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@@ -0,0 +1,12048 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***
+
+OEUVRES COMPLÈTES
+
+DE
+
+FRANÇOIS VILLON
+
+
+
+
+
+SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES
+ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE
+
+MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE
+PAR M. PIERRE JANNET
+
+[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numéros de pages du document
+original ont été conservés pour faciliter l'identification
+des nombreuses références qu'on trouve dans les Notes et le
+Glossaire-Index, à la fin du texte.]
+
+
+
+PRÉFACE [P. V]
+
+
+On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en
+dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser
+de décrire, après tant d'autres[1], cette existence peu
+édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des
+poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est
+la clef de ses oeuvres.
+
+[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de François Villon_, par
+Guillaume Colletet, en tête des oeuvres de Villon, édition
+de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854,
+in-16;--le _Mémoire_ de M. Prompsault, en tête de son édition
+de Villon, Paris, 1832, in-8;--_François Villon, Versuch einer
+kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von
+Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le
+plus complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur
+ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_François
+Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris,
+Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon,
+excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poètes
+Français_, recueil publié sous la direction de M. Eugène Crépet,
+Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.]
+
+François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce
+que Fauchet, dans son traité _de l'Origine des chevaliers_,
+imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa
+bibliothèque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la
+naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des
+conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements
+fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour
+expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et
+Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je
+crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres,
+qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification
+maladroite de l'épitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur
+une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_
+à celui de _Villon_, que notre poète se donne lui-même en vingt
+endroits de ses oeuvres [4].
+
+[Footnote 2: Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des
+oeuvres de Villon:
+
+_Je suis Françoys, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon
+surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé
+Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul
+poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point
+bel._
+
+L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce
+vers de Villon:
+
+_Né de Paris emprès Pontoise;_
+
+C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est
+en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la
+composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait
+probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et
+certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont
+les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les
+huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec
+le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le
+septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne
+pensent jamais à tout.]
+
+[Footnote 3: Voy. p. 101.]
+
+[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.]
+
+Les parents de Villon étaient pauvres[5]. Sa mère était [P. VII]
+illettrée[6]; son père était vraisemblablement un homme de
+métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un
+ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7].
+
+[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.]
+
+[Footnote 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.]
+
+[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.]
+
+Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition
+de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente
+les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les
+misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements
+certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les
+progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de
+maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus
+tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais
+ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant
+d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas
+le grade de maître en théologie, but suprême des études du
+temps[8].
+
+[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et
+LXXII (p. 52.)]
+
+En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés
+à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact
+avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus
+d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre.
+Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues
+franches_, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un
+de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons
+ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de
+mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à [P. VIII]
+fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas
+les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler
+_des bons tours_; mais ils étaient sur une pente glissante, et
+la justice n'entendait pas raillerie.
+
+[Footnote 9: _C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient
+point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme
+diligent._ (P. 190.)]
+
+Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec
+elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé
+de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par
+ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir
+jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une
+manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour.
+
+Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes
+perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne
+l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai,
+l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion,
+c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers
+noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une
+femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble
+damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle
+l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il
+s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils
+fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et
+qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle,
+lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX]
+peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau
+bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait
+volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la
+juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et
+bien condamné au fouet[16].
+
+[Footnote 10: Page 83.]
+
+[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en
+maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux
+reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy.
+les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV à LIX du
+_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59,
+etc.]
+
+[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit
+preste d'escouter, etc._ (P. 47.)]
+
+[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et
+renié_. (P. 48.)]
+
+[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI à CX du _Grand
+Testament_.]
+
+[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je
+l'avoye mauldite_. P. 69.]
+
+[Footnote 16: La sentence fut exécutée. La _Double ballade_ de
+la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard: _J'en fus batu,
+comme à ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)]
+
+C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter
+Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donné depuis le
+titre de _Petit Testament_.
+
+Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers.
+Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses
+relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs.
+C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri
+par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit
+sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de
+sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et
+le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de
+l'eau[17], le condamnait à mort. On ignore le motif de cette
+condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à
+Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns
+furent pendus[18]. Cette supposition paraît fondée. Quant au
+crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême [P. X]
+gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon
+devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux.
+
+[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de
+la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre à celle
+escorcherie_.]
+
+[Footnote 18: Voy. la _Belle leçon aux enfans perduz_, p. 86, et
+le _Jargon_, p. 125.]
+
+Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est
+vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela
+de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du
+moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une
+princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du
+père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince
+intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du
+bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il
+adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant
+que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter
+Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître
+des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette
+princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le
+Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M.
+Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de
+Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du
+poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux
+a clairement démontré que cette opinion était fondée.
+
+A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de
+l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461.
+A cette époque nous le trouvons dans les prisons de
+Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque
+d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui
+supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas
+pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du
+ressort des juges séculiers. Dans le _Débat du coeur et du
+corps de Villon_, composé dans sa prison, le poète attribue sa
+détention à sa _folle plaisance_.
+
+Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque [P. XI]
+propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_
+sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop
+scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la
+répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de
+croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car
+Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet,
+qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait
+jugé _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune
+contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette
+mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses
+protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon.
+
+Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de
+Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à
+l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue
+contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le
+conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis
+XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans
+l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce,
+ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux
+avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une
+ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt
+porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut
+personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du
+roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît
+justifier cette supposition [19].
+
+[Footnote 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon
+était Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans
+examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée,
+je me bornerai à faire remarquer que Charles VII mourut
+à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461,
+précisément au moment où Villon était dans la prison de
+Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa _tout un été_ (p.
+21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.]
+
+En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins
+en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII]
+intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de
+sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup
+plus tard.
+
+Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps;
+mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur
+lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480
+et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant
+aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai,
+Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon,
+rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités
+dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit
+qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en
+Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi
+Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon
+respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui
+me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de
+la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est
+inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le _Petit
+Testament_, il annonce qu'il va à Angers [21]; il en revenait
+peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le _Grand Testament_,
+il dit qu'il «parle un peu poictevin [22].» La _Ballade Villon_
+(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il séjourna
+quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers
+de la page 111: [P. XIII]
+
+_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._
+
+autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces
+charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le _Dit de
+la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement échappé au
+dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles
+d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque
+temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465.
+
+[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relevé
+deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se
+trouver à la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trône qu'en
+1483, et le médecin Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre
+que sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII.]
+
+[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157,
+v. 12: «Ma mère fut née d'Anjou;» mais cela ne prouverait rien,
+même quand il serait démontré que ce monologue est de Villon.]
+
+[Footnote 22: Page 62.]
+
+Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui
+lui faisait de «gracieux prêts [23].»
+
+Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que
+«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à
+Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien,
+abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple,
+entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin
+[24].» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi
+ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se
+représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du
+besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques,
+auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander
+son pain [25].
+
+[Footnote 23: P. 115, v. 6.]
+
+[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, édition Burgaud des Marets
+et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joué au
+sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien
+son Villon, mais dont le dénoûment cruel a pu être inventé par
+Rabelais, qui n'aimait pas les moines.]
+
+[Footnote 25: On croit que Villon donna des représentations
+dramatiques à Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de
+troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des
+Pays-Bas.]
+
+En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on
+est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça
+pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y
+avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV]
+Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et
+de respect pour sa mère [26], de reconnaissance pour quiconque
+l'a secouru [27], de vénération pour ceux qui ont fait de
+grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable
+qu'elle était rare en ce temps-là [28]; il regrette les erreurs
+de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé [29]; voilà
+qui doit lui faire pardonner bien des choses.
+
+[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p.
+55, Ballade.]
+
+[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22,
+58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orléans,
+p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.]
+
+[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34:
+
+_Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois brulèrent à Rouen_,
+
+lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit
+des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et
+les Anglais avaient en France de nombreux partisans.]
+
+[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.]
+
+Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète
+[30]! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il
+vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie
+tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui
+régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la
+poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps.
+Il fut le premier poète _réaliste_. Que l'on compare avec ses
+autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la
+poétique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera
+point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait [P. XV]
+pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens
+s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût
+certainement plus perdu que gagné.
+
+[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme
+une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur
+Aristote._ (P. 25.)]
+
+M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon
+dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui
+emprunter ces quelques lignes:
+
+«... Au moment où parut Villon, la littérature française en
+était précisément à cette période de transformation; de la
+poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses
+contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire,
+s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de
+bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là,
+et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport,
+offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a
+été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta
+pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de
+ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges.
+Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta.
+Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot
+ait osé «louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne
+vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force
+partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi
+aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans
+se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme
+recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue;
+Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire;
+Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe
+siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé
+Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que
+Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et
+que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De [P. XVI]
+nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue.
+L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter,
+pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au
+texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des
+précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui
+ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc
+Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres
+encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou
+a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le
+_Journal des Savants_, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne
+_Revue française_, des pages vives, aussi justes que pleines de
+verve, qui ont été recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en
+1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel,
+ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année
+dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent
+travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être
+qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des
+alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître
+l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et
+_l'humanité_ de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce
+jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement
+le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier
+poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et
+il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes
+d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et
+complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins
+d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus
+ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la
+figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et
+ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans
+la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes [P. XVII]
+contours.»
+
+Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le _Petit
+Testament_, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces
+qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute:
+
+«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie
+populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez
+à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est
+inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que
+pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le
+savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même
+des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais
+dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en
+détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la
+ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie,
+dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie,
+la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec
+mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est
+mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout
+cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style
+suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le
+temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le
+vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un
+peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles,
+qui écrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans
+les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il
+en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une
+phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si
+légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance
+et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la
+vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et
+l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait
+et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII]
+et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle
+humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître
+qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la
+science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la
+grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans
+Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...»
+
+On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de
+Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le _Petit
+Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second
+procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres
+compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans
+fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait
+grâce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit
+entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement
+partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y
+trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement
+au _Petit Testament_. Villon ne paraît pas avoir été
+très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans
+doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils
+manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître,
+soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit
+parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît
+pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement
+lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans
+son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que
+le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit
+nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du
+_Jardin de plaisance_, dont la première édition est de 1499
+ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur
+testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on
+doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX]
+_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses
+pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on
+lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire
+des unes ni des autres qu'elles étaient de lui.
+
+M. Brunet a donné, dans la dernière édition du _Manuel du
+Libraire_, une excellente notice des éditions de Villon. La
+première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°.
+Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au
+commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8,
+est la première à laquelle on ait joint les _Repues franches_,
+le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des
+seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31].
+
+[Footnote 31: Il avait été fait antérieurement plusieurs
+éditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux éditions
+correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des
+signatures ou une pagination séparées.]
+
+L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première
+édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot.
+
+En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les
+remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau.
+
+Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye,
+avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des
+mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du
+_Mercure_ de février 1724.
+
+En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et
+laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait
+pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps.
+
+Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob,
+bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX]
+a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où
+brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur.
+
+Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des
+deux _Testaments_ d'après un manuscrit de la bibliothèque
+de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante
+publication, d'abord parce que l'impression de mon édition
+était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne
+pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté.
+
+On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention
+de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il
+avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire,
+dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé,
+en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a
+gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye.
+
+En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce
+titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection
+qu'il projetait:
+
+_L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste
+des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur
+le caractère de leurs ouvrages._
+
+Puis vient ce titre particulier:
+
+_Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les
+différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit
+de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies
+d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et
+critiques._
+
+La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son
+édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement
+du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes
+éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI]
+donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement,
+sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte
+tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le
+meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent.
+
+La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de
+1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas
+encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans
+l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies
+qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de
+mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept
+pièces tirées du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait
+publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix,
+et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont
+au moins de son école, et souvent dignes de lui.
+
+Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais
+qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A
+l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir
+autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions
+originales.
+
+A défaut des notes historiques et critiques promises par La
+Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne
+à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru
+nécessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tenté
+d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur
+les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce
+travail servira du moins de table.
+
+Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement
+mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le
+reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis
+contenté de les corriger. Je crois que cette édition [P. XXII]
+vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront
+après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner
+l'exemple de l'indulgence.
+
+P. JANNET.
+
+
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII]
+
+
+La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue
+française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive
+et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie,
+mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots
+pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le
+_Glossaire_, dont l'étendue est grande relativement à celle du
+livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il
+en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable.
+
+Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous
+rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît
+anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une
+négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela
+peut amener des observations intéressantes.
+
+Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve,
+ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la
+parisienne, _a_ pour _e_.
+
+Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, é_[33], cela prouve
+que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononçait _é_ ou
+_è_.
+
+S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV]
+_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononçait
+_j_.
+
+[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11
+et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14);
+_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.]
+
+[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec
+_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34),
+etc.]
+
+[Footnote 34 Pages 12 et 13.]
+
+S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophètes_ avec
+_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation
+parisienne.
+
+Il en est de même d'_ancien, Valérien, paroissien, rimant avec
+_an_[36].
+
+Lorsqu'il écrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il
+entend que les deux _ll_ seront mouillées, et prononcées comme
+telles, sans être précédées d'un _i_ comme en espagnol.
+
+Comment faut-il prononcer le nom de Villon?
+
+La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le
+_Problème_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun
+doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières
+syllabes du mot _paVILLON_, c'est-à-dire comme on pourra. En
+France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer
+les _ll mouillées_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards,
+_Vilion_....
+
+ _Mais bel est fol et lunaticque
+ Qui de ce fait sermon si long;
+ Peu nuit à la chose publicque
+ Se Brussiens disent_ Filon.
+ _Il ne m'en chaut gueres si l'on
+ Choisit de ces façons la pire,
+ Et bien veuil qu'on dise selon
+ Que dès pieça l'on souloit dire_.
+
+[Footnote 35: Pages 26 et 52.]
+
+[Footnote 36: P. 81.]
+
+[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.]
+
+
+
+
+CLÉMENT MAROT DE CAHORS [P.1]
+
+Varlet de chambre du Roy
+
+AUX LECTEURS.
+
+
+_Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne
+s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy
+de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poète parisien
+qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de
+la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en
+rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement,
+et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant
+ses Oeuvres, j'ai faict à icelles ce que je vouldroys estre
+faict aux miennes, si elles estaient tombées en semblable
+inconvénient. Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des
+coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en
+la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de
+l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux
+qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys advisé
+(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal
+imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand
+nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2]
+est tel_:
+
+ Or est vray qu'après plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs
+ Labeurs et griefz cheminemens
+ Travaille mes lubres sentemens
+ Aguysez ronds, comme une pelote
+ Monstrent plus que les commens
+ En sens moral de Aristote.
+
+_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement
+corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles
+impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant
+comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement_:
+
+ Or est vray qu'après plainctz et pleurs
+ Et angoisseux gemissemens,
+ Apres tristesses et douleurs,
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentements
+ Aguysa (ronds comme pelote),
+ Me monstrant plus que les comments
+ Sur le sens moral d'Aristote.
+
+_Voylà comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous
+suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que
+puys avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me
+ont esté aisez et les autres très difficiles. Toutesfoys, partie
+avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons
+vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner
+avecques jugement naturel, a esté reduict nostre Villon en
+meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages,
+et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à [P. 3]
+sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la
+quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que
+masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observé les
+vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en
+cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent
+ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit
+qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et
+qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses
+Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et ne fay double
+qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les
+Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys
+et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges
+se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses
+Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il
+fauldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir congneu
+les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire
+desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle
+industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire
+une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur telles
+choses basses et particulières. Le reste des Oeuvres de nostre
+Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne
+doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le
+temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et
+moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes
+escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et
+recueillies que jamais.
+
+Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique
+façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les
+annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant
+le reste à vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_
+le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4]
+_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres
+incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé d'icelluy
+temps.
+
+Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins
+peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de
+l'intention de l'autheur, et les trouverez expressément marquez
+de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sçauront en la sorte
+que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux
+vieulx.
+
+Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez,
+trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes,
+allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys;
+les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez.
+
+Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus
+raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament,
+d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre.
+
+Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux
+successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq.
+
+Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit
+racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant
+que, s'il estait autant navré en sa personne comme j'ay trouvé
+Villon blessé en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui
+le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira
+que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon
+souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de
+l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et
+par très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui
+s'ensuyvent._
+
+
+
+MAROT [P. 5]
+
+AU ROY FRANÇOIS Ier.
+
+ Si à Villon on treuve encor à dire,
+ S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu,
+ A moy tout seul en soit le blasme (Sire),
+ Qui plus y ay travaillé qu'entendu;
+ Et s'il est mieux en son ordre estendu
+ Que paravant, de sorte qu'on l'en prise,
+ Le gré à vous en doyt estre rendu,
+ Qui fustes seul cause de l'entreprise.
+
+ [P. 7]
+
+ LE
+ PETIT TESTAMENT
+ DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON
+
+ FAIT L'AN 1456.
+
+ Mil quatre cens cinquante et six,
+ Je, François Villon, escollier,
+ Considérant, de sens rassis,
+ Le frain aux dents, franc au collier,
+ Qu'on doit ses oeuvres conseiller,
+ Comme Vegèce le racompte,
+ Saige Romain, grand conseiller,
+ Ou autrement on se mescompte.
+
+ II.
+
+ En ce temps que j'ay dit devant,
+ Sur le Noël, morte saison,
+ Lorsque les loups vivent de vent,
+ Et qu'on se tient en sa maison,
+ Pour le frimas, près du tison:
+ Cy me vint vouloir de briser
+ La très amoureuse prison
+ Qui souloit mon cueur desbriser.
+
+ III. [P.8]
+
+ Je le feis en telle façon,
+ Voyant Celle devant mes yeulx
+ Consentant à ma deffaçon,
+ Sans ce que jà luy en fust mieulx;
+ Dont je me deul et plains aux cieulx,
+ En requérant d'elle vengence
+ A tous les dieux venerieux,
+ Et du grief d'amours allégence.
+
+ IV.
+
+ Et, se je pense à ma faveur,
+ Ces doulx regrets et beaulx semblans
+ De très decepvante saveur,
+ Me trespercent jusques aux flancs:
+ Bien ilz ont vers moy les piez blancs
+ Et me faillent au grant besoing.
+ Planter me fault autre complant
+ Et frapper en un autre coing.
+
+ V.
+
+ Le regard de Celle m'a prins,
+ Qui m'a esté félonne et dure;
+ Sans ce qu'en riens aye mesprins,
+ Veult et ordonne que j'endure
+ La mort, et que plus je ne dure.
+ Si n'y voy secours que fouir.
+ Rompre veult la dure souldure,
+ Sans mes piteux regrets ouir!
+
+ VI.
+
+ Pour obvier à ses dangiers,
+ Mon mieulx est, ce croy, de partir.
+ Adieu! Je m'en voys à Angiers, [P. 9]
+ Puisqu'el ne me veult impartir
+ Sa grace, ne me departir.
+ Par elle meurs, les membres sains;
+ Au fort, je meurs amant martir,
+ Du nombre des amoureux saints!
+
+ VII.
+
+ Combien que le départ soit dur,
+ Si fault-il que je m'en esloingne.
+ Comme mon paouvre sens est dur!
+ Autre que moy est en queloingne,
+ Dont onc en forest de Bouloingne
+ Ne fut plus alteré d'humeur.
+ C'est pour moy piteuse besoingne:
+ Dieu en vueille ouïr ma clameur!
+
+ VIII.
+
+ Et puisque departir me fault,
+ Et du retour ne suis certain:
+ Je ne suis homme sans deffault,
+ Ne qu'autre d'assier ne d'estaing.
+ Vivre aux humains est incertain,
+ Et après mort n'y a relaiz:
+ Je m'en voys en pays loingtaing;
+ Si establiz ce présent laiz.
+
+ IX.
+
+ Premièrement, au nom du Père,
+ Du Filz et du Saint-Esperit,
+ Et de la glorieuse Mère
+ Par qui grace riens ne périt,
+ Je laisse, de par Dieu, mon bruit
+ A maistre Guillaume Villon,
+ Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10]
+ Mes tentes et mon pavillon.
+
+ X.
+
+ A celle doncques que j'ay dict,
+ Qui si durement m'a chassé,
+ Que j'en suys de joye interdict
+ Et de tout plaisir déchassé,
+ Je laisse mon coeur enchassé,
+ Palle, piteux, mort et transy:
+ Elle m'a ce mal pourchassé,
+ Mais Dieu luy en face mercy!
+
+ XI.
+
+ Et à maistre Ythier, marchant,
+ Auquel je me sens très tenu,
+ Laisse mon branc d'acier tranchant,
+ Et à maistre Jehan le Cornu,
+ Qui est en gaige détenu
+ Pour ung escot six solz montant;
+ Je vueil, selon le contenu,
+ Qu'on luy livre, en le racheptant.
+
+ XII.
+
+ Item, je laisse à Sainct-Amant
+ Le Cheval Blanc avec la Mulle,
+ Et à Blaru, mon dyamant
+ Et l'Asne rayé qui reculle.
+ Et le décret qui articulle:
+ _Omnis utriusque sexus_,
+ Contre la Carmeliste bulle,
+ Laisse aux curez, pour mettre sus.
+
+ XIII. [P. 11]
+
+ Item, à Jehan Trouvé, bouchier,
+ Laisse le mouton franc et tendre,
+ Et ung tachon pour esmoucher
+ Le boeuf couronné qu'on veult vendre,
+ Et la vache qu'on ne peult prendre.
+ Le vilain qui la trousse au col,
+ S'il ne la rend, qu'on le puist pendre
+ Ou estrangler d'un bon licol!
+
+ XIV.
+
+ Et à maistre Robert Vallée,
+ Povre clergeon au Parlement,
+ Qui ne tient ne mont ne vallée,
+ J'ordonne principalement
+ Qu'on luy baille legerement
+ Mes brayes, estans aux trumellières,
+ Pour coeffer plus honestement
+ S'amye Jehanneton de Millières.
+
+ XV.
+
+ Pour ce qu'il est de lieu honeste,
+ Fault qu'il soit myeulx recompensé,
+ Car le Saint-Esprit l'admoneste.
+ Ce obstant qu'il est insensé.
+ Pour ce, je me suis pourpensé,
+ Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire,
+ De recouvrer sur Malpensé,
+ Qu'on lui baille, l'Art de mémoire.
+
+ XVI.
+
+ Item plus, je assigne la vie
+ Du dessusdict maistre Robert... [P. 12]
+ Pour Dieu! n'y ayez point d'envie!
+ Mes parens, vendez mon haubert,
+ Et que l'argent, ou la pluspart,
+ Soit employé, dedans ces Pasques,
+ Pour achepter à ce poupart
+ Une fenestre emprès Saint-Jacques.
+
+ XVII.
+
+ Derechief, je laisse en pur don
+ Mes gands et ma hucque de soye
+ A mon amy Jacques Cardon;
+ Le gland aussi d'une saulsoye,
+ Et tous les jours une grosse oye
+ Et ung chappon de haulte gresse;
+ Dix muys de vin blanc comme croye,
+ Et deux procès, que trop n'engresse.
+
+ XVIII.
+
+ Item, je laisse à ce jeune homme,
+ René de Montigny, troys chiens;
+ Aussi à Jehan Raguyer, la somme
+ De cent frans, prins sur tous mes biens;
+ Mais quoy! Je n'y comprens en riens
+ Ce que je pourray acquerir:
+ On ne doit trop prendre des siens,
+ Ne ses amis trop surquerir.
+
+ XIX.
+
+ Item, au seigneur de Grigny
+ Laisse la garde de Nygon,
+ Et six chiens plus qu'à Montigny,
+ Vicestre, chastel et donjon;
+ Et à ce malostru Changon,
+ Moutonnier qui tient en procès,
+ Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13]
+ Et coucher, paix et aise, en ceps.
+
+ XX.
+
+ Et à maistre Jacques Raguyer,
+ Je laisse l'Abreuvoyr Popin,
+ Pour ses paouvres seurs grafignier;
+ Tousjours le choix d'ung bon lopin,
+ Le trou de la Pomme de pin,
+ Le doz aux rains, au feu la plante,
+ Emmailloté en jacopin;
+ Et qui vouldra planter, si plante.
+
+ XXI.
+
+ Item, à maistre Jehan Mautainct
+ Et maistre Pierre Basannier,
+ Le gré du Seigneur, qui attainct
+ Troubles, forfaits, sans espargnier;
+ Et à mon procureur Fournier,
+ Bonnetz courts, chausses semellées,
+ Taillées sur mon cordouennier,
+ Pour porter durant ces gellées.
+
+ XXII.
+
+ Item, au chevalier du guet,
+ Le heaulme luy establis;
+ Et aux pietons qui vont d'aguet
+ Tastonnant par ces establis,
+ Je leur laisse deux beaulx rubis,
+ La lenterne à la Pierre-au-Let.,
+ Voire-mais, j'auray les _Troys licts_,
+ S'ilz me meinent en Chastellet.
+
+ XXIII. [P. 14]
+
+ Item, à Perrenet Marchant,
+ Qu'on dit le Bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est ung bon marchant,
+ Luy laisse trois gluyons de feurre
+ Pour estendre dessus la terre
+ A faire l'amoureux mestier,
+ Où il luy fauldra sa vie querre,
+ Car il ne scet autre mestier.
+
+ XXIV.
+
+ Item, au Loup et à Chollet,
+ Je laisse à la foys un canart,
+ Prins sous les murs, comme on souloit,
+ Envers les fossez, sur le tard;
+ Et à chascun un grand tabart
+ De cordelier, jusques aux pieds,
+ Busche, charbon et poys au lart,
+ Et mes housaulx sans avantpiedz.
+
+ XXV.
+
+ Derechief, je laisse en pitié,
+ A troys petitz enfans tous nudz,
+ Nommez en ce présent traictié,
+ Paouvres orphelins impourveuz,
+ Tous deschaussez, tous despourveus,
+ Et desnuez comme le ver;
+ J'ordonne qu'ils seront pourveuz,
+ Au moins pour passer cest yver.
+
+ XXVI.
+
+ Premièrement, Colin Laurens,
+ Girard Gossoyn et Jehan Marceau,
+ Desprins de biens et de parens, [P. 15]
+ Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau,
+ Chascun de mes biens ung faisseau,
+ Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx;
+ Ils mangeront maint bon morceau,
+ Ces enfans, quand je seray vieulx!
+
+ XXVII.
+
+ Item, ma nomination,
+ Que j'ay de l'Université,
+ Laisse par résignation,
+ Pour forclorre d'adversité
+ Paouvres clercs de ceste cité,
+ Soubz cest _intendit_ contenuz:
+ Charité m'y a incité,
+ Et Nature, les voyant nudz.
+
+ XXVIII.
+
+ C'est maistre Guillaume Cotin
+ Et maistre Thibault de Vitry,
+ Deux paouvres clercs, parlans latin,
+ Paisibles enfans, sans estry,
+ Humbles, bien chantans au lectry.
+ Je leur laisse cens recevoir
+ Sur la maison Guillot Gueuldry,
+ En attendant de mieulx avoir.
+
+ XXIX.
+
+ Item plus, je adjoinctz à la Crosse
+ Celle de la rue Sainct-Anthoine,
+ Et ung billart de quoy on crosse,
+ Et tous les jours plain pot de Seine,
+ Aux pigons qui sont en l'essoine,
+ Enserrez soubz trappe volière,
+ Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16]
+ Et la grace de la geollière.
+
+ XXX.
+
+ Item, je laisse aux hospitaux
+ Mes chassis tissus d'araignée;
+ Et aux gisans soubz les estaux,
+ Chascun sur l'oeil une grongnée,
+ Trembler à chière renffrongnée,
+ Maigres, velluz et morfonduz;
+ Chausses courtes, robbe rongnée,
+ Gelez, meurdriz et enfonduz.
+
+ XXXI.
+
+ Item, je laisse à mon barbier
+ Les rongneures de mes cheveulx,
+ Plainement et sans destourbier;
+ Au savetier, mes souliers vieulx,
+ Et au fripier, mes habitz tieulx
+ Que, quant du tout je les délaisse,
+ Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz
+ Charitablement je leur laisse.
+
+ XXXII.
+
+ Item, aux Quatre Mendians,
+ Aux Filles Dieu et aux Beguynes,
+ Savoureulx morceaulx et frians,
+ Chappons, pigons, grasses gelines,
+ Et puis prescher les Quinze Signes,
+ Et abatre pain à deux mains.
+ Carmes chevaulchent nos voisines,
+ Mais cela ne m'est que du meins.
+
+ XXXIII. [P. 17]
+
+ Item, laisse le Mortier d'or
+ A Jehan l'Espicier, de la Garde,
+ Et une potence à Sainct-Mor,
+ Pour faire ung broyer à moustarde,
+ Et celluy qui feit l'avant-garde,
+ Pour faire sur moy griefz exploitz,
+ De par moy sainct Anthoine l'arde!
+ Je ne lui lairray autre laiz.
+
+ XXXIV.
+
+ Item, je laisse à Mairebeuf
+ Et à Nicolas de Louvieulx,
+ A chascun l'escaille d'un oeuf,
+ Plaine de frans et d'escus vieulx,
+ Quant au concierge de Gouvieulx,
+ Pierre Ronseville, je ordonne,
+ Pour luy donner encore mieulx,
+ Escus telz que prince les donne.
+
+ XXXV.
+
+ Finalement, en escrivant,
+ Ce soir, seullet, estant en bonne,
+ Dictant ces laiz et descripvant,
+ Je ouyz la cloche de Sorbonne,
+ Qui tousjours à neuf heures sonne
+ Le Salut que l'Ange prédit;
+ Cy suspendy et cy mis bonne,
+ Pour pryer comme le cueur dit.
+
+ XXXVI.
+
+ Cela fait, je me entre-oubliai,
+ Non pas par force de vin boire,
+ Mon esperit comme lié; [P. 18]
+ Lors je senty dame Mémoire
+ Rescondre et mectre en son aulmoire
+ Ses espèces collaterales,
+ Oppinative faulce et voire,
+ Et autres intellectualles.
+
+ XXXVII.
+
+ Et mesmement l'extimative,
+ Par quoy prospérité nous vient;
+ Similative, formative,
+ Desquelz souvent il advient
+ Que, par l'art trouvé, hom devient
+ Fol et lunaticque par moys:
+ Je l'ay leu, et bien m'en souvient,
+ En Aristote aucunes fois.
+
+ XXXVIII.
+
+ Doncques le sensif s'esveilla
+ Et esvertua fantasie,
+ Qui tous argeutis resveilla,
+ Et tint souveraine partie,
+ En souppirant, comme amortie,
+ Par oppression d'oubliance,
+ Qui en moy s'estoit espartie
+ Pour montrer des sens l'alliance.
+
+ XXXIX.
+
+ Puis, mon sens qui fut à repos
+ Et l'entendement desveillé,
+ Je cuide finer mon propos;
+ Mais mon encre estoit gelé,
+ Et mon cierge estoit souflé.
+ De feu je n'eusse pu finer.
+ Si m'endormy, tout enmouflé, [P. 19]
+ Et ne peuz autrement finer.
+
+ XL
+
+ Fait au temps de ladicte date,
+ Par le bon renommé Villon,
+ Qui ne mange figue ne date;
+ Sec et noir comme escouvillon,
+ Il n'a tente ne pavillon
+ Qu'il n'ayt laissé à ses amys,
+ Et n'a mais qu'un peu de billon,
+ Qui sera tantost à fin mys.
+
+
+ CY FINE LE TESTAMENT VILLON.
+
+
+ [P. 21]
+ CY COMMENCE
+ LE
+ GRANT TESTAMENT
+ DE
+ FRANÇOIS VILLON
+ FAIT EN 1461.
+
+
+ I.
+
+ En l'an trentiesme de mon aage,
+ Que toutes mes hontes j'eu beues,
+ Ne du tout fol, ne du tout sage.
+ Nonobstant maintes peines eues,
+ Lesquelles j'ay toutes receues
+ Soubz la main Thibault d'Aussigny.
+ S'evesque il est, seignant les rues,
+ Qu'il soit le mien je le regny!
+
+ II.
+
+ Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
+ Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
+ Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
+ Je ne suis son serf ne sa biche.
+ Peu m'a d'une petite miche
+ Et de froide eau, tout ung esté.
+ Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22]
+ Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.
+
+ III.
+
+ Et, s'aucun me vouloit reprendre
+ Et dire que je le mauldys,
+ Non fais, si bien me sçait comprendre,
+ Et rien de luy je ne mesdys.
+ Voycy tout le mal que j'en dys:
+ S'il m'a esté misericors,
+ Jésus, le roy de paradis,
+ Tel luy soit à l'âme et au corps!
+
+ IV.
+
+ S'il m'a esté dur et cruel
+ Trop plus que cy ne le racompte,
+ Je vueil que le Dieu éternel
+ Luy soit doncq semblable, à ce compte!...
+ Mais l'Eglise nous dit et compte
+ Que prions pour nos ennemis;
+ Je vous dis que j'ay tort et honte:
+ Tous ses faictz soient à Dieu remis!
+
+ V.
+
+ Si prieray Dieu de bon cueur,
+ Pour l'âme du bon feu Cotard.
+ Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
+ Car de lire je suys faitard.
+ Prière en feray de Picard;
+ S'il ne le sçait, voise l'apprandre,
+ S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
+ A Douay, ou à Lysle en Flandre!
+
+ VI. [P. 23]
+
+ Combien souvent je veuil qu'on prie
+ Pour luy, foy que doy mon baptesme,
+ Obstant qu'à chascun ne le crye,
+ Il ne fauldra pas à son esme.
+ Au Psaultier prens, quand suys à mesme,
+ Qui n'est de beuf ne cordoen,
+ Le verset escript le septiesme
+ Du psaulme de _Deus laudem_.
+
+ VII.
+
+ Si pry au benoist Filz de Dieu,
+ Qu'à tous mes besoings je reclame,
+ Que ma pauvre prière ayt lieu
+ Verz luy, de qui tiens corps et ame,
+ Qui m'a préservé de maint blasme
+ Et franchy de vile puissance.
+ Loué soit-il, et Nostre-Dame,
+ Et Loys, le bon roy de France!
+
+ VIII.
+
+ Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
+ De Salomon l'honneur et gloire;
+ Quant de prouesse, il en a trop;
+ De force aussi, par m'ame, voire!
+ En ce monde-cy transitoire,
+ Tant qu'il a de long et de lé;
+ Affin que de luy soit memoire,
+ Vive autant que Mathusalé!
+
+ IX.
+
+ Et douze beaulx enfans, tous masles,
+ Veoir, de son très cher sang royal,
+ Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24]
+ Conceuz en ventre nuptial,
+ Bons comme fut sainct Martial.
+ Ainsi en preigne au bon Dauphin;
+ Je ne luy souhaicte autre mal,
+ Et puys paradis à la fin.
+
+ X.
+
+ Pour ce que foible je me sens,
+ Trop plus de biens que de santé,
+ Tant que je suys en mon plain sens,
+ Si peu que Dieu m'en a presté,
+ Car d'autre ne l'ay emprunté,
+ J'ay ce Testament très estable
+ Faict, de dernière voulenté,
+ Seul pour tout et irrévocable:
+
+ XI.
+
+ Escript l'ay l'an soixante et ung,
+ Que le bon roy me délivra
+ De la dure prison de Mehun,
+ Et que vie me recouvra,
+ Dont suys, tant que mon cueur vivra,
+ Tenu vers luy me humilier,
+ Ce que feray jusqu'il mourra:
+ Bienfaict ne se doibt oublier.
+
+
+ _Icy commence Villon à entrer en matière
+ pleine d'erudition et de bon sçavoir._
+
+
+ XII.
+
+ Or est vray qu'après plaingtz et pleurs
+ et angoisseux gemissemens,
+ Après tristesses et douleurs, [P. 25]
+ Labeurs et griefz cheminemens,
+ Travail mes lubres sentemens,
+ Esguisez comme une pelote,
+ M'ouvrist plus que tous les Commens
+ D'Averroys sur Aristote.
+
+ XIII.
+
+ Combien qu'au plus fort de mes maulx,
+ En cheminant sans croix ne pile,
+ Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
+ Conforta, ce dit l'Evangile,
+ Me montra une bonne ville
+ Et pourveut du don d'espérance;
+ Combien que le pecheur soit vile,
+ Riens ne hayt que persévérance.
+
+ XIV.
+
+ Je suys pécheur, je le sçay bien;
+ Pourtant Dieu ne veult pas ma mort,
+ Mais convertisse et vive en bien;
+ Mieulx tout autre que péché mord,
+ Soye vraye voulenté ou enhort,
+ Dieu voit, et sa miséricorde,
+ Se conscience me remord,
+ Par sa grace pardon m'accorde.
+
+ XV.
+
+ Et, comme le noble Romant
+ De la Rose dit et confesse
+ En son premier commencement,
+ Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse,
+ Quant on le voit vieil en vieillesse,
+ Excuser; helas! il dit voir.
+ Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26]
+ En meurté ne me vouldroient veoir.
+
+ XVI.
+
+ Se, pour ma mort, le bien publique
+ D'aucune chose vaulsist myeulx,
+ A mourir comme ung homme inique
+ Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux!
+ Grief ne faiz à jeune ne vieulx,
+ Soye sur pied ou soye en bière:
+ Les montz ne bougent de leurs lieux,
+ Pour un paouvre, n'avant, n'arrière.
+
+ XVII.
+
+ Au temps que Alexandre regna,
+ Ung hom, nommé Diomedès,
+ Devant luy on luy amena,
+ Engrillonné poulces et detz
+ Comme ung larron; car il fut des
+ Escumeurs que voyons courir.
+ Si fut mys devant le cadès,
+ Pour estre jugé à mourir.
+
+ XVIII.
+
+ L'empereur si l'arraisonna:
+ «Pourquoy es-tu larron de mer?»
+ L'autre, responce luy donna:
+ «Pourquoy larron me faiz nommer?
+ «Pour ce qu'on me voit escumer
+ «En une petiote fuste?
+ «Se comme toy me peusse armer,
+ «Comme toy empereur je fusse.
+
+ XIX. [P. 27]
+
+ «Mais que veux-tu! De ma fortune,
+ «Contre qui ne puis bonnement,
+ «Qui si durement m'infortune,
+ «Me vient tout ce gouvernement.
+ «Excuse-moy aucunement,
+ «Et sçaches qu'en grand pauvreté
+ «(Ce mot dit-on communément)
+ «Ne gist pas trop grand loyaulté.»
+
+ XX.
+
+ Quand l'empereur eut remiré
+ De Diomedès tout le dict:
+ «Ta fortune je te mueray,
+ «Mauvaise en bonne!» ce luy dit.
+ Si fist-il. Onc puis ne mesprit
+ A personne, mais fut vray homme;
+ Valère, pour vray, le rescript,
+ Qui fut nommé _le grand_ à Romme.
+
+ XXI.
+
+ Se Dieu m'eust donné rencontrer
+ Ung autre piteux Alexandre,
+ Qui m'eust faict en bon heur entrer,
+ Et lors qui m'eust veu condescendre
+ A mal, estre ars et mys en cendre
+ Jugé me fusse de ma voix.
+ Nécessité faict gens mesprendre,
+ Et faim saillir le loup des boys.
+
+ XXII.
+
+ Je plaings le temps de ma jeunesse,
+ Ouquel j'ay plus qu'autre gallé,
+ Jusque à l'entrée de vieillesse, [P. 28]
+ Qui son partement m'a celé.
+ Il ne s'en est à pied allé,
+ N'a cheval; las! et comment donc?
+ Soudainement s'en est voilé,
+ Et ne m'a laissé quelque don.
+
+ XXIII.
+
+ Allé s'en est, et je demeure,
+ Pauvre de sens et de sçavoir,
+ Triste, failly, plus noir que meure,
+ Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir;
+ Des miens le moindre, je n'y voir,
+ De me desadvouer s'avance,
+ Oublyans naturel devoir,
+ Par faulte d'ung peu de chevance.
+
+ XXIV.
+
+ Si ne crains avoir despendu,
+ Par friander et par leschier;
+ Par trop aimer n'ay riens vendu,
+ Que nuls me puissent reprouchier.
+ Au moins qui leur couste trop cher.
+ Je le dys, et ne croys mesdire.
+ De ce ne me puis revencher:
+ Qui n'a méfiait ne le doit dire.
+
+ XXV.
+
+ Est vérité que j'ay aymé
+ Et que aymeroye voulentiers;
+ Mais triste cueur, ventre affamé,
+ Qui n'est rassasié au tiers,
+ Me oste des amoureux sentiers.
+ Au fort, quelqu'un s'en recompense,
+ Qui est remply sur les chantiers, [P. 29]
+ Car de la panse vient la danse.
+
+ XXVI.
+
+ Bien sçay se j'eusse estudié
+ Ou temps de ma jeunesse folle,
+ Et à bonnes meurs dedié,
+ J'eusse maison et couche molle!
+ Mais quoy? je fuyoye l'escolle,
+ Comme faict le mauvays enfant...
+ En escrivant ceste parolle,
+ A peu que le cueur ne me fend.
+
+ XXVII.
+
+ Le dict du Saige est très beaulx dictz,
+ Favorable, et bien n'en puis mais,
+ Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz,
+ A ton adolescence; mais
+ Ailleurs sers bien d'ung autre mectz,
+ Car jeunesse et adolescence
+ (C'est son parler, ne moins ne mais)
+ Ne sont qu'abbus et ignorance.»
+
+ XXVIII.
+
+ Mes jours s'en sont allez errant,
+ Comme, dit Job, d'une touaille
+ Sont les filetz, quant tisserant
+ Tient en son poing ardente paille:
+ Lors, s'il y a nul bout qui saille,
+ Soudainement il le ravit.
+ Si ne crains rien qui plus m'assaille,
+ Car à la mort tout assouvyst.
+
+ XXIX. [P. 30]
+
+ Où sont les gratieux gallans
+ Que je suyvoye au temps jadis,
+ Si bien chantans, si bien parlans,
+ Si plaisans en faictz et en dictz?
+ Les aucuns sont mortz et roydiz;
+ D'eulx n'est-il plus rien maintenant.
+ Respit ils ayent en paradis,
+ Et Dieu saulve le remenant!
+
+ XXX.
+
+ Et les aucuns sont devenuz,
+ Dieu mercy! grans seigneurs et maistres,
+ Les autres mendient tous nudz,
+ Et pain ne voyent qu'aux fenestres;
+ Les autres sont entrez en cloistres;
+ De Celestins et de Chartreux,
+ Bottez, housez, com pescheurs d'oystres:
+ Voilà l'estat divers d'entre eulx.
+
+ XXXI.
+
+ Aux grans maistres Dieu doint bien faire
+ Vivans en paix et en requoy.
+ En eulx il n'y a que refaire;
+ Si s'en fait bon taire tout quoy.
+ Mais aux pauvres qui n'ont de quoy,
+ Comme moy, Dieu doint patience;
+ Aux aultres ne fault qui ne quoy,
+ Car assez ont pain et pitance.
+
+ XXXII.
+
+ Bons vins ont, souvent embrochez,
+ Saulces, brouetz et gros poissons;
+ Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31]
+ Perduz, et en toutes façons.
+ Pas ne ressemblent les maçons,
+ Que servir fault à si grand peine;
+ Ils ne veulent nulz eschançons,
+ Car de verser chascun se peine.
+
+ XXXIII.
+
+ En cest incident me suys mys,
+ Qui de rien ne sert à mon faict.
+ Je ne suys juge, ne commis,
+ Pour punyr n'absouldre meffaict.
+ De tous suys le plus imparfaict.
+ Loué soit le doulx Jésus-Christ!
+ Que par moy leur soit satisfaict!
+ Ce que j'ay escript est escript.
+
+ XXXIV.
+
+ Laissons le monstier où il est;
+ Parlons de chose plus plaisante.
+ Ceste matière à tous ne plaist:
+ Ennuyeuse est et desplaisante.
+ Pauvreté, chagrine et dolente,
+ Tousjours despiteuse et rebelle,
+ Dit quelque parolle cuysante;
+ S'elle n'ose, si le pense-elle.
+
+ XXXV.
+
+ Pauvre je suys de ma jeunesse,
+ De pauvre et de petite extrace.
+ Mon pere n'eut oncq grand richesse.
+ Ne son ayeul, nommé Erace.
+ Pauvreté tous nous suyt et trace.
+ Sur les tumbeaulx de mes ancestres,
+ Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32]
+ On n'y voyt couronnes ne sceptres.
+
+ XXXVI.
+
+ De pouvreté me guermentant,
+ Souventesfoys me dit le cueur:
+ «Homme, ne te doulouse tant
+ Et ne demaine tel douleur,
+ Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur.
+ Myeulx vault vivre soubz gros bureaux
+ Pauvre, qu'avoir esté seigneur
+ Et pourrir soubz riches tumbeaux!»
+
+ XXXVII.
+
+ Qu'avoir esté seigneur!... Que dys?
+ Seigneur, lasse! ne l'est-il mais!
+ Selon ce que d'aulcun en dict,
+ Son lieu ne congnoistra jamais.
+ Quant du surplus, je m'en desmectz.
+ Il n'appartient à moy, pécheur;
+ Aux théologiens le remectz,
+ Car c'est office de prescheur.
+
+ XXXVIII.
+
+ Si ne suys, bien le considère,
+ Filz d'ange, portant dyadème
+ D'etoille ne d'autre sydère.
+ Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame,
+ Quant est du corps, il gyst soubz lame...
+ J'entends que ma mère mourra,
+ Et le sçait bien, la pauvre femme;
+ Et le filz pas ne demourra.
+
+ XXXIX. [P. 33]
+
+ Je congnoys que pauvres et riches,
+ Sages et folz, prebstres et laiz,
+ Noble et vilain, larges et chiches,
+ Petitz et grans, et beaulx et laidz,
+ Dames à rebrassez colletz,
+ De quelconque condicion,
+ Portant attours et bourreletz,
+ Mort saisit sans exception.
+
+ XL.
+
+ Et mourut Paris et Hélène.
+ Quiconques meurt, meurt à douleur.
+ Celluy qui perd vent et alaine,
+ Son fiel se crève sur son cueur,
+ Puys sue Dieu sçait quelle sueur!
+ Et n'est qui de ses maulx l'allège:
+ Car enfans n'a, frère ne soeur,
+ Qui lors voulsist estre son pleige.
+
+ XLI.
+
+ La mort le faict frémir, pallir,
+ Le nez courber, les veines tendre,
+ Le col enfler, la chair mollir,
+ Joinctes et nerfs croistre et estendre.
+ Corps féminin, qui tant est tendre,
+ Polly, souef, si precieulx,
+ Te faudra-il ces maulx attendre?
+ Ouy, ou tout vif aller ès cieulx.
+
+ [P. 34]
+
+ BALLADE
+ DES DAMES DU TEMPS JADIS.
+
+ Dictes-moy où, n'en quel pays,
+ Est Flora, la belle Romaine;
+ Archipiada, ne Thaïs,
+ Qui fut sa cousine germaine;
+ Echo, parlant quand bruyt on maine
+ Dessus rivière ou sus estan,
+ Qui beauté eut trop plus qu'humaine?
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+ Où est la très sage Heloïs,
+ Pour qui fut chastré et puis moyne
+ Pierre Esbaillart à Sainct-Denys?
+ Pour son amour eut cest essoyne.
+ Semblablement, où est la royne
+ Qui commanda que Buridan
+ Fust jetté en ung sac en Seine?
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+ La royne Blanche comme ung lys,
+ Qui chantoit à voix de sereine;
+ Berthe au grand pied, Bietris, Allys;
+ Harembourges, qui tint le Mayne,
+ Et Jehanne, la bonne Lorraine,
+ Qu'Anglois bruslèrent à Rouen;
+ Où sont-ilz, Vierge souveraine?...
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+ [P. 35]
+ ENVOI
+
+ Prince, n'enquerez de sepmaine
+ Où elles sont, ne de cest an,
+ Que ce refrain ne vous remaine:
+ Mais où sont les neiges d'antan!
+
+
+ BALLADE
+ DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS
+
+ Suyvant le propos précèdent.
+
+ Qui plus? Où est le tiers Calixte,
+ Dernier decedé de ce nom,
+ Qui quatre ans tint le Papaliste?
+ Alphonse, le roy d'Aragon,
+ Le gracieux duc de Bourbon,
+ Et Artus, le duc de Bretaigne,
+ Et Charles septiesme, le Bon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ Semblablement, le roy Scotiste,
+ Qui demy-face eut, ce dit-on,
+ Vermeille comme une amathiste
+ Depuys le front jusqu'au menton?
+ Le roy de Chypre, de renom;
+ Hélas! et le bon roy d'Espaigne,
+ Duquel je ne sçay pas le nom?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ D'en plus parler je me désiste; [P. 36]
+ Ce n'est que toute abusion.
+ Il n'est qui contre mort résiste,
+ Ne qui treuve provision.
+ Encor fais une question:
+ Lancelot, le roy de Behaigne,
+ Où est-il? Où est son tayon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+ ENVOI.
+
+ Où est Claquin, le bon Breton?
+ Où le comte Daulphin d'Auvergne,
+ Et le bon feu duc d'Alençon?...
+ Mais où est le preux Charlemaigne!
+
+
+ BALLADE
+
+ A ce propos, en vieil françois.
+
+ Mais où sont ly sainctz apostoles,
+ D'aulbes vestuz, d'amys coeffez,
+ Qui sont ceincts de sainctes estoles,
+ Dont par le col prent ly mauffez,
+ De maltalent tout eschauffez?
+ Aussi bien meurt tilz que servans;
+ De ceste vie sont bouffez:
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Voire, où sont de Constantinobles
+ L'emperier aux poings dorez,
+ Ou de France ly roy tresnobles,
+ Sur tous autres roys décorez.
+ Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37]
+ Bastist eglises et convens?
+ S'en son temps il fut honorez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ Où sont de Vienne et de Grenobles
+ Ly Daulphin, ly preux, ly senez?
+ Où, de Dijon, Sallins et Dolles,
+ Ly sires et ly filz aisnez?
+ Où autant de leurs gens privez,
+ Heraulx, trompettes, poursuyvans?
+ Ont-ilz bien bouté soubz le nez?...
+ Autant en emporte ly vens.
+
+ ENVOI.
+
+ Princes à mort sont destinez,
+ Et tous autres qui sont vivans;
+ S'ils en sont coursez ou tennez,
+ Autant en emporte ly vens.
+
+
+ XLII.
+
+ Puys que papes, roys, filz de roys,
+ Et conceuz en ventres de roynes,
+ Sont enseveliz, mortz et froidz,
+ En aultruy mains passent leurs resnes;
+ Moy, pauvre mercerot de Renes,
+ Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist;
+ Mais que j'aye faict mes estrenes,
+ Honneste mort ne me desplaist.
+
+ XLIII.
+
+ Ce monde n'est perpetuel,
+ Quoy que pense riche pillart;
+ Tous sommes soubz coutel mortel.
+ Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38]
+ Lequel d'estre plaisant raillart
+ Eut le bruyt, lorsque jeune estoit,
+ Qu'on tiendrait à fol et paillait,
+ Se, vieil, à railler se mettoit.
+
+ XLIV.
+
+ Or luy convient-il mendier,
+ Car à ce force le contraint.
+ Regrette huy sa mort, et hier;
+ Tristesse son cueur si estrainct,
+ Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct,
+ Il feroit un horrible faict.
+ Si advient qu'en ce Dieu enfrainct,
+ Et que luy-mesmes se deffaict.
+
+ XLV.
+
+ Car, s'en jeunesse il fut plaisant,
+ Ores plus rien ne dit qui plaise.
+ Tousjours vieil synge est desplaisant:
+ Moue ne faict qui ne desplaise.
+ S'il se taist, affin qu'il complaise,
+ Il est tenu pour fol recreu;
+ S'il parle, on luy dit qu'il se taise.
+ Et qu'en son prunier n'a pas creu.
+
+ XLVI.
+
+ Aussi, ces pauvres femmelettes,
+ Qui vieilles sont et n'ont de quoy,
+ Quand voyent jeunes pucellettes
+ En admenez et en requoy,
+ Lors demandent à Dieu pourquoy
+ Si tost nasquirent, n'a quel droit?
+ Notre Seigneur s'en taist tout coy,
+ Car, au tanser, il le perdroit.
+
+ [P. 39]
+
+ LES REGRETS
+ DE LA BELLE HEAULMIÈRE
+
+ Jà parvenue à vieillesse.
+
+ Advis m'est que j'oy regretter
+ La belle qui fut heaulmière,
+ Soy jeune fille souhaitter
+ Et parler en ceste manière:
+ «Ha! vieillesse felonne et fière,
+ Pourquoy m'as si tost abatue?
+ Qui me tient que je ne me fière,
+ Et qu'à ce coup je ne me tue?
+
+ «Tollu m'as ma haulte franchise
+ Que beauté m'avoit ordonné
+ Sur clercz, marchans et gens d'Eglise:
+ Car alors n'estoit homme né
+ Qui tout le sien ne m'eust donné,
+ Quoy qu'il en fust des repentailles,
+ Mais que luy eusse abandonné
+ Ce que reffusent truandailles.
+
+ «A maint homme l'ay reffusé,
+ Qui n'estoit à moy grand saigesse,
+ Pour l'amour d'ung garson rusé,
+ Auquel j'en feiz grande largesse.
+ A qui que je feisse finesse,
+ Par m'ame, je l'amoye bien!
+ Or ne me faisoit que rudesse,
+ Et ne m'amoyt que pour le mien.
+
+ «Jà ne me sceut tant detrayner, [P. 40]
+ Fouller au piedz, que ne l'aymasse,
+ Et m'eust-il faict les rains trayner,
+ S'il m'eust dit que je le baisasse
+ Et que tous mes maux oubliasse;
+ Le glouton, de mal entaché,
+ M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse!
+ Que m'en reste-il? Honte et péché.
+
+ «Or il est mort, passé trente ans,
+ Et je remains vieille et chenue.
+ Quand je pense, lasse! au bon temps,
+ Quelle fus, quelle devenue;
+ Quand me regarde toute nue,
+ Et je me voy si très-changée,
+ Pauvre, seiche, maigre, menue,
+ Je suis presque toute enragée.
+
+ «Qu'est devenu ce front poly,
+ Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz,
+ Grand entr'oeil, le regard joly,
+ Dont prenoye les plus subtilz;
+ Ce beau nez droit, grand ne petiz;
+ Ces petites joinctes oreilles,
+ Menton fourchu, cler vis traictis,
+ Et ces belles lèvres vermeilles?
+
+ «Ces gentes espaules menues,
+ Ces bras longs et ces mains tretisses;
+ Petitz tetins, hanches charnues,
+ Eslevées, propres, faictisses
+ A tenir amoureuses lysses;
+ Ces larges reins, ce sadinet,
+ Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41]
+ Dedans son joly jardinet?
+
+ «Le front ridé, les cheveulx gris,
+ Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
+ Qui faisoient regars et ris,
+ Dont maintz marchans furent attaincts;
+ Nez courbé, de beaulté loingtains;
+ Oreilles pendans et moussues;
+ Le vis pally, mort et destaincts;
+ Menton foncé, lèvres peaussues:
+
+ «C'est d'humaine beauté l'yssues!
+ Les bras courts et les mains contraictes,
+ Les espaulles toutes bossues;
+ Mammelles, quoy! toutes retraictes;
+ Telles les hanches que les tettes.
+ Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
+ Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
+ Grivelées comme saulcisses.
+
+ «Ainsi le bon temps regretons
+ Entre nous, pauvres vieilles sottes,
+ Assises bas, à croppetons,
+ Tout en ung tas comme pelottes,
+ A petit feu de chenevottes,
+ Tost allumées, tost estainctes;
+ Et jadis fusmes si mignottes!...
+ Ainsi en prend à maintz et maintes.»
+
+ [P. 42]
+
+ BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE
+ AUX FILLES DE JOIE.
+
+ «Or y pensez, belle Gantière,
+ Qui m'escolière souliez estre,
+ Et vous, Blanche la Savetière,
+ Ores est temps de vous congnoistre.
+ Prenez à dextre et à senestre;
+ N'espargnez homme, je vous prie:
+ Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ «Et vous, la gente Saulcissière,
+ Qui de dancer estes adextre;
+ Guillemette la Tapissière,
+ Ne mesprenez vers vostre maistre;
+ Tous vous fauldra clorre fenestre,
+ Quand deviendrez vieille, flestrie;
+ Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ «Jehanneton la Chaperonnière,
+ Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
+ Katherine la Bouchière,
+ N'envoyez plus les hommes paistre:
+ Car qui belle n'est, ne perpetre
+ Leur bonne grace, mais leur rie.
+ Laide vieillesse amour n'impetre,
+ Ne que monnoye qu'on descrie.
+
+ ENVOI.
+
+ «Filles, veuillez vous entremettre
+ D'escouter pourquoy pleure et crie
+ C'est que ne puys remède y mettre, [P. 43]
+ Ne que monnoye qu'on descrie.»
+
+
+ XLVII.
+
+ Ceste leçon icy leur baille
+ La belle et bonne de jadis;
+ Bien dit ou mal, vaille que vaille,
+ Enregistrer j'ay faict ces ditz
+ Par mon clerc Fremin l'estourdys,
+ Aussi rassis que je pense estre...
+ S'il me desment, je le mauldys:
+ Selon le clerc est deu le maistre.
+
+ XLVIII.
+
+ Si apercoy le grand danger
+ Là où l'homme amoureux se boute...
+ Hé! qui me vouldroit laidanger
+ De ce mot, en disant: «Escoute!
+ Se d'aymer t'estrange et reboute
+ Le barat de celles nommées,
+ Tu fais une bien folle doubte,
+ Car ce sont femmes diffamées.
+
+ XLIX.
+
+ «S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
+ On ne les ayme que pour l'heure.
+ Rondement ayment toute gent,
+ Et rient lors quant bourse pleure.
+ De celles n'est qui ne recoeuvre;
+ Mais en femmes d'honneur et nom
+ Franc homme, se Dieu me sequeure,
+ Se doit employer; ailleurs, non.»
+
+ L. [P. 44]
+
+ Je prens qu'aucun dye cecy,
+ Si ne me contente-il en rien.
+ En effect, je concludz ainsy,
+ Et sy le cuyde entendre bien,
+ Qu'on doit aymer en lieu de bien.
+ Asçavoir-mon se ces fillettes,
+ Qu'en parolles toute jour tien,
+ Ne furent pas femmes honnestes?
+
+ LI.
+
+ Honnestes, si furent vrayement,
+ Sans avoir reproches ne blasmes.
+ S'il est vray que, au commencement,
+ Une chascune de ces femmes
+ Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
+ L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
+ Pour estaindre d'amours les flammes,
+ Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
+
+ LII.
+
+ Or firent selon le decret
+ Leurs amys, et bien y appert;
+ Elles aymoient en lieu secret,
+ Car autre qu'eulx n'y avoit part.
+ Toutesfois, ceste amour se part:
+ Car celle qui n'en avoit qu'un
+ D'icelluy s'eslongne et despart,
+ Et ayme myeulx aymer chascun.
+
+ LIII.
+
+ Qui les meut à ce? J'imagine,
+ Sans l'honneur des dames blasmer
+ Que c'est nature feminine, [P. 45]
+ Qui tout vivement veult aymer.
+ Autre chose n'y sçay rymer;
+ Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,
+ Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,
+ Que six ouvriers font plus que troys.
+
+ LIV.
+
+ Or ont les folz amans le bond,
+ Et les dames prins la vollée;
+ C'est le droit loyer qu'amours ont;
+ Toute foy y est violée,
+ Quelque doulx baiser n'acollée.
+ De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
+ Chascun le dit à la vollée:
+ «Pour ung plaisir mille doulours.»
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE
+ SUR LE MÊME PROPOS.
+
+ Pour ce, aymez tant que vouldrez,
+ Suyvez assemblées et festes,
+ En la fin jà mieulx n'en vauldrez,
+ Et sy n'y romprez que vos testes:
+ Folles amours font les gens bestes:
+ Salmon en idolatrya;
+ Samson en perdit ses lunettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Orpheus, le doux menestrier,
+ Jouant de flustes et musettes,
+ En fut en dangier du meurtrier [P. 46]
+ Bon chien Cerberus à troys testes;
+ Et Narcissus, _le bel honnestes_,
+ En ung profond puys se noya,
+ Pour l'amour de ses amourettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Sardana, le preux chevalier,
+ Qui conquist le regne de Crètes,
+ En voult devenir moulier
+ Et filer entre pucellettes.
+ David ly roy, saige prophètes,
+ Craincte de Dieu en oublya,
+ Voyant laver cuisses bien faictes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Ammon en voult deshonnorer,
+ Feignant de manger tartelettes,
+ Sa soeur Thamar, et deflorer,
+ Qui fist choses moult deshonnestes;
+ Herodes (pas ne sont sornettes)
+ Sainct Jean-Baptiste en décolla,
+ Pour dances, saultz et chansonnettes...
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ De moy, pauvre, je veuil parler;
+ J'en fuz batu, comme à ru telles,
+ Tout nud, jà ne le quiers celer.
+ Qui me feit mascher ces groiselles,
+ Fors Katherine de Vauselles?
+ Noé le tiers ot, qui fut là.
+ Mitaines à ces nopces telles,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+ Mais que ce jeune bachelier [P. 47]
+ Laissast ces jeunes bachelettes,
+ Non! et, le deust-on vif brusler,
+ Comme ung chevaucheur d'escovettes.
+ Plus doulces luy sont que civettes;
+ Mais toutesfoys fol s'y fia:
+ Soient blanches, soient brunettes,
+ Bien heureux est qui rien n'y a!
+
+
+ LV.
+
+ Si celle que jadis servoye
+ De si bon cueur et loyaument,
+ Dont tant de maulx et griefz j'avoye,
+ Et souffroye tant de torment,
+ Se dit m'eust, au commencement,
+ Sa voulenté (mais nenny, las!),
+ J'eusse mys peine aucunement,
+ De moy retraire de ses las.
+
+ LVI.
+
+ Quoy que je luy voulsisse dire,
+ Elle estoit preste d'escouter,
+ Sans m'accorder ne contredire;
+ Qui plus, me souffroit arrester,
+ Joignant elle près s'accouter;
+ Et ainsi m'alloit amusant,
+ Et me souffroit tout racompter,
+ Mais ce n'estoit qu'en m'abusant.
+
+ LVII.
+
+ Abusé m'a, et faict entendre
+ Tousjours d'ung que ce fust ung aultre;
+ De farine, que ce fust cendre;
+ D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48]
+ De viel machefer, que fust peaultre;
+ D'ambesas, que ce fussent ternes...
+ Toujours trompant ou moy ou aultre,
+ Et vendoit vessies pour lanternes.
+
+ LVIII.
+
+ Du ciel, une poisle d'arain;
+ Des nues, une peau de veau;
+ Du matin, qu'estoit le serain;
+ D'un trongnon de chou, ung naveau;
+ D'orde cervoise, vin nouveau;
+ D'une truie, ung molin à vent;
+ Et d'une hart, ung escheveau;
+ D'un gras abbé, ung poursuyvant.
+
+ LIX.
+
+ Ainsi m'ont amours abusé,
+ Et pourmené de l'uys au pesle.
+ Je croy qu'homme n'est si rusé,
+ Fust fin comme argent de crepelle,
+ Qui n'y laissast linge et drapelle,
+ Mais qu'il fust ainsi manyé
+ Comme moy, qui partout m'appelle:
+ _L'Amant remys et renyé_.
+
+ LX.
+
+ Je renye Amours et despite;
+ Je deffie à feu et à sang.
+ Mort par elles me precipite,
+ Et si ne leur vault pas d'ung blanc.
+ Ma vielle ay mys soubz le banc;
+ Amans je ne suyvray jamais;
+ Se jadis je fuz de leur ranc,
+ Je declaire que n'en suys mais.
+
+ LXI. [P. 49]
+
+ Car j'ay mys le plumail au vent:
+ Or le suyve qui a attente;
+ De ce me tays dorenevant.
+ Poursuyvre je vueil mon entente,
+ Et, s'aucun m'interroge ou tente
+ Comment d'amours ose mesdire,
+ Geste parolle les contente:
+ «Qui meurt a ses loix de tout dire.»
+
+ LXII.
+
+ Je cognoys approcher ma soef;
+ Je crache, blanc comme cotton,
+ Jacobins gros comme ung estoeuf:
+ Qu'est-ce à dire? que Jenanneton
+ Plus ne me tient pour valeton,
+ Mais pour ung vieil usé régnait...
+ De vieil porte voix et le ton,
+ Et ne suys qu'ung jeune coquart.
+
+ LXIII.
+
+ Dieu mercy et Jaques Thibault,
+ Qui tant d'eau froide m'a faict boyre,
+ En ung bas lieu, non pas en hault;
+ Manger d'angoisse mainte poire;
+ Enferré... Quand j'en ay mémoire,
+ Je pry pour luy et _reliqua_,
+ Que Dieu luy doint... et voire, voire,
+ Ce que je pense... _et cetera_.
+
+ LXIV.
+
+ Toutesfoys, je n'y pense mal,
+ Pour luy et pour son lieutenant;
+ Aussy pour son official, [P. 50]
+ Qui est plaisant et advenant,
+ Que faire n'ay du remenant;
+ Mais du petit maistre Robert?...
+ Je les ayme, tout d'ung tenant,
+ Ainsi que faict Dieu le Lombart.
+
+ LXV.
+
+ Si me souvient, à mon advis,
+ Que je feis, à mon partement,
+ Certains lays, l'an cinquante six,
+ Qu'aucuns, sans mon consentement,
+ Voulurent nommer _Testament_;
+ Leur plaisir fut, et non le mien:
+ Mais quoy! on dit communement,
+ Qu'un chascun n'est maistre du sien.
+
+ LXVI.
+
+ S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas
+ Receu les lays que je luy mande,
+ J'ordonne que, après mon trespas,
+ A mes hoirs en face demande;
+ Qui sont-ilz? si on le demande:
+ Moreau, Provins, Robin Turgis;
+ De moy, par dictez que leur mande,
+ Ont eu jusqu'au lict où je gys.
+
+ LXVII.
+
+ Pour le révoquer ne le dy,
+ Et y courust toute ma terre;
+ De pitié en suys refroidy,
+ Envers le bastard de la Barre:
+ Parmy ses trois gluvons de foerre,
+ Je luy donne mes vieilles nattes;
+ Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51]
+ Et soy soustenir sur ses pattes.
+
+ LXVIII.
+
+ Somme, plus ne diray qu'ung mot,
+ Car commencer veuil à tester:
+ Devant mon clerc Fremin, qui m'ot
+ (S'il ne dort), je vueil protester,
+ Que n'entends homme detester,
+ En ceste presente ordonnance;
+ Et ne la vueil manifester
+ Sinon au royaulme de France.
+
+ LXIX.
+
+ Je sens mon cueur qui s'affoiblist,
+ Et plus je ne puys papier.
+ Fremin, siez-toy près de mon lict,
+ Que l'on ne me viengne espier!
+ Prens tost encre, plume et papier,
+ Ce que nomme escryz vistement;
+ Puys fais-le partout copier,
+ Et vecy le commancement.
+
+
+ _Ici commance Villon à tester_.
+
+ LXX.
+
+ Au nom de Dieu, Père eternel.
+ Et du Filz que Vierge parit,
+ Dieu au Père oeternel,
+ Ensemble et du Sainct Esperit,
+ Qui saulva ce qu'Adam périt,
+ Et du pery pare les Cieulx...
+ Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52]
+ De gens mortz se font petiz Dieux.
+
+ LXXI.
+
+ Mortz estoient, et corps et ames,
+ En damnée perdition;
+ Corps pourriz, et ames en flammes,
+ De quelconque condition;
+ Toutesfoys, fais exception
+ Des patriarches et prophètes;
+ Car, selon ma conception,
+ Oncques grand chault n'eurent aux fesses.
+
+ LXXII.
+
+ Qui me diroit: «Qui te faict mectre
+ Si très-avant ceste parolle,
+ Qui n'es en Théologie maistre?
+ A toy est presumption folle.»
+ --C'est de JESUS la parabolle,
+ Touchant le Riche ensevely
+ En feu, non pas en couche molle,
+ Et du Ladre, de dessus ly.
+
+ LXXIII.
+
+ Si du Ladre eust veu le doy ardre,
+ Jà n'en eust requis refrigère,
+ N'au bout d'icelluy doiz aherdre,
+ Pour refreschir sa maschouëre.
+ Pions y feront mate chère,
+ Qui boy vent pourpoinct et chemise:
+ Puys que boyture y est si chère,
+ Dieu nous garde de la main mise!
+
+ LXXIV. [P. 53]
+
+ Ou nom de Dieu, comme j'ay dit,
+ Et de sa glorieuse Mère,
+ Sans peché soit parfaict ce dict
+ Par moy, plus maigre que chimere;
+ Si je n'ay eu fièvre effimère,
+ Ce m'a faict divine clémence;
+ Mais d'autre dueil et perte amère
+ Je me tays, et ainsi commence:
+
+ LXXV.
+
+ Premier, je donne ma pauvre ame
+ A la benoiste Trinité,
+ Et la commande à Nostre Dame,
+ Chambre de la divinité;
+ Priant toute la charité
+ Des dignes neuf Ordres des cieulx,
+ Que par eulx soit ce don porté
+ Devant le Trosne précieux.
+
+ LXXVI.
+
+ Item, mon corps j'ordonne et laisse
+ A nostre grand mère la terre;
+ Les vers n'y trouveront grand gresse:
+ Trop lui a faict faim dure guerre.
+ Or luy soit délivré grand erre;
+ De terre vint, en terre tourne.
+ Toute chose, se par trop n'erre,
+ voulentiers en son lieu retourne.
+
+ LXXVII.
+
+ Item, et à mon plus que père,
+ Maistre Guillaume de Villon
+ Qui m'a esté plus doulx que mère [P. 54]
+ D'enfant eslevé de maillon;
+ Dejetté m'a de maint boillon,
+ Et de cestuy pas ne s'esjoye,
+ Si luy requiers à genoillon,
+ Qu'il m'en laisse toute la joye.
+
+ LXXVIII.
+
+ Je luy donne ma librairie,
+ Et le _Rommant du Pet au Diable_,
+ Lequel maistre Gui Tabarie
+ Grossoya, qu'est hom véritable.
+ Par cayers est soubz une table.
+ Combien qu'il soit rudement faict,
+ La matière est si très notable,
+ Qu'elle amende tout le meffaict.
+
+ LXXIX.
+
+ Item, donne à ma bonne mère
+ Pour saluer nostre Maistresse,
+ Qui pour moy eut douleur amère,
+ Dieu le sçait, et mainte tristesse;
+ Autre chastel ou fosteresse
+ N'ay où retraire corps et ame,
+ Quand sur moy court male destresse,
+ Ne ma mère, la povre femme!
+
+ [P. 55]
+
+ BALLADE
+ QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE,
+ POUR PRIER NOSTRE-DAME.
+
+ Dame du ciel, régente terrienne,
+ Emperière des infernaulx palux,
+ Recevez-moy, vostre humble chrestienne,
+ Que comprinse soye entre voz esleuz,
+ Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz.
+ Les biens de vous, ma dame et ma maistresse,
+ Sont trop plus grans que ne suis pecheresse,
+ Sans lesquelz biens ame ne peult merir
+ N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ A vostre Filz dictes que je suis sienne;
+ Que de luy soyent mes péchez aboluz:
+ Pardonnés moi comme à l'Egyptienne,
+ Ou comme il feit au clerc Theophilus,
+ Lequel par vous fut quitte et absoluz,
+ Combien qu'il eust au diable faict promesse.
+ Preservez-moy, que je ne face cesse;
+ Vierge, pourtant, me vouilliés impartir
+ Le sacrement qu'on celebre à la messe.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ Femme je suis povrette et ancienne,
+ Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz;
+ Au monstier voy dont suis parroissienne
+ Paradis painct, où sont harpes et luz,
+ Et ung enfer où damnez sont boulluz: [P. 56]
+ L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse.
+ La joye avoir fais-moy, haulte Deesse,
+ A qui pecheurs doivent tous recourir,
+ Comblez de foy, sans faincte ne paresse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Vous portastes, Vierge, digne princesse,
+ JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse.
+ Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse,
+ Laissa les cieulx et nous vint secourir;
+ Offrist à mort sa très clère jeunesse;
+ Nostre Seigneur tel est, tel le confesse.
+ En ceste foy je vueil vivre et mourir.
+
+
+
+ LXXX.
+
+ Item, m'amour, ma chère Rosé,
+ Ne luy laisse ne cueur ne foye:
+ Elle aymeroit mieulx autre chose,
+ Combien qu'elle ait assez monnoye:
+ Quoy? une grand bourse de soye,
+ Pleine d'escuz, profonde et large:
+ Mais pendu soit-il, que je soye,
+ Qui luy lairra escu ne targe.
+
+ LXXXI.
+
+ Car elle en a, sans moy, assez.
+ Mais de cela il ne m'en chault;
+ Mes grans deduictz en sont passez;
+ Plus n'en ay le cropion chauld.
+ Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57]
+ Qui fut nommé le bon fouterre.
+ Priez pour luy, faictes ung sault:
+ A Saint-Satur gist, soubz Sancerre.
+
+ LXXXII.
+
+ Ce non obstant, pour m'acquitter
+ Envers Amours, plus qu'envers elle,
+ Car oncques n'y peuz acquester
+ D'amours une seule estincelle;
+ Ne sçay s'à tous est si rebelle
+ Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy;
+ Mais, par saincte Marie la belle!
+ Je n'y voy que rire pour moy.
+
+ LXXXIII.
+
+ Ceste Ballade luy envoye,
+ Qui se termine toute en R.
+ Qui la portera? que j'y voye:
+ Ce sera Pernet de la Barre,
+ Pourveu, s'il rencontre en son erre
+ Ma damoyselle au nez tortu,
+ Il luy dira, sans plus enquerre:
+ «Orde paillarde, d'où viens-tu?»
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON A S'AMYE.
+
+ Faulse beaulté, qui tant me couste cher.
+ Rude en effect, hypocrite doulceur;
+ Amour dure, plus que fer, à mascher; [P. 58]
+ Nommer que puis de ma deffaçon soeur,
+ Cherme felon, la mort d'ung povre cueur,
+ Orgueil mussé, qui gens met au mourir;
+ Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur,
+ Sans empirer, ung pauvre secourir?
+
+ Mieulx m'eust valu avoir esté crier
+ Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur:
+ Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser;
+ Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur.
+ Haro, haro, le grand et le mineur!
+ Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir,
+ Ou pitié veult, selon ceste teneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ Ung temps viendra, qui fera desseicher,
+ Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur:
+ Je m'en risse, se tant peusse marcher,
+ Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur)
+ Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur.
+ Or, beuvez fort, tant que ru peult courir.
+ Ne donnez pas à tous ceste douleur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince amoureux, des amans le greigneur,
+ Vostre mal gré ne vouldroye encourir;
+ Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur,
+ Sans empirer, ung povre secourir.
+
+
+ [P. 59]
+ LXXXIV.
+
+ Item, à maistre Ythier, marchant,
+ Auquel mon branc laissay jadis,
+ Donne (mais qu'il le mette en chant),
+ Ce lay, contenant des vers dix;
+ Et aussi ung _De profundis_
+ Pour ses anciennes amours,
+ Desquelles le nom je ne dis,
+ Car il me herroit à tousjours.
+
+
+
+ LAY OU PLUSTOST RONDEAU.
+
+ MORT, j'appelle de ta rigueur,
+ Qui m'as ma maistresse ravie,
+ Et n'es pas encore assouvie,
+ Se tu ne me tiens en langueur.
+ Onc puis n'euz force ne vigueur;
+ Mais que te nuysoit-elle en vie,
+ Mort?
+
+ Deux estions, et n'avions qu'ung cueur;
+ S'il est mort, force est que dévie,
+ Voire, ou que je vive sans vie,
+ Comme les images, par cueur,
+ Mort!
+
+
+
+ LXXXV.
+
+ Item, à maistre Jehan Cornu,
+ Autres nouveaux lays luy vueil faire,
+ Car il m'a tousjours secouru [P. 60]
+ A mon grand besoing et affaire:
+ Pour ce, le jardin luy transfère,
+ Que maistre Pierre Bourguignon
+ Me renta, en faisant refaire
+ L'huys, et redrecier le pignon.
+
+ LXXXVI.
+
+ Par faulte d'ung huys, j'y perdis
+ Ung grez, et ung manche de houe.
+ Alors, huyt faulcons, non pas dix,
+ N'y eussent pas prins une alloüe.
+ L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe.
+ Pour enseigne y mis ung havet;
+ Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe:
+ Sanglante nuict et bas chevet!
+
+ LXXXVII.
+
+ Item, et pource que la femme
+ De maistre Pierre Sainct Amant
+ (Combien, si coulpe y a ou blasme,
+ Dieu luy pardonne doulcement!)
+ Me meist en reng de caymant,
+ Pour le Cheval Blanc qui ne bouge,
+ Luy changeay à une jument,
+ Et la Mulle à ung Asne rouge.
+
+ LXXXVIII.
+
+ Item, donne à sire Denys
+ Hesselin, Esleu de Paris,
+ Quatorze muys de vin d'Aulnis,
+ Prins chez Turgis, à mes perilz.
+ S'il en beuvoit tant que periz
+ En fust son sens et sa raison,
+ Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61]
+ Vin perd mainte bonne maison.
+
+ LXXXIX.
+
+ Item, donne à mon advocat,
+ Maistre Guillaume Charruau,
+ Quoy qu'il marchande ou ait estât,
+ Mon branc... Je me tays du fourreau,
+ Il aura, avec ce, ung réau
+ En change, affin que sa bourse enfle,
+ Prins sur la chaussée et carreau
+ De la grand closture du Temple.
+
+ Item, mon procureur Fournier
+ Aura, pour toutes ses corvées
+ (Simple seroit de l'espargner;
+ En ma bourse quatre havées),
+ Car maintes causes m'a saulvées,
+ Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
+ Comme elles ont esté trouvées;
+ Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
+
+ XCI.
+
+ Item, je donne à maistre Jaques
+ Raguyer le grant godet de Grève,
+ Pourveu qu'il payera quatre plaques,
+ Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
+ Ce dont on ceuvre mol et grève;
+ Aller sans chausses et chappin,
+ Tous les matins, quand il se liève,
+ Au trou de la Pomme de pin.
+
+ XCII. [P. 62]
+
+ Item, quant est de Mairebeuf,
+ Et de Nicolas de Louviers,
+ Vache ne leur donne ne beuf,
+ Car vachers ne sont, ne bouviers,
+ Mais gens à porter esperviers,
+ Ne cuidez pas que je vous joue,
+ Pour prendre perdriz et plouviers,
+ Sans faillir, sur la Maschecroüe.
+
+ XCIII.
+
+ Item, vienne Robert Turgis
+ A moy, je luy payeray son vin,
+ Combien, s'il trouve mon logis,
+ Plus fort sera que le devin.
+ Le droit luy donne d'eschevin,
+ Que j'ay comme enfant de Paris...
+ Se je parle ung peu poictevin,
+ Ilce m'ont deux dames appris.
+
+ XCIV.
+
+ Filles sont très belles et gentes,
+ Demourantes à Sainct-Genou,
+ Près Sainct-Julian des Voventes,
+ Marches de Bretaigne ou Poictou,
+ Mais je ne dy proprement où,
+ Or y pensez trestous les jours,
+ Car je ne suis mie si fou...
+ Je pense celer mes amours.
+
+ XCV.
+
+ Item, à Jehan Raguyer je donne,
+ Qui est sergent, voir des Douze,
+ Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63]
+ Tous les jours une talemouze,
+ Pour brouter et fourrer sa mouse,
+ Prinse à la table de Bailly;
+ A Maubuay sa gorge arrouse,
+ Car à manger n'a pas failly.
+
+ XCVI.
+
+ Item, donne au prince des Sotz
+ Pour ung bon sot Michault du Four,
+ Qui à la fois dit de bons motz
+ Et chante bien: _Ma doulce amour_!
+ Avec ce, il aura le bonjour.
+ Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
+ Il est ung droit sot de séjour,
+ Et est plaisant où il n'est point.
+
+ XCVII.
+
+ Item, aux unze vingtz Sergens
+ Donne, car leur faict est honneste,
+ Et sont bonnes et doulces gens,
+ Denis Richier, et Jehan Vallette,
+ A chascun une grand cornette,
+ Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre
+ J'entendz à ceulx de pied, hohecte!
+ Car je n'ay que faire des autres.
+
+ XCVIII.
+
+ Derechef, donne à Périnet,
+ J'entendz le bastard de la Barre,
+ Pour ce qu'il est beau fils et net,
+ En son escu, en lieu de barre,
+ Trois detz plombez, de bonne carre,
+ Ou ung beau joly jeu de cartes...
+ Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64]
+ En oultre aura les fièvres quartes.
+
+ XCIX.
+
+ Item, ne vueil plus que Chollet
+ Dolle, trenche, douve ne boyse,
+ Relye brocq ne tonnelet,
+ Mais tous ses outilz changer voyse
+ A une espée lyonnoise,
+ Et retienne le hutinet:
+ Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
+ Si luy plaist-il ung tantinet.
+
+ C.
+
+ Item, je donne à Jehan le Lou,
+ Homme de bien et bon marchant,
+ Pour ce qu'il est linget et flou,
+ Et que Chollet est mal chassant,
+ Par les rues plustost qu'au champ,
+ Qui ne lairra poulaille en voye,
+ Le long tabart, et bien cachant,
+ Pour les musser, qu'on ne les voye.
+
+ CI.
+
+ Item, à l'orfèvre Du Boys,
+ Donne cent clouz, queues et testes,
+ De gingembre sarazinoys,
+ Non pas pour accoupler ses boytes,
+ Mais pour conjoindre culz et coettes,
+ Et couldre jambons et andoilles,
+ Tant que le laict en monte aux tettes,
+ Et le sang en devalle aux coilles.
+
+ CII. [P. 65]
+
+ Au cappitaine Jehan Riou,
+ Tant pour luy que pour ses archiers,
+ Je donne six livres de lou,
+ Qui n'est pas viande à porchiers,
+ Prins à gros mastins de bouchiers,
+ Et cuittes de vin de buffet.
+ Pour manger de ces morceaulx chiers,
+ On en ferait bien un mau faict.
+
+ CIII.
+
+ C'est viande ung peu plus pesante,
+ Que duvet, ne plume, ne liège.
+ Elle est bonne à porter en tente,
+ Ou pour user en quelque siège.
+ Et, s'ilz estoient prins en un piège,
+ Les mastins, qu'ils ne sceussent courre,
+ J'ordonne, moy qui suis bon miège,
+ Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre.
+
+ CIV.
+
+ Item, à Robin Troussecaille,
+ Qui s'est en service bien faict;
+ A pied ne va comme une caille,
+ Mais sur roussin gros et reffaict:
+ Je luy donne, de mon buffet,
+ Une jatte qu'emprunter n'ose;
+ Si aura mesnage parfait:
+ Plus ne luy failloit autre chose.
+
+ CV.
+
+ Item, donne à Perrot Girard,
+ Barbier juré du Bourg-la-Royne,
+ Deux bassins et ung coquemard, [P. 66]
+ Puis qu'à gaigner mect telle peine.
+ Des ans y a demy douzaine,
+ Qu'en son hostel, de cochons gras
+ M'apastela une sepmaine;
+ Tesmoing l'abesse de Pourras.
+
+ CVI.
+
+ Item, aux Frères mendians,
+ Aux Devotes et aux Beguines,
+ Tant de Paris que d'Orléans,
+ Tant Turlupins que Turlupines,
+ De grasses souppes jacobines
+ Et flans leurs fais oblation;
+ Et puis après, soubz les courtines,
+ Parler de contemplation.
+
+ CVII.
+
+ Si ne suis-je pas qui leur donne,
+ Mais du tout en sont-ce les mères,
+ Et Dieu, qui ainsi les guerdonne,
+ Pour qui souffrent peines amères.
+ Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères,
+ Et mesmement ceulx de Paris.
+ S'ilz font plaisir à noz commères,
+ Ilz ayment ainsi les maris.
+
+ CVIII.
+
+ Quoy que maistre Jehan de Pontlieu
+ En voulsist dire, _et reliqua_,
+ Contrainct et en publique lieu,
+ Voulsist ou non, s'en revocqua.
+ Maistre Jehan de Mehun se moqua
+ De leur façon; si feit Mathieu.
+ Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67]
+ Honnoré l'Eglise de Dieu.
+
+ CIX.
+
+ Si me submectz, leur serviteur,
+ En tout ce que puis faire et dire,
+ A les honorer de bon cueur,
+ Et servir, sans y contredire.
+ L'homme bien fol est d'en mesdire,
+ Car, soit à part, ou en prescher,
+ Ou ailleurs, il ne fault pas dire
+ Si gens sont pour eux revencher.
+
+ CX.
+
+ Item, je donne à frère Baulde,
+ Demeurant à l'hostel des Carmes,
+ Portant chère hardie et baulde,
+ Une sallade et deux guysarmes,
+ Que De Tusca et ses gens d'armes
+ Ne luy riblent sa Caige-vert.
+ Vieil est: s'il ne se rend aux armes,
+ C'est bien le diable de Vauvert.
+
+ CXI.
+
+ Item, pour ce que le Scelleur,
+ Maint estront de mousche à masché,
+ Donne, car homme est de valleur,
+ Son sceau davantage craché,
+ Et qu'il ait le pouce escaché,
+ Pour tout comprendre à une voye;
+ J'entendz celluy de l'Evesché,
+ Car les autres, Dieu les pourvoye.
+
+ CXII. [P. 68]
+
+ Quant de messieurs les Auditeux,
+ Leur chambre auront lembroysée;
+ Et ceulx qui ont les culz rongneux,
+ Chascun une chaise persée,
+ Mais qu'à la petite Macée
+ D'Orléans, qui eut ma ceincture,
+ L'amende soit bien hault taxée:
+ Elle est une mauvaise ordure.
+
+ CXIII.
+
+ Item, donne à maistre Françoys,
+ Promoteur de la vacquerie,
+ Ung hault gorgerin d'Escossoys,
+ Toutesfois sans orfaverie;
+ Car, quant receut chevalerie,
+ Il maugrea Dieu et saint George.
+ Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie,
+ Comme enragé, à pleine gorge.
+
+ CXIV.
+
+ Item, à maistre Jehan Laurens,
+ Qui a les povres yeulx si rouges,
+ Par le peché de ses parens,
+ Qui beurent en barilz et courges,
+ Je donne l'envers de mes bouges,
+ Pour chascun matin les torcher...
+ S'il fust archevesque de Bourges,
+ Du cendal eust, mais il est cher.
+
+ CXV.
+
+ Item, à maistre Jehan Cotard,
+ Mon procureur en Court d'Eglise,
+ Devoye environ ung patard, [P. 69]
+ Car à present bien m'en advise,
+ Quant chicanner me feit Denise,
+ Disant que l'avoye mauldite;
+ Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise!
+ Ceste Oraison j'ay cy escripte.
+
+
+ BALLADE ET ORAISON.
+
+ Père Noé, qui plantastes la vigne;
+ Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher,
+ Par tel party qu'Amour, qui gens engigne,
+ De vos filles si vous feit approcher,
+ Pas ne le dy pour le vous reprocher,
+ Architriclin, qui bien sceustes cest art,
+ Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Jadis extraict il fut de vostre ligne,
+ Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher;
+ Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne,
+ Certes, sur tous, c'estoit un bon archer;
+ On ne luy sceut pot des mains arracher,
+ Car de bien boire oncques ne fut faitard.
+ Nobles seigneurs, ne souffrez empescher
+ L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard!
+
+ Comme um viellart qui chancelle et trepign
+ L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher;
+ Et une foys il se feit une bigne,
+ Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher.
+ Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher [P. 70]
+ Meilleur pion, pour boire tost et tard.
+ Faictes entrer quand vous orrez hucher
+ L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher;
+ Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard!
+ Et si ne sceut oncq sa soif estancher,
+ L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard.
+
+
+
+ CXVI.
+
+ Item, vueil que le jeune Merle
+ Désormais gouverne mon change,
+ Car de changer envys me mesle,
+ Pourveu que tousjours baille en change,
+ Soit à privé, soit à estrange,
+ Pour trois escus, six brettes targes;
+ Pour deux angelotz, ung grand ange:
+ Car amans doivent estre larges.
+
+ CXVII.
+
+ Item, j'ay sçeu, à ce voyage,
+ Que mes trois povres orphelins
+ Sont creus et deviennent en aage,
+ Et n'ont pas testes de belins,
+ Et qu'enfans d'icy à Salins
+ N'a mieulx saichans leur tour d'escolle;
+ Or, par l'ordre des Mathelins,
+ Telle jeunesse n'est pas folle.
+
+ CXVIII. [P. 71]
+
+ Si vueil qu'ilz voysent à l'estude;
+ Où? chez maistre Pierre Richer.
+ Le _Donnait_ est pour eulx trop rude:
+ Jà ne les y vueil empescher.
+ Ilz sçauront, je l'ayme plus cher:
+ _Ave salus, tibi decus_,
+ Sans plus grandes lettres chercher:
+ Tousjours n'ont pas clercs le dessus.
+
+ CXIX.
+
+ Cecy estudient, et puis ho!
+ Plus procéder je leur deffens.
+ Quant d'entendre le grand _Credo_,
+ Trop fort il est pour telz enfans.
+ Mon grant tabard en deux je fendz:
+ Si vueil que la moictié s'en vende,
+ Pour eulx en achepter des flans,
+ Car jeunesse est ung peu friande.
+
+ CXX.
+
+ Et veuil qu'ilz soyent informez
+ En meurs, quoy que couste bature;
+ Chapperons auront enfermez,
+ Et les poulces soubz la ceincture;
+ Humbles à toute créature;
+ Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_
+ Si diront gens, par adventure:
+ «Voycy enfans de lieu de bien!»
+
+ CXXI.
+
+ Item, à mes pouvres clergeons,
+ Auxquelz mes titres je resigne,
+ Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72]
+ Les voyans, je m'en dessaisine,
+ Et, sans recevoir, leur assigne,
+ Seur comme qui l'auroit en paulme,
+ A une certain jour que l'on signe,
+ Sur l'hostel de Guesdry Guillaume.
+
+ CXXII.
+
+ Quoy que jeunes et esbatans
+ Soyent, en rien ne me desplaist;
+ Dedans vingt, trente ou quarante ans
+ Bien autres seront, se Dieu plaist.
+ Il faict mal qui ne leur complaist,
+ Car ce sont beaux enfans et gents;
+ Et qui les bat ne fiert, fol est,
+ Car enfans si deviennent gens.
+
+ CXXIII.
+
+ Les bourses des Dix-et-huict clers
+ Auront; je m'y vueil travailler:
+ Pas ilz ne dorment comme lerz,
+ Qui trois mois sont sans resveiller.
+ Au fort, triste est le sommeiller
+ Qui faict aise jeune en jeunesse,
+ Tant qu'enfin luy faille veiller,
+ Quant reposer deust en vieillesse.
+
+ CXXIV.
+
+ Cy en escris au collateur
+ Lettres semblables et pareilles:
+ Or prient pour leur bienfaicteur,
+ Ou qu'on leur tire les oreilles.
+ Aucunes gens ont grand merveilles,
+ Que tant m'encline envers ces deux;
+ Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73]
+ Oncques ne vey les mères d'eulx!
+
+ CXXV.
+
+ Item, et à Michault Culdou,
+ Et à sire Charlot Taranne,
+ Cent solz: s'ilz demandent prins où?
+ Ne leur chaille; ils viendront de manne;
+ Et unes houses de basanne,
+ Autant empeigne que semelle;
+ Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne,
+ Et autant une autre comme elle.
+
+ CXXVI.
+
+ Item, au seigneur de Grigny,
+ Auquel jadis laissay Vicestre,
+ Je donne la tour de Billy,
+ Pourveu, se huys y a ne fenestre
+ Qui soit ne debout ne en estre,
+ Qu'il mette très bien tout appoinct:
+ Face argent à dextre, à senestre:
+ Il m'en fault, et il n'en a point.
+
+ CXXVII.
+
+ Item, à Thibault de la Garde:
+ Thibault? je mentz, il a nom Jehan;
+ Que luy donray-je, que ne perde?
+ Assez ay perdu tout cest an.
+ Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_
+ Le barillet? par m'ame, voyre!
+ Genevoys est le plus ancien,
+ Et plus beau nez a pour y boyre.
+
+
+ CXXVIII. [P. 74]
+
+ Item, je donne à Basanyer,
+ Notaire et greffier criminel,
+ De giroffle plain ung panyer,
+ Prins chez maistre Jehan de Ruel.
+ Tant à Mautainct; tant à Rosnel;
+ Et, avec ce don de giroffle,
+ Servir, de cueur gent et ysnel,
+ Le seigneur qui sert sainct Cristofle,
+
+ CXXIX.
+
+ Auquel ceste Ballade donne,
+ Pour sa dame, qui tous biens a.
+ S'Amour ainsi tous ne guerdonne,
+ Je ne m'esbahys de cela;
+ Car au Pas conquesté celle a
+ Que tint René, roy de Cecille,
+ Où si bien fist et peu parla
+ Qu'oncques Hector feit, ne Troïle.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour
+ l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée.
+
+ Au poinct du jour, que l'esprevier se bat,
+ Meu de plaisir et par noble coustume,
+ Bruyt il demaine et de joye s'esbat,
+ Reçoit son per et se joint à la plume:
+ Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume.
+ Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75]
+ Sachez qu'Amour l'escript en son volume,
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Dame serez de mon cueur, sans debat,
+ Entierement, jusques mort me consume.
+ Laurier soüef qui pour mon droit combat,
+ Olivier franc, m'ostant toute amertume.
+ Raison ne veult que je desaccoustume,
+ Et en ce vueil avec elle m'assemble,
+ De vous servir, mais que m'y accoustume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat,
+ Par fortune qui sur moy si se fume,
+ Vostre doulx oeil sa malice rabat,
+ Ne plus ne moins que le vent faict la fume.
+ Si ne perds pas la graine que je sume
+ En vostre champ, car le fruict me ressemble:
+ Dieu m'ordonne que le fouysse et fume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, oyez ce que cy vous resume:
+ Que le mien cueur du vostre desassemble
+ Jà ne sera: tant de vous en presume;
+ Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble.
+
+
+
+ CXXX.
+
+ Item, à sire Jehan Perdryer,
+ Riens, n'à Françoys, son second frère.
+ Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76]
+ Et de leurs biens faire confrère;
+ Combien que Françoys, mon compère,
+ Contre langues flambans et rouges,
+ Sans commandement, sans prière,
+ Me recommanda fort à Bourges.
+
+ CXXXI.
+
+ Si aille veoir en Taillevent,
+ Ou chapitre de fricassure,
+ Tout au long, derrière et devant,
+ Lequel n'en parle jus ne sure;
+ Mais à Macquaire vous asseure,
+ A tout le poil cuysant ung dyable,
+ Affin que sentist bon l'arsure,
+ Ce _Recipe_ m'escript, sans fable.
+
+
+
+ BALLADE.
+
+ En reagal, en arsenic rocher,
+ En orpigment, en salpestre et chaulx vive;
+ En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher;
+ En suif et poix, destrampez de lessive
+ Faicte d'estronts et de pissat de Juifve;
+ En lavaille de jambes à meseaulx;
+ En raclure de piedz et vieulx houseaulx;
+ En sang d'aspic et drogues venimeuses;
+ En fiel de loups, de regnards et blereaux,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En cervelle de chat qui hayt pescher,
+ Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive;
+ D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77]
+ Tout enragé, en sa bave et salive;
+ En l'escume d'une mulle poussive,
+ Detrenchée menu à bons ciseaulx;
+ En eau où ratz plongent groings et museaulx,
+ Raines, crapauds, telz bestes dangereuses,
+ Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ En sublimé, dangereux à toucher;
+ Et au nombril d'une couleuvre vive;
+ En sang qu'on mect en poylettes secher,
+ Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive,
+ Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive,
+ En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx
+ Où nourrices essangent leurs drappeaulx;
+ En petits baings de filles amoureuses
+ Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx,
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, passez tous ces friands morceaux,
+ S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux,
+ Parmy le fons d'unes brayes breneuses;
+ Mais, paravant, en estronts de pourceaulx
+ Soient frittes ces langues envieuses!
+
+
+
+ CXXXII.
+
+ Item, à maistre Jehan Courault,
+ Les Contredictz Franc-Gontier mande:
+ Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78]
+ A cestuy-là rien ne demande;
+ Le saige ne veult que contende,
+ Contre puissant, pouvre homme las,
+ Affin que ses filez ne tende,
+ Et que ne tresbuche en ses laqs.
+
+ CXXXIII.
+
+ Gontier ne crains: il n'a nulz hommes
+ Et mieulx que moy n'est herité;
+ Mais en ce debat cy nous sommes,
+ Car il loue sa pouvreté:
+ Estre pouvre, yver et esté,
+ A felicité il repute,
+ Ce que tiens à malheureté.
+ Lequel à tort? Or en dispute.
+
+
+
+ BALLADE
+
+ Intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_
+
+ Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
+ Lez ung brasier, en chambre bien nattée,
+ A son costé gisant dame Sydoine,
+ Blanche, tendre, pollie et attaintée:
+ Boire ypocras, à jour et à nuyctée,
+ Rire, jouer, mignonner et baiser,
+ Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser,
+ Les vy tous deux, par un trou de mortaise:
+ Lors je congneuz que, pour dueil appaiser,
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79]
+ Eussent tousjours tel douce vie hantée,
+ D'oignons, civetz, qui causent forte alaine,
+ N'en comptassent une bise tostée.
+ Tout leur mathon, ne toute leur potée,
+ Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
+ S'ilz se vantent coucher soubz le rosier,
+ Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise?
+ Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser?
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
+ Et boivent eau, tout au long de l'année.
+ Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine
+ A tel escot une seule journée
+ Ne me tiendroient, non une matinée.
+ Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier,
+ Helène o luy, soubz le bel esglantier;
+ Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise;
+ Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier,
+ Il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, jugez, pour tous nous accorder.
+ Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise,
+ Petit enfant, j'ay ouy recorder
+ Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise.
+
+
+ CXXXIV.
+
+ Item, pour ce que sçait la Bible,
+ Mademoyselle de Bruyères,
+ Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80]
+ A elle et à ses bachelieres,
+ Pour retraire ces villotières
+ Qui ont le bec si affilé,
+ Mais que ce soit hors cymetières,
+ Trop bien au marché au filé.
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DES FEMMES DE PARIS.
+
+ Quoy qu'on tient belles langagières
+ Florentines, Veniciennes,
+ Assez pour estre messaigières,
+ Et mesmement les anciennes;
+ Mais, soient Lombardes, Rommaines,
+ Genevoises, à mes perilz,
+ Piemontoises, Savoysiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ De très beau parler tiennent chaires,
+ Ce dit-on, les Napolitaines,
+ Et que sont bonnes cacquetoeres
+ Allemanses et Bruciennes;
+ Soient Grecques, Egyptiennes,
+ De Hongrie ou d'autre pays,
+ Espaignolles ou Castellannes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ Brettes, Suysses, n'y sçavent guères,
+ Ne Gasconnes et Tholouzaines;
+ Du Petit-Pont deux harangères [P. 81]
+ Les concluront, et les Lorraines,
+ Anglesches ou Callaisiennes,
+ (Ay je beaucoup de lieux compris?)
+ Picardes, de Valenciennes;
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, aux dames parisiennes
+ De bien parler donnez le prix;
+ Quoy qu'on die d'Italiennes,
+ Il n'est bon bec que de Paris.
+
+
+
+ CXXXV.
+
+ Regarde-m'en deux, trois, assises
+ Sur le bas du ply de leurs robes,
+ En ces monstiers, en ces eglises;
+ Tire t'en près, et ne t'en hobes;
+ Tu trouveras là que Macrobes
+ Oncques ne fist tels jugemens;
+ Entens: quelque chose en desrobes;
+ Ce sont tous beaulx enseignemens.
+
+ CXXXVI.
+
+ Item, et au mont de Montmartre,
+ Qui est ung lieu moult ancien,
+ Je lui donne et adjoincts le tertre.
+ Qu'on dit de mont Valerien;
+ Et, oultre plus, d'ung quartier d'an
+ Du pardon qu'apportay de Romme:
+ Sy yra maint bon paroissien,
+ En l'abbaye ou il n'entre homme.
+
+ CXXXVII. [P. 82]
+
+ Item, valetz et chambrières
+ De bons hostelz (rien ne me nuyst),
+ Faisans tartes, flans et goyères,
+ Et grant rallias à minuict:
+ Riens n'y font sept pintes ne huict,
+ Tant que gisent Seigneur et dame;
+ Puis après, sans mener grant bruyt,
+ Je leur ramentoy le jeu d'asne.
+
+ CXXXVIII.
+
+ Item, et à filles de bien,
+ Qui ont pères, mères et antes,
+ Par m'ame! je ne donne rien;
+ Tout ont eu varletz et servantes;
+ Se fussent-ilz de pou contentes,
+ Grant bien leur feissent maintz lopins,
+ Aux povres filles advenantes,
+ Qui se perdent aux Jacopins.
+
+ CXXXIX.
+
+ Aux Célestins et aux Chartreux,
+ Quoy que vie meinent estroicte,
+ Si ont-ilz largement entre eulx,
+ Dont povres filles ont souffrette:
+ Tesmoing Jaqueline et Perrette,
+ Et Isabeau, qui dit: _Enné!_
+ Puis qu'ilz ont eu telle disette,
+ A peine en seroit-on damné.
+
+ CXL.
+
+ Item, à la grosse Margot,
+ Très doulce face et pourtraicture,
+ Foy que doy _Brelare Bigod,_
+ Assez devote creature. [P. 83]
+ Je l'ayme de propre nature,
+ Et elle moy, la doulce sade.
+ Qui la trouvera d'adventure,
+ Qu'on luy lise ceste Ballade.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT.
+
+ Se j'ayme et sers la belle de bon haict,
+ M'en devez-vous tenir à vil ne sot?
+ Elle a en soy des biens à fin souhaict.
+ Pour son amour ceings bouclier et passot.
+ Quand viennent gens, je cours et happe un pot:
+ Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt.
+ Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict,
+ S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_:
+ «Retournez cy, quand vous serez en ruyt,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat!»
+
+ Mais, tost après, il y a grant deshait,
+ Quand sans argent s'en vient coucher Margot;
+ Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait.
+ Sa robe prens, demy-ceinct et surcot:
+ Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot.
+ Par les costez si se prend, l'Antechrist
+ Crie, et jure par la mort Jesuchrist,
+ Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat,
+ Dessus le nez luy en fais ung escript,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+ Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84]
+ Plus enflée qu'ung venimeux scarbot.
+ Riant, m'assiet le poing sur mon sommet,
+ Gogo me dit, et me fiert le jambot.
+ Tous deux yvres, dormons comme ung sabot;
+ Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt,
+ Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit.
+ Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat;
+ De paillarder tout elle me destruict,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+ ENVOI.
+
+ Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict!
+ Je suis paillard, la paillarde me suit.
+ Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit.
+ L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat.
+ Ordure amons, ordure nous affuyt.
+ Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt,
+ En ce bourdel où tenons nostre estat.
+
+
+
+ CXLI.
+
+ Item, à Marion l'Ydolle,
+ Et la grand Jehanne de Bretaigne,
+ Donne tenir publique escolle,
+ Où l'escolier le maistre enseigne.
+ Lieu n'est où ce marché ne tienne,
+ Sinon en la grille de Mehun;
+ De quoy je dy: Fy de l'enseigne,
+ Puis que l'ouvrage est si commun!
+
+ CXLII. [P. 85]
+
+ Item, à Noë le Jolys,
+ Autre chose je ne luy donne,
+ Fors plein poing d'osiers frez cueilliz
+ En mon jardin; je l'abandonne.
+ Chastoy est une belle aulmosne;
+ Ame n'en doit estre marry.
+ Unze vingtz coups lui en ordonne,
+ Par les mains de maistre Henry.
+
+ CXLIII.
+
+ Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu
+ Donner, n'aux povres hospitaulx;
+ Bourdes n'ont icy temps ne lieu,
+ Car povres gens ont assez maulx.
+ Chascun leur envoye leurs os.
+ Les Mandians ont eu mon oye;
+ Au fort, ilz en auront les os:
+ A menues gens menue monnoye.
+
+ CXLIV.
+
+ Item, je donne à mon barbier,
+ Qui se nomme Colin Galerne,
+ Près voysin d'Angelot l'Herbier,
+ Ung gros glasson... Prins où? En Marne,
+ Affin qu'à son ayse s'yverne.
+ De l'estomach le tienne près.
+ Se l'yver ainsi se gouverne,
+ Il n'aura chault l'esté d'après.
+
+ CXLV.
+
+ Item, rien aux Enfans-Trouvez;
+ Mais les perduz fault que console,
+ Si doivent estre retrouvez, [P. 86]
+ Par droict, sur Marion l'Ydolle.
+ Une leçon de mon escolle
+ Leur liray, qui ne dure guière.
+ Teste n'ayent dure ne folle,
+ Mais escoutent: c'est la dernière!
+
+
+
+ BELLE LEÇON
+ DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ.
+
+ Beaux enfans, vous perdez la plus
+ Belle rose de vo chapeau,
+ Mes clers apprenans comme glu;
+ Se vous allez à Montpippeau
+ Ou à Ruel, gardez la peau:
+ Car, pour s'esbatre en ces deux lieux,
+ Cuydant que vaulsist le rappeau,
+ La perdit Colin de Cayeulx.
+
+ Ce n'est pas ung jeu de trois mailles,
+ Où va corps, et peut-estre l'ame:
+ S'on perd, rien n'y sont repentailles,
+ Qu'on ne meure à honte et diffame;
+ Et qui gaigne, n'a pas à femme
+ Dido la royne de Cartage.
+ L'homme est donc bien fol et infame,
+ Qui, pour si peu, couche tel gage.
+
+ Qu'ung chascun encore m'escoute:
+ On dit, et il est vérité,
+ Que charretée se boyt toute, [P. 87]
+ Au feu l'yver, au bois l'esté.
+ S'argent avez, il n'est enté;
+ Mais le despendez tost et viste.
+ Qui en voyez-vous hérité?
+ Jamais mal acquest ne proffite.
+
+
+
+ BALLADE
+ DE BONNE DOCTRINE,
+ A ceux de mauvaise vie.
+
+ Car ou soyes porteur de bulles,
+ Pipeur ou hazardeur de dez,
+ Tailleur de faulx coings, tu te brusles,
+ Comme ceux qui sont eschaudez,
+ Traistres pervers, de foy vuydez;
+ Soyes larron, ravis ou pilles:
+ Où en va l'acquest, que cuydez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ Ryme, raille, cymballe, luttes,
+ Comme folz, faintis, eshontez;
+ Farce, broille, joue des flustes;
+ Fais, ès villes et ès cités,
+ Fainctes, jeux et moralitez;
+ Gaigne au berlan, au glic, aux quilles:
+ Où s'en va tout? Or escoutez:
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ De telz ordures te reculles; [P. 88]
+ Laboure, fauche champs et prez;
+ Serz et panse chevaulx et mulles,
+ S'aucunement tu n'es lettrez;
+ Assez auras, se prens en grez.
+ Mais, se chanvre broyes ou tilles,
+ Où tend ton labour qu'as ouvrez?
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+ ENVOI.
+
+ Chausses, pourpoinctz esguilletez,
+ Robes, et toutes vos drapilles,
+ Ains que cessez, vous porterez
+ Tout aux tavernes et aux filles.
+
+
+ CXLVI.
+
+ A vous parle, compaings de galles,
+ Qui estes de tous bons accors;
+ Gardez-vous tous de ce mau hasles,
+ Qui noircist gens quand ils sont mortz;
+ Eschevez-le, c'est ung mal mors;
+ Passez-vous-en mieulx que pourrez;
+ Et, pour Dieu, soyez tous recors
+ Qu'une fois viendra que mourrez.
+
+ CXLVII.
+
+ Item, je donne aux Quinze-Vingtz,
+ Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens
+ De Paris, non pas de Provins,
+ Car à eulx tenu je me sens.
+ Ilz auront, et je m'y consens,
+ Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89]
+ Pour mettre à part, aux Innocens,
+ Les gens de bien des deshonnestes.
+
+ CXLVIII.
+
+ Icy n'y a ne rys ne jeu.
+ Que leur vault avoir eu chevances,
+ N'en grans lictz de parement geu,
+ Engloutir vin, engrossir panses,
+ Mener joye, festes et danses,
+ Et de ce prest estre à toute heure?
+ Tantost faillent telles plaisances,
+ Et la coulpe si en demeure.
+
+ CXLIX.
+
+ Quand je considère ces testes
+ Entassées en ces charniers,
+ Tous furent maistres des requestes,
+ Ou tous de la Chambre aux Deniers,
+ Ou tous furent porte-paniers;
+ Autant puis l'ung que l'autre dire,
+ Car, d'evesques ou lanterniers,
+ Je n'y congnois rien a redire.
+
+ CL.
+
+ Et icelles qui s'inclinoient
+ Unes contre autres en leur vies;
+ Desquelles les unes regnoient,
+ Des autres craintes et servies:
+ Là les voy toutes assouvies,
+ Ensemble en ung tas pesle-mesle.
+ Seigneuries leur sont ravies;
+ Clerc ne maistre ne s'y appelle.
+
+ CLI. [P. 90]
+
+ Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes!
+ Quant est des corps, ils sont pourriz.
+ Ayent esté seigneurs ou dames,
+ Souef et tendrement nourriz
+ De cresme, fromentée ou riz,
+ Leurs os sont declinez en pouldre,
+ Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz...
+ Plaise au doulx Jesus les absouldre!
+
+ CLII.
+
+ Aux trespassez je fais ce lays,
+ Et icelluy je communique
+ A regentz, courtz, sieges et plaids,
+ Hayneurs d'avarice l'inique,
+ Lesquelz pour la chose publique
+ Se seichent les os et les corps:
+ De Dieu et de sainct Dominique
+ Soient absolz, quand ilz seront mortz
+
+
+
+ LAYS.
+
+ Au retour de dure prison,
+ Où j'ay laissé presque la vie,
+ Se Fortune a sur moy envie,
+ Jugez s'elle fait mesprison!
+ Il me semble que, par raison,
+ Elle deust bien estre assouvie,
+ Au retour.
+
+
+ Cecy plain est de desraison, [P. 91]
+ Qui vueille que de tout desvie;
+ Plaise à Dieu que l'ame ravie
+ En soit, lassus, en sa maison,
+ Au retour!
+
+
+
+ CLIII.
+
+ Item, donne à maistre Lomer,
+ Comme extraict que je suis de fée,
+ Qu'il soit bien amé; mais, d'amer
+ Fille en chief ou femme coëffée,
+ Jà n'en ayt la teste eschauffée,
+ Ce qui ne luy couste une noix,
+ Faire ung soir pour soy la fastée,
+ En despit d'Auger le Danois.
+
+ CLIV.
+
+ Item, rien à Jaques Cardon,
+ Car je n'ay rien pour luy honneste.
+ Non pas que le jette à bandon
+ Sinon cette Bergeronnette:
+ S'elle eust le chant _Marionnette_,
+ Faict por Marion la Peau-Tarde,
+ D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_,
+ Elle allast bien à la moustarde.
+
+ CLV.
+
+ Item donne aux amans enfermes,
+ Oultre le lay Alain Chartier,
+ A leurs chevetz, de pleurs et lermes
+ Trestout fin plain ung benoistier,
+ Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92]
+ En tout temps verd, pour gouppillon,
+ Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_
+ Pour l'ame du pouvre Villon.
+
+ CLVI.
+
+ Item, à maistre Jacques James,
+ Qui se tue d'amasser biens,
+ Donne fiancer tant de femmes
+ Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens
+ Pour qui amasse-il? Pour les siens.
+ Il ne plainct fors que ses morceaulx;
+ Ce qui fut aux truyes, je tiens
+ Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx.
+
+ CLVII.
+
+ Item, le Camus Seneschal,
+ Qui une fois paya mes debtes,
+ En recompense, mareschal,
+ Pour ferrer oës et canettes.
+ Je luy envoye ces sornettes,
+ Pour soy desennuyer; combien,
+ Si veult, face-en des alumettes.
+ De bien chanter s'ennuye-on bien.
+
+ CLVIII.
+
+ Item, au Chevalier du Guet
+ Je donne deux beaulx petitz pages,
+ Philippot et le gros Marquet,
+ Qui ont servy, dont sont plus sages,
+ La plus grant partie de leurs aages,
+ Tristan, prevost des mareschaulx.
+ Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges,
+ Aller leur fauldra tous deschaulx!
+
+ CLIX. [P. 93]
+
+ Item, au Chappelain je laisse
+ Ma chapelle à simple tonsure,
+ Chargée d'une seiche messe,
+ Où il ne fault pas grand lecture.
+ Resigné luy eusse ma cure,
+ Mais point ne veult de charge d'ames;
+ De confesser, ce dit, n'a cure,
+ Sinon chambrières et dames.
+
+ CLX.
+
+ Pour ce que sçait bien mon entente,
+ Jehan de Calays, honnorable homme,
+ Qui ne me veit des ans a trente,
+ Et ne sçait comment je me nomme,
+ De tout ce Testament, en somme,
+ S'aucune y a difficulté,
+ Oster jusqu'au rez d'une pomme
+ Je luy en donne faculté.
+
+ CLXI.
+
+ De le gloser et commenter,
+ De le diffinir ou prescripre,
+ Diminuer ou augmenter;
+ De le canceller ou transcripre
+ De sa main, ne sceust-il escripre;
+ Interpreter, et donner sens,
+ A son plaisir, meilleur ou pire;
+ A tout ceci je m'y consens.
+
+ CLXII.
+
+ Et s'aucun, dont n'ay congnoissance,
+ Estoit allé de mort à vie,
+ Audict Calais donne puissance, [P. 94]
+ Affin que l'ordre soit suyvie
+ Et mon ordonnance assouvie,
+ Que ceste aulmosne ailleurs transporte,
+ Sans se l'appliquer par envie;
+ A son ame je m'en rapporte.
+
+ CLXIII.
+
+ Item, j'ordonne à Saincte-Avoye,
+ Et non ailleurs, ma sepulture;
+ Et, affin que chascun me voye,
+ Non pas en chair, mais en paincture,
+ Que l'on tire mon estature
+ D'ancre, s'il ne coustoit trop cher.
+ De tumbel? Rien; je n'en ay cure,
+ Car il greveroit le plancher.
+
+ CLXIV.
+
+ Item, vueil qu'autour de ma fosse
+ Ce que s'ensuyt, sans autre histoire,
+ Soit escript, en lettre assez grosse;
+ Et qui n'auroit point d'escriptoire,
+ De charbon soit, ou pierre noire,
+ Sans en rien entamer le plastre:
+ Au moins sera de moy memoire
+ Telle qu'il est d'ung bon folastre.
+
+ CLXV.
+
+ CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER,
+ QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON,
+ UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER,
+ QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON.
+ ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON.
+
+ TESTAMENT. [P. 95]
+
+ IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET:
+ TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON.
+ POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET.
+
+
+
+ RONDEAU.
+
+ _Repos eternel donne à cil,
+ Lumière, clarté perpétuelle,
+ Qui vaillant plat ny escuelle
+ N'eut oncques, n'ung brin de percil.
+ Il fut rez, chef, barbe, sourcil,
+ Comme ung navet qu'on ree et pelle.
+ Repos éternel donne à cil_.
+
+ _Rigueur le transmit en exil,
+ Et luy frappa au cul la pelle,
+ Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle!
+ _Qui n'est pas terme trop subtil.
+ Repos eternel donne à cil_.
+
+
+ CLXVI.
+
+ Item, je vueil qu'on sonne à branle
+ Le gros Beffray, qui n'est de voire;
+ Combien que cueur n'est qui ne tremble;
+ Quand de sonner est à son erre.
+ Saulvé a mainte belle terre,
+ Le temps passé, chascun le sçait:
+ Fussent gens d'armes ou tonnerre;
+ Au son de luy tout mal cessoit.
+
+ CLXVII [P. 96]
+
+ Les sonneurs auront quatre miches;
+ Et se c'est peu, demy-douzaine,
+ Autant qu'en donnent les plus riches;
+ Mais ilz seront de sainct Estienne.
+ Vollant est homme de grant peine:
+ L'ung en sera. Quand j'y regarde,
+ Il en vivra une sepmaine.
+ Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde.
+
+ CLXVIII.
+
+ Pour tout ce fournir et parfaire,
+ J'ordonne mes executeurs,
+ Auxquelz faict bon avoir affaire,
+ Et contentent bien leurs debteurs.
+ Ilz ne sont pas trop grans venteurs,
+ Et ont bien de quoy, Dieu mercys!
+ De ce faict seront directeurs...
+ Escripts: je t'en nommeray six.
+
+ CLXIX.
+
+ C'est maistre Martin Bellefaye,
+ Lieutenant du cas criminel.
+ Qui sera l'autre? J'y pensoye:
+ Ce sera sire Colombel.
+ S'il luy plaist et il lui est bel,
+ Il entreprendra ceste charge.
+ Et l'autre? Michel Jouvenel.
+ Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge.
+
+ CLXX.
+
+ Mais, au cas qu'ils s'en excusassent,
+ En redoubtant les premiers frais,
+ Ou totalement recusassent, [P. 97]
+ Ceulx qui s'ensuivent cy-après
+ J'institue, gens de bien très,
+ Philip Bruneau, noble escuyer,
+ Et l'autre, son voysin d'emprès,
+ Cy est maistre Jacques Raguyer;
+
+ CLXXI.
+
+ Et l'aultre, maistre Jaques James,
+ Trois hommes de bien et d'honneur,
+ Desirans de saulver leurs âmes,
+ Et doubtans Dieu Nostre Seigneur.
+ Plustot y metteront du leur,
+ Que ceste ordonnance ne baillent.
+ Point n'auront de contrerooleur,
+ Mais à leur seul plaisir en taillent.
+
+ CLXXII
+
+ Des testamens qu'on dit le maistre
+ De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_;
+ Mais ce sera ung jeune prebstre,
+ Qui se nomme Colas Tacot.
+ Voulentiers beusse à son escot,
+ Et qu'il me coustast ma cornette!
+ S'il sceust jouer en ung trippot,
+ Il eust de moy le Trou Perrette.
+
+ CLXXIII.
+
+ Quant au regard du luminaire,
+ Guillaume du Ru j'y commectz.
+ Pour porter les coings du suaire,
+ Aux executeurs le remectz.
+ Trop plus mal me font qu'oncques mais
+ Penil, cheveulx, barbe, sourcilz.
+ Mal me presse; est temps désormais [P. 98]
+ Que crie à toutes gens merciz.
+
+
+
+ BALLADE
+ Par laquelle Villon crye mercy à chascun.
+
+ A Chartreux, aussi Celestins,
+ A mendians et aux devotes,
+ A musars et cliquepatins,
+ Servantes et filles mignottes,
+ Portant surcotz et justes cottes;
+ A cuyderaulx d'amours transis,
+ Chaussans sans meshaing fauves bottes,
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+ A fillettes monstrans tetins,
+ Pour avoir plus largement hostes;
+ A ribleurs meneurs de butins,
+ A basteleurs traynans marmottes,
+ A folz et folles, sotz et sottes,
+ Qui s'en vont sifflant cinq et six;
+ A veufves et à mariottes,
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+ Sinon aux trahistres chiens mastins,
+ Qui m'ont fait ronger dures crostes
+ Et boire eau maintz soirs et matins,
+ Qu'ores je ne crains pas trois crottes.
+ Je feisse pour eulx petz et rottes;
+ Je ne puis, car je suis assis.
+ Bien fort, pour éviter riottes,
+ Je crye à toutes gens, merciz!
+
+ ENVOI. [P. 99]
+
+ Qu'on leur froisse les quinze costes
+ De gros mailletz, fortz et massis,
+ De plombée et de telz pelottes.
+ Je crye à toutes gens merciz!
+
+
+ BALLADE
+ POUR SERVIR DE CONCLUSION.
+
+ Icy se clost le Testament
+ Et finist du pouvre Villon.
+ Venez à son enterrement,
+ Quant vous orrez le carillon,
+ Vestuz rouges com vermillon,
+ Car en amours mourut martir;
+ Ce jura-il sur son coullon
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Et je croy bien que pas n'en ment,
+ Car chassié fut comme un soullon
+ De ses amours hayneusement,
+ Tant que, d'icy à Roussillon,
+ Brosses n'y a ne brossillon,
+ Qui n'eust, ce dit-il sans mentir,
+ Ung lambeau de son cotillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ Il est ainsi, et tellement,
+ Quand mourut n'avoit qu'un haillon.
+ Qui plus? En mourant, mallement [P. 100]
+ L'espoignoit d'amours l'esguillon;
+ Plus agu que le ranguillon
+ D'un baudrier luy faisoit sentir,
+ C'est de quoy nous esmerveillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, gent comme esmerillon,
+ Saichiez qu'il fist, au departir:
+ Ung traict but de vin morillon,
+ Quand de ce monde voult partir.
+
+ FIN DU GRAND TESTAMENT.
+
+
+ [P. 101]
+
+ POÉSIES DIVERSES
+
+ LE QUATRAIN
+ Que feit Villon quand il fut jugé à mourir.
+
+ JE SUIS François, dont ce me poise,
+ Né de Paris emprès Ponthoise.
+ Or d'une corde d'une toise
+ Saura mon col que mon cul poise.
+
+
+ L'EPITAPHE
+
+ EN FORME DE BALLADE
+ Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant
+ estre pendu avec eulx.
+
+ Frères humains, qui après nous vivez,
+ N'ayez les cueurs contre nous endurciz,
+ Car, si pitié de nous pouvres avez,
+ Dieu en aura plustost de vous merciz.
+ Vous nous voyez cy attachez cinq, six:
+ Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102]
+ Elle est pieça devorée et pourrie,
+ Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
+ De nostre mal personne ne s'en rie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ Se vous clamons, frères, pas n'en devez
+ Avoir desdaing, quoique fusmes occis
+ Par justice. Toutesfois, vous sçavez
+ Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis;
+ Intercedez doncques, de cueur rassis,
+ Envers le Filz de la Vierge Marie,
+ Que sa grace ne soit pour nous tarie,
+ Nous preservant de l'infernale fouldre.
+ Nous sommes mors, ame ne nous harie;
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ La pluye nous a debuez et lavez,
+ Et le soleil dessechez et noirciz;
+ Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez,
+ Et arrachez la barbe et les sourcilz.
+ Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis;
+ Puis cà, puis là, comme le vent varie,
+ A son plaisir sans cesser nous charie,
+ Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre.
+ Ne soyez donc de nostre confrairie,
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince JESUS, qui sur tous seigneurie,
+ Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie:
+ A luy n'ayons que faire ne que souldre.
+ Hommes, icy n'usez de mocquerie
+ Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
+
+
+
+ LA REQUESTE DE VILLON [P. 103]
+ Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade.
+
+ Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche,
+ Le nez, et vous, le sensitif, aussi;
+ Tous mes membres où il y a reprouche,
+ En son endroit ung chascun die ainsi:
+ «Court souverain, par qui sommes icy,
+ Vous nous avez gardé de desconfire;
+ Or, la langue ne peut assez suffire
+ A vous rendre suffisantes louenges:
+ Si prions tous, fille au souverain Sire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!»
+
+ Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche,
+ Et ne soyez, au moins, plus endurcy
+ Qu'au desert fut la forte bise roche
+ Dont le peuple des Juifs fut adoulcy;
+ Fondez larmes, et venez à mercy,
+ Comme humble cueur qui tendrement souspire:
+ Louez la Court, conjoincte au sainct Empire,
+ L'heur des Françoys, le confort des estranges,
+ Procreée la sus au ciel empire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche;
+ Saillez avant, rendez toutes mercy,
+ Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche,
+ Et de mascher n'ayez ores soulcy;
+ Considerez que je fusse transy,
+ Foye, pommon, et rate qui respire;
+ Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104]
+ Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges,
+ Louez la Court, avant qu'il vous empire,
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, trois jours ne vueillez m'escondire,
+ Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire;
+ Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes.
+ Court triumphant, _fiat_, sans me desdire;
+ Mère des bons, et soeur des benoistz anges!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ DE L'APPEL DE VILLON.
+
+ Que dites-vous de mon appel,
+ Garnier? Feis-je sens ou follie?
+ Toute beste garde sa pel;
+ Qui la contrainct, efforce ou lye,
+ S'elle peult, elle se deslie.
+ Quand à ceste peine arbitraire
+ On me jugea par tricherie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ Se fusse des hoirs Hue Capel,
+ Qui fut extraict de boucherie,
+ On ne m'eust, parmy ce drapel,
+ Faict boyre à celle escorcherie:
+ Vous entendez bien joncherie?
+ Ce fut son plaisir voluntaire
+ De me juger par fausserie. [P. 105]
+ Etoit-il lors temps de me taire?
+
+ Cuydez-vous que soubz mon cappel
+ N'y eust tant de philosophie
+ Comme de dire: «J'en appel?»
+ Si avoit, je vous certifie,
+ Combien que point trop ne m'y fie.
+ Quand on me dit, présent notaire:
+ «Pendu serez!» je vous affie,
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, si j'eusse eu la pepie,
+ Pieça je fusse où est Clotaire,
+ Aux champs debout comme ung espie.
+ Estoit-il lors temps de me taire?
+
+
+ LE DIT
+
+ DE LA NAISSANCE MARIE.
+ Jam nova progenies celo demittitur alto.
+ _Virg._, (ecl. 4, v.7.)
+
+ O louée Conception,
+ Envoiée sà jus des cieulx;
+ Du noble Lys digne syon;
+ Don de Jhésus très précieux,
+ MARIE, nom très gracieux,
+ Font de pitié, source de grace,
+ La joye confort de mes yeulx, [P. 106]
+ Qui nostre paix batist et brasse!
+
+ La paix, c'est assavoir, des riches,
+ Des povres le substantement,
+ Le rebours des felons et chiches,
+ Très necessaire enfantement,
+ Conceu, porté honnestement,
+ Hors le pechié originel,
+ Que dire je puis sainctement
+ Souverain bien, Dieu éternel!
+
+ Nom recouvré, joye de peuple,
+ Confort des bons, de maulx retraicte;
+ Du doux Seigneur première et seule
+ Fille, de son cler sang extraicte,
+ Du dextre costé Clovis traicte,
+ Glorieuse ymage en tous fais,
+ Ou hault ciel créée et pourtraicte,
+ Pour esjouyr et donner paix!
+
+ En l'amour et crainte de Dieu,
+ Es nobles flans Cesar conceue;
+ Des petis et grans, en tout lieu,
+ A très grande joye receue;
+ De l'amour Dieu traicte, tissue,
+ Pour les discordez ralier,
+ Et aux enclos donner yssue,
+ Leurs lians et fers delier.
+
+ Aucunes gens, qui bien peu sentent,
+ Nourriz en simplesse et confiz,
+ Contre le vouloir Dieu attentent,
+ Par ignorance desconfiz,
+ Désirans que feussiez ung filz; [P. 107]
+ Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,
+ Je croy que ce soit grans proufiz;
+ Raison: Dieu fait tout pour le mieulx.
+
+ Du Psalmiste je prens les dictz:
+ _Delectasti me, Domine,
+ In factura sua_! Je diz:
+ «Noble enfant, de bonne heure né,
+ A toute doulceur destiné,
+ Manna du Ciel, celeste don,
+ De tous bienfais le guerdonné,
+ Et de nos maulx le vray pardon!»
+
+
+
+ DOUBLE BALLADE.
+
+ Combien que j'ay leu en ung Dit:
+ _Inimicum putes_, y a,
+ _Qui te presentem laudabit_,
+ Toutesfois, non obstant cela,
+ Oncques vray homme ne cela
+ En son courage aucun grant bien,
+ Qui ne le monstrast çà et là:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist,
+ Quand l'Aignel de Dieu descela.
+ En ce faisant pas ne meffist,
+ Dont sa voix ès tourbes vola;
+ De quoy saint André Dieu loua,
+ Qui de luy cy ne sçavoit rien,
+ Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108]
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Envoyée de Jhesucrist,
+ Rappelles sà jus, par deçà,
+ Les povres que Rigueur proscript
+ Et que Fortune betourna.
+ Cy sçay bien comment y m'en va!
+ De Dieu, de vous, vie je tien...
+ Benoist celle qui vous porta!
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy, devant Dieu, fais congnoissance,
+ Que creature feusse morte,
+ Ne feust vostre doulce naissance,
+ En charité puissant et forte,
+ Qui ressuscite et reconforte
+ Ce que Mort avoit prins pour sien.
+ Vostre présence me conforte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Cy vous rens toute obéissance,
+ A ce faire raison m'exorte,
+ De toute ma povre puissance;
+ Plus n'est deul qui me desconforte,
+ N'autre ennuy de quelque sorte.
+ Vostre je suis et non plus mien;
+ Ad ce droit et devoir m'enhorte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ O grace et pitié très immense,
+ L'entrée de paix et la porte,
+ Some et benigne clemence,
+ Qui noz faultes toult et supporte,
+ Sy de vous louer me deporte, [P. 109]
+ Ingrat suis, et je le maintien,
+ Dont en ce refrain me transporte:
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ ENVOI.
+
+ Princesse, ce loz je vous porte,
+ Que sans vous je ne feusse rien.
+ A vous et à vous m'en rapporte.
+ On doit dire du bien le bien.
+
+ Euvre de Dieu, digne, louée
+ Autant que nulle créature,
+ De tous biens et vertuz douée,
+ Tant d'esperit que de nature,
+ Que de ceulx qu'on dit, d'adventure,
+ Plus nobles que rubis balais;
+ Selon de Caton l'escripture:
+ _Patrem insequitur proles_.
+
+ Port assuré, maintien rassiz,
+ Plus que ne peut nature humaine,
+ Et, eussiez des ans trente-six,
+ Enfance en rien ne vous demaine.
+ Que jour ne le die et sepmaine,
+ Je ne sçay qui me le deffend...
+ A ce propos ung dit ramaine:
+ De saige mère saige enfant.
+
+ Dont résume ce que j'ay dit:
+ _Nova progenies coelo_
+ Car c'est du poëte le dit: [P. 110]
+ _Jamjam demittitur alto_.
+ Saige Cassandre, belle Echo,
+ Digne Judith, caste Lucresse,
+ Je vous congnois, noble Dido,
+ A ma seule dame et maistresse.
+
+ En priant Dieu, digne pucelle,
+ Que vous doint longue et bonne vie;
+ Qui vous ayme, MADEMOISELLE,
+ Jà ne coure sur luy envie.
+ Entière dame et assouvie,
+ J'espoir de vous servir ainçoys,
+ Certes, se Dieu plaist, que devie
+ Vostre povre escolier FRANÇOYS.
+
+
+
+
+ BALLADE VILLON.
+
+ Je meurs de soif auprès de la fontaine,
+ Chauld comme feu, et tremble dent à dent,
+ En mon païs suis en terre loingtaine;
+ Lez un brazier friçonne tout ardent;
+ Nu comme ung ver, vestu en president;
+ Je ris en pleurs, et attens sans espoir;
+ Confort reprens en triste desespoir;
+ Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun;
+ Puissant je suis sans force et sans povoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ Rien ne m'est seur que la chose incertaine,
+ Obscur, fors ce qui est tout evident;
+ Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111]
+ Science tiens à soudain accident;
+ Je gaigne tout, et demeure perdent;
+ Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon soir!»
+ Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir;
+ J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un;
+ Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ De riens n'ay soing, si metz toute ma paine
+ D'acquerir biens, et n'y suis pretendant;
+ Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine,
+ Et qui plus vray, lors plus me va bourdant;
+ Mon ami est qui me fait entendant
+ D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir;
+ Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir.
+ Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un.
+ Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+ L'ENVOI.
+
+ Prince clement, or vous plaise savoir
+ Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir;
+ Parcial suis, à toutes lois commun.
+ Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir,
+ Bien recueilly, debouté de chascun.
+
+
+
+ EPISTRE
+ EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS.
+
+ Ayez pitié, ayez pitié de moy,
+ A tout le moins, si vous plaist, mes amis!
+ En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112]
+ En cest exil ouquel je suis transmis
+ Par fortune, comme Dieu l'a permis.
+ Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx;
+ Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux,
+ Vifs comme dars, aguz comme aguillon;
+ Gouffres tintans, clers comme gastaneaux,
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ Chantres chantans à plaisance, sans loy;
+ Galans, rians, plaisans en faictz et diz,
+ Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy;
+ Gens d'esperit, ung petit estourdiz;
+ Trop demourez, car il meurt entandiz.
+ Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux,
+ Quand mort sera vous lui ferez chandeaux.
+ Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon;
+ De murs espoix on luy a fait bandeaux:
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ Venez le veoir en ce piteux arroy,
+ Nobles hommes, francs de quars et de dix,
+ Qui ne tenez d'empereur ne de roy,
+ Mais seulement de Dieu de Paradiz:
+ Jeuner lui fault dimanches et mardiz
+ Dond les dens a plus longues que ratteaux,
+ Après pain sec, non pas après gasteaux;
+ En ses boyaulx verse eau à gros bouillon;
+ Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx:
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+ ENVOI.
+
+ Princes nommez, anciens, jouvenceaulx,
+ Impetrez-moy graces et royaulx sceaux,
+ Et me montez en quelque corbillon. [P. 113]
+ Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux,
+ Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux.
+ Le lesserez là, le povre Villon?
+
+
+
+
+ LE DEBAT
+ DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON,
+ En forme de Ballade.
+
+ Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur,
+ Qui ne tient mais qu'à ung petit filet,
+ Force n'ay plus, substance ne liqueur,
+ Quand je te voy retraict ainsi seulet,
+ Com pouvre chien tappy en recullet.
+ --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance.
+ --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance.
+ --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray.
+ --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --Que penses-tu?--Estre homme de valeur.
+ --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet.
+ --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur
+ Qui te saisit?--Par où?--Par le collet.
+ Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict:
+ L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance.
+ --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance?
+ Si n'est assez, je recommenceray.
+ --Tu es perdu!--J'y mettray resistance.
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114]
+ Si fusse ung povre ydiot et folet,
+ Au cueur eusses de t'excuser couleur:
+ Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid,
+ Ou la teste as plus dure qu'ung jalet,
+ Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance!
+ Que respondras à ceste conséquence?
+ --J'en seray hors quand je trespasseray.
+ --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence!
+ --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur.
+ Quand Saturne me feit mon fardelet,
+ Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur:
+ Son seigneur es, et te tiens son valet.
+ Voy que Salmon escript en son roulet:
+ «Homme sage, ce dit-il, a puissance
+ Sur les planètes et sur leur influence.»
+ --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray.
+ --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma créance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+ ENVOI.
+
+ --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance!
+ --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience;
+ Lire sans fin.--Et en quoy?--En science;
+ Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray.
+ --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance.
+ --N'attends pas tant que tourne à desplaisance.
+ Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray.
+
+
+
+ LA REQUESTE [P. 115]
+ Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.
+
+ Le mien seigneur et prince redoubté,
+ Fleuron de Lys, royale geniture,
+ Françoys Villon, que travail a dompté
+ A coups orbes, par force de batture,
+ Vous supplie, par cette humble escripture,
+ Que luy faciez quelque gracieux prest.
+ De s'obliger en toutes cours est prest;
+ Si ne doubtez que bien ne vous contente.
+ Sans y avoir dommage n'interest,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ A prince n'a ung denier emprunté,
+ Fors à vous seul, vostre humble créature.
+ Des six escus que lui avez presté,
+ Cela pieça, il mist en nourriture;
+ Tout se payera ensemble, c'est droicture,
+ Mais ce sera légèrement et prest:
+ Car, se du gland rencontre en la forest
+ D'entour Patay, et chastaignes ont vente,
+ Payé serez sans delay ny arrest:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+ Si je pensois vendre de ma santé
+ A ung Lombard, usurier par nature,
+ Faulte d'argent m'a si fort enchanté,
+ Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure.
+ Argent ne pend à gippon ne ceincture;
+ Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est,
+ Que devant moy croix ne se comparoist,
+ Sinon de bois ou pierre, que ne mente;
+ Mais s'une fois la vraye m'apparoist,
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116]
+
+ ENVOI.
+
+ Prince du Lys, qui à tout bien complaist,
+ Que cuydez-vous, comment il me desplaist
+ Quand je ne puis venir à mon entente?
+ Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist:
+ Vous n'y perdrez seulement que l'attente.
+
+
+
+ SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE
+
+ _Allez, Lettres, faictes un sault,
+ Combien que n'ayez pied ne langue:
+ Remonstrez, en vostre harengue,
+ Que faulte d'argent si m'assault._
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES PROVERBES.
+
+ Tant grate chèvre que mal gist;
+ Tant va le pot à l'eau qu'il brise;
+ Tant chauffe-on le fer qu'il rougist;
+ Tant le maille-on qu'il se debrise;
+ Tant vault l'homme comme on le prise;
+ Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient;
+ Tant mauvais est qu'on le desprise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant raille-on que plus on ne rit;
+ Tant despend-on qu'on n'a chemise;
+ Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117]
+ Tant vault tien que chose promise;
+ Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise;
+ Tant donne-on qu'emprunter convient;
+ Tant tourne vent qu'il chet en bise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+ Tant ayme-on chien qu'on le nourrist;
+ Tant court chanson qu'elle est apprise;
+ Tant garde-on fruict qu'il se pourrist;
+ Tant bat-on place qu'elle est prise;
+ Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise;
+ Tant se haste-on que mal advient;
+ Tant embrasse-on que chet la prise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient;
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, tant vit fol qu'il s'advise;
+ Tant va-t-il qu'après il revient;
+ Tant le matte-on qu'il se radvise;
+ Tant crie l'on Noel qu'il vient.
+
+
+
+
+ BALLADE
+
+ DES MENUS PROPOS.
+
+ Je congnois bien mouches en laict;
+ Je congnois à la robe l'homme;
+ Je congnois le beau temps du laid;
+ Je congnois au pommier la pomme;
+ Je congnois l'arbre à veoir la gomme;
+ Je congnois quand tout est de mesme;
+ Je congnois qui besongne ou chomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118]
+
+ Je congnois pourpoinct au collet;
+ Je congnois le moyne à la gonne;
+ Je congnois le maistre au valet;
+ Je congnois au voyle la nonne;
+ Je congnois quand piqueur jargonne;
+ Je congnois folz nourriz de cresme;
+ Je congnois le vin à la tonne;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ Je congnois cheval du mulet;
+ Je congnois leur charge et leur somme;
+ Je congnois Bietrix et Bellet;
+ Je congnois gect qui nombre et somme;
+ Je congnois vision en somme;
+ Je congnois la faulte des Boesmes;
+ Je congnois filz, varlet et homme:
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, je congnois tout en somme;
+ Je congnois coulorez et blesmes;
+ Je congnois mort qui nous consomme;
+ Je congnois tout, fors que moy-mesme.
+
+
+
+ BALLADE [P. 119]
+ DES POVRES HOUSSEURS.
+
+ On parle des champs labourer,
+ De porter chaulme contre vent,
+ Et aussi de se marier
+ A femme qui tance souvent;
+ De moyne de povre couvent,
+ De gens qui vont souvent sur mer;
+ De ceulx qui vont les bleds semer,
+ Et de celluy qui l'asne maine;
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ A petis enfans gouverner,
+ Dieu sçait se c'est esbatement!
+ De gens d'armes doit-on parler?
+ De faire leur commandement?
+ De servir Malchus chauldement?
+ De servir dames et aymer?
+ De guerrier et bouhourder
+ Et de jouster à la quintaine?
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+ Ce n'est que jeu de bled soyer,
+ Et de prez faulcher, vrayement;
+ Ne d'orge battre, ne vanner,
+ Ne de plaider en Parlement;
+ A danger emprunter argent;
+ A maignans leurs poisles mener;
+ Et à charretiers desjeuner, [P. 120]
+ Et de jeusner la quarantaine;
+ Mais, à trestout considérer,
+ Povres housseurs ont assez peine.
+
+
+
+ PROBLÈME OU BALLADE
+ AU NOM DE LA FORTUNE.
+
+ Fortune fuz par clercz jadis nommée,
+ Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière.
+ S'il y a hom d'aucune renommée
+ Meilleur que toy, faiz user en plastrière,
+ Par povreté, et fouyr en carrière,
+ S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre?
+ Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre.
+ Regarde et voy de mes faitz de jadis,
+ Maints vaillans homs par moy mors et roidiz,
+ Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon,
+ Appaise-toy, et mectz fin en tes diz:
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ Contre grans roys je me suis bien armée,
+ Le temps qui est passé; car, en arrière,
+ Priame occis et toute son armée;
+ Ne lui valut tour, donjon, ne barrière.
+ Et Hannibal, demoura-il derrière?
+ En Cartaige, par moy, le feiz actaindre;
+ Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre;
+ Julius César au sénat je vendiz;
+ En Egipte Pompée je perdiz;
+ En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121]
+ Et, une fois, Romme et Rommains ardiz....
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ Alexandre, qui tant fist de hamée,
+ Qui voulut voir l'estoille poucynière,
+ Sa personne par moy fut inhumée.
+ Alphasar roy, en champ, sous la bannière,
+ Ruay jus mort; cela est ma manière.
+ Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray;
+ Autre cause ne raison n'en rendray.
+ Holofernes, l'ydolastre mauldiz,
+ Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!)
+ De son poignart, dedens son pavillon;
+ Absallon, quoy! en fuyant suspendis....
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+ ENVOI.
+
+ Povre Françoys, escoute que tu dis:
+ Se rien peusse sans Dieu de paradiz,
+ A toy n'aultre ne demourroit haillon:
+ Car pour ung mal lors j'en feroye dix:
+ Par mon conseil prends tout en gré, Villon!
+
+
+
+
+ BALLADE
+ CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE.
+
+ Rencontré soit de bestes feu gectans,
+ Que Jason vit, querant la Toison d'or;
+ Ou transmué d'homme en beste, sept ans,
+ Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122]
+ Ou bien ait perte aussi griefve et villaine
+ Que les Troyens pour la prinse d'Heleine;
+ Ou avallé soit avec Tantalus
+ Et Proserpine aux infernaulx pallus,
+ Ou plus que Job soit en griefve souffrance,
+ Tenant prison en la court Dedalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ Quatre mois soit en un vivier chantant,
+ La teste au fons, ainsi que le butor;
+ Ou au Grand-Turc vendu argent contant,
+ Pour estre mis au harnois comme ung tor;
+ Ou trente ans soit, comme la Magdelaine,
+ Sans vestir drap de linge ne de laine;
+ Ou noyé soit, comme fut Narcisus;
+ Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus,
+ Ou comme fut Judas par desperance,
+ Ou puist mourir comme Simon Magus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ D'Octovien puisse venir le temps:
+ C'est qu'on luy coule au ventre son trésor;
+ Ou qu il soit mis entre meules flotans;
+ En un moulin, comme fut saint Victor;
+ Ou transgloutis en la mer, sans haleine,
+ Pis que Jonas au corps de la baleine;
+ Ou soit banny de la clarté Phoebus,
+ Des biens Juno et du soulas Venus,
+ Et du grant Dieu soit mauldit à outrance,
+ Ainsi que fut roy Sardanapalus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+ ENVOI. [P. 123]
+
+ Prince, porté soit des clers Eolus,
+ En la forest où domine Glocus,
+ Ou privé soit de paix et d'espérance,
+ Car digne n'est de posséder vertus,
+ Qui mal vouldroit au royaume de France!
+
+
+
+ LE JARGON OU JOBELIN [P. 124]
+ DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON.
+
+
+ BALLADE I.
+
+ A Parouart, la grand Mathe Gaudie,
+ Où accollez sont duppez et noirciz,
+ De par angels suyvans la paillardie,
+ Sont greffiz et prins cinq ou six.
+ Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis
+ Pour l'evagie, et bien hault mis au vent.
+ Escevez-moy tost ces coffres massis!
+ Ces vendengeurs, des ances circoncis,
+ S'embrouent du tout à néant...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Brouez-moy sur ces gours passans,
+ Advisez-moy bien tost le blanc,
+ Et pictonnez au large sur les champs:
+ Qu'au mariage ne soyez sur le banc
+ Plus qu'un sac de piastre n'est blanc.
+ Si gruppez estes des carireux, [P. 125]
+ Rebignez-moy tost ces enterveux,
+ Et leur montrez des trois le bris:
+ Que clavés ne soyez deux et deux...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ Plantez aux hurmes vos picons,
+ De paour des bisans si très-durs,
+ Et, aussi, d'estre sur les joncs,
+ En mahe, en coffres, en gros murs.
+ Escharricez, ne soyez durs,
+ Que le grand Can ne vous fasse essorer.
+ Songears ne soyez pour dorer,
+ Et babignez tousjours aux ys
+ Des sires, pour les debouser...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Froart, dit des Arques Petis,
+ L'un des sires si ne soit endormis,
+ Levez au bec, que ne soyez griffis,
+ Et que vous n'en ayez du pis...
+ Eschec, eschec, pour le fardis!
+
+
+
+
+ BALLADE II.
+
+ Coquillars, narvans à Ruel,
+ Men ys vous chante que gardez
+ Que n'y laissez et corps et pel,
+ Com fist Colin de l'Escaillier,
+ Devant la roe babiller
+ Il babigna, pour son salut. [P. 126]
+ Pas ne sçavoit oingnons peller,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Changez, andossez souvent,
+ Et tirez tout droit au tremble,
+ Et eschicquez tost en brouant.
+ Qu'en la jarte ne soyez ample.
+ Montigny y fut, par exemple,
+ Bien estaché au halle-grup,
+ Et y jargonnast-il le temple,
+ Dont Lamboureur lui rompt le suc.
+
+ Gailleurs, bien faitz en piperie,
+ Pour ruer les ninars au loing,
+ A l'assault tost, sans suerie!
+ Que les mignons ne soient au gaing,
+ Tout farcis d'un plumas à coing,
+ Qui griefve et garde le duc,
+ Et de la dure si très loing,
+ Dont Lamboureur luy rompt le suc.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, arrière de Ruel,
+ Et n'eussiez vous denier ne pluc,
+ Que au giffle ne laissez la pel,
+ Pour Lamboureur, qui rompt le suc.
+
+
+
+ BALLADE III. [P. 127]
+
+ Spélicans,
+ Qui, en tous temps,
+ Avancez dedans le pogois,
+ Gourde piarde,
+ Et sur la tarde,
+ Desboursez les pauvres nyais,
+ Et pour soustenir vostre pois,
+ Les duppes sont privez de caire,
+ Sans faire haire,
+ Ne hault braiere,
+ Mais plantez ils sont comme joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Souvent aux arques,
+ A leurs marques,
+ Se laissent tous desbouser
+ Pour ruer,
+ Et enterver
+ Pour leur contre que lors faisons.
+ La fée aux Arques vous respond,
+ Et rue deux coups, ou bien troys,
+ Aux gallois.
+ Deux, ou troys
+ Mineront trestout aux frontz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ Et pour ce, benards,
+ Coquillars,
+ Rebecquez-vous de la montjoye,
+ Qui desvoye [P. 128]
+ Votre proye,
+ Et vous fera de tout brouer;
+ Par joncher
+ Et enterver,
+ Qui est aux pigeons bien cher:
+ Pour rifler
+ Et placquer
+ Les angels de mal tous rondz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+ ENVOI.
+
+ De paour des hurmes
+ Et des grumes,
+ Rassurez-vous en droguerie
+ Et faerie,
+ Et ne soyez plus sur les joncz,
+ Pour les sires qui sont si longs.
+
+
+
+ BALLADE IV.
+
+ Saupicquetz frouans des gours arques,
+ Pour deshouser, beau sire dieux,
+ Allez ailleurs planter vos marques!
+ Benards, vous estes rouges gueux.
+ Berard s'en va chez les joncheux
+ Et babigne qu'il a plongis.
+ Mes frères, soiez embrayeux
+ Et gardez les coffres massis.
+
+ Se gruppez estes, des grappes
+ De ces angels si graveliffes;
+ Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129]
+ Pour l'emboue ferez eclipses;
+ De vos sarges serez besifles,
+ Tout debout et non pas assis.
+ Pour ce, gardez d'estre griffes
+ Dedens ces gros coffres massis.
+
+ Nyais qui seront attrapez,
+ Bientost s'en brouent au Halle,
+ Plus ne vault que tost ne happez
+ La baudrouse de quatre talle.
+ Des tires fait la hairenalle,
+ Quand le gosser est assiegis,
+ Et si hurcque la pirenalle,
+ Au saillir des coffres massis.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince des gayeulx, à leurs marques,
+ Que voz contres ne soient griffis.
+ Pour doubte de frouer aux arques,
+ Gardez-vous des coffres massis.
+
+
+
+ BALLADE V.
+
+ Joncheurs, jonchans en joncherie,
+ Rebignez bien où joncherez;
+ Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie,
+ Où acollez sont vos ainsnez.
+ Poussez de la quille et brouez,
+ Car tost seriez roupieux.
+ Eschet qu'acollez ne soyez.
+ Par la poe du marieux.
+
+ Bendez-vous contre la faerie, [P. 130]
+ Quanques vous aurez desbousez,
+ N'estant à juc la riflerie
+ Des angelz et leurs assosez.
+ Berard, se povez, renversez,
+ Si greffir laissez voz carieux;
+ La dure bientost renversez,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ Entervez à la floterie,
+ Chantez-leur trois, sans point songer.
+ Qu'en artes ne soyez en surie,
+ Blanchir vos cuirs et essurger.
+ Bignez la mathe, sans targer;
+ Que vos ans ne soyent ruppieux!
+ Plantez ailleurs contre assiéger,
+ Pour la poe du marieux.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince Benard en Esterie,
+ Querez coupans pour Lamboureux
+ Et autour de vos ys tuerie,
+ Pour la poe du marieux.
+
+
+
+ BALLADE VI
+
+ Contres de la gaudisserie,
+ Entervez tousjours blanc pour bis,
+ Et frappez, en la hurterie,
+ Sur les beaulx sires bas assis.
+ Ruez de feuilles cinq ou six,
+ Et vous gardez bien de la roe,
+ Qui aux sires plante du gris, [P. 131]
+ En leur faisant faire la moe.
+
+ La giffle gardez de rurie,
+ Que vos corps n'en ayent du pis,
+ Et que point, à la turterie,
+ En la hurme ne soyez assis.
+ Prenez du blanc, laissez du bis,
+ Ruez par les fondes la poe,
+ Car le bizac, à voir advis,
+ Faict aux Beroars faire la moe.
+
+ Plantez de la mouargie,
+ Puis ça, puis là, pour l'artis,
+ Et n'espargnez point la flogie
+ Des doulx dieux sur les patis.
+ Vos ens soyent assez hardis,
+ Pour leur avancer la droe;
+ Mais soient memorandis,
+ Qu'on ne vous face la moe.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, qui n'a bauderie
+ Pour eschever de la soe,
+ Danger du grup, en arderie,
+ Faict aux sires faire la moe.
+
+ FIN DES OEUVRES DE MAISTRE
+ FRANÇOIS VILLON.
+
+
+
+ POÉSIES [P. 132]
+ ATTRIBUÉES A VILLON
+
+
+
+ I RONDEL.
+
+ Les biens dont vous estes la dame
+ Ont mon cueur si très fort espris,
+ Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris
+ De vous aymer plus que nul âme.
+
+ Quant à moy, point je ne l'en blasme,
+ Pour ce qu'ilz ont de tous le pris
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+ De ce qu'il fault que je vous ayme,
+ Je sçay trop bien que j'ay mespris;
+ Mais qui en doit estre repris?
+ Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame,
+ Les biens dont vous estes la dame.
+
+
+ II. RONDEL.
+
+ A bien juger mon propre affaire
+ Et piteux cas, sans riens en taire,
+ Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134]
+ Se par adventure n'avez
+ Information de contraire.
+
+ Celle ou celluy qui m'a brassé
+ Ce maulvais los et pourchassé
+ Me het et ne vous ayme pas;
+ Mais il quiert que soye chacié
+ De vostre amour et effacié.
+ Je congnois bien telz advocas.
+
+ Se vous avez voulu refaire
+ Leur voulenté pour me deffaire,
+ Vous faictes mal et me grevez.
+ Considerez que vous sçavez
+ Qu'onc vers vous ne voulus meffaire
+ A bien juger.
+
+
+ III. RONDEL.
+
+ Une fois me dictes ouy,
+ En foy de noble et gentil femme;
+ Je vous certifie, ma Dame,
+ Qu'oncques ne fuz tant resjouy.
+
+ Veuillez le donc dire selon
+ Que vous estes benigne et doulche,
+ Car ce doulx mot n'est pas si long
+ Qu'il vous face mal en la bouche.
+
+ Soyez seure, si j'en jouy,
+ Que ma lealle et craintive ame
+ Gardera trop mieulx que nul ame
+ Vostre honneur. Avez-vous ouy?
+ Une fois me dictes ouy.
+
+
+ IV. RONDEL. [P. 135]
+
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente;
+ Une j'en sers qui est bien suffisante
+ Pour contenter un grant duc ou un roy.
+ Je l'ayme bien, mais non pas elle moy;
+ Il n'est besoing que de ce je me vante.
+
+ Combien qu'elle est de taille belle et gente,
+ De m'en louer pour ceste heure presente
+ Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy;
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+ Quant je luy dy de mon vouloir l'entente,
+ Et cueur et corps et biens je luy presente,
+ Pour tout cela remède je n'y voy.
+ Deliberé suis, sçavez-vous de quoy?
+ De luy quicter et le jeu et l'actente.
+ Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente.
+
+
+ V. RONDEL.
+
+ De mon faict je ne sçay que dire;
+ Par tout où je vois je m'adire,
+ Et des yeulx voy moins que du coute.
+ En danger suis qu'il ne me couste
+ La vie, tant suis remply d'ire.
+
+ De mon faict je ne sçay que dire,
+ Car ma dame si ne tient compte
+ De mon martyre, quant luy compte,
+ Mais me dit que trop aise suis,
+ Et qu'en ce royaulme n'a conte
+ Qui ait de nulle meilleur compte
+ Que j'ay d'elle, quant je la suis,
+
+ Nullement, de paour de mesdire, [P. 136]
+ Jamais je ne l'ose desdire;
+ A son gré parler je l'ecoute,
+ Puis emprès elle je m'accoute,
+ Sans luy vouloir riens contredire.
+ De mon faict je ne sçay que dire.
+
+
+ VI. RONDEL.
+
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours;
+ Car ma bourse est très mal garnie
+ Pour fourrer le poignet tousjours.
+
+ Ung jour demande haults atours,
+ Et l'autre ung grant bort de velours,
+ Et je respons: «Or bien, m'amye,»
+ Pour entretenir mes amours.
+
+ Veez-vous ce donneur de bonjours?
+ Il a faict en el tant de cours,
+ Practiqué l'art de baverie,
+ Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie,
+ Dire sa pensée à rebours.
+ Pour entretenir mes amours
+ Colorer me fault maints fins tours.
+
+
+ VII. RONDEL.
+
+ Tu te brusles à la chandelle!
+ Helas! mon cueur, ne vois tu pas
+ Que danger est tousjours au pas,
+ Qui fait à tous guerre mortelle?
+
+ Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137]
+ Se tu n'y vas bien par compas;
+ Tu te brusles à la chandelle.
+
+ Sont-ce chastaignes qu'on y pelle,
+ A ton advis, pour ton repas?
+ Nennil. Retrais toy tout le pas,
+ Ains qu'on te frape au cul la pelle.
+ Tu te brusles à la chandelle.
+
+
+ VIII. RONDEL.
+
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil;
+ Adieu, ma très gente mignonne,
+ Adieu, sur toutes la plus bonne,
+ Adieu vous dy, qui m'est grand dueil.
+
+ Adieu, adieu, m'amour, mon vueil;
+ Mon povre cueur vous laisse et donne.
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil.
+
+ Adieu, par qui du mal recueil
+ Mille fois plus que mot ne sonne;
+ Adieu, du monde la personne
+ Dont plus me loue et plus me dueil.
+ Adieu vous dy la lerme à l'oeil.
+
+
+ IX. BALLADE.
+
+ Las! je me plains d'amours et de ma dame,
+ Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté;
+ Et oultre plus, je me plains d'une femme
+ Qui contre moy a le conseil donné
+ Dont j'ay déjà tant de mal enduré [P. 138]
+ Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye,
+ Aller criant, comme tout forcené:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+ Car se pitié son très doulx cueur n'entame
+ A me donner ce que j'ay desiré,
+ J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame.
+ Tout hors de sens et si desespéré
+ Qu'après ma mort il en sera parlé
+ Plus loin dix fois que d'icy en Savoye,
+ Et lors diray pour plus estre blasmé:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye
+
+ Se je le dy, je jure sur mon ame
+ Que ce sera contre ma voulenté.
+ Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame
+ A celle fin qu'il ne soit raporté.
+ Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé
+ Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye
+ Avant que j'eusse ne dit ne proferé:
+ Je hez ma dame que tant aymer souloye.
+
+
+ X. RONDEL.
+
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne
+ Pour pourchasser ailleurs mon bien;
+ Car, sur ma foy, je congnois bien
+ Que vous m'estes pire que bonne.
+
+ Trop a de cueur qui vous en donne:
+ Pour ce jà Dieu ne me pardonne
+ Se vous avez jamais le mien, [P. 139]
+ Quelque chose qu'Amours ordonne.
+
+ Si n'aymeray je jà personne
+ Que vous, quoy que l'on me sermonne,
+ En tout ce monde terrien;
+ Mais maintenant je n'en fais rien,
+ Et sers selon qu'on me guerdonne.
+ Quelque chose qu'Amours ordonne,
+ Force m'est que vous habandonne.
+
+
+
+ XI. RONDEL.
+
+ Hahay! estes vous rencherie,
+ Dieux y ait part, puis devant hier?
+ Ma dame, c'est pour enrager!
+ Le faictes-vous par mocquerie?
+
+ Mais venez çà, je vous en prie:
+ Est le cuir devenu si cher?
+ Hahay! estes vous rencherie?
+
+ Et dea! et ne sçavez-vous mie
+ Que mon père est cordouennier;
+ Vous voulez bazanne priser
+ Plus que cordouen la moitié.
+ Hahay! estes-vous rencherie?
+
+
+
+ XII. RONDEL.
+
+ Au plus offrant ma dame est mise
+ Et dernier encherisseur.
+ Je ne sçay se c'est par honneur,
+ Mais je n'en prise pas la guise.
+
+ Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140]
+ Mais je voy qu'elle a mis son cueur
+ Au plus offrant.
+
+ Et pour ce je quitte la prinse
+ D'estre nommé son serviteur,
+ Car donner me porte malheur.
+ Ainsi j'ay laissé l'entreprise
+ Au plus offrant.
+
+
+ XIII. RONDEL.
+
+ Entens à moy, vray dieu d'amours,
+ Et faiz que la mort ait son cours
+ Hastivement,
+
+ Car j'ay mal employé mes jours.
+ Je meurs en aymant par amours
+ Certainement.
+
+ Languir me fault en griefs doulours.
+
+
+ XIV. BALLADE
+ _Pour ung prisonnier._
+
+ S'en mes maulx me peusse esjoyr
+ Tant que tristesse me feust joye
+ Par me doulouser et gemir,
+ Voulentiers je me complaindroye;
+ Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye,
+ J'ay espoir qu'au temps advenir
+ A grant honneur venir pourroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Pourtant, s'ay eu moult à souffrir [P. 141]
+ Par fortune, dont je larmoye,
+ Et que n'ay pas peu obtenir
+ N'avoir ce que je pretendoye,
+ Au temps advenir je vouldroye
+ Voulentiers bon chemin tenir
+ Pour acquerir honneur et joye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Sans plus loin exemple querir,
+ Par moy mesme juger pourroye
+ Que meschief nul ne peult fouyr,
+ S'ainsi est qu'advenir luy doye.
+ C'est jeunesse qui tout desvoye;
+ Nul ne s'en doit trop esbahyr.
+ Si juste n'est qui ne fourvoye
+ Une fois avant que mourir.
+
+ Prince, s'aucun povoir avoye
+ Sur ceulx qui me font cy tenir,
+ Voulentiers vengeance en prendroye
+ Une fois avant que mourir.
+
+
+ XV. RONDEL.
+
+ Comme moy vous aurez voz gages.
+ J'en fuz bien payé au partir:
+ Plain de dueil jusques au partir,
+ Ne sont-ce plaisans advantages?
+
+ Servez amours entre vous sages:
+ Il vous en fera repentir;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+ Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142]
+ Pour vous garder de departir.
+ Quant est à moy, j'en suys martir.
+ Bien tard congnoistrez telz ouvrages;
+ Comme moy vous aurez vos gages.
+
+
+ XVI. BALLADE.
+
+ Il n'est danger que de vilain,
+ N'orgueil que de povre enrichy,
+ Ne si seur chemin que le plain,
+ Ne secours que de vray amy,
+ Ne desespoir que jalousie,
+ N'angoisse que cueur convoiteux,
+ Ne puissance où il n'ait envie,
+ Ne chere que d'homme joyeulx;
+
+ Ne servir qu'au roy souverain,
+ Ne lait nom que d'homme ahonty,
+ Ne manger fors quant on a faim,
+ N'emprise que d'homme hardy,
+ Ne povreté que maladie,
+ Ne hanter que les bons et preux,
+ Ne maison que la bien garnie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx;
+
+ Ne richesse que d'estre sain,
+ N'en amours tel bien que mercy,
+ Ne de la mort rien plus certain,
+ Ne meilleur chastoy que de luy;
+ Ne tel trésor que preudhommye,
+ *****************************
+ Ne paistre qu'en grant seigneurie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx;
+
+ ENVOI. [P. 143]
+
+ Que voulez-vous que je vous die?
+ Il n'est parler que gracieulx,
+ Ne louer gens qu'après leur vie,
+ Ne chère que d'homme joyeulx
+
+
+ XVII. BALLADE MORALE.
+
+ D'une dague forte et aigüe
+ Soit-il frappé parmy l'eschine,
+ Et ait tousjours une sansue
+ Attachée à sa poitrine,
+ Et attainct d'une coulevrine
+ Entre le nez et le menton,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Son giste soit emmy la rue,
+ Tout nud quand il fera bruyne,
+ Sur pel de heriçon pointue,
+ Couvert d'une chère estamine;
+ De vent de bise sa courtine,
+ Et soit mors d'ung escorpion,
+ Ou qu'en prison vive en foraine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ Sa chair soit detrenchée menue
+ Plus qu'au moulin n'est la farine,
+ Ou de gros nerfz soit bien batue,
+ Ou couche nud sur tas d'espine:
+ Et affin que plus tost il fine,
+ Son corps soit remply de poison,
+ Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144]
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, soit mis en la gehaine
+ Dix fois le jour comme ung larron,
+ Ou qu'en prison vive en famine,
+ Qui autruy blasme sans raison.
+
+
+
+ XVIII. BALLADE.
+
+ J'ay ung arbre de la plante d'amours,
+ Enraciné en mon cueur proprement,
+ Qui ne porte fruits, sinon de dolours,
+ Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement;
+ Mais, puis qu'il fut planté premièrement,
+ Il est tant creu, de racine et de branche,
+ Que son umbre, qui me porte nuysance,
+ Fait au dessoubs toute joye seichier,
+ Et si ne puis, pour toute ma puissance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ De si long-temps est arrosé de plours
+ Et de lermes tant douloureusement,
+ Et si n'en sont les fruits de rien meillours:
+ Ne je n'y truys guères d'amendement.
+ Je les recueille pourtant soigneusement.
+ C'est de mon cueur l'amère soustenance,
+ Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance
+ Que porter fruits qui le dussent blecier;
+ Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145]
+ Et arbrynceaux percent nouvellement,
+ Amours vouloit moy faire ce secours,
+ Que les branches qui font empeschement
+ Il retranchast du tout entierement,
+ Pour y enter ung rynceau de plaisance,
+ Il gecteroit bourgeons de souffisance;
+ Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier;
+ Et ne fauldroit jà, par desesperance,
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+ ENVOI.
+
+ Ma princesse, ma première esperance,
+ Mon cueur vous sert en dure penitence.
+ Faictes le mal qui l'acqueult retranchier,
+ Et ne souffrez en vostre souvenance
+ Autre planter, ne celuy arrachier.
+
+
+
+ XIX. BALLADE.
+
+ Plaisant assez, et des biens de fortune
+ Ung peu garny, me trouvay amoureux,
+ Voire si bien, que, tant aymay fort une,
+ Que nuit et jour j'en estois langoureux.
+ Mais tant y a, que je fus si heureux
+ Que, moyennant vingt escus à la rose,
+ Je fis cela que chacun bien suppose.
+ Alors je dis, connoissant ce passage:
+ «Au fait d'amours, babil est peu de chose;
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or est ainsy que, durant ma pecune,
+ Je fus traite comme amy precieux;
+ Mais, tost après, sans dire chose aucune,
+ Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146]
+ Sur un vieillard riche, mais chassieux,
+ Laid et hideux trop plus qu'on ne propose.
+ Ce neantmoins, il en jouit sa pose,
+ Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage,
+ Dessus ce texte allay bouter en glose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+ Or elle a tort, car noyse ny rancune
+ N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux,
+ Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune»
+ J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx;
+ Et, nonobstant, son corps tant vicieux
+ Au service de ce vieillard expose.
+ Dont, ce voyant, un rondeau je compose,
+ Que luy transmets; mais, en pou de langage,
+ Me respond franc: «Povreté te depose:
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage!»
+
+ ENVOI.
+
+ Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose,
+ Si vous n'avez toujours bourse desclose,
+ Vous abusez: car Meung, docteur très sage,
+ Nous a descrit que, pour cueillir la rose,
+ Riche amoureux a tousjours l'advantage.
+
+
+
+ XX. BALLADE.
+
+ Qui en amours veut estre heureux,
+ Faut tenir train de seigneurie,
+ Estre prompt et advantureux
+ Quand vient à monstrer l'armarie:
+ Porter drap d'or, orfaverie,
+ Car cela les dames esmeut.
+ Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147]
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.
+
+ Je fus naguères amoureux
+ D'une dame cointe et jolie,
+ Qui me dit, en mots gracieux:
+ «Mon amour est en vous ravie;
+ Mais il faut qu'el soit desservie
+ Par cinquante escus d'or, s'on peut.
+ --Cinquante escus! Bon gré ma vie!
+ Il ne fait pas ce tour qui veult.»
+
+ Alors luy donnay sur les lieux
+ Où elle feisoit l'endormie:
+ Quatre venues, de coeur joyeux,
+ Luy fis en moins d'heure et demie.
+ Lors me dit, à voix espasmie:
+ «Encore un coup! le coeur me deult.
+ --Encore un coup! Hélas! m'amye,
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!»
+
+ ENVOI.
+
+ Prince d'amours, je te supplie,
+ Si plus ainsi elle m'accuelt,
+ Que ma lance jamais ne plie:
+ Il ne fait pas ce tour qui veult!
+
+
+
+ XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS.
+
+ D'ung gect de dart, d'une lance asserée,
+ D'ung grant faussart, d'une grosse massue,
+ D'une guisarme, d'une flèche ferrée,
+ D'ung bracquemart, d'une hache esmolue,
+ D'ung grand penart et d'une bisagüe,
+ D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148]
+ De maulx briguans puissent trouver tel route
+ Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx,
+ Le cueur fendu, desciré par monceaulx,
+ Le col couppé d'ung bon branc acherin,
+ Descirez soient de truye et de pourceaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'ung arc turcquois, d'une espée affilée
+ Ayent les paillars la brouaille cousue,
+ De feu gregoys la perrucque bruslée,
+ Et par tempeste la cervelle espandue,
+ Au grand gibet leur charongne pendue,
+ Et briefvement puissent mourir de goutte,
+ Ou je requiers et pry que l'on leur boute
+ Parmy leur corps force d'ardans barreaulx;
+ Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx,
+ Et puis bouillir en huille le matin,
+ Desmembrez soient à quatre grans chevaux,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ D'un gros canon la tête escarbouillée
+ Et de tonnerre acablez en la rue
+ Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée,
+ De gros mastins bien garnye et pourvue,
+ De forz esclers puissent perdre la veue,
+ Neige et gresil tousjours sur eux degoutte,
+ Avecques ce ilz aient la pluye toute
+ Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx,
+ Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx,
+ Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin;
+ Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin.
+
+ Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149]
+ Et crever puissent par force de venin
+ Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx,
+ Les taverniers qui brouillent nostre vin
+
+
+
+ XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150]
+ FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET
+
+ AVEC SON EPITAPHE.
+
+ C'est à meshuy! J'ay beau corner!
+ Or ça, il s'en fault retourner,
+ Maulgré ses dentz, en sa maison
+ Si ne vis-je pieça saison
+ Où j'eusse si hardy couraige
+ Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige
+ Que je n'ay à qui me combatre...
+ Y a-il homme qui à quatre,
+ Dy-je, y a-il quatre qui vueillent
+ Combatre à moy? Se tost recueillent
+ Mon gantelet; vela pour gaige!
+ Par le sang bieu! je ne crains paige,
+ S'il n'a point plus de quatorze ans.
+ J'ay autresfoys tenu les rencz,
+ Dieu Mercy! et gaigné le prix
+ Contre cinq Angloys que je pris,
+ Povres prisonniers desnuez, [P. 151]
+ Si tost que je les euz ruez.
+ Ce fust au siège d'Alençon.
+ Les troys se misrent à rançon,
+ Et le quatriesme s'enfuyt.
+ Incontinent que l'autre ouyt
+ Ce bruit, il me print à la gorge.
+ Se je n'eusse crié: Sainct George!
+ Combien que je suys bon Françoys,
+ Sang bieu! il m'eust tué ançoys
+ Que personne m'eust secouru.
+ Et quand je me senty feru
+ D'une bouteille, qu'il cassa
+ Sur ma teste: «Venez ça, ça!
+ Dis-je lors. Que chascun s'appaise!
+ Je ne quiers point faire de noise,
+ Ventre bieu! et buvons ensemble.
+ Posé soit ores que je tremble,
+ Sang bieu! je ne vous crains pas maille.»
+
+ _Cy dit ung quidem, par derrière les gens_:
+ Coquericoq.
+
+ Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille
+ Chanter chez quelque bonne vieille;
+ Il convient que je la resveille.
+ Poullaille font icy leurs nidz!
+ C'est du demourant d'Ancenys,
+ Par ma foy! ou du Champ-Toursé...
+ Helas! que je me vis coursé
+ De la mort d'ung de mes nepveux!
+ J'euz d'ung canon par les cheveux,
+ Qui me vint cheoir tout droit en barbe;
+ Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152]
+ Vueille-moy ayder à ce coup,
+ Et je t'ayderay l'autre coup!»
+ Adonc le canon m'esbranla,
+ Et vint ceste fortune-là
+ Quand nous eusmes le fort conquis.
+ Le Baronnet et le Marquis,
+ Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire,
+ Accoururent pour veoir l'histoire;
+ La Rochefouquault, l'Amiral,
+ Aussi Beuil et son attirail,
+ Pontièvre, tous les capitaines,
+ Y deschaussèrent leurs mitaines
+ De fer, de paour de m'affoler,
+ Et si me vindrent acoler
+ A terre, où j'estoye meshaigné,
+ De paour de dire: «Il n'a daigné!»
+ Combien que je fusse malade,
+ Je mis la main à la salade,
+ Car el m'estouffoit le visaige.
+ «Ha! dist le Marquis, ton oultraige
+ Te fera une foys mourir!»
+ Car il m'avoit bien veu courir,
+ Oultre l'ost, devant le chasteau.
+ Hélas! j'y perdy mon manteau,
+ Car je cuidoye d'une poterne
+ Que ce fust l'huys d'une taverne.
+ Et moy tantost de pietonner,
+ Car, quand on oyt clarons sonner,
+ Il n'est courage qui ne croisse.
+ Tout aussitost: «Où esse? Où esse?
+ Et, à brief parler, je m'y fourre,
+ Ne plus ne moins qu'en une bourre.
+ Si ce n'eust esté la brairie
+ Du costé devers la prairie, [P. 153]
+ De nos gens, qui crioient trestous,
+ Disant: «Pierre, que faictes-vous?
+ N'assaillez pas la basse court
+ Tout seul!» je l'eusse prins tout court,
+ Certes; mais c'eust esté outraige.
+ Et se ce n'eust esté ung paige
+ Qui nous vint trencher le chemin,
+ Mon frère d'armes Güillemin
+ Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant!
+ Car, quoy? il nous en pend autant
+ A l'oeil, eussions, sans nulle faille,
+ Frappé au travers la bataille
+ Des Bretons; mais nous apaisames
+ Nos couraiges et recullames...
+ Que dy-je? non pas reculer,
+ Chose dont on ne doibt parler...
+ Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers.
+ Je ne craignoye que les dangiers,
+ Moy; je n avoye paour d'aultre chose.
+ Et quand la bataille fut close,
+ D'artillerie grosse et gresle
+ Vous eussez ouy, pesle-mesle:
+ _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière,
+ Aux esles, devant et derrière.
+ J'en eus d'ung parmy la cuirace.
+ Les dames qu'estoient en la place
+ Si ne craignoyent que le couillart.
+ Certes, j'estoye ung bon paillart;
+ J'en avoye ung si portatif,
+ Se je n'eusse esté si hastif
+ De mettre le feu en la pouldre,
+ J'eusse destruit et mis en fouldre
+ Tout quanqu'avoit de damoiselles.
+ Il porte deux pierres jumelles, [P. 154]
+ Mon couillart: jamais n'en a meins.
+ Et dames de joindre les mains,
+ Quand ilz virent donner l'assault.
+ Les ungs se servoyent du courtault
+ Si dru, si net, si sec que terre.
+ Et puis, quoy? parmy ce tonnerre,
+ Eussez ouy sonner trompilles,
+ Pour faire dancer jeunes filles
+ Au son du courtault, haultement.
+ Quand j'y pense, par mon serment!
+ C'est vaine guerre qu'avec femmes;
+ J'avoye toujours pitié des dames.
+ Veu qu'ung courtault tresperce ung mur,
+ Ilz auroyent le ventre bien dur,
+ S'il ne passoit oultre... Pensez
+ Qu'on leur eust faict du mal assez,
+ Se l'en n'eust eu noble couraige;
+ Mesmes ces pehons de villaige,
+ J'entens pehons de plat pays,
+ Ne se fussent point esbahis
+ De leur mal faire; mais nous sommes
+ Tousjours, entre nous gentilz hommes,
+ Au guet dessus la villenaille.
+ J'estoye par deçà la bataille,
+ Tousjours la lance ou la bouteille
+ Sur la cuisse: c'estoit merveille,
+ Merveille de me regarder.
+ Il vint ung Breton estrader,
+ Qui faisoit rage d'une lance;
+ Mais il avoit, de jeune enfance,
+ Les reins rompus; c'estoit dommaige.
+ Il vint tout seul, par son oultraige,
+ Estrader par mont et par val;
+ Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155]
+ Il faisoit feu et voire flambe.
+ Mais je lui trenchay une jambe,
+ D'ung revers, jusques à la hanche;
+ Et fis ce coup-là ung dimenche,
+ Que dy-je? ung lundy matin.
+ Il ne s'armoit que de satin,
+ Tant craignoit à grever ses reins.
+ Voulentiers frappoit aux chanfrains
+ D'ung cheval, quand venoit en jouste,
+ Ou droit à la queue, sans doubte.
+ Point il ne frappoit son roussin,
+ Pource qu'il avoit le farcin,
+ Que d'ung baston court et noailleux,
+ Dessus sa teste et ses cheveulx,
+ De paour de le faire clocher.
+ Aussi, de paour de tresbucher,
+ Il alloit son beau pas, _tric, trac_,
+ Et ung grant panon de bissac
+ Voulentiers portoit sur sa teste.
+ D'ung tel homme fault faire feste
+ Autant que d'ung million d'or.
+ Gens d'armes! c'est ung grant tresor;
+ S'il vault riens il ne fault pas dire.
+ J'ay fait raige avecques La Hire:
+ Je l'ay servy trestout mon aage.
+ Je fus gros vallet, et puis page,
+ Archier, et puis je pris la lance,
+ Et la vous portoye sur la panse,
+ Tousjours troussé comme une poche.
+ Et puis, monseigneur de la Roche,
+ Que Dieu pardoint, me print pour paige.
+ J'estoye gent et beau de visaige,
+ Je chantoye et brouilloye des flustes,
+ Et si tiroye entre deux butes. [P. 156]
+ A brief parler, j'estoye ainsi
+ Mignon comme cest enfant-cy;
+ Je n'avoys pas gramment plus d'aage...
+ Or ça, ça, par où assauldray-je
+ Ce cocq que j'ay ouy chanter?
+ A peu besongner bien vanter;
+ Il fault assaillir cest hostel.
+
+ _Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_
+ chenevière, faict en façon d'ung gendarme,
+ croix blanche devant et croix noire
+ derrière, en sa main tenant
+ une arbaleste_.
+
+ (A part.)
+
+ Ha! le Sacrement de l'autel!
+ Je suis affoibly! Qu'esse-cy?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy!
+ Hault le trait, qu'aye la vie franche!
+ Je voy bien, à vostre croix blanche,
+ Que nous sommes tout d'ung party.
+
+ (A part.)
+
+ D'ond, tous les diables! est-il sorty,
+ Tout seul et ainsi effroyé?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Comment! Estes-vous desvoyé?
+ Mettez jus, je gage l'amende.
+ Et, pour Dieu, mon amy, desbende
+ Au hault ou au loing ton baston!
+ _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157]
+ Par le sang bieu! c'est ung Breton,
+ Et je dy que je suis Françoys!...
+ Il est fait de toy, ceste fois,
+ Perrenet; c'est ung parti contraire!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Hen, Dieu! et où voulez-vous traire?
+ Vous ne sçavez pas que vous faictes.
+ Dea! je suis Breton, si vous l'estes.
+ Vive sainct Denis ou sainct Yve!
+ Ne m'en chault qui, mais que je vive!
+ Par ma foi! Monseigneur mon maistre,
+ Se vous voulez sçavoir mon estre,
+ Ma mère fut née d'Anjou,
+ Et mon père je ne sçay d'où,
+ Sinon que j'ouy reveler
+ Qu'il fut natif de Lantriquer.
+ Comment sçauray-je vostre nom?
+ Monseigneur Rollant, ou Yvon,
+ Mort seray quand il vous plaira!
+
+ (A part.)
+
+ Et comment! il ne cessera
+ Meshuy de me persecuter,
+ Et si ne me veult escouter!
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ En l'honneur de la Passion
+ De Dieu, que j'aye confession,
+ Car je me sens jà fort malade!
+ Or, tenez, vela ma salade,
+ Qui n'est froissée ne couppée;
+ Je la vous rens, et mon espée, [P. 158]
+ Et faictes prier Dieu pour moy.
+ Je vous laisse, sur vostre foy,
+ Ung voeu que je doibs à sainct Jacques.
+ Pour le faire, prendrez mon jacques,
+ Et ma ceinture et mon cornet.
+
+ (A part.)
+
+ Tu meurs bien maulgré toy, Pernet,
+ Voire maulgré toi et à force!
+
+ (Au public.)
+
+ Puis qu'endurer fault et à force,
+ Priez pour l'ame, s'il vous plaist,
+ Du Franc Archier de Baignolet,
+ Et m'escripvez, à ung paraphe,
+ Sur moy ce petit epitaphe:
+
+ _Cy gist Pernet le Franc Archier,
+ Qui cy mourut sans desmarcher,
+ Car de fuyr n'eut onc espace,
+ Lequel Dieu, par sa saincte grace,
+ Mette ès cieulx, avecques les ames
+ Des francs archiers et des gens d'armes,
+ Arrière des arbalestriers.
+ Je les hay tous: ce sont meurdriers!
+ Je les congnois bien de pieça.
+ Et mourut l'an qu'il trespassa._
+
+ Velà tout; les mots sont très beaux.
+ Or, vous me lairrez mes houseaulx,
+ Car, se j'alloye en paradis
+ A cheval, comme fist jadis
+ Sainct Martin, et aussi sainct George,
+ J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159]
+ Vous laisse gantelet et dague:
+ Car, au surplus, je n'ay plus bague
+ De quoy je me puisse deffendre.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Attendez! me voulez-vous prendre
+ En desaroy? Je me confesse
+ A Dieu, tandis qu'il n'y a presse,
+ A la Vierge et à tous sainctz.
+
+ (A part.)
+
+ Or meurs-je les membres tous sains
+ Et tout en bon point, ce me semble.
+ Je n'ay mal, sinon que je tremble
+ De paour et de malle froidure,
+ Et de mes cinq sens de nature...
+ Cinq cens! Où prins, qui ne les emble?
+ Je n'en veiz onc cinq cens ensemble,
+ Par ma foy! n'en or, n'en monnoye.
+ Pour néant m'en confesseroye:
+ Oncques ensemble n'en veiz deux.
+ Et de mes sept pechez morteux
+ Il fault bien que m'en supportez:
+ Sur moy je les ay trop portez;
+ Je les metz jus, avec mon jacques.
+ J'eusse attendu jusques à Pasques,
+ Mais vecy ung advancement.
+ Et du premier commendement
+ De la Loy, qui dit qu'on doibt croire
+ (Non pas l'estoc quand on va boire,
+ Cela s'entend) en ung seul Dieu,
+ Jamais ne me trouvay en lieu
+ Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure,
+ Mais qu'à ce besoing me sequeure.
+
+ (A l'espoventail.) [P. 160]
+
+ Ne desbendez? Je ne me fuys!
+
+ (A part.)
+
+ Hélas! je suis mort où je suis.
+ Je suis aussi simple, aussi coy
+ Comme une pucelle; car, quoy
+ Dit le second commendement?
+ Qu'on ne jure Dieu vainement.
+ Non ay-je en vain, mais très ferme,
+ Ainsi que fait ung bon genderme,
+ Car il n'est rien craint, s'il ne jure.
+ Le tiers nous enjoingt et procure,
+ Et advertist et admoneste,
+ Que l'en doit bien garder la feste,
+ Autant en hyver qu en esté:
+ J'ay tousjours voulentiers festé,
+ De ce ne mentiray-je point;
+ Et le quatriesme nous enjoint
+ Qu'on doit honnorer père et mère:
+ J'ay tousjours honoré mon père,
+ En moy congnoissant gentilhomme
+ De son costé, combien qu'en somme
+ Sois villain et de villenaille.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille
+ Jusques amen; miséricorde!
+ Relevez ung peu vostre corde;
+ Ferez que le traict ne me blesse.
+
+ (A part.)
+
+ Item, morbieu! je me confesse
+ Du cinquiesme, sequentement:
+ Deffend-il pas expressément [P. 161]
+ Que nul si ne soit point meurtrier?
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! Monseigneur l'arbalestrier,
+ Gardez bien ce commendement;
+ Quant est à moy, par mon serment,
+ Meurdre ne fis onc qu'en poulaille.
+
+ (A part.)
+
+ L'aultre commendement nous baille
+ Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque,
+ Car en lieu n'en place quelconque
+ Je n'euz loysir de rien embler.
+ J'ay assez à qui ressembler
+ En ce point; je n'ay point meffait,
+ Car, se l'en m'eust pris sur le fait,
+ Dieu scet comme il me fust mescheu!
+
+ _Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui
+ le tient_.
+
+ (A l'espoventail.)
+
+ Las! monseigneur! vous estes cheu!...
+ Jésus! et qui vous a bouté,
+ Dictes? Ce n'ay-je pas esté,
+ Vrayement, ou diable ne m'emporte,
+ Au cas, dictes? Je m'en rapporte
+ A tous ceulx qui sont cy, beau sire,
+ Affin que ne vueillez pas dire
+ Que c'est demain ou pour demain.
+ Au fort, baillez-moy vostre main,
+ Je vous ayderay à lever.
+ Mais ne me vueillez pas grever:
+ J'ai pitié de vostre fortune.
+
+ _Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162]
+ ce n'est pas ung homme_.
+
+ Par le corps bieu! j'en ay pour une!
+ Il n'a pié ne main; il ne hobe;
+ Par le corps bieu! c'est une robe
+ Plaine, de quoy? charbieu! de paille!
+ Qu'esse-cy? morbieu! on se raille,
+ Ce cuiday-je, des gens de guerre...
+ Que la fièvre quartaine serre
+ Celluy qui vous a mis icy!
+ Je le feray le plus marry,
+ Par la vertu bieu! qu'il fut oncques.
+ Se mocque on de moy quelconques?
+ Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre!
+ Qu'espoventail de chenevière,
+ Que le vent a cy abatu!...
+ La mort bieu! vous serez batu,
+ Tout au travers, de ceste espée...
+ Quand la robbe seroit couppée,
+ Ce seroit ung très grand dommaige.
+ Je vous emporteray pour gaige,
+ Toutesfoys, après tout hutin.
+ Au fort, ce sera mon butin,
+ Que je rapporte de la guerre.
+ On s'est bien raillé de toi, Pierre,
+ La charbieu saincte et beniste!
+ Vous eussiez eu l'assault bien viste,
+ Se j'eusse sceu vostre prouesse:
+ Vous eussiez tost eu la renverse,
+ Voir, quelque paour que j'en eusse.
+ Or pleust à Jésus que je fusse,
+ A tout cecy, en ma maison!
+ Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163]
+ De paille: elle chiet par derrière.
+ C'est paine pour la chamberière,
+ De la porter hors de ce lieu.
+
+ (Au public.)
+
+ Seigneurs, je vous commande à Dieu;
+ Et se l'on vous vient demander
+ Qu'est devenu le Franc Archier,
+ Dictes qu'il n'est pas mort encor,
+ Et qu'il emporte dague et cor,
+ Et reviendra par cy de brief.
+ Adieu; je m'en vois au relief.
+
+ FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER
+ DE BAIGNOLLET.
+
+
+
+ XXIII. [P. 164]
+
+ DIALOGUE DE MESSIEURS
+ DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT.
+
+ M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy
+ De neuf? M. On nous tient en aboy,
+ Comme despourveuz, malureux.
+ B. Si j'avoye autant que je doy,
+ Sang bieu! je seroye chez le Roy,
+ Un page après moy! M. Voire deux!
+
+ B. Nous sommes francs... M. Adventureux.
+ B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux.
+ M. Voire, de souhaits. B. C'est assez.
+ M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux.
+ B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux
+ Heritiers. B. De gaiges cassez.
+
+ M. Nous sommes, puis troys ans passez
+ Si minces. B. Si mal compassez.
+ M. Si simples. B. Legiers comme vent.
+ M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165]
+ De donner pour Dieu dispensez,
+ Car nous jeusnons assez souvent.
+
+ M. Hée, monsieur de Baillevent,
+ Qui peult trouver, soubz quelque amant,
+ Deux ou troys mille escus, quel proye!
+ B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement.
+ B. Le quartier en vault l'arpent,
+ Pardieu! Monsieur de Mallepaye!
+
+ M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye,
+ Puis de charbon et puis de craye.
+ M. Je raille. B. Je fays chère à tous.
+ M. Nous avons beau coucher en raye,
+ L'oreille au vent, la gueulle baye,
+ On ne faict point prochas de nous.
+
+ B. Helas! serons-nous jamais soulx?
+ M. Il ne fault que deux ou trois coups
+ Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz.
+ M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx.
+ M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous?
+ M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts.
+ M. Grans. B. Gros. M. Escreuz.
+
+ B. De serjens sommes tous recreux,
+ Et si n'avons nulz bien acreuz.
+ M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige.
+ B. Entretenus. M. Comme poux creux.
+ B. Jurons sang bieu, nous serons creuz:
+ Arrière, piettons de village!
+
+ M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166]
+ B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige.
+ B. Ressourdant. M. Comme bel alun.
+ B. Pathelin en main. M. Dire raige.
+ B. Et, par la mort bien! c'est dommage,
+ Que ne mettons vilains eu run.
+
+ M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun.
+ M. Quand j'en ay j'en offre à chascun,
+ Et suis bien aise quand j'en preste.
+ B. Mes rentes sont sur le commun;
+ M. Mais povres gens n'en ont pas ong;
+ B. J'y romproye pour néant la teste.
+
+ M. S'il povoyt venir quelque enqueste,
+ Quelque mandement ou requeste,
+ Ou quelque bonne commission!
+ B. Mais en quelque banquet honneste,
+ Faire accroire à cest ou à ceste
+ La Pragmatique Sanction!
+
+ M. Et si elle y croit? B. Promision.
+ M. Se elle promet? B. Monition.
+ M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande.
+ M. Se on faict marché? B. Fruiction.
+ M. Se on fruict? B. La Petition
+ En façon de belle demande
+
+ D'ung beau cent escus. M. Quelle viande!
+ B. Qui l'auroit quand on la demande,
+ On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire!
+ B. On tauxeroit bien grosse amende
+ Sur le faict de ceste demande, [P. 167]
+ Se j'en quictoye le petitoire.
+
+ M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire!
+ B. Je me raffroichiz la mémoire
+ Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir!
+ B. Se on nous bailloit par inventaire
+ Deux mil escuz en une armoire,
+ Ilz n'auroient garde d'y moysir.
+
+ M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir!
+ M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir!
+ Nous serions partout bienvenuz.
+ B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir.
+ M. Nous prendrons si bien le loisir
+ De compter ne sçay quantz escuz.
+
+ B. Nous sommes bien entretenuz.
+ M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz...
+ B. De nos parens. M. De bonne race.
+ B. Rentes assez et revenuz,
+ Et s'a présent n'en avons nulz,
+ Ce n'est que malheur qui nous chasse.
+
+ M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse.
+ M. Je volle par coups. B. Je tracasse,
+ Puis au poil et puis à la plume.
+ M. Je gaudis, et si je rimasse,
+ Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce
+ Que je ne l'ay pas de coustume.
+
+ B. D'honneur assez. M. Chascun en hume.
+ B. Je destains le feu. M. Je l'allume.
+ B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168]
+ B. Le plus souvent, quand je me fume,
+ Je batteroye comme fer d'enclume,
+ Si je me trouvoye tout seul.
+
+ M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil.
+ M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil.
+ B. Je m'esbas à je ne sçay quoy.
+ M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil.
+ M. On me fait tout ce que je vueil,
+ Quand nous sommes mon paige et moy.
+
+ B. Je ne demande qu'avoir dequoy,
+ Belle amye, et vivre à requoy,
+ Faire tousjours bonne entreprise,
+ Belles armes, loyal au Roy.
+ M. Mais trois poulx rempans en aboy
+ Pour le gibier de la chemise!
+
+ B. Je porteroye pour ma devise
+ La marguerite en or assise
+ Et le houx partout estandu.
+ M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise.
+ M. Riens en recepte, tant en mise,
+ Et, toute somme, item perdu.
+
+ B. Je vous seroye, au residu,
+ Gorgias sur le hault verdi
+ Le bel estomac d'alouette.
+ M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu,
+ Bien emprunté et mal rendu,
+ Payé d'une belle estiquette.
+
+ M. Puis la chaine d'or, la baguette,
+ Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169]
+ B. De velours. M. C'est bel affiquet.
+ B. Quand nous aurions fait nostre emplète,
+ La porte seroit bien estroicte
+ Se ne passions jusqu'au ticquet.
+
+ M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet.
+ B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet.
+ B. Selon la saison de l'année.
+ M. Et de paige? B. Quelque naquet.
+ M. S'il vient hasart en ung banquet?
+ B. Le prendre entre bond et vollée.
+
+ M. Aux survenans? B. Chère meslée.
+ M. Aux povres duppes? B. La havée.
+ M. Et aux rustes? B. Le jobelin.
+ M. Aux mignons de court? B. L'accollée.
+ M. Aux gens de mesmes? B. La risée.
+ M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin.
+
+ M. D'entretenir? B. Damoiselin.
+ M. Et saluer? B. Bas comme lin.
+ M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx.
+ Pour contenter le femynin.
+ Nous ferions plus d'ung esclin
+ Qu'ung aultre de quinze royaulx.
+
+ M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx!
+ M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx.
+ B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz.
+ M. Nous devrions passer aux sceaulx
+ Envers les officiers royaulx, [P. 170]
+ Comme messieurs les despourveuz.
+
+ B. De congnoissance bien pourveuz
+ Et de sagesse. M. On nous a veuz
+ Si gentilz et si francs. B. Si doulx.
+ M. Helas! cent escuz nous sont deubz.
+ B. Au fort, si nous les eussions euz,
+ On en tint plus compte de nous.
+
+ M. Nous avons faict plaisir à tous.
+ B. Chère à dire: D'ond venez-vous?
+ M. Esmerillonnez. B. Advenans.
+ M. Cent escus, et juger des coups.
+ On auroit beau mettre aux deux bouts,
+ Se nous ne tenions des gaignans.
+
+ B. Nous sommes deux si beaulx gallans.
+ M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans.
+ M. Esmeuz de franche volunté.
+ B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans.
+ B. Bien gays. M. Assez rescéans.
+ B. Porres d'argent. M. Prou de santé.
+
+ B. Chascun de nous est habité.
+ M. Maison à Paris. B. Bien monté,
+ Aussi bien aux champs qu'en la ville.
+ M. Il y a ceste malheurté
+ Que de l'argent qu'avons presté
+ Nous n'en arrons ne croix ne pille.
+
+ B. Où sont les cens et deux cens mille
+ Escus que nous avions en pile,
+ Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171]
+ M. Au fort, se nous n'en avons mille,
+ Nous sommes, selon l'Évangile,
+ Des bienheureux du temps ancien.
+
+ B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien.
+ M. Trouvons en par quelque moyen.
+ B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay.
+ B. Hé, ung engin parisien....
+ M. Art lombard. B. Franc praticien,
+ Pour faire à present ung essay!
+
+ M. Je vis le temps que j'avançay
+ L'argent de chose, et adressay
+ Tel et tel et tel benefice.
+ B. Et, pour moy, quand je compassé
+ Monseigneur tel, et pourchassé
+ Moy mesmes tout seul son office.
+
+ M. J'estois tousjours à tous propice;
+ Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice
+ Nous surprint, si devenions riches.
+ B. Riches, quoi! Geste faulce lisse,
+ Pauvreté, nous tient en sa lice.
+ M. C'est ce qui nous faict estre chiches.
+
+ B. Nous sommes legiers. M. Comme biches.
+ B. Rebondis... M. Comme belles miches.
+ B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons.
+ B. Aussi coustelez. M. Comme chiches,
+ B. Adventureux. M. Comme Suysses
+ A Nancy, sur les Bourguygnons.
+
+ B. Entre les gallans. M. Compaignons.
+ B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172]
+ B. Entre gens d'armes. M. Courageux.
+ B. S'on barguigne. M. Nous barguignons.
+ B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons.
+ Mis sus en ung jour ou en deux,
+
+ B. Nous sommes les adventureux
+ Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux.
+ M. De nouvelles plaisantes. B. Tant.
+ M. Pour servir princes. B. Curieux.
+ M. Et pour les mignons. B. Gracieux.
+ M. Et pour le commun. B. Tant à tant.
+
+ M. Hée, monsieur de Baillevent,
+ Quand reviendra le bon temps?
+ B. Quand chascun aura ses souhaits.
+ M. Cent mille escus argent comptant,
+ Sur ma foy, je seroye content
+ Qu'on ne parlast plus que de paix.
+
+ B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits.
+ B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz.
+ B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis.
+ M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais
+ Faulte d'argent et les grans prestz...
+ M. Nous ont ung peu appaillardis.
+
+ B. Abandonnez. M. Comme hardis.
+ B. Requis. M. Comme les gras mardis.
+ B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing.
+ B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys
+ Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173]
+ Et mignons en ont tant besoing.
+
+ M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing.
+ B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing.
+ M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige.
+ M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing,
+ Nous serions pour faire à ung coing
+ Nostre prouffit d'aultruy dommage.
+
+ Avez-vous tousjours l'heritaige
+ De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige
+ Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains.
+ B. Cent francs de rente et ung fromaige,
+ Vous m'orriez dire de couraige:
+ Vive le roy! M. Ronfflez, villains!
+
+ B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains.
+ B. Gré de dames? M. Amoureux craints.
+ B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource.
+ B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains?
+ M. Nous prenons escus pour douzains,
+ Franchement, et bourse pour bource.
+
+ B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse
+ M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource.
+ B. Hay! hay! tout est mal compassé.
+ M. Comment? B. On ne joue plus du poulce.
+ M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse;
+ Autant vauldroit ung arc cassé.
+
+ M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174]
+ Plus d'escus qu'on eust entassé
+ En ung hospital de vermine.
+ B. Mais nous avons si bien sassé,
+ Le sang bieu! que tout est passé,
+ Gros et menu, par l'estamyne.
+
+ M, Si vient guerre, mort ou famine,
+ Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne
+ Ferons nous pour gaigner le broust?
+ B. Quant à moy, je me determine
+ D'entrer chez voisin et voisine
+ Et d'aller voir si le pot bout.
+
+ M. Mais regardons, à peu de coust,
+ Quel train nous viendroit mieulx à goust
+ Pour amasser biens et honneurs.
+ B. Le meilleur est prendre partout.
+ M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult,
+ Pour cinq solz, à ces pardonneurs.
+
+ M. Allons servir quelques seigneurs.
+ B, Aucuns sont si petitz d'honneurs
+ Qu'on n'y a que peine et meschance.
+ M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs;
+ Mais entre nous, ans estradeurs,
+ Il nous fault esplucher la chance.
+
+ M. Servons marchans pour la pitance,
+ Pour _fructus ventris_, pour la pance.
+ B. On y gaigneroit ses despens.
+ M. Et de foncer? B. Bonne asseurance,
+ Petite foy, large conscience;
+ Tu n'y scez riens et y aprens.
+
+ M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175]
+ Je veulx estre mis sur les rangs,
+ S'ilz ont argent, si je n'en crocque.
+ M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens,
+ Qui se font bien servir des gens;
+ Mais de payer, querez qui bloque!
+
+ M. Officiers, quoi? C'est toute mocque:
+ L'ung pourchasse, l'autre desroque,
+ Et semble que tout soit pour eulx.
+ B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque.
+ Il n'est point de pire defroque
+ Que de malheur à malheureux.
+
+ B. Pour despourveuz adventureux
+ Comme nous, encor c'est le mieulx
+ De faire l'ost et les gens d'armes.
+ M. En fuite je suis couraigeux.
+ B. Et à frapper? M. Je suis piteux;
+ Je crains trop les coups, pour les armes.
+
+ B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes,
+ Et prenons leurs bissacs à fermes,
+ Car il n'y a pas grand débit.
+ M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes,
+ Et pleureroyent maintes lermes
+ Devant que nous prinssions l'habit.
+
+ B. Se en cest malheur et labit
+ Nous mourions, par quelque acabit,
+ Ame n'y a qui bien nous face.
+ M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit,
+ Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176]
+ Et du surplus, Dieu le parface!
+
+ B. Hée, fault-il que Fortune efface
+ Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse;
+ Mais il n'a nul bien qui n'endure,
+ B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse.
+ B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse:
+ A loups ravis grosse pasture.
+
+ M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure.
+ B. Qui nous admoneste? M. Nature.
+ B. Pour aller? M. Où on nous attend.
+ B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure.
+ B. Logez où? M. Près de la clousture
+ De monsieur d'Angoulevent.
+
+ B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent
+ ***************************
+ Et passerons par Mallepaye.
+ B. Brief, c'est le plus expédient
+ Que nous jetons la plume au vent:
+ Qui ne peult mordre, si abaye.
+
+ M. Où ung franc couraige s'employe,
+ Il treuve à gaigner. B. Querons proye.
+ M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts.
+ M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye,
+ Que la plume au vent on envoye.
+ B. Puis après? M. Alors comme alors.
+
+ B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors!
+ B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177]
+ Je me tiendray des mieulx venuz.
+ B. On n'yra point, quand serons mors,
+ Demander au roy les tresors
+ De messieurs les despourveuz.
+
+ La plume au vent! M. Je le concluz.
+ ****************************
+ Pour les povres de ceste année.
+ B. Ne demeurons plus si confuz.
+ ****************************
+ Au grat, la terre est degelée!
+
+ M. Allons, suyvons quelque traînée.
+ Devant! vostre fièvre est tremblée,
+ Car nous sommes tous estourdiz.
+ B. Dieu doint aux riches bonne année!
+ M. Aux despourveuz grasse journée!
+ B. Et aux femmes pesans mariz!
+
+ Prenez en gré, grans et petiz.
+
+ FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE
+ ET DE BAILLEVENT.
+
+
+ [P. 178]
+
+
+ XXIV.
+ LES REPEUES FRANCHES
+ DE FRANÇOIS VILLON
+ ET DE SES COMPAGNONS.
+
+ Vous qui cerchez les repeues franches,
+ Et, tant jours ouvriers que dimenches,
+ N'avez pas planté de monnoye,
+ Affin que chascun de vous oye
+ Comment on les peut recouvrer,
+ Vueillez vous au sermon trouver
+ Qui est escript dedans ce livre.
+ Mettez tous peine de le lire,
+ Entre vous, jeunes perrucatz,
+ Procureurs, nouveaulx advocatz,
+ Aprenans aux despens d'aultruy.
+ Venez-y tost, sans nul estrif,
+ Clercz, de praticque diligens,
+ Qui congnoissez si bien vos gens;
+ Sergens à pied et à cheval,
+ Venez-y d'amont et d'aval,
+ Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179]
+ Qui sçavez jargon jobelin;
+ Capitaine du pont-à-Billon;
+ Tous les subjetz Francoys Villon,
+ Soyez, à ce coup, reveillez.
+ Pas ne devez estre oubliez,
+ Tous gallans à pourpointz sans manches,
+ Qui ont besoing de repeues franches,
+ Et tous ceulx, tant yver qu'esté,
+ Qui en ont grant nécessité.
+ Venez vous apprendre comment
+ Les maistres anciennement
+ Sçavoyent tous les tours de ce faire:
+ Messire Chascun Poicdenaire,
+ Qui de livres sçait les usaiges,
+ Et veult lire tous les passaiges,
+ De celuy en prins appetis;
+ Venez-y donc, grans et petis,
+ Car, de la science sçavoir,
+ Vous ne povez que mieulx valoir.
+ Venez, chevaucheurs d'escuyrie,
+ Serviteurs de grant seigneurie,
+ Venez-y sans dilation,
+ Tous gens sotz et toutes gens sottes;
+ Venez-y, bigotz et bigottes;
+ Venez-y, povres Turlupins
+ Et Cordeliers et Jacopins;
+ Venez aussi, toutes prestresses,
+ Qui sçavez piecà les adresses
+ Des presbitaires hault et bas;
+ Gardez que vous n'y faillez pas!
+ Venez, gorriers et gorrières,
+ Qui faictes si bien les manières;
+ Que c'est une chose terrible.
+ Pour bien faire tout le possible; [P. 180]
+ Toutes manières de farseurs,
+ Anciens et jeunes mocqueurs;
+ Venez-y tous, vrays macquereaulx
+ De tous estatz, vieulx et nouveaulx;
+ Venez-y toutes, macquerelles,
+ Qui, par vos subtilles querelles,
+ Avez tousjours en vos maisons
+ Pour avoir, en toutes saisons,
+ Tant jours ouvriers que dimenches,
+ Souvent les bonnes repeues franches.
+ Venez-y tous, bons pardonneurs,
+ Qui sçavez faire les honneurs,
+ Aux villages, de bons pastez,
+ Avecques ces gras curatez,
+ Qui ayment bien vostre venue
+ Pour avoir la franche repeue;
+ Affin que chascun d'eulx enhorte
+ Les paroissiens, qu'on apporte
+ Des biens aux pardons de ce lieu,
+ Et qu'on face du bien pour Dieu.
+ Tant que le pardonneur s'en aille,
+ Le curé ne despendra maille,
+ Et aura maistre Jehan Laurens
+ Fermement payé les despens
+ Et quarte de vin, simplement,
+ Au curé, à son parlement.
+ De tout estât, soit bas ou hault,
+ Venez-y, qu'il n'y ait deffault;
+ Venez-y, varletz, chamberières,
+ Qui sçavez si bien les manières,
+ En disant mainte bonne bave,
+ D'avoir du meilleur de la cave,
+ Et puis joyeusement preschez,
+ Après que vos gens sont couchez. [P. 181]
+ Ceulx qui cerchent banquets ou festes
+ Pour dire quelques chansonnettes,
+ Affin d'atrapper la repeue,
+ Que chascun de vous se remue
+ D'y venir bien legièrement;
+ Et vous pourrez ouyr comment
+ Ung grant tas de bonnes commères
+ Sçavent bien trouver les manières
+ De faire leurs marys coqus.
+ Venez-y, et n'attendez plus,
+ Entre vous, prebstres sans séjour,
+ Qui dictes deux messes par jour
+ A Sainct-Innocent, ou ailleurs;
+ Venez-y, pour sçavoir plusieurs
+ Des passaiges et des adresses
+ De maintes petites finesses
+ Que l'en faict facillement
+ Qu'advient, par faulte d'argent,
+ En maint lieu, la franche repeue,
+ Qui ne doit à nul estre teue.
+ Par tel, cil qui veue ne l'aura,
+ Paiera, et celuy qui fera
+ De ceste repeue le présent,
+ De l'escot s'en yra exempt,
+ Moyennant qu'il monstre ce livre:
+ Par ce moyen sera delivre;
+ En lieu où n'aura esté veu
+ Il sera franchement repeu,
+ Ainsi qu'on orra plus à plain,
+ Qui de l'entendre prendra soing.
+
+
+ [P. 182]
+ BALLADE DE L'ACTEUR.
+
+ Quant j'euz ouy ce présent mandement:
+ Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur,
+ Le dessusdict, j'ay pensé lermement
+ De moy trouver, et en prins l'adventure,
+ Comme celuy qui, de droicte nature,
+ Vouloit de ce faire narration,
+ A celle fin qu'il en fust mention,
+ A ung chascun, pour le temps advenir,
+ Qui s'attendent et ont intention
+ Que les respeues les viendront secourir.
+
+ Mais ce secours est d'anciennement
+ De tous repas le chief, et par droicture;
+ Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,
+ Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure,
+ Et ne cerchent tant que l'argent leur dure,
+ Mais font du leur si grant destruction,
+ Qu'ilz en entrent en la subjection,
+ De faire aux dens l'arquemie, sans faillir,
+ En attendant, pour toute production,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ J'en ay congneu, qui souvent largement
+ Donnoyent à tous repeues outre mesure;
+ Qui depuis ont continuellement
+ Servy le Pont-à-Billon, par droicture,
+ Dont la façon a esté à maint dure,
+ En leur grant dueil et tribulation;
+ Mais lors n'avoyent nulle remission,
+ Combien que ce leur fist le cueur frémir,
+ Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183]
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+ ENVOI.
+
+ Prince, pour ce que ne me puis tenir
+ Que de telz faitz ne face mention,
+ Puisque à mon temps les ay veu avenir,
+ J'en vueil faire quelque narration,
+ Et escripre, soubz la correction
+ Des escoutans, affin d'en souvenir,
+ La présente nouvelle invention,
+ Que les repeues les viendront secourir.
+
+
+
+ BALLADE DES ESCOUTANS.
+
+ Qui en a est Le bien venu;
+ Qui n'en a point, l'en n'en tient compte,
+ Cil qui en a est bien congneu,
+ Cil qui n'en a point vit à honte.
+ Qui paye l'on exauce et monte
+ Jusque au tiers ciel, pour en prester:
+ Son honneur tout aultre surmonte,
+ Par force de bien acquester.
+
+ Quant entendismes les estatz
+ De telz dissimulations,
+ Congnoissant les hauts et les bas,
+ Par toutes abreviations,
+ Nous mismes, sans sommations,
+ Aux champs, par bois et par tailllis.
+ Pour congnoistre les fictions, [P. 184]
+ Qui se font souvent à Paris.
+
+ Pource que chacun maintenoit
+ Que c'estoit la ville du monde
+ Qui plus de peuple soustenoit,
+ Et où maintz estranges abonde,
+ Pour la grant science parfonde
+ Renommée en icelle ville,
+ Je partis, et veulx qu'on me tonde,
+ S'à l'entrée avois croix ne pille.
+
+ Il estoit temps de se coucher,
+ Et ne sçavoye où heberger;
+ D'ung logis me vins approcher,
+ Sçavoir s'on m'y vouldroit loger,
+ En disant: «Avez à menger?»
+ L'hoste me respondit: «Si ay.»
+ Lors luy priay, pour abréger:
+ «Apportez-le donc devant moy.»
+
+ Je fus servy passablement,
+ Selon mon estat et ma sorte,
+ Et pensant, à part moy, comment
+ Je cheviroye avec l'hoste,
+ Je m'avisé que, soubz ma cotte,
+ Avois une espée qui bien trenche:
+ Je la lairray, qu'on ne me l'oste,
+ En gaige de la repeue franche.
+
+ L'espée estoit toute d'acier,
+ Il ne s'en failloit que le fer;
+ Mais l'hoste la me fist machier,
+ Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185]
+ Puis, après, me convint penser
+ De repaistre, se faim avoye;
+ Rien n'y eust valu le tencer:
+ De leans partis sans monnoye.
+
+
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lendemain, m'aloye enquerant
+ Pour encontrer Martin Gallant.
+ Droit en la Salle du Palays
+ Rencontray, pour mon premier mès,
+ Tout droit soubz la première porte,
+ Plusieurs mignons d'estrange sorte,
+ Que sembloit bien à leur habit
+ Qu'ilz fussent gens de grant acquit.
+ Lors vins pour entrer en la Salle:
+ L'ung y monte, l'aultre devalle.
+ Là me pourmenoye, de par Dieu,
+ Regardant l'estat de ce lieu,
+ Et quand je l'euz bien regardée,
+ Tant plus la voys tant plus m'agrée;
+ Je vis là tant de mirlificques,
+ Tant d'ameçons et tant d'afficques,
+ Pour attraper les plus huppez.
+ Les plus rouges y sont happez;
+ A l'ung convient vendre sa terre;
+ Maint, sans sainctir, là se detterre,
+ Partie ou peu en demourra
+ De tout ce que vaillant aura;
+ Cuydant destruyre son voysin
+ De Poytou, ou de Lymousin,
+ Ou de quelque aultre nation,
+ Maint en est en destruction,
+ Et fault, ains partir de léans, [P. 186]
+ Qu'ilz facent l'arquemye aux dens.
+ On emprunte, qui a credit,
+ Tout ainsi que devant est dict.
+ Quand leur argent fort s'appetiese,
+ Lors leur est la repeue propice,
+ Et lors cerchent (plus n'en doubtez),
+ Hault et bas et de tous costez,
+ Comme on verra par demomstrances
+ En ce traicté des Repeues franches.
+ Et quant au regard de plusieurs
+ Aultres repeues, sont escriptes
+ Affin qu'on preigne les meilleurs,
+ En lisant, grandes ou petites.
+ Vous orrez maintz moyens licites
+ Comment ilz ont esté happez,
+ Hault et bas, par bonnes conduictes
+ De ceulx qui les ont attrapez.
+
+
+ LA REPEUE
+ DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS.
+
+ «Qui n'a or, ny argent, ny gaige,
+ Comment peult-il faire grant chère?
+ Il fault qu il vive d'avantaige:
+ La façon en est coustumière.
+ Sçaurions-nous trouver la manière
+ De tromper quelqu'ung, pour repaistre?
+ ********************************
+ Qui le fera sera bon maistre!»
+
+ Ainsi parloyent les compaignons [P. 187]
+ Du bon maistre Françoys Villon,
+ Qui n'avoient vaillant deux ongnons,
+ Tentes, tapis, ne pavillon.
+ Il leur dit: «Ne nous soucion,
+ Car, aujourd'huy, sans nul deffault,
+ Pain, vin, et viande, à grant foyson,
+ Aurez, avec du rost tout chault.»
+
+ _La manière d'avoir du Poisson._
+
+ Adoncques il leur demanda
+ Quelles viandes vouloyent macher:
+ L'ung de bon poysson souhaita;
+ L'autre demanda de la chair.
+ Maistre Françoys, ce bon archer,
+ Leur dist: «Ne vous en souciez;
+ Il vous faut voz pourpointz lascher,
+ Car nous aurons viandes assez.»
+
+ Lors partit de ses compaignons,
+ Et vint à la Poyssonnerie,
+ Et les laissa delà les pontz,
+ Quasy plains de melencolie.
+ Il marchanda, à chère lye,
+ Ung pannier tout plain de poysson,
+ Et sembloit, je vous certiffie,
+ Qu'il fust homme de grant façon.
+
+ Maistre Françoys fut diligent
+ D'achapter, non pas de payer,
+ Et dist qu'il bailleroit l'argent
+ Tout comptant au porte-pannier.
+ Ils partent sans plus plaidoyer,
+ Et passèrent par Nostre-Dame,
+ Là où il vit le Penancier, [P. 188]
+ Qui confessoit homme ou bien femme.
+
+ Quant il le vit, à peu de plait,
+ Il luy dist: «Monsieur, je vous prie
+ Que vous despechez, s'il vous plaist,
+ Mon nepveu; car, je vous affie
+ Qu'il est en telle resverie:
+ Vers Dieu il est fort negligent;
+ Il est en tel merencolie,
+ Qu'il ne parle rien que d'argent.
+
+ --Vrayment, ce dit le Penancier,
+ Très voulentiers on le fera.»
+ Maistre Francoys print le pannier,
+ Et dit: «Mon amy, venez ça;
+ Velà qui vous depeschera,
+ Incontinent qu'il aura faict.»
+ Adonc maistre Françoys s'en va,
+ Atout le pannier, en effect.
+
+ Quand le Penancier eut parfaict
+ De confesser la créature,
+ Gaigne-denier, par dit parfaict,
+ Accourut vers luy bonne alleure,
+ Disant: «Monsieur, je vous asseure,
+ S'il vous plaisoit prendre loysir
+ De me depescher à ceste heure,
+ Vous me feriez ung grant plaisir.
+
+ --Je le vueil bien, en verité,
+ Dist le Penancier, par ma foy!
+ Or, dictes _Benedicite,_
+ Et puis je vous confesseray,
+ Et, en après, vous absouldray, [P. 189]
+ Ainsy comme je doy le faire;
+ Puis penitence vous bauldray,
+ Qui vous sera bien necessaire.
+
+ --Quel confesser! dist le povre homme:
+ Fus-je pas à Pasques absoulz?
+ Que bon gré sainct Pierre de Romme!
+ Je demande cinquante soulz.
+ Qu'esse-cy? A qui sommes-nous?
+ Ma maistresse est bien arrivée!
+ A coup, à coup, depeschez-vous,
+ Payez mon panier de marée.
+
+ --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu,
+ Dist le Penancier, seurement:
+ Il vous fault bien penser à Dieu
+ Et le supplier humblement.
+ --Que bon gré en ayt mon serment!
+ Dist cet homme, sans contredit,
+ Depeschez-moy legierement,
+ Ainsi que ce seigneur a dit.»
+
+ Adonc le Penancier vit bien
+ Qu'il y eut quelque tromperie;
+ Quand il entendit le moyen,
+ Il congneut bien la joncherie.
+ Le povre homme, je vous affie,
+ Ne prisa pas bien la façon,
+ Car il n'eut, je vous certifie,
+ Or ne argent de son poysson.
+
+ Maistre François, par son blason.
+ Trouva la façon et manière
+ D'avoir marée à grant foyson, [P. 190]
+ Pour gaudir et faire grant chère.
+ C'estoit la mère nourricière
+ De ceulx qui n'avoyent point d'argent;
+ A tromper devant et derrière,
+ Estoit ung homme diligent.
+
+ _La manière d'avoir des Trippes pour diner._
+
+ Que fist-il? A bien peu de plet,
+ S'advisa de grant joncherie:
+ Il fist laver le cul bien net
+ A ung gallant, je vous affie,
+ Disant: «Il convient qu'on espie:
+ Quand seray devant la trippière,
+ Monstre ton cul par raillerie,
+ Puis, après, nous ferons grant chière.»
+
+ Le compaignon ne faillit pas,
+ Foy que doy sainct Remy de Rains!
+ A Petit-Pont vint par compas,
+ Son cul descouvrit jusque aux rains.
+ Quand maistre Françoys vit ce train,
+ Dieu sçet s'il fit piteuses lippes,
+ Car il tenoit entre ses mains
+ Du foye, du polmon et des trippes.
+
+ Comme s'il fust plain de despit,
+ Et courroucé amèrement,
+ Il haulsa la main ung petit,
+ Et le frappa bien rudement,
+ Des trippes, par le fondement;
+ Puis, sans faire plus long caquet,
+ Les voulut, tout incontinent, [P. 191]
+ Remettre dedans le baquet.
+
+ La trippière fut courroucée
+ Et ne les voulut pas reprendre.
+ Maistre Françoys, sans demourée,
+ S'en alla, sans compte luy rendre:
+ Par ainsi, vous povez entendre,
+ Qui'ilz eurent trippes et poisson.
+ Mais, après, il faut du pain tendre,
+ Pour ce disner de grant façon.
+
+ _La manière d'avoir du Pain._
+
+ Il s'en vint chez an boulengier
+ Affin de mieulx fornir son train,
+ Contrefaisant de l'escuyer
+ Ou maistre d'hostel, pour certain,
+ Et commanda que, tout souldain,
+ Cy pris, cy mis; on chappellast
+ Cinq ou six douzaines de pain,
+ Et que bien tost on se hastast.
+
+ Quand la moytié fut chappellé,
+ En une hotte le fist mettre,
+ Comme s'il fust de près hasté,
+ Il pria et requist au maistre
+ Qu'aucun se voulsist entremettre
+ D'apporter, après luy courant,
+ Le pain chappellé en son estre,
+ Tandis qu'on fist le demourant.
+
+ Le varlet le mist sur son col;
+ Après maistre François le porte, [P. 192]
+ Et arriva, soit dur ou mol,
+ Emprès une grant vielle porte.
+ Le varlet deschargea sa hotte
+ Et fut renvoyé, tout courant,
+ Hastivement, tenant sa hotte,
+ Pour requerir le demourant.
+
+ Maistre Françoys, sans contredit,
+ N'attendit pas la revenue.
+ Il eut du pain, par son édit,
+ Pour fournir sa franche repeue.
+ Le boulengier, sans attendue,
+ Revint, mais ne retrouva point
+ Son maistre d'hostel; il tressue,
+ Qu'on l'avoit trompé en ce point.
+
+ _La manière d'avoir du Vin._
+
+ Après qu'il fut fourny de vivres,
+ Il fault bien avoir la mémoire
+ Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres,
+ Il falloit qu'ils eussent à boire.
+ Maistre Françoys, debvez le croire,
+ Emprunta deux grans brocs de boys,
+ Disant qu'il estoit necessaire
+ D'avoir du vin par ambagoys.
+
+ L'ung fist emplir de belle eaue clère,
+ Et vint à la Pomme de Pin,
+ Atout ses deux brocs, sans renchère,
+ Demandant s'ils avoient bon vin,
+ Et qu'on luy emplist du plus fin,
+ Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193]
+ On luy emplist, pour faire fin,
+ D'ung très bon vin blanc de Baigneux.
+
+ Maistre Francoys print les deux brocs,
+ L'un emprès l'autre les bouta;
+ Incontinent, par bons propos,
+ Sans se haster, il demanda
+ Au varlet: «Quel vin est ce là?»
+ Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux.
+ --Ostez cela, ostez cela,
+ Car, par ma foy, point je n'en veulx.
+
+ «Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne?
+ Vuidez-moy mon broc vistement.
+ Je demande du vin de Beaulne,
+ Qui soit bon, et non aultrement.»
+ Et, en parlant, subtillement
+ Le broc qui estoit d'eaue plain
+ Contre l'aultre legierement
+ Luy changea, à pur et à plain.
+
+ Par ce point, ils eurent du vin
+ Par fine force de tromper;
+ Sans aller parler au devin,
+ Ils repeurent, per ou non per.
+ Mais le beau jeu fut au souper,
+ Car maistre Françoys, à brief mot,
+ Leur dit: «Je me vueil occuper,
+ Que mangerons ennuyt du rost.»
+
+ _La manière d'avoir du Rost._ [P. 194]
+
+ Il fut appointé qu'il yroit
+ Devant l'estal d'ung rotisseur,
+ Et de la chair marchanderoit,
+ Contrefaisant du gaudisseur,
+ Et, pour trouver moyen meilleur,
+ Faignant que point on ne se joue,
+ Il viendroit un entrepreneur,
+ Qui luy bailleroit sur la joue.
+
+ Il vint à la rostisserie,
+ En marchandant de la viande;
+ L'autre vint, de chère marrie:
+ «Qu'est-ce que ce paillart demande?»
+ Luy baillant une buffe grande,
+ En luy disant mainte reproche.
+ Quand il vit qu'il eut ceste offrande,
+ Empoigna du rost pleine broche.
+
+ Celuy qui bailla le soufflet
+ Fuist bien tost et à motz exprès.
+ Maistre Françoys, sans plus de plet,
+ Atout son rost, courut après,
+ Ainsi, sans faire long procès,
+ Ils repeurent, de cueur devot,
+ Et eurent, par leur grant excès,
+ Pain, vin, chair, et poisson, et rost.
+
+ [P. 195]
+
+ SECONDE REPEUE
+
+ DE L'EPIDEMIE.
+
+ Et pour la première repeue
+ Dont après sera mention,
+ Bien digne d'estre ramenteue
+ Et mise en revelation,
+ Et pourtant, soubs correction,
+ Affin que l'en en parle encore,
+ Comme nouvelle invention,
+ Redigé sera par memoire.
+
+ Or advint, de coup d'aventure,
+ Que les suppostz devant nommez,
+ Ne cherchoyent rien par droicture.
+ Qu'en richesse gens renommez.
+ Ung jour qu'ilz estaient affamez,
+ En la porte d'ung bon logis
+ Virent entrer, sans estre armez,
+ Ambassadeurs de loing pays.
+
+ Si pensèrent entre eux comment
+ Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre,
+ Et, selon leur entendement,
+ L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre
+ D'hostel, et se fit acongnoistre,
+ Disant qu'il luy enseigneroit
+ Le haut, le bas marché, pour estre
+ Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.
+
+ Je croy bien que monsieur le maistre,
+ Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196]
+ Fit ce gallant très bien repaistre,
+ Et luy commenda charge prendre
+ De la cuysine, d'y entendre,
+ Tant que leur train departira,
+ Et bien payera, sans attendre,
+ A son gré, quand il s'en yra.
+
+ Lors s'en vint à ses compaignons,
+ Dire: «Nostre escot est payé;
+ Je suis jà l'ung des grans mignons
+ De léans et mieulx avoyé,
+ Car le maistre m'a envoyé
+ Par la ville, pour soy sortir;
+ Mais, se mon sens n'est desyoyé,
+ Bien brief l'en feray repentir.
+
+ --Va, lui dirent ses compaignons,
+ Et esguise tout ton engin
+ A nous rechauffer les rongnons
+ Et nous faire boire bon vin.
+ Passe tous les sens Pathelin,
+ De Villon et Pauquedenaire,
+ Car se venir peux en la fin,
+ Passé seras maistre ordinaire.»
+
+ Ce gallant vint en la maison
+ Où estoyt logé l'ambassade,
+ Où les seigneurs, par beau blason,
+ Devisoyent rondeau ou ballade.
+ Il estoit miste, gent et sade,
+ Bien habitué, bien en point,
+ Robbe fourrée, pourpoint d'ostade;
+ Il entendoit son contrepoint.
+
+ Le principal ambassadeur [P. 197]
+ Aymoit une peu le bas mestier,
+ Dont le gallant fut à honneur,
+ Car c'estoyt quasi son mestier,
+ Et luy conta que, à son quartier,
+ Avoit de femmes largement,
+ Qui estoyent, s'il estoit mestier,
+ A son joly commandement.
+
+ Le gallant fut entretenu
+ Par ce seigneur venu nouveau,
+ Et léans il fut retenu,
+ Pour estre fin franc macquereau.
+ Le jeu leur sembla si très beau;
+ Aussi, il fit si bonne mine,
+ Qu'il fut esleu, sans nul appeau,
+ Pour estre varlet de cuysine.
+
+ Les ambassadeurs convoyèrent
+ Seigneurs et bourgeois à disner,
+ Lesquels voulentiers y allèrent
+ Passer temps, point n'en faut doubter.
+ Toutesfoys, vous debvez sçavoir,
+ Quelque chose que je vous dye,
+ Que l'ambassadeur, pour tout veoir,
+ Craignoit moult fort l'Epidemie.
+
+ Ce gallant en fut adverty,
+ Qui nonobstant fist bonne mine,
+ Et quand il fut près de midi,
+ A l'heure qu'il est temps qu'on disne,
+ Il entra dedans la cuysine,
+ Manyant toute la viande,
+ Comme docteur en médecine [P. 198]
+ Qui tient malades en commande.
+
+ Tous les seigneurs là regardèrent
+ Son train, ses façons et manières;
+ Mais, après luy, pas ne tastèrent,
+ Aussi ne luy challoit-il guères.
+ Après il print les esguières,
+ Le vin, le claire, l'ypocras,
+ Darioles, tartes entières:
+ Il tasta de tout, par compas.
+
+ Et, pour bien entendre son cas,
+ Quand il vit qu'il estoit saison,
+ A bien jouer ne faillit pas,
+ Pour faire aux seigneurs la raison,
+ Si bien que dedans la maison
+ Demeura tout seul pour repaistre,
+ Soustenant, par fine achoison,
+ Qu'il se douloit du cousté destre.
+
+ Lors y avoit une couchette
+ Où il failloit la feste faire,
+ Et n'a dent qui ne luy cliquette;
+ Là se mist, commençant à braire
+ Que l'on s'en fuyt au presbytaire,
+ Pour faire le prebstre acourir,
+ Atout Dieu et l'autre ordinaire
+ Qu'il fault pour ung qui veult mourir.
+
+ Quand les seigneurs virent le prebstre
+ Avec ses sacremens venir,
+ Chacun d'eulx eust bien voulu estre
+ Dehors, je n'en veulx point mentir:
+ Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199]
+ Que là demeurèrent les vivres,
+ Dont les compaignons du martir
+ Furent troys jours et troys nuyts yvres.
+
+ Par ce point eurent la repeue
+ Franche chascun des compaignons.
+ La finesse le prebstre a teue,
+ Affin de complaire aux mignons;
+ Mais les seigneurs dont nous parlons
+ Eurent tous, pour ce coup, l'aubade:
+ Chascun d'eulx fut, nous ne faillons,
+ De la grant paour troys jours malade.
+
+
+
+ LA TROISIEME REPEUE
+
+ DES TORCHECULS.
+
+ Un Lymousin vint à Paris,
+ Pour aulcun procès qu'il avoit.
+ Quand il partit de son pays
+ Pas gramment d'argent il n'avoit,
+ Et toutefoys il entendoit
+ Son fait, et avoit souvenance
+ Que son cas mal se porteroit
+ S'il n'avoit une repeue franche.
+ Ce Lymousin, c'est chose vraye,
+ Qui n'avoit vaillant ung patac,
+ Se nommoit seigneur de Combraye,
+ Sans qu'on le suivist à son trac.
+ Plus rusé estoit qu'ung vieil rat, [P. 200]
+ Et affamé comme un vieil loup,
+ Avec monsieur de Penessac,
+ Et le seigneur de Lamesou.
+ Les troys seigneurs s'entretrouvèrent;
+ Car ilz estoyent tous d'ung quartier
+ Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,
+ Ainsi qu'il en estoit mestier;
+ Toutesfoys, ce bon escuyer
+ De Combraye, propos final,
+ Fut esleu leur grant conseillier,
+ Et le gouverneur principal.
+ Ils conclurent, pour le meilleur,
+ Que ce bon notable seigneur
+ Yroit veoir s'il pourroit trouver
+ Quelque bon lieu pour s'y loger,
+ Et, selon qu'il le trouverait,
+ Aux aultres le raconteroit.
+ Or advint, environ midy,
+ Qu'il estoit de faim estourdy,
+ S'en vint à une hostellerie,
+ Rue de la Mortellerie,
+ Où pend l'enseigne du Pestel:
+ _A bon logis et bon hostel,_
+ Demandant s'on a que repaistre:
+ «Ouy, vrayment, ce dist le maistre;
+ Ne soyez de rien en soucy,
+ Car vous serez très bien servy
+ De pain, de vin et de viande.
+ --Pas grand chose je ne demande,
+ Dist le bon seigneur de Combraye:
+ Il n'y a guère que j'avoye [P. 201]
+ Bien desjuné; mais, toutesfoys,
+ Si ai-je disné maintes foys
+ Que n'avoye pas tel appetit.»
+ Ce seigneur menga ung petit,
+ Car il n'avoit guère d'argent,
+ Commendant qu'on fust diligent
+ D'avoir quelque chose de bon,
+ Pour son soupper: ung gras chapon;
+ Car il pensoit bien que, le soir,
+ Il devoit avec luy souper
+ Des gentilzhommes de la cour.
+ L'hostesse fut bien à son gourt,
+ Car, quand vint à compter l'escot,
+ Le seigneur ne dist oncques mot,
+ Mais tout ce qu'elle demanda
+ Ce gentilhomme luy bailla,
+ Disant: «Vous comptez par raison!»
+ Puis il sortit de la maison,
+ Bouta son sac soubs son esselle,
+ Et vint raconter la nouvelle
+ A ses compaignons, et comment
+ Il failloit faire saigement.
+ Il fut dit, à peu de parolles,
+ Pour eviter grans monopolles,
+ Que le seigneur de Penessac
+ Yroit devant louer l'estat
+ Et blasonner la suffisance
+ De ce seigneur, car, sans doubtance,
+ La chose le valoit très bien,
+ Et, pour trouver meilleur moyen,
+ Il menroit en sa compaignie,
+ Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202]
+ Si vint demander à l'hostesse
+ S'ung seigneur remply de noblesse
+ Estoit logé en la maison.
+ L'hostesse respondit que non,
+ Et que vrayement il n'y avoit
+ Qu'ung Lymousin, lequel debvoit
+ Venir au soir souper léans.
+ «Ha! dist-il, dame de céans,
+ C'est celuy que nous demandons;
+ Par ma foy! c'est le grant baron,
+ Qui est arrivé au matin.
+ --Je n'entens point vostre latin,
+ Dist l'hostesse; vous parlez mal:
+ Il n'a ne jument ne cheval;
+ Il va à pied, par faulte d'asne.»
+ Lors Penessac respondit: «Dame,
+ Il vient icy pour ung procès;
+ Il est appellant des excès
+ Qu'on luy a faictz en Lymousin,
+ Et va ainsi de pied, affin
+ Que son procès soit plus tost faict.»
+ L'hostesse le creut, en effet.
+ Alors, le seigneur de Combraye
+ Arrive, et Dieu sçait quelle joye
+ Ces deux seigneurs icy lui firent;
+ Et le genoil en bas tendirent
+ Aussi tost comme il fut venu,
+ Et par ce point il fut congneu
+ Qu il estoit seigneur honorable.
+ Le bon seigneur se sist à table,
+ En tenant bonne gravité.
+ Vis-à-vis, de l'autre costé,
+ S'assit le seigneur de l'hostel,
+ Et eurent du vin, Dieu sçait quel! [P. 203]
+ Il ne le fault point demander.
+ Quand ce vint à l'escot compter
+ L'hostesse assez hault comptoit,
+ Mais au seigneur il n'en challoit,
+ Feignant qu'il fust tout plain d'argent.
+ Lors il dist qu'on fust diligent
+ De penser à faire les litz,
+ Car il vouloit en ce logis
+ Coucher; puis après, par exprès,
+ Il print son grand sac à procès,
+ Et le bailla léans en garde,
+ Disant: «Qu'on me le contregarde.
+ Si de l'argent voulez avoir,
+ Il ne faut que le demander.»
+ L'hostesse ne fut pas ingrate,
+ En disant: «Je n'en ay pas haste.
+ N'espargnez rien qui soit céans.»
+ Ces seigneurs couchèrent léans
+ L'espace de cinq ou six moys,
+ Sans payer argent, toutesfoys,
+ Non obstant ce qu'il demandoit
+ A l'hostesse s'elle vouloit
+ Avoir de l'argent, bien souvent;
+ Mais il n'estoit point bien content
+ De mettre souvent main en bourse.
+ L'hostesse n'estoit point rebourse,
+ Et dist: «Ne vous en soucyez;
+ Dieu mercy! j'ay argent assez,
+ A vostre bon commandement.»
+ Ces mignons pensèrent comment
+ Ilz pourroyent retirer leur sac;
+ Et lors monsieur de Penessac
+ Dist à ce baron de Combraye
+ Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204]
+ Jugeant qu'il fust embesongné.
+ Ce seigneur vint, tout refrongné,
+ Vers l'hostesse, par bon moyen,
+ Et lui dit: «Mon cas va très bien;
+ Mon procès est ennuyt jugé.
+ A coup, qu'il n'y ait plus songé,
+ Baillez-moy mon sac, somme toute,
+ Car j'ay paour et si fays grant doubte,
+ Que les seigneurs soyent departis.»
+ Il print son sac: «Adieu vous dis!
+ Je reviendray tout maintenant.»
+ Il s'en alla diligemment,
+ A tout ses procès et son sac;
+ Et les seigneurs de Penessac
+ Et de Lamesou l'attendoyent;
+ Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent,
+ A recueillir les torcheculz
+ Des seigneurs qui estoyent venus
+ Aux chambres, et bien se pensoyent
+ Qu'à quelque chose serviroyent
+ Ilz ostèrent tous ces procès
+ De ce sac, et, par motz exprès,
+ L'emplirent de ces torcheculz;
+ Puis, au soir, quand furent venuz
+ A leur logis, fut mis en garde,
+ Et, pour mieulx mettre en sauvegarde,
+ Il fut bouté, par grant humblesse,
+ Avec les robbes de l'hostesse,
+ Qui sentoyent le muguelias.
+ Au soir, firent grant ralias;
+ Le lendemain il fut raison
+ De departir de la maison
+ Pour s'en aller sans revenir.
+ On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205]
+ Lendemain soupper et disner,
+ Pour leurs offices resiner,
+ Maiz ilz ne vindrent oncques puis.
+ Ils faillirent cinq ou six nuitz,
+ Dont l'hostesse fut eschec et mac.
+ Elle n'osoit ouvrir le sac
+ Sans avoir le congé du juge,
+ Auquel avoit piteux deluge;
+ Tellement qu il fut necessaire
+ Qu'on envoyast ung commissaire
+ Pour ouvrir ce sac, somme toute.
+ Quand il fust là venu sans doubte,
+ Il lava ses mains à bonne heure,
+ De paour de gaster l'escripture,
+ Car à cela estoit expert.
+ Toutesfoys, le sac fut ouvert;
+ Mais, quand il le vit si breneux,
+ Il s'en alla tout roupieux,
+ Cuydant que ce fust mocquerie,
+ Car il n'entendoit raillerie.
+ Ainsi partirent ces seigneurs
+ De Paris, joyeux en couraige.
+ De tromper furent inventeurs:
+ Cinq moys vesquirent d'avantaige;
+ De blasonner ilz firent raige;
+ Leur hoste fut par eulx vaincu.
+ Ils ne laissèrent, pour tout gaige
+ Qu'un sac tout plain de torchecu.
+
+ [P. 206]
+ LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DU SOUFFRETEUX.
+
+ «Où pris argent, qui n'en a point?
+ Remède est vivre d'avantaige.
+ Qui n'a ne robbe ne pourpoint,
+ Que pourroit-il laisser pour gaige?
+ Toutesfoys, qui aurait l'usaige
+ De dire quelque chansonnette
+ Qui peust deffrayer le passaige,
+ Le payement ne seroit qu'honneste.»
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Ainsi parloit le Souffreteux,
+ Qui estoit fin de sa nature;
+ Moytié triste, moytié joyeux.
+ Du Palays partit, bonne alleure,
+ En disant: «Qui ne s'adventure,
+ Il ne fera jamais beau fait,»
+ Pour pourchasser sa nourriture,
+ Car il estoit de faim deffaict.
+
+ Pour trouver quelque tromperie,
+ Le gallant se voulust haster:
+ En la meilleure hostellerie
+ Ou taverne s'alla bouter,
+ Et commença à demander
+ S'on avoit rien pour luy de bon;
+ Car il vouloit léans disner, [P. 207]
+ Et faire chère de façon.
+
+ Lors on demanda quelle viande
+ Il falloit à ce pèlerin.
+ Il respondit: «Je ne demande
+ Qu'une perdrix ou un poussin,
+ Avec une pinte de vin
+ De Beaulne, qui soit frais tirée.
+ Et puis après, pour faire fin,
+ Le cotteret et la bourrée.»
+
+ Tout ce qui luy fut convenable
+ Le varlet luy alla quérir.
+ Le gallant s'en va mettre à table,
+ Affin de mieulx se resjouyr,
+ Et disna là, tout à loisir,
+ Maschant le sens, trenchant du saige;
+ Mais il fallut, ains que partir,
+ Avoir ung morceau de formaige.
+
+ «Adonc dit le clerc: Mon amy,
+ Il fault compter, car vous devez,
+ Tout par tout, sept solz et demy,
+ Et convient que les me payez.
+ --Je ne sçay comment les aurez,
+ Dist le gallant, car, par sainct Gille!
+ Je veulx bien que vous le saichez,
+ Je ne soustiens ne croix ne pille.
+
+ --Qui n'a argent si laisse gaige;
+ Ce n'est que le faict droicturier.
+ Vous voulez vivre d'avantaige,
+ Et n'avez maille ne denier!
+ Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208]
+ Par Dieu, ains que d'icy je hobe,
+ Vous me payerez, pour abréger,
+ Ou vous y laisserez la robbe.
+
+ --Quant est d'argent, je n'en ay point,
+ Affin de le dire tout hault.
+ Comment! m'en iray-je en pourpoint,
+ Et desnué comme ung marault?
+ Dieu mercy! je n'ay pas trop chault;
+ Mais, s'il vous plaisoit m'employer,
+ Je vous serviray, sans deffault,
+ Jusques à mon escot payer.
+
+ --Et comment? Que sçavez-vous faire?
+ Dites-le moy tout plainement.
+ --Quoy? toute chose nécessaire.
+ Point ne fault demander comment;
+ Je gaige que, tout maintenant,
+ Je vous chanteray ung couplet,
+ Si hault et si cler, je me vant,
+ Que vous direz: «Cela me plaist!»
+
+ L'ACTEUR.
+
+ Lors, le varlet, voyant cecy,
+ Fut content de ceste gaigeure,
+ Et pensa en luy-mesme ainsi,
+ Qu'il attendroit ceste adventure;
+ Et s'il chantoit bien d'adventure,
+ Il lui dirait, pour tous desbats,
+ Qu'il payast l'escot, bon alleure,
+ Car son chant ne lui plaisoit pas.
+
+ L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209]
+ Devant tous, non pas en arrière.
+ Lors le gallant tire, de faict,
+ De dedens sa gibecière
+ Une bourse, d'argent legière,
+ Qui estoit pleine de mereaulx,
+ Et chanta, par bonne manière,
+ Haultement, ces mots tout nouveaulx:
+
+ De sa bourse dessus la table
+ Frappa, affin que je le notte,
+ Et, comme chose convenable,
+ Chanta ainsi à haulte notte:
+ «Faut payer ton hoste, ton hoste!»
+ Tout au long chanta ce couplet.
+ Le varlet, estant coste à coste,
+ Respondit: «Cela bien me plaist!»
+
+ Toutesfoys, il n'entendoit pas
+ Qu'il ne fust de l'escot payé,
+ Parquoy il failloit sur ce pas.
+ De son sens fut moult desvoyé.
+ Devant tous fut notiffié
+ Qu'il estoit gentil compaignon,
+ Et qu'il avoit, par son traicté,
+ Bien disné pour une chanson.
+
+ C'est bien disné, quand on eschappe
+ Sans desbourser pas ung denier,
+ Et dire adieu au tavernier
+ En torchant son nez à la nappe.
+
+ [P. 210]
+
+ LA CINQUIESME REPEUE
+
+ DU PELLETIER.
+
+ Ung jour advint qu'ung Pelletier
+ Espousa une belle femme
+ Qui appetoit le bas mestier,
+ En faisant recorder sa game.
+ Le Pelletier, sans penser blasme,
+ Ne s'en soucioit qu'ung petit:
+ Mieulx aymoit du vin une dragme,
+ Que coucher dedens ung beau lict.
+
+ Ung curé, voyant cest affaire,
+ De la femme fut amoureux,
+ Et pensa qu'à son presbytaire
+ Il maineroit ce maistre gueux.
+ Il s'en vint à luy tout joyeux,
+ A celle fin de le tromper,
+ En disant: «Mon voysin, je veux
+ Vous donner ennuyt à soupper.»
+
+ Le Pelletier en fut content,
+ Car il ne vouloyt que repaistre,
+ Et alla tout incontinent
+ Faire grant chère avec le prestre,
+ Qui luy joua d'un tour de maistre,
+ Disant: «Ma robbe est deffourrée;
+ Il vous y convient la main mettre,
+ Affin qu'elle soit reffourrée.
+
+ --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211]
+ Monseigneur, j'en suis bien content,
+ Mais que vous m'en vueillez payer;
+ Je suis tout vostre, seurement.»
+ Ils firent leur appoinctement
+ Qu'il auroit, pour tout inventoire,
+ Dix solz tournois entièrement,
+ Et du vin largement pour boire,
+
+ Pourvu qu'il la despecheroit,
+ Car il luy estoit necessaire,
+ Et que toute nuyt veilleroit,
+ Avec son clerc, au presbitaire.
+ Il fut content de cest affaire.
+ Mais le Curé les enferma
+ Soubs la clef, sans grant noyse faire,
+ Puis hors de la maison alla.
+
+ Le Curé vint en la maison
+ Du Pelletier, par ses sornettes,
+ Et trouva si bonne achoyson
+ Qu'il fist très bien ses besongnettes.
+ Ilz firent cent mille chosettes,
+ Car, ainsi comme il me semble,
+ Il contenta ses amourettes,
+ Et puis hors de la maison emble.
+
+ Ce fourreur, pour la repeue franche
+ Fut fait coqu bien fermement;
+ Et luy chargea la dame blanche
+ Qu'il y retournast hardiment,
+ Et que, par son sainct sacrement,
+ Jamais nul jour ne l'oubliera,
+ Mais luy fera hébergement, [P. 212]
+ Toutes les foys qu'il luy plaira.
+
+ Et pourtant, donne soy bien garde
+ Chascun qui aura belle femme
+ Qu'on ne lui joue telle aubade
+ Pour la repeue: c'est grant diffame;
+ Quant il est sceu, ce n'est que blasme
+ Et reproche, au temps advenir.
+ Vela des repeues la grant game;
+ Pourtant, ayez-en souvenir!
+
+
+
+ SIXIESME REPEUE FRANCHE
+
+ DES GALLANTS SANS SOULCY.
+
+ Une assemblée de compaignons,
+ Nommez les _Gallans sans soucy_,
+ Se trouvèrent entre deux pontz,
+ Près le Palays, il est ainsi;
+ D'aultres y en avoit aussi,
+ Qui aymoient bien besoigne faîcte,
+ Et estoient, de franc cueur transi,
+ A l'abbé de Saincte Souffrette.
+
+ Ces compaings ainsi assemblez
+ Ne demandèrent que repas;
+ D'argent ilz n'estoyent pas comblez,
+ Non pourtant ne faillirent pas.
+ Ilz se boutèrent, c'est le cas, [P. 213]
+ A l'enseigne du Plat d'estaing,
+ Où ilz repeurent par compas,
+ Car ilz en avoient grant besoing.
+
+ Quant ce vint à l'escot compter,
+ Je crois que nully ne s'en cource;
+ Mais le beau jeu est au payer,
+ Quant il n'y a denier en bourse.
+ Nul d'eulx n'avoit chère rebourse:
+ «Pour de l'escot venir au bout,
+ Dist ung gallant, de plaine source,
+ Il n'en faut qu'ung pour payer tout.»
+
+ Ilz appointèrent tous ensemble,
+ Que l'ung d'iceulx on banderait:
+ Par ainsi, selon qui me semble,
+ Le premier qu'il empoigneroit,
+ Estoit dit que l'escot payeroit.
+ Mais ilz en eurent grand discord:
+ Chascun bandé estre vouloit,
+ Dont ne peurent estre d'accord.
+
+ Le varlet, voyant ces desbas,
+ Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye;
+ Je suis content que, par compas,
+ Tout maintenant bandé je soye.»
+ Les gallans en eurent grand joye,
+ Et le bandèrent en ce lieu,
+ Puis chascun d'eux si print la voye
+ Pour s'en aller sans dire adieu.
+
+ Le varlet, qui estoit bandé,
+ Tournoyoit parmy la maison.
+ Il fut de l'escot prébendé [P. 214]
+ Par ceste subtile achoison.
+ Affin d'avoir provision
+ De l'escot, l'hoste monte en hault:
+ Quand il vit ceste intention,
+ A peu que le cueur ne lui fault.
+
+ En montant, l'hoste fut happé
+ Par son varlet, sans dire mot,
+ Disant: «Je vous ay attrapé,
+ Il faut que vous payez l'escot,
+ Ou vous laisserez le surcot.»
+ De quoy il ne fut pas joyeux,
+ ****************************
+ Cuydant qu'il fust mathelineux.
+
+ Quand le varlet se desbanda,
+ La tromperie peut bien congnoistre:
+ Fut estonné quand regarda,
+ Et vit bien que c'estoit son maistre.
+ Pensez qu'il en eut belle lettre,
+ Car il parla lors à bas ton,
+ Et, pour sa peine, sans rien mettre,
+ Il eut quatre coups de baston.
+
+ Ainsi furent, sans rien payer,
+ Les povres gallans délivrez
+ De la maison du tavernier,
+ Où ilz s'estoyent presque enyvrez
+ Des vins qu'on leur avoit livrez
+ Pour boire à plain gobelet,
+ Que paya le povre varlet.
+
+ Et que ce soit vray ou certain, [P. 215]
+ Ainsi que m'ont dit cinq ou six,
+ Le cas advint au Plat d'estain
+ Près Sainct-Pierre-des-Arsis.
+ Bien eschéoit ung grant mercis,
+ A tout le moins, pour ce repas,
+ Et si ne le payèrent pas.
+
+ Aussi fut si bien aveuglé,
+ Le povre varlet malheureux,
+ Qui fut de tout l'escot sanglé,
+ Et fallust qu'il payast pour eulx;
+ Et s'en allèrent tous joyeux
+ Les mignons, torchant leur visaige,
+ Qui avoyent disné d'advantaige.
+
+
+
+ LA SEPTIESME REPEUE
+
+ FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON.
+
+ Pour passer temps joyeusement,
+ Raconter vueil une repeue
+ Qui fut faicte subtillement
+ Près Montfaulcon, c'est chose sceue,
+ Et diray la desconvenue
+ Qu'il advint à de fins ouvriers;
+ Aussi y sera ramenteue
+ La finesse des escolliers.
+
+ Quand compaignons sont desbauchez,
+ Ilz ne cherchent que compaignie;
+ Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216]
+ Et beu quasy jusqu'à la lye.
+ Or advint qu'une grant mesgnie
+ De compaignons se rencontrèrent.
+ ******************************
+ ******************************
+
+ Et, sans trouver la saison chère,
+ Chascun d'eulx se resjouyssoit
+ Disant bons motz, faisant grant chère;
+ Par ce point le temps se passoit.
+ Mais l'ung d'iceulx promis avoit
+ De coucher avec une garce,
+ Et aux aultres le racontoit,
+ Par jeu, en manière de farce.
+
+ Tant parlèrent du bas mestier,
+ Que fut conclud, par leur façon,
+ Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher
+ Près le gibet de Montfaulcon,
+ Et auroyent pour provision
+ Ung pasté de façon subtile,
+ Et meneroyent, en conclusion,
+ Avec eulx chascun une fille.
+
+ Ce pasté, je vous en respons,
+ Fut faict sans demander qu'il couste,
+ Car il y avoit six chapons,
+ Sans la chair, que point je n'y boute.
+ On y eust bien tourné le coute,
+ Tant estoit grant, point n'en doubtez.
+ Le Prince des Sots et sa routte
+ En eussent esté bien souppez.
+
+ Deux escolliers voyant le cas, [P. 217]
+ Qui ne sçavoyent rien que tromper,
+ Sans prendre conseil d'advocatz,
+ Ilz se voullurent occuper,
+ Pensant à eux, comme atrapper
+ Les pourroyent d'estoc ou de trenche;
+ Car ilz voulloyent ce soir soupper
+ Et avoir une repeue franche.
+
+ Sans aller parler au devin,
+ L'ung prist ce pasté de façon,
+ L'autre emporta un broc de vin,
+ Du pain assez, selon raison,
+ Et allèrent vers Montfaulcon,
+ Où estoit toute l'assemblée.
+ Filles y avoit à foyson,
+ Faisant chère desmesurée.
+
+ Aussi juste comme l'orloge,
+ Par devis et bonne manière,
+ Ilz entrèrent dedans leur loge,
+ Espérant de faire grant chière,
+ Et tastoient devant et derrière
+ Les povres filles, hault et bas.
+ *****************************
+ *****************************
+
+ Les escolliers, sans nulle fable.
+ Voyant ceste desconvenue,
+ Vestirent habitz de diable,
+ Et vindrent là, sans attendue:
+ L'ung, ung croc, l'autre, une massue,
+ Pour avoir la franche repue,
+ Vindrent assaillir les gallans.
+ *****************************
+
+ Disant: «A mort! à mort, à mort! [P. 218]
+ Prenez, à ces chaisnes de fer,
+ Ribaulx, putains, par desconfort,
+ Et les amenez en enfer;
+ Ilz seront avec Lucifer,
+ Au plus parfond de la chauldière,
+ Et puis, pour mieulx les eschauffer,
+ Gettez seront en la rivière!»
+
+ L'ung des gallans, pour abbreger,
+ Respondit: «Ma vie est finée!
+ En enfer me fault heberger.
+ Vecy ma dernière journée;
+ Or suis-je bien ame dampnée!
+ Nostre peché nous a attains,
+ Car nous yrons, sans demourée,
+ En enfer avec ces putains!»
+
+ Se vous les eussiez veu fouyr,
+ Jamais ne vistes si beau jeu,
+ L'ung amont, l'autre aval courir;
+ Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu.
+ Ilz s'en fouyrent de ce lieu,
+ Et laissèrent pain, vin et viande,
+ Criant sainct Jean et sainct Mathieu,
+ A qui ilz feroyent leur offrande.
+
+ Noz escolliers, voyant cecy,
+ Non obstant leur habit de diable,
+ Furent alors hors de soulcy,
+ Et s'assirent trestous à table;
+ Et Dieu sçait si firent la galle [P. 219]
+ Entour le vin et le pasté,
+ Et repeurent, pour fin finalle,
+ De ce qui estoit appresté.
+
+ C'est bien trompé, qui rien ne paye,
+ Et qui peut vivre d'advantaige,
+ Sans desbourser or ne monnoye,
+ En usant de joyeux langaige.
+ Les escolliers, de bon couraige,
+ Passèrent temps joyeusement,
+ Sans bailler ny argent ny gaige,
+ Et si repeurent franchement.
+
+ Si vous vouliez suyvre l'escolle
+ De ceulx qui vivent franchement,
+ Lisez en cestuy prothocolle,
+ Et voyez la façon comment;
+ Mettez-y vostre entendement
+ A faire comme ilz faseyent,
+ Et, s'il n'y a empeschement,
+ Vous vivrez comme ilz vivoyent.
+
+ FIN DES REPEUES FRANCHES
+ ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON.
+
+
+
+NOTES.
+
+_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers;
+_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.)
+
+P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le
+huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris,
+Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot.
+
+P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a
+pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les
+yeux toutes les éditions du XVe siècle.
+
+P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits
+sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière,
+on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes
+éditions. (P. L.)
+
+P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas
+eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se
+trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres.
+
+P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première
+fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas
+connus.
+
+P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son
+Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas
+là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux.
+
+P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par
+Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de
+La Monnoye.
+
+P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première
+fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye.
+C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas
+certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes
+des corrections introduites dans ce texte par M. P. L.
+
+P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon
+eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente
+ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas
+d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p.
+113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as
+trente ans.» Il était donc réellement né en 1431.
+
+P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure
+que celle de La Monnoye. La voici:
+
+ _Si prieray pour lui de bon cueur,
+ Par l'ame du bon feu Cotard..._
+
+C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard
+(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault
+d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là.
+
+P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon
+parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le
+reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente
+ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.»
+
+P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La
+Monnoye, qui termine ainsi ce huitain:
+
+ _C'est pure vérité decellée:
+ Pour une joye cent doulours_.
+
+P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche
+le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier.
+Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade
+de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de
+_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par
+l'effet du hasard.
+
+P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En
+manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII,
+p. 91.
+
+P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui
+commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés
+pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit
+dans La Monnoye.
+
+P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions
+annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs
+plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une
+autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet),
+disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet
+on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre
+François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament
+et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est
+donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq
+ans au _Petit Testament._
+
+Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes
+façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger
+chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la
+_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p.
+104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double
+ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai
+des autres pièces plus tard.
+
+P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux
+suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de
+Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles
+ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault.
+
+P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie
+d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et
+lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré,
+maintien rassis» (p. 109, v. 17).
+
+P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de
+Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies
+de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux
+autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est
+on ne peut plus vraisemblable.
+
+Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc
+d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui
+furent composées à la même occasion par onze autres poëtes.
+
+P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de
+Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault,
+mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La
+Monnoye.
+
+P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison
+de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom
+de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non
+compris le refrain, forment l'_envoi_.
+
+P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se
+trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade.
+On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est
+reproduit ici.
+
+Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne
+pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque
+précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait
+fouetter publiquement.
+
+P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée
+du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien
+prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce
+que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par
+_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_;
+Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M.
+Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du
+collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à
+moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il
+y a un rapprochement à faire entre cette supposition et,
+d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la
+profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation
+très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je
+publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement
+ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade
+des povres housseurs_.
+
+P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par
+Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye.
+
+P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault
+a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en
+existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A.
+de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V,
+p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la
+connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire
+annoté, avec le titre qu'elle porte ici.
+
+P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont
+reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je
+suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui
+voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes
+les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les
+ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage
+qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on
+arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant.
+
+P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à
+cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces
+soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant
+comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui
+peuvent lui appartenir.
+
+P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M.
+Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son
+travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces
+sont réellement de Villon.
+
+P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour
+la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723.
+Je ne crois pas qu'elles soient de lui.
+
+P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve
+dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_
+d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je
+dois cette indication à mon ami M. Louis Moland.
+
+P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour
+la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une
+édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition
+gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien
+théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques
+variantes.
+
+P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_.
+De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut
+réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans
+l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a
+remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six
+vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la
+rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers
+se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers,
+c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.»
+Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle
+y a beaucoup gagné.
+
+Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et
+l'autre de deux, p. 177.
+
+P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs
+fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est
+pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se
+dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste,
+depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout
+entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs
+n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon.
+Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter,
+bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris
+celle de Jean Trepperel, que je crois la première.
+
+P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par
+Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le
+fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir
+aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle
+collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses
+Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p.
+liv.
+
+P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient
+analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée,
+chap. LXXII.
+
+P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des
+_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI.
+
+P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til
+Ulespiègle_, chap. LVII.
+
+P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur
+de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers.
+Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122.
+
+
+
+
+
+GLOSSAIRE-INDEX.
+
+----------A----------
+
+_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12.
+
+_A coup_, vite, tout de suite.
+
+_A tout_, avec.
+
+_Abandonné_, libéral, prodigue. 172.
+
+_Abayer_, aboyer.
+
+_Aboluz_, abolis, absous. §§.
+
+_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy»,
+c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont
+les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami
+Baillevent, P. 168.
+
+ABSALON, 121, 122.
+
+_Absoluz, absolz_, absous.
+
+_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35,
+v. 2.)
+
+_Acabit_, accident (?). 175.
+
+_Accollèe, acollée_, accolade.
+
+_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136.
+
+_Acherin_, acéré, d'acier.
+
+_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse.
+
+_Acongnoistre_, connaître. 195.
+
+_Accueillir_, tenir. 145.
+
+_Acquester_, acquérir.
+
+_Acreuz_, acquis, augmentés. 165.
+
+_Acteur_ (l'), l'auteur. 182.
+
+_Adextre_, adroit, habile.
+
+_Adirer_, absenter, supprimer. 135.
+
+_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25.
+
+_Adonc, adoncques_, alors.
+
+_Advantaige_, voy. _avantaige_.
+
+_Affier_, assurer, certifier.
+
+_Affiques_, affiquets. 185.
+
+_Affoler_, blesser. 152.
+
+_Affuyt_, suit.
+
+_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est
+ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont
+parle Villon, p. 13, v. 21.
+
+_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de
+toucher, prendre.
+
+_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142.
+
+_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6.
+
+_Aignel_, agneau. 107.
+
+_Ainçoys_, avant.
+
+_Ains_, avant.
+
+_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107.
+
+_Aiz_, planche. 84.
+
+ALENÇON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois
+par les Anglais et les Français pendant les guerres du XVe
+siècle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiégea pour la
+dernière fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres
+places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alençon
+dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier,
+tué à la bataille d'Azincourt, en 1415.
+
+ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare
+Diomédès est, suivant Formey, rapportée par Cicéron, dans un
+fragment du traité _De Republica_, liv. III, que nous a conservé
+Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121.
+
+ALLEMANSES, allemandes, 80.
+
+_Alleure_ (_bonne_), promptement.
+
+ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariée en 1160 à Louis
+le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.)
+
+_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dévouer. 108.
+
+ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mèdes.
+
+ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en
+1458.
+
+_Amant_, 165, amendement.
+
+_Amathiste_, améthyste. 35.
+
+_Ambagoys_, ambages, finesses. 192.
+
+_Ambesas_, doubleas. P. 48.
+
+_Ameçons_, hameçons. Employé au figuré, p. 185.
+
+AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prégent, seigneur
+de Coetivy et de Retz, créé amiral en 1439, et tué en 1450, au
+siège de Cherbourg.
+
+AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour sa soeur
+Thamar. (P. 46, v. 15.)
+
+_Amoureux_, agréable, bon. 195, v. 1.
+
+_Amys_, amicts. 36.
+
+_Ance_, anse. 15.
+
+ANCENYS, 151.
+
+_Ançoys_, avant.
+
+_Ancre_, encre.
+
+_Andoilles_, andouilles. 64.
+
+_Ange, Angelot_, (p. 70), étaient des monnaies d'or. Deux
+_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune
+merle agisse consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas
+dans ses habitudes. (Pr.)
+
+ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85.
+
+ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) était sans doute
+l'enseigne d'une hôtellerie.
+
+ANGLAIS, p. 151.
+
+ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3.
+
+_Angoisseux_, plein d'angoisse.
+
+ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nommé Angoulevent vivait
+à la fin du XVIe siècle et se fit connaître par un procès qu'il
+soutint pour défendre les privilèges de sa principauté. Mais ce
+passage prouve que le nom d'Angoulevent était générique parmi
+les gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. L.)
+
+ANJOU, 157.
+
+_Antan_, l'an passé.
+
+_Ante_, tante. 82.
+
+_Apasteler_, nourrir.
+
+_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, évêque, et
+peut-être prêtre.
+
+_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172.
+
+_Appeau_, appel. 197.
+
+_Appoinct_, à point. 73.
+
+_Appointé_, convenu.
+
+_Appoinctement_, accord.
+
+_Aprins_, appris.
+
+_Arain_, airain, cuivre. 48
+
+_Arbrynceaux_, arbrisseaux.
+
+ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de
+Sophocle. (Pr.)
+
+ARCHITRICLIN (p. 69). Le maître d'hôtel des noces de Cana, qui
+conseilla de boire le bon vin le premier.
+
+_Ardiz_, brûlai. 121, v. 2.
+
+_Ardre_, brûler.
+
+_Argeutis_, arguties. 18.
+
+ARISTOTE, 18, 25.
+
+_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraître armé dans un tournoi.
+(P. L)
+
+_Arquemie_, alchimie. «Faire l'arquemie aux dens» (p. 182 et
+186), c'est vivre de vent, n'avoir rien à manger.
+
+_Arraisonner_, interroger.
+
+_Arrons_, aurons.
+
+_Ars_. brûlé. 17.
+
+_Arsure_. brûlure. 76.
+
+_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2.
+
+_Art de mémoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage
+didactique souvent réimprimé au XVe s. avec des figures
+singulières. (P. L.)
+
+ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le
+Justicier, mort en 1458.
+
+_Asçavoir-mon_, c'est à savoir.
+
+ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne?
+
+_Assier_, acier. 9.
+
+_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110.
+
+_Atout_, avec.
+
+_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.)
+
+_Attaintée_, 78, bien parée (Pr.),-fardée (P. L.).
+
+_Attendue_, attente, retard.
+
+_Attente_, intention. 49.
+
+_Aubade_, peur. 199.
+
+_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120.
+
+_Aucunement_, en quelque façon.
+
+_Auditeux_, auditeurs.
+
+AUGER LE DANOIS, 91.
+
+_Aulmoire_, armoire.
+
+AULNIS (vin d'), 60.
+
+AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21.
+
+AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche héréditaire
+fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.)
+
+_Avaller_, descendre, précipiter en bas.
+
+_Avantage (vivre d')_, vivre aux dépens d'autrui. 206, 208, etc.
+
+_Avenir_, advenir.
+
+AVERROYS, Averrhoès. 25.
+
+_Avoyé_, en voie, bien venu. 196.
+
+_Ayser (s')_, se mettre à son aise, se servir librement. P. 78,
+v. 21.
+
+----------B----------
+
+BABYLOINE, Babylone. 79.
+
+_Bachelette_, jeune fille. 47.
+
+_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47.
+
+_Bague_, bagage, arme.
+
+BAIGNEUX, 193
+
+BAIGNOLET, 150.
+
+_Bailler_, donner.
+
+BAILLY, 3.
+
+_Bandon (à),_ à l'abandon.
+
+_Barat_, tromperie.
+
+_Barbiers_, étaient les chirurgiens du temps. 77.
+
+_Barguigner_, marchander, hésiter.
+
+_Barre_ (p 63), pièce du blason qui indique la bâtardise. Au
+lieu de cela, Villon donne au bâtard de La Barre trois dés pipés
+pour mettre dans son écusson.
+
+BASANYER, 74.
+
+_Bas mestier_, acte amoureux.
+
+_Baston_, 156. Nom des armes portatives en général. On a dit
+plus tard «baston à feu».
+
+_Batture_, action de battre. 71, 115.
+
+BAULDE (_frère_). 67.
+
+_Baulde_, réjouie. 67.
+
+_Bauldray_, donnerai.
+
+_Bave_, bavardage. 180.
+
+_Baver_, bavarder.
+
+_Baverie_, bavardage, vaines promesses.
+
+Baye, ouverte. 165.
+
+BEAULNE. 193, 207.
+
+_Beffray_, beffroi.
+
+BÉGUINES, 66.
+
+_Béjaulne_, niais. 193.
+
+_Belin_, mouton. 70.
+
+BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, à qui Villon donne le titre de
+lieutenant criminel, était conseiller au Parlement de Paris.
+
+BELLET, 118.
+
+_Benoist_, béni.
+
+_Benoistier_, bénitier.
+
+_Bergeronnette_, chanson rustique. 91.
+
+_Berlan_, brelan. 87.
+
+BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mère de Charlemagne.
+
+_Besongner_, travailler. 118.
+
+
+_Besongnettes_, affaires d'amour.
+
+_Betourner_, dompter, abattre. 108.
+
+_Bière_ (en), mort, enseveli.
+
+BIETRIS (p. 34, v. 19), Béatrix de Provence, mariée à Charles de
+France, fils de Louis VIII. (Pr.)
+
+BIETRIX, 118.
+
+_Billart_, bâton recourbé avec lequel on jouait à la crosse.
+
+BILLY (_la tour de_), 73.
+
+_Bisagüe_, besaiguë.
+
+_Bise_, brune. 79.
+
+_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon,
+valait douze deniers.
+
+BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est
+question p. 34, v. 17, était Blanche de Bourbon, mariée en 1352
+à Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche
+de Castille, mère de saint Louis.
+
+BLANCHE LA SAVETIÈRE, 42.
+
+_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196.
+
+_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206.
+
+_Bloquer_, donner de l'argent. 175.
+
+BOESMES, p. 118. «La faute des Boesmes», c'était l'hérésie des
+Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague.
+
+_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de
+la rivière où l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le
+langage trivial, _boire un bouillon_, c'est à dire: courir le
+risque d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.)
+
+_Boiture_, boisson 52.
+
+_Bonne_. «Cy suspendy et cy mis bonne», p.17. Prompsault
+interprète _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette
+expression équivaut à _mettre en panne_.
+
+_Bonne alleure_, promptement.
+
+_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77.
+
+_Bort_, bordure. 136.
+
+_Bouffé_, soufflé, emporté par un souffle. (P. 36, v. 19.)
+
+_Bouges_, chausses, culottes.
+
+_Bouhourder_, lutter à armes courtoises. 119.
+
+_Boullon_, bouillon, tourbillon.
+
+_Boulluz_, bouillis. 56.
+
+BOULOGNE, 9.
+
+BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier,
+mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223.
+
+_Bourde_, mensonge, 111.
+
+_Bourder_, mentir.
+
+BOURG-LA-ROYNE, 65.
+
+BOURGES, 68, 76.
+
+BOURGUIGNON (Pierre),60.
+
+BOURGUYGNONS. 171.
+
+_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33.
+
+_Bourse_. «Les bourses des dix-et-huit clers» (p. 72). Le
+collège des _Dix-huit_, où l'on recevait les étudiants trop
+pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était situé, suivant M.
+P. L, devant le collège de Clugny, sur l'emplacement actuel de
+l'église de la Sorbonne.
+
+_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161.
+_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire.
+
+_Boyser_, travailler le bois. 64.
+
+_Bracquemart_, épée courte et large.
+
+_Braire_, crier. 198.
+
+_Brairie_, cris. 152.
+
+_Branc_, sorte d'épée.
+
+_Brayes,_ chausses, culottes.
+
+_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu:
+_Verloren, bey Gott!_
+
+BREAAOIRE, Bressuire. 152.
+
+BRETAIGNE, 62.
+
+BRETONS, 153, 154, 157.
+
+_Brettes_, Bretonnes. 80.
+
+_Brief_, brièvement. 196.
+
+_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des
+_imbroglios_, des scènes comiques.
+
+_Broillerie_, désordre.
+
+_Broises, brossillons_, broussailles. 99.
+
+_Brouaille_, 148, me paraît synonyme de _brodier, broudier_,
+anus.
+
+_Brouillez_, en désordre, embrouillés. 2
+
+_Broust_, nourriture, subsistance. 174.
+
+_Brouter_, manger. 63.
+
+BROYER à moustarde, mortier. 17.
+
+BRUCIENNES, Prussiennes. 80.
+
+BRUNBAU (_Philip_), 97.
+
+_Bruire_, faire du bruit.
+
+_Bruit, bruyt_, renommée, réputation 9, 176.
+
+BRUYÈRES (Mlle de), 79.
+
+BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de
+Sanceire, qui succéda comme amiral à Prégent de Coëtivy.
+
+_Buffe_, soufflet. 194.
+
+_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DÉCRET. Les porteurs de bulles (p.
+87) étaient des ecclésiastiques ou des officiers du Saint-Siège,
+qui venaient quêter et vendre des indulgences au nom du pape
+dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus être admis
+en France sans un ordre du roi; les privilèges de l'Église
+gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces
+collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrétienté an
+moyen âge. (P.L.)
+
+_Bureaux_, vêtements de bure. 32.
+
+BURIDAN, 34. C'était une tradition bien établie parmi les
+écoliers de l'Université de Paris, qu'une reine de France
+avoit fait de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine,
+sur l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de ses
+débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants,
+et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice
+satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivière.
+Buridan eut le bonheur d'échapper à la mort, et il inventa
+ce fameux sophisme, qui devait être sa vengeance et sa
+justification: «Il est permis de tuer une reine si c'est
+nécessaire.» Villon est le plus ancien auteur qui ait parlé de
+cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de
+France, l'a rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il
+en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées
+d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de
+Louis le Hutin, fut étranglée dans sa prison, en 1314, par
+ordre du roi. Quant à Buridan, il devint un des plus célèbres
+professeurs de l'Université de Paris, et fut exilé de France
+comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua
+de professer la philosophie nominaliste. (P. L.)
+
+_Butor_, p. 122. Espèce de héron, oiseau aquatique. On croyait
+au moyen âge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de
+l'eau, durant l'hiver. (P. L.)
+
+----------C----------
+
+_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80.
+
+_Cadès_, juge, cadi. 26.
+
+_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'était un nom donné aux
+filles publiques M. P. L. rappelle, à l'appui de cette opinion,
+qu'une célèbre maison de débauche, à Toulouse, était appelée
+Châtel-vert.
+
+CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455,
+siégea trois ans et quatre mois. (Pr.)
+
+CALLAISIENNES, 8l.
+
+_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, légaliser.
+(P. L.)
+
+_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est
+quelque chose comme «mener les poules pisser.»
+
+_Capitaine du Pont à Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et
+mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient
+alors le _pont à Billon_. (Pr.)
+
+_Cappel_, chapeau. 105.
+
+CARDON (_Jacques_), 91.
+
+CARMES, 175.
+
+CARMES (_l'hostel des_), 67.
+
+_Carre_, dimension. «Trois detz plombez de bonne carre.» (P. 63,
+v. 27.)
+
+CARTAIGE, Carthage, 120.
+
+CARTES _à jouer_, 63.
+
+CASSANDRE, 110.
+
+CASTELLANES, Castillanes, 80.
+
+CATON, 109.
+
+_Caut_, habile, prudent. 172.
+
+_Caver_, creuser. 102.
+
+_Caymant_, mendiant. 60.
+
+_Céans,_ ici dedans.
+
+_Ceau_, seau. 15.
+
+CECILLE, Sicile. 74.
+
+_Ceincture_, virginité. 68.
+
+CELESTINS, 30, 82, 98.
+
+_Celle_, cette. 104.
+
+_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P.
+L.)
+
+_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers.
+
+CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des enfers. 46.
+
+_Cervoise_, 48.
+
+CÉSAR (_Jules_), 120.
+
+_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquiètent pas. P. 73.
+
+_Chambres, privés_. 204.
+
+CHAMBRE AUX DENIERS, 89.
+
+CHAMP-TOURCÉ, 151. Chantocé ou Champtocé, village du département
+de Maine-et-Loire.
+
+_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112.
+
+CHANGON, voy. _moutonnier_.
+
+_Chapeau de laurier_, couronne. 2.
+
+CHAPPELAIN (_le_), p. 93, était quelque ami de Villon qui
+portait ce surnom. Villon lui lègue sa chapelle à simple tonsure
+(p. 93, v. 2). Le bénéfice à simple tonsure, selon Pr., était
+destiné à des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup
+d'instruction.
+
+_Chappin_, savate (?). 61.
+
+CHARLEMAGNE, 35.
+
+CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24.
+
+CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le séjour de
+Villon dans la prison de Meung, p. 35.
+
+CHARRUAU (_Guillaume_),61.
+
+CHARTIER (_Alain_), 91.
+
+CHARTREUX, 31, 82, 98.
+
+_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui
+n'ont pas d'argent.
+
+_Chastoy_, correction, châtiment. 85, 142.
+
+_Chat_ «qui hayt pescher», qui a horreur de l'eau. P. 76.
+
+_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157.
+
+_Chef_, tête. 94.
+
+_Chenu_, vieux, blanchi par l'âge. 40.
+
+_Cheoir_, tomber. 111.
+
+_Chère, chière_, mine, visage.--_Chère lye_, 187, mine
+joyeuse.--_Chère marrie_, 194, air de mauvaise humeur.--
+_Chère meslée_, 169, visage renfrogné.--_Chère rebourse_, mine
+refrognée.
+
+_Cherme_, charme, 58.
+
+_Chet_, tombe. 117.
+
+_Cheu_, tombé.
+
+CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60.
+
+CHEVALIER DU GUET. 92.
+
+_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89.
+
+_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16.
+
+_Chevaucheur_, celui qui va à cheval. 47.
+
+_Chevir_, venir à bout, se tirer d'affaire. 184.
+
+_Chière_, voy. _Chère_.
+
+_Chiet_, tombe.
+
+CHOLLET, 64.
+
+_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses.
+
+CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné p. 36, v. 17, serait, selon
+Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siècle.
+Pr. croit qu'il s'agit plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194.
+
+_Cil_, celui, 95, 111.
+
+_Clamer_, appeler, crier. 102.
+
+_Claqdent_, 176. Pays des gueux, à qui le froid fait claquer les
+dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par
+le mercure. Leur itinéraire obligé était par _Surie, Bavière_ et
+_Claquedent_.
+
+CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guésclin, mort en
+1380.
+
+_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--écoliers,
+étudiants, 15, 86;--garçons de divers métiers. Les _clers
+Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garçons d'hôtellerie
+sont appelés clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc
+de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est
+pas nouvelle.
+
+_Cler_, clair, pur. 56, 106.
+
+_Clergeon_, écolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71
+
+_Cliquepatins_, 98, traîne-savates. (LeDuchat.)
+
+_Clorre_, clore, fermer.
+
+CLOTAIRE, 105.
+
+CLOVIS, 106.
+
+_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot paraît être employé ici
+dans un autre sens.
+
+_Coing_, le coin qui sert à battre monnaie. 8.
+
+_Cointe_, jolie, gentille. 147.
+
+COLIN DE CAYEULX, 86.
+
+COLIN GALERNE, 85.
+
+_Collatérales (espèces)_, 18. Termes d'école, qui signifient les
+facultés dépendantes de la mémoire. (P. L.)
+
+COLOMBEL, 96.
+
+_Com_, comme.
+
+_Combien que_, bien que, quoique.
+
+COMBRAYE (_le seigneur de_). 199.
+
+_Commander_, recommander. 163.
+
+_Commens_, Commentaires. 25.
+
+_Compaings_, compagnons.
+
+_Compasser_ (?). 171.
+
+_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140.
+
+_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre à bout d'arguments.
+8l, v. 2.
+
+_Congnoistre (soy)_, se reconnaître 160.
+
+_Conjoindre_, réunir. 64.
+
+_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5.
+
+CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings
+dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr.,
+l'empereur Basile, souverain très-libéral.
+
+_Conte_, comte. 135.
+
+_Contemplation_, employé dans un sens équivoque. 66.
+
+_Contendre_, disputer. 78.
+
+_Contraict_, déformé, recourbé, _contracté_. 41.
+
+_Contregarder_, garder. 203.
+
+_Contrepoint (entendre le)_, être habile. 196.
+
+_Convenir_, falloir. 38, 185.
+
+_Convint_, couvent. 37.
+
+_Convoyer_, convier. 197.
+
+_Coquart_, coq. 49.
+
+_Corbillon_, panier. 113.
+
+CORDELIERS, 175, 179.
+
+_Cordoen_, cuir. 23, 139.
+
+_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier.
+
+CORNU (_Jean_), 59.
+
+COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Église qui
+défendit Villon lors de son premier procès, en 1456.
+
+_Cotteret_, cotret. 207.
+
+_Coucher_, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche tel gage.» P.
+86.
+
+_Couiltart_, coulart, canon à main, long et mince. Employé dans
+un sens équivoque. 153.
+
+_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce
+qui donne assez clairement le sens du mot et la façon dont se
+prononçait le nom du poëte.
+
+_Courage_, coeur. P. 107, v. 18.
+
+COURAULT (Jehan), 77.
+
+_Courre_, courir. P. 65.
+
+_Coursé_, fâché, courroucé. 37, 151.
+
+_Courtault_, 154. Canon portatif. Employé dans un sens
+équivoque.
+
+_Courtissain_, courtisan. 173.
+
+_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armés.
+
+_Coute_, coude. 135.
+
+_Coutel_, couteau.
+
+CRAON, 152.
+
+_Créance_, croyance, opinion. 114.
+
+_Crepelle_, coupelle. «Argent de crepelle» (p. 48), argent
+épuré.
+
+CRÈTE, 46.
+
+_Creu_, grandi, accru. 70.
+
+_Croire_, faire crédit, prendre à crédit, parfois en donnant un
+gage. P. 159, v. 26-27.
+
+_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrévérencieusement _la
+vraie croix_ (p. 115-116), c'était la marque empreinte sur la
+plupart des monnaies du temps, et qui a été depuis remplacée par
+l'effigie du prince. _Pile_ désignait le revers. On joue encore
+à _pile ou face._ «Sans croix ne pile», sans argent.
+
+_Croppetons (à)_, accroupi. 41.
+
+CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence.
+
+_Crostes_, croûtes. 98.
+
+_Cry_, 168, cri d'armes.
+
+CUEUR (_Jacques_), 32.
+
+_Cuider_, croire.
+
+CULDOU (_Michault_), 72.
+
+_Curatez_, curés. 180.
+
+_Cure_, soin, souci.
+
+CURES, 152.
+
+_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77.
+
+_Cuyder_, croire.
+
+_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L.
+rapproche de cette locution celle de «cuydeurs de vendanges»,
+employée par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25).
+
+_Cy_, ici.
+
+_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191.
+
+_Cymballer_, jouer des cymbales. 87.
+
+----------D----------
+
+_Damoiselin_, de damoiseau.
+
+_Danger_ 119. «A danger emprunter argent», c'était, si je ne me
+trompe, emprunter à dix pour cent.
+
+_Dangier_, danger, péril. 8.
+
+DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de
+Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas âge.
+
+DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de
+Viennois résidait à Grenoble. (Pr.)
+
+DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion à son amour pour Bethsabée.
+
+_Dea!_ exclamation: Dame!
+
+_Débouté_, rebuté. 110.
+
+_Debteur_, débiteur. 96. Villon, comme on le fait encore
+souvent, emploie ce mot dans le sens de _créancier_.
+
+_Debuer_, laver, lessiver. 102.
+
+_Déchasse_, banni, chassé, 10.
+
+DÉCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce décret a été porté par le
+quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne à tous les
+chrétiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés
+à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les
+religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datée de
+Pisé, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au
+préjudice des droits des curés, établis par le canon que nous
+venons de citer. L'Université se leva contre, tint plusieurs
+assemblées, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus
+de son sein. Les évêques de France se joignirent à elle. Des
+députés furent envoyés à Rome, et en rapportèrent une bulle de
+Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. Cette affaire
+était à peine terminée, ou même ne l'était pas encore, quand
+Villon composait son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux
+des curés de Paris, il leur lègue le canon _Omnis_ pour le
+remettre en vigueur. (Pr.)
+
+DEDALUS, Dédale. Sa «court» (p. 122, v. 7) était son célèbre
+labyrinthe, où il fut enfermé lui-même.
+
+_Dedans_, d'ici à... «Dedans ces Pasques.» (P. 12, V. 4.)
+
+_Dédié_, consacré. «Et à bonnes moeurs dédié» (p. 29, v. 5).
+
+_Deffaçon_, ruine, destruction. 8, 58.
+
+_Deffuyr_, éviter, négliger. 84.
+
+_Dejeter_, retirer. 54.
+
+_Delivre_, quitte, libéré. 181.
+
+_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109.
+
+_Demonstrance_, démonstration. 186.
+
+_Demourant (le)_ le reste.
+
+_Demourée_, retard, séjour. 191.
+
+_Demourra_, restera. 32.
+
+_Demourroit_, resterait. 121.
+
+_Demy-ceinct_, p. 33 «Ceinture d'argent avec des pendants
+auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc.» (P. L.)
+
+_De par_, au nom de. 9.
+
+_Departir_, départ. P. 100, v. 8.
+
+_Departir_, partir, se séparer. 9, 142, 196, 204, 205.
+
+_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3.
+
+_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109.
+
+_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7.
+
+_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92
+
+_Desclos_, ouvert.
+
+_Desconfire_, ruiner, détruire. 103, 106.
+
+_Descrier_, décrier, 42, est dit des monnaies dont on
+interdisait la circulation par un cri public.
+
+_Descrire_, écrire, rapporter. 146.
+
+_Deshait_, 83, dispute, désappointement.
+
+_Desmarcher_, reculer. 158.
+
+_Desnué_, dépouillé. 14, 208.
+
+_Despartir (se)_, se séparer. 44.
+
+_Despendre_, dépenser.
+
+_Despendu_, dépensé. 28.
+
+_Desperance_, désespoir. 122.
+
+_Despiter_, défier. 48.
+
+_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31.
+
+_Despourveu_, dépourvu. 14.
+
+_Desprins_, dépourvu, 15.
+
+_Despriser_, déprécier. 116.
+
+_Desplaisance_, déplaisir.
+
+_Desroquer_, 175, pour _dérocher_, terme de fauconnerie, qui
+signifie forcer la bête. (P. L.)
+
+_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72.
+
+_Dessiré_, déchiré. 148.
+
+_Destaindre_, éteindre. 167.
+
+_Destourbier_, trouble, embarras. 16.
+
+_Destre_, droit. 198.
+
+_Desveillé_, réveillé, ravivé. 18.
+
+_Desvier_, dévier. 91.
+
+_Desvoyé_, 156, égaré, écarté de votre bannière. (P. L.)
+
+_Detrayner_, maltraiter. 40.
+
+_Détrenché_, coupé, haché. 143.
+
+_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185.
+
+_Detz_, doigts. 26.
+
+_Detz_, dés. 63.
+
+_Deul_, chagrin, deuil. 108.
+
+_Deul (je me)_, je me plains. 8.
+
+_Devaller_, descendre 185.
+
+_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9.
+
+_Dévier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110.
+
+_Dextre_, droit, droite.
+
+DIDO, Didon. 86, 110.
+
+_Die_, dise. 103.
+
+_Diffame_, déshonneur. 44, 86.
+
+_Diffinir_, définir, expliquer. 93.
+
+DIJON, 37.
+
+_Dilation_, retard, délai. 179.
+
+DIOMEDÈS, 26
+
+_Discordez_, désunis. 106.
+
+_Ditz_, propos, discours. 43.
+
+_Diviser_, causer, parler. 169.
+
+DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_.
+
+_Doint_, donne.
+
+_Doller_, travailler de la dojoire. 64.
+
+_Doncques_, donc.
+
+_D'ond_, d'où. 114, 156.
+
+DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire
+d'Aelius Donatus, intitulée _De octo partibus orationis_,
+laquelle était en usage dans toutes les universités de l'Europe,
+et surtout dans celles de France. (P. L.)
+
+DOUAY, 22.
+
+_Doubtance_, doute. 201.
+
+_Double_, supposition, crainte. 43, 204.
+
+_Doubler_, craindre, redouter. 97.
+
+_Doulche_, douce. 134.
+
+_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140.
+
+_Douver_, faire des douves. 64.
+
+_Douzain_, petite monnaie. 173.
+
+DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents étaient particulièrement
+attachés au prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.)
+
+_Doye_, doive. 141.
+
+_Drapel_, linge. 104.
+
+_Drapelle_, linge, habits. 48.
+
+_Drapilles_, linge, hardes. 88.
+
+DU BOYS. 64.
+
+DU RU (_Guillaume_). 97.
+
+_Du tout_, entièrement, complètement. 16, 21.
+
+----------E----------
+
+ECHO, nymphe, 34, 110.
+
+_Edit_, adresse, invention. 192.
+
+_Effimère_, éphémère. 53.
+
+_Efforcer_, contraindre. 104.
+
+_Effroyé_, 156, effarouché, avec un air menaçant. (Pr.)
+
+EGIPTE, Egypte. 120.
+
+EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15.
+
+_El_, elle. 9, 84.
+
+_Embattre_ (s'), s'abattre. 75.
+
+_Embesongné_, occupé, affairé. 204.
+
+_Embler_, voler. 159, 161. Se dérober, 211.
+
+_Embroché (vin)_, mis en perce. 30.
+
+_Emmy_, au milieu de.
+
+_Empescher_, 71, occuper, embarrasser.
+
+_Emperier_, empereur. 36.
+
+_Emperière_, impératrice, souveraine. 55.
+
+_Empire (ciel)_, l'empyrée. 103.
+
+_Emprès_, auprès de.
+
+_Emprise_, entreprise.
+
+_Enchanter_, ensorceler. 117.
+
+_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72.
+
+_Enclos_, enfermé. 106.
+
+_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144.
+
+ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon.
+
+ENFANS-TROUVEZ, 85.
+
+_Enferma_, infirmes. 91.
+
+_Enfondu_, 16. Creux et décharnez, dit Marot.--Ne pouvant se
+soutenir. (Pr.)
+
+_Engigner_, tromper. 68.
+
+_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse.
+171.
+
+_Engrillonné_, attaché avec des menottes. 26.
+
+_Enhort_, exhortation. 25.
+
+_Enhorter_, exhorter.
+
+_Enmouflé_, chaussé de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M.
+P. L, Je croirais que cela signifie plutôt _emmitouflé_.
+
+_Enné_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_
+(par mon âme).
+
+_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204.
+
+_Enquerir_, rechercher. 35.
+
+_Enserré_, enfermé. 15.
+
+_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2.
+
+_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121.
+
+_Entendre_, connaître, savoir: «J'entends que ma mère mourra.»
+(P. 32, v. 25.)
+
+_Entente_, intention, projet. 49.
+
+_Entour_, autour de.
+
+_Entrepreneur_, survenant qui se mêle des affaires de quelqu'un,
+qui _l'entreprend._ 194.
+
+_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40.
+
+_Envers_, à l'envers, renversé. 111, v. 5.
+
+_Envys_, malgré soi. 70.
+
+EOLUS. 123. Les «clerc Eolus» sont les sujets de ce dieu, les
+vents.
+
+ERACE, père de Villon, 31.
+
+_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement,
+tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95.
+
+_Ès_, aux, dans les.
+
+ESBAILURT, Abailard. 34.
+
+_Esbatans_, joyeux, aimant à s'amuser, à s'ébattre. 72.
+
+_Esbatement_, amusement. 119.
+
+_Esbaudiz_, privés de joie. 164.
+
+_Escaché_, écrasé. 67.
+
+_Escarbouillé_, écrasé. 148.
+
+_Eschec et mac (être)_, échec et mat. Terme du jeu d'échecs. 205.
+
+_Eschever_, éviter. 88.
+
+_Eschoicte_, échéance, héritage, 111.
+
+_Esclat_, 83, bâton, échalas.
+
+_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_.
+
+_Escollier_, étudiant, jeune homme qui suit les cours de
+l'Université.
+
+_Escondire_, refuser. 104.
+
+ESCOSSOYS, 68.
+
+_Escourgeon_, sorte de fouet. 13.
+
+_Escoutans_, auditeurs. 183.
+
+_Escouvillon_, balai de four. 19.
+
+_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les «chevaucheurs
+d'escovettes» (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au
+sabbat à cheval sur un balai.
+
+_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr.
+
+_Escriptures_, écrits, ouvrages. 2.
+
+_Escuz_, écus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses,
+p. 56, 70, 145, 147.--Prendre écus pour douzains, p. 173, c'est
+ne pas regarder à l'argent.--«Escuz telz que prince les donne,»
+p. 17, peut s'entendre des armoiries.
+
+_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.)
+
+_Esguière_, vase à mettre de l'eau. 198.
+
+_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis
+d'aiguillettes.
+
+_Esguisé_, aiguisé. «Esguisez comme une pelote» (p. 25, v. 4),
+obtus.
+
+_Esjouir, esjoir_, réjouir.
+
+_Esles_, ailes, 153.
+
+_Eslocher_, ébranler. 103.
+
+ESMAUS (les pèlerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap.
+XXIV.
+
+_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.)
+
+_Esmerillon_, 100. L'émérillon est le plus petit des oiseaux de
+proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.)
+
+_Esmérillonné_, gai, vif. 170.
+
+_Esmolu_, émoulu, aiguisé. 147.
+
+_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76.
+
+_Esmoyer (s')_, s'inquiéter.
+
+ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi
+d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poëte ne savait pas le nom.
+(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de
+Léon, qui régna jusqu'en 1454.
+
+_Espani_, épanoui. 58.
+
+_Espasmie_, pamée. 147.
+
+_Espartir_, épandre, répartir, 18.
+
+_Especiaulx_, 169. D'un mérite tout particulier. (P. L.)
+
+_Esperviers (gens à porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit
+de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un
+filet de braconnier.
+
+_Espie_, espion, guetteur. «Aux champs debout comme ung espie»
+(p. 105), veut dire pendu.
+
+_Espoindre_, piquer, exciter. 100.
+
+_Espoir (j')_, j'espère, 110.
+
+_Espois_, épais. 112.
+
+_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34.
+
+_Estaux_, étaux. 16.
+
+_Estable_, stable. 24.
+
+_Establis_, étaux des marchands. 13.
+
+_Estaing_, étain. 9.
+
+_Estamine_, étoffe claire.
+
+_Estan_, étang. 34.
+
+_Estature_, stature, portrait. 94.
+
+_Estoeuf_, éteuf. 49.
+
+_Estomac d'alouette_ (?). 168.
+
+ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154.
+
+_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174.
+
+_Estrange_, étranger. 70, v. 15; 103, 184.
+
+_Estranger_, éloigner. 43, v. 15.
+
+_Estre_, demeure, hôtel. 191.
+
+_Estre_, état, existence, manière d'être. 42, 157.--_En estre_,
+p. 73, en état.
+
+_Estrenes_, étrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot
+de Rennes, se compare à un marchand qui désire étrenner avant de
+fermer boutique. (P. L.)
+
+_Estrif, estry_, débat, querelle, dispute, 15, 178.
+
+_Exaucer_, élever, monter. 183.
+
+_Estimative_, qui juge, qui apprécie. 18
+
+_Extrace_, extraction, lignée. 31.
+
+----------F----------
+
+_Fable_, mensonge. 76.
+
+_Faictisses_, jolies, bien faites. 40.
+
+_Faille_, faute. 153.
+
+_Faillent_, manquent. 8.
+
+_Faillir_, manquer.
+
+_Failly_, découragé, abattu. 28.
+
+_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L.
+
+_Faintis_, trompeur, 87.
+
+_Faitard_, paresseux, 22, 69.
+
+_Fantasie_, imagination. 18.
+
+_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87.
+
+_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne préparait le fardeau que
+chaque mortel devait porter pendant sa vie.
+
+_Fastée (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: «faire
+ung soir pour soy la fastée» (p. 91). D'autres éditions portent
+_la saffée_, ce que je ne comprends pas davantage.
+
+_Faulse_, méchante. 57.
+
+_Fault, faut_, manque.
+
+_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde.
+
+_Fausserie_, fausseté, fausse accusation. 105.
+
+_Feautre_, feutre, 48, 63.
+
+_Fenestres_. Les fenêtres servaient de montre aux marchands pour
+étaler leurs marchandises. «Et pain ne voient qu'aux fenêtres»
+(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas
+de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique.
+
+_Ferir_, frapper.
+
+_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184.
+
+_Fière_, frappe. 39.
+
+_Fiert_, frappe.
+
+_Filetz_, bouts de fil, 29.
+
+_Finablement_, finalement, enfin. 2
+
+_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. «De feu je n'eusse
+pu finer» (p. 18, v. 28).
+
+_Fix, fics_, terme de médecine. 77.
+
+_Flambans_, enflammés. 76.
+
+_Flambe_, flamme, 155.
+
+_Flans_, sorte de patisserie. 71.
+
+FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom.
+La plus célèbre est la plus ancienne, à qui l'on attribue
+Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maîtresse du
+grand Pompée. (P. L.)
+
+_Flou_, mince, fluet. 64.
+
+_Flours_, fleurs. 145.
+
+_Foleur_, folie. 58, 113, 114.
+
+_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174.
+
+_Font_, fontaine, source. 105.
+
+_Forclorre_, délivrer, mettre hors. «Pour forclorre
+d'adversité», p. 15.
+
+_Formative (faculté)_, faculté d'inventer. 12.
+
+_Fors_, excepté, hormis.
+
+_Fort (au)_, au fond, après tout. 161, 170.
+
+_Fouir_, fuir. 8.
+
+FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait «sauvé
+maintes causes justes».
+
+_Fourrer le poignet_ à la bourse, tirer de l'argent. 136.
+
+_Fouterre_, voy. MICHAULT.
+
+_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120.
+
+FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publié récemment, à la
+suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il
+regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés les
+_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la
+jeunesse de Villon.
+
+FRANCE, 36, 121. Le très noble roi de France, «sur tous autres
+roys decorez», dont parle Villon (p. 36, v. 23), était, selon M.
+Pr., saint Louis.
+
+_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9).
+
+_Franchy_, affranchi, délivré. 23.
+
+FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. 68.
+
+FREMIN, 51.
+
+_Frez_, frais. 85.
+
+_Friquet_, élégant, fringant. 169.
+
+_Fromentée_, sorte de gâteau dont Baillevent donne la recette.
+90
+
+_Fruiction_, bénéfice, profit. 166.
+
+_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166.
+
+_Fume, fumée_. 75.
+
+_Fumer (se)_, se mettre en colère, s'emporter.
+
+_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26.
+
+----------G----------
+
+_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons.
+
+_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-être les Enfants sans
+souci, écoliers et basochiens, qui s'étaient mis en société à la
+fin du XVe siècle pour jouer des farces et des soties. Clément
+Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.)
+
+_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties.
+
+_Galler_, se réjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27.
+
+GARNIER, 104.
+
+_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit
+par grelots. J'ai suivi la leçon de La Monnoye.
+
+_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194.
+
+_Gect_, 118. Jetons servant à compter.
+
+_Gehaine_, instrument de torture. 144.
+
+_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes.
+
+GENEVOIS, 73.
+
+_Genoillon (à)_, à genoux. 54.
+
+_Geu_, couché. 89.
+
+_Gippon_, jupon, robe. 117.
+
+GIRARD _(Perrot)_. 65.
+
+_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16.
+
+_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87.
+
+GLOCUS, 123. La forêt où règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.)
+
+_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50.
+
+_Godet de grève_, 6l. Grand pot de grès à mettre du vin. (P. L.)
+Je crois qu'il s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de
+Grève.
+
+_Gogo_, 84. «Il semblerait que _gogo_ ait été synonyme de
+_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de là _vivre à
+gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot
+_goguette_ est resté.» (P. L.)
+
+_Gonne_, vêtement de moine, tunique, froc. 118.
+
+_Gorgerin_, 68. C'était une pièce de l'armure destinée à
+protéger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon
+appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.)
+
+_Gorgias_, élégant, richement vêtu. 168, 169, 172.
+
+_Gorriers, gorrières_, 179, hommes et femmes élégants, vêtus
+richement et à la mode.
+
+_Gourt (être à son)_, p. 201, être à son affaire, être content.
+
+GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE.
+
+_Goyères_, sorte de gâteaux. 81.
+
+_Grâce (par qui)_, par la grâce de qui. 9.
+
+_Grafignier_, déchirer avec les ongles. (Pr.)
+
+_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199.
+
+GRAND-TURC, 122.
+
+_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose,
+comme les poules. «Au grat, la terre est dégelée!» P. 177.
+
+_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58.
+
+GRENOBLE, 37.
+
+_Grève_, jambe. 61.
+
+_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161.
+
+_Grez_, 60, pierre à aiguiser. (Pr.)
+
+_Grez_, gré. «Prendre en gré», avoir agréable, savoir se
+contenter (p. 88).
+
+GRIGNY, 73.
+
+_Grille_, prison. 84.
+
+_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures.
+
+_Grivelé_, marqueté, moucheté comme les grives. 41.
+
+_Groiselles_, groseilles. «Mascher des groiselles (p. 46, v.
+26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.»
+
+_Grongnée_ sur l'oeil, emplâtre ou meurtrissure. 16.
+
+GROS VALLET, 155. C'était un des servants de l'homme d'armes.
+Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_,
+c'est-à-dire les trois ou quatre combattants qui devaient
+accompagner un homme d'armes et marcher à ses côtés dans la
+bataille. (P. L.)
+
+_Guerdonner_, récompenser.
+
+_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave.
+
+_Guerrier_, guerroyer. 119.
+
+GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le même que Guillaume Gueuldry, p.
+15. M. P. L. pense que «la maison Guesdry Guillaume» était le
+pilori ou la maison du bourreau.
+
+_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au
+capitaine du guet, parce qu'il était resté peut-être seul en
+possession de l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. (Pr.)
+
+GUILLEMETTE _la tapissière_. 42.
+
+GUILLEMIN, 153.
+
+GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY.
+
+_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168.
+
+_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espèce de hache à deux
+tranchants. (P. L.)
+
+_Guise_, mode, façon, manière. 139, 168.
+
+----------H----------
+
+_Habité_, 170, ayant maison, habitation.
+
+_Habitué (bien)_, ayant de belles manières. 196.
+
+_Hahay_! exclamation. 139.
+
+_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement.
+p. 83.
+
+_Hamée_ (?), 121.
+
+HANNIBAL, Annibal. 120.
+
+_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours
+sous Philippe le Hardi.
+
+HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique
+héritière d'Elie de la Flèche, comte du Maine, mort en 1110.
+(Pr.)
+
+_Harier_, tracasser. 102.
+
+_Hasles_, hâle. 88.
+
+_Havée,_ poignée, poignée de main. 61, 169.
+
+_Haiet_, 60, croc. (Pr.)
+
+_Hayneurs_, qui détestent. 90.
+
+_Hayter_, profiter, réussir. «Riens ne hayt que persévérance.»
+(P. 25, v. 14.)
+
+_Heaulmière,_ marchande de heaumes. 39.
+
+_Hébergement,_ accueil.
+
+HECTOR, 74.
+
+HÉLÈNE, HELEINE, 53, 112.
+
+HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, amante d'Abailard
+
+HENRY (maistre), 85--«Henri Cousin était alors bourreau et
+tourmenteur-juré de la prévôté de Paris.» (P. L.)
+
+HERODE (p. 46) fit décapiter saint Jean Baptiste, sur la demande
+de la danseuse Hérodiade.
+
+_Herroit_, haïrait. 59.
+
+HESSELIN (_Denys_). 60.
+
+_Hez_, hais. 138.
+
+_Histoire_, ornement. «Sans autre histoire», 94. Au quinzième
+siècle et au commencement du seizième, on appelait _histoires_
+les gravures dont les livres étaient ornés.
+
+_Ho_! assez! halte là! P. 71, v. 9.
+
+_Hober_, remuer, bouger.
+
+_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est
+incompréhensible.
+
+_Hoirs_, héritiers.
+
+HOLOFERNES, 121.
+
+_Hom_, homme, on. 18, 120.
+
+_Hostel_, maison. 82.
+
+HOTEL-DIEU de Paris, 85.
+
+_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158.
+
+_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223.
+
+_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines
+ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux
+à l'écurie. (P. L.)
+
+_Hucher_, crier, appeler à haute voix. 70.
+
+_Hucque_, 12, camail à capuchon, que les hommes de toute
+condition portaient au XVe siècle (P. L.)
+
+HUE CAPET, Hugues Capet. 104.
+
+_Humblesse_, humilité. 205.
+
+_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162.
+
+_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64.
+
+_Huy_, aujourd'huy. 38.
+
+_Huys_, porte.
+
+----------I----------
+
+_Icelle_, cette.
+
+_Idolatryer_, tomber dans l'idolâtrie. 45.
+
+_Ilce_, cela. P. 62, v. 16.
+
+_Istroit_, sortirait, 145.
+
+_Ils, ilz_, elles. «S'ils n'ayment fors que pour l'argent.» (P.
+43, v. 19).
+
+_Impartir_, accorder, donner. 9, 55.
+
+_Impêtrer_, obtenir. 42.
+
+_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14.
+
+_Informé_, instruit. «Informez en meurs» (p. 71), bien élevés.
+
+INNOCENS (les), cimetière de Paris, 89.
+
+_Inventaire_, compte fait.
+
+ISABEAU, 82.
+
+ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45.
+
+----------J----------
+
+_Jà, déjà, certainement.
+
+_Jacobins_, glaires, flegmes. 49.
+
+_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66.
+
+JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179.
+
+_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_
+ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il
+y avait des _jacques_ de toutes sortes d'étoffes. Nous disons
+encore _jaquette_.
+
+JACQUELINE, 82.
+
+_Jalet_, galet, caillou. 114.
+
+_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril.
+
+JAMES, (_Jacques_), 92,97.
+
+_Jargon jobelin_, argot, 179.
+
+_Jargonner_, p. 118. «Je congnois quand pipeur jargonne», veut
+dire: je connais l'artifice du chasseur à la pipée.
+
+_Jasoit_, quoique, 138.
+
+JASON, _Jazon_, 121.
+
+JEHAN de CALAYS, 93.
+
+JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait
+de l'argent aux _pardons_, ou peut-être un nom donné aux
+_pardonneurs_.
+
+JEHANNE, 173.
+
+JEHANNE DE BRETAIGNE, 84.
+
+JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc.
+
+JEHANNETON, 49.
+
+JEHANNETON _la Chaperonnière_, 42.
+
+_Jengleresse_, menteuse, 55.
+
+_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on
+devrait lire le jeu de dame. C'est la même chose.
+
+_Jeux_, pièces dramatiques, 87.
+
+JOB, 29, 122.
+
+_Jobelin_, argot. 169, 179.
+
+_Joinctes_, jointures, articulations 33.
+
+JONAS, 122.
+
+_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189,
+190.
+
+JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitième fils de Jean Jouvenel des
+Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470.
+
+JUDAS, 122.
+
+JUDIC, _Judith_. 110, 121.
+
+JUIFS, 103.
+
+JUNO, Junon. 122.
+
+_Jus_, bas, à bas. 76, 136, 159.
+
+JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il.
+
+----------K----------
+
+KATHERINE _la Bouchière_, 42.
+
+KATHERINE DE VAUSELLES, 46.
+
+----------L----------
+
+_L'en_, on, l'on.
+
+_Là sus_, là haut. 103.
+
+LA BARRE, 50, 57, 63.
+
+_Labit_, 175, décadence, de _labes_ (P.L.).
+
+_Labour_, travail, labeur. 88.
+
+_Laboureux mestier_, état de laboureur. 79.
+
+LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96.
+
+LA HIRE. 155. Étienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus
+braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les
+guerres contre les Anglais, et mourut à Montauban en 1442.
+(P.L.)
+
+_Laidanger_, injurier, railler. 43.
+
+L'AIGLE, 152.
+
+_Lairra_, laissera.
+
+_Lairray_, laisseray.
+
+_Lait_, laid.
+
+_Laiz_, laïques. 33.
+
+_Lame_, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il gyst soubz
+lame» (32, v. 23).
+
+LAMESOU (_le seigneur de_), 200.
+
+LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans
+ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tué à la
+bataille de Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne,
+la Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que
+_Lancelot_ ne ressemble guère à _Ladislas_.
+
+LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157.
+
+_Laqs_, filets, pièges. 78.
+
+_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141.
+
+LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche était un des bons
+capitaines de Charles VII. Il s'attacha à la personne du Dauphin
+Louis, et le suivit dans ses révoltes contre son père. On le
+voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent
+nouvelles du bon roy Louis XI_, où il est toujours nommé
+«monseigneur de La Roche». (P. L.)
+
+LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut être que Foucauld, 3e du nom
+seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller
+et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de
+bataille, en 1461. (P. L.)
+
+_Las_, lacs, filets. 47.
+
+_Lasse!_ hélas. 32.
+
+_Lassus_, là haut. 91.
+
+_Latin_, langage, parler quelconque. «Je n'entends point vostre
+latin.» 202.
+
+LAURENS (_Jehan_), 68.
+
+_Lavaille_, eau qui a servi à laver. 76.
+
+_Lay_, laïque 44.
+
+_Lay_, pièce de vers. «Ce lay contenant des vers dix.» P. 59, v.
+4.
+
+_Lays_ est employé, dans la préface de Marot et dans les deux
+Testaments, dans le sens de legs.
+
+_Lé_, large «Tant qu'il a de long et de lé» (23, v. 22).
+
+_Lealle_, loyale. 134.
+
+_Léans_, là dedans.
+
+LE CAMUS SENESCHAL, 92.
+
+_Lectry_, lutrin, 15.
+
+_Légèrement_, vivement, promptement.
+
+LE LOU (_Jehan_), 64.
+
+_Lembroysé_, lambrissé, 68.
+
+_Lermes_, larmes.
+
+_Lerz_, loirs. 72.
+
+_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer à sa
+gourmandise. 28.
+
+_Lettres_, savoir, connaissances. «Sans plus grandes lettres
+chercher» (p. 71, v. 7).
+
+_Lez_ auprès, à côté de.
+
+_Lians_, liens. 106.
+
+_Librairie_, bibliothèque. 54.
+
+_Lice_, lisière, laisse. 171, v. 21.
+
+_Lit de parement_, 89. C'était un grand lit d'honneur, avec
+dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied,
+chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.)
+
+_Ligne_, 69, lignée, race.
+
+_Linget_, mince, délié. 64.
+
+_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20
+
+LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs
+banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent
+s'établir à Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils
+prêtaient à gros intérêts, le peuple donna le nom de _lombards_
+aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art
+d'attraper de l'argent.
+
+LOMER, 91.
+
+LORRAINES, 8l.
+
+_Los_, lot. 134.
+
+LOTH, 69.
+
+LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit
+qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut à remettre la
+ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait
+conseiller à la Chambre des comptes par Louis XI.
+
+_Loyaument_, loyalement.
+
+_Loyer_, récompense. 45.
+
+LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23.
+
+_Loz_, louange. 109.
+
+_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr.
+
+LUCRESSE. Lucrèce. 118.
+
+_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila aux
+Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que Villon
+rapporte ainsi p. 45, 2. 21: «Samson en perdit ses lunettes.»
+
+_Lutter_, faire le métier de baladin. 87.
+
+_Luz_, luths. 55.
+
+_Ly_, le, les. 36.
+
+LYMOUSINS, 185, 199, 202.
+
+LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22.
+
+_Lysses_, lices, luttes: «à tenir amoureuses lysses» (p. 40, v.
+29).
+
+----------M----------
+
+_M'_, mon, ma. «Par m'ame.» 73.
+
+MACÉE _d'Orléans_. 68.
+
+_Macher_, manger. 187.
+
+MACQUAIRE, 76.
+
+MACROBE, 81.
+
+MAGDELAINE (_la_), 122.
+
+_Maignan_, chaudronnier. 119.
+
+_Maille_, petite pièce de monnaie. 86, 180, 208.
+
+_Maille_, pas du tout. «Je ne vous crains pas maille», 151.
+
+_Mailler_, battre à coups de marteau, de maillet. 116.
+
+_Maillon_, maillot. 54.
+
+_Main mise_, 52. «Dieu nous garde de la main mise», nous
+préserve d'être pris.
+
+MAIREBEUF. 17, 62.
+
+_Mais_, plus. «Il n'a mais qu'un peu de billon.» (P. 19, v. 9.)
+
+_Mais que_, pourvu que.
+
+_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'était.
+
+_Maistrie_, domination. 102.
+
+_Mal, male_, mauvais, mauvaise.
+
+MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'était, selon M. P. L., servir un
+homme d'épée à la guerre, porter un épieu, une guisarme ou un
+coutelas, appelé _Malchus_, du nom de celui à qui saint Pierre
+coupa une oreille.
+
+_Mal gré_, disgrâce. 58.
+
+_Malheureté_, infortune, malheur, misère.
+
+_Mallement_, méchamment, durement.
+
+MALPENSÉ, 11. Personnage imaginaire, aux idées peu nettes.
+
+_Maltalent_, méchanceté, colère. 36.
+
+_Mander_, envoyer. 77.
+
+_Manna_, manne. 107.
+
+_Manne_. «Venir de manne» (73), venir du ciel, comme la manne.
+
+_Marché au filè_ (?), 80.
+
+_Marché (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y
+compris les affaires d'amour.
+
+_Marchesens_ (?), 175.
+
+MARGOT (_la grosse_), 82, 83.
+
+MARIE (_d'Orléans_), 105.
+
+MARION LA PEAU TARDE, 91.
+
+MARION L'YDOLLE, 84, 86.
+
+MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91.
+
+_Mariottes_, femmes mariées (?), 98.
+
+MARQUET. 92.
+
+MARTIN GALLANT, 185.
+
+MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une
+tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosées par
+la Crou, petite rivière qui passe à Gonesse et à Saint-Denis.
+
+_Maschouère_, mâchoire, 52.
+
+_Mate chère_, triste mine. 52.
+
+_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insensés.
+Peut-être la confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette société
+joyeuse de poëtes et de comédiens, qui était alors la rivale de
+la Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.)
+
+_Mathelineux_, fou.
+
+MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de
+Gand, trouvère du XIIIe siècle, qui a écrit contre les moines.
+
+_Mathon_, fromage mou.
+
+(P. L.)
+
+MATHUSALÉ, Mathusalem, 23.
+
+_Mau_, mauvais, 65, 84.
+
+MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuée (c'est-à-dire malpropre)
+était située à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors
+que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. L.).
+Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine Maubuée, 1.
+
+_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le
+prêtre, exorcisant les possédés, prend le diable par le col avec
+son étole (p. 36).
+
+_Mauldite_, injuriée avec blasphème. (P. L.)
+
+_Maulgré_, malgré. 158.
+
+_Maulx_, mauvais. 106, v. 12.
+
+MAUTAINCT, 74.
+
+MEHUN, 24, 84.
+
+MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66.
+
+_Meins_, moins. 154.
+
+_Meist_, mit. 60.
+
+MENDIANS (_frères_), 66, 98.
+
+_Menestrier_, musicien. 45.
+
+_Menroit_, mènerait. 201.
+
+_Mercerot_, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de Rennes» (p.
+37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-à-dire
+comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui
+étaient affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens.
+
+_Merciz_, miséricorde.
+
+_Mereaulx_, jetons qui servaient à faire les comptes.
+
+_Mérencolie_, mélancolie, folie. 188.
+
+_Merir_, mériter. 55, v. 8.
+
+_Merit_, mérite. 52, v. 1.
+
+MERLE, 70.
+
+_Meschance_, misère, malheur.
+
+_Meschief_, malheur, accident, 141.
+
+_Meschoir_, arriver du mal.
+
+_Mescompter (se)_, s'exposer à des mécomptes. 7.
+
+_Mesdire_, mentir. «Je le dys et ne croys mesdire.» (P. 28, v.
+20.)
+
+_Meseaulx_, lépreux. 76.
+
+_Meshaigné_, blessé, en mauvais état. 152.
+
+_Meshaing_, peine. 98.
+
+_Meshuy_, p. 150. «C'est à meshuy!» C'est maintenant, pour le
+coup!--Aujourd'hui. 157.
+
+_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133.
+
+_Masprins_, mal agi, 8.
+
+_Messaigières_, entremetteuses. P. 80, v. 9.
+
+_Messe (seiche)_, 93, messe sans consécration.
+
+_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200.
+
+_Mestier (bas)_, affaires d'amour.
+
+MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_,
+Jehan de Meung. Voy. MEHUN.
+
+_Meurdri_, meurtri. 16.
+
+_Meure_, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir que meure.» (P. 28,
+v. 9.)
+
+_Meurté_, maturité. 26.
+
+MICHAULT DU FOUR, 63.
+
+MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publié par
+Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le héros du conte n'est
+pas nommé.
+
+_Mie_, pas du tout. 62.
+
+_Miege_, mégissier. 65.
+
+_Mignon_, favori. 196.
+
+_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98.
+
+_Mineur_, petit. «Haro, haro, le grand et le mineur!» (p 58, v
+11.) A l'aide, grands et petits!
+
+_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.)
+
+_Misericors_, indulgent, miséricordieux 22.
+
+_Miste_, joli, aimable. 196.
+
+_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion à
+l'usage, qui n'est pas encore complètement perdu, de donner des
+gants aux convives d'une noce.
+
+_Mitaines de fer_, gantelets. 152.
+
+_Mocque_, moquerie. 175.
+
+_Mol_ mollet. 61.
+
+MONFAULCON, 215.
+
+_Monopolles_, cabales, complots. 205.
+
+_Monstier_, couvent.
+
+MONTMARTRE, 8l.
+
+MONTPIPPEAU, 86.
+
+MONT-VALÉRIEN, 81.
+
+_Moralitez_ (p. 87), pièces dramatiques dont les vertus, les
+vices, etc., sont les personnages.
+
+MOREAU, 50.
+
+_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge
+
+_Mors_, mordu. 143, v. 18.
+
+_Mort_. «Aller de mort à vie», p. 91, est un jeu de mots,
+l'inverse d'aller de vie à trépas.
+
+MORTELLERIE (_Rue de la_), à Paris. 200.
+
+_Morteux_, mortels. 159.
+
+MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne de Jehan de la Garde,
+l'épicier. (P. 17, v. 1.)
+
+_Moulier_, femme, 46.
+
+_Moult_, très, beaucoup.
+
+_Mouse_, museau. 63.
+
+_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _moût_ dans le sens
+de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais
+faits pour paraître, pour se faire _mousser_.
+
+_Moustarde (aller à la)_, 91, faire grand bruit d'une chose,
+s'en vanter, en parler à tout propos.
+
+_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon était un _mouton_
+ou faux compagnon que Villon avait rencontré dans les prisons,
+pour son malheur. C'est assez vraisemblable.
+
+_Muer_, changer. 27.
+
+_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum.
+
+MULLE, 60, probablement une enseigne.
+
+_Musars_, fainéants, 98.
+
+_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79
+
+_Musser_, cacher. 58.
+
+_Mye_, point, pas du tout. 202.
+
+----------N----------
+
+_N'_, ni 108.
+
+NABUGODONOZOR, 122.
+
+NANCY. P. 171. Ce souvenir du siège et de la bataille de
+Nancy, où les Suisses défirent le duc de Bourgogne, Charles
+le Téméraire, prouve, ainsi que l'a remarqué M. P. L., que
+le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a été composé après
+l'année 1477.
+
+_Naquet_, 169, jeune garçon, d'où _laquais_ (P. L.). On appelait
+particulièrement _naquets_ les garçons des jeux de paume.
+
+NARCISSUS, Narcisse, 46, 122.
+
+_Natté_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. «En chambre
+bien nattée», 78.
+
+_Naveau_, navet. 48.
+
+_Navrer_, blesser.
+
+_Ne_, ni.
+
+_Ne que_, pas plus que.
+
+_Nectelet_, 169. Propret, bien vêtu.
+
+_Nennil, nenny_, non.
+
+_Noailleux_, noueux. 155.
+
+NOÉ, 69.
+
+NOÉ LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de
+Villon, qui le chargea dans son premier procès pour se disculper
+lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine infligée à
+Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il écrivit
+le grand Testament. (Huitain CXLII.)
+
+_Noise_, bruit, querelle.
+
+_Nombrer_, compter. 118.
+
+NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187.
+
+_Nourri_, élevé, 2.
+
+_Noyse_, bruyt, querelle.
+
+_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79.
+
+_Nully_, nul, aucun, personne. 213.
+
+_Nuyctée_, durée de la nuit. 78.
+
+_Nuysance_, préjudice. 144.
+
+----------O----------
+
+_O_, avec. 69, 79.
+
+_Obstant_, malgré, nonobstant.
+
+OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius
+Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste.
+
+_Oës_, oies. 92.
+
+_Onc, oncques_, jamais.
+
+_Oppresse_, oppression. 26.
+
+_Ord_, sale.
+
+_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L.
+
+_Ores_, maintenant.
+
+_Orfaverie_, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146.
+
+ORLÉANS, 66.
+
+ORPHEUS, Orphée, 45.
+
+_Orrez_, entendrez.
+
+_Ost_, armée.
+
+_Ostade_, étoffe précieuse. 196.
+
+_Ot_, entend, 51.--Eut, 46.
+
+_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17.
+
+_Oubliance_, oubli. 18.
+
+_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154.
+
+_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1.
+
+_Ouquel_, auquel, dans lequel.
+
+_Ouvrer_, travailler. 87.
+
+_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de
+chanson. 91.
+
+_Oy_, entends, 113.
+
+_Oystres_, huîtres. 30.
+
+_Oyt_, entend. 64, 68.
+
+----------P----------
+
+_Paillart_, gueux. 194.
+
+_Palais_ (le), à Paris, 185, 206.
+
+_Pallus, palux_, marais. 55, 122.
+
+_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannière de toile grise
+(P. L.).
+
+_Paour_, peur.
+
+_Paouvre_, pauvre. 9.
+
+_Papaliste_, papauté. 35.
+
+_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler.
+
+_Par tel_, de telle façon. Peut-être le vers 22 de la page 181
+devrait être ainsi: «Par tel si, qui veue ne l'aura.»
+
+_Pardoint_, pardonne. 153.
+
+_Pardons_, 180. Prières publiques, processions et autres
+pratiques pieuses auxquelles étaient attachées des indulgences
+particulières. (P. L.)
+
+_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180.
+
+_Parfaict_, achevé. 188.
+
+_Parfond_, profond.
+
+PARIS, 33.
+
+PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_.
+
+_Parit_, engendra, 51, v. 20.
+
+_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104.
+
+_Partement_, départ.
+
+PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes
+tenu par René d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile.
+
+_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une épée
+courte.
+
+PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199.
+
+PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la
+remarque qu'il n'y a pas de forêt dans cette localité, et qu'il
+n'y vient pas de châtaignes.
+
+PATHELIN, 179, 196. Le héros d'une farce bien connue, qu'on a
+attribuée à Villon.
+
+_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices.
+
+_Paulme (en)_, dans la main. «Seur comme qui l'auroit en
+paulme», p. 72.
+
+PAUQUEDENAIRE, p. 196, est présenté comme un homme expert en
+tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement
+connu. Voy. POICDENAIRE.
+
+_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail
+d'un navire. Dans _l'Ancien théâtre français_, t. II, p. 155, on
+trouve _battu comme peaultre_, ce qui équivaut à _battu comme
+plâtre_.
+
+_Peaussa_, couvert d'une peau épaisse et ridée. 41.
+
+_Pehon_, piéton, fantassin. 154.
+
+_Pel_, peau. 143.
+
+_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31.
+
+_Penancier_, Pénitencier, confesseur. 188.
+
+_Penart_, lance ornée d'un pennon. 147.
+
+PENESSAC (_monsieur de_), 200.
+
+_Per_. «Reçoit son per et se joint à la plume», p. 74, v. 20.
+
+_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193.
+
+PERDRYER (_Jehan et Françoys_), 75.
+
+PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du
+franc archer de Bagnolet.
+
+_Perpétrer_, obtenir, acquérir. 42.
+
+PERRETTE, 82.
+
+_Perrucatz_, 178. Gens à perruque. On appelait perrucats tous
+les gens de la Basoche (P. L.)
+
+_Pery_, perdu, 51, v. 23.
+
+_Pesle_, poêle, s. m. 48.
+
+PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200.
+
+_Petiote_, petite. 26.
+
+PETIT-PONT, à Paris. 81, 190.
+
+_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.)
+
+PHILIPPOT, 92.
+
+PHOEBUS, 122. La clarté Phoebus, c'est, on le sait, la lumière
+du jour.
+
+PICARDS, 122. C'étaient des hérétiques qui ne faisaient aucune
+prière pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à Thibault
+d'Aussigny une _prière de Picard_.
+
+PICARDES, 81.
+
+_Pieça_, il y a longtemps.
+
+_Piétonner_, courir à pied. 152.
+
+_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M.
+P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux.
+
+_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112.
+
+_Pigne_, peigne, 69.
+
+_Pigon_, pigeon. «Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez
+sous trappe volière» (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers
+enfermez dans une prison grillée.
+
+_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70.
+
+_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _dés
+pipés_.
+
+_Piteux_, porté à la pitié. 175.
+
+_Plain_, uni 142;--entier. «Tant que je suis en mon plain sens»
+(p 24, v. 9).
+
+_Plaindre_, regretter. «Je plaings le temps de ma jeunesse.» (P.
+27, v. 25.)
+
+_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt affaires
+d'amour.
+
+_Plaisant_, agréable. 63.
+
+_Plait_, plaid, plaidoyer. «A peu de plaît», sans grands
+discours.
+
+_Planté_, abondance, 178.
+
+_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquée sous Charles VII, à
+l'imitation des Pays-Bas.
+
+PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215.
+
+_Pleige_, caution, répondant. 33.
+
+_Plet_, voy. _Plait_.
+
+_Plombée_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.)
+
+_Plours_, pleurs. 144.
+
+_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter
+résolument dans un parti.
+
+POICTOU, 62.
+
+_Poirre_, peter. 64, v. 1.
+
+_Poise_, pèse, tourmente, 101, 163, 179.
+
+_Poisle_, poêle, 48.
+
+PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182.
+
+PONTHOISE, 101.
+
+PONTHIÈVRE. Penthièvre. 152.
+
+PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de
+Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe
+siècle. Il avait écrit plusieurs ouvrages qui furent condamnés
+par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses
+hérésies et faire amende honorable. (P. L.)
+
+POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir était au bout du Pont-Neuf,
+vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a démoli de nos jours une
+voûte qui conduisait à cet abreuvoir, où les truands et les
+mauvais garçons se réunissaient, au moyen âge, avec les ribaudes
+et les bohémiennes. (P. L.)
+
+POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192.
+
+POMPÉE, 120.
+
+_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89.
+
+_Pou_, peu, 82, 146.
+
+_Poulaille_, volaille. 64, 151.
+
+_Poulce_, 173. «Jouer du poulce», donner de l'argent.
+
+_Pour-demain_, après-demain. 161.
+
+_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154.
+
+_Pour ce que_, parce que.
+
+_Pourchasser_, poursuivre, procurer.
+
+_Pourmener_, promener. «Pourmené de l'uys au pesle» (p. 48),
+promené de la porte au poêle, du froid au chaud; lanterné.
+
+_Pourpenser (se)_, penser, décider à par soi.
+
+POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, je
+pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper
+le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une
+hôtellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une
+maquerelle publique qui avait été rasée au pilori, fouettée et
+chassée de la ville. (P.L.)
+
+_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'était un
+des premiers grades de la chevalerie. (P.L.)
+
+_Pourtraicte_, formée. 106.
+
+_Pourtraicture_, portrait, visage. 82.
+
+_Poylette_, petite poêle. 77.
+
+POYSSONNERIE (la), à Paris. 187.
+
+POYTOU, 185. voy. POICTOU.
+
+PRAGMATIQUE SANCTION. 166.
+
+_Prébendé_, chargé, comme d'une prébende.
+
+_Premier_, premièrement, d'abord, 53, v. 9.
+
+_Prescheur_, celui qui prêche, prédicateur. 32.
+
+_Prescripre_, transcrire (?). 93.
+
+_Preudhommye_, prud'homie. 142.
+
+PRIAME, Priam, roi de Troie. 120.
+
+PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'était le chef électif de la confrérie
+joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maître des jeux_ de cette
+association dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de
+mai, et ses suppôts étaient tenus de lui obéir pendant toute la
+durée de ses pouvoirs. (P.L.)
+
+_Procès_, actes, pièces de procédure. 204.
+
+_Prochas_, recherche. 165.
+
+PROSERPINE, 122.
+
+Prou, assez. 170.
+
+PROVINS, 50, 88.
+
+_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remède.
+
+_Prunier_ «En qu'en son prunier n'a pas creu» (p. 38, v. 23),
+qui n'est pas de son invention, de son cru.
+
+PSALMISTE (_le_) David. 107.
+
+Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem
+meam_, etc. Le verset septième, qui servait de prière à Villon
+quand il faisait des voeux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi
+conçu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat
+alter_. «Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit
+nombre, et que son évêché passe à un autre. «C'est le sens que
+le poëte donne au mot _episcopatum_. (Pr.)
+
+_Puis_, depuis.
+
+----------Q----------
+
+_Quanque_, ce que, 153.
+
+_Quant de, quant est de_, à l'égard de, quant à. 23, 32, 102.
+
+_Quantz_, combien de. 167.
+
+_Ouars et dix_ (112), taxes et dîmes. (P.L.)
+
+_Que_, à, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12.
+
+_Queloingne_, quenouille. «Autre que moy est en queloingne» (p.
+9, v. 10), signifie que Villon a été supplanté auprès de sa
+maîtresse.
+
+_Querir, querye_, chercher.
+
+_Qui_, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand saigesse.» (P. 39, v.
+18.)
+
+_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30.
+
+_Quiers_, veux, cherche à. P. 46.
+
+_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hôpital fondé par
+Saint-Louis pour trois cents aveugles.
+
+_Quoy_, tranquille, en repos. 30.
+
+----------R----------
+
+_R'abiller_, réparer, remettre en état, 1.
+
+_Racoustré_, raccoutré, réparé. 2.
+
+RAGUYER (_Jacques_), 61, 97.
+
+RAGUYER (_Jean_), 61, 97.
+
+_Raillart_, railleur, bon vivant, 38.
+
+_Railler_, faire le métier de bouffon, 87.
+
+_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon était une espèce de flèche
+triangulaire. (P.L.)
+
+_Raimasser_ (?), 167.
+
+_Raine_, rainette. 77.
+
+_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le
+traduit par _rameaux, fagots_. «Les fagots, dit-il, étaient
+empilés de chaque côté des vastes cheminées du XVe siècle. On
+s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des
+pieds.»
+
+_Ralias, rallias, ralyas_, festin, régal. 82, 205.
+
+_Ramenteu_, rappelé, remémoré.
+
+_Ramentevoir_, rappeler. 82.
+
+_Ranguillon_, ardillon. 100.
+
+_Rappeau_, nouvel appel. 86.
+
+_Ravis_, enragés. «A loups ravis grosse pasture», 176, v. 8.
+
+_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en évidence.
+
+_Réau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en
+1470. (P. L.)
+
+_Réagal_, 76. Espèce d'arsenic rouge. (P. L.)
+
+_Rebours_, 106, ce qui rebute.
+
+_Rebourse_, revêche, 203.
+
+_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15.
+
+_Rebrassès colletz_, 33, collets fort hauts et bien plissés
+(Pr.).--Collets bordés de fourrures. (P. L.)
+
+_Recipe_, 76, ordonnance de médecin.
+
+_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23
+
+_Recorder_, rappeler, 79.
+
+_Recors (être)_, se rappeler. 88.
+
+RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» 24, v. 18.
+
+_Recreu_, fatigué, lassé. 38, l65.
+
+_Recueil_, accueil, 137.
+
+_Recullet (en)_, dans un coin, acculé. 113.
+
+_Réer_ (95, v. 9), raser, râcler.
+
+_Refrigère_, rafraîchissement. 52.
+
+REIMS, 45.
+
+_Relaiz_, ressource. 9.
+
+_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui
+autorisait un officier à toucher ses appointements échus pendant
+son absence. (P. L.)
+
+_Remaine_, reste. «Que le refrain ne vous remaine.» (P. 35, v.
+3.)
+
+_Remain_ reste, 10
+
+_Remenant (le)_, le reste. 30, 50.
+
+_Reminer_, considérer. 17.
+
+_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.)
+
+_Renchère_, 192. Pr. suppose que c'est le bâton dont on se sert
+pour porter deux sceaux, un à chaque bout.
+
+RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. 74.
+
+RENES, Rennes, 37.
+
+_Repaistre_, manger, se régaler.
+
+_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86.
+
+_Reprouche_, chose répréhensible. 103.
+
+_Repues franches_, repas qui ne coûtent rien.
+
+_Requérir_, quérir, chercher à nouveau. 192.
+
+_Requoy (en), à requoy_, en repos, tranquille, 30, 168.
+
+_Résceans_ (?), 170.
+
+_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.)
+
+_Rescrire_, écrire, rapporter, 27.
+
+_Résiner_, résigner. «Pour leurs offices résiner» (p. 205), pour
+prendre congé et régler leurs comptes.
+
+_Respit_, répit, repos. 30.
+
+_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.)
+
+_Retraict_, retiré. 41, 113.
+
+_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137.
+
+_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prévaloir. 28--_Eux
+revencher_, se venger. 67.
+
+_Revenue_, retour. 192.
+
+_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'épluchure.
+
+_Rez_, rasé. 95, v. 8.
+
+_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds,
+_ribaldi_. (P.L.)
+
+_Ribleur_, voleur de nuit. 98.
+
+RICHER (_Pierre_), 71.
+
+RICHIER (_Denis_), 63.
+
+_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22.
+
+_Riotte_, querelle, dispute. 98.
+
+RIOU (_Jean_), 65.
+
+_Risse_, rirais. 58.
+
+ROBERT, 50.
+
+ROBIN TURGIS, voy. TURGIS.
+
+ROLLANT, 157.
+
+ROMAN DE LA ROSE, 25.
+
+ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon
+s'attribue.
+
+ROME, _Romme_. 81, 121.
+
+RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une
+localité de ce nom dans le département de l'Oise.
+
+ROSE, 56.
+
+ROSNEL, 74.
+
+_Rottes_, vents qui s'échappent de l'estomac. 98.
+
+_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185.
+
+_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres étaient
+roulés. (P.L.)
+
+_Roupieux_, désappointé, avec un pied de nez. 205.
+
+ROUSSILLON, 99.
+
+_Route_, bande, troupe. 148.
+
+_Royaulx_, p. 169, Écus d'or.
+
+_Royne_, reine.
+
+_Ru_, ruisseau. Battu «comme à ru telles» (p. 46), comme le
+linge qu'on lave.
+
+_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis légués par Villon
+aux soldats du guet (13, v. 23) étaient des rubis de taverne.
+
+RUEL, 86.
+
+RUEL (_Jehan de_), 74.
+
+_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121.
+
+_Run_, ruine. 166.
+
+_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169.
+
+_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83.
+
+_Rymer_, 87, faire des vers.
+
+_Rynceau_, rameau, rainceau. 145.
+
+----------S----------
+
+_Sà jus_, ici bas. 105, 108.
+
+_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196.
+
+_Sadinet_, la nature de la femme. 40.
+
+_Saillir_, sortir. 27, 103.
+
+_Sainctir_, devenir saint. 185.
+
+SAINT-AMANT, 60.
+
+SAINT ANDRÉ, 107.
+
+SAINT ANTOINE (feu), 17, 44.
+
+S. CRISTOFLE, 74.
+
+S. DENIS, p. 157. Le cri des Français était _Montjoie S. Denis_;
+celui des Bretons était _Bretagne et S. Yves_. (P.L.)
+
+S. DOMINIQUE. 90. «Les Frères Prêcheurs, ordre institué par
+saint Dominique, étaient chargés de l'inquisition en France.»
+(Pr.)
+
+S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96.
+
+SAINCT-GENOU, 62.
+
+S. GEORGES, 68, 151, 158.
+
+S. GILLE, 207.
+
+S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181.
+
+S. JACQUES, 158.
+
+S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12.
+
+S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166.
+
+SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62.
+
+S. MARTIAL, 24.
+
+S. MARTIN, 158.
+
+S. MATHIEU, 218.
+
+SAINCT OMER, 45.
+
+S. PIERRE, 162.
+
+S. PIERRE DE ROME, 189.
+
+S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la Cité. 215.
+
+S. REMY DE RAINS, 190.
+
+SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57.
+
+S. VICTOR, 122.
+
+S. YVES, voy. S. Denis.
+
+SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut être enterré dans cette
+église parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au
+rez-de-chaussée. Elle était au second étage.
+
+Ste BARBE, 152.
+
+_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212.
+
+_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crête,
+espèce de pot de fer. (P.L.)
+
+SALINS, 37, 70.
+
+SALMON, Salomon, 45, 114.
+
+SAMSON, 45.
+
+_S'amye_, son amie, sa maîtresse.
+
+SANCERRE, 57.
+
+SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et autres
+breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77,
+v. 11 et 12.
+
+_Sans_, cens, c'est-à-dire rente, revenu. P. 72, v. 3.
+
+_Saqueboute_, sorte d'épieu. 148.
+
+_Sarazinoys_, d'Orient. «Gingembre sarazinois.» 64.
+
+SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au
+sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crète, et
+plus tard vécut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de
+satisfaisante.
+
+SARDANAPALUS, 122.
+
+SATURNE, 14.
+
+_Saulsoye_, lieu planté de saules, arbres qui ne portent point
+de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lègue «le
+gland d'une saulsoye». (P. 12, v. 10).
+
+_Scarbot_, escarbot. 84.
+
+_Scotiste_, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi
+d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, c'est-à-dire
+une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), était Jacques II, mort en
+1460.
+
+SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120.
+
+_Se_, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque il est, seignant les
+rues» (21 v. 7).
+
+_Seigner_, bénir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7).
+
+_Seigneurier_, dominer. 102.
+
+_Séjour_ «Prebstre sans séjour» (p. 186) peut s'entendre de deux
+façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et sans repos.
+(P. L.)
+
+_Senestre_, gauche.
+
+_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37.
+
+_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siège du sentiment. (P. L.)
+
+_Sensitif_, le tact, le toucher. 103.
+
+_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25.
+
+_Sequentement_, en suivant. 160.
+
+_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159.
+
+_Serain_, soir. 48.
+
+_Sereine_, Sirène. 34.
+
+_Serf_. Ce mot sert de prétexte à une équivoque. «Je ne suis son
+serf ne sa biche» (21. V 12).
+
+SERGENTS, 63. Le prévôt de Paris avait deux compagnies de
+sergents à pied et à cheval, composées de 110 hommes chacune, et
+ayant leurs corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.)
+
+_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire.
+
+_Servans_, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt filz que
+servans» (p. 36, v. 18) signifie: Les maîtres meurent aussi
+bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les
+serfs.
+
+_Ses_, ces. 8.
+
+_Seur_, sûr. 71, 142.
+
+_Si_, ainsi, oui, en effet.
+
+_Similative (faculté)_, faculté d'imiter. 18.
+
+SIMON MAGUS, 122.
+
+_Simplesse_, simplicité, ignorance. 106.
+
+_Sires_, seigneurs. 37.
+
+_Sist_, assit, 202.
+
+_Sollier_, plancher. 94.
+
+_Some_, auguste[1]. 108
+
+_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16.
+
+_Somme_, en somme. 51.
+
+_Somme_, compter, 118.
+
+_Sommet_, tête. 84.
+
+SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (p. 17, v. 20).
+Ce vers ne prouve pas que Villon était dans les prisons de
+l'Université, puisqu'il est certain qu'il était libre lorsqu'il
+composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans
+le voisinage de la Sorbonne.
+
+_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196.
+
+_Sot_, bouffon, comédien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_.
+
+_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90.
+
+_Sonffrette_, disette. 82.
+
+_Souffreteux_, pauvre diable, misérable. 206.
+
+_Soulas_, plaisir, joie. 122.
+
+_Souldre_, régler, résoudre. 102.
+
+_Souldure_, liaison, union. 8.
+
+_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'était un ballon avec lequel
+on jouait à la _soulle_. Le mot doit être prononcé _souillon_,
+et n'a pas besoin d'être expliqué. On le retrouve p. 120.
+
+_Souloir_, avec coutume.
+
+_Soustenance_, soutien. 144.
+
+_Soustenir_, porter. 208.
+
+_Souventesfoys_, souvent. 32.
+
+_Soyer_, scier. 119.
+
+_Submectre_, soumettre. 67.
+
+_Substantement_, nourriture, soutien. 106.
+
+_Sumer_, semer. 74, v. 16.
+
+_Sur_, chez, 13, v. 17.
+
+_Surcot_, manteau.
+
+_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L.
+
+_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10.
+
+_Sus (mis)_, surgis, venus. 172.
+
+SUYSSES, 171.
+
+_Sydère_, astre. 32.
+
+----------T----------
+
+TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54.
+
+_Tabart_, manteau.
+
+_Tachon_, instrument servant à chasser les mouches. 11.
+
+TACOT (_Colas_), 97.
+
+_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87.
+
+TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, «grand cuisinier du roy
+de France», eut plusieurs éditions au quinzième siècle et au
+commencement du seizième.
+
+_Talemouze_, sorte de pâtisserie. 63.
+
+_Tancer, tencer_, disputer.
+
+TANTALUS, Tantale. 122.
+
+TARANNE (_Charlot_), 72.
+
+_Targe_, 70. La targe était une ancienne monnaie de Bretagne,
+ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le
+revers portait une _targe_, ou bouclier échancré. (P.L.)
+
+_Tarny_, terni, usé. 172.
+
+_Tauxer_, taxer, imposer. 166.
+
+_Tayon_, oncle. 36.
+
+_Telles_, toiles. 46, v. 24.
+
+TEMPLE (_la closture du_), à Paris. 61.
+
+_Tencer_, v. _tancer_.
+
+_Tenir_, posséder des biens sous la suzeraineté de quelqu'un:
+«Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche» (21, v. 10).
+
+_Tenné_, 37, ennuyé, tourmenté. Cette expression s'emploie
+encore dans le langage familier.
+
+_Terrien, terrienne_, terrestre.
+
+_Tettes_, mamelles. 41.
+
+THAÏS, 34. Courtisane célèbre, qui vivait à Athènes vers le
+milieu du quatrième siècle. (Pr.)
+
+THAMAR, 46.
+
+THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Théophile_, par Gautier de
+Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8.
+
+
+THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY.
+
+_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80.
+
+_Ticquet_, loquet (?), 169.
+
+_Tieulx_, tels. 16.
+
+_Tocquer_, toucher. 175.
+
+_Tollu_, pris, ôté. 39.
+
+_Tor_, taureau. 122.
+
+_Tostée_, pain trempé dans du vin. 79.
+
+_Touaille_, serviette, pièce de toile. 29.
+
+_Toult_, ôte, enlève. 108.
+
+_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien.
+
+_Tourbes_, foule. 107.
+
+_Toute jour_, toute la journée. 44.
+
+_Trac_, trace, train. 199.
+
+_Tracer_, suivre à la piste. 31.
+
+_Trahistre_, traître, méchant. 98.
+
+_Traicte_, tirée, extraite. 106.
+
+_Traictis_, joli. 40.
+
+_Traire_, tirer. 157.
+
+_Transglouti_, englouti. 122.
+
+_Transmué_, changé. 121.
+
+_Transy_, trépassé. 103.
+
+_Trasse_, trace, piste. 176.
+
+_Trasser_, suivre à la piste, poursuivre. 176.
+
+_Travail_, souffrance, peine, adversité. 25, 115.
+
+_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72.
+
+_Tresbucher_, tomber, l55.
+
+_Trespercer_, transpercer. 8, 154.
+
+_Tressuer_, tressaillir. 192.
+
+_Trestous_, tous.
+
+_Trestout_, tout, entièrement.
+
+_Tretisses_, voy. _traictiss_.
+
+_Treuver_, trouver. 36.
+
+TRISTAN, prévost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan
+l'Ermite, prévôt de l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.)
+
+TROÏLE (74), fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille au
+siège de Troie. (P.L.)
+
+_Trompille_, trompe, trompette. 154.
+
+_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22.
+
+TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que
+c'était un jeu de paume.
+
+_Trousse_, carquois. 173.
+
+TROUSSECAILLE (_Robin_), 65.
+
+_Trousser au col_, emporter sur les épaules. 11.
+
+TROYENS, 122.
+
+TROYS, Troyes. 45.
+
+TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Châtelet un peu plus
+commode que les autres, peut-être. (Pr.)
+
+_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39.
+
+_Trumellières_, porte-manteau, accroché au _trumeau_, partie de
+mur entre deux fenêtres, 11.
+
+_Truys_, trouve. 144.
+
+_Tumbel_, tombeau. 94.
+
+TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62.
+
+TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hérétiques du treizième et du
+quatorzième siècle, qui s'appelaient eux-mêmes la _Confrérie des
+pauvres_, et qui n'étaient pas plus orthodoxes en matière de
+morale qu'en matière de religion. On a désigné quelquefois sous
+ce nom les ordres mendiants des deux sexes.
+
+TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67.
+
+_Tyran_, tyran. 78.
+
+----------U----------
+
+_Unes_, une paire de. «Et unes houses de basane.» P. 73. v. 7.--«Unes
+brayes breneuses.» P. 77.
+
+_Uys_, porte. 48.
+
+----------V----------
+
+_Vacquerie_, vicairie. 68.
+
+VALENCIENNES, 81.
+
+VALERE LE GRAND, Valère Maxime. 27.
+
+_Valeton_, serviteur, amoureux. 49.
+
+VALLETTE (_Jehan_), 63.
+
+_Varlet_, garçon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208.
+
+_Vaulsist_, valait, 26.
+
+VAUSELLES (_Katherine de_), 46.
+
+VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les diables
+habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait
+rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.)
+
+_Vecy_, voici.
+
+_Veez_, voyez. 136.
+
+_Vela_, voilà.
+
+_Venerieux_, relatif à l'amour. «A tous les Dieux venerieux.»
+(P. 8, v. 7.)
+
+_Vent (avoir le)_, 173, être favorisé de la fortune. On dit
+aujourd'hui: Avoir vent en poupe.
+
+_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers.
+
+VENUS, 122
+
+_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197.
+
+_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-être faut-il lire: «Gorgias,
+sur le hault vestu.»
+
+_Vers_, envers. 24.
+
+VICESTRE, 12, 73. Le château de Bicêtre. Il était en ruines du
+temps de Villon.
+
+_Viellart_, vieillard. 69.
+
+_Vielle_. «Ma vielle ay mys soubz le banc», p. 48, veut dire:
+j'ai renoncé au jeu, j'ai quitté la partie.
+
+VIENNE en Dauphiné. 37.
+
+VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon
+n'était pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle
+son «plus que père», parle de lui, dans le _Grand Testament_
+(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lègue sa
+bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son père
+est mort, M. Nagel s'est attaché à prouver qu'il n'était même
+pas son parent, d'où la conclusion que le poëte aurait adopté le
+nom de Villon pour faire honneur à son maître et protecteur.
+Il se fonde particulièrement sur le huitain IX du _Petit
+Testament_, où François dit que sa renommée _bruit_ en faveur du
+nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, où
+il se plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde
+pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue à
+Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On
+pourrait objecter néanmoins qu'en se disant abandonné du moindre
+des siens, tout en parlant comme il le fait des bontés que
+Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que
+l'exception confirme la règle. Quant à l'honneur que sa renommée
+devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume
+fût ou non de la famille du poëte: le résultat était le même
+pour lui.
+
+_Villotières_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave.
+
+_Vin de buffet_, vin commun et frelaté. 65.
+
+_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin
+qu'on emporte dans l'endroit où il doit être bu. C'est ainsi
+qu'on s'en procurait généralement au moyen âge. Voy. _Ancien
+théâtre français_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au
+vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_.
+
+Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193,
+207.--Morillon (rouge). 100.
+
+_Vis_, visage. 40.
+
+_Vivre d'avantage_, vivre sans rien débourser, aux dépens
+d'autrui.
+
+_Vo_, votre. 86.
+
+_Voir_, vrai. 28.
+
+_Voire_ (95, v. 17), verre.
+
+_Voire_, vraiment. 23, 145, 164.
+
+_Volse_, aille. 22.
+
+VOLLANT, 196.
+
+_Vouilliés_, veuillez 55.
+
+_Voulenté_, volonté.
+
+_Voulsisse_, voulusse. 147.
+
+_Voulsist_, voulût. 33, 191.
+
+_Voult_, voulut. 99
+
+_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqués, bien plantés. (P. 40.)
+
+_Voyse_, aille. 64.
+
+_Vueil_, voeu. 75, v. 9.
+
+_Vueil_, veux. 22.
+
+----------Y----------
+
+Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» 108.
+
+_Ydoine_, propre, _idoneus_.
+
+_Ypocras_, vin sucré et épicé. 78, 198
+
+_Ysnel_. prompt, alerte. 74.
+
+YTHIER, 59.
+
+Yver, hiver. 85.
+
+YVON, prénom commun en Bretagne. 157.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+ Pages
+
+PRÉFACE.... V
+
+REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII
+
+CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1
+
+MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier.... 5
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+LE PETIT TESTAMENT.... 7
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+LE GRAND TESTAMENT.... 21
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+Ballade des Dames du temps jadis.... 34
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+Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35
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+Ballade en vieil françois.... 36
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+Les Regrets de la belle Heaulmière.... 39
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+Ballade de la belle Heaulmière.... 42
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+Double Ballade sur le même propos.... 45
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+Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, pour prier
+Nostre Dame.... 55
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+Ballade de Villon à s'amye.... 57
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+Lay ou plustost Rondeau.... 59
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+Ballade et oraison.... 69
+
+Ballade que Villon bailla à un gentilhomme .... 74
+
+Ballade.... 76
+
+Ballade intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78
+
+Ballade des femmes de Paris.... 80
+
+Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83
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+Belle leçon de Villon aux enfans perduz.... 86
+
+Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie .... 87
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+Lays.... 90
+
+Rondeau.... 95
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+Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun.... 98
+
+Ballade pour servir de conclusion.... 99
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+POÉSIES DIVERSES:
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+Le quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.... 101
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+L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses
+compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101
+
+La requeste de Villon à la Cour de Parlement .... 103
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+Ballade de l'appel de Villon.... 104
+
+Le Dit de la naissance Marie.... 105
+
+Double Ballade.... 107
+
+Ballade Villon.... 110
+
+Epistre en forme de Ballade, à ses amis.... 111
+
+Le Débat du cueur et du corps de Villon.... 113
+
+La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.... 115
+
+Ballade des proverbes.... 116
+
+Ballade des menus propos.... 117
+
+Ballade des povres housseurs.... 119
+
+Problème ou Ballade au nom de la Fortune .... 120
+
+Ballade contre les mesdisans de la France.... 121
+
+Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.... 124
+
+POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON:
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+I. Rondel.... 133
+
+II. Rondel.... 133
+
+III. Rondel.... 134
+
+IV. Rondel.... 135
+
+V. Rondel.... 135
+
+VI. Rondel.... 136
+
+VII. Rondel.... 136
+
+VIII. Rondel.... 136
+
+IX. Rondel.... 137
+
+X. Rondel.... 138
+
+XI. Rondel.... 139
+
+XII. Rondel.... 139
+
+XIII. Rondel.... 140
+
+XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140
+
+XV. Rondel.... 141
+
+XVI. Ballade.... 142
+
+XVII. Ballade morale.... 143
+
+XVIII. Ballade.... 144
+
+XIX. Ballade.... 145
+
+XX. Ballade.... 146
+
+XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147
+
+XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150
+
+XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164
+
+XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses
+compagnons.... 178
+
+_Ballade de l'Acteur_.... 182
+
+_Ballade des Escoutans _.... 183
+
+_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186
+
+La manière d'avoir du poisson.... 187
+
+La manière d'avoir des trippes.... 190
+
+La manière d'avoir du pain.... 191
+
+La manière d'avoir du vin.... 192
+
+La manière d'avoir du rost.... 194
+
+_Seconde Repeue, de l'Epidémie_ .... 195
+
+_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199
+
+_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206
+
+_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210
+
+_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212
+
+_La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon_.... 215
+
+NOTES....
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+GLOSSAIRE-INDEX....
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+ADDITIONS ET CORRECTIONS.
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+Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur CAMPEAUX.
+
+Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en
+acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être le nom du gentilhomme
+pour qui cette pièce fut composée.
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+L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en
+acrostiche le nom de Villon.
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+_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffée de ses cheveux.
+
+Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des
+contusions, des _bleus_.
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+_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: «à
+côtes, comme des pois chiches».
+
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+End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres complètes de François Villon
+by François Villon
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+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 ***