
+ Je n'y voy que rire pour moy.
+
+ LXXXIII.
+
+ Ceste Ballade luy envoye,
+ Qui se termine toute en R.
+ Qui la portera? que j'y voye:
+ Ce sera Pernet de la Barre,
+ Pourveu, s'il rencontre en son erre
+ Ma damoyselle au nez tortu,
+ Il luy dira, sans plus enquerre:
+ "Orde paillarde, d'ou viens-tu?"
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON A S'AMYE.
+
+ Faulse beaulte, qui tant me couste cher.
+ Rude en effect, hypocrite doulceur;
+ Amour dure, plus que fer, a mascher; [P. 58]
+ Nommer que puis de ma deffacon soeur,
+ Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
+ Orgueil musse, qui gens met au mourir;
+ Yeulx sans pitie! ne veult droicte rigueur,
+ Sans empirer, ung pauvre secourir?
+
+ Mieulx m'eust valu avoir este crier
+ Ailleurs secours, c'eust este mon bonheur:
+ Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
+ Trotter m'en fault en fuyte a deshonneur.
+ Haro, haro, le grand et le mineur!
+ Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
+ Ou pitie veult, selon ceste teneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ Ung temps viendra, qui fera desseicher,
+ Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
+ Je m'en risse, se tant peusse marcher,
+ Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
+ Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
+ Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
+ Ne donnez pas a tous ceste douleur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince amoureux, des amans le greigneur,
+ Vostre mal gre ne vouldroye encourir;
+ Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+
+ [P. 59]
+ LXXXIV.
+
+ Item, a maistre Ythier, marchant,
+ Auquel mon branc laissay jadis,
+ Donne (mais qu'il le mette en chant),
+ Ce lay, contenant des vers dix;
+ Et aussi ung _De profundis_
+ Pour ses anciennes amours,
+ Desquelles le nom je ne dis,
+ Car il me herroit a tousjours.
+
+
+
+ LAY OU PLUSTOST RONDEAU.
+
+ MORT, j'appelle de ta rigueur,
+ Qui m'as ma maistresse ravie,
+ Et n'es pas encore assouvie,
+ Se tu ne me tiens en langueur.
+ Onc puis n'euz force ne vigueur;
+ Mais que te nuysoit-elle en vie,
+ Mort?
+
+ Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
+ S'il est mort, force est que devie,
+ Voire, ou que je vive sans vie,
+ Comme les images, par cueur,
+ Mort!
+
+
+
+ LXXXV.
+
+ Item, a maistre Jehan Cornu,
+ Autres nouveaux lays luy vueil faire,
+ Car il m'a tousjours secouru [P. 60]
+ A mon grand besoing et affaire:
+ Pour ce, le jardin luy transfere,
+ Que maistre Pierre Bourguignon
+ Me renta, en faisant refaire
+ L'huys, et redrecier le pignon.
+
+ LXXXVI.
+
+ Par faulte d'ung huys, j'y perdis
+ Ung grez, et ung manche de houe.
+ Alors, huyt faulcons, non pas dix,
+ N'y eussent pas prins une allouee.
+ L'hostel est seur, mais qu'on le clouee.
+ Pour enseigne y mis ung havet;
+ Qui que l'ait prins, point ne l'en louee:
+ Sanglante nuict et bas chevet!
+
+ LXXXVII.
+
+ Item, et pource que la femme
+ De maistre Pierre Sainct Amant
+ (Combien, si coulpe y a ou blasme,
+ Dieu luy pardonne doulcement!)
+ Me meist en reng de caymant,
+ Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
+ Luy changeay a une jument,
+ Et la Mulle a ung Asne rouge.
+
+ LXXXVIII.
+
+ Item, donne a sire Denys
+ Hesselin, Esleu de Paris,
+ Quatorze muys de vin d'Aulnis,
+ Prins chez Turgis, a mes perilz.
+ S'il en beuvoit tant que periz
+ En fust son sens et sa raison,
+ Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61]
+ Vin perd mainte bonne maison.
+
+ LXXXIX.
+
+ Item, donne a mon advocat,
+ Maistre Guillaume Charruau,
+ Quoy qu'il marchande ou ait estat,
+ Mon branc... Je me tays du fourreau,
+ Il aura, avec ce, ung reau
+ En change, affin que sa bourse enfle,
+ Prins sur la chaussee et carreau
+ De la grand closture du Temple.
+
+ Item, mon procureur Fournier
+ Aura, pour toutes ses corvees
+ (Simple seroit de l'espargner;
+ En ma bourse quatre havees),
+ Car maintes causes m'a saulvees,
+ Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
+ Comme elles ont este trouvees;
+ Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
+
+ XCI.
+
+ Item, je donne a maistre Jaques
+ Raguyer le grant godet de Greve,
+ Pourveu qu'il payera quatre plaques,
+ Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
+ Ce dont on ceuvre mol et greve;
+ Aller sans chausses et chappin,
+ Tous les matins, quand il se lieve,
+ Au trou de la Pomme de pin.
+
+ XCII. [P. 62]
+
+ Item, quant est de Mairebeuf,
+ Et de Nicolas de Louviers,
+ Vache ne leur donne ne beuf,
+ Car vachers ne sont, ne bouviers,
+ Mais gens a porter esperviers,
+ Ne cuidez pas que je vous joue,
+ Pour prendre perdriz et plouviers,
+ Sans faillir, sur la Maschecrouee.
+
+ XCIII.
+
+ Item, vienne Robert Turgis
+ A moy, je luy payeray son vin,
+ Combien, s'il trouve mon logis,
+ Plus fort sera que le devin.
+ Le droit luy donne d'eschevin,
+ Que j'ay comme enfant de Paris...
+ Se je parle ung peu poictevin,
+ Ilce m'ont deux dames appris.
+
+ XCIV.
+
+ Filles sont tres belles et gentes,
+ Demourantes a Sainct-Genou,
+ Pres Sainct-Julian des Voventes,
+ Marches de Bretaigne ou Poictou,
+ Mais je ne dy proprement ou,
+ Or y pensez trestous les jours,
+ Car je ne suis mie si fou...
+ Je pense celer mes amours.
+
+ XCV.
+
+ Item, a Jehan Raguyer je donne,
+ Qui est sergent, voir des Douze,
+ Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63]
+ Tous les jours une talemouze,
+ Pour brouter et fourrer sa mouse,
+ Prinse a la table de Bailly;
+ A Maubuay sa gorge arrouse,
+ Car a manger n'a pas failly.
+
+ XCVI.
+
+ Item, donne au prince des Sotz
+ Pour ung bon sot Michault du Four,
+ Qui a la fois dit de bons motz
+ Et chante bien: _Ma doulce amour_!
+ Avec ce, il aura le bonjour.
+ Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
+ Il est ung droit sot de sejour,
+ Et est plaisant ou il n'est point.
+
+ XCVII.
+
+ Item, aux unze vingtz Sergens
+ Donne, car leur faict est honneste,
+ Et sont bonnes et doulces gens,
+ Denis Richier, et Jehan Vallette,
+ A chascun une grand cornette,
+ Pour pendre a leurs chappeaulx de feautre
+ J'entendz a ceulx de pied, hohecte!
+ Car je n'ay que faire des autres.
+
+ XCVIII.
+
+ Derechef, donne a Perinet,
+ J'entendz le bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est beau fils et net,
+ En son escu, en lieu de barre,
+ Trois detz plombez, de bonne carre,
+ Ou ung beau joly jeu de cartes...
+ Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64]
+ En oultre aura les fievres quartes.
+
+ XCIX.
+
+ Item, ne vueil plus que Chollet
+ Dolle, trenche, douve ne boyse,
+ Relye brocq ne tonnelet,
+ Mais tous ses outilz changer voyse
+ A une espee lyonnoise,
+ Et retienne le hutinet:
+ Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
+ Si luy plaist-il ung tantinet.
+
+ C.
+
+ Item, je donne a Jehan le Lou,
+ Homme de bien et bon marchant,
+ Pour ce qu'il est linget et flou,
+ Et que Chollet est mal chassant,
+ Par les rues plustost qu'au champ,
+ Qui ne lairra poulaille en voye,
+ Le long tabart, et bien cachant,
+ Pour les musser, qu'on ne les voye.
+
+ CI.
+
+ Item, a l'orfevre Du Boys,
+ Donne cent clouz, queues et testes,
+ De gingembre sarazinoys,
+ Non pas pour accoupler ses boytes,
+ Mais pour conjoindre culz et coettes,
+ Et couldre jambons et andoilles,
+ Tant que le laict en monte aux tettes,
+ Et le sang en devalle aux coilles.
+
+ CII. [P. 65]
+
+ Au cappitaine Jehan Riou,
+ Tant pour luy que pour ses archiers,
+ Je donne six livres de lou,
+ Qui n'est pas viande a porchiers,
+ Prins a gros mastins de bouchiers,
+ Et cuittes de vin de buffet.
+ Pour manger de ces morceaulx chiers,
+ On en ferait bien un mau faict.
+
+ CIII.
+
+ C'est viande ung peu plus pesante,
+ Que duvet, ne plume, ne liege.
+ Elle est bonne a porter en tente,
+ Ou pour user en quelque siege.
+ Et, s'ilz estoient prins en un piege,
+ Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
+ J'ordonne, moy qui suis bon miege,
+ Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.
+
+ CIV.
+
+ Item, a Robin Troussecaille,
+ Qui s'est en service bien faict;
+ A pied ne va comme une caille,
+ Mais sur roussin gros et reffaict:
+ Je luy donne, de mon buffet,
+ Une jatte qu'emprunter n'ose;
+ Si aura mesnage parfait:
+ Plus ne luy failloit autre chose.
+
+ CV.
+
+ Item, donne a Perrot Girard,
+ Barbier jure du Bourg-la-Royne,
+ Deux bassins et ung coquemard, [P. 66]
+ Puis qu'a gaigner mect telle peine.
+ Des ans y a demy douzaine,
+ Qu'en son hostel, de cochons gras
+ M'apastela une sepmaine;
+ Tesmoing l'abesse de Pourras.
+
+ CVI.
+
+ Item, aux Freres mendians,
+ Aux Devotes et aux Beguines,
+ Tant de Paris que d'Orleans,
+ Tant Turlupins que Turlupines,
+ De grasses souppes jacobines
+ Et flans leurs fais oblation;
+ Et puis apres, soubz les courtines,
+ Parler de contemplation.
+
+ CVII.
+
+ Si ne suis-je pas qui leur donne,
+ Mais du tout en sont-ce les meres,
+ Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
+ Pour qui souffrent peines ameres.
+ Il fault qu'ilz vivent, les beaulx peres,
+ Et mesmement ceulx de Paris.
+ S'ilz font plaisir a noz commeres,
+ Ilz ayment ainsi les maris.
+
+ CVIII.
+
+ Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
+ En voulsist dire, _et reliqua_,
+ Contrainct et en publique lieu,
+ Voulsist ou non, s'en revocqua.
+ Maistre Jehan de Mehun se moqua
+ De leur facon; si feit Mathieu.
+ Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67]
+ Honnore l'Eglise de Dieu.
+
+ CIX.
+
+ Si me submectz, leur serviteur,
+ En tout ce que puis faire et dire,
+ A les honorer de bon cueur,
+ Et servir, sans y contredire.
+ L'homme bien fol est d'en mesdire,
+ Car, soit a part, ou en prescher,
+ Ou ailleurs, il ne fault pas dire
+ Si gens sont pour eux revencher.
+
+ CX.
+
+ Item, je donne a frere Baulde,
+ Demeurant a l'hostel des Carmes,
+ Portant chere hardie et baulde,
+ Une sallade et deux guysarmes,
+ Que De Tusca et ses gens d'armes
+ Ne luy riblent sa Caige-vert.
+ Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
+ C'est bien le diable de Vauvert.
+
+ CXI.
+
+ Item, pour ce que le Scelleur,
+ Maint estront de mousche a masche,
+ Donne, car homme est de valleur,
+ Son sceau davantage crache,
+ Et qu'il ait le pouce escache,
+ Pour tout comprendre a une voye;
+ J'entendz celluy de l'Evesche,
+ Car les autres, Dieu les pourvoye.
+
+ CXII. [P. 68]
+
+ Quant de messieurs les Auditeux,
+ Leur chambre auront lembroysee;
+ Et ceulx qui ont les culz rongneux,
+ Chascun une chaise persee,
+ Mais qu'a la petite Macee
+ D'Orleans, qui eut ma ceincture,
+ L'amende soit bien hault taxee:
+ Elle est une mauvaise ordure.
+
+ CXIII.
+
+ Item, donne a maistre Francoys,
+ Promoteur de la vacquerie,
+ Ung hault gorgerin d'Escossoys,
+ Toutesfois sans orfaverie;
+ Car, quant receut chevalerie,
+ Il maugrea Dieu et saint George.
+ Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
+ Comme enrage, a pleine gorge.
+
+ CXIV.
+
+ Item, a maistre Jehan Laurens,
+ Qui a les povres yeulx si rouges,
+ Par le peche de ses parens,
+ Qui beurent en barilz et courges,
+ Je donne l'envers de mes bouges,
+ Pour chascun matin les torcher...
+ S'il fust archevesque de Bourges,
+ Du cendal eust, mais il est cher.
+
+ CXV.
+
+ Item, a maistre Jehan Cotard,
+ Mon procureur en Court d'Eglise,
+ Devoye environ ung patard, [P. 69]
+ Car a present bien m'en advise,
+ Quant chicanner me feit Denise,
+ Disant que l'avoye mauldite;
+ Pour son ame, qu'es cieulx soit mise!
+ Ceste Oraison j'ay cy escripte.
+
+
+ BALLADE ET ORAISON.
+
+ Pere Noe, qui plantastes la vigne;
+ Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
+ Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
+ De vos filles si vous feit approcher,
+ Pas ne le dy pour le vous reprocher,
+ Architriclin, qui bien sceustes cest art,
+ Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Jadis extraict il fut de vostre ligne,
+ Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
+ Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
+ Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
+ On ne luy sceut pot des mains arracher,
+ Car de bien boire oncques ne fut faitard.
+ Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Comme um viellart qui chancelle et trepign
+ L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
+ Et une foys il se feit une bigne,
+ Bien m'en souvient, a l'estal d'ung boucher.
+ Brief, on n'eust sceu en ce monde chercher [P. 70]
+ Meilleur pion, pour boire tost et tard.
+ Faictes entrer quand vous orrez hucher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, il n'eust sceu jusqu'a terre cracher;
+ Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
+ Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+
+
+ CXVI.
+
+ Item, vueil que le jeune Merle
+ Desormais gouverne mon change,
+ Car de changer envys me mesle,
+ Pourveu que tousjours baille en change,
+ Soit a prive, soit a estrange,
+ Pour trois escus, six brettes targes;
+ Pour deux angelotz, ung grand ange:
+ Car amans doivent estre larges.
+
+ CXVII.
+
+ Item, j'ay sceu, a ce voyage,
+ Que mes trois povres orphelins
+ Sont creus et deviennent en aage,
+ Et n'ont pas testes de belins,
+ Et qu'enfans d'icy a Salins
+ N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
+ Or, par l'ordre des Mathelins,
+ Telle jeunesse n'est pas folle.
+
+ CXVIII. [P. 71]
+
+ Si vueil qu'ilz voysent a l'estude;
+ Ou? chez maistre Pierre Richer.
+ Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
+ Ja ne les y vueil empescher.
+ Ilz scauront, je l'ayme plus cher:
+ _Ave salus, tibi decus_,
+ Sans plus grandes lettres chercher:
+ Tousjours n'ont pas clercs le dessus.
+
+ CXIX.
+
+ Cecy estudient, et puis ho!
+ Plus proceder je leur deffens.
+ Quant d'entendre le grand _Credo_,
+ Trop fort il est pour telz enfans.
+ Mon grant tabard en deux je fendz:
+ Si vueil que la moictie s'en vende,
+ Pour eulx en achepter des flans,
+ Car jeunesse est ung peu friande.
+
+ CXX.
+
+ Et veuil qu'ilz soyent informez
+ En meurs, quoy que couste bature;
+ Chapperons auront enfermez,
+ Et les poulces soubz la ceincture;
+ Humbles a toute creature;
+ Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
+ Si diront gens, par adventure:
+ "Voycy enfans de lieu de bien!"
+
+ CXXI.
+
+ Item, a mes pouvres clergeons,
+ Auxquelz mes titres je resigne,
+ Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72]
+ Les voyans, je m'en dessaisine,
+ Et, sans recevoir, leur assigne,
+ Seur comme qui l'auroit en paulme,
+ A une certain jour que l'on signe,
+ Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.
+
+ CXXII.
+
+ Quoy que jeunes et esbatans
+ Soyent, en rien ne me desplaist;
+ Dedans vingt, trente ou quarante ans
+ Bien autres seront, se Dieu plaist.
+ Il faict mal qui ne leur complaist,
+ Car ce sont beaux enfans et gents;
+ Et qui les bat ne fiert, fol est,
+ Car enfans si deviennent gens.
+
+ CXXIII.
+
+ Les bourses des Dix-et-huict clers
+ Auront; je m'y vueil travailler:
+ Pas ilz ne dorment comme lerz,
+ Qui trois mois sont sans resveiller.
+ Au fort, triste est le sommeiller
+ Qui faict aise jeune en jeunesse,
+ Tant qu'enfin luy faille veiller,
+ Quant reposer deust en vieillesse.
+
+ CXXIV.
+
+ Cy en escris au collateur
+ Lettres semblables et pareilles:
+ Or prient pour leur bienfaicteur,
+ Ou qu'on leur tire les oreilles.
+ Aucunes gens ont grand merveilles,
+ Que tant m'encline envers ces deux;
+ Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73]
+ Oncques ne vey les meres d'eulx!
+
+ CXXV.
+
+ Item, et a Michault Culdou,
+ Et a sire Charlot Taranne,
+ Cent solz: s'ilz demandent prins ou?
+ Ne leur chaille; ils viendront de manne;
+ Et unes houses de basanne,
+ Autant empeigne que semelle;
+ Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
+ Et autant une autre comme elle.
+
+ CXXVI.
+
+ Item, au seigneur de Grigny,
+ Auquel jadis laissay Vicestre,
+ Je donne la tour de Billy,
+ Pourveu, se huys y a ne fenestre
+ Qui soit ne debout ne en estre,
+ Qu'il mette tres bien tout appoinct:
+ Face argent a dextre, a senestre:
+ Il m'en fault, et il n'en a point.
+
+ CXXVII.
+
+ Item, a Thibault de la Garde:
+ Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
+ Que luy donray-je, que ne perde?
+ Assez ay perdu tout cest an.
+ Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
+ Le barillet? par m'ame, voyre!
+ Genevoys est le plus ancien,
+ Et plus beau nez a pour y boyre.
+
+
+ CXXVIII. [P. 74]
+
+ Item, je donne a Basanyer,
+ Notaire et greffier criminel,
+ De giroffle plain ung panyer,
+ Prins chez maistre Jehan de Ruel.
+ Tant a Mautainct; tant a Rosnel;
+ Et, avec ce don de giroffle,
+ Servir, de cueur gent et ysnel,
+ Le seigneur qui sert sainct Cristofle,
+
+ CXXIX.
+
+ Auquel ceste Ballade donne,
+ Pour sa dame, qui tous biens a.
+ S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
+ Je ne m'esbahys de cela;
+ Car au Pas conqueste celle a
+ Que tint Rene, roy de Cecille,
+ Ou si bien fist et peu parla
+ Qu'oncques Hector feit, ne Troile.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Que Villon donna a un gentilhomme, nouvellement marie, pour
+ l'envoyer a son espouse, par luy conquise a l'espee.
+
+ Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
+ Meu de plaisir et par noble coustume,
+ Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
+ Recoit son per et se joint a la plume:
+ Ainsi vous vueil, a ce desir m'allume.
+ Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75]
+ Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Dame serez de mon cueur, sans debat,
+ Entierement, jusques mort me consume.
+ Laurier soueef qui pour mon droit combat,
+ Olivier franc, m'ostant toute amertume.
+ Raison ne veult que je desaccoustume,
+ Et en ce vueil avec elle m'assemble,
+ De vous servir, mais que m'y accoustume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
+ Par fortune qui sur moy si se fume,
+ Vostre doulx oeil sa malice rabat,
+ Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
+ Si ne perds pas la graine que je sume
+ En vostre champ, car le fruict me ressemble:
+ Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, oyez ce que cy vous resume:
+ Que le mien cueur du vostre desassemble
+ Ja ne sera: tant de vous en presume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+
+
+ CXXX.
+
+ Item, a sire Jehan Perdryer,
+ Riens, n'a Francoys, son second frere.
+ Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76]
+ Et de leurs biens faire confrere;
+ Combien que Francoys, mon compere,
+ Contre langues flambans et rouges,
+ Sans commandement, sans priere,
+ Me recommanda fort a Bourges.
+
+ CXXXI.
+
+ Si aille veoir en Taillevent,
+ Ou chapitre de fricassure,
+ Tout au long, derriere et devant,
+ Lequel n'en parle jus ne sure;
+ Mais a Macquaire vous asseure,
+ A tout le poil cuysant ung dyable,
+ Affin que sentist bon l'arsure,
+ Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.
+
+
+
+ BALLADE.
+
+ En reagal, en arsenic rocher,
+ En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
+ En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
+ En suif et poix, destrampez de lessive
+ Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
+ En lavaille de jambes a meseaulx;
+ En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
+ En sang d'aspic et drogues venimeuses;
+ En fiel de loups, de regnards et blereaux,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En cervelle de chat qui hayt pescher,
+ Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
+ D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77]
+ Tout enrage, en sa bave et salive;
+ En l'escume d'une mulle poussive,
+ Detrenchee menu a bons ciseaulx;
+ En eau ou ratz plongent groings et museaulx,
+ Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
+ Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En sublime, dangereux a toucher;
+ Et au nombril d'une couleuvre vive;
+ En sang qu'on mect en poylettes secher,
+ Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
+ Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
+ En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
+ Ou nourrices essangent leurs drappeaulx;
+ En petits baings de filles amoureuses
+ Qui n'entendent qu'a suivre les bordeaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, passez tous ces friands morceaux,
+ S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
+ Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
+ Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+
+
+ CXXXII.
+
+ Item, a maistre Jehan Courault,
+ Les Contredictz Franc-Gontier mande:
+ Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78]
+ A cestuy-la rien ne demande;
+ Le saige ne veult que contende,
+ Contre puissant, pouvre homme las,
+ Affin que ses filez ne tende,
+ Et que ne tresbuche en ses laqs.
+
+ CXXXIII.
+
+ Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
+ Et mieulx que moy n'est herite;
+ Mais en ce debat cy nous sommes,
+ Car il loue sa pouvrete:
+ Estre pouvre, yver et este,
+ A felicite il repute,
+ Ce que tiens a malheurete.
+ Lequel a tort? Or en dispute.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_
+
+ Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
+ Lez ung brasier, en chambre bien nattee,
+ A son coste gisant dame Sydoine,
+ Blanche, tendre, pollie et attaintee:
+ Boire ypocras, a jour et a nuyctee,
+ Rire, jouer, mignonner et baiser,
+ Et nud a nud, pour mieulx des corps s'ayser,
+ Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
+ Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79]
+ Eussent tousjours tel douce vie hantee,
+ D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
+ N'en comptassent une bise tostee.
+ Tout leur mathon, ne toute leur potee,
+ Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
+ S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
+ Ne vault pas mieulx lict costoye de chaise?
+ Qu'en dictes-vous? Faut-il a ce muser?
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
+ Et boivent eau, tout au long de l'annee.
+ Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
+ A tel escot une seule journee
+ Ne me tiendroient, non une matinee.
+ Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
+ Helene o luy, soubz le bel esglantier;
+ Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
+ Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
+ Il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, jugez, pour tous nous accorder.
+ Quant est a moy, mais qu'a nul n'en desplaise,
+ Petit enfant, j'ay ouy recorder
+ Qu'il n'est tresor que de vivre a son aise.
+
+
+ CXXXIV.
+
+ Item, pour ce que scait la Bible,
+ Mademoyselle de Bruyeres,
+ Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80]
+ A elle et a ses bachelieres,
+ Pour retraire ces villotieres
+ Qui ont le bec si affile,
+ Mais que ce soit hors cymetieres,
+ Trop bien au marche au file.
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DES FEMMES DE PARIS.
+
+ Quoy qu'on tient belles langagieres
+ Florentines, Veniciennes,
+ Assez pour estre messaigieres,
+ Et mesmement les anciennes;
+ Mais, soient Lombardes, Rommaines,
+ Genevoises, a mes perilz,
+ Piemontoises, Savoysiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ De tres beau parler tiennent chaires,
+ Ce dit-on, les Napolitaines,
+ Et que sont bonnes cacquetoeres
+ Allemanses et Bruciennes;
+ Soient Grecques, Egyptiennes,
+ De Hongrie ou d'autre pays,
+ Espaignolles ou Castellannes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ Brettes, Suysses, n'y scavent gueres,
+ Ne Gasconnes et Tholouzaines;
+ Du Petit-Pont deux harangeres [P. 81]
+ Les concluront, et les Lorraines,
+ Anglesches ou Callaisiennes,
+ (Ay je beaucoup de lieux compris?)
+ Picardes, de Valenciennes;
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, aux dames parisiennes
+ De bien parler donnez le prix;
+ Quoy qu'on die d'Italiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+
+
+ CXXXV.
+
+ Regarde-m'en deux, trois, assises
+ Sur le bas du ply de leurs robes,
+ En ces monstiers, en ces eglises;
+ Tire t'en pres, et ne t'en hobes;
+ Tu trouveras la que Macrobes
+ Oncques ne fist tels jugemens;
+ Entens: quelque chose en desrobes;
+ Ce sont tous beaulx enseignemens.
+
+ CXXXVI.
+
+ Item, et au mont de Montmartre,
+ Qui est ung lieu moult ancien,
+ Je lui donne et adjoincts le tertre.
+ Qu'on dit de mont Valerien;
+ Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
+ Du pardon qu'apportay de Romme:
+ Sy yra maint bon paroissien,
+ En l'abbaye ou il n'entre homme.
+
+ CXXXVII. [P. 82]
+
+ Item, valetz et chambrieres
+ De bons hostelz (rien ne me nuyst),
+ Faisans tartes, flans et goyeres,
+ Et grant rallias a minuict:
+ Riens n'y font sept pintes ne huict,
+ Tant que gisent Seigneur et dame;
+ Puis apres, sans mener grant bruyt,
+ Je leur ramentoy le jeu d'asne.
+
+ CXXXVIII.
+
+ Item, et a filles de bien,
+ Qui ont peres, meres et antes,
+ Par m'ame! je ne donne rien;
+ Tout ont eu varletz et servantes;
+ Se fussent-ilz de pou contentes,
+ Grant bien leur feissent maintz lopins,
+ Aux povres filles advenantes,
+ Qui se perdent aux Jacopins.
+
+ CXXXIX.
+
+ Aux Celestins et aux Chartreux,
+ Quoy que vie meinent estroicte,
+ Si ont-ilz largement entre eulx,
+ Dont povres filles ont souffrette:
+ Tesmoing Jaqueline et Perrette,
+ Et Isabeau, qui dit: _Enne!_
+ Puis qu'ilz ont eu telle disette,
+ A peine en seroit-on damne.
+
+ CXL.
+
+ Item, a la grosse Margot,
+ Tres doulce face et pourtraicture,
+ Foy que doy _Brelare Bigod,_
+ Assez devote creature. [P. 83]
+ Je l'ayme de propre nature,
+ Et elle moy, la doulce sade.
+ Qui la trouvera d'adventure,
+ Qu'on luy lise ceste Ballade.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.
+
+ Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
+ M'en devez-vous tenir a vil ne sot?
+ Elle a en soy des biens a fin souhaict.
+ Pour son amour ceings bouclier et passot.
+ Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
+ Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
+ Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
+ S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
+ "Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat!"
+
+ Mais, tost apres, il y a grant deshait,
+ Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
+ Veoir ne la puis; mon cueur a mort la hait.
+ Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
+ Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
+ Par les costez si se prend, l'Antechrist
+ Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
+ Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
+ Dessus le nez luy en fais ung escript,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+ Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84]
+ Plus enflee qu'ung venimeux scarbot.
+ Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
+ Gogo me dit, et me fiert le jambot.
+ Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
+ Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
+ Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
+ Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
+ De paillarder tout elle me destruict,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+ ENVOI.
+
+ Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
+ Je suis paillard, la paillarde me suit.
+ Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
+ L'ung l'autre vault: c'est a mau chat mau rat.
+ Ordure amons, ordure nous affuyt.
+ Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
+ En ce bourdel ou tenons nostre estat.
+
+
+
+ CXLI.
+
+ Item, a Marion l'Ydolle,
+ Et la grand Jehanne de Bretaigne,
+ Donne tenir publique escolle,
+ Ou l'escolier le maistre enseigne.
+ Lieu n'est ou ce marche ne tienne,
+ Sinon en la grille de Mehun;
+ De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
+ Puis que l'ouvrage est si commun!
+
+ CXLII. [P. 85]
+
+ Item, a Noe le Jolys,
+ Autre chose je ne luy donne,
+ Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
+ En mon jardin; je l'abandonne.
+ Chastoy est une belle aulmosne;
+ Ame n'en doit estre marry.
+ Unze vingtz coups lui en ordonne,
+ Par les mains de maistre Henry.
+
+ CXLIII.
+
+ Item, ne scay que a l'Hostel-Dieu
+ Donner, n'aux povres hospitaulx;
+ Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
+ Car povres gens ont assez maulx.
+ Chascun leur envoye leurs os.
+ Les Mandians ont eu mon oye;
+ Au fort, ilz en auront les os:
+ A menues gens menue monnoye.
+
+ CXLIV.
+
+ Item, je donne a mon barbier,
+ Qui se nomme Colin Galerne,
+ Pres voysin d'Angelot l'Herbier,
+ Ung gros glasson... Prins ou? En Marne,
+ Affin qu'a son ayse s'yverne.
+ De l'estomach le tienne pres.
+ Se l'yver ainsi se gouverne,
+ Il n'aura chault l'este d'apres.
+
+ CXLV.
+
+ Item, rien aux Enfans-Trouvez;
+ Mais les perduz fault que console,
+ Si doivent estre retrouvez, [P. 86]
+ Par droict, sur Marion l'Ydolle.
+ Une lecon de mon escolle
+ Leur liray, qui ne dure guiere.
+ Teste n'ayent dure ne folle,
+ Mais escoutent: c'est la derniere!
+
+
+
+ BELLE LECON
+ DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.
+
+ Beaux enfans, vous perdez la plus
+ Belle rose de vo chapeau,
+ Mes clers apprenans comme glu;
+ Se vous allez a Montpippeau
+ Ou a Ruel, gardez la peau:
+ Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
+ Cuydant que vaulsist le rappeau,
+ La perdit Colin de Cayeulx.
+
+ Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
+ Ou va corps, et peut-estre l'ame:
+ S'on perd, rien n'y sont repentailles,
+ Qu'on ne meure a honte et diffame;
+ Et qui gaigne, n'a pas a femme
+ Dido la royne de Cartage.
+ L'homme est donc bien fol et infame,
+ Qui, pour si peu, couche tel gage.
+
+ Qu'ung chascun encore m'escoute:
+ On dit, et il est verite,
+ Que charretee se boyt toute, [P. 87]
+ Au feu l'yver, au bois l'este.
+ S'argent avez, il n'est ente;
+ Mais le despendez tost et viste.
+ Qui en voyez-vous herite?
+ Jamais mal acquest ne proffite.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE BONNE DOCTRINE,
+ A ceux de mauvaise vie.
+
+ Car ou soyes porteur de bulles,
+ Pipeur ou hazardeur de dez,
+ Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
+ Comme ceux qui sont eschaudez,
+ Traistres pervers, de foy vuydez;
+ Soyes larron, ravis ou pilles:
+ Ou en va l'acquest, que cuydez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ Ryme, raille, cymballe, luttes,
+ Comme folz, faintis, eshontez;
+ Farce, broille, joue des flustes;
+ Fais, es villes et es cites,
+ Fainctes, jeux et moralitez;
+ Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
+ Ou s'en va tout? Or escoutez:
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ De telz ordures te reculles; [P. 88]
+ Laboure, fauche champs et prez;
+ Serz et panse chevaulx et mulles,
+ S'aucunement tu n'es lettrez;
+ Assez auras, se prens en grez.
+ Mais, se chanvre broyes ou tilles,
+ Ou tend ton labour qu'as ouvrez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ ENVOI.
+
+ Chausses, pourpoinctz esguilletez,
+ Robes, et toutes vos drapilles,
+ Ains que cessez, vous porterez
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+
+ CXLVI.
+
+ A vous parle, compaings de galles,
+ Qui estes de tous bons accors;
+ Gardez-vous tous de ce mau hasles,
+ Qui noircist gens quand ils sont mortz;
+ Eschevez-le, c'est ung mal mors;
+ Passez-vous-en mieulx que pourrez;
+ Et, pour Dieu, soyez tous recors
+ Qu'une fois viendra que mourrez.
+
+ CXLVII.
+
+ Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
+ Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
+ De Paris, non pas de Provins,
+ Car a eulx tenu je me sens.
+ Ilz auront, et je m'y consens,
+ Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89]
+ Pour mettre a part, aux Innocens,
+ Les gens de bien des deshonnestes.
+
+ CXLVIII.
+
+ Icy n'y a ne rys ne jeu.
+ Que leur vault avoir eu chevances,
+ N'en grans lictz de parement geu,
+ Engloutir vin, engrossir panses,
+ Mener joye, festes et danses,
+ Et de ce prest estre a toute heure?
+ Tantost faillent telles plaisances,
+ Et la coulpe si en demeure.
+
+ CXLIX.
+
+ Quand je considere ces testes
+ Entassees en ces charniers,
+ Tous furent maistres des requestes,
+ Ou tous de la Chambre aux Deniers,
+ Ou tous furent porte-paniers;
+ Autant puis l'ung que l'autre dire,
+ Car, d'evesques ou lanterniers,
+ Je n'y congnois rien a redire.
+
+ CL.
+
+ Et icelles qui s'inclinoient
+ Unes contre autres en leur vies;
+ Desquelles les unes regnoient,
+ Des autres craintes et servies:
+ La les voy toutes assouvies,
+ Ensemble en ung tas pesle-mesle.
+ Seigneuries leur sont ravies;
+ Clerc ne maistre ne s'y appelle.
+
+ CLI. [P. 90]
+
+ Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs ames!
+ Quant est des corps, ils sont pourriz.
+ Ayent este seigneurs ou dames,
+ Souef et tendrement nourriz
+ De cresme, fromentee ou riz,
+ Leurs os sont declinez en pouldre,
+ Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
+ Plaise au doulx Jesus les absouldre!
+
+ CLII.
+
+ Aux trespassez je fais ce lays,
+ Et icelluy je communique
+ A regentz, courtz, sieges et plaids,
+ Hayneurs d'avarice l'inique,
+ Lesquelz pour la chose publique
+ Se seichent les os et les corps:
+ De Dieu et de sainct Dominique
+ Soient absolz, quand ilz seront mortz
+
+
+
+ LAYS.
+
+ Au retour de dure prison,
+ Ou j'ay laisse presque la vie,
+ Se Fortune a sur moy envie,
+ Jugez s'elle fait mesprison!
+ Il me semble que, par raison,
+ Elle deust bien estre assouvie,
+ Au retour.
+
+
+ Cecy plain est de desraison, [P. 91]
+ Qui vueille que de tout desvie;
+ Plaise a Dieu que l'ame ravie
+ En soit, lassus, en sa maison,
+ Au retour!
+
+
+
+ CLIII.
+
+ Item, donne a maistre Lomer,
+ Comme extraict que je suis de fee,
+ Qu'il soit bien ame; mais, d'amer
+ Fille en chief ou femme coeffee,
+ Ja n'en ayt la teste eschauffee,
+ Ce qui ne luy couste une noix,
+ Faire ung soir pour soy la fastee,
+ En despit d'Auger le Danois.
+
+ CLIV.
+
+ Item, rien a Jaques Cardon,
+ Car je n'ay rien pour luy honneste.
+ Non pas que le jette a bandon
+ Sinon cette Bergeronnette:
+ S'elle eust le chant _Marionnette_,
+ Faict por Marion la Peau-Tarde,
+ D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
+ Elle allast bien a la moustarde.
+
+ CLV.
+
+ Item donne aux amans enfermes,
+ Oultre le lay Alain Chartier,
+ A leurs chevetz, de pleurs et lermes
+ Trestout fin plain ung benoistier,
+ Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92]
+ En tout temps verd, pour gouppillon,
+ Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
+ Pour l'ame du pouvre Villon.
+
+ CLVI.
+
+ Item, a maistre Jacques James,
+ Qui se tue d'amasser biens,
+ Donne fiancer tant de femmes
+ Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
+ Pour qui amasse-il? Pour les siens.
+ Il ne plainct fors que ses morceaulx;
+ Ce qui fut aux truyes, je tiens
+ Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.
+
+ CLVII.
+
+ Item, le Camus Seneschal,
+ Qui une fois paya mes debtes,
+ En recompense, mareschal,
+ Pour ferrer oes et canettes.
+ Je luy envoye ces sornettes,
+ Pour soy desennuyer; combien,
+ Si veult, face-en des alumettes.
+ De bien chanter s'ennuye-on bien.
+
+ CLVIII.
+
+ Item, au Chevalier du Guet
+ Je donne deux beaulx petitz pages,
+ Philippot et le gros Marquet,
+ Qui ont servy, dont sont plus sages,
+ La plus grant partie de leurs aages,
+ Tristan, prevost des mareschaulx.
+ Helas, s'ilz sont cassez de gaiges,
+ Aller leur fauldra tous deschaulx!
+
+ CLIX. [P. 93]
+
+ Item, au Chappelain je laisse
+ Ma chapelle a simple tonsure,
+ Chargee d'une seiche messe,
+ Ou il ne fault pas grand lecture.
+ Resigne luy eusse ma cure,
+ Mais point ne veult de charge d'ames;
+ De confesser, ce dit, n'a cure,
+ Sinon chambrieres et dames.
+
+ CLX.
+
+ Pour ce que scait bien mon entente,
+ Jehan de Calays, honnorable homme,
+ Qui ne me veit des ans a trente,
+ Et ne scait comment je me nomme,
+ De tout ce Testament, en somme,
+ S'aucune y a difficulte,
+ Oster jusqu'au rez d'une pomme
+ Je luy en donne faculte.
+
+ CLXI.
+
+ De le gloser et commenter,
+ De le diffinir ou prescripre,
+ Diminuer ou augmenter;
+ De le canceller ou transcripre
+ De sa main, ne sceust-il escripre;
+ Interpreter, et donner sens,
+ A son plaisir, meilleur ou pire;
+ A tout ceci je m'y consens.
+
+ CLXII.
+
+ Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
+ Estoit alle de mort a vie,
+ Audict Calais donne puissance, [P. 94]
+ Affin que l'ordre soit suyvie
+ Et mon ordonnance assouvie,
+ Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
+ Sans se l'appliquer par envie;
+ A son ame je m'en rapporte.
+
+ CLXIII.
+
+ Item, j'ordonne a Saincte-Avoye,
+ Et non ailleurs, ma sepulture;
+ Et, affin que chascun me voye,
+ Non pas en chair, mais en paincture,
+ Que l'on tire mon estature
+ D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
+ De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
+ Car il greveroit le plancher.
+
+ CLXIV.
+
+ Item, vueil qu'autour de ma fosse
+ Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
+ Soit escript, en lettre assez grosse;
+ Et qui n'auroit point d'escriptoire,
+ De charbon soit, ou pierre noire,
+ Sans en rien entamer le plastre:
+ Au moins sera de moy memoire
+ Telle qu'il est d'ung bon folastre.
+
+ CLXV.
+
+ CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
+ QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
+ UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
+ QUI FUT NOMME FRANCOIS VILLON.
+ ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.
+
+ TESTAMENT. [P. 95]
+
+ IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
+ TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
+ POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.
+
+
+
+ RONDEAU.
+
+ _Repos eternel donne a cil,
+ Lumiere, clarte perpetuelle,
+ Qui vaillant plat ny escuelle
+ N'eut oncques, n'ung brin de percil.
+ Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
+ Comme ung navet qu'on ree et pelle.
+ Repos eternel donne a cil_.
+
+ _Rigueur le transmit en exil,
+ Et luy frappa au cul la pelle,
+ Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
+ _Qui n'est pas terme trop subtil.
+ Repos eternel donne a cil_.
+
+
+ CLXVI.
+
+ Item, je vueil qu'on sonne a branle
+ Le gros Beffray, qui n'est de voire;
+ Combien que cueur n'est qui ne tremble;
+ Quand de sonner est a son erre.
+ Saulve a mainte belle terre,
+ Le temps passe, chascun le scait:
+ Fussent gens d'armes ou tonnerre;
+ Au son de luy tout mal cessoit.
+
+ CLXVII [P. 96]
+
+ Les sonneurs auront quatre miches;
+ Et se c'est peu, demy-douzaine,
+ Autant qu'en donnent les plus riches;
+ Mais ilz seront de sainct Estienne.
+ Vollant est homme de grant peine:
+ L'ung en sera. Quand j'y regarde,
+ Il en vivra une sepmaine.
+ Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.
+
+ CLXVIII.
+
+ Pour tout ce fournir et parfaire,
+ J'ordonne mes executeurs,
+ Auxquelz faict bon avoir affaire,
+ Et contentent bien leurs debteurs.
+ Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
+ Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
+ De ce faict seront directeurs...
+ Escripts: je t'en nommeray six.
+
+ CLXIX.
+
+ C'est maistre Martin Bellefaye,
+ Lieutenant du cas criminel.
+ Qui sera l'autre? J'y pensoye:
+ Ce sera sire Colombel.
+ S'il luy plaist et il lui est bel,
+ Il entreprendra ceste charge.
+ Et l'autre? Michel Jouvenel.
+ Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.
+
+ CLXX.
+
+ Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
+ En redoubtant les premiers frais,
+ Ou totalement recusassent, [P. 97]
+ Ceulx qui s'ensuivent cy-apres
+ J'institue, gens de bien tres,
+ Philip Bruneau, noble escuyer,
+ Et l'autre, son voysin d'empres,
+ Cy est maistre Jacques Raguyer;
+
+ CLXXI.
+
+ Et l'aultre, maistre Jaques James,
+ Trois hommes de bien et d'honneur,
+ Desirans de saulver leurs ames,
+ Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
+ Plustot y metteront du leur,
+ Que ceste ordonnance ne baillent.
+ Point n'auront de contrerooleur,
+ Mais a leur seul plaisir en taillent.
+
+ CLXXII
+
+ Des testamens qu'on dit le maistre
+ De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
+ Mais ce sera ung jeune prebstre,
+ Qui se nomme Colas Tacot.
+ Voulentiers beusse a son escot,
+ Et qu'il me coustast ma cornette!
+ S'il sceust jouer en ung trippot,
+ Il eust de moy le Trou Perrette.
+
+ CLXXIII.
+
+ Quant au regard du luminaire,
+ Guillaume du Ru j'y commectz.
+ Pour porter les coings du suaire,
+ Aux executeurs le remectz.
+ Trop plus mal me font qu'oncques mais
+ Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
+ Mal me presse; est temps desormais [P. 98]
+ Que crie a toutes gens merciz.
+
+
+
+ BALLADE
+ Par laquelle Villon crye mercy a chascun.
+
+ A Chartreux, aussi Celestins,
+ A mendians et aux devotes,
+ A musars et cliquepatins,
+ Servantes et filles mignottes,
+ Portant surcotz et justes cottes;
+ A cuyderaulx d'amours transis,
+ Chaussans sans meshaing fauves bottes,
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+ A fillettes monstrans tetins,
+ Pour avoir plus largement hostes;
+ A ribleurs meneurs de butins,
+ A basteleurs traynans marmottes,
+ A folz et folles, sotz et sottes,
+ Qui s'en vont sifflant cinq et six;
+ A veufves et a mariottes,
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+ Sinon aux trahistres chiens mastins,
+ Qui m'ont fait ronger dures crostes
+ Et boire eau maintz soirs et matins,
+ Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
+ Je feisse pour eulx petz et rottes;
+ Je ne puis, car je suis assis.
+ Bien fort, pour eviter riottes,
+ Je crye a toutes gens, merciz!
+
+ ENVOI. [P. 99]
+
+ Qu'on leur froisse les quinze costes
+ De gros mailletz, fortz et massis,
+ De plombee et de telz pelottes.
+ Je crye a toutes gens merciz!
+
+
+ BALLADE
+ POUR SERVIR DE CONCLUSION.
+
+ Icy se clost le Testament
+ Et finist du pouvre Villon.
+ Venez a son enterrement,
+ Quant vous orrez le carillon,
+ Vestuz rouges com vermillon,
+ Car en amours mourut martir;
+ Ce jura-il sur son coullon
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Et je croy bien que pas n'en ment,
+ Car chassie fut comme un soullon
+ De ses amours hayneusement,
+ Tant que, d'icy a Roussillon,
+ Brosses n'y a ne brossillon,
+ Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
+ Ung lambeau de son cotillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Il est ainsi, et tellement,
+ Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
+ Qui plus? En mourant, mallement [P. 100]
+ L'espoignoit d'amours l'esguillon;
+ Plus agu que le ranguillon
+ D'un baudrier luy faisoit sentir,
+ C'est de quoy nous esmerveillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, gent comme esmerillon,
+ Saichiez qu'il fist, au departir:
+ Ung traict but de vin morillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ FIN DU GRAND TESTAMENT.
+
+
+ [P. 101]
+
+ POESIES DIVERSES
+
+ LE QUATRAIN
+ Que feit Villon quand il fut juge a mourir.
+
+ JE SUIS Francois, dont ce me poise,
+ Ne de Paris empres Ponthoise.
+ Or d'une corde d'une toise
+ Saura mon col que mon cul poise.
+
+
+ L'EPITAPHE
+
+ EN FORME DE BALLADE
+ Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
+ estre pendu avec eulx.
+
+ Freres humains, qui apres nous vivez,
+ N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
+ Car, si pitie de nous pouvres avez,
+ Dieu en aura plustost de vous merciz.
+ Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
+ Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102]
+ Elle est pieca devoree et pourrie,
+ Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
+ De nostre mal personne ne s'en rie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ Se vous clamons, freres, pas n'en devez
+ Avoir desdaing, quoique fusmes occis
+ Par justice. Toutesfois, vous scavez
+ Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
+ Intercedez doncques, de cueur rassis,
+ Envers le Filz de la Vierge Marie,
+ Que sa grace ne soit pour nous tarie,
+ Nous preservant de l'infernale fouldre.
+ Nous sommes mors, ame ne nous harie;
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ La pluye nous a debuez et lavez,
+ Et le soleil dessechez et noirciz;
+ Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
+ Et arrachez la barbe et les sourcilz.
+ Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
+ Puis ca, puis la, comme le vent varie,
+ A son plaisir sans cesser nous charie,
+ Plus becquetez d'oyseaulx que dez a couldre.
+ Ne soyez donc de nostre confrairie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
+ Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
+ A luy n'ayons que faire ne que souldre.
+ Hommes, icy n'usez de mocquerie
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+
+
+ LA REQUESTE DE VILLON [P. 103]
+ Presentee a la Cour de Parlement, en forme de ballade.
+
+ Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
+ Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
+ Tous mes membres ou il y a reprouche,
+ En son endroit ung chascun die ainsi:
+ "Court souverain, par qui sommes icy,
+ Vous nous avez garde de desconfire;
+ Or, la langue ne peut assez suffire
+ A vous rendre suffisantes louenges:
+ Si prions tous, fille au souverain Sire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!"
+
+ Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
+ Et ne soyez, au moins, plus endurcy
+ Qu'au desert fut la forte bise roche
+ Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
+ Fondez larmes, et venez a mercy,
+ Comme humble cueur qui tendrement souspire:
+ Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
+ L'heur des Francoys, le confort des estranges,
+ Procreee la sus au ciel empire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
+ Saillez avant, rendez toutes mercy,
+ Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
+ Et de mascher n'ayez ores soulcy;
+ Considerez que je fusse transy,
+ Foye, pommon, et rate qui respire;
+ Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104]
+ Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid es fanges,
+ Louez la Court, avant qu'il vous empire,
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
+ Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
+ Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
+ Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
+ Mere des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DE L'APPEL DE VILLON.
+
+ Que dites-vous de mon appel,
+ Garnier? Feis-je sens ou follie?
+ Toute beste garde sa pel;
+ Qui la contrainct, efforce ou lye,
+ S'elle peult, elle se deslie.
+ Quand a ceste peine arbitraire
+ On me jugea par tricherie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ Se fusse des hoirs Hue Capel,
+ Qui fut extraict de boucherie,
+ On ne m'eust, parmy ce drapel,
+ Faict boyre a celle escorcherie:
+ Vous entendez bien joncherie?
+ Ce fut son plaisir voluntaire
+ De me juger par fausserie. [P. 105]
+ Etoit-il lors temps de me taire?
+
+ Cuydez-vous que soubz mon cappel
+ N'y eust tant de philosophie
+ Comme de dire: "J'en appel?"
+ Si avoit, je vous certifie,
+ Combien que point trop ne m'y fie.
+ Quand on me dit, present notaire:
+ "Pendu serez!" je vous affie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, si j'eusse eu la pepie,
+ Pieca je fusse ou est Clotaire,
+ Aux champs debout comme ung espie.
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+
+ LE DIT
+
+ DE LA NAISSANCE MARIE.
+ Jam nova progenies celo demittitur alto.
+ _Virg._, (ecl. 4, v.7.)
+
+ O louee Conception,
+ Envoiee sa jus des cieulx;
+ Du noble Lys digne syon;
+ Don de Jhesus tres precieux,
+ MARIE, nom tres gracieux,
+ Font de pitie, source de grace,
+ La joye confort de mes yeulx, [P. 106]
+ Qui nostre paix batist et brasse!
+
+ La paix, c'est assavoir, des riches,
+ Des povres le substantement,
+ Le rebours des felons et chiches,
+ Tres necessaire enfantement,
+ Conceu, porte honnestement,
+ Hors le pechie originel,
+ Que dire je puis sainctement
+ Souverain bien, Dieu eternel!
+
+ Nom recouvre, joye de peuple,
+ Confort des bons, de maulx retraicte;
+ Du doux Seigneur premiere et seule
+ Fille, de son cler sang extraicte,
+ Du dextre coste Clovis traicte,
+ Glorieuse ymage en tous fais,
+ Ou hault ciel creee et pourtraicte,
+ Pour esjouyr et donner paix!
+
+ En l'amour et crainte de Dieu,
+ Es nobles flans Cesar conceue;
+ Des petis et grans, en tout lieu,
+ A tres grande joye receue;
+ De l'amour Dieu traicte, tissue,
+ Pour les discordez ralier,
+ Et aux enclos donner yssue,
+ Leurs lians et fers delier.
+
+ Aucunes gens, qui bien peu sentent,
+ Nourriz en simplesse et confiz,
+ Contre le vouloir Dieu attentent,
+ Par ignorance desconfiz,
+ Desirans que feussiez ung filz; [P. 107]
+ Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
+ Je croy que ce soit grans proufiz;
+ Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.
+
+ Du Psalmiste je prens les dictz:
+ _Delectasti me, Domine,
+ In factura sua_! Je diz:
+ "Noble enfant, de bonne heure ne,
+ A toute doulceur destine,
+ Manna du Ciel, celeste don,
+ De tous bienfais le guerdonne,
+ Et de nos maulx le vray pardon!"
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE.
+
+ Combien que j'ay leu en ung Dit:
+ _Inimicum putes_, y a,
+ _Qui te presentem laudabit_,
+ Toutesfois, non obstant cela,
+ Oncques vray homme ne cela
+ En son courage aucun grant bien,
+ Qui ne le monstrast ca et la:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
+ Quand l'Aignel de Dieu descela.
+ En ce faisant pas ne meffist,
+ Dont sa voix es tourbes vola;
+ De quoy saint Andre Dieu loua,
+ Qui de luy cy ne scavoit rien,
+ Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108]
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Envoyee de Jhesucrist,
+ Rappelles sa jus, par deca,
+ Les povres que Rigueur proscript
+ Et que Fortune betourna.
+ Cy scay bien comment y m'en va!
+ De Dieu, de vous, vie je tien...
+ Benoist celle qui vous porta!
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
+ Que creature feusse morte,
+ Ne feust vostre doulce naissance,
+ En charite puissant et forte,
+ Qui ressuscite et reconforte
+ Ce que Mort avoit prins pour sien.
+ Vostre presence me conforte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy vous rens toute obeissance,
+ A ce faire raison m'exorte,
+ De toute ma povre puissance;
+ Plus n'est deul qui me desconforte,
+ N'autre ennuy de quelque sorte.
+ Vostre je suis et non plus mien;
+ Ad ce droit et devoir m'enhorte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ O grace et pitie tres immense,
+ L'entree de paix et la porte,
+ Some et benigne clemence,
+ Qui noz faultes toult et supporte,
+ Sy de vous louer me deporte, [P. 109]
+ Ingrat suis, et je le maintien,
+ Dont en ce refrain me transporte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, ce loz je vous porte,
+ Que sans vous je ne feusse rien.
+ A vous et a vous m'en rapporte.
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Euvre de Dieu, digne, louee
+ Autant que nulle creature,
+ De tous biens et vertuz douee,
+ Tant d'esperit que de nature,
+ Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
+ Plus nobles que rubis balais;
+ Selon de Caton l'escripture:
+ _Patrem insequitur proles_.
+
+ Port assure, maintien rassiz,
+ Plus que ne peut nature humaine,
+ Et, eussiez des ans trente-six,
+ Enfance en rien ne vous demaine.
+ Que jour ne le die et sepmaine,
+ Je ne scay qui me le deffend...
+ A ce propos ung dit ramaine:
+ De saige mere saige enfant.
+
+ Dont resume ce que j'ay dit:
+ _Nova progenies coelo_
+ Car c'est du poete le dit: [P. 110]
+ _Jamjam demittitur alto_.
+ Saige Cassandre, belle Echo,
+ Digne Judith, caste Lucresse,
+ Je vous congnois, noble Dido,
+ A ma seule dame et maistresse.
+
+ En priant Dieu, digne pucelle,
+ Que vous doint longue et bonne vie;
+ Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
+ Ja ne coure sur luy envie.
+ Entiere dame et assouvie,
+ J'espoir de vous servir aincoys,
+ Certes, se Dieu plaist, que devie
+ Vostre povre escolier FRANCOYS.
+
+
+
+
+ BALLADE VILLON.
+
+ Je meurs de soif aupres de la fontaine,
+ Chauld comme feu, et tremble dent a dent,
+ En mon pais suis en terre loingtaine;
+ Lez un brazier friconne tout ardent;
+ Nu comme ung ver, vestu en president;
+ Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
+ Confort reprens en triste desespoir;
+ Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
+ Puissant je suis sans force et sans povoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
+ Obscur, fors ce qui est tout evident;
+ Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111]
+ Science tiens a soudain accident;
+ Je gaigne tout, et demeure perdent;
+ Au point du jour, diz: "Dieu vous doint bon soir!"
+ Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
+ J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
+ Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
+ D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
+ Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
+ Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
+ Mon ami est qui me fait entendant
+ D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
+ Et qui me nuyst croy qu'il m'aide a povoir.
+ Verite, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
+ Je retiens tout; riens ne scay concepvoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+ L'ENVOI.
+
+ Prince clement, or vous plaise savoir
+ Que j'entens moult, et n'ay sens ne scavoir;
+ Parcial suis, a toutes lois commun.
+ Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
+ Bien recueilly, deboute de chascun.
+
+
+
+ EPISTRE
+ EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.
+
+ Ayez pitie, ayez pitie de moy,
+ A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
+ En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112]
+ En cest exil ouquel je suis transmis
+ Par fortune, comme Dieu l'a permis.
+ Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
+ Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
+ Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
+ Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ Chantres chantans a plaisance, sans loy;
+ Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
+ Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
+ Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
+ Trop demourez, car il meurt entandiz.
+ Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
+ Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
+ Il n'entre, ou gist, n'escler ne tourbillon;
+ De murs espoix on luy a fait bandeaux:
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ Venez le veoir en ce piteux arroy,
+ Nobles hommes, francs de quars et de dix,
+ Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
+ Mais seulement de Dieu de Paradiz:
+ Jeuner lui fault dimanches et mardiz
+ Dond les dens a plus longues que ratteaux,
+ Apres pain sec, non pas apres gasteaux;
+ En ses boyaulx verse eau a gros bouillon;
+ Bas enterre, table n'a, ne tresteaulx:
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+ ENVOI.
+
+ Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
+ Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
+ Et me montez en quelque corbillon. [P. 113]
+ Ainsi se font l'un a l'autre pourceaux,
+ Car, ou l'un brait, ilz fuyent a monceaux.
+ Le lesserez la, le povre Villon?
+
+
+
+
+ LE DEBAT
+ DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
+ En forme de Ballade.
+
+ Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
+ Qui ne tient mais qu'a ung petit filet,
+ Force n'ay plus, substance ne liqueur,
+ Quand je te voy retraict ainsi seulet,
+ Com pouvre chien tappy en recullet.
+ --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
+ --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
+ --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
+ --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
+ --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
+ --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
+ Qui te saisit?--Par ou?--Par le collet.
+ Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
+ L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
+ --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
+ Si n'est assez, je recommenceray.
+ --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114]
+ Si fusse ung povre ydiot et folet,
+ Au cueur eusses de t'excuser couleur:
+ Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
+ Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
+ Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
+ Que respondras a ceste consequence?
+ --J'en seray hors quand je trespasseray.
+ --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
+ Quand Saturne me feit mon fardelet,
+ Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
+ Son seigneur es, et te tiens son valet.
+ Voy que Salmon escript en son roulet:
+ "Homme sage, ce dit-il, a puissance
+ Sur les planetes et sur leur influence."
+ --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
+ --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma creance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ ENVOI.
+
+ --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
+ --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
+ Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
+ Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
+ --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
+ --N'attends pas tant que tourne a desplaisance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+
+
+ LA REQUESTE [P. 115]
+ Que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon.
+
+ Le mien seigneur et prince redoubte,
+ Fleuron de Lys, royale geniture,
+ Francoys Villon, que travail a dompte
+ A coups orbes, par force de batture,
+ Vous supplie, par cette humble escripture,
+ Que luy faciez quelque gracieux prest.
+ De s'obliger en toutes cours est prest;
+ Si ne doubtez que bien ne vous contente.
+ Sans y avoir dommage n'interest,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ A prince n'a ung denier emprunte,
+ Fors a vous seul, vostre humble creature.
+ Des six escus que lui avez preste,
+ Cela pieca, il mist en nourriture;
+ Tout se payera ensemble, c'est droicture,
+ Mais ce sera legerement et prest:
+ Car, se du gland rencontre en la forest
+ D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
+ Paye serez sans delay ny arrest:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ Si je pensois vendre de ma sante
+ A ung Lombard, usurier par nature,
+ Faulte d'argent m'a si fort enchante,
+ Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
+ Argent ne pend a gippon ne ceincture;
+ Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
+ Que devant moy croix ne se comparoist,
+ Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
+ Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116]
+
+ ENVOI.
+
+ Prince du Lys, qui a tout bien complaist,
+ Que cuydez-vous, comment il me desplaist
+ Quand je ne puis venir a mon entente?
+ Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+
+
+ SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE
+
+ _Allez, Lettres, faictes un sault,
+ Combien que n'ayez pied ne langue:
+ Remonstrez, en vostre harengue,
+ Que faulte d'argent si m'assault._
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES PROVERBES.
+
+ Tant grate chevre que mal gist;
+ Tant va le pot a l'eau qu'il brise;
+ Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
+ Tant le maille-on qu'il se debrise;
+ Tant vault l'homme comme on le prise;
+ Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
+ Tant mauvais est qu'on le desprise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant raille-on que plus on ne rit;
+ Tant despend-on qu'on n'a chemise;
+ Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117]
+ Tant vault tien que chose promise;
+ Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
+ Tant donne-on qu'emprunter convient;
+ Tant tourne vent qu'il chet en bise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
+ Tant court chanson qu'elle est apprise;
+ Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
+ Tant bat-on place qu'elle est prise;
+ Tant tarde-on qu'on fault a l'emprise;
+ Tant se haste-on que mal advient;
+ Tant embrasse-on que chet la prise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient;
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
+ Tant va-t-il qu'apres il revient;
+ Tant le matte-on qu'il se radvise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES MENUS PROPOS.
+
+ Je congnois bien mouches en laict;
+ Je congnois a la robe l'homme;
+ Je congnois le beau temps du laid;
+ Je congnois au pommier la pomme;
+ Je congnois l'arbre a veoir la gomme;
+ Je congnois quand tout est de mesme;
+ Je congnois qui besongne ou chomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118]
+
+ Je congnois pourpoinct au collet;
+ Je congnois le moyne a la gonne;
+ Je congnois le maistre au valet;
+ Je congnois au voyle la nonne;
+ Je congnois quand piqueur jargonne;
+ Je congnois folz nourriz de cresme;
+ Je congnois le vin a la tonne;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ Je congnois cheval du mulet;
+ Je congnois leur charge et leur somme;
+ Je congnois Bietrix et Bellet;
+ Je congnois gect qui nombre et somme;
+ Je congnois vision en somme;
+ Je congnois la faulte des Boesmes;
+ Je congnois filz, varlet et homme:
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, je congnois tout en somme;
+ Je congnois coulorez et blesmes;
+ Je congnois mort qui nous consomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+
+
+ BALLADE [P. 119]
+ DES POVRES HOUSSEURS.
+
+ On parle des champs labourer,
+ De porter chaulme contre vent,
+ Et aussi de se marier
+ A femme qui tance souvent;
+ De moyne de povre couvent,
+ De gens qui vont souvent sur mer;
+ De ceulx qui vont les bleds semer,
+ Et de celluy qui l'asne maine;
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ A petis enfans gouverner,
+ Dieu scait se c'est esbatement!
+ De gens d'armes doit-on parler?
+ De faire leur commandement?
+ De servir Malchus chauldement?
+ De servir dames et aymer?
+ De guerrier et bouhourder
+ Et de jouster a la quintaine?
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ Ce n'est que jeu de bled soyer,
+ Et de prez faulcher, vrayement;
+ Ne d'orge battre, ne vanner,
+ Ne de plaider en Parlement;
+ A danger emprunter argent;
+ A maignans leurs poisles mener;
+ Et a charretiers desjeuner, [P. 120]
+ Et de jeusner la quarantaine;
+ Mais, a trestout considerer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+
+
+ PROBLEME OU BALLADE
+ AU NOM DE LA FORTUNE.
+
+ Fortune fuz par clercz jadis nommee,
+ Que toy, Francoys, crie et nomme meurtriere.
+ S'il y a hom d'aucune renommee
+ Meilleur que toy, faiz user en plastriere,
+ Par povrete, et fouyr en carriere,
+ S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
+ Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
+ Regarde et voy de mes faitz de jadis,
+ Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
+ Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
+ Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ Contre grans roys je me suis bien armee,
+ Le temps qui est passe; car, en arriere,
+ Priame occis et toute son armee;
+ Ne lui valut tour, donjon, ne barriere.
+ Et Hannibal, demoura-il derriere?
+ En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
+ Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
+ Julius Cesar au senat je vendiz;
+ En Egipte Pompee je perdiz;
+ En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121]
+ Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ Alexandre, qui tant fist de hamee,
+ Qui voulut voir l'estoille poucyniere,
+ Sa personne par moy fut inhumee.
+ Alphasar roy, en champ, sous la banniere,
+ Ruay jus mort; cela est ma maniere.
+ Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
+ Autre cause ne raison n'en rendray.
+ Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
+ Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
+ De son poignart, dedens son pavillon;
+ Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+ ENVOI.
+
+ Povre Francoys, escoute que tu dis:
+ Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
+ A toy n'aultre ne demourroit haillon:
+ Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
+ Par mon conseil prends tout en gre, Villon!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.
+
+ Rencontre soit de bestes feu gectans,
+ Que Jason vit, querant la Toison d'or;
+ Ou transmue d'homme en beste, sept ans,
+ Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122]
+ Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
+ Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
+ Ou avalle soit avec Tantalus
+ Et Proserpine aux infernaulx pallus,
+ Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
+ Tenant prison en la court Dedalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ Quatre mois soit en un vivier chantant,
+ La teste au fons, ainsi que le butor;
+ Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
+ Pour estre mis au harnois comme ung tor;
+ Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
+ Sans vestir drap de linge ne de laine;
+ Ou noye soit, comme fut Narcisus;
+ Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
+ Ou comme fut Judas par desperance,
+ Ou puist mourir comme Simon Magus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ D'Octovien puisse venir le temps:
+ C'est qu'on luy coule au ventre son tresor;
+ Ou qu il soit mis entre meules flotans;
+ En un moulin, comme fut saint Victor;
+ Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
+ Pis que Jonas au corps de la baleine;
+ Ou soit banny de la clarte Phoebus,
+ Des biens Juno et du soulas Venus,
+ Et du grant Dieu soit mauldit a outrance,
+ Ainsi que fut roy Sardanapalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ ENVOI. [P. 123]
+
+ Prince, porte soit des clers Eolus,
+ En la forest ou domine Glocus,
+ Ou prive soit de paix et d'esperance,
+ Car digne n'est de posseder vertus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+
+
+ LE JARGON OU JOBELIN [P. 124]
+ DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON.
+
+
+ BALLADE I.
+
+ A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
+ Ou accollez sont duppez et noirciz,
+ De par angels suyvans la paillardie,
+ Sont greffiz et prins cinq ou six.
+ La sont bleffeurs, au plus hault bout assis
+ Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
+ Escevez-moy tost ces coffres massis!
+ Ces vendengeurs, des ances circoncis,
+ S'embrouent du tout a neant...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Brouez-moy sur ces gours passans,
+ Advisez-moy bien tost le blanc,
+ Et pictonnez au large sur les champs:
+ Qu'au mariage ne soyez sur le banc
+ Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
+ Si gruppez estes des carireux, [P. 125]
+ Rebignez-moy tost ces enterveux,
+ Et leur montrez des trois le bris:
+ Que claves ne soyez deux et deux...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Plantez aux hurmes vos picons,
+ De paour des bisans si tres-durs,
+ Et, aussi, d'estre sur les joncs,
+ En mahe, en coffres, en gros murs.
+ Escharricez, ne soyez durs,
+ Que le grand Can ne vous fasse essorer.
+ Songears ne soyez pour dorer,
+ Et babignez tousjours aux ys
+ Des sires, pour les debouser...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Froart, dit des Arques Petis,
+ L'un des sires si ne soit endormis,
+ Levez au bec, que ne soyez griffis,
+ Et que vous n'en ayez du pis...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+
+
+
+ BALLADE II.
+
+ Coquillars, narvans a Ruel,
+ Men ys vous chante que gardez
+ Que n'y laissez et corps et pel,
+ Com fist Colin de l'Escaillier,
+ Devant la roe babiller
+ Il babigna, pour son salut. [P. 126]
+ Pas ne scavoit oingnons peller,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Changez, andossez souvent,
+ Et tirez tout droit au tremble,
+ Et eschicquez tost en brouant.
+ Qu'en la jarte ne soyez ample.
+ Montigny y fut, par exemple,
+ Bien estache au halle-grup,
+ Et y jargonnast-il le temple,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Gailleurs, bien faitz en piperie,
+ Pour ruer les ninars au loing,
+ A l'assault tost, sans suerie!
+ Que les mignons ne soient au gaing,
+ Tout farcis d'un plumas a coing,
+ Qui griefve et garde le duc,
+ Et de la dure si tres loing,
+ Dont Lamboureur luy rompt le suc.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, arriere de Ruel,
+ Et n'eussiez vous denier ne pluc,
+ Que au giffle ne laissez la pel,
+ Pour Lamboureur, qui rompt le suc.
+
+
+
+ BALLADE III. [P. 127]
+
+ Spelicans,
+ Qui, en tous temps,
+ Avancez dedans le pogois,
+ Gourde piarde,
+ Et sur la tarde,
+ Desboursez les pauvres nyais,
+ Et pour soustenir vostre pois,
+ Les duppes sont privez de caire,
+ Sans faire haire,
+ Ne hault braiere,
+ Mais plantez ils sont comme joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Souvent aux arques,
+ A leurs marques,
+ Se laissent tous desbouser
+ Pour ruer,
+ Et enterver
+ Pour leur contre que lors faisons.
+ La fee aux Arques vous respond,
+ Et rue deux coups, ou bien troys,
+ Aux gallois.
+ Deux, ou troys
+ Mineront trestout aux frontz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Et pour ce, benards,
+ Coquillars,
+ Rebecquez-vous de la montjoye,
+ Qui desvoye [P. 128]
+ Votre proye,
+ Et vous fera de tout brouer;
+ Par joncher
+ Et enterver,
+ Qui est aux pigeons bien cher:
+ Pour rifler
+ Et placquer
+ Les angels de mal tous rondz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ ENVOI.
+
+ De paour des hurmes
+ Et des grumes,
+ Rassurez-vous en droguerie
+ Et faerie,
+ Et ne soyez plus sur les joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+
+
+ BALLADE IV.
+
+ Saupicquetz frouans des gours arques,
+ Pour deshouser, beau sire dieux,
+ Allez ailleurs planter vos marques!
+ Benards, vous estes rouges gueux.
+ Berard s'en va chez les joncheux
+ Et babigne qu'il a plongis.
+ Mes freres, soiez embrayeux
+ Et gardez les coffres massis.
+
+ Se gruppez estes, des grappes
+ De ces angels si graveliffes;
+ Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129]
+ Pour l'emboue ferez eclipses;
+ De vos sarges serez besifles,
+ Tout debout et non pas assis.
+ Pour ce, gardez d'estre griffes
+ Dedens ces gros coffres massis.
+
+ Nyais qui seront attrapez,
+ Bientost s'en brouent au Halle,
+ Plus ne vault que tost ne happez
+ La baudrouse de quatre talle.
+ Des tires fait la hairenalle,
+ Quand le gosser est assiegis,
+ Et si hurcque la pirenalle,
+ Au saillir des coffres massis.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince des gayeulx, a leurs marques,
+ Que voz contres ne soient griffis.
+ Pour doubte de frouer aux arques,
+ Gardez-vous des coffres massis.
+
+
+
+ BALLADE V.
+
+ Joncheurs, jonchans en joncherie,
+ Rebignez bien ou joncherez;
+ Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
+ Ou acollez sont vos ainsnez.
+ Poussez de la quille et brouez,
+ Car tost seriez roupieux.
+ Eschet qu'acollez ne soyez.
+ Par la poe du marieux.
+
+ Bendez-vous contre la faerie, [P. 130]
+ Quanques vous aurez desbousez,
+ N'estant a juc la riflerie
+ Des angelz et leurs assosez.
+ Berard, se povez, renversez,
+ Si greffir laissez voz carieux;
+ La dure bientost renversez,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ Entervez a la floterie,
+ Chantez-leur trois, sans point songer.
+ Qu'en artes ne soyez en surie,
+ Blanchir vos cuirs et essurger.
+ Bignez la mathe, sans targer;
+ Que vos ans ne soyent ruppieux!
+ Plantez ailleurs contre assieger,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Benard en Esterie,
+ Querez coupans pour Lamboureux
+ Et autour de vos ys tuerie,
+ Pour la poe du marieux.
+
+
+
+ BALLADE VI
+
+ Contres de la gaudisserie,
+ Entervez tousjours blanc pour bis,
+ Et frappez, en la hurterie,
+ Sur les beaulx sires bas assis.
+ Ruez de feuilles cinq ou six,
+ Et vous gardez bien de la roe,
+ Qui aux sires plante du gris, [P. 131]
+ En leur faisant faire la moe.
+
+ La giffle gardez de rurie,
+ Que vos corps n'en ayent du pis,
+ Et que point, a la turterie,
+ En la hurme ne soyez assis.
+ Prenez du blanc, laissez du bis,
+ Ruez par les fondes la poe,
+ Car le bizac, a voir advis,
+ Faict aux Beroars faire la moe.
+
+ Plantez de la mouargie,
+ Puis ca, puis la, pour l'artis,
+ Et n'espargnez point la flogie
+ Des doulx dieux sur les patis.
+ Vos ens soyent assez hardis,
+ Pour leur avancer la droe;
+ Mais soient memorandis,
+ Qu'on ne vous face la moe.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, qui n'a bauderie
+ Pour eschever de la soe,
+ Danger du grup, en arderie,
+ Faict aux sires faire la moe.
+
+ FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
+ FRANCOIS VILLON.
+
+
+
+ POESIES [P. 132]
+ ATTRIBUEES A VILLON
+
+
+
+ I RONDEL.
+
+ Les biens dont vous estes la dame
+ Ont mon cueur si tres fort espris,
+ Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
+ De vous aymer plus que nul ame.
+
+ Quant a moy, point je ne l'en blasme,
+ Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+ De ce qu'il fault que je vous ayme,
+ Je scay trop bien que j'ay mespris;
+ Mais qui en doit estre repris?
+ Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+
+ II. RONDEL.
+
+ A bien juger mon propre affaire
+ Et piteux cas, sans riens en taire,
+ Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134]
+ Se par adventure n'avez
+ Information de contraire.
+
+ Celle ou celluy qui m'a brasse
+ Ce maulvais los et pourchasse
+ Me het et ne vous ayme pas;
+ Mais il quiert que soye chacie
+ De vostre amour et effacie.
+ Je congnois bien telz advocas.
+
+ Se vous avez voulu refaire
+ Leur voulente pour me deffaire,
+ Vous faictes mal et me grevez.
+ Considerez que vous scavez
+ Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
+ A bien juger.
+
+
+ III. RONDEL.
+
+ Une fois me dictes ouy,
+ En foy de noble et gentil femme;
+ Je vous certifie, ma Dame,
+ Qu'oncques ne fuz tant resjouy.
+
+ Veuillez le donc dire selon
+ Que vous estes benigne et doulche,
+ Car ce doulx mot n'est pas si long
+ Qu'il vous face mal en la bouche.
+
+ Soyez seure, si j'en jouy,
+ Que ma lealle et craintive ame
+ Gardera trop mieulx que nul ame
+ Vostre honneur. Avez-vous ouy?
+ Une fois me dictes ouy.
+
+
+ IV. RONDEL. [P. 135]
+
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
+ Une j'en sers qui est bien suffisante
+ Pour contenter un grant duc ou un roy.
+ Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
+ Il n'est besoing que de ce je me vante.
+
+ Combien qu'elle est de taille belle et gente,
+ De m'en louer pour ceste heure presente
+ Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+ Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
+ Et cueur et corps et biens je luy presente,
+ Pour tout cela remede je n'y voy.
+ Delibere suis, scavez-vous de quoy?
+ De luy quicter et le jeu et l'actente.
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+
+ V. RONDEL.
+
+ De mon faict je ne scay que dire;
+ Par tout ou je vois je m'adire,
+ Et des yeulx voy moins que du coute.
+ En danger suis qu'il ne me couste
+ La vie, tant suis remply d'ire.
+
+ De mon faict je ne scay que dire,
+ Car ma dame si ne tient compte
+ De mon martyre, quant luy compte,
+ Mais me dit que trop aise suis,
+ Et qu'en ce royaulme n'a conte
+ Qui ait de nulle meilleur compte
+ Que j'ay d'elle, quant je la suis,
+
+ Nullement, de paour de mesdire, [P. 136]
+ Jamais je ne l'ose desdire;
+ A son gre parler je l'ecoute,
+ Puis empres elle je m'accoute,
+ Sans luy vouloir riens contredire.
+ De mon faict je ne scay que dire.
+
+
+ VI. RONDEL.
+
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours;
+ Car ma bourse est tres mal garnie
+ Pour fourrer le poignet tousjours.
+
+ Ung jour demande haults atours,
+ Et l'autre ung grant bort de velours,
+ Et je respons: "Or bien, m'amye,"
+ Pour entretenir mes amours.
+
+ Veez-vous ce donneur de bonjours?
+ Il a faict en el tant de cours,
+ Practique l'art de baverie,
+ Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
+ Dire sa pensee a rebours.
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours.
+
+
+ VII. RONDEL.
+
+ Tu te brusles a la chandelle!
+ Helas! mon cueur, ne vois tu pas
+ Que danger est tousjours au pas,
+ Qui fait a tous guerre mortelle?
+
+ Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137]
+ Se tu n'y vas bien par compas;
+ Tu te brusles a la chandelle.
+
+ Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
+ A ton advis, pour ton repas?
+ Nennil. Retrais toy tout le pas,
+ Ains qu'on te frape au cul la pelle.
+ Tu te brusles a la chandelle.
+
+
+ VIII. RONDEL.
+
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil;
+ Adieu, ma tres gente mignonne,
+ Adieu, sur toutes la plus bonne,
+ Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.
+
+ Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
+ Mon povre cueur vous laisse et donne.
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil.
+
+ Adieu, par qui du mal recueil
+ Mille fois plus que mot ne sonne;
+ Adieu, du monde la personne
+ Dont plus me loue et plus me dueil.
+ Adieu vous dy la lerme a l'oeil.
+
+
+ IX. BALLADE.
+
+ Las! je me plains d'amours et de ma dame,
+ Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulte;
+ Et oultre plus, je me plains d'une femme
+ Qui contre moy a le conseil donne
+ Dont j'ay deja tant de mal endure [P. 138]
+ Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
+ Aller criant, comme tout forcene:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+ Car se pitie son tres doulx cueur n'entame
+ A me donner ce que j'ay desire,
+ J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
+ Tout hors de sens et si desespere
+ Qu'apres ma mort il en sera parle
+ Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
+ Et lors diray pour plus estre blasme:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye
+
+ Se je le dy, je jure sur mon ame
+ Que ce sera contre ma voulente.
+ Je prye a Dieu qu'il n'y puist avoir ame
+ A celle fin qu'il ne soit raporte.
+ Car jasoit ce qu'elle m'ait courrouce
+ Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
+ Avant que j'eusse ne dit ne profere:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+
+ X. RONDEL.
+
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne
+ Pour pourchasser ailleurs mon bien;
+ Car, sur ma foy, je congnois bien
+ Que vous m'estes pire que bonne.
+
+ Trop a de cueur qui vous en donne:
+ Pour ce ja Dieu ne me pardonne
+ Se vous avez jamais le mien, [P. 139]
+ Quelque chose qu'Amours ordonne.
+
+ Si n'aymeray je ja personne
+ Que vous, quoy que l'on me sermonne,
+ En tout ce monde terrien;
+ Mais maintenant je n'en fais rien,
+ Et sers selon qu'on me guerdonne.
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne.
+
+
+
+ XI. RONDEL.
+
+ Hahay! estes vous rencherie,
+ Dieux y ait part, puis devant hier?
+ Ma dame, c'est pour enrager!
+ Le faictes-vous par mocquerie?
+
+ Mais venez ca, je vous en prie:
+ Est le cuir devenu si cher?
+ Hahay! estes vous rencherie?
+
+ Et dea! et ne scavez-vous mie
+ Que mon pere est cordouennier;
+ Vous voulez bazanne priser
+ Plus que cordouen la moitie.
+ Hahay! estes-vous rencherie?
+
+
+
+ XII. RONDEL.
+
+ Au plus offrant ma dame est mise
+ Et dernier encherisseur.
+ Je ne scay se c'est par honneur,
+ Mais je n'en prise pas la guise.
+
+ Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140]
+ Mais je voy qu'elle a mis son cueur
+ Au plus offrant.
+
+ Et pour ce je quitte la prinse
+ D'estre nomme son serviteur,
+ Car donner me porte malheur.
+ Ainsi j'ay laisse l'entreprise
+ Au plus offrant.
+
+
+ XIII. RONDEL.
+
+ Entens a moy, vray dieu d'amours,
+ Et faiz que la mort ait son cours
+ Hastivement,
+
+ Car j'ay mal employe mes jours.
+ Je meurs en aymant par amours
+ Certainement.
+
+ Languir me fault en griefs doulours.
+
+
+ XIV. BALLADE
+ _Pour ung prisonnier._
+
+ S'en mes maulx me peusse esjoyr
+ Tant que tristesse me feust joye
+ Par me doulouser et gemir,
+ Voulentiers je me complaindroye;
+ Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
+ J'ay espoir qu'au temps advenir
+ A grant honneur venir pourroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Pourtant, s'ay eu moult a souffrir [P. 141]
+ Par fortune, dont je larmoye,
+ Et que n'ay pas peu obtenir
+ N'avoir ce que je pretendoye,
+ Au temps advenir je vouldroye
+ Voulentiers bon chemin tenir
+ Pour acquerir honneur et joye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Sans plus loin exemple querir,
+ Par moy mesme juger pourroye
+ Que meschief nul ne peult fouyr,
+ S'ainsi est qu'advenir luy doye.
+ C'est jeunesse qui tout desvoye;
+ Nul ne s'en doit trop esbahyr.
+ Si juste n'est qui ne fourvoye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Prince, s'aucun povoir avoye
+ Sur ceulx qui me font cy tenir,
+ Voulentiers vengeance en prendroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+
+ XV. RONDEL.
+
+ Comme moy vous aurez voz gages.
+ J'en fuz bien paye au partir:
+ Plain de dueil jusques au partir,
+ Ne sont-ce plaisans advantages?
+
+ Servez amours entre vous sages:
+ Il vous en fera repentir;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+ Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142]
+ Pour vous garder de departir.
+ Quant est a moy, j'en suys martir.
+ Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+
+ XVI. BALLADE.
+
+ Il n'est danger que de vilain,
+ N'orgueil que de povre enrichy,
+ Ne si seur chemin que le plain,
+ Ne secours que de vray amy,
+ Ne desespoir que jalousie,
+ N'angoisse que cueur convoiteux,
+ Ne puissance ou il n'ait envie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne servir qu'au roy souverain,
+ Ne lait nom que d'homme ahonty,
+ Ne manger fors quant on a faim,
+ N'emprise que d'homme hardy,
+ Ne povrete que maladie,
+ Ne hanter que les bons et preux,
+ Ne maison que la bien garnie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne richesse que d'estre sain,
+ N'en amours tel bien que mercy,
+ Ne de la mort rien plus certain,
+ Ne meilleur chastoy que de luy;
+ Ne tel tresor que preudhommye,
+ *****************************
+ Ne paistre qu'en grant seigneurie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ ENVOI. [P. 143]
+
+ Que voulez-vous que je vous die?
+ Il n'est parler que gracieulx,
+ Ne louer gens qu'apres leur vie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx
+
+
+ XVII. BALLADE MORALE.
+
+ D'une dague forte et aiguee
+ Soit-il frappe parmy l'eschine,
+ Et ait tousjours une sansue
+ Attachee a sa poitrine,
+ Et attainct d'une coulevrine
+ Entre le nez et le menton,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Son giste soit emmy la rue,
+ Tout nud quand il fera bruyne,
+ Sur pel de hericon pointue,
+ Couvert d'une chere estamine;
+ De vent de bise sa courtine,
+ Et soit mors d'ung escorpion,
+ Ou qu'en prison vive en foraine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Sa chair soit detrenchee menue
+ Plus qu'au moulin n'est la farine,
+ Ou de gros nerfz soit bien batue,
+ Ou couche nud sur tas d'espine:
+ Et affin que plus tost il fine,
+ Son corps soit remply de poison,
+ Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144]
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, soit mis en la gehaine
+ Dix fois le jour comme ung larron,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+
+
+ XVIII. BALLADE.
+
+ J'ay ung arbre de la plante d'amours,
+ Enracine en mon cueur proprement,
+ Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
+ Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
+ Mais, puis qu'il fut plante premierement,
+ Il est tant creu, de racine et de branche,
+ Que son umbre, qui me porte nuysance,
+ Fait au dessoubs toute joye seichier,
+ Et si ne puis, pour toute ma puissance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ De si long-temps est arrose de plours
+ Et de lermes tant douloureusement,
+ Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
+ Ne je n'y truys gueres d'amendement.
+ Je les recueille pourtant soigneusement.
+ C'est de mon cueur l'amere soustenance,
+ Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
+ Que porter fruits qui le dussent blecier;
+ Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145]
+ Et arbrynceaux percent nouvellement,
+ Amours vouloit moy faire ce secours,
+ Que les branches qui font empeschement
+ Il retranchast du tout entierement,
+ Pour y enter ung rynceau de plaisance,
+ Il gecteroit bourgeons de souffisance;
+ Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
+ Et ne fauldroit ja, par desesperance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ ENVOI.
+
+ Ma princesse, ma premiere esperance,
+ Mon cueur vous sert en dure penitence.
+ Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
+ Et ne souffrez en vostre souvenance
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+
+
+ XIX. BALLADE.
+
+ Plaisant assez, et des biens de fortune
+ Ung peu garny, me trouvay amoureux,
+ Voire si bien, que, tant aymay fort une,
+ Que nuit et jour j'en estois langoureux.
+ Mais tant y a, que je fus si heureux
+ Que, moyennant vingt escus a la rose,
+ Je fis cela que chacun bien suppose.
+ Alors je dis, connoissant ce passage:
+ "Au fait d'amours, babil est peu de chose;
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or est ainsy que, durant ma pecune,
+ Je fus traite comme amy precieux;
+ Mais, tost apres, sans dire chose aucune,
+ Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146]
+ Sur un vieillard riche, mais chassieux,
+ Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
+ Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
+ Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
+ Dessus ce texte allay bouter en glose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or elle a tort, car noyse ny rancune
+ N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
+ Que, s'elle eust dit: "Donne-moy de la lune"
+ J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
+ Et, nonobstant, son corps tant vicieux
+ Au service de ce vieillard expose.
+ Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
+ Que luy transmets; mais, en pou de langage,
+ Me respond franc: "Povrete te depose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage!"
+
+ ENVOI.
+
+ Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
+ Si vous n'avez toujours bourse desclose,
+ Vous abusez: car Meung, docteur tres sage,
+ Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+
+
+ XX. BALLADE.
+
+ Qui en amours veut estre heureux,
+ Faut tenir train de seigneurie,
+ Estre prompt et advantureux
+ Quand vient a monstrer l'armarie:
+ Porter drap d'or, orfaverie,
+ Car cela les dames esmeut.
+ Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147]
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Je fus nagueres amoureux
+ D'une dame cointe et jolie,
+ Qui me dit, en mots gracieux:
+ "Mon amour est en vous ravie;
+ Mais il faut qu'el soit desservie
+ Par cinquante escus d'or, s'on peut.
+ --Cinquante escus! Bon gre ma vie!
+ Il ne fait pas ce tour qui veult."
+
+ Alors luy donnay sur les lieux
+ Ou elle feisoit l'endormie:
+ Quatre venues, de coeur joyeux,
+ Luy fis en moins d'heure et demie.
+ Lors me dit, a voix espasmie:
+ "Encore un coup! le coeur me deult.
+ --Encore un coup! Helas! m'amye,
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!"
+
+ ENVOI.
+
+ Prince d'amours, je te supplie,
+ Si plus ainsi elle m'accuelt,
+ Que ma lance jamais ne plie:
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+
+
+ XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
+
+ D'ung gect de dart, d'une lance asseree,
+ D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
+ D'une guisarme, d'une fleche ferree,
+ D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
+ D'ung grand penart et d'une bisaguee,
+ D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148]
+ De maulx briguans puissent trouver tel route
+ Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
+ Le cueur fendu, descire par monceaulx,
+ Le col couppe d'ung bon branc acherin,
+ Descirez soient de truye et de pourceaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'ung arc turcquois, d'une espee affilee
+ Ayent les paillars la brouaille cousue,
+ De feu gregoys la perrucque bruslee,
+ Et par tempeste la cervelle espandue,
+ Au grand gibet leur charongne pendue,
+ Et briefvement puissent mourir de goutte,
+ Ou je requiers et pry que l'on leur boute
+ Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
+ Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
+ Et puis bouillir en huille le matin,
+ Desmembrez soient a quatre grans chevaux,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'un gros canon la tete escarbouillee
+ Et de tonnerre acablez en la rue
+ Soient tous leurs corps, et leur chair dessiree,
+ De gros mastins bien garnye et pourvue,
+ De forz esclers puissent perdre la veue,
+ Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
+ Avecques ce ilz aient la pluye toute
+ Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
+ Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
+ Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
+ Desrompuz soient a quatre-vingts marteaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149]
+ Et crever puissent par force de venin
+ Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin
+
+
+
+ XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150]
+ FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
+
+ AVEC SON EPITAPHE.
+
+ C'est a meshuy! J'ay beau corner!
+ Or ca, il s'en fault retourner,
+ Maulgre ses dentz, en sa maison
+ Si ne vis-je pieca saison
+ Ou j'eusse si hardy couraige
+ Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
+ Que je n'ay a qui me combatre...
+ Y a-il homme qui a quatre,
+ Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
+ Combatre a moy? Se tost recueillent
+ Mon gantelet; vela pour gaige!
+ Par le sang bieu! je ne crains paige,
+ S'il n'a point plus de quatorze ans.
+ J'ay autresfoys tenu les rencz,
+ Dieu Mercy! et gaigne le prix
+ Contre cinq Angloys que je pris,
+ Povres prisonniers desnuez, [P. 151]
+ Si tost que je les euz ruez.
+ Ce fust au siege d'Alencon.
+ Les troys se misrent a rancon,
+ Et le quatriesme s'enfuyt.
+ Incontinent que l'autre ouyt
+ Ce bruit, il me print a la gorge.
+ Se je n'eusse crie: Sainct George!
+ Combien que je suys bon Francoys,
+ Sang bieu! il m'eust tue ancoys
+ Que personne m'eust secouru.
+ Et quand je me senty feru
+ D'une bouteille, qu'il cassa
+ Sur ma teste: "Venez ca, ca!
+ Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
+ Je ne quiers point faire de noise,
+ Ventre bieu! et buvons ensemble.
+ Pose soit ores que je tremble,
+ Sang bieu! je ne vous crains pas maille."
+
+ _Cy dit ung quidem, par derriere les gens_:
+ Coquericoq.
+
+ Qu'esse cy? J'ay ouey poullaille
+ Chanter chez quelque bonne vieille;
+ Il convient que je la resveille.
+ Poullaille font icy leurs nidz!
+ C'est du demourant d'Ancenys,
+ Par ma foy! ou du Champ-Tourse...
+ Helas! que je me vis course
+ De la mort d'ung de mes nepveux!
+ J'euz d'ung canon par les cheveux,
+ Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
+ Mais je m'escriay: "Saincte Barbe! [P. 152]
+ Vueille-moy ayder a ce coup,
+ Et je t'ayderay l'autre coup!"
+ Adonc le canon m'esbranla,
+ Et vint ceste fortune-la
+ Quand nous eusmes le fort conquis.
+ Le Baronnet et le Marquis,
+ Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
+ Accoururent pour veoir l'histoire;
+ La Rochefouquault, l'Amiral,
+ Aussi Beuil et son attirail,
+ Pontievre, tous les capitaines,
+ Y deschausserent leurs mitaines
+ De fer, de paour de m'affoler,
+ Et si me vindrent acoler
+ A terre, ou j'estoye meshaigne,
+ De paour de dire: "Il n'a daigne!"
+ Combien que je fusse malade,
+ Je mis la main a la salade,
+ Car el m'estouffoit le visaige.
+ "Ha! dist le Marquis, ton oultraige
+ Te fera une foys mourir!"
+ Car il m'avoit bien veu courir,
+ Oultre l'ost, devant le chasteau.
+ Helas! j'y perdy mon manteau,
+ Car je cuidoye d'une poterne
+ Que ce fust l'huys d'une taverne.
+ Et moy tantost de pietonner,
+ Car, quand on oyt clarons sonner,
+ Il n'est courage qui ne croisse.
+ Tout aussitost: "Ou esse? Ou esse?
+ Et, a brief parler, je m'y fourre,
+ Ne plus ne moins qu'en une bourre.
+ Si ce n'eust este la brairie
+ Du coste devers la prairie, [P. 153]
+ De nos gens, qui crioient trestous,
+ Disant: "Pierre, que faictes-vous?
+ N'assaillez pas la basse court
+ Tout seul!" je l'eusse prins tout court,
+ Certes; mais c'eust este outraige.
+ Et se ce n'eust este ung paige
+ Qui nous vint trencher le chemin,
+ Mon frere d'armes Gueillemin
+ Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
+ Car, quoy? il nous en pend autant
+ A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
+ Frappe au travers la bataille
+ Des Bretons; mais nous apaisames
+ Nos couraiges et recullames...
+ Que dy-je? non pas reculer,
+ Chose dont on ne doibt parler...
+ Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
+ Je ne craignoye que les dangiers,
+ Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
+ Et quand la bataille fut close,
+ D'artillerie grosse et gresle
+ Vous eussez ouy, pesle-mesle:
+ _Tip, tap, sip, sap_, a la barriere,
+ Aux esles, devant et derriere.
+ J'en eus d'ung parmy la cuirace.
+ Les dames qu'estoient en la place
+ Si ne craignoyent que le couillart.
+ Certes, j'estoye ung bon paillart;
+ J'en avoye ung si portatif,
+ Se je n'eusse este si hastif
+ De mettre le feu en la pouldre,
+ J'eusse destruit et mis en fouldre
+ Tout quanqu'avoit de damoiselles.
+ Il porte deux pierres jumelles, [P. 154]
+ Mon couillart: jamais n'en a meins.
+ Et dames de joindre les mains,
+ Quand ilz virent donner l'assault.
+ Les ungs se servoyent du courtault
+ Si dru, si net, si sec que terre.
+ Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
+ Eussez ouy sonner trompilles,
+ Pour faire dancer jeunes filles
+ Au son du courtault, haultement.
+ Quand j'y pense, par mon serment!
+ C'est vaine guerre qu'avec femmes;
+ J'avoye toujours pitie des dames.
+ Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
+ Ilz auroyent le ventre bien dur,
+ S'il ne passoit oultre... Pensez
+ Qu'on leur eust faict du mal assez,
+ Se l'en n'eust eu noble couraige;
+ Mesmes ces pehons de villaige,
+ J'entens pehons de plat pays,
+ Ne se fussent point esbahis
+ De leur mal faire; mais nous sommes
+ Tousjours, entre nous gentilz hommes,
+ Au guet dessus la villenaille.
+ J'estoye par deca la bataille,
+ Tousjours la lance ou la bouteille
+ Sur la cuisse: c'estoit merveille,
+ Merveille de me regarder.
+ Il vint ung Breton estrader,
+ Qui faisoit rage d'une lance;
+ Mais il avoit, de jeune enfance,
+ Les reins rompus; c'estoit dommaige.
+ Il vint tout seul, par son oultraige,
+ Estrader par mont et par val;
+ Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155]
+ Il faisoit feu et voire flambe.
+ Mais je lui trenchay une jambe,
+ D'ung revers, jusques a la hanche;
+ Et fis ce coup-la ung dimenche,
+ Que dy-je? ung lundy matin.
+ Il ne s'armoit que de satin,
+ Tant craignoit a grever ses reins.
+ Voulentiers frappoit aux chanfrains
+ D'ung cheval, quand venoit en jouste,
+ Ou droit a la queue, sans doubte.
+ Point il ne frappoit son roussin,
+ Pource qu'il avoit le farcin,
+ Que d'ung baston court et noailleux,
+ Dessus sa teste et ses cheveulx,
+ De paour de le faire clocher.
+ Aussi, de paour de tresbucher,
+ Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
+ Et ung grant panon de bissac
+ Voulentiers portoit sur sa teste.
+ D'ung tel homme fault faire feste
+ Autant que d'ung million d'or.
+ Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
+ S'il vault riens il ne fault pas dire.
+ J'ay fait raige avecques La Hire:
+ Je l'ay servy trestout mon aage.
+ Je fus gros vallet, et puis page,
+ Archier, et puis je pris la lance,
+ Et la vous portoye sur la panse,
+ Tousjours trousse comme une poche.
+ Et puis, monseigneur de la Roche,
+ Que Dieu pardoint, me print pour paige.
+ J'estoye gent et beau de visaige,
+ Je chantoye et brouilloye des flustes,
+ Et si tiroye entre deux butes. [P. 156]
+ A brief parler, j'estoye ainsi
+ Mignon comme cest enfant-cy;
+ Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
+ Or ca, ca, par ou assauldray-je
+ Ce cocq que j'ay ouy chanter?
+ A peu besongner bien vanter;
+ Il fault assaillir cest hostel.
+
+ _Adonc appercoit le Franc Archier un espoventail de_
+ cheneviere, faict en facon d'ung gendarme,
+ croix blanche devant et croix noire
+ derriere, en sa main tenant
+ une arbaleste_.
+
+ (A part.)
+
+ Ha! le Sacrement de l'autel!
+ Je suis affoibly! Qu'esse-cy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
+ Hault le trait, qu'aye la vie franche!
+ Je voy bien, a vostre croix blanche,
+ Que nous sommes tout d'ung party.
+
+ (A part.)
+
+ D'ond, tous les diables! est-il sorty,
+ Tout seul et ainsi effroye?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Comment! Estes-vous desvoye?
+ Mettez jus, je gage l'amende.
+ Et, pour Dieu, mon amy, desbende
+ Au hault ou au loing ton baston!
+ _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]
+ Par le sang bieu! c'est ung Breton,
+ Et je dy que je suis Francoys!...
+ Il est fait de toy, ceste fois,
+ Perrenet; c'est ung parti contraire!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Hen, Dieu! et ou voulez-vous traire?
+ Vous ne scavez pas que vous faictes.
+ Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
+ Vive sainct Denis ou sainct Yve!
+ Ne m'en chault qui, mais que je vive!
+ Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
+ Se vous voulez scavoir mon estre,
+ Ma mere fut nee d'Anjou,
+ Et mon pere je ne scay d'ou,
+ Sinon que j'ouy reveler
+ Qu'il fut natif de Lantriquer.
+ Comment scauray-je vostre nom?
+ Monseigneur Rollant, ou Yvon,
+ Mort seray quand il vous plaira!
+
+ (A part.)
+
+ Et comment! il ne cessera
+ Meshuy de me persecuter,
+ Et si ne me veult escouter!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ En l'honneur de la Passion
+ De Dieu, que j'aye confession,
+ Car je me sens ja fort malade!
+ Or, tenez, vela ma salade,
+ Qui n'est froissee ne couppee;
+ Je la vous rens, et mon espee, [P. 158]
+ Et faictes prier Dieu pour moy.
+ Je vous laisse, sur vostre foy,
+ Ung voeu que je doibs a sainct Jacques.
+ Pour le faire, prendrez mon jacques,
+ Et ma ceinture et mon cornet.
+
+ (A part.)
+
+ Tu meurs bien maulgre toy, Pernet,
+ Voire maulgre toi et a force!
+
+ (Au public.)
+
+ Puis qu'endurer fault et a force,
+ Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
+ Du Franc Archier de Baignolet,
+ Et m'escripvez, a ung paraphe,
+ Sur moy ce petit epitaphe:
+
+ _Cy gist Pernet le Franc Archier,
+ Qui cy mourut sans desmarcher,
+ Car de fuyr n'eut onc espace,
+ Lequel Dieu, par sa saincte grace,
+ Mette es cieulx, avecques les ames
+ Des francs archiers et des gens d'armes,
+ Arriere des arbalestriers.
+ Je les hay tous: ce sont meurdriers!
+ Je les congnois bien de pieca.
+ Et mourut l'an qu'il trespassa._
+
+ Vela tout; les mots sont tres beaux.
+ Or, vous me lairrez mes houseaulx,
+ Car, se j'alloye en paradis
+ A cheval, comme fist jadis
+ Sainct Martin, et aussi sainct George,
+ J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]
+ Vous laisse gantelet et dague:
+ Car, au surplus, je n'ay plus bague
+ De quoy je me puisse deffendre.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Attendez! me voulez-vous prendre
+ En desaroy? Je me confesse
+ A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
+ A la Vierge et a tous sainctz.
+
+ (A part.)
+
+ Or meurs-je les membres tous sains
+ Et tout en bon point, ce me semble.
+ Je n'ay mal, sinon que je tremble
+ De paour et de malle froidure,
+ Et de mes cinq sens de nature...
+ Cinq cens! Ou prins, qui ne les emble?
+ Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
+ Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
+ Pour neant m'en confesseroye:
+ Oncques ensemble n'en veiz deux.
+ Et de mes sept pechez morteux
+ Il fault bien que m'en supportez:
+ Sur moy je les ay trop portez;
+ Je les metz jus, avec mon jacques.
+ J'eusse attendu jusques a Pasques,
+ Mais vecy ung advancement.
+ Et du premier commendement
+ De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
+ (Non pas l'estoc quand on va boire,
+ Cela s'entend) en ung seul Dieu,
+ Jamais ne me trouvay en lieu
+ Ou j'y creusse mieulx qu'a ceste heure,
+ Mais qu'a ce besoing me sequeure.
+
+ (A l'espoventail.) [P. 160]
+
+ Ne desbendez? Je ne me fuys!
+
+ (A part.)
+
+ Helas! je suis mort ou je suis.
+ Je suis aussi simple, aussi coy
+ Comme une pucelle; car, quoy
+ Dit le second commendement?
+ Qu'on ne jure Dieu vainement.
+ Non ay-je en vain, mais tres ferme,
+ Ainsi que fait ung bon genderme,
+ Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
+ Le tiers nous enjoingt et procure,
+ Et advertist et admoneste,
+ Que l'en doit bien garder la feste,
+ Autant en hyver qu en este:
+ J'ay tousjours voulentiers feste,
+ De ce ne mentiray-je point;
+ Et le quatriesme nous enjoint
+ Qu'on doit honnorer pere et mere:
+ J'ay tousjours honore mon pere,
+ En moy congnoissant gentilhomme
+ De son coste, combien qu'en somme
+ Sois villain et de villenaille.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
+ Jusques amen; misericorde!
+ Relevez ung peu vostre corde;
+ Ferez que le traict ne me blesse.
+
+ (A part.)
+
+ Item, morbieu! je me confesse
+ Du cinquiesme, sequentement:
+ Deffend-il pas expressement [P. 161]
+ Que nul si ne soit point meurtrier?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! Monseigneur l'arbalestrier,
+ Gardez bien ce commendement;
+ Quant est a moy, par mon serment,
+ Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
+
+ (A part.)
+
+ L'aultre commendement nous baille
+ Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
+ Car en lieu n'en place quelconque
+ Je n'euz loysir de rien embler.
+ J'ay assez a qui ressembler
+ En ce point; je n'ay point meffait,
+ Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
+ Dieu scet comme il me fust mescheu!
+
+ _Cy lusse tomber a terre l'espoventail, celluy qui
+ le tient_.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! monseigneur! vous estes cheu!...
+ Jesus! et qui vous a boute,
+ Dictes? Ce n'ay-je pas este,
+ Vrayement, ou diable ne m'emporte,
+ Au cas, dictes? Je m'en rapporte
+ A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
+ Affin que ne vueillez pas dire
+ Que c'est demain ou pour demain.
+ Au fort, baillez-moy vostre main,
+ Je vous ayderay a lever.
+ Mais ne me vueillez pas grever:
+ J'ai pitie de vostre fortune.
+
+ _Cy appercoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]
+ ce n'est pas ung homme_.
+
+ Par le corps bieu! j'en ay pour une!
+ Il n'a pie ne main; il ne hobe;
+ Par le corps bieu! c'est une robe
+ Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
+ Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
+ Ce cuiday-je, des gens de guerre...
+ Que la fievre quartaine serre
+ Celluy qui vous a mis icy!
+ Je le feray le plus marry,
+ Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
+ Se mocque on de moy quelconques?
+ Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
+ Qu'espoventail de cheneviere,
+ Que le vent a cy abatu!...
+ La mort bieu! vous serez batu,
+ Tout au travers, de ceste espee...
+ Quand la robbe seroit couppee,
+ Ce seroit ung tres grand dommaige.
+ Je vous emporteray pour gaige,
+ Toutesfoys, apres tout hutin.
+ Au fort, ce sera mon butin,
+ Que je rapporte de la guerre.
+ On s'est bien raille de toi, Pierre,
+ La charbieu saincte et beniste!
+ Vous eussiez eu l'assault bien viste,
+ Se j'eusse sceu vostre prouesse:
+ Vous eussiez tost eu la renverse,
+ Voir, quelque paour que j'en eusse.
+ Or pleust a Jesus que je fusse,
+ A tout cecy, en ma maison!
+ Qu'il poise! Mengie a foison [P. 163]
+ De paille: elle chiet par derriere.
+ C'est paine pour la chamberiere,
+ De la porter hors de ce lieu.
+
+ (Au public.)
+
+ Seigneurs, je vous commande a Dieu;
+ Et se l'on vous vient demander
+ Qu'est devenu le Franc Archier,
+ Dictes qu'il n'est pas mort encor,
+ Et qu'il emporte dague et cor,
+ Et reviendra par cy de brief.
+ Adieu; je m'en vois au relief.
+
+ FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
+ DE BAIGNOLLET.
+
+
+
+ XXIII. [P. 164]
+
+ DIALOGUE DE MESSIEURS
+ DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
+
+ M. Hee, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
+ De neuf? M. On nous tient en aboy,
+ Comme despourveuz, malureux.
+ B. Si j'avoye autant que je doy,
+ Sang bieu! je seroye chez le Roy,
+ Un page apres moy! M. Voire deux!
+
+ B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
+ B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
+ M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
+ M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
+ B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
+ Heritiers. B. De gaiges cassez.
+
+ M. Nous sommes, puis troys ans passez
+ Si minces. B. Si mal compassez.
+ M. Si simples. B. Legiers comme vent.
+ M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]
+ De donner pour Dieu dispensez,
+ Car nous jeusnons assez souvent.
+
+ M. Hee, monsieur de Baillevent,
+ Qui peult trouver, soubz quelque amant,
+ Deux ou troys mille escus, quel proye!
+ B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
+ B. Le quartier en vault l'arpent,
+ Pardieu! Monsieur de Mallepaye!
+
+ M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
+ Puis de charbon et puis de craye.
+ M. Je raille. B. Je fays chere a tous.
+ M. Nous avons beau coucher en raye,
+ L'oreille au vent, la gueulle baye,
+ On ne faict point prochas de nous.
+
+ B. Helas! serons-nous jamais soulx?
+ M. Il ne fault que deux ou trois coups
+ Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
+ M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
+ M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
+ M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
+ M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.
+
+ B. De serjens sommes tous recreux,
+ Et si n'avons nulz bien acreuz.
+ M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
+ B. Entretenus. M. Comme poux creux.
+ B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
+ Arriere, piettons de village!
+
+ M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]
+ B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
+ B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
+ B. Pathelin en main. M. Dire raige.
+ B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
+ Que ne mettons vilains eu run.
+
+ M. Hee! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
+ M. Quand j'en ay j'en offre a chascun,
+ Et suis bien aise quand j'en preste.
+ B. Mes rentes sont sur le commun;
+ M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
+ B. J'y romproye pour neant la teste.
+
+ M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
+ Quelque mandement ou requeste,
+ Ou quelque bonne commission!
+ B. Mais en quelque banquet honneste,
+ Faire accroire a cest ou a ceste
+ La Pragmatique Sanction!
+
+ M. Et si elle y croit? B. Promision.
+ M. Se elle promet? B. Monition.
+ M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
+ M. Se on faict marche? B. Fruiction.
+ M. Se on fruict? B. La Petition
+ En facon de belle demande
+
+ D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
+ B. Qui l'auroit quand on la demande,
+ On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
+ B. On tauxeroit bien grosse amende
+ Sur le faict de ceste demande, [P. 167]
+ Se j'en quictoye le petitoire.
+
+ M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
+ B. Je me raffroichiz la memoire
+ Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
+ B. Se on nous bailloit par inventaire
+ Deux mil escuz en une armoire,
+ Ilz n'auroient garde d'y moysir.
+
+ M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
+ M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
+ Nous serions partout bienvenuz.
+ B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
+ M. Nous prendrons si bien le loisir
+ De compter ne scay quantz escuz.
+
+ B. Nous sommes bien entretenuz.
+ M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
+ B. De nos parens. M. De bonne race.
+ B. Rentes assez et revenuz,
+ Et s'a present n'en avons nulz,
+ Ce n'est que malheur qui nous chasse.
+
+ M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
+ M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
+ Puis au poil et puis a la plume.
+ M. Je gaudis, et si je rimasse,
+ Que voulez-vous! il ne tient qu'a ce
+ Que je ne l'ay pas de coustume.
+
+ B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
+ B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
+ B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]
+ B. Le plus souvent, quand je me fume,
+ Je batteroye comme fer d'enclume,
+ Si je me trouvoye tout seul.
+
+ M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
+ M. Je donne a quelqu'une ung guin d'oeil.
+ B. Je m'esbas a je ne scay quoy.
+ M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
+ M. On me fait tout ce que je vueil,
+ Quand nous sommes mon paige et moy.
+
+ B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
+ Belle amye, et vivre a requoy,
+ Faire tousjours bonne entreprise,
+ Belles armes, loyal au Roy.
+ M. Mais trois poulx rempans en aboy
+ Pour le gibier de la chemise!
+
+ B. Je porteroye pour ma devise
+ La marguerite en or assise
+ Et le houx partout estandu.
+ M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
+ M. Riens en recepte, tant en mise,
+ Et, toute somme, item perdu.
+
+ B. Je vous seroye, au residu,
+ Gorgias sur le hault verdi
+ Le bel estomac d'alouette.
+ M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
+ Bien emprunte et mal rendu,
+ Paye d'une belle estiquette.
+
+ M. Puis la chaine d'or, la baguette,
+ Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]
+ B. De velours. M. C'est bel affiquet.
+ B. Quand nous aurions fait nostre emplete,
+ La porte seroit bien estroicte
+ Se ne passions jusqu'au ticquet.
+
+ M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
+ B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
+ B. Selon la saison de l'annee.
+ M. Et de paige? B. Quelque naquet.
+ M. S'il vient hasart en ung banquet?
+ B. Le prendre entre bond et vollee.
+
+ M. Aux survenans? B. Chere meslee.
+ M. Aux povres duppes? B. La havee.
+ M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
+ M. Aux mignons de court? B. L'accollee.
+ M. Aux gens de mesmes? B. La risee.
+ M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.
+
+ M. D'entretenir? B. Damoiselin.
+ M. Et saluer? B. Bas comme lin.
+ M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
+ Pour contenter le femynin.
+ Nous ferions plus d'ung esclin
+ Qu'ung aultre de quinze royaulx.
+
+ M. Hee, cueurs joyeux! B. Hee, cueurs loyaulx!
+ M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
+ B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
+ M. Nous devrions passer aux sceaulx
+ Envers les officiers royaulx, [P. 170]
+ Comme messieurs les despourveuz.
+
+ B. De congnoissance bien pourveuz
+ Et de sagesse. M. On nous a veuz
+ Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
+ M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
+ B. Au fort, si nous les eussions euz,
+ On en tint plus compte de nous.
+
+ M. Nous avons faict plaisir a tous.
+ B. Chere a dire: D'ond venez-vous?
+ M. Esmerillonnez. B. Advenans.
+ M. Cent escus, et juger des coups.
+ On auroit beau mettre aux deux bouts,
+ Se nous ne tenions des gaignans.
+
+ B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
+ M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
+ M. Esmeuz de franche volunte.
+ B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
+ B. Bien gays. M. Assez resceans.
+ B. Porres d'argent. M. Prou de sante.
+
+ B. Chascun de nous est habite.
+ M. Maison a Paris. B. Bien monte,
+ Aussi bien aux champs qu'en la ville.
+ M. Il y a ceste malheurte
+ Que de l'argent qu'avons preste
+ Nous n'en arrons ne croix ne pille.
+
+ B. Ou sont les cens et deux cens mille
+ Escus que nous avions en pile,
+ Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]
+ M. Au fort, se nous n'en avons mille,
+ Nous sommes, selon l'Evangile,
+ Des bienheureux du temps ancien.
+
+ B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
+ M. Trouvons en par quelque moyen.
+ B. Qui en a a present? M. Je ne scay.
+ B. He, ung engin parisien....
+ M. Art lombard. B. Franc praticien,
+ Pour faire a present ung essay!
+
+ M. Je vis le temps que j'avancay
+ L'argent de chose, et adressay
+ Tel et tel et tel benefice.
+ B. Et, pour moy, quand je compasse
+ Monseigneur tel, et pourchasse
+ Moy mesmes tout seul son office.
+
+ M. J'estois tousjours a tous propice;
+ Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
+ Nous surprint, si devenions riches.
+ B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
+ Pauvrete, nous tient en sa lice.
+ M. C'est ce qui nous faict estre chiches.
+
+ B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
+ B. Rebondis... M. Comme belles miches.
+ B. Et frayses... M. Comme beaulx ongnons.
+ B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
+ B. Adventureux. M. Comme Suysses
+ A Nancy, sur les Bourguygnons.
+
+ B. Entre les gallans. M. Compaignons.
+ B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]
+ B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
+ B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
+ B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
+ Mis sus en ung jour ou en deux,
+
+ B. Nous sommes les adventureux
+ Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
+ M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
+ M. Pour servir princes. B. Curieux.
+ M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
+ M. Et pour le commun. B. Tant a tant.
+
+ M. Hee, monsieur de Baillevent,
+ Quand reviendra le bon temps?
+ B. Quand chascun aura ses souhaits.
+ M. Cent mille escus argent comptant,
+ Sur ma foy, je seroye content
+ Qu'on ne parlast plus que de paix.
+
+ B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
+ B. Si scavans. M. Si cauts en nos faiz.
+ B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
+ M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
+ Faulte d'argent et les grans prestz...
+ M. Nous ont ung peu appaillardis.
+
+ B. Abandonnez. M. Comme hardis.
+ B. Requis. M. Comme les gras mardis.
+ B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
+ B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
+ Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]
+ Et mignons en ont tant besoing.
+
+ M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
+ B. Nous tracassons. M. Ca. B. La. M. Pres. B. Loing.
+ M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
+ M. Mais, s'on nous foncoit or au poing,
+ Nous serions pour faire a ung coing
+ Nostre prouffit d'aultruy dommage.
+
+ Avez-vous tousjours l'heritaige
+ De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
+ Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
+ B. Cent francs de rente et ung fromaige,
+ Vous m'orriez dire de couraige:
+ Vive le roy! M. Ronfflez, villains!
+
+ B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
+ B. Gre de dames? M. Amoureux craints.
+ B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
+ B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
+ M. Nous prenons escus pour douzains,
+ Franchement, et bourse pour bource.
+
+ B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
+ M'a trop couste. B. Et pourquoy? M. Pource.
+ B. Hay! hay! tout est mal compasse.
+ M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
+ M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
+ Autant vauldroit ung arc casse.
+
+ M. Monsieur mon pere eust amasse [P. 174]
+ Plus d'escus qu'on eust entasse
+ En ung hospital de vermine.
+ B. Mais nous avons si bien sasse,
+ Le sang bieu! que tout est passe,
+ Gros et menu, par l'estamyne.
+
+ M, Si vient guerre, mort ou famine,
+ Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
+ Ferons nous pour gaigner le broust?
+ B. Quant a moy, je me determine
+ D'entrer chez voisin et voisine
+ Et d'aller voir si le pot bout.
+
+ M. Mais regardons, a peu de coust,
+ Quel train nous viendroit mieulx a goust
+ Pour amasser biens et honneurs.
+ B. Le meilleur est prendre partout.
+ M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
+ Pour cinq solz, a ces pardonneurs.
+
+ M. Allons servir quelques seigneurs.
+ B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
+ Qu'on n'y a que peine et meschance.
+ M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
+ Mais entre nous, ans estradeurs,
+ Il nous fault esplucher la chance.
+
+ M. Servons marchans pour la pitance,
+ Pour _fructus ventris_, pour la pance.
+ B. On y gaigneroit ses despens.
+ M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
+ Petite foy, large conscience;
+ Tu n'y scez riens et y aprens.
+
+ M. De proces, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]
+ Je veulx estre mis sur les rangs,
+ S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
+ M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
+ Qui se font bien servir des gens;
+ Mais de payer, querez qui bloque!
+
+ M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
+ L'ung pourchasse, l'autre desroque,
+ Et semble que tout soit pour eulx.
+ B. Laissons-les la. M. Ho! je n'y tocque.
+ Il n'est point de pire defroque
+ Que de malheur a malheureux.
+
+ B. Pour despourveuz adventureux
+ Comme nous, encor c'est le mieulx
+ De faire l'ost et les gens d'armes.
+ M. En fuite je suis couraigeux.
+ B. Et a frapper? M. Je suis piteux;
+ Je crains trop les coups, pour les armes.
+
+ B. Servons donc Cordeliers ou Carmes,
+ Et prenons leurs bissacs a fermes,
+ Car il n'y a pas grand debit.
+ M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
+ Et pleureroyent maintes lermes
+ Devant que nous prinssions l'habit.
+
+ B. Se en cest malheur et labit
+ Nous mourions, par quelque acabit,
+ Ame n'y a qui bien nous face.
+ M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
+ Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]
+ Et du surplus, Dieu le parface!
+
+ B. Hee, fault-il que Fortune efface
+ Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
+ Mais il n'a nul bien qui n'endure,
+ B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
+ B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
+ A loups ravis grosse pasture.
+
+ M. Allons! B. Mais ou? M. A l'adventure.
+ B. Qui nous admoneste? M. Nature.
+ B. Pour aller? M. Ou on nous attend.
+ B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
+ B. Logez ou? M. Pres de la clousture
+ De monsieur d'Angoulevent.
+
+ B. Comment yrons? M. Jusqu'a Claqdent
+ ***************************
+ Et passerons par Mallepaye.
+ B. Brief, c'est le plus expedient
+ Que nous jetons la plume au vent:
+ Qui ne peult mordre, si abaye.
+
+ M. Ou ung franc couraige s'employe,
+ Il treuve a gaigner. B. Querons proye.
+ M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
+ M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
+ Que la plume au vent on envoye.
+ B. Puis apres? M. Alors comme alors.
+
+ B. La plume au vent! M. Sus. B. La. M. Dehors!
+ B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]
+ Je me tiendray des mieulx venuz.
+ B. On n'yra point, quand serons mors,
+ Demander au roy les tresors
+ De messieurs les despourveuz.
+
+ La plume au vent! M. Je le concluz.
+ ****************************
+ Pour les povres de ceste annee.
+ B. Ne demeurons plus si confuz.
+ ****************************
+ Au grat, la terre est degelee!
+
+ M. Allons, suyvons quelque trainee.
+ Devant! vostre fievre est tremblee,
+ Car nous sommes tous estourdiz.
+ B. Dieu doint aux riches bonne annee!
+ M. Aux despourveuz grasse journee!
+ B. Et aux femmes pesans mariz!
+
+ Prenez en gre, grans et petiz.
+
+ FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
+ ET DE BAILLEVENT.
+
+
+ [P. 178]
+
+
+ XXIV.
+ LES REPEUES FRANCHES
+ DE FRANCOIS VILLON
+ ET DE SES COMPAGNONS.
+
+ Vous qui cerchez les repeues franches,
+ Et, tant jours ouvriers que dimenches,
+ N'avez pas plante de monnoye,
+ Affin que chascun de vous oye
+ Comment on les peut recouvrer,
+ Vueillez vous au sermon trouver
+ Qui est escript dedans ce livre.
+ Mettez tous peine de le lire,
+ Entre vous, jeunes perrucatz,
+ Procureurs, nouveaulx advocatz,
+ Aprenans aux despens d'aultruy.
+ Venez-y tost, sans nul estrif,
+ Clercz, de praticque diligens,
+ Qui congnoissez si bien vos gens;
+ Sergens a pied et a cheval,
+ Venez-y d'amont et d'aval,
+ Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]
+ Qui scavez jargon jobelin;
+ Capitaine du pont-a-Billon;
+ Tous les subjetz Francoys Villon,
+ Soyez, a ce coup, reveillez.
+ Pas ne devez estre oubliez,
+ Tous gallans a pourpointz sans manches,
+ Qui ont besoing de repeues franches,
+ Et tous ceulx, tant yver qu'este,
+ Qui en ont grant necessite.
+ Venez vous apprendre comment
+ Les maistres anciennement
+ Scavoyent tous les tours de ce faire:
+ Messire Chascun Poicdenaire,
+ Qui de livres scait les usaiges,
+ Et veult lire tous les passaiges,
+ De celuy en prins appetis;
+ Venez-y donc, grans et petis,
+ Car, de la science scavoir,
+ Vous ne povez que mieulx valoir.
+ Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
+ Serviteurs de grant seigneurie,
+ Venez-y sans dilation,
+ Tous gens sotz et toutes gens sottes;
+ Venez-y, bigotz et bigottes;
+ Venez-y, povres Turlupins
+ Et Cordeliers et Jacopins;
+ Venez aussi, toutes prestresses,
+ Qui scavez pieca les adresses
+ Des presbitaires hault et bas;
+ Gardez que vous n'y faillez pas!
+ Venez, gorriers et gorrieres,
+ Qui faictes si bien les manieres;
+ Que c'est une chose terrible.
+ Pour bien faire tout le possible; [P. 180]
+ Toutes manieres de farseurs,
+ Anciens et jeunes mocqueurs;
+ Venez-y tous, vrays macquereaulx
+ De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
+ Venez-y toutes, macquerelles,
+ Qui, par vos subtilles querelles,
+ Avez tousjours en vos maisons
+ Pour avoir, en toutes saisons,
+ Tant jours ouvriers que dimenches,
+ Souvent les bonnes repeues franches.
+ Venez-y tous, bons pardonneurs,
+ Qui scavez faire les honneurs,
+ Aux villages, de bons pastez,
+ Avecques ces gras curatez,
+ Qui ayment bien vostre venue
+ Pour avoir la franche repeue;
+ Affin que chascun d'eulx enhorte
+ Les paroissiens, qu'on apporte
+ Des biens aux pardons de ce lieu,
+ Et qu'on face du bien pour Dieu.
+ Tant que le pardonneur s'en aille,
+ Le cure ne despendra maille,
+ Et aura maistre Jehan Laurens
+ Fermement paye les despens
+ Et quarte de vin, simplement,
+ Au cure, a son parlement.
+ De tout estat, soit bas ou hault,
+ Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
+ Venez-y, varletz, chamberieres,
+ Qui scavez si bien les manieres,
+ En disant mainte bonne bave,
+ D'avoir du meilleur de la cave,
+ Et puis joyeusement preschez,
+ Apres que vos gens sont couchez. [P. 181]
+ Ceulx qui cerchent banquets ou festes
+ Pour dire quelques chansonnettes,
+ Affin d'atrapper la repeue,
+ Que chascun de vous se remue
+ D'y venir bien legierement;
+ Et vous pourrez ouyr comment
+ Ung grant tas de bonnes commeres
+ Scavent bien trouver les manieres
+ De faire leurs marys coqus.
+ Venez-y, et n'attendez plus,
+ Entre vous, prebstres sans sejour,
+ Qui dictes deux messes par jour
+ A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
+ Venez-y, pour scavoir plusieurs
+ Des passaiges et des adresses
+ De maintes petites finesses
+ Que l'en faict facillement
+ Qu'advient, par faulte d'argent,
+ En maint lieu, la franche repeue,
+ Qui ne doit a nul estre teue.
+ Par tel, cil qui veue ne l'aura,
+ Paiera, et celuy qui fera
+ De ceste repeue le present,
+ De l'escot s'en yra exempt,
+ Moyennant qu'il monstre ce livre:
+ Par ce moyen sera delivre;
+ En lieu ou n'aura este veu
+ Il sera franchement repeu,
+ Ainsi qu'on orra plus a plain,
+ Qui de l'entendre prendra soing.
+
+
+ [P. 182]
+ BALLADE DE L'ACTEUR.
+
+ Quant j'euz ouy ce present mandement:
+ Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
+ Le dessusdict, j'ay pense lermement
+ De moy trouver, et en prins l'adventure,
+ Comme celuy qui, de droicte nature,
+ Vouloit de ce faire narration,
+ A celle fin qu'il en fust mention,
+ A ung chascun, pour le temps advenir,
+ Qui s'attendent et ont intention
+ Que les respeues les viendront secourir.
+
+ Mais ce secours est d'anciennement
+ De tous repas le chief, et par droicture;
+ Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
+ Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
+ Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
+ Mais font du leur si grant destruction,
+ Qu'ilz en entrent en la subjection,
+ De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
+ En attendant, pour toute production,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ J'en ay congneu, qui souvent largement
+ Donnoyent a tous repeues outre mesure;
+ Qui depuis ont continuellement
+ Servy le Pont-a-Billon, par droicture,
+ Dont la facon a este a maint dure,
+ En leur grant dueil et tribulation;
+ Mais lors n'avoyent nulle remission,
+ Combien que ce leur fist le cueur fremir,
+ Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183]
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, pour ce que ne me puis tenir
+ Que de telz faitz ne face mention,
+ Puisque a mon temps les ay veu avenir,
+ J'en vueil faire quelque narration,
+ Et escripre, soubz la correction
+ Des escoutans, affin d'en souvenir,
+ La presente nouvelle invention,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+
+
+ BALLADE DES ESCOUTANS.
+
+ Qui en a est Le bien venu;
+ Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
+ Cil qui en a est bien congneu,
+ Cil qui n'en a point vit a honte.
+ Qui paye l'on exauce et monte
+ Jusque au tiers ciel, pour en prester:
+ Son honneur tout aultre surmonte,
+ Par force de bien acquester.
+
+ Quant entendismes les estatz
+ De telz dissimulations,
+ Congnoissant les hauts et les bas,
+ Par toutes abreviations,
+ Nous mismes, sans sommations,
+ Aux champs, par bois et par tailllis.
+ Pour congnoistre les fictions, [P. 184]
+ Qui se font souvent a Paris.
+
+ Pource que chacun maintenoit
+ Que c'estoit la ville du monde
+ Qui plus de peuple soustenoit,
+ Et ou maintz estranges abonde,
+ Pour la grant science parfonde
+ Renommee en icelle ville,
+ Je partis, et veulx qu'on me tonde,
+ S'a l'entree avois croix ne pille.
+
+ Il estoit temps de se coucher,
+ Et ne scavoye ou heberger;
+ D'ung logis me vins approcher,
+ Scavoir s'on m'y vouldroit loger,
+ En disant: "Avez a menger?"
+ L'hoste me respondit: "Si ay."
+ Lors luy priay, pour abreger:
+ "Apportez-le donc devant moy."
+
+ Je fus servy passablement,
+ Selon mon estat et ma sorte,
+ Et pensant, a part moy, comment
+ Je cheviroye avec l'hoste,
+ Je m'avise que, soubz ma cotte,
+ Avois une espee qui bien trenche:
+ Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
+ En gaige de la repeue franche.
+
+ L'espee estoit toute d'acier,
+ Il ne s'en failloit que le fer;
+ Mais l'hoste la me fist machier,
+ Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185]
+ Puis, apres, me convint penser
+ De repaistre, se faim avoye;
+ Rien n'y eust valu le tencer:
+ De leans partis sans monnoye.
+
+
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lendemain, m'aloye enquerant
+ Pour encontrer Martin Gallant.
+ Droit en la Salle du Palays
+ Rencontray, pour mon premier mes,
+ Tout droit soubz la premiere porte,
+ Plusieurs mignons d'estrange sorte,
+ Que sembloit bien a leur habit
+ Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
+ Lors vins pour entrer en la Salle:
+ L'ung y monte, l'aultre devalle.
+ La me pourmenoye, de par Dieu,
+ Regardant l'estat de ce lieu,
+ Et quand je l'euz bien regardee,
+ Tant plus la voys tant plus m'agree;
+ Je vis la tant de mirlificques,
+ Tant d'amecons et tant d'afficques,
+ Pour attraper les plus huppez.
+ Les plus rouges y sont happez;
+ A l'ung convient vendre sa terre;
+ Maint, sans sainctir, la se detterre,
+ Partie ou peu en demourra
+ De tout ce que vaillant aura;
+ Cuydant destruyre son voysin
+ De Poytou, ou de Lymousin,
+ Ou de quelque aultre nation,
+ Maint en est en destruction,
+ Et fault, ains partir de leans, [P. 186]
+ Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
+ On emprunte, qui a credit,
+ Tout ainsi que devant est dict.
+ Quand leur argent fort s'appetiese,
+ Lors leur est la repeue propice,
+ Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
+ Hault et bas et de tous costez,
+ Comme on verra par demomstrances
+ En ce traicte des Repeues franches.
+ Et quant au regard de plusieurs
+ Aultres repeues, sont escriptes
+ Affin qu'on preigne les meilleurs,
+ En lisant, grandes ou petites.
+ Vous orrez maintz moyens licites
+ Comment ilz ont este happez,
+ Hault et bas, par bonnes conduictes
+ De ceulx qui les ont attrapez.
+
+
+ LA REPEUE
+ DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.
+
+ "Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
+ Comment peult-il faire grant chere?
+ Il fault qu il vive d'avantaige:
+ La facon en est coustumiere.
+ Scaurions-nous trouver la maniere
+ De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
+ ********************************
+ Qui le fera sera bon maistre!"
+
+ Ainsi parloyent les compaignons [P. 187]
+ Du bon maistre Francoys Villon,
+ Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
+ Tentes, tapis, ne pavillon.
+ Il leur dit: "Ne nous soucion,
+ Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
+ Pain, vin, et viande, a grant foyson,
+ Aurez, avec du rost tout chault."
+
+ _La maniere d'avoir du Poisson._
+
+ Adoncques il leur demanda
+ Quelles viandes vouloyent macher:
+ L'ung de bon poysson souhaita;
+ L'autre demanda de la chair.
+ Maistre Francoys, ce bon archer,
+ Leur dist: "Ne vous en souciez;
+ Il vous faut voz pourpointz lascher,
+ Car nous aurons viandes assez."
+
+ Lors partit de ses compaignons,
+ Et vint a la Poyssonnerie,
+ Et les laissa dela les pontz,
+ Quasy plains de melencolie.
+ Il marchanda, a chere lye,
+ Ung pannier tout plain de poysson,
+ Et sembloit, je vous certiffie,
+ Qu'il fust homme de grant facon.
+
+ Maistre Francoys fut diligent
+ D'achapter, non pas de payer,
+ Et dist qu'il bailleroit l'argent
+ Tout comptant au porte-pannier.
+ Ils partent sans plus plaidoyer,
+ Et passerent par Nostre-Dame,
+ La ou il vit le Penancier, [P. 188]
+ Qui confessoit homme ou bien femme.
+
+ Quant il le vit, a peu de plait,
+ Il luy dist: "Monsieur, je vous prie
+ Que vous despechez, s'il vous plaist,
+ Mon nepveu; car, je vous affie
+ Qu'il est en telle resverie:
+ Vers Dieu il est fort negligent;
+ Il est en tel merencolie,
+ Qu'il ne parle rien que d'argent.
+
+ --Vrayment, ce dit le Penancier,
+ Tres voulentiers on le fera."
+ Maistre Francoys print le pannier,
+ Et dit: "Mon amy, venez ca;
+ Vela qui vous depeschera,
+ Incontinent qu'il aura faict."
+ Adonc maistre Francoys s'en va,
+ Atout le pannier, en effect.
+
+ Quand le Penancier eut parfaict
+ De confesser la creature,
+ Gaigne-denier, par dit parfaict,
+ Accourut vers luy bonne alleure,
+ Disant: "Monsieur, je vous asseure,
+ S'il vous plaisoit prendre loysir
+ De me depescher a ceste heure,
+ Vous me feriez ung grant plaisir.
+
+ --Je le vueil bien, en verite,
+ Dist le Penancier, par ma foy!
+ Or, dictes _Benedicite,_
+ Et puis je vous confesseray,
+ Et, en apres, vous absouldray, [P. 189]
+ Ainsy comme je doy le faire;
+ Puis penitence vous bauldray,
+ Qui vous sera bien necessaire.
+
+ --Quel confesser! dist le povre homme:
+ Fus-je pas a Pasques absoulz?
+ Que bon gre sainct Pierre de Romme!
+ Je demande cinquante soulz.
+ Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
+ Ma maistresse est bien arrivee!
+ A coup, a coup, depeschez-vous,
+ Payez mon panier de maree.
+
+ --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
+ Dist le Penancier, seurement:
+ Il vous fault bien penser a Dieu
+ Et le supplier humblement.
+ --Que bon gre en ayt mon serment!
+ Dist cet homme, sans contredit,
+ Depeschez-moy legierement,
+ Ainsi que ce seigneur a dit."
+
+ Adonc le Penancier vit bien
+ Qu'il y eut quelque tromperie;
+ Quand il entendit le moyen,
+ Il congneut bien la joncherie.
+ Le povre homme, je vous affie,
+ Ne prisa pas bien la facon,
+ Car il n'eut, je vous certifie,
+ Or ne argent de son poysson.
+
+ Maistre Francois, par son blason.
+ Trouva la facon et maniere
+ D'avoir maree a grant foyson, [P. 190]
+ Pour gaudir et faire grant chere.
+ C'estoit la mere nourriciere
+ De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
+ A tromper devant et derriere,
+ Estoit ung homme diligent.
+
+ _La maniere d'avoir des Trippes pour diner._
+
+ Que fist-il? A bien peu de plet,
+ S'advisa de grant joncherie:
+ Il fist laver le cul bien net
+ A ung gallant, je vous affie,
+ Disant: "Il convient qu'on espie:
+ Quand seray devant la trippiere,
+ Monstre ton cul par raillerie,
+ Puis, apres, nous ferons grant chiere."
+
+ Le compaignon ne faillit pas,
+ Foy que doy sainct Remy de Rains!
+ A Petit-Pont vint par compas,
+ Son cul descouvrit jusque aux rains.
+ Quand maistre Francoys vit ce train,
+ Dieu scet s'il fit piteuses lippes,
+ Car il tenoit entre ses mains
+ Du foye, du polmon et des trippes.
+
+ Comme s'il fust plain de despit,
+ Et courrouce amerement,
+ Il haulsa la main ung petit,
+ Et le frappa bien rudement,
+ Des trippes, par le fondement;
+ Puis, sans faire plus long caquet,
+ Les voulut, tout incontinent, [P. 191]
+ Remettre dedans le baquet.
+
+ La trippiere fut courroucee
+ Et ne les voulut pas reprendre.
+ Maistre Francoys, sans demouree,
+ S'en alla, sans compte luy rendre:
+ Par ainsi, vous povez entendre,
+ Qui'ilz eurent trippes et poisson.
+ Mais, apres, il faut du pain tendre,
+ Pour ce disner de grant facon.
+
+ _La maniere d'avoir du Pain._
+
+ Il s'en vint chez an boulengier
+ Affin de mieulx fornir son train,
+ Contrefaisant de l'escuyer
+ Ou maistre d'hostel, pour certain,
+ Et commanda que, tout souldain,
+ Cy pris, cy mis; on chappellast
+ Cinq ou six douzaines de pain,
+ Et que bien tost on se hastast.
+
+ Quand la moytie fut chappelle,
+ En une hotte le fist mettre,
+ Comme s'il fust de pres haste,
+ Il pria et requist au maistre
+ Qu'aucun se voulsist entremettre
+ D'apporter, apres luy courant,
+ Le pain chappelle en son estre,
+ Tandis qu'on fist le demourant.
+
+ Le varlet le mist sur son col;
+ Apres maistre Francois le porte, [P. 192]
+ Et arriva, soit dur ou mol,
+ Empres une grant vielle porte.
+ Le varlet deschargea sa hotte
+ Et fut renvoye, tout courant,
+ Hastivement, tenant sa hotte,
+ Pour requerir le demourant.
+
+ Maistre Francoys, sans contredit,
+ N'attendit pas la revenue.
+ Il eut du pain, par son edit,
+ Pour fournir sa franche repeue.
+ Le boulengier, sans attendue,
+ Revint, mais ne retrouva point
+ Son maistre d'hostel; il tressue,
+ Qu'on l'avoit trompe en ce point.
+
+ _La maniere d'avoir du Vin._
+
+ Apres qu'il fut fourny de vivres,
+ Il fault bien avoir la memoire
+ Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
+ Il falloit qu'ils eussent a boire.
+ Maistre Francoys, debvez le croire,
+ Emprunta deux grans brocs de boys,
+ Disant qu'il estoit necessaire
+ D'avoir du vin par ambagoys.
+
+ L'ung fist emplir de belle eaue clere,
+ Et vint a la Pomme de Pin,
+ Atout ses deux brocs, sans renchere,
+ Demandant s'ils avoient bon vin,
+ Et qu'on luy emplist du plus fin,
+ Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193]
+ On luy emplist, pour faire fin,
+ D'ung tres bon vin blanc de Baigneux.
+
+ Maistre Francoys print les deux brocs,
+ L'un empres l'autre les bouta;
+ Incontinent, par bons propos,
+ Sans se haster, il demanda
+ Au varlet: "Quel vin est ce la?"
+ Il luy dist: "Vin blanc de Baigneux.
+ --Ostez cela, ostez cela,
+ Car, par ma foy, point je n'en veulx.
+
+ "Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
+ Vuidez-moy mon broc vistement.
+ Je demande du vin de Beaulne,
+ Qui soit bon, et non aultrement."
+ Et, en parlant, subtillement
+ Le broc qui estoit d'eaue plain
+ Contre l'aultre legierement
+ Luy changea, a pur et a plain.
+
+ Par ce point, ils eurent du vin
+ Par fine force de tromper;
+ Sans aller parler au devin,
+ Ils repeurent, per ou non per.
+ Mais le beau jeu fut au souper,
+ Car maistre Francoys, a brief mot,
+ Leur dit: "Je me vueil occuper,
+ Que mangerons ennuyt du rost."
+
+ _La maniere d'avoir du Rost._ [P. 194]
+
+ Il fut appointe qu'il yroit
+ Devant l'estal d'ung rotisseur,
+ Et de la chair marchanderoit,
+ Contrefaisant du gaudisseur,
+ Et, pour trouver moyen meilleur,
+ Faignant que point on ne se joue,
+ Il viendroit un entrepreneur,
+ Qui luy bailleroit sur la joue.
+
+ Il vint a la rostisserie,
+ En marchandant de la viande;
+ L'autre vint, de chere marrie:
+ "Qu'est-ce que ce paillart demande?"
+ Luy baillant une buffe grande,
+ En luy disant mainte reproche.
+ Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
+ Empoigna du rost pleine broche.
+
+ Celuy qui bailla le soufflet
+ Fuist bien tost et a motz expres.
+ Maistre Francoys, sans plus de plet,
+ Atout son rost, courut apres,
+ Ainsi, sans faire long proces,
+ Ils repeurent, de cueur devot,
+ Et eurent, par leur grant exces,
+ Pain, vin, chair, et poisson, et rost.
+
+ [P. 195]
+
+ SECONDE REPEUE
+
+ DE L'EPIDEMIE.
+
+ Et pour la premiere repeue
+ Dont apres sera mention,
+ Bien digne d'estre ramenteue
+ Et mise en revelation,
+ Et pourtant, soubs correction,
+ Affin que l'en en parle encore,
+ Comme nouvelle invention,
+ Redige sera par memoire.
+
+ Or advint, de coup d'aventure,
+ Que les suppostz devant nommez,
+ Ne cherchoyent rien par droicture.
+ Qu'en richesse gens renommez.
+ Ung jour qu'ilz estaient affamez,
+ En la porte d'ung bon logis
+ Virent entrer, sans estre armez,
+ Ambassadeurs de loing pays.
+
+ Si penserent entre eux comment
+ Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
+ Et, selon leur entendement,
+ L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
+ D'hostel, et se fit acongnoistre,
+ Disant qu'il luy enseigneroit
+ Le haut, le bas marche, pour estre
+ Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.
+
+ Je croy bien que monsieur le maistre,
+ Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196]
+ Fit ce gallant tres bien repaistre,
+ Et luy commenda charge prendre
+ De la cuysine, d'y entendre,
+ Tant que leur train departira,
+ Et bien payera, sans attendre,
+ A son gre, quand il s'en yra.
+
+ Lors s'en vint a ses compaignons,
+ Dire: "Nostre escot est paye;
+ Je suis ja l'ung des grans mignons
+ De leans et mieulx avoye,
+ Car le maistre m'a envoye
+ Par la ville, pour soy sortir;
+ Mais, se mon sens n'est desyoye,
+ Bien brief l'en feray repentir.
+
+ --Va, lui dirent ses compaignons,
+ Et esguise tout ton engin
+ A nous rechauffer les rongnons
+ Et nous faire boire bon vin.
+ Passe tous les sens Pathelin,
+ De Villon et Pauquedenaire,
+ Car se venir peux en la fin,
+ Passe seras maistre ordinaire."
+
+ Ce gallant vint en la maison
+ Ou estoyt loge l'ambassade,
+ Ou les seigneurs, par beau blason,
+ Devisoyent rondeau ou ballade.
+ Il estoit miste, gent et sade,
+ Bien habitue, bien en point,
+ Robbe fourree, pourpoint d'ostade;
+ Il entendoit son contrepoint.
+
+ Le principal ambassadeur [P. 197]
+ Aymoit une peu le bas mestier,
+ Dont le gallant fut a honneur,
+ Car c'estoyt quasi son mestier,
+ Et luy conta que, a son quartier,
+ Avoit de femmes largement,
+ Qui estoyent, s'il estoit mestier,
+ A son joly commandement.
+
+ Le gallant fut entretenu
+ Par ce seigneur venu nouveau,
+ Et leans il fut retenu,
+ Pour estre fin franc macquereau.
+ Le jeu leur sembla si tres beau;
+ Aussi, il fit si bonne mine,
+ Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
+ Pour estre varlet de cuysine.
+
+ Les ambassadeurs convoyerent
+ Seigneurs et bourgeois a disner,
+ Lesquels voulentiers y allerent
+ Passer temps, point n'en faut doubter.
+ Toutesfoys, vous debvez scavoir,
+ Quelque chose que je vous dye,
+ Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
+ Craignoit moult fort l'Epidemie.
+
+ Ce gallant en fut adverty,
+ Qui nonobstant fist bonne mine,
+ Et quand il fut pres de midi,
+ A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
+ Il entra dedans la cuysine,
+ Manyant toute la viande,
+ Comme docteur en medecine [P. 198]
+ Qui tient malades en commande.
+
+ Tous les seigneurs la regarderent
+ Son train, ses facons et manieres;
+ Mais, apres luy, pas ne tasterent,
+ Aussi ne luy challoit-il gueres.
+ Apres il print les esguieres,
+ Le vin, le claire, l'ypocras,
+ Darioles, tartes entieres:
+ Il tasta de tout, par compas.
+
+ Et, pour bien entendre son cas,
+ Quand il vit qu'il estoit saison,
+ A bien jouer ne faillit pas,
+ Pour faire aux seigneurs la raison,
+ Si bien que dedans la maison
+ Demeura tout seul pour repaistre,
+ Soustenant, par fine achoison,
+ Qu'il se douloit du couste destre.
+
+ Lors y avoit une couchette
+ Ou il failloit la feste faire,
+ Et n'a dent qui ne luy cliquette;
+ La se mist, commencant a braire
+ Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
+ Pour faire le prebstre acourir,
+ Atout Dieu et l'autre ordinaire
+ Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
+
+ Quand les seigneurs virent le prebstre
+ Avec ses sacremens venir,
+ Chacun d'eulx eust bien voulu estre
+ Dehors, je n'en veulx point mentir:
+ Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199]
+ Que la demeurerent les vivres,
+ Dont les compaignons du martir
+ Furent troys jours et troys nuyts yvres.
+
+ Par ce point eurent la repeue
+ Franche chascun des compaignons.
+ La finesse le prebstre a teue,
+ Affin de complaire aux mignons;
+ Mais les seigneurs dont nous parlons
+ Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
+ Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
+ De la grant paour troys jours malade.
+
+
+
+ LA TROISIEME REPEUE
+
+ DES TORCHECULS.
+
+ Un Lymousin vint a Paris,
+ Pour aulcun proces qu'il avoit.
+ Quand il partit de son pays
+ Pas gramment d'argent il n'avoit,
+ Et toutefoys il entendoit
+ Son fait, et avoit souvenance
+ Que son cas mal se porteroit
+ S'il n'avoit une repeue franche.
+ Ce Lymousin, c'est chose vraye,
+ Qui n'avoit vaillant ung patac,
+ Se nommoit seigneur de Combraye,
+ Sans qu'on le suivist a son trac.
+ Plus ruse estoit qu'ung vieil rat, [P. 200]
+ Et affame comme un vieil loup,
+ Avec monsieur de Penessac,
+ Et le seigneur de Lamesou.
+ Les troys seigneurs s'entretrouverent;
+ Car ilz estoyent tous d'ung quartier
+ Et Dieu scait s'ilz se saluerent,
+ Ainsi qu'il en estoit mestier;
+ Toutesfoys, ce bon escuyer
+ De Combraye, propos final,
+ Fut esleu leur grant conseillier,
+ Et le gouverneur principal.
+ Ils conclurent, pour le meilleur,
+ Que ce bon notable seigneur
+ Yroit veoir s'il pourroit trouver
+ Quelque bon lieu pour s'y loger,
+ Et, selon qu'il le trouverait,
+ Aux aultres le raconteroit.
+ Or advint, environ midy,
+ Qu'il estoit de faim estourdy,
+ S'en vint a une hostellerie,
+ Rue de la Mortellerie,
+ Ou pend l'enseigne du Pestel:
+ _A bon logis et bon hostel,_
+ Demandant s'on a que repaistre:
+ "Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
+ Ne soyez de rien en soucy,
+ Car vous serez tres bien servy
+ De pain, de vin et de viande.
+ --Pas grand chose je ne demande,
+ Dist le bon seigneur de Combraye:
+ Il n'y a guere que j'avoye [P. 201]
+ Bien desjune; mais, toutesfoys,
+ Si ai-je disne maintes foys
+ Que n'avoye pas tel appetit."
+ Ce seigneur menga ung petit,
+ Car il n'avoit guere d'argent,
+ Commendant qu'on fust diligent
+ D'avoir quelque chose de bon,
+ Pour son soupper: ung gras chapon;
+ Car il pensoit bien que, le soir,
+ Il devoit avec luy souper
+ Des gentilzhommes de la cour.
+ L'hostesse fut bien a son gourt,
+ Car, quand vint a compter l'escot,
+ Le seigneur ne dist oncques mot,
+ Mais tout ce qu'elle demanda
+ Ce gentilhomme luy bailla,
+ Disant: "Vous comptez par raison!"
+ Puis il sortit de la maison,
+ Bouta son sac soubs son esselle,
+ Et vint raconter la nouvelle
+ A ses compaignons, et comment
+ Il failloit faire saigement.
+ Il fut dit, a peu de parolles,
+ Pour eviter grans monopolles,
+ Que le seigneur de Penessac
+ Yroit devant louer l'estat
+ Et blasonner la suffisance
+ De ce seigneur, car, sans doubtance,
+ La chose le valoit tres bien,
+ Et, pour trouver meilleur moyen,
+ Il menroit en sa compaignie,
+ Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202]
+ Si vint demander a l'hostesse
+ S'ung seigneur remply de noblesse
+ Estoit loge en la maison.
+ L'hostesse respondit que non,
+ Et que vrayement il n'y avoit
+ Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
+ Venir au soir souper leans.
+ "Ha! dist-il, dame de ceans,
+ C'est celuy que nous demandons;
+ Par ma foy! c'est le grant baron,
+ Qui est arrive au matin.
+ --Je n'entens point vostre latin,
+ Dist l'hostesse; vous parlez mal:
+ Il n'a ne jument ne cheval;
+ Il va a pied, par faulte d'asne."
+ Lors Penessac respondit: "Dame,
+ Il vient icy pour ung proces;
+ Il est appellant des exces
+ Qu'on luy a faictz en Lymousin,
+ Et va ainsi de pied, affin
+ Que son proces soit plus tost faict."
+ L'hostesse le creut, en effet.
+ Alors, le seigneur de Combraye
+ Arrive, et Dieu scait quelle joye
+ Ces deux seigneurs icy lui firent;
+ Et le genoil en bas tendirent
+ Aussi tost comme il fut venu,
+ Et par ce point il fut congneu
+ Qu il estoit seigneur honorable.
+ Le bon seigneur se sist a table,
+ En tenant bonne gravite.
+ Vis-a-vis, de l'autre coste,
+ S'assit le seigneur de l'hostel,
+ Et eurent du vin, Dieu scait quel! [P. 203]
+ Il ne le fault point demander.
+ Quand ce vint a l'escot compter
+ L'hostesse assez hault comptoit,
+ Mais au seigneur il n'en challoit,
+ Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
+ Lors il dist qu'on fust diligent
+ De penser a faire les litz,
+ Car il vouloit en ce logis
+ Coucher; puis apres, par expres,
+ Il print son grand sac a proces,
+ Et le bailla leans en garde,
+ Disant: "Qu'on me le contregarde.
+ Si de l'argent voulez avoir,
+ Il ne faut que le demander."
+ L'hostesse ne fut pas ingrate,
+ En disant: "Je n'en ay pas haste.
+ N'espargnez rien qui soit ceans."
+ Ces seigneurs coucherent leans
+ L'espace de cinq ou six moys,
+ Sans payer argent, toutesfoys,
+ Non obstant ce qu'il demandoit
+ A l'hostesse s'elle vouloit
+ Avoir de l'argent, bien souvent;
+ Mais il n'estoit point bien content
+ De mettre souvent main en bourse.
+ L'hostesse n'estoit point rebourse,
+ Et dist: "Ne vous en soucyez;
+ Dieu mercy! j'ay argent assez,
+ A vostre bon commandement."
+ Ces mignons penserent comment
+ Ilz pourroyent retirer leur sac;
+ Et lors monsieur de Penessac
+ Dist a ce baron de Combraye
+ Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204]
+ Jugeant qu'il fust embesongne.
+ Ce seigneur vint, tout refrongne,
+ Vers l'hostesse, par bon moyen,
+ Et lui dit: "Mon cas va tres bien;
+ Mon proces est ennuyt juge.
+ A coup, qu'il n'y ait plus songe,
+ Baillez-moy mon sac, somme toute,
+ Car j'ay paour et si fays grant doubte,
+ Que les seigneurs soyent departis."
+ Il print son sac: "Adieu vous dis!
+ Je reviendray tout maintenant."
+ Il s'en alla diligemment,
+ A tout ses proces et son sac;
+ Et les seigneurs de Penessac
+ Et de Lamesou l'attendoyent;
+ Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
+ A recueillir les torcheculz
+ Des seigneurs qui estoyent venus
+ Aux chambres, et bien se pensoyent
+ Qu'a quelque chose serviroyent
+ Ilz osterent tous ces proces
+ De ce sac, et, par motz expres,
+ L'emplirent de ces torcheculz;
+ Puis, au soir, quand furent venuz
+ A leur logis, fut mis en garde,
+ Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
+ Il fut boute, par grant humblesse,
+ Avec les robbes de l'hostesse,
+ Qui sentoyent le muguelias.
+ Au soir, firent grant ralias;
+ Le lendemain il fut raison
+ De departir de la maison
+ Pour s'en aller sans revenir.
+ On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205]
+ Lendemain soupper et disner,
+ Pour leurs offices resiner,
+ Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
+ Ils faillirent cinq ou six nuitz,
+ Dont l'hostesse fut eschec et mac.
+ Elle n'osoit ouvrir le sac
+ Sans avoir le conge du juge,
+ Auquel avoit piteux deluge;
+ Tellement qu il fut necessaire
+ Qu'on envoyast ung commissaire
+ Pour ouvrir ce sac, somme toute.
+ Quand il fust la venu sans doubte,
+ Il lava ses mains a bonne heure,
+ De paour de gaster l'escripture,
+ Car a cela estoit expert.
+ Toutesfoys, le sac fut ouvert;
+ Mais, quand il le vit si breneux,
+ Il s'en alla tout roupieux,
+ Cuydant que ce fust mocquerie,
+ Car il n'entendoit raillerie.
+ Ainsi partirent ces seigneurs
+ De Paris, joyeux en couraige.
+ De tromper furent inventeurs:
+ Cinq moys vesquirent d'avantaige;
+ De blasonner ilz firent raige;
+ Leur hoste fut par eulx vaincu.
+ Ils ne laisserent, pour tout gaige
+ Qu'un sac tout plain de torchecu.
+
+ [P. 206]
+ LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DU SOUFFRETEUX.
+
+ "Ou pris argent, qui n'en a point?
+ Remede est vivre d'avantaige.
+ Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
+ Que pourroit-il laisser pour gaige?
+ Toutesfoys, qui aurait l'usaige
+ De dire quelque chansonnette
+ Qui peust deffrayer le passaige,
+ Le payement ne seroit qu'honneste."
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Ainsi parloit le Souffreteux,
+ Qui estoit fin de sa nature;
+ Moytie triste, moytie joyeux.
+ Du Palays partit, bonne alleure,
+ En disant: "Qui ne s'adventure,
+ Il ne fera jamais beau fait,"
+ Pour pourchasser sa nourriture,
+ Car il estoit de faim deffaict.
+
+ Pour trouver quelque tromperie,
+ Le gallant se voulust haster:
+ En la meilleure hostellerie
+ Ou taverne s'alla bouter,
+ Et commenca a demander
+ S'on avoit rien pour luy de bon;
+ Car il vouloit leans disner, [P. 207]
+ Et faire chere de facon.
+
+ Lors on demanda quelle viande
+ Il falloit a ce pelerin.
+ Il respondit: "Je ne demande
+ Qu'une perdrix ou un poussin,
+ Avec une pinte de vin
+ De Beaulne, qui soit frais tiree.
+ Et puis apres, pour faire fin,
+ Le cotteret et la bourree."
+
+ Tout ce qui luy fut convenable
+ Le varlet luy alla querir.
+ Le gallant s'en va mettre a table,
+ Affin de mieulx se resjouyr,
+ Et disna la, tout a loisir,
+ Maschant le sens, trenchant du saige;
+ Mais il fallut, ains que partir,
+ Avoir ung morceau de formaige.
+
+ "Adonc dit le clerc: Mon amy,
+ Il fault compter, car vous devez,
+ Tout par tout, sept solz et demy,
+ Et convient que les me payez.
+ --Je ne scay comment les aurez,
+ Dist le gallant, car, par sainct Gille!
+ Je veulx bien que vous le saichez,
+ Je ne soustiens ne croix ne pille.
+
+ --Qui n'a argent si laisse gaige;
+ Ce n'est que le faict droicturier.
+ Vous voulez vivre d'avantaige,
+ Et n'avez maille ne denier!
+ Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
+ Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
+ Vous me payerez, pour abreger,
+ Ou vous y laisserez la robbe.
+
+ --Quant est d'argent, je n'en ay point,
+ Affin de le dire tout hault.
+ Comment! m'en iray-je en pourpoint,
+ Et desnue comme ung marault?
+ Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
+ Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
+ Je vous serviray, sans deffault,
+ Jusques a mon escot payer.
+
+ --Et comment? Que scavez-vous faire?
+ Dites-le moy tout plainement.
+ --Quoy? toute chose necessaire.
+ Point ne fault demander comment;
+ Je gaige que, tout maintenant,
+ Je vous chanteray ung couplet,
+ Si hault et si cler, je me vant,
+ Que vous direz: "Cela me plaist!"
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lors, le varlet, voyant cecy,
+ Fut content de ceste gaigeure,
+ Et pensa en luy-mesme ainsi,
+ Qu'il attendroit ceste adventure;
+ Et s'il chantoit bien d'adventure,
+ Il lui dirait, pour tous desbats,
+ Qu'il payast l'escot, bon alleure,
+ Car son chant ne lui plaisoit pas.
+
+ L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
+ Devant tous, non pas en arriere.
+ Lors le gallant tire, de faict,
+ De dedens sa gibeciere
+ Une bourse, d'argent legiere,
+ Qui estoit pleine de mereaulx,
+ Et chanta, par bonne maniere,
+ Haultement, ces mots tout nouveaulx:
+
+ De sa bourse dessus la table
+ Frappa, affin que je le notte,
+ Et, comme chose convenable,
+ Chanta ainsi a haulte notte:
+ "Faut payer ton hoste, ton hoste!"
+ Tout au long chanta ce couplet.
+ Le varlet, estant coste a coste,
+ Respondit: "Cela bien me plaist!"
+
+ Toutesfoys, il n'entendoit pas
+ Qu'il ne fust de l'escot paye,
+ Parquoy il failloit sur ce pas.
+ De son sens fut moult desvoye.
+ Devant tous fut notiffie
+ Qu'il estoit gentil compaignon,
+ Et qu'il avoit, par son traicte,
+ Bien disne pour une chanson.
+
+ C'est bien disne, quand on eschappe
+ Sans desbourser pas ung denier,
+ Et dire adieu au tavernier
+ En torchant son nez a la nappe.
+
+ [P. 210]
+
+ LA CINQUIESME REPEUE
+
+ DU PELLETIER.
+
+ Ung jour advint qu'ung Pelletier
+ Espousa une belle femme
+ Qui appetoit le bas mestier,
+ En faisant recorder sa game.
+ Le Pelletier, sans penser blasme,
+ Ne s'en soucioit qu'ung petit:
+ Mieulx aymoit du vin une dragme,
+ Que coucher dedens ung beau lict.
+
+ Ung cure, voyant cest affaire,
+ De la femme fut amoureux,
+ Et pensa qu'a son presbytaire
+ Il maineroit ce maistre gueux.
+ Il s'en vint a luy tout joyeux,
+ A celle fin de le tromper,
+ En disant: "Mon voysin, je veux
+ Vous donner ennuyt a soupper."
+
+ Le Pelletier en fut content,
+ Car il ne vouloyt que repaistre,
+ Et alla tout incontinent
+ Faire grant chere avec le prestre,
+ Qui luy joua d'un tour de maistre,
+ Disant: "Ma robbe est deffourree;
+ Il vous y convient la main mettre,
+ Affin qu'elle soit reffourree.
+
+ --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
+ Monseigneur, j'en suis bien content,
+ Mais que vous m'en vueillez payer;
+ Je suis tout vostre, seurement."
+ Ils firent leur appoinctement
+ Qu'il auroit, pour tout inventoire,
+ Dix solz tournois entierement,
+ Et du vin largement pour boire,
+
+ Pourvu qu'il la despecheroit,
+ Car il luy estoit necessaire,
+ Et que toute nuyt veilleroit,
+ Avec son clerc, au presbitaire.
+ Il fut content de cest affaire.
+ Mais le Cure les enferma
+ Soubs la clef, sans grant noyse faire,
+ Puis hors de la maison alla.
+
+ Le Cure vint en la maison
+ Du Pelletier, par ses sornettes,
+ Et trouva si bonne achoyson
+ Qu'il fist tres bien ses besongnettes.
+ Ilz firent cent mille chosettes,
+ Car, ainsi comme il me semble,
+ Il contenta ses amourettes,
+ Et puis hors de la maison emble.
+
+ Ce fourreur, pour la repeue franche
+ Fut fait coqu bien fermement;
+ Et luy chargea la dame blanche
+ Qu'il y retournast hardiment,
+ Et que, par son sainct sacrement,
+ Jamais nul jour ne l'oubliera,
+ Mais luy fera hebergement, [P. 212]
+ Toutes les foys qu'il luy plaira.
+
+ Et pourtant, donne soy bien garde
+ Chascun qui aura belle femme
+ Qu'on ne lui joue telle aubade
+ Pour la repeue: c'est grant diffame;
+ Quant il est sceu, ce n'est que blasme
+ Et reproche, au temps advenir.
+ Vela des repeues la grant game;
+ Pourtant, ayez-en souvenir!
+
+
+
+ SIXIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DES GALLANTS SANS SOULCY.
+
+ Une assemblee de compaignons,
+ Nommez les _Gallans sans soucy_,
+ Se trouverent entre deux pontz,
+ Pres le Palays, il est ainsi;
+ D'aultres y en avoit aussi,
+ Qui aymoient bien besoigne faicte,
+ Et estoient, de franc cueur transi,
+ A l'abbe de Saincte Souffrette.
+
+ Ces compaings ainsi assemblez
+ Ne demanderent que repas;
+ D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
+ Non pourtant ne faillirent pas.
+ Ilz se bouterent, c'est le cas, [P. 213]
+ A l'enseigne du Plat d'estaing,
+ Ou ilz repeurent par compas,
+ Car ilz en avoient grant besoing.
+
+ Quant ce vint a l'escot compter,
+ Je crois que nully ne s'en cource;
+ Mais le beau jeu est au payer,
+ Quant il n'y a denier en bourse.
+ Nul d'eulx n'avoit chere rebourse:
+ "Pour de l'escot venir au bout,
+ Dist ung gallant, de plaine source,
+ Il n'en faut qu'ung pour payer tout."
+
+ Ilz appointerent tous ensemble,
+ Que l'ung d'iceulx on banderait:
+ Par ainsi, selon qui me semble,
+ Le premier qu'il empoigneroit,
+ Estoit dit que l'escot payeroit.
+ Mais ilz en eurent grand discord:
+ Chascun bande estre vouloit,
+ Dont ne peurent estre d'accord.
+
+ Le varlet, voyant ces desbas,
+ Leur dit: "Nul de vous ne s'esmoye;
+ Je suis content que, par compas,
+ Tout maintenant bande je soye."
+ Les gallans en eurent grand joye,
+ Et le banderent en ce lieu,
+ Puis chascun d'eux si print la voye
+ Pour s'en aller sans dire adieu.
+
+ Le varlet, qui estoit bande,
+ Tournoyoit parmy la maison.
+ Il fut de l'escot prebende [P. 214]
+ Par ceste subtile achoison.
+ Affin d'avoir provision
+ De l'escot, l'hoste monte en hault:
+ Quand il vit ceste intention,
+ A peu que le cueur ne lui fault.
+
+ En montant, l'hoste fut happe
+ Par son varlet, sans dire mot,
+ Disant: "Je vous ay attrape,
+ Il faut que vous payez l'escot,
+ Ou vous laisserez le surcot."
+ De quoy il ne fut pas joyeux,
+ ****************************
+ Cuydant qu'il fust mathelineux.
+
+ Quand le varlet se desbanda,
+ La tromperie peut bien congnoistre:
+ Fut estonne quand regarda,
+ Et vit bien que c'estoit son maistre.
+ Pensez qu'il en eut belle lettre,
+ Car il parla lors a bas ton,
+ Et, pour sa peine, sans rien mettre,
+ Il eut quatre coups de baston.
+
+ Ainsi furent, sans rien payer,
+ Les povres gallans delivrez
+ De la maison du tavernier,
+ Ou ilz s'estoyent presque enyvrez
+ Des vins qu'on leur avoit livrez
+ Pour boire a plain gobelet,
+ Que paya le povre varlet.
+
+ Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
+ Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
+ Le cas advint au Plat d'estain
+ Pres Sainct-Pierre-des-Arsis.
+ Bien escheoit ung grant mercis,
+ A tout le moins, pour ce repas,
+ Et si ne le payerent pas.
+
+ Aussi fut si bien aveugle,
+ Le povre varlet malheureux,
+ Qui fut de tout l'escot sangle,
+ Et fallust qu'il payast pour eulx;
+ Et s'en allerent tous joyeux
+ Les mignons, torchant leur visaige,
+ Qui avoyent disne d'advantaige.
+
+
+
+ LA SEPTIESME REPEUE
+
+ FAICTE AUPRES DE MONTFAULCON.
+
+ Pour passer temps joyeusement,
+ Raconter vueil une repeue
+ Qui fut faicte subtillement
+ Pres Montfaulcon, c'est chose sceue,
+ Et diray la desconvenue
+ Qu'il advint a de fins ouvriers;
+ Aussi y sera ramenteue
+ La finesse des escolliers.
+
+ Quand compaignons sont desbauchez,
+ Ilz ne cherchent que compaignie;
+ Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
+ Et beu quasy jusqu'a la lye.
+ Or advint qu'une grant mesgnie
+ De compaignons se rencontrerent.
+ ******************************
+ ******************************
+
+ Et, sans trouver la saison chere,
+ Chascun d'eulx se resjouyssoit
+ Disant bons motz, faisant grant chere;
+ Par ce point le temps se passoit.
+ Mais l'ung d'iceulx promis avoit
+ De coucher avec une garce,
+ Et aux aultres le racontoit,
+ Par jeu, en maniere de farce.
+
+ Tant parlerent du bas mestier,
+ Que fut conclud, par leur facon,
+ Qu'ilz yroyent ce soir-la coucher
+ Pres le gibet de Montfaulcon,
+ Et auroyent pour provision
+ Ung paste de facon subtile,
+ Et meneroyent, en conclusion,
+ Avec eulx chascun une fille.
+
+ Ce paste, je vous en respons,
+ Fut faict sans demander qu'il couste,
+ Car il y avoit six chapons,
+ Sans la chair, que point je n'y boute.
+ On y eust bien tourne le coute,
+ Tant estoit grant, point n'en doubtez.
+ Le Prince des Sots et sa routte
+ En eussent este bien souppez.
+
+ Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
+ Qui ne scavoyent rien que tromper,
+ Sans prendre conseil d'advocatz,
+ Ilz se voullurent occuper,
+ Pensant a eux, comme atrapper
+ Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
+ Car ilz voulloyent ce soir soupper
+ Et avoir une repeue franche.
+
+ Sans aller parler au devin,
+ L'ung prist ce paste de facon,
+ L'autre emporta un broc de vin,
+ Du pain assez, selon raison,
+ Et allerent vers Montfaulcon,
+ Ou estoit toute l'assemblee.
+ Filles y avoit a foyson,
+ Faisant chere desmesuree.
+
+ Aussi juste comme l'orloge,
+ Par devis et bonne maniere,
+ Ilz entrerent dedans leur loge,
+ Esperant de faire grant chiere,
+ Et tastoient devant et derriere
+ Les povres filles, hault et bas.
+ *****************************
+ *****************************
+
+ Les escolliers, sans nulle fable.
+ Voyant ceste desconvenue,
+ Vestirent habitz de diable,
+ Et vindrent la, sans attendue:
+ L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
+ Pour avoir la franche repue,
+ Vindrent assaillir les gallans.
+ *****************************
+
+ Disant: "A mort! a mort, a mort! [P. 218]
+ Prenez, a ces chaisnes de fer,
+ Ribaulx, putains, par desconfort,
+ Et les amenez en enfer;
+ Ilz seront avec Lucifer,
+ Au plus parfond de la chauldiere,
+ Et puis, pour mieulx les eschauffer,
+ Gettez seront en la riviere!"
+
+ L'ung des gallans, pour abbreger,
+ Respondit: "Ma vie est finee!
+ En enfer me fault heberger.
+ Vecy ma derniere journee;
+ Or suis-je bien ame dampnee!
+ Nostre peche nous a attains,
+ Car nous yrons, sans demouree,
+ En enfer avec ces putains!"
+
+ Se vous les eussiez veu fouyr,
+ Jamais ne vistes si beau jeu,
+ L'ung amont, l'autre aval courir;
+ Chascun d'eulx ne pensoit qu'a Dieu.
+ Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
+ Et laisserent pain, vin et viande,
+ Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
+ A qui ilz feroyent leur offrande.
+
+ Noz escolliers, voyant cecy,
+ Non obstant leur habit de diable,
+ Furent alors hors de soulcy,
+ Et s'assirent trestous a table;
+ Et Dieu scait si firent la galle [P. 219]
+ Entour le vin et le paste,
+ Et repeurent, pour fin finalle,
+ De ce qui estoit appreste.
+
+ C'est bien trompe, qui rien ne paye,
+ Et qui peut vivre d'advantaige,
+ Sans desbourser or ne monnoye,
+ En usant de joyeux langaige.
+ Les escolliers, de bon couraige,
+ Passerent temps joyeusement,
+ Sans bailler ny argent ny gaige,
+ Et si repeurent franchement.
+
+ Si vous vouliez suyvre l'escolle
+ De ceulx qui vivent franchement,
+ Lisez en cestuy prothocolle,
+ Et voyez la facon comment;
+ Mettez-y vostre entendement
+ A faire comme ilz faseyent,
+ Et, s'il n'y a empeschement,
+ Vous vivrez comme ilz vivoyent.
+
+ FIN DES REPEUES FRANCHES
+ ET DES POESIES ATTRIBUEES A VLLLON.
+
+
+
+NOTES.
+
+_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
+_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
+
+P. 1. _Clement Marot aux Lecteurs._ Cette preface, avec le
+huitain qui l'accompagne, est en tete de l'edition de _Paris,
+Galiot du Pre,_ 1533, la premiere donnee par Marot.
+
+P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
+pas consulte un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
+yeux toutes les editions du XVe siecle.
+
+P. 4, lig. 5. _Apres _... Les vers que Marot dit avoir refaits
+sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singuliere,
+on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
+editions. (P. L.)
+
+P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
+eu l'intention de donner a ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
+trouve en tete des plus anciennes editions de ses oeuvres.
+
+P. 8-9. Les huitains IV a IX ont ete publies pour la premiere
+fois par Prompsault, d'apres un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.
+
+P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
+Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
+la qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
+
+P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publie pour la premiere fois par
+Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annote de
+La Monnoye.
+
+P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publies pour la premiere
+fois par M. Prompsault, n'etaient pas connus de La Monnoye.
+C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
+certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conserve quelques-unes
+des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
+
+P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
+eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
+ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
+d'etre plus exact; mais dans le _Debat du corps et du coeur_ (p.
+113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: "Tu as
+trente ans." Il etait donc reellement ne en 1431.
+
+P. 22, huit. V. La lecon de l'edition Prompsault est meilleure
+que celle de La Monnoye. La voici:
+
+ _Si prieray pour lui de bon cueur,
+ Par l'ame du bon feu Cotard..._
+
+C'est-a-dire que Villon jure par l'ame de son procureur Cotard
+(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
+d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par la.
+
+P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
+parlait de lui-meme; c'est evidemment une erreur. Pour le
+reconnaitre, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
+ans, et n'etait pas un "pauvre vieillart."
+
+P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopte la correction de La
+Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
+
+ _C'est pure verite decellee:
+ Pour une joye cent doulours_.
+
+P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
+le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarque le premier.
+Il a decouvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
+de Villon a s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
+_Francoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
+l'effet du hasard.
+
+P. 90. _Lays._ Publie pour la premiere fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye. Il en est de meme du huitain CLIII,
+p. 91.
+
+P. 99. "_Et je croy bien que pas n'en ment._" Le huitain qui
+commence par ce vers et le reste de la ballade ont ete publies
+pour la premiere fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.
+
+P. 101. _Poesies diverses_. Le titre de plusieurs editions
+annonce un _Codicille_, ce qui a preoccupe quelques editeurs
+plus que de raison. L'edition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre edition du XV'siecle (la troisieme decrite par M. Brunet),
+disent ce qu'il faut entendre par la. Dans celle de Pierre Levet
+on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
+Francois Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
+et Codicille de maistre Francois Villon._ Le _Codicille_ n'est
+donc autre chose que le _Grand Testament,_ posterieur de cinq
+ans au _Petit Testament._
+
+Les _poesies diverses_ ont ete classees de differentes
+facons, selon le gre des editeurs. J'ai cherche a les ranger
+chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'epitaphe_ (p. 101), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
+104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
+ballade_ (p. 107) se rapportent au proces de 1457. Je parlerai
+des autres pieces plus tard.
+
+P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette piece et les deux
+suivantes se trouvent dans un tres-beau manuscrit des Poesies de
+Charles d'Orleans, conserve a la Bibliotheque imperiale. Elles
+ont ete publiees pour la premiere fois par M. Prompsault.
+
+P. 107. _Double ballade_. Cette piece, adressee a Marie
+d'Orleans, fut composee longtemps apres la precedente, et
+lorsque la princesse etait deja grande, et avait "port assure,
+maintien rassis" (p. 109, v. 17).
+
+P. 110. _Ballade Villon._ Cette piece est incontestablement de
+Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poesies
+de Charles d'Orleans. Il n'est pas aussi certain que les deux
+autres pieces tirees du meme manuscrit soient de lui, mais c'est
+on ne peut plus vraisemblable.
+
+Cette ballade fut composee sur un sujet donne par le duc
+d'Orleans. On trouve dans le manuscrit de ses poesies celles qui
+furent composees a la meme occasion par onze autres poetes.
+
+P. 111 _Epistre_, Cette piece fut composee dans la prison de
+Meung. Elle a ete publiee pour la premiere fois par Prompsault,
+mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
+Monnoye.
+
+P. 112. _Le Debat du cueur et du corps_. Compose dans la prison
+de Meung. Les precedents editeurs n'ont pas remarque que le nom
+de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
+compris le refrain, forment l'_envoi_.
+
+P. 113. _La, Requeste a Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
+trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
+On le trouve dans les editions du XVe siecle tel qu'il est
+reproduit ici.
+
+Le duc de Bourbon etait Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
+pouvait etre Charles Ier, mort en decembre 1456, a l'epoque
+precisement ou Villon, peu connu comme poete, se faisait
+fouetter publiquement.
+
+P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette piece a ete tiree
+du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
+prouve qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
+que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
+_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
+Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
+Campeaux, par ecoliers portant des _housses_, comme ceux du
+college de Navarre. Son explication me parait la meilleure, a
+moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
+y a un rapprochement a faire entre cette supposition et,
+d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement a la
+profession du pere de Villon; d'autre part, l'affirmation
+tres-nette de la onzieme des pieces attribuees a Villon, que je
+publie, p. 139. "...Mon pere est cordouennier." Malheureusement
+ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
+des povres housseurs_.
+
+P. 120. _Probleme ou Ballade_. Publie pour la premiere fois par
+Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
+
+P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
+a cru publier cette piece pour la premiere fois; mais il en
+existe une edition en caracteres gothiques, reproduite par M. A.
+de Montaiglon dans les _Anciennes Poesies francoises_, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annote, avec le titre qu'elle porte ici.
+
+P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les editeurs de Villon ont
+recule devant l'explication de ces ballades en argot. Je
+suis leur exemple; mais cela ne doit pas decourager ceux qui
+voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
+les variantes des anciennes editions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
+qui nous restent du XVe siecle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement a quelque chose de satisfaisant.
+
+P. 133. _Poesies attribuees a Villon_. J'ai choisi ce titre a
+cause de son elasticite. Je ne suis pas convaincu que ces pieces
+soient de notre poete; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
+comme emanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
+peuvent lui appartenir.
+
+P. 133-143. Dix-sept pieces choisies parmi celles que M.
+Campeaux a tirees du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
+travail sans etre tente d'admettre que plusieurs de ces pieces
+sont reellement de Villon.
+
+P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont ete reunies pour
+la premiere fois aux oeuvres de Villon dans l'edition de 1723.
+Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
+
+P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette piece se trouve
+dans toutes les editions de _la Chasse et le Depart d'Amours,_
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la premiere est de 1509. Je
+dois cette indication a mon ami M. Louis Moland.
+
+P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Reuni pour
+la premiere fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
+edition de Galiot du Pre. Il existe de ce monologue une edition
+gothique, format d'agenda, qui a ete reproduite dans l'_Ancien
+theatre francois_, t. II, p. 326. J'en ai tire quelques
+variantes.
+
+P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
+De meme que le _Monologue du franc archer_, cette piece fut
+reunie pour la premiere fois aux oeuvres de Villon dans
+l'edition de Galiot du Pre, 1532. Elle est ecrite, comme l'a
+remarque le premier M. A. de Montaiglon, "en strophes de six
+vers sur deux rimes, qui s'enchainent de telle facon que la
+rime placee dans une strophe au troisieme et au sixieme vers
+se repete, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
+c'est-a-dire au premier, au second, au quatrieme et au cinquieme."
+Je l'ai divisee selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagne.
+
+Deux strophes sont incompletes, l'une d'un vers, p. 172, et
+l'autre de deux, p. 177.
+
+P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprime plusieurs
+fois dans le XVe siecle et la premiere moitie du XVIe. Il n'est
+pas de Villon; mais le poete y joue un tel role qu'on ne peut se
+dispenser de le joindre a ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
+depuis plus de trois cents ans. Il est ecrit presque tout
+entier en strophes de huit vers, ce que les precedents editeurs
+n'avaient pas assez remarque, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
+Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu completer,
+bien que j'aie consulte plusieurs editions anciennes, y compris
+celle de Jean Trepperel, que je crois la premiere.
+
+P. 187. _La Maniere d'avoir du poisson_. Le moyen employe par
+Villon pour se debarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
+fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
+aussi les _Aventures de Til Ulespiegle_, chap. LXXI (_Nouvelle
+collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facetieuses
+Nuits de Straparole_, edition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
+liv.
+
+P. 190. _La Maniere d'avoir des trippes_. Voir un expedient
+analogue dans les _Aventures de Til Ulespiegle_, edition citee,
+chap. LXXII.
+
+P. 191. _La Maniere d'avoir du pain_. Imite par l'auteur des
+_Aventures de Til Ulespiegle_, chap. VI.
+
+P. 192. _La Maniere d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
+Ulespiegle_, chap. LVII.
+
+P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imite par l'auteur
+de _Til Ulespiegle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Periers.
+Voy. l'edition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
+
+
+
+
+
+GLOSSAIRE-INDEX.
+
+----------A----------
+
+_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
+
+_A coup_, vite, tout de suite.
+
+_A tout_, avec.
+
+_Abandonne_, liberal, prodigue. 172.
+
+_Abayer_, aboyer.
+
+_Aboluz_, abolis, absous. Sec.Sec..
+
+_Aboy_ (en), aux abois, abaisse.--"Trois poulx rampans en aboy",
+c'est-a-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne a son ami
+Baillevent, P. 168.
+
+ABSALON, 121, 122.
+
+_Absoluz, absolz_, absous.
+
+_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
+v. 2.)
+
+_Acabit_, accident (?). 175.
+
+_Accollee, acollee_, accolade.
+
+_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
+
+_Acherin_, acere, d'acier.
+
+_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
+
+_Acongnoistre_, connaitre. 195.
+
+_Accueillir_, tenir. 145.
+
+_Acquester_, acquerir.
+
+_Acreuz_, acquis, augmentes. 165.
+
+_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
+
+_Adextre_, adroit, habile.
+
+_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
+
+_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
+
+_Adonc, adoncques_, alors.
+
+_Advantaige_, voy. _avantaige_.
+
+_Affier_, assurer, certifier.
+
+_Affiques_, affiquets. 185.
+
+_Affoler_, blesser. 152.
+
+_Affuyt_, suit.
+
+_Aguet (aller d')_, marcher avec precaution et sans bruit, c'est
+ce que faisaient sans doute les soldats de police a pied dont
+parle Villon, p. 13, v. 21.
+
+_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
+toucher, prendre.
+
+_Ahonti_, deshonore, couvert de honte. 142.
+
+_Aid_, aide, assiste "Ainsi m'aid Dieux!" P. 26, v. 6.
+
+_Aignel_, agneau. 107.
+
+_Aincoys_, avant.
+
+_Ains_, avant.
+
+_Aist_, aide. "Ainsi m'aist Dieux!" 107.
+
+_Aiz_, planche. 84.
+
+ALENCON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
+par les Anglais et les Francais pendant les guerres du XVe
+siecle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiegea pour la
+derniere fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
+places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alencon
+dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
+tue a la bataille d'Azincourt, en 1415.
+
+ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
+Diomedes est, suivant Formey, rapportee par Ciceron, dans un
+fragment du traite _De Republica_, liv. III, que nous a conserve
+Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.
+
+ALLEMANSES, allemandes, 80.
+
+_Alleure_ (_bonne_), promptement.
+
+ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariee en 1160 a Louis
+le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)
+
+_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se devouer. 108.
+
+ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Medes.
+
+ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
+1458.
+
+_Amant_, 165, amendement.
+
+_Amathiste_, amethyste. 35.
+
+_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.
+
+_Ambesas_, doubleas. P. 48.
+
+_Amecons_, hamecons. Employe au figure, p. 185.
+
+AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Pregent, seigneur
+de Coetivy et de Retz, cree amiral en 1439, et tue en 1450, au
+siege de Cherbourg.
+
+AMMON, fils de David. Plaisant recit de son amour pour sa soeur
+Thamar. (P. 46, v. 15.)
+
+_Amoureux_, agreable, bon. 195, v. 1.
+
+_Amys_, amicts. 36.
+
+_Ance_, anse. 15.
+
+ANCENYS, 151.
+
+_Ancoys_, avant.
+
+_Ancre_, encre.
+
+_Andoilles_, andouilles. 64.
+
+_Ange, Angelot_, (p. 70), etaient des monnaies d'or. Deux
+_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
+merle agisse consciencieusement, ce qui n'etait sans doute pas
+dans ses habitudes. (Pr.)
+
+ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.
+
+ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) etait sans doute
+l'enseigne d'une hotellerie.
+
+ANGLAIS, p. 151.
+
+ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.
+
+_Angoisseux_, plein d'angoisse.
+
+ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nomme Angoulevent vivait
+a la fin du XVIe siecle et se fit connaitre par un proces qu'il
+soutint pour defendre les privileges de sa principaute. Mais ce
+passage prouve que le nom d'Angoulevent etait generique parmi
+les gueux et les aventuriers des le XVe siecle. (P. L.)
+
+ANJOU, 157.
+
+_Antan_, l'an passe.
+
+_Ante_, tante. 82.
+
+_Apasteler_, nourrir.
+
+_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, eveque, et
+peut-etre pretre.
+
+_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.
+
+_Appeau_, appel. 197.
+
+_Appoinct_, a point. 73.
+
+_Appointe_, convenu.
+
+_Appoinctement_, accord.
+
+_Aprins_, appris.
+
+_Arain_, airain, cuivre. 48
+
+_Arbrynceaux_, arbrisseaux.
+
+ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
+Sophocle. (Pr.)
+
+ARCHITRICLIN (p. 69). Le maitre d'hotel des noces de Cana, qui
+conseilla de boire le bon vin le premier.
+
+_Ardiz_, brulai. 121, v. 2.
+
+_Ardre_, bruler.
+
+_Argeutis_, arguties. 18.
+
+ARISTOTE, 18, 25.
+
+_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraitre arme dans un tournoi.
+(P. L)
+
+_Arquemie_, alchimie. "Faire l'arquemie aux dens" (p. 182 et
+186), c'est vivre de vent, n'avoir rien a manger.
+
+_Arraisonner_, interroger.
+
+_Arrons_, aurons.
+
+_Ars_. brule. 17.
+
+_Arsure_. brulure. 76.
+
+_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.
+
+_Art de memoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
+didactique souvent reimprime au XVe s. avec des figures
+singulieres. (P. L.)
+
+ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
+Justicier, mort en 1458.
+
+_Ascavoir-mon_, c'est a savoir.
+
+ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?
+
+_Assier_, acier. 9.
+
+_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.
+
+_Atout_, avec.
+
+_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)
+
+_Attaintee_, 78, bien paree (Pr.),-fardee (P. L.).
+
+_Attendue_, attente, retard.
+
+_Attente_, intention. 49.
+
+_Aubade_, peur. 199.
+
+_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.
+
+_Aucunement_, en quelque facon.
+
+_Auditeux_, auditeurs.
+
+AUGER LE DANOIS, 91.
+
+_Aulmoire_, armoire.
+
+AULNIS (vin d'), 60.
+
+AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.
+
+AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche hereditaire
+fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)
+
+_Avaller_, descendre, precipiter en bas.
+
+_Avantage (vivre d')_, vivre aux depens d'autrui. 206, 208, etc.
+
+_Avenir_, advenir.
+
+AVERROYS, Averrhoes. 25.
+
+_Avoye_, en voie, bien venu. 196.
+
+_Ayser (s')_, se mettre a son aise, se servir librement. P. 78,
+v. 21.
+
+----------B----------
+
+BABYLOINE, Babylone. 79.
+
+_Bachelette_, jeune fille. 47.
+
+_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.
+
+_Bague_, bagage, arme.
+
+BAIGNEUX, 193
+
+BAIGNOLET, 150.
+
+_Bailler_, donner.
+
+BAILLY, 3.
+
+_Bandon (a),_ a l'abandon.
+
+_Barat_, tromperie.
+
+_Barbiers_, etaient les chirurgiens du temps. 77.
+
+_Barguigner_, marchander, hesiter.
+
+_Barre_ (p 63), piece du blason qui indique la batardise. Au
+lieu de cela, Villon donne au batard de La Barre trois des pipes
+pour mettre dans son ecusson.
+
+BASANYER, 74.
+
+_Bas mestier_, acte amoureux.
+
+_Baston_, 156. Nom des armes portatives en general. On a dit
+plus tard "baston a feu".
+
+_Batture_, action de battre. 71, 115.
+
+BAULDE (_frere_). 67.
+
+_Baulde_, rejouie. 67.
+
+_Bauldray_, donnerai.
+
+_Bave_, bavardage. 180.
+
+_Baver_, bavarder.
+
+_Baverie_, bavardage, vaines promesses.
+
+Baye, ouverte. 165.
+
+BEAULNE. 193, 207.
+
+_Beffray_, beffroi.
+
+BEGUINES, 66.
+
+_Bejaulne_, niais. 193.
+
+_Belin_, mouton. 70.
+
+BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, a qui Villon donne le titre de
+lieutenant criminel, etait conseiller au Parlement de Paris.
+
+BELLET, 118.
+
+_Benoist_, beni.
+
+_Benoistier_, benitier.
+
+_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.
+
+_Berlan_, brelan. 87.
+
+BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mere de Charlemagne.
+
+_Besongner_, travailler. 118.
+
+
+_Besongnettes_, affaires d'amour.
+
+_Betourner_, dompter, abattre. 108.
+
+_Biere_ (en), mort, enseveli.
+
+BIETRIS (p. 34, v. 19), Beatrix de Provence, mariee a Charles de
+France, fils de Louis VIII. (Pr.)
+
+BIETRIX, 118.
+
+_Billart_, baton recourbe avec lequel on jouait a la crosse.
+
+BILLY (_la tour de_), 73.
+
+_Bisaguee_, besaigue.
+
+_Bise_, brune. 79.
+
+_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
+valait douze deniers.
+
+BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question p. 34, v. 17, etait Blanche de Bourbon, mariee en 1352
+a Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutot de Blanche
+de Castille, mere de saint Louis.
+
+BLANCHE LA SAVETIERE, 42.
+
+_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.
+
+_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.
+
+_Bloquer_, donner de l'argent. 175.
+
+BOESMES, p. 118. "La faute des Boesmes", c'etait l'heresie des
+Bohemiens, sectateurs de Jean Hus et de Jerome de Prague.
+
+_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
+la riviere ou l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
+langage trivial, _boire un bouillon_, c'est a dire: courir le
+risque d'etre englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)
+
+_Boiture_, boisson 52.
+
+_Bonne_. "Cy suspendy et cy mis bonne", p.17. Prompsault
+interprete _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
+expression equivaut a _mettre en panne_.
+
+_Bonne alleure_, promptement.
+
+_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.
+
+_Bort_, bordure. 136.
+
+_Bouffe_, souffle, emporte par un souffle. (P. 36, v. 19.)
+
+_Bouges_, chausses, culottes.
+
+_Bouhourder_, lutter a armes courtoises. 119.
+
+_Boullon_, bouillon, tourbillon.
+
+_Boulluz_, bouillis. 56.
+
+BOULOGNE, 9.
+
+BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
+mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.
+
+_Bourde_, mensonge, 111.
+
+_Bourder_, mentir.
+
+BOURG-LA-ROYNE, 65.
+
+BOURGES, 68, 76.
+
+BOURGUIGNON (Pierre),60.
+
+BOURGUYGNONS. 171.
+
+_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.
+
+_Bourse_. "Les bourses des dix-et-huit clers" (p. 72). Le
+college des _Dix-huit_, ou l'on recevait les etudiants trop
+pauvres pour pourvoir a leurs besoins, etait situe, suivant M.
+P. L, devant le college de Clugny, sur l'emplacement actuel de
+l'eglise de la Sorbonne.
+
+_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
+_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.
+
+_Boyser_, travailler le bois. 64.
+
+_Bracquemart_, epee courte et large.
+
+_Braire_, crier. 198.
+
+_Brairie_, cris. 152.
+
+_Branc_, sorte d'epee.
+
+_Brayes,_ chausses, culottes.
+
+_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
+_Verloren, bey Gott!_
+
+BREAAOIRE, Bressuire. 152.
+
+BRETAIGNE, 62.
+
+BRETONS, 153, 154, 157.
+
+_Brettes_, Bretonnes. 80.
+
+_Brief_, brievement. 196.
+
+_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
+_imbroglios_, des scenes comiques.
+
+_Broillerie_, desordre.
+
+_Broises, brossillons_, broussailles. 99.
+
+_Brouaille_, 148, me parait synonyme de _brodier, broudier_,
+anus.
+
+_Brouillez_, en desordre, embrouilles. 2
+
+_Broust_, nourriture, subsistance. 174.
+
+_Brouter_, manger. 63.
+
+BROYER a moustarde, mortier. 17.
+
+BRUCIENNES, Prussiennes. 80.
+
+BRUNBAU (_Philip_), 97.
+
+_Bruire_, faire du bruit.
+
+_Bruit, bruyt_, renommee, reputation 9, 176.
+
+BRUYERES (Mlle de), 79.
+
+BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
+Sanceire, qui succeda comme amiral a Pregent de Coetivy.
+
+_Buffe_, soufflet. 194.
+
+_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DECRET. Les porteurs de bulles (p.
+87) etaient des ecclesiastiques ou des officiers du Saint-Siege,
+qui venaient queter et vendre des indulgences au nom du pape
+dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus etre admis
+en France sans un ordre du roi; les privileges de l'Eglise
+gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient a ces
+collectes papales, qui avaient tant appauvri la chretiente an
+moyen age. (P.L.)
+
+_Bureaux_, vetements de bure. 32.
+
+BURIDAN, 34. C'etait une tradition bien etablie parmi les
+ecoliers de l'Universite de Paris, qu'une reine de France
+avoit fait de la Tour de Nesle, situee au bas de la Seine,
+sur l'emplacement du palais de l'Institut, le theatre de ses
+debauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
+et surtout les ecoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
+satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la riviere.
+Buridan eut le bonheur d'echapper a la mort, et il inventa
+ce fameux sophisme, qui devait etre sa vengeance et sa
+justification: "Il est permis de tuer une reine si c'est
+necessaire." Villon est le plus ancien auteur qui ait parle de
+cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
+France, l'a rapportee ensuite avec plus de detail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusees
+d'adultere, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
+Louis le Hutin, fut etranglee dans sa prison, en 1314, par
+ordre du roi. Quant a Buridan, il devint un des plus celebres
+professeurs de l'Universite de Paris, et fut exile de France
+comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, ou il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)
+
+_Butor_, p. 122. Espece de heron, oiseau aquatique. On croyait
+au moyen age qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
+l'eau, durant l'hiver. (P. L.)
+
+----------C----------
+
+_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.
+
+_Cades_, juge, cadi. 26.
+
+_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'etait un nom donne aux
+filles publiques M. P. L. rappelle, a l'appui de cette opinion,
+qu'une celebre maison de debauche, a Toulouse, etait appelee
+Chatel-vert.
+
+CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, elu pape le 8 avril 1455,
+siegea trois ans et quatre mois. (Pr.)
+
+CALLAISIENNES, 8l.
+
+_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, legaliser.
+(P. L.)
+
+_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
+quelque chose comme "mener les poules pisser."
+
+_Capitaine du Pont a Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
+mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
+alors le _pont a Billon_. (Pr.)
+
+_Cappel_, chapeau. 105.
+
+CARDON (_Jacques_), 91.
+
+CARMES, 175.
+
+CARMES (_l'hostel des_), 67.
+
+_Carre_, dimension. "Trois detz plombez de bonne carre." (P. 63,
+v. 27.)
+
+CARTAIGE, Carthage, 120.
+
+CARTES _a jouer_, 63.
+
+CASSANDRE, 110.
+
+CASTELLANES, Castillanes, 80.
+
+CATON, 109.
+
+_Caut_, habile, prudent. 172.
+
+_Caver_, creuser. 102.
+
+_Caymant_, mendiant. 60.
+
+_Ceans,_ ici dedans.
+
+_Ceau_, seau. 15.
+
+CECILLE, Sicile. 74.
+
+_Ceincture_, virginite. 68.
+
+CELESTINS, 30, 82, 98.
+
+_Celle_, cette. 104.
+
+_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
+L.)
+
+_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.
+
+CERBERUS, Cerbere, le chien qui garde la porte des enfers. 46.
+
+_Cervoise_, 48.
+
+CESAR (_Jules_), 120.
+
+_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquietent pas. P. 73.
+
+_Chambres, prives_. 204.
+
+CHAMBRE AUX DENIERS, 89.
+
+CHAMP-TOURCE, 151. Chantoce ou Champtoce, village du departement
+de Maine-et-Loire.
+
+_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.
+
+CHANGON, voy. _moutonnier_.
+
+_Chapeau de laurier_, couronne. 2.
+
+CHAPPELAIN (_le_), p. 93, etait quelque ami de Villon qui
+portait ce surnom. Villon lui legue sa chapelle a simple tonsure
+(p. 93, v. 2). Le benefice a simple tonsure, selon Pr., etait
+destine a des clercs etudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.
+
+_Chappin_, savate (?). 61.
+
+CHARLEMAGNE, 35.
+
+CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.
+
+CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le sejour de
+Villon dans la prison de Meung, p. 35.
+
+CHARRUAU (_Guillaume_),61.
+
+CHARTIER (_Alain_), 91.
+
+CHARTREUX, 31, 82, 98.
+
+_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
+n'ont pas d'argent.
+
+_Chastoy_, correction, chatiment. 85, 142.
+
+_Chat_ "qui hayt pescher", qui a horreur de l'eau. P. 76.
+
+_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.
+
+_Chef_, tete. 94.
+
+_Chenu_, vieux, blanchi par l'age. 40.
+
+_Cheoir_, tomber. 111.
+
+_Chere, chiere_, mine, visage.--_Chere lye_, 187, mine
+joyeuse.--_Chere marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
+_Chere meslee_, 169, visage renfrogne.--_Chere rebourse_, mine
+refrognee.
+
+_Cherme_, charme, 58.
+
+_Chet_, tombe. 117.
+
+_Cheu_, tombe.
+
+CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.
+
+CHEVALIER DU GUET. 92.
+
+_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.
+
+_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.
+
+_Chevaucheur_, celui qui va a cheval. 47.
+
+_Chevir_, venir a bout, se tirer d'affaire. 184.
+
+_Chiere_, voy. _Chere_.
+
+_Chiet_, tombe.
+
+CHOLLET, 64.
+
+_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.
+
+CHYPRE. Le roi de Chypre mentionne p. 36, v. 17, serait, selon
+Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siecle.
+Pr. croit qu'il s'agit plutot de Guy de Lusignan, mort en 1194.
+
+_Cil_, celui, 95, 111.
+
+_Clamer_, appeler, crier. 102.
+
+_Claqdent_, 176. Pays des gueux, a qui le froid fait claquer les
+dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
+le mercure. Leur itineraire oblige etait par _Surie, Baviere_ et
+_Claquedent_.
+
+CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guesclin, mort en
+1380.
+
+_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--ecoliers,
+etudiants, 15, 86;--garcons de divers metiers. Les _clers
+Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garcons d'hotellerie
+sont appeles clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
+de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
+pas nouvelle.
+
+_Cler_, clair, pur. 56, 106.
+
+_Clergeon_, ecolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71
+
+_Cliquepatins_, 98, traine-savates. (LeDuchat.)
+
+_Clorre_, clore, fermer.
+
+CLOTAIRE, 105.
+
+CLOVIS, 106.
+
+_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot parait etre employe ici
+dans un autre sens.
+
+_Coing_, le coin qui sert a battre monnaie. 8.
+
+_Cointe_, jolie, gentille. 147.
+
+COLIN DE CAYEULX, 86.
+
+COLIN GALERNE, 85.
+
+_Collaterales (especes)_, 18. Termes d'ecole, qui signifient les
+facultes dependantes de la memoire. (P. L.)
+
+COLOMBEL, 96.
+
+_Com_, comme.
+
+_Combien que_, bien que, quoique.
+
+COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.
+
+_Commander_, recommander. 163.
+
+_Commens_, Commentaires. 25.
+
+_Compaings_, compagnons.
+
+_Compasser_ (?). 171.
+
+_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.
+
+_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre a bout d'arguments.
+8l, v. 2.
+
+_Congnoistre (soy)_, se reconnaitre 160.
+
+_Conjoindre_, reunir. 64.
+
+_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.
+
+CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
+dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
+l'empereur Basile, souverain tres-liberal.
+
+_Conte_, comte. 135.
+
+_Contemplation_, employe dans un sens equivoque. 66.
+
+_Contendre_, disputer. 78.
+
+_Contraict_, deforme, recourbe, _contracte_. 41.
+
+_Contregarder_, garder. 203.
+
+_Contrepoint (entendre le)_, etre habile. 196.
+
+_Convenir_, falloir. 38, 185.
+
+_Convint_, couvent. 37.
+
+_Convoyer_, convier. 197.
+
+_Coquart_, coq. 49.
+
+_Corbillon_, panier. 113.
+
+CORDELIERS, 175, 179.
+
+_Cordoen_, cuir. 23, 139.
+
+_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.
+
+CORNU (_Jean_), 59.
+
+COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Eglise qui
+defendit Villon lors de son premier proces, en 1456.
+
+_Cotteret_, cotret. 207.
+
+_Coucher_, mettre au jeu. "Qui pour si peu couche tel gage." P.
+86.
+
+_Couiltart_, coulart, canon a main, long et mince. Employe dans
+un sens equivoque. 153.
+
+_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
+qui donne assez clairement le sens du mot et la facon dont se
+prononcait le nom du poete.
+
+_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.
+
+COURAULT (Jehan), 77.
+
+_Courre_, courir. P. 65.
+
+_Course_, fache, courrouce. 37, 151.
+
+_Courtault_, 154. Canon portatif. Employe dans un sens
+equivoque.
+
+_Courtissain_, courtisan. 173.
+
+_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armes.
+
+_Coute_, coude. 135.
+
+_Coutel_, couteau.
+
+CRAON, 152.
+
+_Creance_, croyance, opinion. 114.
+
+_Crepelle_, coupelle. "Argent de crepelle" (p. 48), argent
+epure.
+
+CRETE, 46.
+
+_Creu_, grandi, accru. 70.
+
+_Croire_, faire credit, prendre a credit, parfois en donnant un
+gage. P. 159, v. 26-27.
+
+_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irreverencieusement _la
+vraie croix_ (p. 115-116), c'etait la marque empreinte sur la
+plupart des monnaies du temps, et qui a ete depuis remplacee par
+l'effigie du prince. _Pile_ designait le revers. On joue encore
+a _pile ou face._ "Sans croix ne pile", sans argent.
+
+_Croppetons (a)_, accroupi. 41.
+
+CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.
+
+_Crostes_, croutes. 98.
+
+_Cry_, 168, cri d'armes.
+
+CUEUR (_Jacques_), 32.
+
+_Cuider_, croire.
+
+CULDOU (_Michault_), 72.
+
+_Curatez_, cures. 180.
+
+_Cure_, soin, souci.
+
+CURES, 152.
+
+_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.
+
+_Cuyder_, croire.
+
+_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
+rapproche de cette locution celle de "cuydeurs de vendanges",
+employee par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).
+
+_Cy_, ici.
+
+_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.
+
+_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.
+
+----------D----------
+
+_Damoiselin_, de damoiseau.
+
+_Danger_ 119. "A danger emprunter argent", c'etait, si je ne me
+trompe, emprunter a dix pour cent.
+
+_Dangier_, danger, peril. 8.
+
+DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
+Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas age.
+
+DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
+Viennois residait a Grenoble. (Pr.)
+
+DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion a son amour pour Bethsabee.
+
+_Dea!_ exclamation: Dame!
+
+_Deboute_, rebute. 110.
+
+_Debteur_, debiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
+souvent, emploie ce mot dans le sens de _creancier_.
+
+_Debuer_, laver, lessiver. 102.
+
+_Dechasse_, banni, chasse, 10.
+
+DECRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce decret a ete porte par le
+quatrieme concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne a tous les
+chretiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs peches
+a leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
+religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datee de
+Pise, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+prejudice des droits des cures, etablis par le canon que nous
+venons de citer. L'Universite se leva contre, tint plusieurs
+assemblees, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
+de son sein. Les eveques de France se joignirent a elle. Des
+deputes furent envoyes a Rome, et en rapporterent une bulle de
+Calixte III qui revoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
+etait a peine terminee, ou meme ne l'etait pas encore, quand
+Villon composait son Petit Testament. Temoin du zele chaleureux
+des cures de Paris, il leur legue le canon _Omnis_ pour le
+remettre en vigueur. (Pr.)
+
+DEDALUS, Dedale. Sa "court" (p. 122, v. 7) etait son celebre
+labyrinthe, ou il fut enferme lui-meme.
+
+_Dedans_, d'ici a... "Dedans ces Pasques." (P. 12, V. 4.)
+
+_Dedie_, consacre. "Et a bonnes moeurs dedie" (p. 29, v. 5).
+
+_Deffacon_, ruine, destruction. 8, 58.
+
+_Deffuyr_, eviter, negliger. 84.
+
+_Dejeter_, retirer. 54.
+
+_Delivre_, quitte, libere. 181.
+
+_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.
+
+_Demonstrance_, demonstration. 186.
+
+_Demourant (le)_ le reste.
+
+_Demouree_, retard, sejour. 191.
+
+_Demourra_, restera. 32.
+
+_Demourroit_, resterait. 121.
+
+_Demy-ceinct_, p. 33 "Ceinture d'argent avec des pendants
+auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc." (P. L.)
+
+_De par_, au nom de. 9.
+
+_Departir_, depart. P. 100, v. 8.
+
+_Departir_, partir, se separer. 9, 142, 196, 204, 205.
+
+_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.
+
+_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.
+
+_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.
+
+_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92
+
+_Desclos_, ouvert.
+
+_Desconfire_, ruiner, detruire. 103, 106.
+
+_Descrier_, decrier, 42, est dit des monnaies dont on
+interdisait la circulation par un cri public.
+
+_Descrire_, ecrire, rapporter. 146.
+
+_Deshait_, 83, dispute, desappointement.
+
+_Desmarcher_, reculer. 158.
+
+_Desnue_, depouille. 14, 208.
+
+_Despartir (se)_, se separer. 44.
+
+_Despendre_, depenser.
+
+_Despendu_, depense. 28.
+
+_Desperance_, desespoir. 122.
+
+_Despiter_, defier. 48.
+
+_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.
+
+_Despourveu_, depourvu. 14.
+
+_Desprins_, depourvu, 15.
+
+_Despriser_, deprecier. 116.
+
+_Desplaisance_, deplaisir.
+
+_Desroquer_, 175, pour _derocher_, terme de fauconnerie, qui
+signifie forcer la bete. (P. L.)
+
+_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.
+
+_Dessire_, dechire. 148.
+
+_Destaindre_, eteindre. 167.
+
+_Destourbier_, trouble, embarras. 16.
+
+_Destre_, droit. 198.
+
+_Desveille_, reveille, ravive. 18.
+
+_Desvier_, devier. 91.
+
+_Desvoye_, 156, egare, ecarte de votre banniere. (P. L.)
+
+_Detrayner_, maltraiter. 40.
+
+_Detrenche_, coupe, hache. 143.
+
+_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.
+
+_Detz_, doigts. 26.
+
+_Detz_, des. 63.
+
+_Deul_, chagrin, deuil. 108.
+
+_Deul (je me)_, je me plains. 8.
+
+_Devaller_, descendre 185.
+
+_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.
+
+_Devier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.
+
+_Dextre_, droit, droite.
+
+DIDO, Didon. 86, 110.
+
+_Die_, dise. 103.
+
+_Diffame_, deshonneur. 44, 86.
+
+_Diffinir_, definir, expliquer. 93.
+
+DIJON, 37.
+
+_Dilation_, retard, delai. 179.
+
+DIOMEDES, 26
+
+_Discordez_, desunis. 106.
+
+_Ditz_, propos, discours. 43.
+
+_Diviser_, causer, parler. 169.
+
+DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.
+
+_Doint_, donne.
+
+_Doller_, travailler de la dojoire. 64.
+
+_Doncques_, donc.
+
+_D'ond_, d'ou. 114, 156.
+
+DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
+d'Aelius Donatus, intitulee _De octo partibus orationis_,
+laquelle etait en usage dans toutes les universites de l'Europe,
+et surtout dans celles de France. (P. L.)
+
+DOUAY, 22.
+
+_Doubtance_, doute. 201.
+
+_Double_, supposition, crainte. 43, 204.
+
+_Doubler_, craindre, redouter. 97.
+
+_Doulche_, douce. 134.
+
+_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.
+
+_Douver_, faire des douves. 64.
+
+_Douzain_, petite monnaie. 173.
+
+DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents etaient particulierement
+attaches au prevot de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)
+
+_Doye_, doive. 141.
+
+_Drapel_, linge. 104.
+
+_Drapelle_, linge, habits. 48.
+
+_Drapilles_, linge, hardes. 88.
+
+DU BOYS. 64.
+
+DU RU (_Guillaume_). 97.
+
+_Du tout_, entierement, completement. 16, 21.
+
+----------E----------
+
+ECHO, nymphe, 34, 110.
+
+_Edit_, adresse, invention. 192.
+
+_Effimere_, ephemere. 53.
+
+_Efforcer_, contraindre. 104.
+
+_Effroye_, 156, effarouche, avec un air menacant. (Pr.)
+
+EGIPTE, Egypte. 120.
+
+EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.
+
+_El_, elle. 9, 84.
+
+_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.
+
+_Embesongne_, occupe, affaire. 204.
+
+_Embler_, voler. 159, 161. Se derober, 211.
+
+_Embroche (vin)_, mis en perce. 30.
+
+_Emmy_, au milieu de.
+
+_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.
+
+_Emperier_, empereur. 36.
+
+_Emperiere_, imperatrice, souveraine. 55.
+
+_Empire (ciel)_, l'empyree. 103.
+
+_Empres_, aupres de.
+
+_Emprise_, entreprise.
+
+_Enchanter_, ensorceler. 117.
+
+_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.
+
+_Enclos_, enferme. 106.
+
+_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.
+
+ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.
+
+ENFANS-TROUVEZ, 85.
+
+_Enferma_, infirmes. 91.
+
+_Enfondu_, 16. Creux et decharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
+soutenir. (Pr.)
+
+_Engigner_, tromper. 68.
+
+_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
+171.
+
+_Engrillonne_, attache avec des menottes. 26.
+
+_Enhort_, exhortation. 25.
+
+_Enhorter_, exhorter.
+
+_Enmoufle_, chausse de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
+P. L, Je croirais que cela signifie plutot _emmitoufle_.
+
+_Enne_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
+(par mon ame).
+
+_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.
+
+_Enquerir_, rechercher. 35.
+
+_Enserre_, enferme. 15.
+
+_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.
+
+_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.
+
+_Entendre_, connaitre, savoir: "J'entends que ma mere mourra."
+(P. 32, v. 25.)
+
+_Entente_, intention, projet. 49.
+
+_Entour_, autour de.
+
+_Entrepreneur_, survenant qui se mele des affaires de quelqu'un,
+qui _l'entreprend._ 194.
+
+_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.
+
+_Envers_, a l'envers, renverse. 111, v. 5.
+
+_Envys_, malgre soi. 70.
+
+EOLUS. 123. Les "clerc Eolus" sont les sujets de ce dieu, les
+vents.
+
+ERACE, pere de Villon, 31.
+
+_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
+tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.
+
+_Es_, aux, dans les.
+
+ESBAILURT, Abailard. 34.
+
+_Esbatans_, joyeux, aimant a s'amuser, a s'ebattre. 72.
+
+_Esbatement_, amusement. 119.
+
+_Esbaudiz_, prives de joie. 164.
+
+_Escache_, ecrase. 67.
+
+_Escarbouille_, ecrase. 148.
+
+_Eschec et mac (etre)_, echec et mat. Terme du jeu d'echecs. 205.
+
+_Eschever_, eviter. 88.
+
+_Eschoicte_, echeance, heritage, 111.
+
+_Esclat_, 83, baton, echalas.
+
+_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.
+
+_Escollier_, etudiant, jeune homme qui suit les cours de
+l'Universite.
+
+_Escondire_, refuser. 104.
+
+ESCOSSOYS, 68.
+
+_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.
+
+_Escoutans_, auditeurs. 183.
+
+_Escouvillon_, balai de four. 19.
+
+_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les "chevaucheurs
+d'escovettes" (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
+sabbat a cheval sur un balai.
+
+_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.
+
+_Escriptures_, ecrits, ouvrages. 2.
+
+_Escuz_, ecus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
+p. 56, 70, 145, 147.--Prendre ecus pour douzains, p. 173, c'est
+ne pas regarder a l'argent.--"Escuz telz que prince les donne,"
+p. 17, peut s'entendre des armoiries.
+
+_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)
+
+_Esguiere_, vase a mettre de l'eau. 198.
+
+_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
+d'aiguillettes.
+
+_Esguise_, aiguise. "Esguisez comme une pelote" (p. 25, v. 4),
+obtus.
+
+_Esjouir, esjoir_, rejouir.
+
+_Esles_, ailes, 153.
+
+_Eslocher_, ebranler. 103.
+
+ESMAUS (les pelerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
+XXIV.
+
+_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)
+
+_Esmerillon_, 100. L'emerillon est le plus petit des oiseaux de
+proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)
+
+_Esmerillonne_, gai, vif. 170.
+
+_Esmolu_, emoulu, aiguise. 147.
+
+_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.
+
+_Esmoyer (s')_, s'inquieter.
+
+ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poete ne savait pas le nom.
+(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
+Leon, qui regna jusqu'en 1454.
+
+_Espani_, epanoui. 58.
+
+_Espasmie_, pamee. 147.
+
+_Espartir_, epandre, repartir, 18.
+
+_Especiaulx_, 169. D'un merite tout particulier. (P. L.)
+
+_Esperviers (gens a porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
+de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'epervier est aussi un
+filet de braconnier.
+
+_Espie_, espion, guetteur. "Aux champs debout comme ung espie"
+(p. 105), veut dire pendu.
+
+_Espoindre_, piquer, exciter. 100.
+
+_Espoir (j')_, j'espere, 110.
+
+_Espois_, epais. 112.
+
+_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.
+
+_Estaux_, etaux. 16.
+
+_Estable_, stable. 24.
+
+_Establis_, etaux des marchands. 13.
+
+_Estaing_, etain. 9.
+
+_Estamine_, etoffe claire.
+
+_Estan_, etang. 34.
+
+_Estature_, stature, portrait. 94.
+
+_Estoeuf_, eteuf. 49.
+
+_Estomac d'alouette_ (?). 168.
+
+ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.
+
+_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.
+
+_Estrange_, etranger. 70, v. 15; 103, 184.
+
+_Estranger_, eloigner. 43, v. 15.
+
+_Estre_, demeure, hotel. 191.
+
+_Estre_, etat, existence, maniere d'etre. 42, 157.--_En estre_,
+p. 73, en etat.
+
+_Estrenes_, etrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
+de Rennes, se compare a un marchand qui desire etrenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)
+
+_Estrif, estry_, debat, querelle, dispute, 15, 178.
+
+_Exaucer_, elever, monter. 183.
+
+_Estimative_, qui juge, qui apprecie. 18
+
+_Extrace_, extraction, lignee. 31.
+
+----------F----------
+
+_Fable_, mensonge. 76.
+
+_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.
+
+_Faille_, faute. 153.
+
+_Faillent_, manquent. 8.
+
+_Faillir_, manquer.
+
+_Failly_, decourage, abattu. 28.
+
+_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.
+
+_Faintis_, trompeur, 87.
+
+_Faitard_, paresseux, 22, 69.
+
+_Fantasie_, imagination. 18.
+
+_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.
+
+_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne preparait le fardeau que
+chaque mortel devait porter pendant sa vie.
+
+_Fastee (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: "faire
+ung soir pour soy la fastee" (p. 91). D'autres editions portent
+_la saffee_, ce que je ne comprends pas davantage.
+
+_Faulse_, mechante. 57.
+
+_Fault, faut_, manque.
+
+_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.
+
+_Fausserie_, faussete, fausse accusation. 105.
+
+_Feautre_, feutre, 48, 63.
+
+_Fenestres_. Les fenetres servaient de montre aux marchands pour
+etaler leurs marchandises. "Et pain ne voient qu'aux fenetres"
+(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
+de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.
+
+_Ferir_, frapper.
+
+_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.
+
+_Fiere_, frappe. 39.
+
+_Fiert_, frappe.
+
+_Filetz_, bouts de fil, 29.
+
+_Finablement_, finalement, enfin. 2
+
+_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. "De feu je n'eusse
+pu finer" (p. 18, v. 28).
+
+_Fix, fics_, terme de medecine. 77.
+
+_Flambans_, enflammes. 76.
+
+_Flambe_, flamme, 155.
+
+_Flans_, sorte de patisserie. 71.
+
+FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
+La plus celebre est la plus ancienne, a qui l'on attribue
+Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maitresse du
+grand Pompee. (P. L.)
+
+_Flou_, mince, fluet. 64.
+
+_Flours_, fleurs. 145.
+
+_Foleur_, folie. 58, 113, 114.
+
+_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.
+
+_Font_, fontaine, source. 105.
+
+_Forclorre_, delivrer, mettre hors. "Pour forclorre
+d'adversite", p. 15.
+
+_Formative (faculte)_, faculte d'inventer. 12.
+
+_Fors_, excepte, hormis.
+
+_Fort (au)_, au fond, apres tout. 161, 170.
+
+_Fouir_, fuir. 8.
+
+FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait "sauve
+maintes causes justes".
+
+_Fourrer le poignet_ a la bourse, tirer de l'argent. 136.
+
+_Fouterre_, voy. MICHAULT.
+
+_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.
+
+FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publie recemment, a la
+suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
+regarde comme la piece contre laquelle sont diriges les
+_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
+jeunesse de Villon.
+
+FRANCE, 36, 121. Le tres noble roi de France, "sur tous autres
+roys decorez", dont parle Villon (p. 36, v. 23), etait, selon M.
+Pr., saint Louis.
+
+_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).
+
+_Franchy_, affranchi, delivre. 23.
+
+FRANCOIS, promoteur de la vaquerie. 68.
+
+FREMIN, 51.
+
+_Frez_, frais. 85.
+
+_Friquet_, elegant, fringant. 169.
+
+_Fromentee_, sorte de gateau dont Baillevent donne la recette.
+90
+
+_Fruiction_, benefice, profit. 166.
+
+_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.
+
+_Fume, fumee_. 75.
+
+_Fumer (se)_, se mettre en colere, s'emporter.
+
+_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.
+
+----------G----------
+
+_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.
+
+_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-etre les Enfants sans
+souci, ecoliers et basochiens, qui s'etaient mis en societe a la
+fin du XVe siecle pour jouer des farces et des soties. Clement
+Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)
+
+_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.
+
+_Galler_, se rejouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.
+
+GARNIER, 104.
+
+_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
+par grelots. J'ai suivi la lecon de La Monnoye.
+
+_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.
+
+_Gect_, 118. Jetons servant a compter.
+
+_Gehaine_, instrument de torture. 144.
+
+_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.
+
+GENEVOIS, 73.
+
+_Genoillon (a)_, a genoux. 54.
+
+_Geu_, couche. 89.
+
+_Gippon_, jupon, robe. 117.
+
+GIRARD _(Perrot)_. 65.
+
+_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.
+
+_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.
+
+GLOCUS, 123. La foret ou regne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)
+
+_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.
+
+_Godet de greve_, 6l. Grand pot de gres a mettre du vin. (P. L.)
+Je crois qu'il s'agit plutot de quelque abreuvoir situe place de
+Greve.
+
+_Gogo_, 84. "Il semblerait que _gogo_ ait ete synonyme de
+_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de la _vivre a
+gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
+_goguette_ est reste." (P. L.)
+
+_Gonne_, vetement de moine, tunique, froc. 118.
+
+_Gorgerin_, 68. C'etait une piece de l'armure destinee a
+proteger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
+appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)
+
+_Gorgias_, elegant, richement vetu. 168, 169, 172.
+
+_Gorriers, gorrieres_, 179, hommes et femmes elegants, vetus
+richement et a la mode.
+
+_Gourt (etre a son)_, p. 201, etre a son affaire, etre content.
+
+GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.
+
+_Goyeres_, sorte de gateaux. 81.
+
+_Grace (par qui)_, par la grace de qui. 9.
+
+_Grafignier_, dechirer avec les ongles. (Pr.)
+
+_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.
+
+GRAND-TURC, 122.
+
+_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
+comme les poules. "Au grat, la terre est degelee!" P. 177.
+
+_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.
+
+GRENOBLE, 37.
+
+_Greve_, jambe. 61.
+
+_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.
+
+_Grez_, 60, pierre a aiguiser. (Pr.)
+
+_Grez_, gre. "Prendre en gre", avoir agreable, savoir se
+contenter (p. 88).
+
+GRIGNY, 73.
+
+_Grille_, prison. 84.
+
+_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.
+
+_Grivele_, marquete, mouchete comme les grives. 41.
+
+_Groiselles_, groseilles. "Mascher des groiselles (p. 46, v.
+26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule."
+
+_Grongnee_ sur l'oeil, emplatre ou meurtrissure. 16.
+
+GROS VALLET, 155. C'etait un des servants de l'homme d'armes.
+Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
+c'est-a-dire les trois ou quatre combattants qui devaient
+accompagner un homme d'armes et marcher a ses cotes dans la
+bataille. (P. L.)
+
+_Guerdonner_, recompenser.
+
+_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.
+
+_Guerrier_, guerroyer. 119.
+
+GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le meme que Guillaume Gueuldry, p.
+15. M. P. L. pense que "la maison Guesdry Guillaume" etait le
+pilori ou la maison du bourreau.
+
+_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
+capitaine du guet, parce qu'il etait reste peut-etre seul en
+possession de l'ordre de l'Etoile, cree par le roi Jean. (Pr.)
+
+GUILLEMETTE _la tapissiere_. 42.
+
+GUILLEMIN, 153.
+
+GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.
+
+_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.
+
+_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espece de hache a deux
+tranchants. (P. L.)
+
+_Guise_, mode, facon, maniere. 139, 168.
+
+----------H----------
+
+_Habite_, 170, ayant maison, habitation.
+
+_Habitue (bien)_, ayant de belles manieres. 196.
+
+_Hahay_! exclamation. 139.
+
+_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
+p. 83.
+
+_Hamee_ (?), 121.
+
+HANNIBAL, Annibal. 120.
+
+_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
+sous Philippe le Hardi.
+
+HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
+heritiere d'Elie de la Fleche, comte du Maine, mort en 1110.
+(Pr.)
+
+_Harier_, tracasser. 102.
+
+_Hasles_, hale. 88.
+
+_Havee,_ poignee, poignee de main. 61, 169.
+
+_Haiet_, 60, croc. (Pr.)
+
+_Hayneurs_, qui detestent. 90.
+
+_Hayter_, profiter, reussir. "Riens ne hayt que perseverance."
+(P. 25, v. 14.)
+
+_Heaulmiere,_ marchande de heaumes. 39.
+
+_Hebergement,_ accueil.
+
+HECTOR, 74.
+
+HELENE, HELEINE, 53, 112.
+
+HELOiS, Heloise, niece de Fulbert, amante d'Abailard
+
+HENRY (maistre), 85--"Henri Cousin etait alors bourreau et
+tourmenteur-jure de la prevote de Paris." (P. L.)
+
+HERODE (p. 46) fit decapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
+de la danseuse Herodiade.
+
+_Herroit_, hairait. 59.
+
+HESSELIN (_Denys_). 60.
+
+_Hez_, hais. 138.
+
+_Histoire_, ornement. "Sans autre histoire", 94. Au quinzieme
+siecle et au commencement du seizieme, on appelait _histoires_
+les gravures dont les livres etaient ornes.
+
+_Ho_! assez! halte la! P. 71, v. 9.
+
+_Hober_, remuer, bouger.
+
+_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
+incomprehensible.
+
+_Hoirs_, heritiers.
+
+HOLOFERNES, 121.
+
+_Hom_, homme, on. 18, 120.
+
+_Hostel_, maison. 82.
+
+HOTEL-DIEU de Paris, 85.
+
+_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.
+
+_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.
+
+_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
+ou cravaches a la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
+a l'ecurie. (P. L.)
+
+_Hucher_, crier, appeler a haute voix. 70.
+
+_Hucque_, 12, camail a capuchon, que les hommes de toute
+condition portaient au XVe siecle (P. L.)
+
+HUE CAPET, Hugues Capet. 104.
+
+_Humblesse_, humilite. 205.
+
+_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.
+
+_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.
+
+_Huy_, aujourd'huy. 38.
+
+_Huys_, porte.
+
+----------I----------
+
+_Icelle_, cette.
+
+_Idolatryer_, tomber dans l'idolatrie. 45.
+
+_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.
+
+_Istroit_, sortirait, 145.
+
+_Ils, ilz_, elles. "S'ils n'ayment fors que pour l'argent." (P.
+43, v. 19).
+
+_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.
+
+_Impetrer_, obtenir. 42.
+
+_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.
+
+_Informe_, instruit. "Informez en meurs" (p. 71), bien eleves.
+
+INNOCENS (les), cimetiere de Paris, 89.
+
+_Inventaire_, compte fait.
+
+ISABEAU, 82.
+
+ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.
+
+----------J----------
+
+_Ja, deja, certainement.
+
+_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.
+
+_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.
+
+JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.
+
+_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
+ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
+y avait des _jacques_ de toutes sortes d'etoffes. Nous disons
+encore _jaquette_.
+
+JACQUELINE, 82.
+
+_Jalet_, galet, caillou. 114.
+
+_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.
+
+JAMES, (_Jacques_), 92,97.
+
+_Jargon jobelin_, argot, 179.
+
+_Jargonner_, p. 118. "Je congnois quand pipeur jargonne", veut
+dire: je connais l'artifice du chasseur a la pipee.
+
+_Jasoit_, quoique, 138.
+
+JASON, _Jazon_, 121.
+
+JEHAN de CALAYS, 93.
+
+JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
+de l'argent aux _pardons_, ou peut-etre un nom donne aux
+_pardonneurs_.
+
+JEHANNE, 173.
+
+JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.
+
+JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.
+
+JEHANNETON, 49.
+
+JEHANNETON _la Chaperonniere_, 42.
+
+_Jengleresse_, menteuse, 55.
+
+_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
+devrait lire le jeu de dame. C'est la meme chose.
+
+_Jeux_, pieces dramatiques, 87.
+
+JOB, 29, 122.
+
+_Jobelin_, argot. 169, 179.
+
+_Joinctes_, jointures, articulations 33.
+
+JONAS, 122.
+
+_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
+190.
+
+JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitieme fils de Jean Jouvenel des
+Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.
+
+JUDAS, 122.
+
+JUDIC, _Judith_. 110, 121.
+
+JUIFS, 103.
+
+JUNO, Junon. 122.
+
+_Jus_, bas, a bas. 76, 136, 159.
+
+JUSQU'IL, jusqu'a ce qu'il.
+
+----------K----------
+
+KATHERINE _la Bouchiere_, 42.
+
+KATHERINE DE VAUSELLES, 46.
+
+----------L----------
+
+_L'en_, on, l'on.
+
+_La sus_, la haut. 103.
+
+LA BARRE, 50, 57, 63.
+
+_Labit_, 175, decadence, de _labes_ (P.L.).
+
+_Labour_, travail, labeur. 88.
+
+_Laboureux mestier_, etat de laboureur. 79.
+
+LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.
+
+LA HIRE. 155. Etienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
+braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
+guerres contre les Anglais, et mourut a Montauban en 1442.
+(P.L.)
+
+_Laidanger_, injurier, railler. 43.
+
+L'AIGLE, 152.
+
+_Lairra_, laissera.
+
+_Lairray_, laisseray.
+
+_Lait_, laid.
+
+_Laiz_, laiques. 33.
+
+_Lame_, pierre tumulaire. "Quant est du corps, il gyst soubz
+lame" (32, v. 23).
+
+LAMESOU (_le seigneur de_), 200.
+
+LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
+ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tue a la
+bataille de Varnes en 1444, et qui regnait sur la Pologne,
+la Boheme et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+_Lancelot_ ne ressemble guere a _Ladislas_.
+
+LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.
+
+_Laqs_, filets, pieges. 78.
+
+_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.
+
+LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche etait un des bons
+capitaines de Charles VII. Il s'attacha a la personne du Dauphin
+Louis, et le suivit dans ses revoltes contre son pere. On le
+voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
+nouvelles du bon roy Louis XI_, ou il est toujours nomme
+"monseigneur de La Roche". (P. L.)
+
+LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut etre que Foucauld, 3e du nom
+seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
+et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
+bataille, en 1461. (P. L.)
+
+_Las_, lacs, filets. 47.
+
+_Lasse!_ helas. 32.
+
+_Lassus_, la haut. 91.
+
+_Latin_, langage, parler quelconque. "Je n'entends point vostre
+latin." 202.
+
+LAURENS (_Jehan_), 68.
+
+_Lavaille_, eau qui a servi a laver. 76.
+
+_Lay_, laique 44.
+
+_Lay_, piece de vers. "Ce lay contenant des vers dix." P. 59, v.
+4.
+
+_Lays_ est employe, dans la preface de Marot et dans les deux
+Testaments, dans le sens de legs.
+
+_Le_, large "Tant qu'il a de long et de le" (23, v. 22).
+
+_Lealle_, loyale. 134.
+
+_Leans_, la dedans.
+
+LE CAMUS SENESCHAL, 92.
+
+_Lectry_, lutrin, 15.
+
+_Legerement_, vivement, promptement.
+
+LE LOU (_Jehan_), 64.
+
+_Lembroyse_, lambrisse, 68.
+
+_Lermes_, larmes.
+
+_Lerz_, loirs. 72.
+
+_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer a sa
+gourmandise. 28.
+
+_Lettres_, savoir, connaissances. "Sans plus grandes lettres
+chercher" (p. 71, v. 7).
+
+_Lez_ aupres, a cote de.
+
+_Lians_, liens. 106.
+
+_Librairie_, bibliotheque. 54.
+
+_Lice_, lisiere, laisse. 171, v. 21.
+
+_Lit de parement_, 89. C'etait un grand lit d'honneur, avec
+dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
+chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)
+
+_Ligne_, 69, lignee, race.
+
+_Linget_, mince, delie. 64.
+
+_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20
+
+LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
+banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
+s'etablir a Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
+pretaient a gros interets, le peuple donna le nom de _lombards_
+aux usuriers et preteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
+d'attraper de l'argent.
+
+LOMER, 91.
+
+LORRAINES, 8l.
+
+_Los_, lot. 134.
+
+LOTH, 69.
+
+LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
+qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut a remettre la
+ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
+conseiller a la Chambre des comptes par Louis XI.
+
+_Loyaument_, loyalement.
+
+_Loyer_, recompense. 45.
+
+LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.
+
+_Loz_, louange. 109.
+
+_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.
+
+LUCRESSE. Lucrece. 118.
+
+_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livre par Dalila aux
+Philistins, qui lui creverent les yeux. C'est ce que Villon
+rapporte ainsi p. 45, 2. 21: "Samson en perdit ses lunettes."
+
+_Lutter_, faire le metier de baladin. 87.
+
+_Luz_, luths. 55.
+
+_Ly_, le, les. 36.
+
+LYMOUSINS, 185, 199, 202.
+
+LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.
+
+_Lysses_, lices, luttes: "a tenir amoureuses lysses" (p. 40, v.
+29).
+
+----------M----------
+
+_M'_, mon, ma. "Par m'ame." 73.
+
+MACEE _d'Orleans_. 68.
+
+_Macher_, manger. 187.
+
+MACQUAIRE, 76.
+
+MACROBE, 81.
+
+MAGDELAINE (_la_), 122.
+
+_Maignan_, chaudronnier. 119.
+
+_Maille_, petite piece de monnaie. 86, 180, 208.
+
+_Maille_, pas du tout. "Je ne vous crains pas maille", 151.
+
+_Mailler_, battre a coups de marteau, de maillet. 116.
+
+_Maillon_, maillot. 54.
+
+_Main mise_, 52. "Dieu nous garde de la main mise", nous
+preserve d'etre pris.
+
+MAIREBEUF. 17, 62.
+
+_Mais_, plus. "Il n'a mais qu'un peu de billon." (P. 19, v. 9.)
+
+_Mais que_, pourvu que.
+
+_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'etait.
+
+_Maistrie_, domination. 102.
+
+_Mal, male_, mauvais, mauvaise.
+
+MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'etait, selon M. P. L., servir un
+homme d'epee a la guerre, porter un epieu, une guisarme ou un
+coutelas, appele _Malchus_, du nom de celui a qui saint Pierre
+coupa une oreille.
+
+_Mal gre_, disgrace. 58.
+
+_Malheurete_, infortune, malheur, misere.
+
+_Mallement_, mechamment, durement.
+
+MALPENSE, 11. Personnage imaginaire, aux idees peu nettes.
+
+_Maltalent_, mechancete, colere. 36.
+
+_Mander_, envoyer. 77.
+
+_Manna_, manne. 107.
+
+_Manne_. "Venir de manne" (73), venir du ciel, comme la manne.
+
+_Marche au file_ (?), 80.
+
+_Marche (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
+compris les affaires d'amour.
+
+_Marchesens_ (?), 175.
+
+MARGOT (_la grosse_), 82, 83.
+
+MARIE (_d'Orleans_), 105.
+
+MARION LA PEAU TARDE, 91.
+
+MARION L'YDOLLE, 84, 86.
+
+MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.
+
+_Mariottes_, femmes mariees (?), 98.
+
+MARQUET. 92.
+
+MARTIN GALLANT, 185.
+
+MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+taverniere. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosees par
+la Crou, petite riviere qui passe a Gonesse et a Saint-Denis.
+
+_Maschouere_, machoire, 52.
+
+_Mate chere_, triste mine. 52.
+
+_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insenses.
+Peut-etre la confrerie des Sots ou de Mere-Sotte, cette societe
+joyeuse de poetes et de comediens, qui etait alors la rivale de
+la Confrerie dramatique de la Passion. (P. L.)
+
+_Mathelineux_, fou.
+
+MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
+Gand, trouvere du XIIIe siecle, qui a ecrit contre les moines.
+
+_Mathon_, fromage mou.
+
+(P. L.)
+
+MATHUSALE, Mathusalem, 23.
+
+_Mau_, mauvais, 65, 84.
+
+MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuee (c'est-a-dire malpropre)
+etait situee a l'entree de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais garcons pour habitants (P. L.).
+Villon envoie Jean Raguyer boire a la fontaine Maubuee, 1.
+
+_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
+pretre, exorcisant les possedes, prend le diable par le col avec
+son etole (p. 36).
+
+_Mauldite_, injuriee avec blaspheme. (P. L.)
+
+_Maulgre_, malgre. 158.
+
+_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.
+
+MAUTAINCT, 74.
+
+MEHUN, 24, 84.
+
+MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.
+
+_Meins_, moins. 154.
+
+_Meist_, mit. 60.
+
+MENDIANS (_freres_), 66, 98.
+
+_Menestrier_, musicien. 45.
+
+_Menroit_, menerait. 201.
+
+_Mercerot_, petit mercier. "Moy, pauvre mercerot de Rennes" (p.
+37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-a-dire
+comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
+etaient affilies aux bandes de gueux et de bohemiens.
+
+_Merciz_, misericorde.
+
+_Mereaulx_, jetons qui servaient a faire les comptes.
+
+_Merencolie_, melancolie, folie. 188.
+
+_Merir_, meriter. 55, v. 8.
+
+_Merit_, merite. 52, v. 1.
+
+MERLE, 70.
+
+_Meschance_, misere, malheur.
+
+_Meschief_, malheur, accident, 141.
+
+_Meschoir_, arriver du mal.
+
+_Mescompter (se)_, s'exposer a des mecomptes. 7.
+
+_Mesdire_, mentir. "Je le dys et ne croys mesdire." (P. 28, v.
+20.)
+
+_Meseaulx_, lepreux. 76.
+
+_Meshaigne_, blesse, en mauvais etat. 152.
+
+_Meshaing_, peine. 98.
+
+_Meshuy_, p. 150. "C'est a meshuy!" C'est maintenant, pour le
+coup!--Aujourd'hui. 157.
+
+_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.
+
+_Masprins_, mal agi, 8.
+
+_Messaigieres_, entremetteuses. P. 80, v. 9.
+
+_Messe (seiche)_, 93, messe sans consecration.
+
+_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.
+
+_Mestier (bas)_, affaires d'amour.
+
+MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
+Jehan de Meung. Voy. MEHUN.
+
+_Meurdri_, meurtri. 16.
+
+_Meure_, mure, fruit de la ronce. "Plus noir que meure." (P. 28,
+v. 9.)
+
+_Meurte_, maturite. 26.
+
+MICHAULT DU FOUR, 63.
+
+MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publie par
+Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le heros du conte n'est
+pas nomme.
+
+_Mie_, pas du tout. 62.
+
+_Miege_, megissier. 65.
+
+_Mignon_, favori. 196.
+
+_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.
+
+_Mineur_, petit. "Haro, haro, le grand et le mineur!" (p 58, v
+11.) A l'aide, grands et petits!
+
+_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)
+
+_Misericors_, indulgent, misericordieux 22.
+
+_Miste_, joli, aimable. 196.
+
+_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion a
+l'usage, qui n'est pas encore completement perdu, de donner des
+gants aux convives d'une noce.
+
+_Mitaines de fer_, gantelets. 152.
+
+_Mocque_, moquerie. 175.
+
+_Mol_ mollet. 61.
+
+MONFAULCON, 215.
+
+_Monopolles_, cabales, complots. 205.
+
+_Monstier_, couvent.
+
+MONTMARTRE, 8l.
+
+MONTPIPPEAU, 86.
+
+MONT-VALERIEN, 81.
+
+_Moralitez_ (p. 87), pieces dramatiques dont les vertus, les
+vices, etc., sont les personnages.
+
+MOREAU, 50.
+
+_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge
+
+_Mors_, mordu. 143, v. 18.
+
+_Mort_. "Aller de mort a vie", p. 91, est un jeu de mots,
+l'inverse d'aller de vie a trepas.
+
+MORTELLERIE (_Rue de la_), a Paris. 200.
+
+_Morteux_, mortels. 159.
+
+MORTIER D'OR. Parait avoir ete l'enseigne de Jehan de la Garde,
+l'epicier. (P. 17, v. 1.)
+
+_Moulier_, femme, 46.
+
+_Moult_, tres, beaucoup.
+
+_Mouse_, museau. 63.
+
+_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _mout_ dans le sens
+de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutot des frais
+faits pour paraitre, pour se faire _mousser_.
+
+_Moustarde (aller a la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
+s'en vanter, en parler a tout propos.
+
+_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon etait un _mouton_
+ou faux compagnon que Villon avait rencontre dans les prisons,
+pour son malheur. C'est assez vraisemblable.
+
+_Muer_, changer. 27.
+
+_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.
+
+MULLE, 60, probablement une enseigne.
+
+_Musars_, faineants, 98.
+
+_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79
+
+_Musser_, cacher. 58.
+
+_Mye_, point, pas du tout. 202.
+
+----------N----------
+
+_N'_, ni 108.
+
+NABUGODONOZOR, 122.
+
+NANCY. P. 171. Ce souvenir du siege et de la bataille de
+Nancy, ou les Suisses defirent le duc de Bourgogne, Charles
+le Temeraire, prouve, ainsi que l'a remarque M. P. L., que
+le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a ete compose apres
+l'annee 1477.
+
+_Naquet_, 169, jeune garcon, d'ou _laquais_ (P. L.). On appelait
+particulierement _naquets_ les garcons des jeux de paume.
+
+NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.
+
+_Natte_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. "En chambre
+bien nattee", 78.
+
+_Naveau_, navet. 48.
+
+_Navrer_, blesser.
+
+_Ne_, ni.
+
+_Ne que_, pas plus que.
+
+_Nectelet_, 169. Propret, bien vetu.
+
+_Nennil, nenny_, non.
+
+_Noailleux_, noueux. 155.
+
+NOE, 69.
+
+NOE LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
+Villon, qui le chargea dans son premier proces pour se disculper
+lui-meme, et ne fut condamne qu'au tiers de la peine infligee a
+Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il ecrivit
+le grand Testament. (Huitain CXLII.)
+
+_Noise_, bruit, querelle.
+
+_Nombrer_, compter. 118.
+
+NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.
+
+_Nourri_, eleve, 2.
+
+_Noyse_, bruyt, querelle.
+
+_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.
+
+_Nully_, nul, aucun, personne. 213.
+
+_Nuyctee_, duree de la nuit. 78.
+
+_Nuysance_, prejudice. 144.
+
+----------O----------
+
+_O_, avec. 69, 79.
+
+_Obstant_, malgre, nonobstant.
+
+OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
+Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.
+
+_Oes_, oies. 92.
+
+_Onc, oncques_, jamais.
+
+_Oppresse_, oppression. 26.
+
+_Ord_, sale.
+
+_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.
+
+_Ores_, maintenant.
+
+_Orfaverie_, orfevrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.
+
+ORLEANS, 66.
+
+ORPHEUS, Orphee, 45.
+
+_Orrez_, entendrez.
+
+_Ost_, armee.
+
+_Ostade_, etoffe precieuse. 196.
+
+_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.
+
+_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.
+
+_Oubliance_, oubli. 18.
+
+_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.
+
+_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.
+
+_Ouquel_, auquel, dans lequel.
+
+_Ouvrer_, travailler. 87.
+
+_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
+chanson. 91.
+
+_Oy_, entends, 113.
+
+_Oystres_, huitres. 30.
+
+_Oyt_, entend. 64, 68.
+
+----------P----------
+
+_Paillart_, gueux. 194.
+
+_Palais_ (le), a Paris, 185, 206.
+
+_Pallus, palux_, marais. 55, 122.
+
+_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou banniere de toile grise
+(P. L.).
+
+_Paour_, peur.
+
+_Paouvre_, pauvre. 9.
+
+_Papaliste_, papaute. 35.
+
+_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.
+
+_Par tel_, de telle facon. Peut-etre le vers 22 de la page 181
+devrait etre ainsi: "Par tel si, qui veue ne l'aura."
+
+_Pardoint_, pardonne. 153.
+
+_Pardons_, 180. Prieres publiques, processions et autres
+pratiques pieuses auxquelles etaient attachees des indulgences
+particulieres. (P. L.)
+
+_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.
+
+_Parfaict_, acheve. 188.
+
+_Parfond_, profond.
+
+PARIS, 33.
+
+PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.
+
+_Parit_, engendra, 51, v. 20.
+
+_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.
+
+_Partement_, depart.
+
+PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
+tenu par Rene d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.
+
+_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une epee
+courte.
+
+PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.
+
+PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
+remarque qu'il n'y a pas de foret dans cette localite, et qu'il
+n'y vient pas de chataignes.
+
+PATHELIN, 179, 196. Le heros d'une farce bien connue, qu'on a
+attribuee a Villon.
+
+_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.
+
+_Paulme (en)_, dans la main. "Seur comme qui l'auroit en
+paulme", p. 72.
+
+PAUQUEDENAIRE, p. 196, est presente comme un homme expert en
+tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
+connu. Voy. POICDENAIRE.
+
+_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
+d'un navire. Dans _l'Ancien theatre francais_, t. II, p. 155, on
+trouve _battu comme peaultre_, ce qui equivaut a _battu comme
+platre_.
+
+_Peaussa_, couvert d'une peau epaisse et ridee. 41.
+
+_Pehon_, pieton, fantassin. 154.
+
+_Pel_, peau. 143.
+
+_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.
+
+_Penancier_, Penitencier, confesseur. 188.
+
+_Penart_, lance ornee d'un pennon. 147.
+
+PENESSAC (_monsieur de_), 200.
+
+_Per_. "Recoit son per et se joint a la plume", p. 74, v. 20.
+
+_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.
+
+PERDRYER (_Jehan et Francoys_), 75.
+
+PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
+franc archer de Bagnolet.
+
+_Perpetrer_, obtenir, acquerir. 42.
+
+PERRETTE, 82.
+
+_Perrucatz_, 178. Gens a perruque. On appelait perrucats tous
+les gens de la Basoche (P. L.)
+
+_Pery_, perdu, 51, v. 23.
+
+_Pesle_, poele, s. m. 48.
+
+PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.
+
+_Petiote_, petite. 26.
+
+PETIT-PONT, a Paris. 81, 190.
+
+_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)
+
+PHILIPPOT, 92.
+
+PHOEBUS, 122. La clarte Phoebus, c'est, on le sait, la lumiere
+du jour.
+
+PICARDS, 122. C'etaient des heretiques qui ne faisaient aucune
+priere pour les morts. Voila pourquoi Villon promet a Thibault
+d'Aussigny une _priere de Picard_.
+
+PICARDES, 81.
+
+_Pieca_, il y a longtemps.
+
+_Pietonner_, courir a pied. 152.
+
+_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
+P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.
+
+_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.
+
+_Pigne_, peigne, 69.
+
+_Pigon_, pigeon. "Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
+sous trappe voliere" (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
+enfermez dans une prison grillee.
+
+_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.
+
+_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _des
+pipes_.
+
+_Piteux_, porte a la pitie. 175.
+
+_Plain_, uni 142;--entier. "Tant que je suis en mon plain sens"
+(p 24, v. 9).
+
+_Plaindre_, regretter. "Je plaings le temps de ma jeunesse." (P.
+27, v. 25.)
+
+_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutot affaires
+d'amour.
+
+_Plaisant_, agreable. 63.
+
+_Plait_, plaid, plaidoyer. "A peu de plait", sans grands
+discours.
+
+_Plante_, abondance, 178.
+
+_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquee sous Charles VII, a
+l'imitation des Pays-Bas.
+
+PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.
+
+_Pleige_, caution, repondant. 33.
+
+_Plet_, voy. _Plait_.
+
+_Plombee_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)
+
+_Plours_, pleurs. 144.
+
+_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
+resolument dans un parti.
+
+POICTOU, 62.
+
+_Poirre_, peter. 64, v. 1.
+
+_Poise_, pese, tourmente, 101, 163, 179.
+
+_Poisle_, poele, 48.
+
+PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.
+
+PONTHOISE, 101.
+
+PONTHIEVRE. Penthievre. 152.
+
+PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
+Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
+siecle. Il avait ecrit plusieurs ouvrages qui furent condamnes
+par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
+heresies et faire amende honorable. (P. L.)
+
+POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir etait au bout du Pont-Neuf,
+vis-a-vis la rue Thibautaudez. On a demoli de nos jours une
+voute qui conduisait a cet abreuvoir, ou les truands et les
+mauvais garcons se reunissaient, au moyen age, avec les ribaudes
+et les bohemiennes. (P. L.)
+
+POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.
+
+POMPEE, 120.
+
+_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.
+
+_Pou_, peu, 82, 146.
+
+_Poulaille_, volaille. 64, 151.
+
+_Poulce_, 173. "Jouer du poulce", donner de l'argent.
+
+_Pour-demain_, apres-demain. 161.
+
+_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.
+
+_Pour ce que_, parce que.
+
+_Pourchasser_, poursuivre, procurer.
+
+_Pourmener_, promener. "Pourmene de l'uys au pesle" (p. 48),
+promene de la porte au poele, du froid au chaud; lanterne.
+
+_Pourpenser (se)_, penser, decider a par soi.
+
+POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras etait, je
+pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+hotellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
+maquerelle publique qui avait ete rasee au pilori, fouettee et
+chassee de la ville. (P.L.)
+
+_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'etait un
+des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)
+
+_Pourtraicte_, formee. 106.
+
+_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.
+
+_Poylette_, petite poele. 77.
+
+POYSSONNERIE (la), a Paris. 187.
+
+POYTOU, 185. voy. POICTOU.
+
+PRAGMATIQUE SANCTION. 166.
+
+_Prebende_, charge, comme d'une prebende.
+
+_Premier_, premierement, d'abord, 53, v. 9.
+
+_Prescheur_, celui qui preche, predicateur. 32.
+
+_Prescripre_, transcrire (?). 93.
+
+_Preudhommye_, prud'homie. 142.
+
+PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.
+
+PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'etait le chef electif de la confrerie
+joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maitre des jeux_ de cette
+association dramatique. On le nommait tous les ans a la fete de
+mai, et ses suppots etaient tenus de lui obeir pendant toute la
+duree de ses pouvoirs. (P.L.)
+
+_Proces_, actes, pieces de procedure. 204.
+
+_Prochas_, recherche. 165.
+
+PROSERPINE, 122.
+
+Prou, assez. 170.
+
+PROVINS, 50, 88.
+
+_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remede.
+
+_Prunier_ "En qu'en son prunier n'a pas creu" (p. 38, v. 23),
+qui n'est pas de son invention, de son cru.
+
+PSALMISTE (_le_) David. 107.
+
+Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
+meam_, etc. Le verset septieme, qui servait de priere a Villon
+quand il faisait des voeux pour l'eveque d'Orleans, est ainsi
+concu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
+alter_. "Que les jours de sa vie soient reduits au plus petit
+nombre, et que son eveche passe a un autre. "C'est le sens que
+le poete donne au mot _episcopatum_. (Pr.)
+
+_Puis_, depuis.
+
+----------Q----------
+
+_Quanque_, ce que, 153.
+
+_Quant de, quant est de_, a l'egard de, quant a. 23, 32, 102.
+
+_Quantz_, combien de. 167.
+
+_Ouars et dix_ (112), taxes et dimes. (P.L.)
+
+_Que_, a, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.
+
+_Queloingne_, quenouille. "Autre que moy est en queloingne" (p.
+9, v. 10), signifie que Villon a ete supplante aupres de sa
+maitresse.
+
+_Querir, querye_, chercher.
+
+_Qui_, ce qui. "Qui n'esteit a moy grand saigesse." (P. 39, v.
+18.)
+
+_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.
+
+_Quiers_, veux, cherche a. P. 46.
+
+_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hopital fonde par
+Saint-Louis pour trois cents aveugles.
+
+_Quoy_, tranquille, en repos. 30.
+
+----------R----------
+
+_R'abiller_, reparer, remettre en etat, 1.
+
+_Racoustre_, raccoutre, repare. 2.
+
+RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.
+
+RAGUYER (_Jean_), 61, 97.
+
+_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.
+
+_Railler_, faire le metier de bouffon, 87.
+
+_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon etait une espece de fleche
+triangulaire. (P.L.)
+
+_Raimasser_ (?), 167.
+
+_Raine_, rainette. 77.
+
+_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
+traduit par _rameaux, fagots_. "Les fagots, dit-il, etaient
+empiles de chaque cote des vastes cheminees du XVe siecle. On
+s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
+pieds."
+
+_Ralias, rallias, ralyas_, festin, regal. 82, 205.
+
+_Ramenteu_, rappele, rememore.
+
+_Ramentevoir_, rappeler. 82.
+
+_Ranguillon_, ardillon. 100.
+
+_Rappeau_, nouvel appel. 86.
+
+_Ravis_, enrages. "A loups ravis grosse pasture", 176, v. 8.
+
+_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en evidence.
+
+_Reau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
+1470. (P. L.)
+
+_Reagal_, 76. Espece d'arsenic rouge. (P. L.)
+
+_Rebours_, 106, ce qui rebute.
+
+_Rebourse_, reveche, 203.
+
+_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.
+
+_Rebrasses colletz_, 33, collets fort hauts et bien plisses
+(Pr.).--Collets bordes de fourrures. (P. L.)
+
+_Recipe_, 76, ordonnance de medecin.
+
+_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23
+
+_Recorder_, rappeler, 79.
+
+_Recors (etre)_, se rappeler. 88.
+
+RECOUVRER, rendre. "Et que vie me recouvra." 24, v. 18.
+
+_Recreu_, fatigue, lasse. 38, l65.
+
+_Recueil_, accueil, 137.
+
+_Recullet (en)_, dans un coin, accule. 113.
+
+_Reer_ (95, v. 9), raser, racler.
+
+_Refrigere_, rafraichissement. 52.
+
+REIMS, 45.
+
+_Relaiz_, ressource. 9.
+
+_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
+autorisait un officier a toucher ses appointements echus pendant
+son absence. (P. L.)
+
+_Remaine_, reste. "Que le refrain ne vous remaine." (P. 35, v.
+3.)
+
+_Remain_ reste, 10
+
+_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.
+
+_Reminer_, considerer. 17.
+
+_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)
+
+_Renchere_, 192. Pr. suppose que c'est le baton dont on se sert
+pour porter deux sceaux, un a chaque bout.
+
+RENE (d'Anjou), roi de Sicile. 74.
+
+RENES, Rennes, 37.
+
+_Repaistre_, manger, se regaler.
+
+_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.
+
+_Reprouche_, chose reprehensible. 103.
+
+_Repues franches_, repas qui ne coutent rien.
+
+_Requerir_, querir, chercher a nouveau. 192.
+
+_Requoy (en), a requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.
+
+_Resceans_ (?), 170.
+
+_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)
+
+_Rescrire_, ecrire, rapporter, 27.
+
+_Resiner_, resigner. "Pour leurs offices resiner" (p. 205), pour
+prendre conge et regler leurs comptes.
+
+_Respit_, repit, repos. 30.
+
+_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)
+
+_Retraict_, retire. 41, 113.
+
+_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.
+
+_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prevaloir. 28--_Eux
+revencher_, se venger. 67.
+
+_Revenue_, retour. 192.
+
+_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'epluchure.
+
+_Rez_, rase. 95, v. 8.
+
+_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
+_ribaldi_. (P.L.)
+
+_Ribleur_, voleur de nuit. 98.
+
+RICHER (_Pierre_), 71.
+
+RICHIER (_Denis_), 63.
+
+_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.
+
+_Riotte_, querelle, dispute. 98.
+
+RIOU (_Jean_), 65.
+
+_Risse_, rirais. 58.
+
+ROBERT, 50.
+
+ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.
+
+ROLLANT, 157.
+
+ROMAN DE LA ROSE, 25.
+
+ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
+s'attribue.
+
+ROME, _Romme_. 81, 121.
+
+RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
+localite de ce nom dans le departement de l'Oise.
+
+ROSE, 56.
+
+ROSNEL, 74.
+
+_Rottes_, vents qui s'echappent de l'estomac. 98.
+
+_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.
+
+_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres etaient
+roules. (P.L.)
+
+_Roupieux_, desappointe, avec un pied de nez. 205.
+
+ROUSSILLON, 99.
+
+_Route_, bande, troupe. 148.
+
+_Royaulx_, p. 169, Ecus d'or.
+
+_Royne_, reine.
+
+_Ru_, ruisseau. Battu "comme a ru telles" (p. 46), comme le
+linge qu'on lave.
+
+_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis legues par Villon
+aux soldats du guet (13, v. 23) etaient des rubis de taverne.
+
+RUEL, 86.
+
+RUEL (_Jehan de_), 74.
+
+_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.
+
+_Run_, ruine. 166.
+
+_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.
+
+_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.
+
+_Rymer_, 87, faire des vers.
+
+_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.
+
+----------S----------
+
+_Sa jus_, ici bas. 105, 108.
+
+_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.
+
+_Sadinet_, la nature de la femme. 40.
+
+_Saillir_, sortir. 27, 103.
+
+_Sainctir_, devenir saint. 185.
+
+SAINT-AMANT, 60.
+
+SAINT ANDRE, 107.
+
+SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.
+
+S. CRISTOFLE, 74.
+
+S. DENIS, p. 157. Le cri des Francais etait _Montjoie S. Denis_;
+celui des Bretons etait _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)
+
+S. DOMINIQUE. 90. "Les Freres Precheurs, ordre institue par
+saint Dominique, etaient charges de l'inquisition en France."
+(Pr.)
+
+S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.
+
+SAINCT-GENOU, 62.
+
+S. GEORGES, 68, 151, 158.
+
+S. GILLE, 207.
+
+S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.
+
+S. JACQUES, 158.
+
+S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.
+
+S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.
+
+SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.
+
+S. MARTIAL, 24.
+
+S. MARTIN, 158.
+
+S. MATHIEU, 218.
+
+SAINCT OMER, 45.
+
+S. PIERRE, 162.
+
+S. PIERRE DE ROME, 189.
+
+S. PIERRE DES ARSIS, eglise situee dans la Cite. 215.
+
+S. REMY DE RAINS, 190.
+
+SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.
+
+S. VICTOR, 122.
+
+S. YVES, voy. S. Denis.
+
+SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut etre enterre dans cette
+eglise parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
+rez-de-chaussee. Elle etait au second etage.
+
+Ste BARBE, 152.
+
+_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.
+
+_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crete,
+espece de pot de fer. (P.L.)
+
+SALINS, 37, 70.
+
+SALMON, Salomon, 45, 114.
+
+SAMSON, 45.
+
+_S'amye_, son amie, sa maitresse.
+
+SANCERRE, 57.
+
+SANG. Le sang menstruel servait a faire des philtres et autres
+breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
+v. 11 et 12.
+
+_Sans_, cens, c'est-a-dire rente, revenu. P. 72, v. 3.
+
+_Saqueboute_, sorte d'epieu. 148.
+
+_Sarazinoys_, d'Orient. "Gingembre sarazinois." 64.
+
+SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
+sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crete, et
+plus tard vecut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
+satisfaisante.
+
+SARDANAPALUS, 122.
+
+SATURNE, 14.
+
+_Saulsoye_, lieu plante de saules, arbres qui ne portent point
+de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon legue "le
+gland d'une saulsoye". (P. 12, v. 10).
+
+_Scarbot_, escarbot. 84.
+
+_Scotiste_, ecossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
+d'Ecosse qui avait la moitie de la face vermeille, c'est-a-dire
+une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), etait Jacques II, mort en
+1460.
+
+SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.
+
+_Se_, si. L'e s'elidait souvent: "S'evesque il est, seignant les
+rues" (21 v. 7).
+
+_Seigner_, benir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).
+
+_Seigneurier_, dominer. 102.
+
+_Sejour_ "Prebstre sans sejour" (p. 186) peut s'entendre de deux
+facons: sans cure et sans residence; sans loisir et sans repos.
+(P. L.)
+
+_Senestre_, gauche.
+
+_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.
+
+_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siege du sentiment. (P. L.)
+
+_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.
+
+_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.
+
+_Sequentement_, en suivant. 160.
+
+_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.
+
+_Serain_, soir. 48.
+
+_Sereine_, Sirene. 34.
+
+_Serf_. Ce mot sert de pretexte a une equivoque. "Je ne suis son
+serf ne sa biche" (21. V 12).
+
+SERGENTS, 63. Le prevot de Paris avait deux compagnies de
+sergents a pied et a cheval, composees de 110 hommes chacune, et
+ayant leurs corps de garde aux barrieres de la ville. (P. L.)
+
+_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.
+
+_Servans_, serfs, serviteurs. "Aussi bien meurt filz que
+servans" (p. 36, v. 18) signifie: Les maitres meurent aussi
+bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
+serfs.
+
+_Ses_, ces. 8.
+
+_Seur_, sur. 71, 142.
+
+_Si_, ainsi, oui, en effet.
+
+_Similative (faculte)_, faculte d'imiter. 18.
+
+SIMON MAGUS, 122.
+
+_Simplesse_, simplicite, ignorance. 106.
+
+_Sires_, seigneurs. 37.
+
+_Sist_, assit, 202.
+
+_Sollier_, plancher. 94.
+
+_Some_, auguste[1]. 108
+
+_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.
+
+_Somme_, en somme. 51.
+
+_Somme_, compter, 118.
+
+_Sommet_, tete. 84.
+
+SORBONNE. "Je ouis la cloche de Sorbonne" (p. 17, v. 20).
+Ce vers ne prouve pas que Villon etait dans les prisons de
+l'Universite, puisqu'il est certain qu'il etait libre lorsqu'il
+composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
+le voisinage de la Sorbonne.
+
+_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.
+
+_Sot_, bouffon, comedien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.
+
+_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.
+
+_Sonffrette_, disette. 82.
+
+_Souffreteux_, pauvre diable, miserable. 206.
+
+_Soulas_, plaisir, joie. 122.
+
+_Souldre_, regler, resoudre. 102.
+
+_Souldure_, liaison, union. 8.
+
+_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'etait un ballon avec lequel
+on jouait a la _soulle_. Le mot doit etre prononce _souillon_,
+et n'a pas besoin d'etre explique. On le retrouve p. 120.
+
+_Souloir_, avec coutume.
+
+_Soustenance_, soutien. 144.
+
+_Soustenir_, porter. 208.
+
+_Souventesfoys_, souvent. 32.
+
+_Soyer_, scier. 119.
+
+_Submectre_, soumettre. 67.
+
+_Substantement_, nourriture, soutien. 106.
+
+_Sumer_, semer. 74, v. 16.
+
+_Sur_, chez, 13, v. 17.
+
+_Surcot_, manteau.
+
+_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.
+
+_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.
+
+_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.
+
+SUYSSES, 171.
+
+_Sydere_, astre. 32.
+
+----------T----------
+
+TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.
+
+_Tabart_, manteau.
+
+_Tachon_, instrument servant a chasser les mouches. 11.
+
+TACOT (_Colas_), 97.
+
+_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.
+
+TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, "grand cuisinier du roy
+de France", eut plusieurs editions au quinzieme siecle et au
+commencement du seizieme.
+
+_Talemouze_, sorte de patisserie. 63.
+
+_Tancer, tencer_, disputer.
+
+TANTALUS, Tantale. 122.
+
+TARANNE (_Charlot_), 72.
+
+_Targe_, 70. La targe etait une ancienne monnaie de Bretagne,
+ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
+revers portait une _targe_, ou bouclier echancre. (P.L.)
+
+_Tarny_, terni, use. 172.
+
+_Tauxer_, taxer, imposer. 166.
+
+_Tayon_, oncle. 36.
+
+_Telles_, toiles. 46, v. 24.
+
+TEMPLE (_la closture du_), a Paris. 61.
+
+_Tencer_, v. _tancer_.
+
+_Tenir_, posseder des biens sous la suzerainete de quelqu'un:
+"Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche" (21, v. 10).
+
+_Tenne_, 37, ennuye, tourmente. Cette expression s'emploie
+encore dans le langage familier.
+
+_Terrien, terrienne_, terrestre.
+
+_Tettes_, mamelles. 41.
+
+THAIS, 34. Courtisane celebre, qui vivait a Athenes vers le
+milieu du quatrieme siecle. (Pr.)
+
+THAMAR, 46.
+
+THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Theophile_, par Gautier de
+Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.
+
+
+THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.
+
+_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.
+
+_Ticquet_, loquet (?), 169.
+
+_Tieulx_, tels. 16.
+
+_Tocquer_, toucher. 175.
+
+_Tollu_, pris, ote. 39.
+
+_Tor_, taureau. 122.
+
+_Tostee_, pain trempe dans du vin. 79.
+
+_Touaille_, serviette, piece de toile. 29.
+
+_Toult_, ote, enleve. 108.
+
+_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.
+
+_Tourbes_, foule. 107.
+
+_Toute jour_, toute la journee. 44.
+
+_Trac_, trace, train. 199.
+
+_Tracer_, suivre a la piste. 31.
+
+_Trahistre_, traitre, mechant. 98.
+
+_Traicte_, tiree, extraite. 106.
+
+_Traictis_, joli. 40.
+
+_Traire_, tirer. 157.
+
+_Transglouti_, englouti. 122.
+
+_Transmue_, change. 121.
+
+_Transy_, trepasse. 103.
+
+_Trasse_, trace, piste. 176.
+
+_Trasser_, suivre a la piste, poursuivre. 176.
+
+_Travail_, souffrance, peine, adversite. 25, 115.
+
+_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.
+
+_Tresbucher_, tomber, l55.
+
+_Trespercer_, transpercer. 8, 154.
+
+_Tressuer_, tressaillir. 192.
+
+_Trestous_, tous.
+
+_Trestout_, tout, entierement.
+
+_Tretisses_, voy. _traictiss_.
+
+_Treuver_, trouver. 36.
+
+TRISTAN, prevost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
+l'Ermite, prevot de l'hotel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)
+
+TROILE (74), fils de Priam et d'Hecube, fut tue par Achille au
+siege de Troie. (P.L.)
+
+_Trompille_, trompe, trompette. 154.
+
+_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.
+
+TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
+c'etait un jeu de paume.
+
+_Trousse_, carquois. 173.
+
+TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.
+
+_Trousser au col_, emporter sur les epaules. 11.
+
+TROYENS, 122.
+
+TROYS, Troyes. 45.
+
+TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Chatelet un peu plus
+commode que les autres, peut-etre. (Pr.)
+
+_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.
+
+_Trumellieres_, porte-manteau, accroche au _trumeau_, partie de
+mur entre deux fenetres, 11.
+
+_Truys_, trouve. 144.
+
+_Tumbel_, tombeau. 94.
+
+TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.
+
+TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, heretiques du treizieme et du
+quatorzieme siecle, qui s'appelaient eux-memes la _Confrerie des
+pauvres_, et qui n'etaient pas plus orthodoxes en matiere de
+morale qu'en matiere de religion. On a designe quelquefois sous
+ce nom les ordres mendiants des deux sexes.
+
+TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.
+
+_Tyran_, tyran. 78.
+
+----------U----------
+
+_Unes_, une paire de. "Et unes houses de basane." P. 73. v. 7.--"Unes
+brayes breneuses." P. 77.
+
+_Uys_, porte. 48.
+
+----------V----------
+
+_Vacquerie_, vicairie. 68.
+
+VALENCIENNES, 81.
+
+VALERE LE GRAND, Valere Maxime. 27.
+
+_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.
+
+VALLETTE (_Jehan_), 63.
+
+_Varlet_, garcon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.
+
+_Vaulsist_, valait, 26.
+
+VAUSELLES (_Katherine de_), 46.
+
+VAUVERT (le diable de). L'opinion commune etait que les diables
+habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
+rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)
+
+_Vecy_, voici.
+
+_Veez_, voyez. 136.
+
+_Vela_, voila.
+
+_Venerieux_, relatif a l'amour. "A tous les Dieux venerieux."
+(P. 8, v. 7.)
+
+_Vent (avoir le)_, 173, etre favorise de la fortune. On dit
+aujourd'hui: Avoir vent en poupe.
+
+_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.
+
+VENUS, 122
+
+_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.
+
+_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-etre faut-il lire: "Gorgias,
+sur le hault vestu."
+
+_Vers_, envers. 24.
+
+VICESTRE, 12, 73. Le chateau de Bicetre. Il etait en ruines du
+temps de Villon.
+
+_Viellart_, vieillard. 69.
+
+_Vielle_. "Ma vielle ay mys soubz le banc", p. 48, veut dire:
+j'ai renonce au jeu, j'ai quitte la partie.
+
+VIENNE en Dauphine. 37.
+
+VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
+n'etait pas le pere du poete, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son "plus que pere", parle de lui, dans le _Grand Testament_
+(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui legue sa
+bibliotheque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son pere
+est mort, M. Nagel s'est attache a prouver qu'il n'etait meme
+pas son parent, d'ou la conclusion que le poete aurait adopte le
+nom de Villon pour faire honneur a son maitre et protecteur.
+Il se fonde particulierement sur le huitain IX du _Petit
+Testament_, ou Francois dit que sa renommee _bruit_ en faveur du
+nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, ou
+il se plaint qu'il est abandonne des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les temoignages de reconnaissance qu'il prodigue a
+Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
+pourrait objecter neanmoins qu'en se disant abandonne du moindre
+des siens, tout en parlant comme il le fait des bontes que
+Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
+l'exception confirme la regle. Quant a l'honneur que sa renommee
+devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
+fut ou non de la famille du poete: le resultat etait le meme
+pour lui.
+
+_Villotieres_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.
+
+_Vin de buffet_, vin commun et frelate. 65.
+
+_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
+qu'on emporte dans l'endroit ou il doit etre bu. C'est ainsi
+qu'on s'en procurait generalement au moyen age. Voy. _Ancien
+theatre francais_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
+vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.
+
+Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
+207.--Morillon (rouge). 100.
+
+_Vis_, visage. 40.
+
+_Vivre d'avantage_, vivre sans rien debourser, aux depens
+d'autrui.
+
+_Vo_, votre. 86.
+
+_Voir_, vrai. 28.
+
+_Voire_ (95, v. 17), verre.
+
+_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.
+
+_Volse_, aille. 22.
+
+VOLLANT, 196.
+
+_Vouillies_, veuillez 55.
+
+_Voulente_, volonte.
+
+_Voulsisse_, voulusse. 147.
+
+_Voulsist_, voulut. 33, 191.
+
+_Voult_, voulut. 99
+
+_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arques, bien plantes. (P. 40.)
+
+_Voyse_, aille. 64.
+
+_Vueil_, voeu. 75, v. 9.
+
+_Vueil_, veux. 22.
+
+----------Y----------
+
+Y, il. "Cy scay bien comment y m'en va." 108.
+
+_Ydoine_, propre, _idoneus_.
+
+_Ypocras_, vin sucre et epice. 78, 198
+
+_Ysnel_. prompt, alerte. 74.
+
+YTHIER, 59.
+
+Yver, hiver. 85.
+
+YVON, prenom commun en Bretagne. 157.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIERES
+
+ Pages
+
+PREFACE.... V
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII
+
+CLEMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1
+
+MAROT AU ROY FRANCOIS Ier.... 5
+
+LE PETIT TESTAMENT.... 7
+
+LE GRAND TESTAMENT.... 21
+
+Ballade des Dames du temps jadis.... 34
+
+Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35
+
+Ballade en vieil francois.... 36
+
+Les Regrets de la belle Heaulmiere.... 39
+
+Ballade de la belle Heaulmiere.... 42
+
+Double Ballade sur le meme propos.... 45
+
+Ballade que Villon fait a la requeste de sa mere, pour prier
+Nostre Dame.... 55
+
+Ballade de Villon a s'amye.... 57
+
+Lay ou plustost Rondeau.... 59
+
+Ballade et oraison.... 69
+
+Ballade que Villon bailla a un gentilhomme .... 74
+
+Ballade.... 76
+
+Ballade intitulee: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78
+
+Ballade des femmes de Paris.... 80
+
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83
+
+Belle lecon de Villon aux enfans perduz.... 86
+
+Ballade de bonne doctrine a ceux de mauvaise vie .... 87
+
+Lays.... 90
+
+Rondeau.... 95
+
+Ballade par laquelle Villon crye mercy a chascun.... 98
+
+Ballade pour servir de conclusion.... 99
+
+POESIES DIVERSES:
+
+Le quatrain que feit Villon quand il fut juge a mourir.... 101
+
+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
+compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101
+
+La requeste de Villon a la Cour de Parlement .... 103
+
+Ballade de l'appel de Villon.... 104
+
+Le Dit de la naissance Marie.... 105
+
+Double Ballade.... 107
+
+Ballade Villon.... 110
+
+Epistre en forme de Ballade, a ses amis.... 111
+
+Le Debat du cueur et du corps de Villon.... 113
+
+La Requeste que Villon bailla a Monseigneur de Bourbon.... 115
+
+Ballade des proverbes.... 116
+
+Ballade des menus propos.... 117
+
+Ballade des povres housseurs.... 119
+
+Probleme ou Ballade au nom de la Fortune .... 120
+
+Ballade contre les mesdisans de la France.... 121
+
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre Francois Villon.... 124
+
+POESIES ATTRIBUEES A VILLON:
+
+I. Rondel.... 133
+
+II. Rondel.... 133
+
+III. Rondel.... 134
+
+IV. Rondel.... 135
+
+V. Rondel.... 135
+
+VI. Rondel.... 136
+
+VII. Rondel.... 136
+
+VIII. Rondel.... 136
+
+IX. Rondel.... 137
+
+X. Rondel.... 138
+
+XI. Rondel.... 139
+
+XII. Rondel.... 139
+
+XIII. Rondel.... 140
+
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140
+
+XV. Rondel.... 141
+
+XVI. Ballade.... 142
+
+XVII. Ballade morale.... 143
+
+XVIII. Ballade.... 144
+
+XIX. Ballade.... 145
+
+XX. Ballade.... 146
+
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147
+
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150
+
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164
+
+XXIV. Les Repeues franches de Francois Villon et de ses
+compagnons.... 178
+
+_Ballade de l'Acteur_.... 182
+
+_Ballade des Escoutans _.... 183
+
+_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186
+
+La maniere d'avoir du poisson.... 187
+
+La maniere d'avoir des trippes.... 190
+
+La maniere d'avoir du pain.... 191
+
+La maniere d'avoir du vin.... 192
+
+La maniere d'avoir du rost.... 194
+
+_Seconde Repeue, de l'Epidemie_ .... 195
+
+_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199
+
+_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206
+
+_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210
+
+_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212
+
+_La septiesme Repeue, faicte aupres de Montfaulcon_.... 215
+
+NOTES....
+
+GLOSSAIRE-INDEX....
+
+
+
+ADDITIONS ET CORRECTIONS.
+
+Le nom de M. CAMPAUX est partout ecrit par erreur CAMPEAUX.
+
+Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
+acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-etre le nom du gentilhomme
+pour qui cette piece fut composee.
+
+L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
+acrostiche le nom de Villon.
+
+_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffee de ses cheveux.
+
+Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
+contusions, des _bleus_.
+
+_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: "a
+cotes, comme des pois chiches".
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres completes de Francois Villon
+by Francois Villon
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK OEUVRES DE FRAN‡OIS VILLON ***
+
+***** This file should be named 12246.txt or 12246.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/2/2/4/12246/
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and PG
+Distributed Proofreaders. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliotheque nationale de France
+(BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
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+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
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+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
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+electronic works
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+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
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+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
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+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
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+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
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+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
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+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
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+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
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+License terms from this work, or any files containing a part of this
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+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
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+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
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+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
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+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
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+your written explanation. The person or entity that provided you with
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
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+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
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+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
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+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's
+eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII,
+compressed (zipped), HTML and others.
+
+Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over
+the old filename and etext number. The replaced older file is renamed.
+VERSIONS based on separate sources are treated as new eBooks receiving
+new filenames and etext numbers.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+EBooks posted prior to November 2003, with eBook numbers BELOW #10000,
+are filed in directories based on their release date. If you want to
+download any of these eBooks directly, rather than using the regular
+search system you may utilize the following addresses and just
+download by the etext year.
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+
+ (Or /etext 05, 04, 03, 02, 01, 00, 99,
+ 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90)
+
+EBooks posted since November 2003, with etext numbers OVER #10000, are
+filed in a different way. The year of a release date is no longer part
+of the directory path. The path is based on the etext number (which is
+identical to the filename). The path to the file is made up of single
+digits corresponding to all but the last digit in the filename. For
+example an eBook of filename 10234 would be found at:
+
+ https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234
+
+or filename 24689 would be found at:
+ https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689
+
+An alternative method of locating eBooks:
+ https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL
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+