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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:39:23 -0700 |
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diff --git a/12246-0.txt b/12246-0.txt new file mode 100644 index 0000000..2b6b573 --- /dev/null +++ b/12246-0.txt @@ -0,0 +1,12048 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 *** + +OEUVRES COMPLÈTES + +DE + +FRANÇOIS VILLON + + + + + +SUIVIES D'UN CHOIX DES POÉSIES DE SES DISCIPLES +ÉDITION PRÉPARÉE PAR LA MONNOYE + +MISE A JOUR, AVEC NOTES ET GLOSSAIRE +PAR M. PIERRE JANNET + +[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les numéros de pages du document +original ont été conservés pour faciliter l'identification +des nombreuses références qu'on trouve dans les Notes et le +Glossaire-Index, à la fin du texte.] + + + +PRÉFACE [P. V] + + +On ne sait guère de la vie de François Villon que ce qu'il en +dit lui-même, et l'on en sait trop. J'aurais voulu me dispenser +de décrire, après tant d'autres[1], cette existence peu +édifiante, mais je n'ai pas cru pouvoir le faire. Le sujet des +poésies de Villon, c'est Villon lui-même, et sa biographie est +la clef de ses oeuvres. + +[Footnote 1: Voir notamment la _Vie de François Villon_, par +Guillaume Colletet, en tête des oeuvres de Villon, édition +de M.P.L. Jacob, bibliophile (M. Paul Lacroix), Paris, 1854, +in-16;--le _Mémoire_ de M. Prompsault, en tête de son édition +de Villon, Paris, 1832, in-8;--_François Villon, Versuch einer +kritischen Darstellung seines Lebens nach seinen Gedichten_, von +Dr. S. Nagel. _Mulheim an der Ruhr_, 1856, in-4, le travail le +plus complet et le plus judicieux qu'on eût fait jusqu'alors sur +ce sujet, et la base de ceux qu'on a faits depuis;--_François +Villon, sa vie et ses oeuvres_, par Antoine Campeaux, _Paris, +Durand_, 1859, in-8, et la notice de M. Anatole de Montaiglon, +excellente pour le fond comme pour la forme, dans _les Poètes +Français_, recueil publié sous la direction de M. Eugène Crépet, +Paris, 1861-62, 4 vol. gr. in-8, t. I, p. 447-455.] + +François Villon naquit à Paris en 1431. Sur la foi d'une pièce +que Fauchet, dans son traité _de l'Origine des chevaliers_, +imprimé en 1599, dit avoir trouvée dans un manuscrit de sa +bibliothèque [2], on [ p. VI] a mis en doute le lieu de la +naissance et jusqu'au nom du poète. On s'est livré à des +conjectures ingénieuses pour concilier les renseignements +fournis par lui-même avec les indications de Fauchet, pour +expliquer comment il pouvait s'appeler à la fois Corbueil et +Villon, être à la fois natif d'Auvers et de Paris. Pour moi, je +crois, avec le P. Du Cerceau, Daunou et beaucoup d'autres, +qu'on ne doit tenir aucun compte de ce huitain, amplification +maladroite de l'épitaphe en quatre vers [3]. Ce n'est pas sur +une pareille autorité qu'on peut substituer le nom de _Corbueil_ +à celui de _Villon_, que notre poète se donne lui-même en vingt +endroits de ses oeuvres [4]. + +[Footnote 2: Voici cette pièce, que j'ai cru devoir rejeter des +oeuvres de Villon: + +_Je suis Françoys, dont ce me poise, Nommé Corbueil en mon +surnom, Natif d'Auvers emprès Pontoise, Et du commun nommé +Villon. Or, d'une corde d'une toise Sauroit mon col que mon cul +poise, Se ne fut un joli appel. Le jeu ne me sembloit point +bel._ + +L'auteur de ce huitain n'a pas compris l'intention comique de ce +vers de Villon: + +_Né de Paris emprès Pontoise;_ + +C'est pourquoi il le fait gravement naître à Auvers, qui est +en effet près de Pontoise. Mais une preuve certaine de la +composition tardive de cette pièce, c'est qu'on ne trouverait +probablement pas dans la seconde moitié du XVe siècle, et +certainement pas dans les oeuvres de Villon, un huitain dont +les rimes soient distribuées comme dans celui-là. Dans tous les +huitains de Villon, sans exception, le premier vers rime avec +le troisième, le second avec le quatrième, le cinquième et le +septième, et le sixième avec le huitième. Les faussaires ne +pensent jamais à tout.] + +[Footnote 3: Voy. p. 101.] + +[Footnote 4: Voy. le _Glossaire-Index_, au mot VILLON.] + +Les parents de Villon étaient pauvres[5]. Sa mère était [P. VII] +illettrée[6]; son père était vraisemblablement un homme de +métier, et peut-être, ainsi que l'a conjecturé M. Campeaux, un +ouvrier en cuir, un _cordouennier_[7]. + +[Footnote 5: V. p. 31, huitain XXXV.] + +[Footnote 6: «Oncques lettre ne leuz.» P. 55, v. 22.] + +[Footnote 7: Voyez _Notes_, p. 224.] + +Poussé par le désir de s'élever au-dessus de la triste condition +de ses parents, ou plutôt par ce besoin de savoir qui tourmente +les natures comme la sienne, Villon étudia. Il connut les +misères de l'état d'écolier pauvre. On n'a pas de renseignements +certains sur le genre d'études auquel il se livra ni sur les +progrès qu'il y fit. M. Nagel suppose qu'il obtint le grade de +maître ès arts, et se fonde surtout sur le legs qu'il fait plus +tard, de sa «nomination qu'il a de l'Université» (p. 15). Mais +ce legs pourrait bien n'être qu'une plaisanterie, comme tant +d'autres. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'obtint pas +le grade de maître en théologie, but suprême des études du +temps[8]. + +[Footnote 8: Voy. _Grand Testament_, huitains XXXVII (p. 32) et +LXXII (p. 52.)] + +En ce temps-là, comme plus tard, les étudiants étaient exposés +à bien des tentations. Villon n'y sut pas résister. En contact +avec des jeunes gens sans préjugés d'aucune sorte et dépourvus +d'argent comme lui, il adopta leurs moeurs et façons de vivre. +Bientôt il devint leur chef et leur providence[9]. Les _Repues +franches_, singulier monument élevé à sa gloire par quelqu'un +de ses disciples, nous font connaître par quelles combinaisons +ingénieuses lui et ses compagnons se procuraient les moyens de +mener joyeuse vie. Leurs friponneries étaient tout à [P. VIII] +fait dans les moeurs du temps, et ne dépassaient sans doute pas +les proportions de ce qu'on serait volontiers tenté d'appeler +_des bons tours_; mais ils étaient sur une pente glissante, et +la justice n'entendait pas raillerie. + +[Footnote 9: _C'estoit la mère nourricière De ceux qui n'avoient +point d'argent; A tromper devant et derrière Estoit un homme +diligent._ (P. 190.)] + +Rien ne prouve cependant que Villon ait eu maille à partir avec +elle à cause de ses entreprises sur le bien d'autrui. On a parlé +de ses deux procès: il en eut au moins trois, bien constatés par +ses oeuvres, et le premier, qu'on n'avait pas fait ressortir +jusqu'à présent, est le seul dont le sujet soit indiqué d'une +manière certaine. C'est la suite d'une affaire d'amour. + +Avant de tomber dans ces relations honteuses avec des femmes +perdues dont la _Ballade de la Grosse Margot_[10] nous donne +l'ignoble tableau, Villon fut amoureux. Il connut l'amour vrai, +l'amour naïf et timide[11]. Quel fut l'objet de cette passion, +c'est ce qu'il n'est pas facile de dire. Il l'appelle de divers +noms, Denise, Roze, Katherine de Vauzelles. Que ce fût une +femme de moeurs faciles, une gentille bourgeoise ou une noble +damoiselle, il paraît certain que c'était une coquette. Elle +l'écouta d'abord, l'encouragea[12] et finit par le rebuter. Il +s'en plaignit sans doute à ses compagnons, que les femmes qu'ils +fréquentaient n'avaient pas habitués à de pareilles rigueurs, et +qui se moquèrent de lui[13]. Villon s'emporta contre sa belle, +lui fit des avanies, lui dit des injures, composa [P. IX] +peut-être contre elle quelque ballade piquante, quelque rondeau +bien méchant. Or, bien que religieux au fond, il frondait +volontiers les choses sacrées[14]. La belle dame se plaignit; la +juridiction ecclésiastique s'en mêla[15], et Villon fut bel et +bien condamné au fouet[16]. + +[Footnote 10: Page 83.] + +[Footnote 11: Le doux souvenir de cette passion se montre en +maints endroits des oeuvres de Villon, mêlé à ses regrets et aux +reproches qu'il adresse à sa maîtresse avide et cruelle. Voy. +les huitains III, IV, V et X du _Petit Testament_, LV à LIX du +_Grand Testament_, la ballade de la page 57, le rondeau p. 59, +etc.] + +[Footnote 12: _Quoy que je luy voulsisse dire, Elle estoit +preste d'escouter, etc._ (P. 47.)] + +[Footnote 13: _... qui partout m'appelle L'amant remys et +renié_. (P. 48.)] + +[Footnote 14: Voir notamment les huitains CVI à CX du _Grand +Testament_.] + +[Footnote 15: _Quant chicanner me feit Denise, Disant que je +l'avoye mauldite_. P. 69.] + +[Footnote 16: La sentence fut exécutée. La _Double ballade_ de +la page 45 ne laisse aucun doute à cet égard: _J'en fus batu, +comme à ru telles, Tout nud..._ (P. 46, v. 24-25.)] + +C'est à la suite de cette sentence que Villon, décidé à quitter +Paris, composa les _Lays_ ou legs auxquels on a donné depuis le +titre de _Petit Testament_. + +Dans le huitain VI, page 9, il annonce qu'il s'en va à Angers. +Il est probable qu'il ne fit pas ce voyage. Ses habitudes, ses +relations, sa misère, le retinrent à Paris ou aux environs. +C'était en 1456. Flétri par le châtiment qu'il avait subi, aigri +par l'infortune, il ne connut plus de bornes. L'année qui suivit +sa condamnation fut assurément l'époque la plus honteuse de +sa vie. En 1457, il était dans les prisons du Châtelet, et +le Parlement, après lui avoir fait appliquer la question de +l'eau[17], le condamnait à mort. On ignore le motif de cette +condamnation; on a supposé qu'il s'agissait d'un crime commis à +Rueil par lui et plusieurs de ses compagnons, dont quelques-uns +furent pendus[18]. Cette supposition paraît fondée. Quant au +crime commis, il n'était peut-être pas d'une extrême [P. X] +gravité. Les lois étaient sévères, et les compagnons de Villon +devaient avoir, comme lui, des antécédents fâcheux. + +[Footnote 17: C'est ce qu'indiquent clairement ces deux vers de +la page 104: _On ne m'eust, parmi ce drapel, Faict boyre à celle +escorcherie_.] + +[Footnote 18: Voy. la _Belle leçon aux enfans perduz_, p. 86, et +le _Jargon_, p. 125.] + +Quoi qu'il en soit, Villon ne partagea pas leur sort. Il est +vrai qu'il ne négligea rien pour se tirer d'affaire: il appela +de la sentence, ce qui lui valut quelque répit; puis, du +moins ceci paraît certain, à l'occasion de la naissance d'une +princesse qu'il appelle Marie, il implora la protection du +père de cette princesse. Cette démarche lui réussit: le prince +intercéda pour lui, et le Parlement commua sa peine en celle du +bannissement. Villon se montra pénétré de reconnaissance. Il +adressa une requête au Parlement, pour lui rendre grâces autant +que pour lui demander un délai de trois jours pour quitter +Paris, et il composa pour la princesse qui venait de naître +des vers pleins de sentiment. M. Prompsault a cru que cette +princesse était Marie de Bourgogne, fille de Charles le +Téméraire, née le 13 février 1457; mais c'était une erreur. M. +Auguste Vitu, qui prépare depuis nombre d'années une édition de +Villon, a reconnu qu'il s'agissait de Marie d'Orléans, fille du +poète Charles d'Orléans, née le 19 décembre 1457, et M. Campeaux +a clairement démontré que cette opinion était fondée. + +A partir du moment où Villon quitte Paris, en exécution de +l'arrêt du Parlement, nous perdons sa trace jusqu'en 1461. +A cette époque nous le trouvons dans les prisons de +Meung-sur-Loire, où le détient Thibault d'Aussigny, évêque +d'Orléans. Quel nouveau méfait lui reprochait-on? Ceux qui +supposent qu'il avait fabriqué de la fausse monnaie n'ont pas +pris garde que la punition de ce crime était exclusivement du +ressort des juges séculiers. Dans le _Débat du coeur et du +corps de Villon_, composé dans sa prison, le poète attribue sa +détention à sa _folle plaisance_. + +Ce qu'on lui reprochait, c'était peut-être quelque [P. XI] +propos ou quelque écrit peu orthodoxe, quelque _plaisanterie_ +sentant le sacrilège, quelque aventure galante par trop +scandaleuse, toutes choses dont il était bien capable et dont la +répression regardait la justice ecclésiastique. Il y a lieu de +croire que le délit n'était pas en rapport avec la punition, car +Villon, qui n'a jamais protesté contre sa condamnation au fouet, +qui se contente d'indiquer vaguement que le Parlement l'avait +jugé _par fausserie_, fit preuve de la plus violente rancune +contre Thibault d'Aussigny. Il paraît même certain que cette +mauvaise affaire ne lui fit pas perdre la faveur de ses +protecteurs, Charles d'Orléans et le duc de Bourbon. + +Quoi qu'il en soit, Villon languit longtemps dans la prison de +Meung, plongé dans un cul de basse-fosse, nourri au pain et à +l'eau. Rien n'indique qu'une sentence quelconque ait été rendue +contre lui mais le traitement qu'on lui faisait subir devait le +conduire lentement à une mort certaine. Heureusement Louis +XI, qui venait de succéder à Charles VII, alla à Meung dans +l'automne de 1461, et Villon lui dut sa délivrance. Fut-ce, +ainsi que le dit M. Campeaux, par suite «du don de joyeux +avènement qui remettait leur peine à tous les prisonniers d'une +ville où le roi entrait après son sacre?» Je serais plutôt +porté à croire, malgré l'absence de preuves, que Villon fut +personnellement l'objet d'une mesure de clémence de la part du +roi; la façon dont il en témoigne sa reconnaissance me paraît +justifier cette supposition [19]. + +[Footnote 19: On a dit récemment que le roi qui délivra Villon +était Charles VII. Je ne puis adopter cette opinion. Sans +examiner ici la valeur du document sur lequel elle est basée, +je me bornerai à faire remarquer que Charles VII mourut +à Mehun-sur-Yèvre, près de Bourges, le 22 juillet 1461, +précisément au moment où Villon était dans la prison de +Meung-sur-Loire, près d'Orléans, où il passa _tout un été_ (p. +21, v. 14), c'est-à-dire tout l'été de la même année 1461.] + +En sortant des prisons de Meung, Villon composa, du moins +en partie, le _Grand Testament_, dans lequel sont [P. XII] +intercalées des pièces qui se rapportent à diverses époques de +sa vie, et dont quelques-unes ont dû être composées beaucoup +plus tard. + +Il est probable, en effet, que Villon vécut encore longtemps; +mais on ne sait rien de précis à cet égard. Les conjectures sur +lesquelles on se fonde pour placer la date de sa mort entre 1480 +et 1489 ne sont, en définitive, que des conjectures. Quant +aux voyages qu'on lui fait faire à Saint-Omer, Lille, Douai, +Salins, Angers, Saint-Genoux, et jusque dans le Roussillon, +rien ne prouve qu'ils ont eu lieu. Villon nomme ces localités +dans ses oeuvres, il est vrai, mais nulle part il ne dit +qu'il les a visitées. Son voyage à Bruxelles, son séjour en +Angleterre, avec la réponse hardie qu'il aurait faite au roi +Edouard V, ne me semblent pas beaucoup plus certains, malgré mon +respect pour celui qui s'en est fait l'historien [20]. Ce qui +me semble hors de doute, c'est sa retraite dans le centre de +la France, où semblait l'attirer quelque chose qui nous est +inconnu, peut-être quelque relation de famille. Dans le _Petit +Testament_, il annonce qu'il va à Angers [21]; il en revenait +peut-être lorsqu'il fut arrêté à Meung. Dans le _Grand Testament_, +il dit qu'il «parle un peu poictevin [22].» La _Ballade Villon_ +(p. 109) et la _Double ballade_ (p. 107) prouvent qu'il séjourna +quelque temps à Blois, à la cour de Charles d'Orléans, et le vers +de la page 111: [P. XIII] + +_Que fais-je plus? Quoi? Les gaiges ravoir._ + +autorise à penser qu'il avait obtenu auprès du prince une de ces +charges qu'on donnait aux poètes de cour. Ainsi, par le _Dit de +la naissance Marie_, Villon n'avait pas seulement échappé au +dernier supplice; il s'était de plus acquis la faveur de Charles +d'Orléans, et il sut la conserver, du moins pendant quelque +temps, et peut-être jusqu'à la mort du duc, arrivée en 1465. + +[Footnote 20: Rabelais, livre IV, chap. LXVII. M. Nagel a relevé +deux erreurs dans ce passage de Rabelais. Villon n'aurait pu se +trouver à la cour d'Edouard V, qui ne monta sur le trône qu'en +1483, et le médecin Thomas Linacre, né vers 1460, ne fut célèbre +que sous les règnes de Henri VII et de Henri VIII.] + +[Footnote 21: Page 9.--Le Franc archer de Bagnolet dit, p. 157, +v. 12: «Ma mère fut née d'Anjou;» mais cela ne prouverait rien, +même quand il serait démontré que ce monologue est de Villon.] + +[Footnote 22: Page 62.] + +Il eut un autre protecteur en la personne du duc de Bourbon, qui +lui faisait de «gracieux prêts [23].» + +Enfin, Rabelais, livre IV, chapitre XIII, nous apprend que +«maistre François Villon, sus ses vieux jours, se retira à +Saint-Maixent en Poictou, sous la faveur d'un homme de bien, +abbé dudit lieu. Là, pour donner passe-temps au peuple, +entreprit faire jouer la Passion en gestes et langage poictevin +[24].» Ce témoignage n'est pas irrécusable; mais pourquoi +ne pas l'accepter? Après une vie aussi agitée, on aime à se +représenter le pauvre poète enfin tranquille, à l'abri du +besoin, s'occupant, pour son plaisir, de jeux dramatiques, +auxquels il avait dû probablement, dans d'autres temps, demander +son pain [25]. + +[Footnote 23: P. 115, v. 6.] + +[Footnote 24: _oeuvres de Rabelais_, édition Burgaud des Marets +et Ratnery, t. II, p. 92. On voit ensuite un tour joué au +sacristain des cordeliers, Estienne Tapecoue, qui sent bien +son Villon, mais dont le dénoûment cruel a pu être inventé par +Rabelais, qui n'aimait pas les moines.] + +[Footnote 25: On croit que Villon donna des représentations +dramatiques à Paris et ailleurs, et c'est comme directeur de +troupe qu'on lui fait parcourir une partie de la France et des +Pays-Bas.] + +En pénétrant dans les mystères de cette existence misérable, on +est frappé de deux choses: D'abord, on remarque qu'elle n'exerça +pas sur le coeur de Villon toute l'action corruptrice qu'il y +avait lieu de redouter. Au milieu de son abjection, [P. XIV] +Villon conserve des sentiments élevés. Il est plein d'amour et +de respect pour sa mère [26], de reconnaissance pour quiconque +l'a secouru [27], de vénération pour ceux qui ont fait de +grandes choses; il aime son pays, chose d'autant plus honorable +qu'elle était rare en ce temps-là [28]; il regrette les erreurs +de sa jeunesse, et le temps qu'il a si mal employé [29]; voilà +qui doit lui faire pardonner bien des choses. + +[Footnote 26: Voy. p. 32, huit. XXXVIII; p. 54, huit. LXXIX; p. +55, Ballade.] + +[Footnote 27: Guillaume Villon, p. 9, 53; Jean Cotard, p. 22, +58; Louis XI, p. 23, 24; le Parlement, P. 103; Marie d'Orléans, +p. 105, 107; le duc de Bourbon, p. 114.] + +[Footnote 28: Ces deux vers de la page 34: + +_Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois brulèrent à Rouen_, + +lui font d'autant plus d'honneur qu'à l'époque où il les écrivit +des gens éclairés regardaient Jeanne d'Arc comme sorcière, et +les Anglais avaient en France de nombreux partisans.] + +[Footnote 29: _Grand Testament_, huitain XXVI et suiv.] + +Puis, quelle influence n'eut-elle pas sur le talent du poète +[30]! Formé, comme on dit aujourd'hui, à l'école du malheur, il +vit les choses sous leur vrai jour, et il entra dans une voie +tout à fait nouvelle. Il rompit en visière à l'Allégorie, qui +régnait alors en souveraine, à toutes les afféteries de la +poésie rhétoricienne cultivée par les beaux esprits du temps. +Il fut le premier poète _réaliste_. Que l'on compare avec ses +autres oeuvres les quelques pièces qu'il a composées selon la +poétique de ses contemporains, la _Ballade Villon_ (p. 109), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), et d'autres, et l'on ne sera +point tenté de «regretter, avec Clément Marot, qu'il n'ait [P. XV] +pas été «nourry en la court des rois et princes, où les jugemens +s'amendent et les langaiges se pollissent,» car il y eût +certainement plus perdu que gagné. + +[Footnote 30: _Travail mes lubres sentemens, Esguisez comme +une pelote, M'ouvrist plus que tous les Commens D'Averroys sur +Aristote._ (P. 25.)] + +M. A. de Montaiglon a parfaitement caractérisé le rôle de Villon +dans la poésie française. Je ne puis mieux faire que de lui +emprunter ces quelques lignes: + +«... Au moment où parut Villon, la littérature française en +était précisément à cette période de transformation; de la +poésie générale elle passait à la poésie personnelle; ses +contemporains, subissant à leur insu cette phase littéraire, +s'essayaient à l'individualité avec plus d'effort que de +bonheur; Villon l'atteignit du premier coup. Sa force est là, +et sa valeur s'augmente de l'intérêt que, sous ce rapport, +offraient ses oeuvres. Elle est tellement saisissante qu'elle a +été reconnue de tous, et le succès qui l'accueillit ne s'arrêta +pas. François Ier lui fit l'honneur d«faire faire une édition de +ses poésies par Clément Marot, qui le combla de ses louanges. +Un peu plus tard, il est vrai, l'école de Ronsard protesta. +Pasquier condamne Villon, et Du Verdier s'émerveille que Marot +ait osé «louer un si _goffe_ ouvrier et faire cas de ce qui ne +vaut rien.» Cela marque moins un manque de goût que la force +partiale du préjugé; la Pléiade, qui est en réalité aussi +aristocratique que savante, ne pouvait admirer Villon sans +se condamner elle-même; mais, ce moment passé, le charme +recommence: Regnier est un disciple de Villon; Patru le loue; +Boileau a senti quel était son rang; La Fontaine l'admire; +Voltaire l'imite; les érudits littéraires du XVIIe et du XVIIIe +siècle, Colletet, le P. Du Cerceau, l'abbé Massieu, l'abbé +Goujet, parlent de lui comme il convient, en même temps que +Coustelier et Formey le réimpriment, que La Monnoye l'annote, et +que Lenglet-Dufresnoy prépare une nouvelle édition. De [P. XVI] +nos jours, une justice encore plus éclatante lui a été rendue. +L'édition de Prompsault, à laquelle M. Lacroix est venu ajouter, +pourrait être acceptée comme définitive, au moins quant au +texte, si M. Vitu n'en promettait une, qui, en profitant des +précédentes, donnera sans doute le dernier mot. Tous ceux qui +ont parlé incidemment de Villon, MM. Sainte-Beuve, Saint-Marc +Girardin, Chasles, Nisard, Geruzez, Demogeot, Génin, et d'autres +encore, l'ont bien caractérisé. En même temps qu'eux, M. Daunou +a écrit sur notre poète une longue étude, insérée dans le +_Journal des Savants_, et M. Théophile Gautier, dans l'ancienne +_Revue française_, des pages vives, aussi justes que pleines de +verve, qui ont été recueillies dans ses _Grotesques_. Enfin, en +1850 M. Profillet, et en 1856 un professeur allemand, M. Nagel, +ont pris Villon pour sujet d'un travail spécial; l'année +dernière (1859), M. Campeaux lui a consacré un excellent +travail, auquel, pour être meilleur, il ne manque peut-être +qu'une plus ancienne et plus familière connaissance des +alentours. Tous sont, avec raison, unanimes à reconnaître +l'originalité, la valeur aisée et puissante, la force et +_l'humanité_ de la poésie de Villon. Pour eux tous, et ce +jugement est aujourd'hui sans appel, Villon n'est pas seulement +le poète supérieur du XVe siècle, mais il est aussi le premier +poète, dans le vrai sens du mot, qu'ait eu la France moderne, et +il s'est écoulé un long temps avant que d'autres fussent dignes +d'être mis à côté de lui. L'appréciation est maintenant juste et +complète; d'autres viendront qui le loueront avec plus ou moins +d'éclat et de talent, qui le jugeront avec une critique plus +ou moins solide ou brillante; mais désormais les traits de la +figure de Villon sont arrêtés de façon à ne plus changer, et +ceux qui entreprendront d'y revenir ne pourront rester dans +la vérité qu'à la condition de s'en tenir aux mêmes [P. XVII] +contours.» + +Plus loin, M. A. de Montaiglon, passant légèrement sur le _Petit +Testament_, «qui n'est que spirituel, » et sur quelques pièces +qu'il regrette de trouver dans le _Grand Testament_, ajoute: + +«Ce n'est pas là qu'il faut chercher Villon, mais dans la partie +populaire et humaine de son oeuvre. On ne dira jamais assez +à quel point le mérite de la pensée et de la forme y est +inestimable. Le sentiment en est étrange, et aussi touchant que +pittoresque dans sa sincérité; Villon peint presque sans le +savoir, et en peignant il ne pallie, il n'excuse rien; il a même +des regrets, et ses torts, qu'il reconnaît en se blâmant, mais +dont il ne peut se défendre, il ne les montre que pour en +détourner. Je connais même peu de leçons plus fortes que la +ballade: _Tout aux tavernes et aux filles_. La bouffonnerie, +dans ses vers, se mêle à la gravité, l'émotion à la raillerie, +la tristesse à la débauche; le trait piquant se termine avec +mélancolie; le sentiment du néant des choses et des êtres est +mêlé d'un burlesque soudain qui en augmente l'effet. Et tout +cela est si naturel, si net, si franc, si spirituel; le style +suit la pensée avec une justesse si vive, que vous n'avez pas le +temps d'admirer comment le corps qu'il revêt est habillé par le +vêtement. C'est bien mieux que l'esprit bourgeois, toujours un +peu mesquin, c'est l'esprit populaire que cet enfant des Halles, +qui écrivait: _Il n'est bon bec que de Paris_, a recueilli dans +les rues et qu'il épure en l'aiguisant. Il en a le sentiment, il +en prend les mots, mais il les encadre, il les incruste dans une +phrase si vive, si nette, si bien construite, si énergique ou si +légère, que cette langue colorée reçoit de son génie l'élégance +et même le goût, sans rien perdre de sa force. Il a tout: la +vigueur et le charme, la clarté et l'éclat, la variété et +l'unité, la gravité et l'esprit, la brièveté incisive du trait +et la plénitude du sens, la souplesse capricieuse [P. XVIII] +et la fougue violente, la qualité contemporaine et l'éternelle +humanité. Il faut aller jusqu'à Rabelais pour trouver un maître +qu'on puisse lui comparer, et qui écrive le français avec la +science et l'instinct, avec la pureté et la fantaisie, avec la +grâce délicate et la rudesse souveraine que l'on admire dans +Villon, et qu'il a seul parmi les gens de son temps...» + +On ne connaît certainement pas la totalité des oeuvres de +Villon, du moins sous son nom. Il est évident que le _Petit +Testament_ n'est pas son coup d'essai. Lors de son second +procès, en 1457, il était probablement connu par d'autres +compositions. Sans cela, il est douteux que Charles d'Orléans +fût intervenu en sa faveur, et que le Parlement lui eût fait +grâce de la vie. Lorsqu'il composa le _Grand Testament_, il y fit +entrer quelques pièces qui n'en faisaient pas nécessairement +partie, mais qui s'y rattachaient assez naturellement. On n'y +trouve pas une ballade, pas un rondeau composés antérieurement +au _Petit Testament_. Villon ne paraît pas avoir été +très-soucieux de recueillir ses oeuvres. La plupart sont sans +doute perdues; d'autres sont disséminées dans des recueils +manuscrits ou imprimés où il n'est pas facile de les reconnaître, +soit parce qu'elles ne portent pas de nom d'auteur, soit +parce qu'elles sont attribuées à d'autres. On ne connaît +pas de manuscrit qui contienne tout ce qu'on sait positivement +lui appartenir. Les premières éditions, qui furent faites sans +son concours et probablement après sa mort, ne contiennent que +le _Grand_ et le _Petit Testament_, le _Jargon_, et un petit +nombre de pièces détachées. Jean de Calais, l'éditeur présumé du +_Jardin de plaisance_, dont la première édition est de 1499 +ou de 1500, s'acquitta fort mal des fonctions d'exécuteur +testamentaire que Villon lui avait confiées, si tant est qu'on +doive prendre au sérieux les huitains CLX et CLXI du [P. XIX] +_Grand Testament_. Il fit entrer dans son recueil diverses +pièces connues comme étant de Villon et beaucoup d'autres qu'on +lui attribue avec plus ou moins de vraisemblance, mais sans dire +des unes ni des autres qu'elles étaient de lui. + +M. Brunet a donné, dans la dernière édition du _Manuel du +Libraire_, une excellente notice des éditions de Villon. La +première avec date est de Paris (Pierre Levet), 1489, in-4°. +Il en parut plusieurs autres à la fin du XVe siècle et au +commencement du XVIe. Celle de Paris, Galiot Du Pré, 1532, in-8, +est la première à laquelle on ait joint les _Repues franches_, +le _Monologue du franc archier de Baignolet_ et le _Dialogue des +seigneurs de Mallepaye et de Baillevent_ [31]. + +[Footnote 31: Il avait été fait antérieurement plusieurs +éditions des _Repeues franches_, qui s'ajoutaient aux éditions +correspondantes des oeuvres de Villon, mais qui portaient des +signatures ou une pagination séparées.] + +L'année suivante, le même Galiot Du Pré publia la première +édition des oeuvres de Villon revues par Clément Marot. + +En 1723 il parut chez Coustelier une édition de Villon, avec les +remarques d'Eusèbe de Laurière et une lettre du P. Du Cerceau. + +Les oeuvres de Villon furent réimprimées en 1742, à la Haye, +avec les remarques de Laurière, Le Duchat et Formey, des +mémoires de Prosper Marchand et une lettre critique extraite du +_Mercure_ de février 1724. + +En 1832 parut l'édition de Prompsault, fruit de longues et +laborieuses recherches, et qui, sans être parfaite, ne méritait +pas le discrédit dont elle a été frappée pendant longtemps. + +Dans l'édition de 1854, due aux soins de M.P.L. Jacob, +bibliophile (M. Paul Lacroix), le texte de Prompsault [P. XX] +a été revu, notablement amélioré, élucidé par des notes où +brillent l'érudition et la sagacité bien connues de leur auteur. + +Enfin, tout récemment, M. Paul Lacroix a publié le texte des +deux _Testaments_ d'après un manuscrit de la bibliothèque +de l'Arsenal. Je n'ai pu faire usage de cette intéressante +publication, d'abord parce que l'impression de mon édition +était trop avancée, puis pour une autre raison: c'est que je ne +pouvais m'écarter du texte que j'avais adopté. + +On savait depuis longtemps que La Monnoye avait eu l'intention +de faire une édition des oeuvres de Villon. A cet effet, il +avait annoté un exemplaire de l'édition de 1723. Cet exemplaire, +dont on avait perdu la trace depuis longtemps, a été retrouvé, +en 1858, au _British Museum_, par M. Gustave Masson, qui m'a +gracieusement offert une copie du travail de La Monnoye. + +En tête de son exemplaire, La Monnoye avait inscrit d'abord ce +titre, qui nous fait connaître le plan d'une vaste collection +qu'il projetait: + +_L'Histoire et les Chefs de la poésie françoise, avec la liste +des poètes provençaux et françois, accompagnée de remarques sur +le caractère de leurs ouvrages._ + +Puis vient ce titre particulier: + +_Poésies de François Villon et de ses disciples, revues sur les +différentes éditions, corrigées et augmentées sur le manuscrit +de M. le duc de Coislin et sur plusieurs autres, et enrichies +d'un grand nombre de pièces, avec des notes historiques et +critiques._ + +La Monnoye n'eut pas le temps de mettre la dernière main à son +édition de Villon. Son travail ne porta que sur l'établissement +du texte. La comparaison des manuscrits et des anciennes +éditions, faite par un homme tel que La Monnoye, devait [P. XXI] +donner d'excellents résultats. J'ai reproduit scrupuleusement, +sauf deux ou trois exceptions indiquées dans les notes, le texte +tel qu'il a été arrêté par lui, et ce texte est assurément le +meilleur qu'on ait donné jusqu'à présent. + +La Monnoye ne se contenta pas de revoir le texte de l'édition de +1723. Il y ajouta de sa main divers morceaux qui n'avaient pas +encore été publiés, et qui ont paru pour la première fois dans +l'édition Prompsault. Mais il ne put faire le choix des poésies +qu'il voulait joindre aux oeuvres de Villon. Pour répondre de +mon mieux à son plan, je donne à la fin du volume dix-sept +pièces tirées du _Jardin de plaisance_. M. Campeaux en avait +publié un plus grand nombre: j'ai fait un choix dans son choix, +et si les pièces que je donne ne sont pas de Villon, elles sont +au moins de son école, et souvent dignes de lui. + +Pour toute la partie du texte établie par La Monnoye, je n'avais +qu'une chose à faire: suivre la leçon adoptée par lui. A +l'égard des pièces dont il ne s'était pas occupé, j'ai dû agir +autrement: je les ai revues sur les manuscrits et les éditions +originales. + +A défaut des notes historiques et critiques promises par La +Monnoye, et sans avoir la prétention de les suppléer, je donne +à la suite du texte quelques renseignements qui m'ont paru +nécessaires, puis un _Glossaire-Index,_ dans lequel j'ai tenté +d'expliquer les mots vieillis, de donner des renseignements sur +les personnes et les choses. S'il n'a pas d'autre utilité, ce +travail servira du moins de table. + +Une édition de Villon n'est pas facile à faire. J'ai largement +mis à profit les travaux de mes devanciers, et je me plais à le +reconnaître. J'aurais pu relever bien des erreurs: je me suis +contenté de les corriger. Je crois que cette édition [P. XXII] +vaut mieux que celles qui l'ont précédée. D'autres viendront +après moi qui feront mieux. J'ai cru prudent de leur donner +l'exemple de l'indulgence. + +P. JANNET. + + + +REMARQUES PHILOLOGIQUES. [P. XXIII] + + +La langue de Villon est encore la vieille et bonne langue +française, riche et simple, claire, naturelle, à l'allure vive +et franche. C'est encore la langue des fabliaux, assouplie, +mais presque entièrement préservée de l'invasion des mots +pédantesques forgés dans la seconde moitié du XVe siècle. Le +_Glossaire_, dont l'étendue est grande relativement à celle du +livre, n'offre qu'un petit nombre de ces mots. En revanche, il +en contient beaucoup d'autres dont la perte est regrettable. + +Villon était très-sévère pour la rime. Aussi, lorsque nous +rencontrons à la fin de ses vers quelque chose qui nous paraît +anormal, nous devons nous garder de l'expliquer par une +négligence du poëte. Il faut chercher d'autres raisons; cela +peut amener des observations intéressantes. + +Par exemple, lorsqu'il fait rimer _e_ avec _a_[32], cela prouve, +ainsi que Marot l'a remarqué, que Villon prononçait, à la +parisienne, _a_ pour _e_. + +Lorsqu'il fait rimer _oi, oy_, avec _ai, ay, é_[33], cela prouve +que ce que nous appelons la diphtongue _oi_ se prononçait _é_ ou +_è_. + +S'il fait rimer _Changon, Nygon, escourgon_, avec [P. XXIV] +_donjon_[34], c'est que, dans certains cas, le _g_ se prononçait +_j_. + +[Footnote 32: _Robert, Haubert_, avec _pluspart, poupart_ (p.11 +et 12); _La Barre, feurre_, avec _terre, guerre_ (p. 14); +_appert_ avec _part, despart_ (p. 44), etc.] + +[Footnote 33: _Chollet_ avec _souloit_ (p. 14); _exploictz_ avec +_laiz_ (p. 17); _moyne, essoyne, royne_, avec _Seine_ (p. 34), +etc.] + +[Footnote 34 Pages 12 et 13.] + +S'il fait rimer _fuste_ avec _fusse, prophètes_ avec +_fesses_[35], c'est encore une affaire de prononciation +parisienne. + +Il en est de même d'_ancien, Valérien, paroissien, rimant avec +_an_[36]. + +Lorsqu'il écrit _soullon_ pour rimer avec _Roussillon_[37], il +entend que les deux _ll_ seront mouillées, et prononcées comme +telles, sans être précédées d'un _i_ comme en espagnol. + +Comment faut-il prononcer le nom de Villon? + +La _Ballade_ de la page 99, l'_Epistre_ de la page 111, le +_Problème_ ou _Ballade_ de la page 120, etc., ne laissent aucun +doute à cet égard. On doit le prononcer comme les deux dernières +syllabes du mot _paVILLON_, c'est-à-dire comme on pourra. En +France, ce n'est guère que dans le Midi qu'on sait prononcer +les _ll mouillées_. Les Parisiens diront _Viyon_; les Picards, +_Vilion_.... + + _Mais bel est fol et lunaticque + Qui de ce fait sermon si long; + Peu nuit à la chose publicque + Se Brussiens disent_ Filon. + _Il ne m'en chaut gueres si l'on + Choisit de ces façons la pire, + Et bien veuil qu'on dise selon + Que dès pieça l'on souloit dire_. + +[Footnote 35: Pages 26 et 52.] + +[Footnote 36: P. 81.] + +[Footnote 37: Voy. la Ballade de la page 99.] + + + + +CLÉMENT MAROT DE CAHORS [P.1] + +Varlet de chambre du Roy + +AUX LECTEURS. + + +_Entre tous les bons livres imprimez de la langue françoise ne +s'en veoit ung si incorrect ne si lourdement corrompu que celluy +de Villon, et m'esbahy (veu que c'est le meilleur Poète parisien +qui se trouve) comment les imprimeurs de Paris et les enfans de +la ville n'en ont eu plus grand soing. Je ne suis (certes) en +rien son voysin; mais, pour l'amour de son gentil entendement, +et en recompense de ce que je puys avoir aprins de luy en lisant +ses Oeuvres, j'ai faict à icelles ce que je vouldroys estre +faict aux miennes, si elles estaient tombées en semblable +inconvénient. Tant y ay trouvé de broillerie en l'ordre des +coupletz et des vers, en mesure, en langaige, en la ryme et en +la raison, que je ne sçay duquel je doy plus avoir pitié, ou de +l'oeuvre ainsi oultrement gastée, ou de l'ignorance de ceux +qui l'imprimèrent; et, pour en faire preuve, me suys advisé +(Lecteurs) de vous mettre icy ung des couplets incorrects du mal +imprimé Villon, qui vous fera exemple et tesmoing d'ung grand +nombre d'autres autant broillez et gastez que luy, lequel [P. 2] +est tel_: + + Or est vray qu'après plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs + Labeurs et griefz cheminemens + Travaille mes lubres sentemens + Aguysez ronds, comme une pelote + Monstrent plus que les commens + En sens moral de Aristote. + +_Qui est celluy qui vouldroit nyer le sens n'en estre grandement +corrompu? Ainsi, pour vray, l'ay-je trouvé aux vieilles +impressions, et encores pis aux nouvelles. Or, voyez maintenant +comment il a esté r'abillé, et en jugez gratieusement_: + + Or est vray qu'après plainctz et pleurs + Et angoisseux gemissemens, + Apres tristesses et douleurs, + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentements + Aguysa (ronds comme pelote), + Me monstrant plus que les comments + Sur le sens moral d'Aristote. + +_Voylà comment il me semble que l'autheur l'entendoit; et vous +suffise ce petit amendement pour vous rendre advertiz de ce que +puys avoir amendé en mille autres passages, dont les aucuns me +ont esté aisez et les autres très difficiles. Toutesfoys, partie +avecques les vieulx imprimez, partie avecques l'ayde de bons +vieillards qui en sçavent par cueur, et partie par deviner +avecques jugement naturel, a esté reduict nostre Villon en +meilleure et plus entière forme qu'on ne l'a veu de nos aages, +et ce sans avoir touché à l'antiquité de son parler, à [P. 3] +sa façon de rimer, à ses meslées et longues parenthèses, à la +quantité de ses sillabes, ne à ses couppes, tant féminines que +masculines; esquelles choses il n'a suffisamment observé les +vrayes reigles de françoise poésie, et ne suys d'advis que en +cela les jeunes Poetes l'ensuyvent, mais bien qu'ilz cueillent +ses sentences comme belles fleurs, qu'ils contemplent l'esprit +qu'il avoit, que de luy apreignent à proprement descrire, et +qu'ils contrefacent sa veine, mesmement celle dont il use en ses +Ballades, qui est vrayment belle et héroïque, et ne fay double +qu'il n'eust emporté le chapeau de laurier devant tous les +Poètes de son temps, s'il eust esté nourry en la Court des Roys +et des Princes, là où les jugemens se amendent et les langaiges +se pollissent. Quant à l'industrie des lays qu'il feit en ses +Testamens, pour suffisamment la congnoistre et entendre il +fauldroit avoir esté de son temps à Paris, et avoir congneu +les lieux, les choses et les hommes dont il parle: la mémoire +desquelz tant plus se passera, tant moins se congnoistra icelle +industrie de ses lays dictz. Pour ceste cause, qui vouldra faire +une oeuvre de longue durée ne preigne son soubject sur telles +choses basses et particulières. Le reste des Oeuvres de nostre +Villon (hors cela) est de tel artifice, tant plain de bonne +doctrine et tellement painct de mille belles couleurs, que le +temps, qui tout efface, jusques icy ne l'a sceu effacer; et +moins encor l'effacera ores et d'icy en avant, que les bonnes +escriptures françoises sont et seront mieulx congneues et +recueillies que jamais. + +Et pour ce (comme j'ay dit) que je n'ay touché à son antique +façon de parler, je vous ay exposé sur la marge, avecques les +annotations, ce qui m'a semblé le plus dur à entendre, laissant +le reste à vos promptes intelligences, comme_ ly Roys _pour_ +le Roy, homs _pour homme_, compaing _pour_ compaignon; [P. 4] +_aussi force pluriers pour singuliers, et plusieurs autres +incongruitez dont estait plain le langaige mal lymé d'icelluy +temps. + +Après, quand il s'est trouvé faulte de vers entiers, j'ay prins +peine de les refaire au plus près (selon mon possible) de +l'intention de l'autheur, et les trouverez expressément marquez +de cette marque_ +, _afin que ceulx qui les sçauront en la sorte +que Villon les fist effacent les nouveaulx pour faire place aux +vieulx. + +Oultre plus, les termes et les vers qui estaient interposez, +trouverez reduictz en leurs places; les lignes trop courtes, +allongées; les trop longues acoursies; les mots obmys, remys; +les adjoutez ostez, et les tiltres myeulx attiltrez. + +Finalement, j'ay changé l'ordre du livre, et m'a semblé plus +raisonnable de le faire commencer par le Petit Testament, +d'autant qu'il fut faict cinq ans avant l'autre. + +Touchant le Jargon, je le laisse à corriger et exposer aux +successeurs de Villon en l'art de la pinse et du croq. + +Et si quelqu'un d'adventure veult dire que tout ne soit +racoustré ainsi qu'il appartient, je luy respons dès maintenant +que, s'il estait autant navré en sa personne comme j'ay trouvé +Villon blessé en ses Oeuvres, il n'y a si expert chirurgien qui +le sceust panser sans apparence de cicatrice; et me suffira +que le labeur qu'en ce j'ay employé soit agréable au Roy mon +souverain, qui est cause et motif de ceste emprise et de +l'exécution d'icelle, pour l'avoir veu voulentiers escouter et +par très bon jugement estimer plusieurs passages des Oeuvres qui +s'ensuyvent._ + + + +MAROT [P. 5] + +AU ROY FRANÇOIS Ier. + + Si à Villon on treuve encor à dire, + S'il n'est reduict ainsi qu'ay prétendu, + A moy tout seul en soit le blasme (Sire), + Qui plus y ay travaillé qu'entendu; + Et s'il est mieux en son ordre estendu + Que paravant, de sorte qu'on l'en prise, + Le gré à vous en doyt estre rendu, + Qui fustes seul cause de l'entreprise. + + [P. 7] + + LE + PETIT TESTAMENT + DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON + + FAIT L'AN 1456. + + Mil quatre cens cinquante et six, + Je, François Villon, escollier, + Considérant, de sens rassis, + Le frain aux dents, franc au collier, + Qu'on doit ses oeuvres conseiller, + Comme Vegèce le racompte, + Saige Romain, grand conseiller, + Ou autrement on se mescompte. + + II. + + En ce temps que j'ay dit devant, + Sur le Noël, morte saison, + Lorsque les loups vivent de vent, + Et qu'on se tient en sa maison, + Pour le frimas, près du tison: + Cy me vint vouloir de briser + La très amoureuse prison + Qui souloit mon cueur desbriser. + + III. [P.8] + + Je le feis en telle façon, + Voyant Celle devant mes yeulx + Consentant à ma deffaçon, + Sans ce que jà luy en fust mieulx; + Dont je me deul et plains aux cieulx, + En requérant d'elle vengence + A tous les dieux venerieux, + Et du grief d'amours allégence. + + IV. + + Et, se je pense à ma faveur, + Ces doulx regrets et beaulx semblans + De très decepvante saveur, + Me trespercent jusques aux flancs: + Bien ilz ont vers moy les piez blancs + Et me faillent au grant besoing. + Planter me fault autre complant + Et frapper en un autre coing. + + V. + + Le regard de Celle m'a prins, + Qui m'a esté félonne et dure; + Sans ce qu'en riens aye mesprins, + Veult et ordonne que j'endure + La mort, et que plus je ne dure. + Si n'y voy secours que fouir. + Rompre veult la dure souldure, + Sans mes piteux regrets ouir! + + VI. + + Pour obvier à ses dangiers, + Mon mieulx est, ce croy, de partir. + Adieu! Je m'en voys à Angiers, [P. 9] + Puisqu'el ne me veult impartir + Sa grace, ne me departir. + Par elle meurs, les membres sains; + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux saints! + + VII. + + Combien que le départ soit dur, + Si fault-il que je m'en esloingne. + Comme mon paouvre sens est dur! + Autre que moy est en queloingne, + Dont onc en forest de Bouloingne + Ne fut plus alteré d'humeur. + C'est pour moy piteuse besoingne: + Dieu en vueille ouïr ma clameur! + + VIII. + + Et puisque departir me fault, + Et du retour ne suis certain: + Je ne suis homme sans deffault, + Ne qu'autre d'assier ne d'estaing. + Vivre aux humains est incertain, + Et après mort n'y a relaiz: + Je m'en voys en pays loingtaing; + Si establiz ce présent laiz. + + IX. + + Premièrement, au nom du Père, + Du Filz et du Saint-Esperit, + Et de la glorieuse Mère + Par qui grace riens ne périt, + Je laisse, de par Dieu, mon bruit + A maistre Guillaume Villon, + Qui en l'honneur de son nom bruit, [P. 10] + Mes tentes et mon pavillon. + + X. + + A celle doncques que j'ay dict, + Qui si durement m'a chassé, + Que j'en suys de joye interdict + Et de tout plaisir déchassé, + Je laisse mon coeur enchassé, + Palle, piteux, mort et transy: + Elle m'a ce mal pourchassé, + Mais Dieu luy en face mercy! + + XI. + + Et à maistre Ythier, marchant, + Auquel je me sens très tenu, + Laisse mon branc d'acier tranchant, + Et à maistre Jehan le Cornu, + Qui est en gaige détenu + Pour ung escot six solz montant; + Je vueil, selon le contenu, + Qu'on luy livre, en le racheptant. + + XII. + + Item, je laisse à Sainct-Amant + Le Cheval Blanc avec la Mulle, + Et à Blaru, mon dyamant + Et l'Asne rayé qui reculle. + Et le décret qui articulle: + _Omnis utriusque sexus_, + Contre la Carmeliste bulle, + Laisse aux curez, pour mettre sus. + + XIII. [P. 11] + + Item, à Jehan Trouvé, bouchier, + Laisse le mouton franc et tendre, + Et ung tachon pour esmoucher + Le boeuf couronné qu'on veult vendre, + Et la vache qu'on ne peult prendre. + Le vilain qui la trousse au col, + S'il ne la rend, qu'on le puist pendre + Ou estrangler d'un bon licol! + + XIV. + + Et à maistre Robert Vallée, + Povre clergeon au Parlement, + Qui ne tient ne mont ne vallée, + J'ordonne principalement + Qu'on luy baille legerement + Mes brayes, estans aux trumellières, + Pour coeffer plus honestement + S'amye Jehanneton de Millières. + + XV. + + Pour ce qu'il est de lieu honeste, + Fault qu'il soit myeulx recompensé, + Car le Saint-Esprit l'admoneste. + Ce obstant qu'il est insensé. + Pour ce, je me suis pourpensé, + Puysqu'il n'a sens mais qu'une aulmoire, + De recouvrer sur Malpensé, + Qu'on lui baille, l'Art de mémoire. + + XVI. + + Item plus, je assigne la vie + Du dessusdict maistre Robert... [P. 12] + Pour Dieu! n'y ayez point d'envie! + Mes parens, vendez mon haubert, + Et que l'argent, ou la pluspart, + Soit employé, dedans ces Pasques, + Pour achepter à ce poupart + Une fenestre emprès Saint-Jacques. + + XVII. + + Derechief, je laisse en pur don + Mes gands et ma hucque de soye + A mon amy Jacques Cardon; + Le gland aussi d'une saulsoye, + Et tous les jours une grosse oye + Et ung chappon de haulte gresse; + Dix muys de vin blanc comme croye, + Et deux procès, que trop n'engresse. + + XVIII. + + Item, je laisse à ce jeune homme, + René de Montigny, troys chiens; + Aussi à Jehan Raguyer, la somme + De cent frans, prins sur tous mes biens; + Mais quoy! Je n'y comprens en riens + Ce que je pourray acquerir: + On ne doit trop prendre des siens, + Ne ses amis trop surquerir. + + XIX. + + Item, au seigneur de Grigny + Laisse la garde de Nygon, + Et six chiens plus qu'à Montigny, + Vicestre, chastel et donjon; + Et à ce malostru Changon, + Moutonnier qui tient en procès, + Laisse troys coups d'ung escourgon, [P. 13] + Et coucher, paix et aise, en ceps. + + XX. + + Et à maistre Jacques Raguyer, + Je laisse l'Abreuvoyr Popin, + Pour ses paouvres seurs grafignier; + Tousjours le choix d'ung bon lopin, + Le trou de la Pomme de pin, + Le doz aux rains, au feu la plante, + Emmailloté en jacopin; + Et qui vouldra planter, si plante. + + XXI. + + Item, à maistre Jehan Mautainct + Et maistre Pierre Basannier, + Le gré du Seigneur, qui attainct + Troubles, forfaits, sans espargnier; + Et à mon procureur Fournier, + Bonnetz courts, chausses semellées, + Taillées sur mon cordouennier, + Pour porter durant ces gellées. + + XXII. + + Item, au chevalier du guet, + Le heaulme luy establis; + Et aux pietons qui vont d'aguet + Tastonnant par ces establis, + Je leur laisse deux beaulx rubis, + La lenterne à la Pierre-au-Let., + Voire-mais, j'auray les _Troys licts_, + S'ilz me meinent en Chastellet. + + XXIII. [P. 14] + + Item, à Perrenet Marchant, + Qu'on dit le Bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est ung bon marchant, + Luy laisse trois gluyons de feurre + Pour estendre dessus la terre + A faire l'amoureux mestier, + Où il luy fauldra sa vie querre, + Car il ne scet autre mestier. + + XXIV. + + Item, au Loup et à Chollet, + Je laisse à la foys un canart, + Prins sous les murs, comme on souloit, + Envers les fossez, sur le tard; + Et à chascun un grand tabart + De cordelier, jusques aux pieds, + Busche, charbon et poys au lart, + Et mes housaulx sans avantpiedz. + + XXV. + + Derechief, je laisse en pitié, + A troys petitz enfans tous nudz, + Nommez en ce présent traictié, + Paouvres orphelins impourveuz, + Tous deschaussez, tous despourveus, + Et desnuez comme le ver; + J'ordonne qu'ils seront pourveuz, + Au moins pour passer cest yver. + + XXVI. + + Premièrement, Colin Laurens, + Girard Gossoyn et Jehan Marceau, + Desprins de biens et de parens, [P. 15] + Qui n'ont vaillant l'anse d'ung ceau, + Chascun de mes biens ung faisseau, + Ou quatre blancs, s'ilz l'ayment mieulx; + Ils mangeront maint bon morceau, + Ces enfans, quand je seray vieulx! + + XXVII. + + Item, ma nomination, + Que j'ay de l'Université, + Laisse par résignation, + Pour forclorre d'adversité + Paouvres clercs de ceste cité, + Soubz cest _intendit_ contenuz: + Charité m'y a incité, + Et Nature, les voyant nudz. + + XXVIII. + + C'est maistre Guillaume Cotin + Et maistre Thibault de Vitry, + Deux paouvres clercs, parlans latin, + Paisibles enfans, sans estry, + Humbles, bien chantans au lectry. + Je leur laisse cens recevoir + Sur la maison Guillot Gueuldry, + En attendant de mieulx avoir. + + XXIX. + + Item plus, je adjoinctz à la Crosse + Celle de la rue Sainct-Anthoine, + Et ung billart de quoy on crosse, + Et tous les jours plain pot de Seine, + Aux pigons qui sont en l'essoine, + Enserrez soubz trappe volière, + Et mon mirouer bel et ydoyne, [P. 16] + Et la grace de la geollière. + + XXX. + + Item, je laisse aux hospitaux + Mes chassis tissus d'araignée; + Et aux gisans soubz les estaux, + Chascun sur l'oeil une grongnée, + Trembler à chière renffrongnée, + Maigres, velluz et morfonduz; + Chausses courtes, robbe rongnée, + Gelez, meurdriz et enfonduz. + + XXXI. + + Item, je laisse à mon barbier + Les rongneures de mes cheveulx, + Plainement et sans destourbier; + Au savetier, mes souliers vieulx, + Et au fripier, mes habitz tieulx + Que, quant du tout je les délaisse, + Pour moins qu'ilz ne coustèrent neufz + Charitablement je leur laisse. + + XXXII. + + Item, aux Quatre Mendians, + Aux Filles Dieu et aux Beguynes, + Savoureulx morceaulx et frians, + Chappons, pigons, grasses gelines, + Et puis prescher les Quinze Signes, + Et abatre pain à deux mains. + Carmes chevaulchent nos voisines, + Mais cela ne m'est que du meins. + + XXXIII. [P. 17] + + Item, laisse le Mortier d'or + A Jehan l'Espicier, de la Garde, + Et une potence à Sainct-Mor, + Pour faire ung broyer à moustarde, + Et celluy qui feit l'avant-garde, + Pour faire sur moy griefz exploitz, + De par moy sainct Anthoine l'arde! + Je ne lui lairray autre laiz. + + XXXIV. + + Item, je laisse à Mairebeuf + Et à Nicolas de Louvieulx, + A chascun l'escaille d'un oeuf, + Plaine de frans et d'escus vieulx, + Quant au concierge de Gouvieulx, + Pierre Ronseville, je ordonne, + Pour luy donner encore mieulx, + Escus telz que prince les donne. + + XXXV. + + Finalement, en escrivant, + Ce soir, seullet, estant en bonne, + Dictant ces laiz et descripvant, + Je ouyz la cloche de Sorbonne, + Qui tousjours à neuf heures sonne + Le Salut que l'Ange prédit; + Cy suspendy et cy mis bonne, + Pour pryer comme le cueur dit. + + XXXVI. + + Cela fait, je me entre-oubliai, + Non pas par force de vin boire, + Mon esperit comme lié; [P. 18] + Lors je senty dame Mémoire + Rescondre et mectre en son aulmoire + Ses espèces collaterales, + Oppinative faulce et voire, + Et autres intellectualles. + + XXXVII. + + Et mesmement l'extimative, + Par quoy prospérité nous vient; + Similative, formative, + Desquelz souvent il advient + Que, par l'art trouvé, hom devient + Fol et lunaticque par moys: + Je l'ay leu, et bien m'en souvient, + En Aristote aucunes fois. + + XXXVIII. + + Doncques le sensif s'esveilla + Et esvertua fantasie, + Qui tous argeutis resveilla, + Et tint souveraine partie, + En souppirant, comme amortie, + Par oppression d'oubliance, + Qui en moy s'estoit espartie + Pour montrer des sens l'alliance. + + XXXIX. + + Puis, mon sens qui fut à repos + Et l'entendement desveillé, + Je cuide finer mon propos; + Mais mon encre estoit gelé, + Et mon cierge estoit souflé. + De feu je n'eusse pu finer. + Si m'endormy, tout enmouflé, [P. 19] + Et ne peuz autrement finer. + + XL + + Fait au temps de ladicte date, + Par le bon renommé Villon, + Qui ne mange figue ne date; + Sec et noir comme escouvillon, + Il n'a tente ne pavillon + Qu'il n'ayt laissé à ses amys, + Et n'a mais qu'un peu de billon, + Qui sera tantost à fin mys. + + + CY FINE LE TESTAMENT VILLON. + + + [P. 21] + CY COMMENCE + LE + GRANT TESTAMENT + DE + FRANÇOIS VILLON + FAIT EN 1461. + + + I. + + En l'an trentiesme de mon aage, + Que toutes mes hontes j'eu beues, + Ne du tout fol, ne du tout sage. + Nonobstant maintes peines eues, + Lesquelles j'ay toutes receues + Soubz la main Thibault d'Aussigny. + S'evesque il est, seignant les rues, + Qu'il soit le mien je le regny! + + II. + + Mon seigneur n'est, ne mon evesque; + Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche; + Foy ne luy doy, ne hommage avecque; + Je ne suis son serf ne sa biche. + Peu m'a d'une petite miche + Et de froide eau, tout ung esté. + Large ou estroit, moult me fut chiche. [P. 22] + Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté. + + III. + + Et, s'aucun me vouloit reprendre + Et dire que je le mauldys, + Non fais, si bien me sçait comprendre, + Et rien de luy je ne mesdys. + Voycy tout le mal que j'en dys: + S'il m'a esté misericors, + Jésus, le roy de paradis, + Tel luy soit à l'âme et au corps! + + IV. + + S'il m'a esté dur et cruel + Trop plus que cy ne le racompte, + Je vueil que le Dieu éternel + Luy soit doncq semblable, à ce compte!... + Mais l'Eglise nous dit et compte + Que prions pour nos ennemis; + Je vous dis que j'ay tort et honte: + Tous ses faictz soient à Dieu remis! + + V. + + Si prieray Dieu de bon cueur, + Pour l'âme du bon feu Cotard. + Mais quoy! ce sera doncq par cueur, + Car de lire je suys faitard. + Prière en feray de Picard; + S'il ne le sçait, voise l'apprandre, + S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard + A Douay, ou à Lysle en Flandre! + + VI. [P. 23] + + Combien souvent je veuil qu'on prie + Pour luy, foy que doy mon baptesme, + Obstant qu'à chascun ne le crye, + Il ne fauldra pas à son esme. + Au Psaultier prens, quand suys à mesme, + Qui n'est de beuf ne cordoen, + Le verset escript le septiesme + Du psaulme de _Deus laudem_. + + VII. + + Si pry au benoist Filz de Dieu, + Qu'à tous mes besoings je reclame, + Que ma pauvre prière ayt lieu + Verz luy, de qui tiens corps et ame, + Qui m'a préservé de maint blasme + Et franchy de vile puissance. + Loué soit-il, et Nostre-Dame, + Et Loys, le bon roy de France! + + VIII. + + Auquel doint Dieu l'heur de Jacob, + De Salomon l'honneur et gloire; + Quant de prouesse, il en a trop; + De force aussi, par m'ame, voire! + En ce monde-cy transitoire, + Tant qu'il a de long et de lé; + Affin que de luy soit memoire, + Vive autant que Mathusalé! + + IX. + + Et douze beaulx enfans, tous masles, + Veoir, de son très cher sang royal, + Aussi preux que fut le grand Charles, [P. 24] + Conceuz en ventre nuptial, + Bons comme fut sainct Martial. + Ainsi en preigne au bon Dauphin; + Je ne luy souhaicte autre mal, + Et puys paradis à la fin. + + X. + + Pour ce que foible je me sens, + Trop plus de biens que de santé, + Tant que je suys en mon plain sens, + Si peu que Dieu m'en a presté, + Car d'autre ne l'ay emprunté, + J'ay ce Testament très estable + Faict, de dernière voulenté, + Seul pour tout et irrévocable: + + XI. + + Escript l'ay l'an soixante et ung, + Que le bon roy me délivra + De la dure prison de Mehun, + Et que vie me recouvra, + Dont suys, tant que mon cueur vivra, + Tenu vers luy me humilier, + Ce que feray jusqu'il mourra: + Bienfaict ne se doibt oublier. + + + _Icy commence Villon à entrer en matière + pleine d'erudition et de bon sçavoir._ + + + XII. + + Or est vray qu'après plaingtz et pleurs + et angoisseux gemissemens, + Après tristesses et douleurs, [P. 25] + Labeurs et griefz cheminemens, + Travail mes lubres sentemens, + Esguisez comme une pelote, + M'ouvrist plus que tous les Commens + D'Averroys sur Aristote. + + XIII. + + Combien qu'au plus fort de mes maulx, + En cheminant sans croix ne pile, + Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus + Conforta, ce dit l'Evangile, + Me montra une bonne ville + Et pourveut du don d'espérance; + Combien que le pecheur soit vile, + Riens ne hayt que persévérance. + + XIV. + + Je suys pécheur, je le sçay bien; + Pourtant Dieu ne veult pas ma mort, + Mais convertisse et vive en bien; + Mieulx tout autre que péché mord, + Soye vraye voulenté ou enhort, + Dieu voit, et sa miséricorde, + Se conscience me remord, + Par sa grace pardon m'accorde. + + XV. + + Et, comme le noble Romant + De la Rose dit et confesse + En son premier commencement, + Qu'on doit jeune cueur, en jeunesse, + Quant on le voit vieil en vieillesse, + Excuser; helas! il dit voir. + Ceulx donc qui me font telle oppresse, [P. 26] + En meurté ne me vouldroient veoir. + + XVI. + + Se, pour ma mort, le bien publique + D'aucune chose vaulsist myeulx, + A mourir comme ung homme inique + Je me jugeasse, ainsi m'aid Dieux! + Grief ne faiz à jeune ne vieulx, + Soye sur pied ou soye en bière: + Les montz ne bougent de leurs lieux, + Pour un paouvre, n'avant, n'arrière. + + XVII. + + Au temps que Alexandre regna, + Ung hom, nommé Diomedès, + Devant luy on luy amena, + Engrillonné poulces et detz + Comme ung larron; car il fut des + Escumeurs que voyons courir. + Si fut mys devant le cadès, + Pour estre jugé à mourir. + + XVIII. + + L'empereur si l'arraisonna: + «Pourquoy es-tu larron de mer?» + L'autre, responce luy donna: + «Pourquoy larron me faiz nommer? + «Pour ce qu'on me voit escumer + «En une petiote fuste? + «Se comme toy me peusse armer, + «Comme toy empereur je fusse. + + XIX. [P. 27] + + «Mais que veux-tu! De ma fortune, + «Contre qui ne puis bonnement, + «Qui si durement m'infortune, + «Me vient tout ce gouvernement. + «Excuse-moy aucunement, + «Et sçaches qu'en grand pauvreté + «(Ce mot dit-on communément) + «Ne gist pas trop grand loyaulté.» + + XX. + + Quand l'empereur eut remiré + De Diomedès tout le dict: + «Ta fortune je te mueray, + «Mauvaise en bonne!» ce luy dit. + Si fist-il. Onc puis ne mesprit + A personne, mais fut vray homme; + Valère, pour vray, le rescript, + Qui fut nommé _le grand_ à Romme. + + XXI. + + Se Dieu m'eust donné rencontrer + Ung autre piteux Alexandre, + Qui m'eust faict en bon heur entrer, + Et lors qui m'eust veu condescendre + A mal, estre ars et mys en cendre + Jugé me fusse de ma voix. + Nécessité faict gens mesprendre, + Et faim saillir le loup des boys. + + XXII. + + Je plaings le temps de ma jeunesse, + Ouquel j'ay plus qu'autre gallé, + Jusque à l'entrée de vieillesse, [P. 28] + Qui son partement m'a celé. + Il ne s'en est à pied allé, + N'a cheval; las! et comment donc? + Soudainement s'en est voilé, + Et ne m'a laissé quelque don. + + XXIII. + + Allé s'en est, et je demeure, + Pauvre de sens et de sçavoir, + Triste, failly, plus noir que meure, + Qui n'ay ne cens, rente, n'avoir; + Des miens le moindre, je n'y voir, + De me desadvouer s'avance, + Oublyans naturel devoir, + Par faulte d'ung peu de chevance. + + XXIV. + + Si ne crains avoir despendu, + Par friander et par leschier; + Par trop aimer n'ay riens vendu, + Que nuls me puissent reprouchier. + Au moins qui leur couste trop cher. + Je le dys, et ne croys mesdire. + De ce ne me puis revencher: + Qui n'a méfiait ne le doit dire. + + XXV. + + Est vérité que j'ay aymé + Et que aymeroye voulentiers; + Mais triste cueur, ventre affamé, + Qui n'est rassasié au tiers, + Me oste des amoureux sentiers. + Au fort, quelqu'un s'en recompense, + Qui est remply sur les chantiers, [P. 29] + Car de la panse vient la danse. + + XXVI. + + Bien sçay se j'eusse estudié + Ou temps de ma jeunesse folle, + Et à bonnes meurs dedié, + J'eusse maison et couche molle! + Mais quoy? je fuyoye l'escolle, + Comme faict le mauvays enfant... + En escrivant ceste parolle, + A peu que le cueur ne me fend. + + XXVII. + + Le dict du Saige est très beaulx dictz, + Favorable, et bien n'en puis mais, + Qui dit: «Esjoys-toy, mon filz, + A ton adolescence; mais + Ailleurs sers bien d'ung autre mectz, + Car jeunesse et adolescence + (C'est son parler, ne moins ne mais) + Ne sont qu'abbus et ignorance.» + + XXVIII. + + Mes jours s'en sont allez errant, + Comme, dit Job, d'une touaille + Sont les filetz, quant tisserant + Tient en son poing ardente paille: + Lors, s'il y a nul bout qui saille, + Soudainement il le ravit. + Si ne crains rien qui plus m'assaille, + Car à la mort tout assouvyst. + + XXIX. [P. 30] + + Où sont les gratieux gallans + Que je suyvoye au temps jadis, + Si bien chantans, si bien parlans, + Si plaisans en faictz et en dictz? + Les aucuns sont mortz et roydiz; + D'eulx n'est-il plus rien maintenant. + Respit ils ayent en paradis, + Et Dieu saulve le remenant! + + XXX. + + Et les aucuns sont devenuz, + Dieu mercy! grans seigneurs et maistres, + Les autres mendient tous nudz, + Et pain ne voyent qu'aux fenestres; + Les autres sont entrez en cloistres; + De Celestins et de Chartreux, + Bottez, housez, com pescheurs d'oystres: + Voilà l'estat divers d'entre eulx. + + XXXI. + + Aux grans maistres Dieu doint bien faire + Vivans en paix et en requoy. + En eulx il n'y a que refaire; + Si s'en fait bon taire tout quoy. + Mais aux pauvres qui n'ont de quoy, + Comme moy, Dieu doint patience; + Aux aultres ne fault qui ne quoy, + Car assez ont pain et pitance. + + XXXII. + + Bons vins ont, souvent embrochez, + Saulces, brouetz et gros poissons; + Tartres, flans, oeufz fritz et pochez, [P. 31] + Perduz, et en toutes façons. + Pas ne ressemblent les maçons, + Que servir fault à si grand peine; + Ils ne veulent nulz eschançons, + Car de verser chascun se peine. + + XXXIII. + + En cest incident me suys mys, + Qui de rien ne sert à mon faict. + Je ne suys juge, ne commis, + Pour punyr n'absouldre meffaict. + De tous suys le plus imparfaict. + Loué soit le doulx Jésus-Christ! + Que par moy leur soit satisfaict! + Ce que j'ay escript est escript. + + XXXIV. + + Laissons le monstier où il est; + Parlons de chose plus plaisante. + Ceste matière à tous ne plaist: + Ennuyeuse est et desplaisante. + Pauvreté, chagrine et dolente, + Tousjours despiteuse et rebelle, + Dit quelque parolle cuysante; + S'elle n'ose, si le pense-elle. + + XXXV. + + Pauvre je suys de ma jeunesse, + De pauvre et de petite extrace. + Mon pere n'eut oncq grand richesse. + Ne son ayeul, nommé Erace. + Pauvreté tous nous suyt et trace. + Sur les tumbeaulx de mes ancestres, + Les ames desquelz Dieu embrasse, [P. 32] + On n'y voyt couronnes ne sceptres. + + XXXVI. + + De pouvreté me guermentant, + Souventesfoys me dit le cueur: + «Homme, ne te doulouse tant + Et ne demaine tel douleur, + Se tu n'as tant qu'eust Jacques Cueur. + Myeulx vault vivre soubz gros bureaux + Pauvre, qu'avoir esté seigneur + Et pourrir soubz riches tumbeaux!» + + XXXVII. + + Qu'avoir esté seigneur!... Que dys? + Seigneur, lasse! ne l'est-il mais! + Selon ce que d'aulcun en dict, + Son lieu ne congnoistra jamais. + Quant du surplus, je m'en desmectz. + Il n'appartient à moy, pécheur; + Aux théologiens le remectz, + Car c'est office de prescheur. + + XXXVIII. + + Si ne suys, bien le considère, + Filz d'ange, portant dyadème + D'etoille ne d'autre sydère. + Mon père est mort, Dieu en ayt l'ame, + Quant est du corps, il gyst soubz lame... + J'entends que ma mère mourra, + Et le sçait bien, la pauvre femme; + Et le filz pas ne demourra. + + XXXIX. [P. 33] + + Je congnoys que pauvres et riches, + Sages et folz, prebstres et laiz, + Noble et vilain, larges et chiches, + Petitz et grans, et beaulx et laidz, + Dames à rebrassez colletz, + De quelconque condicion, + Portant attours et bourreletz, + Mort saisit sans exception. + + XL. + + Et mourut Paris et Hélène. + Quiconques meurt, meurt à douleur. + Celluy qui perd vent et alaine, + Son fiel se crève sur son cueur, + Puys sue Dieu sçait quelle sueur! + Et n'est qui de ses maulx l'allège: + Car enfans n'a, frère ne soeur, + Qui lors voulsist estre son pleige. + + XLI. + + La mort le faict frémir, pallir, + Le nez courber, les veines tendre, + Le col enfler, la chair mollir, + Joinctes et nerfs croistre et estendre. + Corps féminin, qui tant est tendre, + Polly, souef, si precieulx, + Te faudra-il ces maulx attendre? + Ouy, ou tout vif aller ès cieulx. + + [P. 34] + + BALLADE + DES DAMES DU TEMPS JADIS. + + Dictes-moy où, n'en quel pays, + Est Flora, la belle Romaine; + Archipiada, ne Thaïs, + Qui fut sa cousine germaine; + Echo, parlant quand bruyt on maine + Dessus rivière ou sus estan, + Qui beauté eut trop plus qu'humaine? + Mais où sont les neiges d'antan! + + Où est la très sage Heloïs, + Pour qui fut chastré et puis moyne + Pierre Esbaillart à Sainct-Denys? + Pour son amour eut cest essoyne. + Semblablement, où est la royne + Qui commanda que Buridan + Fust jetté en ung sac en Seine? + Mais où sont les neiges d'antan! + + La royne Blanche comme ung lys, + Qui chantoit à voix de sereine; + Berthe au grand pied, Bietris, Allys; + Harembourges, qui tint le Mayne, + Et Jehanne, la bonne Lorraine, + Qu'Anglois bruslèrent à Rouen; + Où sont-ilz, Vierge souveraine?... + Mais où sont les neiges d'antan! + [P. 35] + ENVOI + + Prince, n'enquerez de sepmaine + Où elles sont, ne de cest an, + Que ce refrain ne vous remaine: + Mais où sont les neiges d'antan! + + + BALLADE + DES SEIGNEURS DU TEMPS JADIS + + Suyvant le propos précèdent. + + Qui plus? Où est le tiers Calixte, + Dernier decedé de ce nom, + Qui quatre ans tint le Papaliste? + Alphonse, le roy d'Aragon, + Le gracieux duc de Bourbon, + Et Artus, le duc de Bretaigne, + Et Charles septiesme, le Bon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + Semblablement, le roy Scotiste, + Qui demy-face eut, ce dit-on, + Vermeille comme une amathiste + Depuys le front jusqu'au menton? + Le roy de Chypre, de renom; + Hélas! et le bon roy d'Espaigne, + Duquel je ne sçay pas le nom?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + D'en plus parler je me désiste; [P. 36] + Ce n'est que toute abusion. + Il n'est qui contre mort résiste, + Ne qui treuve provision. + Encor fais une question: + Lancelot, le roy de Behaigne, + Où est-il? Où est son tayon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + ENVOI. + + Où est Claquin, le bon Breton? + Où le comte Daulphin d'Auvergne, + Et le bon feu duc d'Alençon?... + Mais où est le preux Charlemaigne! + + + BALLADE + + A ce propos, en vieil françois. + + Mais où sont ly sainctz apostoles, + D'aulbes vestuz, d'amys coeffez, + Qui sont ceincts de sainctes estoles, + Dont par le col prent ly mauffez, + De maltalent tout eschauffez? + Aussi bien meurt tilz que servans; + De ceste vie sont bouffez: + Autant en emporte ly vens. + + Voire, où sont de Constantinobles + L'emperier aux poings dorez, + Ou de France ly roy tresnobles, + Sur tous autres roys décorez. + Qui, pour ly grand Dieux adorez, [P. 37] + Bastist eglises et convens? + S'en son temps il fut honorez, + Autant en emporte ly vens. + + Où sont de Vienne et de Grenobles + Ly Daulphin, ly preux, ly senez? + Où, de Dijon, Sallins et Dolles, + Ly sires et ly filz aisnez? + Où autant de leurs gens privez, + Heraulx, trompettes, poursuyvans? + Ont-ilz bien bouté soubz le nez?... + Autant en emporte ly vens. + + ENVOI. + + Princes à mort sont destinez, + Et tous autres qui sont vivans; + S'ils en sont coursez ou tennez, + Autant en emporte ly vens. + + + XLII. + + Puys que papes, roys, filz de roys, + Et conceuz en ventres de roynes, + Sont enseveliz, mortz et froidz, + En aultruy mains passent leurs resnes; + Moy, pauvre mercerot de Renes, + Mourray-je pas? Ouy, se Dieu plaist; + Mais que j'aye faict mes estrenes, + Honneste mort ne me desplaist. + + XLIII. + + Ce monde n'est perpetuel, + Quoy que pense riche pillart; + Tous sommes soubz coutel mortel. + Ce confort prent pauvre vieillart, [P. 38] + Lequel d'estre plaisant raillart + Eut le bruyt, lorsque jeune estoit, + Qu'on tiendrait à fol et paillait, + Se, vieil, à railler se mettoit. + + XLIV. + + Or luy convient-il mendier, + Car à ce force le contraint. + Regrette huy sa mort, et hier; + Tristesse son cueur si estrainct, + Souvent, se n'estoit Dieu qu'il crainct, + Il feroit un horrible faict. + Si advient qu'en ce Dieu enfrainct, + Et que luy-mesmes se deffaict. + + XLV. + + Car, s'en jeunesse il fut plaisant, + Ores plus rien ne dit qui plaise. + Tousjours vieil synge est desplaisant: + Moue ne faict qui ne desplaise. + S'il se taist, affin qu'il complaise, + Il est tenu pour fol recreu; + S'il parle, on luy dit qu'il se taise. + Et qu'en son prunier n'a pas creu. + + XLVI. + + Aussi, ces pauvres femmelettes, + Qui vieilles sont et n'ont de quoy, + Quand voyent jeunes pucellettes + En admenez et en requoy, + Lors demandent à Dieu pourquoy + Si tost nasquirent, n'a quel droit? + Notre Seigneur s'en taist tout coy, + Car, au tanser, il le perdroit. + + [P. 39] + + LES REGRETS + DE LA BELLE HEAULMIÈRE + + Jà parvenue à vieillesse. + + Advis m'est que j'oy regretter + La belle qui fut heaulmière, + Soy jeune fille souhaitter + Et parler en ceste manière: + «Ha! vieillesse felonne et fière, + Pourquoy m'as si tost abatue? + Qui me tient que je ne me fière, + Et qu'à ce coup je ne me tue? + + «Tollu m'as ma haulte franchise + Que beauté m'avoit ordonné + Sur clercz, marchans et gens d'Eglise: + Car alors n'estoit homme né + Qui tout le sien ne m'eust donné, + Quoy qu'il en fust des repentailles, + Mais que luy eusse abandonné + Ce que reffusent truandailles. + + «A maint homme l'ay reffusé, + Qui n'estoit à moy grand saigesse, + Pour l'amour d'ung garson rusé, + Auquel j'en feiz grande largesse. + A qui que je feisse finesse, + Par m'ame, je l'amoye bien! + Or ne me faisoit que rudesse, + Et ne m'amoyt que pour le mien. + + «Jà ne me sceut tant detrayner, [P. 40] + Fouller au piedz, que ne l'aymasse, + Et m'eust-il faict les rains trayner, + S'il m'eust dit que je le baisasse + Et que tous mes maux oubliasse; + Le glouton, de mal entaché, + M'embrassoit... J'en suis bien plus grasse! + Que m'en reste-il? Honte et péché. + + «Or il est mort, passé trente ans, + Et je remains vieille et chenue. + Quand je pense, lasse! au bon temps, + Quelle fus, quelle devenue; + Quand me regarde toute nue, + Et je me voy si très-changée, + Pauvre, seiche, maigre, menue, + Je suis presque toute enragée. + + «Qu'est devenu ce front poly, + Ces cheveulx blonds, sourcilz voultyz, + Grand entr'oeil, le regard joly, + Dont prenoye les plus subtilz; + Ce beau nez droit, grand ne petiz; + Ces petites joinctes oreilles, + Menton fourchu, cler vis traictis, + Et ces belles lèvres vermeilles? + + «Ces gentes espaules menues, + Ces bras longs et ces mains tretisses; + Petitz tetins, hanches charnues, + Eslevées, propres, faictisses + A tenir amoureuses lysses; + Ces larges reins, ce sadinet, + Assis sur grosses fermes cuysses, [P. 41] + Dedans son joly jardinet? + + «Le front ridé, les cheveulx gris, + Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz, + Qui faisoient regars et ris, + Dont maintz marchans furent attaincts; + Nez courbé, de beaulté loingtains; + Oreilles pendans et moussues; + Le vis pally, mort et destaincts; + Menton foncé, lèvres peaussues: + + «C'est d'humaine beauté l'yssues! + Les bras courts et les mains contraictes, + Les espaulles toutes bossues; + Mammelles, quoy! toutes retraictes; + Telles les hanches que les tettes. + Du sadinet, fy! Quant des cuysses, + Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes + Grivelées comme saulcisses. + + «Ainsi le bon temps regretons + Entre nous, pauvres vieilles sottes, + Assises bas, à croppetons, + Tout en ung tas comme pelottes, + A petit feu de chenevottes, + Tost allumées, tost estainctes; + Et jadis fusmes si mignottes!... + Ainsi en prend à maintz et maintes.» + + [P. 42] + + BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE + AUX FILLES DE JOIE. + + «Or y pensez, belle Gantière, + Qui m'escolière souliez estre, + Et vous, Blanche la Savetière, + Ores est temps de vous congnoistre. + Prenez à dextre et à senestre; + N'espargnez homme, je vous prie: + Car vieilles n'ont ne cours ne estre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + «Et vous, la gente Saulcissière, + Qui de dancer estes adextre; + Guillemette la Tapissière, + Ne mesprenez vers vostre maistre; + Tous vous fauldra clorre fenestre, + Quand deviendrez vieille, flestrie; + Plus ne servirez qu'un vieil prebstre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + «Jehanneton la Chaperonnière, + Gardez qu'ennuy ne vous empestre; + Katherine la Bouchière, + N'envoyez plus les hommes paistre: + Car qui belle n'est, ne perpetre + Leur bonne grace, mais leur rie. + Laide vieillesse amour n'impetre, + Ne que monnoye qu'on descrie. + + ENVOI. + + «Filles, veuillez vous entremettre + D'escouter pourquoy pleure et crie + C'est que ne puys remède y mettre, [P. 43] + Ne que monnoye qu'on descrie.» + + + XLVII. + + Ceste leçon icy leur baille + La belle et bonne de jadis; + Bien dit ou mal, vaille que vaille, + Enregistrer j'ay faict ces ditz + Par mon clerc Fremin l'estourdys, + Aussi rassis que je pense estre... + S'il me desment, je le mauldys: + Selon le clerc est deu le maistre. + + XLVIII. + + Si apercoy le grand danger + Là où l'homme amoureux se boute... + Hé! qui me vouldroit laidanger + De ce mot, en disant: «Escoute! + Se d'aymer t'estrange et reboute + Le barat de celles nommées, + Tu fais une bien folle doubte, + Car ce sont femmes diffamées. + + XLIX. + + «S'ils n'ayment fors que pour l'argent, + On ne les ayme que pour l'heure. + Rondement ayment toute gent, + Et rient lors quant bourse pleure. + De celles n'est qui ne recoeuvre; + Mais en femmes d'honneur et nom + Franc homme, se Dieu me sequeure, + Se doit employer; ailleurs, non.» + + L. [P. 44] + + Je prens qu'aucun dye cecy, + Si ne me contente-il en rien. + En effect, je concludz ainsy, + Et sy le cuyde entendre bien, + Qu'on doit aymer en lieu de bien. + Asçavoir-mon se ces fillettes, + Qu'en parolles toute jour tien, + Ne furent pas femmes honnestes? + + LI. + + Honnestes, si furent vrayement, + Sans avoir reproches ne blasmes. + S'il est vray que, au commencement, + Une chascune de ces femmes + Lors prindrent, ains qu'eussent diffames, + L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine, + Pour estaindre d'amours les flammes, + Plus chauldes que feu Sainct-Antoine. + + LII. + + Or firent selon le decret + Leurs amys, et bien y appert; + Elles aymoient en lieu secret, + Car autre qu'eulx n'y avoit part. + Toutesfois, ceste amour se part: + Car celle qui n'en avoit qu'un + D'icelluy s'eslongne et despart, + Et ayme myeulx aymer chascun. + + LIII. + + Qui les meut à ce? J'imagine, + Sans l'honneur des dames blasmer + Que c'est nature feminine, [P. 45] + Qui tout vivement veult aymer. + Autre chose n'y sçay rymer; + Fors qu'on dit, à Reims et à Troys, + Voire à l'Isle et à Sainct-Omer, + Que six ouvriers font plus que troys. + + LIV. + + Or ont les folz amans le bond, + Et les dames prins la vollée; + C'est le droit loyer qu'amours ont; + Toute foy y est violée, + Quelque doulx baiser n'acollée. + De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours, + Chascun le dit à la vollée: + «Pour ung plaisir mille doulours.» + + + + DOUBLE BALLADE + SUR LE MÊME PROPOS. + + Pour ce, aymez tant que vouldrez, + Suyvez assemblées et festes, + En la fin jà mieulx n'en vauldrez, + Et sy n'y romprez que vos testes: + Folles amours font les gens bestes: + Salmon en idolatrya; + Samson en perdit ses lunettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Orpheus, le doux menestrier, + Jouant de flustes et musettes, + En fut en dangier du meurtrier [P. 46] + Bon chien Cerberus à troys testes; + Et Narcissus, _le bel honnestes_, + En ung profond puys se noya, + Pour l'amour de ses amourettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Sardana, le preux chevalier, + Qui conquist le regne de Crètes, + En voult devenir moulier + Et filer entre pucellettes. + David ly roy, saige prophètes, + Craincte de Dieu en oublya, + Voyant laver cuisses bien faictes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Ammon en voult deshonnorer, + Feignant de manger tartelettes, + Sa soeur Thamar, et deflorer, + Qui fist choses moult deshonnestes; + Herodes (pas ne sont sornettes) + Sainct Jean-Baptiste en décolla, + Pour dances, saultz et chansonnettes... + Bien heureux est qui rien n'y a! + + De moy, pauvre, je veuil parler; + J'en fuz batu, comme à ru telles, + Tout nud, jà ne le quiers celer. + Qui me feit mascher ces groiselles, + Fors Katherine de Vauselles? + Noé le tiers ot, qui fut là. + Mitaines à ces nopces telles, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + Mais que ce jeune bachelier [P. 47] + Laissast ces jeunes bachelettes, + Non! et, le deust-on vif brusler, + Comme ung chevaucheur d'escovettes. + Plus doulces luy sont que civettes; + Mais toutesfoys fol s'y fia: + Soient blanches, soient brunettes, + Bien heureux est qui rien n'y a! + + + LV. + + Si celle que jadis servoye + De si bon cueur et loyaument, + Dont tant de maulx et griefz j'avoye, + Et souffroye tant de torment, + Se dit m'eust, au commencement, + Sa voulenté (mais nenny, las!), + J'eusse mys peine aucunement, + De moy retraire de ses las. + + LVI. + + Quoy que je luy voulsisse dire, + Elle estoit preste d'escouter, + Sans m'accorder ne contredire; + Qui plus, me souffroit arrester, + Joignant elle près s'accouter; + Et ainsi m'alloit amusant, + Et me souffroit tout racompter, + Mais ce n'estoit qu'en m'abusant. + + LVII. + + Abusé m'a, et faict entendre + Tousjours d'ung que ce fust ung aultre; + De farine, que ce fust cendre; + D'ung mortier, ung chapeau de feautre; [P. 48] + De viel machefer, que fust peaultre; + D'ambesas, que ce fussent ternes... + Toujours trompant ou moy ou aultre, + Et vendoit vessies pour lanternes. + + LVIII. + + Du ciel, une poisle d'arain; + Des nues, une peau de veau; + Du matin, qu'estoit le serain; + D'un trongnon de chou, ung naveau; + D'orde cervoise, vin nouveau; + D'une truie, ung molin à vent; + Et d'une hart, ung escheveau; + D'un gras abbé, ung poursuyvant. + + LIX. + + Ainsi m'ont amours abusé, + Et pourmené de l'uys au pesle. + Je croy qu'homme n'est si rusé, + Fust fin comme argent de crepelle, + Qui n'y laissast linge et drapelle, + Mais qu'il fust ainsi manyé + Comme moy, qui partout m'appelle: + _L'Amant remys et renyé_. + + LX. + + Je renye Amours et despite; + Je deffie à feu et à sang. + Mort par elles me precipite, + Et si ne leur vault pas d'ung blanc. + Ma vielle ay mys soubz le banc; + Amans je ne suyvray jamais; + Se jadis je fuz de leur ranc, + Je declaire que n'en suys mais. + + LXI. [P. 49] + + Car j'ay mys le plumail au vent: + Or le suyve qui a attente; + De ce me tays dorenevant. + Poursuyvre je vueil mon entente, + Et, s'aucun m'interroge ou tente + Comment d'amours ose mesdire, + Geste parolle les contente: + «Qui meurt a ses loix de tout dire.» + + LXII. + + Je cognoys approcher ma soef; + Je crache, blanc comme cotton, + Jacobins gros comme ung estoeuf: + Qu'est-ce à dire? que Jenanneton + Plus ne me tient pour valeton, + Mais pour ung vieil usé régnait... + De vieil porte voix et le ton, + Et ne suys qu'ung jeune coquart. + + LXIII. + + Dieu mercy et Jaques Thibault, + Qui tant d'eau froide m'a faict boyre, + En ung bas lieu, non pas en hault; + Manger d'angoisse mainte poire; + Enferré... Quand j'en ay mémoire, + Je pry pour luy et _reliqua_, + Que Dieu luy doint... et voire, voire, + Ce que je pense... _et cetera_. + + LXIV. + + Toutesfoys, je n'y pense mal, + Pour luy et pour son lieutenant; + Aussy pour son official, [P. 50] + Qui est plaisant et advenant, + Que faire n'ay du remenant; + Mais du petit maistre Robert?... + Je les ayme, tout d'ung tenant, + Ainsi que faict Dieu le Lombart. + + LXV. + + Si me souvient, à mon advis, + Que je feis, à mon partement, + Certains lays, l'an cinquante six, + Qu'aucuns, sans mon consentement, + Voulurent nommer _Testament_; + Leur plaisir fut, et non le mien: + Mais quoy! on dit communement, + Qu'un chascun n'est maistre du sien. + + LXVI. + + S'ainsi estoit qu'aulcun n'eust pas + Receu les lays que je luy mande, + J'ordonne que, après mon trespas, + A mes hoirs en face demande; + Qui sont-ilz? si on le demande: + Moreau, Provins, Robin Turgis; + De moy, par dictez que leur mande, + Ont eu jusqu'au lict où je gys. + + LXVII. + + Pour le révoquer ne le dy, + Et y courust toute ma terre; + De pitié en suys refroidy, + Envers le bastard de la Barre: + Parmy ses trois gluvons de foerre, + Je luy donne mes vieilles nattes; + Bonnes seront pour tenir serre, [P. 51] + Et soy soustenir sur ses pattes. + + LXVIII. + + Somme, plus ne diray qu'ung mot, + Car commencer veuil à tester: + Devant mon clerc Fremin, qui m'ot + (S'il ne dort), je vueil protester, + Que n'entends homme detester, + En ceste presente ordonnance; + Et ne la vueil manifester + Sinon au royaulme de France. + + LXIX. + + Je sens mon cueur qui s'affoiblist, + Et plus je ne puys papier. + Fremin, siez-toy près de mon lict, + Que l'on ne me viengne espier! + Prens tost encre, plume et papier, + Ce que nomme escryz vistement; + Puys fais-le partout copier, + Et vecy le commancement. + + + _Ici commance Villon à tester_. + + LXX. + + Au nom de Dieu, Père eternel. + Et du Filz que Vierge parit, + Dieu au Père oeternel, + Ensemble et du Sainct Esperit, + Qui saulva ce qu'Adam périt, + Et du pery pare les Cieulx... + Qui bien ce croyt, peu ne merit: [P. 52] + De gens mortz se font petiz Dieux. + + LXXI. + + Mortz estoient, et corps et ames, + En damnée perdition; + Corps pourriz, et ames en flammes, + De quelconque condition; + Toutesfoys, fais exception + Des patriarches et prophètes; + Car, selon ma conception, + Oncques grand chault n'eurent aux fesses. + + LXXII. + + Qui me diroit: «Qui te faict mectre + Si très-avant ceste parolle, + Qui n'es en Théologie maistre? + A toy est presumption folle.» + --C'est de JESUS la parabolle, + Touchant le Riche ensevely + En feu, non pas en couche molle, + Et du Ladre, de dessus ly. + + LXXIII. + + Si du Ladre eust veu le doy ardre, + Jà n'en eust requis refrigère, + N'au bout d'icelluy doiz aherdre, + Pour refreschir sa maschouëre. + Pions y feront mate chère, + Qui boy vent pourpoinct et chemise: + Puys que boyture y est si chère, + Dieu nous garde de la main mise! + + LXXIV. [P. 53] + + Ou nom de Dieu, comme j'ay dit, + Et de sa glorieuse Mère, + Sans peché soit parfaict ce dict + Par moy, plus maigre que chimere; + Si je n'ay eu fièvre effimère, + Ce m'a faict divine clémence; + Mais d'autre dueil et perte amère + Je me tays, et ainsi commence: + + LXXV. + + Premier, je donne ma pauvre ame + A la benoiste Trinité, + Et la commande à Nostre Dame, + Chambre de la divinité; + Priant toute la charité + Des dignes neuf Ordres des cieulx, + Que par eulx soit ce don porté + Devant le Trosne précieux. + + LXXVI. + + Item, mon corps j'ordonne et laisse + A nostre grand mère la terre; + Les vers n'y trouveront grand gresse: + Trop lui a faict faim dure guerre. + Or luy soit délivré grand erre; + De terre vint, en terre tourne. + Toute chose, se par trop n'erre, + voulentiers en son lieu retourne. + + LXXVII. + + Item, et à mon plus que père, + Maistre Guillaume de Villon + Qui m'a esté plus doulx que mère [P. 54] + D'enfant eslevé de maillon; + Dejetté m'a de maint boillon, + Et de cestuy pas ne s'esjoye, + Si luy requiers à genoillon, + Qu'il m'en laisse toute la joye. + + LXXVIII. + + Je luy donne ma librairie, + Et le _Rommant du Pet au Diable_, + Lequel maistre Gui Tabarie + Grossoya, qu'est hom véritable. + Par cayers est soubz une table. + Combien qu'il soit rudement faict, + La matière est si très notable, + Qu'elle amende tout le meffaict. + + LXXIX. + + Item, donne à ma bonne mère + Pour saluer nostre Maistresse, + Qui pour moy eut douleur amère, + Dieu le sçait, et mainte tristesse; + Autre chastel ou fosteresse + N'ay où retraire corps et ame, + Quand sur moy court male destresse, + Ne ma mère, la povre femme! + + [P. 55] + + BALLADE + QUE VILLON FEIT A LA REQUESTE DE SA MÈRE, + POUR PRIER NOSTRE-DAME. + + Dame du ciel, régente terrienne, + Emperière des infernaulx palux, + Recevez-moy, vostre humble chrestienne, + Que comprinse soye entre voz esleuz, + Ce non obstant qu'oncques rien ne valuz. + Les biens de vous, ma dame et ma maistresse, + Sont trop plus grans que ne suis pecheresse, + Sans lesquelz biens ame ne peult merir + N'avoir les cieulx, je n'en suis jengleresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + A vostre Filz dictes que je suis sienne; + Que de luy soyent mes péchez aboluz: + Pardonnés moi comme à l'Egyptienne, + Ou comme il feit au clerc Theophilus, + Lequel par vous fut quitte et absoluz, + Combien qu'il eust au diable faict promesse. + Preservez-moy, que je ne face cesse; + Vierge, pourtant, me vouilliés impartir + Le sacrement qu'on celebre à la messe. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + Femme je suis povrette et ancienne, + Ne riens ne sçay; oncques lettre ne leuz; + Au monstier voy dont suis parroissienne + Paradis painct, où sont harpes et luz, + Et ung enfer où damnez sont boulluz: [P. 56] + L'ung me faict paour, l'autre joye et liesse. + La joye avoir fais-moy, haulte Deesse, + A qui pecheurs doivent tous recourir, + Comblez de foy, sans faincte ne paresse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + ENVOI. + + Vous portastes, Vierge, digne princesse, + JESUS régnant, qui n'a ne fin ne cesse. + Le Tout-Puissant, prenant nostre foiblesse, + Laissa les cieulx et nous vint secourir; + Offrist à mort sa très clère jeunesse; + Nostre Seigneur tel est, tel le confesse. + En ceste foy je vueil vivre et mourir. + + + + LXXX. + + Item, m'amour, ma chère Rosé, + Ne luy laisse ne cueur ne foye: + Elle aymeroit mieulx autre chose, + Combien qu'elle ait assez monnoye: + Quoy? une grand bourse de soye, + Pleine d'escuz, profonde et large: + Mais pendu soit-il, que je soye, + Qui luy lairra escu ne targe. + + LXXXI. + + Car elle en a, sans moy, assez. + Mais de cela il ne m'en chault; + Mes grans deduictz en sont passez; + Plus n'en ay le cropion chauld. + Si m'en desmetz aux hoirs Michault, [P. 57] + Qui fut nommé le bon fouterre. + Priez pour luy, faictes ung sault: + A Saint-Satur gist, soubz Sancerre. + + LXXXII. + + Ce non obstant, pour m'acquitter + Envers Amours, plus qu'envers elle, + Car oncques n'y peuz acquester + D'amours une seule estincelle; + Ne sçay s'à tous est si rebelle + Qu'à moy: ce ne m'est grand esmoy; + Mais, par saincte Marie la belle! + Je n'y voy que rire pour moy. + + LXXXIII. + + Ceste Ballade luy envoye, + Qui se termine toute en R. + Qui la portera? que j'y voye: + Ce sera Pernet de la Barre, + Pourveu, s'il rencontre en son erre + Ma damoyselle au nez tortu, + Il luy dira, sans plus enquerre: + «Orde paillarde, d'où viens-tu?» + + + + BALLADE + DE VILLON A S'AMYE. + + Faulse beaulté, qui tant me couste cher. + Rude en effect, hypocrite doulceur; + Amour dure, plus que fer, à mascher; [P. 58] + Nommer que puis de ma deffaçon soeur, + Cherme felon, la mort d'ung povre cueur, + Orgueil mussé, qui gens met au mourir; + Yeulx sans pitié! ne veult droicte rigueur, + Sans empirer, ung pauvre secourir? + + Mieulx m'eust valu avoir esté crier + Ailleurs secours, c'eust esté mon bonheur: + Rien ne m'eust sceu hors de ce fait chasser; + Trotter m'en fault en fuyte à deshonneur. + Haro, haro, le grand et le mineur! + Et qu'est cecy? mourray, sans coup ferir, + Ou pitié veult, selon ceste teneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + Ung temps viendra, qui fera desseicher, + Jaulnir, flestrir, vostre espanie fleur: + Je m'en risse, se tant peusse marcher, + Mais nenny: lors (ce seroit donc foleur) + Vieil je seray; vous, laide, et sans couleur. + Or, beuvez fort, tant que ru peult courir. + Ne donnez pas à tous ceste douleur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + ENVOI. + + Prince amoureux, des amans le greigneur, + Vostre mal gré ne vouldroye encourir; + Mais tout franc cueur doit, par Nostre Seigneur, + Sans empirer, ung povre secourir. + + + [P. 59] + LXXXIV. + + Item, à maistre Ythier, marchant, + Auquel mon branc laissay jadis, + Donne (mais qu'il le mette en chant), + Ce lay, contenant des vers dix; + Et aussi ung _De profundis_ + Pour ses anciennes amours, + Desquelles le nom je ne dis, + Car il me herroit à tousjours. + + + + LAY OU PLUSTOST RONDEAU. + + MORT, j'appelle de ta rigueur, + Qui m'as ma maistresse ravie, + Et n'es pas encore assouvie, + Se tu ne me tiens en langueur. + Onc puis n'euz force ne vigueur; + Mais que te nuysoit-elle en vie, + Mort? + + Deux estions, et n'avions qu'ung cueur; + S'il est mort, force est que dévie, + Voire, ou que je vive sans vie, + Comme les images, par cueur, + Mort! + + + + LXXXV. + + Item, à maistre Jehan Cornu, + Autres nouveaux lays luy vueil faire, + Car il m'a tousjours secouru [P. 60] + A mon grand besoing et affaire: + Pour ce, le jardin luy transfère, + Que maistre Pierre Bourguignon + Me renta, en faisant refaire + L'huys, et redrecier le pignon. + + LXXXVI. + + Par faulte d'ung huys, j'y perdis + Ung grez, et ung manche de houe. + Alors, huyt faulcons, non pas dix, + N'y eussent pas prins une alloüe. + L'hostel est seur, mais qu'on le cloüe. + Pour enseigne y mis ung havet; + Qui que l'ait prins, point ne l'en loüe: + Sanglante nuict et bas chevet! + + LXXXVII. + + Item, et pource que la femme + De maistre Pierre Sainct Amant + (Combien, si coulpe y a ou blasme, + Dieu luy pardonne doulcement!) + Me meist en reng de caymant, + Pour le Cheval Blanc qui ne bouge, + Luy changeay à une jument, + Et la Mulle à ung Asne rouge. + + LXXXVIII. + + Item, donne à sire Denys + Hesselin, Esleu de Paris, + Quatorze muys de vin d'Aulnis, + Prins chez Turgis, à mes perilz. + S'il en beuvoit tant que periz + En fust son sens et sa raison, + Qu'on mette de l'eau es barrilz: [P. 61] + Vin perd mainte bonne maison. + + LXXXIX. + + Item, donne à mon advocat, + Maistre Guillaume Charruau, + Quoy qu'il marchande ou ait estât, + Mon branc... Je me tays du fourreau, + Il aura, avec ce, ung réau + En change, affin que sa bourse enfle, + Prins sur la chaussée et carreau + De la grand closture du Temple. + + Item, mon procureur Fournier + Aura, pour toutes ses corvées + (Simple seroit de l'espargner; + En ma bourse quatre havées), + Car maintes causes m'a saulvées, + Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde! + Comme elles ont esté trouvées; + Mais bon droit a bon mestier d'ayde. + + XCI. + + Item, je donne à maistre Jaques + Raguyer le grant godet de Grève, + Pourveu qu'il payera quatre plaques, + Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve, + Ce dont on ceuvre mol et grève; + Aller sans chausses et chappin, + Tous les matins, quand il se liève, + Au trou de la Pomme de pin. + + XCII. [P. 62] + + Item, quant est de Mairebeuf, + Et de Nicolas de Louviers, + Vache ne leur donne ne beuf, + Car vachers ne sont, ne bouviers, + Mais gens à porter esperviers, + Ne cuidez pas que je vous joue, + Pour prendre perdriz et plouviers, + Sans faillir, sur la Maschecroüe. + + XCIII. + + Item, vienne Robert Turgis + A moy, je luy payeray son vin, + Combien, s'il trouve mon logis, + Plus fort sera que le devin. + Le droit luy donne d'eschevin, + Que j'ay comme enfant de Paris... + Se je parle ung peu poictevin, + Ilce m'ont deux dames appris. + + XCIV. + + Filles sont très belles et gentes, + Demourantes à Sainct-Genou, + Près Sainct-Julian des Voventes, + Marches de Bretaigne ou Poictou, + Mais je ne dy proprement où, + Or y pensez trestous les jours, + Car je ne suis mie si fou... + Je pense celer mes amours. + + XCV. + + Item, à Jehan Raguyer je donne, + Qui est sergent, voir des Douze, + Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne, [P. 63] + Tous les jours une talemouze, + Pour brouter et fourrer sa mouse, + Prinse à la table de Bailly; + A Maubuay sa gorge arrouse, + Car à manger n'a pas failly. + + XCVI. + + Item, donne au prince des Sotz + Pour ung bon sot Michault du Four, + Qui à la fois dit de bons motz + Et chante bien: _Ma doulce amour_! + Avec ce, il aura le bonjour. + Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct, + Il est ung droit sot de séjour, + Et est plaisant où il n'est point. + + XCVII. + + Item, aux unze vingtz Sergens + Donne, car leur faict est honneste, + Et sont bonnes et doulces gens, + Denis Richier, et Jehan Vallette, + A chascun une grand cornette, + Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre + J'entendz à ceulx de pied, hohecte! + Car je n'ay que faire des autres. + + XCVIII. + + Derechef, donne à Périnet, + J'entendz le bastard de la Barre, + Pour ce qu'il est beau fils et net, + En son escu, en lieu de barre, + Trois detz plombez, de bonne carre, + Ou ung beau joly jeu de cartes... + Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre, [P. 64] + En oultre aura les fièvres quartes. + + XCIX. + + Item, ne vueil plus que Chollet + Dolle, trenche, douve ne boyse, + Relye brocq ne tonnelet, + Mais tous ses outilz changer voyse + A une espée lyonnoise, + Et retienne le hutinet: + Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse, + Si luy plaist-il ung tantinet. + + C. + + Item, je donne à Jehan le Lou, + Homme de bien et bon marchant, + Pour ce qu'il est linget et flou, + Et que Chollet est mal chassant, + Par les rues plustost qu'au champ, + Qui ne lairra poulaille en voye, + Le long tabart, et bien cachant, + Pour les musser, qu'on ne les voye. + + CI. + + Item, à l'orfèvre Du Boys, + Donne cent clouz, queues et testes, + De gingembre sarazinoys, + Non pas pour accoupler ses boytes, + Mais pour conjoindre culz et coettes, + Et couldre jambons et andoilles, + Tant que le laict en monte aux tettes, + Et le sang en devalle aux coilles. + + CII. [P. 65] + + Au cappitaine Jehan Riou, + Tant pour luy que pour ses archiers, + Je donne six livres de lou, + Qui n'est pas viande à porchiers, + Prins à gros mastins de bouchiers, + Et cuittes de vin de buffet. + Pour manger de ces morceaulx chiers, + On en ferait bien un mau faict. + + CIII. + + C'est viande ung peu plus pesante, + Que duvet, ne plume, ne liège. + Elle est bonne à porter en tente, + Ou pour user en quelque siège. + Et, s'ilz estoient prins en un piège, + Les mastins, qu'ils ne sceussent courre, + J'ordonne, moy qui suis bon miège, + Que des peaulx, sur l'hyver, se fourre. + + CIV. + + Item, à Robin Troussecaille, + Qui s'est en service bien faict; + A pied ne va comme une caille, + Mais sur roussin gros et reffaict: + Je luy donne, de mon buffet, + Une jatte qu'emprunter n'ose; + Si aura mesnage parfait: + Plus ne luy failloit autre chose. + + CV. + + Item, donne à Perrot Girard, + Barbier juré du Bourg-la-Royne, + Deux bassins et ung coquemard, [P. 66] + Puis qu'à gaigner mect telle peine. + Des ans y a demy douzaine, + Qu'en son hostel, de cochons gras + M'apastela une sepmaine; + Tesmoing l'abesse de Pourras. + + CVI. + + Item, aux Frères mendians, + Aux Devotes et aux Beguines, + Tant de Paris que d'Orléans, + Tant Turlupins que Turlupines, + De grasses souppes jacobines + Et flans leurs fais oblation; + Et puis après, soubz les courtines, + Parler de contemplation. + + CVII. + + Si ne suis-je pas qui leur donne, + Mais du tout en sont-ce les mères, + Et Dieu, qui ainsi les guerdonne, + Pour qui souffrent peines amères. + Il fault qu'ilz vivent, les beaulx pères, + Et mesmement ceulx de Paris. + S'ilz font plaisir à noz commères, + Ilz ayment ainsi les maris. + + CVIII. + + Quoy que maistre Jehan de Pontlieu + En voulsist dire, _et reliqua_, + Contrainct et en publique lieu, + Voulsist ou non, s'en revocqua. + Maistre Jehan de Mehun se moqua + De leur façon; si feit Mathieu. + Mais on doit honorer ce qu'a [P. 67] + Honnoré l'Eglise de Dieu. + + CIX. + + Si me submectz, leur serviteur, + En tout ce que puis faire et dire, + A les honorer de bon cueur, + Et servir, sans y contredire. + L'homme bien fol est d'en mesdire, + Car, soit à part, ou en prescher, + Ou ailleurs, il ne fault pas dire + Si gens sont pour eux revencher. + + CX. + + Item, je donne à frère Baulde, + Demeurant à l'hostel des Carmes, + Portant chère hardie et baulde, + Une sallade et deux guysarmes, + Que De Tusca et ses gens d'armes + Ne luy riblent sa Caige-vert. + Vieil est: s'il ne se rend aux armes, + C'est bien le diable de Vauvert. + + CXI. + + Item, pour ce que le Scelleur, + Maint estront de mousche à masché, + Donne, car homme est de valleur, + Son sceau davantage craché, + Et qu'il ait le pouce escaché, + Pour tout comprendre à une voye; + J'entendz celluy de l'Evesché, + Car les autres, Dieu les pourvoye. + + CXII. [P. 68] + + Quant de messieurs les Auditeux, + Leur chambre auront lembroysée; + Et ceulx qui ont les culz rongneux, + Chascun une chaise persée, + Mais qu'à la petite Macée + D'Orléans, qui eut ma ceincture, + L'amende soit bien hault taxée: + Elle est une mauvaise ordure. + + CXIII. + + Item, donne à maistre Françoys, + Promoteur de la vacquerie, + Ung hault gorgerin d'Escossoys, + Toutesfois sans orfaverie; + Car, quant receut chevalerie, + Il maugrea Dieu et saint George. + Parler n'en oyt qu'il ne s'en rie, + Comme enragé, à pleine gorge. + + CXIV. + + Item, à maistre Jehan Laurens, + Qui a les povres yeulx si rouges, + Par le peché de ses parens, + Qui beurent en barilz et courges, + Je donne l'envers de mes bouges, + Pour chascun matin les torcher... + S'il fust archevesque de Bourges, + Du cendal eust, mais il est cher. + + CXV. + + Item, à maistre Jehan Cotard, + Mon procureur en Court d'Eglise, + Devoye environ ung patard, [P. 69] + Car à present bien m'en advise, + Quant chicanner me feit Denise, + Disant que l'avoye mauldite; + Pour son ame, qu'ès cieulx soit mise! + Ceste Oraison j'ay cy escripte. + + + BALLADE ET ORAISON. + + Père Noé, qui plantastes la vigne; + Vous aussi, Loth, qui bustes au rocher, + Par tel party qu'Amour, qui gens engigne, + De vos filles si vous feit approcher, + Pas ne le dy pour le vous reprocher, + Architriclin, qui bien sceustes cest art, + Tous trois vous pry qu'o vous veuillez percher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Jadis extraict il fut de vostre ligne, + Luy qui beuvoit du meilleur et plus cher; + Et ne deust-il avoir vaillant ung pigne, + Certes, sur tous, c'estoit un bon archer; + On ne luy sceut pot des mains arracher, + Car de bien boire oncques ne fut faitard. + Nobles seigneurs, ne souffrez empescher + L'ame du bon feu maistre Jehan Cotard! + + Comme um viellart qui chancelle et trepign + L'ay veu souvent, quand il s'alloit coucher; + Et une foys il se feit une bigne, + Bien m'en souvient, à l'estal d'ung boucher. + Brief, on n'eust sçeu en ce monde chercher [P. 70] + Meilleur pion, pour boire tost et tard. + Faictes entrer quand vous orrez hucher + L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard. + + ENVOI. + + Prince, il n'eust sçeu jusqu'à terre cracher; + Tousjours crioyt: Haro, la gorge m'ard! + Et si ne sceut oncq sa soif estancher, + L'âme du bon feu maistre Jehan Cotard. + + + + CXVI. + + Item, vueil que le jeune Merle + Désormais gouverne mon change, + Car de changer envys me mesle, + Pourveu que tousjours baille en change, + Soit à privé, soit à estrange, + Pour trois escus, six brettes targes; + Pour deux angelotz, ung grand ange: + Car amans doivent estre larges. + + CXVII. + + Item, j'ay sçeu, à ce voyage, + Que mes trois povres orphelins + Sont creus et deviennent en aage, + Et n'ont pas testes de belins, + Et qu'enfans d'icy à Salins + N'a mieulx saichans leur tour d'escolle; + Or, par l'ordre des Mathelins, + Telle jeunesse n'est pas folle. + + CXVIII. [P. 71] + + Si vueil qu'ilz voysent à l'estude; + Où? chez maistre Pierre Richer. + Le _Donnait_ est pour eulx trop rude: + Jà ne les y vueil empescher. + Ilz sçauront, je l'ayme plus cher: + _Ave salus, tibi decus_, + Sans plus grandes lettres chercher: + Tousjours n'ont pas clercs le dessus. + + CXIX. + + Cecy estudient, et puis ho! + Plus procéder je leur deffens. + Quant d'entendre le grand _Credo_, + Trop fort il est pour telz enfans. + Mon grant tabard en deux je fendz: + Si vueil que la moictié s'en vende, + Pour eulx en achepter des flans, + Car jeunesse est ung peu friande. + + CXX. + + Et veuil qu'ilz soyent informez + En meurs, quoy que couste bature; + Chapperons auront enfermez, + Et les poulces soubz la ceincture; + Humbles à toute créature; + Disans: _Hen? Quoy? Il n'en est rien!_ + Si diront gens, par adventure: + «Voycy enfans de lieu de bien!» + + CXXI. + + Item, à mes pouvres clergeons, + Auxquelz mes titres je resigne, + Beaulx enfans et droictz comme joncs, [P. 72] + Les voyans, je m'en dessaisine, + Et, sans recevoir, leur assigne, + Seur comme qui l'auroit en paulme, + A une certain jour que l'on signe, + Sur l'hostel de Guesdry Guillaume. + + CXXII. + + Quoy que jeunes et esbatans + Soyent, en rien ne me desplaist; + Dedans vingt, trente ou quarante ans + Bien autres seront, se Dieu plaist. + Il faict mal qui ne leur complaist, + Car ce sont beaux enfans et gents; + Et qui les bat ne fiert, fol est, + Car enfans si deviennent gens. + + CXXIII. + + Les bourses des Dix-et-huict clers + Auront; je m'y vueil travailler: + Pas ilz ne dorment comme lerz, + Qui trois mois sont sans resveiller. + Au fort, triste est le sommeiller + Qui faict aise jeune en jeunesse, + Tant qu'enfin luy faille veiller, + Quant reposer deust en vieillesse. + + CXXIV. + + Cy en escris au collateur + Lettres semblables et pareilles: + Or prient pour leur bienfaicteur, + Ou qu'on leur tire les oreilles. + Aucunes gens ont grand merveilles, + Que tant m'encline envers ces deux; + Mais, foy que doy, festes et veilles, [P. 73] + Oncques ne vey les mères d'eulx! + + CXXV. + + Item, et à Michault Culdou, + Et à sire Charlot Taranne, + Cent solz: s'ilz demandent prins où? + Ne leur chaille; ils viendront de manne; + Et unes houses de basanne, + Autant empeigne que semelle; + Pourveu qu'ils me saulveront Jehanne, + Et autant une autre comme elle. + + CXXVI. + + Item, au seigneur de Grigny, + Auquel jadis laissay Vicestre, + Je donne la tour de Billy, + Pourveu, se huys y a ne fenestre + Qui soit ne debout ne en estre, + Qu'il mette très bien tout appoinct: + Face argent à dextre, à senestre: + Il m'en fault, et il n'en a point. + + CXXVII. + + Item, à Thibault de la Garde: + Thibault? je mentz, il a nom Jehan; + Que luy donray-je, que ne perde? + Assez ay perdu tout cest an. + Dieu le vueille pourvoir, _amen...!_ + Le barillet? par m'ame, voyre! + Genevoys est le plus ancien, + Et plus beau nez a pour y boyre. + + + CXXVIII. [P. 74] + + Item, je donne à Basanyer, + Notaire et greffier criminel, + De giroffle plain ung panyer, + Prins chez maistre Jehan de Ruel. + Tant à Mautainct; tant à Rosnel; + Et, avec ce don de giroffle, + Servir, de cueur gent et ysnel, + Le seigneur qui sert sainct Cristofle, + + CXXIX. + + Auquel ceste Ballade donne, + Pour sa dame, qui tous biens a. + S'Amour ainsi tous ne guerdonne, + Je ne m'esbahys de cela; + Car au Pas conquesté celle a + Que tint René, roy de Cecille, + Où si bien fist et peu parla + Qu'oncques Hector feit, ne Troïle. + + + + BALLADE + + Que Villon donna à un gentilhomme, nouvellement marié, pour + l'envoyer à son espouse, par luy conquise à l'espée. + + Au poinct du jour, que l'esprevier se bat, + Meu de plaisir et par noble coustume, + Bruyt il demaine et de joye s'esbat, + Reçoit son per et se joint à la plume: + Ainsi vous vueil, à ce désir m'allume. + Joyeusement ce qu'aux amans bon semble. [P. 75] + Sachez qu'Amour l'escript en son volume, + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Dame serez de mon cueur, sans debat, + Entierement, jusques mort me consume. + Laurier soüef qui pour mon droit combat, + Olivier franc, m'ostant toute amertume. + Raison ne veult que je desaccoustume, + Et en ce vueil avec elle m'assemble, + De vous servir, mais que m'y accoustume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + Et qui plus est, quand dueil sur moy s'embat, + Par fortune qui sur moy si se fume, + Vostre doulx oeil sa malice rabat, + Ne plus ne moins que le vent faict la fume. + Si ne perds pas la graine que je sume + En vostre champ, car le fruict me ressemble: + Dieu m'ordonne que le fouysse et fume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + ENVOI. + + Princesse, oyez ce que cy vous resume: + Que le mien cueur du vostre desassemble + Jà ne sera: tant de vous en presume; + Et c'est la fin pourquoy sommes ensemble. + + + + CXXX. + + Item, à sire Jehan Perdryer, + Riens, n'à Françoys, son second frère. + Si m'ont-ilz voulu aydier, [P. 76] + Et de leurs biens faire confrère; + Combien que Françoys, mon compère, + Contre langues flambans et rouges, + Sans commandement, sans prière, + Me recommanda fort à Bourges. + + CXXXI. + + Si aille veoir en Taillevent, + Ou chapitre de fricassure, + Tout au long, derrière et devant, + Lequel n'en parle jus ne sure; + Mais à Macquaire vous asseure, + A tout le poil cuysant ung dyable, + Affin que sentist bon l'arsure, + Ce _Recipe_ m'escript, sans fable. + + + + BALLADE. + + En reagal, en arsenic rocher, + En orpigment, en salpestre et chaulx vive; + En plomb boillant, pour mieulx les esmorcher; + En suif et poix, destrampez de lessive + Faicte d'estronts et de pissat de Juifve; + En lavaille de jambes à meseaulx; + En raclure de piedz et vieulx houseaulx; + En sang d'aspic et drogues venimeuses; + En fiel de loups, de regnards et blereaux, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En cervelle de chat qui hayt pescher, + Noir, et si vieil qu'il n'ait dent en gencive; + D'ung vieil mastin, qui vault bien aussi cher [P. 77] + Tout enragé, en sa bave et salive; + En l'escume d'une mulle poussive, + Detrenchée menu à bons ciseaulx; + En eau où ratz plongent groings et museaulx, + Raines, crapauds, telz bestes dangereuses, + Serpens, lezards, et telz nobles oyseaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + En sublimé, dangereux à toucher; + Et au nombril d'une couleuvre vive; + En sang qu'on mect en poylettes secher, + Chez ces barbiers, quand plaine lune arrive, + Dont l'ung est noir, l'autre plus vert que cive, + En chancre et fix, et en ces ords cuveaulx + Où nourrices essangent leurs drappeaulx; + En petits baings de filles amoureuses + Qui n'entendent qu'à suivre les bordeaulx, + Soient frittes ces langues envieuses! + + ENVOI. + + Prince, passez tous ces friands morceaux, + S'estamine n'avez, sacs ou bluteaux, + Parmy le fons d'unes brayes breneuses; + Mais, paravant, en estronts de pourceaulx + Soient frittes ces langues envieuses! + + + + CXXXII. + + Item, à maistre Jehan Courault, + Les Contredictz Franc-Gontier mande: + Quant du Tyrant seant en hault, [P. 78] + A cestuy-là rien ne demande; + Le saige ne veult que contende, + Contre puissant, pouvre homme las, + Affin que ses filez ne tende, + Et que ne tresbuche en ses laqs. + + CXXXIII. + + Gontier ne crains: il n'a nulz hommes + Et mieulx que moy n'est herité; + Mais en ce debat cy nous sommes, + Car il loue sa pouvreté: + Estre pouvre, yver et esté, + A felicité il repute, + Ce que tiens à malheureté. + Lequel à tort? Or en dispute. + + + + BALLADE + + Intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_ + + Sur mol duvet assis, ung gras chanoine, + Lez ung brasier, en chambre bien nattée, + A son costé gisant dame Sydoine, + Blanche, tendre, pollie et attaintée: + Boire ypocras, à jour et à nuyctée, + Rire, jouer, mignonner et baiser, + Et nud à nud, pour mieulx des corps s'ayser, + Les vy tous deux, par un trou de mortaise: + Lors je congneuz que, pour dueil appaiser, + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + Se Franc-Gontier et sa compaigne Heleine [P. 79] + Eussent tousjours tel douce vie hantée, + D'oignons, civetz, qui causent forte alaine, + N'en comptassent une bise tostée. + Tout leur mathon, ne toute leur potée, + Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. + S'ilz se vantent coucher soubz le rosier, + Ne vault pas mieulx lict costoyé de chaise? + Qu'en dictes-vous? Faut-il à ce muser? + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, + Et boivent eau, tout au long de l'année. + Tous les oyseaulx d'icy en Babyloine + A tel escot une seule journée + Ne me tiendroient, non une matinée. + Or s'esbate, de par Dieu, Franc-Gontier, + Helène o luy, soubz le bel esglantier; + Si bien leur est, n'ay cause qu'il me poise; + Mais, quoy qu'il soit du laboureux mestier, + Il n'est tresor que de vivre à son aise. + + ENVOI. + + Prince, jugez, pour tous nous accorder. + Quant est à moy, mais qu'à nul n'en desplaise, + Petit enfant, j'ay ouy recorder + Qu'il n'est tresor que de vivre à son aise. + + + CXXXIV. + + Item, pour ce que sçait la Bible, + Mademoyselle de Bruyères, + Donne prescher, hors l'Evangile, [P. 80] + A elle et à ses bachelieres, + Pour retraire ces villotières + Qui ont le bec si affilé, + Mais que ce soit hors cymetières, + Trop bien au marché au filé. + + + + + BALLADE + DES FEMMES DE PARIS. + + Quoy qu'on tient belles langagières + Florentines, Veniciennes, + Assez pour estre messaigières, + Et mesmement les anciennes; + Mais, soient Lombardes, Rommaines, + Genevoises, à mes perilz, + Piemontoises, Savoysiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + De très beau parler tiennent chaires, + Ce dit-on, les Napolitaines, + Et que sont bonnes cacquetoeres + Allemanses et Bruciennes; + Soient Grecques, Egyptiennes, + De Hongrie ou d'autre pays, + Espaignolles ou Castellannes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + Brettes, Suysses, n'y sçavent guères, + Ne Gasconnes et Tholouzaines; + Du Petit-Pont deux harangères [P. 81] + Les concluront, et les Lorraines, + Anglesches ou Callaisiennes, + (Ay je beaucoup de lieux compris?) + Picardes, de Valenciennes; + Il n'est bon bec que de Paris. + + ENVOI. + + Prince, aux dames parisiennes + De bien parler donnez le prix; + Quoy qu'on die d'Italiennes, + Il n'est bon bec que de Paris. + + + + CXXXV. + + Regarde-m'en deux, trois, assises + Sur le bas du ply de leurs robes, + En ces monstiers, en ces eglises; + Tire t'en près, et ne t'en hobes; + Tu trouveras là que Macrobes + Oncques ne fist tels jugemens; + Entens: quelque chose en desrobes; + Ce sont tous beaulx enseignemens. + + CXXXVI. + + Item, et au mont de Montmartre, + Qui est ung lieu moult ancien, + Je lui donne et adjoincts le tertre. + Qu'on dit de mont Valerien; + Et, oultre plus, d'ung quartier d'an + Du pardon qu'apportay de Romme: + Sy yra maint bon paroissien, + En l'abbaye ou il n'entre homme. + + CXXXVII. [P. 82] + + Item, valetz et chambrières + De bons hostelz (rien ne me nuyst), + Faisans tartes, flans et goyères, + Et grant rallias à minuict: + Riens n'y font sept pintes ne huict, + Tant que gisent Seigneur et dame; + Puis après, sans mener grant bruyt, + Je leur ramentoy le jeu d'asne. + + CXXXVIII. + + Item, et à filles de bien, + Qui ont pères, mères et antes, + Par m'ame! je ne donne rien; + Tout ont eu varletz et servantes; + Se fussent-ilz de pou contentes, + Grant bien leur feissent maintz lopins, + Aux povres filles advenantes, + Qui se perdent aux Jacopins. + + CXXXIX. + + Aux Célestins et aux Chartreux, + Quoy que vie meinent estroicte, + Si ont-ilz largement entre eulx, + Dont povres filles ont souffrette: + Tesmoing Jaqueline et Perrette, + Et Isabeau, qui dit: _Enné!_ + Puis qu'ilz ont eu telle disette, + A peine en seroit-on damné. + + CXL. + + Item, à la grosse Margot, + Très doulce face et pourtraicture, + Foy que doy _Brelare Bigod,_ + Assez devote creature. [P. 83] + Je l'ayme de propre nature, + Et elle moy, la doulce sade. + Qui la trouvera d'adventure, + Qu'on luy lise ceste Ballade. + + + + BALLADE + DE VILLON ET DE LA GROSSE MARGOT. + + Se j'ayme et sers la belle de bon haict, + M'en devez-vous tenir à vil ne sot? + Elle a en soy des biens à fin souhaict. + Pour son amour ceings bouclier et passot. + Quand viennent gens, je cours et happe un pot: + Au vin m'en voys, sans demener grand bruyt. + Je leur tendz eau, frommage, pain et fruict, + S'ils payent bien, je leur dy que bien _stat_: + «Retournez cy, quand vous serez en ruyt, + En ce bourdel où tenons nostre estat!» + + Mais, tost après, il y a grant deshait, + Quand sans argent s'en vient coucher Margot; + Veoir ne la puis; mon cueur à mort la hait. + Sa robe prens, demy-ceinct et surcot: + Si luy prometz qu'ilz tiendront pour l'escot. + Par les costez si se prend, l'Antechrist + Crie, et jure par la mort Jesuchrist, + Que non fera. Lors j'enpongne ung esclat, + Dessus le nez luy en fais ung escript, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + Puis paix se faict, et me lasche ung gros pet [P. 84] + Plus enflée qu'ung venimeux scarbot. + Riant, m'assiet le poing sur mon sommet, + Gogo me dit, et me fiert le jambot. + Tous deux yvres, dormons comme ung sabot; + Et, au reveil, quand le ventre luy bruyt, + Monte sur moy, qu'el ne gaste son fruit. + Soubz elle geins; plus qu'ung aiz me faict plat; + De paillarder tout elle me destruict, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + ENVOI. + + Vente, gresle, gelle, j'ay mon pain cuict! + Je suis paillard, la paillarde me suit. + Lequel vault mieux, chascun bien s'entresuit. + L'ung l'autre vault: c'est à mau chat mau rat. + Ordure amons, ordure nous affuyt. + Nous deffuyons honneur, il nous deffuyt, + En ce bourdel où tenons nostre estat. + + + + CXLI. + + Item, à Marion l'Ydolle, + Et la grand Jehanne de Bretaigne, + Donne tenir publique escolle, + Où l'escolier le maistre enseigne. + Lieu n'est où ce marché ne tienne, + Sinon en la grille de Mehun; + De quoy je dy: Fy de l'enseigne, + Puis que l'ouvrage est si commun! + + CXLII. [P. 85] + + Item, à Noë le Jolys, + Autre chose je ne luy donne, + Fors plein poing d'osiers frez cueilliz + En mon jardin; je l'abandonne. + Chastoy est une belle aulmosne; + Ame n'en doit estre marry. + Unze vingtz coups lui en ordonne, + Par les mains de maistre Henry. + + CXLIII. + + Item, ne sçay que à l'Hostel-Dieu + Donner, n'aux povres hospitaulx; + Bourdes n'ont icy temps ne lieu, + Car povres gens ont assez maulx. + Chascun leur envoye leurs os. + Les Mandians ont eu mon oye; + Au fort, ilz en auront les os: + A menues gens menue monnoye. + + CXLIV. + + Item, je donne à mon barbier, + Qui se nomme Colin Galerne, + Près voysin d'Angelot l'Herbier, + Ung gros glasson... Prins où? En Marne, + Affin qu'à son ayse s'yverne. + De l'estomach le tienne près. + Se l'yver ainsi se gouverne, + Il n'aura chault l'esté d'après. + + CXLV. + + Item, rien aux Enfans-Trouvez; + Mais les perduz fault que console, + Si doivent estre retrouvez, [P. 86] + Par droict, sur Marion l'Ydolle. + Une leçon de mon escolle + Leur liray, qui ne dure guière. + Teste n'ayent dure ne folle, + Mais escoutent: c'est la dernière! + + + + BELLE LEÇON + DE VILLON, AUX ENFANS PERDUZ. + + Beaux enfans, vous perdez la plus + Belle rose de vo chapeau, + Mes clers apprenans comme glu; + Se vous allez à Montpippeau + Ou à Ruel, gardez la peau: + Car, pour s'esbatre en ces deux lieux, + Cuydant que vaulsist le rappeau, + La perdit Colin de Cayeulx. + + Ce n'est pas ung jeu de trois mailles, + Où va corps, et peut-estre l'ame: + S'on perd, rien n'y sont repentailles, + Qu'on ne meure à honte et diffame; + Et qui gaigne, n'a pas à femme + Dido la royne de Cartage. + L'homme est donc bien fol et infame, + Qui, pour si peu, couche tel gage. + + Qu'ung chascun encore m'escoute: + On dit, et il est vérité, + Que charretée se boyt toute, [P. 87] + Au feu l'yver, au bois l'esté. + S'argent avez, il n'est enté; + Mais le despendez tost et viste. + Qui en voyez-vous hérité? + Jamais mal acquest ne proffite. + + + + BALLADE + DE BONNE DOCTRINE, + A ceux de mauvaise vie. + + Car ou soyes porteur de bulles, + Pipeur ou hazardeur de dez, + Tailleur de faulx coings, tu te brusles, + Comme ceux qui sont eschaudez, + Traistres pervers, de foy vuydez; + Soyes larron, ravis ou pilles: + Où en va l'acquest, que cuydez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + Ryme, raille, cymballe, luttes, + Comme folz, faintis, eshontez; + Farce, broille, joue des flustes; + Fais, ès villes et ès cités, + Fainctes, jeux et moralitez; + Gaigne au berlan, au glic, aux quilles: + Où s'en va tout? Or escoutez: + Tout aux tavernes et aux filles. + + De telz ordures te reculles; [P. 88] + Laboure, fauche champs et prez; + Serz et panse chevaulx et mulles, + S'aucunement tu n'es lettrez; + Assez auras, se prens en grez. + Mais, se chanvre broyes ou tilles, + Où tend ton labour qu'as ouvrez? + Tout aux tavernes et aux filles. + + ENVOI. + + Chausses, pourpoinctz esguilletez, + Robes, et toutes vos drapilles, + Ains que cessez, vous porterez + Tout aux tavernes et aux filles. + + + CXLVI. + + A vous parle, compaings de galles, + Qui estes de tous bons accors; + Gardez-vous tous de ce mau hasles, + Qui noircist gens quand ils sont mortz; + Eschevez-le, c'est ung mal mors; + Passez-vous-en mieulx que pourrez; + Et, pour Dieu, soyez tous recors + Qu'une fois viendra que mourrez. + + CXLVII. + + Item, je donne aux Quinze-Vingtz, + Qu'autant vauldroit nommer Trois-Cens + De Paris, non pas de Provins, + Car à eulx tenu je me sens. + Ilz auront, et je m'y consens, + Sans les estuis, mes grans lunettes, [P. 89] + Pour mettre à part, aux Innocens, + Les gens de bien des deshonnestes. + + CXLVIII. + + Icy n'y a ne rys ne jeu. + Que leur vault avoir eu chevances, + N'en grans lictz de parement geu, + Engloutir vin, engrossir panses, + Mener joye, festes et danses, + Et de ce prest estre à toute heure? + Tantost faillent telles plaisances, + Et la coulpe si en demeure. + + CXLIX. + + Quand je considère ces testes + Entassées en ces charniers, + Tous furent maistres des requestes, + Ou tous de la Chambre aux Deniers, + Ou tous furent porte-paniers; + Autant puis l'ung que l'autre dire, + Car, d'evesques ou lanterniers, + Je n'y congnois rien a redire. + + CL. + + Et icelles qui s'inclinoient + Unes contre autres en leur vies; + Desquelles les unes regnoient, + Des autres craintes et servies: + Là les voy toutes assouvies, + Ensemble en ung tas pesle-mesle. + Seigneuries leur sont ravies; + Clerc ne maistre ne s'y appelle. + + CLI. [P. 90] + + Or sont-ilz mortz, Dieu ayt leurs âmes! + Quant est des corps, ils sont pourriz. + Ayent esté seigneurs ou dames, + Souef et tendrement nourriz + De cresme, fromentée ou riz, + Leurs os sont declinez en pouldre, + Auxquelz ne chault d'esbat, ne riz... + Plaise au doulx Jesus les absouldre! + + CLII. + + Aux trespassez je fais ce lays, + Et icelluy je communique + A regentz, courtz, sieges et plaids, + Hayneurs d'avarice l'inique, + Lesquelz pour la chose publique + Se seichent les os et les corps: + De Dieu et de sainct Dominique + Soient absolz, quand ilz seront mortz + + + + LAYS. + + Au retour de dure prison, + Où j'ay laissé presque la vie, + Se Fortune a sur moy envie, + Jugez s'elle fait mesprison! + Il me semble que, par raison, + Elle deust bien estre assouvie, + Au retour. + + + Cecy plain est de desraison, [P. 91] + Qui vueille que de tout desvie; + Plaise à Dieu que l'ame ravie + En soit, lassus, en sa maison, + Au retour! + + + + CLIII. + + Item, donne à maistre Lomer, + Comme extraict que je suis de fée, + Qu'il soit bien amé; mais, d'amer + Fille en chief ou femme coëffée, + Jà n'en ayt la teste eschauffée, + Ce qui ne luy couste une noix, + Faire ung soir pour soy la fastée, + En despit d'Auger le Danois. + + CLIV. + + Item, rien à Jaques Cardon, + Car je n'ay rien pour luy honneste. + Non pas que le jette à bandon + Sinon cette Bergeronnette: + S'elle eust le chant _Marionnette_, + Faict por Marion la Peau-Tarde, + D'un _Ouvrez vostre huys, Guillemette_, + Elle allast bien à la moustarde. + + CLV. + + Item donne aux amans enfermes, + Oultre le lay Alain Chartier, + A leurs chevetz, de pleurs et lermes + Trestout fin plain ung benoistier, + Et ung petit brin d'esglantier, [P. 92] + En tout temps verd, pour gouppillon, + Pourveu qu'ilz diront ung _Psaultier_ + Pour l'ame du pouvre Villon. + + CLVI. + + Item, à maistre Jacques James, + Qui se tue d'amasser biens, + Donne fiancer tant de femmes + Qu'il vouldra; mais d'espouser, riens + Pour qui amasse-il? Pour les siens. + Il ne plainct fors que ses morceaulx; + Ce qui fut aux truyes, je tiens + Qu'il doit de droit estre aux pourceaulx. + + CLVII. + + Item, le Camus Seneschal, + Qui une fois paya mes debtes, + En recompense, mareschal, + Pour ferrer oës et canettes. + Je luy envoye ces sornettes, + Pour soy desennuyer; combien, + Si veult, face-en des alumettes. + De bien chanter s'ennuye-on bien. + + CLVIII. + + Item, au Chevalier du Guet + Je donne deux beaulx petitz pages, + Philippot et le gros Marquet, + Qui ont servy, dont sont plus sages, + La plus grant partie de leurs aages, + Tristan, prevost des mareschaulx. + Hélas, s'ilz sont cassez de gaiges, + Aller leur fauldra tous deschaulx! + + CLIX. [P. 93] + + Item, au Chappelain je laisse + Ma chapelle à simple tonsure, + Chargée d'une seiche messe, + Où il ne fault pas grand lecture. + Resigné luy eusse ma cure, + Mais point ne veult de charge d'ames; + De confesser, ce dit, n'a cure, + Sinon chambrières et dames. + + CLX. + + Pour ce que sçait bien mon entente, + Jehan de Calays, honnorable homme, + Qui ne me veit des ans a trente, + Et ne sçait comment je me nomme, + De tout ce Testament, en somme, + S'aucune y a difficulté, + Oster jusqu'au rez d'une pomme + Je luy en donne faculté. + + CLXI. + + De le gloser et commenter, + De le diffinir ou prescripre, + Diminuer ou augmenter; + De le canceller ou transcripre + De sa main, ne sceust-il escripre; + Interpreter, et donner sens, + A son plaisir, meilleur ou pire; + A tout ceci je m'y consens. + + CLXII. + + Et s'aucun, dont n'ay congnoissance, + Estoit allé de mort à vie, + Audict Calais donne puissance, [P. 94] + Affin que l'ordre soit suyvie + Et mon ordonnance assouvie, + Que ceste aulmosne ailleurs transporte, + Sans se l'appliquer par envie; + A son ame je m'en rapporte. + + CLXIII. + + Item, j'ordonne à Saincte-Avoye, + Et non ailleurs, ma sepulture; + Et, affin que chascun me voye, + Non pas en chair, mais en paincture, + Que l'on tire mon estature + D'ancre, s'il ne coustoit trop cher. + De tumbel? Rien; je n'en ay cure, + Car il greveroit le plancher. + + CLXIV. + + Item, vueil qu'autour de ma fosse + Ce que s'ensuyt, sans autre histoire, + Soit escript, en lettre assez grosse; + Et qui n'auroit point d'escriptoire, + De charbon soit, ou pierre noire, + Sans en rien entamer le plastre: + Au moins sera de moy memoire + Telle qu'il est d'ung bon folastre. + + CLXV. + + CY GIST ET DORT EN CE SOLLIER, + QU'AMOUR OCCIST DE SON RAILLON, + UNG POUVRE PETIT ESCOLLIER, + QUI FUT NOMMÉ FRANÇOIS VILLON. + ONCQUES DE TERRE N'EUT SILLON. + + TESTAMENT. [P. 95] + + IL DONNA TOUT, CHASCUN LE SCET: + TABLE, TRETTEAULX, PAIN, CORBILLON. + POUR DIEU, DICTES-EN CE VERSET. + + + + RONDEAU. + + _Repos eternel donne à cil, + Lumière, clarté perpétuelle, + Qui vaillant plat ny escuelle + N'eut oncques, n'ung brin de percil. + Il fut rez, chef, barbe, sourcil, + Comme ung navet qu'on ree et pelle. + Repos éternel donne à cil_. + + _Rigueur le transmit en exil, + Et luy frappa au cul la pelle, + Nonobstant qu'il dist_: J'en appelle! + _Qui n'est pas terme trop subtil. + Repos eternel donne à cil_. + + + CLXVI. + + Item, je vueil qu'on sonne à branle + Le gros Beffray, qui n'est de voire; + Combien que cueur n'est qui ne tremble; + Quand de sonner est à son erre. + Saulvé a mainte belle terre, + Le temps passé, chascun le sçait: + Fussent gens d'armes ou tonnerre; + Au son de luy tout mal cessoit. + + CLXVII [P. 96] + + Les sonneurs auront quatre miches; + Et se c'est peu, demy-douzaine, + Autant qu'en donnent les plus riches; + Mais ilz seront de sainct Estienne. + Vollant est homme de grant peine: + L'ung en sera. Quand j'y regarde, + Il en vivra une sepmaine. + Et l'autre? Au fort, Jehan de la Garde. + + CLXVIII. + + Pour tout ce fournir et parfaire, + J'ordonne mes executeurs, + Auxquelz faict bon avoir affaire, + Et contentent bien leurs debteurs. + Ilz ne sont pas trop grans venteurs, + Et ont bien de quoy, Dieu mercys! + De ce faict seront directeurs... + Escripts: je t'en nommeray six. + + CLXIX. + + C'est maistre Martin Bellefaye, + Lieutenant du cas criminel. + Qui sera l'autre? J'y pensoye: + Ce sera sire Colombel. + S'il luy plaist et il lui est bel, + Il entreprendra ceste charge. + Et l'autre? Michel Jouvenel. + Ces trois seulz, et pour tous, j'en charge. + + CLXX. + + Mais, au cas qu'ils s'en excusassent, + En redoubtant les premiers frais, + Ou totalement recusassent, [P. 97] + Ceulx qui s'ensuivent cy-après + J'institue, gens de bien très, + Philip Bruneau, noble escuyer, + Et l'autre, son voysin d'emprès, + Cy est maistre Jacques Raguyer; + + CLXXI. + + Et l'aultre, maistre Jaques James, + Trois hommes de bien et d'honneur, + Desirans de saulver leurs âmes, + Et doubtans Dieu Nostre Seigneur. + Plustot y metteront du leur, + Que ceste ordonnance ne baillent. + Point n'auront de contrerooleur, + Mais à leur seul plaisir en taillent. + + CLXXII + + Des testamens qu'on dit le maistre + De mon faict n'aura _quid_ ne _quod_; + Mais ce sera ung jeune prebstre, + Qui se nomme Colas Tacot. + Voulentiers beusse à son escot, + Et qu'il me coustast ma cornette! + S'il sceust jouer en ung trippot, + Il eust de moy le Trou Perrette. + + CLXXIII. + + Quant au regard du luminaire, + Guillaume du Ru j'y commectz. + Pour porter les coings du suaire, + Aux executeurs le remectz. + Trop plus mal me font qu'oncques mais + Penil, cheveulx, barbe, sourcilz. + Mal me presse; est temps désormais [P. 98] + Que crie à toutes gens merciz. + + + + BALLADE + Par laquelle Villon crye mercy à chascun. + + A Chartreux, aussi Celestins, + A mendians et aux devotes, + A musars et cliquepatins, + Servantes et filles mignottes, + Portant surcotz et justes cottes; + A cuyderaulx d'amours transis, + Chaussans sans meshaing fauves bottes, + Je crye à toutes gens merciz! + + A fillettes monstrans tetins, + Pour avoir plus largement hostes; + A ribleurs meneurs de butins, + A basteleurs traynans marmottes, + A folz et folles, sotz et sottes, + Qui s'en vont sifflant cinq et six; + A veufves et à mariottes, + Je crye à toutes gens merciz! + + Sinon aux trahistres chiens mastins, + Qui m'ont fait ronger dures crostes + Et boire eau maintz soirs et matins, + Qu'ores je ne crains pas trois crottes. + Je feisse pour eulx petz et rottes; + Je ne puis, car je suis assis. + Bien fort, pour éviter riottes, + Je crye à toutes gens, merciz! + + ENVOI. [P. 99] + + Qu'on leur froisse les quinze costes + De gros mailletz, fortz et massis, + De plombée et de telz pelottes. + Je crye à toutes gens merciz! + + + BALLADE + POUR SERVIR DE CONCLUSION. + + Icy se clost le Testament + Et finist du pouvre Villon. + Venez à son enterrement, + Quant vous orrez le carillon, + Vestuz rouges com vermillon, + Car en amours mourut martir; + Ce jura-il sur son coullon + Quand de ce monde voult partir. + + Et je croy bien que pas n'en ment, + Car chassié fut comme un soullon + De ses amours hayneusement, + Tant que, d'icy à Roussillon, + Brosses n'y a ne brossillon, + Qui n'eust, ce dit-il sans mentir, + Ung lambeau de son cotillon, + Quand de ce monde voult partir. + + Il est ainsi, et tellement, + Quand mourut n'avoit qu'un haillon. + Qui plus? En mourant, mallement [P. 100] + L'espoignoit d'amours l'esguillon; + Plus agu que le ranguillon + D'un baudrier luy faisoit sentir, + C'est de quoy nous esmerveillon, + Quand de ce monde voult partir. + + ENVOI. + + Prince, gent comme esmerillon, + Saichiez qu'il fist, au departir: + Ung traict but de vin morillon, + Quand de ce monde voult partir. + + FIN DU GRAND TESTAMENT. + + + [P. 101] + + POÉSIES DIVERSES + + LE QUATRAIN + Que feit Villon quand il fut jugé à mourir. + + JE SUIS François, dont ce me poise, + Né de Paris emprès Ponthoise. + Or d'une corde d'une toise + Saura mon col que mon cul poise. + + + L'EPITAPHE + + EN FORME DE BALLADE + Que feit Villon pour luy et ses compagnons, s'attendant + estre pendu avec eulx. + + Frères humains, qui après nous vivez, + N'ayez les cueurs contre nous endurciz, + Car, si pitié de nous pouvres avez, + Dieu en aura plustost de vous merciz. + Vous nous voyez cy attachez cinq, six: + Quant de la chair, que trop avons nourrie, [P. 102] + Elle est pieça devorée et pourrie, + Et nous, les os, devenons cendre et pouldre. + De nostre mal personne ne s'en rie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + Se vous clamons, frères, pas n'en devez + Avoir desdaing, quoique fusmes occis + Par justice. Toutesfois, vous sçavez + Que tous les hommes n'ont pas bon sens assis; + Intercedez doncques, de cueur rassis, + Envers le Filz de la Vierge Marie, + Que sa grace ne soit pour nous tarie, + Nous preservant de l'infernale fouldre. + Nous sommes mors, ame ne nous harie; + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + La pluye nous a debuez et lavez, + Et le soleil dessechez et noirciz; + Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavez, + Et arrachez la barbe et les sourcilz. + Jamais, nul temps, nous ne sommes rassis; + Puis cà, puis là, comme le vent varie, + A son plaisir sans cesser nous charie, + Plus becquetez d'oyseaulx que dez à couldre. + Ne soyez donc de nostre confrairie, + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + ENVOI. + + Prince JESUS, qui sur tous seigneurie, + Garde qu'Enfer n'ayt de nous la maistrie: + A luy n'ayons que faire ne que souldre. + Hommes, icy n'usez de mocquerie + Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre! + + + + LA REQUESTE DE VILLON [P. 103] + Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade. + + Tous mes cinq Sens, yeulx, oreilles et bouche, + Le nez, et vous, le sensitif, aussi; + Tous mes membres où il y a reprouche, + En son endroit ung chascun die ainsi: + «Court souverain, par qui sommes icy, + Vous nous avez gardé de desconfire; + Or, la langue ne peut assez suffire + A vous rendre suffisantes louenges: + Si prions tous, fille au souverain Sire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges!» + + Cueur, fendez-vous, ou percez d'une broche, + Et ne soyez, au moins, plus endurcy + Qu'au desert fut la forte bise roche + Dont le peuple des Juifs fut adoulcy; + Fondez larmes, et venez à mercy, + Comme humble cueur qui tendrement souspire: + Louez la Court, conjoincte au sainct Empire, + L'heur des Françoys, le confort des estranges, + Procreée la sus au ciel empire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + Et vous, mes dentz, chascune si s'esloche; + Saillez avant, rendez toutes mercy, + Plus haultement qu'orgue, trompe, ne cloche, + Et de mascher n'ayez ores soulcy; + Considerez que je fusse transy, + Foye, pommon, et rate qui respire; + Et vous, mon corps, vil qui estes ou pire [P. 104] + Qu'ours ne pourceau, qui faict son nid ès fanges, + Louez la Court, avant qu'il vous empire, + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + ENVOI. + + Prince, trois jours ne vueillez m'escondire, + Pour moy pourvoir, et aux miens adieu dire; + Sans eulx, argent je n'ay, icy n'aux changes. + Court triumphant, _fiat_, sans me desdire; + Mère des bons, et soeur des benoistz anges! + + + + + BALLADE + DE L'APPEL DE VILLON. + + Que dites-vous de mon appel, + Garnier? Feis-je sens ou follie? + Toute beste garde sa pel; + Qui la contrainct, efforce ou lye, + S'elle peult, elle se deslie. + Quand à ceste peine arbitraire + On me jugea par tricherie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + Se fusse des hoirs Hue Capel, + Qui fut extraict de boucherie, + On ne m'eust, parmy ce drapel, + Faict boyre à celle escorcherie: + Vous entendez bien joncherie? + Ce fut son plaisir voluntaire + De me juger par fausserie. [P. 105] + Etoit-il lors temps de me taire? + + Cuydez-vous que soubz mon cappel + N'y eust tant de philosophie + Comme de dire: «J'en appel?» + Si avoit, je vous certifie, + Combien que point trop ne m'y fie. + Quand on me dit, présent notaire: + «Pendu serez!» je vous affie, + Estoit-il lors temps de me taire? + + ENVOI. + + Prince, si j'eusse eu la pepie, + Pieça je fusse où est Clotaire, + Aux champs debout comme ung espie. + Estoit-il lors temps de me taire? + + + LE DIT + + DE LA NAISSANCE MARIE. + Jam nova progenies celo demittitur alto. + _Virg._, (ecl. 4, v.7.) + + O louée Conception, + Envoiée sà jus des cieulx; + Du noble Lys digne syon; + Don de Jhésus très précieux, + MARIE, nom très gracieux, + Font de pitié, source de grace, + La joye confort de mes yeulx, [P. 106] + Qui nostre paix batist et brasse! + + La paix, c'est assavoir, des riches, + Des povres le substantement, + Le rebours des felons et chiches, + Très necessaire enfantement, + Conceu, porté honnestement, + Hors le pechié originel, + Que dire je puis sainctement + Souverain bien, Dieu éternel! + + Nom recouvré, joye de peuple, + Confort des bons, de maulx retraicte; + Du doux Seigneur première et seule + Fille, de son cler sang extraicte, + Du dextre costé Clovis traicte, + Glorieuse ymage en tous fais, + Ou hault ciel créée et pourtraicte, + Pour esjouyr et donner paix! + + En l'amour et crainte de Dieu, + Es nobles flans Cesar conceue; + Des petis et grans, en tout lieu, + A très grande joye receue; + De l'amour Dieu traicte, tissue, + Pour les discordez ralier, + Et aux enclos donner yssue, + Leurs lians et fers delier. + + Aucunes gens, qui bien peu sentent, + Nourriz en simplesse et confiz, + Contre le vouloir Dieu attentent, + Par ignorance desconfiz, + Désirans que feussiez ung filz; [P. 107] + Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, + Je croy que ce soit grans proufiz; + Raison: Dieu fait tout pour le mieulx. + + Du Psalmiste je prens les dictz: + _Delectasti me, Domine, + In factura sua_! Je diz: + «Noble enfant, de bonne heure né, + A toute doulceur destiné, + Manna du Ciel, celeste don, + De tous bienfais le guerdonné, + Et de nos maulx le vray pardon!» + + + + DOUBLE BALLADE. + + Combien que j'ay leu en ung Dit: + _Inimicum putes_, y a, + _Qui te presentem laudabit_, + Toutesfois, non obstant cela, + Oncques vray homme ne cela + En son courage aucun grant bien, + Qui ne le monstrast çà et là: + On doit dire du bien le bien. + + Saint Jehan-Baptiste ainsi le fist, + Quand l'Aignel de Dieu descela. + En ce faisant pas ne meffist, + Dont sa voix ès tourbes vola; + De quoy saint André Dieu loua, + Qui de luy cy ne sçavoit rien, + Et au Fils de Dieu s'aloua: [P. 108] + On doit dire du bien le bien. + + Envoyée de Jhesucrist, + Rappelles sà jus, par deçà, + Les povres que Rigueur proscript + Et que Fortune betourna. + Cy sçay bien comment y m'en va! + De Dieu, de vous, vie je tien... + Benoist celle qui vous porta! + On doit dire du bien le bien. + + Cy, devant Dieu, fais congnoissance, + Que creature feusse morte, + Ne feust vostre doulce naissance, + En charité puissant et forte, + Qui ressuscite et reconforte + Ce que Mort avoit prins pour sien. + Vostre présence me conforte: + On doit dire du bien le bien. + + Cy vous rens toute obéissance, + A ce faire raison m'exorte, + De toute ma povre puissance; + Plus n'est deul qui me desconforte, + N'autre ennuy de quelque sorte. + Vostre je suis et non plus mien; + Ad ce droit et devoir m'enhorte: + On doit dire du bien le bien. + + O grace et pitié très immense, + L'entrée de paix et la porte, + Some et benigne clemence, + Qui noz faultes toult et supporte, + Sy de vous louer me deporte, [P. 109] + Ingrat suis, et je le maintien, + Dont en ce refrain me transporte: + On doit dire du bien le bien. + + ENVOI. + + Princesse, ce loz je vous porte, + Que sans vous je ne feusse rien. + A vous et à vous m'en rapporte. + On doit dire du bien le bien. + + Euvre de Dieu, digne, louée + Autant que nulle créature, + De tous biens et vertuz douée, + Tant d'esperit que de nature, + Que de ceulx qu'on dit, d'adventure, + Plus nobles que rubis balais; + Selon de Caton l'escripture: + _Patrem insequitur proles_. + + Port assuré, maintien rassiz, + Plus que ne peut nature humaine, + Et, eussiez des ans trente-six, + Enfance en rien ne vous demaine. + Que jour ne le die et sepmaine, + Je ne sçay qui me le deffend... + A ce propos ung dit ramaine: + De saige mère saige enfant. + + Dont résume ce que j'ay dit: + _Nova progenies coelo_ + Car c'est du poëte le dit: [P. 110] + _Jamjam demittitur alto_. + Saige Cassandre, belle Echo, + Digne Judith, caste Lucresse, + Je vous congnois, noble Dido, + A ma seule dame et maistresse. + + En priant Dieu, digne pucelle, + Que vous doint longue et bonne vie; + Qui vous ayme, MADEMOISELLE, + Jà ne coure sur luy envie. + Entière dame et assouvie, + J'espoir de vous servir ainçoys, + Certes, se Dieu plaist, que devie + Vostre povre escolier FRANÇOYS. + + + + + BALLADE VILLON. + + Je meurs de soif auprès de la fontaine, + Chauld comme feu, et tremble dent à dent, + En mon païs suis en terre loingtaine; + Lez un brazier friçonne tout ardent; + Nu comme ung ver, vestu en president; + Je ris en pleurs, et attens sans espoir; + Confort reprens en triste desespoir; + Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun; + Puissant je suis sans force et sans povoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + Rien ne m'est seur que la chose incertaine, + Obscur, fors ce qui est tout evident; + Doubte ne fais, fors en chose certaine; [P. 111] + Science tiens à soudain accident; + Je gaigne tout, et demeure perdent; + Au point du jour, diz: «Dieu vous doint bon soir!» + Gisant envers, j'ay grant paour de cheoir; + J'ay bien de quoy, et si n'en ay pas un; + Eschoicte attens, et d'homme ne suis hoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + De riens n'ay soing, si metz toute ma paine + D'acquerir biens, et n'y suis pretendant; + Qui mieulx me dit, c'est cil qui plus m'attaine, + Et qui plus vray, lors plus me va bourdant; + Mon ami est qui me fait entendant + D'ung cygne blanc que c'est ung corbeau noir; + Et qui me nuyst croy qu'il m'aide à povoir. + Verité, bourde, aujourd'uy m'est tout un. + Je retiens tout; riens ne sçay concepvoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + L'ENVOI. + + Prince clement, or vous plaise savoir + Que j'entens moult, et n'ay sens ne sçavoir; + Parcial suis, à toutes lois commun. + Que fais-je plus? Quoy? Les gaiges ravoir, + Bien recueilly, debouté de chascun. + + + + EPISTRE + EN FORME DE BALLADE, A SES AMIS. + + Ayez pitié, ayez pitié de moy, + A tout le moins, si vous plaist, mes amis! + En fosse giz, non pas soubz houx ne may, [P. 112] + En cest exil ouquel je suis transmis + Par fortune, comme Dieu l'a permis. + Filles, amans, jeunes, vieulx et nouveaulx; + Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux, + Vifs comme dars, aguz comme aguillon; + Gouffres tintans, clers comme gastaneaux, + Le lesserez là, le povre Villon? + + Chantres chantans à plaisance, sans loy; + Galans, rians, plaisans en faictz et diz, + Coureux, allans, francs de faulx or, d'aloy; + Gens d'esperit, ung petit estourdiz; + Trop demourez, car il meurt entandiz. + Faiseurs de laiz, de motets et rondeaux, + Quand mort sera vous lui ferez chandeaux. + Il n'entre, où gist, n'escler ne tourbillon; + De murs espoix on luy a fait bandeaux: + Le lesserez là, le povre Villon? + + Venez le veoir en ce piteux arroy, + Nobles hommes, francs de quars et de dix, + Qui ne tenez d'empereur ne de roy, + Mais seulement de Dieu de Paradiz: + Jeuner lui fault dimanches et mardiz + Dond les dens a plus longues que ratteaux, + Après pain sec, non pas après gasteaux; + En ses boyaulx verse eau à gros bouillon; + Bas enterré, table n'a, ne tresteaulx: + Le lesserez là, le povre Villon? + + ENVOI. + + Princes nommez, anciens, jouvenceaulx, + Impetrez-moy graces et royaulx sceaux, + Et me montez en quelque corbillon. [P. 113] + Ainsi se font l'un à l'autre pourceaux, + Car, où l'un brait, ilz fuyent à monceaux. + Le lesserez là, le povre Villon? + + + + + LE DEBAT + DU CUEUR ET DU CORPS DE VILLON, + En forme de Ballade. + + Qu'est-ce que j'oy?--Ce suis-je.--Qui?--Toncueur, + Qui ne tient mais qu'à ung petit filet, + Force n'ay plus, substance ne liqueur, + Quand je te voy retraict ainsi seulet, + Com pouvre chien tappy en recullet. + --Pourquoy est-ce?--Pour ta folle plaisance. + --Que t'en chault-il?--J'en ai la desplaisance. + --Laisse m'en paix!--Pourquoi?--J'y penseray. + --Quand sera-ce?--Quant seray hors d enfance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --Que penses-tu?--Estre homme de valeur. + --Tu as trente ans.--C'est l'aage d'ung mullet. + --Est-ce enfance?--Nenny.--C'est donc folleur + Qui te saisit?--Par où?--Par le collet. + Rien ne congnois.--Si fais: mouches en laict: + L'ung est blanc, l'autre est noir, c'est la distance. + --Est-ce doncq tout?-Que veulx-tu que je tance? + Si n'est assez, je recommenceray. + --Tu es perdu!--J'y mettray resistance. + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --J'en ay le dueil; toi, le mal et douleur. [P. 114] + Si fusse ung povre ydiot et folet, + Au cueur eusses de t'excuser couleur: + Se n'as-tu soing, tout ung, tel, bel ou laid, + Ou la teste as plus dure qu'ung jalet, + Ou mieulx te plaist qu'honneur ceste meschance! + Que respondras à ceste conséquence? + --J'en seray hors quand je trespasseray. + --Dieu, quel confort!--Quelle saige eloquence! + --Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + --D'ond vient ce mal?--Il vient de mon malheur. + Quand Saturne me feit mon fardelet, + Ces maulx y mist, je le croy.--C'est foleur: + Son seigneur es, et te tiens son valet. + Voy que Salmon escript en son roulet: + «Homme sage, ce dit-il, a puissance + Sur les planètes et sur leur influence.» + --Je n'en croy rien; tel qu'ilz m'ont faict seray. + --Que dis-tu?--Rien.--Certe, c'est ma créance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + ENVOI. + + --Veux-tu vivre?--Dieu m'en doint la puissance! + --Il te fault...--Quoy?--Remors de conscience; + Lire sans fin.--Et en quoy?--En science; + Laisse les folz!--Bien, j'y adviseray. + --Or le retiens.--J'en ay bien souvenance. + --N'attends pas tant que tourne à desplaisance. + Plus ne t'en dy.--Et je m'en passeray. + + + + LA REQUESTE [P. 115] + Que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon. + + Le mien seigneur et prince redoubté, + Fleuron de Lys, royale geniture, + Françoys Villon, que travail a dompté + A coups orbes, par force de batture, + Vous supplie, par cette humble escripture, + Que luy faciez quelque gracieux prest. + De s'obliger en toutes cours est prest; + Si ne doubtez que bien ne vous contente. + Sans y avoir dommage n'interest, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + A prince n'a ung denier emprunté, + Fors à vous seul, vostre humble créature. + Des six escus que lui avez presté, + Cela pieça, il mist en nourriture; + Tout se payera ensemble, c'est droicture, + Mais ce sera légèrement et prest: + Car, se du gland rencontre en la forest + D'entour Patay, et chastaignes ont vente, + Payé serez sans delay ny arrest: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + Si je pensois vendre de ma santé + A ung Lombard, usurier par nature, + Faulte d'argent m'a si fort enchanté, + Que j'en prendrois, ce croy-je, l'adventure. + Argent ne pend à gippon ne ceincture; + Beau sire Dieux! je m'esbahyz que c'est, + Que devant moy croix ne se comparoist, + Sinon de bois ou pierre, que ne mente; + Mais s'une fois la vraye m'apparoist, + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. [P. 116] + + ENVOI. + + Prince du Lys, qui à tout bien complaist, + Que cuydez-vous, comment il me desplaist + Quand je ne puis venir à mon entente? + Bien m'entendez, aydez-moi, s'il vous plaist: + Vous n'y perdrez seulement que l'attente. + + + + SUSCRIPTION DE LADITE REQUESTE + + _Allez, Lettres, faictes un sault, + Combien que n'ayez pied ne langue: + Remonstrez, en vostre harengue, + Que faulte d'argent si m'assault._ + + + + BALLADE + + DES PROVERBES. + + Tant grate chèvre que mal gist; + Tant va le pot à l'eau qu'il brise; + Tant chauffe-on le fer qu'il rougist; + Tant le maille-on qu'il se debrise; + Tant vault l'homme comme on le prise; + Tant s'eslongne-il qu'il n'en souvient; + Tant mauvais est qu'on le desprise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant raille-on que plus on ne rit; + Tant despend-on qu'on n'a chemise; + Tant est-on franc que tout se frit; [P. 117] + Tant vault tien que chose promise; + Tant ayme-on Dieu qu'on suyt l'Eglise; + Tant donne-on qu'emprunter convient; + Tant tourne vent qu'il chet en bise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + Tant ayme-on chien qu'on le nourrist; + Tant court chanson qu'elle est apprise; + Tant garde-on fruict qu'il se pourrist; + Tant bat-on place qu'elle est prise; + Tant tarde-on qu'on fault à l'emprise; + Tant se haste-on que mal advient; + Tant embrasse-on que chet la prise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient; + + ENVOI. + + Prince, tant vit fol qu'il s'advise; + Tant va-t-il qu'après il revient; + Tant le matte-on qu'il se radvise; + Tant crie l'on Noel qu'il vient. + + + + + BALLADE + + DES MENUS PROPOS. + + Je congnois bien mouches en laict; + Je congnois à la robe l'homme; + Je congnois le beau temps du laid; + Je congnois au pommier la pomme; + Je congnois l'arbre à veoir la gomme; + Je congnois quand tout est de mesme; + Je congnois qui besongne ou chomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. [P. 118] + + Je congnois pourpoinct au collet; + Je congnois le moyne à la gonne; + Je congnois le maistre au valet; + Je congnois au voyle la nonne; + Je congnois quand piqueur jargonne; + Je congnois folz nourriz de cresme; + Je congnois le vin à la tonne; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + Je congnois cheval du mulet; + Je congnois leur charge et leur somme; + Je congnois Bietrix et Bellet; + Je congnois gect qui nombre et somme; + Je congnois vision en somme; + Je congnois la faulte des Boesmes; + Je congnois filz, varlet et homme: + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + ENVOI. + + Prince, je congnois tout en somme; + Je congnois coulorez et blesmes; + Je congnois mort qui nous consomme; + Je congnois tout, fors que moy-mesme. + + + + BALLADE [P. 119] + DES POVRES HOUSSEURS. + + On parle des champs labourer, + De porter chaulme contre vent, + Et aussi de se marier + A femme qui tance souvent; + De moyne de povre couvent, + De gens qui vont souvent sur mer; + De ceulx qui vont les bleds semer, + Et de celluy qui l'asne maine; + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + A petis enfans gouverner, + Dieu sçait se c'est esbatement! + De gens d'armes doit-on parler? + De faire leur commandement? + De servir Malchus chauldement? + De servir dames et aymer? + De guerrier et bouhourder + Et de jouster à la quintaine? + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + Ce n'est que jeu de bled soyer, + Et de prez faulcher, vrayement; + Ne d'orge battre, ne vanner, + Ne de plaider en Parlement; + A danger emprunter argent; + A maignans leurs poisles mener; + Et à charretiers desjeuner, [P. 120] + Et de jeusner la quarantaine; + Mais, à trestout considérer, + Povres housseurs ont assez peine. + + + + PROBLÈME OU BALLADE + AU NOM DE LA FORTUNE. + + Fortune fuz par clercz jadis nommée, + Que toy, Françoys, crie et nomme meurtrière. + S'il y a hom d'aucune renommée + Meilleur que toy, faiz user en plastrière, + Par povreté, et fouyr en carrière, + S'a honte viz, te dois tu doncques plaindre? + Tu n'es pas seul; si ne te dois complaindre. + Regarde et voy de mes faitz de jadis, + Maints vaillans homs par moy mors et roidiz, + Et n'eusses-tu envers eulx ung soullon, + Appaise-toy, et mectz fin en tes diz: + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + Contre grans roys je me suis bien armée, + Le temps qui est passé; car, en arrière, + Priame occis et toute son armée; + Ne lui valut tour, donjon, ne barrière. + Et Hannibal, demoura-il derrière? + En Cartaige, par moy, le feiz actaindre; + Et Scypion l'Affricquain feiz estaindre; + Julius César au sénat je vendiz; + En Egipte Pompée je perdiz; + En mer noyay Jazon en ung boullon; [P. 121] + Et, une fois, Romme et Rommains ardiz.... + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + Alexandre, qui tant fist de hamée, + Qui voulut voir l'estoille poucynière, + Sa personne par moy fut inhumée. + Alphasar roy, en champ, sous la bannière, + Ruay jus mort; cela est ma manière. + Ainsi l'ay fait, ainsi le maintendray; + Autre cause ne raison n'en rendray. + Holofernes, l'ydolastre mauldiz, + Qu'occist Judic (et dormoit entandiz!) + De son poignart, dedens son pavillon; + Absallon, quoy! en fuyant suspendis.... + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + ENVOI. + + Povre Françoys, escoute que tu dis: + Se rien peusse sans Dieu de paradiz, + A toy n'aultre ne demourroit haillon: + Car pour ung mal lors j'en feroye dix: + Par mon conseil prends tout en gré, Villon! + + + + + BALLADE + CONTRE LES MESDISANS DE LA FRANCE. + + Rencontré soit de bestes feu gectans, + Que Jason vit, querant la Toison d'or; + Ou transmué d'homme en beste, sept ans, + Ainsi que fut Nabugodonosor; [P. 122] + Ou bien ait perte aussi griefve et villaine + Que les Troyens pour la prinse d'Heleine; + Ou avallé soit avec Tantalus + Et Proserpine aux infernaulx pallus, + Ou plus que Job soit en griefve souffrance, + Tenant prison en la court Dedalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + Quatre mois soit en un vivier chantant, + La teste au fons, ainsi que le butor; + Ou au Grand-Turc vendu argent contant, + Pour estre mis au harnois comme ung tor; + Ou trente ans soit, comme la Magdelaine, + Sans vestir drap de linge ne de laine; + Ou noyé soit, comme fut Narcisus; + Ou aux cheveux, comme Absalon, pendus, + Ou comme fut Judas par desperance, + Ou puist mourir comme Simon Magus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + D'Octovien puisse venir le temps: + C'est qu'on luy coule au ventre son trésor; + Ou qu il soit mis entre meules flotans; + En un moulin, comme fut saint Victor; + Ou transgloutis en la mer, sans haleine, + Pis que Jonas au corps de la baleine; + Ou soit banny de la clarté Phoebus, + Des biens Juno et du soulas Venus, + Et du grant Dieu soit mauldit à outrance, + Ainsi que fut roy Sardanapalus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + ENVOI. [P. 123] + + Prince, porté soit des clers Eolus, + En la forest où domine Glocus, + Ou privé soit de paix et d'espérance, + Car digne n'est de posséder vertus, + Qui mal vouldroit au royaume de France! + + + + LE JARGON OU JOBELIN [P. 124] + DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON. + + + BALLADE I. + + A Parouart, la grand Mathe Gaudie, + Où accollez sont duppez et noirciz, + De par angels suyvans la paillardie, + Sont greffiz et prins cinq ou six. + Là sont bleffeurs, au plus hault bout assis + Pour l'evagie, et bien hault mis au vent. + Escevez-moy tost ces coffres massis! + Ces vendengeurs, des ances circoncis, + S'embrouent du tout à néant... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Brouez-moy sur ces gours passans, + Advisez-moy bien tost le blanc, + Et pictonnez au large sur les champs: + Qu'au mariage ne soyez sur le banc + Plus qu'un sac de piastre n'est blanc. + Si gruppez estes des carireux, [P. 125] + Rebignez-moy tost ces enterveux, + Et leur montrez des trois le bris: + Que clavés ne soyez deux et deux... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + Plantez aux hurmes vos picons, + De paour des bisans si très-durs, + Et, aussi, d'estre sur les joncs, + En mahe, en coffres, en gros murs. + Escharricez, ne soyez durs, + Que le grand Can ne vous fasse essorer. + Songears ne soyez pour dorer, + Et babignez tousjours aux ys + Des sires, pour les debouser... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + ENVOI. + + Prince Froart, dit des Arques Petis, + L'un des sires si ne soit endormis, + Levez au bec, que ne soyez griffis, + Et que vous n'en ayez du pis... + Eschec, eschec, pour le fardis! + + + + + BALLADE II. + + Coquillars, narvans à Ruel, + Men ys vous chante que gardez + Que n'y laissez et corps et pel, + Com fist Colin de l'Escaillier, + Devant la roe babiller + Il babigna, pour son salut. [P. 126] + Pas ne sçavoit oingnons peller, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Changez, andossez souvent, + Et tirez tout droit au tremble, + Et eschicquez tost en brouant. + Qu'en la jarte ne soyez ample. + Montigny y fut, par exemple, + Bien estaché au halle-grup, + Et y jargonnast-il le temple, + Dont Lamboureur lui rompt le suc. + + Gailleurs, bien faitz en piperie, + Pour ruer les ninars au loing, + A l'assault tost, sans suerie! + Que les mignons ne soient au gaing, + Tout farcis d'un plumas à coing, + Qui griefve et garde le duc, + Et de la dure si très loing, + Dont Lamboureur luy rompt le suc. + + ENVOI. + + Prince, arrière de Ruel, + Et n'eussiez vous denier ne pluc, + Que au giffle ne laissez la pel, + Pour Lamboureur, qui rompt le suc. + + + + BALLADE III. [P. 127] + + Spélicans, + Qui, en tous temps, + Avancez dedans le pogois, + Gourde piarde, + Et sur la tarde, + Desboursez les pauvres nyais, + Et pour soustenir vostre pois, + Les duppes sont privez de caire, + Sans faire haire, + Ne hault braiere, + Mais plantez ils sont comme joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Souvent aux arques, + A leurs marques, + Se laissent tous desbouser + Pour ruer, + Et enterver + Pour leur contre que lors faisons. + La fée aux Arques vous respond, + Et rue deux coups, ou bien troys, + Aux gallois. + Deux, ou troys + Mineront trestout aux frontz, + Pour les sires qui sont si longs. + + Et pour ce, benards, + Coquillars, + Rebecquez-vous de la montjoye, + Qui desvoye [P. 128] + Votre proye, + Et vous fera de tout brouer; + Par joncher + Et enterver, + Qui est aux pigeons bien cher: + Pour rifler + Et placquer + Les angels de mal tous rondz, + Pour les sires qui sont si longs. + + ENVOI. + + De paour des hurmes + Et des grumes, + Rassurez-vous en droguerie + Et faerie, + Et ne soyez plus sur les joncz, + Pour les sires qui sont si longs. + + + + BALLADE IV. + + Saupicquetz frouans des gours arques, + Pour deshouser, beau sire dieux, + Allez ailleurs planter vos marques! + Benards, vous estes rouges gueux. + Berard s'en va chez les joncheux + Et babigne qu'il a plongis. + Mes frères, soiez embrayeux + Et gardez les coffres massis. + + Se gruppez estes, des grappes + De ces angels si graveliffes; + Incontinent, manteaulx et cappes, [P. 129] + Pour l'emboue ferez eclipses; + De vos sarges serez besifles, + Tout debout et non pas assis. + Pour ce, gardez d'estre griffes + Dedens ces gros coffres massis. + + Nyais qui seront attrapez, + Bientost s'en brouent au Halle, + Plus ne vault que tost ne happez + La baudrouse de quatre talle. + Des tires fait la hairenalle, + Quand le gosser est assiegis, + Et si hurcque la pirenalle, + Au saillir des coffres massis. + + ENVOI. + + Prince des gayeulx, à leurs marques, + Que voz contres ne soient griffis. + Pour doubte de frouer aux arques, + Gardez-vous des coffres massis. + + + + BALLADE V. + + Joncheurs, jonchans en joncherie, + Rebignez bien où joncherez; + Qu'Ostac n'embroue vostre arrerie, + Où acollez sont vos ainsnez. + Poussez de la quille et brouez, + Car tost seriez roupieux. + Eschet qu'acollez ne soyez. + Par la poe du marieux. + + Bendez-vous contre la faerie, [P. 130] + Quanques vous aurez desbousez, + N'estant à juc la riflerie + Des angelz et leurs assosez. + Berard, se povez, renversez, + Si greffir laissez voz carieux; + La dure bientost renversez, + Pour la poe du marieux. + + Entervez à la floterie, + Chantez-leur trois, sans point songer. + Qu'en artes ne soyez en surie, + Blanchir vos cuirs et essurger. + Bignez la mathe, sans targer; + Que vos ans ne soyent ruppieux! + Plantez ailleurs contre assiéger, + Pour la poe du marieux. + + ENVOI. + + Prince Benard en Esterie, + Querez coupans pour Lamboureux + Et autour de vos ys tuerie, + Pour la poe du marieux. + + + + BALLADE VI + + Contres de la gaudisserie, + Entervez tousjours blanc pour bis, + Et frappez, en la hurterie, + Sur les beaulx sires bas assis. + Ruez de feuilles cinq ou six, + Et vous gardez bien de la roe, + Qui aux sires plante du gris, [P. 131] + En leur faisant faire la moe. + + La giffle gardez de rurie, + Que vos corps n'en ayent du pis, + Et que point, à la turterie, + En la hurme ne soyez assis. + Prenez du blanc, laissez du bis, + Ruez par les fondes la poe, + Car le bizac, à voir advis, + Faict aux Beroars faire la moe. + + Plantez de la mouargie, + Puis ça, puis là, pour l'artis, + Et n'espargnez point la flogie + Des doulx dieux sur les patis. + Vos ens soyent assez hardis, + Pour leur avancer la droe; + Mais soient memorandis, + Qu'on ne vous face la moe. + + ENVOI. + + Prince, qui n'a bauderie + Pour eschever de la soe, + Danger du grup, en arderie, + Faict aux sires faire la moe. + + FIN DES OEUVRES DE MAISTRE + FRANÇOIS VILLON. + + + + POÉSIES [P. 132] + ATTRIBUÉES A VILLON + + + + I RONDEL. + + Les biens dont vous estes la dame + Ont mon cueur si très fort espris, + Qu'il feust mort, s'il n'eust entrepris + De vous aymer plus que nul âme. + + Quant à moy, point je ne l'en blasme, + Pour ce qu'ilz ont de tous le pris + Les biens dont vous estes la dame. + + De ce qu'il fault que je vous ayme, + Je sçay trop bien que j'ay mespris; + Mais qui en doit estre repris? + Non pas moi. Qui donc? Sur mon ame, + Les biens dont vous estes la dame. + + + II. RONDEL. + + A bien juger mon propre affaire + Et piteux cas, sans riens en taire, + Plus qu'autre croire me debvez, [P. 134] + Se par adventure n'avez + Information de contraire. + + Celle ou celluy qui m'a brassé + Ce maulvais los et pourchassé + Me het et ne vous ayme pas; + Mais il quiert que soye chacié + De vostre amour et effacié. + Je congnois bien telz advocas. + + Se vous avez voulu refaire + Leur voulenté pour me deffaire, + Vous faictes mal et me grevez. + Considerez que vous sçavez + Qu'onc vers vous ne voulus meffaire + A bien juger. + + + III. RONDEL. + + Une fois me dictes ouy, + En foy de noble et gentil femme; + Je vous certifie, ma Dame, + Qu'oncques ne fuz tant resjouy. + + Veuillez le donc dire selon + Que vous estes benigne et doulche, + Car ce doulx mot n'est pas si long + Qu'il vous face mal en la bouche. + + Soyez seure, si j'en jouy, + Que ma lealle et craintive ame + Gardera trop mieulx que nul ame + Vostre honneur. Avez-vous ouy? + Une fois me dictes ouy. + + + IV. RONDEL. [P. 135] + + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente; + Une j'en sers qui est bien suffisante + Pour contenter un grant duc ou un roy. + Je l'ayme bien, mais non pas elle moy; + Il n'est besoing que de ce je me vante. + + Combien qu'elle est de taille belle et gente, + De m'en louer pour ceste heure presente + Pardonnez-moy, car je n'y voy de quoy; + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + Quant je luy dy de mon vouloir l'entente, + Et cueur et corps et biens je luy presente, + Pour tout cela remède je n'y voy. + Deliberé suis, sçavez-vous de quoy? + De luy quicter et le jeu et l'actente. + Se mieulx ne vient d'amours, peu me contente. + + + V. RONDEL. + + De mon faict je ne sçay que dire; + Par tout où je vois je m'adire, + Et des yeulx voy moins que du coute. + En danger suis qu'il ne me couste + La vie, tant suis remply d'ire. + + De mon faict je ne sçay que dire, + Car ma dame si ne tient compte + De mon martyre, quant luy compte, + Mais me dit que trop aise suis, + Et qu'en ce royaulme n'a conte + Qui ait de nulle meilleur compte + Que j'ay d'elle, quant je la suis, + + Nullement, de paour de mesdire, [P. 136] + Jamais je ne l'ose desdire; + A son gré parler je l'ecoute, + Puis emprès elle je m'accoute, + Sans luy vouloir riens contredire. + De mon faict je ne sçay que dire. + + + VI. RONDEL. + + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours; + Car ma bourse est très mal garnie + Pour fourrer le poignet tousjours. + + Ung jour demande haults atours, + Et l'autre ung grant bort de velours, + Et je respons: «Or bien, m'amye,» + Pour entretenir mes amours. + + Veez-vous ce donneur de bonjours? + Il a faict en el tant de cours, + Practiqué l'art de baverie, + Qu'il scet moult bien, sans ce qu'il rie, + Dire sa pensée à rebours. + Pour entretenir mes amours + Colorer me fault maints fins tours. + + + VII. RONDEL. + + Tu te brusles à la chandelle! + Helas! mon cueur, ne vois tu pas + Que danger est tousjours au pas, + Qui fait à tous guerre mortelle? + + Soyes seur que tu l'auras belle [P. 137] + Se tu n'y vas bien par compas; + Tu te brusles à la chandelle. + + Sont-ce chastaignes qu'on y pelle, + A ton advis, pour ton repas? + Nennil. Retrais toy tout le pas, + Ains qu'on te frape au cul la pelle. + Tu te brusles à la chandelle. + + + VIII. RONDEL. + + Adieu vous dy la lerme à l'oeil; + Adieu, ma très gente mignonne, + Adieu, sur toutes la plus bonne, + Adieu vous dy, qui m'est grand dueil. + + Adieu, adieu, m'amour, mon vueil; + Mon povre cueur vous laisse et donne. + Adieu vous dy la lerme à l'oeil. + + Adieu, par qui du mal recueil + Mille fois plus que mot ne sonne; + Adieu, du monde la personne + Dont plus me loue et plus me dueil. + Adieu vous dy la lerme à l'oeil. + + + IX. BALLADE. + + Las! je me plains d'amours et de ma dame, + Et de mes yeulx dont j'ay veu sa beaulté; + Et oultre plus, je me plains d'une femme + Qui contre moy a le conseil donné + Dont j'ay déjà tant de mal enduré [P. 138] + Qu'il me fauldra, par deffaulte de joye, + Aller criant, comme tout forcené: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + Car se pitié son très doulx cueur n'entame + A me donner ce que j'ay desiré, + J'iray mourir, ainsi qu'ung homme infame. + Tout hors de sens et si desespéré + Qu'après ma mort il en sera parlé + Plus loin dix fois que d'icy en Savoye, + Et lors diray pour plus estre blasmé: + Je hez ma dame que tant aymer souloye + + Se je le dy, je jure sur mon ame + Que ce sera contre ma voulenté. + Je prye à Dieu qu'il n'y puist avoir ame + A celle fin qu'il ne soit raporté. + Car jasoit ce qu'elle m'ait courroucé + Tant qu'on peut plus, cent mille fois mourroye + Avant que j'eusse ne dit ne proferé: + Je hez ma dame que tant aymer souloye. + + + X. RONDEL. + + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne + Pour pourchasser ailleurs mon bien; + Car, sur ma foy, je congnois bien + Que vous m'estes pire que bonne. + + Trop a de cueur qui vous en donne: + Pour ce jà Dieu ne me pardonne + Se vous avez jamais le mien, [P. 139] + Quelque chose qu'Amours ordonne. + + Si n'aymeray je jà personne + Que vous, quoy que l'on me sermonne, + En tout ce monde terrien; + Mais maintenant je n'en fais rien, + Et sers selon qu'on me guerdonne. + Quelque chose qu'Amours ordonne, + Force m'est que vous habandonne. + + + + XI. RONDEL. + + Hahay! estes vous rencherie, + Dieux y ait part, puis devant hier? + Ma dame, c'est pour enrager! + Le faictes-vous par mocquerie? + + Mais venez çà, je vous en prie: + Est le cuir devenu si cher? + Hahay! estes vous rencherie? + + Et dea! et ne sçavez-vous mie + Que mon père est cordouennier; + Vous voulez bazanne priser + Plus que cordouen la moitié. + Hahay! estes-vous rencherie? + + + + XII. RONDEL. + + Au plus offrant ma dame est mise + Et dernier encherisseur. + Je ne sçay se c'est par honneur, + Mais je n'en prise pas la guise. + + Elle m'avoit sa foy promise, [P. 140] + Mais je voy qu'elle a mis son cueur + Au plus offrant. + + Et pour ce je quitte la prinse + D'estre nommé son serviteur, + Car donner me porte malheur. + Ainsi j'ay laissé l'entreprise + Au plus offrant. + + + XIII. RONDEL. + + Entens à moy, vray dieu d'amours, + Et faiz que la mort ait son cours + Hastivement, + + Car j'ay mal employé mes jours. + Je meurs en aymant par amours + Certainement. + + Languir me fault en griefs doulours. + + + XIV. BALLADE + _Pour ung prisonnier._ + + S'en mes maulx me peusse esjoyr + Tant que tristesse me feust joye + Par me doulouser et gemir, + Voulentiers je me complaindroye; + Car, s'au plaisir Dieu, hors j'estoye, + J'ay espoir qu'au temps advenir + A grant honneur venir pourroye + Une fois avant que mourir. + + Pourtant, s'ay eu moult à souffrir [P. 141] + Par fortune, dont je larmoye, + Et que n'ay pas peu obtenir + N'avoir ce que je pretendoye, + Au temps advenir je vouldroye + Voulentiers bon chemin tenir + Pour acquerir honneur et joye + Une fois avant que mourir. + + Sans plus loin exemple querir, + Par moy mesme juger pourroye + Que meschief nul ne peult fouyr, + S'ainsi est qu'advenir luy doye. + C'est jeunesse qui tout desvoye; + Nul ne s'en doit trop esbahyr. + Si juste n'est qui ne fourvoye + Une fois avant que mourir. + + Prince, s'aucun povoir avoye + Sur ceulx qui me font cy tenir, + Voulentiers vengeance en prendroye + Une fois avant que mourir. + + + XV. RONDEL. + + Comme moy vous aurez voz gages. + J'en fuz bien payé au partir: + Plain de dueil jusques au partir, + Ne sont-ce plaisans advantages? + + Servez amours entre vous sages: + Il vous en fera repentir; + Comme moy vous aurez vos gages. + + Repeuz serez de doulx langaiges [P. 142] + Pour vous garder de departir. + Quant est à moy, j'en suys martir. + Bien tard congnoistrez telz ouvrages; + Comme moy vous aurez vos gages. + + + XVI. BALLADE. + + Il n'est danger que de vilain, + N'orgueil que de povre enrichy, + Ne si seur chemin que le plain, + Ne secours que de vray amy, + Ne desespoir que jalousie, + N'angoisse que cueur convoiteux, + Ne puissance où il n'ait envie, + Ne chere que d'homme joyeulx; + + Ne servir qu'au roy souverain, + Ne lait nom que d'homme ahonty, + Ne manger fors quant on a faim, + N'emprise que d'homme hardy, + Ne povreté que maladie, + Ne hanter que les bons et preux, + Ne maison que la bien garnie, + Ne chère que d'homme joyeulx; + + Ne richesse que d'estre sain, + N'en amours tel bien que mercy, + Ne de la mort rien plus certain, + Ne meilleur chastoy que de luy; + Ne tel trésor que preudhommye, + ***************************** + Ne paistre qu'en grant seigneurie, + Ne chère que d'homme joyeulx; + + ENVOI. [P. 143] + + Que voulez-vous que je vous die? + Il n'est parler que gracieulx, + Ne louer gens qu'après leur vie, + Ne chère que d'homme joyeulx + + + XVII. BALLADE MORALE. + + D'une dague forte et aigüe + Soit-il frappé parmy l'eschine, + Et ait tousjours une sansue + Attachée à sa poitrine, + Et attainct d'une coulevrine + Entre le nez et le menton, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Son giste soit emmy la rue, + Tout nud quand il fera bruyne, + Sur pel de heriçon pointue, + Couvert d'une chère estamine; + De vent de bise sa courtine, + Et soit mors d'ung escorpion, + Ou qu'en prison vive en foraine, + Qui autruy blasme sans raison. + + Sa chair soit detrenchée menue + Plus qu'au moulin n'est la farine, + Ou de gros nerfz soit bien batue, + Ou couche nud sur tas d'espine: + Et affin que plus tost il fine, + Son corps soit remply de poison, + Ou qu'en prison vive en famine, [P. 144] + Qui autruy blasme sans raison. + + ENVOI. + + Prince, soit mis en la gehaine + Dix fois le jour comme ung larron, + Ou qu'en prison vive en famine, + Qui autruy blasme sans raison. + + + + XVIII. BALLADE. + + J'ay ung arbre de la plante d'amours, + Enraciné en mon cueur proprement, + Qui ne porte fruits, sinon de dolours, + Fueilles d'ennuy et fleurs d'encombrement; + Mais, puis qu'il fut planté premièrement, + Il est tant creu, de racine et de branche, + Que son umbre, qui me porte nuysance, + Fait au dessoubs toute joye seichier, + Et si ne puis, pour toute ma puissance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + De si long-temps est arrosé de plours + Et de lermes tant douloureusement, + Et si n'en sont les fruits de rien meillours: + Ne je n'y truys guères d'amendement. + Je les recueille pourtant soigneusement. + C'est de mon cueur l'amère soustenance, + Qui trop mieux fust en friche ou en souffrance + Que porter fruits qui le dussent blecier; + Mais pas ne veult l'amoureuse ordonnance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + S'en ce printemps, que les feuilles et fleurs [P. 145] + Et arbrynceaux percent nouvellement, + Amours vouloit moy faire ce secours, + Que les branches qui font empeschement + Il retranchast du tout entierement, + Pour y enter ung rynceau de plaisance, + Il gecteroit bourgeons de souffisance; + Joye en istroit, dont il n'est rien plus chier; + Et ne fauldroit jà, par desesperance, + Autre planter, ne celuy arrachier. + + ENVOI. + + Ma princesse, ma première esperance, + Mon cueur vous sert en dure penitence. + Faictes le mal qui l'acqueult retranchier, + Et ne souffrez en vostre souvenance + Autre planter, ne celuy arrachier. + + + + XIX. BALLADE. + + Plaisant assez, et des biens de fortune + Ung peu garny, me trouvay amoureux, + Voire si bien, que, tant aymay fort une, + Que nuit et jour j'en estois langoureux. + Mais tant y a, que je fus si heureux + Que, moyennant vingt escus à la rose, + Je fis cela que chacun bien suppose. + Alors je dis, connoissant ce passage: + «Au fait d'amours, babil est peu de chose; + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or est ainsy que, durant ma pecune, + Je fus traite comme amy precieux; + Mais, tost après, sans dire chose aucune, + Cette vilaine alla jetter les yeulx [P. 146] + Sur un vieillard riche, mais chassieux, + Laid et hideux trop plus qu'on ne propose. + Ce neantmoins, il en jouit sa pose, + Dont moy, confus, voyant un tel ouvrage, + Dessus ce texte allay bouter en glose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + Or elle a tort, car noyse ny rancune + N'eut onc de moy. Tant lui fus gracieux, + Que, s'elle eust dit: «Donne-moy de la lune» + J'eusse entrepris de monter jusqu'aux cieulx; + Et, nonobstant, son corps tant vicieux + Au service de ce vieillard expose. + Dont, ce voyant, un rondeau je compose, + Que luy transmets; mais, en pou de langage, + Me respond franc: «Povreté te depose: + Riche amoureux a tousjours l'advantage!» + + ENVOI. + + Prince tout bel, trop mieux parlant qu'Orose, + Si vous n'avez toujours bourse desclose, + Vous abusez: car Meung, docteur très sage, + Nous a descrit que, pour cueillir la rose, + Riche amoureux a tousjours l'advantage. + + + + XX. BALLADE. + + Qui en amours veut estre heureux, + Faut tenir train de seigneurie, + Estre prompt et advantureux + Quand vient à monstrer l'armarie: + Porter drap d'or, orfaverie, + Car cela les dames esmeut. + Tout sert; mais, par saincte Marie! [P. 147] + Il ne fait pas ce tour qui veult. + + Je fus naguères amoureux + D'une dame cointe et jolie, + Qui me dit, en mots gracieux: + «Mon amour est en vous ravie; + Mais il faut qu'el soit desservie + Par cinquante escus d'or, s'on peut. + --Cinquante escus! Bon gré ma vie! + Il ne fait pas ce tour qui veult.» + + Alors luy donnay sur les lieux + Où elle feisoit l'endormie: + Quatre venues, de coeur joyeux, + Luy fis en moins d'heure et demie. + Lors me dit, à voix espasmie: + «Encore un coup! le coeur me deult. + --Encore un coup! Hélas! m'amye, + Il ne fait pas ce tour qui veult!» + + ENVOI. + + Prince d'amours, je te supplie, + Si plus ainsi elle m'accuelt, + Que ma lance jamais ne plie: + Il ne fait pas ce tour qui veult! + + + + XXI. BALADE JOYEUSE DES TAVERNIERS. + + D'ung gect de dart, d'une lance asserée, + D'ung grant faussart, d'une grosse massue, + D'une guisarme, d'une flèche ferrée, + D'ung bracquemart, d'une hache esmolue, + D'ung grand penart et d'une bisagüe, + D'ung fort espieu et d'une saqueboute; [P. 148] + De maulx briguans puissent trouver tel route + Que tous leurs corps fussent mis par morceaulx, + Le cueur fendu, desciré par monceaulx, + Le col couppé d'ung bon branc acherin, + Descirez soient de truye et de pourceaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'ung arc turcquois, d'une espée affilée + Ayent les paillars la brouaille cousue, + De feu gregoys la perrucque bruslée, + Et par tempeste la cervelle espandue, + Au grand gibet leur charongne pendue, + Et briefvement puissent mourir de goutte, + Ou je requiers et pry que l'on leur boute + Parmy leur corps force d'ardans barreaulx; + Vifs escorchez des mains de dix bourreaulx, + Et puis bouillir en huille le matin, + Desmembrez soient à quatre grans chevaux, + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + D'un gros canon la tête escarbouillée + Et de tonnerre acablez en la rue + Soient tous leurs corps, et leur chair dessirée, + De gros mastins bien garnye et pourvue, + De forz esclers puissent perdre la veue, + Neige et gresil tousjours sur eux degoutte, + Avecques ce ilz aient la pluye toute + Sans que sur eux ayent robbes ne manteaulx, + Leurs corps trenchez de dagues et couteaulx, + Et puis traisnez jusques en l'eau du Rin; + Desrompuz soient à quatre-vingts marteaulx + Les taverniers qui brouillent nostre vin. + + Prince, de Dieu soient maulditz leurs boyaulx, [P. 149] + Et crever puissent par force de venin + Ces faulx larrons, maulditz et desloyaulx, + Les taverniers qui brouillent nostre vin + + + + XXII. S'ENSUIT LE MONOLOGUE DU [P. 150] + FRANC ARCHIER DE BAIGNOLLET + + AVEC SON EPITAPHE. + + C'est à meshuy! J'ay beau corner! + Or ça, il s'en fault retourner, + Maulgré ses dentz, en sa maison + Si ne vis-je pieça saison + Où j'eusse si hardy couraige + Que j'ay! Par la morbieu! j'enraige + Que je n'ay à qui me combatre... + Y a-il homme qui à quatre, + Dy-je, y a-il quatre qui vueillent + Combatre à moy? Se tost recueillent + Mon gantelet; vela pour gaige! + Par le sang bieu! je ne crains paige, + S'il n'a point plus de quatorze ans. + J'ay autresfoys tenu les rencz, + Dieu Mercy! et gaigné le prix + Contre cinq Angloys que je pris, + Povres prisonniers desnuez, [P. 151] + Si tost que je les euz ruez. + Ce fust au siège d'Alençon. + Les troys se misrent à rançon, + Et le quatriesme s'enfuyt. + Incontinent que l'autre ouyt + Ce bruit, il me print à la gorge. + Se je n'eusse crié: Sainct George! + Combien que je suys bon Françoys, + Sang bieu! il m'eust tué ançoys + Que personne m'eust secouru. + Et quand je me senty feru + D'une bouteille, qu'il cassa + Sur ma teste: «Venez ça, ça! + Dis-je lors. Que chascun s'appaise! + Je ne quiers point faire de noise, + Ventre bieu! et buvons ensemble. + Posé soit ores que je tremble, + Sang bieu! je ne vous crains pas maille.» + + _Cy dit ung quidem, par derrière les gens_: + Coquericoq. + + Qu'esse cy? J'ay oüy poullaille + Chanter chez quelque bonne vieille; + Il convient que je la resveille. + Poullaille font icy leurs nidz! + C'est du demourant d'Ancenys, + Par ma foy! ou du Champ-Toursé... + Helas! que je me vis coursé + De la mort d'ung de mes nepveux! + J'euz d'ung canon par les cheveux, + Qui me vint cheoir tout droit en barbe; + Mais je m'escriay: «Saincte Barbe! [P. 152] + Vueille-moy ayder à ce coup, + Et je t'ayderay l'autre coup!» + Adonc le canon m'esbranla, + Et vint ceste fortune-là + Quand nous eusmes le fort conquis. + Le Baronnet et le Marquis, + Craon, Cures, l'Aigle et Bressoire, + Accoururent pour veoir l'histoire; + La Rochefouquault, l'Amiral, + Aussi Beuil et son attirail, + Pontièvre, tous les capitaines, + Y deschaussèrent leurs mitaines + De fer, de paour de m'affoler, + Et si me vindrent acoler + A terre, où j'estoye meshaigné, + De paour de dire: «Il n'a daigné!» + Combien que je fusse malade, + Je mis la main à la salade, + Car el m'estouffoit le visaige. + «Ha! dist le Marquis, ton oultraige + Te fera une foys mourir!» + Car il m'avoit bien veu courir, + Oultre l'ost, devant le chasteau. + Hélas! j'y perdy mon manteau, + Car je cuidoye d'une poterne + Que ce fust l'huys d'une taverne. + Et moy tantost de pietonner, + Car, quand on oyt clarons sonner, + Il n'est courage qui ne croisse. + Tout aussitost: «Où esse? Où esse? + Et, à brief parler, je m'y fourre, + Ne plus ne moins qu'en une bourre. + Si ce n'eust esté la brairie + Du costé devers la prairie, [P. 153] + De nos gens, qui crioient trestous, + Disant: «Pierre, que faictes-vous? + N'assaillez pas la basse court + Tout seul!» je l'eusse prins tout court, + Certes; mais c'eust esté outraige. + Et se ce n'eust esté ung paige + Qui nous vint trencher le chemin, + Mon frère d'armes Güillemin + Et moy, Dieu lui pardoint, pourtant! + Car, quoy? il nous en pend autant + A l'oeil, eussions, sans nulle faille, + Frappé au travers la bataille + Des Bretons; mais nous apaisames + Nos couraiges et recullames... + Que dy-je? non pas reculer, + Chose dont on ne doibt parler... + Ung rien, jusque au Lyon d'Angiers. + Je ne craignoye que les dangiers, + Moy; je n avoye paour d'aultre chose. + Et quand la bataille fut close, + D'artillerie grosse et gresle + Vous eussez ouy, pesle-mesle: + _Tip, tap, sip, sap_, à la barrière, + Aux esles, devant et derrière. + J'en eus d'ung parmy la cuirace. + Les dames qu'estoient en la place + Si ne craignoyent que le couillart. + Certes, j'estoye ung bon paillart; + J'en avoye ung si portatif, + Se je n'eusse esté si hastif + De mettre le feu en la pouldre, + J'eusse destruit et mis en fouldre + Tout quanqu'avoit de damoiselles. + Il porte deux pierres jumelles, [P. 154] + Mon couillart: jamais n'en a meins. + Et dames de joindre les mains, + Quand ilz virent donner l'assault. + Les ungs se servoyent du courtault + Si dru, si net, si sec que terre. + Et puis, quoy? parmy ce tonnerre, + Eussez ouy sonner trompilles, + Pour faire dancer jeunes filles + Au son du courtault, haultement. + Quand j'y pense, par mon serment! + C'est vaine guerre qu'avec femmes; + J'avoye toujours pitié des dames. + Veu qu'ung courtault tresperce ung mur, + Ilz auroyent le ventre bien dur, + S'il ne passoit oultre... Pensez + Qu'on leur eust faict du mal assez, + Se l'en n'eust eu noble couraige; + Mesmes ces pehons de villaige, + J'entens pehons de plat pays, + Ne se fussent point esbahis + De leur mal faire; mais nous sommes + Tousjours, entre nous gentilz hommes, + Au guet dessus la villenaille. + J'estoye par deçà la bataille, + Tousjours la lance ou la bouteille + Sur la cuisse: c'estoit merveille, + Merveille de me regarder. + Il vint ung Breton estrader, + Qui faisoit rage d'une lance; + Mais il avoit, de jeune enfance, + Les reins rompus; c'estoit dommaige. + Il vint tout seul, par son oultraige, + Estrader par mont et par val; + Pour bien pourbondir ung cheval [P. 155] + Il faisoit feu et voire flambe. + Mais je lui trenchay une jambe, + D'ung revers, jusques à la hanche; + Et fis ce coup-là ung dimenche, + Que dy-je? ung lundy matin. + Il ne s'armoit que de satin, + Tant craignoit à grever ses reins. + Voulentiers frappoit aux chanfrains + D'ung cheval, quand venoit en jouste, + Ou droit à la queue, sans doubte. + Point il ne frappoit son roussin, + Pource qu'il avoit le farcin, + Que d'ung baston court et noailleux, + Dessus sa teste et ses cheveulx, + De paour de le faire clocher. + Aussi, de paour de tresbucher, + Il alloit son beau pas, _tric, trac_, + Et ung grant panon de bissac + Voulentiers portoit sur sa teste. + D'ung tel homme fault faire feste + Autant que d'ung million d'or. + Gens d'armes! c'est ung grant tresor; + S'il vault riens il ne fault pas dire. + J'ay fait raige avecques La Hire: + Je l'ay servy trestout mon aage. + Je fus gros vallet, et puis page, + Archier, et puis je pris la lance, + Et la vous portoye sur la panse, + Tousjours troussé comme une poche. + Et puis, monseigneur de la Roche, + Que Dieu pardoint, me print pour paige. + J'estoye gent et beau de visaige, + Je chantoye et brouilloye des flustes, + Et si tiroye entre deux butes. [P. 156] + A brief parler, j'estoye ainsi + Mignon comme cest enfant-cy; + Je n'avoys pas gramment plus d'aage... + Or ça, ça, par où assauldray-je + Ce cocq que j'ay ouy chanter? + A peu besongner bien vanter; + Il fault assaillir cest hostel. + + _Adonc apperçoit le Franc Archier un espoventail de_ + chenevière, faict en façon d'ung gendarme, + croix blanche devant et croix noire + derrière, en sa main tenant + une arbaleste_. + + (A part.) + + Ha! le Sacrement de l'autel! + Je suis affoibly! Qu'esse-cy? + + (A l'espoventail.) + + Ha! Monseigneur, pour Dieu, mercy! + Hault le trait, qu'aye la vie franche! + Je voy bien, à vostre croix blanche, + Que nous sommes tout d'ung party. + + (A part.) + + D'ond, tous les diables! est-il sorty, + Tout seul et ainsi effroyé? + + (A l'espoventail.) + + Comment! Estes-vous desvoyé? + Mettez jus, je gage l'amende. + Et, pour Dieu, mon amy, desbende + Au hault ou au loing ton baston! + _Adonc il advise sa croix noire_. [P. 157] + Par le sang bieu! c'est ung Breton, + Et je dy que je suis Françoys!... + Il est fait de toy, ceste fois, + Perrenet; c'est ung parti contraire! + + (A l'espoventail.) + + Hen, Dieu! et où voulez-vous traire? + Vous ne sçavez pas que vous faictes. + Dea! je suis Breton, si vous l'estes. + Vive sainct Denis ou sainct Yve! + Ne m'en chault qui, mais que je vive! + Par ma foi! Monseigneur mon maistre, + Se vous voulez sçavoir mon estre, + Ma mère fut née d'Anjou, + Et mon père je ne sçay d'où, + Sinon que j'ouy reveler + Qu'il fut natif de Lantriquer. + Comment sçauray-je vostre nom? + Monseigneur Rollant, ou Yvon, + Mort seray quand il vous plaira! + + (A part.) + + Et comment! il ne cessera + Meshuy de me persecuter, + Et si ne me veult escouter! + + (A l'espoventail.) + + En l'honneur de la Passion + De Dieu, que j'aye confession, + Car je me sens jà fort malade! + Or, tenez, vela ma salade, + Qui n'est froissée ne couppée; + Je la vous rens, et mon espée, [P. 158] + Et faictes prier Dieu pour moy. + Je vous laisse, sur vostre foy, + Ung voeu que je doibs à sainct Jacques. + Pour le faire, prendrez mon jacques, + Et ma ceinture et mon cornet. + + (A part.) + + Tu meurs bien maulgré toy, Pernet, + Voire maulgré toi et à force! + + (Au public.) + + Puis qu'endurer fault et à force, + Priez pour l'ame, s'il vous plaist, + Du Franc Archier de Baignolet, + Et m'escripvez, à ung paraphe, + Sur moy ce petit epitaphe: + + _Cy gist Pernet le Franc Archier, + Qui cy mourut sans desmarcher, + Car de fuyr n'eut onc espace, + Lequel Dieu, par sa saincte grace, + Mette ès cieulx, avecques les ames + Des francs archiers et des gens d'armes, + Arrière des arbalestriers. + Je les hay tous: ce sont meurdriers! + Je les congnois bien de pieça. + Et mourut l'an qu'il trespassa._ + + Velà tout; les mots sont très beaux. + Or, vous me lairrez mes houseaulx, + Car, se j'alloye en paradis + A cheval, comme fist jadis + Sainct Martin, et aussi sainct George, + J'en seroye bien plus prest... Or je [P. 159] + Vous laisse gantelet et dague: + Car, au surplus, je n'ay plus bague + De quoy je me puisse deffendre. + + (A l'espoventail.) + + Attendez! me voulez-vous prendre + En desaroy? Je me confesse + A Dieu, tandis qu'il n'y a presse, + A la Vierge et à tous sainctz. + + (A part.) + + Or meurs-je les membres tous sains + Et tout en bon point, ce me semble. + Je n'ay mal, sinon que je tremble + De paour et de malle froidure, + Et de mes cinq sens de nature... + Cinq cens! Où prins, qui ne les emble? + Je n'en veiz onc cinq cens ensemble, + Par ma foy! n'en or, n'en monnoye. + Pour néant m'en confesseroye: + Oncques ensemble n'en veiz deux. + Et de mes sept pechez morteux + Il fault bien que m'en supportez: + Sur moy je les ay trop portez; + Je les metz jus, avec mon jacques. + J'eusse attendu jusques à Pasques, + Mais vecy ung advancement. + Et du premier commendement + De la Loy, qui dit qu'on doibt croire + (Non pas l'estoc quand on va boire, + Cela s'entend) en ung seul Dieu, + Jamais ne me trouvay en lieu + Où j'y creusse mieulx qu'à ceste heure, + Mais qu'à ce besoing me sequeure. + + (A l'espoventail.) [P. 160] + + Ne desbendez? Je ne me fuys! + + (A part.) + + Hélas! je suis mort où je suis. + Je suis aussi simple, aussi coy + Comme une pucelle; car, quoy + Dit le second commendement? + Qu'on ne jure Dieu vainement. + Non ay-je en vain, mais très ferme, + Ainsi que fait ung bon genderme, + Car il n'est rien craint, s'il ne jure. + Le tiers nous enjoingt et procure, + Et advertist et admoneste, + Que l'en doit bien garder la feste, + Autant en hyver qu en esté: + J'ay tousjours voulentiers festé, + De ce ne mentiray-je point; + Et le quatriesme nous enjoint + Qu'on doit honnorer père et mère: + J'ay tousjours honoré mon père, + En moy congnoissant gentilhomme + De son costé, combien qu'en somme + Sois villain et de villenaille. + + (A l'espoventail.) + + Et, pour Dieu, mon amy, que j'aille + Jusques amen; miséricorde! + Relevez ung peu vostre corde; + Ferez que le traict ne me blesse. + + (A part.) + + Item, morbieu! je me confesse + Du cinquiesme, sequentement: + Deffend-il pas expressément [P. 161] + Que nul si ne soit point meurtrier? + + (A l'espoventail.) + + Las! Monseigneur l'arbalestrier, + Gardez bien ce commendement; + Quant est à moy, par mon serment, + Meurdre ne fis onc qu'en poulaille. + + (A part.) + + L'aultre commendement nous baille + Qu'on n'emble rien; ce ne fis oncque, + Car en lieu n'en place quelconque + Je n'euz loysir de rien embler. + J'ay assez à qui ressembler + En ce point; je n'ay point meffait, + Car, se l'en m'eust pris sur le fait, + Dieu scet comme il me fust mescheu! + + _Cy lusse tomber à terre l'espoventail, celluy qui + le tient_. + + (A l'espoventail.) + + Las! monseigneur! vous estes cheu!... + Jésus! et qui vous a bouté, + Dictes? Ce n'ay-je pas esté, + Vrayement, ou diable ne m'emporte, + Au cas, dictes? Je m'en rapporte + A tous ceulx qui sont cy, beau sire, + Affin que ne vueillez pas dire + Que c'est demain ou pour demain. + Au fort, baillez-moy vostre main, + Je vous ayderay à lever. + Mais ne me vueillez pas grever: + J'ai pitié de vostre fortune. + + _Cy apperçoyt le Franc Archier, de l'espoventail, que [P. 162] + ce n'est pas ung homme_. + + Par le corps bieu! j'en ay pour une! + Il n'a pié ne main; il ne hobe; + Par le corps bieu! c'est une robe + Plaine, de quoy? charbieu! de paille! + Qu'esse-cy? morbieu! on se raille, + Ce cuiday-je, des gens de guerre... + Que la fièvre quartaine serre + Celluy qui vous a mis icy! + Je le feray le plus marry, + Par la vertu bieu! qu'il fut oncques. + Se mocque on de moy quelconques? + Et ce n'est, j'advoue sainct Pierre! + Qu'espoventail de chenevière, + Que le vent a cy abatu!... + La mort bieu! vous serez batu, + Tout au travers, de ceste espée... + Quand la robbe seroit couppée, + Ce seroit ung très grand dommaige. + Je vous emporteray pour gaige, + Toutesfoys, après tout hutin. + Au fort, ce sera mon butin, + Que je rapporte de la guerre. + On s'est bien raillé de toi, Pierre, + La charbieu saincte et beniste! + Vous eussiez eu l'assault bien viste, + Se j'eusse sceu vostre prouesse: + Vous eussiez tost eu la renverse, + Voir, quelque paour que j'en eusse. + Or pleust à Jésus que je fusse, + A tout cecy, en ma maison! + Qu'il poise! Mengié a foison [P. 163] + De paille: elle chiet par derrière. + C'est paine pour la chamberière, + De la porter hors de ce lieu. + + (Au public.) + + Seigneurs, je vous commande à Dieu; + Et se l'on vous vient demander + Qu'est devenu le Franc Archier, + Dictes qu'il n'est pas mort encor, + Et qu'il emporte dague et cor, + Et reviendra par cy de brief. + Adieu; je m'en vois au relief. + + FIN DU MONOLOGUE DU FRANC ARCHIER + DE BAIGNOLLET. + + + + XXIII. [P. 164] + + DIALOGUE DE MESSIEURS + DE MALLEPAYE ET DE BAILLEVENT. + + M. Hée, Monsieur de Baillevent! B. Quoy + De neuf? M. On nous tient en aboy, + Comme despourveuz, malureux. + B. Si j'avoye autant que je doy, + Sang bieu! je seroye chez le Roy, + Un page après moy! M. Voire deux! + + B. Nous sommes francs... M. Adventureux. + B. Riches. M. Bien aises B. Plantureux. + M. Voire, de souhaits. B. C'est assez. + M. Gentilz hommes. B. Hardis. M. Et preux. + B. Par l'huys. M. Du joly Souffreteux + Heritiers. B. De gaiges cassez. + + M. Nous sommes, puis troys ans passez + Si minces. B. Si mal compassez. + M. Si simples. B. Legiers comme vent. + M. Si esbaudiz. B. Si mal pansez, [P. 165] + De donner pour Dieu dispensez, + Car nous jeusnons assez souvent. + + M. Hée, monsieur de Baillevent, + Qui peult trouver, soubz quelque amant, + Deux ou troys mille escus, quel proye! + B. Nous ferions bruyt. M. Toutallement. + B. Le quartier en vault l'arpent, + Pardieu! Monsieur de Mallepaye! + + M. J'escripz contre ces murs. B. Je raye, + Puis de charbon et puis de craye. + M. Je raille. B. Je fays chère à tous. + M. Nous avons beau coucher en raye, + L'oreille au vent, la gueulle baye, + On ne faict point prochas de nous. + + B. Helas! serons-nous jamais soulx? + M. Il ne fault que deux ou trois coups + Pour nous remonter. B. Doux. M. Droictz. B. Druz. + M. Pour fringuer. B. Pour porter le houx. + M. Gens... B. A dire: D'ond venez-vous? + M. Francs. B. Fins. M. Froidz. B. Forts. + M. Grans. B. Gros. M. Escreuz. + + B. De serjens sommes tous recreux, + Et si n'avons nulz bien acreuz. + M. Nous debvons. B. On nous doibt. M. Fourraige. + B. Entretenus. M. Comme poux creux. + B. Jurons sang bieu, nous serons creuz: + Arrière, piettons de village! + + M. Ne suis-je pas beau personnaige? [P. 166] + B. J'ay train de seigneur. M. Pas de saige. + B. Ressourdant. M. Comme bel alun. + B. Pathelin en main. M. Dire raige. + B. Et, par la mort bien! c'est dommage, + Que ne mettons vilains eu run. + + M. Hée! cinq cens escus! B. C'est esgrun. + M. Quand j'en ay j'en offre à chascun, + Et suis bien aise quand j'en preste. + B. Mes rentes sont sur le commun; + M. Mais povres gens n'en ont pas ong; + B. J'y romproye pour néant la teste. + + M. S'il povoyt venir quelque enqueste, + Quelque mandement ou requeste, + Ou quelque bonne commission! + B. Mais en quelque banquet honneste, + Faire accroire à cest ou à ceste + La Pragmatique Sanction! + + M. Et si elle y croit? B. Promision. + M. Se elle promet? B. Monition. + M. Se on l'admoneste? B. Qu'on marchande. + M. Se on faict marché? B. Fruiction. + M. Se on fruict? B. La Petition + En façon de belle demande + + D'ung beau cent escus. M. Quelle viande! + B. Qui l'auroit quand on la demande, + On ferait... M. Quoi? B. Feu. M. Sainct Jehan, voire! + B. On tauxeroit bien grosse amende + Sur le faict de ceste demande, [P. 167] + Se j'en quictoye le petitoire. + + M. Quel bien! B. Quel heur! M. Quel accessoire! + B. Je me raffroichiz la mémoire + Quand il m'en souvient. M. Quel plaisir! + B. Se on nous bailloit par inventaire + Deux mil escuz en une armoire, + Ilz n'auroient garde d'y moysir. + + M. Qui peut prendre! B. Qui peut choisir! + M. Gaigner! B. Espargner! M. Se saisir! + Nous serions partout bienvenuz. + B. Ung songe! M. Mais quel? B. De plaisir. + M. Nous prendrons si bien le loisir + De compter ne sçay quantz escuz. + + B. Nous sommes bien entretenuz. + M. Aymez. B. Portez. M. Et soustenuz... + B. De nos parens. M. De bonne race. + B. Rentes assez et revenuz, + Et s'a présent n'en avons nulz, + Ce n'est que malheur qui nous chasse. + + M. Je n'en fais compte. B. Je raimasse. + M. Je volle par coups. B. Je tracasse, + Puis au poil et puis à la plume. + M. Je gaudis, et si je rimasse, + Que voulez-vous! il ne tient qu'à ce + Que je ne l'ay pas de coustume. + + B. D'honneur assez. M. Chascun en hume. + B. Je destains le feu. M. Je l'allume. + B. Je m'esbas. M. Je passe mon dueil. [P. 168] + B. Le plus souvent, quand je me fume, + Je batteroye comme fer d'enclume, + Si je me trouvoye tout seul. + + M. Je ris. B. Je bave sur mon sueil. + M. Je donne à quelqu'une ung guin d'oeil. + B. Je m'esbas à je ne sçay quoy. + M. J'entretiens. B. Je fais bel accueil. + M. On me fait tout ce que je vueil, + Quand nous sommes mon paige et moy. + + B. Je ne demande qu'avoir dequoy, + Belle amye, et vivre à requoy, + Faire tousjours bonne entreprise, + Belles armes, loyal au Roy. + M. Mais trois poulx rempans en aboy + Pour le gibier de la chemise! + + B. Je porteroye pour ma devise + La marguerite en or assise + Et le houx partout estandu. + M. Vostre cry, quel? B. Nouvelle guise. + M. Riens en recepte, tant en mise, + Et, toute somme, item perdu. + + B. Je vous seroye, au residu, + Gorgias sur le hault verdi + Le bel estomac d'alouette. + M. Robbe! B. De gris blanc, gris perdu, + Bien emprunté et mal rendu, + Payé d'une belle estiquette. + + M. Puis la chaine d'or, la baguette, + Le lacqs de soye, la cornette... [P. 169] + B. De velours. M. C'est bel affiquet. + B. Quand nous aurions fait nostre emplète, + La porte seroit bien estroicte + Se ne passions jusqu'au ticquet. + + M. Nectelet. B. Gorgias. M. Friquet. + B. De vert? M. Tousjours quelque bouquet. + B. Selon la saison de l'année. + M. Et de paige? B. Quelque naquet. + M. S'il vient hasart en ung banquet? + B. Le prendre entre bond et vollée. + + M. Aux survenans? B. Chère meslée. + M. Aux povres duppes? B. La havée. + M. Et aux rustes? B. Le jobelin. + M. Aux mignons de court? B. L'accollée. + M. Aux gens de mesmes? B. La risée. + M. Et aux ouvriers? B. Le pathelin. + + M. D'entretenir? B. Damoiselin. + M. Et saluer? B. Bas comme lin. + M. Et diviser? B. Motz tous nouveaulx. + Pour contenter le femynin. + Nous ferions plus d'ung esclin + Qu'ung aultre de quinze royaulx. + + M. Hée, cueurs joyeux! B. Hée, cueurs loyaulx! + M. Prests. B. Prins. M. Prompts. B. Preux. M. Especiaulx. + B. Aymez. M. Supportez. B. Bien receuz. + M. Nous devrions passer aux sceaulx + Envers les officiers royaulx, [P. 170] + Comme messieurs les despourveuz. + + B. De congnoissance bien pourveuz + Et de sagesse. M. On nous a veuz + Si gentilz et si francs. B. Si doulx. + M. Helas! cent escuz nous sont deubz. + B. Au fort, si nous les eussions euz, + On en tint plus compte de nous. + + M. Nous avons faict plaisir à tous. + B. Chère à dire: D'ond venez-vous? + M. Esmerillonnez. B. Advenans. + M. Cent escus, et juger des coups. + On auroit beau mettre aux deux bouts, + Se nous ne tenions des gaignans. + + B. Nous sommes deux si beaulx gallans. + M. Fringans. B. Bruyans. M. Allans. B. Parlans. + M. Esmeuz de franche volunté. + B. Aagez de sens. M. Et jeunes d'ans. + B. Bien gays. M. Assez rescéans. + B. Porres d'argent. M. Prou de santé. + + B. Chascun de nous est habité. + M. Maison à Paris. B. Bien monté, + Aussi bien aux champs qu'en la ville. + M. Il y a ceste malheurté + Que de l'argent qu'avons presté + Nous n'en arrons ne croix ne pille. + + B. Où sont les cens et deux cens mille + Escus que nous avions en pile, + Quand chascun avoit bien du sien? [P. 171] + M. Au fort, se nous n'en avons mille, + Nous sommes, selon l'Évangile, + Des bienheureux du temps ancien. + + B. J'aymasse mieulx qu'il n'en fust rien. + M. Trouvons en par quelque moyen. + B. Qui en a à présent? M. Je ne sçay. + B. Hé, ung engin parisien.... + M. Art lombard. B. Franc praticien, + Pour faire à present ung essay! + + M. Je vis le temps que j'avançay + L'argent de chose, et adressay + Tel et tel et tel benefice. + B. Et, pour moy, quand je compassé + Monseigneur tel, et pourchassé + Moy mesmes tout seul son office. + + M. J'estois tousjours à tous propice; + Mais je crains. B. Et quoy? M. Qu'avarice + Nous surprint, si devenions riches. + B. Riches, quoi! Geste faulce lisse, + Pauvreté, nous tient en sa lice. + M. C'est ce qui nous faict estre chiches. + + B. Nous sommes legiers. M. Comme biches. + B. Rebondis... M. Comme belles miches. + B. Et fraysés... M. Comme beaulx ongnons. + B. Aussi coustelez. M. Comme chiches, + B. Adventureux. M. Comme Suysses + A Nancy, sur les Bourguygnons. + + B. Entre les gallans. M. Compaignons. + B. Entre les gorgias. M. Mignons. [P. 172] + B. Entre gens d'armes. M. Courageux. + B. S'on barguigne. M. Nous barguignons. + B. Heureulx. M. Gomme beaux champignons. + Mis sus en ung jour ou en deux, + + B. Nous sommes les adventureux + Despourveuz. M. D'argent. B. Plantureux. + M. De nouvelles plaisantes. B. Tant. + M. Pour servir princes. B. Curieux. + M. Et pour les mignons. B. Gracieux. + M. Et pour le commun. B. Tant à tant. + + M. Hée, monsieur de Baillevent, + Quand reviendra le bon temps? + B. Quand chascun aura ses souhaits. + M. Cent mille escus argent comptant, + Sur ma foy, je seroye content + Qu'on ne parlast plus que de paix. + + B. Nous sommes si francs. M. Si parfaits. + B. Si sçavans. M. Si cauts en nos faiz. + B. Si bien nez. M. Si preux. B. Si hardis. + M. Saiges. B. Subtilz. M. Advisez. B. Mais + Faulte d'argent et les grans prestz... + M. Nous ont ung peu appaillardis. + + B. Abandonnez. M. Comme hardis. + B. Requis. M. Comme les gras mardis. + B. Et fiers. M. Comme ung beau pet en baing. + B. J'ay dueil que vieulx villains tarnys + Soient d'or et d'argent si garnis, [P. 173] + Et mignons en ont tant besoing. + + M. Nous avons froid. B. Chauld. M. Faim. B. Soif M. Soing. + B. Nous tracassons. M. Ça. B. Là. M. Près. B. Loing. + M. Sans prouffit. B. Sans quelque advantaige. + M. Mais, s'on nous fonçoit or au poing, + Nous serions pour faire à ung coing + Nostre prouffit d'aultruy dommage. + + Avez-vous tousjours l'heritaige + De Baillevent? B. Ouy. M. J'enraige + Qu'en Mallepaye n'a vins, blez, grains. + B. Cent francs de rente et ung fromaige, + Vous m'orriez dire de couraige: + Vive le roy! M. Ronfflez, villains! + + B. Qui a le vent? M. Joyeulx mondains. + B. Gré de dames? M. Amoureux craints. + B. Et l'argent, qui? M. Qui plus embource. + B. Qu'est-ce d'entre nous courtissains? + M. Nous prenons escus pour douzains, + Franchement, et bourse pour bource. + + B. Ha! Monseigneur! M. Sang bieu, la mousse + M'a trop cousté. B. Et pourquoy? M. Pource. + B. Hay! hay! tout est mal compassé. + M. Comment? B. On ne joue plus du poulce. + M. Qui ne tire. B. Quicte la trousse; + Autant vauldroit ung arc cassé. + + M. Monsieur mon pere eust amassé [P. 174] + Plus d'escus qu'on eust entassé + En ung hospital de vermine. + B. Mais nous avons si bien sassé, + Le sang bieu! que tout est passé, + Gros et menu, par l'estamyne. + + M, Si vient guerre, mort ou famine, + Dont Dieu nous gard, quel train, quel myne + Ferons nous pour gaigner le broust? + B. Quant à moy, je me determine + D'entrer chez voisin et voisine + Et d'aller voir si le pot bout. + + M. Mais regardons, à peu de coust, + Quel train nous viendroit mieulx à goust + Pour amasser biens et honneurs. + B. Le meilleur est prendre partout. + M. De rendre, quoy? B. On s'en absoult, + Pour cinq solz, à ces pardonneurs. + + M. Allons servir quelques seigneurs. + B, Aucuns sont si petitz d'honneurs + Qu'on n'y a que peine et meschance. + M. Et prouffit, quel? B. Scions les heurs; + Mais entre nous, ans estradeurs, + Il nous fault esplucher la chance. + + M. Servons marchans pour la pitance, + Pour _fructus ventris_, pour la pance. + B. On y gaigneroit ses despens. + M. Et de foncer? B. Bonne asseurance, + Petite foy, large conscience; + Tu n'y scez riens et y aprens. + + M. De procès, quoy? B. Si je m'y rens, [P. 175] + Je veulx estre mis sur les rangs, + S'ilz ont argent, si je n'en crocque. + M. Quels gens sont-ce? B. Gros marchesens, + Qui se font bien servir des gens; + Mais de payer, querez qui bloque! + + M. Officiers, quoi? C'est toute mocque: + L'ung pourchasse, l'autre desroque, + Et semble que tout soit pour eulx. + B. Laissons-les là. M. Ho! je n'y tocque. + Il n'est point de pire defroque + Que de malheur à malheureux. + + B. Pour despourveuz adventureux + Comme nous, encor c'est le mieulx + De faire l'ost et les gens d'armes. + M. En fuite je suis couraigeux. + B. Et à frapper? M. Je suis piteux; + Je crains trop les coups, pour les armes. + + B. Servons donc Cordelièrs ou Carmes, + Et prenons leurs bissacs à fermes, + Car il n'y a pas grand débit. + M. Ilz nous prescheroient en beaulx termes, + Et pleureroyent maintes lermes + Devant que nous prinssions l'habit. + + B. Se en cest malheur et labit + Nous mourions, par quelque acabit, + Ame n'y a qui bien nous face. + M. J'ay ung vieil harnoys qu'on forbit, + Sur lequel je fonde ung obit, [P. 176] + Et du surplus, Dieu le parface! + + B. Hée, fault-il que Fortune efface + Nostre bon bruyt? M. Malheur nous chasse; + Mais il n'a nul bien qui n'endure, + B. Prenons quelque train. M. Suyvons trasse. + B. Nous trassons, et quelqu'un nous trasse: + A loups ravis grosse pasture. + + M. Allons! B. Mais où? M. A l'adventure. + B. Qui nous admoneste? M. Nature. + B. Pour aller? M. Où on nous attend. + B. Par quel chemin? M. Par soing ou cure. + B. Logez où? M. Près de la clousture + De monsieur d'Angoulevent. + + B. Comment yrons? M. Jusqu'à Claqdent + *************************** + Et passerons par Mallepaye. + B. Brief, c'est le plus expédient + Que nous jetons la plume au vent: + Qui ne peult mordre, si abaye. + + M. Où ung franc couraige s'employe, + Il treuve à gaigner. B. Querons proye. + M. Desquelz serons-nous? B. Des plus forts. + M. Il ne m'en chault, mais que j'en aye, + Que la plume au vent on envoye. + B. Puis après? M. Alors comme alors. + + B. La plume au vent! M. Sus. B. Là. M. Dehors! + B. Au hault et au loing. M. Corps pour corps. [P. 177] + Je me tiendray des mieulx venuz. + B. On n'yra point, quand serons mors, + Demander au roy les tresors + De messieurs les despourveuz. + + La plume au vent! M. Je le concluz. + **************************** + Pour les povres de ceste année. + B. Ne demeurons plus si confuz. + **************************** + Au grat, la terre est degelée! + + M. Allons, suyvons quelque traînée. + Devant! vostre fièvre est tremblée, + Car nous sommes tous estourdiz. + B. Dieu doint aux riches bonne année! + M. Aux despourveuz grasse journée! + B. Et aux femmes pesans mariz! + + Prenez en gré, grans et petiz. + + FIN DU DIALOGUE DE MALLEPAYE + ET DE BAILLEVENT. + + + [P. 178] + + + XXIV. + LES REPEUES FRANCHES + DE FRANÇOIS VILLON + ET DE SES COMPAGNONS. + + Vous qui cerchez les repeues franches, + Et, tant jours ouvriers que dimenches, + N'avez pas planté de monnoye, + Affin que chascun de vous oye + Comment on les peut recouvrer, + Vueillez vous au sermon trouver + Qui est escript dedans ce livre. + Mettez tous peine de le lire, + Entre vous, jeunes perrucatz, + Procureurs, nouveaulx advocatz, + Aprenans aux despens d'aultruy. + Venez-y tost, sans nul estrif, + Clercz, de praticque diligens, + Qui congnoissez si bien vos gens; + Sergens à pied et à cheval, + Venez-y d'amont et d'aval, + Les hoirs du deffunct Pathelin, [P. 179] + Qui sçavez jargon jobelin; + Capitaine du pont-à-Billon; + Tous les subjetz Francoys Villon, + Soyez, à ce coup, reveillez. + Pas ne devez estre oubliez, + Tous gallans à pourpointz sans manches, + Qui ont besoing de repeues franches, + Et tous ceulx, tant yver qu'esté, + Qui en ont grant nécessité. + Venez vous apprendre comment + Les maistres anciennement + Sçavoyent tous les tours de ce faire: + Messire Chascun Poicdenaire, + Qui de livres sçait les usaiges, + Et veult lire tous les passaiges, + De celuy en prins appetis; + Venez-y donc, grans et petis, + Car, de la science sçavoir, + Vous ne povez que mieulx valoir. + Venez, chevaucheurs d'escuyrie, + Serviteurs de grant seigneurie, + Venez-y sans dilation, + Tous gens sotz et toutes gens sottes; + Venez-y, bigotz et bigottes; + Venez-y, povres Turlupins + Et Cordeliers et Jacopins; + Venez aussi, toutes prestresses, + Qui sçavez piecà les adresses + Des presbitaires hault et bas; + Gardez que vous n'y faillez pas! + Venez, gorriers et gorrières, + Qui faictes si bien les manières; + Que c'est une chose terrible. + Pour bien faire tout le possible; [P. 180] + Toutes manières de farseurs, + Anciens et jeunes mocqueurs; + Venez-y tous, vrays macquereaulx + De tous estatz, vieulx et nouveaulx; + Venez-y toutes, macquerelles, + Qui, par vos subtilles querelles, + Avez tousjours en vos maisons + Pour avoir, en toutes saisons, + Tant jours ouvriers que dimenches, + Souvent les bonnes repeues franches. + Venez-y tous, bons pardonneurs, + Qui sçavez faire les honneurs, + Aux villages, de bons pastez, + Avecques ces gras curatez, + Qui ayment bien vostre venue + Pour avoir la franche repeue; + Affin que chascun d'eulx enhorte + Les paroissiens, qu'on apporte + Des biens aux pardons de ce lieu, + Et qu'on face du bien pour Dieu. + Tant que le pardonneur s'en aille, + Le curé ne despendra maille, + Et aura maistre Jehan Laurens + Fermement payé les despens + Et quarte de vin, simplement, + Au curé, à son parlement. + De tout estât, soit bas ou hault, + Venez-y, qu'il n'y ait deffault; + Venez-y, varletz, chamberières, + Qui sçavez si bien les manières, + En disant mainte bonne bave, + D'avoir du meilleur de la cave, + Et puis joyeusement preschez, + Après que vos gens sont couchez. [P. 181] + Ceulx qui cerchent banquets ou festes + Pour dire quelques chansonnettes, + Affin d'atrapper la repeue, + Que chascun de vous se remue + D'y venir bien legièrement; + Et vous pourrez ouyr comment + Ung grant tas de bonnes commères + Sçavent bien trouver les manières + De faire leurs marys coqus. + Venez-y, et n'attendez plus, + Entre vous, prebstres sans séjour, + Qui dictes deux messes par jour + A Sainct-Innocent, ou ailleurs; + Venez-y, pour sçavoir plusieurs + Des passaiges et des adresses + De maintes petites finesses + Que l'en faict facillement + Qu'advient, par faulte d'argent, + En maint lieu, la franche repeue, + Qui ne doit à nul estre teue. + Par tel, cil qui veue ne l'aura, + Paiera, et celuy qui fera + De ceste repeue le présent, + De l'escot s'en yra exempt, + Moyennant qu'il monstre ce livre: + Par ce moyen sera delivre; + En lieu où n'aura esté veu + Il sera franchement repeu, + Ainsi qu'on orra plus à plain, + Qui de l'entendre prendra soing. + + + [P. 182] + BALLADE DE L'ACTEUR. + + Quant j'euz ouy ce présent mandement: + Qu'on semonnoit venir, de par l'Acteur, + Le dessusdict, j'ay pensé lermement + De moy trouver, et en prins l'adventure, + Comme celuy qui, de droicte nature, + Vouloit de ce faire narration, + A celle fin qu'il en fust mention, + A ung chascun, pour le temps advenir, + Qui s'attendent et ont intention + Que les respeues les viendront secourir. + + Mais ce secours est d'anciennement + De tous repas le chief, et par droicture; + Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement, + Le treuvent bon, et aultres n'en ont cure, + Et ne cerchent tant que l'argent leur dure, + Mais font du leur si grant destruction, + Qu'ilz en entrent en la subjection, + De faire aux dens l'arquemie, sans faillir, + En attendant, pour toute production, + Que les repeues les viendront secourir. + + J'en ay congneu, qui souvent largement + Donnoyent à tous repeues outre mesure; + Qui depuis ont continuellement + Servy le Pont-à-Billon, par droicture, + Dont la façon a esté à maint dure, + En leur grant dueil et tribulation; + Mais lors n'avoyent nulle remission, + Combien que ce leur fist le cueur frémir, + Ilz n'attendoyent aultre succession, [P. 183] + Que les repeues les viendront secourir. + + ENVOI. + + Prince, pour ce que ne me puis tenir + Que de telz faitz ne face mention, + Puisque à mon temps les ay veu avenir, + J'en vueil faire quelque narration, + Et escripre, soubz la correction + Des escoutans, affin d'en souvenir, + La présente nouvelle invention, + Que les repeues les viendront secourir. + + + + BALLADE DES ESCOUTANS. + + Qui en a est Le bien venu; + Qui n'en a point, l'en n'en tient compte, + Cil qui en a est bien congneu, + Cil qui n'en a point vit à honte. + Qui paye l'on exauce et monte + Jusque au tiers ciel, pour en prester: + Son honneur tout aultre surmonte, + Par force de bien acquester. + + Quant entendismes les estatz + De telz dissimulations, + Congnoissant les hauts et les bas, + Par toutes abreviations, + Nous mismes, sans sommations, + Aux champs, par bois et par tailllis. + Pour congnoistre les fictions, [P. 184] + Qui se font souvent à Paris. + + Pource que chacun maintenoit + Que c'estoit la ville du monde + Qui plus de peuple soustenoit, + Et où maintz estranges abonde, + Pour la grant science parfonde + Renommée en icelle ville, + Je partis, et veulx qu'on me tonde, + S'à l'entrée avois croix ne pille. + + Il estoit temps de se coucher, + Et ne sçavoye où heberger; + D'ung logis me vins approcher, + Sçavoir s'on m'y vouldroit loger, + En disant: «Avez à menger?» + L'hoste me respondit: «Si ay.» + Lors luy priay, pour abréger: + «Apportez-le donc devant moy.» + + Je fus servy passablement, + Selon mon estat et ma sorte, + Et pensant, à part moy, comment + Je cheviroye avec l'hoste, + Je m'avisé que, soubz ma cotte, + Avois une espée qui bien trenche: + Je la lairray, qu'on ne me l'oste, + En gaige de la repeue franche. + + L'espée estoit toute d'acier, + Il ne s'en failloit que le fer; + Mais l'hoste la me fist machier, + Fourreau et tout, sans fricasser; [P. 185] + Puis, après, me convint penser + De repaistre, se faim avoye; + Rien n'y eust valu le tencer: + De leans partis sans monnoye. + + + + L'ACTEUR. + + Lendemain, m'aloye enquerant + Pour encontrer Martin Gallant. + Droit en la Salle du Palays + Rencontray, pour mon premier mès, + Tout droit soubz la première porte, + Plusieurs mignons d'estrange sorte, + Que sembloit bien à leur habit + Qu'ilz fussent gens de grant acquit. + Lors vins pour entrer en la Salle: + L'ung y monte, l'aultre devalle. + Là me pourmenoye, de par Dieu, + Regardant l'estat de ce lieu, + Et quand je l'euz bien regardée, + Tant plus la voys tant plus m'agrée; + Je vis là tant de mirlificques, + Tant d'ameçons et tant d'afficques, + Pour attraper les plus huppez. + Les plus rouges y sont happez; + A l'ung convient vendre sa terre; + Maint, sans sainctir, là se detterre, + Partie ou peu en demourra + De tout ce que vaillant aura; + Cuydant destruyre son voysin + De Poytou, ou de Lymousin, + Ou de quelque aultre nation, + Maint en est en destruction, + Et fault, ains partir de léans, [P. 186] + Qu'ilz facent l'arquemye aux dens. + On emprunte, qui a credit, + Tout ainsi que devant est dict. + Quand leur argent fort s'appetiese, + Lors leur est la repeue propice, + Et lors cerchent (plus n'en doubtez), + Hault et bas et de tous costez, + Comme on verra par demomstrances + En ce traicté des Repeues franches. + Et quant au regard de plusieurs + Aultres repeues, sont escriptes + Affin qu'on preigne les meilleurs, + En lisant, grandes ou petites. + Vous orrez maintz moyens licites + Comment ilz ont esté happez, + Hault et bas, par bonnes conduictes + De ceulx qui les ont attrapez. + + + LA REPEUE + DE VILLON ET DE SES COMPAIGNONS. + + «Qui n'a or, ny argent, ny gaige, + Comment peult-il faire grant chère? + Il fault qu il vive d'avantaige: + La façon en est coustumière. + Sçaurions-nous trouver la manière + De tromper quelqu'ung, pour repaistre? + ******************************** + Qui le fera sera bon maistre!» + + Ainsi parloyent les compaignons [P. 187] + Du bon maistre Françoys Villon, + Qui n'avoient vaillant deux ongnons, + Tentes, tapis, ne pavillon. + Il leur dit: «Ne nous soucion, + Car, aujourd'huy, sans nul deffault, + Pain, vin, et viande, à grant foyson, + Aurez, avec du rost tout chault.» + + _La manière d'avoir du Poisson._ + + Adoncques il leur demanda + Quelles viandes vouloyent macher: + L'ung de bon poysson souhaita; + L'autre demanda de la chair. + Maistre Françoys, ce bon archer, + Leur dist: «Ne vous en souciez; + Il vous faut voz pourpointz lascher, + Car nous aurons viandes assez.» + + Lors partit de ses compaignons, + Et vint à la Poyssonnerie, + Et les laissa delà les pontz, + Quasy plains de melencolie. + Il marchanda, à chère lye, + Ung pannier tout plain de poysson, + Et sembloit, je vous certiffie, + Qu'il fust homme de grant façon. + + Maistre Françoys fut diligent + D'achapter, non pas de payer, + Et dist qu'il bailleroit l'argent + Tout comptant au porte-pannier. + Ils partent sans plus plaidoyer, + Et passèrent par Nostre-Dame, + Là où il vit le Penancier, [P. 188] + Qui confessoit homme ou bien femme. + + Quant il le vit, à peu de plait, + Il luy dist: «Monsieur, je vous prie + Que vous despechez, s'il vous plaist, + Mon nepveu; car, je vous affie + Qu'il est en telle resverie: + Vers Dieu il est fort negligent; + Il est en tel merencolie, + Qu'il ne parle rien que d'argent. + + --Vrayment, ce dit le Penancier, + Très voulentiers on le fera.» + Maistre Francoys print le pannier, + Et dit: «Mon amy, venez ça; + Velà qui vous depeschera, + Incontinent qu'il aura faict.» + Adonc maistre Françoys s'en va, + Atout le pannier, en effect. + + Quand le Penancier eut parfaict + De confesser la créature, + Gaigne-denier, par dit parfaict, + Accourut vers luy bonne alleure, + Disant: «Monsieur, je vous asseure, + S'il vous plaisoit prendre loysir + De me depescher à ceste heure, + Vous me feriez ung grant plaisir. + + --Je le vueil bien, en verité, + Dist le Penancier, par ma foy! + Or, dictes _Benedicite,_ + Et puis je vous confesseray, + Et, en après, vous absouldray, [P. 189] + Ainsy comme je doy le faire; + Puis penitence vous bauldray, + Qui vous sera bien necessaire. + + --Quel confesser! dist le povre homme: + Fus-je pas à Pasques absoulz? + Que bon gré sainct Pierre de Romme! + Je demande cinquante soulz. + Qu'esse-cy? A qui sommes-nous? + Ma maistresse est bien arrivée! + A coup, à coup, depeschez-vous, + Payez mon panier de marée. + + --Ha! mon amy, ce n'est pas jeu, + Dist le Penancier, seurement: + Il vous fault bien penser à Dieu + Et le supplier humblement. + --Que bon gré en ayt mon serment! + Dist cet homme, sans contredit, + Depeschez-moy legierement, + Ainsi que ce seigneur a dit.» + + Adonc le Penancier vit bien + Qu'il y eut quelque tromperie; + Quand il entendit le moyen, + Il congneut bien la joncherie. + Le povre homme, je vous affie, + Ne prisa pas bien la façon, + Car il n'eut, je vous certifie, + Or ne argent de son poysson. + + Maistre François, par son blason. + Trouva la façon et manière + D'avoir marée à grant foyson, [P. 190] + Pour gaudir et faire grant chère. + C'estoit la mère nourricière + De ceulx qui n'avoyent point d'argent; + A tromper devant et derrière, + Estoit ung homme diligent. + + _La manière d'avoir des Trippes pour diner._ + + Que fist-il? A bien peu de plet, + S'advisa de grant joncherie: + Il fist laver le cul bien net + A ung gallant, je vous affie, + Disant: «Il convient qu'on espie: + Quand seray devant la trippière, + Monstre ton cul par raillerie, + Puis, après, nous ferons grant chière.» + + Le compaignon ne faillit pas, + Foy que doy sainct Remy de Rains! + A Petit-Pont vint par compas, + Son cul descouvrit jusque aux rains. + Quand maistre Françoys vit ce train, + Dieu sçet s'il fit piteuses lippes, + Car il tenoit entre ses mains + Du foye, du polmon et des trippes. + + Comme s'il fust plain de despit, + Et courroucé amèrement, + Il haulsa la main ung petit, + Et le frappa bien rudement, + Des trippes, par le fondement; + Puis, sans faire plus long caquet, + Les voulut, tout incontinent, [P. 191] + Remettre dedans le baquet. + + La trippière fut courroucée + Et ne les voulut pas reprendre. + Maistre Françoys, sans demourée, + S'en alla, sans compte luy rendre: + Par ainsi, vous povez entendre, + Qui'ilz eurent trippes et poisson. + Mais, après, il faut du pain tendre, + Pour ce disner de grant façon. + + _La manière d'avoir du Pain._ + + Il s'en vint chez an boulengier + Affin de mieulx fornir son train, + Contrefaisant de l'escuyer + Ou maistre d'hostel, pour certain, + Et commanda que, tout souldain, + Cy pris, cy mis; on chappellast + Cinq ou six douzaines de pain, + Et que bien tost on se hastast. + + Quand la moytié fut chappellé, + En une hotte le fist mettre, + Comme s'il fust de près hasté, + Il pria et requist au maistre + Qu'aucun se voulsist entremettre + D'apporter, après luy courant, + Le pain chappellé en son estre, + Tandis qu'on fist le demourant. + + Le varlet le mist sur son col; + Après maistre François le porte, [P. 192] + Et arriva, soit dur ou mol, + Emprès une grant vielle porte. + Le varlet deschargea sa hotte + Et fut renvoyé, tout courant, + Hastivement, tenant sa hotte, + Pour requerir le demourant. + + Maistre Françoys, sans contredit, + N'attendit pas la revenue. + Il eut du pain, par son édit, + Pour fournir sa franche repeue. + Le boulengier, sans attendue, + Revint, mais ne retrouva point + Son maistre d'hostel; il tressue, + Qu'on l'avoit trompé en ce point. + + _La manière d'avoir du Vin._ + + Après qu'il fut fourny de vivres, + Il fault bien avoir la mémoire + Que, s'ils vouloyent ce jour estre yvres, + Il falloit qu'ils eussent à boire. + Maistre Françoys, debvez le croire, + Emprunta deux grans brocs de boys, + Disant qu'il estoit necessaire + D'avoir du vin par ambagoys. + + L'ung fist emplir de belle eaue clère, + Et vint à la Pomme de Pin, + Atout ses deux brocs, sans renchère, + Demandant s'ils avoient bon vin, + Et qu'on luy emplist du plus fin, + Mais qu'il fust blanc et amoureux. [P. 193] + On luy emplist, pour faire fin, + D'ung très bon vin blanc de Baigneux. + + Maistre Francoys print les deux brocs, + L'un emprès l'autre les bouta; + Incontinent, par bons propos, + Sans se haster, il demanda + Au varlet: «Quel vin est ce là?» + Il luy dist: «Vin blanc de Baigneux. + --Ostez cela, ostez cela, + Car, par ma foy, point je n'en veulx. + + «Qu'esse-cy? Estes-vous bejaulne? + Vuidez-moy mon broc vistement. + Je demande du vin de Beaulne, + Qui soit bon, et non aultrement.» + Et, en parlant, subtillement + Le broc qui estoit d'eaue plain + Contre l'aultre legierement + Luy changea, à pur et à plain. + + Par ce point, ils eurent du vin + Par fine force de tromper; + Sans aller parler au devin, + Ils repeurent, per ou non per. + Mais le beau jeu fut au souper, + Car maistre Françoys, à brief mot, + Leur dit: «Je me vueil occuper, + Que mangerons ennuyt du rost.» + + _La manière d'avoir du Rost._ [P. 194] + + Il fut appointé qu'il yroit + Devant l'estal d'ung rotisseur, + Et de la chair marchanderoit, + Contrefaisant du gaudisseur, + Et, pour trouver moyen meilleur, + Faignant que point on ne se joue, + Il viendroit un entrepreneur, + Qui luy bailleroit sur la joue. + + Il vint à la rostisserie, + En marchandant de la viande; + L'autre vint, de chère marrie: + «Qu'est-ce que ce paillart demande?» + Luy baillant une buffe grande, + En luy disant mainte reproche. + Quand il vit qu'il eut ceste offrande, + Empoigna du rost pleine broche. + + Celuy qui bailla le soufflet + Fuist bien tost et à motz exprès. + Maistre Françoys, sans plus de plet, + Atout son rost, courut après, + Ainsi, sans faire long procès, + Ils repeurent, de cueur devot, + Et eurent, par leur grant excès, + Pain, vin, chair, et poisson, et rost. + + [P. 195] + + SECONDE REPEUE + + DE L'EPIDEMIE. + + Et pour la première repeue + Dont après sera mention, + Bien digne d'estre ramenteue + Et mise en revelation, + Et pourtant, soubs correction, + Affin que l'en en parle encore, + Comme nouvelle invention, + Redigé sera par memoire. + + Or advint, de coup d'aventure, + Que les suppostz devant nommez, + Ne cherchoyent rien par droicture. + Qu'en richesse gens renommez. + Ung jour qu'ilz estaient affamez, + En la porte d'ung bon logis + Virent entrer, sans estre armez, + Ambassadeurs de loing pays. + + Si pensèrent entre eux comment + Ilz pourroient, pour l'heure, repaistre, + Et, selon leur entendement, + L'ung d'iceulz s'aprocha du maistre + D'hostel, et se fit acongnoistre, + Disant qu'il luy enseigneroit + Le haut, le bas marché, pour estre + Par luy conduyt, s'il luy plaisoit. + + Je croy bien que monsieur le maistre, + Qui du bas mestier estoit tendre, [P. 196] + Fit ce gallant très bien repaistre, + Et luy commenda charge prendre + De la cuysine, d'y entendre, + Tant que leur train departira, + Et bien payera, sans attendre, + A son gré, quand il s'en yra. + + Lors s'en vint à ses compaignons, + Dire: «Nostre escot est payé; + Je suis jà l'ung des grans mignons + De léans et mieulx avoyé, + Car le maistre m'a envoyé + Par la ville, pour soy sortir; + Mais, se mon sens n'est desyoyé, + Bien brief l'en feray repentir. + + --Va, lui dirent ses compaignons, + Et esguise tout ton engin + A nous rechauffer les rongnons + Et nous faire boire bon vin. + Passe tous les sens Pathelin, + De Villon et Pauquedenaire, + Car se venir peux en la fin, + Passé seras maistre ordinaire.» + + Ce gallant vint en la maison + Où estoyt logé l'ambassade, + Où les seigneurs, par beau blason, + Devisoyent rondeau ou ballade. + Il estoit miste, gent et sade, + Bien habitué, bien en point, + Robbe fourrée, pourpoint d'ostade; + Il entendoit son contrepoint. + + Le principal ambassadeur [P. 197] + Aymoit une peu le bas mestier, + Dont le gallant fut à honneur, + Car c'estoyt quasi son mestier, + Et luy conta que, à son quartier, + Avoit de femmes largement, + Qui estoyent, s'il estoit mestier, + A son joly commandement. + + Le gallant fut entretenu + Par ce seigneur venu nouveau, + Et léans il fut retenu, + Pour estre fin franc macquereau. + Le jeu leur sembla si très beau; + Aussi, il fit si bonne mine, + Qu'il fut esleu, sans nul appeau, + Pour estre varlet de cuysine. + + Les ambassadeurs convoyèrent + Seigneurs et bourgeois à disner, + Lesquels voulentiers y allèrent + Passer temps, point n'en faut doubter. + Toutesfoys, vous debvez sçavoir, + Quelque chose que je vous dye, + Que l'ambassadeur, pour tout veoir, + Craignoit moult fort l'Epidemie. + + Ce gallant en fut adverty, + Qui nonobstant fist bonne mine, + Et quand il fut près de midi, + A l'heure qu'il est temps qu'on disne, + Il entra dedans la cuysine, + Manyant toute la viande, + Comme docteur en médecine [P. 198] + Qui tient malades en commande. + + Tous les seigneurs là regardèrent + Son train, ses façons et manières; + Mais, après luy, pas ne tastèrent, + Aussi ne luy challoit-il guères. + Après il print les esguières, + Le vin, le claire, l'ypocras, + Darioles, tartes entières: + Il tasta de tout, par compas. + + Et, pour bien entendre son cas, + Quand il vit qu'il estoit saison, + A bien jouer ne faillit pas, + Pour faire aux seigneurs la raison, + Si bien que dedans la maison + Demeura tout seul pour repaistre, + Soustenant, par fine achoison, + Qu'il se douloit du cousté destre. + + Lors y avoit une couchette + Où il failloit la feste faire, + Et n'a dent qui ne luy cliquette; + Là se mist, commençant à braire + Que l'on s'en fuyt au presbytaire, + Pour faire le prebstre acourir, + Atout Dieu et l'autre ordinaire + Qu'il fault pour ung qui veult mourir. + + Quand les seigneurs virent le prebstre + Avec ses sacremens venir, + Chacun d'eulx eust bien voulu estre + Dehors, je n'en veulx point mentir: + Si grant haste eurent d'en sortir, [P. 199] + Que là demeurèrent les vivres, + Dont les compaignons du martir + Furent troys jours et troys nuyts yvres. + + Par ce point eurent la repeue + Franche chascun des compaignons. + La finesse le prebstre a teue, + Affin de complaire aux mignons; + Mais les seigneurs dont nous parlons + Eurent tous, pour ce coup, l'aubade: + Chascun d'eulx fut, nous ne faillons, + De la grant paour troys jours malade. + + + + LA TROISIEME REPEUE + + DES TORCHECULS. + + Un Lymousin vint à Paris, + Pour aulcun procès qu'il avoit. + Quand il partit de son pays + Pas gramment d'argent il n'avoit, + Et toutefoys il entendoit + Son fait, et avoit souvenance + Que son cas mal se porteroit + S'il n'avoit une repeue franche. + Ce Lymousin, c'est chose vraye, + Qui n'avoit vaillant ung patac, + Se nommoit seigneur de Combraye, + Sans qu'on le suivist à son trac. + Plus rusé estoit qu'ung vieil rat, [P. 200] + Et affamé comme un vieil loup, + Avec monsieur de Penessac, + Et le seigneur de Lamesou. + Les troys seigneurs s'entretrouvèrent; + Car ilz estoyent tous d'ung quartier + Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent, + Ainsi qu'il en estoit mestier; + Toutesfoys, ce bon escuyer + De Combraye, propos final, + Fut esleu leur grant conseillier, + Et le gouverneur principal. + Ils conclurent, pour le meilleur, + Que ce bon notable seigneur + Yroit veoir s'il pourroit trouver + Quelque bon lieu pour s'y loger, + Et, selon qu'il le trouverait, + Aux aultres le raconteroit. + Or advint, environ midy, + Qu'il estoit de faim estourdy, + S'en vint à une hostellerie, + Rue de la Mortellerie, + Où pend l'enseigne du Pestel: + _A bon logis et bon hostel,_ + Demandant s'on a que repaistre: + «Ouy, vrayment, ce dist le maistre; + Ne soyez de rien en soucy, + Car vous serez très bien servy + De pain, de vin et de viande. + --Pas grand chose je ne demande, + Dist le bon seigneur de Combraye: + Il n'y a guère que j'avoye [P. 201] + Bien desjuné; mais, toutesfoys, + Si ai-je disné maintes foys + Que n'avoye pas tel appetit.» + Ce seigneur menga ung petit, + Car il n'avoit guère d'argent, + Commendant qu'on fust diligent + D'avoir quelque chose de bon, + Pour son soupper: ung gras chapon; + Car il pensoit bien que, le soir, + Il devoit avec luy souper + Des gentilzhommes de la cour. + L'hostesse fut bien à son gourt, + Car, quand vint à compter l'escot, + Le seigneur ne dist oncques mot, + Mais tout ce qu'elle demanda + Ce gentilhomme luy bailla, + Disant: «Vous comptez par raison!» + Puis il sortit de la maison, + Bouta son sac soubs son esselle, + Et vint raconter la nouvelle + A ses compaignons, et comment + Il failloit faire saigement. + Il fut dit, à peu de parolles, + Pour eviter grans monopolles, + Que le seigneur de Penessac + Yroit devant louer l'estat + Et blasonner la suffisance + De ce seigneur, car, sans doubtance, + La chose le valoit très bien, + Et, pour trouver meilleur moyen, + Il menroit en sa compaignie, + Lamesou; et n'y faillit mye. [P. 202] + Si vint demander à l'hostesse + S'ung seigneur remply de noblesse + Estoit logé en la maison. + L'hostesse respondit que non, + Et que vrayement il n'y avoit + Qu'ung Lymousin, lequel debvoit + Venir au soir souper léans. + «Ha! dist-il, dame de céans, + C'est celuy que nous demandons; + Par ma foy! c'est le grant baron, + Qui est arrivé au matin. + --Je n'entens point vostre latin, + Dist l'hostesse; vous parlez mal: + Il n'a ne jument ne cheval; + Il va à pied, par faulte d'asne.» + Lors Penessac respondit: «Dame, + Il vient icy pour ung procès; + Il est appellant des excès + Qu'on luy a faictz en Lymousin, + Et va ainsi de pied, affin + Que son procès soit plus tost faict.» + L'hostesse le creut, en effet. + Alors, le seigneur de Combraye + Arrive, et Dieu sçait quelle joye + Ces deux seigneurs icy lui firent; + Et le genoil en bas tendirent + Aussi tost comme il fut venu, + Et par ce point il fut congneu + Qu il estoit seigneur honorable. + Le bon seigneur se sist à table, + En tenant bonne gravité. + Vis-à-vis, de l'autre costé, + S'assit le seigneur de l'hostel, + Et eurent du vin, Dieu sçait quel! [P. 203] + Il ne le fault point demander. + Quand ce vint à l'escot compter + L'hostesse assez hault comptoit, + Mais au seigneur il n'en challoit, + Feignant qu'il fust tout plain d'argent. + Lors il dist qu'on fust diligent + De penser à faire les litz, + Car il vouloit en ce logis + Coucher; puis après, par exprès, + Il print son grand sac à procès, + Et le bailla léans en garde, + Disant: «Qu'on me le contregarde. + Si de l'argent voulez avoir, + Il ne faut que le demander.» + L'hostesse ne fut pas ingrate, + En disant: «Je n'en ay pas haste. + N'espargnez rien qui soit céans.» + Ces seigneurs couchèrent léans + L'espace de cinq ou six moys, + Sans payer argent, toutesfoys, + Non obstant ce qu'il demandoit + A l'hostesse s'elle vouloit + Avoir de l'argent, bien souvent; + Mais il n'estoit point bien content + De mettre souvent main en bourse. + L'hostesse n'estoit point rebourse, + Et dist: «Ne vous en soucyez; + Dieu mercy! j'ay argent assez, + A vostre bon commandement.» + Ces mignons pensèrent comment + Ilz pourroyent retirer leur sac; + Et lors monsieur de Penessac + Dist à ce baron de Combraye + Qu'il se boutast bientost en voye, [P. 204] + Jugeant qu'il fust embesongné. + Ce seigneur vint, tout refrongné, + Vers l'hostesse, par bon moyen, + Et lui dit: «Mon cas va très bien; + Mon procès est ennuyt jugé. + A coup, qu'il n'y ait plus songé, + Baillez-moy mon sac, somme toute, + Car j'ay paour et si fays grant doubte, + Que les seigneurs soyent departis.» + Il print son sac: «Adieu vous dis! + Je reviendray tout maintenant.» + Il s'en alla diligemment, + A tout ses procès et son sac; + Et les seigneurs de Penessac + Et de Lamesou l'attendoyent; + Lesquelz seigneurs si s'esbatoyent, + A recueillir les torcheculz + Des seigneurs qui estoyent venus + Aux chambres, et bien se pensoyent + Qu'à quelque chose serviroyent + Ilz ostèrent tous ces procès + De ce sac, et, par motz exprès, + L'emplirent de ces torcheculz; + Puis, au soir, quand furent venuz + A leur logis, fut mis en garde, + Et, pour mieulx mettre en sauvegarde, + Il fut bouté, par grant humblesse, + Avec les robbes de l'hostesse, + Qui sentoyent le muguelias. + Au soir, firent grant ralias; + Le lendemain il fut raison + De departir de la maison + Pour s'en aller sans revenir. + On cuydoit qu'ilz deussent venir [P. 205] + Lendemain soupper et disner, + Pour leurs offices resiner, + Maiz ilz ne vindrent oncques puis. + Ils faillirent cinq ou six nuitz, + Dont l'hostesse fut eschec et mac. + Elle n'osoit ouvrir le sac + Sans avoir le congé du juge, + Auquel avoit piteux deluge; + Tellement qu il fut necessaire + Qu'on envoyast ung commissaire + Pour ouvrir ce sac, somme toute. + Quand il fust là venu sans doubte, + Il lava ses mains à bonne heure, + De paour de gaster l'escripture, + Car à cela estoit expert. + Toutesfoys, le sac fut ouvert; + Mais, quand il le vit si breneux, + Il s'en alla tout roupieux, + Cuydant que ce fust mocquerie, + Car il n'entendoit raillerie. + Ainsi partirent ces seigneurs + De Paris, joyeux en couraige. + De tromper furent inventeurs: + Cinq moys vesquirent d'avantaige; + De blasonner ilz firent raige; + Leur hoste fut par eulx vaincu. + Ils ne laissèrent, pour tout gaige + Qu'un sac tout plain de torchecu. + + [P. 206] + LA QUATRIESME REPEUE FRANCHE + + DU SOUFFRETEUX. + + «Où pris argent, qui n'en a point? + Remède est vivre d'avantaige. + Qui n'a ne robbe ne pourpoint, + Que pourroit-il laisser pour gaige? + Toutesfoys, qui aurait l'usaige + De dire quelque chansonnette + Qui peust deffrayer le passaige, + Le payement ne seroit qu'honneste.» + + L'ACTEUR. + + Ainsi parloit le Souffreteux, + Qui estoit fin de sa nature; + Moytié triste, moytié joyeux. + Du Palays partit, bonne alleure, + En disant: «Qui ne s'adventure, + Il ne fera jamais beau fait,» + Pour pourchasser sa nourriture, + Car il estoit de faim deffaict. + + Pour trouver quelque tromperie, + Le gallant se voulust haster: + En la meilleure hostellerie + Ou taverne s'alla bouter, + Et commença à demander + S'on avoit rien pour luy de bon; + Car il vouloit léans disner, [P. 207] + Et faire chère de façon. + + Lors on demanda quelle viande + Il falloit à ce pèlerin. + Il respondit: «Je ne demande + Qu'une perdrix ou un poussin, + Avec une pinte de vin + De Beaulne, qui soit frais tirée. + Et puis après, pour faire fin, + Le cotteret et la bourrée.» + + Tout ce qui luy fut convenable + Le varlet luy alla quérir. + Le gallant s'en va mettre à table, + Affin de mieulx se resjouyr, + Et disna là, tout à loisir, + Maschant le sens, trenchant du saige; + Mais il fallut, ains que partir, + Avoir ung morceau de formaige. + + «Adonc dit le clerc: Mon amy, + Il fault compter, car vous devez, + Tout par tout, sept solz et demy, + Et convient que les me payez. + --Je ne sçay comment les aurez, + Dist le gallant, car, par sainct Gille! + Je veulx bien que vous le saichez, + Je ne soustiens ne croix ne pille. + + --Qui n'a argent si laisse gaige; + Ce n'est que le faict droicturier. + Vous voulez vivre d'avantaige, + Et n'avez maille ne denier! + Estes-vous larron ou meurtrier? [P. 208] + Par Dieu, ains que d'icy je hobe, + Vous me payerez, pour abréger, + Ou vous y laisserez la robbe. + + --Quant est d'argent, je n'en ay point, + Affin de le dire tout hault. + Comment! m'en iray-je en pourpoint, + Et desnué comme ung marault? + Dieu mercy! je n'ay pas trop chault; + Mais, s'il vous plaisoit m'employer, + Je vous serviray, sans deffault, + Jusques à mon escot payer. + + --Et comment? Que sçavez-vous faire? + Dites-le moy tout plainement. + --Quoy? toute chose nécessaire. + Point ne fault demander comment; + Je gaige que, tout maintenant, + Je vous chanteray ung couplet, + Si hault et si cler, je me vant, + Que vous direz: «Cela me plaist!» + + L'ACTEUR. + + Lors, le varlet, voyant cecy, + Fut content de ceste gaigeure, + Et pensa en luy-mesme ainsi, + Qu'il attendroit ceste adventure; + Et s'il chantoit bien d'adventure, + Il lui dirait, pour tous desbats, + Qu'il payast l'escot, bon alleure, + Car son chant ne lui plaisoit pas. + + L'accord fut dit, l'accord fut faict, [P. 209] + Devant tous, non pas en arrière. + Lors le gallant tire, de faict, + De dedens sa gibecière + Une bourse, d'argent legière, + Qui estoit pleine de mereaulx, + Et chanta, par bonne manière, + Haultement, ces mots tout nouveaulx: + + De sa bourse dessus la table + Frappa, affin que je le notte, + Et, comme chose convenable, + Chanta ainsi à haulte notte: + «Faut payer ton hoste, ton hoste!» + Tout au long chanta ce couplet. + Le varlet, estant coste à coste, + Respondit: «Cela bien me plaist!» + + Toutesfoys, il n'entendoit pas + Qu'il ne fust de l'escot payé, + Parquoy il failloit sur ce pas. + De son sens fut moult desvoyé. + Devant tous fut notiffié + Qu'il estoit gentil compaignon, + Et qu'il avoit, par son traicté, + Bien disné pour une chanson. + + C'est bien disné, quand on eschappe + Sans desbourser pas ung denier, + Et dire adieu au tavernier + En torchant son nez à la nappe. + + [P. 210] + + LA CINQUIESME REPEUE + + DU PELLETIER. + + Ung jour advint qu'ung Pelletier + Espousa une belle femme + Qui appetoit le bas mestier, + En faisant recorder sa game. + Le Pelletier, sans penser blasme, + Ne s'en soucioit qu'ung petit: + Mieulx aymoit du vin une dragme, + Que coucher dedens ung beau lict. + + Ung curé, voyant cest affaire, + De la femme fut amoureux, + Et pensa qu'à son presbytaire + Il maineroit ce maistre gueux. + Il s'en vint à luy tout joyeux, + A celle fin de le tromper, + En disant: «Mon voysin, je veux + Vous donner ennuyt à soupper.» + + Le Pelletier en fut content, + Car il ne vouloyt que repaistre, + Et alla tout incontinent + Faire grant chère avec le prestre, + Qui luy joua d'un tour de maistre, + Disant: «Ma robbe est deffourrée; + Il vous y convient la main mettre, + Affin qu'elle soit reffourrée. + + --Et bien, ce dist le Pelletier, [P. 211] + Monseigneur, j'en suis bien content, + Mais que vous m'en vueillez payer; + Je suis tout vostre, seurement.» + Ils firent leur appoinctement + Qu'il auroit, pour tout inventoire, + Dix solz tournois entièrement, + Et du vin largement pour boire, + + Pourvu qu'il la despecheroit, + Car il luy estoit necessaire, + Et que toute nuyt veilleroit, + Avec son clerc, au presbitaire. + Il fut content de cest affaire. + Mais le Curé les enferma + Soubs la clef, sans grant noyse faire, + Puis hors de la maison alla. + + Le Curé vint en la maison + Du Pelletier, par ses sornettes, + Et trouva si bonne achoyson + Qu'il fist très bien ses besongnettes. + Ilz firent cent mille chosettes, + Car, ainsi comme il me semble, + Il contenta ses amourettes, + Et puis hors de la maison emble. + + Ce fourreur, pour la repeue franche + Fut fait coqu bien fermement; + Et luy chargea la dame blanche + Qu'il y retournast hardiment, + Et que, par son sainct sacrement, + Jamais nul jour ne l'oubliera, + Mais luy fera hébergement, [P. 212] + Toutes les foys qu'il luy plaira. + + Et pourtant, donne soy bien garde + Chascun qui aura belle femme + Qu'on ne lui joue telle aubade + Pour la repeue: c'est grant diffame; + Quant il est sceu, ce n'est que blasme + Et reproche, au temps advenir. + Vela des repeues la grant game; + Pourtant, ayez-en souvenir! + + + + SIXIESME REPEUE FRANCHE + + DES GALLANTS SANS SOULCY. + + Une assemblée de compaignons, + Nommez les _Gallans sans soucy_, + Se trouvèrent entre deux pontz, + Près le Palays, il est ainsi; + D'aultres y en avoit aussi, + Qui aymoient bien besoigne faîcte, + Et estoient, de franc cueur transi, + A l'abbé de Saincte Souffrette. + + Ces compaings ainsi assemblez + Ne demandèrent que repas; + D'argent ilz n'estoyent pas comblez, + Non pourtant ne faillirent pas. + Ilz se boutèrent, c'est le cas, [P. 213] + A l'enseigne du Plat d'estaing, + Où ilz repeurent par compas, + Car ilz en avoient grant besoing. + + Quant ce vint à l'escot compter, + Je crois que nully ne s'en cource; + Mais le beau jeu est au payer, + Quant il n'y a denier en bourse. + Nul d'eulx n'avoit chère rebourse: + «Pour de l'escot venir au bout, + Dist ung gallant, de plaine source, + Il n'en faut qu'ung pour payer tout.» + + Ilz appointèrent tous ensemble, + Que l'ung d'iceulx on banderait: + Par ainsi, selon qui me semble, + Le premier qu'il empoigneroit, + Estoit dit que l'escot payeroit. + Mais ilz en eurent grand discord: + Chascun bandé estre vouloit, + Dont ne peurent estre d'accord. + + Le varlet, voyant ces desbas, + Leur dit: «Nul de vous ne s'esmoye; + Je suis content que, par compas, + Tout maintenant bandé je soye.» + Les gallans en eurent grand joye, + Et le bandèrent en ce lieu, + Puis chascun d'eux si print la voye + Pour s'en aller sans dire adieu. + + Le varlet, qui estoit bandé, + Tournoyoit parmy la maison. + Il fut de l'escot prébendé [P. 214] + Par ceste subtile achoison. + Affin d'avoir provision + De l'escot, l'hoste monte en hault: + Quand il vit ceste intention, + A peu que le cueur ne lui fault. + + En montant, l'hoste fut happé + Par son varlet, sans dire mot, + Disant: «Je vous ay attrapé, + Il faut que vous payez l'escot, + Ou vous laisserez le surcot.» + De quoy il ne fut pas joyeux, + **************************** + Cuydant qu'il fust mathelineux. + + Quand le varlet se desbanda, + La tromperie peut bien congnoistre: + Fut estonné quand regarda, + Et vit bien que c'estoit son maistre. + Pensez qu'il en eut belle lettre, + Car il parla lors à bas ton, + Et, pour sa peine, sans rien mettre, + Il eut quatre coups de baston. + + Ainsi furent, sans rien payer, + Les povres gallans délivrez + De la maison du tavernier, + Où ilz s'estoyent presque enyvrez + Des vins qu'on leur avoit livrez + Pour boire à plain gobelet, + Que paya le povre varlet. + + Et que ce soit vray ou certain, [P. 215] + Ainsi que m'ont dit cinq ou six, + Le cas advint au Plat d'estain + Près Sainct-Pierre-des-Arsis. + Bien eschéoit ung grant mercis, + A tout le moins, pour ce repas, + Et si ne le payèrent pas. + + Aussi fut si bien aveuglé, + Le povre varlet malheureux, + Qui fut de tout l'escot sanglé, + Et fallust qu'il payast pour eulx; + Et s'en allèrent tous joyeux + Les mignons, torchant leur visaige, + Qui avoyent disné d'advantaige. + + + + LA SEPTIESME REPEUE + + FAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON. + + Pour passer temps joyeusement, + Raconter vueil une repeue + Qui fut faicte subtillement + Près Montfaulcon, c'est chose sceue, + Et diray la desconvenue + Qu'il advint à de fins ouvriers; + Aussi y sera ramenteue + La finesse des escolliers. + + Quand compaignons sont desbauchez, + Ilz ne cherchent que compaignie; + Plusieurs ont leurs vins vendangez [P. 216] + Et beu quasy jusqu'à la lye. + Or advint qu'une grant mesgnie + De compaignons se rencontrèrent. + ****************************** + ****************************** + + Et, sans trouver la saison chère, + Chascun d'eulx se resjouyssoit + Disant bons motz, faisant grant chère; + Par ce point le temps se passoit. + Mais l'ung d'iceulx promis avoit + De coucher avec une garce, + Et aux aultres le racontoit, + Par jeu, en manière de farce. + + Tant parlèrent du bas mestier, + Que fut conclud, par leur façon, + Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher + Près le gibet de Montfaulcon, + Et auroyent pour provision + Ung pasté de façon subtile, + Et meneroyent, en conclusion, + Avec eulx chascun une fille. + + Ce pasté, je vous en respons, + Fut faict sans demander qu'il couste, + Car il y avoit six chapons, + Sans la chair, que point je n'y boute. + On y eust bien tourné le coute, + Tant estoit grant, point n'en doubtez. + Le Prince des Sots et sa routte + En eussent esté bien souppez. + + Deux escolliers voyant le cas, [P. 217] + Qui ne sçavoyent rien que tromper, + Sans prendre conseil d'advocatz, + Ilz se voullurent occuper, + Pensant à eux, comme atrapper + Les pourroyent d'estoc ou de trenche; + Car ilz voulloyent ce soir soupper + Et avoir une repeue franche. + + Sans aller parler au devin, + L'ung prist ce pasté de façon, + L'autre emporta un broc de vin, + Du pain assez, selon raison, + Et allèrent vers Montfaulcon, + Où estoit toute l'assemblée. + Filles y avoit à foyson, + Faisant chère desmesurée. + + Aussi juste comme l'orloge, + Par devis et bonne manière, + Ilz entrèrent dedans leur loge, + Espérant de faire grant chière, + Et tastoient devant et derrière + Les povres filles, hault et bas. + ***************************** + ***************************** + + Les escolliers, sans nulle fable. + Voyant ceste desconvenue, + Vestirent habitz de diable, + Et vindrent là, sans attendue: + L'ung, ung croc, l'autre, une massue, + Pour avoir la franche repue, + Vindrent assaillir les gallans. + ***************************** + + Disant: «A mort! à mort, à mort! [P. 218] + Prenez, à ces chaisnes de fer, + Ribaulx, putains, par desconfort, + Et les amenez en enfer; + Ilz seront avec Lucifer, + Au plus parfond de la chauldière, + Et puis, pour mieulx les eschauffer, + Gettez seront en la rivière!» + + L'ung des gallans, pour abbreger, + Respondit: «Ma vie est finée! + En enfer me fault heberger. + Vecy ma dernière journée; + Or suis-je bien ame dampnée! + Nostre peché nous a attains, + Car nous yrons, sans demourée, + En enfer avec ces putains!» + + Se vous les eussiez veu fouyr, + Jamais ne vistes si beau jeu, + L'ung amont, l'autre aval courir; + Chascun d'eulx ne pensoit qu'à Dieu. + Ilz s'en fouyrent de ce lieu, + Et laissèrent pain, vin et viande, + Criant sainct Jean et sainct Mathieu, + A qui ilz feroyent leur offrande. + + Noz escolliers, voyant cecy, + Non obstant leur habit de diable, + Furent alors hors de soulcy, + Et s'assirent trestous à table; + Et Dieu sçait si firent la galle [P. 219] + Entour le vin et le pasté, + Et repeurent, pour fin finalle, + De ce qui estoit appresté. + + C'est bien trompé, qui rien ne paye, + Et qui peut vivre d'advantaige, + Sans desbourser or ne monnoye, + En usant de joyeux langaige. + Les escolliers, de bon couraige, + Passèrent temps joyeusement, + Sans bailler ny argent ny gaige, + Et si repeurent franchement. + + Si vous vouliez suyvre l'escolle + De ceulx qui vivent franchement, + Lisez en cestuy prothocolle, + Et voyez la façon comment; + Mettez-y vostre entendement + A faire comme ilz faseyent, + Et, s'il n'y a empeschement, + Vous vivrez comme ilz vivoyent. + + FIN DES REPEUES FRANCHES + ET DES POÉSIES ATTRIBUÉES A VLLLON. + + + +NOTES. + +_(Les chiffres renvoient aux pages du volume. V. signifie_ vers; +_Pr._, Prompsault; _P. L._, M. Paul L. Jacob, bibliophile.) + +P. 1. _Clément Marot aux Lecteurs._ Cette préface, avec le +huitain qui l'accompagne, est en tête de l'édition de _Paris, +Galiot du Pré,_ 1533, la première donnée par Marot. + +P. 2, lig. 28. _Toutesfoys_... Marot dit clairement qu'il n'a +pas consulté un seul manuscrit. Il n'a pas non plus eu sous les +yeux toutes les éditions du XVe siècle. + +P. 4, lig. 5. _Après _... Les vers que Marot dit avoir refaits +sont au nombre de dix ou douze seulement, et, chose singulière, +on les trouve tels quels dans les manuscrits et les anciennes +éditions. (P. L.) + +P. 7. _Le Petit Testament_. Ce titre, que Villon n'avait pas +eu l'intention de donner à ses _lays_ (voy. p. 50, v. II), se +trouve en tête des plus anciennes éditions de ses oeuvres. + +P. 8-9. Les huitains IV à IX ont été publiés pour la première +fois par Prompsault, d'après un mss. La Monnoye ne les a pas +connus. + +P. 9, huitain IX. L'invocation par laquelle Villon commence son +Testament n'est qu'une affaire de simple formule. Ce n'est pas +là qu'il faut chercher la preuve de ses sentiments religieux. + +P. 14, huit. XXIII. Ce huitain, publié pour la première fois par +Prompsault, se trouve en manuscrit dans l'exemplaire annoté de +La Monnoye. + +P. 17-19. Les huitains XXXVI-XXXIX, publiés pour la première +fois par M. Prompsault, n'étaient pas connus de La Monnoye. +C'est une satire du jargon scolastique du temps. Il n'est pas +certain que Villon en soit l'auteur. J'ai conservé quelques-unes +des corrections introduites dans ce texte par M. P. L. + +P. 21. _Le Grand Testament_. Huit. I. _En l'an trentiesme de mon +eage_... On a conclu de ce vers que Villon n'avait pas trente +ans accomplis en 1461. La mesure du vers ne lui permettait pas +d'être plus exact; mais dans le _Débat du corps et du coeur_ (p. +113), fait dans la prison de Meung, il dit positivement: «Tu as +trente ans.» Il était donc réellement né en 1431. + +P. 22, huit. V. La leçon de l'édition Prompsault est meilleure +que celle de La Monnoye. La voici: + + _Si prieray pour lui de bon cueur, + Par l'ame du bon feu Cotard..._ + +C'est-à-dire que Villon jure par l'âme de son procureur Cotard +(voy. ce nom au _Glossaire-index_), de prier Dieu pour Thibault +d'Aussigny. La suite nous apprend ce qu'il entend par là. + +P. 37-38. On a cru que dans les huitains XLIII-XLV Villon +parlait de lui-même; c'est évidemment une erreur. Pour le +reconnaître, il suffit de se rappeler qu'il n'avait que trente +ans, et n'était pas un «pauvre vieillart.» + +P. 45, huit. LIV. Je n'ai pas adopté la correction de La +Monnoye, qui termine ainsi ce huitain: + + _C'est pure vérité decellée: + Pour une joye cent doulours_. + +P. 56. Les six premiers vers de l'_Envoi_ donnent en acrostiche +le nom de _Villon_, ainsi que M. Nagel l'a remarqué le premier. +Il a découvert aussi que le premier huitain de la _Ballade +de Villon à s'amye,_ p. 57, donne en acrostiche le nom de +_Françoys._ Le second huitain donne _Martheos,_ sans doute par +l'effet du hasard. + +P. 90. _Lays._ Publié pour la première fois par Prompsault. En +manuscrit dans La Monnoye. Il en est de même du huitain CLIII, +p. 91. + +P. 99. «_Et je croy bien que pas n'en ment._» Le huitain qui +commence par ce vers et le reste de la ballade ont été publiés +pour la première fois par Prompsault. Ils existent en manuscrit +dans La Monnoye. + +P. 101. _Poésies diverses_. Le titre de plusieurs éditions +annonce un _Codicille_, ce qui a préoccupé quelques éditeurs +plus que de raison. L'édition de Pierre Levet, 1489, et une +autre édition du XV'siècle (la troisième décrite par M. Brunet), +disent ce qu'il faut entendre par là. Dans celle de Pierre Levet +on lit: _Cy commence le grant Codicille et Testament de maistre +François Villon,_ et dans l'autre: _Sensuit le grant Testament +et Codicille de maistre François Villon._ Le _Codicille_ n'est +donc autre chose que le _Grand Testament,_ postérieur de cinq +ans au _Petit Testament._ + +Les _poésies diverses_ ont été classées de différentes +façons, selon le gré des éditeurs. J'ai cherché à les ranger +chronologiquement. Le _quatrain_ et _l'épitaphe_ (p. 101), la +_Requeste au Parlement_ (p. 103), la _Ballade de l'appel_ (p. +104), le _Dit de la naissance Marie_ (p. 105) et la _Double +ballade_ (p. 107) se rapportent au procès de 1457. Je parlerai +des autres pièces plus tard. + +P. 105. _Le Dit de la naissance Marie_. Cette pièce et les deux +suivantes se trouvent dans un très-beau manuscrit des Poésies de +Charles d'Orléans, conservé à la Bibliothèque impériale. Elles +ont été publiées pour la première fois par M. Prompsault. + +P. 107. _Double ballade_. Cette pièce, adressée à Marie +d'Orléans, fut composée longtemps après la précédente, et +lorsque la princesse était déjà grande, et avait «port assuré, +maintien rassis» (p. 109, v. 17). + +P. 110. _Ballade Villon._ Cette pièce est incontestablement de +Villon, dont elle porte le nom dans le manuscrit des poésies +de Charles d'Orléans. Il n'est pas aussi certain que les deux +autres pièces tirées du même manuscrit soient de lui, mais c'est +on ne peut plus vraisemblable. + +Cette ballade fut composée sur un sujet donné par le duc +d'Orléans. On trouve dans le manuscrit de ses poésies celles qui +furent composées à la même occasion par onze autres poëtes. + +P. 111 _Epistre_, Cette pièce fut composée dans la prison de +Meung. Elle a été publiée pour la première fois par Prompsault, +mais elle existe en manuscrit, avec des variantes, dans La +Monnoye. + +P. 112. _Le Débat du cueur et du corps_. Composé dans la prison +de Meung. Les précédents éditeurs n'ont pas remarqué que le nom +de Villon se trouve en acrostiche dans les six vers qui, non +compris le refrain, forment l'_envoi_. + +P. 113. _La, Requeste à Monseigneur de Bourbon_. Prompsault se +trompe lorsqu'il dit que Marot a fait le titre de cette ballade. +On le trouve dans les éditions du XVe siècle tel qu'il est +reproduit ici. + +Le duc de Bourbon était Jean II, qui mourut en 1487; ce ne +pouvait être Charles Ier, mort en décembre 1456, à l'époque +précisément où Villon, peu connu comme poëte, se faisait +fouetter publiquement. + +P. 119. _Ballade des povres housseurs_. Cette pièce a été tirée +du _Jardin de plaisance_ par Prompsault. Il n'est pas bien +prouvé qu'elle soit de Villon. On ne sait pas au juste ce +que signifie ce mot _housseurs_. Cotgrave le traduit par +_balayeurs_, _ramoneurs_; M. P. L., par _batteurs de tapis_; +Prompsault, par _porteurs de housseaux_ ou de bottes; M. +Campeaux, par écoliers portant des _housses_, comme ceux du +collège de Navarre. Son explication me paraît la meilleure, à +moins que _housseurs_ ne signifie _faiseurs de housseaux_. Il +y a un rapprochement à faire entre cette supposition et, +d'une part, les conjectures de M. Campeaux relativement à la +profession du père de Villon; d'autre part, l'affirmation +très-nette de la onzième des pièces attribuées à Villon, que je +publie, p. 139. «...Mon père est cordouennier.» Malheureusement +ce rondeau n'est pas plus certainement de Villon que la _Ballade +des povres housseurs_. + +P. 120. _Problème ou Ballade_. Publié pour la première fois par +Prompsault. En manuscrit dans La Monnoye. + +P. 121. _Ballade contre les mesdisans de la France_. Prompsault +a cru publier cette pièce pour la première fois; mais il en +existe une édition en caractères gothiques, reproduite par M. A. +de Montaiglon dans les _Anciennes Poésies françoises_, t. V, +p. 320, qui m'a fourni de bonnes variantes. La Monnoye la +connaissait. Elle existe en manuscrit dans son exemplaire +annoté, avec le titre qu'elle porte ici. + +P. 124. _Le Jargon ou Jobelin_. Tous les éditeurs de Villon ont +reculé devant l'explication de ces ballades en argot. Je +suis leur exemple; mais cela ne doit pas décourager ceux qui +voudraient tenter l'entreprise. En recueillant avec soin toutes +les variantes des anciennes éditions, en rapprochant les +ballades de Villon des monuments assez nombreux de ce langage +qui nous restent du XVe siècle et du commencement du XVIe, on +arriverait probablement à quelque chose de satisfaisant. + +P. 133. _Poésies attribuées à Villon_. J'ai choisi ce titre à +cause de son élasticité. Je ne suis pas convaincu que ces pièces +soient de notre poëte; mais je n'ai pas voulu, en les donnant +comme émanant de ses disciples, lui faire tort de celles qui +peuvent lui appartenir. + +P. 133-143. Dix-sept pièces choisies parmi celles que M. +Campeaux a tirées du _Jardin de plaisance_. On ne peut, lire son +travail sans être tenté d'admettre que plusieurs de ces pièces +sont réellement de Villon. + +P. 144-146. Les ballades XVIII, XIX et XX ont été réunies pour +la première fois aux oeuvres de Villon dans l'édition de 1723. +Je ne crois pas qu'elles soient de lui. + +P. 147. _Ballade joyeuse des taverniers_. Cette pièce se trouve +dans toutes les éditions de _la Chasse et le Départ d'Amours,_ +d'Octavien de Saint-Gelais, dont la première est de 1509. Je +dois cette indication à mon ami M. Louis Moland. + +P. 150. _Monologue du franc archier de Baignollet_. Réuni pour +la première fois aux oeuvres de Villon en 1532, dans une +édition de Galiot du Pré. Il existe de ce monologue une édition +gothique, format d'agenda, qui a été reproduite dans l'_Ancien +théâtre françois_, t. II, p. 326. J'en ai tiré quelques +variantes. + +P. 164. _Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent_. +De même que le _Monologue du franc archer_, cette pièce fut +réunie pour la première fois aux oeuvres de Villon dans +l'édition de Galiot du Pré, 1532. Elle est écrite, comme l'a +remarqué le premier M. A. de Montaiglon, «en strophes de six +vers sur deux rimes, qui s'enchaînent de telle façon que la +rime placée dans une strophe au troisième et au sixième vers +se répète, dans la strophe suivante, aux quatre autres vers, +c'est-à-dire au premier, au second, au quatrième et au cinquième.» +Je l'ai divisée selon ces indications, et l'on conviendra qu'elle +y a beaucoup gagné. + +Deux strophes sont incomplètes, l'une d'un vers, p. 172, et +l'autre de deux, p. 177. + +P. 178. _Les Repeues franches_. Ce recueil fut imprimé plusieurs +fois dans le XVe siècle et la première moitié du XVIe. Il n'est +pas de Villon; mais le poëte y joue un tel rôle qu'on ne peut se +dispenser de le joindre à ses oeuvres, ce qu'on fait, du reste, +depuis plus de trois cents ans. Il est écrit presque tout +entier en strophes de huit vers, ce que les précédents éditeurs +n'avaient pas assez remarqué, comme l'a dit M. A. de Montaiglon. +Il y a vers la fin quelques strophes que je n'ai pu compléter, +bien que j'aie consulté plusieurs éditions anciennes, y compris +celle de Jean Trepperel, que je crois la première. + +P. 187. _La Manière d'avoir du poisson_. Le moyen employé par +Villon pour se débarrasser du _porte-pannier_ rappelle le +fabliau des _Trois Avugles de Compiengne_, par Cortebarbe. Voir +aussi les _Aventures de Til Ulespiègle_, chap. LXXI (_Nouvelle +collection Jannet_); _Morlini_, nouv. XIII; les _Facétieuses +Nuits de Straparole_, édition Jannet, _Paris_, 1857, t. Ier, p. +liv. + +P. 190. _La Manière d'avoir des trippes_. Voir un expédient +analogue dans les _Aventures de Til Ulespiègle_, édition citée, +chap. LXXII. + +P. 191. _La Manière d'avoir du pain_. Imité par l'auteur des +_Aventures de Til Ulespiègle_, chap. VI. + +P. 192. _La Manière d'avoir du vin_. Se retrouve dans _Til +Ulespiègle_, chap. LVII. + +P. 206. _La Repeue franche du Souffreteux_. Imité par l'auteur +de _Til Ulespiègle_, chap. LXI, et par Bonaventure Des Périers. +Voy. l'édition de M. Louis Lacour, 1856. In-16, p. 122. + + + + + +GLOSSAIRE-INDEX. + +----------A---------- + +_A_, avec. P. 34, v. 18; p. 158, v. 12. + +_A coup_, vite, tout de suite. + +_A tout_, avec. + +_Abandonné_, libéral, prodigue. 172. + +_Abayer_, aboyer. + +_Aboluz_, abolis, absous. §§. + +_Aboy_ (en), aux abois, abaissé.--«Trois poulx rampans en aboy», +c'est-à-dire descendant le long de la chemise, telles sont +les armoiries que le seigneur de Mallepaye assigne à son ami +Baillevent, P. 168. + +ABSALON, 121, 122. + +_Absoluz, absolz_, absous. + +_Abusion_, peine inutile, fait de quelqu'un qui s'abuse. (P. 35, +v. 2.) + +_Acabit_, accident (?). 175. + +_Accollèe, acollée_, accolade. + +_Accouter_, appuyer, accoter. 47, 136. + +_Acherin_, acéré, d'acier. + +_Achoison, achoyson_, occasion, feinte, ruse. + +_Acongnoistre_, connaître. 195. + +_Accueillir_, tenir. 145. + +_Acquester_, acquérir. + +_Acreuz_, acquis, augmentés. 165. + +_Acteur_ (l'), l'auteur. 182. + +_Adextre_, adroit, habile. + +_Adirer_, absenter, supprimer. 135. + +_Admenez_ (en) (?), P. 38, v. 25. + +_Adonc, adoncques_, alors. + +_Advantaige_, voy. _avantaige_. + +_Affier_, assurer, certifier. + +_Affiques_, affiquets. 185. + +_Affoler_, blesser. 152. + +_Affuyt_, suit. + +_Aguet (aller d')_, marcher avec précaution et sans bruit, c'est +ce que faisaient sans doute les soldats de police à pied dont +parle Villon, p. 13, v. 21. + +_Aherdre_, p. 52, se trouve dans Cotgrave avec le sens de +toucher, prendre. + +_Ahonti_, déshonore, couvert de honte. 142. + +_Aid_, aide, assiste «Ainsi m'aid Dieux!» P. 26, v. 6. + +_Aignel_, agneau. 107. + +_Ainçoys_, avant. + +_Ains_, avant. + +_Aist_, aide. «Ainsi m'aist Dieux!» 107. + +_Aiz_, planche. 84. + +ALENÇON. 151. Cette ville fut prise et reprise plusieurs fois +par les Anglais et les Français pendant les guerres du XVe +siècle. C'est en 1448 que Charles VII l'assiégea pour la +dernière fois; il s'en empara, ainsi que de toutes les autres +places fortes de la Normandie. (P. L.)--Le bon feu duc d'Alençon +dont parle Villon (p. 36) serait, selon M. Pr., Jean Ier, +tué à la bataille d'Azincourt, en 1415. + +ALEXANDRE, p. 26. Cette anecdote d'Alexandre et du pirare +Diomédès est, suivant Formey, rapportée par Cicéron, dans un +fragment du traité _De Republica_, liv. III, que nous a conservé +Nonius Marcellus. Le nom du pirare ne s'y trouve pas. Voy. 121. + +ALLEMANSES, allemandes, 80. + +_Alleure_ (_bonne_), promptement. + +ALLYS (p. 34, v. 19), Alix de Champagne, mariée en 1160 à Louis +le Jeune, roi de France, et morte en 1216. (Pr.) + +_Alouer_ (_s'_), s'attacher, se dévouer. 108. + +ALPHASAR, p. 121. Arphaxad, roi des Mèdes. + +ALPHONSE, _le roy d'Aragon_. Alphonse V, dit le Sage, mort en +1458. + +_Amant_, 165, amendement. + +_Amathiste_, améthyste. 35. + +_Ambagoys_, ambages, finesses. 192. + +_Ambesas_, doubleas. P. 48. + +_Ameçons_, hameçons. Employé au figuré, p. 185. + +AMIRAL (l'), p. 152. M. P. L. suppose que c'est Prégent, seigneur +de Coetivy et de Retz, créé amiral en 1439, et tué en 1450, au +siège de Cherbourg. + +AMMON, fils de David. Plaisant récit de son amour pour sa soeur +Thamar. (P. 46, v. 15.) + +_Amoureux_, agréable, bon. 195, v. 1. + +_Amys_, amicts. 36. + +_Ance_, anse. 15. + +ANCENYS, 151. + +_Ançoys_, avant. + +_Ancre_, encre. + +_Andoilles_, andouilles. 64. + +_Ange, Angelot_, (p. 70), étaient des monnaies d'or. Deux +_angelots_ valaient un grand _ange_. Villon veut que le jeune +merle agisse consciencieusement, ce qui n'était sans doute pas +dans ses habitudes. (Pr.) + +ANGELOT L'HERBIER (l'herboriste), 85. + +ANGIERS, 9. Le _Lyon d'Angiers_ (153) était sans doute +l'enseigne d'une hôtellerie. + +ANGLAIS, p. 151. + +ANGLESCHES, anglaises, p.81, v. 3. + +_Angoisseux_, plein d'angoisse. + +ANGOULEVENT, p. 176. Un Prince des Sots nommé Angoulevent vivait +à la fin du XVIe siècle et se fit connaître par un procès qu'il +soutint pour défendre les privilèges de sa principauté. Mais ce +passage prouve que le nom d'Angoulevent était générique parmi +les gueux et les aventuriers dès le XVe siècle. (P. L.) + +ANJOU, 157. + +_Antan_, l'an passé. + +_Ante_, tante. 82. + +_Apasteler_, nourrir. + +_Apostoles_, pape (p. 36), et, par extension, évêque, et +peut-être prêtre. + +_Appaillardir_, appauvrir, mettre sur la paille 172. + +_Appeau_, appel. 197. + +_Appoinct_, à point. 73. + +_Appointé_, convenu. + +_Appoinctement_, accord. + +_Aprins_, appris. + +_Arain_, airain, cuivre. 48 + +_Arbrynceaux_, arbrisseaux. + +ARCHIPIADA, 34, vraisemblablement Archippa, l'amante de +Sophocle. (Pr.) + +ARCHITRICLIN (p. 69). Le maître d'hôtel des noces de Cana, qui +conseilla de boire le bon vin le premier. + +_Ardiz_, brûlai. 121, v. 2. + +_Ardre_, brûler. + +_Argeutis_, arguties. 18. + +ARISTOTE, 18, 25. + +_Armarie (montrer l')_, p. 146, paraître armé dans un tournoi. +(P. L) + +_Arquemie_, alchimie. «Faire l'arquemie aux dens» (p. 182 et +186), c'est vivre de vent, n'avoir rien à manger. + +_Arraisonner_, interroger. + +_Arrons_, aurons. + +_Ars_. brûlé. 17. + +_Arsure_. brûlure. 76. + +_Art de la pinse et du croc_, l'art des voleurs. P. 2. + +_Art de mémoire_, 11. Probablement l'_Ars memorativa_, ouvrage +didactique souvent réimprimé au XVe s. avec des figures +singulières. (P. L.) + +ARTUS, _le duc de Bretaigne_ (p. 35, v. 10) est Artus III, le +Justicier, mort en 1458. + +_Asçavoir-mon_, c'est à savoir. + +ASNE ROUGE, 60. Est-ce une enseigne? + +_Assier_, acier. 9. + +_Assouvir_, calmer, satisfaire, accomplir. 29, 89, 90, 94, 110. + +_Atout_, avec. + +_Attaine_, III. Atteigne, blesse. (P. L.) + +_Attaintée_, 78, bien parée (Pr.),-fardée (P. L.). + +_Attendue_, attente, retard. + +_Attente_, intention. 49. + +_Aubade_, peur. 199. + +_Aucun, aucune_, quelque. 30, 120. + +_Aucunement_, en quelque façon. + +_Auditeux_, auditeurs. + +AUGER LE DANOIS, 91. + +_Aulmoire_, armoire. + +AULNIS (vin d'), 60. + +AUSSIGNY (_Thibault d'_), 21. + +AUVERGNE (p. 36). Le dernier Dauphin de la branche héréditaire +fut Beraud III, qui mourut en 1428. (P. L.) + +_Avaller_, descendre, précipiter en bas. + +_Avantage (vivre d')_, vivre aux dépens d'autrui. 206, 208, etc. + +_Avenir_, advenir. + +AVERROYS, Averrhoès. 25. + +_Avoyé_, en voie, bien venu. 196. + +_Ayser (s')_, se mettre à son aise, se servir librement. P. 78, +v. 21. + +----------B---------- + +BABYLOINE, Babylone. 79. + +_Bachelette_, jeune fille. 47. + +_Bachelier_, jeune galant, amoureux. 47. + +_Bague_, bagage, arme. + +BAIGNEUX, 193 + +BAIGNOLET, 150. + +_Bailler_, donner. + +BAILLY, 3. + +_Bandon (à),_ à l'abandon. + +_Barat_, tromperie. + +_Barbiers_, étaient les chirurgiens du temps. 77. + +_Barguigner_, marchander, hésiter. + +_Barre_ (p 63), pièce du blason qui indique la bâtardise. Au +lieu de cela, Villon donne au bâtard de La Barre trois dés pipés +pour mettre dans son écusson. + +BASANYER, 74. + +_Bas mestier_, acte amoureux. + +_Baston_, 156. Nom des armes portatives en général. On a dit +plus tard «baston à feu». + +_Batture_, action de battre. 71, 115. + +BAULDE (_frère_). 67. + +_Baulde_, réjouie. 67. + +_Bauldray_, donnerai. + +_Bave_, bavardage. 180. + +_Baver_, bavarder. + +_Baverie_, bavardage, vaines promesses. + +Baye, ouverte. 165. + +BEAULNE. 193, 207. + +_Beffray_, beffroi. + +BÉGUINES, 66. + +_Béjaulne_, niais. 193. + +_Belin_, mouton. 70. + +BELLEFAYE (_Martin_), p. 96, à qui Villon donne le titre de +lieutenant criminel, était conseiller au Parlement de Paris. + +BELLET, 118. + +_Benoist_, béni. + +_Benoistier_, bénitier. + +_Bergeronnette_, chanson rustique. 91. + +_Berlan_, brelan. 87. + +BERTHE _au grand pied_ (p. 34, v. 19) fut mère de Charlemagne. + +_Besongner_, travailler. 118. + + +_Besongnettes_, affaires d'amour. + +_Betourner_, dompter, abattre. 108. + +_Bière_ (en), mort, enseveli. + +BIETRIS (p. 34, v. 19), Béatrix de Provence, mariée à Charles de +France, fils de Louis VIII. (Pr.) + +BIETRIX, 118. + +_Billart_, bâton recourbé avec lequel on jouait à la crosse. + +BILLY (_la tour de_), 73. + +_Bisagüe_, besaiguë. + +_Bise_, brune. 79. + +_Blanc_, 15, 48, monnaie d'argent qui, du temps de Villon, +valait douze deniers. + +BLANCHE. Prompsault dit que la reine Blanche dont il est +question p. 34, v. 17, était Blanche de Bourbon, mariée en 1352 +à Pierre le Cruel. M. P. L. pense qu'il s'agit plutôt de Blanche +de Castille, mère de saint Louis. + +BLANCHE LA SAVETIÈRE, 42. + +_Blason_, conversation, beau parler. 189, 196. + +_Blasonner_, vanter, bavarder, se moquer. 201, 206. + +_Bloquer_, donner de l'argent. 175. + +BOESMES, p. 118. «La faute des Boesmes», c'était l'hérésie des +Bohémiens, sectateurs de Jean Hus et de Jérôme de Prague. + +_Boillon_, p. 54. Le _boullon_ ou _bouillon_ est l'endroit de +la rivière où l'eau forme un tournant. On dit encore, dans le +langage trivial, _boire un bouillon_, c'est à dire: courir le +risque d'être englouti dans une mauvaise affaire. (P. L.) + +_Boiture_, boisson 52. + +_Bonne_. «Cy suspendy et cy mis bonne», p.17. Prompsault +interprète _bonne_ par _borne_. M P. Lacroix suppose que cette +expression équivaut à _mettre en panne_. + +_Bonne alleure_, promptement. + +_Bordeaulx_, lieux de prostitution. 77. + +_Bort_, bordure. 136. + +_Bouffé_, soufflé, emporté par un souffle. (P. 36, v. 19.) + +_Bouges_, chausses, culottes. + +_Bouhourder_, lutter à armes courtoises. 119. + +_Boullon_, bouillon, tourbillon. + +_Boulluz_, bouillis. 56. + +BOULOGNE, 9. + +BOURBON. Le gracieux duc de Bourbon (p. 55 v. 9) est Jean Ier, +mort en 1456. Voy. p. 115, et _notes_, p. 223. + +_Bourde_, mensonge, 111. + +_Bourder_, mentir. + +BOURG-LA-ROYNE, 65. + +BOURGES, 68, 76. + +BOURGUIGNON (Pierre),60. + +BOURGUYGNONS. 171. + +_Bourreletz_, sorte de coiffure. 33. + +_Bourse_. «Les bourses des dix-et-huit clers» (p. 72). Le +collège des _Dix-huit_, où l'on recevait les étudiants trop +pauvres pour pourvoir à leurs besoins, était situé, suivant M. +P. L, devant le collège de Clugny, sur l'emplacement actuel de +l'église de la Sorbonne. + +_Bouter_, mettre. 146, 148, 193.--frapper, pousser. 161. +_Bouter soubz le nez_, p.37, manger et boire. + +_Boyser_, travailler le bois. 64. + +_Bracquemart_, épée courte et large. + +_Braire_, crier. 198. + +_Brairie_, cris. 152. + +_Branc_, sorte d'épée. + +_Brayes,_ chausses, culottes. + +_Brelare Bigod_ (p. 82), sorte de juron en allemand corrompu: +_Verloren, bey Gott!_ + +BREAAOIRE, Bressuire. 152. + +BRETAIGNE, 62. + +BRETONS, 153, 154, 157. + +_Brettes_, Bretonnes. 80. + +_Brief_, brièvement. 196. + +_Broiller_, p. 87 M. P. L. dit que cela signifiait jouer des +_imbroglios_, des scènes comiques. + +_Broillerie_, désordre. + +_Broises, brossillons_, broussailles. 99. + +_Brouaille_, 148, me paraît synonyme de _brodier, broudier_, +anus. + +_Brouillez_, en désordre, embrouillés. 2 + +_Broust_, nourriture, subsistance. 174. + +_Brouter_, manger. 63. + +BROYER à moustarde, mortier. 17. + +BRUCIENNES, Prussiennes. 80. + +BRUNBAU (_Philip_), 97. + +_Bruire_, faire du bruit. + +_Bruit, bruyt_, renommée, réputation 9, 176. + +BRUYÈRES (Mlle de), 79. + +BUEIL, p. 152 Selon M. P. L., c'est Jean de Beuil, comte de +Sanceire, qui succéda comme amiral à Prégent de Coëtivy. + +_Buffe_, soufflet. 194. + +_Bulle (Carmeliste)_, 10 Voy. DÉCRET. Les porteurs de bulles (p. +87) étaient des ecclésiastiques ou des officiers du Saint-Siège, +qui venaient quêter et vendre des indulgences au nom du pape +dans les pays catholiques. Mais ils ne pouvaient plus être admis +en France sans un ordre du roi; les privilèges de l'Église +gallicane ou de la Pragmatique-Sanction s'opposaient à ces +collectes papales, qui avaient tant appauvri la chrétienté an +moyen âge. (P.L.) + +_Bureaux_, vêtements de bure. 32. + +BURIDAN, 34. C'était une tradition bien établie parmi les +écoliers de l'Université de Paris, qu'une reine de France +avoit fait de la Tour de Nesle, située au bas de la Seine, +sur l'emplacement du palais de l'Institut, le théâtre de ses +débauches nocturnes. Elle attirait chez elle tous les passants, +et surtout les écoliers, qui lui plaisaient; puis, son caprice +satisfait, elle les faisait tuer et jeter dans la rivière. +Buridan eut le bonheur d'échapper à la mort, et il inventa +ce fameux sophisme, qui devait être sa vengeance et sa +justification: «Il est permis de tuer une reine si c'est +nécessaire.» Villon est le plus ancien auteur qui ait parlé de +cette tradition. Gaguin, dans son _Compendium_ des Annales de +France, l'a rapportée ensuite avec plus de détail. Quoi qu'il +en soit, les trois brus de Philippe le Bel furent accusées +d'adultère, et l'une d'elles, Marguerite de Bourgogne, femme de +Louis le Hutin, fut étranglée dans sa prison, en 1314, par +ordre du roi. Quant à Buridan, il devint un des plus célèbres +professeurs de l'Université de Paris, et fut exilé de France +comme disciple d'Ockan. Il se retira en Autriche, où il continua +de professer la philosophie nominaliste. (P. L.) + +_Butor_, p. 122. Espèce de héron, oiseau aquatique. On croyait +au moyen âge qu'il restait enfoui dans la vase, au fond de +l'eau, durant l'hiver. (P. L.) + +----------C---------- + +_Caquetoeres_, caqueteuses, bavardes. 80. + +_Cadès_, juge, cadi. 26. + +_Caige-vert_, 67. Pr. suppose que c'était un nom donné aux +filles publiques M. P. L. rappelle, à l'appui de cette opinion, +qu'une célèbre maison de débauche, à Toulouse, était appelée +Châtel-vert. + +CALIXTE (_te tiers_), 35. Calixte III, élu pape le 8 avril 1455, +siégea trois ans et quatre mois. (Pr.) + +CALLAISIENNES, 8l. + +_Canceler_, 93. Barrer, annuler. (Pr). Authentiquer, légaliser. +(P. L.) + +_Canettes_, canes. Ferrer les oies et les canes (p. 92) est +quelque chose comme «mener les poules pisser.» + +_Capitaine du Pont à Billon_, 179. Les crocheteurs, gueux et +mendiants qui se mettaient sur le pont au Change, le nommaient +alors le _pont à Billon_. (Pr.) + +_Cappel_, chapeau. 105. + +CARDON (_Jacques_), 91. + +CARMES, 175. + +CARMES (_l'hostel des_), 67. + +_Carre_, dimension. «Trois detz plombez de bonne carre.» (P. 63, +v. 27.) + +CARTAIGE, Carthage, 120. + +CARTES _à jouer_, 63. + +CASSANDRE, 110. + +CASTELLANES, Castillanes, 80. + +CATON, 109. + +_Caut_, habile, prudent. 172. + +_Caver_, creuser. 102. + +_Caymant_, mendiant. 60. + +_Céans,_ ici dedans. + +_Ceau_, seau. 15. + +CECILLE, Sicile. 74. + +_Ceincture_, virginité. 68. + +CELESTINS, 30, 82, 98. + +_Celle_, cette. 104. + +_Cendal_, 68. Etoffe de soie orientale, ordinairement rouge. (P. +L.) + +_Ceps_, 13. Fers qu'on mettait aux pieds des prisonniers. + +CERBERUS, Cerbère, le chien qui garde la porte des enfers. 46. + +_Cervoise_, 48. + +CÉSAR (_Jules_), 120. + +_Chaille (ne leur)_, qu'ils ne s'en inquiètent pas. P. 73. + +_Chambres, privés_. 204. + +CHAMBRE AUX DENIERS, 89. + +CHAMP-TOURCÉ, 151. Chantocé ou Champtocé, village du département +de Maine-et-Loire. + +_Chandeaux_, vers louangeurs (?). 112. + +CHANGON, voy. _moutonnier_. + +_Chapeau de laurier_, couronne. 2. + +CHAPPELAIN (_le_), p. 93, était quelque ami de Villon qui +portait ce surnom. Villon lui lègue sa chapelle à simple tonsure +(p. 93, v. 2). Le bénéfice à simple tonsure, selon Pr., était +destiné à des clercs étudiants, et n'exigeait pas beaucoup +d'instruction. + +_Chappin_, savate (?). 61. + +CHARLEMAGNE, 35. + +CHARLES (_le grand_), Charlemagne. 24. + +CHARLES VII, roi de France, mort en 146l, pendant le séjour de +Villon dans la prison de Meung, p. 35. + +CHARRUAU (_Guillaume_),61. + +CHARTIER (_Alain_), 91. + +CHARTREUX, 31, 82, 98. + +_Chascun Poicdenaire_, 171. Personnification de tous ceux qui +n'ont pas d'argent. + +_Chastoy_, correction, châtiment. 85, 142. + +_Chat_ «qui hayt pescher», qui a horreur de l'eau. P. 76. + +_Chault (il ne m'en)_, je m'en moque. 56, 157. + +_Chef_, tête. 94. + +_Chenu_, vieux, blanchi par l'âge. 40. + +_Cheoir_, tomber. 111. + +_Chère, chière_, mine, visage.--_Chère lye_, 187, mine +joyeuse.--_Chère marrie_, 194, air de mauvaise humeur.-- +_Chère meslée_, 169, visage renfrogné.--_Chère rebourse_, mine +refrognée. + +_Cherme_, charme, 58. + +_Chet_, tombe. 117. + +_Cheu_, tombé. + +CHEVAL BLANC, enseigne(?), 60. + +CHEVALIER DU GUET. 92. + +_Chevance_, avoir, argent, capital. 28, 89. + +_Chevaulcher_, faire l'acte amoureux. 16. + +_Chevaucheur_, celui qui va à cheval. 47. + +_Chevir_, venir à bout, se tirer d'affaire. 184. + +_Chière_, voy. _Chère_. + +_Chiet_, tombe. + +CHOLLET, 64. + +_Chosettes_, petites choses, caresses amoureuses. + +CHYPRE. Le roi de Chypre mentionné p. 36, v. 17, serait, selon +Le Duchat, Pierre de Lusignan, qui vivait dans le XIVe siècle. +Pr. croit qu'il s'agit plutôt de Guy de Lusignan, mort en 1194. + +_Cil_, celui, 95, 111. + +_Clamer_, appeler, crier. 102. + +_Claqdent_, 176. Pays des gueux, à qui le froid fait claquer les +dents. Plus tard on y fit voyager les malades qu'on traitait par +le mercure. Leur itinéraire obligé était par _Surie, Bavière_ et +_Claquedent_. + +CLAQUIN, _le bon Breton_ (p. 36), Bertrand Du Guésclin, mort en +1380. + +_Clercs, clers_, savants, hommes instruits. 71, 120.--écoliers, +étudiants, 15, 86;--garçons de divers métiers. Les _clers +Eolus_, p. 123, sont les vents. Les garçons d'hôtellerie +sont appelés clercs, p. 207. Quand on dit de nos jours un _clerc +de perruquier_, par exemple, on fait une plaisanterie qui n'est +pas nouvelle. + +_Cler_, clair, pur. 56, 106. + +_Clergeon_, écolier, petit clerc d'homme de loi. 11, 71 + +_Cliquepatins_, 98, traîne-savates. (LeDuchat.) + +_Clorre_, clore, fermer. + +CLOTAIRE, 105. + +CLOVIS, 106. + +_Coettes_, lits de plume (p. 64). Ce mot paraît être employé ici +dans un autre sens. + +_Coing_, le coin qui sert à battre monnaie. 8. + +_Cointe_, jolie, gentille. 147. + +COLIN DE CAYEULX, 86. + +COLIN GALERNE, 85. + +_Collatérales (espèces)_, 18. Termes d'école, qui signifient les +facultés dépendantes de la mémoire. (P. L.) + +COLOMBEL, 96. + +_Com_, comme. + +_Combien que_, bien que, quoique. + +COMBRAYE (_le seigneur de_). 199. + +_Commander_, recommander. 163. + +_Commens_, Commentaires. 25. + +_Compaings_, compagnons. + +_Compasser_ (?). 171. + +_Complaindre (se)_, se plaindre, se lamenter. 120, 140. + +_Conclure_, vaincre dans la dispute, mettre à bout d'arguments. +8l, v. 2. + +_Congnoistre (soy)_, se reconnaître 160. + +_Conjoindre_, réunir. 64. + +_Conseiller_, agir avec prudence. P. 7, v. 5. + +CONSTANTINOBLES. L'empereur de Constantinople, _aux poings +dorez_, dont parle Villon (p. 36, v. 22), serait, selon M. Pr., +l'empereur Basile, souverain très-libéral. + +_Conte_, comte. 135. + +_Contemplation_, employé dans un sens équivoque. 66. + +_Contendre_, disputer. 78. + +_Contraict_, déformé, recourbé, _contracté_. 41. + +_Contregarder_, garder. 203. + +_Contrepoint (entendre le)_, être habile. 196. + +_Convenir_, falloir. 38, 185. + +_Convint_, couvent. 37. + +_Convoyer_, convier. 197. + +_Coquart_, coq. 49. + +_Corbillon_, panier. 113. + +CORDELIERS, 175, 179. + +_Cordoen_, cuir. 23, 139. + +_Cordouennier_, ouvrier en cuir, cordonnier. + +CORNU (_Jean_), 59. + +COTARD (_Jehan_), 22, 68. Le procureur en cour d'Église qui +défendit Villon lors de son premier procès, en 1456. + +_Cotteret_, cotret. 207. + +_Coucher_, mettre au jeu. «Qui pour si peu couche tel gage.» P. +86. + +_Couiltart_, coulart, canon à main, long et mince. Employé dans +un sens équivoque. 153. + +_Coullon_, p. 99, rime avec _vermillon, carillon, Villon_, ce +qui donne assez clairement le sens du mot et la façon dont se +prononçait le nom du poëte. + +_Courage_, coeur. P. 107, v. 18. + +COURAULT (Jehan), 77. + +_Courre_, courir. P. 65. + +_Coursé_, fâché, courroucé. 37, 151. + +_Courtault_, 154. Canon portatif. Employé dans un sens +équivoque. + +_Courtissain_, courtisan. 173. + +_Coustelez_, 171. M. P. L. traduit ce mot par armés. + +_Coute_, coude. 135. + +_Coutel_, couteau. + +CRAON, 152. + +_Créance_, croyance, opinion. 114. + +_Crepelle_, coupelle. «Argent de crepelle» (p. 48), argent +épuré. + +CRÈTE, 46. + +_Creu_, grandi, accru. 70. + +_Croire_, faire crédit, prendre à crédit, parfois en donnant un +gage. P. 159, v. 26-27. + +_Croix_, argent. Ce que Villon appelle irrévérencieusement _la +vraie croix_ (p. 115-116), c'était la marque empreinte sur la +plupart des monnaies du temps, et qui a été depuis remplacée par +l'effigie du prince. _Pile_ désignait le revers. On joue encore +à _pile ou face._ «Sans croix ne pile», sans argent. + +_Croppetons (à)_, accroupi. 41. + +CROSSE (la), 15. M. Prompsault croit qu'il s'agit d'une potence. + +_Crostes_, croûtes. 98. + +_Cry_, 168, cri d'armes. + +CUEUR (_Jacques_), 32. + +_Cuider_, croire. + +CULDOU (_Michault_), 72. + +_Curatez_, curés. 180. + +_Cure_, soin, souci. + +CURES, 152. + +_Cuveaulx_, cuviers, baquets. 77. + +_Cuyder_, croire. + +_Cuyderaulx d'amours_, 98, jeunes vaniteux, selon Pr.; M. P. L. +rapproche de cette locution celle de «cuydeurs de vendanges», +employée par Rabelais (_Gargantua_, ch. 25). + +_Cy_, ici. + +_Cy pris, cy mis_, donnant, donnant. 191. + +_Cymballer_, jouer des cymbales. 87. + +----------D---------- + +_Damoiselin_, de damoiseau. + +_Danger_ 119. «A danger emprunter argent», c'était, si je ne me +trompe, emprunter à dix pour cent. + +_Dangier_, danger, péril. 8. + +DAUPHIN (le), 24. Joachim de France, fils de Louis XI et de +Charlotte de Savoie, sa seconde femme, mourut en bas âge. + +DAULPHIN _de Vienne et de Grenobles_ (p. 37). Le Dauphin de +Viennois résidait à Grenoble. (Pr.) + +DAVID (p. 46, v. 11). Jolie allusion à son amour pour Bethsabée. + +_Dea!_ exclamation: Dame! + +_Débouté_, rebuté. 110. + +_Debteur_, débiteur. 96. Villon, comme on le fait encore +souvent, emploie ce mot dans le sens de _créancier_. + +_Debuer_, laver, lessiver. 102. + +_Déchasse_, banni, chassé, 10. + +DÉCRET _Omnis utriusque sexus_, 10. Ce décret a été porté par le +quatrième concile de Latran, tenu en 1215. Il ordonne à tous les +chrétiens de l'un et de l'autre sexe de confesser leurs péchés +à leur propre pasteur, au moins une fois l'an. En 1489, les +religieux mendiants obtinrent de Nicolas V une bulle datée de +Pisé, 2 octobre, qui leur donnait le pouvoir de confesser, au +préjudice des droits des curés, établis par le canon que nous +venons de citer. L'Université se leva contre, tint plusieurs +assemblées, dans l'une desquelles les Mendiants furent exclus +de son sein. Les évêques de France se joignirent à elle. Des +députés furent envoyés à Rome, et en rapportèrent une bulle de +Calixte III qui révoquait celle de Nicolas V. Cette affaire +était à peine terminée, ou même ne l'était pas encore, quand +Villon composait son Petit Testament. Témoin du zèle chaleureux +des curés de Paris, il leur lègue le canon _Omnis_ pour le +remettre en vigueur. (Pr.) + +DEDALUS, Dédale. Sa «court» (p. 122, v. 7) était son célèbre +labyrinthe, où il fut enfermé lui-même. + +_Dedans_, d'ici à... «Dedans ces Pasques.» (P. 12, V. 4.) + +_Dédié_, consacré. «Et à bonnes moeurs dédié» (p. 29, v. 5). + +_Deffaçon_, ruine, destruction. 8, 58. + +_Deffuyr_, éviter, négliger. 84. + +_Dejeter_, retirer. 54. + +_Delivre_, quitte, libéré. 181. + +_Demener_, mener, faire, gouverner, 32, 83, 109. + +_Demonstrance_, démonstration. 186. + +_Demourant (le)_ le reste. + +_Demourée_, retard, séjour. 191. + +_Demourra_, restera. 32. + +_Demourroit_, resterait. 121. + +_Demy-ceinct_, p. 33 «Ceinture d'argent avec des pendants +auxquels on attachait la bourse, les clefs, etc.» (P. L.) + +_De par_, au nom de. 9. + +_Departir_, départ. P. 100, v. 8. + +_Departir_, partir, se séparer. 9, 142, 196, 204, 205. + +_Departir_, donner en partie, accorder une part. 9, v. 3. + +_Deporter_ (se), cesser, renoncer. 109. + +_Desbriser_, maltraiter, martyriser. 7. + +_Deschaulx_, nu-pieds. P. 92 + +_Desclos_, ouvert. + +_Desconfire_, ruiner, détruire. 103, 106. + +_Descrier_, décrier, 42, est dit des monnaies dont on +interdisait la circulation par un cri public. + +_Descrire_, écrire, rapporter. 146. + +_Deshait_, 83, dispute, désappointement. + +_Desmarcher_, reculer. 158. + +_Desnué_, dépouillé. 14, 208. + +_Despartir (se)_, se séparer. 44. + +_Despendre_, dépenser. + +_Despendu_, dépensé. 28. + +_Desperance_, désespoir. 122. + +_Despiter_, défier. 48. + +_Despiteux_, querelleur, hargneux. 31. + +_Despourveu_, dépourvu. 14. + +_Desprins_, dépourvu, 15. + +_Despriser_, déprécier. 116. + +_Desplaisance_, déplaisir. + +_Desroquer_, 175, pour _dérocher_, terme de fauconnerie, qui +signifie forcer la bête. (P. L.) + +_Dessaisiner (se)_, se dessaisir. 72. + +_Dessiré_, déchiré. 148. + +_Destaindre_, éteindre. 167. + +_Destourbier_, trouble, embarras. 16. + +_Destre_, droit. 198. + +_Desveillé_, réveillé, ravivé. 18. + +_Desvier_, dévier. 91. + +_Desvoyé_, 156, égaré, écarté de votre bannière. (P. L.) + +_Detrayner_, maltraiter. 40. + +_Détrenché_, coupé, haché. 143. + +_Detterrer (se)_, perdre ses terres. 185. + +_Detz_, doigts. 26. + +_Detz_, dés. 63. + +_Deul_, chagrin, deuil. 108. + +_Deul (je me)_, je me plains. 8. + +_Devaller_, descendre 185. + +_Devant_, ci-devant. P. 7, v. 9. + +_Dévier_, sortir de sa voie, mourir. 59, 110. + +_Dextre_, droit, droite. + +DIDO, Didon. 86, 110. + +_Die_, dise. 103. + +_Diffame_, déshonneur. 44, 86. + +_Diffinir_, définir, expliquer. 93. + +DIJON, 37. + +_Dilation_, retard, délai. 179. + +DIOMEDÈS, 26 + +_Discordez_, désunis. 106. + +_Ditz_, propos, discours. 43. + +_Diviser_, causer, parler. 169. + +DIX ET HUICT (les), 72, voy. _Bourse_. + +_Doint_, donne. + +_Doller_, travailler de la dojoire. 64. + +_Doncques_, donc. + +_D'ond_, d'où. 114, 156. + +DONNAIT (70). On appelait _Donat_, ou _Donet_, la grammaire +d'Aelius Donatus, intitulée _De octo partibus orationis_, +laquelle était en usage dans toutes les universités de l'Europe, +et surtout dans celles de France. (P. L.) + +DOUAY, 22. + +_Doubtance_, doute. 201. + +_Double_, supposition, crainte. 43, 204. + +_Doubler_, craindre, redouter. 97. + +_Doulche_, douce. 134. + +_Doulouser (se)_, se plaindre, se lamenter. 32, 140. + +_Douver_, faire des douves. 64. + +_Douzain_, petite monnaie. 173. + +DOUZE (sergent des), 62. Douze sergents étaient particulièrement +attachés au prévôt de Paris et lui tenaient lieu de garde. (Pr.) + +_Doye_, doive. 141. + +_Drapel_, linge. 104. + +_Drapelle_, linge, habits. 48. + +_Drapilles_, linge, hardes. 88. + +DU BOYS. 64. + +DU RU (_Guillaume_). 97. + +_Du tout_, entièrement, complètement. 16, 21. + +----------E---------- + +ECHO, nymphe, 34, 110. + +_Edit_, adresse, invention. 192. + +_Effimère_, éphémère. 53. + +_Efforcer_, contraindre. 104. + +_Effroyé_, 156, effarouché, avec un air menaçant. (Pr.) + +EGIPTE, Egypte. 120. + +EGYPTIENNE (l'), Ste Marie l'Egyptienne, 15. + +_El_, elle. 9, 84. + +_Embattre_ (s'), s'abattre. 75. + +_Embesongné_, occupé, affairé. 204. + +_Embler_, voler. 159, 161. Se dérober, 211. + +_Embroché (vin)_, mis en perce. 30. + +_Emmy_, au milieu de. + +_Empescher_, 71, occuper, embarrasser. + +_Emperier_, empereur. 36. + +_Emperière_, impératrice, souveraine. 55. + +_Empire (ciel)_, l'empyrée. 103. + +_Emprès_, auprès de. + +_Emprise_, entreprise. + +_Enchanter_, ensorceler. 117. + +_Encliner (s')_, avoir de l'inclination. 72. + +_Enclos_, enfermé. 106. + +_Encombrement_, tristesse, ennuis. 144. + +ENFANS PERDUZ 85, 86. Jeunes compagnons de Villon. + +ENFANS-TROUVEZ, 85. + +_Enferma_, infirmes. 91. + +_Enfondu_, 16. Creux et décharnez, dit Marot.--Ne pouvant se +soutenir. (Pr.) + +_Engigner_, tromper. 68. + +_Engin_, esprit, intellect. 196.--Invention, tour d'adresse. +171. + +_Engrillonné_, attaché avec des menottes. 26. + +_Enhort_, exhortation. 25. + +_Enhorter_, exhorter. + +_Enmouflé_, chaussé de _moufles_ ou pantoufles, selon Pr. et M. +P. L, Je croirais que cela signifie plutôt _emmitouflé_. + +_Enné_ (p. 82), sorte de juron, parent de _enda, parmanenda_ +(par mon âme). + +_Ennuyt_, aujourd'hui, ce soir. 193, 204. + +_Enquerir_, rechercher. 35. + +_Enserré_, enfermé. 15. + +_Ensuyvre_, suivre, imiter. 2. + +_Entandiz_, pendant ce temps. 112, 121. + +_Entendre_, connaître, savoir: «J'entends que ma mère mourra.» +(P. 32, v. 25.) + +_Entente_, intention, projet. 49. + +_Entour_, autour de. + +_Entrepreneur_, survenant qui se mêle des affaires de quelqu'un, +qui _l'entreprend._ 194. + +_Entr'oeil_, espace entre les deux yeux. 40. + +_Envers_, à l'envers, renversé. 111, v. 5. + +_Envys_, malgré soi. 70. + +EOLUS. 123. Les «clerc Eolus» sont les sujets de ce dieu, les +vents. + +ERACE, père de Villon, 31. + +_Erre_, voie, chemin. 57, v. 17.--_Grand erre_, promptement, +tout de suite. 53.--_A son erre_, en train, en voie. 95. + +_Ès_, aux, dans les. + +ESBAILURT, Abailard. 34. + +_Esbatans_, joyeux, aimant à s'amuser, à s'ébattre. 72. + +_Esbatement_, amusement. 119. + +_Esbaudiz_, privés de joie. 164. + +_Escaché_, écrasé. 67. + +_Escarbouillé_, écrasé. 148. + +_Eschec et mac (être)_, échec et mat. Terme du jeu d'échecs. 205. + +_Eschever_, éviter. 88. + +_Eschoicte_, échéance, héritage, 111. + +_Esclat_, 83, bâton, échalas. + +_Esclin_, 169. Escalin, petite monnaie allemande _(schilling)_. + +_Escollier_, étudiant, jeune homme qui suit les cours de +l'Université. + +_Escondire_, refuser. 104. + +ESCOSSOYS, 68. + +_Escourgeon_, sorte de fouet. 13. + +_Escoutans_, auditeurs. 183. + +_Escouvillon_, balai de four. 19. + +_Escovette_, balai, du latin _scopa_. Les «chevaucheurs +d'escovettes» (p. 47, v. 4) sont les sorciers, qui vont au +sabbat à cheval sur un balai. + +_Escreuz_, 165. Bien faits, selon Pr. + +_Escriptures_, écrits, ouvrages. 2. + +_Escuz_, écus, monnaies d'or ou d'argent, de valeurs diverses, +p. 56, 70, 145, 147.--Prendre écus pour douzains, p. 173, c'est +ne pas regarder à l'argent.--«Escuz telz que prince les donne,» +p. 17, peut s'entendre des armoiries. + +_Esgrun_, 166, Amer, du bas latin _egrunum_. (P. L.) + +_Esguière_, vase à mettre de l'eau. 198. + +_Esguilletez (pourpoinctz)_, 88, pourpoints garnis +d'aiguillettes. + +_Esguisé_, aiguisé. «Esguisez comme une pelote» (p. 25, v. 4), +obtus. + +_Esjouir, esjoir_, réjouir. + +_Esles_, ailes, 153. + +_Eslocher_, ébranler. 103. + +ESMAUS (les pèlerins d'), 25. Voy. _Evangile selon S. Luc_, chap. +XXIV. + +_Esme_, 23, pour _estime_, estimation, intention. (P. L.) + +_Esmerillon_, 100. L'émérillon est le plus petit des oiseaux de +proie qu'on dressait pour la chasse au vol. (P. L.) + +_Esmérillonné_, gai, vif. 170. + +_Esmolu_, émoulu, aiguisé. 147. + +_Esmorcher_, nettoyer, purifier. 76. + +_Esmoyer (s')_, s'inquiéter. + +ESPAGNE. Il serait difficile de dire quel est ce valeureux roi +d'Espagne (p. 35. v. 18), dont le poëte ne savait pas le nom. +(Pr.) M. P. L. suppose que c'est Jean II, roi de Castille et de +Léon, qui régna jusqu'en 1454. + +_Espani_, épanoui. 58. + +_Espasmie_, pamée. 147. + +_Espartir_, épandre, répartir, 18. + +_Especiaulx_, 169. D'un mérite tout particulier. (P. L.) + +_Esperviers (gens à porter)_, 62. Gentilshommes ayant le droit +de chasser au vol. M. P. L. remarque que l'épervier est aussi un +filet de braconnier. + +_Espie_, espion, guetteur. «Aux champs debout comme ung espie» +(p. 105), veut dire pendu. + +_Espoindre_, piquer, exciter. 100. + +_Espoir (j')_, j'espère, 110. + +_Espois_, épais. 112. + +_Essoine, essoyne_, embarras, tourment, 15, 34. + +_Estaux_, étaux. 16. + +_Estable_, stable. 24. + +_Establis_, étaux des marchands. 13. + +_Estaing_, étain. 9. + +_Estamine_, étoffe claire. + +_Estan_, étang. 34. + +_Estature_, stature, portrait. 94. + +_Estoeuf_, éteuf. 49. + +_Estomac d'alouette_ (?). 168. + +ESTRADER, battre l'estrade, escarmoucher. 154. + +_Estradeur_, batteur d'estrade, coureur de fortune. 174. + +_Estrange_, étranger. 70, v. 15; 103, 184. + +_Estranger_, éloigner. 43, v. 15. + +_Estre_, demeure, hôtel. 191. + +_Estre_, état, existence, manière d'être. 42, 157.--_En estre_, +p. 73, en état. + +_Estrenes_, étrennes (p. 37, v. 23). Villon, qui se dit mercerot +de Rennes, se compare à un marchand qui désire étrenner avant de +fermer boutique. (P. L.) + +_Estrif, estry_, débat, querelle, dispute, 15, 178. + +_Exaucer_, élever, monter. 183. + +_Estimative_, qui juge, qui apprécie. 18 + +_Extrace_, extraction, lignée. 31. + +----------F---------- + +_Fable_, mensonge. 76. + +_Faictisses_, jolies, bien faites. 40. + +_Faille_, faute. 153. + +_Faillent_, manquent. 8. + +_Faillir_, manquer. + +_Failly_, découragé, abattu. 28. + +_Fainctes_, 87. Momeries ou mascarades, H. L. + +_Faintis_, trompeur, 87. + +_Faitard_, paresseux, 22, 69. + +_Fantasie_, imagination. 18. + +_Farcer_, faire ou jouer des farces. 87. + +_Fardelet_, 114, petit fardeau. Saturne préparait le fardeau que +chaque mortel devait porter pendant sa vie. + +_Fastée (la)_. Je ne sais pas ce que signifie ce vers: «faire +ung soir pour soy la fastée» (p. 91). D'autres éditions portent +_la saffée_, ce que je ne comprends pas davantage. + +_Faulse_, méchante. 57. + +_Fault, faut_, manque. + +_Faussart_, fauchard, sorte de hallebarde. + +_Fausserie_, fausseté, fausse accusation. 105. + +_Feautre_, feutre, 48, 63. + +_Fenestres_. Les fenêtres servaient de montre aux marchands pour +étaler leurs marchandises. «Et pain ne voient qu'aux fenêtres» +(p. 30, v. 12) est dit des pauvres _gallans_ qui n'avaient pas +de quoi manger.--_Clorre fenestre_, 42. Fermer boutique. + +_Ferir_, frapper. + +_Fictions_, feintes, tours de finesse. 184. + +_Fière_, frappe. 39. + +_Fiert_, frappe. + +_Filetz_, bouts de fil, 29. + +_Finablement_, finalement, enfin. 2 + +_Finer_, finir, achever. 18, 143.--Obtenir. «De feu je n'eusse +pu finer» (p. 18, v. 28). + +_Fix, fics_, terme de médecine. 77. + +_Flambans_, enflammés. 76. + +_Flambe_, flamme, 155. + +_Flans_, sorte de patisserie. 71. + +FLORA, 34. Il y a eu plusieurs courtisanes romaines de ce nom. +La plus célèbre est la plus ancienne, à qui l'on attribue +Pinstitution des florales. Une autre Flora fut maîtresse du +grand Pompée. (P. L.) + +_Flou_, mince, fluet. 64. + +_Flours_, fleurs. 145. + +_Foleur_, folie. 58, 113, 114. + +_Foncer_, donner de l'argent, des fonds. 174. + +_Font_, fontaine, source. 105. + +_Forclorre_, délivrer, mettre hors. «Pour forclorre +d'adversité», p. 15. + +_Formative (faculté)_, faculté d'inventer. 12. + +_Fors_, excepté, hormis. + +_Fort (au)_, au fond, après tout. 161, 170. + +_Fouir_, fuir. 8. + +FOURNIER, 6l, le procureur de Villon, qui lui avait «sauvé +maintes causes justes». + +_Fourrer le poignet_ à la bourse, tirer de l'argent. 136. + +_Fouterre_, voy. MICHAULT. + +_Fouyr_, fuir. 141.--Creuser. 120. + +FRANC-GONTIER, 78. M. Paul Lacroix a publié récemment, à la +suite des _Testaments_ de Villon, le _Banquet du Bois_, qu'il +regarde comme la pièce contre laquelle sont dirigés les +_Contredictz de Franc-Gontier_, et qu'il croit une oeuvre de la +jeunesse de Villon. + +FRANCE, 36, 121. Le très noble roi de France, «sur tous autres +roys decorez», dont parle Villon (p. 36, v. 23), était, selon M. +Pr., saint Louis. + +_Franchise_, puissance, domination (p. 39, v. 9). + +_Franchy_, affranchi, délivré. 23. + +FRANÇOIS, promoteur de la vaquerie. 68. + +FREMIN, 51. + +_Frez_, frais. 85. + +_Friquet_, élégant, fringant. 169. + +_Fromentée_, sorte de gâteau dont Baillevent donne la recette. +90 + +_Fruiction_, bénéfice, profit. 166. + +_Fruire_, profiter, tirer avantage. 166. + +_Fume, fumée_. 75. + +_Fumer (se)_, se mettre en colère, s'emporter. + +_Fuste_, bateau, petit navire, de _fustis_, bois. 26. + +----------G---------- + +_Gallans_, jeunes gens, joyeux compagnons. + +_Gallans sans souci_, p.212. Ce sont peut-être les Enfants sans +souci, écoliers et basochiens, qui s'étaient mis en société à la +fin du XVe siècle pour jouer des farces et des soties. Clément +Marot fit partie de cette bande joyeuse. (P. L.) + +_Galles_, plaisir, jouissances, gaies parties. + +_Galler_, se réjouir, mener joyeuse vie, se gaudir. 27. + +GARNIER, 104. + +_Gastaneaux_, 112. Prompsault a lu _Gastaveaux_, qu'il traduit +par grelots. J'ai suivi la leçon de La Monnoye. + +_Gaudisseur_, plaisant, farceur. 194. + +_Gect_, 118. Jetons servant à compter. + +_Gehaine_, instrument de torture. 144. + +_Gendarme, genderme_, soldat, homme d'armes. + +GENEVOIS, 73. + +_Genoillon (à)_, à genoux. 54. + +_Geu_, couché. 89. + +_Gippon_, jupon, robe. 117. + +GIRARD _(Perrot)_. 65. + +_Gisans_, ceux qui sont couchez. 16. + +_Glic_, jeu de cartes qu'on appelait aussi _la chance_. P. 87. + +GLOCUS, 123. La forêt où règne Glaucus, c'est la mer. (P. L.) + +_Gluyons de feurre_, bottes de paille. 14, 50. + +_Godet de grève_, 6l. Grand pot de grès à mettre du vin. (P. L.) +Je crois qu'il s'agit plutôt de quelque abreuvoir situé place de +Grève. + +_Gogo_, 84. «Il semblerait que _gogo_ ait été synonyme de +_rufien_ dans les mauvais lieux. On a dit de là _vivre à +gogo_, du latin _gaudium_, dont on avait fait _gogue_. Le mot +_goguette_ est resté.» (P. L.) + +_Gonne_, vêtement de moine, tunique, froc. 118. + +_Gorgerin_, 68. C'était une pièce de l'armure destinée à +protéger la gorge de l'homme d'armes. Nous croyons que Villon +appelle _gorgerin d'Escossoys_ la corde d'une potence. (P. L.) + +_Gorgias_, élégant, richement vêtu. 168, 169, 172. + +_Gorriers, gorrières_, 179, hommes et femmes élégants, vêtus +richement et à la mode. + +_Gourt (être à son)_, p. 201, être à son affaire, être content. + +GOUVIEULX, voy. RONSEVILLE. + +_Goyères_, sorte de gâteaux. 81. + +_Grâce (par qui)_, par la grâce de qui. 9. + +_Grafignier_, déchirer avec les ongles. (Pr.) + +_Gramment_, beaucoup, grandement. 156, 199. + +GRAND-TURC, 122. + +_Grat_, action de gratter la terre pour trouver quelque chose, +comme les poules. «Au grat, la terre est dégelée!» P. 177. + +_Greigneur_, plus grand, _grandior_, 58. + +GRENOBLE, 37. + +_Grève_, jambe. 61. + +_Grever_, charger, blesser. 94, 134, 155, 161. + +_Grez_, 60, pierre à aiguiser. (Pr.) + +_Grez_, gré. «Prendre en gré», avoir agréable, savoir se +contenter (p. 88). + +GRIGNY, 73. + +_Grille_, prison. 84. + +_Gris blanc, gris perdu_, p. 168, sortes de fourrures. + +_Grivelé_, marqueté, moucheté comme les grives. 41. + +_Groiselles_, groseilles. «Mascher des groiselles (p. 46, v. +26), c'est ce qu'on appelle maintenant avaler la pilule.» + +_Grongnée_ sur l'oeil, emplâtre ou meurtrissure. 16. + +GROS VALLET, 155. C'était un des servants de l'homme d'armes. +Il faisait partie de ce qu'on appelait une _lance fournie_, +c'est-à-dire les trois ou quatre combattants qui devaient +accompagner un homme d'armes et marcher à ses côtés dans la +bataille. (P. L.) + +_Guerdonner_, récompenser. + +_Guermenter (se)_, 32. Se lamenter, se plaindre. Voy. Cotgrave. + +_Guerrier_, guerroyer. 119. + +GUESDRY GUILLAUME (p. 72). Le même que Guillaume Gueuldry, p. +15. M. P. L. pense que «la maison Guesdry Guillaume» était le +pilori ou la maison du bourreau. + +_Guet_ (chevalier du), 92. On donnait le titre de chevalier au +capitaine du guet, parce qu'il était resté peut-être seul en +possession de l'ordre de l'Etoile, créé par le roi Jean. (Pr.) + +GUILLEMETTE _la tapissière_. 42. + +GUILLEMIN, 153. + +GUILLOT GUEULDRY, p. 15. V. GUESDRY. + +_Guin d'oeil_, regard, clin d'oeil. 168. + +_Guisarme, guysarme_, 67, 147. espèce de hache à deux +tranchants. (P. L.) + +_Guise_, mode, façon, manière. 139, 168. + +----------H---------- + +_Habité_, 170, ayant maison, habitation. + +_Habitué (bien)_, ayant de belles manières. 196. + +_Hahay_! exclamation. 139. + +_Haict (de bon)_, de bon coeur, avec plaisir, avec empressement. +p. 83. + +_Hamée_ (?), 121. + +HANNIBAL, Annibal. 120. + +_Hardis_, p. 172, v. 24, liards. Petite monnaie qui avait cours +sous Philippe le Hardi. + +HAREMBOURGES (p. 34, v. 20), Eremburges, fille et unique +héritière d'Elie de la Flèche, comte du Maine, mort en 1110. +(Pr.) + +_Harier_, tracasser. 102. + +_Hasles_, hâle. 88. + +_Havée,_ poignée, poignée de main. 61, 169. + +_Haiet_, 60, croc. (Pr.) + +_Hayneurs_, qui détestent. 90. + +_Hayter_, profiter, réussir. «Riens ne hayt que persévérance.» +(P. 25, v. 14.) + +_Heaulmière,_ marchande de heaumes. 39. + +_Hébergement,_ accueil. + +HECTOR, 74. + +HÉLÈNE, HELEINE, 53, 112. + +HELOïS, Héloïse, nièce de Fulbert, amante d'Abailard + +HENRY (maistre), 85--«Henri Cousin était alors bourreau et +tourmenteur-juré de la prévôté de Paris.» (P. L.) + +HERODE (p. 46) fit décapiter saint Jean Baptiste, sur la demande +de la danseuse Hérodiade. + +_Herroit_, haïrait. 59. + +HESSELIN (_Denys_). 60. + +_Hez_, hais. 138. + +_Histoire_, ornement. «Sans autre histoire», 94. Au quinzième +siècle et au commencement du seizième, on appelait _histoires_ +les gravures dont les livres étaient ornés. + +_Ho_! assez! halte là! P. 71, v. 9. + +_Hober_, remuer, bouger. + +_Hohecte (y),_ 63. Si ce n'est une sorte d'exclamation, c'est +incompréhensible. + +_Hoirs_, héritiers. + +HOLOFERNES, 121. + +_Hom_, homme, on. 18, 120. + +_Hostel_, maison. 82. + +HOTEL-DIEU de Paris, 85. + +_Houseaulx, houses_. Sorte de chaussure. 14, 73, 76, 158. + +_Housseurs_, 119. Voy. _Notes_, p. 223. + +_Houx_, houssine, baguette. Les muguets portaient des houssines +ou cravaches à la main, pour montrer qu'ils avaient des chevaux +à l'écurie. (P. L.) + +_Hucher_, crier, appeler à haute voix. 70. + +_Hucque_, 12, camail à capuchon, que les hommes de toute +condition portaient au XVe siècle (P. L.) + +HUE CAPET, Hugues Capet. 104. + +_Humblesse_, humilité. 205. + +_Hutin_, bruit, bataille. 98, 162. + +_Hutinet_, bruit, brouillerie. 64. + +_Huy_, aujourd'huy. 38. + +_Huys_, porte. + +----------I---------- + +_Icelle_, cette. + +_Idolatryer_, tomber dans l'idolâtrie. 45. + +_Ilce_, cela. P. 62, v. 16. + +_Istroit_, sortirait, 145. + +_Ils, ilz_, elles. «S'ils n'ayment fors que pour l'argent.» (P. +43, v. 19). + +_Impartir_, accorder, donner. 9, 55. + +_Impêtrer_, obtenir. 42. + +_Impourveu_, pauvre, qui n'est pas pourvu de biens. 14. + +_Informé_, instruit. «Informez en meurs» (p. 71), bien élevés. + +INNOCENS (les), cimetière de Paris, 89. + +_Inventaire_, compte fait. + +ISABEAU, 82. + +ISLE (L'). Lille en Flandre, p. 45. + +----------J---------- + +_Jà, déjà, certainement. + +_Jacobins_, glaires, flegmes. 49. + +_Jacobines_ (soupes), bonnes soupes grasses. 66. + +JACOPINS, Jacobins. 13, 82, 179. + +_Jacques_ (p. 158). Les Francs Archiers portaient des _jacques_ +ou cottes de mailles sous leur hoqueton ou casaque. (P. L.) Il +y avait des _jacques_ de toutes sortes d'étoffes. Nous disons +encore _jaquette_. + +JACQUELINE, 82. + +_Jalet_, galet, caillou. 114. + +_Jambot_, p. 84. Petite jambe, membre viril. + +JAMES, (_Jacques_), 92,97. + +_Jargon jobelin_, argot, 179. + +_Jargonner_, p. 118. «Je congnois quand pipeur jargonne», veut +dire: je connais l'artifice du chasseur à la pipée. + +_Jasoit_, quoique, 138. + +JASON, _Jazon_, 121. + +JEHAN de CALAYS, 93. + +JEHAN LAURENS, p. 180. Personnification du peuple, qui apportait +de l'argent aux _pardons_, ou peut-être un nom donné aux +_pardonneurs_. + +JEHANNE, 173. + +JEHANNE DE BRETAIGNE, 84. + +JEHANNE, la bonne Lorraine (p. 34, v. 21), Jeanne d'Arc. + +JEHANNETON, 49. + +JEHANNETON _la Chaperonnière_, 42. + +_Jengleresse_, menteuse, 55. + +_Jeu d'asne_ (p. 82), jeu d'amours. M. P. L. suppose qu'on +devrait lire le jeu de dame. C'est la même chose. + +_Jeux_, pièces dramatiques, 87. + +JOB, 29, 122. + +_Jobelin_, argot. 169, 179. + +_Joinctes_, jointures, articulations 33. + +JONAS, 122. + +_Joncherie_, plaisanterie, raillerie, friponnerie. 104, 189, +190. + +JOUVENEL (Michel) (p. 96), huitième fils de Jean Jouvenel des +Ursins, fut bailli de Troyes, et mourut en 1470. + +JUDAS, 122. + +JUDIC, _Judith_. 110, 121. + +JUIFS, 103. + +JUNO, Junon. 122. + +_Jus_, bas, à bas. 76, 136, 159. + +JUSQU'IL, jusqu'à ce qu'il. + +----------K---------- + +KATHERINE _la Bouchière_, 42. + +KATHERINE DE VAUSELLES, 46. + +----------L---------- + +_L'en_, on, l'on. + +_Là sus_, là haut. 103. + +LA BARRE, 50, 57, 63. + +_Labit_, 175, décadence, de _labes_ (P.L.). + +_Labour_, travail, labeur. 88. + +_Laboureux mestier_, état de laboureur. 79. + +LA GARDE (_Jean de_). 17, 73, 96. + +LA HIRE. 155. Étienne Vignoles, dit La Hire, fut un des plus +braves capitaines de Charles VII. Il se distingua dans les +guerres contre les Anglais, et mourut à Montauban en 1442. +(P.L.) + +_Laidanger_, injurier, railler. 43. + +L'AIGLE, 152. + +_Lairra_, laissera. + +_Lairray_, laisseray. + +_Lait_, laid. + +_Laiz_, laïques. 33. + +_Lame_, pierre tumulaire. «Quant est du corps, il gyst soubz +lame» (32, v. 23). + +LAMESOU (_le seigneur de_), 200. + +LANCELOT, _le roi de Behaigne_ (p. 36, v.6). Pr. a cru voir dans +ce personnage Ladislas V, prince d'une rare bravoure, tué à la +bataille de Varnes en 1444, et qui régnait sur la Pologne, +la Bohème et la Hongrie. M. P L. remarque avec raison que +_Lancelot_ ne ressemble guère à _Ladislas_. + +LANTRIQUER, nom breton de la ville de Trequier. 157. + +_Laqs_, filets, pièges. 78. + +_Larmoyer_, pleurer, verser des larmes. 141. + +LA ROCHE, 155. Le seigneur de La Roche était un des bons +capitaines de Charles VII. Il s'attacha à la personne du Dauphin +Louis, et le suivit dans ses révoltes contre son père. On le +voit figurer parmi les familiers du Dauphin dans les _Cent +nouvelles du bon roy Louis XI_, où il est toujours nommé +«monseigneur de La Roche». (P. L.) + +LA ROCHEFOUCAULD, 152. Ce ne peut être que Foucauld, 3e du nom +seigneur de La Rochefoucauld, de Marsillac. etc., conseiller +et chambellan de Charles VII, fait chevalier sur le champ de +bataille, en 1461. (P. L.) + +_Las_, lacs, filets. 47. + +_Lasse!_ hélas. 32. + +_Lassus_, là haut. 91. + +_Latin_, langage, parler quelconque. «Je n'entends point vostre +latin.» 202. + +LAURENS (_Jehan_), 68. + +_Lavaille_, eau qui a servi à laver. 76. + +_Lay_, laïque 44. + +_Lay_, pièce de vers. «Ce lay contenant des vers dix.» P. 59, v. +4. + +_Lays_ est employé, dans la préface de Marot et dans les deux +Testaments, dans le sens de legs. + +_Lé_, large «Tant qu'il a de long et de lé» (23, v. 22). + +_Lealle_, loyale. 134. + +_Léans_, là dedans. + +LE CAMUS SENESCHAL, 92. + +_Lectry_, lutrin, 15. + +_Légèrement_, vivement, promptement. + +LE LOU (_Jehan_), 64. + +_Lembroysé_, lambrissé, 68. + +_Lermes_, larmes. + +_Lerz_, loirs. 72. + +_Leschier_, rechercher les bons morceaux se livrer à sa +gourmandise. 28. + +_Lettres_, savoir, connaissances. «Sans plus grandes lettres +chercher» (p. 71, v. 7). + +_Lez_ auprès, à côté de. + +_Lians_, liens. 106. + +_Librairie_, bibliothèque. 54. + +_Lice_, lisière, laisse. 171, v. 21. + +_Lit de parement_, 89. C'était un grand lit d'honneur, avec +dosseret, dais et courtines, chevet, couvre-pied, marchepied, +chaire d'attente, prie-dieu, etc. (P. L.) + +_Ligne_, 69, lignée, race. + +_Linget_, mince, délié. 64. + +_Lisse_, chienne, p. 171, v. 20 + +LOMBART, 50. Synonyme de juif ou usurier. (P. L.) Plusieurs +banquiers, juifs d'origine, lombards de nation, vinrent +s'établir à Paris dans la rue qui porte leur nom. Comme ils +prêtaient à gros intérêts, le peuple donna le nom de _lombards_ +aux usuriers et prêteurs sur gages. (Pr.)--_Art lombard_, 171, art +d'attraper de l'argent. + +LOMER, 91. + +LORRAINES, 8l. + +_Los_, lot. 134. + +LOTH, 69. + +LOUVIERS (Nicolas de) ou de Louvieulx, 17, 62. Prompsault croit +qu'il s'agit d'un bourgeois de Paris qui concourut à remettre la +ville de Paris entre les mains de Charles VII, et qui fut fait +conseiller à la Chambre des comptes par Louis XI. + +_Loyaument_, loyalement. + +_Loyer_, récompense. 45. + +LOYS, le bon roi de France Louis XI, p. 23. + +_Loz_, louange. 109. + +_Lubres_ (p. 95, v. 3), sombres et tristes, dit Pr. + +LUCRESSE. Lucrèce. 118. + +_Lunettes_, yeux, vue. Samson fut livré par Dalila aux +Philistins, qui lui crevèrent les yeux. C'est ce que Villon +rapporte ainsi p. 45, 2. 21: «Samson en perdit ses lunettes.» + +_Lutter_, faire le métier de baladin. 87. + +_Luz_, luths. 55. + +_Ly_, le, les. 36. + +LYMOUSINS, 185, 199, 202. + +LYSLE EN FLANDRE, Lille. 22. + +_Lysses_, lices, luttes: «à tenir amoureuses lysses» (p. 40, v. +29). + +----------M---------- + +_M'_, mon, ma. «Par m'ame.» 73. + +MACÉE _d'Orléans_. 68. + +_Macher_, manger. 187. + +MACQUAIRE, 76. + +MACROBE, 81. + +MAGDELAINE (_la_), 122. + +_Maignan_, chaudronnier. 119. + +_Maille_, petite pièce de monnaie. 86, 180, 208. + +_Maille_, pas du tout. «Je ne vous crains pas maille», 151. + +_Mailler_, battre à coups de marteau, de maillet. 116. + +_Maillon_, maillot. 54. + +_Main mise_, 52. «Dieu nous garde de la main mise», nous +préserve d'être pris. + +MAIREBEUF. 17, 62. + +_Mais_, plus. «Il n'a mais qu'un peu de billon.» (P. 19, v. 9.) + +_Mais que_, pourvu que. + +_Maistre des testament_, 97. Je ne sais ce que c'était. + +_Maistrie_, domination. 102. + +_Mal, male_, mauvais, mauvaise. + +MALCHUS, 199. Servir Malchus, c'était, selon M. P. L., servir un +homme d'épée à la guerre, porter un épieu, une guisarme ou un +coutelas, appelé _Malchus_, du nom de celui à qui saint Pierre +coupa une oreille. + +_Mal gré_, disgrâce. 58. + +_Malheureté_, infortune, malheur, misère. + +_Mallement_, méchamment, durement. + +MALPENSÉ, 11. Personnage imaginaire, aux idées peu nettes. + +_Maltalent_, méchanceté, colère. 36. + +_Mander_, envoyer. 77. + +_Manna_, manne. 107. + +_Manne_. «Venir de manne» (73), venir du ciel, comme la manne. + +_Marché au filè_ (?), 80. + +_Marché (hault et bas)_, 195, toutes sortes d'affaires, y +compris les affaires d'amour. + +_Marchesens_ (?), 175. + +MARGOT (_la grosse_), 82, 83. + +MARIE (_d'Orléans_), 105. + +MARION LA PEAU TARDE, 91. + +MARION L'YDOLLE, 84, 86. + +MARIONNETTE, titre ou refrain de chanson. P. 91. + +_Mariottes_, femmes mariées (?), 98. + +MARQUET. 92. + +MARTIN GALLANT, 185. + +MASCHECROUE (la). Prompsault croit que c'est le nom d'une +tavernière. M. P. L. pense qu'il s'agit des plaines arrosées par +la Crou, petite rivière qui passe à Gonesse et à Saint-Denis. + +_Maschouère_, mâchoire, 52. + +_Mate chère_, triste mine. 52. + +_Mathelins (l'ordre des)_, 70, l'ordre des fous, des insensés. +Peut-être la confrérie des Sots ou de Mère-Sotte, cette société +joyeuse de poëtes et de comédiens, qui était alors la rivale de +la Confrérie dramatique de la Passion. (P. L.) + +_Mathelineux_, fou. + +MATHIEU, p. 66. M. B. L. suppose qu'il s'agit de Mathieu de +Gand, trouvère du XIIIe siècle, qui a écrit contre les moines. + +_Mathon_, fromage mou. + +(P. L.) + +MATHUSALÉ, Mathusalem, 23. + +_Mau_, mauvais, 65, 84. + +MAUBUAY, p. 63. La fontaine Maubuée (c'est-à-dire malpropre) +était située à l'entrée de la rue de ce nom, qui n'avait alors +que des filles et des mauvais garçons pour habitants (P. L.). +Villon envoie Jean Raguyer boire à la fontaine Maubuée, 1. + +_Mauffez_, le diable. Villon dit assez irrespectueusement que le +prêtre, exorcisant les possédés, prend le diable par le col avec +son étole (p. 36). + +_Mauldite_, injuriée avec blasphème. (P. L.) + +_Maulgré_, malgré. 158. + +_Maulx_, mauvais. 106, v. 12. + +MAUTAINCT, 74. + +MEHUN, 24, 84. + +MEHUN (_Jehan de_), continuateur du _Roman de la Rose_, 66. + +_Meins_, moins. 154. + +_Meist_, mit. 60. + +MENDIANS (_frères_), 66, 98. + +_Menestrier_, musicien. 45. + +_Menroit_, mènerait. 201. + +_Mercerot_, petit mercier. «Moy, pauvre mercerot de Rennes» (p. +37, v. 21), signifie gueux comme un _mercelot_, c'est-à-dire +comme ces merciers ou porte-balles qui couraient le pays, et qui +étaient affiliés aux bandes de gueux et de bohémiens. + +_Merciz_, miséricorde. + +_Mereaulx_, jetons qui servaient à faire les comptes. + +_Mérencolie_, mélancolie, folie. 188. + +_Merir_, mériter. 55, v. 8. + +_Merit_, mérite. 52, v. 1. + +MERLE, 70. + +_Meschance_, misère, malheur. + +_Meschief_, malheur, accident, 141. + +_Meschoir_, arriver du mal. + +_Mescompter (se)_, s'exposer à des mécomptes. 7. + +_Mesdire_, mentir. «Je le dys et ne croys mesdire.» (P. 28, v. +20.) + +_Meseaulx_, lépreux. 76. + +_Meshaigné_, blessé, en mauvais état. 152. + +_Meshaing_, peine. 98. + +_Meshuy_, p. 150. «C'est à meshuy!» C'est maintenant, pour le +coup!--Aujourd'hui. 157. + +_Mesprendre_, mal agir, 27, 42, 133. + +_Masprins_, mal agi, 8. + +_Messaigières_, entremetteuses. P. 80, v. 9. + +_Messe (seiche)_, 93, messe sans consécration. + +_Mestier_, besoin. 6l, 197, 200. + +_Mestier (bas)_, affaires d'amour. + +MEUNG, p. 146. C'est le continuateur du _Roman de la Rose_, +Jehan de Meung. Voy. MEHUN. + +_Meurdri_, meurtri. 16. + +_Meure_, mûre, fruit de la ronce. «Plus noir que meure.» (P. 28, +v. 9.) + +_Meurté_, maturité. 26. + +MICHAULT DU FOUR, 63. + +MICHAULT le bon fouterre, 57. Il y a dans le recueil publié par +Barbazan un fabliau du _Foteor_; mais le héros du conte n'est +pas nommé. + +_Mie_, pas du tout. 62. + +_Miege_, mégissier. 65. + +_Mignon_, favori. 196. + +_Mignotte_, jolie, mignonne. 41, 98. + +_Mineur_, petit. «Haro, haro, le grand et le mineur!» (p 58, v +11.) A l'aide, grands et petits! + +_Mirlificques_, 185. Merveilles, pour _mirifiques_. (P. L.) + +_Misericors_, indulgent, miséricordieux 22. + +_Miste_, joli, aimable. 196. + +_Mitaines_. L'avant-dernier vers de la page 46 fait allusion à +l'usage, qui n'est pas encore complètement perdu, de donner des +gants aux convives d'une noce. + +_Mitaines de fer_, gantelets. 152. + +_Mocque_, moquerie. 175. + +_Mol_ mollet. 61. + +MONFAULCON, 215. + +_Monopolles_, cabales, complots. 205. + +_Monstier_, couvent. + +MONTMARTRE, 8l. + +MONTPIPPEAU, 86. + +MONT-VALÉRIEN, 81. + +_Moralitez_ (p. 87), pièces dramatiques dont les vertus, les +vices, etc., sont les personnages. + +MOREAU, 50. + +_Morillon_ (vin), p. 100. Vin rouge + +_Mors_, mordu. 143, v. 18. + +_Mort_. «Aller de mort à vie», p. 91, est un jeu de mots, +l'inverse d'aller de vie à trépas. + +MORTELLERIE (_Rue de la_), à Paris. 200. + +_Morteux_, mortels. 159. + +MORTIER D'OR. Paraît avoir été l'enseigne de Jehan de la Garde, +l'épicier. (P. 17, v. 1.) + +_Moulier_, femme, 46. + +_Moult_, très, beaucoup. + +_Mouse_, museau. 63. + +_Mousse_, p. 173, v. 21. Vin On dit encore _moût_ dans le sens +de _vin nouveau_. (P. L.) Je crois qu'il s'agit plutôt des frais +faits pour paraître, pour se faire _mousser_. + +_Moustarde (aller à la)_, 91, faire grand bruit d'une chose, +s'en vanter, en parler à tout propos. + +_Moutonnier_, 12. M. P. L. croit que Changon était un _mouton_ +ou faux compagnon que Villon avait rencontré dans les prisons, +pour son malheur. C'est assez vraisemblable. + +_Muer_, changer. 27. + +_Muguelias_, muglias, 204. Sorte de parfum. + +MULLE, 60, probablement une enseigne. + +_Musars_, fainéants, 98. + +_Muser_, s'amuser, perdre son temps. 79 + +_Musser_, cacher. 58. + +_Mye_, point, pas du tout. 202. + +----------N---------- + +_N'_, ni 108. + +NABUGODONOZOR, 122. + +NANCY. P. 171. Ce souvenir du siège et de la bataille de +Nancy, où les Suisses défirent le duc de Bourgogne, Charles +le Téméraire, prouve, ainsi que l'a remarqué M. P. L., que +le _Dialogue de Mallepaye et Baillevent_ a été composé après +l'année 1477. + +_Naquet_, 169, jeune garçon, d'où _laquais_ (P. L.). On appelait +particulièrement _naquets_ les garçons des jeux de paume. + +NARCISSUS, Narcisse, 46, 122. + +_Natté_, garni de nattes, suivant l'usage du temps. «En chambre +bien nattée», 78. + +_Naveau_, navet. 48. + +_Navrer_, blesser. + +_Ne_, ni. + +_Ne que_, pas plus que. + +_Nectelet_, 169. Propret, bien vêtu. + +_Nennil, nenny_, non. + +_Noailleux_, noueux. 155. + +NOÉ, 69. + +NOÉ LE JOLYS, 46, 85. Probablement un ancien compagnon de +Villon, qui le chargea dans son premier procès pour se disculper +lui-même, et ne fut condamné qu'au tiers de la peine infligée à +Villon. Celui-ci lui en gardait encore rancune lorsqu'il écrivit +le grand Testament. (Huitain CXLII.) + +_Noise_, bruit, querelle. + +_Nombrer_, compter. 118. + +NOTRE-DAME-DE-PARIS, 187. + +_Nourri_, élevé, 2. + +_Noyse_, bruyt, querelle. + +_Noysier_, faire du bruit, quereller. 79. + +_Nully_, nul, aucun, personne. 213. + +_Nuyctée_, durée de la nuit. 78. + +_Nuysance_, préjudice. 144. + +----------O---------- + +_O_, avec. 69, 79. + +_Obstant_, malgré, nonobstant. + +OCTOVIEN, 122. Prompsault croit qu'il s'agit de Caius Julius +Caesar Octavianus, qui fut empereur sous le nom d'Auguste. + +_Oës_, oies. 92. + +_Onc, oncques_, jamais. + +_Oppresse_, oppression. 26. + +_Ord_, sale. + +_Orbes_, 115, aveugles, selon M.P.L. + +_Ores_, maintenant. + +_Orfaverie_, orfèvrerie, bijoux, ornements en or. 68, 146. + +ORLÉANS, 66. + +ORPHEUS, Orphée, 45. + +_Orrez_, entendrez. + +_Ost_, armée. + +_Ostade_, étoffe précieuse. 196. + +_Ot_, entend, 51.--Eut, 46. + +_Ou_, au. 29, v. 4; 106, v. 17. + +_Oubliance_, oubli. 18. + +_Oultraige_, courage intempestif, outrecuidance. 152, 154. + +_Oultrement_, beaucoup, plus que de raison, 1. + +_Ouquel_, auquel, dans lequel. + +_Ouvrer_, travailler. 87. + +_Ouvrez vostre huys, Guillemette_; refrain ou commencement de +chanson. 91. + +_Oy_, entends, 113. + +_Oystres_, huîtres. 30. + +_Oyt_, entend. 64, 68. + +----------P---------- + +_Paillart_, gueux. 194. + +_Palais_ (le), à Paris, 185, 206. + +_Pallus, palux_, marais. 55, 122. + +_Panon de Bissac_ (p. 155), pennon ou bannière de toile grise +(P. L.). + +_Paour_, peur. + +_Paouvre_, pauvre. 9. + +_Papaliste_, papauté. 35. + +_Papier_ (p. 51, v. 12), respirer, souffler. + +_Par tel_, de telle façon. Peut-être le vers 22 de la page 181 +devrait être ainsi: «Par tel si, qui veue ne l'aura.» + +_Pardoint_, pardonne. 153. + +_Pardons_, 180. Prières publiques, processions et autres +pratiques pieuses auxquelles étaient attachées des indulgences +particulières. (P. L.) + +_Pardonneurs_, vendeurs d'indulgences, de pardons. 174, 180. + +_Parfaict_, achevé. 188. + +_Parfond_, profond. + +PARIS, 33. + +PARIS, 66, 80, 88, 101, 184, 199 et _passim_. + +_Parit_, engendra, 51, v. 20. + +_Parmi_, avec. 50.--Au milieu de, dans. 153.--A travers. 104. + +_Partement_, départ. + +PAS. Il est question, p. 74, v. 13 et suiv., d'un pas d'armes +tenu par René d'Anjou, qui prenait le titre de roi de Sicile. + +_Passot_ (83). Pr. croit que c'est une lance; M. P. L., une épée +courte. + +PATAC, patard, petite monnaie. 69, 199. + +PATAY, chef-lieu de canton dans le Loiret, 115. Pr. fait la +remarque qu'il n'y a pas de forêt dans cette localité, et qu'il +n'y vient pas de châtaignes. + +PATHELIN, 179, 196. Le héros d'une farce bien connue, qu'on a +attribuée à Villon. + +_Pathelin_, 166, 169, langage mielleux et plein d'artifices. + +_Paulme (en)_, dans la main. «Seur comme qui l'auroit en +paulme», p. 72. + +PAUQUEDENAIRE, p. 196, est présenté comme un homme expert en +tromperies, comme Villon et Pathelin. Il n'est pas autrement +connu. Voy. POICDENAIRE. + +_Peaultre_, 48. Suivant Cotgrave, le _peautre_ est le gouvernail +d'un navire. Dans _l'Ancien théâtre français_, t. II, p. 155, on +trouve _battu comme peaultre_, ce qui équivaut à _battu comme +plâtre_. + +_Peaussa_, couvert d'une peau épaisse et ridée. 41. + +_Pehon_, piéton, fantassin. 154. + +_Pel_, peau. 143. + +_Peiner (se)_, se donner de la peine. 31. + +_Penancier_, Pénitencier, confesseur. 188. + +_Penart_, lance ornée d'un pennon. 147. + +PENESSAC (_monsieur de_), 200. + +_Per_. «Reçoit son per et se joint à la plume», p. 74, v. 20. + +_Per ou non per_, pair ou non, quoi qu'il en soit. 193. + +PERDRYER (_Jehan et Françoys_), 75. + +PERNET (158), _Perrenet_ (157), diminutifs de _Pierre_, nom du +franc archer de Bagnolet. + +_Perpétrer_, obtenir, acquérir. 42. + +PERRETTE, 82. + +_Perrucatz_, 178. Gens à perruque. On appelait perrucats tous +les gens de la Basoche (P. L.) + +_Pery_, perdu, 51, v. 23. + +_Pesle_, poêle, s. m. 48. + +PESTEL (_enseigne du_), ou pilon. 200. + +_Petiote_, petite. 26. + +PETIT-PONT, à Paris. 81, 190. + +_Peu_, repu, nourri. (P. 21, v. 13.) + +PHILIPPOT, 92. + +PHOEBUS, 122. La clarté Phoebus, c'est, on le sait, la lumière +du jour. + +PICARDS, 122. C'étaient des hérétiques qui ne faisaient aucune +prière pour les morts. Voilà pourquoi Villon promet à Thibault +d'Aussigny une _prière de Picard_. + +PICARDES, 81. + +_Pieça_, il y a longtemps. + +_Piétonner_, courir à pied. 152. + +_Piez blancs_, p. 8. Avoir les pieds blancs, c'est, suivant M. +P. L., revenir de loin, comme les voyageurs aux pieds poudreux. + +_Piez de veaux (faire les)_, danser, faire des gambades. 112. + +_Pigne_, peigne, 69. + +_Pigon_, pigeon. «Les pigeons qui sont en l'essoine, enserrez +sous trappe volière» (p. 15, v. 27-28), sont des prisonniers +enfermez dans une prison grillée. + +_Pion_, buveur, ivrogne. 52, 70. + +_Pipeur ou hazardeur de dez_ (87), filou qui joue avec des _dés +pipés_. + +_Piteux_, porté à la pitié. 175. + +_Plain_, uni 142;--entier. «Tant que je suis en mon plain sens» +(p 24, v. 9). + +_Plaindre_, regretter. «Je plaings le temps de ma jeunesse.» (P. +27, v. 25.) + +_Plaisance_, plaisanterie, vie joyeuse, ou plutôt affaires +d'amour. + +_Plaisant_, agréable. 63. + +_Plait_, plaid, plaidoyer. «A peu de plaît», sans grands +discours. + +_Planté_, abondance, 178. + +_Plaque_ (p. 61), monnaie fabriquée sous Charles VII, à +l'imitation des Pays-Bas. + +PLAT D'ESTAIN, cabaret de Paris, 213, 215. + +_Pleige_, caution, répondant. 33. + +_Plet_, voy. _Plait_. + +_Plombée_, 99. Fouets ou masses garnis de plomb. (P. L.) + +_Plours_, pleurs. 144. + +_Plumail. Mettre le plumail au vent_ (49, v. 1), se jeter +résolument dans un parti. + +POICTOU, 62. + +_Poirre_, peter. 64, v. 1. + +_Poise_, pèse, tourmente, 101, 163, 179. + +_Poisle_, poêle, 48. + +PONT A SILLON. Pont au change. 179, 182. + +PONTHOISE, 101. + +PONTHIÈVRE. Penthièvre. 152. + +PONTLIEU (_Jean de_), 66. C'est Jean de Poilli, docteur de +Paris, implacable adversaire des moines mendiants au XIVe +siècle. Il avait écrit plusieurs ouvrages qui furent condamnés +par le pape Jean XXII. Villon nous apprend qu'il dut abjurer ses +hérésies et faire amende honorable. (P. L.) + +POPIN (_l'abreuvoir_). Cet abreuvoir était au bout du Pont-Neuf, +vis-à-vis la rue Thibautaudez. On a démoli de nos jours une +voûte qui conduisait à cet abreuvoir, où les truands et les +mauvais garçons se réunissaient, au moyen âge, avec les ribaudes +et les bohémiennes. (P. L.) + +POMME DE PIN. Cabaret de Paris. 61, 192. + +POMPÉE, 120. + +_Porte-paniers_. Portefaix, porteurs de hottes. 89. + +_Pou_, peu, 82, 146. + +_Poulaille_, volaille. 64, 151. + +_Poulce_, 173. «Jouer du poulce», donner de l'argent. + +_Pour-demain_, après-demain. 161. + +_Pourbondir_ un cheval, le faire caracoler, 154. + +_Pour ce que_, parce que. + +_Pourchasser_, poursuivre, procurer. + +_Pourmener_, promener. «Pourmené de l'uys au pesle» (p. 48), +promené de la porte au poêle, du froid au chaud; lanterné. + +_Pourpenser (se)_, penser, décider à par soi. + +POURRAS (l'abbesse de). Cette abbesse de Pourras était, je +pense, une coquine, qui, sous ce titre, vint avec Villon duper +le pauvre barbier de Bourg-la-Reine, qui y tenait aussi une +hôtellerie (Pr.)--Le peuple appelait abbesse de Poilras, une +maquerelle publique qui avait été rasée au pilori, fouettée et +chassée de la ville. (P.L.) + +_Poursuivans_ (P. 37, v. 10). Poursuivants d'armes. C'était un +des premiers grades de la chevalerie. (P.L.) + +_Pourtraicte_, formée. 106. + +_Pourtraicture_, portrait, visage. 82. + +_Poylette_, petite poêle. 77. + +POYSSONNERIE (la), à Paris. 187. + +POYTOU, 185. voy. POICTOU. + +PRAGMATIQUE SANCTION. 166. + +_Prébendé_, chargé, comme d'une prébende. + +_Premier_, premièrement, d'abord, 53, v. 9. + +_Prescheur_, celui qui prêche, prédicateur. 32. + +_Prescripre_, transcrire (?). 93. + +_Preudhommye_, prud'homie. 142. + +PRIAME, Priam, roi de Troie. 120. + +PRINCE DES SOTZ (p. 63). C'était le chef électif de la confrérie +joyeuse de la Bazoche du Palais et le _maître des jeux_ de cette +association dramatique. On le nommait tous les ans à la fête de +mai, et ses suppôts étaient tenus de lui obéir pendant toute la +durée de ses pouvoirs. (P.L.) + +_Procès_, actes, pièces de procédure. 204. + +_Prochas_, recherche. 165. + +PROSERPINE, 122. + +Prou, assez. 170. + +PROVINS, 50, 88. + +_Provision_ (p. 36, v. 4), recours, remède. + +_Prunier_ «En qu'en son prunier n'a pas creu» (p. 38, v. 23), +qui n'est pas de son invention, de son cru. + +PSALMISTE (_le_) David. 107. + +Psaulme _Deus laudem_, p. 23. C'est le psaume 108: _Deus laudem +meam_, etc. Le verset septième, qui servait de prière à Villon +quand il faisait des voeux pour l'évêque d'Orléans, est ainsi +conçu: _Fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus accipiat +alter_. «Que les jours de sa vie soient réduits au plus petit +nombre, et que son évêché passe à un autre. «C'est le sens que +le poëte donne au mot _episcopatum_. (Pr.) + +_Puis_, depuis. + +----------Q---------- + +_Quanque_, ce que, 153. + +_Quant de, quant est de_, à l'égard de, quant à. 23, 32, 102. + +_Quantz_, combien de. 167. + +_Ouars et dix_ (112), taxes et dîmes. (P.L.) + +_Que_, à, de quoi. 30, v. 19; 57, v. 12. + +_Queloingne_, quenouille. «Autre que moy est en queloingne» (p. +9, v. 10), signifie que Villon a été supplanté auprès de sa +maîtresse. + +_Querir, querye_, chercher. + +_Qui_, ce qui. «Qui n'esteit à moy grand saigesse.» (P. 39, v. +18.) + +_Qui ne quoy_, rien, quoi que ce soit. 30. + +_Quiers_, veux, cherche à. P. 46. + +_Quinze-Vingtz_, 88. Les pensionnaires de l'hôpital fondé par +Saint-Louis pour trois cents aveugles. + +_Quoy_, tranquille, en repos. 30. + +----------R---------- + +_R'abiller_, réparer, remettre en état, 1. + +_Racoustré_, raccoutré, réparé. 2. + +RAGUYER (_Jacques_), 61, 97. + +RAGUYER (_Jean_), 61, 97. + +_Raillart_, railleur, bon vivant, 38. + +_Railler_, faire le métier de bouffon, 87. + +_Raillon_ (p. 94), dard. Le raillon était une espèce de flèche +triangulaire. (P.L.) + +_Raimasser_ (?), 167. + +_Raine_, rainette. 77. + +_Rains_, p. 13. M.P.L. rapproche ce mot de _rainceaux_, et le +traduit par _rameaux, fagots_. «Les fagots, dit-il, étaient +empilés de chaque côté des vastes cheminées du XVe siècle. On +s'appuyait donc contre les _rains_ en se chauffant la plante des +pieds.» + +_Ralias, rallias, ralyas_, festin, régal. 82, 205. + +_Ramenteu_, rappelé, remémoré. + +_Ramentevoir_, rappeler. 82. + +_Ranguillon_, ardillon. 100. + +_Rappeau_, nouvel appel. 86. + +_Ravis_, enragés. «A loups ravis grosse pasture», 176, v. 8. + +_Raye (coucher en)_, p. 165. Se mettre en évidence. + +_Réau_, 6l, royal d'or. Cette monnaie valait 30 sols tournois en +1470. (P. L.) + +_Réagal_, 76. Espèce d'arsenic rouge. (P. L.) + +_Rebours_, 106, ce qui rebute. + +_Rebourse_, revêche, 203. + +_Rebouter_, rebuter, 43, v. 15. + +_Rebrassès colletz_, 33, collets fort hauts et bien plissés +(Pr.).--Collets bordés de fourrures. (P. L.) + +_Recipe_, 76, ordonnance de médecin. + +_Recoeuvre, trouve_, obtienne. 43, v. 23 + +_Recorder_, rappeler, 79. + +_Recors (être)_, se rappeler. 88. + +RECOUVRER, rendre. «Et que vie me recouvra.» 24, v. 18. + +_Recreu_, fatigué, lassé. 38, l65. + +_Recueil_, accueil, 137. + +_Recullet (en)_, dans un coin, acculé. 113. + +_Réer_ (95, v. 9), raser, râcler. + +_Refrigère_, rafraîchissement. 52. + +REIMS, 45. + +_Relaiz_, ressource. 9. + +_Relief_, 163. On appelait relief l'ordre du prince qui +autorisait un officier à toucher ses appointements échus pendant +son absence. (P. L.) + +_Remaine_, reste. «Que le refrain ne vous remaine.» (P. 35, v. +3.) + +_Remain_ reste, 10 + +_Remenant (le)_, le reste. 30, 50. + +_Reminer_, considérer. 17. + +_Remordre_, causer du regret, des remords. (P. 25, v. 21.) + +_Renchère_, 192. Pr. suppose que c'est le bâton dont on se sert +pour porter deux sceaux, un à chaque bout. + +RENÉ (d'Anjou), roi de Sicile. 74. + +RENES, Rennes, 37. + +_Repaistre_, manger, se régaler. + +_Repentailles_, regrets, repentir. 39, 86. + +_Reprouche_, chose répréhensible. 103. + +_Repues franches_, repas qui ne coûtent rien. + +_Requérir_, quérir, chercher à nouveau. 192. + +_Requoy (en), à requoy_, en repos, tranquille, 30, 168. + +_Résceans_ (?), 170. + +_Rescondre_. Renfermer, du latin _recondere_. (P. L.) + +_Rescrire_, écrire, rapporter, 27. + +_Résiner_, résigner. «Pour leurs offices résiner» (p. 205), pour +prendre congé et régler leurs comptes. + +_Respit_, répit, repos. 30. + +_Ressourdant_, 166, Ressortant, brillant. (P. L.) + +_Retraict_, retiré. 41, 113. + +_Retraire_, retirer. 47, 54, 80, 137. + +_Revencher_ (se), prendre sa revanche, se prévaloir. 28--_Eux +revencher_, se venger. 67. + +_Revenue_, retour. 192. + +_Rez_, 93. Le rez d'une pomme en est l'épluchure. + +_Rez_, rasé. 95, v. 8. + +_Ribler_, 67, voler pendant la nuit, comme les ribauds, +_ribaldi_. (P.L.) + +_Ribleur_, voleur de nuit. 98. + +RICHER (_Pierre_), 71. + +RICHIER (_Denis_), 63. + +_Rie_, moquerie, raillerie. 42, v. 22. + +_Riotte_, querelle, dispute. 98. + +RIOU (_Jean_), 65. + +_Risse_, rirais. 58. + +ROBERT, 50. + +ROBIN TURGIS, voy. TURGIS. + +ROLLANT, 157. + +ROMAN DE LA ROSE, 25. + +ROMMANTE _du Pet au diable_, 54. Ouvrage imaginaire que Villon +s'attribue. + +ROME, _Romme_. 81, 121. + +RONSEVILLE (_Pierre de_), concierge de Louvieulx. 17. Il y a une +localité de ce nom dans le département de l'Oise. + +ROSE, 56. + +ROSNEL, 74. + +_Rottes_, vents qui s'échappent de l'estomac. 98. + +_Rouge_, fin. Terme d'argot. 185. + +_Roulet_, 114. Du latin _rotulus_, parce que les livres étaient +roulés. (P.L.) + +_Roupieux_, désappointé, avec un pied de nez. 205. + +ROUSSILLON, 99. + +_Route_, bande, troupe. 148. + +_Royaulx_, p. 169, Écus d'or. + +_Royne_, reine. + +_Ru_, ruisseau. Battu «comme à ru telles» (p. 46), comme le +linge qu'on lave. + +_Rubis_. Cl. Marot pense que les beaux rubis légués par Villon +aux soldats du guet (13, v. 23) étaient des rubis de taverne. + +RUEL, 86. + +RUEL (_Jehan de_), 74. + +_Ruer_, jeter. 151.--_Ruer jus_, abattre, 121. + +_Run_, ruine. 166. + +_Rustes_, paysans, gens grossiers. 169. + +_Ruyt_, ardeur amoureuse, rut. 83. + +_Rymer_, 87, faire des vers. + +_Rynceau_, rameau, rainceau. 145. + +----------S---------- + +_Sà jus_, ici bas. 105, 108. + +_Sade_, gentil, gentille, aimable. 83, 196. + +_Sadinet_, la nature de la femme. 40. + +_Saillir_, sortir. 27, 103. + +_Sainctir_, devenir saint. 185. + +SAINT-AMANT, 60. + +SAINT ANDRÉ, 107. + +SAINT ANTOINE (feu), 17, 44. + +S. CRISTOFLE, 74. + +S. DENIS, p. 157. Le cri des Français était _Montjoie S. Denis_; +celui des Bretons était _Bretagne et S. Yves_. (P.L.) + +S. DOMINIQUE. 90. «Les Frères Prêcheurs, ordre institué par +saint Dominique, étaient chargés de l'inquisition en France.» +(Pr.) + +S.-ESTIENNE, paroisse de Paris. 96. + +SAINCT-GENOU, 62. + +S. GEORGES, 68, 151, 158. + +S. GILLE, 207. + +S.-INNOCENT, paroisse de Paris. 181. + +S. JACQUES, 158. + +S.-JACQUES, paroisse de Paris, p. 12. + +S. JEAN-BAPTISTE, p. 46, 107,--_feu saint Jean_, 166. + +SAINT JULIAN DES VOVENTES, 62. + +S. MARTIAL, 24. + +S. MARTIN, 158. + +S. MATHIEU, 218. + +SAINCT OMER, 45. + +S. PIERRE, 162. + +S. PIERRE DE ROME, 189. + +S. PIERRE DES ARSIS, église située dans la Cité. 215. + +S. REMY DE RAINS, 190. + +SAINT SATUR _soubz Sancerre_, 57. + +S. VICTOR, 122. + +S. YVES, voy. S. Denis. + +SAINCTE-AVOYE, 94. Villon veut être enterré dans cette +église parce que c'est la seule de Paris qui ne soit pas au +rez-de-chaussée. Elle était au second étage. + +Ste BARBE, 152. + +_Sainte Souffrette_, patronne imaginaire des gueux. 212. + +_Sallade_, 67, 152, 157, casque sans heaume et sans crête, +espèce de pot de fer. (P.L.) + +SALINS, 37, 70. + +SALMON, Salomon, 45, 114. + +SAMSON, 45. + +_S'amye_, son amie, sa maîtresse. + +SANCERRE, 57. + +SANG. Le sang menstruel servait à faire des philtres et autres +breuvages auxquels on attribuait une vertu magique. Voy. p. 77, +v. 11 et 12. + +_Sans_, cens, c'est-à-dire rente, revenu. P. 72, v. 3. + +_Saqueboute_, sorte d'épieu. 148. + +_Sarazinoys_, d'Orient. «Gingembre sarazinois.» 64. + +SARDANA (p. 46, v. 7). On a fait beaucoup de conjectures au +sujet de ce Sardana, qui conquit le royaume de Crète, et +plus tard vécut de la vie des femmes. Il n'y en a pas une de +satisfaisante. + +SARDANAPALUS, 122. + +SATURNE, 14. + +_Saulsoye_, lieu planté de saules, arbres qui ne portent point +de glands, comme chacun sait. C'est pourquoi Villon lègue «le +gland d'une saulsoye». (P. 12, v. 10). + +_Scarbot_, escarbot. 84. + +_Scotiste_, écossais, d'Ecosse. M.P.L. pense que le roi +d'Ecosse qui avait la moitié de la face vermeille, c'est-à-dire +une _tache de vin_ (p. 35 v. l3), était Jacques II, mort en +1460. + +SCYPION L'AFFRIQUAIN, 120. + +_Se_, si. L'e s'élidait souvent: «S'evesque il est, seignant les +rues» (21 v. 7). + +_Seigner_, bénir en faisant le signe de la croix (p. 21, v. 7). + +_Seigneurier_, dominer. 102. + +_Séjour_ «Prebstre sans séjour» (p. 186) peut s'entendre de deux +façons: sans cure et sans résidence; sans loisir et sans repos. +(P. L.) + +_Senestre_, gauche. + +_Senez_, anciens, vieillards, hommes de sens. 37. + +_Sensif_, 18, sensitif, _sensorium_ siège du sentiment. (P. L.) + +_Sensitif_, le tact, le toucher. 103. + +_Sentemens_, sentiments, intelligence. 25. + +_Sequentement_, en suivant. 160. + +_Sequeure_, secourt, 43.--Secoure. 159. + +_Serain_, soir. 48. + +_Sereine_, Sirène. 34. + +_Serf_. Ce mot sert de prétexte à une équivoque. «Je ne suis son +serf ne sa biche» (21. V 12). + +SERGENTS, 63. Le prévôt de Paris avait deux compagnies de +sergents à pied et à cheval, composées de 110 hommes chacune, et +ayant leurs corps de garde aux barrières de la ville. (P. L.) + +_Serre (tenir)_, 51, v. 1. J'ignore ce que cela veut dire. + +_Servans_, serfs, serviteurs. «Aussi bien meurt filz que +servans» (p. 36, v. 18) signifie: Les maîtres meurent aussi +bien que les serviteurs, les fils de famille aussi bien que les +serfs. + +_Ses_, ces. 8. + +_Seur_, sûr. 71, 142. + +_Si_, ainsi, oui, en effet. + +_Similative (faculté)_, faculté d'imiter. 18. + +SIMON MAGUS, 122. + +_Simplesse_, simplicité, ignorance. 106. + +_Sires_, seigneurs. 37. + +_Sist_, assit, 202. + +_Sollier_, plancher. 94. + +_Some_, auguste[1]. 108 + +_Somme_, sommeil. P. 118, v. 16. + +_Somme_, en somme. 51. + +_Somme_, compter, 118. + +_Sommet_, tête. 84. + +SORBONNE. «Je ouis la cloche de Sorbonne» (p. 17, v. 20). +Ce vers ne prouve pas que Villon était dans les prisons de +l'Université, puisqu'il est certain qu'il était libre lorsqu'il +composa le _Petit Testament_, mais seulement qu'il logeait dans +le voisinage de la Sorbonne. + +_Sortir (soy)_, se fournir, s'approvisionner. 196. + +_Sot_, bouffon, comédien. 63, 98. Voy. _Prince des sots_. + +_Souef_, doux. 33, 75. Doucement. 90. + +_Sonffrette_, disette. 82. + +_Souffreteux_, pauvre diable, misérable. 206. + +_Soulas_, plaisir, joie. 122. + +_Souldre_, régler, résoudre. 102. + +_Souldure_, liaison, union. 8. + +_Soullon_, p. 99. M.P.L. dit que c'était un ballon avec lequel +on jouait à la _soulle_. Le mot doit être prononcé _souillon_, +et n'a pas besoin d'être expliqué. On le retrouve p. 120. + +_Souloir_, avec coutume. + +_Soustenance_, soutien. 144. + +_Soustenir_, porter. 208. + +_Souventesfoys_, souvent. 32. + +_Soyer_, scier. 119. + +_Submectre_, soumettre. 67. + +_Substantement_, nourriture, soutien. 106. + +_Sumer_, semer. 74, v. 16. + +_Sur_, chez, 13, v. 17. + +_Surcot_, manteau. + +_Surquerir_, 12. Enrichir, de _succurrere_, suivant M.P.L. + +_Sus (Mettre)_, mettre en vigueur, soutenir. 10. + +_Sus (mis)_, surgis, venus. 172. + +SUYSSES, 171. + +_Sydère_, astre. 32. + +----------T---------- + +TABARIE _(Guy)_, copiste du _Roman du Pet au Diable_. 54. + +_Tabart_, manteau. + +_Tachon_, instrument servant à chasser les mouches. 11. + +TACOT (_Colas_), 97. + +_Tailleur de faulx coings_, faux monnayeur. 87. + +TAILLEVENT, 76. Le livre de Taillevent, «grand cuisinier du roy +de France», eut plusieurs éditions au quinzième siècle et au +commencement du seizième. + +_Talemouze_, sorte de pâtisserie. 63. + +_Tancer, tencer_, disputer. + +TANTALUS, Tantale. 122. + +TARANNE (_Charlot_), 72. + +_Targe_, 70. La targe était une ancienne monnaie de Bretagne, +ou _brette_, du latin _bretta_. Son nom lui venait de ce que le +revers portait une _targe_, ou bouclier échancré. (P.L.) + +_Tarny_, terni, usé. 172. + +_Tauxer_, taxer, imposer. 166. + +_Tayon_, oncle. 36. + +_Telles_, toiles. 46, v. 24. + +TEMPLE (_la closture du_), à Paris. 61. + +_Tencer_, v. _tancer_. + +_Tenir_, posséder des biens sous la suzeraineté de quelqu'un: +«Soubz luy ne tiens s'il n'est en friche» (21, v. 10). + +_Tenné_, 37, ennuyé, tourmenté. Cette expression s'emploie +encore dans le langage familier. + +_Terrien, terrienne_, terrestre. + +_Tettes_, mamelles. 41. + +THAÏS, 34. Courtisane célèbre, qui vivait à Athènes vers le +milieu du quatrième siècle. (Pr.) + +THAMAR, 46. + +THEOPHILUS, 55. Voy. le _Miracle de Théophile_, par Gautier de +Coinsi. _Rennes_. 1838, in-8. + + +THIBAULT, (_Jacques_), 49. Voy. AUSSIGNY. + +_Tholouzaines_, femmes de Toulouse. 80. + +_Ticquet_, loquet (?), 169. + +_Tieulx_, tels. 16. + +_Tocquer_, toucher. 175. + +_Tollu_, pris, ôté. 39. + +_Tor_, taureau. 122. + +_Tostée_, pain trempé dans du vin. 79. + +_Touaille_, serviette, pièce de toile. 29. + +_Toult_, ôte, enlève. 108. + +_Tour d'escolle_ (70), tour de vaurien. + +_Tourbes_, foule. 107. + +_Toute jour_, toute la journée. 44. + +_Trac_, trace, train. 199. + +_Tracer_, suivre à la piste. 31. + +_Trahistre_, traître, méchant. 98. + +_Traicte_, tirée, extraite. 106. + +_Traictis_, joli. 40. + +_Traire_, tirer. 157. + +_Transglouti_, englouti. 122. + +_Transmué_, changé. 121. + +_Transy_, trépassé. 103. + +_Trasse_, trace, piste. 176. + +_Trasser_, suivre à la piste, poursuivre. 176. + +_Travail_, souffrance, peine, adversité. 25, 115. + +_Travailler (se)_, s'occuper, s'employer. 72. + +_Tresbucher_, tomber, l55. + +_Trespercer_, transpercer. 8, 154. + +_Tressuer_, tressaillir. 192. + +_Trestous_, tous. + +_Trestout_, tout, entièrement. + +_Tretisses_, voy. _traictiss_. + +_Treuver_, trouver. 36. + +TRISTAN, prévost des mareschaulx (p. 92), est le fameux Tristan +l'Ermite, prévôt de l'hôtel du roi et favori de Louis XI. (P.L.) + +TROÏLE (74), fils de Priam et d'Hécube, fut tué par Achille au +siège de Troie. (P.L.) + +_Trompille_, trompe, trompette. 154. + +_Trop plus_, beaucoup plus, trop. 22. + +TROU PERRETTE, 97, probablement un cabaret. Marot dit que +c'était un jeu de paume. + +_Trousse_, carquois. 173. + +TROUSSECAILLE (_Robin_), 65. + +_Trousser au col_, emporter sur les épaules. 11. + +TROYENS, 122. + +TROYS, Troyes. 45. + +TROYS LICTS (p. 13, v. 25), chambre du Châtelet un peu plus +commode que les autres, peut-être. (Pr.) + +_Truandailles_, hommes de la lie du peuple. 39. + +_Trumellières_, porte-manteau, accroché au _trumeau_, partie de +mur entre deux fenêtres, 11. + +_Truys_, trouve. 144. + +_Tumbel_, tombeau. 94. + +TURGIS (_Robert_). 50, 60, 62. + +TURLUPINS, TURLUPINES, 66, 179, hérétiques du treizième et du +quatorzième siècle, qui s'appelaient eux-mêmes la _Confrérie des +pauvres_, et qui n'étaient pas plus orthodoxes en matière de +morale qu'en matière de religion. On a désigné quelquefois sous +ce nom les ordres mendiants des deux sexes. + +TUSCA (_de_), chef de police ou capitaine d'aventures. 67. + +_Tyran_, tyran. 78. + +----------U---------- + +_Unes_, une paire de. «Et unes houses de basane.» P. 73. v. 7.--«Unes +brayes breneuses.» P. 77. + +_Uys_, porte. 48. + +----------V---------- + +_Vacquerie_, vicairie. 68. + +VALENCIENNES, 81. + +VALERE LE GRAND, Valère Maxime. 27. + +_Valeton_, serviteur, amoureux. 49. + +VALLETTE (_Jehan_), 63. + +_Varlet_, garçon de cabaret, de cuisine. 193, 197, 208. + +_Vaulsist_, valait, 26. + +VAUSELLES (_Katherine de_), 46. + +VAUVERT (le diable de). L'opinion commune était que les diables +habitaient Vauvert. C'est pour cette raison que l'on appelait +rue d'Enfer celle qui conduisait en ce lieu. (Pr.) + +_Vecy_, voici. + +_Veez_, voyez. 136. + +_Vela_, voilà. + +_Venerieux_, relatif à l'amour. «A tous les Dieux venerieux.» +(P. 8, v. 7.) + +_Vent (avoir le)_, 173, être favorisé de la fortune. On dit +aujourd'hui: Avoir vent en poupe. + +_Venteur_, 96, homme qui se vante volontiers. + +VENUS, 122 + +_Veoir_, voir. 25.--Vrai. 197. + +_Verdi_, p. 168, v. 24 (?). Peut-être faut-il lire: «Gorgias, +sur le hault vestu.» + +_Vers_, envers. 24. + +VICESTRE, 12, 73. Le château de Bicêtre. Il était en ruines du +temps de Villon. + +_Viellart_, vieillard. 69. + +_Vielle_. «Ma vielle ay mys soubz le banc», p. 48, veut dire: +j'ai renoncé au jeu, j'ai quitté la partie. + +VIENNE en Dauphiné. 37. + +VILLON (Guillaume), 9, 53. Ce Guillaume Villon ou de Villon +n'était pas le père du poëte, puisque celui-ci, qui l'appelle +son «plus que père», parle de lui, dans le _Grand Testament_ +(p. 53) comme d'une personne encore en vie, et lui lègue sa +bibliothèque, tandis qu'il vient de dire (p. 32) que son père +est mort, M. Nagel s'est attaché à prouver qu'il n'était même +pas son parent, d'où la conclusion que le poëte aurait adopté le +nom de Villon pour faire honneur à son maître et protecteur. +Il se fonde particulièrement sur le huitain IX du _Petit +Testament_, où François dit que sa renommée _bruit_ en faveur du +nom de Guillaume, et sur le huitain 23 du _Grand Testament_, où +il se plaint qu'il est abandonné des siens, ce qui ne s'accorde +pas avec les témoignages de reconnaissance qu'il prodigue à +Guillaume Villon. J'avoue que tout cela est assez concluant. On +pourrait objecter néanmoins qu'en se disant abandonné du moindre +des siens, tout en parlant comme il le fait des bontés que +Guillaume avait pour lui, Villon se rappelait cet axiome, que +l'exception confirme la règle. Quant à l'honneur que sa renommée +devait faire au nom de Villon, il importait peu que Guillaume +fût ou non de la famille du poëte: le résultat était le même +pour lui. + +_Villotières_, coureuses, filles de mauvaise vie. Voy. Cotgrave. + +_Vin de buffet_, vin commun et frelaté. 65. + +_Vin (aller au)_, p. 83, c'est aller au cabaret chercher du vin +qu'on emporte dans l'endroit où il doit être bu. C'est ainsi +qu'on s'en procurait généralement au moyen âge. Voy. _Ancien +théâtre français_. t. 1, p. 1955 _Farce de Pernet_ _qui va au +vin_; t. 1, p. 250. _Farce du gentilhomme et de Naudet_. + +Vin d'Aulnys. 60.--de Baigneulx. 193.--de Beaune. 193, +207.--Morillon (rouge). 100. + +_Vis_, visage. 40. + +_Vivre d'avantage_, vivre sans rien débourser, aux dépens +d'autrui. + +_Vo_, votre. 86. + +_Voir_, vrai. 28. + +_Voire_ (95, v. 17), verre. + +_Voire_, vraiment. 23, 145, 164. + +_Volse_, aille. 22. + +VOLLANT, 196. + +_Vouilliés_, veuillez 55. + +_Voulenté_, volonté. + +_Voulsisse_, voulusse. 147. + +_Voulsist_, voulût. 33, 191. + +_Voult_, voulut. 99 + +_Voultyz (sourcilz)_, sourcils arqués, bien plantés. (P. 40.) + +_Voyse_, aille. 64. + +_Vueil_, voeu. 75, v. 9. + +_Vueil_, veux. 22. + +----------Y---------- + +Y, il. «Cy sçay bien comment y m'en va.» 108. + +_Ydoine_, propre, _idoneus_. + +_Ypocras_, vin sucré et épicé. 78, 198 + +_Ysnel_. prompt, alerte. 74. + +YTHIER, 59. + +Yver, hiver. 85. + +YVON, prénom commun en Bretagne. 157. + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + Pages + +PRÉFACE.... V + +REMARQUES PHILOLOGIQUES.... XXIII + +CLÉMENT MAROT AUX LECTEURS.... 1 + +MAROT AU ROY FRANÇOIS Ier.... 5 + +LE PETIT TESTAMENT.... 7 + +LE GRAND TESTAMENT.... 21 + +Ballade des Dames du temps jadis.... 34 + +Ballade des Seigneurs du temps jadis.... 35 + +Ballade en vieil françois.... 36 + +Les Regrets de la belle Heaulmière.... 39 + +Ballade de la belle Heaulmière.... 42 + +Double Ballade sur le même propos.... 45 + +Ballade que Villon fait à la requeste de sa mère, pour prier +Nostre Dame.... 55 + +Ballade de Villon à s'amye.... 57 + +Lay ou plustost Rondeau.... 59 + +Ballade et oraison.... 69 + +Ballade que Villon bailla à un gentilhomme .... 74 + +Ballade.... 76 + +Ballade intitulée: _Les Contredictz de Franc-Gontier_.... 78 + +Ballade des femmes de Paris.... 80 + +Ballade de Villon et de la Grosse Margot.... 83 + +Belle leçon de Villon aux enfans perduz.... 86 + +Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie .... 87 + +Lays.... 90 + +Rondeau.... 95 + +Ballade par laquelle Villon crye mercy à chascun.... 98 + +Ballade pour servir de conclusion.... 99 + +POÉSIES DIVERSES: + +Le quatrain que feit Villon quand il fut jugé à mourir.... 101 + +L'Epitaphe en forme de Ballade que feit Villon pour luy et ses +compagnons, s'attendant estre pendu avec eulx.... 101 + +La requeste de Villon à la Cour de Parlement .... 103 + +Ballade de l'appel de Villon.... 104 + +Le Dit de la naissance Marie.... 105 + +Double Ballade.... 107 + +Ballade Villon.... 110 + +Epistre en forme de Ballade, à ses amis.... 111 + +Le Débat du cueur et du corps de Villon.... 113 + +La Requeste que Villon bailla à Monseigneur de Bourbon.... 115 + +Ballade des proverbes.... 116 + +Ballade des menus propos.... 117 + +Ballade des povres housseurs.... 119 + +Problème ou Ballade au nom de la Fortune .... 120 + +Ballade contre les mesdisans de la France.... 121 + +Le Jargon ou Jobelin de Maistre François Villon.... 124 + +POÉSIES ATTRIBUÉES A VILLON: + +I. Rondel.... 133 + +II. Rondel.... 133 + +III. Rondel.... 134 + +IV. Rondel.... 135 + +V. Rondel.... 135 + +VI. Rondel.... 136 + +VII. Rondel.... 136 + +VIII. Rondel.... 136 + +IX. Rondel.... 137 + +X. Rondel.... 138 + +XI. Rondel.... 139 + +XII. Rondel.... 139 + +XIII. Rondel.... 140 + +XIV. Ballade pour ung prisonnier.... 140 + +XV. Rondel.... 141 + +XVI. Ballade.... 142 + +XVII. Ballade morale.... 143 + +XVIII. Ballade.... 144 + +XIX. Ballade.... 145 + +XX. Ballade.... 146 + +XXI. Ballade joyeuse des Taverniers.... 147 + +XXII. Monologue du Franc Archier de Baignollet.... 150 + +XXIII. Dialogue de messieurs de Mallepaye et de Baillevent.... 164 + +XXIV. Les Repeues franches de François Villon et de ses +compagnons.... 178 + +_Ballade de l'Acteur_.... 182 + +_Ballade des Escoutans _.... 183 + +_La Repeue de Villon et de ses compaignons_.... 186 + +La manière d'avoir du poisson.... 187 + +La manière d'avoir des trippes.... 190 + +La manière d'avoir du pain.... 191 + +La manière d'avoir du vin.... 192 + +La manière d'avoir du rost.... 194 + +_Seconde Repeue, de l'Epidémie_ .... 195 + +_La troisiesme Repeue, des Torcheculs_ .... 199 + +_La quatriesme Repeue, du Souffreteux_... 206 + +_La cinquiesme Repeue, du Pelletier_.... 210 + +_Sixiesme Repeue, des Gallants sans soucy_... 212 + +_La septiesme Repeue, faicte auprès de Montfaulcon_.... 215 + +NOTES.... + +GLOSSAIRE-INDEX.... + + + +ADDITIONS ET CORRECTIONS. + +Le nom de M. CAMPAUX est partout écrit par erreur CAMPEAUX. + +Les deux premiers huitains de la Ballade p. 74 donnent en +acrostiche AMBRAISE DE LOREDE, peut-être le nom du gentilhomme +pour qui cette pièce fut composée. + +L'envoi de la _Ballade de la Grosse Margot_ (p. 84) donne en +acrostiche le nom de Villon. + +_Fille en chief_ (p. 91), fille coiffée de ses cheveux. + +Les _Coups orbes_ (p. 115) sont des coups produisant des +contusions, des _bleus_. + +_Coustelez comme chiches_ (p. 171) peut se traduire par: «à +côtes, comme des pois chiches». + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Oeuvres complètes de François Villon +by François Villon + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12246 *** |
